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#ETC MAG’ N°2 - Octobre / Novembre / Décembre

&

Humour Culture Générale

Le magazine avec des trucs intelligents dedans

LES S CROISADE SUS À L’INFIDÈLE !

MAIS AUSSI...

Robots : La naissance d’un nouveau genre ?

Enquête sur le vol de la Joconde au musée du Louvre ! 

Korben : l’interview exclusive !


L’ÉQUIPE DE RÉDACTION Mélie Mini-Mélo Rédactrice en chef rts, littérature, histoire, philo, sciences, culture geek, savoir, et des milliers de choses encore. Petit blog sans importance et idées folles en tout genre.

A

http://sages-delires.blogspot.fr/ @FolieMelie

David Louapre

C

hercheur en physique fondamentale puis appliquée. Passionné de vulgarisation scientifique et auteur du blog “Science étonnante”. http://sciencetonnante.wordpress.com @dlouapre

Marine Fa

É

tudiante / Rédactrice / Blogueuse / Twitteuse, mais aussi Gourmande / Tête en l’air. Dans la vie : je lis, j’écris, je mange. http://qdepoule.wordpress.com/ @Littlemarinemis

Olivier Esslinger

A

ncien astrophysicien reconverti dans l’informatique. Passionné de sciences et auteur du site d’introduction à l’astronomie astronomes.com http://www.astronomes.com @OEsslinger

Grégory Rhit

H

umain ouvert et curieux aimant la généalogie, Stephen King, le football, le hip hop et bien d’autres choses encore... http://rhit-genealogie.blogspot.fr @RhitGenealogie

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#ETC MAG N°2

Djinnzz

I

ngénieur de formation, passionné d’Histoire et de Culture au sens large. Créateur et rédacteur d’ EtaleTaCulture.fr http://www.EtaleTaCulture.fr @EtaleTaCulture

François Jean Hans

P

assionné d’art en général et d’opéra en particulier. Rédacteur du site ilteneromomento consacré à l’art lyrique. http://ilteneromomento.com @ilteneromomento

Jérémy Freixas

É

tudiant, mais curieux avant tout ! Deux ambitions dans la vie : apprendre et partager.

@jfreixas

Jugurta Bentifraouine

F

ormateur en FLE, et spécialiste en TICE, je suis aussi un passionné de nouvelles technologies et d’applications mobiles.

@Juugurta

Mériam Ben Sassi

W

ebmaster - CM au musée national de la Marine. Muséogeek, membre et orga de l’association un Soir un Musée un Verre. Sans oublier un brin artiste ! http://meribsoncinema.tumblr.com/ @meribs


#ETC MAG’ Le magazine avec des trucs intelligents dedans RÉDACTION Toute une équipe de passionnés bénévoles aux parcours divers

ÉDITO

MISE EN PAGE Djinnzz, retrouvez-le sur : http://www.EtaleTaCulture.fr CREDITS PHOTOS La plupart des photos et / ou illustrations de ce présent magazine sont tombées dans le domaine public ou sont sous licence Creative Commons. Lorsque ce n’est pas le cas, une autorisation écrite de publication a été obtenue auprès des ayants-droits. Si, par erreur, une photo / illustration dont vous êtes le propriétaire s’est glissée dans ce magazine sans votre consentement, merci de nous contacter. CONTACT Suggestions ? Commentaires ? Réactions ? Envie de participer vous aussi à ce beau projet ? C’est par ici que ça se passe : djinnzz38@gmail.com

#ETC Mag’ N°2 mis en ligne et distribué gratuitement sous licence Creative Commons

Le numéro 1 d’#ETC Mag’ fut une belle réussite. Grâce au bouche à oreilles, vous avez été plus de 400.000 à avoir posé les yeux sur ce magazine... Un chiffre inespéré qui donne véritablement le tournis ! Ce deuxième numéro aura-t-il le même succès ? L’avenir nous le dira... Ce qui est certain en tout cas, c’est que toute l’équipe (qui s’est d’ailleurs étoffée au passage) y a mis encore plus de passion, encore plus d’énergie. J’en profite pour vous rappeler que si, vous aussi, vous avez envie de participer à ce projet, la porte vous est toujours ouverte ! Rédaction d’articles, mise en page, design, illustrations, communication,... non, vraiment, le travail ne manque pas si vous souhaitez vous impliquer. Alors ne soyez pas timide et rejoignez notre petite équipe. Rien de plus simple pour cela : tirez la chevillette et la bobinette cherra (ou contactez-nous par mail, c’est peut-être plus rapide...). Bonne lecture ! Djinnzz, Créateur d’#ETC Mag’

Note importante Pour lire la version pdf de ce magazine dans les meilleures conditions : 1/ Munissez-vous du logiciel Acrobat Reader (ou équivalent) 2/ Activez le bouton “Activer le défilement en mode double page”

LE SAVIEZ-VOUS ?

3/ Sous Affichage > Affichage de page, assurez-vous que “Afficher la page de couverture en mode 2 pages” est bien coché.

#ETC Mag’ est formé des initiales d’Étale Ta Culture, webzine de culture générale lancé en avril 2012


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Panique au Musée du Louvre

Sus à l’Infidèle !

La folie des CROISADES

On a volé la JOCONDE ! 6

En Bref

Des infos en vrac pour briller en société.

10 MOSAÏQUE : LES 7 VIES DE PICASSO

Comment la vie du Maître a influencé son œuvre.

15 Panique au Musée du Louvre

Nous sommes en 1911. Mais qui a bien pu voler la Joconde? #ETC Mag’ a enquêté pour vous !

18 DOSSIER: Les CroiSades

Voyage au cœur de la confrontation entre Orient et Occident.

30 Le monde en photos 4

#ETC MAG N°2

Quelques photos bien choisies pour vous donner envie de voyager...

36 Carnet de voyages : Poitiers

Point besoin de partir à l’autre bout du monde pour voir des choses exceptionnelles.

42 INTERVIEW : Unfamous RESISTENZA

Les cultures alternatives et subversives, ça vous tente? Visite guidée.

48 Une œuvre sous les projecteurs

Ce mois-ci, l’Angélus de Millet est mis à l’honneur.

50 Mémoires d’Hadrien

Marguerite Yourcenar nous livre une œuvre poignante sur la vie de l’Empereur romain.

55 Les castrats

Sacrifier ses parties intimes pour le bonheur des oreilles des mélomanes, ça mérite bien un article dans #ETC Mag’ !


Flickr - @Don Solo

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Leur Art, leur Vie, leurs Folies

Animaux, Végétaux,... Robots

Les CASTRATS

ROBOTIQUE : naissance d’un nouveau GENRE ?

62 LES 39 MARCHES

Le chef-d’œuvre d’Alfred Hitchcock à la loupe.

72 DES DISTANCES... ASTRONOMIQUES !

L’immensité de l’Univers donne le tournis. On vous donne quelques points de repère pour vous y retrouver.

80 INTERVIEW : Korben

La star du Net a livré à #ETC Mag’ une interview exclusive. À ne rater sous aucun prétexte !

84 RoBOTIQUE, naissance d’un nouveau genre ? Tout à la fois fascinante et inquiétante, l’évolution dans le domaine de la robotique pose de vrais problèmes de société. Enquête.

90 ON A TESTé POUR VOUS

Trois applications pour smartphones absolument in- dis-pen-sa-bles !

92 Au hasard sur la toile

On a fouillé le Web pour vous. Et on vous conseille... ça.

96 Jeux de mains, jeux de vilains

Des gestes a priori anodins recèlent parfois une signification très forte !

100 Déguster un risotto aux crevettes

Pour impressionner vos convives, il faut aussi savoir cuisiner !

102 Coup de cœUR : HELLOMENTOR

Un site qui veut révolutionner l’apprentissage, forcément, ça nous intéresse !

106 COUP DE GUEULE

Pour une défense raisonnée de la langue française ! #ETC MAG N°2

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EN

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F E R B

milliards d’euros par Djinnzz Blogueur

Carré magique, mystère séculaire Le Sator n’a pas encore livré tous ses secrets... Non seulement ce carré magique obéit aux règles du palindrome (lisible indifféremment de gauche à droite et de droite à gauche), du stoïchédon (alignement de chaque lettre à la verticale et à l’horizontal) et du boustrophédon (lisible alternativement de droite à gauche puis de gauche à droite), mais par dessus tout, c’est un carré magique qui peut être lu verticalement et horizontalement construit à partir des lettres constituant Pater Noster ! Malheureusement, la phrase ne veut pas dire grand chose : Sator arepo tenet opera rotas pourrait se traduire par quelque chose du genre : le laboureur Arepo utilise une charrue pour travailler. Bof, bof... Ce carré a été retrouvé dans d’innombrables sites en Europe (en France, en Angleterre et en Italie) sans que l’on ne comprenne ni pourquoi ni comment il s’est à ce point propagé. Il a même été retrouvé lors de fouilles à Pompéi, ce qui atteste de son âge très avancé ! Alors, signe de reconnaissance d’une confrérie quelconque ? Talisman magique censé chasser les mauvais esprits ? Personne n’en sait encore rien !

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#ETC MAG N°2

C’est l’estimation de la fortune de l’homme le plus riche de l’Histoire de l’humanité. Exit les Rockefeller, les Rothschild, Bill Gates et consors, c’est un obscur empereur malien du XIVe siècle, un certain Mansa Musa, qui leur dame le pion ! Sa richesse est estimée à l’équivalent de 50% des réserves mondiales d’or et de sel de l’époque, rien que ça !

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Et pour les dingues de casse-tête mathématique, sachez qu’un carré magique aux propriétés très étonnantes est gravé sur l’entrée de la Sagrada Familia. + d’infos : http://bit.ly/QzOvJ8

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Le Christ des Abysses

Du fer dans les épinards ?

Vous connaissez sûrement le Christ rédempteur qui surplombe Rio de Janeiro. Mais connaissez-vous le Christ des Abysses, scupture en bronze de 2,5 mètres de haut placée du côté du port de Gênes (Italie) à 17 mètres de fond en mémoire de ceux qui ont péri en mer ? Maintenant, oui !

Les épinards ne contiennent presque pas de fer ! Cette croyance populaire est due à une erreur de virgule dans les travaux du biochimiste allemand E. von Wolf : il écrit dans son compte-rendu d’expérience 27 mg de fer pour 100 feuilles au lieu de 2,7... Popeye ferait donc bien mieux de manger des haricots !

Les couilles des Grecs pendent-elles correctement ? Les Grecs sont réputés pour être de grands observateurs de la Nature, un simple coup d’œil sur les nombreuses sculptures qu’ils nous ont laissées suffisent à nous en convaincre. Et pourtant… ils ont commis une grave erreur ! Une erreur impardonnable, même ! Ils ont mal évalué l’asymétrie scrotale humaine... Dis plus clairement, les couilles de leurs statues ne pendent pas de la bonne façon ! C’est en tout cas ce qui

ressort d’une étude très sérieuse menée par le non moins sérieux professeur anglais McManus. Et ses conclusions sont sans appel . Ok, les Grecs avaient bien compris qu’un de leurs testicules pendait souvent plus que l’autre… Logiquement, ils affublaient à ce testicule le plus « pendant » la plus grosse taille. FAUX ! En

étudiant le corps humain, des anatomistes ont remarqué que le testicule le plus gros est également celui qui pend le moins ! Cette règle de la nature, totalement contre-intuitive, n’a donc pas été respectée par les sculpteurs… Voilà le genre d’études qui ne manque pas de piquant… et une erreur que l’on ne pardonne pas. On ne rigole pas avec les paires de couilles !

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EN

F E R B

21 mai 1539 : la première loterie est organisée en France ! C’est François Ier, le roi qui fit entrer la France dans la Renaissance, qui organisa le premier une loterie de grande ampleur dans l’Hexagone. « Pendant que mes sujets s’y livreront, ils oublieront fort à propos de s’injurier, de se battre et de blasphémer Dieu. », s’exclame-t-il assez cyniquement... Une version moderne des jeux du cirque de la Rome antique, en quelque sorte ? Juvénal aurait certainement apprécié...

Les taxis de la Marne

Dieu n’est pas très bon en maths ! Dans la Bible – plus précisément dans le premier Livre des Rois, 7, 23 – on trouve cette phrase étrange qui va faire bondir les plus matheux d’entre vous : « Il fit la cuve en métal fondu. Elle faisait 5 mètres d’un bord à l’autre et était entièrement ronde. Elle faisait 2 mètres et demi de haut et on pouvait mesurer sa circonférence avec un cordon de 15 mètres. » Le problème est que le rapport entre la circonférence et le diamètre d’un cercle est égal à Pi qui vaut environ 3,14159. Or, ici, si le diamètre de la cuve fait 5 mètres (« d’un bord à l’autre »), sa circonférence doit être environ égal à 5 x 3,14159, c’est à dire 15,7 mètres ! Si on considère que l’Ancien Testament a été écrit par Dieu en personne, ça la fout mal !

Septembre 1914, rien ne va plus ! Les Allemands envahissent la France et l’Armée a besoin du maximum de troupes sur le front Est. Le général Gallieni prend une décision importante : il réquisitionne tous les taxis parisiens (cf. photo ci-contre) qui acheminent plusieurs milliers d’hommes dans la Marne. Certes, l’action est plus symbolique que véritablement décisive, mais cette belle initiative fait la fierté du peuple français !

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#ETC MAG N°2 Renault Type AG 9 CV 1910, photo by Lglswe


L’impératrice d’Autriche et reine de Hongrie Sissi - bien connue des fans de Romy Schneider - a été assassinée par hasard en 1898. Son meurtrier, l’anarchiste Luigi Lucheni, tenait absolument à tuer un prince européen, pour l’exemple. Au mauvais moment, au mauvais endroit, Sissi se fait poignarder par ce sinistre individu tandis qu’elle se balade au bras de sa dame de compagnie dans les rues de Genève. Pas de bol, Sissi !

Henri de Lorraine, duc de Guise, dit “le Balafré” / Photography L. Fdez., 2005-07-24.

Non, non, Sissi n’a vraiment pas de bol !

Ramène pas ta fraise ! C’est dans les années 1570 que la mode de ces affreuses collerettes se développe. La raison est politique : le port de la fraise est un signe de ralliement des partisans catholiques en protestation contre l’austérité protestante... La guerre de religion (et la Saint-Barthélémy...) n’est pas très loin !

C’est quoi, un stakhanoviste ? Le stakhanovisme est un terme tiré du nom d’Alexis Stakhanov, un mineur du Donbass (un bassin houiller situé entre l’Ukraine et la Russie actuelle) sous la période stalinienne qui fut glorifié par le parti pour avoir extrait à lui tout seul plus de 100 tonnes de

charbon en moins de six heures de travail ! Quel bel exemple pour la nation, n’est-ce pas ? Plus tard, en 1988, cet « exploit » fut dénoncé par les historiens et rangé au même rang que tous les autres mensonges de propagande de l’époque

stalinienne. Il n’empêche, le terme est resté gravé dans le dictionnaire pour désigner un travailleur acharné, une bête de travail. On peut donc dire sans se tromper que tous les membres de l’équipe d’#ETC Mag’ sont des stakhanovistes en puissance !

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E U ÏQ

A S O M

par Djinnzz Blogueur

La période BLEUE (1901 - 1904) Dévasté par le suicide de son ami, Picasso promène sa mélancolie dans les bas-fonds de Paris. Les personnages qu’il dessine semblent sortir d’outre-tombe et personnifient à la perfection la solitude et la mort. La période ROSE (1904 - 1907)

LES 7 VIES DE PICASSO

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Picasso semble reprendre du poil de la bête et redonne un peu de couleur à ses compositions. Mais les toiles de l’artiste ne respirent pas la joie de vivre pour autant : les regards sont vides, les expressions mélancoliques. CUBISME & art NÈGRE (1907 - 1909) Picasso marque le coup d’envoi de ce que les spécialistes appellent l’art moderne. Les Demoiselles d’Avignon représentent parfaitement ce qu’est le cubisme. S’inspirant de l’art africain, il s’attire le mépris de ses contemporains.


Le SURRÉALISME (1925 - 1936)

Miné par les soucis d’une vie amoureuse complexe, Picasso fait une crise existentielle. Il change radicalement son style et verse dans le surréalisme. Ses nouvelles toiles sont chargées d’une violence et d’une sexualité bestiales.

Retour aux CLASSIQUES (1918 - 1925)

Le temps des GUERRES

Le temps des EXPÉRIMENTATIONS

(1936 - 1945)

(1910 - 1918)

Riche à millions, Picasso mène maintenant une vie de petit bourgeois bien tranquille. Dans un style plus policé, plus mainstream, il rend hommage aux artistes de la Renaissance.

1936 : la guerre civile fait rage en Espagne. Picasso ne s’arme pas de fusils pour lutter contre l’oppresseur, mais de pinceaux et de seaux de peinture. Son Guernica devient le symbole de la lutte contre les oppressions.

Enfin reconnu par les milieux artistiques, Picasso et son ami Braque mènent de véritables expériences artistiques. Ils veulent casser les codes, détricoter la réalité, aller loin, toujours plus loin !

EN SAVOIR + Cet avant-goût vous a mis l’eau à la bouche ? Filez lire l’article complet consacré aux DIX vies de Picasso sur notre site : http://bit.ly/18xTl4M

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H

istoire


FLICKR Chris @Adguy1970 source image :

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14 - Panique au musée du Louvre ! 22 - En couverture : Les Croisades


PANIQUE AU MUSÉE DU LOUVRE ! par Diodore Blogueur

http://taxistoria.canalblog.com/

Dimanche 20 Août 1911, dans le Louvre, un individu caché dans un placard s’apprête à y passer la nuit... Se brossant du bout des doigts sa moustache à la Hercule Poirot, il pense à son plan du lendemain… Oh, rien de bien compliqué, juste… voler la Joconde !


Lundi 21 Août, le musée est fermé. Seuls ont le droit de venir peintres, sculpteurs et autres dessinateurs qui peuvent s’exercer et s’aider des œuvres exposées. C’est le cas d’un peintre qui a décidé aujourd’hui de reproduire le fameux tableau de Léonard de Vinci. Mais en arrivant sur les lieux, au lieu d’une Mona Lisa les bras croisés faisant risette, ce sont deux clous au milieu du mur qui l’accueillent. Il hèle alors un gardien à l’autre bout de la pièce et celui-ci, sans se rendre compte de l’extrême gravité de la situation, lui répond sur le ton de la plaisanterie : « Aaaah, lorsque les femmes ne sont pas avec leurs amoureux, elles sont avec leurs photographes ! » On appelle donc le photographe du musée, mais... non, il n’y est pour rien... un frisson parcourt le dos du gardien. La Joconde n’est ni chez le photographe, ni à sa place sur le mur… un éclair déchire le ciel. Elle a disparu ! Le préfet de Paris, Lépine, est prévenu. Il accourt à toutes jambes suivi d’une cohorte de 60 inspecteurs et 100 gendarmes. Pour dissimuler la gravité de la situation, on fait croire aux badauds qu’il y a une rupture des canalisations dans le musée. Le Louvre est bouclé et passé au peigne fin pendant sept jours. Le butin est maigre : tout ce qu’on trouve, c’est le cadre en verre du tableau abandonné dans la cage d’escalier avec une empreinte de pouce dessus. On la compare avec celles de chaque employé (257 !) mais on ne trouve aucune correspondance. Les enquêteurs soupçonnent alors tout le monde... « C’est un coup des allemands ! », « C’est la

Belgique ! », « Ce sont les journalistes qui se payent nos têtes ! ». Tout le monde y va de sa petite théorie et les rumeurs les plus folles se répandent comme une traînée de poudre dans la capitale. On se rappelle qu’un poète parisien, un certain Guillaume Apollinaire, avait crié récemment à qui voulait l’entendre qu’il faudrait brûler le Louvre. Voilà enfin une piste sérieuse ! Ni une, ni deux, on frappe chez lui, on lui passe les menottes et hop, en garde à vue ! Bien sûr, le poète n’a pas le tableau, mais on retrouve tout de même chez lui et chez son ami Pablo Picasso des statuettes volées au Louvre... En fait, c’était le secrétaire d’Apollinaire, Géry Pierret, qui avait commis ce vol et les avait refilées aux deux artistes (Picasso s’inspira d’ailleurs des statuettes pour son tableau les Demoiselles d’Avignon). Finalement, ils sont innocentés car Géry ne leur avait pas dit d’où venaient ces objets. Bien. Mais toujours pas de Mona Lisa à l’horizon ! On continue les recherches, on écoute tous les témoignages, même les plus farfelus (voir encadré ci-dessous), on encaisse les moqueries, (le directeur du musée, lui, démissionne) et finalement, on se résigne... La Joconde est perdue, peut-être à jamais. Étrangement, les visiteurs du musée, loin de tarir, continuent d’affluer en masse pour venir voir l’emplacement vide du tableau ! Une femme déposera même des fleurs à cet endroit, en deuil. Une autre, hystérique, criera en poussant la foule « Je suis Mona Lisa, je dois regagner mon cadre ! » (suite p.16)

Témoignages farfelus concernant le vol... Un jeune garçon alla voir les journalistes, affirmant avoir repéré un groupe d’hommes près du musée qui chuchotaient entre eux … On découvrit plus tard qu’il avait menti pour ne pas aller au lycée et échapper à un contrôle de géographie !

