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Sommaire Archibat n°18

R e v u e m a g h r e´ b i n e d  a m e´ n a g e m e n t d e l  e s p a c e e t d e l a c o n s t r u c t i o n

E´DITORIAL

5

ARCHIBAT NEWS Lumie`re sur Kairouan

10

ACTUALITE´ NATIONALE Les palais de Tunis a` lhonneur

12

COUP DE COEUR Expos Samir Makhlouf, Feryel Lakhdar, Biat Expo

20

ACTUALITE´ INTERNATIONALE Le complexe El Andalous a` Tripoli

24

RE´ALISATION Muse´e de la monnaie de Tunis

30

COLLOQUE Quelle architecture pour quel tourisme ?

32

LARCHITECTURE EN DEBAT Architecture spontane´e Architecture durable. Nouveaux enjeux responsables RENCONTRE AVEC PHILIPPE MADEC

Architecture des muse´es,

34

36

39

un concept a` re´inventer

DIPLOˆME  Projet de centre dinterpre´tation du site arche´ologique dOudhna PATRIMOINE Les palais de la me´dina de Tunis et de ses environs,



CONCOURS  Cityscape Architectural Awards  LUnion Ge´ne´rale des Travailleurs Tunisiens  La future cite´ sportive olympique de Sfax E´CONOMIE DENERGIE  Incitations a` la maiˆtrise de le´nergie dans le baˆtiment quelles aides pour quels projets ?

AILLEURS  Lagglome´ration Parisienne mise en chantier

98

44





Larchitecture muse´ale en Tunisie : entre recyclage et cre´ation

46

 Le muse´e du Patrimoine Traditionnel de Djerba, un nouveau type de muse´e

58

 Nouveaux muse´es dans les pays arabes surenche`re architecturale ou valorisation du patrimoine national ?



68

 Le parcours et le´clairage dans le muse´e et 74 dans lexposition

78  Les techniques de pre´sentation dans les muse´es : retour sur les notions de muse´ographie, sce´nographie et expographie La place de lespace et ses repre´sentations dans les muse´es virtuels



79

92

96

 Le muse´e arche´ologique et historique dEnfidha

62

88 90

LINVITE´E  Franc¸oise - He´le`ne JOURDA, architecte

ARTS ET DE´CO

Les muse´es, une architecture spe´cifique ?

86

94

40



83

TECHNIQUE & CONSTRUCTION  La climatisation au gaz ou au solaire

Entretien avec M. Habib Ben Younes



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Esthe´tisme et fonctionnalite´ Halim Karabibe`ne Mohamed Ben Soltane

LIVRES ET LIVRAISONS

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E´ditorial Le printemps 2009 s’est révélé particulièrement faste et fertile en manifestations pour Archibat. Notre revue a en effet organisé au cours de cette saison des évènements avec de multiples partenaires autour de problématiques liées à l’architecture et à l’urbanisme d’aujourdhui.

Musée des arts à Denver (USA) © Studio Daniel Libeskind

ARCHIBAT Revue maghrébine à parution semestrielle, publiée par : Architecture Bâtiment et Communication, sa

19, Rue 8300, Imm. Luxor I, Br. M/2 Montplaisir 1073 Tunis Tél. : 216 71 844 467 - 842 185 Fax : 216 71 847 044 E-mail : archibat.com@planet.tn Site web : www.archibat.com.tn

Directrice de publication

Amel SOUISSI TALBI Ont collabore´ a` ce nume´ e´rro :

Olfa BELHASSINE Alia BEL HAJ HAMOUDA CHERIF Taoufik BEN HADID Habib BEN YOUNES Inès DIMASSI KHIRI Taher GHALIA Soumaya GHARSALLAH HIZEM Ali KANZARI Ouiem KARTAS Denis LESAGE Aurélie MACHGHOUL Ons SAKJI SMAOUI Alia SELLAMI BEN AYED Moez TABIB Membres fondateurs

Leïla AMMAR Ali DJERBI Amel SOUISSI TALBI Achraf BAHRI MEDDEB Morched CHABBI Denis LESAGE Publicite´ :

ABC : Architecture Bâtiment et Communication : Zouhaira TALBI REBAI Emna BEN ROMDHANE TOUMI Conception et Re´ e´a alisation

Agence MIM Tél. : (216) 71 950 344 / 330 Impression FINZI USINES GRAPHIQUES Les articles publiés dans cette revue, et les idées qui peuvent s’y exprimer n’engagent que la responsabilité de leurs auteurs. Tous droits de reproduction, réservés pour tous pays. Les textes et photos reçus et leurs envois impliquent l’accord de l’auteur pour leur libre publication. VISA N° 2796 Dépôt légal : juin 2009

Car nous restons convaincus que l’art de réfléchir, de concevoir et d’édifier les bâtiments publics et privés, les quartiers et les villes se doit de trouver sa place dans le paysage culturel et intellectuel de notre pays. Ce public pour qui nous voulons rendre la chose architecturale accessible et proche de ses préoccupations quotidiennes ne nous a point déçus. Il est venu nombreux, intéressé et attentionné suivre nos tables rondes, conférences-débats et expositions sur les palais. C’est avec le duo formé par l’architecte Philippe Madec et son éditeur Jean-Michel Place que nous avons ouvert le bal à travers une table ronde sur le thème « Architecture spontanée-architecture durable », organisée le 11 avril dernier en collaboration avec l’Ecole Nationale d’Architecture et d’Urbanisme (ENAU) et l’Association de sauvegarde de la médina de Tunis, elle a impliqué plusieurs architectes et urbanistes tunisiens, dont Jellal Abdelkafi, Henda Gafsi, Denis Lesage,Ali Cheikhrouhou ... L’approche humaniste de Philippe Madec nous a séduits. L’architecte, écologiste convaincu, s’insurge contre les réponses standardisées du développement durable. Il estime que les architectes doivent rechercher aujourd’hui « les conditions d’un nouveau savoir-vivre ensemble », « des relations apaisées entre les hommes et la terre ». Pour cela il préconise de retenir la culture comme « quatrième pilier du développement durable aux côtés de l’économie, de l’environnement et des préoccupations sociales ». Le travail de l’architecte Françoise-Hélène Jourda s’inscrit dans la même sensibilité, à l’écoute de la fragilité des ressources planétaires. Conviée le 25 avril dernier par l’Institut français de coopération, l’ENAU et Archibat à présenter une conférence sur « l’architecture renouvelée et le développement durable », elle a interpellé le public par son subtil sens de la provocation. Prôner une « architecture de la laideur » est en fait un procédé pour attirer l’attention sur l’essentiel : le bien- être des hommes et des femmes, qui se situe à l’antipode de la primauté accordée, ces dernières années, à l’esthétique visuelle, support d’une médiatisation à toute épreuve. Françoise-Hélène Jourda est l’invitée de ce numéro (lire notre entretien avec elle). Enfin, pour prendre part au Mois du Patrimoine 2009, notre revue et l’Agence de mise en valeur du patrimoine et de promotion culturelle ont organisé ensemble au palais El Abdelliya à la Marsa, du 7 au 19 mai dernier, une grande exposition de photos et de pièces de décoration sur « les palais de la médina de Tunis et de ses environs ». L’exposition qui vient prolonger par l’image et l’objet notre dernier dossier sur les palais (Archibat 17) a été accompagnée le 9 mai par une matinée d’études sur le même thème. Ce partenariat avec une agence nationale travaillant depuis plus de vingt ans sur le patrimoine tunisien nous a fait un immense honneur. Nous souhaitons que de telles associations public/ privé se renouvellent et se multiplient. Notamment dans les domaines du patrimoine, de l’architecture et de l’urbanisme. Ainsi en matière de musées par exemple, sujet du dossier de cette édition, les privés ont réussi, malgré parfois quelques faiblesses scientifiques, à combler un vide culturel dans des zones comme Tozeur et Djerba. Ici encore l’appui des institutions publiques spécialisées dans la planification muséale ne peut que faire avancer au mieux ces espaces devenus au gré des années des centres autonomes de culture, d’histoire et de vie. Aujourd’hui, les nouveaux outils de conception en 3D et les techniques constructives, permettent de bâtir des formes complexes. Disséminées de par le monde, des créations architecturales toujours plus novatrices et visionnaires témoignent du souffle nouveau que donne le XXIe siècle aux musées. Ainsi se développe dans le sillage du musée Guggenheim à Bilbao, une architecture-sculpture, avec laquelle les créateurs font rêver les édiles, les émirs et les patrons de grandes entreprises en quête d’images choc. Les musées, lieux privilégiés de l’expression architecturale, se révèlent des acteurs majeurs du développement urbain par la présence symbolique qu'ils assurent au cœur de la ville et deviennent le centre d'attraction de nouveaux mondes.

Amel SOUISSI TALBI, architecte


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Archibat News Archibat News

Pont de Radès-La Goulette

Le démarrage de l’opération pilote du PMNS

Plusieurs villes, telles que San Francisco, Millau ou encore Avignon, sont devenues célèbres de part le monde grâce à leur pont. Tunis n’est pas en reste. Le visage de la capitale a été enluminé par cet ouvrage d’art titanesque qui a été inauguré le 21 mars 2009 par le Président Zine El-Abidine Ben Ali.

La phase pilote du programme de mise à niveau des services a été lancée récemment, ayant pour objectif de promouvoir la compétitivité des entreprises opérant dans tous les secteurs des services professionnels. L’état a mis en place un programme de mise à niveau des services du secteur tertiaire, dans le but de préparer ce dernier à sa prochaine phase de libéralisation. Ce programme interviendra sur deux champs complémentaires dont le premier agira sur l’amélioration de l’environnement de l’entreprise, du cadre législatif et réglementaire et le renforcement du système d’information sur le secteur. Et le second concernera l’entreprise à travers le diagnostic et l’élaboration de plans de mise à niveau. L’opération pilote du programme de mise à niveau des services, a déjà démarré. Cette phase se déroulera en sept mois (juin-décembre 2009), et interviendra sur une centaine d’entreprises choisies (avec un coût de 2 millions de dinars). Cette phase pilote, a pour finalité de permettre une meilleure connaissance des attentes et des besoins des entreprises et de mettre en place une stratégie de généralisation du programme. Il est à signaler que les candidats peuvent postuler à travers : www.commerce.gov.tn

Construit dans le cadre de la coopération entre le Japon et la Tunisie, les travaux du pont à haubans extradossé, lancés depuis 2004, sont réalisés par des entreprises tunisiennes, japonaises (Taisei et Kajima), égyptiennes (Arab Contractors) et françaises (VSL pour les haubans), et bénéficient du concours de plusieurs bureaux d’études japonais et tunisiens : Nippon Koei, PCI, Scet et Studi.

Mémoires Andalouses Le pont Rades-La Goulette, long de 260 m, retenu par deux pylônes d'une hauteur de 45 m, est posé à 20 m au-dessus du niveau de la mer. L'échangeur, qui connecte le pont et la voie express Tunis-La Goulette, comprend quatre ponts et plusieurs bretelles ; il constitue la partie la plus coûteuse du projet puisqu'il représente 42 % du coût global (estimé à 141 millions de dinars) et a nécessité le remblaiement de 25 hectares sur le lac. Ce pont reliant les banlieues nord et sud de Tunis, permet désormais le franchissement du canal de navigation par un nouvel itinéraire contournant Tunis. Cet ouvrage d'une grande technicité (fondations de grande profondeur en zone sismique, tablier à quatre âmes de hauteur variable, quatre types de précontrainte dont une extradossée) est le premier du genre en Tunisie et en Afrique. Fruit d’une haute technologie, ce pont est très largement employé au Japon alors qu’il est encore peu mis en œuvre en Europe.

C’est l’intitulé du symposium international qui s’est tenu en juin 2009 à la Cité des Sciences à Tunis. Placé sous le patronage de M. Abderraouf El Basti, Ministre de la Culture et de la Sauvegarde du Patrimoine, ce symposium a été organisé par l’OAT, Hichem Mehdi, vice président du Conseil de l’Ordre des Architectes Tunisiens et commissaire de ce symposium, en collaboration avec l’Ecole Nationale d’Architecture et d’Urbanisme, l’Agence de Mise en Valeur du Patrimoine et de la Promotion Culturelle, l’Ambassade d’Espagne et l’Agence Espagnole de Coopération Internationale pour le développement ainsi que l’Agence de Sauvegarde de la Médina de Zaghouan. Nombreux intervenants architectes, ingénieurs, urbanistes, historiens et musicologues…, tunisiens et étrangers, étaient présents pour participer à cette fête qui a célébré le passage de quatre cents ans de l’expulsion des Morisques. Ce symposium a été créé dans le but d’inciter les chercheurs des deux rives de la Méditerranée à collaborer ensemble afin d’affiner leurs études et approfondir leurs recherches sur la période de la migration des Morisques. Les différentes conférences ont dévoilé comment ce peuple expatrié a pu s’épanouir dans cette terre d’accueil et l’enrichir par sa haute culture et son grand savoir-faire. Les intervenants ont donné un aperçu sur les apports andalous qui ont fortement influencé notre culture et qui se manifestent dans la morphologie et la typologie des maisons, existant encore dans les anciennes villes morisques de la Tunisie (Slimane, Zaghouan, Testour…), le vocabulaire et l’ornementation architecturale, le répertoire musical, l’agriculture biologique ainsi que les costumes.Afin d’enclencher une réflexion sur la sauvegarde de ce riche patrimoine andalou, l’inauguration de l’ancienne presse à huile andalouse, à Zaghouan, reconvertie en « maison-laboratoire », a marqué cet événement.


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Archibat News Archibat News

Lumie`re sur Kairouan La mise en valeur de la première cité musulmane fondée au Maghreb est une œuvre de longue haleine, entreprise depuis des décennies par le Ministère de la Culture et de la Sauvegarde du Patrimoine, la Municipalité et l’Association de Sauvegarde de la Médina de Kairouan. De beaux résultats ont déjà été obtenus, dont notamment l’embellissement des voies de médina par l’enfouis

Coupe sur le Centre du Patrimoine Traditionnel de Kairouan

sement des réseaux électriques et autres accrochés sur les façades, et récemment l’opération de réhabilitation de la place Jraba menée en collaboration avec la Commission Européenne . Cette dernière opération, dont les objectifs, outre la remise à niveau esthétique du site, visent le développement durable, économique et sociale, est arrivée à son terme à

la veille de la proclamation, à l’initiative de l’ISESCO

(Organisation Islamique pour l’Éducation, la Science et la Culture) de « Kairouan Capitale de la Culture Islamique pour 2009 ». À cette occasion, il est à noter que la sauvegarde et la mise en valeur du patrimoine à Kairouan n’est plus circonscrit à l’aspect physique de ce patrimoine, mais

qu’elle englobe également le symbolique et l’immatériel grâce aux technologies médiatiques mise en œuvre pour « l’année de Kairouan ». Le plus spectaculaire a été bien sûr le spectacle « Kairouan l’éternelle » présenté le 10 mars 2009 à l’ouverture de l’année de Kairouan, associant, en plein air, de nuit, les tableaux vivants, les commentaires sonores, l’accompagnement musical, les jeux de lumière et les projections d’images sur les murailles historiques. Ce démarrage en fanfare a été un grand monument artistique, mais aussi une contribution inestimable à la sauvegarde et la mise en valeur. Il a été suivi par de nombreuses manifestations : festivals de chant, de théâtre, colloques, expositions culturelles et scientifiques qui ont apporté leur concours. Le Centre du Patrimoine Traditionnel de Kairouan, dont la construction a été décidée dans le cadre 2002/2010 du Projet de Gestion et de Valorisation du Patrimoine Culturel cofinancé par la Banque Mondiale, a été inauguré par le Chef de l’État le 27 avril 2009.

Le spectacle son et lumière, s’est tenu derrière le minaret de la grande mosquée Okba Ibn Nafaa. L’immense minaret et les remparts qui le jouxtent ont servi d’écran aux six tableaux artistiques narrant le patrimoine matériel et immatériel de Kairouan, une fresque conçue par Mourad Sakli, d’après un texte de Ali Louati, sur une mise en scène d’Ilyès Baccar.

Ce centre abrite actuellement une exposition de référence « témoignage de l’histoire de Kairouan ». Il constituera pour de nombreux visiteurs de Kairouan, notamment les étrangers non musulmans, la porte d’entrée pour la connaissance des richesses de la culture et de la civilisation kairouannaises, présentées sous diverses formes médiatiques audio-visuelles modernes, dès la mise en place, fin 2009, du dispositif muséographique prévu. Par ailleurs la promotion du patrimoine culturel tunisien a commencé sur les autoroutes tunisiennes, sous forme de grands panneaux iconographiques destinés à rappeler aux automobilistes qu’ils circulent dans une terre de vieilles civilisations dont les sites marquants sont multiples. Denis LESAGE, architecte


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Actualite´ nationale

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Les palais de Tunis a` lhonneur Dans le cadre du mois du patrimoine, lAgence de Mise en valeur du Patrimoine et de Promotion Culturelle et notre revue Archibat ont organise´ au palais El Abdelliya en mai dernier une exposition sur le the` e`m me  Palais de Tunis et de ses environs, richesse et diversite´ . Inaugure´ e´e e par le ministre de la culture et de la sauvegarde du patrimoine, M. Abderraouf El Basti, cest pour la premie` e`rre fois quune telle exposi tion a lieu en Tunisie et regroupe une vingtaine des plus prestigieux palais de la Me´ e´d dina de Tunis mais aussi les re´ e´ssidences estivales des Beys a` la Marsa, a` lAriana ou au Bardo, pre´ e´ssente´ e´ss sous forme de planches illustre´ e´e es et documente´ e´e es. Les palais présentés ont été sélectionnés selon leurs originalités, leurs typologies spatiales et leurs nouveaux apports en matière d’architecture, de décoration et de techniques constructives. Les textes descriptifs ont retracé l’histoire de ces hauts lieux du patrimoine tunisien depuis leur édification jusqu’à leur fonction actuelle.

M. Abderraouf El Basti, Ministre de la Culture et de la Sauvegarde du Patrimoine, accompagné par M. Ahmed El Djellouli

Ayant pour objectif de montrer la richesse architecturale, le bon goût et la culture de raffinement qu’avaient nos ancêtres dans l’architecture et la décoration intérieure de leurs demeures, cette exposition a porté un éclairage sur des palais qui ont connu des opérations de

L’objectif final étant de susciter l’intérêt d’un large public sur ce précieux patrimoine architectural et historique qui témoigne des différents apports et savoir-faire des communautés qui ont afflué en Tunisie et aussi d’enclencher une réflexion sur les moyens et mécanismes à mettre en place pour le restaurer, le sauver et continuer à le transmettre aux générations futures. A cet effet une matinée d’étude au sujet de l’avenir des palais a été organisée en marge de cette exposition. Nous en présentons, dans la rubrique Patrimoine de ce numéro, le compte- rendu. L’implication de notre revue dans cet événement, qui fut largement médiatisé, s’inscrit dans notre engagement pour la valorisation de l’architecture tunisienne et la diffusion d’une culture architecturale à destination d’un large public.

© Ambre Courbot

© Aymen Guizana

En continuité avec le dernier numéro de notre revue Archibat, consacré au thème des Palais, l’exposition a permis de découvrir ou de redécouvrir sous une nouvelle approche des édifices prestigieux tels que Dar Lasram (Medina de Tunis), le Palais du Baron d’Erlanger (Sidi Bou Saïd), mais aussi d’autres lieux moins connus mais tout aussi exceptionnels comme le Palais Ben Ayed (Ariana), le Palais Ksar Essaïd (Bardo), le Palais Kobet Enhass (Manouba) ou encore le Palais Kheireddine (Médina de Tunis).

restauration, réaffectation ou reconversion réussies et présente aussi des exemples de palais en mal de protection et qui sont menacés par la dégradation, la ruine ou la démolition.

Dans le magnifique Palais El Abdelliya, classé monument historique en 1923 et dont la fondation hafside remonte au début du XVIe siècle, l’atelier Driba, a agrémenté l’exposition par sa collection de céramique, de ferronnerie et de boiserie.


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Grand prix Sika tunisienne

M. Salaheddine Malouche, Ministre de l’Equipement et de l’Aménagement du Territoire, remettant le prix aux étudiants lauréats

Etablie en tunisie depuis 50 ans, la société Sika Tunisienne s’est mobilisée à sa manière pour sauver un pont de type bow-string construit en 1931 à Korba et qui est aujourd’hui menacé de destruction à cause des difficultés de circulation dues à son étroitesse. Par l’entremise d’un concours d’idées, la société Sika a souhaité attirer l’attention quant à l’importance patrimoniale de ce pont, emblème de la ville de Korba. Ce concours a exigé un regroupement de trinômes d’étudiants composés d’un étudiant ingénieur pour solutionner le déplacement du pont, un étudiant technicien supérieur pour résoudre l’aspect technique de sa réparation, et enfin un étudiant en architecture pour proposer une nouvelle utilisation et une revalorisation du pont. La remise du premier prix a été organisée au cours du salon MEDIBAT à Sfax le

4 mars, en présence de Monsieur le Ministre de l’Equipement et de l‘Aménagement du Territoire. Le trinôme vainqueur regroupe Bilel Jaballah, Selman Jedli et Wael Abouda. Le 2ème prix a été attribué au groupement constitué par Amena El Aroui Anis Brahmi Oussama Chaabane. Enfin le 3ème prix a été remis à Boulbeba Hmani, Hassib Bkalti et à Zied Ben Bnina.Les gagnants ont été récompensés par un chèque de 4500 dinars. Le deuxième prix a reçu un chèque de 3000 dinars et le 3ème prix un chèque de 1500 dinars. En tant que partenaire Presse de cet événement, la société d’édition ABC a offert aux étudiants participants des exemplaires et des abonnements à la revue Archibat. Les idées de valorisation apportées par les étudiants ont été soumises à la municipalité de Korba dans le but d’encourager la sauvegarde de ce pont historique. Ce concours d’idées, lancé par Sika a donné aux étudiants l’opportunité de travailler en groupement pluridisciplinaire provenant de différents établissements universitaires et a représenté pour eux une occasion instructive de confrontation à la vie professionnelle.

Des e´tudiants de lENAU prime´s au concours KNAUF La filiale tunisienne du groupe allemand KNAUF, spécialiste des matériaux de construction sèche, a lancé le 19 janvier dernier, un concours qui a rassemblé 25 étudiants de l’ENAU. Son objectif était de concevoir un espace modulaire de détente pour une maman et son bébé, ceci en utilisant astucieusement les solutions KNAUF. Les participants ont été encadrés et conseillés par le service technique de KNAUF. Inspirés d’un nid d’abeille, d’un ventre de maman, de personnages de jeu vidéo, ou du futurisme des systèmes KNAUF, plusieurs étudiants candidats ont fait preuve d’une grande créativité. La lauréate de ce concours est l’étudiante Fatma Zohra Sakka. Le 2ème et le 3ème prix ont été remis respectivement à Houssem Eddine Mnejja et à Mariem Jabloun. La lauréate s’est vue offrir un voyage et une visite de l’un des sites de production de KNAUF en Europe. Des abonnements à la revue Archibat ont également été offerts aux lauréats. Madame la Secrétaire

d’Etat chargée de l’enfance, qui a remis le 1er prix, a vivement encouragé la réalisation du projet primé. KNAUF pourrait dans cette perspective le réaliser sur son stand lors du prochain salon du bâtiment Carthage 2010. Retrouvez tous les résultats des projets lauréats sur notre site : www.archibat.com.tn

Abonnez-vous à la revue Archibat sur

www.archibat.com.tn Portail internet dédié aux professionnels de la construction un service de

ARCHITECTURE BATIMENT ET COMMUNICATION


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Boukhatir, le`ve le voile sur la cite´  Cedar  Le groupe émirati Boukhatir a annoncé récemment, l’ouverture officielle des ventes des unités résidentielles « Cedar » de la future ville, Tunis Sport City qui va se dresser sur 256 hectares à l’horizon du lac nord de Tunis. Les travaux préliminaires de la première entité de ce méga-projet ont été entamés depuis le 3 janvier 2009. Le projet « Cedar » représentera le quartier résidentiel de cette cité qui s’étalera sur 364. 000 m2 et sera composée d’une panoplie d’unités résidentielles donnant toutes sur un terrain de golf 18 trous « Jardins de Tunis ». Cette dernière comportera 70 villas luxueuses avec des superficies diverses, dotées de piscines et jardins privés et des tours résidentielles offrant plusieurs types d’a partements de haut standing avec différentes configurations spatiales. A concept centré autour du sport, Tunis Sports City, ouvre la porte à une nouvelle génération de projet avant-gardiste où qualité architecturale rime avec un nouveau style de vie.


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Pose de la premie`re pierre du Port Financier de Tunis Le Président de la République a posé, au cours d’une cérémonie organisée en juin 2009, la première pierre du projet de centre financier off-shore. Situé dans la baie de Tunis, dans la délégation de Kalaat El Andalous (à proximité de Raoued), ce mégaprojet sera financé par Gulf Finance House (GFH), banque islamique d'investissement basée à Manama (Bahreïn) et leader dans la région du Golfe. Il occupera une superficie de 520 hectares avec montant d’investissement de 3 milliards de dollars.

Situé à un carrefour stratégique entre les marchés européens, nord-africains et du Moyen Orient, ce projet est appelé à accueillir des sociétés internationales dans le domaine de la finance, de conseil et de services. Lors d’une conférence de presse tenue en Juin, M. Issam Youssef El Janahi, président du conseil d’administration de la Gulf Finance House a annoncé le début d’un processus d’appel d’offres aux entreprises, le démarrage des travaux d’infrastructure et révélé les principales composantes du Port Financier de Tunis. Il s’agit, notamment, d’un centre d’investissement bancaire et de conseil, un centre d’affaires, une plaque tournante pour les assurances « Takaful », ainsi que la première bourse financière internationale de la région. Parallèlement à ces fonctions, un institut international d’affaires sera réalisé. En complément aux aspects commerciaux, une série d’installations résidentielles et de loisirs, y compris une marina et un parcours de golf de 18 trous, font partie du schéma directeur. Le Port financier de Tunis, qualifié de mégaprojet de développement économique par le responsable Bahreïni, sera réalisé en quatre phases. La première phase sera lancée au cours du troisième trimestre 2009. Au cours de la phase initiale du projet qui s’étalera sur 4 ans, des travaux d’infrastructure seront engagés au niveau de l’entrée du port, représentant environ 35% de son coût total. La finalisation des travaux de cet important projet est prévue pour 2016.


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Une Marina nouvelle ge´ne´ration a` Bizerte La Marina de Bizerte en 2011, la Baie de Gammarth en 2012, Lella Hlima à Zarzis en 2014, puis le Port Financier de Tunis en 2016, les projets de marinas sont en vogue aujourd’hui en Tunisie.A Bizerte, par exemple, l’aménagement du futur ensemble Bizerte Cap 3000 comprend l’extension du port de plaisance dont la capacité passera de 120 embarcations actuellement à 900 embarcations. Il comprend également une croisette ainsi qu’une résidence de standing de 50 000 m2. Le plan d’aménagement a été conçu par les architectes Mohamed Ben Achour, Mohamed Salah Zlaoui et Ahmed Chatti, architecte chef de projet, en collaboration avec Noomen Haouel, ingénieur maritime. Les travaux d’aménagement de la partie maritime ont démarré le 15 mai dernier. Une fois les travaux achevés, sera entamée la réalisation de la partie commerciale, une croisette qui longe l’avenue H. Bougatfa et qui s’étend sur une surface de 6 Ha environ gagnés sur la mer. Outre les espaces de commerce, le programme de la croisette prévoit un club de voile, un musée océanographique, des espaces culturels et d’artisanat, etc…Quant à la partie résidentielle, le début des travaux est prévu en octobre prochain. Leur durée est estimée à 24 mois. Avec sa nouvelle Marina, Bizerte est en passe de devenir une région attractive.

