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mensuel gratuit

#20 #12 janvier 2010

culture - sorties - société - tendances

Ce mois-ci il y aura un Beau Bizarre, un chanteur de folk ténébreux, un opéra baroque, des trains, une nuit savante et populaire, Marcel, son orchestre et quelques autres pitreries, Hocus Pocus Shakaponk, une pierre, un tyran (encore) Malcolm Lowry, des petites fugues Tchekhov en Argentine, un clown aux Enfers, Emanuel Gat, une SMAC, Bernard Plossu et la Franche-Comté, des formes à Chalon-sur-Saône, la Grèce


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cultures sorties société tendances

#20

janvier 2010 CHOSES VUES 4

La Pierre Chansons d’hiver Première pierre de la SMAC à Audincourt

Lévon Minassian (ABC) Schubertiades Glen Miller ? (Pyrprod) Jacques Dutronc ? (Losp)

THÉÂTRES 13 Inauguration de la Biennale Rhin-Rhône Résidence ABC Dijon MJC Palente ???

Le legs / Les acteurs de bonne foi (Chalon + Mâcon) L’éveil du printemps We Are l’Europe (Dole + TDB) Amphytrion ? (Granit)

MUSIQUES 8

DANSES 16

REPÉRAGES 6

SALONS 18 Normalu

OUVREZ LES YEUX 20

30 ans d’acquisition en art comtemporain (itw Anne Dary ?) Jacqueline Gueux au Granit ??

CHRONIQUES CD/LIVRES 23 critiques Baptiste

Art Danse Accords (Théâtre Espace) © Jean-Paul Brun

Après disparition (Contraste) (au TM + Allan !!!)

Le Grand C (Dole + Mâcon)

Le Festival du Livre de Belfort prend le train

Train et société

La Bibliothèque de Belfort nous montre le train sous ses différentes facettes, son avancée technique au fil des années, premiers rails, premières gares, l’aventure TGV, mais également scènes de la

‘‘Il est important de conserver un contact physique avec le livre’’ Etienne Butzbach, maire de Belfort

© Jean-Paul Brun

‘’Je suis réconcilié avec les chemins de fer ; c’est décidément très beau. C’est un mouvement magnifique et qu’il faut avoir senti pour s’en rendre compte’’. On pouvait lire ces mots de Victor Hugo sur les panneaux de l’exposition autour du train qui s’ouvrait le 3 octobre dernier à la Médiathèque de Belfort. Le mois du livre inclut comme chaque année le Festival du Livre, initié par la bibliothèque, et la Foire aux Livres, mise en place par Livres 90. Cette année le train a été choisi comme thème, manière pour la ville de Belfort de faire allusion à l’arrivée de la Ligne à Grande Vitesse en 2011 et à la Biennale de la Métropole Rhin-Rhône qui s’ouvrira en janvier prochain. Lors de l’exposition, plusieurs enfants contemplent un train en modèle réduit aller son petit chemin sur le rail. Il faut dire que le train a toujours su séduire, intriguer, captiver les hommes. Que l’on s’appelle Victor Hugo, que l’on soit scientifique, historien ou enfant, ce ‘’certain degré d’ivresse légère’’ dont parlait le romancier Aldous Huxley, induit par la vitesse et l’avancée en terre inconnue, est indéniable.

vie quotidienne, sur les quais, dans les compartiments à différentes périodes de notre histoire. Car le train évolue avec la société et l’on a du mal à savoir lequel influe sur l’autre. L’exposition belfortaine de la Biennale Rhin-Rhône, fin 2010, expliquera notamment comment les évolutions technologiques conditionnent les changements politiques et sociaux.

Train et littérature

Le premier étage de la bibliothèque explique en outre combien le train a été influent dans la littérature au début du XXe siècle. On le retrouve dans les ro-

mans policiers et les récits d’aventure en France et en Angleterre, aux Etats-Unis, dans les romans historiques... L’adjoint à la culture Robert Belot raconte comment Louis Hachette, prenant exemple sur la gare de Londres, a l’idée d’implanter en 1851 des points de vente de livres dans les gares en France, inventant ainsi le livre de masse, petit format facilement transportable que l’on peut terminer à la faveur d’un voyage en train. Ainsi naissait l’ancêtre de nos bibliothèques Rose et Verte...

Culture et industrie

La Ville de Belfort clôturera donc la Biennale 2010 qui aura cheminé l’année

Diversions Journal d’information gratuit 12, rue des Vieilles Perrières 25000 Besançon 06 34 12 01 91 www.diversions-magazine.com diversions@orange.fr

Rédacteur en chef : Dominique Demangeot magazine.diversions@yahoo.fr

Editeur : SARL Diversions RCS : 508 184 934 Directeur de la publication : Boban Stanojevic 06 34 12 01 91 diversions@orange.fr

Comité de relecture : Dominique Demangeot, Caroline Vo Minh

Rédaction : Gilles Bloin, Sophie Chofant, Jean-Cyril Daenekyndt, Dominique Demangeot Bertrand Demornieux, Pascale Géraud, Arnaud Hury, Nicolas Keshvary, Clélie Lebrun Amandine Mannier, Hector Mann, Sébastien Marais, Raphaël Schmitt, Paul Sobrin Boban Stanojevic, Philippe Tournier, Marc Vincent

prochaine tout au long de la zone RhinRhône, reliant Le Creusot à Saint-Louis, traversant trois régions. Une Biennale où les deux symboles belfortains que sont d’une part le Lion et d’autre part le TGV construit par Alstom, seront dignement représentés. Cette clôture coïncidera avec la célébration du 130ème anniversaire de l’industrialisation de la ville. Et le maire Etienne Butzbach d’annoncer ce 3 octobre la décision historique prise en préfecture de région, d’étudier le contournement des Vosges pour faciliter la liaison Nancy Epinal Belfort. La nécessité de relier les hommes est toujours essentielle, que ce soit par le train, la route… ou par le livre et toute autre forme de culture. L’exposition à la Bibliothèque de Belfort mêlera d’ailleurs progrès technique et intellectuel. Le maire rappelle la nécessité de ne pas opposer les nouvelles technologies et le livre, se félicitant d’ailleurs de la politique du livre développée à Belfort qui se situe dans un projet ambitieux pour l’Aire urbaine : mêler manifestations grand public et offres artistiques plus exigeantes. Un critère non négligeable pour attirer les entreprises dans une ville. Culture et industrie ne sont pas nécessairement inconciliables. - La rédaction -

Festival du Livre de Belfort, 3 -31 octobre Foire aux Livres, 17 octobre-11 novembre Salon des auteurs locaux et régionaux, 7-9 novembre www.livres-90.fr - www.mairie-belfort.com Fin janvier : Inauguration de la Biennale Rhin-Rhône à Besançon - www.metropole-rhin-rhone.eu

Régie publicitaire : Boban Stanojevic - 06 34 12 01 91 - diversions@orange.fr Dépôt légal : janvier 2010 © Diversions 2009 Imprimé en Espagne ISSN : en cours valeur : 1,15 euros offert Diversions est diffusé gratuitement sur l’est de la Bourgogne, la Franche-Comté et l’Alsace Prochaine parution : 26 janvier 2010


Choses vues

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Sonorama Retour sur la première édition de Sonorama qui a investi la ville de Besançon en octobre dernier. Souvenirs, empreintes sonores fugaces ou persistantes, concerts et installations diverses ont rythmé la vie bisontine du 8 au 11 octobre derniers. Compte-rendu de ces quatre jours de son, forcément morcelé, fractal, subjectif. - Par Jean-Cyril Daenekyndt, Boban Stanojevic, Dominique Demangeot -

chemin tournent la tête, surpris par le brusque surgissement de sons venant du fameux square, lieu à part dans Besançon, petit écosystème en vase clos retiré du paysage urbain, aparte végétal en pleine ville. Déjà des sons inhabituels nous accrochent l’oreille et nous interrogent. Notre SDF sorti tout droit d’un roman de Dickens, longue barbe blanche et redingotte usée, est rejoint par un

Jeudi 8 octobre, premiers sons

Première image. Je passe la porte Rivotte et aperçois planté au milieu du Square un SDF connu des habitants du quartier. Il se trouve au milieu de l’installation de Brice Jeannin et Yvan Etienne, Vanishing Points, à la croisée de deux projecteurs posant au sol un rond de couleur pourpre. Les passants qui empruntent le

habitant du quartier Rivotte promenant son chien. Les deux hommes se lancent dans une discussion pour savoir d’où viennent les sons. Faut-il se mettre à l’intérieur du cercle lumineux pour les déclencher ? Peutêtre. Peut-être pas. Dès jeudi 11h, Sonorama nous interroge, crée du lien entre deux personnes en pleine rue. Ca commence bien. - Dominique Demangeot -

Les Nuits à la Friche

Acid Brass, place de la Révolution

Eric Van Osselaer et ses légumes musicaux

- Dominique Demangeot -

Raekwon du Wu Tang Clan à la Friche, vendredi 2 octobre

Nébuleuse sonore

par petites touches, ici DJ samplant à tout va, là voitures diffusant des bandes sonores venues de divers pays, là encore braseros proférant d’étranges sonorités d’outre-espace ou des citations de Wittgenstein en plein milieu de la place Pasteur...

© Jean-Cyril Daenekyndt

Le pont de la République émet des sons métalliques. A Besançon les ponts chantent. Celui de Battant diffuse l’ambiance d’un concert punk. Celui de Chardonnet est équipé d’un capteur reproduisant les martellements opérés sur sa structure. Des passants qui ont compris le truc tapent sur le pont, tandis que d’autres les regardent d’un air étrange. On perçoit rapidement les deux principales lignes du festival, d’un côté les grands messes visuelles et sonores place de la Révolution, concerts à la Friche et dans la Cour du Musée du Temps. D’un autre côté cette nébuleuse sonore tantôt balbutiante, tantôt hurlante, qui s’est installée durant quatre jours. La principale difficulté a été justement d’instiller dans la ville cette atmosphère impalpable

Ecoutez Enter The Wu Tang (36 Chambers) dès maintenant, album incontournable des années hip-hop 90’s version US. Vous découvrirez ainsi une partie cachée de l’iceberg : Reakwon. 23H, direction les Prés-de-Vaux. Le public est impatient. Les mains en l’air s’agitent et forment automatiquement un W, hurlant Wu Tang, Wu Tang. Le rappeur est habillé d’un t-shirt Mesrine. Chose rare pour un américain malgré le périple du gangster outre atlantique ! Clin d’œil en tous cas ! Coté show, les titres ne durent pas plus de deux minutes et des poussières. De nombreux classiques de la période grandiose (1993-1996) sont catapultés dans une foule enflammée au premier rang. Des slams se font remarquer, étrange quand on sait que cette action est généralement observée lors de concert, punk, rock et métal... Les a priori n’ont qu’à bien se tenir ! Raekwon surfe ce soir sur la vague des old school shit, pour la traduction : les Classiques Hip-hop ! Fin de concert sans queue ni tête alors que les acclamations du public se font sentir. Au minimum un rappel, un morceau de plus n’aurait fait de mal à personne. La dure loi des festivals : pas de rappel. A croire que les new yorkais ‘’s‘en frichent’’ complètement ! - Arnaud Hury -

© Jean-Cyril Daenekyndt

à installer une ambiance doucement lancinante ou plus sale. L’autre bonne surprise provient de The Chap, rock alternatif mélodique qui bénéficie cette fois d’un bon son, morceaux pop rock qui basculent vite dans des atmosphères plus lâches et expérimentales ponctuées d’électro, une formation anglo-allemande prenant un malin plaisir à destructurer le son et la partition, dans un esprit finalement très fidèle au principe défricheur de Sonorama.