En aval du pont des arts, on trouva une bouteille flottant avec une lettre à l’intérieur. Elle disait : « Qu’on ne cherche plus la Joconde, elle est chez moi, rue du Pélican. Ne pouvant m’en défaire, sans un sou, miséreux, je l’ai détruite et mise en morceaux. Je me tue. » #ETC MAG N°2

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Au fil des mois, l’histoire s’éteint légèrement (en 1912, on ne parle plus que du Titanic qui vient de sombrer). Mais voilà qu’en 1913, à Florence, un antiquaire reçoit un courrier d’un certain Leonardo, qui lui demande de venir le rejoindre dans sa chambre d’hôtel pour lui proposer une œuvre exceptionnelle. Accompagné par le directeur du musée de Florence, il se présente au rendez-vous. L’homme sort de sous son lit une valise, la vide des objets divers qu’elle contient, puis décroche un double fond qui laisse apparaitre Mona Lisa souriant aux deux hommes stupéfaits ! On l’examine. C’est bel et bien la Joconde ! - Ne bougez pas, signore ! On revient subito ! - Va bene ! Va bene ! Notre homme se frotte les mains. Il le sent, il va conclure une bonne affaire ! Quelques instants plus tard, toc, toc, toc, les acheteurs reviennent. L’inconnu leur ouvre, la moustache en joie, et … « POLIZIA ! ». L’homme est arrêté. Il est italien, s’appelle Vincenzo Peruggia et… il raconte tout : Il y a deux ans, en France, alors qu’il travaille comme peintre en bâtiment et vitrier, il est embauché par le musée du Louvre pour sécuriser certains tableaux en leur appliquant des cadres en verre. Là, l’idée lui vient en voyant le chefd’œuvre italien de le restituer à son pays d’origine pour venger le fait que Napoléon l’avait volé et ramené en France. Hum, hum... grosse lacune historique, mais passons… Voilà pourquoi lui et deux complices se retrouvent un soir et se cachent dans un placard. Dans la nuit, ils sortent de leur tanière et, le premier complice faisant le gué, l’autre tenant une lampe, Vincenzo décroche le tableau du mur, lui retire sa protection de verre qu’il a lui même confectionnée, enlève le cadre et... attend le lundi matin. Le lendemain, à 9h, des ouvriers arrivent dans leur tenue de travail, des blouses blanches. C’est précisément ce que Vincenzo a mis sur lui pour se promener en toute discrétion. Pratique également pour dissimuler le tableau vous direzvous ! Oui, mais ce n’est sûrement pas roulée dans une manche qu’il sortira l’œuvre de l’enceinte du musée ! Pourquoi ? Pour la simple raison que Léonard n’a pas peint la Joconde sur une toile, mais sur un panneau de bois de peuplier... Aussi

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#ETC MAG N°1

incroyable que cela puisse être, Vincenzo va donc sortir du musée avec le tableau sous le bras. Tranquillement... D’abord, il essaie de sortir par la porte qui donne sur une des cours extérieures, mais crac, manque de bol, la poignée lui reste dans la main. Pris au piège ? Non ! De l’extérieur, un ouvrier qui croit voir un stagiaire lui ouvre gentiment la porte et, ciao tutti ! Le voleur sort dans la rue, jette la poignée de porte qu’il avait gardé dans la main et traverse tout Paris avec la Joconde sous le bras pour la ramener chez lui, dans sa chambre de bonne du 5 rue de l’Hôpital-Saint-Louis. C’est là qu’elle restera, dans une valise, sous son lit, jusqu’à qu’il l’emmène à Florence … On découvrira que Vincenzo avait été interrogé deux ans plus tôt, comme tout le monde. Négligence de l’enquête, on n’avait pas comparé son empreinte pourtant connue des services de police. Ironie de l’histoire, les policiers avaient été chez lui pour l’interroger et s’étaient même assis sur son lit ! Mais Vincenzo Peruggia paraissait si banal, si honnête… Il sera jugé en Italie, et c’est bien là sa chance car à son procès il touche le cœur de l’opinion publique et passe pour un grand patriote. Son geste est salué par les Italiens... Même s’il dénonce sans tarder ses deux complices, les frères Lancelloti qui habitaient le même immeuble que lui, il passe pour un Brave parmi les Braves ! Il sera condamné à une peine minime de 12 mois de prison qui sera réduite à 7. À sa sortie, il se mariera et sera la coqueluche des journalistes. Il dira de lui-même : « J’ai volé la Joconde, je suis un type dans le genre de Napoléon. » Son petit-fils continue encore aujourd’hui de narrer son exploit à qui veut l’entendre... et sur la façade de sa maison natale en Italie une plaque est gravée : « Ici naquit le 8 août 1881 Vincenzo Péruggia, celui qui vola la Joconde de Leonard de Vinci ». Épilogue Mona Lisa fut exposée un temps à Florence puis à Rome où le roi d’Italie vint la saluer. Elle rentra finalement en première classe pour la France où elle retrouva son musée-palais et une notoriété jamais égalée, jusqu’à devenir l’icône de l’art mondial !


La Joconde Léonard de Vinci, entre 1503 et 1506 Huile sur panneau de bois, 77 x 53 cm #ETC MAG N°2

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LES S CROISADE

Sus à l’Infidèle !

1ère croisade

1095

2è croisade

Concile de Clermont Urbain II prêche la 1ère Croisade

1119

Bataille de l’Ager Sanguinis terrible déroute pour les Croisés

1145

3è croisade 4è cro

Eugène III appelle à la 2è Croisade Bernard de Clairvaux est chargé de sa prédication

Fin du règne de Baudouin

1185

Il aura tout tenté pour résister à Saladin...

12

1100 par Djinnzz

Le pape Urbain II

Blogueur

Pape de 1088 à 1099.

Statue à Châtillon-sur-Marne, lieu présumé de sa naissance

Trois acteurs, sinon rien On a souvent tendance à imaginer les Croisades comme la confrontation entre deux mondes bien distincts, le choc entre Orient et Occident, entre Chrétienté et Islam. En réalité, une troisième entité occupe la scène, et non des moindres : le monde byzantin. Dans les deux siècles qui précèdent le début de la première croisade, Byzance - ou plutôt Constantinople - connaît une période de faste et de prospérité. En 1054, année du schisme entre les Églises d’Orient et d’Occident, la séparation définitive entre Rome et Byzance est consommée. Qu’on se le dise, du point de vue des Byzantins, les Chrétiens d’Occident sont au moins aussi barbares que les Musulmans !

L’appel de l’empereur byzantin met le feu aux poudres En mars 1095, l’empereur byzantin Alexis Ier Comnène demande de l’aide au pape Urbain II contre les Turcs seldjoukides qui se pressent aux portes de son empire. Même si les relations entre les chrétiens de Rome et ceux de Byzance sont plutôt

tendues, Alexis espère que son ancienne alliée lui viendra en aide. Contre toute attente, Urbain II non seulement répond à cet appel, mais va faire preuve d’un excès de zèle plutôt inattendu ! À l’heure de la reconquista espagnole (les souverains chrétiens tentent de chasser les émirs musulmans installés dans la péninsule ibérique), le pape voit ici une occasion en or d’anéantir une bonne fois pour toute ces ennemis de la foi chrétienne. Quelques mois à peine après la demande d’aide de son homologue orthodoxe, voilà Urbain II prêcher aux quatre coins de la France pour une lutte armée contre les Infidèles et la reprise de Jérusalem ! Son appel à la «  Croisade  » (le terme n’a été inventé que tardivement) rencontre un succès inespéré ! Les chevaliers occidentaux qui guerroient de


Jerusalem reprise aux mains des Sarrasins, Emile Signol, 1847

oisade 5è croisade 6è croisade

7è croisade

Croisade des Albigeois

1209

La priorité n’est plus la chasse aux Infidèles en Orient, mais bel et bien dans le Royaume de France.

1244

8è croisade

Destruction de l’armée franque En réaction, Louis IX décide de se croiser.

Louis IX repart en Croisade

1267

Malgré l’échec cinglant de la 7e Croisade, Louis IX remet le couvert

Fin des États 1291 latins en Orient

200

1300 Alexis Ier Comnène

Empereur byzantin de 1081 à 1118.

Illustration d’un manuscrit grec du XIe siècle, bibliothèque du Vatican

façon anarchique depuis des siècles sans vraiment savoir pourquoi voient en ce projet un but ultime à leur existence. Délivrer le tombeau du Christ des mains des Infidèles ! Peut-on rêver mieux pour racheter tous ses pêchés ?

Inch’Allah ! Ce manque de vision politique porte en elle les germes d’un sanglant échec...

La Croisade, une guerre juste

Partir à l’autre bout du monde connu n’est pas une mince affaire en cette fin du XIe siècle. On estime à environ 6 ans de salaire d’un chevalier le coût moyen pour partir en Croisade. Autant dire que, la plupart du temps, il faut vendre tous ses biens pour financer le périple. Il faut également dire adieu à sa femme et ses enfants, abandonner toute sa vie pour se tourner vers une mission à l’issue incertaine. Seul moteur d’un engagement si lourd : une foi à toute épreuve, bien sûr ! Mais la récompense est à la hauteur de la tâche, l’Église promettant au soldat de Dieu l’absolution totale de tous ses pêchés. Une aubaine en cette époque marquée par la superstition et la peur des punitions divines !

Si vous pensez que cette volonté unanime de se croiser est un prétexte facile pour les hommes de l’époque pour massacrer, violer et s’enrichir en toute impunité, vous commettez une grave erreur d’appréciation. Les sentiments qui animent la chrétienté sont à n’en pas douter sincères et la Croisade est perçue comme un « mal nécessaire », une guerre juste. Par contre, dans l’euphorie générale, personne ne songe ne serait-ce qu’une seconde à l’avenir des territoires une fois reconquis... On verra bien le moment venu, n’est-ce pas ?

Un engagement qui coûte cher


LA PREMIÈRE

CROISADE La Croisade des Indigents Les chevaliers et l’aristocratie européenne ne sont pas les seuls à vouloir prendre part à la grande aventure. Le petit peuple veut également être de la fête ! Emparée d’une fièvre mystique, une foule immense se forme derrière Pierre l’Ermite, un prédicateur au charisme exceptionnel, à la foi inébranlable et à l’éloquence inimitable. Faisant fi de toutes les contraintes matérielles qu’un voyage vers l’Orient implique, il enjoint les hommes (et les femmes, et même les enfants !) à le suivre sans tarder vers la Terre Sainte. Exaspéré d’attendre les chevaliers qui tardent à se mettre en selle, il mène sa propre Croisade avant l’heure. La voyez-vous, cette foule immense de plus de 15.000 personnes qui traverse l’Europe et qui grossit de jour en jour ? Ces miséreux aux pieds meurtris par une marche interminable, qui ne comprennent pas dans quoi ils se sont embarqués, sans aucune discipline, sans un sou de bon sens, traînant avec eux leur femmes et leurs mouflets ? C’est sûr, la « Croisade » de Pierre l’Ermite ne peut pas bien se finir... Tant bien que mal, ils arrivent à Cologne, puis traversent tout le Saint

Empire romain germanique, la Hongrie et arrivent enfin aux portes de l’empire byzantin, un exploit en soi (voir carte page suivante) ! On s’en doute bien, l’empereur Alexis voit d’un très mauvais œil cette horde de mendiants qui s’apprête à rentrer sur son territoire. Arrivés à Constantinople, les disciples de Pierre l’Ermite sont impatients d’en découdre avec les Infidèles. Voilà des mois qu’ils sont sur la route sans avoir croisé le moindre Sarrasin à se mettre sous la dent... Et les impies sont là, à quelques kilomètres à peine de la ville, et on les empêche d’aller se battre ! Tant bien que mal, Pierre parvient à maintenir ses troupes en place. Mais le 21 octobre 1096, alors que ce dernier s’est absenté, ses hommes lui désobéissent et marchent sur Nicée, ville fortifiée conquise quelques années plus tôt par les Turcs Seldjoukides. Sans surprise, les ennemis ne font qu’une bouchée de cette troupe indisciplinée. C’est un véritable massacre. Plus de 22.000 hommes et femmes meurent sous les flèches et les coups de masse des Sarrasins. Tout ça pour ça ! Pierre l’Ermite, absent lors de cette débandade, accuse le coup et attend maintenant

Pierre l’Ermite simple prédicateur qui prit la tête de la Croisade populaire de 1096. 20

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Statue de Gédéon de Forceville érigée près de la cathédrale Notre-Dame d’Amiens en 1854


Entre 2 à 3% de la population européenne (estimée à environ 30 millions d’âmes) prendra part à la première Croisade. Bien peu rentreront dans leur chaumière...

Armoiries du royaume de Jérusalem, royaume chrétien créé en 1099 à l’issue de la première Croisade.

l’arrivée des Croisés, des vrais, à Constantinople.

Les Croisés, les vrais Pendant ce temps, la chevalerie européenne se prépare avec soin. On prépare soigneusement son itinéraire, on décide des lieux d’escale, on gère l’intendance. On estime qu’entre soixante et cent mille hommes vont ainsi se mettre en marche. Tous ne sont pas des combattants, loin de là. Fermez les yeux et imaginez les centaines de chariots, les milliers de chevaux, de bœufs, de mules, de moutons qu’il faut pour approvisionner et nourrir tout ce petit monde. Un véritable casse-tête d’intendance pour une des expéditions les plus impor-

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tantes jamais réalisées. Plusieurs groupes principaux se forment qui se rejoindront tous à Constantinople avant de marcher sur Jérusalem, destination finale de l’expédition. S’il en est un qui s’inquiète de cette effervescence, c’est bien le Basileus Alexis. S’il avait su que sa simple demande de renforts à Urbain II se transformerait en une masse gigantesque de guerriers et d’indigents qui déferlent sur son empire, il y a fort à parier qu’il se serait abstenu... Dans leur habituelle arrogance, les Byzantins considèrent les soldats d’Occident comme idiots et vulgaires. Point question de se mélanger avec cette piétaille qu’ils méprisent presque autant que les Sarrasins ! Par respect, tous les chefs de

guerre croisés passeront par le palais d’Alexis à leur arrivée à Constantinople pour lui prêter serment d’allégeance. Cette mascarade est bien sûr empreinte d’une hypocrisie profonde...

Enfin de l’action ! En mai 1097, soit un an et demi à peine après l’appel à la Croisade d’Urbain II, l’armée franque s’apprête à entrer en action. Leur première cible ? Nicée. La même ville où se sont fait massacrer les Indigents neuf mois plus tôt. Fort heureusement pour eux, la terreur change maintenant de camp... Francs et Byzantins coopèrent à merveille et la ville assiégée tombe rapidement.

Godefroy de Bouillon faisant acte d’allégeance à l’empereur byzantin Alexis de Comnène Alexandre Hesse, XIXe siècle #ETC MAG N°2

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chrétienté catholique chrétienté orthodoxe

LÉGENDE

Islam sunnite Islam chiite Bohémond de Tarente Godefroy de Bouillon Hugues de Vernandois Raymond de Saint-Gilles Robert Courteheuse Via Egnatia Route commune


(1096 - 1099) source image :

@Captain Blood at fr.wikipedia

La Première Croisade

Les Croisades mettent en jeu trois mondes bien différents autour du bassin méditerranéen : le monde Occidenal (en bleu), le monde byzantin (en rose) et les monde musulman (en vert) luimême morcelé et gangrené par des luttes intestines pour le pouvoir.


Sans tarder, les Croisés reprennent la route vers la Terre Sainte. La grande armée est divisée en deux pour faciliter le ravitaillement à travers le désert. Bohémond de Tarente part d’un côté et Godefroy de Bouillon de l’autre. À l’affût du moindre mouvement des troupes ennemies, les Turcs comptent bien mettre cette division à leur profit...

La bataille de Dorylée Le sultan Qilidj Arslan fait fondre ses troupes sur celles de Bohémond. L’issue de la bataille est incertaine, mais par chance le baron franc a

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eu le temps de dépêcher un émissaire qui part au triple galop prévenir Godefroy de Bouillon du piège dans lequel ils sont tombés... Quelques heures plus tard, ce dernier arrive sur les lieux de la bataille et prend l’armée turque en tenailles. C’est la débandade dans les rangs ennemis. Arslan panique et s’enfuit sans demander son reste. Dans le camp chrétien, on jubile ! La victoire de Dorylée fera date et sera longtemps considérée comme le symbole de l’invulnérabilité de l’armée franque. Dorénavant, «  la réputation de sauvagerie des croisés les précédera partout » écrit Philippe Valode.

La prise d’Antioche Les mois qui suivent sont éprouvants pour les troupes peu habituées au climat rude de la steppe anatolienne, au désert puis aux montagnes dangereuses qui se succèdent à un rythme effréné. Le 21 octobre 1097, enfin, l’armée se retrouve devant les portes d’Antioche, une des places fortes les mieux gardées de tout le monde musulman. Le siège qui va suivre s’annonce terrible ! Les pires ennemis des Croisés sont la faim et la chaleur. Dans ces conditions, il sera impossible de tenir longtemps... Surtout, l’armée franque désormais


Jerusalem reprise aux mains des Sarrazins Emile Signol, 1847 15 juillet 1099 : Godefroy de Bouillon, sur son cheval, pénètre dans la ville sainte. Il donne l’ordre de passer hommes, femmes et enfants au fil de l’épée.

commandée par Bohémond ne dispose pas d’armes de siège. Sans armes adaptées, pressés par le temps, comment les Croisés peuvent-ils s’y prendre pour conquérir Antioche ? En mai 1098, Bohémond a un petit coup de pouce du destin. Un certain Firouz, un Arménien qui voue aux Turcs une haine profonde, est introduit auprès de Bohémond. Il a une déclaration fracassante à lui faire : il va lui offrir la ville qu’il connaît comme sa poche sur un plateau ! Il s’introduit par la ruse dans la cité assiégée et ouvre une fenêtre de la tour principale. À l’aide d’échelles, l’armée franque investit les lieux. Bientôt, des centaines d’hommes se répandent dans

toute la ville et ouvrent les portes au reste de l’armée. Les Croisés seront fidèles à leur réputation d’êtres sanguinaires et se livreront aux pires exactions. Les cadavres jonchent le sol, des litres de sang se déversent sur les pavés. Quelques heures plus tard, c’en est fini d’Antioche.

Retournement de situation Les Croisés s’installent dans la ville. Mais les nouvelles vont vite dans le désert syrien. À peine quelques jours plus tard, le 7 juin 1098, une armée turque immense entoure la citadelle. Les assiégeants sont devenus assiégés ! La situation s’éternise

et les troupes de Bohémond, piégées dans Antioche, manquent de nouveau d’eau et de nourriture. Le moral des troupes est au plus bas ! La situation est désespérée... à moins d’un miracle, le rêve de reconquête de Jérusalem s’arrêtera ici... Un miracle, c’est justement ce qui se produit en cette matinée du 10 juin. Un obscur moine du nom de Pierre Barthélémy découvre sous le sol d’une église de la ville une lance. Il prétend avoir eu une vision de Saint André et identifie l’objet à la Sainte Lance, celle qui a meurtri le flanc du Christ sur la Croix ! Cette découverte fait l’effet d’une bombe. Les soldats qui, hier encore, se traînaient lamentablement dans les rues

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#ETC MAG N°2 source image :

FLICKR @James D. Collins


d’Antioche sont tout ragaillardis. Dieu est avec eux ! En fin stratège, Bohémond profite de cette aubaine pour réunir ses troupes et lancer un assaut décisif contre les Turcs. Ceux-ci sont stupéfaits de voir la fougue et l’envie d’en découdre des bataillons croisés, eux qui s’attendaient à voir surgir de la citadelle des soldats à la mine déconfite et au moral complétement abattu ! Pourtant en large infériorité numérique, les soldats chrétiens remportent la bataille finale. Antioche est définitivement capturée. Allelujah !

Jérusalem ! Les 600 kilomètres qui séparent Antioche à Jérusalem ne seront pas les plus difficiles à parcourir. Les villes capturées s’enchaînent sans effort : Beyrouth, Saint-Jean d’Acre, Césarée... Le 7 juin 1099, un an presque jour pour jour après le triomphe d’Antioche, Jérusalem est enfin en vue. Les soldats en pleureraient presque. Ils ont réussi ! Malgré toutes les difficultés, ils foulent le sable que Jésus-Christ à fouler avant eux. Ils sont en passe de délivrer son Tombeau ! Avant de se réjouir, il faut mener l’ultime combat. Les Infidèles ne comptent pas offrir la ville sainte aux Chrétiens sans se battre. Mais que peuvent-ils contre la ferveur et la détermination sans faille de cette armée croisée qui ne craint plus la mort ? Très vite, les fortifications de la ville tombent et la furie se déverse sur la ville. Comme à Antioche, le sang coule à gros bouillons sur le sol sacré de Jérusalem. Des dizaines de milliers d’Infidèles, hommes, femmes, vieillards, enfants, sont passés au fil de l’épée. Des exactions aussi barbares qu’inutiles. Les voies du Seigneur sont impénétrables. Quoi qu’il en soit, nous sommes le 15 juillet 1099 et voilà la chrétienté installée à Jérusalem. L’euphorie passée, on se regarde. Et maintenant, que fait-on ?

Les quatre chefs de guerre de la première Croisade Godefroy de Bouillon, Bohémond de Tarente, Raymond IV de Toulouse et Tancrède de Hauteville

Et maintenant ? Godefroy de Bouillon se fait nommer Prince de Jérusalem. Oui, seulement prince et non Roi car, comme il le dit lui-même, « je ne porterai pas une couronne d’or là où le Christ a porté une couronne d’épines. » Dans la foulée, les Croisés fondent le Royaume latin de Jérusalem qui survivra jusqu’en 1268. L’euphorie retombe vite dans les rangs des Croisés lorsqu’ils se rendent compte qu’ils sont au bout du Monde et entourés d’ennemis! A partir de 1128, l’Islam retrouve ses couleurs et engage de nouveau une lutte à mort contre les Chrétiens. En 1144, la population chrétienne d’Edesse (au Nord-Est d’Antioche) se fait massacrer. La deuxième Croisade peut maintenant commencer... Pour les plus curieux d’entre vous qui veulent savoir comment tout cela se termine, un dossier complet est à consulter sur le blog #ETC : http://bit.ly/PRGctZ

La prise d’Antioche

Illustration d’un manuscrit datant du XIVe siècle

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VOYAGE ²

30 - Le Monde en photos 36 - Carnet de Voyages : Poitiers


Bateau de pêche à Na Trang, Vietnam


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LE MONDE en photos


TEMPLE AUX MILLE VISAGES Angkor, Cambodge Le Bayon, ou Temple aux mille visages, est l’un des plus beaux temples du site d’Angkor. Vous pensez peut-être que le visage sculpté représente une divinité ? Que nenni  ! C’est Jayavarman VII (1181 - 1201), le dernier grand roi de l’empire khmer, qui a fait graver son visage sur toutes les tours du Temple. Le but  ? Faire comprendre à ses sujets que son regard portait aux quatre coins de son Royaume et que nul ne pouvait échapper à sa surveillance... Qui a dit mégalomane ?


LE MONDE en photos

Photo de Jean-Louis BURDIN


Tours de guet en Corse L’île de beauté possède une soixantaine de tours de guet tout autour de son littoral. Ces tours génoises furent construites à partir du XVIe siècle pour se prémunir des invasions et des dangers venus de la mer... Aujourd’hui, elles font le bonheur des touristes et apportent une touche historique aux merveilleux paysages de l’île.


LE MONDE en photos


Scène de la vie quotidienne à Venise Construite en 528 après Jésus-Christ, la Cité des Doges possède un patrimoine exceptionnel. 455 ponts enjambent près de 200 canaux (dont le Grand Canal, le plus important, en photo ici) et donnent accès à 123 églises ! C’est sûr, la Sérénissime mérite bien son surnom !