à Abou Dhabi. Cette future réalisation éco-touristique s’étendra tout le long du littoral qui va de Cap Serrat (gouvernorat de Bizerte) jusqu’à la plage d’Ezouaraa (gouvernorat de Béja) et Tabarka (gouvernorat de Jendouba), présentant un potentiel propice au développement du tourisme tunisien. La côte des Anges sera composée de résidences, hôtels, stations balnéaires, centres de loisirs, une marina ainsi qu’une réserve pour certaines espèces animales. Ce projet sera réalisé par le groupe italien « Preatoni Investments » pour un montant de 22 milliards d’euros, aux fins de valoriser les sites naturels de cette zone classée et protégée par le Fonds mondial de l’environnement.

Nouvelle zone touristique de Lella Hlima a` Zarzis Lancé depuis 2001, le projet de Lella Hlima fait figure de ville neuve à proximité de Zarzis, une ville qui associera le tourisme saharien et balnéaire et qui pourra abriter jusqu’à 17 000 habitants. Piloté par un groupe de promoteurs privés réunis au sein de la Sodet Sud, la société d’études et de développement touristique du Sud, le projet connaît actuellement un retard dû à des problèmes de foncier. D’après les promoteurs le démarrage d’une première phase est prévu en septembre prochain. Les études de conception ont été réalisées par une équipe réunissant l’urbaniste Jallel Abdelkefi et l’architecte Tarek Ben Miled. Les travaux d'aménagement de la zone s'étendront durant la période de 2009 à 2012. Le projet sera opérationnel

Un me´gaprojet e´co-touristique en Tunisie prime´ a` Cityscape Abou Dhabi Un projet touristique dans la région Nord-Ouest de la Tunisie, a été primé au salon annuel et international de l’immobilier, Cityscape, qui s’est tenu en avril 2009

d'ici 2014. Lella Hlima sera dotée notamment de quatre hôtels de luxe et plusieurs structures d'hébergement notamment des appart-hôtels et des hôtels de charme tout au long de la côte, des résidences individuelles, jumelées et collectives. Les lieux de loisirs et de détente seront aménagés le long de la côte. Le tourisme de congrès aura sa place avec un palais de congrès pour 200 places. Des pontons sont conçus sous forme de plateforme flottante pour développer la plaisance. Beaucoup d'investisseurs ont apprécié cette composante. Un Ribat sera construit à l'intérieur de la mer sous forme d’une presqu'île artificielle et couvrira une superficie de trois hectares.


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Coup de coeur Expos Samir Makhlouf, Feryel Lakhdar, Biat Expo L e 1 er s e m e s t r e 2 0 0 9 a e´ e´tt e´ d  u n e g r a n d e richesse pour les amateurs dart contemporain tunisien. Nous vous proposons ici de faire le point sur les expositions des artistes e´ttablis et dont vous avez de´ e´ e´jja` pu de´ e´ccouvrir le travail plastique dans Archibat.

Œuvre de Samir Makhlouf

Du 24 avril au 20 mai dernier, c’est Samir Makhlouf qui exposait à la Galerie El Medina une quarantaine d’œuvres. Paysages fantastiques et architectures extraordinaires. Le spectateur a toujours l’étrange sensation de s’éveiller d’un songe où rêve et réalité se confondent. Les éléments perdent de leur consistance, de leur substance même si l’on retrouve moins le bestiaire fantastique des œuvres antérieures. Tout n’est qu’apesanteur et les personnages sont des baudruches que l’artiste suspend à la toile par le fil de son pinceau. Plus rien n’a d’importance car tout est essentiel, la ligne courbe, la couleur subtilement maîtrisée, les perspectives déformées. Et comme chez Salvador Dali, le monde fond. Il ne s’agit plus que de dépeindre la ville, l’urbain, le macroscopique, le microscopique, il s’agit d’expérimenter le monde… de se laisser embarquer. Dans un tout autre registre, Feryel Lakhdar exposait sous le titre "Décalage" ses dernières œuvres à la Galerie Ammar Farhat du 8 au 31 mai 2009. On y découvrait les si célèbres personnages féminins de l’artiste trônant dans des intérieurs contemporains de papier glacé. Déesses mères tutélaires ne répondant à aucun critère esthétique, elles imposent leur univers, canalisant par la même toute notre attention. Les intérieurs se répètent, perdent leur substance, s’uniformisent… Seules les femmes demeurent, créatrices de vie. Feryel questionne. Tout l’intérêt récent porté en Tunisie à la décoration de nos intérieurs et de façon plus générale, la tendance mondiale à la déco-maison, engendrent un nivellement, une mondialisation, une uniformatisation de l’habitat planétaire.

Œuvre de Feryel Lakhdar


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Œuvre de Rym Kaouri

Enfin, le 22 mai dernier, et ce, pour un mois, la Banque Internationale Arabe de Tunisie BIAT - inaugurait la deuxième édition de Biat Expo. Après Mahmoud Sehili, l’an dernier, le hall du siège de la banque accueillait cette année les œuvres de Rym Karoui, Asma Mnaouar, Halim Karabibène et Mohammed Ben Soltane. Peinture, sculpture, photographie confiées au commissaire de la manifestation, Feryel Lakhdar, présentés dans une architecture contemporaine avec laquelle elles dialoguent. Bestiaires oniriques envahissant des compositions à la Jérôme Bosch chez Halim Karabibène, rythme des écritures griffées et leur jeux de recouvrement de strates colorées chez Asma Mnaouar, femme sculpture trônant sur son banc, étonnée d’être là et accueillant le visiteur dans une joyeuse éclosion colorée par Rym Karoui, galerie de visages distordus nés du hasard d’un accident, taches, photographies de traces chez Mohamed Ben Soltane. L’intérêt de cette deuxième édition de BIAT expo, outre le fait de présenter au grand public dans un espace surprenant le travail d’artistes tunisiens établis, résidait dans le fait qu’elle est une des rares initiatives permettant à l’art d’entrer dans l’entreprise. Aurélie MACHGHOUL

de gauche à droite œuvres de Halim Karabibene et Asma Mnaouar

Œuvre de Mohamed Ben Soltane


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Actualite´ internationale Actualite´ internationale

Le complexe El Andalous a` Tripoli, conc¸u par des architectes tunisiens La Libye est un vaste chantier à ciel ouvert. Le pays, qui a accusé un retard certain en matière d’infrastructures de base, est en train de rattraper son retard à grande vitesse. 130 milliards de dollars sont consacrés par le gouvernement pour le développement des infrastructures. Plusieurs architectes tunisiens, profitant de la proximité de la Libye, décrochent des projets important dans ce pays en plein boom immobilier. A l’exemple du complexe El Andalous centre à Tripoli qui a été conçu par les bureaux d’architecture tunisiens : Architectes Conseil International SA et Polystudio International. Le promoteur de ce projet est la société Beroko Libya for Tourism Investment Joint Stock. Le projet occupe une surface de 13 0000 m2 couverts, qui se développe autour d’une marina 200 anneaux. Le complexe comprend un hôtel 5*, Sheraton Tripoli, 308 chambres et suites de très haut standing, un hôtel 4* de 203 chambres sous l’enseigne Four Points By Sheraton, 56 appartements et une zone de restauration, boutiques, administration portuaire, etc... Cet ensemble est complété par des espaces commerciaux ainsi qu’une tour de bureaux. Les travaux de chantier, confiés à l’entreprise Etraph International ont démarré en 2008. La première phase d’achèvement des travaux est prévue en janvier 2010 et la phase finale pour septembre 2011. Le coût d’investissement de ce projet s’élève à 254 millions de dollars.


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Palmyra House, en Inde, conçue par Studio Mumbai La « Palmyra House » est réalisée en bois de palmier, ressource abondante. Elle offre une réconciliation avec la nature qui est en Inde une proposition culturelle neuve.

Global Award 2009 : architecture durable

Peter Zumthor, supreˆme distinction

Chaque année cinq architectes sont nominés pour le prix international d’architecture durable. Ce prix a été initié par la Cité de l’Architecture et du Patrimoine dans le but de stimuler le débat sur les enjeux de l’architecture du XXIème siècle. Les nominés se distinguent par leur engagement et leur pratique de l’architecture durable, et leurs actions au service des populations défavorisées. Les nominés pour le Global Award 2009 sont d’origines aussi diverses que lors des deux premières éditions puisqu’ils viennent de trois continents, d’Afrique, d’Asie et d’Europe. Ils ont présenté, lors du symposium organisé à cette occasion, leurs démarches, leurs motivations et leur engagement en termes d’architecture durable. Les cinq nominés sont :Thomas Herzog (Allemagne), Sami Rintala (Norvège), Diébédo Francis Kéré (Burkina Faso et Allemagne), Bijoy Jain, studio Mumbaî (Inde), Patrick Bouchain et Loîc Julienne (France). Le lauréat du Global Award for Sustainable Architecture sera désigné en octobre. Ce dernier aura le privilège de concevoir un projet pour la Collection Manifeste d’architecture durable du XXIème siècle en Seine Aval. Il s’agit essentiellement de bâtiments publics, avec des programmes qui répondent aux besoins précis de la région. Les deux projets lauréats des deux éditions précédentes sont en cours de réalisation : un gite urbain à Chanteloup-les-Vignes conçu par l’architecte autrichien Hermann Kaufmann et un complexe commercial multi services à Follainville-Dennemont, conçu par Carin Smuts, architecte sud africaine, lauréate du prix de 2008. Elle a présenté le projet lors de ce symposium en expliquant comment elle a transposé sa méthode adoptée en Afrique du Sud.

Le prix Pritzker 2009 a été remis à l'architecte suisse Peter Zumthor, 66 ans, pour l'ensemble de son œuvre, dont les thermes de Vals, qualifiés de chef-d’œuvre. «Qu’un corpus de bâtiments aussi petit que le nôtre soit reconnu dans le monde professionnel me rend fier. Cela devrait donner l’espoir aux jeunes, leur prouver qu’en visant la qualité, leur travail peut devenir visible sans publicité particulière». C’est par ces mots que Peter Zumthor, réagissait, en avril, à la décision du jury du Prix Pritzker de lui attribuer cette année la plus haute distinction en architecture. Récompense prestigieuse, assortie de 100 000 dollars. Au qualificatif d’artiste, Peter Zumthor préférerait sans aucun doute celui d’artisan. C’est en effet par un apprentissage d’ébéniste, à 15 ans, que tout a commencé pour ce Bâlois qui travaille dans les Grisons. L’amour des matières ne le quitte pas. « L’architecture est quelque chose de tactile, quelque chose qu’il faut toucher. En architecture, les matériaux sont comme les notes pour un compositeur, expliquet-il. Je travaille avec les matériaux, je les apprécie tous. Ce qui est intéressant, c’est de faire sans cesse de nouvelles associations de notes et de parvenir à une sonorité spécifique ». Parmi ses projets : le Pavillon suisse à l’Expo 2000 d’Hanovre, le Musée Kunsthaus de Bregenz, en Autriche, les Bains de Vals, la chapelle Saint-Benoît à Sumvitg, quelques maisons privées, une école, son bureau et sa propre demeure. En choisissant Peter Zumthor, le jury du Prix Pritzker a salué « son talent à combiner des pensées claires et rigoureuses avec une dimension réellement poétique ».

Solar City, 400 logements à Linz en Autriche, conçus par Thomas Herzog Le projet Solar City lancé en 1992 est exemplaire de la démarche bio-climatique pour la construction d’une ville solaire pour 25 000 habitants, avec ses équipements et ses transports.

Thermes de Vals en Suisse


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Le muse´e Herge´ : un lieu de l imaginaire On inaugure ces dernières décennies, toutes sortes de musées : d’art, bien sûr, mais aussi de l’huile, du café, du vin, celui de BMW etc... Dernier-né des musées, celui consacré à Hergé, le célèbre créateur de Tintin (héros de bande dessinée) qui a ouvert ses portes en juin 2009 à Bruxelles. Un événement tant attendu par les tintinophiles du monde entier. Tel un prisme allongé, le musée, conçu par Christian de Portzamparc, semble flotter dans le parc au milieu duquel il est implanté. Pour évoquer l’univers teinté d’irréalité d’Hergé, l’architecte a choisi de placer l’imaginaire au centre de sa réflexion. De l’extérieur, le concepteur s’est servi de transparences pour donner l’illusion d’un bâtiment en deux dimensions. La façade, faite d’immenses carreaux de verre, semblables à des cases de BD, font le trait d’union avec le monde d’Hergé. Le bâtiment, qui couvre une superficie de 3600 m2, abrite des salles d’expos, une salle de projection, une cafétéria, des boutiques, des ateliers et l’administration. L’atmosphère de la BD est également présente à l’intérieur du musée. Les motifs colorés qui recouvrent les volumes des salles d’exposition sont des agrandissements de dessins figurant dans les albums de Tintin.Ainsi, l’architecture du musée possède une finesse susceptible d’épouser « la ligne claire » chère à l’auteur de BD. Défi relevé par Christian de Portzamparc qui a réussi à capter l’esprit d’Hergé et à concevoir un musée dans lequel résonne sans ostentation la personnalité du célèbre Bruxellois.

© Nicolas Borel. Atelier de Portzamparc 2009


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Re´alisation Re´alisation

Muse´e de la monnaie de Tunis C est dans la nouvelle extension de la Banque Centrale de Tunisie, sur l avenue Mohamed V, que se dresse le nouveau muse´ e´e e de la monnaie, dernier-ne´ des muse´ e´e es spe´ e´ccialise´ e´ss tunisiens. Un nouvel acquis d une grande importance tant pour la pre´ e´sservation de notre patrimoine mone´ e´ttaire que pour la mise en valeur et le de´ e´v veloppement des e´ e´ttudes sur la monnaie.

Conçu sous forme de cône inversé sur base elliptique, le musée vient se greffer à l’angle du nouveau bâtiment destiné à accueillir une extension du siège de la banque centrale. Lotfi Rebai, architecte du projet, a choisi d’attribuer au musée une forme elliptique qui se distingue par rapport à l’institution mère dont les volumes sobres et rigides sont traités avec des bandes horizontales transparentes et opaques. Le musée abrite une collection de 5000 pièces relatant 25 siècles de l’histoire de la monnaie en Tunisie, de l’époque punique à l’époque moderne. L’espace intérieur se déploie sur 600 m2 entre rez-de-chaussée et mezzanine. Il comporte un espace d’exposition permanente, une boutique et des locaux techniques et de gestion au rez-de-chaussée, un espace d’exposition temporaire, une unité de recherche et une bibliothèque en mezzanine. Dès l’entrée, une aire à moitié obscure, aux parois tapissées de bleu, plonge le visiteur dans une ambiance feutrée, accentuée par une insonorisation parfaite obtenue par le calfeutrage en bois des murs. Le plafond étoilé scintille avec des diodes azures de différentes tailles. Le sol en grès est paré de motifs géométriques et de rosaces mariant le jaune et le bleu d’Argentine, fruit du travail de l’atelier de décoration de Nourredine Lajnef, en collaboration avec le Ministère de la Culture et de la Sauvegarde du Patrimoine. L’ensemble des composantes spatiales est organisé en auréoles concentriques autour d’un épicentre. Au rez-de-chaussée, l’épicentre est réservé à des médailles qui commémorent des événements phares de la Tunisie contemporaine. Le visiteur évolue dans un parcours elliptique qui, selon un ordre chronologique, remonte le temps et retrace l’histoire de la monnaie à travers les différentes dynasties. Les 43 vitrines sont équipées pour assurer la sécurité de ces pièces de notre histoire grâce à un système de régulation hygrométrique, d’un mécanisme qui permet le ventilation et le refroidissement de la vitrine en cas de surchauffe, Architecte : Lotfi Rebai Entreprise : Youssef Eltaief Décorateur : Noureddine Lajnef, avec le Ministère de la Culture et de la Sauvegarde du Patrimoine

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de vitres pare-balles, antireflets et anti poussières. Les vitrines sont également munies d’une loupe mobile pour faciliter aux visiteurs le déchiffrage.

rez-de-chaussée permet une communication visuelle et des perspectives intérieures permettant au visiteur de saisir une scénographie favorisant transparence et fluidité.

La mezzanine est destinée aux expositions temporaires et thématiques, organisées en collaboration avec des musées internationaux.

Le musée de la monnaie est par ailleurs doté d’un centre de documentation et de recherche en numismatique avec une médiathèque et une bibliothèque mettant tout un panel d’ouvrages spécialisés, d’histoire et d’archéologie à la disposition des étudiants et des chercheurs.

Les deux plateformes d’exposition sont reliées par un escalier épousant le mouvement élitique du plan. Le vide sur le

Outre ses fonction permanentes le musée possède des visées didactiques : il a l’ambition de donner une impulsion décisive à la formation de jeunes chercheurs tunisiens en leur offrant un lieu de recherche et de documentation mais aussi de développer les échanges en numismatiques dans un contexte international I

Inès DIMASSI KHIRI


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Colloque Quelle architecture pour quel tourisme ? Luniversite´ Tunis Carthage a organise´ le 15 mai dernier un colloquede´ e´b bat sur larchitecture et le tourisme. Cette rencontre, anime´ e´e e par Ali Djerbi, chef du de´ e´p partement architecture de lUTC, a permis a` des architectes tunisiens de renom parmi lesquels W. Ben Mahmoud, T. Bouslama, A. Mimita, M. Gueddas, ainsi quaux repre´ e´ssentants des administrations ONTT, AFT, APAL, AMVPTC dexprimer leur point de vue sur la question : Quelle architecture pour quel tourisme ? . C e c o l l o q u e a e´ e´tt e´ u n e i n v i t a t i o n a` a p p r o f o n d i r l a r e´ e´ff l e x i o n s u r u n the` e`m me bruˆ uˆllant. De droite à gauche Ms. Ajmi Mimita, Wassim Ben Mahmoud, Ali Djerbi, Taoufik Bouslama et Moez Gueddas

LES ARCHITECTES TUNISIENS EN MANQUE D’INSPIRATION ? Les projets touristiques jaillissent du sol comme des champignons. Ils marquent de leur architecture le paysage urbain de nos villes. Ils font partie de notre patrimoine commun. Par conséquent leur implantation et leur architecture nous concernent. Prévoir une réflexion minutieuse sur le pourquoi et le comment de l’insertion d’un bâtiment touristique n’est pas un luxe. Malheureusement l’espoir de retombées économiques positives guide unilatéralement les travaux de conception et d’implantation de ces projets. Une réponse impérative pour séduire les clients fait souvent écran aux valeurs culturelles et à toute considération de développement durable. Les constructions touristiques sont conçues pour être au goût des touristes. Or, ce qui est censé plaire aux touristes, c’est l’exotisme, le dépaysement. Les architectes s’efforcent dans leurs réalisations de créer un univers en harmonie avec l’imaginaire des vacances. Cependant vacances, exotisme et dépaysement ne sont pas synonymes d’architecture stéréotypée et uniformisée. A ce titre, Khaled Trabelsi, représentant de l’ONTT reproche aux architectes leur manque d’innovation. La diversification du produit touristique tunisien n’a pas été accompagnée d’une diversité architecturale. Moez Gueddas rappelle que la concurrence internationale, toujours plus âpre ces dernières années, a poussé les promoteurs touristiques étrangers à créer des lieux insolites, originaux, voire mythiques. Il appelle à plus d’innovation de la part des architectes tunisiens pour pouvoir répondre à une demande de plus en plus exigeante des touristes, à réinterpréter le patrimoine tout en le préservant, et à s’inspirer des tendances modernes. Les intervenants estiment que certains concepts et principes d’aménagement relatifs à l’architecture touristique doivent être révisés. C’est le cas des zones touristiques. Tafida Ben Othmane, représentante de l’AFT (Agence Foncière du Tourisme) dénonce l’inadaptation de la zone touristique telle que conçue en 1973 au contexte actuel. Elle met en cause la responsabilité des aménageurs dans la production touristique et stipule que c’est l’échec du modèle des « zones touristiques » qui est la cause de la

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crise globale qui atteint le secteur. Le problème essentiel de ces projets tient à une perception réductrice qui les considère comme un périmètre fermé dans lequel peut se créer un monde artificiel conforme aux desiderata des investisseurs et uniquement pour leurs besoins spéculatifs. Ahmed Smaoui, ancien PDG de l’ONTT, pense qu’il faudrait mettre fin aux zones touristiques qu’il qualifie de « ghettos hôteliers » en les intégrant dans les plans d’aménagement urbain. Leur insertion dans la ville permet d’en faire des pôles de distraction accessibles à tous les habitants. Quant à l’avenir de l’architecture touristique, les intervenants s’accordent à dire que le développement durable est une priorité qui doit faire partie intégrante de toute discussion sur le projet touristique. En préconisant d’accorder plus d’importance au développement durable, au choix de l’emplacement et à la forme des projets touristiques, les intervenants pensent que tous les acteurs de la planification devraient assumer davantage leurs responsabilités afin de développer une architecture cohérente et de qualité. Ecouter plusieurs avis, travailler en équipes, associer d’autres disciplines ne peut qu’améliorer la qualité, engendrer la satisfaction des touristes et donc leur fidélité.


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Larchitecture en de´bats Larchitecture en de´bats

Architecture spontane´e  Architecture durable

Nouveaux enjeux responsables Dar Lasram a abrite´ samedi 11 avril 2009 une confe´ e´rrence-de´ e´b bat sur le the` e`m me Architecture spontane´ e´e e-architecture durable , organise´ e´e e en collaboration avec lENAU, Archibat et lASM. J e l l a l A b d e l k a f i e t P h i l i p p e M a d e c o n t p r e´ e´ss e n t e´ l e u r s a p p r o c h e s e t l e u r s p o i n t s d e v u e r e s p e c t i f s d  u r b a n i s t e e t d  a r c h i t e c t e s u r l a t h e´ e´m m a t i q u e g e´ e´n n e´ e´rr a l e . C e l l e - c i a e n s u i t e e´ e´tt e´ discute´ e´e e et partage´ e´e e avec Jean Michel Place, e´ e´d diteur, Henda Gafsi, urbaniste, Denis Lesage et Ali Cheikhrouhou, architectes. datant des années 30) et d’un « gourbiville/ bidonville » (qui s’est développé dans un site de carrière). Les deux quartiers se présentent donc comme l’imbrication d’une forme réglementée et d’une forme d’urbanisation spontanée qui ne sont pas sans influence l’une sur l’autre. Quelle attitude durable pour les quartiers spontanés ? Telle est la question qui a été soulevée par Philippe Madec architecte urbaniste et professeur en architecture. Selon Philippe Madec, une attitude durable exige une pensée globale qui tienne compte, ensemble, des notions d’environnement, d’économie et la dimension sociale. Pour exister, le développement durable nécessite une prise en compte de la population. Car , nous dit-il, l’architecture n’a de sens que par rapport aux personnes auxquelles elle s’adresse. Philippe Madec revendique que la culture doit constituer le quatrième pilier fondateur du développement durable. « C’est à travers la parole citoyenne que la culture doit faire son office », précise l’architecte. D’après ce dernier, l’idée de la participation citoyenne est une idée fondatrice de la notion d’éco-quartier. Elle constitue la clé pour instaurer un usage cohérent du quartier.

L’intervention de Jellal Abdelkafi a porté sur le quartier Dubosville-Borj Ali Raïs, que certains invités avaient pu découvrir lors d’une déambulation organisée le jeudi 9 avril. Au Sud de la colline du Jellaz, Dubosville et Borj Ali Rais se présentent comme l’imbrication d’un lotissement (maisons à toits en pente en tuiles rouges

Ainsi, pour pallier les difficultés que connaissent les deux quartiers Dubosville et Borj Ali Raïs, Philippe Madec préconise le recours à une approche durable en faisant intervenir des sociologues, des économistes, des anthropologues, des photographes… pour aller à la rencontre des habitants, pour essayer d’établir des liens sociaux et des liens économiques, et « c’est la dimension réglementaire qui va ensuite donner les clés de la résolution de ce secteur », conclut l’architecte.


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Rencontre avec Rencontre avec

PHILIPPE MADEC Concevoir un de´veloppement durable pour les ge´ne´rations futures C  e s t d e´ e´ss o r m a i s u n e t r a d i t i o n : l  I F C , l  E N A U e t A r c h i b a t o r g a n i s e n t c h a q u e t r i m e s t r e u n e c o n f e´ e´rr e n c e d e´ e´b b a t a n i m e´ e´e e p a r d e s p e r s o n n a l i t e´ e´ss f r a n c¸c¸a aises en p r i s e a v e c l e s q u e s t i o n s a r c h i t e c t u r a l e s e t u r b a n i s t i q u e s d  a u j o u r d  h u i . A p r e` e`ss O l i v i e r B r o c h e t c  e s t l  a r c h i t e c t e u r b a n i s t e f r a n c¸c¸a a i s P h i l i p p e M a d e c q u i a e´ e´tt e´ i n v i t e´ e n a v r i l 2 0 0 9 , a c c o m p a g n e´ d e J e a n - M i c h e l P l a c e , e´ e´d d i t e u r s p e´ e´cc i a l i s e´ e n architecture, pour animer une confe´ e´rrence a` lEcole Nationale dArchitecture et dUrbanisme de Tunis. De gauche à droite, Philippe Madec et Jean-Michel Place

Préoccupé par les questions environnementales, Philippe Madec a tout au long de sa carrière mené une réflexion sur l’urbanisme durable et éco responsable. En 2008 il est sacré chevalier de la Légion d’Honneur au titre de l’écologie. Il a été primé à plusieurs reprises (Grand Prix de l’Environnement en 2000, Prix de l’Art urbain en 2006). Il compte de nombreuses publications sur l’histoire, la théorie et la pratique de l’architecture, le paysage et la peinture. Parmi ses réalisations en cours, la création d’une ville écologique à Bab Drâa au Maroc, et des écoquartiers dans plusieurs villes françaises. Depuis 2000, Philippe Madec enseigne à l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Lyon, où il a créé le département Architecture, Stratégie du Développement Durable et Equitable, associé aux écoles d’ingénieurs ENTPE et INSA de Lyon. Il nous a fait le plaisir de nous accorder un entretien à l’occasion de sa venue à Tunis. Archibat : L’urbanisme durable semble être la nouvelle façon d’appréhender la conception urbaine. Quel est selon vous son fondement et quels en sont les principaux enjeux ?