© Jean-Cyril Daenekyndt

© Jean-Cyril Daenekyndt

C’est dans un bâtiment industriel à l’abandon mis en scène et en lumières, que se déroulent les trois nuits à la Friche de Sonorama. La première soirée amène son lot de bonnes surprises, avec dans la grande salle un rock’n’roll héritier des sixties et dans le club des formes plus hybrides entre rock rugueux et couleurs progressives ou électroniques. Bob Log III, caché sous un rutilant casque intégral de pilote de chasse, nous assène seul sur scène, un blues très roots, à la guitare électrique ou acoustique, tandis que ses pieds commandent une grosse caisse et une cymbale. Impression d’être coincé dans une cellule spatiale avec un bluesman venu de Jupiter. ZZZ proposent quant à eux un mix de rock lourd, proche du heavy metal, avec des accents progressifs et seventies. On retourne dans la grande salle où Heavy Trash, comme son nom ne l’indique pas, produit un rockabilly sixties irrésistible, mélodique et échevelé. Elvis n’est pas loin. On alterne à nouveau dans le club avec Randy Twigg, duo rock punk bien ficelé, la chanteuse/guitariste blonde et canadienne parvenant


Choses vues Et puis il y a eu tout le reste

© Jean-Cyril Daenekyndt

Lors de la déambulation finale, deux compagnies se rejoignent en un même lieu pour un final en commun. La troupe Générik Vapeur part de l’église de la Madeleine et la compagnie Xarxa Théâtre investit le pont Chardonnet. Là, une barque flotte dans les airs, accrochée sur un câble tendu tout près de la Tour de la Pelotte. Elle avance doucement en direction du Minotaure et se décroche soudain, plongeant ses occupants dans la rivière. Point de départ d’une déambulation teintée de folie et de feu. La foule des grands jours est présente et vibre à l’unisson. Les thèmes multiples tournent autour de la dénonciation de l’argent roi et du dénuement des laissés pour compte. Structures enflammées poussées par des morts vivants, éclairant les rues de la ville d’une lumière jaune et rouge comme l’enfer. Après un passage sur la place du 8 Septembre, la Compagnie Xarxa Théâtre reprend le chemin de la place de la Révolution où l’attend la foule compacte qui a suivi la déambulation proposée par Générik Vapeur. Final grandiose et tonitruant où les deux camps s’affrontent à coup de caddies géants et de Toro de fuego. Images surprenantes et fortes d’un musicien sus-

pendu dans l’air avec son piano qui bascule dans un fracas énorme… Applaudissements nourris pour une ultime salve magnifique et inespérée. - Jean-Cyril Daenekyndt -

Déambulation finale place de la Révolution le dimanche soir

Richard III Richard III s’inspire de la guerre des Deux Roses qui a opposé les clans des Lancastre et des York. Luttes fratricides au sein d’une même famille, récit de temps troublés et sanglants. Au centre de cette querelle, Richard, ultime excroissance d’une lignée corrompue par le pouvoir, l’un des personnages les plus noirs de Shakespeare, tellement difforme et raillé qu’il n’a d’autre choix que de surpasser ses semblables. Ruser ou mourir. Le décor constitué de deux plateaux tournants et de murs coulissants, se modifie au gré des scènes, figurant tantôt un château, tantôt une prison, tantôt l’esprit malade et génial de Richard, duc d’York. Entre ombre et lumière, avance Richard. Le jeu de Jean-Baptiste Verquin lui rend une part de sympathie qui empêche la pièce de basculer dans la tragédie pure qu’elle est à l’origine. Dans les premières scènes Richard nous est présenté comme un complice qui s’adresse au public pour lui exposer ses desseins, usant de sa difformité et de la pitié induite tel un tremplin pour s’élever au-dessus de sa condition, comme lors de la

confrontation Lady Anne / Richard, où ce dernier retourne littéralement la haine que la veuve éprouve pour lui. C’est toute la force de la pièce que d’illustrer l’irrésistible ascension de Richard sur des bases tellement corrompues que l’on sait pertinemment que l’édifice ne peut que s’écrouler. Sylvain Maurice parvient cependant à plonger certaines scènes dans de purs moments de comédie. Ainsi l’assassinat de Clarence commandité par son frère tourne au burlesque. Le duo dépareillé en taille du jeune Prince et de son frère le Duc d’York est tout aussi croustillant. Houda Ben Kamla, comédienne ‘’lilliputienne’’ comme l’appelle Dominique Pitoiset, joue tour à tour le rôle d’un des héritiers au trône et de Ratcliff, fidèle homme de main de Richard. Elle est pour beaucoup dans le ressort comique de la pièce, tout comme Lord Hastings empli de bonhomie et surtout le truculent Buckingham, fidèle sbire de Richard. Ces deux personnages illustrent toute la duplicité du pouvoir. Shakespeare que l’on avait accusé en son temps de produire une pièce complaisante envers la

famille royale, nous présentait déjà le théâtre de la politique, appuyant le trait lors de la scène charnière où Richard, par une habile manipulation, s’arrange pour que le peuple

lui demande lui-même de prendre le trône. En dépit de cette implacable fatalité, symbolisée par le plateau tournant, demeure le sentiment que Richard ne peut s’en prendre qu’à lui-même, réalisant trop tard la folie de ses actes. La scène où les fantômes de ses victimes reviennent le hanter, emplie de poésie, est le seul moment où le héros sanguinaire se confronte à sa conscience. Sans fards. Au moyen d’une relecture audacieuse, la mise en scène fait ressortir au final l’humanité du tyran Richard, dont les crimes reviennent le hanter, signe que son humanité lui est finalement rendue. Dans la dernière scène, le chant de Ratcliff berçant la dépouille de Richard lui fait une mort plus douce que la vie qu’il a vécue. Comme une dernière étincelle de lumière dans un puits d’ombre. - Ludovic Rebert -

www.nouveautheatre.fr A voir le 4 décembre à La Coupole de Saint-Louis

© Jean-Cyril Daenekyndt

Massages sonores, Centre Diocésain

© Jean-Cyril Daenekyndt

Les installations posées au coin d’une rue, au milieu des places, dans des endroits incongrus comme le calme Centre Diocésain ou l’église Notre-Dame. Des kiosques nous ont raconté des histoires. Des arbres nous ont interpelés. Il y a eu des clips de rock tournés dans la maison d’opéra du Théâtre musical, des murs et des vitrines auscultés au stéthoscope. De jolis mots soufflés à l’oreille des voyageurs du réseau Ginko. Sur la place de la Révolution, le musée des Beaux Arts a offert sa façade aux assauts visuels d’artistes du festival. Tandis que dorment dans ses murs les œuvres de Courbet et Bronzino, son fronton est devenu la toile géante d’une soirée clubbing au rythme de danseurs en 3D. Il y a eu aussi quelques imperfections, des plâtres à essuyer, des choses à remanier, impondérables d’une manifestation dont la raison d’être est de s’inclure dans le milieu urbain où tout peut arriver, justement. On parle déjà d’améliorer la signalétique, les parcours et le ‘‘liant’’ entre les différentes manifestations. A suivre donc en 2010.

Déambulation finale

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Repérages

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Au Bonheur des Dames Pendant 5 jours, Baume-les-Dames rend hommage à la création féminine sous toutes ses formes. Musiques, danse, humour et conférences émailleront cette semaine de festival du 18 au 22 novembre. Se décomposant en plusieurs thématiques, le festival débutera par une conférence sur les grandes figures féminines de l’histoire des sciences (18 novembre, salle de la mairie, 2e étage). Mais la plus grande place sera laissée à différentes disciplines artistiques célébrant la création féminine.

Entre classique et jazz, Véra Tsybakov, 19 novembre

Seule lauréate féminine du concours international Marguerite Long – Jacques Thibaud, ainsi que de nombreux autres concours, Véra Tsybakov a reçu une formation on ne peut plus classique (Conservatoire Supérieur de Paris, Conservatoire de Reims, Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris). La première originalité dans son parcours est que la pianiste inclut parfois dans ses récitals des parties chantées. C’est alors que le jazz entre en jeu et l’artiste n’hésite pas à entrelacer dans une même soirée les mélodies de Frédéric Chopin et Ella Fitzgerald, Sergueï Rachamaninov et Oscar Peterson. A l’image de Gershwin qu’elle interprétera également au festival (dont la fameuse Rhapsody In Blue dont la mélodie vous dira sûrement quelque chose), Véra Tsybakov mêle deux univers. Centre intercommunal de rencontres, 20h30, Tarif : 3 € , Gratuit pour les moins de 18 ans.

Métissages, Chœur de femmes Calliope, vend 20 novembre

Le choeur de femmes Calliope, de 9 à 20 chanteuses selon les œuvres, créé en 2000, emmènera les spectateurs dans un tour du monde de la musique. Calliope était la muse de l’éloquence, et force est de constater que ce chœur fondé par Régine Théodoresco crée un lien étroit avec la poésie. Il nous fera explorer le répertoire du XXe siècle, moderne et contemporain, même si le chœur s’aventure aussi parfois vers les traditions baroque et classique. Calliope a déjà consacré des enregistrements à Francis Poulenc, Florent Schmitt et Michael Haydn. Métissages est leur dernier album qui sera présenté à Baume-les-Dames, un métissage qui comme son nom l’indique, convoque diverses traditions musicales, Japon, Australie, Bali. Belle occasion d’entrer au contact de différentes cultures. Abbaye, 20h30, Tarif : 3 €, Gratuit pour les moins de 18 ans

Véra Tsybakov La femme et l’amour, dim 22 novembre

Concert lyrique, grands airs d’opéras et mélodies populaires espagnoles par une jeune mezzo-soprano qui sera accompagnée par la pianiste Françoise Ferrand. Ensemble elles proposeront trois volets distincts et éclectiques. L’opéra italien à travers des extraits de grandes œuvres (Le Barbier de Séville de Rossini, Les Noces de Figaro de Mozart…), les mélodies populaires espagnoles (Zorongo de Garcia-Lorca, entres autres) et enfin l’opéra français (Ravel, Bizet…). Trois parties pour trois facettes de la femme et de l’amour, et un voyage à travers la passion dans les trois pays latins : Italie, Espagne et France… Tout un programme. Histoire de passion, de tendresse… et de trahison. Abbaye, 17h, Tarif : 3 €, Gratuit pour les moins de 18 ans. - Gilles Bloin -

Festival Au Bonheur des Dames, Baume-les-Dames, du 18 au 22 novembre - www.baume-les-dames.org A voir aussi des expositions autour de thématiques traitant de la femme, du 18 au 22 novembre Organisée par les Musées Baumois. À l’Abbaye, Entrée libre - www.baume-les-dames.org

Danse, Noun, sam 21 novembre

Métissage toujours avec Noun pour de la danse orientale contemporaine, nouveau style moderne qui mêle techniques d'arts martiaux et chorégraphie s’appuyant sur l’acte d’enfantement. Un art qui relève grandement de la respiration. ‘’Cette danse a autant de yin (le féminin) que de yang (le masculin)’’ explique Assia Guemra. ‘’Il faut arriver à équilibrer ces deux forces en nous. La danse orientale favorise cela. Elle est magique dans la mesure où elle permet non seulement de connecter son féminin, mais d'approcher sa féminité’’. Une manière de faire plus attention aux gestes que nous faisons chaque jour sans nous en rendre compte, et de faire ressortir leur beauté. Une danse qui mêle toutes les traditions, française, anglosaxonne, indienne… Centre intercommunal de rencontres, 20h30, Tarif : 3 €, Gratuit pour les moins de 18 ans

Noun


Repérages

Lumières d’Afrique Si elle explore les formes de création artistique africaine dans leur pluralité (littérature, peinture, sculpture, photographie), l’APACA (Association pour la Promotion des Arts et des Cultures d’Afrique) se focalise avec le festival Lumières d’Afrique sur le média image, exposant les spécificités d’un cinéma africain (Maghreb et Afrique noire) qui a beaucoup à dire sur lui-même, et sur le regard que lui portent les occidentaux. Cette neuvième édition comportera quelques nouveautés comme un focus sur un pays, avec cette année l’Algérie. La Nuit Lumière proposera quant à elle des films que les frères Lumière ont tourné au Maghreb. Le conservateur du fonds Afrique sera présent à cette occasion. A noter que cette année, la soirée de clôture aura lieu au Petit Kursaal. Le long métrage Ligne de front y sera proposé. Onze films produits sur le continent africain ces deux dernières années ont été sélectionnés, à travers un panorama représentatif de la production cinématographique africaine. Le jeune public ne sera pas oublié avec Afri’Mômes qui proposera contes, théâtre et séances de cinéma

Les prix Lumières d’Afrique

Comme chaque année, plusieurs prix seront décernés. Le Coup de Coeur du Public de Besançon, qui a récompensé dernièrement Ezra, du nigérian Newton Aduaka, couronné Etalon d’Or du Festival panafricain de Ouagadougou. Le Prix des Lycéens et Apprentis au cinéma région Franche-Comté qui permet à près de 11.000 lycéens de découvrir le cinéma africain et de former un jury. Le Prix Court Métrage, décerné par le jury de la Diaspora africaine de Besançon, pour les courts-

métrages de fiction. Cette neuvième édition accueillera également une nouvelle récompense : le prix Signis, du nom d’une organisation non gouvernementale dont le but est de promouvoir une conscience chrétienne de l’importance de la communication humaine dans toutes les cultures. Elle compte des jurys œcuméniques ou inter-religieux dans plus de 30 festivals de cinéma internationaux et contribue au développement d’un cinéma qui défend les valeurs humaines et spirituelles.

En prise avec l’actualité

Lumières d’Afrique, ce sont aussi des documentaires abordant des thèmes en marge, posant des problématiques et suscitant des polémiques. Le festival s’inscrit en effet pleinement dans un débat d’actualité en Afrique, envisageant le continent dans sa diversité. Ainsi les Ecrans Blancs poursuivront leur principe de donner une carte blanche à des associations bisontines, avec cette année le CISIA (Comité International de Soutien aux Intellectuels Algériens), le CDDLE (Collectif de Défense des Droits et Libertés des Etrangers) et la Maison de l’Archictecture qui proposera un documentaire sur le Mz’Ab et les Aurès.