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E D IT C É R E G A Y O V

POITIERS ...et ses fameuses Nuits Romanes par Marine Fa Blogueuse

A priori, la ville de Poitiers n’est pas tout à fait aussi dépaysante que les collines magiques de la Cappadoce (cf. numéro précédent). Un certain ennui pourrait même faire bailler le premier badaud venu. Pourtant, la « plus petite des grandes villes de France », capitale de la Vienne, aurait mille trésors à montrer si on s’y penchait d’un peu plus près. Et ça tombe bien, parce qu’ #ETC Mag’ y est allé pour vous ! 36

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Flickr - @Région Poitou-Charente - Orchestre des Champs-Élysées & cie Transe Express

Polychromies de Notre-Dame-la-Grande sur la façade de la porte d’entrée principale, sont projetées toutes les nuits des illuminations qui donnent l’illusion qu’elle est peinte.

Flickr - @Région Poitou-Charente

Le Futuroscope Le très célèbre parc à thèmes, où il y a bien plus que des attractions Beaucoup de ceux qui sont passés dans la Vienne ont fait un tour au Futuroscope. Le projet a été lancé au tout début des années 1980 par le Conseil Général de la Vienne qui décide de monter une véritable cité du futur : la construction de ce qui s’appellera le Futuroscope commence en 1983 sur les communes de Chasseneuildu-Poitou et de Jaunay Clan. Le parc sera inauguré le 31 mai 1987

et ouvert tout l’été. Les spectateurs y viennent alors (et aujourd’hui encore) en prendre plein la vue : cinéma dynamique, films en relief, spectacles, etc. Les attractions ont toujours évolué depuis et attirent toujours plus de visiteurs. En 2012, 17 millions de personnes en avaient franchi les portes, faisant du Futuroscope le deuxième parc à thèmes français en termes de fréquentation. Cependant, le Futuroscope n’est pas qu’un parc d’attractions géant : la Vienne a tenu ses promesses de Cité du Futur. Aujourd’hui, de nombreux projets innovants voient le jour

dans ce qui s’appelle le Technopole du Futuroscope. Pas étonnant, quand on sait que de nombreuses entreprises, plusieurs laboratoires de recherche et d’innovation ainsi que de nombreux étudiants s’y sont implantés. On y trouve ainsi le lycée-pilote innovant international, plusieurs formations dépendant de l’Université de Poitiers, pépinière du centre d’Entreprise et d’Innovation. On peut également assister, au Palais des Congrès, à la Gamer Assembly, où s’affrontent les meilleurs joueurs mondiaux de jeux vidéos sur ordinateur.

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Flickr/ @Jean & Nathalie

Poitiers, une ville d’histoire … Et ça date !

Clovis tue Alaric II Représentation du moment fatidique de la bataille de Vouillé (407). Miniature du XVème siècle. Bibliothèque nationale de France, Paris.

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Évidemment, la première chose qui vient en tête quand on parle de l’histoire de Poitiers, c’est une vague idée d’une bataille avec Clovis. En fait, on parle ici de la Bataille de Vouillé où les Francs menés par Clovis repoussèrent les Wisigoths qui avaient un certain Alaric II pour chef. On pourrait croire que depuis cette mythique bataille, en 407, la ville de Poitiers n’a pas connu d’autres événements capitaux... Ce n’est pourtant pas tout à fait vrai ! Outre la célèbre bataille de Poitiers (732) où Charles Martel met un point d’arrêt aux razzias musulmanes, l’Université de Poitiers, par exemple, est l’une des plus vieilles de France. Elle a été fondée en 1431, pendant la Guerre de Cent ans, et certains professeurs de Paris y ont alors été envoyés. Et au siècle suivant, Joachim Du Bellay et Pierre Ronsard ont sympathisé dans cette même Université avant de monter à Paris. D’ailleurs, selon le palmarès 2012-2013 de l’étudiant, Poitiers est encore la première ville de France de taille moyenne où il fait bon étudier …


Flickr - Notre-Dame la Grande by @David_Yannick

Les fameuses Nuits Romanes Si vous avez eu l’incommensurable joie de parcourir Blason de la ville de Poitiers le métro parisien ce printemps, vous avez pu voir D’argent au lion de gueules, à la bor- qu’à plusieurs stations de grandes affiches vantaient dure de sable besantée de 12 pièces les vacances en Poitou-Charentes, notamment par d’or ; au chef d’azur chargé de trois le biais des Nuits Romanes. Depuis plusieurs étés fleurs de lis d’or... sont en effet organisés lors de cette manifestation culturelle de nombreux concerts et spectacles donnés dans les églises et cathédrales de la région. « Gratuité, proximité, convivialité », la région se réjouit de pouvoir mettre en valeur sa formidable architecture tout en promouvant différents aspects artistiques : musique, art de la scène, cirque, danse, polychromies… Ces nuits se déroulent dans toute la région, avec 150 spectacles environ. À Poitiers, les intéressés ont pu voir un spectacle d’art du feu à l’Eglise Sainte-Radegonde (même si le but est également de promouvoir les églises des petits villages environnants).

L’ INFO DU JOUR POUR BRILLER EN SOCIÉTÉ

Les Polychromies

Les Corses ont leurs polyphonies, les Poitevins leurs polychromies ! Pour valoriser ses monuments, Poitiers a plus d’une astuce. À Notre-Dame-la-Grande par exemple, l’église centrale de la ville, on peut admirer chaque été les Polychromies. Le principe : sur la façade de la porte d’entrée principale sont projetées toutes les nuits des illuminations qui donnent l’illusion qu’elle est peinte. L’idée date de 1995, date à laquelle l’église a été restaurée. Lors de ces travaux, de nombreux pigments datant d’une décoration peinte ultérieure ont été mis à jour. Depuis, ces illuminations permettent de renouer avec cette ancienne tradition. Les statues et la porte principale sont ainsi mises en valeur par les sept décors lumineux imaginés pour l’occasion : minéral, végétal, Marie, Radegonde, Byzantine, Lapis-Lazuli et Pur pigment.

Question mise en valeur de monuments, Poitiers n’a pas à rougir de son originalité. Pour intéresser directement la population à l’architecture, en plus des différentes manifestations estivales et touristiques, la ville adapte ses monuments à la vie quotidienne. Ainsi, les étudiants peuvent avoir cours dans l’Hôtel Fumé, un château gothique du XVIème siècle et les adeptes du shopping peuvent admirer dans leur magasin Zara des vestiges gallo-romains. Y’a pire comme décor !

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ittérature

L’art sauvera le monde. Fiodor Dostoïevski

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rts

42 - Interview : le collectif Infamous Resistenza 48 - Une œuvre sous les projecteurs 50 - Mémoires d’Hadrien, de M. Yourcenar

Drawing Hands, 1948 M.C. Escher#ETC MAG N°1

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INTERVIEW

Unfamous Resistenza

PROPOS RECUEILLIS PAR SEB DOPPLER, aka El Joker

#ETC Mag’ a rencontré pour vous le fondateur de Unfamous Resistenza (UR pour les intimes), Abraxxxas, qui a pas mal de choses à raconter et de belles actus qui font franchement plaisir.

alternatives, subversives, déviantes. Pour cela, en un an, nous avons mis en place un blog pluridisciplinaire, une webradio diffusant H24, et ce n’est pas tout puisque nous commençons l’organisation d’événements à la rentrée.

Bonjour Abraxxxas. Peux-tu te présenter et nous parler d’Unfamous Resistenza ?

Pourquoi avoir décidé de créer UR ? Je ne sais pas si on peut dire que c’était une décision au sens propre du terme, mais plus le résultat de plusieurs décennies dans les milieux underground. J’ai fréquenté beaucoup d’artistes, de labels, sorti des disques, et retenu des leçons de tout ça. J’ai toujours voulu monter quelque chose dans la culture, un label de musique, un fanzine et le jour où j’ai quitté le label IOT records, j’ai décidé de passer à l’acte. Nous n’avons pas la prétention d’être des messies culturels, mais

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alut à toute la team #ETC, merci de me donner la parole. Pour les présentations, moi c’est Abraxxxas, Gabriel Saule de mon vrai nom. Artiste indépendant évoluant dans les sphères hip-hop et électronique depuis 95, j’ai monté il y a peu une entité nommée Unfamous Resistenza, collectif dont le but est la diffusion et la propagation de cultures

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mais aussi à la sphère internet, à l’écologie. Nous sommes ouverts et à l’affût. Peux-tu nous présenter l’équipe UR ? L’équipe Unfamous Resistenza est composée d’un noyau dur d’une poignée de personnes qui font vivre la chose tant sur le blog que sur la radio. La liste de ces personnes est visible sur tous nos réseaux sociaux, mais la particularité d’Unf.Rez est de donner la possibilité à chacun de s’exprimer, d’apporter sa pierre et sa vision tant que, bien sûr, cela ne va pas à l’opposé de ce que nous voulons véhiculer.

« La conscience, l’engagement, la déviance ont presque disparu des magazines, des expositions, des soirées subventionnées. » Abraxxxas, fondateur du collectif Unfamous Resistenza photo par El Joker

nous pensons fermement que la culture façonne les esprits, les mentalités, et donc les actions des hommes. Actuellement, la culture de masse est la plupart du temps festive ou innocente, décérébrée et légère. La conscience, l’engagement, la déviance ont presque disparu des magazines, des expositions, des soirées subventionnées. Il y a À écouter : Un Pavé dans également tout un tas de choses qui ne sont l’Asphalte, pas logiques quant au 100 fonctionnement de la morceaux SACEM, du CNV... Notre de culture vocation chez Unf.Rez alternative est de faire circuler de (visuel par loseou) la matière différente, de la nourriture pour cerveaux. Nous nous intéressons à tout ce qui touche la culture

Tout cela pour dire que notre équipe est en constante évolution, un illustrateur d’actus vient de nous rejoindre, des animateurs radio arrivent à la rentrée, de nouveaux scribouillards et chroniqueurs pour le blog. En gros, pour l’instant nous sommes une trentaine, à des niveaux d’implications différents, tous bénévoles. Comment fonctionne UR ? Nous vous invitons à lire le Manifeste pour mieux comprendre ça mais pour faire court, nous partons du principe qu’aujourd’hui chaque être est un média potentiel, chaque personne a le pouvoir de façonner la culture qui l’entoure, d’accepter ou d’éteindre sa télé. Unf.Rez est participatif, nous avons par exemple une rubrique Chronique Littéraire sur le blog, ouverte à tous, chacun peut partager sa vision, débattre. UR a déjà quelques projets à son actif, quels sont-ils ? Le premier fut Un Pavé dans l’Asphalte  (http://www.unpavedanslasphalte.com), une compilation éclectique de 100 morceaux,

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Alex Mayo, illustrateur et graphiste - Site Personnel : http://www.alexmayo.be/


INTERVIEW

en téléchargement gratuit, une compilation consciente, enragée et engagée qui a nécessité beaucoup de travail. Nous en sommes à plus de 12.000 téléchargements ce qui est plutôt pas mal ! Cette compilation s’est ainsi faite en corrélation avec les internautes qui nous ont carrément suggéré ou envoyé des zikos, le nom de cette compil’ a d’ailleurs été trouvée par un internaute, Arsa, qui a aussi posé un morceau dessus. Tous les mois également, quinze artistes offrent leur musique aux internautes via nos playlists cadeaux. Nous en sommes actuellement à la douzième, ça commence à en faire, du morceau ! Tout est disponible sur notre Soundcloud, faut pas hésiter à aller se servir. Comment va évoluer l’entité UR ? Nous venons d’avoir nos statuts associatifs, jusqu’à présent nous n’étions qu’une entité officieuse, dorénavant on va pouvoir faire plus de choses, on aura aucun scrupule à gratter le peu de subventions disponibles,

« On aura aucun scrupule à gratter le peu de subventions disponibles, ce sera toujours ça de moins consacré à la soupe culturelle qu’on nous sert tous les jours. » ce sera toujours ça de moins consacré à la soupe culturelle qu’on nous sert tous les jours. Unfamous Resistenza sera très bientôt organisatrice d’événements, mais pas seulement, nous voyons grand; pourquoi pas devenir un label, un tourneur, tout en étant un média ? Nous avons envie d’inverser la vapeur, que l’underground devienne le mainstream, quitte à faire de l’entrisme. En e arol par C Sculpture en Argile

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aK ak r e lli Loi


septembre nous allons mettre en place un Ulule (ndlr : site de financement participatif européen) qui permettra aux gens qui nous suivent d’adhérer à l’asso et de nous aider s’ils le désirent. Nous avons plein d’idées et de projets comme par exemple partir de chez Radionomy et faire une vraie radio sans publicité mais tout cela a un coût assez élevé. Bien entendu, depuis le départ, nous mettons la main à la poche mais nous ne serions pas contre un coup de pouce qui, j’en suis sûr, aura lieu car beaucoup de gens se retrouvent dans ce que nous proposons, ont le même rasle-bol que nous sur certains statu quo dans le paysage culturel.

Comment envisages-tu l’avenir de UR ? Je l’espère radieux, rayonnant, que pleins de personnes nous rejoignent, des artistes, des activistes, des spectateurs, auditeurs et lecteurs pointilleux. Qu’ensemble on puisse enrayer leur culture de l’illusion et du divertissement-diversion.

Visuel par bunka

Est-ce que des événements sont prévus dans un futur proche ? Oui, notre première soirée aura lieu le 26 octobre à la Dynamo/Toulouse, et notre Festival au printemps 2014 est également en préparation, toujours dans le Sud-ouest. Nous espérons avoir rapidement des possibilités dans d’autres régions.

Des dédicaces, un commentaire pour clore l’interview ? Oui, une énorme dédicace à tous ceux qui s’investissent à nos côtés depuis le départ pour que ça fonctionne ! En particulier Rigolitch et Jigé qui sont nos réactifs et hyper compétents graphistes et webmaster ! Mais également à tous ceux qui font des émissions, apportent du contenu ou des idées de contenu, ceux qui relayent l’information, You are UR ! Le mot de la fin ? Resistenza !

Le manifeste d’Unfamous Resistenza : http://fr.scribd.com/doc/109704763/Unfamous-Resistenza-Manifeste-v2

Leur webradio : http://radio.unfamousresistenza.fr/

Visuel par Dr Bergman

Retrouvez Unfamous Resistenza sur leur blog : http://blog.unfamousresistenza.fr/


L Une

sous les

ŒUVRE

projecteurs

’angélus – ou prière de l’Ange – est en premier lieu le nom donné à une prière en l’honneur de Jésus Christ composée de trois fois deux vers entrecoupés d’un Je vous salue Marie. Traditionnellement, depuis un décret du roi Louis XI en 1472, tout bon Chrétien qui se respecte est censé s’arrêter de travailler 3 fois par jour – à 6h00, à midi et à 18h00 – pour se recueillir et réciter cette prière. Cette dernière a lieu au son d’une cloche qui sonne 3 fois 3 coups espacés pour laisser le temps de réciter chaque verset puis une sonnerie à la volée. L’Angélus est d’ailleurs encore parfois sonnée dans certains villages. Bien peu de personnes se rappellent toutefois de sa signification… Jean-Fançois Millet peint ici un souvenir de jeunesse. Enfant, il vivait avec sa grand-mère qui lui demandait de cesser immédiatement le travail aussitôt qu’on entendait les cloches au loin. La scène se déroule donc à la fin du XIXe siècle, au début de la grande révolution industrielle. Il faut voir ce tableau comme un témoignage des pratiques du temps passé, empreint de nostalgie et d’une grande piété. Pour

ANEC DOTE

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L’Angélus de Millet a totalement fasciné Salvador Dali qui lui a consacré un livre, le Mythe tragique de l’Angelus de Millet (1938). Selon lui, les deux paysans ne sont pas en prière après avoir entendu sonner l’Angélus, mais se recueillent devant le petit cercueil d’un enfant. Pour en avoir le cœur net, le Louvre fait radiographer le tableau. Ô, surprise ! Un caisson noir apparaît à la place du panier posé par terre... Quel génie, ce Dali !


par Djinnzz Blogueur

EN BREF Peinte entre 1857 et 1859, l’Angélus de Millet peut aujourd’hui être admirée au Musée d’Orsay (Paris). Ses dimensions sont toutes riquiqui : à peine 55 sur 66 centimètres. Mais si la grandeur d’une œuvre d’art se mesurait à la taille de sa toile, ça se saurait !

peu que vos origines soient françaises, vous contemplez en ce moment même une scène ordinaire du quotidien de vos ancêtres. La fourche plantée au premier plan, les sacs de pommes de terre disposés dans la brouette ou encore la silhouette du clocher qu’on aperçoit en arrière-plan ne sont évidemment pas là par hasard et l’utilisation des lignes directrices est ici flagrante : elles sont verticales et guident le regard du spectateur

L’Angélus, 1857

Jean-François Millet huile sur toile, 55,5 x 66 cm

vers le haut. Puisque le tableau représente un temps de prière, on peut supposer sans trop de risques la volonté de l’artiste de symboliser l’élévation spirituelle par la prière. L’interprétation d’un tableau est toujours un exercice délicat dans lequel il ne faut s’engouffrer qu’avec précaution. On assiste ici à la collision de deux mondes : le temporel, dans lequel l’Homme doit travailler dur pour survivre (allez donc ramasser des pommes de terre à la main toute la journée et vous comprendrez…) et l’intemporel, celui dédié à Dieu. À partir de là, les interprétations peuvent largement dévier suivant la sensibilité à la religion de chacun…

Quand Salvador Dali s’empare de l’œuvre... L’Angélus architectonique de Millet, Dali, 1933 (à gauche) Rémlnescence archéologique de l’Angélus de Millet, Dali, 1935 (à droite)

L’analyse de l’œuvre se poursuit sur le blog #ETC: http://bit.ly/14b5WJ1 #ETC MAG N°2

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LITTÉRATURE

Maguerite Yourcenar, Fotocollectie Algemeen Nederlands Fotopersbureau (ANEFO) / Croes, R.C.

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Maguerite Yourcenar Mémoires d’Hadrien par Mélie Mini-Mélo Blogueuse

Paratexte De son vrai nom Marguerite de Crayencour, Mme Yourcenar est née en 1903 à Bruxelles. Bien qu’orpheline de mère, elle eut la chance de grandir auprès d’un père original et cultivé qui jouissait d’une aisance financière suffisante pour permettre à sa fille de beaucoup lire et surtout beaucoup voyager. Elle enseigna le français en Amérique où elle s’installe en 1949 avec sa compagne Grace Frick. Traductrice de Virginia Woolf et Henri James, elle s’adonne également à la traduction de textes en grec moderne ou en grec ancien. Traitant du problème de l’homosexualité ou s’inspirant de l’antiquité romaine ou grecque, Marguerite Yourcenar figure parmi les auteurs classiques les plus étudiés dans le secondaire et le supérieur et est la première femme élue à l’Académie française en 1980. Sept ans après cette consécration, elle décède dans le Maine, États-Unis.

Publié en 1951, Mémoires d’Hadrien est une autobiographie fictive de l’empereur romain du IIè siècle. L’élaboration du projet et du texte s’étalent sur pratiquement 30 ans, et a demandé à l’auteur un travail considérable de documentation et de notes.

Résumé Le texte est divisé en plusieurs sections correspondant à différentes étapes de sa vie. Il débute par une lettre à Marc, son petit-fils et c’est au court de cette lettre qu’il forme le projet de lui raconter sa vie pour l’instruire. Il commence donc son récit par ses jeunes années de patriciens qui a tout à apprendre et la première section du livre se clôt par la mort de Trajan qui fit de lui son héritier et successeur. La deuxième section rapporte comment il rétablit la paix et une situation stable dans son empire, et c’est dans la troisième qu’il est question de son apogée en tant que chef et en tant qu’homme ; c’est dans cette séquence qu’il évoque son amour pour le bel Antinoüs qui se suicidera. Disciplina augusta (la discipline auguste), la quatrième partie, est l’occasion de revenir sur son deuil douloureux et le texte se termine sur une dernière séquence, Patientia (la souffrance) ; le vieil homme

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LITTÉRATURE médite sur une mort qui semble le prendre alors qu’il est encore en train d’écrire.

La forme Avec ce roman, Marguerite Yourcenar nous offre un texte hybride. Autobiographie fictive, proche du genre de la confession, le texte offre un portrait fidèle de l’empereur et mêle le roman historique, le genre de la lettre et la méditation sur le genre humain. M. Yourcenar prête à l’empereur un style et une langue d’une grande pureté classique grâce à laquelle la prose se fait poésie.

Les idées Comme beaucoup d’autobiographie, il s’agit pour le personnage de revenir sur ce que fût sa vie pour en tirer des enseignements sur lui et sur l’humanité. Autoportrait d’un homme seul devant son passé qu’il couche sur le papier, le texte est l’occasion de transmettre bien plus qu’une tranche de l’histoire, des maximes à l’attention du ou des destinataire(s). Plus qu’une autobiographie, ce texte est l’occasion d’élaborer une théorie sociale et philosophique, la théorie du contact qui fait de l’érotisme, la sensualité, le toucher les conditions d’accès à la connaissance de ce qui nous est extérieur.

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Je continue à vouer un réel culte à cette œuvre dont je relis parfois quelques pages au hasard. mains ne suffisent plus pour compter les années qui me séparent de cette première rencontre avec Mémoires d’Hadrien, je continue à vouer un réel culte à cette œuvre dont je relis parfois quelques pages au hasard. Alors, oui il faut s’accrocher, il peut arriver que le lecteur doive se faire violence pour poursuivre sa lecture, mais je n’ai rencontré que très peu de personnes qui ont regretté la lecture de ce livre. La réflexion qui est menée dans ces Mémoires est intemporelle et on se laisse tout autant ravir par les maximes et les réflexions métaphysiques du vieil homme que par la poésie et la beauté des images et du texte. N’hésitez pas à le lire et à le conseiller !

L’avis de la rédaction

À lire :

Le style est ardu et je me souviens que ma première lecture, alors que j’étais en première au lycée, a été douloureuse.

Mémoires d’Hadrien, Marguerite Yourcenar

C’était la première fois que je devais autant me forcer pour lire, c’était la première fois pour moi qu’un texte me semblait aussi peu attrayant, du moins jusqu’à la moitié de l’œuvre environ. Car les premières douleurs, les premiers calvaires surmontés, je dévorais le livre et je garde encore un souvenir ému de certaines pages. Alors que mes deux

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Buste de l’empereur Hadrien

marbre, 127 ap. J.-C., Crète

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Department of Greek, Etruscan and Roman Antiquities, Denon, ground floor, room 25, Jastrow (2007)


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MUSIQUE

LES CASTRATS : LEUR ART, LEUR VIE, LEURS FOLIES

LES CASTRATS par François Jean Hans Blogueur

Du début du XVIIème à la seconde moitié du XVIIIème siècle, l’histoire de la musique s’est accompagnée d’un phénomène unique, l’usage de chanteurs masculins châtrés avant la mue. Originaires d’Italie, ces castrats devinrent les rock stars de l’Europe baroque.