Quartier durable du Fort d'Aubervilliers

Nous sommes entrés dans une époque que nous ne savons pas encore nommer, où les mots durable, envi-

able, équitable, soutenable, vivable, désirable, partageable, etc. qualifient nos projets urbains, nos architectures. Auparavant, ils étaient futuristes, modernistes, vitalistes, postmodernistes, métabolistes, déconstructivistes, etc. Enfin, le suffixe « -able » remplace le suffixe « -iste ». « -Iste » signifiait « l’esprit de système » ; « -able » signifie « la possibilité d’être ». En cette période où il est question de réchauffement climatique et de raréfaction de l’énergie, l’instauration d’une relation apaisée entre les hommes et la terre s’impose. Aujourd’hui, pour sauver la planète, les architectes doivent rechercher les conditions d’un nouveau savoir-vivre ensemble, un autre mode de vie urbain de demain, puisque la condition urbaine est la condition humaine du 21ème siècle. Contre la prépondérance des réponses techniques, la culture doit s’imposer comme le quatrième pilier du développement durable aux côtés de l’économie, de l’environnement et de la préoccupation sociale. Pour moi le fondement de la ville durable est un fondement culturel et non pas uniquement un fondement technique. On pourrait faire la liste de ce qui est habituellement dit sur le respect de la biodiversité, le traitement des déchets, 0% émission de gaz à effet de serre, etc. En fait, tout ce panel technique qui accompagne la conception est tout à fait nécessaire mais ce n’est pas cela qui donne du sens à la ville écologique. Ce qui lui donne du sens c’est comment une société, en un lieu, crée ce phénomène historique qualifié durable, pérenne, et que l’on appelle la culture. Vous travaillez actuellement sur un projet d’une ville écologique au Maroc. En quoi la démarche est-elle différente lorsqu’on conçoit une ville écologique au Maroc, en France ou aux Emirats ?


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Maison de l'environnement du Parc Ecologique IZADIA à Anglet Nominé pour le Mies van der Rohe Award 2009

Le développement durable n’est pas un nouveau concept. C’est une nouvelle définition du développement et une nouvelle définition de l’adjectif « durable ». Parce que les définitions dépendant des langues et des cultures, chaque pays, chaque région du monde possède sa propre acception. Dans chaque pays il y a une conception du développement durable liée à la culture du pays. Cet enjeu de culture répond à ce que le développement durable nous demande aussi de regarder particulièrement. Le slogan « Penser global, agir local » mis en avant lors de la Conférence de Rio en 1992 exprime la manière d’agir aujourd’hui dans le monde : s’appuyer sur le local, s’appuyer sur le contexte, s’appuyer sur la culture et surtout s’appuyer sur les cultures. Quand on regarde comment les villes écologiques naissent aujourd’hui dans les différents pays, que ce soit à Abou Dhabi ou en Chine, on voit bien que la réponse est pour l’une très arabe et pour l’autre très chinoise. J’ai conçu pour ma part une ville écologique au Maroc, et ce que nous allons faire au Maroc ne ressemble pas du tout à ce qui se fait à Masdar. Cet enjeu est pour moi fondateur et l’emporte dans la mesure où c’est cet enjeu-là qui donne du sens à l’utilisation de la technique. Recourir aux cultures sert à rendre locales les approches techniques, plutôt que de laisser libre cours au diktat d’une approche technique universalisée. Il existe plusieurs points communs entre l’urbanisme moderne et l’urbanisme durable. Quelles en sont les principales différences ? Il existe en effet des rémanences de l’urbanisme moderne dans la conception de l’urbanisme durable et éco responsable. Par exemple la séparation des flux entre piétons et voitures, les retraits entre les bâtiments pour éviter la projection d’ombre d’un bâtiment sur l’autre, l’omniprésence de l’espace vert, l’orientation Nord/Sud des bâtiments, ce sont des

héritages des modernes. Et on pourrait continuer ainsi. Si on ne fait pas le travail qui consiste à savoir pourquoi finalement cet espace-là a échoué, on n’y arrivera pas. C'est-à-dire qu’on ne réussira pas à faire le pas absolument indispensable pour entrer dans l’ère d’un développement éco responsable et d’un autre type d’urbanisme. On sait par exemple que la suite de l’urbanisme des modernes, et en partie l’urbanisme des modernes, a été fait sur le taux de motorisation. Il y avait l’ambition en France que le taux de motorisation, dans les années 50-60, atteigne le taux de motorisation américain. Or on n’est pas du tout dans cette logique-là aujourd’hui. On ne regarde plus le territoire en termes d’expansion de la ville mais au contraire en termes de déplacements. Le bon déplacement est celui qu’on n’a pas à faire. Penser la ville à partir du territoire qui est autour de notre vie quotidienne n’est pas du tout l’enjeu des modernes pour qui le déplacement était une valeur, voire même une valeur de liberté il n’y a pas si longtemps. Donc on n’est plus modernes, mais on doit faire le deuil des modernes, très clairement, avec un travail de conscience. On n’est plus non plus post modernes, même si la question du lieu que les postmodernes ont ramenés est absolument indispensable dans la pensée de l’urbanisme durable.

velle, les bâtiments neufs ne représentent que 4% du patrimoine. Il nous faut aujourd’hui travailler sur les 96 autres%, c’est-àdire le patrimoine existant pour essayer d’éviter des dégradations de notre milieu qui s’annoncent inévitables si nous continuons comme ça. Il nous faut les rendre plus denses de façon à limiter voire stopper l’extension des villes. Plus denses surtout aux grands nœuds d’infrastructure. Il s’agit de les rendre plus mixtes. Essayer de favoriser la mixité des villes, supprimer les zonings d’activités ou les zonings sociaux tels qu’ils existent aujourd’hui. Le sujet de la densité doit se traiter en priorité en rentabilisant les espaces disponibles, c’est-à-dire les dents creuses, surélever des bâtiments, essayer de modifier les structures urbaines existantes pour utiliser tous les espaces disponibles aujourd’hui sans être obligés de démolir ou d’utiliser des espaces verts ailleurs qu’on pourrait consacrer à autre chose que du bâti I

Propos recueillis par Inès DIMASSI KHIRI, architecte

Les villes écologiques sont toujours constituées de constructions neuves. Est-ce inévitable ? Peuton rendre durable une ville existante ? Le problème aujourd’hui n’est pas la construction nouPôles touristique à Tifnit (Maroc). Ce projet vise le label "ONE PLANET LIVING" délivré par BioRegional et WW F- Promoteur : Groupe Alliances


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Projet du museé du Louvre - Abou Dhabi - Ateliers J. Nouvel, architectes


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Architecture des muse´es, un concept a` re´inventer Ce nouveau dossier d’Archibat consacré à l’architecture muséale relève d’une série de constats. Certes la Tunisie compte plus d’une cinquantaine de musées, dont certains sont de renommée internationale tels que le Bardo, Sousse ou Carthage. Toutefois ces lieux souffrent d’un faible taux de fréquentation. Il n’est pas infondé d’y reconnaître, selon Habib Ben Younes, directeur de la division muséographique de l’INP, des défaillances d’ordre technique et législatif (lire notre interview), des lacunes au niveau de la programmation, ainsi qu’un manque de promotion et de valorisation. L’expérience concrète de ce passionné des musées nous apprend en effet que l’architecture peut réconcilier les musées avec leur public. L’apport de l’architecte est primordial pour la mise en œuvre des conditions matérielles et spirituelles de la relation œuvre-spectateur. Soumaya Gharsallah, architecte et spécialiste en muséologie, nous présente une analyse de la longue expérience d’architecture muséale tunisienne, en mettant en exergue la nouvelle génération de musées tunisiens dont l’architecture se soucie de mettre en relation objets ou images avec un large public. Sa communication porte sur plusieurs réalisations significatives en prêtant une attention particulière au mode de parcours, d’éclairage et de sollicitation du corps des visiteurs. Lieu de transmission des codes culturels, le musée joue un rôle éducatif et culturel fondamental. De simples lieux d’accrochage des œuvres, les musées sont devenus centres de production et d’expression culturelle, espaces publics en relation avec leur environnement, urbain ou naturel. Les notions de muséographie, de scénographie, d’expographie ont à faire avec une demande de souplesse ou de complexité conceptuelle, avec l’idée du musée comme lieu de plaisir et outil de délectation. Les nouveaux musées dans les pays arabes n’échappent pas à cette évolution. Ces pays, qui n’ont pas de tradition muséale, n’hésitent pas à faire appel à des concepteurs étrangers de renommée internationale comme gage de réussite du projet muséal. Dans la ville ou sur le web (lire l’article sur les musées virtuels), l’architecture des musées est architecture publique, ayant à résoudre cette double fonction de présenter l’objet et d’être elle-même œuvre, monument ou espace fictif de culture. De la création de l’architecte dépend ce choix I


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Entretien avec

M. Habib Ben Younes

Aujourdhui, nous travaillons sur la qualite´ Propos recueillis par Olfa BELHASSINE, journaliste D i r e c t e u r d e l a D i v i s i o n M u s e´ e´o ographique au sein de lINP et directeur de recherches, M. Habib Ben Younes, dont le palais Dar Hadad nouvellement restaure´ abrite les bureaux, croit dur comme fer que les muse´ e´e es sont lun des maillons essentiels de la chaiˆiˆn ne du patrimoine. Avec son am abi l i t e´ e t s o n u r ba n i t e´ n a t u r el l es , i l n o u s a p a r l e´ d es v e´ e´rr i t ab l es e n j eu x qu i a gi t en t les m u se´ e´e es tunisiens de ce XXI e`e`mme sie` e`ccle. La Tunisie possède-t-elle une stratégie claire en matière de musées ? Nous détenons certes une stratégie professionnelle, qui a été définie depuis quelques années. Elle se résume dans la réhabilitation des musées existants et la construction le moins possible de nouveaux établissements. Il s’agit d’une sorte de mise à niveau de ces institutions. Nous travaillons actuellement sur la qualité en vue d’atteindre un standing international quant à la présentation du patrimoine et ses modes d’exposition et de conservation.

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On ne peut plus créer un musée sans répondre à des questions préalables. Le besoin existe-il vraiment pour édifier une institution muséale dans un lieu donné ? Avec quels moyens financiers et humains la construire, la gérer et l’animer par la suite? Quelles seront ses ressources ? Dans quel circuit va-t-elle s’intégrer ? Et c’est bien là un autre hic : il n’y a pas de stratégie commune entre la Culture et le Tourisme. Le ministère du Tourisme luimême ne maîtrise ni les activités des tours opérateurs qui ne transmettent pas d’informations à leurs clients par rapport aux sites et musées, ni les manœuvres des hôteliers pour retenir les touristes chez eux au lieu de les encourager à découvrir les possibilités culturelles du pays.

La climatisation, l’éclairage et même la composition chimique de la peinture ont été choisis selon les normes muséales en vigueur dans les pays développés. Le musée est équipé d’une salle de conférence, d’une salle de projection, d’un petit centre de documentation, d’un espace pour l’animation. Moknine est une ville connue pour sa poterie. Dans le musée, nous présentons la maquette d’un atelier de poterie plus que centenaire et celle des chambres de cuisson. Ces documents représentent une référence capitale. En matière de céramique, nous avons travaillé également sur le lien entre le passé et le présent. La continuité des savoir-faire dans ce domaine est étonnante. Moknine est très célèbre pour ses bijoux et ses richissimes costumes de mariée. La collection exposée au musée vaut une fortune. Elle est d’ailleurs surveillée, avec la série inédite de bronzes vandales, par un système de caméra vidéo. Malgré tous ses trésors, l’année passée, le musée de Moknine n’a reçu que 45 personnes ayant payé leur ticket ! Nous sommes loin, très loin des statistiques affichées lors d’évènements comme

la Nuit des musées, organisée une fois l’an dans toute l’Europe et qui a vu déferler la dernière session sur ces lieux, en une seule soirée, trois millions et demi de visiteurs. Certes nous possédons une stratégie professionnelle. Mais ce qui fait défaut aujourd’hui, c’est une stratégie globale. Quelle place est réservée aux musées au sein de la culture et de la société tunisienne ? Telle est la question. Pouvez-vous nous présenter la Division muséographique que vous dirigez ? Quelles sont ses priorités et ses missions ? Cette Division doit supporter une charge assez lourde. Parmi ses missions, la réhabilitation des musées comme je viens de vous l’expliquer. Mais peut-on entreprendre une action pareille sans penser aux défaillances par rapport au personnel ? Par manque d’équipes tournantes, le musée de Nabeul situé au centre de l’esplanade menant à la mer, très fréquentée l’été, ferme selon l’horaire administratif, à 17 H30 ! Il pourrait drainer des foules s’il était ouvert aux visites nocturnes. Même chose pour le musée de Mahdia jouxtant la Skifa Al Kahla. Autre mission : l’inventaire général de tous les objets qui se trouvent dans nos musées. Une opération continue et très importante © Ambre Courbot

Résultat, certains musées souffrent d’un faible taux de fréquentation alors qu’ils se trouvent sur des parcours stratégiques. Prenons pour exemple le musée très didactique de Lamta, axé essentiellement sur les rites funéraires, l’un des meilleurs du point de vue documentaire et scientifique. Il a en 2008 enregistré, grâce au festival de la bssissa, qui y organise une dégustation de spécialités de la région, 1347 visites payantes. Ce qui équivaut à peu près à deux mois de salaires des cadres et ouvriers qui y travaillent ! Autre exemple, à Moknine,

l’architecture du musée a suivi pas à pas le programme scientifique.

Les musées de Sousse, de Carthage et du Bardo sont de renommée internationale, ils font l’objet de projets de rénovation et d’extension ambitieux


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Musée de Moknine

d’établissements comme à Sousse. Une seule direction avec son conservateur général, son chargé de communication, ses animateurs et une équipe technique de maintenance pourrait dans ce cas précis gérer le musée de Sousse, les deux musées de Monastir, celui de Lamta et de Enfidha. Ce modèle décentralisé évite aux uns et aux autres de faire appel à la Division de Tunis à chaque fois qu’un problème d’électricité se pose. Il permettra également de penser les animations selon les spécificités de chaque musée et des événements que vit chaque ville. Ce texte sur lequel nous sommes en train de travailler recommande de créer, comme en France, des labels pour les musées. Et d’apporter une aide technique et scientifique (restauration) à certains musées privés possédant des collections uniques, tels le Dar Chraiet. Nous considérons ces pièces comme faisant partie d’un bien national à préserver et à promouvoir. A votre avis comment capter l’attention du public ? Comment le retenir dans nos musées ?

pour identifier les collections publiques, leur état de conservation en vue de décider de restaurer les pièces qui nécessitent un traitement urgent comme les costumes. L’inventaire nous permet aussi de repérer les lacunes de nos collections ethnographiques. Nous travaillons d’ailleurs aujourd’hui, avec nos enquêteurs, à reconstituer les costumes quotidiens anciens des régions. La Division doit administrer une trentaine de musées qui n’ont pas de conservateurs. Et gérer une grande part des budgets de tous les musées tunisiens y compris le Bardo, qui s’adresse à nous pour certaines de ses dépenses, vu l’absence d’une réglementation autorisant l’autonomie financière des musées. Que de grands musées comme le Bardo, Sousse ou Carthage ne disposent pas aujourd’hui de leurs propres budgets paraît impensable. Comment voulez-vous alors qu’ils rayonnent sur leur environnement, qu’ils organisent des expositions ou des animations ? Qu’ils puissent communiquer sur leurs activités? Ils ont les mains liées...

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Justement, il reste cette défaillance concernant les documents législatifs régissant le fonctionnement des musées... Nous n’avons même pas de texte qui définisse le musée.Tout devrait être réglementé avant la construction d’un musée: ses fonctions, ses objectifs, son statut, son mode de gestion, son budget...L’étude de l’IMEd, un bureau italien, sur le contexte législatif de la protection du patrimoine commandée par l’Unité de projet de gestion et de valorisation du patrimoine culturel (ministère de la Culture-Banque Mondiale) a relevé que le Code du Patrimoine devrait être révisé. Il ne dit d’ailleurs pas grand chose sur les musées. L’étude propose la création de pôles de musées autonomes dans les régions où l’on rencontre une grande concentration

En le recevant bien, en l’informant correctement, en maîtrisant les outils de la communication, en créant des espaces d’animation et de conférences. Ces espaces peuvent pourquoi pas être loués, comme la Pyramide du Louvre, à des particuliers. Je suis heureux qu’à Mahdia nous ayons pu aménager une salle qui puisse accueillir des réceptions. A Moknine, la salle ouverte sur l’extérieur peut abriter conférences et autres types de manifestations. A Kessra, un petit espace a été aménagé pour des projections audiovisuelles sur écran LCD. Munis de casques, les visiteurs peuvent visionner des reportages sur la région et


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ses traditions. Au musé de Djerba, qui vient de rouvrir ses portes, le centre d’interprétation placé à la zaouia Sidi Zitouni suggère aux touristes les multiples circuits culturels de l’île.

d’interprétation) auparavant fermés, comme les citernes, seront intégrés dans la visite. Le Bardo désormais n’aura plus de secrets. En quoi consistent les projets les plus importants de la Division pour les années à venir ?

Nous voulons d’autre part que les communes prennent en charge les musées. Il faudrait faire en sorte que les populations locales adhèrent à ce patrimoine qui leur appartient.

Le projet vital pour nous actuellement consiste dans la création des réserves du patrimoine ethnographique. Un artisan qui veut étudier la peinture sur bois, la peinture sous verre, les costumes (nous en possédons 3000), les tapis (700 types sont répertoriés dans nos réserves) tels qu’ils étaient fabriqués dans le passé, avec leurs motifs et leurs couleurs, y trouvera des références

L’apport des équipes étrangères pour nous est essentiellement d’ordre technique. En l’absence en Tunisie d’entreprises spécialisées dans les équipements de la muséographie, nous apprenons à leur contact toutes les innovations en matière d’éclairage, de socles, de vitrines... Pour le musée du Bardo, les scénographes étrangers ont travaillé sur un programme scientifique que nous avons conçu au préalable et qu’il a fallu rediscuter ensemble. Notre démarche a été déterminée par un souci majeur: comment susciter l’intérêt du public et rapprocher le patrimoine du visiteur. D’où la multiplication des salles d’interprétation, des espaces audiovisuels. Nous cherchons à donner le maximum d’informations mais pas uniquement sur un support textuel. Nous avons en même temps cherché à conserver l’esprit du Bardo historique. Le rendre plus pratique en gardant les repères essentiels afin d’éviter de dérouter les gens. Tous les espaces du palais (il bénéficiera d’une salle

Musée de Kessra

© AMVPPC

Le projet de gestion et de valorisation du patrimoine culturel fait appel à de nombreux spécialistes des musées étrangers. Comment cette expérience de coopération culturelle peut-elle profiter à notre muséographie ?

précises. Notre but final étant de mettre en ligne nos collections pour qu’elles soient plus accessibles. Nous sommes en train d’enrichir nos fonds constamment par des acquisitions puisées chez les collectionneurs. Ces pièces après leur traitement minutieux tournent dans des expositions temporaires. Pour le cent- vingtième anniversaire du Bardo, nous avons exposé par exemple une partie de nos cartes postales anciennes. Les musées d’arts et de traditions populaires puisent également dans ce fonds pour se renouveler. C’est dans les réserves du patrimoine ethnographique que gît à mon avis la mémoire du pays I O.B.


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Le muse´e arche´ologique

et historique dEnfidha ancienne e´glise de Saint Augustin Par Taher GHALIA, conservateur en chef du muse´e National du Bardo, membre du conseil exe´cutif de lICOM Le muse´ e´e e dEnfidha est le monument principal de la ville, situe´ sur larte` e`rre principale qui traverse l  a n c i e n n e a g g l o m e´ e´rr a t i o n c o l o n i a l e . I l a e´ e´tt e´ a m e´ e´n n a g e´ e n 1 9 6 6 d a n s u n e a n c i e n n e e´ e´g g l i s e d  e´ e´p poque coloniale. Le choix a e´ e´tte´ den faire un muse´ e´e e de lart de la mosai¨i¨q que chre´ e´ttienne antique, a` travers l  e x p o s i t i o n p e r m a n e n t e d e s c o l l e c t i o n s p r o v e n a n t d e s d e´ e´cc o u v e r t e s a r c h e´ e´o o l o g i q u e s d e s a n n e´ e´e es 1904-1905 ope´ e´rre´ e´e es dans les sites dUppenna Henchir Chgarnia et Sidi Abiche. Elles constituent des documents remarquables sur lhistoire et le sentiment religieux dune socie´ e´tte´ chre´ e´ttienne vivant dans la re´ e´g gion de lEnfidha durant les e´ e´p poques vandale et byzantine. UNE ÉGLISE-MUSÉE DE L’ART CHRÉTIEN DE LA RÉGION D’UPPENNA L’édifice est de style néo-roman, il est en forme de croix latine dont le sommet, le chœur, est logé dans une abside contournée par un déambulatoire, servant de sacristie. Le plan est à nef unique se terminant par un transept éclairé par deux rosaces en vitrail illustrant à droite l’image du Christ Pantocrateur et à gauche celle de la Vierge Marie à l’Enfant. Le monument majestueux se singularise par sa couverture en ardoise recouvrant la charpente en bois de la salle principale de l’édifice ecclésial. La conception architecturale de l’édifice a été jugée satisfaisante à l’époque pour la mise en place des mosaïques implantées dans le sol ou exposées sur les murs. La répartition des fenêtres dotées de vitraux et placées en hauteur offrait un éclairage de jour bien réparti sur toute la surface d’exposition des mosaïques. LE PROJET DE RÉHABILITATION DU MUSÉE

Le musée archéologique et historique d’Enfidha (1966)

Le musée placé sous la tutelle du ministère de la culture et de la sauvegarde du Patrimoine, fait l’objet d’un important programme de mise à niveau en cours de réalisation qui bénéficie d’un partenariat ente l’INP et l’AMVPPC. Il comporte un volet architectural (réfection du système d’évacuation des eaux pluviales, restauration de la charpente et remplacement des plaques d’ardoises de la couverture) et un réaménagement muséographique (redéploiement des mosaïques d’époque vandalo-byzantine dans la salle à nefs et affectation du déambulatoire aux collections lapidaires et céramologiques d’époque romaine). L’aménagement du jardin du musée a été réalisé avec la mise en place des objets archéologiques (fûts de colonnes, éléments d’architecture, sarcophages) et d’allées pour la circulation. La démarche muséographique retenue est de rationaliser l’exposition muséographique, en optant pour une thématique forte et porteuse, relative à la période tardive de la région d’Enfidha, en intégrant les aspects religieux à ceux relatifs à l’économie, essentiellement oléicole, et aux pratiques de vie quotidienne. Ce choix répond à une logique double, identitaire et culturelle, et à un souci de présenter un produit nouveau et caractérisé susceptible de susciter l’intérêt des visiteurs locaux et étrangers. Ce programme sera appuyé par une approche pédagogique à l’aide de maquettes, de textes et de cartes. Le projet de réhabilitation du musée d’Enfidha s’inscrit dans une logique d’intégration de ce haut lieu culturel dans son environnement urbain qui connaît actuellement une mutation socio-économique avec la programmation de grands projets d’équipement (aéroport et port en eaux profondes). L’organisation future d’expositions temporaires, de conférences et l’implantation d’un noyau d’un service éducatif destiné aux enfants de la ville dans le bâtiment culturel situé dans l’enceinte du musée seront des mesures bénéfiques répondant aux aspirations du public local I

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Larchitecture muse´ale en Tunisie entre recyclage et cre´ation Par Soumaya GHARSALLAH HIZEM, architecte  docteur et Ph.D. en muse´ologie et patrimoine L’histoire muséale tunisienne a commencé avec la création du musée du Bardo qui est, rappelons-le, le premier musée en Tunisie installé depuis son inauguration en 1888 dans un harem beylical désaffecté. À l’heure actuelle, la Tunisie compte plus d’une cinquantaine de musées qu’on peut classer selon les catégories suivantes: les musées publics (archéologiques et ethnographiques pour la plupart), les musées privés (principalement ethnologiques), les musées régionaux ou municipaux (dont les collections sont souvent très hétérogènes) et les musées spécialisés.

La première vague de création de musées a eu lieu pendant le protectorat français (1881-1956). Parmi les premiers musées crées à cette époque figurent le musée de Carthage, le musée d’Enfidha et le musée de Sfax. Ces deux derniers ont été ouverts en 1907 ; ils présentent des approches institutionnelles insolites. Le musée d’Enfidha, installé dans une église, est un cas d’étude intéressant dans la mesure où son rôle ne se limitait pas à exposer des témoins matériels de l’homme et de son environnement à des fins d’études et de délectation ; il était de surcroît un espace de propagation de la foi chrétienne. L’architecture religieuse du musée d’Enfidha apparaît donc comme le cadre adéquat pour recevoir la collection paléochrétienne. Quant au musée de Sfax, il est installé au rez-de-chaussée de l’hôtel de ville pour présenter une collection archéologique. Cet emplacement fait de lui une institution civique au même titre que l’hôtel de ville. Après l’indépendance, d’autres musées ont vu le jour. Une classification typologique de ces musées en fonction des espaces architecturaux qui les accueillent peut dès lors être établie. On distingue : des musées installés dans des bâtiments existants et des musées installés dans des bâtiments neufs. LES MUSÉES INSTALLÉS DANS DES BÂTIMENTS EXISTANTS OU DANS DES MONUMENTS HISTORIQUES Il s’agit des musées créés dans des monuments réaffectés et recyclés, qui ont souvent une valeur historique et architecturale. Leurs visites présentent un double intérêt : la visite de l’exposition et celle du monument. Ces bâtiments consistent principalement en des palais et demeures bourgeoises (exemple : le palais de la Rose à La Manouba, reconvertit en musée Militaire National (1989), les musées des arts et traditions populaires Le musée du Bardo est, le premier musée en Tunisie installé depuis son inauguration en 1888 dans un harem beylical désaffecté


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Musée Militaire National, palais de la Rose à La Manouba (1989)


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Musée des arts et traditions populaires Dar Ben Abdallah - Médina de Tunis (1976)

Les musées des arts et traditions populaires utilisent des techniques de présentation empruntées à la muséographie analogique. Celle-ci désigne, selon le muséologue canadien Raymond Monpetit, un procédé de mise en exposition offrant au visiteur des objets originaux ou reproduits, disposés dans un espace déterminé et dont l’articulation forme une image en faisant référence, par ressemblance, à un lieu hors musée qui est à l’origine de ce que voit le visiteur. Les techniques de présentation de la muséographie analogique englobent les dioramas, les panoramas, les reconstitutions, les period rooms (ou intérieurs d’époque), etc. Les reconstitutions, telles qu’on les voit à Dar Ben Abdallah, caractérisent notamment les musées classiques d’ethnographie régionale. Apparu pour la première fois aux Pays Bas et au Danemark, au XIXème siècle, ce modèle de présentation a été fixé par le Museon arlaten, ouvert à Arles en 1899. Les reconstitutions regroupent des meubles et accessoires d’époque, ainsi que des mannequins portant des vêtements anciens. Elles emploient des objets authentiques associés à des fac-similés et à des éléments de décor.