Expositions

Plusieurs expositions seront montées: une collection d’affiches de cinéma, ainsi que Visages d’Afrique à la Bibliothèque Universitaire (portraits de réalisateurs et acteurs africains). Vues d’Afrique à la salle Proudhon nous fera partager les expériences de bisontins sur le continent Africain. Des ‘‘vues d’Afrique’’ qui illustreront toute la diversité de ce continent. - Dominique Demangeot -

Rencontre avec Diogène Sebiyege L’une des forces de Lumières d’Afrique est d’évoluer dans le milieu professionnel des festivals de cinéma. Des délégations bisontines se rendent à des manifestations, notamment à Cannes, ou au Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou. Le Coup de coeur du public de Besançon 2008 a d’ailleurs été décerné à Lyes Salem pour Mascarades, film en compétition au FESPACO 2009 ainsi qu’aux Césars 2009 dans la catégorie premier long métrage. Nous avions rencontré en juin dernier l’un des membres de cette délagation, Diogène Sebiyege, étudiant rwandais arrivé en France il y a 5 ans. Après un BEP électrotechnique au lycée Montjoux de Besançon, il se perfectionne en cinéma et intègre en 2007 le jury des jeunes de Lumières d’Afrique. Il est retenu en 2008 pour se rendre au jury du Festival de Cannes et y sélectionner des films en vue de Lumières d’Afrique, et interviewer des professionnels.

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2 Coeur, tourné en octobre à Besançon. Il est déjà en contact avec des producteurs, et aidé notamment par l’association Travelling basée à Vesoul qui lui prête du matériel. Diogène aime l’écriture cinématographique. ‘’Il faut savoir anticiper pour rendre à l’image ce qu’on imagine dans sa tête’’, explique-t-il. Il avoue rencontrer encore des difficultés pour l’écriture des dialogues mais y travaille... L’expérience au sein de Lumières d’Afrique, le mettant en prise directe avec le milieu du cinéma, constitue également une aide précieuse. Plusieurs stages (France 3 Bourgogne-Franche-Comté, maison de production d’émissions à Paris) lui apportent de nouvelles compétences techniques. C’est lui qui réalisera d’ailleurs la bande-annonce du prochain Lumières d’Afrique et qui prendra en charge la gestion des formats de diffusion des courts-métrages durant le festival.

Diogène nous parle du cinéma africain, des cinémas clubs, avec magnétoscopes et écrans, qui provoquent de gros dégâts auprès des salles traditionnelles. Au Cameroun, 4 salles ont fermé dernièrement et le même phénomène risque de se produire en Côte d’ivoire. Comme partout ailleurs, le téléchargement y est aussi pour beaucoup. Lorsque le nous rencontrons, il termine d’écrire son premier court-métrage, Coup

Marché de Noël d’Ornans Comme chaque année, Ornans proposera son marché de Noël le week end du premier dimanche de l’Avent, du 27 au 29 novembre autour de l’église Saint-Laurent.

Une histoire de traditions

Le dimanche le plus proche de la Saint André, premier dimanche de l’Avent, a été retenu depuis le pape Grégoire 1er pour célébrer la venue du Christ parmi les hommes dans la tradition chrétienne. La lumière est le symbole central de cette fête de l’Avent, histoire de réchauffer les corps et les esprits à l’arrivée de l’hiver. C’est donc à cette période, durant trois jours, qu’Anim’Ornans a décidé de mettre en place le Marché de Noël.

Des exposants sélectionnés avec soin

L’association Anim’Ornans (ancienne AT3C’OR) met une point d’honneur à sélectionner les exposants du marché de Noël qui doivent travailler en accord avec la tradition de Noël. Les concerts et autres manifestations sont gratuites pour la plupart, afin de respecter cet esprit de partage propre aux fêtes de fin d’année. Un atelier de lithographie ouvrira ses portes cour de la Maison de la Pêche. Quant aux enfants, ils pourront rencontrer le Père-Noël qui leur remettra un certificat de visite et distribuera les traditionnelles papillotes (les samedi et dimanche après-midi). Le Marché de Noël n’oublie pas les associations humanitaires et caritatives qui vendront des produits divers afin de récolter des fonds pour leurs diverses actions.

Des animations

Commerçants et artisans de la ville d’Ornans exposeront durant les trois jours. Le centre-

ville sera illuminé par les décorations de Noël, grâce au soutien technique et financier très important de la ville d’Ornans. Des menus spécial Noël sont proposé dans les restaurants. Le samedi à 13h30 et le dimanche à 14h, les portes de l’église St-Laurent s’ouvriront pour visiter les crèches. Le samedi à 19h, un grand feu d’artifice organisé par la ville d’Ornans sera tiré depuis la maison de la Pêche. A noter également un lâcher de ballon par les enfants le dimanche à 11h15 et une lecture de contes de Noël à l’intérieur de l’église l’après-midi.

Le Marché de Noël n’oublie pas les associations humanitaires et caritatives qui vendront des produits divers afin de récolter des fonds pour leurs diverses actions. Concerts

La musique ne sera pas oubliée avec plusieurs concerts gratuits. Le vendredi, la Chorale d’enfants de l’école primaire Courbet d’Ornans se produira à 14h30. Les ensembles instrumentaux et vocaux de l’Ecole de Musique proposeront quant à eux 40 minutes de concert à 18h, une heure avant l’inauguration officielle du Marché de Noël avec le lancement des illuminations de Noël dans la ville et sur le site. L’occasion de fêter également, durant tout ce week-end, les dix ans de l’Ecole de Musique intercommunale du Pays d’Ornans. Un concert gratuit d’orgues, trompette et clarinette sur un thème de Noël par Laurent Kolly aura lieu de 14h à 15h30 le samedi. Le soir, place à l’orchestre d’harmonie d’Ornans, aux chœurs du Pays d’Ornans et du Plateau de Valdahon pour Missa Katharina de Jacob Haan (20h). Enfin le dimanche, des animations musicales seront proposées par les ensembles instrumentaux et vocaux de l’Ecole de Musique d’Ornans dès 15h. Comme l’année dernière, on pourra aussi entendre un orgue de barbarie durant les trois jours. Sur le site de l’église, Le pôle des Métiers d’art participe également à la fête présen-

tera les savoir-faire d’André Mouget, artiste créateur, et François-Bernard Gris, tailleur de pierre, qui effectueront de nombreuses démonstrations. - Gilles Bloin -

Marché de Noël à Ornans, du 27 au 29 novembre 2009, organisé par l’association Anim’Ornans Le Marché de Noël est ouvert le vendredi aprèsmidi à partir de 14h jusqu’à 20h et toute la journée du samedi et du dimanche, avec une nocturne le samedi Renseignements : Place St-Vernier - 03 81 48 94 55 - at3cor@orange.fr - ou à l’office du tourisme 7, place Pierre Vernier - 03 81 62 21 50


Musiques

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Nuits Savante et Populaire à Chalon Après la Grande Fresque du Jazz du 23 octobre, Mosaïques continue de rendre nos nuits plus belles avec, les 7 et 8 novembre, les Nuits Savante et Populaire. Deux nuits, deux univers musicaux distincts avec, le premier soir, l’Empire Ottoman, dans le cadre de l’année de la Turquie en France. Le 10 novembre, la nuit sera consacrée à l’Italie et la Russie. - par Bertrand Demornieux -

Prélude à la Nuit Savante et populaire

Issu du milieu du rock progressif français à la fin des années 70, Alain Blessing semble avoir toujours pris soin de ménager des chemins de traverse dans sa carrière, qui l’ont mené notamment vers le jazz au début des années 80. Il rencontre Senem Diyci en 1987 qui lui ouvre une porte sur les musiques traditionnelles turques. On l’a vu récemment en 2007 à l’Allan de Montbéliard dans Chaosmos les Rôdeurs d’Univers, suite pour orchestre et récitant sur un texte de l’astronome Jean-Pierre Verdet, entre autres projets. Le 8 novembre, il partagera donc la scène avec Senem Diyci. Il réécrira des thèmes ottomans des XIXe et XXe siècles qui seront chantés par Senem Diyci et interprétés par Narey Muller au violon et Romain Hughon au violoncelle. 8 novembre, Musée Denon, 11h et 17h.

Nuit Savante et populaire

Difficile de séparer chez les Wriggles la musique de la comédie, tant le théâtre, la chanson et l’humour sont liés dans leurs spectacles. Musicalement, ces artistes (quintet à leurs débuts, trio depuis 2006), cultivent un rare éclectisme qui les fait aller tantôt vers le rap, le rock, voire le punk sans oublier la chanson. Un conseil : allez voir les Wriggles en famille. Leur petit côté Frères Jacques les rend en effet accessibles aussi bien aux adultes qu’aux enfants. Leurs concerts ne sont pas dénués de poésie et de burlesque, et il n’est pas rare que leurs morceaux prennent la forme de contes plus ou moins déjantés. Leur musique est à dominante acoustique, les artistes accompagnés de guitares sèches la plupart du temps. Ce qui n’empêche pas le groupe d’avancer

des textes et des musiques rentre-dedans et très critiques sur notre société actuelle. Ainsi Ha ben ouais mais bon parvient à tourner un sujet grave comme le chômage en une petite chanson légère et piquante, tandis que le swing manouche de Ma philosophie rend les courses dans un supermarché drôles et instructives. Autant de petites histoires savoureusement interprétées (et parfois même chorégraphiées !) de la part de ces anciens élèves de la Rue Blanche, école de théâtre parisienne. A Quétigny, ils viendront présenter notamment leur dernier album datant de 2007, Tant pis ! Tant mieux !, qui oscille toujours entre poésie et sarcasme. - Manu Gilles -

Les Wriggles, Quétigny, Salle Mendès France, 14 novembre, 20h30 www.ville-quetigny.com

© Pidz

Histoire de croisement une fois encore le 10 novembre pour un voyage en terres russes et italiennes. Deux compositeurs russes, Stravinsky et Glinka, côtoieront Berio qui nous

apportera ses couleurs italiennes. Nul doute que cette soirée s’attachera à mettre en lumière les liens évidents qui unissent ces trois compositeurs, à savoir l’envie irrépressible de faire évoluer la musique en la confrontant à de nouvelles techniques et esthétiques. Savante et populaire, telle est en effet la lignée de ces trois compositeurs. Les oeuvres choisies illustreront l’intérêt des trois compositeurs pour les musiques traditionnelles de leur pays, qu’ils ont su renouveler. Il est symbolique que Stravinsky ait traversé une bonne part du vingtième siècle, né en 1882, époque de tous les progrès techniques. Sa musique s’est nourrie de cet esprit d’aventure et de défrichage. Disciple de Rimsky-Korsakov (lui-même élève de Glinka), il passera ensuite le flambeau au jeune Boulez. Romantisme, jazz, néo-classicisme, musiques sérielle et concrète, Stravinsky se sera souvent trouvé aux jonctions majeures de l’histoire musicale du XXème siècle. Comme Stravinsky plus tard, Glinka saura tirer profit de la tradition des chants populaires russes, à partir desquels il élaborera une harmonie nouvelle. A sa suite Rimski-Korsakov, l’un de ses disciples, exploitera lui aussi des thèmes issus du folklore russe. Ses séjours en Italie en 1830 et 1833 influenceront également Glinka. Berio, de par ses recherches en musique électro-acoustique, s’inscrit dans la lignée des grands défricheurs qu’ont été Schönberg, Webern et Berg, prolongeant lui aussi, finalement, l’œuvre ouverte de Glinka et Stravinsky. 10 novembre, Auditorium du Conservatoire, 20h www.mosaiques-chalon.com

Les Wriggles

Hocus Pocus / Carmen Maria Vega au Moulin de Brainans Le Moulin de Brainans accueillera ce moisci deux artistes aux univers très différents. Hocus Pocus, avec déjà dix ans de carrière derrière eux et une nouvelle venue, Carmen Maria Vega, que certains ont peut-être découverte en août 2008 à Besançon dans la Cour du Palais Granvelle. Pour vous nous avons rencontré 20-Syl d’Hocus Pocus, et écouté le premier album de Carmen. Hocus Pocus, un nom qui ressemble un peu à une formule magique… Manière d’illustrer la manière positive avec laquelle vous pratiquez le rap ? Oui ça peut être un clin d’œil à ça ! On a gardé ce nom pour la sonorité plus que pour le sens au final. Mais votre engagement lui est toujours là… On traite de thèmes d’actualité mais toujours de manière détournée, avec de la dérision. Je pense qu’on arrive à faire passer des messages aussi bien qu’avec des textes rentrededans.

Les refrains sont facilement mémorisables mais vous utilisez des phrases auxquelles on ne s’attend pas forcément. Il y a peu de rimes simples… Cette complexité vous rend-elle plus underground que les autres ?

Carmen Maria Vega

C’est curieux ce discours-là car tu disais récemment que vous étiez plus proches de Benabar que d’Eminem… On est à mi-chemin entre les deux. Plus proche de Benabar dans l’écriture, et d’Eminem dans le son…

Carmen Maria Vega se montre pourtant bien plus acide et rentre-dedans que le rejeton de Jacques. Sa verve s’étale sur des chansons swing ou rock, une gouaille délicieusement irrespectueuse, un second degré omniprésent qui fait qu’on ne croit pas Carmen une seconde lorsqu’elle scande Les gens sont gentils. Capable de s’échapper dans des digressions en roue libre, pratiquant le scat sur La menteuse, premier morceau écrit avec son compère Max, Carmen a le sang chaud de l’héroïne éponyme de Bizet, et du haut de son mètre soixante elle ne se laisse pas intimider, loin de là. Elle trempe ses chansons dans des interprétations très poussées, le côté théâtral n’étant jamais bien loin. Comme elle le chante avec à propos dans Hiérarchie, Carmen Maria Vega ‘’court et se démène’’, largue Brad Pitt, mais se fait tendre aussi par moments (En attendant, Du jaune traitant avec sensibilité et ‘‘sobriété’’ de la picole). Révélation des Francofolies 2008, une fille dont on va sûrement entendre parler dans les mois qui viennent.