Réjouissez-vous, vous saurez enfin tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les castrats sans jamais oser le demander ! #ETC Mag’ vous propose de faire le tour du sujet en 10 questions.

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MUSIQUE

LES CASTRATS : LEUR ART, LEUR VIE, LEURS FOLIES

1. Comment le phénomène musical des castrats est-il né ? Si la castration a été pratiquée par diverses cultures, l’idée de priver à dessein des petits garçons de leur patrimoine intime en vue d’en faire des chanteurs à la voix aigüe est née dans un contexte bien particulier, celui de l’Italie de la fin du XVIème siècle. Prenant Saint-Paul à la lettre (« Que les femmes se taisent pendant les assemblées ! »), l’Église a en effet défendu aux femmes de chanter dans les lieux sacrés. Cette interdiction fut ensuite étendue aux scènes de théâtre de l’ensemble des Etats pontificaux (c’est-à-dire une bonne partie de l’Italie de l’époque) car la femme, chanteuse de surcroît, était susceptible de créer des désirs peu catholiques chez les spectateurs. Mais comment faire fonctionner des chorales religieuses et des théâtres lyriques sans la moindre voix de femme ? Ah ben tiens, j’ai une idée !

2. Comment pratiquait-on la castration ? L’opération se pratiquait le plus souvent entre 8 et 10 ans, c’est-à-dire à un moment où l’on avait déjà repéré les talents musicaux de l’enfant mais suffisamment longtemps avant sa mue. Plusieurs méthodes étaient possibles, la plus répandue étant semble-t-il de couper le cordon spermatique puis de plonger le garçon (auquel on avait parfois donné un peu d’opium) dans un bain brûlant pour faire flétrir ses glandes génitales. Etant donné les moyens limités d’anesthésie de l’époque, l’opération ne devait pas être une partie de plaisir et on ne dispose bien sûr d’aucune statistique sur le taux de mortalité observé. L’Eglise condamnant sévèrement cette pratique (non, non, il n’y a aucune contradiction), ces opérations ne se faisaient qu’après avoir été approuvées par des docteurs complaisants et pour des raisons médicales souvent farfelues, allant du coup de pied mal placé à la morsure par un canard. On atteint là un aspect d’autant plus sordide que la plupart des garçons ainsi castrés étaient issus de familles pauvres, souvent des paysans du sud de l’Italie qui y voyaient une opportunité financière ou une possibilité de promotion sociale. On estime qu’à l’apogée du système, environ 4000 enfants étaient ainsi opérés chaque année, dont seulement une poignée connaîtrait la gloire. Les autres étaient condamnés à demeurer d’obscurs chanteurs paroissiaux, devenaient bedeaux, domestiques voire prostitués.

4.000 enfants par an

étaient

opérés

dont seulement

une

poignée

connaîtrait la

gloire

À écouter : FarinelliPorpora Arias, Philippe Jaroussky (Erato).

Francesco Bernardi, dit Senesino (1685 - 1745) À gauche sur l’illustration, Senesino interprète le rôle principal de la pièce Flavio écrite par Haendel.

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3. Où le phénomène des castrats s’est-il développé ?

4. O nt l’Eur -ils vraim ope ? ent c onqu Non, is to u Versa n petit ute villag illes, e ga et été

Au-delà de l’interdiction faite aux femmes de chanter en public, l’essor des castrats est avant donc u reç tout dû à l’engouement extraordinaire du public Paris lois a ré ont m us avec sisté e t b i de l’époque pour ces voix surnaturelles. Il a par à l Bona ême réuss enveillanc la France . Si d ’envahiss p e i arte, à p conséquent bien vite débordé le cadre initial a a eu r e r beau coup force est racher de Louis XIV s castrats r : des Etats pontificaux pour gagner l’ensemble d s de su e con Les F et Lo ont larme cc ra st u de l’Italie et notamment Naples, qui était ont é nçais, et ès dans n ater qu’il s à ce gr is XV et o o s n’o té pa n alors la troisième grande ville d’Europe après nt jam s dur de rticul otamme tre pays. mêle n i è a t q r is con l e u es p men e la Paris et Londres et qui fut l’épicentre de la (on n nu e peu castratio t sévères hilosophe musique baroque. Grand lieu de castration s des t pas à leu n éta ambi r éga gü le Lumi it un rd è puis de formation des castrats, Naples masc ité sexue ur donne r com acte atro , jugeant res, lle do ulin c p ou q n p était la plaque tournante de tout ce que le e étaie êlen l m ètem ait d ent ue nt le comb leurs sem e mauvai ent tort… barbare pays monde de la musique comptait alors de sp ), le p p qui s rivilégiait du mauv iternelles enchants que leur compositeurs brillants et de chanteurs ’est i ais g au pu alors vocal m o , franç b adulés. ais de posé à tr plutôt q ût. Il faut ises surai lic ue l’o g avers auqu la tra d ü A partir de là, la folie des castrats i es r e qu pé el g l’ L’exce l’exubéra édie lyriqu Europe, le ra baroq e notre s’abattit sur l’Europe, dès la seconde ue e, n ption g cultu t chant d au style n enre typi italien moitié du XVIIème siècle puis plus relle, es ca quem ettem strats déjà… en e franchement au XVIIIème siècle où ils n’éta nt plus so t bre it pa connurent leur apogée : de Vienne à Londres s ada pté. et de Lisbonne à Saint-Pétersbourg, les meilleurs théâtres et cours royales s’arrachaient leurs services, pour des tarifs souvent exorbitants. L’essor des castrats est indissociable de celui de la musique baroque, dont ils représentent l’aspect le plus extravagant mais aussi le plus révélateur, tant l’esthétique baroque était avant tout fondée sur l’artifice, l’illusion, la surprise, le travestissement, la démesure.

Caffarelli, un castrat pas facile à gérer Autre grande star de l’opéra baroque, le castrat Caffarelli (1710-1783) est un peu l’anti-Farinelli, dont il fut le contemporain. Fat et capricieux, il n’en faisait qu’à sa tête sur les scènes de théâtre où il n’était pas rare de le voir priser du tabac, bavarder avec les spectateurs ou faire le singe pour ridiculiser les autres chanteurs. Il n’était pas non plus très

tendre à la ville puisqu’il raffolait des bagarres, fit un bref passage derrière les barreaux et se fit expulser de Versailles par la dauphine qui vraiment n’en pouvait plus. Sa voix divine et son charisme lui valaient toutefois l’admiration du public. Grand séducteur, il eut une liaison avec une aristocrate romaine hélas mariée. Ayant échappé de peu à une tentative d’assassinat menée par son grand jaloux de mari, il fut obligé de se déplacer dans Rome avec une escouade

de gardes du corps puis jugea plus sage de quitter la ville pour Venise. En 1755, il échappa par miracle au tremblement de terre qui anéantit la ville de Lisbonne et décida dès lors de renoncer à la scène. Pas moins fier de lui pour autant, il se fit construire un palais en plein centre de Naples puis réussit le rêve de sa vie en décrochant un titre de noblesse puisque c’est en duc (richissime de surcroît) que mourut ce fils de paysan.

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MUSIQUE

LES CASTRATS : LEUR ART, LEUR VIE, LEURS FOLIES

5. Ressemblaient-ils à des femmes ? Eh bien non ! Si la castration leur conférait certaines caractéristiques féminines (en termes de pilosité notamment), elle avait aussi pour conséquence de les rendre plus grands et plus gros que la moyenne masculine – c’est le principe du chapon, qui est d’ailleurs le qualificatif qui revenait le plus dans la bouche de leurs détracteurs. Attention toutefois au cliché du castrat laid et obèse car certains étaient de vrais Apollon dont les femmes appréciaient le visage délicat et les bonnes manières.

6. Comment chantaient-ils ? Il est impossible aujourd’hui de se faire une idée précise de la voix des castrats. On sait simplement qu’ils combinaient la beauté et les aigus des voix de femmes, la puissance et le souffle de l’homme, et le timbre perçant et cristallin de l’enfant. Très étendues et virtuoses, rendues particulièrement sonores par un travail acharné sur la respiration, leurs voix dégageaient un pouvoir émotionnel quasi magique. Les castrats étaient particulièrement demandés dans l’opéra seria, forme d’opéra très codifiée qui faisait la part belle à de grands airs de pyrotechnie vocale où les chanteurs solistes rivalisaient de prouesses techniques. Ce genre fut très en vogue au XVIIIème siècle grâce à des compositeurs comme Hasse, Haendel, Porpora, Mozart etc. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les castrats ne se limitaient pas à jouer des rôles de femmes. Au contraire, ils incarnaient le plus souvent des héros de la mythologie, de virils guerriers ou de fiers empereurs. Si un spectateur d’aujourd’hui pourrait être surpris de voir Jules César ou Alexandre le Grand pousser la chansonnette d’une voix suraiguë, un tel « détail » ne gênait pas du tout le public de l’époque.

8. Étaient-ils de vraies pestes ? On les a décrits comme narcissiques, vaniteux, tyranniques, aimant le luxe et toujours prêts à faire des caprices ou à causer du scandale. De nombreux compositeurs se plaignaient de leur comportement tant les castrats avaient pour habitude d’imposer leurs desiderata ou de réclamer que leurs airs soient réécrits car ils ne leur plaisaient pas ! En réalité, il ne faut pas oublier que les castrats étaient un peu les Kanye West ou les Justin Timberlake de l’époque (oui, on a beaucoup perdu en qualité musicale depuis…) : riches, célèbres et adulés par les plus belles femmes, il n’est pas étonnant que le succès soit monté à la tête de certains.

7. Avaient-ils une vie … intime ? En effet, leur infirmité ne les empêchait nullement d’avoir une vie sexuelle (presque) normale. Interdits de mariage par l’Eglise, ils restaient célibataires mais certains ne se sont pas privés pour autant ! Le charme de leur voix, leur ambiguïté et leur côté strass et paillettes en firent même des amants recherchés par les femmes des meilleures familles. En outre, à cette époque où la moindre aventure d’un soir faisait courir le risque de repartir avec un souvenir de monsieur, les castrats, qu’on disait par ailleurs fort endurants, disposaient d’un avantage comparatif certain.

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Alessandro Moreschi : le dernier des castrats ! Dernier castrat en exercice, il cessa de chanter il y a tout juste 100 ans !


Carlo Broschi dit Farinelli, par Jacopo Amigoni (1682 - 1752), huile sur toile, 82 x 61 cm

9. À quelle époque ont-ils disparu ? Les castrats passèrent rapidement de mode dès le début du XIXème siècle. Les idéaux français se diffusèrent alors dans une Europe qui devint consciente de la sauvagerie qu’il y avait à castrer des petits garçons pour le seul plaisir de mélomanes. Surtout, le déclin des castrats s’explique par un changement d’époque : l’heure était alors au romantisme et au grand opéra, à l’esthétique très éloignée de la musique baroque. D’autres divas, sopranos et ténors, ont alors pris la place des castrats… Dès lors, les castrats ne furent plus utilisés que pour des cérémonies religieuses, et ce de façon de plus en plus sporadique. Ce n’est toutefois qu’au début du XXème siècle que le pape les interdit totalement. L’histoire des castrats s’acheva ainsi à l’endroit même où elle avait commencé : la chapelle Sixtine. Le dernier castrat, Alessandro Moreschi, y chanta jusqu’en 1913 et eut même le temps de faire graver sa voix. Ces enregistrements de mauvaise qualité d’un chanteur âgé et médiocre ne nous permettent malheureusement pas de nous faire une idée de ce qu’était l’art du chant des castrats. Il mourut dans l’indifférence générale en 1922.

10. Comment les remplace-ton aujourd’hui à l’opéra ? Les castrats étant par définition irremplaçables et leur voix inimitable, cela pose quelques difficultés pour distribuer les rôles écrits spécialement pour eux. Du coup, on utilise aujourd’hui soit des contre-ténors – hommes chantant en fausset – soit des femmes, contraltos ou mezzosopranos pour la plupart. En dépit du talent des chanteurs actuels, le résultat est sans doute hélas très différent de ce que devait être le chant des castrats…

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MUSIQUE

LES CASTRATS : LEUR VIE, LEURS ŒUVRES, LEURS TOURMENTS

À écouter : Arias for Caffarelli, Franco Fagioli (Naive).

Le plus célèbre de tous les castrats va à rebours de tous les préjugés que l’on peut avoir sur ses semblables : issu non d’une famille pauvre mais de la petite noblesse cultivée, il était la gentillesse incarnée. De même, disposant d’un physique avantageux, on lui prête très peu d’aventures féminines. Carlo Broschi de son vrai nom, il naquit dans le sud de l’Italie en 1705 et fut envoyé après son opération à Naples pour étudier sous la houlette de Porpora, un des compositeurs les plus en vue de l’époque. Son succès fut phénoménal et les meilleurs théâtres italiens, puis européens, s’arrachèrent vite ce chanteur dont la voix fascinait les foules et dont les prestations déclenchaient des scènes d’hystérie collective. Après un détour par Vienne, il passa quelques années à Londres où il donna bien des soucis au compositeur allemand Haendel (alors actif en Angleterre), car il chantait dans la troupe concurrente. Au sommet de sa gloire, il mit fin prématurément à sa carrière publique pour passer vingtdeux ans en Espagne où il avait été appelé à la rescousse pour guérir Philippe V. Totalement neurasthénique, le monarque espagnol était en outre souvent pris de

FARINELLI SUPERSTAR crises de démence au cours desquelles il refusait de se lever pendant plusieurs jours ou se croyait attaqué par les chevaux figurant sur les tapisseries de son palais. On raconte que pendant neuf ans, Farinelli chantait tous les soirs les mêmes quatre ou cinq airs à son chevet pour l’apaiser. L’histoire se répéta avec son successeur Ferdinand VI, pendant le règne duquel Farinelli acquit un rôle politique de premier plan. Farinelli se retira ensuite à Bologne où il reçut le gratin européen des arts (dont Casanova, Gluck et le jeune Mozart) avant de disparaître en 1782. Il fut popularisé en France par le film de Gérard Corbiau qui, s’il rend bien compte de l’extravagance de l’époque et nous rappelle que son frère Riccardo Broschi composa pour lui, nous donne cependant à voir un Farinelli très éloigné de ce qu’il fut réellement. 60

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ZOOM SUR... FARINELLI Le théâtre San Carlo de Naples Inauguré en 1737, le théâtre San Carlo de Naples était alors l’opéra le plus prestigieux d’Europe. Les plus grands artistes s’y sont produits, devant un public qui pouvait être assez remuant et ne se privait pas de manifester bruyamment son engouement… ou son mécontentement !

Quand l’Église s’en mèle... L’Eglise considérant que le mariage était avant tout destiné à la procréation, elle interdisait formellement aux castrats de se marier. Certains d’entre eux en ont appelé au pape, espérant que leur célébrité leur permettrait d’obtenir une dérogation, mais la réponse fut à chaque fois négative. Le fameux Cortona adressa ainsi à Innocent XI une supplique, arguant du fait que son opération n’aurait été qu’à moitié réussie et qu’il n’était donc pas un vrai castrat. « Qu’on le châtre mieux » fut la seule réponse du souverain pontife. Déçu, Cortona renonça au projet d’épouser sa dulcinée et alla jusqu’à changer radicalement de goût, puisqu’il devint le mignon de Jean-Gaston de Médicis. Si Innocent XI avait su…

photo du film Fari italo-belge sorti nelli, film réalisé par Gérarden 1994 et Corbiau

FARINELLI, R A T S R E P U S T A R T S CA #ETC MAG N°2

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CINÉMA

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UNE ŒUVRE CULTE SOUS LES PROJECTEURS LES 39 MARCHES D’ALFRED HITCHCOCK


LES 39 MARCHES Le chef-d’œuvre de Hitchcock décortiqué !

1935 À Londres, le Canadien Richard Hannay rencontre une demoiselle qui se prétend poursuivie. Il accepte de la cacher chez lui, où on l’assassine. Craignant d’être accusé, il comprend qu’il ne pourra prouver son innocence que s’il s’implique dans une intrigue d’espionnage. La phrase qu’elle lui a dite avant de mourir évoquant «les 39 marches», est un de ses seuls indices...

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CINÉMA

UNE ŒUVRE CULTE SOUS LES PROJECTEURS LES 39 MARCHES D’ALFRED HITCHCOCK

par Mériam Ben Sassi Blogueuse

Dans notre poursuite des pépites élevées au domaine public, nous ne pouvions passer à coté du maître incontesté du suspens qui compte à ce jour plus de 22 films en libre accès (parmi les 54 qu’il a réalisés) : j’ai nommé sir Alfred Hitchcock. Le film que nous vous proposons est son premier coup de maître ainsi que le point de départ des thèmes qui feront ses futurs succès.

L’histoire Tout commence dans un music-hall, les premières scènes oscillant entre comédie et comédie romantique. Une cohue provoquée par un coup de feu inoffensif devient le prétexte d’une rencontre entre deux jeunes gens, le héros et celle qui va changer le cours de sa vie. D’emblée, la jeune femme demande au héros s’il peut l’accueillir chez lui... Ce qui, de prime abord, pourrait être une approche de séduction est en fait la recherche d’un havre pour se cacher ! L’intrigue prend alors une tournure bien plus hitchcockienne. Une fois entrée dans l’appartement, la jeune femme évite les fenêtres et les miroirs pouvant trahir son existence. Se sentant enfin en sécurité, elle commence à révéler la raison de sa présence au héros. Le téléphone se met à sonner. La machine infernale est lancée ! Meurtre, fuite, poursuites, suspense haletant,... on retrouve bien là les marques du maître.

Le contexte Tourné en 1935 en Angleterre, Les 39 Marches est le douzième film parlant d’Hitchcock. Il devra réaliser encore cinq films pour que celui-ci soit appelé en Amé-

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La machine infernale est lancée ! Meurtre, fuite, poursuites, suspense haletant,... on retrouve bien là les marques du maître. rique et y connaisse le succès. Les 39 Marches fait parti des rares films britanniques à avoir eu un succès international. N’ayons pas peur des mots, c’est un des tout premiers chefs-d’œuvre

d’Hitchcock, celui qui le révèle aux producteurs d’Hollywood. C’est ainsi qu’à la fin des années 30, le producteur David O. Selznick, dont le plus grand succès (et quel succès !) est Autant en emporte le vent, propose au futur maître du suspense de venir à Hollywood tourner pour lui. Hitchcock accepte et part avec sa famille vivre en Amérique - il ne tournera d’ailleurs plus que là-bas. Les collaborations de ce duo peu commun donneront 4 grands films : Rebecca, La Maison du docteur Edwards, Les Enchainés et Le Procès Paradine. Par la suite, Hitchcock décide d’être

son propre producteur tout en travaillant avec des studios tels qu’Universal, la 20th Century fox et la Warner. Le scénario des 39 Marches est tiré d’une nouvelle de Jan Buchan, mais Hitchcock et son scénariste n’hésite pas à prendre quelques libertés avec celle-ci, notamment en ajoutant un autre personnage principale : Pamela. En effet, comme dans nombre d’Hitchcock, le héros n’est pas solitaire et le film repose plutôt sur le duo qu’il forme avec l’actrice principale. Loin de la blonde ingénue, le personnage de Pamela ouvre la voie aux blondes hitchcockiennes ; froide, résolue, pleine d’esprit. Certaines scènes du film laissent présager de futurs succès d’Hitchcock, notamment La Mort aux trousses. C’est le cas de la scène de poursuite dans le train et de la complicité recherchée ave une femme solitaire pour tenter de trouver une échappatoire. Le thème-même du film, l’innocent poursuivi qui se voit dans l’obligation de rechercher les vrais coupables sous peine d’y laisser sa peau, rejoint aussi La Mort aux trousses.

Le diable est dans les détails Au delà du scénario et des personnages, le génie propre à Hitchcock apparaît surtout dans les détails. Les éléments les plus significatifs ou les plus chargés en émotion sont mis en valeur par des plans serrés nous offrant les premières esquisses de cette

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CINÉMA

UNE ŒUVRE CULTE SOUS LES PROJECTEURS LES 39 MARCHES D’ALFRED HITCHCOCK

manière de tourner. Ainsi des gros plans sur le téléphone qui sonne dans l’appartement du héros faisant de cet objet a priori anodin l’élément déclencheur du passage de la comédie au suspens. Ainsi également des plans réalisés sur les journaux du jour pouvant révéler l’identité du héros et la raison de sa fuite. Des plans dont l’intensité dramatique atteint son paroxysme dans la scène de prière chez le couple de paysans. Les mouvements de caméra alternent entre le journal posé sur la table et le jeu des regards entre le héros, la femme du paysan et le paysan lui même, chacun comprenant l’enjeu de ce bout de papier et formant dans son esprit l’issue de cette révélation. Les plans sur la main de l’espion au doigt mutilé vont quant à eux apparaître par petites touches, augmentant le suspense et nous incitant à scruter les personnes auxquelles va être confrontées notre héros. On a peur que le pauvre ne tombe dans un guet-apens ! Faire monter l’angoisse grâce à des détails filmés en plans serrés deviendra la marque de fa-

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la vraisemblance pour la vraisemblance est une perte de temps. Si vous voulez analyser en terme de plausibilité, vous faites un documentaire.

brique d’Hitchcock. Le suspense va crescendo, nous donne des sueurs froides et restera gravé à jamais dans nos mémoires ! Les exemples ne manquent pas dans la filmographie du maître : la caméra qui suit le verre de lait de l’époux soupçonné de vouloir empoisonner sa femme tandis qu’il monte calmement les escaliers le menant à la chambre de celle-ci (Soupçon) ; la corde sortie de sa cachette servant au personnage principal à entourer les livres donnés au professeur - et qui n’est autre que l’arme d’un crime fait en son honneur (La Corde) ; et bien d’autres encore que vous êtes peut-être vousmêmes en train d’énumérer si vous êtes cinéphile ! Cette attention aux détails s’accompagne chez Hitchcock d’un élément qui pourrait sembler contradictoire mais qui, selon le maître lui même, n’est autre que « la différence entre un film et un documentaire » : c’est le sacrifice de la vraisemblance. Une histoire n’a pas besoin d’être crédible pour être bonne ! Ainsi, dans Les 39 Marches, l’incroyable secret qui vaut au héros d’être poursuivi reste flou et, quand il nous est enfin révélé dans la dernière partie du film, il n’a plus vraiment d’importance...