© Hamadi Regayeg

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Dar Djellouli à Sfax (1962) et Dar Ben Abdallah à Tunis (1976)), des Zaouïas (exemple : le musée des arts et traditions populaires Sidi Ben Aissa au Kef (1979), et le musée de la céramique Sidi Kacem El Djelizi (1981)), des médersas (exemple : le musée des arts et traditions populaires Sidi Boulbaba à Gabès (1984)). Comme on peut le constater, ces musées sont pour la plupart consacrés aux arts et traditions populaires (A.T.P.), où espace et exposé fonctionnent d’une manière complémentaire. C’est ainsi que l’enveloppe architecturale de Dar Ben Abdallah (actuellement fermée pour restauration et réhabilitation) contextualise les objets de l’exposition, représentant des scènes de la vie tunisoise, domestique et publique, remontant au début du XIXème siècle. LES MUSÉES INSTALLÉS DANS DES BÂTIMENTS NEUFS ET L’ÉMERGENCE D’UN MODÈLE ARCHITECTURAL POUR LES MUSÉES ARCHÉOLOGIQUES

© Salah Jabeur

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En ce qui concerne les musées installés dans des bâtiments neufs, on remarque l’émergence d’un modèle architectural très courant durant les années 1970-1990. En effet, dans ces musées les espaces s’organisent autour d’une cour centrale, entourée d’un péristyle. Ce modèle apparaît particulièrement dans les musées archéologiques de site, comme par exemple le musée

Musée de la céramique Sidi Kacem El Djelizi Médina de Tunis (1981)


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© Nicolas Fauqué

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Musée des arts et traditions populaires Sidi Ben Aissa au Kef (1979)

Musée du site de Kerkouane (1986)

Musée de Nabeul (1984)

© Soumaya Gharsalla

C’est une architecture qui se réfère aux plans des vestiges des édifices découverts sur ces sites. Néanmoins, ces musées demeurent de simples dépôts ou réserves, dans lesquels on expose les objets découverts dans les fouilles sans aucun véritable travail d’explication ni de vulgarisation. D’où leur réputation de musées destinés aux érudits, intellectuellement inaccessibles au public ordinaire (et il s’agit ici d’une réputation universelle, qui est restée pendant longtemps collée aux musées archéologiques). Bien que les musées archéologiques tunisiens regorgent d’objets et de collections exceptionnels, ils présentent des muséographies très rudimentaires : les murs du musée servent souvent de cimaises pour les mosaïques, les bas-reliefs et d’autres objets lapidaires ; les espaces d’exposition ne répondent pas aux besoins des objets en termes d’éclairage et de présentation. Bref, c’est le degré zéro de l’exposition, caractérisé, selon le muséologue français Jean Davallon, par une séparation entre espace et exposé. Corollairement, qu’il s’agisse d’un bâtiment ancien recyclé ou d’un bâtiment neuf, les musées qu’on vient de citer semblent être peu adaptés aux fonctions de l’exposition car leurs espaces ne sont pas conçus en fonction des objets qu’ils accueillent.

© AMVPPC

d’El Djem (1970), le musée de Kerkouane (1986) et le musée de Lamta (1992).


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LES PREMIÈRES CONCEPTIONS MUSÉOGRAPHIQUES QUI TIENNENT COMPTE DE LA COLLECTION Les premières conceptions muséographiques qui tiennent compte de la présentation de l’objet ont eu lieu au cours des années 1990. Les exemples les plus illustratifs de ces expériences sont le musée de Chimtou et le musée de Mahdia, tous deux inaugurés en 1997. Le musée de Chimtou, né dans le cadre de la coopération tunisoallemande, est édifié à côté d’un site archéologique renfermant des vestiges numides et romains.

© Hamadi Regayeg

© Nicolas Fauqué

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© AMVPPC

Musée de Chimtou (1997)

Plan musée de Chimtou


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Dans ces deux exemples, les espaces sont supposés être conçus en tenant compte des propriétés des objets présentés dans l’exposition, une contrainte jusqu’à présent rarement accomplie dans les musées tunisiens. Même si ces expositions n’incarnent pas les exemples parfaits de la réussite muséographique, elles témoignent cependant de la volonté d’adapter l’espace aux besoins de l’objet et d’offrir au visiteur une expérience de visite riche et variée.

Musée deMahdia (1997)

Plan musée de Mahdia


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La muséographie de Georges Henri Rivière (1897-1985), fondateur de la muséologie française, se distingue par la sobriété et l’esthétique des présentations dont l’objectif est de mieux mettre en valeur l’objet. L’enveloppe architecturale est neutralisée, seule la lumière, obtenue par un éclairage artificiel, permet de présenter les objets. Ces derniers sont exposés sous vitrine et sur des socles discrets; ils sont suspendus à des fils de nylon dans une atmosphère sombre qui laisse le visiteur dans la pénombre. Pour cette muséographie, l’enveloppe architecturale est considérée comme un simple support fonctionnel pour les objets exposés qui sont les seuls à signifier.

Musée du centre de la musique arabe et méditerranéenne au palais Ennejma Ezzahra à Sidi Bou Saïd (1992)

Les expériences muséographiques s’enchaînent : au musée de Carthage, au palais Ennejma Ezzahra à Sidi Bou Said, au site archéologique d’El Djem, pour ne citer que ces exemples. Le musée du centre de la musique arabe et méditerranéenne, crée en 1992, est réalisé par les architectes de l’Agence Nationale de Mise en Valeur et d’Exploitation du patrimoine archéologique et historique (ANEP). Il est installé dans l’enceinte des anciens locaux de service du palais Ennejma Ezzahra. Conçue dans le style de la boîte noire, l’exposition est en rupture totale avec l’architecture du palais. C’est une mise en exposition qui rappelle la muséographie de Georges Henri Rivière.

L’EXPÉRIENCE MUSÉOGRAPHIQUE INSOLITE DE LA VILLA AFRICA Le projet de reconstitution de La villa Africa, à El Djem, a fait couler beaucoup d’encre. C’est une expérience muséographique unique dans son genre, d’autant plus qu’il s’agit du premier parc à thème, dédié à l’architecture domestique et à la vie quotidienne de l’époque romaine. La villa Africa a été découverte dans un quartier d’habitation anarchique. Cet emplacement inadéquat est à l’origine du projet de déplacement de ces vestiges vers un autre terrain à 300 m du musée archéologique d’El Djem. Les mosaïques, principale découverte de la villa, ainsi que les éléments architecturaux les plus importants ont été récupérés et

transplantées dans une nouvelle maison entièrement reconstituée suivant les techniques de construction romaine. Les méthodes de restitution et de reconstitution très controversées toléraient de rectifier les erreurs pour mieux représenter « un modèle » de villa romaine. La villa Africa est aussi considérée comme un espace muséographique, qui explique les techniques de construction des maisons romaines. L’avantage présumé de ce projet est de montrer au public, peu averti notamment, à quoi ressemblait une villa romaine. La question qui se pose dans ce type d’intervention est celle de savoir comment distinguer les frontières séparant le réel et le factice dans la « représentation » d’un monument historique.

© Nicolas Fauqué

La Villa Africa à El Jem


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Palais de Tunisie

LES MUSÉES SPÉCIALISÉS La Tunisie compte une dizaine de musées spécialisés, publics pour la plupart. C’est l’exemple du musée océanographique à Salammbô, installé dans un bâtiment colonial. Lors de sa création en 1924, sous le protectorat, il dépendait du célèbre musée océanographique de Monaco. Depuis 1992, il est rattaché à l'institut national des sciences et technologies de la mer.

© Ambre Courbot

Musée de la Monnaie (2009)

Parmi les autres musées spécialisés, on cite le musée des arts islamiques de Raqqada à Kairouan, dont le bâtiment est un ancien palais présidentiel, construit en 1963 par l’architecte Jaques Marmey. On distingue également le musée de la médecine ouvert en 1997 dans un pavillon de l’ancienne faculté de médecine de Tunis. Le dernier né des musées spécialisés est le musée de la Monnaie, conçu par l’architecte Lotfi Rebaï et installé dans la nouvelle extension de la Banque centrale.

© Alia Ben Haj Hamouda

Musée océanographique à Salammbô (1924)

Musée de Raqqada (1986)


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© Dar Cheraait

DAR CHERAÏT, PREMIER MUSÉE PRIVÉ EN TUNISIE Les musées privés font leur apparition en Tunisie dès les années 1990. Le premier a été inauguré à Tozeur. Il s’agit de Dar Cherait qui « témoigne de l’art de vivre oriental luxueux d’une famille Tunisienne bourgeoise. » (Site internet de Dar Cherait). Le musée présente également de nombreux métiers artisanaux. Il rappelle par ses dispositifs d’exposition les musées des Arts et Tradions Populaires. Il est implanté à côté d’un autre projet conçu tel un parc d’attraction : la médina des 1001 nuits. Celle-ci offre un spectacle de son et lumière reproduisant les contes des 1001

nuits. Les espaces de Dar Cherait s’articulent autour de trois patios et comprennent : le musée proprement dit, une galerie d’art, un souk avec des reconstitutions de rues commerçantes, un café maure et une salle polyvalente. Quoique le musée prétende se référer à l’architecture traditionnelle tunisienne (toutes régions confondues) et soit construit avec des matériaux locaux (la brique pleine de Tozeur, le bois de troncs de palmiers, la pierre, etc.), il présente en revanche des éléments architecturaux exogènes comme par exemple les toitures en bulbe, un petit clin d’œil à l’architecture des palais des 1001 nuits. Quelques années plus tard, un nouveau projet muséal est venu compléter le complexe de Dar Cherait ; c’est Dar zman, œuvre du même promoteur, qui, à travers un spectacle de son et de lumière, reconstitue « les principales scènes de l’histoire d’une Tunisie millénaire » (site internet de Dar Cherait). L’ensemble de ces projets est considéré comme un « centre culturel et touristique ». Dar Cherait et Dar zman s’inscrivent dans la catégorie de Musées-attraction. Ils présentent une forme de musée peu scientifique, très proche de l’interprétation. Le visiteur plonge et déambule dans des décors imaginaires immersifs. Ces expositionsspectacles, rappellent les foires et les parcs d’attractions. Elles déclenchent l’enthousiasme et rencontrent un grand succès auprès du public. D’ailleurs, Dar Cherait et Dar zman sont très fréquentés par les tunisiens. Mais le paradoxe qu’engendre ce type de musées c’est qu’à l’origine, ils sont créés pour mettre en valeur le patrimoine national et régional, mais pour cela, ils mobilisent des stratégies d’exposition propres

Promoteur : Dar Cherait - Architecte : Ajmi Mimita

à la culture de consommation et véhiculées par la mondialisation. Néanmoins, malgré leur limite scientifique, en Tunisie, les musées-attraction ont le mérite de combler le vide culturel qui régnait à l’intérieur du pays et de promouvoir le tourisme régional.

Selon les muséologues belges André Gob et Noémie Drouguet, les expositions-spectacles ont l’avantage de susciter l’émotion et d’emporter facilement l’adhésion du visiteur, notamment peu familier des musées. Importé des Etats-Unis, ce modèle muséal, dont l’objectif premier est de vulgariser les savoirs présentés et d’attirer un maximum de visiteurs, a entraîné la « disneylandisation » du musée. L’augmentation du nombre de visiteurs se fait au moyen de la spectacularisation de la culture. Notons au passage, que malgré ses difficultés financières, Eurodisney reste le premier site touristique de France en nombre d’entrées, et se place ainsi devant le Louvre et Versailles. Aujourd’hui les limites entre le musée, symbole d’un lieu de savoir et d’acculturation, et le parc d’attractions, lieux de distraction, sont de plus en plus fines. Les muséesattraction ont l’avantage de démocratiser l’accès au contenu de l’exposition. Cependant, ils ont l’inconvénient de ne pas toujours faire preuve de rigueur scientifique. Ils prennent souvent la culture comme alibi pour divertir le visiteur.


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Le musée Djerba heritage est le premier musée de plein air en Tunisie. C’est un espace muséal non couvert, formé d’un ensemble de petits bâtiments indépendants, présentant des reconstitutions en vraie grandeur d’espaces traditionnels djerbiens :

© Nicolas Fauqué

Depuis Dar Cherait, le nombre de musées privés en Tunisie ne cesse d’augmenter. Si certains de ces musées sont d’un kitsch absolu, d’autres valent bien le détour comme le parc Djerba explore. Celui-ci comprend un musée des arts islamiques Lella Hadria, un musée de plein air Djerba heritage, présentant le patrimoine architectural de l’île, une ferme de crocodiles (Crocod’îles), ainsi qu’un hôtel et un petit complexe commercial. Le musée Lella Hadria se distingue par son architecture sobre et épurée, à l’image de l’architecture traditionnelle de l’île, et par la richesse et la variété de ses collections. En dépit de la présentation taxinomique des objets, la muséographie propose une signalétique claire et un parcours en boucle, permettant de visiter confortablement tous les thèmes de l’exposition.

© Nicolas Fauqué

L’EXPÉRIENCE MUSÉOGRAPHIQUE DE DJERBA HERITAGE ET L’APPARITION DU PREMIER MUSÉE DE PLEIN AIR

une maison traditionnelle (houch), un atelier de tissage, une huilerie souterraine, un atelier de poterie, etc. Les bâtiments représentent des modèles de l’architecture vernaculaire de l’île ; les intérieurs meublés sont visitables aussi. Là encore, il s’agit d’une stratégie d’exposition empruntée à la muséographie analogique. Ce type de présentation, appelé les décors reconstitués, remonte aux expositions universelles de Paris, qui cherchaient à reproduire des ensembles architecturaux parfois pas très fidèles à l’architecture représentée (la fausse copie du palais du Bardo à l’exposition universelle de 1867 au parc Montsouris en est l’exemple). Ce mode de présentation est entré dans les musées et les expositions dans le dernier quart du XXème siècle. C’est une muséographie d’immersion qui intègre le visiteur dans le dispositif de présentation. On déduit qu’au musée de Dar Cherait, comme au musée de Djerba Heritage ou à la villa Africa, l’architecture est conçue comme un objet d’exposition.

Promoteur : Groupe Mzabi Architectes : Imhotep (esquisse); Les ateliers du Belvédères (exécution) Conservateur : Sami Menif Surface d’exposition : 2000 m2


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Image 3d de la muséographie du projet de rénovation du Centre du Patrimoine Traditionnel de Kairouan (inauguré en avril 2009) Architecte : TASMIM - Taoufik Ben Hadid (Tunisie) - Muséographie : Agence Le Conte Noirot (France) Image 3d

QUEL AVENIR POUR LES MUSÉES EN TUNISIE ? Le grand événement muséal qui a marqué le début du XXIème siècle en Tunisie est sans doute le « Projet de Gestion et de Valorisation du Patrimoine Culturel », financé grâce à un prêt attribué par la banque mondiale. Six sites culturels font l’objet de projets de mise en valeur dont le palais-musée du Bardo, le musée archéologique de Sousse, le musée des arts et traditions populaires de Djerba, récemment

inauguré, et la médina de Kairouan qui se dotera d’un centre d’interprétation pour présenter l’histoire de ses principaux monuments. La particularité de ces projets est qu’ils ont été confiés à des grandes agences internationales, spécialisées dans l’aménagement muséographique. Outre ces musées, d’autres projets muséaux récents ont été conçus grâce à des compétences tunisiennes, tels que le musée ethnographique de Moknine (inauguré en 2006), le musée ethnographique de Kessra (inauguré en 2009) et le musée du Sahara de Douz rénové au cours de l’année 2006. Ces projets sont réalisés par les concepteurs de l’Institut National du Patrimoine. Dans des pays comme la Tunisie, les projets de musées ont pour finalité de servir les intérêts économiques du pays à travers le développement du tourisme culturel. Aujourd’hui, le musée est devenu une institution universelle ouverte à un public hétérogène d’origines géographiques et culturelles diverses. Mais à l’heure où le musée s’universalise, une question de taille se

Centre du Patrimoine Traditionnel de Kairouan, vue 3d extérieure

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pose : comment construire une institution à vocation universelle tout en préservant un cachet architectural local ? Les architectes du monde entier rêvent d’avoir dans leurs carnets de commande un projet de musée, mais le plus souvent c’est pour montrer à quel point ils sont eux même artistes. Très peu d’entre eux se soucient du contexte géographique et culturel du projet muséal ce qui donne à la fin des bâtiments dénués d’identité régionale et dont l’architecture est universelle. D’où l’intérêt de prendre conscience de l’importance des contraintes locales. Inutile d’imiter les stars de l’architecture muséale car les modèles qui ont fait leurs réputations ont très vite montré leur limite. Contrairement à d’autres pays, la Tunisie a la chance de détenir des collections exceptionnelles et variées, on a donc le devoir de présenter ces collections dans une architecture exceptionnelle propre aux spécificités du pays. Par ailleurs, l’expérience muséale tunisienne est aujourd’hui vieille de plus de 120 ans. Cependant, le public tunisien boude encore les musées. Ces derniers sont


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restés pendant longtemps considérés comme des endroits poussiéreux et sans attrait, destinés avant tout aux touristes. Il est donc temps d’amener les tunisiens au musée et de faire de celui-ci un lieu de divertissement et d’apprentissage parascolaire. Actuellement, cette question figure au centre des nouveaux projets muséaux en Tunisie. Pour cela, la communication reste

l’outil indispensable pour captiver l’attention du public local. Mais le problème des musées tunisiens ne se limite pas aux questions de fréquentation et de présentation, la plus grande faille réside en l’absence de législation et de lois relatives à la gestion et à l’organisation des musées, mais il s’agit là d’un autre sujet... I S.G.H

CENTRE D’INTERPRÉTATION, ÉCOMUSÉE ET MUSÉE DE SITE : PRÉCISIONS TERMINOLOGIQUES

Ces trois types de musée prêtent à confusion. Les définitions qu’on leur donne ici sont empruntées au muséologue français André Desvallées. Un centre d’interprétation se propose d’expliquer un lieu de mémoire, une unité écologique, un site naturel (paysage), ou culturel (monument, village, site archéologique, site ou cité historique). Dans ce type d’exposition, le sens du discours revêt plus d’importance que la valorisation des artefacts et des objets authentiques. Le centre d’interprétation peut accueillir des ateliers d’expérimentation et des ateliers pédagogiques.

Image 3d du projet de rénovation du musée archéologique de Sousse Architecte : TASMIM - Taoufik Ben Hadid (Tunisie) Muséographie : Agence Le Conte Noirot (France)

L’écomusée est une institution muséale associant au développement durable d’une communauté, la conservation, la présentation et l’explication d’un patrimoine naturel et culturel détenu par cette même communauté. Le terme a été proposé en 1970 par Hugues de Varine pour désigner les musées communautaire français, dont la gestion est assurée par les collectivités territoriales ou par les associations. Selon Georges Henri Rivière, l’un des principaux inventeurs de l’écomusée, il s’agit à la fois d’un laboratoire,d’un conservatoire et d’une école. Les lieux d’exposition d’un écomusée sont multiples : ils peuvent s’étaler sur tout le territoire concerné, tout en restant reliés par un parcours déterminé. Enfin, le musée de site se définit comme un espace muséal le plus souvent couvert. Il est implanté à côté d’un site archéologique. Il accueille des objets issus de fouilles qui demandent d’être protégés et il peut intégrer un centre d’interprétation.


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Le muse´e du Patrimoine Traditionnel de Djerba,

un nouveau

type de muse´e © Nicolas Fauqué

Par Taoufik BEN HADID, architecte Inaugure´ en de´ e´ccembre 2008, le nouveau muse´ e´e e du Patrimoine Traditionnel de Djerba a e´ e´tte´ e´ e´d difie´ sur le site de lancien muse´ e´e e des Arts Traditionnels et Populaires ame´ e´n nage´ pendant les anne´ e´e es 70 dans la Zaoui¨i¨a a de Sidi Zitouni, monument classe´ et situe´ dans les environs de Houmet Souk.

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© Hamadi Regayeg

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Maître d’ouvrage : Ministère de la Culture et de la Sauvegarde du Patrimoine Maîtrise d’ouvrage délégué : Unité de Projet (UPGVPC), le Directeur du Développement Muséographique de l’Institut National du Patrimoine et le Conservateur du Musée de Djerba Architectes : TASMIM Taoufik Ben Hadid (Tunisie) Etudes techniques : IDC (Tunisie) Programmation : Lord Cultural Resources Planing & Management (Canada) Muséographie : Agence Le Conte Noirot (France) Entreprise : Bouzguenda Frères Aménagement muséographiques : société « ADN » (France) Abdennadher Design (Tunisie) / Atelier Driba Coût du musée : 4,1 MDT (dont la moitié pour les aménagements muséographiques)

Le site, qui totalise une superficie de 5435 m2, comprend des constructions d’époques différentes : le mausolée, édifié au XIIIème siècle et transformé au XIXème, "Koubbet el Khayal" dont la construction semble plus ancienne, ainsi que des constructions plus récentes en relation avec l’activité muséale (billetterie, administration, espaces d'exposition). L’opération a consisté en trois actions complémentaires : la restauration de la zaouïa, la réaffectation de Koubbet el Khayal » en centre d’interprétation et la construction d’un nouveau musée pour accueillir l'ensemble des fonctions muséales : accueil,

administration, conservation et exposition des collections. Il faut toutefois souligner que les « termes de références » initiant le projet prévoyaient une intervention beaucoup plus réduite : extension de l’espace d’exposition et restauration de la zaouia notamment pour régler les problèmes d’humidité incompatibles avec l’activité d’exposition qu’elle devait continuer à accueillir. L’analyse de la situation nous a conduits à modifier le statut de cette Zaouia : d’espace muséal, elle est devenue objet du musée. Le choix d’implanter le nouveau musée dans la partie arrière du site et le traite-

ment très sobre des nouveaux volumes avec une prédominance de façades aveugles participent d’une mise en scène visant à exposer les bâtiments préservés et, en premier lieu, la zaouia. Ils ont impliqué des « sacrifices » (suppression de certains bâtiments de construction récente situés dans la zone arrière, à savoir, le bloc administratif, les réserves et les ateliers de tissage) mais ont permis de préserver la plasticité des lieux - notamment en manipulant avec précautions des éléments de l’architecture traditionnelle Djerbienne (murs épais, voûtes, plans inclinés,…) - tout en en affirmant un caractère résolument moderne.


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Le musée s'articule autour de trois grandes entités ( la zaouia, kobbet el khayal ou centre d’interprétation et le nouvel espace muséal ) regroupées autour d’une cour entièrement chaulée - un lieu de halte où devait prendre place une immense ombrelle – et articulées par un volume transparent situé au cœur du site : l’entrée du musée qui fonctionne comme un foyer d'orientation. Son traitement en transparence a été

pensé comme signalétique de sa fonction (orientation) ; il contribue, à l’instar des options évoquées plus haut à établir une distance entre le musée et la zaouia pour accentuer son aspect « exposé ». Le nouvel espace muséal regroupe d’une part les espaces d'exposition ainsi que les espaces de service qui leur sont attenants et, d’autre part l’unique volume en R+1 du

© Nicolas Fauqué

projet. L’espace d'exposition regroupe une salle d'exposition itinérante et quatre salles d'exposition permanente. Ces espaces, qui se distinguent par des couvertures en voûtes surbaissées, sont desservies par une galerie d'orientation qui se singularise de l'ensemble par une forme en courbe, favorisant la fluidité et la souplesse de circulation des visiteurs.

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Le volume en R+1 comprend, en bas, la boutique, les sanitaires et le dépôt des collections attenant aux espaces d'exposition. L'étage est réservé à l'administration et à la salle polyvalente qui bénéficie d'une accessibilité aisée à partir de l'espace d'accueil au RDC. Etant excentrée par rapport à la Zaouïa, cette troisième entité est la seule visible à partir de la rue principale. Elle constitue de ce fait la façade du musée où a été placée l'enseigne de l'établissement. Se déployant sur 2000 m2 les espaces d’exposition des traditions insulaires sont réparties en entités thématiques : agriculture, pêche, poterie, cuisine, tissage et costumes, rites et cérémonies, bijoux. Ces thématiques sont mises en scène grâce à des aménagements muséographiques et un recours simultané à différentes techniques utilisées pour éviter l’effet toujours réifiant des expositions muséales : fonds photographiques à l’échelle réelle, objets réels disposés dans leur cadre d’utilisation, maquettes en volume, courts films documentaires, légendes encyclopédiques et bornes interactives. Une lumière artificielle ciblée contribue à l’animation et la valorisation de l’ensemble I

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T.B.H


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Les muse´es, une architecture spe´cifique ? Par Ine`s DIMASSI KHIRI, architecte chercheuse a` lENAU Les muse´ e´e es sont devenus en une ge´ e´n ne´ e´rration lune des institutions culturelles les mieux conside´ e´rre´ e´e es et les plus fre´ e´q quente´ e´e es a` travers le monde. De simples lieux daccrochage des oe oeu uvres, les muse´ e´e es sont devenus centres de production et dexpression culturelle, espaces publics en relation avec leur environnement, urbain ou naturel. La varie´ e´tte´ formelle et spatiale des muse´ e´e es au XXe sie` e`ccle conduit a` sinterroger sur lunite´ et la spe´ e´ccificite´ de larchitecture muse´ e´a ale. Car, au final, les muse´ e´e es font-ils autre chose que reveˆ eˆttir les habits de leur e´ e´p poque ? Leur histoire architecturale ne se confond-elle pas tout simplement avec celle de larchitecture elle-meˆ eˆm me ? UNE INSTITUTION LIÉE À L’ÉVOLUTION DE LA SOCIÉTÉ

Extension du musée des arts à Denver (USA), conçu par Daniel Libeskind - © Studio Daniel Libeskind

L’ouverture publique des collections privées, royales, princières ou bourgeoises, pendant la seconde moitié du XVIIIème siècle, inaugure l’âge des musées modernes. Dans la perspective utilitariste qui était celle des Lumières, le musée avait pour mission première d’être « un instrument de diffusion de la connaissance, destiné à dissiper l’ignorance, à édifier l’esprit public, à perfectionner les arts». En effet ces nouveaux édifices devaient répondre à un double programme, scientifique et pédagogique d’une part, esthétique de l’autre. C’est ainsi que le travail de classement, de catalogage et de comparaison mené dans ces institutions contribua grandement à l’avènement des sciences historiques, notamment des disciplines comme l’histoire de l’art, l’archéologie, l’ethnologie, etc. Le musée transforma aussi radicalement la perception de l’art et le sens même de la création artistique. Une des conséquences majeures de cette mutation fut d’envisager désormais la création artistique comme dépourvue de toute finalité, le musée devenant le destinataire direct et exclusif des œuvres. Lieu de construction et de présentation du savoir, espace d’apprentissage et de confrontation avec les œuvres et les objets, les musées obéissaient à des motivations sans grand rapport avec les intentions progressistes officiellement formulées. Derrière des idéaux « civilisationnels » et patrimoniaux se cachaient des considérations politiques, idéologiques, économiques. Les modes de constitution et d'acquisition des collections, usant de pratiques parfois peu avouables trahissaient autant l’évolution du goût que les rapports de force au sein de la société ou entre états. Le musée, parfait vecteur de symboles et d’idéologies, était aussi un instrument au service du pouvoir. Le musée ne fut donc pas un simple dépôt, accueillant et neutre, détaché de toute contingence et concentré sur ses missions premières, mais au contraire une

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institution réactive, intimement liée à la société et à ses préoccupations les plus immédiates. UNE ARCHITECTURE À LA RECHERCHE DE MODÈLES Face à la complexité profonde de l’institution, la création architecturale a longtemps témoigné d’une effervescence inquiète. En premier lieu le musée était pensé comme un « monument public » inscrit au cœur de la cité. Bâtiments aux proportions grandioses et intimidantes, aux volumes massifs et aveugles, ces musées continuèrent à être des tabernacles, des sanctuaires patrimoniaux introvertis, où régnait une atmosphère sacrée. Le parcours ascensionnel que devait emprunter tout visiteur depuis la rue devenait en lui-même une forme de parcours dévotionnel. Jusqu’aux années quarante, l’architecture du musée se contente d’être l’expression monumentale et convenue d’un contenu et d’une fonction. Le conservatisme culturel que véhiculait alors l’institution s’est d’ailleurs parfaitement reconnu dans l’historicisme ambiant. Le traditionalisme des bâtiments fut ainsi mis au service d’un idéal fondé sur l’affirmation claire d’une continuité culturelle entre passé et présent. Les années cinquante et soixante furent le théâtre de la première rupture radicale avec

le monde des musées « façon XIXème siècle ». Le musée temple ou palais céda à la « machine à exposer », aux « boîtes » et « usines » de toutes sortes. En concertation avec les conservateurs, les architectes ont mené une révolution « fonctionnaliste » fondée sur l’efficience architecturale et sociale du bâtiment, avec pour intention dernière de renouveler le rapport des visiteurs aux œuvres et à la « Culture » en général. La croyance moderniste en la possibilité de transformation de la vie par l’architecture et l’urbanisme s’est ainsi transmise aux musées, ces derniers voyant, pour la première fois depuis leur création, leur allure proprement transfigurée. Dans les années 70, la hiérarchie des missions du musée fut redéfinie : devenu un lieu de consommation culturelle, l’offre du musée s’est étoffée pour proposer à ses visiteurs salles de conférences et de projection, mais aussi librairies, cafés, restaurants et boutiques de souvenirs ou lieux de réception. Cette démocratisation de l’institution a eu pour corollaire une diversification tous azimuts des collections. Le domaine du « muséalisable » a d’ailleurs atteint ces derniers temps un développement maximal, englobant potentiellement tous les aspects du réel. « Un site archéologique ou un écrivain, la chaise ou la dentelle, la MercedesBenz ou l’immigration, tout semble devoir finir entre les murs d’un musée », confir-

Musée Guggenheim à Bilbao (Espagne), conçu par Franck Gehry (1997)

mant en cela la place prise par la culture et l’emprise grandissante du sentiment patrimonial au cœur de nos sociétés. UNE ARCHITECTURE MÉDIATIQUE Depuis les années 1970-1980, l’architecture s’est vue confier un rôle inédit, intimement lié à la nouvelle dimension médiatique des musées. Bien qu’attentives aux mutations internes de l’institution (prise en compte des nouveaux critères de conservation et de muséographie, attention portée aux publics, etc.), les constructions récentes confirment le primat de l’expression architecturale dans le projet muséal. Ainsi voit-on fleurir des projets somptuaires dans des endroits improbables. Une telle inflation est d’ailleurs favorisée par l’existence de produits « clef-en-main », exportés par les grands musées, transformés eux-mêmes en multinationales de la culture (la politique de la fondation Guggenheim ou encore celle du Louvre, qui a ouvert une succursale à Atlanta et bientôt à Abou Dhabi). C’est ainsi que l’on a assisté à la naissance récente des musées « franchisés », produits marketing qui ne possèdent parfois aucune collection propre.Au risque de voir leurs frontières traditionnelles remises en cause, les musées sont entrés de plain-pied dans l’ère de l’industrie culturelle globalisée.