Tu rappes, tu slammes... Le chant ne te tente pas ? J’aime bien mettre un peu de musicalité dans mon flow, des touches musicales. Dans des morceaux comme Histoire d’une VHS, le refrain est rappé -chanté. J’aime bien ce terme. De Nantes vous avez ouvert une brèche à des compatriotes. Je pense notamment à Philemon. Alors comme en foot, il y a une école nantaise ? [rires] Oui il y a toute une école à Nantes ! Une famille musicale dans laquelle on se retrouve, hip hop mais aussi funk, soul, jazz comme Tribeca avec qui on travaille. Un état d’esprit lié à l’atmosphère de la ville. On dit que c’est un peu le Philadelphie français avec ses artistes new soul. - Propos recueillis par Frédéric Dassonville -

Hocus Pocus + Under Kontrol, Moulin de Brainans, 13 novembre

Nouvelle venue sur la scène française qui n’a pas froid aux yeux, Carmen Maria Vega évolue dans une veine réaliste même si la jeune artiste vient du jazz en compagnie de son guitariste Max Lavegie. Après une inscription au Conservatoire de Lyon, classe musiques actuelles, Carmen et Max commencent à sillonner les lieux de concerts. C’est là que se forge une belle réputation scénique. Le premier album arrive en ce mois d’octobre, enregistré en compagnie de l’équipe qui a produit Comme un manouche sans guitare de Thomas Dutronc.

- Manu Gilles -

Carmen Maria Vega + Lolo & Lolotte, Moulin de Brainans, 28 novembre www.moulindebrainans.com

© Jean-Cyril Daenekyndt

On parle de vous comme un groupe soit teinté rock soit teinté jazz. C’est plus une pop funk teintée de riddim où tu poses un flow rap… Qu’en dis-tu ? Pour moi c’est un hip hop alternatif fait de plein de mélanges. Des morceaux vont être faits de musique africaine et de jazz, d’autres de funk et de soul. La base est hip hop mais après c’est très ouvert, et ma voix sert de lien à tout ça.

J’essaie d’avoir plusieurs lectures dans ce que je fais. Une partie s’adressera à un public hip hop pointu mais il y aussi un côté très accessible. On essaie de garder un côté underground parce que nous ce qu’on kiffe, c’est des producteurs comme Jay D, des mecs qui bossent en indé. D’un autre côté on est ouverts au côté chanson française plus grand public.


Musiques

Dardanus à l’Opéra de Dijon L’Opéra de Dijon s’apprête à accueillir Emmanuelle Haïm, éminente spécialiste de l’ère baroque, qui adapte aujourd’hui une œuvre grandiose mais peu jouée de Rameau : Dardanus. La fondatrice du Concert d’Astrée s’est adjoint les services de Claude Buchvald, metteure en scène qui a travaillé sur le théâtre, l’opéra, le théâtre musical, et Daniel Larrieu pour la chorégraphie contemporaine. Il fallait bien cela pour ériger ce monument allégorique présenté pour la première fois en version scénique à Dijon.

L’esprit baroque

Rameau composait ici une partition illustrant la quintessence de l’esprit baroque : couleurs variées, richesse des harmonies, instants sombres, violents ou plus apaisés, moments guillerets (premier Rigaudon de l’acte I) ou tragiques (‘‘Vous, dieux cruels’’ du Prologue). Chacune de ces nuances caractérise à merveille les sentiments des personnages et Rameau fait preuve d’une expressivité surprenante, à l’image du silence d’Iphise et de l’horreur d’Anténor à la scène 2 de l’acte III. Les scènes de sommeil sont elles aussi dignes d’éloges, flûtes caressantes et cordes féériques. Rameau qui vient tard à l’opéra, ne respecte aucune unité de temps ou de lieu. Les décors varient sans cesse à la faveur des scènes de tragédie ou de fête. Les oppositions sont fortes elles aussi, comme lorsque le joyeux et rapide tambourin (danse d’origine provençale très rapide, en vogue au XVIIIe siècle), se voit interrompu à la fin de l’acte III par Anténor qui annonce l’arrivée du monstre marin.

Entretien avec Daniel Larrieu, chorégraphe

Emmanuelle Haïm

© Simon Fowler - Virgin Classics

Troisième des tragédies lyriques de Rameau, Dardanus met aux prises le personnage éponyme avec Teucer, roi sombre et brutal, père d’Iphise qui veut marier cette dernière à Anténor. Si la trame, d’après un livret de Charles-Antoine Le Clerc de la Bruère, n’est pas des plus originales, la forme de cet opéra impressionne en revanche par son ampleur. Une œuvre grandiose que la chef d’orchestre devrait étoffer encore par des choix audacieux d’ornementations, de tempos et de couleur comme elle en a l’habitude.

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Les événements prennent alors une tournure funeste. C’est cela aussi, l’esthétique baroque, mise en présence d’éléments divergents et contrastés. Le merveilleux est une autre facette majeure de Dardanus. La déesse Vénus est très présente dans l’œuvre, y apparaissant à de nombreuses reprises, apportant une dimension féérique comme dans la belle scène du sommeil de l’acte IV, déesse à la fois protectrice et imposant le respect. Le rêve tient une grande place. Claude Buchvald parle d’ailleurs d’un ‘‘espace mental où tout devient possible’’ au sujet de l’oeuvre. La collaboration d’Emmanuelle Haïm avec un chorégraphe contemporain et un scénographe devrait constituer une mise en perspective intéressante avec notre regard moderne.

Est-ce la première fois que vous travaillez sur la danse baroque ? J'ai travaillé en opéra baroque plusieurs fois. Roland de Lully à l'opéra de Lausanne, mis en scène par Stéphan Grögler et La Grotta di Trofunio de Saliéri mis en scène par Marcial Di Fonzo Bo. Les deux productions dirigées par Christophe Rousset et les Talens Lyriques. Ces expériences s'ajoutent à plusieurs collaborations dans le monde lyrique. La chorégraphie intégrera-t-elle les différentes danses de Dardanus ? Les danses ont été 'écrites' d'une manière contemporaine et reprennent les motifs musicaux qui donnent de la fluidité au temps. Ces musiques ont été écrites pour la danse, j'imagine presque pour des danseurs. Il m'apparaissait important de laisser de la place à cette expérience de l'écriture chorégraphique. Le décor d'Alexandre de Dardel fait intervenir une pente impossible, plus du double que l'opéra de Paris... Cette pente est un défi pour les danseurs ! Retrouvera-t-on les diverses formes de danses présentes dans l’œuvre ? (rigaudons, tambourins…) Ou allez-vous inclure des parties modernes ? Je ne suis pas chorégraphe de danse ba-

roque, mais contemporain. J'ai réalisé toutes les danses prévues au programme comme un jeu de constructions. La partie B de l'ouverture est dansée, tous les tambourins et les choeurs aussi ont leurs partitions chorégraphiques. Par moderne, j'entends un choix qui ne reprend pas les codes du mouvement baroque. La chacone finale reprend beaucoup de mouvements de toutes les danses de l'ensemble de l'oeuvre. Les danseurs participent activement à la mise en place d'objet de scènes. Le travail de chorégraphe dans les oeuvres baroques dépasse la simple exécution des danses écrites. Mouvement du choeur, logique de corps. Entre conseiller gestuel et chorégraphe, le travail est d'amener aux personnes sur scène un confort du geste et mon expérience. La palette large de l’œuvre a dû être stimulante. Les éléments de merveilleux, les contrastes sont fréquents… La musique de cet opéra est tout simplement splendide. J'ai beaucoup apprécié le travail de mise en place et des sonorités, à l'arrivée de l'orchestre sous la direction d'Emmanuelle Haïm. Rien ne vaut l'écoute directe d'une oeuvre. Rameau mérite d'être écouté LIVE!!! - Propos recueillis par Amandine Mannier -

- Marc Vincent -

Dardanus, d’après Jean-Philippe Rameau, 18 et 20 novembre, 20h, Auditorium de Dijon, Direction musicale : Emmanuelle Haïm, Mise en scène : Claude Buchvald, Scénographie : Amexandre de Dardel, Chorégraphie : Daniel Larrieu Orchestre et Choeur du Concert d’Astrée www.opera-dijon.fr

Maquette du décor de Dardanus (Scénographie d’Alexandre de Dardel)

Orchestres en Fête à Besançon Le 21 novembre prochain, le public prendra la baguette… Dans le cadre d’Orchestres en Fête, manifestation nationale visant à promouvoir les orchestres classiques au plus grand nombre, l’Orchestre de Besançon Franche-Comté se prêtera au jeu et proposera au public de venir le diriger durant quelques minutes.

Après un concert d’ouverture de saison gratuit au Théâtre musical le 20 novembre (la répétition sera ouverte au public le matin à 9h30 sur réservation), direction le Nouveau Théâtre le lendemain, de 15h à 16h30, pour un Cours de Direction d’Orchestre, dispensé par Peter Csaba. Après inscription, les aspirants chefs seront tirés au sort pour tenter de dompter l’impressionnante Symphonie Héroïque de Beethoven. L’occasion pour tout un chacun, même débutant, de ressentir quelques-unes des émotions du chef devant un parterre de plusieurs dizaines de musiciens, lorsqu’il faut diriger conjointement les cuivres, les cordes, les vents, les percussions. L’orchestre interprétera ensuite cette fameuse symphonie à 17h. Orchestres en Fête, ce seront de nombreuses autres animations sur une dizaine de jours. Sept concerts organisés avec quelques musiciens de l’orchestre dans des maisons d’arrêt, le Centre Nelson Mandela à Besançon ou encore des hôpitaux.

Concert de Noël

A noter également en décembre une initiative originale, et inhabituelle pour l’Orchestre de Besançon, qui portera sur les planches du Théâtre musical la musique française légère

© Jean-Charles Sexe

A la conférence de presse du 24 septembre dernier, le chef Peter Csaba, dont le contrat se terminera à la fin de la saison, a tenu à souligner l’investissement de l’orchestre et ses efforts pour participer cette année à la grande fête nationale des orchestres qui s’ouvrent pour une fois à un large public. C’est d’ailleurs en soulignant cet esprit d’ouverture de l’Orchestre de Besançon ces dernières années, que le chef a débuté sa présentation de saison. Il s’est notamment félicité des avancées produites auprès du jeune public dans la capitale bisontine mais aussi en région (concerts scolaires, thématiques spéciales, chorales) et se satisfait que cette dynamique se poursuive après son départ. Avant l’arrivée du nouveau chef JeanFrançois Verdier à la rentrée 2010 (voir p.12), l’orchestre est en fête sous la direction de Peter Csaba.

Entrez dans l’orchestre…

de la fin du XIXe siècle, début du XXème, avec la compagnie Les Cavatines. Au programme de ces Fragments de musique légère, des numéros de ballet ainsi qu’une chanteuse qui reprendra les airs de l’époque, par André Messager, Léo Delibes ou l’incontournable Offenbach. L’occasion peut-être, en cette période de fêtes, de faire ses premiers pas à l’opéra. Ouvrez l’oreille, certaines de ces mélodies, passées dans le patrimoine, vous diront sûrement quelque chose… - Bertrand Demornieux -

Orchestre de Besançon Franche-Comté Orchestres en Fête - jeudi 19 novembre : répétition générale ouverte à tous à 20h, précédée à 18h d’une rencontre avec Peter Csaba et Jean-Philippe Collard vendredi 20 novembre : Théâtre musical, 9h30 : Répétition générale, ouverte à tous sur réservation au 03 81 87 84 44 Théâtre musical, 20h : concert gratuit Direction : Peter Csaba, Piano : Jean-Phillipe Collard : Pärt, Mozart, Beethoven


Musiques

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Shakaponk / Marcel et son Orchestre

Piers Faccini

Shakaponk

Le chanteur né de père italien et de mère anglaise, s’installe très jeune en France avec sa famille. On retrouve dans sa musique, qui s’abreuve à la folk et au blues, une sensibilité très particulière, certaines fois chaleureuse, latine, et d’autres fois plus froide et éthérée. Nous l’avions rencontré en mai dernier au festival C’est dans la Vallée à Sainte-Marieaux-Mines. Récit d’un concert pas comme les autres dans une église...

Rock expérimental, hip-hop, funk, et textes naviguant entre français, espagnol et anglais, les 6 membres de Shakaponk sortent un premier album en 2006, Loco Con Da Frenchy Talkin, qui mixe tous ces styles, toutes ces langues. Bad Porn Movie Trax est sorti en mai 2009 sous le nouvel label rock de Tôt ou Tard et à l’occasion d’un groupe quelque peu remanié. Mais après deux ans passés à parcourir les clubs rock en Allemagne, l’énergie semble intacte, voire même un peu plus présente à travers des morceaux musclés. L’identité visuelle très appuyée du groupe sert un gros son qui n’est pourtant pas dénué de profondeur, de par l’éclectisme de la musique, du rock le plus fougueux à l’électro la plus travaillée, des phrasés ragga aux autres influences ethniques. Un esperanto musical sur lequel évolue leur mascotte, GOZ, singe qui accompagne les musiciens sur scène dans des shows de plus en plus réputés malgré la courte existence du groupe. Il faut dire que Shakaponk a su convaincre la scène underground en se produisant aux côtés de formations de renom telles que Mudvayne, Exilia, BossHoss… Bad Porn Movie Trax s’annonce plus lourd, plus percutant aussi. Electro-rock à la fois carrés et déjantés (Disto Cake) alternent avec des morceaux carrément dansants (Prima Scene, Sum’Luv’). A noter que Shakaponk avancent aussi une réflexion sur la musique et sur la façon de la faire. Adeptes du do it yourself (ils travaillent dans une totale indépendance et leur dernier clip a d’ailleurs été conçu par Frah le chanteur graphiste), ils aiment à se définir comme des activistes de la musique, défendant cet esprit d’indépendance.