L’interview de Truffaut Selon Hitchcock dans l’entretien qu’il a accordé à François Truffaut : « la vraisemblance pour la vraisemblance est une perte de temps. Si vous voulez analyser en terme de plausibilité, vous faites un documentaire ». Dans cet entretien de plus d’une dizaine d’heures où le français de Truffaut se mêle à l’anglais d’Hitchcock, les petits secrets de fabrication du maître sont devoilés au grand jour. Le bonheur ultime pout tout cinéphile, en somme ! Les deux réalisateurs y abordent notamment la genèse des 39 Marches et on y apprend entre autre que le roman de Jan Buchan était déjà dans son esprit bien avant son premier vrai succès L’Homme qui en savait trop (une première version du film est sortie en 1934, une seconde en 1956) ; succès qui lui permet alors de choisir son scénario et donc de réaliser Les 39 Marches. Ce qui l’attire dans ce livre c’est « la sous-déclaration de fait hautement dramatique » et la possibilité de construire le film en épisodes, « l’histoire étant celle d’un évadé allant d’un endroit à un autre ». Ce dont avait besoin Hitchcock, c’était d’une bonne histoire courte lui permettant de créer une multitude de scènes très solides. À cette époque, sa manière de travailler consiste à

construire un scénario narratif contenant tout le film du début à la fin de l’intrigue, et de ne s’attacher aux dialogues que dans un deuxième temps. Selon Truffaut - et Hitchock ne le dément pas - c’est bien à la période des 39 Marches que la vraisemblance est abandonnée au profit d’une attention extrême aux détails, comme nous avons déjà pu le voir. Hitchcock justifie ce sacrifice en affirmant que « l’important c’est que chaque scène soit utile et serve un propos ».

Une anecdote pour la route Cette anecdote du tournage cerne l’humour quelque peu « spécial » du grand sir. Pendant une large partie du film, le duo d’acteurs se trouve menotté l’un à l’autre. Après quelques prises, Hitchcock s’éclipse prétextant qu’il a perdu les clefs... il ne reviendra les délivrer qu’en fin d’après midi ! L’histoire ne dit pas si la complicité des acteurs s’en est trouvée augmentée... Il est temps à présent de vous laisser regarder ce premier chef d’œuvre d’Hitchcock et - pourquoi pas ? - de plonger dans le reste de sa filmographie. Le film est visible (légalement) sur Youtube, profitez-en !

Visionnez le film en un clic sur Youtube :

http://www.youtube.com/watch?v=0TbBsqHWMoE

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ALFRED Psychose, Fenêtre sur cour, Les Oiseaux, La Mort aux trousses… la liste de ses réalisations est impressionnante, tout comme l’influence qu’il a eu sur ses pairs. Ce grand maître du cinéma, c’est Alfred Hitchcock. Il commence comme graphiste au RoyaumeUni dans une entreprise qui deviendra par la suite la Paramount, et grâce à des rencontres et de nombreux hasards, il rentre peu à peu dans la réalisation. Ses premiers succès sont encore à l’heure des films muets, dans les années 20. Son cinéma est alors très populaire, de part et d’autre de l’Atlantique. À la fin des années 30, il part aux Etats-Unis et s’installe avec le reste de sa famille

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D HITCHCOCK Sa vie, son oeuvre

à Los Angeles. Le suspense et l’humour noir forment sa signature. Pour expliquer ce goût pour la terreur, sa fille Patricia et lui s’amuseront à évoquer ce qui deviendra une anecdote célèbre sur l’enfance d’Hitchcock. Pour punir son fils, le père d’Hitchcock l’a envoyé au commissariat (où il avait de bonnes relations) pour le faire enfermer en prison, le temps qu’il prenne peur. Ce fut selon lui, cinq minutes très traumatisantes, qui ont alors imprégné tout son travail. Le public, de son côté, aime avoir peur et fait de la dizaine d’années qui sépare Le Crime était presque parfait des Oiseaux une période de faste pour le cinéaste. S’en suivent alors des films assez irréguliers, jusqu’à son dernier succès, Frenzy, qui marque son retour au thriller. Il a encore de multiples projets, mais sa santé fragile l’empêche

de travailler dans de bonnes conditions. Il meurt en 1980 à Los Angeles. Hitchcock a fait bien plus que des films à succès, il a marqué le genre du film à suspense en utilisant plusieurs techniques (ses détracteurs diront qu’il a appliqué la même recette dans chacun de ses films, et qu’en voir un suffit à tous les connaître), la plus connue étant celle du MacGuffin. Il s’agit d’utiliser un prétexte servant à focaliser l’attention du spectateur et rendre l’intrigue plus vraisemblante mais qui n’aura pas réellement d’utilité dans le film. Il est aussi un des premiers réalisateurs à accorder autant de soin à l’esthétisme du film : musiques, décor, angles de vue, Hitchcock est un vrai perfectionniste, ce qui lui a permis de marquer son siècle.

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Illustration : deviantart @Sid


72 - Astronomie : les distances dans l’Univers 88 - Interview exclusive de Korben 92 - Robotique : naissance d’un nouveau genre ? 98 - Notre sélection de sites web du moment

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ASTRONOMIE

DES DISTANCES

... ASTRONOMIQUES ! par Olivier Esslinger

© Crédits photo : ESO/S. Brunier

Astrophysicien & blogueur

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Quelle est la taille du système solaire ? À quelle distance se trouvent les étoiles ? Comment les différentes structures du cosmos sontelles organisées ? L’Univers est-il infini ? Autant de questions que les esprits curieux se posent depuis des millénaires. Nous vivons une époque privilégiée, car les progrès de l’observation astronomique nous permettent de répondre à la plupart de ces interrogations.

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À L’ÉCHELLE DU...

SY S T È ME SO L AI RE LES DISTANCES DANS L’ESPACE

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Les distances dans le système solaire et au-delà sont à proprement parler astronomiques. Plutôt que de les mesurer en kilomètres, les astronomes préfèrent utiliser des unités beaucoup plus grandes. En particulier, ils s’appuient sur des unités basées sur la vitesse de la lumière, 300.000 kilomètres par seconde, l’une des constantes fondamentales de la nature. Dans le système solaire, deux unités sont appropriées : la minute-lumière et l’heurelumière, respectivement la distance que parcourt la lumière en une minute et en une heure, soit environ 18 millions de kilomètres et un milliard de kilomètres. Au-delà du système solaire, même ces unités sont trop petites. On

utilise alors la distance que la lumière parcourt en une année terrestre : l’année-lumière (AL), soit 9500 milliards de kilomètres. Le choix de la vitesse de la lumière est d’autant plus pertinent que, du fait de la vitesse finie de la lumière, lorsque nous observons un objet lointain, nous le voyons tel qu’il était dans le passé. La lumière d’une étoile à 10 années-lumière de la Terre nous parvient après 10 ans de voyage et nous voyons donc l’étoile telle qu’elle apparaissait il y a 10 ans. L’observation astronomique nous fait voyager dans le passé autant que dans l’espace. La Terre gravite autour du Soleil à une distance moyenne de 8


Makémaké, une planète naine aux confins du système solaire

ESO/L. Calçada/Nick Risinger (skysurvey.org)

Cette vue d’artiste montre la surface de la planète naine Makémaké, découverte en 2005. Encore plus éloignée que Pluton, elle met 310 ans pour executer une révolution autour du Soleil.

Pluton et ses satellites Charon, Styx, Nix, Kerberos et Hydra, à une distance qui varie entre 4 et 7 heures- lumière. Image provenant du télescope spatial Hubble. Un traitement a été appliqué (bande noire au centre) afin d’éliminer l’éclat de Pluton qui empêcherait sinon de distinguer les lunes.

minutes-lumière, Mars à 12 minutes-lumière, Jupiter à 43 minutes-lumière, Saturne à 79 minutes-lumière et Neptune à plus de 4 heures-lumière pour ne citer que quelques planètes. Bien qu’il puisse paraître immense à l’échelle de la Terre, le domaine des planètes ne constitue en fait qu’une petite fraction du système solaire. La planète naine Pluton fait partie d’un ensemble de petits corps appelé la ceinture de Kuiper. Cette dernière contient d’autres planètes naines, par exemple Haumea et Makemake, ainsi que les comètes à courte période (celles qui viennent rendre visite au Soleil relativement

souvent, par exemple la comète de Halley). Cette ceinture s’étend dans un domaine de distance situé entre 4 et 7 heures-lumière du Soleil. Plus loin, on rencontre l’héliopause, la limite de l’héliosphère, une sorte de bulle sculptée dans le milieu interstellaire par le vent solaire (le flux de particules émis en permanence par notre étoile). La sonde Voyager 1, l’objet artificiel d’origine terrestre le plus éloigné de la Terre, se trouve à environ 17 heures-lumière du Soleil et a commencé à détecter un surplus de particules provenant de l’extérieur du système solaire, ce qui suggère

qu’elle s’approche maintenant de cette limite. Entourant tout ce beau monde, on trouve le nuage d’Oort, un ensemble gigantesque de petits corps qui n’a pas été observé directement, mais dont l’existence est suggérée par l’observation des comètes à longue période (qui s’aventurent rarement près du Soleil). Le nuage d’Oort marque la fin du domaine gravitationnel de notre étoile, donc la limite externe du système solaire. La taille de ce nuage n’est pas connue avec certitude, mais elle est de l’ordre de grandeur de l’annéelumière (AL).

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aussi appelée “l’oeil de Dieu”

À L’ÉCHELLE DE LA...

LES DISTANCES DANS L’ESPACE

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crédits : NASA, the Hubble Helix Nebula Team

Nébuleuse de l’Hélice

VOIE L ACT ÉE L’étoile la plus proche du Soleil, à 4,2 AL, est la naine rouge Proxima du Centaure, une petite étoile peu brillante et invisible à l’œil nu, malgré sa proximité. En nous éloignant un peu, nous rencontrons des étoiles plus lumineuses donc visibles à l’œil nu, comme Sirius à 8,6 AL, Véga à 25 AL ou Arcturus à 34 AL. En nous éloignant encore, nous rencontrons d’autres étoiles bien connues de la voûte céleste. Comme ces étoiles sont plus lointaines, elles doivent être intrinsèquement plus grandes et brillantes : ce sont des supergéantes, par exemple Bételgeuse à 650 AL, Rigel à 860 AL ou Deneb à 1550 AL. D’autres corps plus lointains sont aussi visibles pour l’astronome amateur  : les nébuleuses. Il

s’agit de régions de gaz et de poussières, soit des résidus d’explosions d’étoiles, soit des régions de formation stellaire. Citons des exemples connus comme la nébuleuse de l’Hélice à 700 AL, la nébuleuse d’Orion à 1340 AL ou la nébuleuse de la Carène vers 7500 AL. Les étoiles et nébuleuses visibles à l’œil nu n’occupent qu’une petite fraction d’un ensemble beaucoup plus grand : la Voie Lactée. Cet ensemble contient entre 200 et 400 millions d’étoiles, il ressemble à un disque de 1000 AL d’épaisseur et de 100.000 AL de diamètre. La Terre et le Soleil se trouvent à 27.000 AL du centre de la Voie Lactée et orbitent autour de lui en une année galactique, soit 230 millions d’années.


Nébuleuse d’ORION

(Détails)

Rappelons-le, une nébuleuse est un objet céleste composé de gaz et de poussières interstellaires. La nébuleuse d’Orion a la particularité de pouvoir être vue avec une simple paire de jumelles depuis la Terre. Elle est située à 1340 années-lumière de la Terre et mesure environ 25 années-lumière de diamètre ! crédits : ESO/Igor Chekalin

La galaxie d’Andromède, à 2.5 millions d’AL, observée par le satellite GALEX.

À L’ÉCHELLE DES...

La Voie Lactée n’est qu’une galaxie parmi d’autres. Depuis l’hémisphère sud, on peut facilement voir à l’œil nu deux petites galaxies satellites de la nôtre : le Grand Nuage de Magellan, à 160.000 AL, et le Petit Nuage de Magellan, à 200.000 AL. Depuis l’hémisphère nord, on peut observer une galaxie plus similaire à la nôtre  : la galaxie spirale d’Andromède, à 2.5 millions d’AL. La Voie Lactée et la galaxie d’Andromède sont les membres principaux d’un ensemble d’une cinquantaine de galaxies appelé le Groupe Local dont le diamètre

crédits : NASA, GALEX Mission

Galaxie d’Andromède

GAL AX I ES est estimé à 10 millions d’AL. On observe beaucoup d’ensembles plus grands, avec des centaines ou des milliers de membres, que l’on appelle alors des amas de galaxies. On peut citer par exemple l’amas de la Vierge, à 60 millions d’AL, qui pourrait compter jusqu’à 2000 membres. Les observations montrent que le Groupe Local et les amas de galaxies qui l’entourent forment une structure encore plus gigantesque, centrée sur l’amas de la Vierge, d’où son nom : le superamas de la Vierge. Son diamètre est de 100 millions d’AL et il contient une centaine de

groupes et d’amas de galaxies. Le superamas de la Vierge fait lui-même partie d’un ensemble extraordinaire appelé le complexe de superamas Poissons-Baleine. Cette structure, découverte en 1987, est large de 150 millions d’AL et longue d’un milliard d’AL. D’autres structures plus grandes ont été observées au-delà du superamas de la Vierge : le Grand Mur de Sloan, d’environ 1,4 milliard d’AL de long et découvert en 2003, et le Huge-LQG (Huge Large Quasar Group), de 4 milliards d’AL de long et découvert en 2012.

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ENCORE PLUS LOIN ! À L’ÉCHELLE DE...

LES DISTANCES DANS L’ESPACE

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L’ UNIV ERS O B SERVAB LE Au-dessus du milliard d’AL, nous nous retrouvons à l’échelle de l’Univers observable. Contrairement à l’Univers considéré dans sa totalité, l’Univers observable n’inclut que les corps et structures que nous pouvons observer depuis la Terre. Comme aucune information ne peut se propager plus vite que la vitesse de la lumière et que l’Univers n’existe que depuis 13,8 milliards d’années, la taille de l’Univers observable est définie par la distance que la lumière a parcourue en 13,8 milliards d’années. Pour calculer la taille de l’Univers observable, il faut cependant aussi prendre en compte l’expansion de l’Univers. Comme l’espace s’est continuellement dilaté depuis le Big Bang, la limite de l’Univers observable est beaucoup plus éloignée que

les 13,8 milliards d’AL auxquelles on pourrait s’attendre à première vue. En fait, les modèles cosmologiques basés sur les observations et la théorie de la relativité générale montrent que le diamètre de l’Univers observable est d’environ 93 milliards d’AL. La limite de l’Univers observable est relative et n’a pas de signification physique. L’Univers dans son ensemble doit s’étendre bien au-delà de cette limite et il est même probable qu’il soit infini. Malheureusement, ces régions nous sont à tout jamais inaccessibles. Les modèles qui tentent de les décrire ne pourront donc pas être vérifiés par l’observation et la question de la taille de l’Univers dans son ensemble ne trouvera jamais de réponse.


L’UNIVERS LOINTAIN

ESA and the Planck Collaboration

ESA/Herschel/SPIRE/HerMES

Cette bouillie de pixels est en réalité une image de l’Univers lointain prise par le télescope Herschel où l’on observe des galaxies qui se trouvent jusqu’à plus de 10 milliards d’années-lumière de nous.

Le fonds diffus cosmologique, observé ici par le satellite Planck en 2013, est la première lumière émise par l’Univers, à peine 380,000 ans après le Big-Bang. Ses infimes fluctuations, très exagérées sur l’image, sont à l’origine des structures que nous observons aujourd’hui dans l’Univers.

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L'INTERVIEW

DE KORBEN

INTERVIEW

fondateur de korben.info et de Remixjobs.com

Véritable star du Net, Korben est classé 3e dans le classement des 100 personnalités les plus influentes sur les réseaux sociaux en France. Et devinez quoi ? Il a accepté de livrer une interview pour #ETC Mag’ !

Bonjour Korben ! Peux-tu te présenter pour les quelques lecteurs qui ne te connaissent pas encore ? Bonjour. Je m’appelle Manuel Dorne, plus connu sous le pseudo de Korben et depuis 2004 j’écris sur mon site (korben.info) à propos de tout ce qui m’intéresse et me passionne. C’est essentiellement des sujets autour des technologies informatiques, mais je peux aussi parler voyage, cinéma, science...etc. Tu es aujourd’hui un blogueur incontournable, mais peux-tu raconter à nos lecteurs comment tu as démarré ta carrière ? Au départ, j’étais «newser» sur un forum consacré aux technologies P2P (rien d’illégal, je vous rassure). J’avais aussi un site sur lequel j’hébergeais quelques logiciels de mon cru, puis j’en ai eu assez de squatter un forum qui n’était pas le mien et j’ai commencé à écrire des articles sur mon propre site. Les gens qui me lisaient à l’époque sur le forum ont suivi et c’est comme ça que j’ai commencé. Les sites/blogs dédiés au high-tech

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J’écris ce qui me passe par la tête, je parle de trucs qui pourraient être utiles au plus grand nombre, je vulgarise les technologies...

abondent sur la Toile. Comment es-tu parvenu à te démarquer et à te forger une telle réputation ? Difficile à dire. J’écris ce qui me passe par la tête, je parle de trucs qui pourraient être utiles au plus grand nombre, je vulgarise les technologies... etc. Tout ça avec un ton qui m’est propre. Je ne suis pas neutre, je n’emploie pas le fameux ton journalistique, j’essaye de mettre un peu de rock’n roll et de fun dans ce que j’écris... Bref, je m’amuse, et ça, peut-être que les gens le ressentent. Pas mal de gens admirent ton parcours et beaucoup aimeraient se lancer dans le monde du blogging, quels conseils leur donnerais-tu ? J’aurais un paquet de conseils à donner, mais pour résumer, je dirai : - Prenez votre propre nom de domaine. - Achetez un bon correcteur d’orthographe. - Ne le faites pas pour l’argent. - Et surtout, écrivez pour vous, avec le cœur sans jamais vous forcer. Jeu de société, site d’aide à la recherche


HACKING PARTY Envie de vous glisser dans la peau d’un hacker et de faire tomber un par un les sites les plus influents du Web ? Réjouissez-vous, c’est maintenant possible grâce à Hacking Party, un jeu de société (signé Korben, bien sûr) dont le développement et la commercialisation ont été rendus possible grâce au financement participatif. Commandez le jeu sur : http://www.labonneambiance.com/

d’emploi, blog... Comment gères-tu tous ces projets ? À quoi ressemble une de tes journées types ? On imagine qu’elles sont bien chargées ! Mes journées, c’est le chaos. J’essaye d’organiser un peu tout ça, mais dès qu’un coup de fil ou un article prend plus de temps que prévu, ça part vite en live. En gros, je me lève tôt et j’écris sur ce que j’ai trouvé lors de ma veille quotidienne. Puis je bosse sur mes autres projets, en écrivant d’autres articles si j’ai un peu de temps. Et le soir, je finalise ma veille pour le lendemain. Dans ce numéro d’#ETC Mag’, un dossier est consacré à la robotique. Est-ce un sujet qui t’intéresse ? Totalement ! J’en parle souvent sur le site. Les robots ne cessent d’acquérir de nouvelles compétences : peindre, parler, reconnaître des visages, adapter leur

Mes journées, c’est le chaos. J’essaye d’organiser un peu tout ça, mais dès qu’un coup de fil ou un article prend plus de temps que prévu, ça part vite en live.

LES INFOS DU JOUR POUR BRILLER EN SOCIÉTÉ Le pseudo Korben est une référence au héros du film Le Cinquième Élément incarné par Bruce Willis. En septembre 2012, Korben est classé 3e dans le classement des 100 personnalités les plus influentes sur les réseaux sociaux en France.

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INTERVIEW

Manuel Dorne, aka Korben

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comportement, se déplacer comme certains animaux... Comment vois-tu l’évolution des usages de la technologie d’ici 10 ans ? 50 ans ? Je ne suis jamais bon au jeu des prédictions, mais je pense que l’électroménager va mieux robotiser... L’aspirateur robot sera un peu moins con (Là, le mien tourne en rond et tape dans les murs...), des sentinelles robotiques surveilleront la maison en notre absence, la domotique sera plus fine.... Toutefois, pour le particulier, je pense que ce sera encore un peu long pour avoir son robot majordome qui va faire toutes les tâches ménagères. Mais pour les scientifiques, l’armée et les sociétés, je pense que la robotique va continuer à se développer rapidement. Transport de marchandises sur terrain accidenté, opérations de précision, travail en milieu extrême, nettoyage industriel, etc. Ce sera principalement une évolution de ce qu’on fait déjà, mais sans humain pour piloter et sans câbles qui se baladent au sol. Il y a tellement de sortes de robots qu’il est difficile de tout anticiper... Les robots humanoïdes deviennent plus agiles de leurs mains et plus expressifs. Les robots « voitures », similaires à la Google Car sont déjà capables de rouler sur de vraies routes en pleine circulation. Les drones militaires sont de plus en plus sophistiqués. Je ne pense pas qu’il y a une révolution, mais plutôt une évolution. Nos machines deviennent capables de mouvements, de paroles, de précision et de décision. C’est un cap qui va se franchir sur plusieurs années.

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Nos machines deviennent capables de mouvements, de paroles, de précision et de décision. C’est un cap qui va se franchir sur plusieurs années.

Est-ce que cela te fait peur ou, au contraire, t’émerveille ? Cela me passionne. Alors bien sûr cette évolution de la robotique va continuer. Mais on ne va pas changer de monde du jour au lendemain. Cela se fera par petites touches. Ce qui manque surtout aux robots actuellement, c’est une véritable IA (Intelligence Artificielle, ndlr). Pour le moment, ce sont juste des machines capables d’interagir avec leur environnement, mais incapables de faire preuve de raisonnement. J’espère qu’on arrivera un jour à développer ça... C’est surtout cette partie de la robotique qui est fascinante. À quel point ferais-tu confiance à un robot ? Si la société qui l’a conçu est sérieuse et s’il y a un bouton ou un moyen de reprendre le contrôle manuellement du robot, j’ai toute confiance en celui-ci. Une voiture automatique, je ne lui confierai pas ma vie si je ne peux pas reprendre le volant à chaque instant. Avant de leur faire confiance, il faut les connaitre, savoir ce qu’ils sont ou non capables de faire et s’ils ne sont pas capables de gérer les imprévus, les placer dans un environnement où il n’y a pas de place à l’imprévu. Certaines voix commencent à défendre les droits des robots. Est-ce prématuré selon toi ? Oui, je pense que c’est prématuré. Pour le moment, ce ne sont que des machines. Peut-être que les IA du futur atteindront le niveau d’intelligence et de conscience équivalent à celui d’un animal. Si c’est le cas, des droits seront peut-être à envisager.