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A travers le retour du monumental, c’est la capacité de l’architecture à faire « image » et à « communiquer » que l’on sollicite. De fait, l’architecture des musées est devenue le lieu par excellence de l’innovation architecturale contemporaine. Le renouvellement des typologies trahit ces changements permanents de paradigmes. Les musées sont en effet passés en quelques décennies du statut de sanctuaires patrimoniaux introvertis et réservés à une élite, à celui d’institution omniprésente, ouverte sur le monde et assumant pleinement sa fonction sociale. La transition progressive du musée « temple » ou « palais » vers le musée « machine »,

« hangar », « magasin », « entrepôt » ou « usine », puis vers le musée « forum », « centre commercial » ou « parc d’attraction » atteste de cette évolution constante des finalités que l’on prête aux musées. L’architecture de ces derniers est donc en perpétuelle redéfinition, afin d’adapter le « contenant » au programme et aux contours toujours mouvants du musée.

nouveaux outils informatiques de conception ainsi que par des techniques et des matériaux de construction de plus en plus performants. Cette « exultation » formelle n’a pas uniquement porté sur les volumes extérieurs et les façades, mais a contaminé aussi les halls d’entrée, les circulations et les espaces d’exposition, qui affichent volontiers une monumentalité vertigineuse.

De fait, les projets ont fréquemment dérapé vers une forme d’emphase, où la notion d’« archisculpture » et la tendance « déconstructiviste » se sont exprimées pleinement. Nombre de projets ont été l’occasion d’une « gesticulation architecturale », favorisée en grande partie par les

Cette tendance est apparue tôt. Dernier avatar du musée moderniste, le centre Pompidou fut sans doute le premier de ces « musées spectacle ». Mais l’exemple le plus fameux reste le musée Guggenheim, construit à Bilbao par Franck O.Gehry (1991-1997). Sa sculpturale et somptueuse

Extension du musée des arts à Denver (USA), conçu par Daniel Libeskind (2006) - © Studio Daniel Libeskind

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Centre Paul Klee à Berne (Suisse), conçu par Renzo Piano (2005) - © Renzo Piano Building Workshop

parure en titane, en partie inutile puisqu’elle abrite une série de volumes vides, fait de lui un pur signal médiatique au service d’une opération de régénération urbaine très réussie et considérée, d’ailleurs, comme un modèle. Cette propension générale au formalisme, il faut l’avouer, convient parfaitement à la vocation publicitaire des nouveaux musées, qui s’affirment de fait comme des œuvres d’art à part entière. Ces musées sont devenus le lieu d’une inversion du regard où le spectateur contemple le contenant et non le contenu. Il y a là, pour certains, un dévoiement,

Musée du Quai Branly (Paris), conçu par Jean Nouvel (2006) © Ateliers Jean Nouvel


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Musée Kunsthaus à Graz (Autriche), conçu par Peter Cook et Colin Fournier (2003) © Spacelab Cook – Fournier GmbH

très préjudiciable, de la fonction du bâtiment. C’est pourtant cette dimension « artistique » que plébiscitent ouvertement les commanditaires, qui achètent plus un geste architectural qu’un projet muséal. La course des villes ou des états pour s’accaparer les signatures les plus prestigieuses du moment et, symétriquement, le jeu de chaises musicales auquel se livrent les « stars » internationales de l’architecture (Ando, Nouvel, Hadid, Libeskind, Fuksas, Herzog et de Meuron, Piano, etc.) pour la maîtrise d’œuvre des musées, sont les symptômes les plus marquants de cette prééminence du fait architectural dans le monde des musées contemporains. DES MISSIONS REDÉFINIES Les légers décalages chronologiques observés entre l’évolution générale de l’architecture et les pratiques spécifiques aux musées témoignent d’une coïncidence imparfaite avec l’air du temps. Non seulement leurs transformations architecturales suivent une temporalité qui leur est propre, en relation avec l’évolution historique de l’institution, mais on constate aussi, au cours du siècle, une nette modification dans les rapports entre le musée et son architecture. Comme certains l’affirment, le musée est aujourd’hui entré dans « l’ère du soupçon ». La diversification de ses thématiques, de ses finalités et de ses activités a

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profondément brouillé son identité. Sa sujétion plus ou moins volontaire aux impératifs de l’industrie culturelle et de la mondialisation l’a engagé dans une quête perpétuelle de financements, l’obligeant souvent, pour servir ses ambitions, à attenter à ses principes fondateurs. Ainsi les administrations privilégient-elles une programmation reposant sur « l’événementiel » et les « coups médiatiques » plutôt que sur des expositions scientifiques jugées « rébarbatives » et peu « attractives ». Les pouvoirs publics veulent aussi remettre en cause l’inaliénabilité des collections et pratiquent de plus en plus, de manière décomplexée, la location d’œuvres. Quelques esprits mercantiles envisagent même de valoriser ce « patrimoine immatériel » que représentent les musées, qui sont dès lors considérés comme de simples « marques » commerciales dont « l’image » serait un capital à faire fructifier dans le cadre d’une stratégie de communication. Enfin, l’invention simultanée et antinomique de musées sans collections et de musées virtuels (internet) confirme l’effacement des frontières institutionnelles jusque-là admises. Face à cette dissolution et à la multiplication de ces avatars inattendus, la question semble aujourd’hui posée de savoir si l’architecture saura proposer aux futurs musées autre chose qu’une simple parure monumentale I I.D.K.


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Musée du monde hellénique à Athènes (Grèce), conçu par l’agence Anamorphosis (2009-2011) - © Anamorphosis Architects

Musée des Confluences à Lyon (France), conçu par Coop Himmelblau et Armin Hess (2001-2013) - © Coop Himmelb(l)au & Armin Hess


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Nouveaux muse´es dans les pays arabes surenche`re architecturale ou valorisation du patrimoine national ? Par Soumaya GHARSALLAH, Ine`s DIMASSI et Ons SAKJI, architectes

© Myriam Bacha

L a r e c o n n a i s s a n c e d e l a v a l e u r e´ e´cc o n o m i q u e d u m u s e´ e´e e et de son apport au tourisme culturel est aujourd hui a` lorigine de nombreux projets muse´ e´a aux dans les pays arabes. Ces pays, qui nont pas d e t r a d i t i o n s m u s e´ e´a a l e s e t m u s e´ e´o o g r a p h i q u e s , n  h e´ e´ss i t e n t p a s a` f a i r e a p p e l a` d e s c o n c e p t e u r s e´tt r a n g e r s , d e´ e´ e´ss i g n e´ e´ss a` l a s u i t e d e c o n c o u r s e t d  a p p e l s d  o f f r e i n t e r n a t i o n a u x . L e r e c o u r s a` d e s a r c h i t e c t e s d e r e n o m m e´ e´e e i n t e r n a t i o n a l e e s t s o u v e n t c o n s i d e´ e´rr e´ c o m m e u n g a g e d e r e´ e´u ussite du projet muse´ e´a al. Ne´ e´a anmoins, si certains de ces muse´ e´e es sont controˆ oˆlle´ e´ss par des instances compe´ e´ttentes e n m a t i e` e`rr e d e p a t r i m o i n e e t d e culture comme par exemple le n o u v e a u m u s e´ e´e e du Caire, dont l a c o n s t r u c t i o n a e´ e´tt e´ p l a c e´ e´e e sous le patronage de lUNESCO et de lUnion Internationale des Architectes, ceci nest pas le cas de t o u s l e s p r o j e t s . P l u s i e u r s m u s e´ e´e es arabes apparaissent comme des oeu oe uvres dart autonomes, conc¸c¸u us en tant quexercice de style. Leurs a r c h i t e c t e s , e m p o r t e´ e´ss p a r l e u r c r e´ e´a a t i v i t e´ e´,, o u b l i e n t p a r f o i s l e c o n t e x t e c u l t u r e l e t g e´ e´o ographique d u p r o j e t . L e p r e´ e´ss e n t a r t i c l e propose un panorama des derniers ne´ e´ss des muse´ e´e es arabes.

Le nouveau musée d’art moderne d’Alger


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© Heneghan-Peng

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LE NOUVEAU MUSÉE D’ART MODERNE D’ALGER Le MAMA ou Musée d'Art Moderne d'Alger occupe l'ancienne galerie commerciale située en plein cœur d’Alger. Edifié en 1909, ce bâtiment néo-mauresque a connu une rénovation et une reconversion pour l’adapter à ses nouvelles fonctions muséales. Menée par l’architecte Halim Faïdi, la première phase des travaux a permis l’aménagement de 4500 m2 comprenant une grande salle d’exposition et d’autres espaces répartis sur cinq étages. Le MAMA a été inauguré en novembre 2007, pour abriter les événements organisés à l’occasion de la désignation d’Alger comme capitale de la culture arabe. Puis, il a été refermé pour finaliser les travaux de rénovation qui totaliseraient les 13 000 m2, pour un budget de 10 millions de dollars. La réouverture est prévue pour fin 2009. LE PROJET DU GRAND MUSÉE EGYPTIEN DU CAIRE D’abord destiné à soulager l’actuel musée égyptien, qui suffoque sous le poids de ses collections, le Grand Musée a été pensé comme un véritable centre d’activités, avec des espaces de recherches et de conférences, des restaurants, etc. Le concours international lancé par le gouvernement Egyptien a été remporté par le cabinet d’architecture Heneghan-Peng, basé à Dublin, en juin 2003. Le musée sera installé sur un site de 50 ha, dans une zone archéologique prestigieuse, inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, à savoir le site archéologique de Gizah. Une immense passerelle relira les pyramides et le musée. Les parois du bâtiment du musée seront en albâtre ; elles seront ornées de motifs triangulaires évoquant les pyramides. Le musée devra offrir aux trois millions de visiteurs annuels attendus dès son ouverture une vaste gamme de services et d’informations portant sur la totalité de la période pharaonique. L’édifice disposera d’un auditorium de 1000 places, d’un cinéma équipé en IMAX 3D, d’une médiathèque / bibliothèque, d’un centre de recherche et d’un institut scientifique. La date d’ouverture prévue pour ce Grand Musée est fixée à juillet 2011. Le coût du projet est estimé à 600 millions de dollars. Le projet du Grand musée Egyptien du Caire. La façade "lumineuse" de 800 mètres de long et de 40 mètres de haut est tout en albâtre, une roche légèrement translucide et typique de l'artisanat du Sud égyptien.


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© Ieoh-Ming Pei

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LE MUSÉE D’ART ISLAMIQUE DE DOHA AU QATAR Lauréat du prix Pritzker en 1983, IeohMing Pei (architecte de la pyramide du Louvre), âgé de 91 ans, a été choisi pour concevoir le musée d’arts islamiques au Qatar. Ce bâtiment, inauguré en 2008, s’étale sur 35.500 m2 et aurait coûté 350 millions de dollars. Construit sur une île artificielle, éloignée de 60 m de la corniche de Doha, le bâtiment est composé de deux entités comprenant cinq étages reliées par un patio. La volumétrie de ce musée est un ensemble de formes cubiques, inspirés de la fontaine de la moquée Ibn Touloun au Caire. Le bâtiment est coiffé d’une coupole, inspirée de la même mosquée. PEI, étranger à la religion, a tenté de saisir l’essence des valeurs et du langage islamique. En effet, la forme carrée représente dans le langage graphique et géométrique musulman une forme limitée, pure et finie, c’est la représentation conceptuelle du monde terrestre et la forme circulaire est une représenta-

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Le musée d’art islamique de Doha au Qatar

tion du monde céleste, d’où les coupoles qui couvrent les mosquées. C’est Jean-Michel Wilmotte qui a signé la scénographie de qualité de ce bâtiment, jouant sur l’opposition ombre-lumière. Le musée, à vocation internationale, abrite des chefsd’œuvre de l’art islamique couvrant une période de treize siècles. Il se veut également un centre national et international pour la recherche, l'apprentissage et la créativité dont l’objectif est de valoriser l’art islamique.

© Ieoh-Ming Pei

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© Atelier Jean Nouvel

LE PROJET DE MUSÉE DU LOUVRE D’ABOU DHABI Le 6 mars 2007, La France et les Emirats avaient signé un accord pour la création du "Louvre Abou Dhabi" sur l'île de Saadiyat (en arabe, "l'île du Bonheur"). C’est l’architecte français Jean Nouvel qui a été sélectionné pour concevoir ce musée. Jean Nouvel (lauréat du prix Pritzker en 2007) s’est laissé guider par la particularité du site de Saadiyat : une île lagunaire. Les bâtiments du musée seront couverts d’une coupole monumentale. Comme une ombrelle, la coupole blanche de 180 m de diamètre coiffe les deux tiers de la ville-musée. Souvenir de celle de la mosquée, du mausolée, du caravansérail, de la medersa, sa forme s’affranchit : posée sur quatre points d’appui et ouverte sur l’eau, la


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LE PROJET D’EXTENSION ET DE RÉNOVATION DU MUSÉE NATIONAL DU BARDO À TUNIS Le musée national du Bardo est reconnu comme étant le plus grand musée de mosaïque antique au monde. Toutefois, la présentation actuelle de ses collections n’est plus adaptée aux normes muséographiques modernes. D’où le besoin de réorganiser les espaces d’expositions. Le nouveau projet d’extension et de rénovation a été confié à l’équipe d’architectes Amira Nouira (Tunis) et SCPAC CodouHindley- Disderot (Paris). Un comité scientifique a été constitué pour mettre en place un programme muséographique qui s’accorde avec le cadre architectural de l’actuel musée composé de deux palais contigus (le palais tunisien et El Qasr El Badii). Le projet prévoit également la construction d’une nouvelle aile, qui sera édifiée à l’arrière du musée. L’objectif est de doubler la surface d’exposition et de créer des aires de services qui répondent aux besoins des visiteurs (boutiques, cafétérias, restaurants, auditorium, ateliers, équipements pour personnes handicapées...) ainsi que onze espaces d’interprétations et de multimédia. Dans la nouvelle aile, six départements nouveaux verront le jour ; ils seront dédiés à la Préhistoire, à la civilisation phénico-punique, au monde numide, à la collection sous-marine de Mahdia, à l’Antiquité tardive et à l’Islam. Financé par un prêt de la Banque mondiale, le coût de ce projet est estimé à 18 millions de Dinars 

Architesctes : Amira Nouira (Tunis) et SCPAC Codou - Hindley - Disderot (Paris)

coupole trouve une expression virtuose et toute contemporaine. Sensiblement surbaissée, son élévation revêt des proportions planes qui laissent la ville s’y glisser, la nature s’y installer, grâce à la pénétration de la lumière. En effet, cette coupole sera animée par une trame aléatoire de perforations géométriques, savamment calculées et traversées par la lumière. Elle tempère les salles et les modules du musée sous-jacent, en même temps qu’elle ombrage la déambulation intérieure, favorisant la climatisation et l’éclairage naturels. L’inauguration de cette cité-musée est prévue pour 2012/21013.


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Le parcours et

le´clairage dans le muse´e et dans lexposition

Par Soumaya GHARSALLAH HIZEM, architecte docteur et Ph.D. en muse´ologie et patrimoine

PARCOURS Le parcours doit permettre au visiteur de se repérer dans l’espace et de construire progressivement sa visite de façon à reconstituer le scénario de l’exposition. Afin d’éviter la lassitude et le découragement du visiteur, le parcours doit être ponctué de surprises, d’alternances et de coupures rythmiques. Il doit lui offrir un confort en respectant les unités de passage et en ayant une signalétique claire et bien répartie dans l’espace de l’exposition. Un parcours facilement identifiable et bien articulé implique un gain précieux de temps et d’énergie ; il garantit le confort intellectuel du visiteur, ainsi qu’une lecture aisée des séquences de l’exposition. Le parcours doit-il être libre ou contrôlé ?

© Nicolas Fauqué

© Hamadi Regaieg

L e p a r c o u r s e t l  e´ e´cc l a i r a g e d a n s l e s m u s e´ e´e es et les expositions ont une importance capitale dans larchitecture muse´ e´a ale. Ils ont fait lobjet de longs de´ e´b bats acharne´ e´ss : le parcours doit-il eˆ eˆttre libre ou guide´ ? Lexposition doit-elle avoir un e´ e´cclairage naturel ou artificiel ? Faut-il privile´ e´g gier les espaces ouverts ou les espaces ferme´ e´ss ? Si certains de ces de´ e´b bats semblent eˆ eˆttre a` peu pre` e`ss re´ e´g gle´ e´ss, dautres sont encore dactualite´ e´..

Eclairage naturel zénithal au musée de Chimtou


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Il est toujours difficile de parler du parcours sans évoquer le débat à propos de la flexibilité ou non des espaces d’exposition. Le plus souvent, les parcours libres résultent d’aménagements ouverts, qui donneraient une liberté absolue à l’utilisateur. Contrairement au musée classique à enfilade, où l’on est obligé de suivre un parcours imposé, le musée décloisonné a l’avantage de permettre au visiteur de construire son propre parcours dans l’espace ouvert de l’exposition. Il permet d’opérer une rotation régulière des œuvres comme au musée Tinguely à Bâle conçu par Mario Botta : les grands espaces neutres et flexibles autorisent une plus grande souplesse d’utilisation en privilé-

Exemples entrée

entrée

de

parcours

sortie

entrée

sortie

sortie

Parcours linéaire

Le type « linéaire » suit un schéma de circulation obligée, les salles sont organisées en enfilades à sens unique. Recommandé pour les présentations chronologiques.

Parcours circulaire

Le type « circulaire », dont l’espace central dessert les espaces d’exposition périphériques, permet un circuit de visite en boucle.

Parcours Labyrinthique

Le type « labyrinthique » où les espaces sont généralement décloisonnés, le visiteur organise son cheminement dans l’exposition.

Projet de musée à croissance illimitée, Le Corbusier (1930) Dans le concept du musée à croissance illimitée de Le Corbusier, le parcours légitime l’architecture du musée. Guggenheim museum, New York, Frank Lloyd Wright (1959) De forme sculpturale, ce musée concrétise les recherches de Le Corbusier. Il oppose le parcours en spirale au fil d’une longue rampe. La lisibilité du parcours permet de contempler les œuvres sans perdre de vue le circuit de visite.

giant l’emploi des cloisons amovibles, des claustras, des cimaises temporaires, etc. L’inconvénient de ce type d’aménagement est que le parcours risque d’être labyrinthique ; il n’impose aucune contrainte de circulation au visiteur, qui va se sentir très vite abandonné et perdu dans l’exposition. Les musées ouverts ou flexibles sont le résultat du mouvement moderne. Mais après avoir été à la mode pendant quelques décennies, les aménagements ouverts ont été très vite remplacés par des dispositions plus classiques en salles cloisonnées. Dans

le musée cloisonné, le parcours suit l’enchaînement des salles, il est obligé. Quoique le cloisonnement puisse limiter la créativité muséographique, selon certains concepteurs, il a l’avantage de prendre en charge le visiteur et de le rassurer pour qu’il ne ressente pas la frustration d’avoir manqué une partie de l’exposition. Les expositions qui font défiler les gens le long d’un couloir réussissent apparemment mieux que celles dont les parcours ne sont pas contrôlés et où la visite se fait au hasard entre les objets exposés.

La disposition classique semble aujourd’hui avoir remporté le débat. L’expérience au Musée National d’Art Moderne au centre Georges Pompidou (MNAM) a montré comment un aménagement ouvert, sans cloisons, tel que l’a imaginé le directeur du musée à l’époque, Pontus Hulten, n’était pas efficace pour la compréhension du contenu de l’exposition. Dans ce musée, l’éclatement des espaces empêchait la construction d’un parcours clair. L’ancien aménagement maintenait la fluidité de l’espace recherchée par les architectes du projet Richard Rogers et


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Grands sheds inclinés dans la salle d’exposition temporaire du musée départemental d’Art contemporain du Val-de-Marne à Vitry-sur-Seine en France

Renzo Piano, mais il ne convenait pas à la présentation de la collection du MNAM. Le nouvel aménagement de Gae Aulenti, inauguré en 1980, consistait à abandonner l’ouverture au profit d’un cloisonnement conventionnel. Les séquences sont visuellement séparées et clairement articulées. Le recloisonnement relèverait donc d’une esthétique classique : « À une architecture forte, il faut une opposition forte » dit Gae Aulenti.

contournable outil de conception muséographique, qui contribue à la mise en valeur de l’objet. L’éclairage doit être choisi en fonction de la nature de l’objet d’exposition et lorsqu’il n’est pas maîtrisé, il peut nuire à celui-ci et le dégrader. On peut distinguer plusieurs types d’éclairages muséographiques. La classification qu’on se propose de présenter ici est établie en fonction de la nature de la lumière : naturelle ou artificielle.

ECLAIRAGE

La lumière naturelle contient des radiations ultraviolettes et infrarouges nocives pour les pigments et les couleurs et qui risquent d’altérer l’œuvre en provoquant

La lumière naturelle peut offrir une ambiance lumineuse uniforme ou non uniforme. L’éclairage uniforme permet de présenter l’œuvre tout en la conservant. C’est un éclairage homogène, propice à l’exposi-

© Nicolas Fauqué

L’éclairage est resté pendant longtemps considéré dans sa stricte dimension fonctionnelle. Il est devenu, par la suite, un in-

des réactions photochimiques ou thermochimiques, parfois irréversibles. C’est pourquoi il est important de la filtrer par le biais de dispositifs et matériaux qui absorbent ces rayons tels que les velums, les déflecteurs, les stores d’occultations et les verres spéciaux. Ces dispositifs permettent de limiter l’apport calorifique et lumineux du soleil et évitent l’altération de l’objet exposé.

Musée de Chimtou


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tion d’objets sensibles à la lumière du jour. Il convient aux galeries de peinture et aux objets sans volumes ou à volumes simples. Il se caractérise par l’absence d’ombre portée et de contraste. L’éclairage uniforme peut provenir de dispositifs d’éclairage permettant des prises de jour en toiture tels que les verrières, les sheds et les lanterneaux, à condition qu’ils soient bien dimensionnés et bien orientés 

©Renzo Piano

S.G.H.

Collection Menil, Houston, Texas, USA, 1986 - Renzo Piano Building Workshop architecte


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Les techniques

de

pre´sentation dans les muse´es retour sur les notions de muse´ographie, sce´nographie et expographie Par Soumaya GHARSALLAH HIZEM, architecte docteur et Ph.D. en muse´ologie et patrimoine

© Ambre Courbot

Le de´ e´v veloppement de la pratique conceptuelle du muse´ e´e e et de lexposition a e´ e´tte´ accompagne´ de lappari tion de nouvelles techniques et savoirs propres a` la pre´ e´ssentation, tels que la sce´ e´n nographie, la muse´ e´o ographie et lexpographie. Lessor que connaissent ces techniques a e´ e´tte´ impulse´ par la volonte´ de de´ e´m mocratiser les m u s e´ e´e e s e t l e s e x p o s i t i o n s . C e s d e r n i e r s s o n t d e m i e u x e n m i e u x a m e´ e´n n a g e´ e´ss p o u r a c c u e i l l i r t o u t e s l e s cate´ e´g gories de public. Aujourdhui, dans les projets de muse´ e´e e, larchitecte travaille en e´ e´ttroite collaboration avec le muse´ e´o ographe et ou le sce´ e´n nographe pour une meilleure pre´ e´ssentation de lexpose´ e´.. La mission des concepteurs ne se limite plus a` montrer des objets. Il sagit de travailler tant sur le contenu que sur la forme d e p r e´ e´ss e n t a t i o n , a f i n d e r e n d r e l  e x p o s i t i o n l a p l u s c l a i r e p o s s i b l e p o u r l e p u b l i c . M a l g r e´ l  e´ e´v volution c o n s t a n t e d e s c o n c e p t s r e l a t i f s a u x t e c h n i q u e s d e p r e´ e´ss e n t a t i o n , o n c o n s t a t e n e´ e´a anmoins que leurs de´ e´ffinitions sont souvent confondues. Ainsi, la muse´ e´o ographie, la sce´ e´n nographie, lexpographie et meˆ eˆm me la d e´ e´cc o r a t i o n s o n t p a r f o i s e m p l o y e´ e´e e s d a n s l e m eˆ eˆm m e s e n s . P o u r t a n t i l s  a g i t d  o p e´ e´rr a t i o n s b i e n d i s t i n c t e s . Cest pourquoi on sugge` e`rre de revenir sur leurs de´ e´ffinitions pour mieux les comprendre et les distinguer.