La Vapeur, Dijon, 6 novembre, 21h Une chanson festive mêlée à un punk rock rugueux et des mélodies cuivrées dans une tradition ska. Tranches de vie nordistes, revendications ou propositions plus légères, Marcel et son Orchestre met également un point d’honneur à défendre ses opinions

- Dominique Demangeot -

Piers Faccini, Cylindre de Larnod 7 novembre, 21h + première partie : Livin’ In A Treehouse - www.lecylindre.com

(pour le Parti communiste français, concert à Liévin en soutien aux salariés de l’usine Metaleurop)… même s’ils affirment dans leur dernier opus que ‘’la révolution se fera sur l’édredon’’ ! Des Ch’Tis dans l’ère du temps bien avant le film de Dany Boon ! Ils reviennent avec un nouvel album, Bon chic… bon genre ! sorti en mai 2009, et s’ils se mettent, sur Elle est pas d’humeur, à un disco rock qui en surprendra plus d’un, il s’agit plus d’une nouvelle digression à prendre au deuxième degré d’un groupe qui refuse de laisser la morosité ambiante l’envahir.

La Vapeur, Dijon, 18 novembre, 21h

© Dominique Demangeot

Marcel et son Orchestre

A 18 heures, il y avait foule pour assister au concert de Piers Faccini, qui a donné une prestation magique en l’église de Saint-Pierre-sur-l’Hâte. Est-ce l’église à fleur de ciel, les nuages tout proches ou cette belle journée de mai ? Le concert de Piers Faccini a en tous cas commencé sous les meilleurs hospices. Le chanteur fait son entrée par le fond de l’église en interprétant a capella un air de circonstances dans ce lieu sain, John The Liberator, chant religieux traditionnel, première perfusion de gospel blues, la voix de Piers

Faccini uniquement rythmée par des grelots à l’une de ses chevilles. Ce dernier note luimême que jouer dans un lieu si particulier lui donne envie de choisir un répertoire quelque peu différent de ce qu’il fait habituellement. S’il interprète des morceaux de ses trois albums studios, il donne également une version magnifique du I Dreamed I Saw Saint Augustin de Bob Dylan et une chanson traditionnelle napolitaine pour rendre hommage à ses origines italiennes. Prenant le temps de commenter chaque morceau, l’artiste a réellement su installer une intimité particulière avec le public. Au Cylindre il présentera notamment des morceaux de son dernier album en date, Two Grains Of Sand.

- Manu Gilles -

Retrouvez tous les spectacles Oxo Production : www.kioukan.com

Christophe au Théâtre musical Une histoire qui aurait du style. La scène se passerait dans le salon d’un hôtel parisien. Des paroles, des rires étouffés. Fumée brouillant les silhouettes au loin. Quelques descentes de gammes. Le pianiste, smoking noir, serait de dos, légèrement voûté dans la pénombre. Il s’appellerait Christophe. Allez bâtir une carrière en 2008 en vous appelant Christophe. Pourquoi pas Pierre, Paul, Jacques. Il faut y ajouter Maé ou Willem pour que ça marche. Mais Christophe tout seul... Bonne chance. Et pourtant. Aline était déjà un morceau détourné, pastiche des sixties. Trop d’émotion à fleur de peau. Trop de style. Et le style, c’est tout, disait Céline. Aimer ce que nous sommes nous transporte d’emblée dans un univers ouaté, claviers polaires comme des glaçons qui s’entrechoquent, voix irradiant l’habituelle désespérance. On pense à Bashung. Frères de musique aux parcours et aux mondes parallèles. Bashung devait d’ailleurs prêter sa voix au monologue d’introduction. C’est finalement la très rare Isabelle Adjani qui s’y colle. Cordes soyeuses. Hôtel Costes. Couleur d'absinthe. Il y aurait Paris la nuit et ses grands boulevards. Musique pour insomniaques. Les tentures seraient de soie, style Napoléon 3. Pourpres et ors. Il y aurait des prénoms féminins. A Magda Christophe dédie une ballade mineure,

violons en berne. On pense aux écorchures sonores et romantiques du premier Goldfrapp. Une guitare acerbe déchire le rideau de fumée. Un groom en habit rouge tamise les lumières. A la production Christophe Van Huffel du groupe Tanger, pour distiller, goutte par goutte, le précieux fiel. La rage viendra plus loin, dans la seconde partie du disque. Pour l’instant elle se contient, larvée dans les samples. Tressautement des rythmes synthétiques. Sons d’ailleurs, d’aujourd’hui. Sons sortis du passé, comme cette voix de la photographe Denise Colomb parlant d’Artaud. Voix capturée il y a 20 ans, réincarnée en 2008. Les choses se feraient lentement, comme sur ce morceau où entrent successivement la batterie de Carmine Appice puis un chœur

de musiciens gitans, tel un dérèglement soudain de l’espace temps. Amplitude thermique entre les sons en azote liquide et les violons brûlants. Voyage éclair entre Paris, Berlin et Milan. Dans la pénombre, parfois de brusques aveuglements, l'oeil croisant le chrome étincelant d'une Ferrari. De son propre aveu Christophe ne chante pas, il ’’fait du son’’. Il dit aussi le feutre de la nuit, les visages qui s’estompent. Les fauxsemblants et la violence. Alors la partition se durcit – l’abrasif Stand 14, cocktail d’électro caillouteuse et d’accents blues -, quitte à recycler une vieille interview, surfer sur ce ton hésitant et modianesque de Christophe qui se livre à sa façon, par bribes. Des paysa-

ges défilant à travers une vitre de train, vite oubliés, fugaces, recouverts par d’autres images et d’autres expériences. Christophe avec ses doutes, ses retours incertains sur luimême, atermoiements de la pensée et du langage. N’oublions pas le recul et l’auto-dérision. Odore di femina et la trompette d’Eric Truffaz s’épanchant sur des rythmes electrotribaux, collage à l’extrême, claquements gitans, fierté ibérique. Mosaïque. Artaud donc filant l’Ombilic des Limbes et toute la clique surréaliste. Chez Christophe l’expérience n’est pas une pose. Elle fait sens, rend nos propres démons moins pesants, nous fait aimer ce que nous sommes. Parle-lui de moi, roulements de piano, concision du texte se fracassant contre les allures néo-classiques de la mélodie. Lita, qui lui fait suite et clôt le chapitre comme on refermerait un vieil album de photos passées. Paroles juste perceptibles, sanglots longs des violons. La poésie toujours. Quand l’aristocratie voulait dire quelque chose avant la vulgarité d’un monde s’affichant en plein jour. Quand le style voulait dire quelque chose. Parce que le style, c’est tout. - Dominique Demangeot -

Christophe, Théâtre musical, 17 novembre, 20h - www.letheatre-besancon.fr www.lecylindre.com www.christophe-lesite.com


Musiques

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Première séance de l’Espace Musiques Actuelles du Pays de Montbéliard Delémont…) piloté par la cellule des relations internationales de la CAPM, mais dans lesquelles les musiques actuelles tiennent une place importante. Un deuxième événement aura lieu fin février-début mars, un forum autour du projet d’Espace Musiques Actuelles du Pays de Montbéliard. Ce forum sera clôturé par des concerts, et des groupes suisses y participeront.

Le 26 et 27 novembre prochains à Audincourt et Montbéliard, se déroulera « la Première Séance», organisée par le futur Espace Musiques Actuelles du Pays de Montbéliard. A l’occasion du lancement des travaux de ce futur lieu, la Communauté d’Agglomération du Pays de Montbéliard et différents acteurs culturels proposent deux soirées, huit concerts et une création. Rencontre avec le directeur de l’Espace Musiques Actuelles, David Demange, et Emmanuel Oudot, responsable du service animation culture patrimoine du Pays de Montbéliard. Le nouvel Espace des Musiques Actuelles du Pays de Montbéliard est une appellation provisoire puisque le vrai nom sera dévoilé le jour de la pose de la première pierre… David Demange : Oui un vote est organisé en ce moment auprès des habitants de l’agglomération. Il y a 6 choix de nom : le Clap, le Moloko, le Super 8, le Cubilot, le Lamineur et le Paradiso. La livraison de la salle est prévue pour mars-avril 2011. Des noms ancrés dans le territoire local avec notamment le cinéma Lumina, la tradition ouvrière... Le travail étroit avec les acteurs locaux est d’ailleurs une priorité pour vous. DD : Oui il faut que nous soyons complémentaires en matière de diffusion, notamment avec l’Atelier des Môles. La tradition rock/ métal sera respectée. Mais nous souhaitons aussi ouvrir sur d’autres musiques comme le hip hop et l’électro.

Visuel provisoire de la future salle La future salle des musiques actuelles sera aussi un centre de ressources. DD : Il y a une réelle demande de la part de la population du Pays de Montbéliard qui bénéficiera d’un centre d’accompagnement des pratiques musicales. Il y aura trois studios de répétition équipés. J’ai également souhaité qu’on ajoute une petite salle d’une contenance de 100 à 150 personnes. C’est très important pour les artistes locaux qui souhaitent se produire. Y compris pour ceux qui souhaiteraient tenter la professionnalisation ? DD : Bien sûr ! Parallèlement à la diffusion, nous accueillerons le maximum de pratiquants et proposerons des dispositifs de soutien aux artistes, des informations sur les résidences, les filages, le travail sur scène, etc. Une aide à la promotion également ? DD : Des maquettes pourront être créées pour les groupes car il y aura un studio d’en-

registrement. Nous ne nous substituerons pas aux studios privés. L’idée est d’abord d’accompagner les artistes dans leurs projets. Quelle part de la programmation sera laissée aux associations ? DD : En gros 70% de programmation nous incombera, et 30% pour les producteurs privés et les associations, ce qui représente à peu près 15 à 20 dates par an pour ces dernières. Nous souhaitons être complémentaires, par rapport à l’Atelier des Môles mais aussi, plus loin, à des salles comme La Poudrière à Belfort. Manière de préfigurer le projet visant à fédérer, à moyen terme, les structures culturelles au sein du Pays de Montbéliard mais aussi sur l’Aire Urbaine… Emmanuel Oudot : Tout à fait. L’optique est aussi de construire un pôle Aire urbaine. Nous prévoyons également des coopérations avec le Canton du Jura Suisse (Porrentruy,

La pose de la première pierre de la future salle à l’emplacement du Lumina est déjà une collaboration entre plusieurs structures. DD : Oui il y aura aussi le Citron Vert qui coorganise la première soirée du jeudi 26 novembre, et l’Allan, Scène nationale de Montbéliard qui met à disposition le Palot le vendredi 27. Le Théâtre de l’Unité sera également impliqué. Tout cela préfigure là encore un rapprochement des différentes structures culturelles du Pays de Montbéliard. - Propos recueillis par Boban Stanojevic -

La Première séance jeudi 26 novembre : Soirée électro-hip hop, Studio des 3 Oranges (Audincourt), proposée par la CAPM en collaboration avec [Ars] Numerica et le Citron Vert. Tarif 5 euros. Création Transform + Sollilaquists Of Sound, DJ Click, DJ Fallait Plus vendredi 27 novembre : Soirée rock, Palot (Montbéliard) proposée par la CAPM en collaboration avec le collectif Rien n’a encore changé. Tarif 5 euros : Hellbats, The Rebel Assholes, Hangman’s Chair, Tractopelle, Sheroshot - www.agglo-montbeliard.fr

Entretien avec Martial Bourquin

Si la création d’une salle de concerts dédiée aux musiques actuelles est un événement important pour la culture en elle-même, elle implique d’autres dynamiques et doit être envisagée dans le contexte d’un territoire. Nous avons rencontré Martial Bourquin, viceprésident de la CAPM, qui s’exprime sur les retombées de la salle sur le Pays de Montbéliard. La Communauté d’Agglomération du Pays de Montbéliard inaugurera en mai 2011 les travaux d’un lieu phare dans les années à venir… Même s’il y a les Môles, les musiques actuelles n’avaient pas la place qu’elles méritent dans le paysage culturel. L’idée avec cette salle est de mener des politiques publiques sur l’agglomération en faveur des musiques actuelles pour les faire sortir de l’anonymat, faire en sorte qu’elles soient considérées comme une partie importante de la culture. En outre, une politique publique en ce qui concerne les musiques actuelles, ce ne sont pas simplement les concerts. Il faut qu’il y ait de la formation pour professionnaliser un groupe, des conditions bien précises pour un maximum de création. C’est aussi faire en sorte que les habitants du Pays de Montbéliard s’emparent de cet outil… Un outil qui sera à leur disposition. En lien avec le Conservatoire, les Môles et les associations de musiques actuelles du Pays de Montbéliard, il faut mettre en place un réseau qui est déjà très dense. La réussite c’est le réseau, on ne le dira jamais assez. Si ce réseau est dynamique et qu’il y a un projet artistique, la SMAC prend une dimension nouvelle. Parlons d’un autre point important qui est le financement. On constate depuis quelques années un désengagement de l’état par rapport aux SMAC... Les musiques actuelles dans les politiques de jeunesse ont une place décisive car elles sont un lieu d’expression, et un lien social également. L’état ne doit pas être absent de cela. La labellisation SMAC donne la possibilité de bénéficier de subventions de la DRAC, tant en investissement qu’en fonctionnement, mais il faut