REMIX JOBS Remixjobs est un site d’emploi dédié aux métiers du web et de l’informatique. Il est conçu pour rendre la recherche d’emploi et le recrutement plus rapide, plus agréable. On y trouve des postes dans toute la France, aussi bien dans de grosses sociétés que dans des startups innovantes françaises. Le service est bien évidemment gratuit pour les chercheurs d’emploi et les recruteurs peuvent y poster leurs annonces à petit prix. Si vous aussi vous cherchez un job dans le secteur des nouvelles technologies, c’est par ici que ça se passe : http://remixjobs.com/

Tant qu’elles n’auront pas la conscience d’elle-même, je ne vois pas pourquoi nous leur donnerions des droits. Mais quand elles seront capables de comprendre ce que je viens de dire et qu’elle seront en désaccord avec cela, il faudra sûrement se pencher sur la question. Tu te fais souvent le défenseur des libertés individuelles sur korben. info. Pourquoi ce sujet te tientil tant à cœur ? Penses-tu que la France est un bon élève en la matière ? La liberté, c’est ce que nous avons de plus précieux. Pouvoir penser et agir librement. Prendre nos propres décisions. C’est tout ce que nous avons. C’est ce qui nous sépare du statut d’esclave. En nous espionnant, et en nous privant de certaines de nos liber-

tés individuelles, les gouvernements du monde entier tentent de contrôler leur population et contenir ce qu’il y a à l’intérieur de nos têtes. Le pouvoir est tenu par une poignée de personnes. Cette poignée de personnes ne souhaitant pas perdre ce pouvoir, elle tente de contrôler les peuples. On retourne en arrière. Plutôt que de laisser de la liberté, d’accorder de la confiance et vivre en harmonie ou presque, on bloque, on interdit, on suspecte, et surtout on frustre les honnêtes citoyens. La cocotte est sous pression et nos dirigeants tentent de contenir cette pression à coup de lois liberticides. Ça fonctionnera, jusqu’à un certain point, je pense. Je ne veux pas cracher dans la soupe, mais c’est vrai que la France n’est pas forcement un exemple. On s’en sort mieux que d’autres pays, mais nos dirigeants nous font prendre le même chemin. Nous ferions mieux de nous rappeler des valeurs de la France, telles qu’on nous les a apprises à l’école et de suivre notre propre chemin, un peu comme

ce que fait l’Islande en matière de libertés individuelles et de démocratie. Penses-tu que les citoyens sont suffisamment informés sur ces problématiques ? Existe-t-il des pièges ? Non, les citoyens ne sont pas assez informés. Des blogs comme le mien tentent de démocratiser tout ça. Internet est un synonyme de liberté et les technologies que nous pouvons développer autour d’Internet peuvent nous aider à protéger ou regagner ces libertés individuelles perdues. Mais le combat est rude et chacun doit faire l’effort, la démarche intellectuelle de défendre ses propres libertés. Suivez ce que font la Quadrature du Net en Europe, l’EFF aux ÉtatsUnis et partagez la connaissance autour de vous. Le savoir c’est le pouvoir et aider les autres à acquérir ce savoir, c’est redonner un peu de pouvoir à tous. Merci Korben pour cette interview que tu nous as accordée ! Un petit mot pour la fin peut-être ? Merci à vous !

Retrouvez-le sur son blog : www.korben.info #ETC MAG N°2

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GEEKS

L’ÉVOLUTION DE LA ROBOTIQUE ANIMAUX, VÉGÉTAUX... ROBOTS ?

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Robotique naissance d’un nouveau genre ?

par Jérémy Freixas Blogueur

sxc.hu - ©julosstock

Les technologies robotiques se sophistiquent sans cesse et prennent une place chaque jour plus importante dans de nombreux aspects de notre vie quotidienne. Nous dirigeons-nous vers un monde à la Matrix, où les robots prendraient l’ascendant sur les Hommes ou du moins, vivraient de manière indépendante ? À un moment où les animaux de compagnie électroniques pullulent et la lutte pour les droits des androïdes commencent à surgir, #ETC Mag vous propose un tour d’horizon sur le sujet afin d’y voir plus clair.


LES 3 LOIS DE LA ROBOTIQUE Elaborées par Asimov, ces trois lois régissent le comportement des robots et sont censées garantir la protection de l’Homme en toute circonstance. Les voici : 1/ Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger. 2/ Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres sont en contradiction avec la Première Loi. 3/ Un robot doit protéger son existence dans la mesure où cette protection n’entre pas en contradiction avec la Première ou la Deuxième Loi. Parfois jugées simplistes, plusieurs auteurs ont ensuite apporté de quoi les perfectionner. Elles restent néanmoins la base de la reflexion sur les rapports Humanité-Robots. Impressionnant quand on sait que leur auteur les a écrites en 1942 !

Mais au fait, c’est quoi un robot ? Je suis prêt à parier que lorsque vous lisez le mot robot, l’image d’un humanoïde type C3PO de Star Wars vous vient en tête. Mais concrètement, le mot robot désigne un peu tout et n’importe quoi : robot ménager, robot industriel, rover d’exploration, robot de compagnie, robot humanoïde… Le Larousse nous confirme ce constat avec la définition suivante : « Appareil automatique capable de manipuler des objets ou d’exécuter des opérations selon un programme fixe, modifiable ou adaptable. » Ce qu’il faut savoir, c’est que le mot robot a été inventé dans les années 20 par Karel Capek, dramaturge tchèque. Sa pièce R. U. R. (Rossum’s Universal Robots) pose déjà les questions qui animent encore le débat sur la robotique et l’intelligence artificielle : les robots sont-ils des objets ou des êtres à part entière ? Dans quelle mesure faut-il s’en méfier ? L’Homme ne joue-t-il pas un jeu dangereux en tentant d’insuffler un souffle de vie dans une machine (recherches sur les pensées, l’apprentissage, les sentiments…) ? Le mot robot vient alors du tchèque robota qui signifie corvée. Par essence, un robot est donc censé réaliser des travaux et se mettre au service de l’Homme. C’est ensuite Isaac Asimov qui a vraiment vulgarisé l’idée de robots comme nous l’entendons. Cet auteur de science-fiction a écrit de nombreux

ouvrages sur le sujet où la technologie du cerveau positronique est centrale. Asimov s’attache moins à la mise en oeuvre qu’aux règles qui régissent le fonctionnement de ce système nerveux artificiel. Il donne alors naissance aux trois lois de la robotique (voir encadré), et imagine de nombreuses situations les mettant en défaut. 1961, la fiction laisse place à la réalité avec Unimate, le premier robot industriel utilisé par General Motors dans ses chaines de fabrication d’automobiles. Il s’agit d’un bras articulé permettant de réaliser des tâches jugées comme pénibles pour les ouvriers. C’est maintenant le début de l’automatisation de l’économie.

Robot à tout faire La robotique (construction des robots et élaboration des logiciels de commande) est devenue indispensable pour l’industrie. Le ministère de l’industrie français estime qu’il y avait en 2011 entre 1.15 et 1.4 millions de robots dans les chaînes de fabrication partout dans le monde. Après un passage à vide avec la crise économique et financière de 2008, la production de robots industriels ne cesse d’augmenter. Ils prennent surtout la forme de bras articulés qui permettent de saisir des objets et réaliser des tâches bien précises (soudure, peinture, assemblage…). Mais les robots envahissent aussi notre quotidien,

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GEEKS

L’ÉVOLUTION DE LA ROBOTIQUE ANIMAUX, VÉGÉTAUX... ROBOTS ?

Social -

Le robot, nouveau meilleur ami de l’Homme ? Nombre de commentateurs de l’actualité techno-geek s’accordent à dire que les prochaines générations seront entourées de robots de tout genre, et notamment de robots sociaux. Ces créatures, grâce aux progrès des sciences cognitives, pourront interagir avec les Hommes et leur tenir compagnie dans la vie quotidienne. Nous n’en sommes pas encore là, mais certains jouets intègrent déjà des innovations afin de s’adapter au comportement de l’enfant. Plus fort encore, en Corée du Sud, des robots enseignent l’anglais aux enfants en bas âge. Ces machines sont contrôlées par des professeurs aux Philippines et permettent de faire face aux réductions des budgets alloués à l’éducation.

Émotion -

Les robots ont aussi une âme d’artiste. Pas tous, mais c’est le cas de e-David, un robot conçu dans le cadre d’un projet porté par l’université de Keio au Japon. e-David est un peintre qui a à sa disposition cinq types de pinceaux et une vingtaine de nuances entre le blanc et le noir. Sa mémoire contient des images enregistrées par les chercheurs, et il les reproduit à l’aide de son bras articulé. Rien de fracassant au premier abord. Mais sa démarche est assez étonnante : au lieu de reproduire une image à l’aide de gestes préprogrammés comme c’est le cas par exemple des robots industriels, e-David va peindre touche par touche (la vidéo visible ici http://vimeo.com/68859229 permet de bien comprendre) et à chaque ajout d’un coup de pinceau, va analyser via sa caméra (qui joue le rôle de ses yeux) l’avancement de la toile et choisir la prochaine nuance à ajouter. Cette décision est faite à l’aide d’un algorithme mathématique qui va comparer la toile et l’image enregistrée à travers un filtre (le contraste par exemple). Ce qui change ici, c’est la manière dont le robot agit : ce n’est pas une liste d’actions qui est préprogrammée dans la partie commande (lève ton bras, trempe le pinceau dans le pot noir, applique le pinceau sur telle et

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Nature - Et si les défen-

seurs de l’agriculture traditionnelle ne devaient plus se battre contre les OGM mais contre les robots ? Car ces derniers pourraient bien avoir un rôle important dans notre alimentation. Ainsi, une PME en Suisse romande travaille actuellement sur un projet pour l’automatisation de la culture des salades. Le robot pourrait repiquer les jeunes pousses de salade au fur et à mesure de leur croissance et gérer les conditions d’hygrométrie dans la serre. Ce genre d’automate permet d’augmenter la production, de réduire la pénibilité des tâches agricoles et de diminuer les importations de denrées alimentaires. Mais l’Homme ne cherche pas seulement à augmenter le rendement de ses récoltes. Il pourrait aussi remplacer la Nature. La mortalité des abeilles est aujourd’hui un phénomène qui alarme de plus en plus l’opinion publique, et pour cause, sans abeilles, pas de pollinisation des végétaux. Ce qui pourrait bien se traduire par un bouleversement écologique énorme : plus de fruits et de légumes, un des principaux modes de reproduction des végétaux mis à mal, bref une sorte d’apocalypse verte. Les causes principales sont connues : l’usage abondant de produits phytosanitaires (pesticides notamment) et l’arrivée en Europe d’insectes qui menacent nos amies jaunes et noires. Alors pourquoi ne pas créer un robot pollinisateur ? C’est l’objet des travaux de plusieurs équipes de recherches de par le monde, afin de créer un petit drone qui pourrait reconnaitre les zones à polliniser et jouer le rôle des abeilles.

Intelligence physique - Dans

la même idée que le robot abeille, les scientifiques travaillent plus généralement sur la reproduction de certains mouvements. Ainsi, certaines équipes élaborent des prototypes de robots chats ou encore de robots chiens. Certes, ils ne ressemblent pas encore tout à fait à votre compagnon à quatre pattes, mais la complexité de leurs déplacements commence à être reproduite. Ce genre de connaissance est utile pour les robots d’exploration

n-squid

Mais stop aux chiffres, et voici quelques exemples concrets d’applications de la robotique.

telle zone,...) mais un algorithme d ’ a n a l y s e permettant au robot d’adapter ses gestes pour arriver à l’image finale. Et cerise sur le gâteau, il signe chaque oeuvre qui, avec un tel procédé, est unique.

ti tArt - © Devian

que ce soit au bureau ou dans nos maisons. La « robotique de service » se développe de plus en plus, que ce soit dans les services à la personne, l’agriculture ou des applications pour la vie de tous les jours. Ces appareils représentent un marché de 2.8 milliards d’euros en 2011 - plus de 20 milliards en 2015 selon une étude du cabinet Xerfi (La France s’accorde un peu de robots, Libération du 7 avril 2013) !


sxc.hu

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-© julo sst oc

en tout genre dont les roues ou les chenilles auxquelles ils sont habitués peuvent être inadaptées pour de nombreuses topologies de terrain. Une équipe italienne est allée encore plus loin en travaillant sur un robot pieuvre. Plus fort que Paul le poulpe, ce prototype a permis de faire comprendre aux chercheurs que l’intelligence pouvait être décentralisée. En effet, la plupart des robots ont une unité centrale permettant de traiter les données provenant des capteurs, de définir les ordres à l’aide des calculateurs et d’ensuite donner les ordres aux actionneurs mécaniques, à l’instar du système nerveux humain. Ici, l’intelligence devient « morphologique » (L’étreinte du robot pieuvre, Courrier International du 12 janvier 2012). Les ordres donnés par le cerveau sont très basiques, et c’est la structure des tissus (en l’occurence le tentacule de la pieuvre) qui va permettre au robot de s’adapter à son environnement. Ce genre de machine peut alors attraper une diversité d’objets beaucoup plus grande que ne le peut un bras articulé par exemple.

Guerre -

Si les robots peuvent prendre la place de l’Homme dans nombre de ses activités, alors il pourra aussi combattre. Cette automatisation des conflits armés a déjà commencé avec l’utilisation des drones, ces machines volantes qui peuvent bombarder des terres situées à plusieurs centaines de kilomètres du point de commandement. Ces armes ont déjà été dénoncées car certains soldats se sont crus en face d’un jeu vidéo et ont tiré abusivement sur les civils. Elles transforment la manière dont

les combats armés se déroulent puisque ces appareils sont souvent utilisés en surveillance ou en chasse d’une personne en particulier. Les soldats doivent alors prendre la décision de tuer à distance sur des éléments parfois assez restreints. Mais surtout, les nouveaux projets consistent à donner aux robots le droit de tuer, ce qui pourrait révolutionner les notions de droit de guerre...

Science -

Et si nos amis à engrenages faisaient avancer la science ? Kirobo est un robot exceptionnel. Du haut de ses 38 cm, cet androïde japonais a été envoyé à la Station Spatiale Internationale, afin d’assister A. Wakata, le futur commandant de l’ISS. Plusieurs expériences vont être menées, notamment sur l’interaction entre humains et robots. Kirobo peut évoluer dans un environnement sans gravité, peut répondre à des questions ouvertes (en japonais) et reconnait les visages de ses interlocuteurs. Un petit pas pour lui, mais un bond de géant pour le genre robotique. Et tout ceci n’est qu’un petit aperçu des progrès récents de la discipline, on retrouve aussi des robots chirurgiens, des robots gardiens de prison… Le lecteur intéressé trouvera plus d’infos sur ces projets en suivant le lien suivant : http://pear.ly/cf5Tv

Droits universels des robots Alors commencez-vous à imaginer un monde où vous irez chercher vos enfants à l’école dans votre

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GEEKS

L’ÉVOLUTION DE LA ROBOTIQUE ANIMAUX, VÉGÉTAUX... ROBOTS ?

GAÏA

OU COMMENT ASSOCIER ROBOT ET VÉGÉTAL Pourquoi les robots resteraient un privilège des Hommes ? Gaia est là pour rétablir un peu l’équilibre et faire profiter les plantes des progrès de la science. L’idée : donner aux plantes des jambes. Un module quadripode (qu’on peut voir comme un pot de fleur high-tech avec quatre pattes) accueillerait la plante et un système intelligent permettrait de la faire rentrer en mouvement. La terre est sèche ? le module amène la plante au point d’arrosage. Le soleil tourne ? le module sort notre plante de l’ombre et lui fait profiter des rayons qui lui était auparavant inaccessibles. Selon les derniers études, les plantes auraient un système de messages chimiques assez complexe qui commencent à peine à être connu, et ce dispositif pourrait en tirer parti. Pourquoi ne pas imaginer des communautés de rosiers dans nos jardins ? Il est aussi prévu qu’il soit relié à une télécommande pour permettre à l’Homme de déplacer ces plantes au gré de ses humeurs ou de ses besoins, certaines plantes permettant par exemple d’éloigner les insectes. Un projet à suivre !

voiture sans conducteur, après leur leçon assurée par un professeur tout en transistor et en diode et leur préparer un repas avec des aliments robotiquement cultivés ? Certains vont même plus loin et commencent à réflechir aux droits civiques des robots, leur prêtant peu à peu un statut d’entité indépendante de l’Homme. En 2007, le gouvernement sud-coréen demande à son ministère du commerce et de l’industrie de plancher sur une charte éthique pour les robots. En effet, le pays, à la pointe des technologies robotiques, estimait à cette époque qu’en 2020 chaque foyer serait doté d’au moins un robot domestique. Il devenait donc urgent de réfléchir sur les règles qui

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fonderaient les échanges entre robots et humains. Un consortium regroupant alors PDG de grands groupes, futurologues, scientifiques, écrivains, avocats devait proposer une base pour cette charte afin de la soumettre au reste du pays et de la faire valider par des entités gouvernementales. Un brouillon fut élaboré, abordant des sujets sensibles à propos des abus des robots sur les humains et inversement. Mais le caractère prématuré de la charte a été vivement critiqué, et l’idée abandonnée. Malgré cette déconvenue, l’idée est toujours dans l’air. Ainsi Kate Darling, chercheuse au MIT a en quelque


sorte transposé l’expérience de Milgram (pour en savoir plus, voir ici: http://bit.ly/TXjXCK) sur un dinosaure robotique (Donnons des droits aux robots, Le Monde du 14 février 2013). Il s’agissait pour les participants de « torturer » l’animal jusqu’à la mort. La chercheuse a pu constater que les participants ressentaient de la douleur et un certain malaise. Cela provient du fait, selon elle, des projections que l’on fait sur ces robots comme sur la plupart des choses qui nous entourent : nous nous attachons à ces objets, et cela est vrai d’autant plus que nous interagissons avec eux, d’autant plus s’ils ont une apparence humaine ou animale. De cette expérience est née chez K. Darling une réelle volonté de donner aux robots des droits, de la manière qu’on en donne aux animaux, afin de leur éviter de mauvais traitements. D’après elle, ce n’en sera que bénéfique pour la société tout entière car ces règles encouragent des comportement positifs. Enfin, comme pour l’informatique, certains avocats commencent à réflechir à un droit de la robotique. Les lois sont souvent en retard sur les innovations technologiques, et peu de textes encadrent les activités des robots et ce qu’implique leur utilisation. À quand des automates au tribunal ?

L’Humanité a encore de beaux jours devant elle À #ETC Mag’, on pense que ça ne sera pas pour demain. Bien que les robots soient aujourd’hui omniprésents, ils sont encore plus proches de l’objet que de l’être humain. Certes ces objets sont très particuliers car ils sont capables de choses qui étaient jusqu’à présent un privilège du vivant : apprendre, interagir avec l’Homme, se déplacer comme un chat ou une abeille, faire la guerre ou explorer le cosmos et plus encore (voir encadré Gaia). Mais ils restent surtout dépendant de l’industrie robotique et des politiques d’investissement des acteurs du marché. Mais que les androides et autres machines intelligentes lisant ces lignes se rassurent : l’avenir sera robotique ou ne sera pas. Parmi les plus grosses économies actuelles, le Japon, les États-Unis, Taiwan et la Corée du Sud ont affiché des ambitions dans le domaine avec des plans d’investissement conséquents. On nous annonce une révolution dans les 20 ans à venir (un peu comme pour l’impression 3D et l’internet des objets), et la France s’est d’ores et déjà ralliée au mouvement. Arnaud Montebourg a annoncé en 2012 un plan de soutien à la filière de 100 millions d’euros, encore assez modeste comparé à nos voisins. L’industrie robotique française est assez fragmentée et souffre de manque de coopération avec les grands centres de recherche.

« Nos enfants vivront avec la robotique ce que nous avons vécu avec Internet. » Cette prophétie va-telle vraiment se réaliser ? Il y a deux différences importantes entre la situation de la robotique aujourd’hui et celle de l’informatique au moment de sa démocratisation. Tout d’abord, une question de prix, les robots coûtent assez cher, ce qui rend leur diffusion plus difficile. Et surtout, les bases de l’informatique d’aujourd’hui (le premier système d’exploitation, les normes de l’internet,…) ont été mises au point par des instances non-commerciales, par des passionnés de la console (ce qu’on pourrait appeler aujourd’hui des hackers). On peut douter aujourd’hui de l’activité d’une telle communauté pour la robotique, dominée par l’industrie. Il faut tout de même noter la complexité du domaine qui se situe à l’intersection de l’électronique, de la mécanique, de l’automatique et de l’informatique.

Alors que faire ? Le petit conseil pour vous récompenser d’avoir tenu jusqu’à la fin de cet article : étudiez la robotique. Si jamais le prochain président du monde est un androide, vous aurez de quoi justifier votre survie dans un monde où l’Humanité aura perdu le contrôle. Au pire, vous pourrez participer à une des aventures les plus excitantes du XXIe siècle. À vous de jouer maintenant !

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ON A TESTÉ POUR VOUS... par Jugurta Bentifraouine Rédacteur passioné

Any.Do

est une application de gestion de tâches... Oui, encore une autre, me direzvous, tant les applications de ce genre sont nombreuses. Certes, mais Any.Do se démarque des autres par sa simplicité, sa fluidité et son design. J’ai d’ailleurs rarement été bluffé par une application To Do. Un de ses atouts est certainement le service Moment qui vous permet de choisir un moment donné de la journée pour afficher l’ensemble de vos tâches et vous « oblige » à programmer une heure pour les effectuer. Il permet de repousser à plus tard, de supprimer ou de signaler que la tâche a été effec-

Wunderlist

est une application assez simple pour gérer et partager des listes de tâches quotidiennes ou de travail. Que vous dirigiez une entreprise, prépariez une aventure au fin fond du monde, ou que vous vouliez partager une liste de courses avec votre copine, Wunderlist est là pour vous aider à faire les choses. L’atout majeur de Wunderlist est son mode de synchronisation avec l’ensemble de plateformes informatiques (Android, iOS, Web, Windows, Mac). Wunderlist vous permettra de ne plus jamais oublier

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tuée. Quand cette notification s’affichera, beaucoup appuieront sur “Plus tard”, sauf que Any.Do « insistera » pour vous demander l’heure exacte pour vous le rappeler encore une fois. Alors, si vous êtes du genre à essayer de vous organiser sans pour autant y arriver, et que vous remettez toujours les choses à plus tard, cette application est celle qu’il vous faut. Elle sera agaçante pour certains, un peu comme votre copine ou votre mère qui vous demandent à longueur de journée en vous forçant à faire les choses, « tu as réservé l’hôtel ? non ? Tu réserves quand ? » ou encore « Va faire tes devoirs. Tu as fait tes devoirs ? », mais au fond, vous savez bien que c’est parce qu’elles vous aiment. Cette application anti-paresse est disponible sur : Android, iOS (Ipod, iPhone) et Chrome Web Store. une date butoir, comme la date d’anniversaire de votre femme par exemple, et par la même occasion de ne pas passer la nuit sur le canapé. Mesdames, cette application est faite pour vous. Élaborez une liste de courses ou de tâches et partagez-la avec votre homme. Ainsi, il ne pourra très certainement pas vous dire cette fameuse phrase « j’ai oublié », car Wundelist est là pour le lui rappeler à votre place. Mais cette application n’est pas faite que pour les couples, elle peut tout aussi bien être utilisée pour collaborer avec vos collègues ou amis, sur des projets de groupe ou pour organiser un pique-nique en famille. Vous pouvez obtenir plus d’options en optant pour un compte Pro à 4.99$ par mois, mais je crois que le compte gratuit est suffisamment riche, surtout en cette période de crise où l’on a moins tendance à prendre des abonnements. Un conseil, si vous n’en pouvez plus des « j’ai oublié », vous savez ce qu’il vous reste à faire !