Exposition temporaire : « les trésors de Chine » Inaugurée en mai dernier au musée national de Carthage, cette exposition présente plus de 70 objets emblématiques sélectionnés dans de prestigieux musées chinois. C’est une occasion d’apprécier pour la première fois en Tunisie, quelques chefs d’œuvre du patrimoine chinois, dont les plus anciens remontent au 1er millénaire avant JC. Cette exposition a fait l’objet d’une remarquable scénographie, fruit d’un échange et de collaboration entre l’Institut National du Patrimoine et le bureau d’Etat du Patrimoine Culturel de Chine. À voir jusqu’au 8 août.


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La place de lespace et ses repre´sentations dans

les muse´es

La muséographie, selon le muséologue français André Desvallées comprend les techniques requises pour remplir les fonctions muséales et particulièrement ce qui concerne l’aménagement du musée, la conservation, la restauration, la sécurité et l’exposition. En français, l’usage de ce mot a malheureusement tendance à ne désigner que l’art - ou les techniques d’exposition. Rappelons au passage que la muséographie et la muséologie constituent deux disciplines différentes. Dans son sens le plus général, la muséologie est l’étude du musée et non sa pratique, laquelle relève de la muséographie. Aujourd’hui la muséologie se développe comme une analyse communicationnelle et informationnelle de tout ce qui touche au musée. La scénographie, regroupe les aspects formels et matériels de l’exposition (couleur, éclairage, cimaises, etc.). Le Grand Larousse Universel la définit comme étant l’ensemble des éléments picturaux, plastiques, techniques et théoriques qui permettent la création d’une image, d’une construction bi ou tridimensionnelle, ou la mise en place d’une action, notamment théâtrale. Dans d’autres dictionnaires, la scénographie est définie comme l’art de l’organisation de la scène et de l’espace théâtral. Force est de constater que la référence au théâtre dans les définitions de la scénographie est on ne peut plus présente. Pourtant le traitement de la scène théâtrale est complètement différent de celui de l’exposition, raison pour laquelle on lui préfère le terme suivant.

L’expographie désigne ce qui qualifie l’art (ou les techniques) de l’exposition, qu’elles se situent dans un musée ou dans un espace non muséal. Elle exclut la conservation, la restauration et la sécurité, propres à la muséographie et elle ne prend en compte que les techniques de présentation et de communication. C’est un terme qui a été proposé en 1993 par André Desvallées, en complément du terme « muséographie ». Pour Desvallées, l’expographie vise à la recherche d’un langage et d’une expression fidèles pour traduire le programme scientifique d’une exposition. En cela elle se distingue à la fois de la décoration, qui fonctionne sur de simples critères esthétiques, et de la scénographie. À la suite de ces définitions, on déduit que les limites entre la muséographie, l’expographie et la scénographie ne sont pas toujours nettes, ce qui explique pourquoi elles sont sujettes à confusion 

virtuels

Avec le développement du cyberespace sur la plate-forme internet, les institutions muséales et culturelles se sont emparées du web pour présenter leurs collections et toucher un public plus large, notamment à travers ce qu’on appelle les musées virtuels. Cette nouvelle pratique muséale s’inscrit dans une perspective de démocratisation culturelle. Elle a donné lieu à une nouvelle discipline, qui a vu le jour dans les années 1990 : la cybermuséologie. Grâce à cette technologie, les plus grands musées du monde, comme le Louvre, le British Museum, le Musée Getty, pour ne citer que ceux-ci, existent d’une façon virtuelle. Leurs collections sont devenues accessibles via le net. Les retombées du musée virtuel sont remarquables tant pour le tourisme que pour l’enseignement et l’éducation. Néanmoins, l’apparition de ce concept pose de nombreuses interrogations, telles que comment s’organise un musée virtuel, lorsque la dimension tangible de l’espace est évacuée. Ou encore comment, dans un contexte muséal, le cyber espace remplace l’espace réelle de l’exposition, en l’occurrence son cadre architectural, et quel en est l’impact sur l’expérience de visite. Pour répondre à ces questions, il faut d’abord distinguer deux types de musées virtuels. Le premier est construit à partir de simples images bidimensionnelles de type documentaire, présentées sans aucun contexte architectural. C’est l’exemple du musée virtuel de Discover islamic art1. Il propose des images répertoriées dans des bases de données et rassemblées en fonction de thèmes qui font l’objet de plusieurs expositions virtuelles. Ces dernières se déroulent sans aucun contexte spatial architectural et sans aucune représentation tridimensionnelle de celui-ci. Ce qui est appelé donc musée virtuel n’est en fin de compte qu’une base de données sur des objets provenant de musées divers et réunis pour illustrer un thème ou un sujet quelconque. Le second type de musée virtuel présente des objets et des images dans des environnements virtuels tridimensionnels qui représentent un espace d’exposition. C’est l’exemple du musée virtuel des arts et traditions du Gabon2. Dans ce cas, les objets sont spatialement contextualisés et le visiteur évolue dans un espace architectural fictif, qui présente un véritable travail expographique. L’organisation de l’espace virtuel est réfléchie comme dans un espace muséal ou expositionnel réel. La différence entre ce type d’exposition et les expositions matérielles est que pour effectuer une visite, on n’a pas besoin de se déplacer physiquement dans l’espace, le corps reste figé, comme dans les jeux vidéo classiques. D’où la question : jusqu’à quel point une telle expérience de visite peut-elle être fiable ? L’apparition des musées virtuels annonce une nouvelle ère pour l’institution muséale : est-ce le début de la fin des musées traditionnels ? Difficile de répondre à cette question, mais une chose est sûre, cette évolution du concept du musée demande de réviser la définition qui lui est donnée par l’ICOM pour l’actualiser et la mettre à jour.

S.G.H. 1 - www.discoverislamicart.org 2 - www.gabonart.com


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Projet de centre

dinterpre´tation

D i p l oˆ m e

du site arche´ologique

dOudhna

Me´moire de fin de´tudes de Ouiem Kartas, soutenance a` lENAU en mars 2008 sous la direction de Khaled Karoui Ce travail tente de de´ e´m montrer que de nouvelles approches applique´ e´e es au projet architectural permettent de faire revivre le patrimoine, lui confe´ e´rrant un nouveau contenu afin de re´ e´p pondre aux besoins actuels. Parmi ces nouvelles approches figure linterpre´ e´ttation, acte de communication par excellence.

L'interprétation du patrimoine se définit comme une "méthode de sensibilisation" qui consiste à traduire, pour un public en situation, le sens profond d'une réalité, en ayant recours à des moyens qui font d'abord appel à l'appréhension, c'est-à-dire qui mènent à une forme vécue et descriptive de la connaissance plutôt qu'à une forme rigoureusement rationnelle. On peut citer parmi les moyens, qui sont des outils de médiation : les dioramas (reconstitution d’une scène dans son environnement naturel), les pancartes et panneaux classiques, les bornes et les panneaux interactifs, les projections virtuelles et salles immersives, les maquettes, les maquettes virtuelles, les effets sonores et visuels, les objets archéologiques, les artefacts, les copies d’artefacts, les vestiges. Comme support pour la création du centre d’interprétation, nous avons choisi le projet de mise en valeur et d’aménagement du site archéologique d’Oudhna. Ce projet a été lancé par le Ministère de la Culture et de la Sauvegarde du Patrimoine en 2004. Il est à signaler que le projet d’interprétation s’applique à l’ensemble du site archéologique, mais, s’agissant du site d’Oudhna, où les fouilles sont encore en pleine gestation et où l’état du site ne permet nullement de s’aventurer sur des bases incertaines, nous avons choisi de focaliser notre recherche sur la conception d’un centre d’interprétation dont le dessein premier est de fournir les clefs d’une lecture attractive et approfondie du site. Loin d’être un lieu de conservation ou encore une vitrine, ce dernier mettra à la disposition des visiteurs les outils nécessaires pour saisir le sens profond du site. Il s’agit aussi de réfléchir à la relation que peut établir cet équipement avec le monument voisin qui est l’amphithéâtre dont l’étude et la restauration sont presque achevées. PARTI ARCHITECTURAL L’idée maîtresse du projet est de créer un parcours interprétatif, qui, partant du centre d’interprétation, guiderait les visiteurs à travers le site, en passant par l’amphithéâtre, pour aboutir de nouveau au centre d’interprétation. Ce dernier marque à la fois le début et la fin du parcours. Il est constitué de deux entités. L’accueil des visiteurs se fait par la première entité. Point de

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Plan masse

départ du parcours, cet espace s’organise en plusieurs cellules regroupées autour d’un espace central, distributeur à l’image du jardin dans la maison romaine. L’intérieur des cellules est aménagé au moyen des outils de médiation et y seront proposées quelques reconstitutions. La deuxième entité, séparée de la première par une passerelle transparente, marque la fin du parcours, et offre aux visiteurs des espaces de détente et de repos. Le vocabulaire architectural employé, à la fois contemporain et utilisant des matériaux tels que le vitrage et l’acier, dévoile le désir de se démarquer par rapport au bâti ancien. Cette démarche a pour but de permettre aux visiteurs la lecture des différentes strates historiques. Enfin, l’architecture du centre d’interprétation, qui allie le plein et le vide, le transparent et l’opaque a comme objectif de souligner l’idée de dialogue, d’échange et d’interaction avec le site archéologique d’Oudhna 

Plan partiel RDC


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Patrimoine

Les palais de la me´dina de Tunis et de ses environs, un pre´cieux he´ritage a` pre´server Cette anne´ e´e e, lAgence de Mise en Valeur du Patrimoine et de Promotion Culturelle et notre revue Archibat se s o n t m o b i l i s e´ e´ss p o u r f eˆ eˆtt e r e n s e m b l e l e m o i s d u p a t r i m o i n e t u n i s i e n e t m e t t r e a` l  h o n n e u r  l e s p a l a i s d e l a me´ e´d dina de Tunis et de ses environs . Titre de lexposition qui a eu lieu du 7 au 19 mai au palais Abdeliya a` La M a r s a . L a q u e s t i o n d e l  a v e n i r d e s p a l a i s a e´ e´g g a l e m e n t e´ e´tt e´ l a r g e m e n t d i s c u t e´ e´e e e t d e´ e´b battue au cours dune m a t i n e´ e´e e d  e´ e´tt u d e s q u i s  e s t t e n u e l e 9 m a i 2 0 0 9 e n m a r g e d e l  e x p o s i t i o n . O u v e r t e a` u n l a r g e p u b l i c , c e t t e rencontre a re´ e´u uni historiens, architectes, arche´ e´o ologues et paysagistes spe´ e´ccialistes en la matie` e`rre.

Saloua Darghouth historienne et membre de l’I.N.P, a présenté un survol de l’évolution historique des différents spécimens et typologies de palais et de grandes demeures aristocratiques de la Tunisie, symbolisant la puissance de leurs commanditaires fortunés, dont certains ont été évoqués par Jacques Revault. Ces édifices ont surtout connu leur période faste à l’époque husseinite, et c’est à partir du XIXème siècle, que les palais avec patios sont supplantés par le modèle de palais italianisants avec de grandes pièces spacieuses et des motifs décoratifs européens. Une virée à l’intérieur des somptueuses chambres anciennes, faite par l’artiste plasticienne Mahsouna Sellami enseignante à l’ENAU, a montré le type de mobilier intégré dans l’architecture des grandes demeures de la Tunisie. Ces objets du patrimoine tunisien considérés comme le fruit d’un travail artisanal et d’une main d’œuvre locale, ont permis de définir un cadre de vie tout en perpétuant un genre de vie. Cette intervention nous a révélé que la configuration des façades des lits, intégrées dans les chambres traditionnelles, ainsi que leurs appellations et leurs couleurs sont différentes selon les régions. Les couleurs du mobilier nous renseignent sur le mode de vie et notamment la classe sociale de ses propriétaires (une polychromie de couleurs pas très contrastée dans la ville de Sfax, à Mahdia une polychromie assez contrastée avec dorure et à Tunis la dorure est plus accentuée). On ne peut pas parler de la riche beauté intérieure des palais sans évoquer la beauté extérieure qui se manifeste principalement par les vastes jardins. Sondess Zaïer doctorante en paysage de l’institut du paysage de Chott Meriem, a donné un aperçu sur la naissance et l’évolution des jardins dans les grandes demeures tunisiennes.C’est durant le règne de la dynastie Husseinite que le jardin est passé d’un espace clos à un espace ouvert, construit autour des palais de villégiature, tout en assimilant progressivement les héritages et les cultures des différentes dynasties. On a pu distinguer trois types de jardins : les vergers ou swanis qui étaient composés par des parcelles de formes carrées contenants des oliviers, des palmiers et des citronniers, les jardins avec perspectives, ayant un bassin central, qui mettaient en évidence l’entrée des palais. Et le troisième type c’est les jardins clos qui s’ouvraient directement sur la campagne, par l’intermédiaire de la sania. Les jardins jouaient le rôle de transition et de liens visuels. Cette intervention a suscité un questionnement à propos du devenir des jardins husseinites en tant que composante de notre patrimoine, dont la plupart a complètement disparu aujourd’hui.

© Ambre Courbot

EVOLUTION DE L’ARCHITECTURE, LA DÉCORATION ET LES JARDINS DE PALAIS


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Situé à proximité du Bardo, le palais Ksar Essaid a été édifié dans la seconde moitié du XIXémesiècle. Actuellement le palais est en cours de restauration par l’INP et de reconversion en musée de l’Histoire moderne et contemporaine. Le palais abrite une collection unique de trônes de l’époque beylicale.

LES TECHNIQUES CONSTRUCTIVES ET LA RECONVERSION DE PALAIS L’architecte Denis Lesage a mis en évidence la technologie performante de production et de construction des palais, permettant de mettre en œuvre les désirs et les souhaits de ses riches propriétaires. Il a cité quelques exemples de palais qui ont été des lieux d’innovation et de prouesse architecturale. Ainsi grâce au choix technique de charpentes en bois du palais du Bardo, on a pu atteindre au milieu du

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XIXème siècle, respectivement dans les salles de Carthage et de Sousse des portées de 17 m et de 14 m. Les procédés constructifs et les équipements techniques des palais Khaznadar dans la médina de Tunis datant du XIXème siècle et le palais d’Erlanger, situé à Sidi Bou Saïd, qui date du début du XXème siècle ont été présentés comme étant des techniques de pointe par rapport à leur époque de construction. Dans son intervention sur la reconversion des monuments historiques, Lotfi Bouzouita, architecte à l’AMVPPC considè-

re cette forme d’intervention comme un outil de conservation qui garantit la survie de l’ancien en lui attribuant une nouvelle fonction, tout en prenant en compte les enjeux de la vie moderne. Appuyant ses propos par une projection d’images, un survol des différentes interventions qui ont eu lieu en Tunisie dans certains palais a permis de se rendre compte de l’évolution des concepts méthodologiques de la reconversion. En effet la première génération de projets de cette typologie d’interventions s’apparentait à une nouvelle affectation


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sans transformations majeures, citons comme exemple : la réaffectation du palais du Bardo en musée. Cette première série se caractérisait par une simple exposition d’objets sans se soucier du lieu et de l’image de l’ensemble. La deuxième génération de projets de reconversion a vu le jour avec la prise en compte d’une démarche que l’architecte doit suivre dans sa conception : la compréhension de l’existant, le respect de sa logique et de ses détails constructifs, la préservation de l’âme des lieux et l’adéquation d’une fonction et d’une forme. « Afin d’aboutir à une lecture claire de la nouvelle fonction, le concepteur doit sauvegarder l’authenticité des lieux qui devrait primer sur la liberté d’aménagement par rapport à l’ensemble », a ajouté L. Bouzouita. La reconversion, aujourd’hui, est passée d’une simple sauvegarde et occupation statique du bâtiment à une exploitation et réutilisation pratique qui répond aux besoins modernes et socioéconomiques de la société.

De haut en bas Dar Cherif, situé dans les environs de la mosquée Sidi Mehrez . L’INP s’est donné pour mission de restaurer cette demeure qui se distingue par un subtil mélange entre une typologie de type traditionnelle et un décor d’inspiration italienne. Palais El Menem, construit avant 1904, à proximité du palais du Bardo, ce palais restauré par l’INP a été reconvertit en siège du conseil constitutionnel en 2004. © A lia Ben Haj Hamouda

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Le premier était celui de l’homme d’affaires Mohamed Nejib Bourguiba, gérant du palais Kobbet Ennhas à Manouba, qui nous a fait part de son long acharnement durant huit ans à rendre au palais son aspect et état d’origine. Cette demeure princière construite en 1756 par un prince musicien et s’étalant sur 4 hectares, a été occupée durant une période par les sœurs qui ont pu l’entretenir. Le deuxième témoignage était celui de Laurand Revault le petit-fils de Jacques Revault. Il a retracé le long parcours de son grand père et restitué le contexte historique et épistémologique, qui a donné naissance à son projet de recherche sur les palais. Jacques Revault est venu en Tunisie en 1932 pour effectuer l’essentiel de sa carrière. En 1956, il entame son projet de recherche sur les palais et demeures de Tunisie, grâce auquel il a créé un nouveau récit architectural, qui a permis de révéler à travers une approche qui allie une lecture ethnographique, historique, sociologique et urbanistique les datations précises des constructions, les influences diverses et les particularités du vocabulaire architectural tunisien. Cet ethnographe spécialiste de l’architecture domestique nous a légué à travers ces publications, un héritage culturel et une référence pour le patrimoine tunisien 

Ons Sakji Smaoui, architecte

© AMVPPC

PARCOURS ET TÉMOIGNAGES

Beït El Hikma . Ce palais a été construit au milieu du XIXe siècle sur un site archéologique, situé au pied de la colline de Carthage, en s’ouvrant sur la mer. Il fut édifié à l’époque husseinite, par le général Ahmed Zarrouk. En 1992, ce palais fut reconvertit en Académie Tunisienne des Sciences, des lettres et des Arts


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Concours

Concours Cityscape Architectural Awards Ce prix re´ e´ccompense des projets darchitecture construits ou projete´ e´ss dans les re´ e´g gions du Golfe, du Moyen O r i e n t , d  A s i e , d  A f r i q u e e t d  A m e´ e´rr i q u e l a t i n e . L o r s d u C i t y s c a p e D u b a i¨ t e n u e n o c t o b r e 2 0 0 8 , l e p r o j e t  B a b  B h a r R e s o r t  a e´ e´tt e´ r e´ e´cc o m p e n s e´ c o m m e m e i l l e u r p r o j e t d a n s l a c a t e´ e´g gorie tourisme, voyage et transport - projet futur. Ce projet est conçu par Drawlinkgroup, bureau d'architecture et d'architecture d’intérieur fondé à Dubaï et tenu principalement pas un groupe d'architectes tunisiens aux cotés de son fondateur et directeur Daousser Chennoufi, architecte tunisien. Drawlinkgroup possède aussi un bureau à Tunis. "BAB'BHAR Resort" est un ensemble touristique situé près de Fujairah, sur la côte Est des Emirats arabes unis, face à l'Océan Indien. Cette région se distingue par son paysage côtier particulier. Le projet est bâti sur un terrain formant une avancée dans la mer, profitant ainsi d’une proximité de l’eau et d’axes de vue intéressants. Il est constitué de 80 chambres, 30 suites, un spa et plusieurs espaces publics (restaurants, bars, cafés…) Le projet "BAB'BHAR Resort" propose une réinterprétation contemporaine de certaines cités de pêcheurs de la région du golf d’Oman, tout en se référant à l’usager ; son échelle et sa perception de l’espace à travers tous ses sens notamment la vue. En effet, une présence visuelle permanente de l’océan est assurée à travers de multiples percées. Ce projet se présente en forme d’une large masse étalée qui a subi des soustractions de matière donnant jour à des vides structurés et hiérarchisés (placettes, patios, ruelles..), ce qui assure une certaine urbanité et une adaptation au climat chaud de la région. Le parti pris d’une sobriété de la forme spatiale et des matériaux privilégie un haut niveau de confort et de luxe  Moez TABIB, architecte

Plus d’infos www.drawlinkgroup.com www.cityscape.ae/awards.html

Projet : BAB'BHAR Resort, Fujairah, Emirats Arabes Unis Maître d’œuvre : Drawlinkgroup Architecture Dubaï Chef de projet : Anes Talmoudi, architecte Maître d’ouvrage : BSG – Dubaï Surface du terrain : 17700 m2 Surface couverte bâtie : 13500 m2

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LUnion Ge´ne´rale des Travailleurs Tunisiens soffre un nouveau sie`ge Apre` e`ss la centrale patronale UTICA cest au tour de la centrale syndicale UGTT de´ e´d difier son nouveau sie` e`g ge, a` la cite´ El-Khadhra a` Tunis. Le terrain, couvrant pre` e`ss de 4 900 m2, avait e´ e´tte´ alloue´ de longue date, mais le concours national portant sur la construction de  Dar El Ittihad  na e´ e´tte´ lance´ quen de´ e´ccembre 2007. Parmi les consignes adresse´ e´e es aux candidats figurait la prise en compte de lhistoire du mouvement national tunisien et sa position dans la vie politique, culturelle et sociale du pays. Le groupement retenu pour la re´ e´a alisation du projet est celui qui re´ e´u unit Mourad Zoghlami et Mohamed Ali Ben Soltane.

LE PREMIER PRIX Mourad Zoghlami et Md Ali Ben Soltane, architectes L’idée maîtresse du projet a été, selon les architectes, de marquer, de dessiner et de montrer comment Architecture et Histoire, Architecture et Philosophie s’entrecroisent, de plusieurs manières, afin de donner un sens à “Dar El Ittihad”. Le bâtiment proposé se distingue par une calotte généreuse à partir de laquelle émerge un volume sobre délimitant une place: “la Place de l’Ittihad”. Une place qui joue un rôle important, à la fois lieu de rencontre et de rassemblement pouvant accueillir et réunir au même endroit les différentes catégories de travailleurs. Cette place donnerait, d’après les architectes, tout son sens au siège de l’UGTT. L’objectif que les concepteurs se sont proposé d’atteindre a été d’offrir des séquences qui créent une âme propre au projet, de concevoir un lieu de vie, de donner aux utilisateurs un sentiment de rassemblement et de permettre l’échange. La mise en valeur des circulations et de l’éclairage a été, selon les architectes, déterminante pour créer en ce lieu sérénité et convivialité. Enfin, l’architecture de « Dar el Ittihad » se veut un miroir reflétant son caractère spécifique. Une image forte et référentielle, un projet simple, pur et sobre qui reflète la sagesse. Un bâtiment moderne qui marque son temps et qui laisse toutefois transparaître des références à notre patrimoine architectural, telles que les brise-soleil protégeant les parties vitrées et formant des motifs inspirés du patrimoine tunisien.

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LE TROISIEME PRIX Moncef Debabi, architecte « Notre souci premier lors de la conception de l’édifice était de soigner l’image externe, celle que l’on aborde en premier lieu, celle qui reste gravée dans la mémoire » explique Moncef Debabi dans sa note de présentation du projet. La recherche morphologique, bien que marquée par la force du geste, a été, selon l’architecte, guidée par les contraintes du programme. Le projet proposé se compose de deux corps de bâtiments juxtaposés. Le premier, en forme de carré tronqué, abrite la direction générale avec l’ensemble des bureaux. En son centre est créée une placette plantée permettant d’accéder à l’entrée principale. Le deuxième bâtiment, qui dispose d’un accès indépendant, abrite le centre de congrès et le restaurant. Le choix du traitement des façades a porté essentiellement sur le contraste créé par l’emploi à la fois du vitrage et du béton. Le vitrage (le verre structural) offrant le maximum de transparence et d’éclairage naturel, et le béton, qui porte une connotation contemporaine et moderne (double paroi). Sur la façade principale, située sur le prolongement de la rue Alain Savary, l’architecte a disposé un élément signalétique en forme d’Arche. Ce dernier sera édifié en charpente métallique qui sera couverte de végétation telle un mur végétal.

LE QUATRIEME PRIX Jallel Sakli et Sami Ateb, architectes Dans leur parti architectural les architectes se sont basés sur des principes d’économie d’énergie. Ils ont proposé un plan masse en forme de « H » créant un vide assimilé à un patio, clin d’œil à l’appellation historique de l’institution : « Dar El Ittihad ». A la tombée de la nuit celui-ci se remplit du bas vers le haut d’air frais qui peut rester en place toute la matinée ; d’où une économie sur la climatisation le matin. Il est également rehaussé d’une verrière métallique jouant le rôle d’une enveloppe protectrice qui permet de filtrer le soleil et offre un abri le jour des rassemblements syndicaux. Cette verrière métallique permet entre autres de protéger la façade vitrée du hall principal sur laquelle figure en sérigraphie le dessin de la façade de l’actuel siège de l’UGTT, autre rappel de l’histoire de l’institution. Par ailleurs les architectes ont proposé de planter la plupart des toitures terrasses. Outre son aspect esthétique et écologique, la végétalisation des toitures permet une rétention des eaux de pluies, l’amélioration de la qualité de l’air en l’humidifiant et en réduisant la température ainsi que la filtration des poussières et des polluants. Enfin, des capteurs solaires à cellules photovoltaïques seront installés sur le toit afin de participer à la production d’électricité pour l’éclairage des locaux.


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La future cite´ sportive olympique de Sfax S u r d e´ e´cc i s i o n p r e´ e´ss i d e n t i e l l e , l e M i n i s t e` e`rr e d e l  E q u i p e m e n t e t d e l  A m e´ e´n n a g e m e n t d u T e r r i t o i r e a l a n c e´ e´,, fin 2008, pour le compte du Ministe` e`rre de la Jeunesse, des Sports et de lEducation Physique un concours national de´ e´ttablissement du plan de cohe´ e´rrence du complexe sportif de Sfax. Le projet sera re´ e´a alise´ sur une parcelle de terrain denviron 41.2 hectares, situe´ e´e e sur la rocade n°11 coˆ oˆtte´ route de Gabes.

Le premier prix de ce concours a été attribué aux deux architectes Ghazi EL Mhiri et Riadh El Bahri qui se sont associés pour la réalisation du plan d’aménagement. La future cité sportive sera composée de trois stades un premier olympique (40.000 places), un deuxième destiné au rugby (500 spectateurs) et un troisième réservé à l’athlétisme (500 places) avec un bâtiment destiné à abriter un hôtel pour les athlètes. La cité comprendra aussi une piscine couverte (500 places), une salle omnisports avec une capacité de 6000 spectateurs et un compartiment administratif Un parcours de santé a été envisagé avec des terrains de sport destinés aux sports de masse toutes disciplines confondues, tout en tenant compte des commodités fonctionnelles ainsi que l’aménagement des aires de stationnement appropriées à ce genre d’infrastructures. Le principe général de ce plan d’aménagement a été élaboré suivant deux scénarios : Le premier scénario consistait à construire un stade avec trois terrains d’entraînement et un parking subdivisé en plusieurs compartiments : un premier pour VIP, un deuxième pour le public local, un troisième pour les journalistes, et enfin un dernier pour le public des visiteurs.