‘‘Les musiques actuelles dans les politiques de jeunesse ont une place décisive car elles sont un lieu d’expression, et un lien social également.’’ Martial Bourquin, vice-président de la CAPM que l’état reprenne toute sa place dans ce dispositif. On connait la situation difficile qui est faite aux jeunes, concernant le chômage notamment. La CAPM a demandé l’aide de la région, du département et de l’état pour qu’ils nous aident à mettre en place l’équipement lui-même, sous maîtrise d’ouvrage CAPM. Ensuite il y aura le fonctionnement. Je ne conçois pas que l’état ne prenne pas toute sa place dans ce fonctionnement qui va faire en sorte que des milliers de jeunes puissent bénéficier de cette SMAC pour assister à des concerts, et que des centaines, qui répètent régulièrement, puissent bénéficier de lieux de répétition. De plus le gouvernement vient d’annoncer une hausse du budget du Ministère de la Culture… Effectivement, les musiques actuelles ne doivent pas être oubliées. On observe une évolution des communautés d’agglomération qui prennent de plus en plus en charge à présent le volet culturel... Je considère depuis toujours la culture comme une politique d’aménagement du territoire à part entière. Il y a un concept qui est fondamental en urbanisme, c’est l’attractivité d’une ville, et sa politique culturelle démultiplie son attractivité. Faire en sorte que l’on diversifie le tissu industriel dans le Pays de Montbéliard c’est indispensable. Mais faire en sorte qu’à côté il y ait des politiques culturelles et sportives de haut niveau, renforcera considérablement notre attractivité. - Propos recueillis par Boban Stanojevic et Dominique Demangeot -

Transform Le projet Transform implique une création musicale et visuelle, comme pour illustrer le rôle croissant qu’est amenée à jouer la structure [Ars] Numerica dans les années à venir. Le bâtiment de l’ancien cinéma Lumina, qui abritera le futur Espace Musique Actuelles du Pays de Montbéliard en 2011, a été le lieu d’une création vidéo de 18 minutes. Musique électronique, danse contemporaine, photographie et vidéo se mêleront autour d’un travail du photographe Daniel Nowak. Marie-Pierre Jaux, danseuse rattachée au CCN Belfort, a été photographiée à divers endroits du bâtiment. Un VJ a mis ces images en mouvement. Le DJ franc-comtois Bob Cooper a mis le tout en musique.

© Daniel Nowak

Et puisque nous parlons de spectacle vivant, Transform sera présenté en version live le 26 novembre, les images étant manipulées en direct par le VJ, sur une musique elle aussi mixée en live et une chorégraphie de Marie-Pierre Jaux. Une seconde soirée rock sera organisée au Palot le lendemain. Hellbats, The Rebel Assholes, Hangman’s Chair, Tractopelle et Sheroshot se produiront pour une nuit qui s’annonce chaude… Deux soirées qui illustrent la diversité musicale voulue par le nouveau directeur de l’Espace Musique Actuelles du Pays de Montbéliard.


Musiques

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L’Orchestre de Besançon Franche-Comté a un nouveau chef Le maire de Besançon Jean-Louis Fousseret annonçait le 16 octobre dernier le nom du nouveau chef de l’orchestre de Besançon Franche-Comté. Jean-François Verdier, clarinettiste de formation et chef d’orchestre, succède donc à Peter Csaba. Une ère nouvelle s’annonce pour l’orchestre, avec en ligne de mire une ouverture plus grande, en particulier en direction du jeune public.

Jean-François Verdier en quelques mots... Toulousain, formé au CNR de Toulouse puis au CNSM de Paris, JeanFrançois Verdier a rejoint l’Orchestre National du Capitole, sous la direction de Michel Plasson en 1990. Il est nommé en 1996 au poste de super-soliste à l’Opéra Bastille à Paris, sous la direction musicale de James Conlon.

Fédérer

On peut d’ores-et-déjà se féliciter des 86 candidatures présentées pour la succession de Peter Csaba, preuve d’un intérêt pour l’orchestre de Besançon Franche-Comté au-delà de la région. Elu à l’unanimité, JeanFrançois Verdier a fait part au jury de sa volonté d’ouverture auprès du paysage musical et théâtral bisontin, que ce soit avec le Théâtre musical, le Festival international de musique ou même Sonorama. S’il s’est spécialisé dans le grand répertoire lyrique (Cosi Fan Tutte, Le Barbier de Séville, Rigoletto et bien d’autres), Jean-François Verdier compte bien ouvrir l’orchestre à d’autres formes d’art, danse, cirque, vidéo, théâtre… et porter sa baguette vers toutes les musiques, du baroque à la création contemporaine. Un objectif qui s’associe logiquement à la volonté de la Ville de Besançon de fédérer les acteurs culturels. ‘’Nous avons choisi le meilleur projet artistique’’, explique Yves-Michel Dahoui, adjoint à la culture de Besançon. ‘’Ce n’est pas un compromis’’.

Ouvrir

Le nouveau chef devrait aussi consolider la

stature régionale de l’orchestre. Souvenonsnous des nombreux concerts aux quatre coins de la Franche-Comté, amenant la musique dans les petites villes. Le lauréat se montre ambitieux en proposant notamment un programme spécial pour les 3/6 ans, estimant que les contenus éducatifs liés aux orchestres classiques commencent trop tard (8-10 ans). Une initiative qui pourrait même servir de programme pilote en France. L’expérience de Chœurs d’Enfants au coeur de l’Orchestre dans plusieurs villes de Franche-Comté ces dernières années, a démontré que l’ensemble bisontin pouvait fédérer élèves et enseignants autour d’une proposition artistique de qualité. A la charge de Jean-François Verdier de poursuivre cette ouverture vers le jeune public, lui dont le grand-père travaillait à la Scala de Milan

dans les années 20, et lui chantait souvent des airs d’opéra…

Au travail...

Bien d’autres pistes ont été lancées, parmi lesquelles des collaborations avec les orchestres de Dijon, Neuchâtel entre autres, la participation à des manifestations comme les Folles Journées de Nantes... Evidemment tout reste à faire, comme le soulignait Fabrice Ferez, représentant des musiciens de l’Orchestre de Besançon FrancheComté. Le nouveau chef est là pour cela, justement. - Dominique Demangeot -

www.besancon.fr

Depuis 2000, il est enseignant au CNSM de Paris. Lauréat de plusieurs concours internationaux, il a joué sous la direction de Seiji Ozawa, Leonard Bernstein, Zubin Mehta, Pierre Boulez, Yuri Temirkanov... Il a été le partenaire d’artistes tels que Barbara Bonney, Anne Gastinel, Sandrine Piau, Nicholas Angelich, le Trio Joachim, le Quatuor Debussy, le Quatuor Ludwig... Il a écrit ou publié près de trente ouvrages pédagogiques et a récemment enregistré plusieurs disques remarqués par la critique. Souvent invité en tant que chef d’orchestre pour le répertoire lyrique, il a remporté le Prix Bruno Walter lors du Concours International de direction d’orchestre de Lugano en 2001.


Théâtres

La Pierre Les hommes gravent leur mémoire dans la pierre des monuments pour ne pas oublier, marquer au burin des instants clés, sensibles de leur histoire. Avec La Pierre, le jeune dramaturge allemand Marius von Mayenburg participe d’une nouvelle génération d’auteurs pour qui mémoire et identité sont inséparables. Quitte à plonger dans les eaux troubles d’un passé déjà lointain. Trois femmes, la grand-mère, sa fille et sa petite-fille, retournent dans leur ancienne maison de famille après la chute du Mur. Dans cette demeure se sont joués les deux grands drames de l’Allemagne au XXe siècle : le nazisme et la séparation d’un état en deux camps. En 1934, Witha et son mari rachètent la maison d’une famille juive qui doit fuire les premières persécutions nazies. En 1953, ce sont Witha et sa fille Heidrun qui doivent quitter la maison après la partition du pays. En 1993, Witha, Heidrun et Hannah reviennent dans la maison familiale en ex-RDA, chacune assaillie d’une responsabilité et d’une culpabilité. Stefanie, la petite-fille du couple qui avait vendu leur maison en 1934, revient elle aussi dans la maison en 1993. Dans La Pierre, le passé se présente comme un processus trouble, on n’y lit pas comme dans un livre et de nombreux points d’ombre demeurent : Wolfgang, le mari de Witha, était-il un héros ou a-t-il collaboré avec le nazisme de près ou de loin ? A-t-il sauvé une famille juive ? S’est-il suicidé ou est-il mort tué accidentellement par la balle d’un soldat russe ? Witha brouille les pistes.

‘’Je ne veux pas être ici’’ Hannah, 1993 Le trouble est d’autant plus important que la pièce fait se superposer différentes époques, différentes strates temporelles qui semblent pourtant dialoguer, comme s’il fallait ménager un lien entre les générations. Il arrive que les actions des personnages paraissent se suivre entre deux époques différentes. Le passé opère aussi parfois de brèves incursions dans le présent. Comme l’indique l’épisode de la porcelaine souillée, il y a quelque chose dessous, à chercher et à comprendre. Von Mayenburg se livre d’une certaine manière à une démarche d’archéologue. La jeune Hannah, tentant de retrouver la famille juive que son grand-père aurait sauvée, est en quelque sorte son alter ego littéraire. Marius von Mayenburg exhume les défunts, les souvenirs, la fameuse pierre et cette croix gammée qui aurait appartenu à la grand-mère d’Hannah. Collecter les indices comme si, pour les allemands de la jeune génération née dans les années 70, se faisait jour la question de savoir comment leur pays a pu tomber dans le nazisme. Manière de prendre en main leur passé pour regarder sereinement vers l’avenir. Une génération court après sa mémoire qui est aussi son identité. Nécessité d’autant plus grande dans un monde où les repères ont tendance à se perdre facilement ou à être falsifiés. Plane d’ailleurs, tout au long de la pièce, des doutes quand aux véritables agissements de Wolfgang. On ne peut être sûr de rien, surtout pas des faits qui se sont produits il y a 60 ans. Sa petite-fille pense que

Entretien avec Bernard Sobel

‘‘Cette douleur à laquelle se confronte von Mayenburg, nous y avons aussi été confrontés durant la seconde guerre mondiale, mais pas à un tel niveau de violence qu’en Allemagne.’ Bernard Sobel Marius von Mayenburg appartient à la jeune génération de metteurs en scène, qu’elle vienne d’Allemagne, des Balkans, de Roumanie, qui tente d’étudier la tournure tragique qu’a pris l’histoire de leurs pays. Le sujet de la pièce n’est pas l’histoire de l’Allemagne en particulier. Ce qui m’a intéressé, c’est ne pas essayer d’en faire une histoire allemande mais à travers ce soubassement historique, faire apparaitre que les questions que se pose Marius von Mayenburg, tout le monde peut être amené à se les poser. Les jeunes auteurs se retournent néanmoins sur leur passé. Le recul des années leur donne le courage d’analyser objectivement l’attitude de leurs ainés. La pièce veut montrer la vérité telle qu’on ne veut pas la voir. Elle veut montrer les miasmes, les métastases que le mensonge produit à travers les générations. Pourquoi par exemple n’a-t-on pas plus parlé d’épisodes comme la rafle du Vel’d’Hiv en France ? La Pierre superpose différentes strates temporelles. Les allers-retours entre passé et présent sont nombreux. Je pense que c’est une pièce que Marius von Mayenburg a écrite vite, sinon il n’aurait pas eu ce culot ! Il y avait urgence. Ca a été pour lui une nécessité de l’écrire rapidement. L’Allemagne a une histoire bien

particulière. C’est un pays qui a été séparé en deux états. Cette douleur à laquelle se confronte von Mayenburg, nous y avons aussi été confrontés durant la seconde guerre mondiale, mais pas à un tel niveau de violence qu’en Allemagne. Witha porte le plus lourd poids de la culpabilité dans la pièce. Witha est à l’origine du drame, car c’est elle qui s’est emparée de la maison, qui l’a achetée à Mieze. Elle traine ce mensonge, qu’elle cache au fil des générations. Heindrun ressent aussi particulièrement cette culpabilité… Oui, elle essaie de colmater tout cela. Hannah elle, parait plus active. Elle veut tenter de retrouver à New York la famille juive que son grand-père aurait sauvée… Elle va de l’avant. Elle tente de se libérer de ce passé. Elle veut l’assumer. Elle sait que le grand-père avait menti. La Pierre, c’est l’histoire d’une catharsis au sens premier du terme : c’est replonger dans le passé pour pouvoir se constituer. - Propos recueillis par Dominique Demangeot -

ce dernier a aidé une famille juive à partir aux Etats-Unis alors que quelques pages plus loin Wolfgang se désolidarise totalement des juifs : ‘’Nous ne sommes pas des Juifs. Nous sommes des allemands convenables’’, dit-il à son épouse Witha.