... 3 Applis qui vous changeront la vie ! Illustration : michno @deviantart

Evernote

est l’application qu’il faut absolument avoir. C’est l’une des applications que je télécharge sur mes appareils ou sur les ordinateurs sur lesquels je travaille (oui, c’est mon caprice, je ne commence pas à travailler avant qu’Evernote ne soit installée). Je l’utilise quasiment tous les jours depuis six mois au travail et je peux vous assurer qu’elle m’a été d’une très grande aide. Et pourtant je ne pense même pas avoir utilisé la totalité des fonctions disponibles ! Avec la gestion des pièces jointes dans les notes, vous pouvez sauvegarder vos idées, ce que vous aimez, entendez ou voyez, car il est possible d’enregistrer des notes audio ou des photos. Si vous avez envie de capturer vos idées, de prendre en photo une affiche ou toute autre chose pour, par exemple, la joindre à un article que vous écrivez, c’est possible. C’est l’application parfaite pour faire une To Do List, gérer un pense-bête, prendre des notes, écrire un compte-rendu, son journal, un mémoire ou encore un livre. Evernote est donc un véritable couteau suisse. Vous pouvez l’utiliser en cours, en conférence, en réunion, ou même dans le métro car vous pouvez vous en servir sans connexion Internet - la synchronisation se fera ultérieurement, rassurez-vous, vous ne risquez pas de perdre vos données. Vous pouvez créer une nouvelle note (écrit, photo, audio, pièce jointe), lui donner un titre, lui mettre une étiquette ou des tags (si vous êtes un maniaque de l’organisation) et organiser vos carnets de notes, professionnels ou personnels, pour ensuite partager cette note avec vos

collègues ou amis par mail ou en créant un lien public. Car ce qui est vraiment bien, c’est que vous pouvez partager du contenu avec quelqu’un sans que la personne n’ait besoin d’avoir un compte Evernote. Et il est même possible de partager vos notes ou articles sur Facebook, Twitter ou LinkedIn. Evernote est l’application que devrait posséder tout blogueur, car elle permet aussi de publier des articles sur un blog. Seul petit bémol, l’éditeur de texte est un peu juste en options. L’une des fonctions que j’apprécie le plus, c’est son intégration dans diverses autres applications telles qu’Outlook. Cela peut être très pratique, surtout si vous vous perdez dans vos mails, vous pouvez par exemple transférer les courriels (oui, on dit courriels maintenant) que vous jugez comme très important et que vous ne souhaitez surtout pas perdre. Les atouts majeurs d’Evernote sont la fonction de synchronisation avec tous vos appareils, la fonction de recherche de texte dans les images, l’organisation des notes par carnets ou par étiquettes, la fonction de partage en lien privé et de publication sur un blog, sans oublier la fonction « speech to text » qui permet de transformer vos voix en texte, ce qui peut s’avérer très utile lorsque vous êtes au volant ou que vous n’avez pas forcément envie d’écrire. Ces quelques lignes vous ont peut-être donné envie de découvrir cette application, chose que je vous recommande vivement. Play Store, App Store, Chrome Web Store et Windows Store n’attendent que vous pour télécharger, essayer et enfin adopter l’Everest des applications de prise notes !

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Au hasard sur la Toile...

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ous êtes un fan de street-art, vous ressentez l’envie de vous réapproprier la rue tout en respectant l’environnement ? Nous avons la solution : le graffiti vert. Cette recette, à base de mousse (oui, celle-là même qui vit sur les arbres) permet de vous exprimer sans solvant et sans conservateur. La suite en dessins par ici : http://www.theboredninja.com/pictures/moss-graffiti/

Notre sélection de sites à voir par Jérémy Freixas Blogueur

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Lumière sur...

Le Grand Nawak animé par Jérôme (CFM Radio)

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our toi, un bon film, c’est avant tout des répliques qui claquent et une bande originale entêtante ? Alors le Grand Nawak est une émission qui te plaira ! Ce podcast, proposé par CFM, radio locale du Sud-Ouest, offre un concept pour le moins original : une programmation musicale orientée blues/rock entrecoupée d’extraits de dialogue de cinéma. L’occasion de revivre les grands moments du cinquième art avec des thématiques variées : western, prison,... ou des films comme l’Armée des douze singes ou encore Carnets de Voyage en son mais sans lumière.

Jardinage urbain

C

’est bien connu, les sites les plus inutiles sur internet sont souvent ceux qui retiennent le plus notre attention (allez jeter un oeil dans votre historique ;). En voici un qui devrait ne pas déroger à la règle et qui ne vous laissera pas indifférent.

Faites-vous votre propre avis en visitant : http://www.pointerpointer.com/

À retrouver sur le site de CFM Radio : http://cfmradio.fr/emissions/le-grand-nawak/

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Podcast

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Inutile


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lus besoin de dépenser des fortunes pour connaître le dépaysement et la découverte de nouvelles cultures. À l’occasion de ses 125 ans, National Geographic, le célèbre magazine de reportages photos américain, vient de mettre en ligne ses archives. Voyager ouvre l’esprit, ce serait bête de s’en priver ! C’est ici que ça se passe : http://natgeofound.tumblr.com/

Q

ue diriez-vous si vous pouviez parler à une foule d’inconnus ? C’est le concept de The Listserve : une mailing-list avec aujourd’hui quelques dizaines de milliers d’abonnés de par le monde et chaque jour un chanceux désigné par le hasard pour s’y exprimer. Recette exotique, partage autour d’un projet, récit d’un événement marquant, conseil lecture . Chaque jour une nouvelle histoire sur : http://thelistserve.com/ (Nuls en anglais s’abstenir !)

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Voyage

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À

P

C’est plein d’humour, assez varié, plutôt bien fait, et ça se trouve ici : http://leblogamalec.blogspot.ch/

Le site :

mi-chemin entre l’animation et la bande dessinée, Malek nous propose de vivre les grands moments de sa vie quotidienne grâce au « turbomédia ».

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BD 2.0

Bouteille à la mer

HP, Javascript, Flash, HTML5 ou tout simplement CSS, les webdesigners disposent d’une bonne quantité d’outils pour réaliser des sites internet créatifs qui se révèlent être des expériences hors du commun pour le visiteur. Chaque jour, votez et retrouvez le meilleur du design web grâce au jury des Awwwards !

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http://www.awwwards.com/

Webdesign


Soleil couchant sur le Mékong, Luang Prabang, Laos

de se s n i a to il t v o de n ris x u u e r r j o , e t t s s in égu en k a m e m d : D Hello atric d x P u an ur : e e d J m   r r 96 - Gou de cœ meu u p 0 h ’ u 0 d o 1 t C e l l i 102 - Le B 106


A

vant quitter

Aux plus mauvais jours, comme aux meilleurs, le soleil finit toujours par se coucher. Jeffery Deaver, Le Rectificateur


Jeux de mains, Jeux de vilains

par Mélie Mini-Mélo Blogueuse

Le geste tient une importance majeure dans les arts et dans la vie de tous les jours. Le geste est muet, il n’est pas parole au sens de vocalise, pourtant il est signifiant, il ne veut pas rien dire. Certains gestes très codifiés que l’on rattache au monde de l’enfance et de l’innocence, de la douceur et des rires ne sont finalement pas si mignons que ça. Dans le langage du corps, il en est un qui est particulièrement important, c’est celui des mains. Les mains qui parlent lorsque la voix est absente, c’est le principe du langage des signes, mais pas uniquement. Les mains qui s’agitent lors d’un discours enflammé ou tout simplement lorsqu’on est un

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vrai méditerranéen ; les mains qui disent des choses gentilles ou obscènes parce qu’on ne peut ou ne veut pas les dire ; les mains qui se combinent sur le visage pour grimacer et faire rire la galerie ; ces mains qui dansent encore et toujours et qui disent ce qu’il ne faudrait pas, les mains bavardes ne manquent pas. Il y a fort à parier que vous ne verrez plus certains gestes enfantins du même œil après tout cela !

De «  Un, deux, trois, nous irons aux bois  » à « Nous n’irons plus au bois, les lauriers sont coupés», la distance qui sépare un souvenir mignon d’une réalité un peu plus crue est parfois ténue. #ETC Mag’ vous présente trois gestes que vous ne verrez plus jamais de la même manière !

#ETC MAG N°2 Flickr @MartinDube, @FALHakaFalLin, @Biscarotte


1. Ecarter les coins de la bouche avec les doigts, langue tirée. Tout d’abord attardons nous sur ce que veut dire tirer la langue. Cette grimace est celle que l’on flanque sur la figure des démons dans les représentations chrétiennes typiques; elle symbolise le satanisme, l’impiété, la luxure et la gourmandise. La bouche est le symbole de la séparation entre le dehors et le dedans, le spirituel et le profane. Une bouche charnue et/ou ouverte est toujours synonyme de péché et vous vous doutez bien de quel péché il s’agit. D’ailleurs ne diton pas que c’est une bouche qui s’accessoiriserait d’un brûle-gueule, « Elle a une bouche à pipe »  ? Et puis, pour ceux qui ont l’esprit le plus mal placé, lorsqu’on prononce le mot lèvre, c’est une toute autre partie de l’anatomie féminine qui vient se former devant vos yeux. Que dire encore de cette langue qui sort d’entre les lèvres et pénètre les airs  ? Non, franchement, il ne faut pas en dire plus. Plus élaborée qu’une simple langue tirée, la variante qui consiste à utiliser ses doigts pour écarter

Macroglossum - Vue de la trompe déroulée, qui a inspiré le nom de l’animal. Son nom signifie littéralement la longue langue... Et on comprend pourquoi en la voyant !

les lèvres est bien plus obscène. Déformant le visage qui se flanque alors d’un horrible masque, symbole d’une âme dégénérée, ces deux doigts ouvrent plus largement encore ce qui se doit de rester clôt, surtout si on est une femme si on en croit certains discours. Les doigts sont donc une sorte d’emphase, ils servent à ouvrir largement les lèvres pour laisser plus facilement passer le membre lingual. Mettre ses deux doigts dans la bouche pour l’écarter est un geste pourtant diablement enfantin, et heureusement que nos chères têtes blondes ne comprennent pas la teneur de leurs grimaces… Certains parents ont déjà du mal à expliquer les choses de la vie sans faire appel à Maya et ses amies les fleurs, alors exposer la teneur profondément obscène de leur geste à leurs anges serait un vrai calvaire. Et pour ceux qui veulent empêcher l’obscénité se river au visage de leur progéniture, il reste toujours l’excuse bidon, mais efficace, «Tu vas restée coincée !»

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2. Mettre son pouce dans la bouche. Le petit bout de chou en train de suçoter gentiment son pouce, endormi tel un ange dans son couffin vous émeut encore  ? Alors que l’action des doigts qui viennent écarter les bords de la bouche, pour la faire plus béante encore, comporte l’intention de railler celui à qui est destiné l’adorable geste, sachez que celui du pouce dans la bouche fait uniquement allusion aux appétits de la chair. Une explicitation tout aussi douteuse qu’obscène que le geste luimême est ici épargnée au lecteur, mais nul doute que les choses s’éclairent. Les jeunes

Gorgoneion, peinture en médaillon dans une coupe à figures noires, vers -520 av. J.C. Un gorgoneion est une représentation de la tête de la Méduse utilisée pour éloigner la malchance et les mauvais esprits.

parents, s’il y en a parmi les lecteurs, seront certainement mécontents ou quelque peu inquiets que l’on compare l’adorable sucion infantile à une gorge profonde digne des productions Dorcel mais qu’ils se rassurent, nul besoin d’aller voir tonton Freud et toute sa clique pour votre nourrisson ou votre enfant, il ne fait pas cela pour les mêmes raisons. Mais lorsque vous verrez un démon ou un fou dans une peinture ou une gravure flamande du XVè siècle faire ce geste, vous comprendrez pourquoi.

Mascaron de l’hôtel de ville d’Arras Un mascaron est un ornement représentant généralement une figure humaine parfois effrayante dont la fonction était, à l’origine, d’éloigner les mauvais esprits afin qu’ils ne pénètrent pas dans la demeure.

3. Faire la figue  : « Oh qu’il est joli ce nez  ! Hop  ! Je te l’ai volé  ! » Qui n’a jamais fait cela à un enfant en mimant le bout de nez volé en bloquant le pouce entre l’index et le majeur  ? Eh bien ceci est un geste vraiment sale qu’il vous faudra éradiquer de vos petits jeux, et on appelle cela « faire la figue ». « Lorsqu’il eut fini de parler, le voleur leva les deux mains en faisant la figue : Dieu, cria-t-il, tiens, c’est pour toi  ! » Voici ce que l’on peut lire dans l’Enfer de Dante et peut-être que vous ne remarquez le caractère hautain de ce geste tellement innocent à vos yeux que par le ton que le voleur semble adopter. En fait, ce geste mime tout simplement la pénétration phallique

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et il est connu depuis l’Antiquité puisqu’il apparaît sur certaines peintures attiques. Ce gestes s’est même retrouvé sur des amulettes destinées à conjurer un mauvais sort, et était surtout utilisé pour des personnes victimes de séduction ou de fascination - comme le fascinus, ce genre d’amulettes devraient remplacer les moustaches autour du cou des jeunes filles, ce serait plus marrant. Ce geste de la figue servait donc à contrer la perte de lucidité et le manque de jugement comme tout être humain en est victime dès lors qu’il est question d’Amour pour les jeunes filles de bonne famille – de sexe pour les gens normaux.


Nous n’irons plus au bois, Les lauriers sont coupés. La belle que voilà Ira les ramasser Entrez dans la danse, Voyez, comme on danse, Sautez, dansez, Embrassez qui vous voudrez.

Une comptine pour enfant moins innocente qu’elle n’en a l’air... Le lecteur se souviendra peut-être avoir appris cette comptine toute mignonne durant ses jeunes années. Il faut remonter au temps de Louis XIV (1638- 1715) pour en saisir le sens caché... En pleine campagne de construction du château de Versailles, le roi de France fait interdire les maisons closes pour tenter de lutter contre une vague de maladies vénériennes qui touchent les ouvriers. Le lecteur comprendra toute la subtilité du texte lorsqu’il saura que les maisons closes de l’époque arboraient traditionnellement une feuille de laurier sur leur façade en signe de reconnaissance...

Conclusion Vous savez maintenant qu’il ne faut plus laisser les enfants chanter « Nous n’irons plus au bois, les lauriers sont fânés », et ce que veulent réellement dire ces gestes qui vous semblaient finalement si peu méchants et/ou si peu graves. Alors, ne culpabilisez plus lorsque vous rabrouez votre enfant parce qu’il le fait et qu’une personne bien intentionnée vient vous dire de laisser faire parce que ce n’est pas méchant, car ça l’est et en plus, c’est obscène !

Un authentique fascinus romain en bronze, en vente sur ebay au prix modique de 755€ !

L’ INFO DU JOUR POUR BRILLER EN SOCIÉTÉ Le mot phallus n’est jamais employé en latin. Ce que les Grecs nommaient phallos, les Romains, eux, l’appellent fascinus. Le fascinus, ce sexe masculin en érection, a plus tard créé le mot fascination ! De ce terme découle également le mot fascisme, traduisant «cette esthétique de l’effroi et de la fascination» selon Pascal Quignard, auteur du Sexe et l’Effroi. À lire : Le sexe et l’effroi, Pascal QUIGNARD Gallimard Format Poche 355 pages en vente chez tous les libraires au prix conseillé de 8,20€

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D N A M R U GO

DÉGUSTER... ...UN RISOTTO AUX CREVETTES

par Marine Fa Blogueuse

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Le risotto aux crevettes : c’est le meilleur moyen d’en imposer à ses invités…et de les surprendre ! Ce plat est digne d’un grand restaurant, mais pourtant, l’ingrédient principal, outre le riz, risque fort d’estomaquer vos convives : le goût délicat de la sauce provient directement des déchets qui finissent habituellement à la poubelle !

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INGRÉDIENTS

COMPÉTENCES

- Pour le risotto : 400g de riz rond, ou de riz arborio 2 cuillères à soupes d’huile d’olive 2 cubes de bouillon 1 litre d’eau 2 louches de vin blanc - Pour les crevettes : 400g de crevettes entières et non décortiquées 2 cuillères à soupe d’huile d’olive ½ bouteille de vin blanc 2 louches de crème fraîche

De la patience Compter les louches Décortiquer les crevettes

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USTENSILES Une louche 2 casseroles ... et c’est tout !

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première étape La préparation des crevettes deuxième étape la sauce

Avant toute chose, il faut préparer les crevettes et toutes les éplucher. Tête, pattes, carcasse, queue : il ne doit plus rien rester. Oui, en faire 400g d’un coup, ça peut être un peu long. Et pourquoi prendre des crevettes entières pour ensuite les décortiquer soi-même ? Parce-que les carcasses seront l’ingrédient principal de la sauce. Donc on met de côté la chair des crevettes, et on va faire cuire les carcasses.

On met donc quelques minutes lesdits déchets de crevettes à revenir dans de l’huile d’olive. Avant qu’elles ne grillent, on les mouille avec le vin blanc. Là, il faut laisser mijoter le tout pendant une dizaine de minutes, à feu moyen. Ensuite, la sauce doit être récupérée et les carcasses triées et jetées (pour de bon cette fois) : le mieux est d’utiliser une passoire et un saladier pour filtrer et récupérer le jus. Pour finir, on délaye la crème fraîche dans ce vin blanc aromatisé, et on réserve.

troisième étape La confection du risotto Une fois la sauce terminée, on peut s’attaquer à l’étape cruciale de la cuisson du riz. Elle dure environ 15 min, pendant lesquelles on ne peux pas se décoller de la poêle, car il faut sans cesse surveiller. Tout d’abord, il faut préparer le bouillon : mettre les cubes dans l’eau et faire bouillir puis le garder au chaud pendant toute la durée de la cuisson. Lorsqu’il est prêt, on peut commencer à cuire le riz : il doit être mis à revenir à sec dans l’huile, rien ne doit être ajouté jusqu’à ce que le riz soit légèrement translucide et commence à sentir le popcorn (oui). Ensuite, avant qu’il ne grille, il faut le mouiller avec le vin blanc, et laisser mijoter à couvert jusqu’à ce qu’il soit totalement absorbé par les grains de riz. Dès lors, on rajoute une louche de bouillon qu’on laisse absorber de la même façon, à couvert, tout en mélangeant très souvent, à feu doux. La cuisson est presque terminée quand il ne reste plus qu’une louche ou deux de bouillon : au lieu de les mettre dans le riz, on ajoute à la place toute la sauce vin blanc crevette, pour que le riz finisse de cuire dedans. On peut le servir comme un grand restaurant : moulé dans un cercle de cuisine, avec le crevettes délicatement posées dessus, ou de manière un peu plus bourrine, à la louche.

ZOOM SUR... les ingrédients

Le choix du riz !

Le riz est crucial pour la réussite de la recette : un riz long et fin (comme du basmati) ne pourra pas absorber correctement le bouillon lors de la cuisson, et donc ne gonflera pas et restera dur. Pour éviter ça, il faut choisir un riz rond, le même utilisé pour faire d’autres recettes à « gonflement », comme le riz au lait. La variété  arborio , légèrement plus allongée, est également très appréciée et souvent utilisée. Pour varier les plaisirs, on peut tenter le risotto avec du blé ou des coquillettes.

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INTERVIEW

E D P U CO UR CŒ

À #ETC Mag’, vous le savez, on aime les gens comme nous, passionnés et qui œuvrent pour le Partage et l’Amour du Savoir. On en rencontre souvent et aujourd’hui, nous sommes allés interroger l’équipe de Hellomentor pour vous faire découvrir une aventure humaine et pédagogique qui vaut le détour.

PROPOS RECUEILLIS PAR BEN JUGURTA

Jugurta : Bonjour Alexandre. Hellomentor

Alexandre : L’idée de Hellomentor est

est un site de cours particulier un peu spécial et très innovant, peux-tu présenter cette plateforme à nos lecteurs ?

d’abord venue de mon expérience des cours particuliers. Contacté par un élève habitant à Annecy, j’ai commencé les cours sur Skype il y a deux ans. L’expérience fut une révélation. L’élève progressait à toute vitesse et bientôt je réalisai tous mes cours particuliers en ligne. Si bien que je me retrouvai en ligne avec des élèves qui habitaient à 5 minutes de chez moi ! L’équipe de fondateurs s’est ensuite constituée avec Charles et Grégoire. Le démarrage fut lent, on a l’impression de stagner constamment et pourtant ce sont dans ces moments que se créent des relations d’associés. Des galères, il y en a eu, mais c’est normal quand on crée sa boîte. Je recommande la patience !

Alexandre : Hellomentor est le premier site de cours particuliers à distance. Nous permettons à des élèves de trouver un mentor avec qui progresser, que ce soit en mathématiques, en Japonais ou en PHP.

Jugurta : Lancé le 1er novembre 2012, Hellomentor est le fruit de la collaboration de trois étudiants et à la rédaction, on aime bien les jolies histoires, peux-tu nous raconter celle-ci ? D’où est venue cette idée ? Comment l’avez-vous mise en œuvre ? Une start-up, c’est avant tout une aventure humaine, un ressenti, des émotions à partager, des joies, une fierté, des galères peut-être ?