Les circuits ont été scindés de manière à clarifier et assurer la sécurité des personnes et surtout à la sortie du grand public. Une circulation véhiculaire assez dégagée et fluide a été prise en considération, tout en prévoyant la création d’une gare pour une future station de métro de la ville, et d’un pont qui va relier la route de Gabes à la cité olympique. Le deuxième scénario dépendra du montage financier et institutionnel, qui représente la deuxième tranche du projet. Le projet est en phase d’étude en attendant les prochaines échéances d’élaboration.



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E c o n o m i e d  e´ n e r g i e

Incitations a` la maiˆtrise de le´nergie dans le baˆtiment

quelles aides pour quels projets ? Pour la pe´ e´rriode 2008-2011, les investissements pre´ e´v vus en matie` e`rre de maiˆiˆttrise de le´ e´n nergie en Tunisie devraient av o is i n e r 1 m il l i ar d d e d i n a rs . C e m o n t a n t, j a m a is a t t ein t da ns l h is to ire d e c e s ec t eur tra d ui t l a cc e´ e´ll e´ e´rrat i on d e l a p o l i t i q u e t u n i s i e n n e e n l a m a t i e` e`rr e . D i f f e´ e´rr e n t s l e v i e r s f i n a n c i e r s o n t e´ e´tt e´ m i s e n p l a c e a f i n d  a i d e r l e s entreprises et les particuliers a` financer leurs projets. Voici un re´ e´ccapitulatif des mesures et actions en faveur de la maiˆiˆttrise de´ e´n nergie dans le secteur du baˆ aˆttiment. DE NOUVELLES DISPOSITIONS LÉGISLATIVES EN MATIÈRE DE MAÎTRISE DE L’ÉNERGIE Dans le cadre du Fonds National de Maîtrise de l’Energie, une nouvelle loi ainsi qu’un décret relatif à la maîtrise de l’énergie ont été promulgués par le Chef de l’Etat le 9 février 2009. La loi n°2009-7 oblige les entreprises industrielles grandes consommatrices d’énergie à se soumettre à la consultation préalable de l’ANME avant d’entamer la réalisation de leurs projets. Avec cette nouvelle loi, tout établissement ou groupe d’établissements industriels tertiaire ou agricole qui produit de l’électricité à partir d’énergies renouvelables ou qui s’équipe d’une installation de cogénération économe en énergie pour sa consommation propre, peut désormais ven-

dre ses excédents à la Steg. L’établissement bénéficie en outre du droit de transport de l’électricité ainsi produite par le réseau électrique national jusqu’à ses points de consommation. En complément à cette loi, le nouveau décret (n°2009-362) permet aux entreprises dont les actions ont pour objectifs l’utilisation rationnelle de l’énergie, le développement des énergies renouvelables et la substitution de l’énergie d’être subventionnées partiellement par l’ANME. Le décret fixe les taux et les montants de ces primes ainsi que les conditions et les modalités de leur octroi. On peut citer notamment la consultation préalable et l’audit énergétique (réalisé auprès d’un bureau d'études agréé par l'ANME), pris en charge à hauteur de 70 % (plafonné à 30000 dinars). L'ANME peut également aider l'entreprise à supporter les surcoûts d'efficacité énergétique dans la limite de 20% des frais d’investissements matériels et 70 % des investissements immatériels (ces taux étant plafonnés selon différentes conditions). Les investissements de cogénération peuvent quant à eux bénéficier d’une prime de 20% du coût de l’investissement engagé (plafond : 500 000 dinars) CONTRIBUTION DE LA STEG AU DÉVELOPPEMENT DE L’AUTOPRODUCTION D’ÉLECTRICITÉ ET DES ÉNERGIES RENOUVELABLES La Steg entreprend chaque année des mesures et des actions bien étudiées pour minimiser la consommation spécifique du parc national de production d’électricité et réduire les pertes du réseau électrique. Parmi ces actions on note le projet Toits Solaires qui vise l’installation, au cours de la période 2009-2010, 3000 kWc de toits solaires

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photovoltaïques sur 100 bâtiments Steg (500 kWc), 100 bâtiments publics (500 kWc) et 1000 logements résidentiels (2000 kWc). Pour la période 2011 - 2014, 10000 kWc de toits solaires photovoltaïques seront installés sur 5000 logements résidentiels. Quant à l’éolien, il verra sa part augmentée à 4.5% dans la production nationale d’électricité. L’ALME : PROGRAMME D’APPUI À LA LIGNE DE MAÎTRISE DE L’ENERGIE L’objectif de ce programme est de soutenir l’émergence et la concrétisation des projets de maîtrise d’énergie identifiés par des entreprises en complémentarité avec les outils, les mécanismes et les projets existants au sein de l’ANME. Dans ce contexte, l’Agence Française de Développement (AFD) a mis en place une ligne de crédit environnement pour un montant de 40 millions d’Euros. Cette ligne, ouverte auprès de 3 banques : la BIAT, la BT et l’UBCI, est destinée au financement de projets de dépollution et de maîtrise de l’énergie. Les projets éligibles à cette ligne de crédit sont : les Contrats Programmes d’efficacité énergétique des Entreprises Grosses Consommatrices d’Energie (EGCE), les projets de cogénération, les installations solaires collectives pour le chauffage de l’eau, les projets éoliens, les systèmes photovoltaïques raccordés au réseau réalisés par les entreprises. La Banque Mondiale est en cours de finalisation d’une autre ligne de crédit d’un montant de 50000 dollars qui devrait concerner la cogénération et l’efficacité énergétique dans l’industrie. Elle devrait être prochainement ouverte auprès de l’Amen Banque, la BH, la BT et la BFPME (Banque de Financement des PME  I.D.


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La climatisation au gaz ou au solaire Technique & Construction

une technique fiable et davenir La climatisation nest plus un confort, elle est devenue un besoin et une ne´ e´ccessite´ dont la demande ne cesse d  a c c r o i t r e . L a c l i m a t i s a t i o n p a r d e s u n i t e´ e´ss i n d i v i d u e l l e s  s p l i t s y s t e` e`m m e s  e s t p r e´ e´ss e n t e c h e z l a m a j o r i t e´ d e s me´ e´n nages avec un couˆ uˆtt dacquisition en baisse chaque anne´ e´e e. Avec une e´ e´v volution du parc des climatiseurs de 30% par an, la consommation en e´ e´llectricite´ ne cesse daugmenter. Aujourdhui, la climatisation fonctionnant au Gaz Naturel ou au solaire repre´ e´ssente une solution alternative aux actuels splits. Econome a` lusage, elle permet une re´ e´e elle maiˆiˆttrise de le´ e´n nergie et pre´ e´ssente un impact positif sur lenvironnement. Etat des lieux. La climatisation par absorption est une technique très ancienne, découverte par Saadi Carnot au 18ème siècle. Cette dernière utilise une machine à absorption qui utilise deux sources d’énergie : le gaz naturel ou l’énergie solaire. Le fonctionnement d'un groupe à absorption est très silencieux, ce qui permet de l'installer dans des locaux sensibles (centres culturels, hôpitaux, hôtels, commerces) où les nuisances sonores sont à proscrire. L'absence de vibrations de ces machines, due au très faible nombre de pièces mécaniques en mouvement, renforce leur fiabilité et leur longévité. En plus un groupe à absorption ne dégage aucun rejet polluant dont les effets sont néfastes sur l'environnement. La climatisation au gaz naturel a été introduite timidement sur le marché tunisien vers la fin des années 90. D’après M. Ali

Kanzari, directeur général de la société S.E.S (Solar Energy Systems), malgré le bas prix et la large disponibilité du gaz naturel en Tunisie, le nombre d’installations de ce type reste très faible jusqu’à aujourd’hui, vu que son coût d’acquisition est supérieur de 50% comparé aux technologies électriques. Cependant son avantage réside dans son coût d’exploitation, qui est inférieur de 40%. La climatisation par absorption au Gaz Naturel constitue une alternative adéquate pour soulager la courbe de charge de la STEG, par l’écrêtement de la pointe durant l’été. Un intérêt macro-économique pour la STEG réside dans la réduction de cette puissance, avec un rééchelonnement du programme d’équipement des centrales électriques et/ou TAG du parc de production de la STEG. De plus le Kwh gaz coûte 22 millimes contre 150 millimes pour le Kwh électrique, ce qui revient micro-économiquement moins cher à l’utilisateur. L’ANME projette d’instaurer des mesures incitatives pour le développement de la climatisation à absorption en Tunisie. Cette technique est utilisée sur près de 90% du territoire au Japon, qui représente le premier marché mondial de la climatisation au gaz. Les U.S.A sont le deuxième pays avec 85% de climatisation au gaz qui utilise la technologie par absorption.

Village Olympique Pékin 2008

Photo d’une machine à absorption fonctionnant depuis 1930

Exemples d’installation de cette technique en Tunisie : quatre machines à absorption ont été installées au centre de recherche et de développement du CITET (en 2005),

vingt six aux districts STEG Ezzahra, Menzah VI, Mannouba, Sousse-Nord, Hammamet et La Marsa, six au dispatching STEG El Omrane (en 2006). La climatisation solaire constitue une deuxième alternative pour abaisser la consommation d'électricité, tout en assurant la climatisation et le chauffage tant dans la période estivale qu'hivernale. Elle consiste à associer des capteurs solaires (capteurs plans haut rendement, tubes sous vides, cylindro-parabolique) à des machines à absorption pour produire le froid. Pour cette technique de climatisation, le rôle de l’architecte consiste à trouver la meilleure manière permettant d’intégrer les capteurs solaires sur une toiture de bâtiment tout en prenant en considération l’aspect général et l’esthétique de la construction. Les besoins de climatisation étant plus forts quand il y a de l'ensoleillement, ce concept de climatisation solaire donne d'excellents résultats économiques et écologiques. Deux premières tentatives d’installation de la climatisation solaire en Tunisie par la société S.E.S dans un centre d’énergie à Borj Cedria et une cave à vin à Grombalia. Si le faible volume de production de la climatisation solaire entraîne un coût encore élevé de cette technologie, aujourd’hui la demande de climatisation écologique est réelle et son avenir est très prometteur 

Ons SAKJI avec la collaboration de M.Ali KANZARI (SES)

Schéma de principe d’une machine à absorption solaire


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L  i n v i t e´ e

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Franc¸oise - He´le`ne JOURDA, architecte A u c o u r s d e s o n s e´ e´jj o u r a` T u n i s , o r g a n i s e´ p a r l  I n s t i t u t F r a n c¸c¸a a i s d e C o o p e´ e´rr a t i o n , e n p a r t e n a r i a t a v e c l  E c o l e d  A r c h i t e c t u r e e t d  U r b a n i s m e E N A U e t A r c h i b a t , F r a n c¸c¸o o i s e - H e´ e´ll e` e`n n e J o u r d a a d o n n e´ u n e c o n f e´ e´rr e n c e l e 25 avril 2009 a` lEnau portant sur  larchitecture renouvele´ e´e e et le de´ e´v veloppement durable . Critique vis-a` a`--vis de la primaute´ accorde´ e´e e a` lesthe´ e´ttique visuelle impose´ e´e e par la me´ e´d diatisation dune architecture formaliste, elle proˆ oˆn ne une architecture de la laideur. Formule, bien entendu, provocatrice qui te´ e´m moigne de sa de´ e´ttermination a` d e´ e´ff e n d r e s e s c o n v i c t i o n s p o u r u n e a r c h i t e c t u r e s e n s i b l e , d e´ e´d d i e´ e´e e a u b i e n - eˆ eˆtt r e e t a t t e n t i v e a` l a c o n s e r v a t i o n d e s r e s s o u r c e s p l a n e´ e´tt a i r e s . P o s t u r e q u i , s a n s p o u r a u t a n t n e´ e´g g l i g e r l a m o d a l i t e´ visuelle dans la perception, prend la mesure des autres sens et parvient a` produire une architecture de qualite´ pertinente dans lenvironnement dans lequel elle se situe. A` loccasion de cette confe´ e´rrence Franc¸c¸o oise He´ e´lle` e`n ne Jourda nous a fait le plaisir de nous accorder un entretien. Dès l’obtention de son diplôme, en 1979 à l’École d'architecture de Lyon, Françoise Hélène Jourda milite pour une architecture responsable et attentive aux nouvelles aspirations sociales. D’emblée, avec son associé Gilles Perraudin à Lyon, ils remportent un premier concours "Pour un habitat économe en énergie" qui leur permet de mettre en pratique leurs convictions. À Lyon ils réalisent l’École d'architecture en 1987 et la Cité scolaire internationale en 1989. Ces bâtiments sont construits selon le principe de la double peau. Les divers éléments du programme sont protégés sous une serre en verre de 13 000 m2 (72 m x 168 m) dont l’effet tampon réduit considérablement les déperditions énergétiques. Un microclimat tempéré de type méditerranéen est ainsi créé sous ce parallélépipède, et contrôlé toute l’année au moyen de dispositifs élémentaires comme la ventilation naturelle, les bassins avec brumisateurs, les voiles d’ombrage ;10 000 m2 de cellules photovoltaïques protègent la serre du rayonnement solaire direct et diminuent l’éblouissement. La simplicité du mode de construction adopté permet, de plus, une grande flexibilité de l’ensemble. Fervente activiste du développement durable Françoise Hélène Jourda se bat sur plusieurs fronts. Dans la pratique architecturale et urbaine elle exerce au sein aMusée du jardin botanique de Bordeaux

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de JAP (Jourda architectes Paris) et dirige une société de conseil en architecture et urbanisme (EO.CITE). Cette société a pour vocation d’accompagner les acteurs (maîtres d’ouvrage, élus, citoyens) dans la conduite d’un projet durable. Elle a enseigné à Lyon, à Oslo, à l’université du Minnesota, à l’École polytechnique de Londres, à l’université technique de Kassel, et occupe depuis 1999 la chaire d’architecture durable à la Technische Universität de Vienne Après huit années de recherches et d'études elle achève en 1999 le Centre de formation de Herne Sodingen (Westphalie). Ce bâtiment, aujourd’hui une référence en matière de développement durable, a contribué à sa notoriété en Allemagne et dans le monde. Elle construit actuellement à Saint-Denis le premier immeuble à énergie positive en France. Son travail a fait l’objet de plusieurs expositions en France, à Londres, Chicago, Rotterdam, Berlin et en 2005 à New York au MOMA

En octobre 2007, en préambule du « Grenelle de l’environnement » et à la demande du Ministre de l’écologie, du développement et de l’aménagement durables, M. Jean-Louis Borloo, elle a produit, un rapport sur la prise en compte du développement durable dans la construction en France. Elle a été honorée de nombreux titres en France, en Autriche et en Allemagne. Vous prônez une architecture « invisible » et pourtant vous accompagnez votre discours par une projection de bâtiments dont on ne voit que l’aspect extérieur. Le thème que je développe aujourd’hui est celui de la double enveloppe, j’ai donc montré des projets qui en comportent. Mais je n’ai pas présenté mes projets. Il aurait fallu consacrer une séance par projet si je devais parler des parcours, de l’aspect sensible et du reste. Comment surmontez-vous la difficulté de rendre compte de toutes les dimensions de cette architecture


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Hôpital privé Jean Mermoz (Lyon)

non plus seulement visuelle mais sensible? Dans le cadre de l’enseignement, par exemple, quels moyens, graphiques ou autres, proposez-vous à vos étudiants ? Je leur demande d’écrire un texte racontant le parcours vécu dans l’espace à projeter. La manipulation de maquettes est un moyen que je privilégie. La coupe aussi permet de visualiser l’intérieur. La mise en forme du projet est toujours mise en parallèle avec le texte initial. Par ailleurs en Autriche on dispose de beaucoup de moyens. Dans un laboratoire doté de cloisons et de planchers amovibles on peut tester à échelle réelle les espaces. Pour des raisons d’économie des ressources vous préconisez l’utilisation d’un minimum de matériaux. Que faîtes-vous de l’épaisseur qui contribue à déterminer les ambiances internes ? L’épaisseur de l’enveloppe ne correspond pas nécessairement à celle du matériau dont elle est constituée. On peut avoir besoin de l’inertie d’un matériau épais, propice au confort thermique. Ou tout simplement on peut avoir recours à l’épaisseur pour des raisons de structure. Les murs en maçonnerie de pierres ou de briques sont nécessairement épais. Dans d’autres cas il suffit de créer de l’épaisseur vide, avec des doubles peaux, pour son effet tampon  Propos recueillis par Alia SELLAMI BEN AYED, architecte

Académie Mont Cenis, Herne Sodingen, Allemagne Réhabilitation de la Halle Pajol et création d'un jardin public, avec éo.cité et In Situ paysagistes


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Lagglome´ration

AILLEURS

Parisienne

mise en chantier

Par Ine`s DIMASSI KHIRI, architecte L e G r a n d P a r i s e s t l e n o u v e a u c h a n t i e r n a t i o n a l m i s e n p l a c e p a r v o l o n t e´ p r e´ e´ss i d e n t i e l l e . P l u s q u  u n concours dide´ e´e es, la consultation internationale sur Le Grand Paris est identifie´ e´e e comme le dispositif dune recherche collective dynamique permettant de penser le processus de croissance me´ e´ttropolitaine de lagglome´ e´rration parisienne. Parmi les ambitions de cette action il y a la volonte´ de re´ e´n nover Paris et de le rattacher a` lagglome´ e´rration. Il e´ e´ttait temps que la capitale prenne conscience de sa banlieue et se donne les moyens de valoriser le territoire de son agglome´ e´rration. Le Grand Paris repre´s e´sente 11 millions dhabitants mais les territoires  au-dela` du pe´ e´rriphe´ e´rrique  ont e´ e´tte´ longtemps exclus dune re´ e´fflexion commune avec la capitale. Plus que tout, Paris doit changer de regard sur sa pe´ e´rriphe´ e´rrie, inte´ e´g grer d es proble´ e´m matiques nouvelles et vivre une e´ e´cchelle d if fe´ e´rrente qui lui permette d e cre´ e´e er une cohe´ e´ssion des territoires et des habitants. La consultation internationale sur le Grand Paris fut loccasion de repenser enfin les limites de lagglome´ e´rration et de profiter de la puissance et du potentiel dun territoire a` ge´ e´o ographie mixte. La consultation internationale de recherche et de de´veloppement sur  Le grand pari de lagglome´ration parisienne  a fait le choix de solliciter les compe´tences de dix e´quipes pluridisciplinaires pour que la situation spe´cifique de lagglome´ration parisienne puisse eˆtre e´tudie´e dans le contexte de´volution des grandes me´tropoles mondiales. Cest ainsi que la proble´matique ge´ne´rale de cette consultation a identifie´ deux chantiers de recherche devant aboutir a` une pense´e territoriale de la me´tropole du post Kyoto et a` lavenir de lagglome´ration parisienne en particulier. Six e´quipes franc¸aises ont e´te´ retenues lAUC mene´ par Djamel Klouche, le groupe Descartes mene´ par Yves Lion, latelier Portzamparc, lagence Castro Denissof Casi, latelier Grumbach et associe´s et les ateliers Jean Nouvel , aux coˆte´s de quatre e´trange`res : les Italiens de Studio 08, le´quipe hollandaise de MVRDV, les Allemands avec Finn Geipel et les Britanniques de Rogers and Partners. La future ville du XXIe`me sie`cle sera donc marque´e par des influences europe´ennes, uniquement. Ce projet est conside´re´ comme le plus ambitieux depuis que le baron Haussmann a re´volutionne´ la ville au milieu du 19e`me sie`cle, en la dotant de larges boulevards et de la ce´le`bre avenue des Champs-Elyse´es. Tous les projets, plus ou moins techniques, aboutis ou poe´tiques, traitent de domaines sensibles : le remodelage de la  banlieue , re´duire les e´missions de polluants, et par conse´quent limiter la voiture en ville ; ils doivent aussi repenser tout le syste`me de transport en commun et lemplacement des ae´roports. Les enjeux e´conomiques sont grands et certains architectes vont loin dans leurs conclusions. Le´quipe Rogers, tout particulie`rement implique´e dans la re´duction des de´penses e´nerge´tiques, soriente presque vers une disparition de la voiture. La re´novation urbaine implique aussi la prise en compte des proble`mes sociaux 98 - 99

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et ne´cessite de lourdes de´penses pour solutionner les proble`mes. Si pour Djamel Klouche, du groupe AUC, cette transformation est  une question de survie , les qualificatifs ne manquent pas pour de´finir ce que doit eˆtre le Grand Paris du XXIe`me sie`cle. Chaque e´quipe y est alle´e de sa vision du Paris ide´al :  ville rhizome  de Portzamparc,  ville fuseau  de Lion,  armatures me´tropolitaines  de Rogers,  ville territoire  de Grumbach. Les images me´taphoriques ne sont pas en reste non plus. Selon les e´quipes, Paris doit eˆtre construit selon le mode`le de le´ponge, du rhizome, dun foulard Herme`s. Chaque e´quipe avait une totale liberte´ dinvention, aux re´alite´s de la capitale pre`s. Les architectes se sont donc rencontre´s sur de nombreux points. La conciliation des diffe´rentes e´chelles dintervention apparaiˆt comme lune des proble´matiques re´currentes. La logique de lintensification rompt avec celle de la densification. Lapproche exclusivement foncie`re du logement se voit fortement concurrence´e par un nouvel art dhabiter, tirant parti de lexistant, domestiquant la nature ou re´habilitant les formes urbaines les plus de´crie´es, comme le tissu pavillonnaire. Les pre´occupations e´cologiques ont e´te´ primordiales et ont mene´ a` des projets souvent tre`s ambitieux. Certains, comme le´quipe AUC, tablent sur le de´veloppement des technologies permettant de garder un confort individuel avec la ge´ne´ralisation des voitures e´lectriques ; la` ou` Stephen Barret de lagence Rogers pre´fe`re en finir avec les modes de transport individuel qui consomment trop despaces physiques dans la ville meˆme hors fonctionnement. Les e´quipes ont pense´ lagglome´ration dans sa totalite´ jusqua` le´chelle du de´tail, prenant en compte des proble´matiques concre`tes quils ont expe´rimente´es empiriquement sur le terrain. De leurs sensibilite´s


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particulie`res sont ne´es tout un panel de solutions aux proble`mes du Grand Paris. Pour aucun architecte, il nest question de faire tabula rasa mais le diagnostic a e´te´ suivi dune re´elle volonte´ de changement. On peut finalement se´tonner du re´alisme des e´quipes meˆme si leurs projets sont aure´ole´s dun certain ide´a-

lisme. Les utopies du sie`cle dernier qui fantasmaient une nouvelle manie`re de vivre le futur ont laisse´ place a` un plus grand pragmatisme. Les dix e´quipes doivent faire face a` de nouvelles proble´matiques comme le´cologie et la mobilite´ qui demandent des re´ponses concre`tes. La tentation de repartir a`

ze´ro na e´te´ que peu suivie, meˆme durant la premie`re phase de consultation de la me´tropole de lapre`s-Kyoto qui laissait libre cours a` limagination. Beaucoup ont ancre´ leur ville mode`le dans un territoire de´ja` baˆti et ont de´veloppe´ des pistes de re´flexions qui prennent place dans un tissu urbain dense.

LES DIX PROPOSITIONS Antoine Grumbach Le projet dAntoine Grumbach pour le Grand Paris entend e´tendre le territoire de lagglome´ration parisienne jusquau Havre en passant par Rouen. Les trois villes ainsi re´unies deviendraient la nouvelle force e´conomique de lEurope donnant a` la capitale un acce`s direct a` la mer. De nouvelles plateformes logistiques existeraient au nord de Paris faisant revivre les ports, le fleuve devenant la nouvelle identite´ du Grand Paris.

Atelier Descartes Yves Lion a appuye´ sa re´flexion sur quatre axes tre`s concrets : la gouvernance, lhabitat, les transports et le re´chauffement climatique. Sont ainsi propose´s : la cre´ation de vingt villes composant lensemble de lagglome´ration parisienne; lagrandissement des surfaces des logements sociaux de 20mC¸. Les transports sont aussi une des pre´occupations majeure de le´quipe qui de´sire cre´er des connections intermodales entre les re´seaux ferre´s et routiers, et favoriser la cre´ation dun boulevard urbain a` vitesse mode´re´e qui permettrait de relier des banlieues et de construire des logements alentour, favorisant ainsi la re´duction du temps de transport

Studio 09 Le Groupe 09, des italiens Bernardo Secchi et Paola Vigano dessine une ville poreuse organise´e selon limage de le´ponge laissant filtrer les flux sans congestion. Ils re´organisent lespace en analysant les modes doccupation du sol et restent pragmatiques en de´finissant comme priorite´ la re´novation et lame´lioration du baˆti existant. Tre`s attentive a` la

ge´ographie, notamment au re´seau hydraulique et a` ses modifications, le´quipe anticipe les risques dinondation, conside´re´s comme une entrave a` laccessibilite´, et propose des strate´gies afin de les e´viter. Cette me´thode douce engendre parfois des solutions dures comme le passage des lignes TGV sous Paris : le re´seau se trouve ainsi fluidifie´ au maximum.

Christian de Portzamparc Christian de Portzamparc veut lui aussi en finir avec le mode`le radioconcentrique de Paris. Il sattache a` de´velopper les re´seaux capillaires de dessertes au-dessus ou au-dessous des voies express, de manie`re a` les revivifier et a` promouvoir de meilleures articulations entre les deux syste`mes. Refusant tout polycentrisme, ses propositions tendent a` e´laborer un tissu plus actif et plus fluide, selon le mode`le du rhizome the´orise´ par Gilles Deleuze et Fe´lix Guattari. Ses structures rhizomatiques se rassemblent en archipel et se refusent re´solument a` toute forme de centralite´ afin de dessiner une ville sans limites.


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Avant / Après : transformations d’un immeuble de logements sociaux selon les principes de l’architecture durable : création de loggias, balcons urbains…

Jean Nouvel Jean Nouvel a de´cide´ de mener ses re´flexions en fonction du baˆti pre´existant et den tirer les points positifs pour sappuyer ensuite sur les identite´s fortes qui composent le Grand Paris. Nouvel invoque un urbanisme despaces publics et de contre-jour, de terrasses urbaines plante´es et de tours transparentes et colore´es. De nouvelles normes permettraient dinstituer les de´placements comme la matie`re premie`re de la ville, de supprimer le zoning et de donner la possibilite´ aux occupants de de´terminer eux-meˆmes lusage des lieux, de cre´er une e´co-ville verticale.

MVRDV Selon Winy Maas, le Grand Paris ide´al devrait eˆtre  le plus petit possible , le but e´tant de limiter lextension pour se concentrer sur une densification saine de la ville. Le futur Grand Paris a e´te´ appre´hende´ comme la ville du  plus , il ambitionne une agglome´ration plus e´cologique, plus sociale, plus connecte´e et surtout plus optimiste. Lagence veut responsabiliser les citoyens et a imagine´ un outil de mode´lisation de la ville, le  city plus maker  qui permettrait de comprendre et doptimiser le territoire selon certains crite`res  ide´aux .