‘‘WITHA. Ici il y avait le piano. HEIDRUN. Non. Ici il n’y avait pas de piano. Tu confonds.’’ Certains éprouvent l’injustice, d’autres la culpabilité comme l’illustre l’épisode de Heidrun courant, enceinte, sous la pluie pour se purifier, voire purifier l’enfant qu’elle porte. La culpabilité rôde comme le spectre d’Hamlet que Mayenburg a d’ailleurs traduit, histoire de royaume pourri, de société qui se délite là encore, comme Witha qui a pris la maison de Wolfgang et Mieze, comme Heidrun qui n’a pas respecté sa parole envers la jeune Stefanie de lui apporter du chocolat chaque année.

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des nazis, les étrangers qui pénètrent : Witha / Mieze en 1934, Witha et Heidrun en 1978, Stefanie en 1993. Les frontières sont mouvantes et se déplacent au gré des remous de l’histoire. La pierre se charge de significations différentes selon les personnes et les circonstances : pour Witha c’est une preuve qu’on la harcèle, pour Heidrun, le symbole du courage de son père qu’elle veut emporter lors de son passage à l’Ouest en 1953… D’objet hostile, la pierre devient un symbole, talisman, objet de mémoire. Comme la pièce. - Paul Sobrin -

‘‘Le bruissement qui vient du jardin. C’est le vent dans les branches’’ Mieze, 1934 "C'est la peur qui me pousse, et j'essaye d'en trouver les raisons.", explique Marius von Mayenburg à propos de La Pierre. Une pièce sur la peur, ou plutôt sur la manière dont on mène l’enquête. Tenter de comprendre pour dompter cette peur, la tenir à bonne distance. La maison familiale est un rempart contre les agressions extérieures. Cet extérieur d’où provient le danger. C’est pourquoi on place des tessons sur les murs. Il y a les jets de pierre

Marius von Mayenburg


Théâtres

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Sois patient car le loup A l’heure où l’on célèbre le centenaire de la naissance de Malcolm Lowry, l’Allan de Montbéliard a convié, pour sa première création de l’année, Catherine Delaunay qui met en musique des poèmes de l’écrivain. Des mots chantés par John Greaves et interprétés par un quintet composé d’une clarinette/ accordéon, harpe, contrebasse et trombone. L’occasion d’entrer dans l’univers de l’auteur britannique dont le roman Sous le volcan est considéré comme un chef d’œuvre précurseur du postmodernisme .Malcolm Lowry, écrivain méconnu pour certains, mythique pour d’autres. Catherine Delaunay nous dit que dans l’un des premiers récits autobiographiques de Lowry (Le Sentier de la Source), l’auteur s’est dépeint en musicien, jouant du ukulélé et ayant composé ou improvisé chansons et compositions de son cru. Saisissant aussi l’occasion de rendre hommage à son grandpère disparu en mer, Catherine Delaunay explique que le premier recueil de traductions de Lowry, Pour l’amour de mourir, lui ont semblé d’une grande musicalité. Le poète nous parle ici de la mer, des marins et des voyages dans l’immensité bleue. Mais le spectacle nous dira aussi que la mer recèle des pièges.

L’appel de l’océan

Sois patient car le loup est l’occasion de faire connaissance (si ce n’est déjà fait) avec le romancier anglais Malcolm Lowry (19091957). Ses poèmes brefs naissent de notes consignées, comme des croquis jetés rapidement sur une feuille blanche et constituent une bonne porte d’entrée sur son œuvre romanesque autrement plus large et complexe. Dans le spectacle, Lowry lui-même est mis en scène dans un bar. Il y raconte des

Et mots et musique de devenir un précieux alcool, enivrant aussi sûrement qu’un fort whisky, à cette différence que cet éther-là nous élève véritablement. - Paul Sobrin -

‘‘Pour nous, la vie idéale suppose une taverne Où l'on puisse s'asseoir pour causer ou simplement penser, Sans redouter la vouivre tapie dans la nuit.’’ Malcolm Lowry

histoires, les chantant accompagné de son ukulélé, airs repris par ses compagnons entre chiens et loups. L’écrivain, incarné par John Greaves, nous parle donc de la mer, de ses pièges et de ses attraits, de grandeur qui se mêlant au danger. Une mer qu’il connait bien pour l’avoir longtemps parcourue. Lowry a restitué son caractère proprement tragique qui peut anéantir des vies en quelques secondes ou faire accomplir à l’homme le plus merveilleux des voyages. C’est cette ambivalence qui transparaitra dans le spectacle, illustrant l’existence trouble de Lowry, partagée entre deux besoins impérieux : ceux de l’alcool et du voyage. Un parcours souvent chaotique comme un voyage par grosse mer : plusieurs fois chassé du Mexique à cause de ses problèmes d’alcool, recherché par la police américaine pour violence sur sa secrétaire, celui qui avait le projet d’un cycle de roman intitulé Le voyage qui ne se termine jamais, a vécu ses dernières années dans une errance assez pathétique. Ce n’est donc pas un hasard si Catherine Delaunay situe Sois patient car le loup dans un bar.

Blank Début décembre, un clown fera son apparition sur la scène du Nouveau Théâtre de Besançon. Mais oubliez le clown traditionnel, image d’Epinal du cirque avec la fleur à la cravate qui crache de l’eau et les énormes chaussures noires et brillantes. Le clown que nous propose Lucie Valon est un clown moderne, un clown blanc. Et si le nez rouge est toujours là, derrière se cache une critique acerbe, trempée dans le rire, de notre société actuelle. Nous avions découvert Lucie Valon en septembre 2008, lors de la soirée d’ouverture du Théâtre Granit de Belfort. Elle y présentait une étape de travail de Blank, encore en chantier à l’époque, deuxième volet d’une trilogie sur la traversée des Enfers. Mais les grandes lignes du spectacle et le message étaient déjà bien présents. L’espace scénique est nu. L’unique personnage Gaïa, clown blanc, arrive au Purgatoire et s’apprête à être jugé comme tout un chacun. La Divine Comédie prend des airs comiques, le rire surgit à l’apparition du clown qui tressaute, hésite, émouvant et drôle dans sa gaucherie, traversant les cercles de l’enfer comme le personnage de Dante, mais un enfer actuel évoquant notre société moderne. Car Gaïa se trouve au Purgatoire, mais elle pourrait tout aussi bien rendre visite au DRH d’une grande multinationale. La voix de Dieu – de Big Brother ? – emplit le silence. Le dossier va être examiné, Gaïa évaluée. Un spectacle en cours de création à l’époque

mais déjà bien rôdé comme il se doit dans un spectacle de clown, rythmé, le corps et le visage jouant la partition réglée au millimètre. La seconde partie du spectacle voit Gaïa ‘‘déclassée’’ aux Enfers. Le clown a voulu voler mais sa chute n’en a été que plus rude. Comme pour nous dire que parfois, travailler plus pour gagner plus, ne suffit pas. L’Enfer de Gaïa semble terrain conquis pour le public qui adhère aux frasques de l’aspirant ange. A partir du mythe des Enfers, Lucie Valon produit une variation comique et nous en dit long sur nous-mêmes et nos travers, pour nous expliquer que l'enfer, finalement, ce n'est pas toujours les autres. - Dominique Demangeot -

Blank, de Christophe Giordano et Lucie Valon, avec Lucie Valon, Nouveau Théâtre de Besançon, du 1er au 4 décembre www.nouveau-theatre.com.fr

Sois patient car le loup, d’après des poèmes de Malcolm Lowry mis en musique par Catherine Delaunay, traduction Jean-françois Goyet, Allan de Montbéliard, Palot, 10 novembre, 20h30 Production Les neuf filles de Zeus, en coproduction avec l’Allan, scène nationale de Montbéliard et Rencontres internationales de D’jazz de Nevers www.lallan.fr

Ecriture en mouvement

La porte de ce bar laissée ouverte ménage une passerelle vers l’extérieur, une porte qui peut laisser passer n’importe quel étranger, n’importe quel danger, n’importe quel loup, symbole récurrent dans l’œuvre poétique de Lowry. L’animal représente en effet le désir, nous explique Catherine Delaunay, ‘’dangereux, tenace, et insaisissable’’. Une vie chaotique, vie de roman que la musicienne tentera de transcrire à travers le jazz, musique dont on connait la capacité à se réinventer, art en évolution perpétuelle à l’image de l’écriture de Lowry, changeante et marquée au sceau du voyage, un work in progress à la manière de Joyce, évolutive et autobiographique, aboutissement d’expériences multiples, et en cela particulièrement moderne, qui trouvera probablement dans la musique versatile de Catherine Delaunay une transcription fidèle. En racontant des histoires, en chantant, le personnage de Lowry se coupe du monde extérieur, se protège du danger rôdant au dehors, racontant et chantant pour s’extraire de la vie quotidienne et de son long cours.

Catherine Delaunay


Théâtres

Oedipe Tyran Créée en janvier 2009 à l’Atheneum de Dijon, Œdipe Tyran, texte classique parmi les classiques, est ici revisité par la Compagnie de l’Oreille Interne, à l’aune de notre société et de nos ‘’tyrans’’ modernes.

Le spectacle nous permet de nous intéresser au travail des enseignants sur une pièce classique telle qu’Oedipe Tyran. Comment exploiter au mieux cette interprétation libre d’Eric Ferrand, compositeur et metteur en

Si les hommes, les objets, les endroits du temps de Sophocle ont disparu, remisés dans des musées poussiéreux, le message lui, demeure d’une vivacité stupéfiante. Reste à trouver les bons outils pour faire passer correctement ce message. scène, pour faire assimiler certaines facettes de la pièce du grand tragédien grec ? Une école du spectateur a été mise en place par l’Atheneum, consistant à remettre en avant des valeurs véhiculées par l’œuvre de Sophocle et peut-être brouillées, voire rendues opaques par un texte et des préoccupations peu en phase avec notre monde actuel. Le metteur en scène est donc un passeur, un transistor (au sens littéral du terme c’est-à-dire ‘’faire transiter’’) restituant dans un langage actuel des valeurs universelles et intemporelles, touchant le public aussi bien aujourd’hui qu’hier : famille et pouvoir.

Le travail du professeur

Différentes pistes de travail pédagogique sont proposées en matière de parole (travail d’écoute en contexte choral, analyse des ressorts du discours politique, des méthodes employées pour emporter l’adhésion d’un auditoire…). La parole poétique est également étudiée. Parallèlement à ces procédés classiques, Eric Ferrand a proposé d’étudier des éléments plus contemporains comme l’apport de la vidéo dans la pièce, l’occasion de traiter du rôle de l’image omniprésente aujourd’hui. On peut se demander ce qu’aurait fait Œdipe du journal télévisé... et ce qu’en font les différents gouvernements dans le monde de

© Antoine Barré-Foncelle

‘’Entre OEdipe et Jocaste se joue le rapport homme-femme, fils-mère, mari-femme. Entre OEdipe et le choeur se jouent les rapports entre citoyens et dirigeants’’, explique Eric Ferrand, le metteur en scène. La pièce est une réflexion sur l’intime (couple, filiation, sexualité et tabous) et sur l’exercice du pouvoir. La musique, produite par une guitare électrique et une flûte, sert de décor sonore au drame écrit à l’origine par Sophocle. Trois comédiens se partagent les huit rôles du texte. Le chœur, composé de quinze haut-parleurs représentant les quinze vieillards, s’incarne dans des enregistrements de voix diffusées. La pièce a été adaptée dans notre langue actuelle pour donner à la parole plus de poids. Il est étonnant de remarquer comment Sophocle, à travers les siècles, parlait de jeux de pouvoirs qui s’exercent encore aujourd’hui. Si les hommes, les objets, les endroits du temps de Sophocle ont disparu, remisés dans des musées poussiéreux, le message lui demeure d’une vivacité stupéfiante. Reste à trouver les bons outils pour faire passer correctement ce message.

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nos jours. Le professeur aura aussi l’opportunité, s’il le souhaite, de travailler sur la musique, et en particulier sur les rapports que cette dernière entretient avec le texte. La flûte, instrument de la Grèce antique, et la guitare électrique instrument moderne, matérialisent ce lien entre monde ancien et contemporain.