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Jugurta : On remarque que ceux qui dispensent les cours ne sont pas appelés « enseignants » ou « professeurs », mais


« Mentors », pourquoi ? Que se cache-t-il derrière cette appellation peu commune ?

Alexandre : Dans la mythologie, Mentor est l’ami d’Ulysse et guide son fils, Télémaque, à travers la Grèce. Sur Hellomentor, le mentor est là pour guider son élève sur le long terme et lui faire acquérir une véritable autonomie sur la matière. Il le suit bien au-delà du cours, lui donne des travaux à faire, lui conseille des lectures, fait en sorte que l’apprentissage corresponde à ses projets et à sa personnalité. Le mentor n’a pas besoin d’un diplôme d’enseignant. Il passe à un élève le savoir qu’il a lui-même appris quelques années avant. La grande majorité de nos mentors sont des étudiants qui maîtrisent une matière dont ils ont fait l’apprentissage récemment. Ils connaissent les difficultés de leurs élèves pour les avoir surmontées eux-mêmes.

Jugurta : Vos influences sont multiples et variées et le caractère humaniste de ce projet est frappant. Peux-tu nous exposer votre philosophie et les convictions qui vous animent ?

Alexandre : C’est vrai, on ne se définit pas comme un Acadomia en ligne. Outre le fait que chaque cours particulier Hellomentor ait lieu à distance, notre fonctionnement est très différent d’une agence de soutien scolaire ou de formation professionnelle. L’élève choisit son mentor et est invité à laisser un avis après le cours. Et il n’y aucun engagement : l’élève

est libre de changer de mentor quand bon lui semble ou d’arrêter les cours. Par ailleurs, notre conviction profonde est qu’on n’apprend jamais mieux qu’avec un mentor, essentiel pour guider son élève sur le long terme et lui faire acquérir une véritable autonomie sur la matière. L’e-learning est en

« Dans la mythologie, Mentor est l’ami d’Ulysse et guide son fils, Télémaque, à travers la Grèce. » plein essor, mais il faudra plus que des vidéos éducatives uploadées sur YouTube pour révolutionner l’éducation.

Jugurta : On connait tous les cours particuliers, ils ont toujours eu du succès, les parents quand ils en ont les moyens hésitent rarement à offrir à leurs enfants ce genre d’aide et la grande majorité des cours dispensés le sont à des élèves. Peux-tu nous en dire plus sur le profil des personnes qui font appel aux mentors sur votre site ?

Alexandre : Ils sont assez différents, car nous couvrons un grand nombre de matières (et prévoyons d’en couvrir encore plus dans

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INTERVIEW

le futur). Il y a aussi bien des lycéens qui viennent chercher de l’aide avant le baccalauréat que des trentenaires désirant s’expatrier et apprendre une langue étrangère, ou même des retraités voulant découvrir Photoshop ! Le soutien scolaire est aujourd’hui la catégorie la plus prisée, mais au sein de celle-ci les profils sont très différents. On trouve aussi bien des élèves qui n’osent plus lever la main en classe que des perfectionnistes voulant apprendre encore plus vite. Tu mentionnais les moyens financiers des parents : nous voulons que les cours particuliers soient accessibles à tous. Pour cela, nous laissons les mentors fixer librement leurs prix et le service est sans engagement.

le sujet d’intérêt majeur des acteurs de l’enseignement, c’est avant tout grâce au développement des massively open online courses (MOOC). Initiés aux Etats-Unis par les plus grandes universités, ces cours en ligne, pour la plupart gratuits, arrivent à la rentrée en France à l’École Polytechnique. Je me réjouis du développement de ces bibliothèques, ces collections d’archives. Mais je crois qu’il faut emmener encore plus loin les cours en ligne, en poussant au maximum l’interaction. C’est ce que nous essayons de faire avec Hellomentor.

« Internet est plus intelligent que toute l’équipe pédagogique de l’École Polytechnique. Il faut apprendre aux élèves à se servir des TICE. »

Jugurta : Pensez-vous que les différents

Google (notamment les Hangouts et Drive) et pas pour un autre service tel que Edmodo, Moodle ou même Skype par exemple ?

services qu’offre Google, notamment son réseau social G+ combiné à Google Drive, peuvent être intégrés dans une classe et être utilisés dans une procédure d’enseignement/ apprentissage ? De quelle manière voyez-vous cela ?

Alexandre : Nous avons choisi les vidéo-

Alexandre : Sûrement ! L’approche des

Jugurta : Pourquoi avoir opté pour les outils

bulles car elles offrent le meilleur niveau d’interactivité. L’élève peut partager son écran et surtout prendre des notes en direct avec le mentor sur un document, vierge ou téléchargé depuis son ordinateur. Par exemple, nos élèves téléchargent un énoncé de mathématiques au format Word, et À découvrir : le mentor peut le Hellomentor, modifier en ajoutant cours particulier à ses réponses. distance par vidéo- Enfin, il n’y aucun bulles. téléchargement requis à la différence http://www.hellomentor.co/ de Skype, car la vidéo-bulle s’ouvre dans une fenêtre Internet.

Jugurta : L’enseignement à distance, les nouvelles technologies et les possibilités qu’elles offrent au mentor comme à l’élève, qu’elles soient réelles ou fantasmées, font couler beaucoup d’encre. Quelle est votre vision de tout ça ?

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Alexandre : Si le e-learning est devenu

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cercles de Google + est vraiment intéressante pour un usage pédagogique. Et je pense notamment à la startup française, Unishared, qui propose un service de prise de notes collaborative, adossé sur Google Drive.

Jugurta : On ne peut s’empêcher de poser cette question tout de même. Que pensezvous de l’état actuel de l’Éducation nationale, de l’école en France, de l’apprentissage et de l’enseignement dans les universités ?

Alexandre : Vaste question… Je croise beaucoup trop d’élèves frustrés par leur parcours académique pour donner une réponse positive. Peut-être le cœur du problème réside dans la rigidité du système. Pourquoi faire un parcours interfilière estil aussi difficile en France ? La plupart des formations sont beaucoup trop repliées sur elles-mêmes.

Jugurta : Que pensez-vous de la politique du gouvernement sur les technologies de l’information et de la communication pour


l’enseignement ? Et que pensez-vous de la faible présence des TICE (ndlr : Technologies de l’information et de la communication) en France comparée aux autres pays européens ?

Alexandre : En Finlande, les élèves ont accès à Internet durant leurs DST. Il faut que j’en dise plus ? Aujourd’hui, la connaissance est disponible partout et gratuitement. Il faut repenser l’enseignement en gardant cette réalité en tête : Internet est plus intelligent que toute l’équipe pédagogique de l’École Polytechnique. Il faut apprendre aux élèves à se servir des TICE.

Jugurta : Ne croyez-vous pas qu’un concept comme celui de Hellomentor pourrait justement donner des idées pour accélérer l’intégration du numérique dans l’enseignement/apprentissage ?

Alexandre : Sûrement. Et nous serions ravis de participer, non pas à une réflexion, car j’ai assez donné en réunions interminables des institutions académiques, mais à une action collective en ce sens.

Jugurta : On sent un avenir radieux pour Hellomentor, mais vous manque-t-il encore

quelque chose ? Si vous aviez un appel à lancer, des choses à demander ou un souhait à faire réaliser pour HM par un génie - imaginons qu’on vous offre une lampe magique - qu’estce que cela serait ?

Alexandre : On rencontre encore beaucoup de réticences du côté des élèves à tester le cours à distance. Pourtant, après le premier cours, ils adorent tous ! Alors si un génie lit cette interview, on le prie de favoriser l’évangélisation du concept !

Jugurta : Vous comptez sûrement vous développer, des projets, des idées, des petites ou des grandes choses prévues pour la suite ?

Alexandre : Nous nous sommes fixé l’objectif de 1000 mentors pour fin décembre 2013. C’est déjà un beau projet ! À terme, nous comptons ouvrir le service à d’autres matières comme la Musique et sortir une version en anglais du site.

Toute l’équipe d’#ETC Mag’ vous souhaite bonne chance dans cette aventure passionnante !

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E D P U O C E L U GUE LE BILLET D’HUMEUR DE... Patrick Llewellyn Écrivain

Ami nous ne t’entendons plus ! Pour une défense raisonnée de la langue française… et anglaise.

J’avais écrit cet article, que je reprends ici, à l’occasion de la mort de Maurice Druon, en avril 2009. Sujet qui n’avait d’ailleurs guère passionné les foules, ou qui a tout du moins semblé bien moins important que la mort de Bashung pour ne citer qu’un exemple (et que dire à ce propos de la disparition de PierreGilles de Gennes, d’ailleurs…). Pourtant l’article n’a pas dépassé sa date limite de consommation. Le sujet que je souhaite aborder n’est en effet pas seulement le décès de l’Immortel. Je ne vous infligerai pas une notice nécro-biographique, bien que je ne manquerai naturellement pas de rappeler certains épisodes de sa vie. C’est son combat pour la défense de notre belle langue qui me servira ici de fond. Non pour pondre une page d’hagiographie bêlante, pas plus que pour crachouiller des invectives délirantes, la bave aux lèvres, à l’instar des grands prêtres de l’ortograf. Mais tout simplement pour apporter ma propre contribution au débat sur ce sujet qui me tient énormément à cœur : soutien ici, contradiction là, élargissement autant que possible.

deux mains avec son oncle, Joseph Kessel. Et puis, bien sûr, il fut un ardent et flamboyant défenseur de la plus belle langue du monde (je ne fais que citer Talleyrand, qui savait le plus souvent de quoi il parlait) tant comme écrivain que comme tonitruant ministre de la culture. Il fallait oser sommer, rue de Valois, les associations perpétuellement exigeantes de subsides comme un droit naturel, qui ne génère évidemment aucun devoir à leurs yeux, de choisir entre la sébile et le cocktail Molotov. La formule pourrait d’ailleurs resservir ; encore faudrait-il trouver un ministre de la culture dont la vocation soit de se battre pour la culture et la langue, plutôt que pour la sauvegarde exclusive de son maroquin. C’est aussi à Maurice Druon que la Francophonie doit la magnifique formule « ayant le français en partage » en lieu et place du très laid et très technocratique « ayant en commun l’usage de la langue française ».

Si Maurice Druon fut certes un Immortel, il demeure bien plus immortel encore par l’écriture du chant des partisans à deux mains avec son oncle, Joseph Kessel.

Je ne saurais, ni ne voudrais, malgré tout, faire l’économie d’un bref hommage à cet homme hors du commun. L’enchantement que je dois à la lecture passionnée, dévorante, des Rois Maudits, reste inoubliable. Il explique à lui seul la tristesse que j’éprouve à la pensée que plus aucune ligne ne s’échappera jamais de cette plume. Et comment oublier que si Maurice Druon fut certes un Immortel, il demeure bien plus immortel encore par l’écriture du chant des partisans à

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Mon amour immodéré pour notre langue ne peut que m’amener à me joindre à cet engagement. Sans réserve, mais pas sans critique. Le sujet est vaste, je n’entends pas le traiter dans tous ses aspects. Vous vous endormiriez avant. Je choisis deux axes pour illustrer mon propos. Ad augusta per angusta, je m’associe par les voies les plus étroites à ce large combat. Je me bats à l’aile droite, aux yeux de certains : je charge en


tête pour la défense de l’orthographe. Et peu m’importe, au contraire même, si cela m’enfonce immédiatement et irrémédiablement dans la catégorie des vieux réactionnaires obtus. Force est de constater que la maîtrise de l’orthographe est devenue un marqueur social fort. C’est un instrument de mesure implacable, et terrible, de l’échec accompli de l’école. J’exerce un métier qui me permet de vérifier la baisse continue de niveau, de façon frappante. Il m’arrive de recevoir dans la même semaine un nombre important de candidats de différents âges (il peut y avoir vingt ans d’écart entre le plus jeune et le plus expérimenté) pour un niveau d’éducation théoriquement semblable, du moins au vu des titres. Le déclin est évident. Prétendre le nier, et me jeter à la figure le qualificatif infâmant de « déclinologue », c’est tout simplement faire preuve d’une parfaite mauvaise foi sur laquelle je ne perdrai pas de temps à m’attarder inutilement. Cela se traduit aussi dans l’aisance et l’élégance de l’expression orale durant l’entretien, l’étendue du vocabulaire, la facilité et la pertinence dans la présentation des arguments et des idées. Le fossé, il n’y a pas d’autre mot, s’impose d’une génération à l’autre.

élevés ou intéressants. Quelle réponse apporter ? Il ne s’agit pas de rester arc-bouté sur des positions figées. Une langue, c’est vivant, c’est darwinien, cela évolue. Qu’une clef devienne une clé ne me semble pas dramatique. Mais que le passé simple ne soit tout simplement plus enseigné en dehors de la troisième personne du singulier me paraît en revanche un appauvrissement volontairement infligé totalement inacceptable. La logique voudrait tout simplement que l’on reprenne les choses à zéro. Et cela passe par la proximité avec les grands textes, et un apprentissage de la lecture digne de ce nom pour commencer. Et bien non ! Ce qui domine reste cette manie de tirer vers le bas plutôt que vers le haut. C’est de vouloir imposer l’ortograf plutôt que d’apprendre à « écrire droit ». Et ce avec une violence sidérante dans les invectives hystériques qui tiennent lieu d’arguments aux chevaliers de l’égalité par la médiocrité. A quand une réédition de La Chartreuse de Parme en langage sms ? Qui est le réactionnaire ? Celui qui se passionne pour le latin et le grec parce qu’il aime comprendre sa langue ? Ou celui qui veille à ne pas partager son savoir, à ôter le goût de l’effort au plus grand nombre pour rester seul au sommet de la tour ?

Une langue, c’est vivant, c’est darwinien, cela évolue.

Mais il est encore plus profond entre candidats d’une même tranche d’âge. Il suffit de creuser un peu dans l’histoire familiale de chacun pour constater que la raison tient au niveau culturel et social des parents. Ceux qui s’en tirent le mieux n’ont pas appris qu’à l’école, pour la plupart. Leurs parents ont su leur donner le goût de la lecture, pour commencer. Voire, ont entièrement repris à la maison cet apprentissage de base. Ils ont fait écrire leurs enfants, ont surveillé leur orthographe et leur grammaire. Ils avaient le temps, les moyens et le bagage intellectuel pour le faire. En un mot, ils ont fait le travail de l’école, dont l’échec en matière d’atténuateur des inégalités sociales face aux savoirs de base est patent. Et le résultat tout autant. Je suis bien placé pour savoir à qui mes clients choisissent de proposer les postes les plus

Nous en revenons donc à la défense de notre langue, et avant tout de la lecture dont la maîtrise de l’orthographe est une conséquence naturelle. Druon, Kessel, Gary, pour rester dans la proximité du point de départ de cet article : comment, pour ne citer qu’un exemple, ne pas plonger corps et âme dans la description haletante, sauvage, inhumaine et d’une beauté époustouflante du bouzkachi dans Les Cavaliers de Kessel ? Et aujourd’hui, qui écrit encore ainsi ? Amin Maalouf pour n’en citer qu’un : Léon l’Africain ne saurait pas donner le goût de la lecture à un adolescent  ? « Ami, si tu tombes, un ami sort de l’ombre à ta place ». Maintenant, que l’on me permette d’apporter

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la contradiction dans le camp des francophones trop militants ! Parlons de l’usage de l’anglais ! J’admets volontiers que l’usage abusif et jargonnant de termes anglais tous les quatre mots est aussi excessif qu’agaçant. Et je confesse une culpabilité certaine dans ce domaine. A l’inverse, la diabolisation systématique de l’anglais confine à la stupidité, et je m’y oppose farouchement. La maîtrise de l’anglais n’est pas une option. C’est indispensable, ne serait-ce que professionnellement. De même qu’ignorer l’orthographe constitue une barrière naturelle quasiment infranchissable au-delà d’un certain niveau de poste ou de responsabilité, ignorer l’anglais condamne à rester en-dessous d’un « plafond de cristal » sans aucune chance de passer aux étages supérieurs. Au-delà de cela, essayez donc de surfer sur le web (oh pardon, de vous promener sur la toile…) pour faire une recherche un peu complète sans parler anglais !

Vouloir à toute force remplacer email par courriel par exemple, me rappelle implacablement une précieuse ridicule demandant à son valet, pour lui signifier d’amener des fauteuils pour ses visiteurs, de lui voiturer les commodités de la conversation.

La question n’est pas là, me répondront les Torquemada de la franchouillardise. Il ne s’agit pas de refuser d’apprendre l’anglais, il s’agit de ne pas mélanger les langues, de refuser tout anglicisme. Bon soit, à la rigueur ! Je pourrais rappeler qu’à l’inverse, l’anglais est truffé de mots français amenés par les Normands. Et que cela ne gêne personne, pas plus du côté francophone que du côté anglophone. Mais je choisis de me placer sur un autre terrain.

Vouloir à toute force remplacer email par courriel par exemple, me rappelle implacablement une précieuse ridicule demandant à son valet, pour lui signifier d’amener des fauteuils pour ses visiteurs, de lui voiturer les commodités de la conversation. Eh oui, j’ose utiliser ici Molière, définition même de notre langue, pour défendre un anglicisme. Parce

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qu’il n’existe aucun auteur pour avoir su ridiculiser le ridicule avec autant de talent, quelle que soit la langue. « Ah ah, me dira-t-on, vous voyez bien, vous êtes obligé d’appeler à l’aide le plus français de tous les auteurs pour appuyer votre démonstration. Vous vous contredites vous-même. » Eh bien non, tout au contraire, laissezmoi poursuivre cette démonstration, s’il-vous-plaît ! Le bannissement des anglicismes n’est pas le combat le plus important des francophonistes. L’essentiel pour eux est de se battre pied à pied pour parler français chaque fois que c’est possible, même à l’étranger. Par exemple dans les institutions internationales dans lesquelles le français est une des langues officielles. Sinon, affirmentils, le français disparaîtra en tant que langue internationale. Magnifique ! La ligne Maginot aussi était tout-à-fait française…

Ceci s’apparente étonnamment à une défense négative, une arrièregarde déjà dépassée fondée sur une incompréhension fondamentale de la raison d’être d’une langue à vocation globale. Le français fut la langue internationale par excellence pendant deux siècles à partir de Louis XIV. Mais ce temps est fini. Il y a toujours eu une langue internationale dominante. Cette langue a changé en même temps que sa fonction propre a changé. Le latin cimentait l’immense empire romain en assurant la circulation des lois et le fonctionnement de l’administration de la Clyde à l’Euphrate. Le moyen-âge en a hérité par le biais de l’Eglise dont les structures et une partie des fonctions politiques ne sont ni plus ni moins que la continuation de l’empire défunt. La fonction du latin était celle d’un instrument de pouvoir politique. L’écrasante domination du royaume bourbon était démographique. Nous étions plus nombreux et plus


riches. Ce qui a permis la domination militaire. Le prestige de Louis XIV, conquis sur les champs de bataille, était immense, et s’est traduit par l’édification du château de Versailles. Puis c’est de Versailles que ses deux successeurs ont hérité, pas de Turenne. Et de même que chaque souverain a essayé de construire sa copie de Versailles, la langue et la littérature françaises se sont répandues et imposées dans toute l’Europe jusqu’en Russie. La domination de la langue et du goût français n’ont jamais été aussi incontestées que sous Louis XV, règne militairement désastreux. Elle ne vient donc pas du militaire et du politique. La fonction de la langue internationale était alors culturelle. Puis la révolution industrielle a pris le relais. Elle est partie d’Angleterre. La langue internationale est devenue celle des industriels et des marchands, du business. Et lorsque les deux guerres mondiales ont ruiné la Grande-Bretagne, ce sont les Etats-Unis, pays anglophone, qui se sont installés sur le trône. La suprématie de la langue anglaise est établie. Sa fonction est économique. Peut-être d’ailleurs que dans trente ans, les anglophones s’engageront eux aussi dans un combat acharné pour défendre l’anglais face au chinois.

contrairement à l’empire romain), c’est faire un contre-sens aussi complet que contre-productif. C’est du francophonisme. Le français ne pourra jamais conquérir une fonction économique, pas plus que la France ne peut détrôner les Etats-Unis sur ce terrain. En revanche, personne ne conteste la position dominante de la littérature française dans le monde des belles lettres. Autrement dit et pour en revenir à un paragraphe antérieur, convier Molière à pourfendre le ridicule est parfaitement logique même pour défendre l’utilisation de mots anglais.

Chercher à empêcher que l’anglais remplace le français dans certains pays constitue paradoxalement le meilleur moyen de pousser à l’extinction rapide de l’utilisation du français.

Alors il ne s’agit pas de se tromper de combat. Se battre pour faire connaître et contribuer à répandre plus largement notre langue et notre littérature, donc sur le terrain culturel, oui, mille fois oui ! J’en suis ! C’est l’objet même de la Francophonie dont Maurice Druon était un pétaradant porte-drapeau. Mais se tordre de douleur quand des Français, hommes d’affaires ou élus, prennent la parole en anglais plutôt qu’en français dans des instances internationales, quand la fonction de la langue est d’ordre économique (ou politique, le politique étant subordonné à l’économique dans une société marchande,

Pour conclure, chercher à opposer les deux langues est une perte de temps totalement contreproductive. Chaque langue ayant sa propre fonction, deux fonctions différentes et non opposées, donc les deux langues, peuvent (et pourquoi pas doivent) coexister. Ainsi, vouloir empêcher que l’anglais remplace le français dans certains pays constitue paradoxalement le meilleur moyen de pousser à l’extinction rapide de l’utilisation du français. Un étudiant vietnamien qui veut élever son niveau de vie va apprendre l’anglais. Et si quelqu’un vient lui expliquer que non, pas du tout, il doit se cramponner à toute force au français, au nom de l’Histoire, et faire de la francophonie une vache sacrée, le résultat est garanti sur facture. En revanche, si les efforts sont faits pour qu’il lise le Harvard Business Review ET Marguerite Yourcenar dans le texte, alors tout-le-monde y gagnera. Qui peut prétendre que le multilinguisme est mauvais ? C’est cela que j’appelle une défense positive, que j’oppose en tous points à la défense négative mentionnée ci-dessus. Et savez-vous ce qui va se passer ? Notre étudiant vietnamien se fera de plus un plaisir de soigner son orthographe, ne pouvant comprendre qu’on veuille abîmer une telle langue.

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#ETC MAG’ C’est déjà fini ! Rassurez-vous, l’expérience se prolonge sur : http://www.etaletaculture.fr

ETALE TA

CULTURE !

Date de sortie du prochain numéro : janvier 2014

Humour

&

Culture Générale

#ETC Mag' N°2, votre nouveau magazine de culture générale!  

Humour & culture générale: le magazine avec des trucs intelligents dedans...

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