Djamel Klouche Le´quipe la plus jeune est lAUC, conduite par Djamel Klouche. Conside´rant que  90% des actions seront mene´es dans la me´tropole he´rite´e, ils de´cident de prendre la me´tropole pour ce quelle est, avec ses pavillons et ses grands ensembles, mais sinspirent de Tokyo pour imaginer de multiples re´seaux et laisser la ville vivre ses pulsions invisibles. Un des buts de lagence est le de´senclavement des banlieues, ils cherchent a` faire repenser lagglome´ration parisienne a` partir de sa pe´riphe´rie vers le centre, jouant sur un remaillage des villes qui sappuierait sur une re´organisation des transports.

Finn Geipel Lagence allemande de Finn Geipel part de lide´e que ce qui est conside´re´ comme laid peut devenir beau ou de´sirable… Les espaces en friche et les espaces de´laisse´s sont regarde´s avec bienveillance. La solution envisage´e par lagence serait la cre´ation de  la me´tropole douce , cest-a`-dire une ville qui a pris conscience de ses limites, qui endigue le phe´nome`ne dexpansion incontroˆle´e et ne puise plus dans ses ressources. Les oppositions entre le centre et la pe´riphe´rie doivent eˆtre de´passe´es au profit de notions dintensite´ et didentite´ et valoriserait la relation entre les densite´s urbaines et paysage`res.

Survol de Paris avec toutes les interventions possibles. La somme des interventions correspond à 350% du programme requis. Dans le cercle bleu se retrouve la zone d’intensification nécessaire aux besoins du nouveau programme jusqu’en 2030, le tout résultant en une ville plus compacte : « Pari(s) Plus petit ».

Prototype de transformation. Exemple de l’autoroute du Soleil. Les infrastructures existantes seront complétées par des lignes de bus BRT. Un système de micromobilité individuelle et semi-collective relie la ville légère à des couloirs de mobilité à grande échelle.

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Rogers Stirck Harbour & partners Le´quipe de Rogers est sans doute la plus pre´occupe´e par les proble`mes environnementaux. Paris posse`de un tel potentiel e´nerge´tique quils veulent valoriser et cherchent a` redonner du sens aux territoires laisse´s vacants ou mal utilise´s dans le but de rendre lespace urbain aux pie´tons et dendiguer lexpansion horizontale incontroˆle´e de la ville. Forts de leur expe´rience londonienne, lagence veut utiliser lurbanisme comme un outil vecteur de linclusion sociale et cre´er une agglome´ration durable dense, et dont les diffe´rents centres seraient interconnecte´s a` la manie`re des constellations.

Roland Castro Roland Castro sest implique´ depuis longtemps dans le remodelage urbain et spe´cialement celui de Paris et de ses banlieues. Larchitecte sappuie sur son travail ante´rieur pour de´montrer quil peut re´duire les zones de non-droit en de´coupant et en modelant les pleins recouverts de loggias et de jardins dhiver , en resserrant et en plantant les vides afin quils retrouvent une certaine pre´ciosite´. Lide´e despace public qui permet a` tout occupant dacce´der dans les faits au statut de citoyen, se retrouve a` toutes les e´chelles de cette proposition. Re´partir les centres, les mettre en re´seau, cre´er des parcours poe´tiques sappuyant sur les fleuves, re´introduire du symbolisme dans la ville pour redonner du sens aux monuments et a` la ville contribuera a` cre´er la nouvelle e´chelle du Grand Paris selon Castro.

Transformer les zones parc en lieux habités : le parc Coureneuve en Central Park.

Une interrogation demeure encore : comment le re´sultat de la consultation va-t-il eˆtre concre´tise´ et qui va choisir de re´aliser un tel projet ? Les e´quipes ont pense´ Paris a` une autre e´chelle et de manie`re globale pour redonner de la cohe´rence a` un territoire morcele´ et fortement hie´rarchise´. Il y a donc un grand risque a` voir des projets de´nature´s par une attitude qui consisterait a` picorer des projets emble´matiques de diffe´rents architectes pour les mixer avec dautres. Lide´e disotropie, par exemple, nest pas soluble dans celle du rhizome, qui soppose elle-meˆme totalement au polycentrisme : toutes induisent des strate´gies diffe´rentes 

I.D.K.


A r t s e t d e´ c o

© Nicolas Fauqué www.imagesdetunisie.com

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Esthe´tisme et fonctionnalite´ Par Alia BEL HAJ HAMOUDA CHERIF, architecte L  e´ e´ll e´ e´g g a n c e e t l a s i m p l i c i t e´ d e s v o l u m e s d e l a f a c¸c¸a a d e a n n o n c e n t , d  o r e s e t d e´ e´jj a` a`,, l e c a r a c t e` e`rr e e´ e´p p u r e´ q u i c a r a c t e´ e´rr i s e c e t t e m a i s o n i m a g i n e´ e´e e par larchitecte Karim Ben Amor Portrait paru dans Archibat n° 12- juin 2006 , situe´ e´e e dans le quartier re´ e´ssidentiel du Lac I.


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Une fois à l’intérieur, le minimalisme dans le choix des matériaux et des couleurs, la pureté des lignes et la sobriété du mobilier confortent les impressions suscitées depuis le début. Conçue dans une géométrie rationnelle, avec des formes simples, cette maison traduit le désir de l’architecte d’exprimer une modernité sereine. L’intérieur a également été conçu par l’architecte, depuis le volume cubique de la cheminée, jusqu’aux dessins des lignes des salles de bains et le choix des revêtements; exprimant le même esprit minimaliste et harmonieux que l’on retrouve dans le plan. L’ensemble des pièces de jour de la maison, le salon/salle à manger et le séjour/bibliothèque, s’articulent autour d’un jardin intérieur rectangulaire laissant pénétrer une lumière filtrée par les feuillages des palmiers et permettant de créer un microclimat à l’intérieur des espaces de séjour.

Le jardin intérieur, ouvert sur ses quatre côtés, offre une fluidité et une lisibilité spatiales suggérant un plan ouvert. Cependant, cette ouverture peut, au besoin, être ponctuée par le jeu des parois coulissantes. Offrant le choix aux propriétaires de retrouver une intimité désirée. Le grand salon/salle à manger, conçu en double hauteur, s’ouvre complètement sur le

jardin arrière aménagé grâce à de larges baies vitrées. L’architecte a tenu spécialement à ne pas poser de fer forgé afin d’accentuer l’effet de transparence et de prolongement avec l’extérieur. Le plan de cette maison s’adapte ainsi à la double exigence de ses usagers qui privilégient une conception plutôt introvertie en hiver, orientée vers le jardin intérieur.

Plan Rez de jardin Plan RDC


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Par contre, dès l’apparition des saisons plus douces, durant lesquelles les propriétaires vivent pratiquement dehors, les ouvertures des espaces de séjour et de la cuisine permettent la continuité entre l’intérieur et la terrasse-jardin-piscine, facilitant le service et la circulation entre ces espaces, qui deviennent en fin de compte un lieu de vie commun. C’est ainsi que s’exprime une double dualité ouvert /fermé - introverti/extraverti rendant le plan modulable, adaptable et rythmé aux besoins changeants des propriétaires. Cette maison est, par conséquent, une synthèse harmonieuse entre esthétisme et fonctionnalité ; conciliant, d’une part, des préoccupations d’ordre esthétique, et d’autre part, des contraintes de fonctionnalité qui restent intimement liées au confort et à la qualité de vie des heureux occupants : les parents de l’architecte 

A.B.H.H


© Halim Karabibène

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Halim

Karabibe`ne

Lorsque le re´el surgit du surre´el

A r t s e t d e´ c o

Par Olfa BELHASSINE, journaliste Entoure´ da sa tribu de chats, le plasticien Halim Karabibe` e`n ne nous a rec¸c¸u us dans le bric- a` a`-- brac de son atelier a` la Marsa. Devant le monde fantastique et intriguant de cet artiste prolifique on ne sait quelle attitude prendre : sinquie´ e´tter ou sourire.

1982-1993. De ses années parisiennes d’études, de travail et de déambulations dans les musées, Halim Karabibène se souvient avec bonheur.Tout le monde ne le sait peut être pas : Halim est architecte de formation (Ecole Paris-La Villette). « L’architecture est une formation polyvalente. Elle m’a ouvert des perspectives sur la photo, le dessin, la scénographie, la philosophie.

peinture. Il faut dire que c’est une habitude chez moi, je prends tout mon temps... ». Halim Karabibène révèle enfin au public le foisonnement de son monde onirique lors d’une exposition à la galerie Air Libre, en 1997. Une expo comme un pavé dans la mare. La reconnaissance est quasi immédiate. De nouveau, séjour à Paris, à la Cité Internationale des Arts. Il y renoue avec son copain de toujours, le cinéaste Jalel Eddine Essaadi, qui lui commande le story-board de son long métrage, Khorma. Un travail qui conjugue dans un équilibre parfait cinéma et dessin. Mais finalement tout ce qu’il aime, tout ce qu’il porte comme expériences artistiques se reflète dans son œuvre. Il retient de l’architecture la discipline et le sens de l’espace, du cinéma, le goût du cadre et la technique du champ et du contrechamp, de la photo l’art de la lumière.A bien regarder les catalogues de ses expositions, une constante revient dans beaucoup de ses tableaux, ces deux bandes foncées, géométriques, diagonales qui cachent un arrière-plan. Serait-ce le rideau d’un théâtre ? L’artiste confirme d’un brin de sourire : « J’ai grandi dans les coulisses, parmi les acteurs. Mon père, poète à ses heures, dirigeait la Troupe de la Renaissance théâtrale de Bizerte ». DÉTOURNEMENT DE RÉFÉRENCES

Mais dans la pratique, le métier s’est révélé bourré de contraintes en tous genres. C’est surtout un boulot chronophage, impossible de faire autre chose à côté », se souvient-il. Sa voie, probablement il commence à l’entrevoir dans la ville des lumières. Déjà étudiant, il fréquentait assidûment les ateliers de dessin de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux- Arts de Paris. A aucun moment, il ne se départait de son petit carnet de croquis. Rentré à Tunis, « C’est là où se trouvent mes énergies et mes vibrations », affirme l’artiste, il renoue avec une autre passion, le cinéma. Et réalise un court-métrage, « Image I », qui ressuscite l’histoire de sa ville natale Bizerte et son projet colonial à travers le regard d’un enfant. Il rafle en 1995 le Faucon d’Or et le premier Prix National du festival International du Cinéma Amateur de Kélibia. « A 35 ans, et après avoir testé plusieurs voies, je me suis dit, l’heure a maintenant sonné pour organiser ma première exposition de

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Sans complexe aucun il cite ses sources d’inspiration plastique, très diverses. Elles vont de Marc Chagall, à Jérôme Bosch et de Gouider Triki à Néjib Belkhodja, son grand ami disparu. Elles puisent aussi dans l’iconographie populaire de la peinture sous-verre et dans celle presque surréaliste des mosaïques romaines qu’il n’arrête pas d’admirer des journées entières au musée du Bardo. « Et dire que ces fauves, lions et ours en liberté, ces fêtes en l’honneur de Bacchus, cette flore luxuriante... c’était aussi ça la Tunisie », souligne-t-il. Toutes ces images s’imbriqueront les unes dans les autres pour donner des compositions fascinantes aux détails surprenants parfois énigmatiques. Ses tableaux foisonnent de personnages volants, de têtes masquées à la chéchia rouge pourpre et de créatures fantasmagoriques mi -hommes- mi- poissons, de bouraks (chevaux ailés) aux formes féminines, de femmes démembrées, de felouques phéniciennes à la tête de chats...Le peintre s’amuse à détourner nos références les plus sûres, nos mythologies les plus ancrées. De ses paysages chaotiques, apocalyptiques nous retiendrons des constantes, le lit, le fauteuil, toujours le même, (il appartenait à sa mère), la bouteille de vin, la table ronde, (l’univers de son atelier) le tout baignant


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1962 : 1997 : 1999 : 2000 : 2001 : 2002 : 2005 : 2008 : 2009 :

dans une lumière traitée à la manière des peintres classiques, dans des ambiances nuageuses et dans des horizons marins. Halim est né à proximité du vieux port. Il partage son temps entre Bizerte et la Marsa, où il travaille dans des ateliers bercés par les échos des vagues et les images des pêcheurs, des barques et des mouettes de la Méditerranée. Le moi et le nous s’entremêlent, le conscient et l’inconscient aussi d’ailleurs, ajoutant une dimension psychique à la réalité, donnant aux plans successifs des tableaux encore plus de profondeur. Une polyphonie sensuelle et éclatante de couleurs vives surgit alors pour apporter une touche de légèreté à des propos sérieux, le péril de jeunes clandestins, le 11 septembre, Bagdad sous les bombes... Toujours armé du même réalisme fantastique, Halim Karabibène a participé respectivement il y a deux ans et l’année passée aux hommages rendus à feu Faouzi Chtioui et à feu Abdelaziz Gorgi. En militant convaincu de la nécessité de créer aujourd’hui un Musée National d’Art Moderne et Contemporain, un projet qui semble abandonné par les décideurs, l’artiste a structuré toute une série d’actions autour de ce thème militant : création d’une carte postale accompagnée d’une lettre à Chtioui, conception d’affiches et d’invitations sur une chimérique rétrospective Gorgi qui se déroulerait au MNAMC en 2069, lancement d’un groupe sur Facebook. Il continue à maintenir la pression et à rappeler dans la dérision et à chaque rassemblement de plasticiens cette priorité. Sur un ton affligé, Halim persiste et signe : « Chez nous l’artiste meurt deux fois. Il disparaît physiquement. Du coup, à défaut d’un musée, ses œuvres s’oublient aussi.Triste sort ». Et sa prochaine exposition à lui ? Retour à la bonne humeur, aux jeux de mots et à l’esprit, marques de fabrique de cet artiste qui travaille comme il respire. Il ne révèle rien : « Tous les médias y seront présents. Une promesse, ça va être complètement fou ! » 

O.B.

Repe`e`rres Naissance a` Bizerte Premie`re exposition :  Ville, Atelier, Nuit , Galerie Air Libre, El Te´atro Exposition  Nuit , Galerie El Marsa Prix National de la Cre´ation du Ministe`re de la Culture. Exposition Galerie loeil du Huit, Paris. Et les Cahiers de la Peinture, Paris Exposition  Re´trospective , Galerie Regard Sud, Lyon Exposition  Oniriades , Galerie El Marsa Exposition dune installation multime´dia a` la biennale de Pontevedra, en Espagne, sur le the`me de  Sans Frontie`res  Plusieurs de ses oeuvres sont achete´es par des collectionneurs lors de la Foire dArt Contemporain de Dubai¨


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Mohamed

Ben Soltane

Le photographe qui peint Par Olfa BELHASSINE, journaliste Les arts plastiques lui ont appris a` voir. Le regard de Mohamed Ben Soltane sur les murs de la ville et les cliche´ e´ss q u  i l n  a r r eˆ eˆtt e p a s d e p r e n d r e d e p u i s q u a t r e a n s f o n t r e´ e´v v e´ e´ll e r a u x s p e c t a t e u r s d e s i m a g e s s u r p r e n a n t e s e t ine´ e´d dites. Sen de´ e´g gagent des tre´ e´ssors dhumour et de fraiˆiˆccheur. Changer de cap n’effraie nullement ce jeune homme au regard timide, à l’allure sérieuse et au calme olympien.Après des études de gestion, il vire à tous vents et s’inscrit à l’Institut Supérieur des Beaux- Arts de Tunis dont il sortira diplômé en 2004, (il est actuellement doctorant dans la même institution). Débute alors une aventure artistique intéressante et qui a le mérite de ne point laisser le public tunisien indifférent. Cela ressemble à une gageure, lorsqu’on choisit comme Mohamed Ben Soltane une démarche d’artiste contemporain.

depuis quatre années. Dans « Les murs de Tunis parlent », « Tunis sex’prime », « Intramuros », Mohamed Ben Soltane se mue, au gré de ses randonnées quotidiennes, en quasi sociologue de nos désirs les plus refoulés. Ses clichés donnent la mesure de l’humour, de la tendresse, de la violence et de l’érotisme se cachant derrière tous ces graffitis, ces peintures, ces gribouillis et ces inscriptions murales qui envahissent nos bancs publics, nos stations de métro, nos rues et nos quartiers. Un art éphémère qui s’effacera dès l’arrivée des premières pluies. Dans Intramuros, exposition organisée au mois de septembre dernier à la galerie Ikoo, à Carthage, l’artiste a capté une série de portraits tracés par des passants du sans souci, des esquisses qui valent les œuvres des plus talentueux des bédéistes et des dessinateurs.Tunis foisonne d’artistes underground, anonymes qui ont trouvé sur les murs de la ville des cimaises à l’écoute de leur créativité... « Joseph Beuys affirmait déjà que : « Tout le monde est artiste », se plait-il à répéter. D’ailleurs lui même n’hésite pas à exposer dans des lieux inattendus, à deux reprises au restaurant Le Golfe, à la Marsa où, dit-il, le public qui s’est le plus passionné pour ses photos est celui- là formé par le personnel de l’établissement, dans une faculté, dans une librairie... Mohamed Ben Soltane prend des photos comme s’il peignait. La technique semble en tout cas toujours la même : du tirage numérique laminé sur bois. L’empreinte de Tapiès est très forte à travers ses œuvres. Mais aussi celle de Brassai. Notamment lorsque de deux trous dans le mur, de quelques taches de peinture et des traces d’affiches mal décollées, l’artiste fait émerger, par la force de sa sensibilité mais aussi de son point de vue, un visage, une silhouette, un protagoniste.

Une des lignes directrices de son travail consiste à se positionner en tant que médiateur vis-à-vis du spectateur en essayant de lui révéler une foultitude d’images, de formes, de signes et d’objets inondant son champ visuel quotidien mais qu’il n’arrive pas à voir faute d’un regard plastique sur les choses. Sur la vie... Déjà depuis son projet de fin d’études Mohamed commence, comme il le dit lui-même,« à faire de l’art avec ce qu’[il] récupère dans la rue ». Il ramasse la porte d’une voiture aplatie par un trax, un frigidaire rouillé, le bout d’une vieille machine abandonnée...qu’il cadre tout simplement après y avoir introduit des interventions légères. Le hasard des choses, la patine du temps, l’effet du soleil et de la pluie le comblent. Le fascinent. LA RUE COMME CHAMP VISUEL ET ARTISTIQUE Nourri de cette tranche d’histoire de l’art qui va de l’art brut à l’art abstrait, au mouvement moderne des années 60 et 70, il s’embarque dans le projet de photographier les murs de Tunis, qui se poursuit

« Sur ce travail là, que j’ai conçu par séries, les voitures, les inscriptions murales, les portraits, j’interviens uniquement sur la lumière, pour régler ses contrastes notamment ». Mohamed expérimente actuellement les techniques de la vidéo et de l’installation pour sa prochaine exposition personnelle à la galerie Kanvas, à la Soukra en novembre 2009. Il veut animer ces images et ces personnages à l’origine figés sur des surfaces plates afin d’imaginer une suite à des histoires et de donner vie et expression à des ombres. Un projet ludique,imbibé d’une belle fantaisie. C’est surtout un fabuleux besoin de partage qui stimule et agite Mohamed Ben Soltane : « L’art conceptuel ne m’intéresse pas. J’aime qu’un travail ait un sens, qu’il interpelle et bouscule. Grande a été ma satisfaction lorsque parmi les visiteurs de l’exposition « Tunis sex’prime » à El Teatro, certains sont venus me signaler des graffitis qu’ils ont remarqués au détour d’une rue » I L’artiste a touché juste...


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Prix et expositions Mohamed Ben Soltane, 32 ans, a e´te´ prime´ pour le projet : Mains  au concours de photographie ATB Challenge, en 2006. Il a gagne´ pour la Tunisie au concours Sguardi Incrociati  17 photographes me´diterrane´ens, un gagnant par pays. Le laure´at, dans ce cas, se voit offrir une exposition itine´rante en Me´diterrane´e et un se´jour a` Rome novembre 2006. En octobre de lanne´e 2007, il a e´te´ se´lectionne´ a` lexposition Mediterraneas  au Centre dArt Contemporain de Lleida, Espagne. Sa premie`re exposition individuelle sest de´roule´e a` la galerie Aire-Libre dEl Teatro en novembre 2007 et avait pour titre : Tunis Sexprime . Il a aussi participe´ a` lexposition Autres Approches  a` la Kanvas Art Gallery en Avril 2008 et a` celle sur le portrait tenue a` la galerie Ammar Farhat, a` Sidi Bou Sai¨d, en de´cembre 2008.


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Livres & Livraisons KAIROUAN, PHARE ÉTERNEL DE L’ISLAM

CARTAS DE LA GOLETA (LETTRES DE LA GOULETTE)

Texte : Mohamed Kerrou Photographe : Mohamed Sakli Edition :Apollonia 2009

Actes du colloque international “Les Morisques et la Tunisie” Edition :Ambassade d’Espagne à Tunis - 2009

C’est à une visite guidée dans l’espace de la médina de Kairouan que nous convie ce superbe livre d’art publié tout récemment par les Editions Apollonia. Le liminaire trace en quelques pages un tableau synthétique de l’histoire séculaire de Kairouan,l’ancienne capitale aghlabide. Le texte qui suit,intitulé « Le génie des lieux »,nous fait découvrir les coins et recoins de la médina de Kairouan, en les situant dans l’espace et dans le temps. Le lecteur se transforme en voyageur et déambule dans les souks couverts et ouverts, se rend au « Rbâ » où se vendent les tapis, visite le célèbre puits sacré dit « Barrouta », goûte au pain et au « makroudh » et part à la découverte des maisons et des monuments qui se distinguent par un style particulier d’architecture et d’urbanisme musulmans.Tout y est décrit : la monumentalité de la Grande mosquée en relation avec les mythes de fondation de la ville,les portes et les remparts qui se sont déplacés à travers l’histoire mouvementée de ce camp-garnison (« qayrawân » en persan),les quartiers et les faubourgs,les bédouins Zlass qui sont des acteurs sociaux intégrés dans le tissu urbain,l’art moderne inventé par Sidi Amor Abada,la zaouïa-mosquée du saint-patron de la ville qu’est Sidi Sahbi,le compagnon du Prophète.Enfin,la présence des femmes y est évoquée,non sans poésie,par les images et par le texte,dans le passé et dans le présent. En somme, Kairouan, phare éternel de l’islam est à la fois un « beau livre » et un guide éclairé de la ville sainte de l’islam maghrébin fondée en 670 et sacrée capitale de la culture islamique de l’année 2009.

LA PENSÉE EN ARCHITECTURE AU « RISQUE » DE L’ÉVÉN MENTIALITÉ Texte : Dorra Ismail - Edition : L’Harmattan - 2009 Cet ouvrage s'inscrit dans le prolongement d'une réflexion menée par Dorra Ismail, architecte enseignante à l’ENAU dans le cadre d'une thèse de Doctorat en architecture menée sous la direction de feu le Professeur Alain Rénier. Le concept de l'événementialité y est développé en tant que notion critique pour penser l'architecture. La réflexion a une double portée : révéler les modes constitutifs de l'événementialité et mettre en exergue la capacité de ce concept à rendre intelligible l'incompressible de la pensée, dans le champ de l'architecture à travers ses multiples figures et savoirs. Elle révèle, par ailleurs, que l'architecture ne se limite pas au clivage ou au dualisme théorie/ pratique. Les figures architecturales convoquées sont tantôt des prétextes, des moyens ou des occasions pour installer un débat sur et de l'architecture. Ainsi, le discours sur l'architecture se structure de manière autonome. Il est une méditation. Il se libère et libère la pensée de toute appartenance.

Les actes du colloque « Les Morisques et la Tunisie : expulsion, arrivée, impact et héritage », tenu à l’automne dernier à Beit El Hikma, viennent d’être publiés par la revue Lettres de La Goulette, revue culturelle éditée par l’ambassade d’Espagne avec la collaboration de l’office technique de coopération et l’institut Cervantès à Tunis. Les auteurs de cet ouvrage, ayant participé au colloque, sont d’éminents chercheurs venus d’Angleterre, de France, d’Espagne, d’Algérie et de la Tunisie et spécialistes de la question morisque. Dans leurs textes les auteurs retracent les moments forts du destin de plusieurs dizaines de milliers de personnes venues d’Espagne fuyant l’Inquisition pour s’installer en Tunisie. Ils dévoilent comment ce peuple a réussi à s’intégrer dans la société tunisienne et à s’y épanouir. Enfin, ils évoquent les traces et les influences de la présence de la culture et de l’architecture morisque en Tunisie.

L’ART DE BÂTIR AU JÉRID Etude d’une architecture vernaculaire du Sud tunisien Texte : Abdellatif Mrabet Réédition : Contraste Editions - 2009 Historien archéologue,Abdellatif Mrabet fait le point dans son ouvrage sur l’architecture vernaculaire du Sud tunisien. Son étude se focalise sur les quatre oasis importantes formant le Jérid, au sud-ouest de la Tunisie. Le Jérid antique connut l’emprise des puissances de l’époque et fut, tour à tour, romain, vandale et byzantin. Cet ouvrage retrace son histoire riche et épaisse et présente son architecture. Une architecture originale qui emploie des formes et des matériaux adaptés au milieu physique, naturel et spirituel. La démarche constante de concilier ces trois dimensions caractérise l’architecture jéridie : « La maison de l’homme du Jérid reflète sa vision du monde, ses croyances, ses goûts et ses penchants, et c’est en ce sens qu’elle est encore intéressante » déclare l’auteur.

L'HABITATION TUNISIENNE Texte : Victor Valensi Réimpression conforme à l’édition publiée en 1928 par Ch.MASSIN & Cie, Editeur :Alif les Editions de la Méditerranée - 2008 Plus qu’une série de planches photographiques représentant des morceaux choisis de l’architecture de l’habitation tunisienne, cet ouvrage est celui d’un architecte,Victor Valensi, qui situe son œuvre dans le prolongement d’une autre architecture, qui propose, à sa façon, une réponse à la question du lien entre tradition et modernité. L’habitation tunisienne semble être au cœur d’une actualité architecturale d’où la poésie tend à disparaître, la modernité importée, la pensée tronquée et la pratique mécanisée.

ARCHITECTURE = DURABLE 30 architectes, 30 projets en Ile-de-France - Pavillon de l'Arsenal (2008) Exposition Texte : Jacques Ferrier - Anne Hidalgo Édition : Picard, Paris - 2008 Réflexions sur les tendances de l'architecture du XXIe siècle face aux exigences de développement durable, sur les nouveaux matériaux, techniques et solutions esthétiques issus de la prise en compte du facteur environnemental, et sur les nouveaux liens entre architecture et société. L’ouvrage rassemble un panorama européen de 80 bâtiments illustrant une démarche environnementale et les contributions d’Alexander Tzonis (professeur de théorie de l'architecture et directeur du Design Knowledge System à l'Université de Delft), d’Alain Maugard (président du CSTB) et des architectes et ingénieurs Pascal Gontier, Raphaël Ménard et Franck Boutté, spécialistes des questions HQE.

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