Planning de l’école du spectateur

Eric Ferrand est intervenu dans les salles de cours des collégiens, lycéens et étudiants à partir d’axes pédagogiques définis avec les enseignants. Une seconde étape s’est

déroulée à l’Atheneum. Cette école du spectateur a trouvé comme aboutissement trois représentations à l’Atheneum en janvier 2009, accompagnées de rencontres entre les comédiens et le public à l’issue des spectacles. Bel exemple d’un texte classique remis au goût du jour. - Clélie Lebrun -

Œdipe Tyran, de Sophocle, par la Compagnie de l’Oreille Interne, L’Arc, Le Creusot, 1er décembre, 20h30, précédée d’une séance scolaire à 14h30 www.larcscenenationale.fr

Espia a une mujer que se mata Daniel Véronèse s’est attelé avec la pièce de Tchekhov, Oncle Vania, à une adaptation très libre, qui devient pour l’occasion Espia a une mujer que se mata, y incluant également quelques passages des Bonnes de Genet. Prise de liberté avec une pièce du répertoire qui fait pourtant ressortir, là encore, le cœur de sa réflexion. Dans un décor épuré (les 27 pièces de la maison sont réduite à un seul et minuscule salon), trois façades blanches représentent le petit théâtre des vies des habitants. Très proche du public, la scène étriquée, concédant aux acteurs juste assez d’espace pour qu’ils puissent bouger, crée une intimité particulière. Le public, tout proche, rentre de plein pied dans la pièce. Intimité, mais aussi tension très présente de par l’espace reserré. Car la petite scène est la métaphore des esprits étriqués des personnages, enfermés dans leurs aspirations déçues, leurs désirs inassouvis et leurs frustrations. La table est leur point de ralliement, comme si un ancrage, un endroit où conserver un semblant de lien social avec l’autre, restait nécessaire. ‘’L’œuvre a toujours été pensé comme une version de l’œuvre de Tchékhov, mais suffisamment modifié pour l’appeler autrement’’, explique Daniel Veronese.

Echo à l’Argentine

Créée en 2001, Espia a una mujer que se mata fait écho à la situation économique désastreuse de l’Argentine (inflation, accroissement de la pauvreté, lourde dette extérieure…), bien loin de sa prospérité économique jusque dans les années 50. Le metteur en scène a reconnu dans la petite révolution avortée de l’oncle Vania les espoirs déçus de son pays, qui ne s’est finalement pas engagé dans un processus qui aurait pu le sauver

Ce huis-clos fait ressortir les tensions entre les personnages d’autant plus que la scène dépouillée, à l’éclairage fixe et clinique, focalise l’attention sur ces derniers, comme un tableau impressionniste qui accentuerait les traits et les sentiments des personnages. l’oncle Vania. Sa seconde femme Elena suscite rapidement l’attention des hommes qui habitent la maison. Les désirs et les solitudes des divers habitants vont se croiser, s’entrechoquer à une époque où le royaume des tsars pousse ses derniers soupirs, bientôt remplacé par le système communiste. Et tandis que Vania se voit convoiter la jeune et belle épouse de son ancien beau-frère, vivant à nouveau le drame d’exister dans l’ombre de ce dernier, on se dit que Tchekhov était un maître dans l’art de décrire l’âme humaine et les sentiments.

du marasme économique dans lequel il se trouve. Habile parallèle entre la Russie décadente du début du XXe siècle et l’Argentine des années 2000. Ce huis-clos fait ressortir les tensions entre les personnages d’autant plus que la scène dépouillée, à l’éclairage fixe et clinique, focalise l’attention sur ces derniers, comme un tableau impressionniste qui accentuerait les traits et les sentiments des personnages.

L’histoire

Serebriakov, vieux professeur, se retire dans la maison de sa première épouse, s’immisçant dans les existences de sa fille Sonia et de

Et tandis que l’ajout de passages des Bonnes de Jean Genet, est le prétexte d’une réflexion sur le rôle du théâtre aujourd’hui, on se dit que le répertoire théâtrale, de par les diverses mises en scène, partis pris, regards qui peuvent lui être appliqués, possède un potentiel d’interprétations presque infini... - Marc Vincent -

Espia a une mujer que se mata, d’après Oncle Vania de Tchekhov, mise en scène Daniel Veronese, Théâtre de Dole, 27 et 28 novembre


Danses

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Instances 7 ments, faire naitre une complicité artistique. Mais pour qu’il y ait frottement, il faut qu’il y ait des obstacles, des chocs le long d’un parcours minuté où les danseurs combattent le temps. C’est ce combat, cette contrainte qui est là encore source d’art. Ainsi que ce principe, pas très éloigné d’ailleurs de la pensée d’Epicure, selon lequel rien ne se perd, tout se transforme.

Turba, par Maguy Marin

Sur un texte mythique de John Cage, Lecture on Nothing (1950), la jeune chorégraphe belgo-australienne nous parle de la fin, processus là encore inséparable de nos existences dont elle a cherché à illustrer les différentes facettes. Des vies irrémédiablement marquées par la finitude, dont une succession de tableaux vivants mime ce processus. Lecture On Nothing est un texte écrit comme une partition. La musique, le rythme sont primordiaux, partie intégrante des mots. Mais les mots ont aussi un sens et Joanne Leighton a travaillé sur une traduction française par Eve Couturier. Des morceaux populaires sont diffusés pour retenir l’intérêt du public, le placer dans une relation de connivence avec la chorégraphe. The End nous parle donc de fins, au pluriel, mais donner à voir plusieurs fins, c’est aussi d’une certaine manière morceler le temps puisqu’après un achèvement, il y a nécessairement un temps mort, une pause. Mettre plusieurs fins les unes à la suite des autres, c’est donc aussi faire naître un mouvement, comme si l’on recréait à partir du néant. Message finalement optimiste, en dépit de ce que l’on pourrait croire au premier abord. Cage a déclaré un jour que ‘‘notre poésie nous permet de prendre conscience du fait que nous ne possédons rien […] et donc nous n’avons pas à craindre de le perdre’’. Ce sont nos désirs, nos envies qui créent notre déception. Cela se rapproche de la philosophie zen qui a beaucoup influencé Cage : tenter de ne plus être l’esclave de ses désirs.

The End, par Joanne Leighton 19 novembre, 20 h - CRR, Auditorium

17 novembre 2009 - 20h - Grand Espace

Turba

One Shared Object, Profit and Loss, par Martine Pisani et Martin Nachbar 18 novembre - 20h - Petit Espace Le temps apporte à tous son lot de bonheurs et de déceptions, nous donne la vie et nous la reprend. C’est cet implacable processus lié étroitement à toute existence que Martine Pisani a souhaité mettre en évidence dans son spectacle. Avec le chorégraphe berlinois Martin Nachbar, elle a disposé six danseurs et un ‘‘perturbateur de temps’’ dans cette valse moderne. Le profit, la perte, et entre les deux la vie, tout simplement. Une collaboration nourrie des différences des deux chorégraphes, mais aussi des points communs qu’ils se sont trouvés en cour de route… Mettre en commun leurs différences et de ces frotte-

© Jean-Pierre Maurin

L’œuvre a fait polémique… Turba est en effet un travail à part, chaotique, faisant intervenir plusieurs langues et le texte de Lucrèce De la nature des choses. Parmi ce télescopage d’influences, d’époques, et bien sûr de mouvements, Turba s’impose comme l’une des œuvres majeures de la chorégraphie du XXe siècle qui aujourd’hui encore, tourne sur les scènes du monde entier. Manière pour Maguy Marin de figurer un certain chaos moderne à l’œuvre dans nos villes, nos vies, nos médias. Turba comme turbulence, perturbation. Danse du mouvement, ou plutôt des mouvements. Mais au-delà du chaos moderne, urbain et globale, Turba va plus loin. Dans De Rerum Natura en effet, Lucrèce décrit le monde selon les principes édictés par le philosophe Epicure qui pensait que les hommes, conscients de leur mortalité, vivaient dans la crainte de leur fin, sans profiter de l’existence. Puisque l’homme est constitué d’atomes immortels, il ne meurt pas vraiment. Mouvement des atomes qui s’entrechoquent perpétuellement pour créer le monde tel qu’il nous apparait, à partir de multiples combinaisons. Et puisqu’il existe un nombre infini d’atomes dans le vide sans fin, d’autres mondes existent. Notre terre n’est une infime parcelle de l’univers. Telle est la base de la chorégraphie de Maguy Marin qui célèbre ici le mouvement perpétuel de l’univers.

The End

© Franck Christen

L’Espace des Arts proposera en novembre la septième édition d’Instances, festival consacré à la danse contemporaine. Temps de rencontre avec les jeunes espoirs de la chorégraphie, et venues d’artistes confirmés, seront une nouvelle fois au programme cette année, la mythique Maguy Marin, avec son œuvre maîtresse Turba, croisant la jeune compagnie de danse de Joanne Leighton pour sa nouvelle création The End. Sélection de 4 spectacles...

Les signes extérieurs, par Mathilde Monnier et Louis Sclavis 21 novembre 2009 - 19h - CRR, Auditorium

Mathilde Monnier aime les rencontres, et ses chorégraphies s’inspirent toujours de cellesci. Le musicien plasticien eRikm, le jazz de Philippe Katerine ou l’opéra de Heiner Goebbels, les occasions sont multiples pour cette chorégraphe qui a travaillé pour Les signes extérieurs avec le grand clarinettiste et saxophoniste Louis Sclavis. Du jazz donc pour ce spectacle, et trois danseurs, trois musiciens pour un sextet inédit qui s’abreuvera de références au cinéma. L’image tiendra en effet une place de choix sur plusieurs écrans placés sur la scène, partitions visuelles pour les danseurs. Musiciens et danseurs suivent donc cette partition composée d’images de films, de journaux télévisés, d’émissions, de feuilletons, etc. De toutes ces images qui nous submergent chaque jour via la télévision ou internet, Mathilde Monnier et Louis Sclavis, après un montage et une interprétation (le filtre artistique) tirent une œuvre inédite. - Amandine Mannier -

Instances 7, Espace des Arts, Chalon-sur-Saône, du 17 au 21 novembre - Programmation complète sur www.espace-des-arts.com

Le Sacre du Printemps (etc.)

Windungen

Le chorégraphe, qui vient de signer sa première création pour l’Opéra de Paris, avec Hark !, s’intéresse ici à l’esthétique du hip hop et sa spontanéité. Une spontanéité qu’Emanuel Gat a retrouvée à travers la culture hip hop, élaborant d’ailleurs sa chorégraphie à partir de gestes proposés par les danseurs auditionnés à Suresnes. Des danseurs accoutumés à la break dance, peu enclins à évoluer sur la musique au contraire très fluide, presque sans rythme, de Xenakis. Contraste saisissant d’une gestuelle hip hop sur de la

musique contemporaine, ici une partition pour douze violoncelles mixés sur ordinateur. Deux cultures mises en miroir : l’une libre et spontanée du hip hop, l’autre contrainte, mathématique, contemporaine, de Xenakis.

Le Sacre du Printemps

Les danseurs et les danseuses, sur la scène nue, affrontent un monument auquel les plus grands chorégraphes (Béjart, Bausch) se sont frottés. Avec sa compagnie Emanuel Gat Dance, le chorégraphe fait preuve ici d’une grande sobriété, parcourue pourtant d’une tension bien palpable. Sur un tapis rouge trônant au centre de la scène, les assauts de deux hommes et trois femmes aux corps tour à tour épileptiques et léthargiques. En 1913 déjà, la chorégraphie de Nijinsky avait frappé les esprits et rendu acides les plumes des critiques, de par les poses hystériques et insensées que le chorégraphe russe avait osé prendre. C’est ce qu’appelle la musique chaotique de Stravinsky : une violence qui surgit dans de brusques élans. La technique solide des danseurs de la compagnie Emanuel Gat Dance sert cette impétuosité à la perfection. Le chorégraphe a choisi de plaquer des pas de salsa sur le martellement rythmique du Sacre pour en faire ressortir tout l’élan. Et les couples de se former et se séparer en un mouvement vif et ininterrompu, techniquement très au point. Trop au point,

diront certains. Mais pour Emanuel Gat, la narration importe moins qu’un certain mouvement se faisant jour au fil de la chorégraphie, cherchant moins à dompter le chaos de la musique de Stravinsky, que d’en restituer la force charriée par la partition, mettant en place un système capable de canaliser cette force musicale. Emanuel Gat, qui a d’ailleurs failli devenir chef d’orchestre, envisage très souvent ses chorégraphies comme des compositions où chaque élément s’insère dans un tout, où chaque partie engendre un mouvement commun, à la fois animé d’une vie propre (au moyen notamment de mouvements de bras très élaborés) et pourtant tributaire d’un ordre supérieur, commun à l’ensemble.

Silent Ballet

C’est cette unité que l’on retrouve, comme un point d’orgue, dans la troisième pièce de la soirée. Neuf danseurs évoluent en silence dans ce bien nommé Silent Ballet, sur une bande diffusant uniquement des sons captés lors des répétitions. Emanuel Gat poursuit ici son étude du mouvement hélicoïdal, tel un ADN, pièces isolées se réunissant peu à peu parmi les rouages du mécanisme chorégraphique. Là encore, la partie importe moins que le tout, et ce système qui ressort d’une chorégraphie fluide et légère est magnifiquement traduit et incarné, afin de rendre

© G. Dagon

L’événement chorégraphique en novembre à Mâcon Scène nationale sera la venue d’Emmanuel Gat, qui nous présentera son fameux Sacre du printemps, version revisitée de la partition de Stravinsky, présentée au sein d’un programme concocté spécialement pour la Scène nationale, conjointement avec deux autres de ses œuvres : Windungen sur une musique de Iannis Xenakis, et Silent Ballet qui comme son nom l’indique se déroulera dans le silence. En laissant les corps de Silent Ballet clôturer la soirée dans le silence le plus total, Emanuel Gat semble nous délivrer le message suivant : ses chorégraphies recèlent leur propre musique.

hommage à la danse en tant que processus créatif. Et l’on se surprend, le regard suivant chaque rouage de cette chorégraphie, à entendre dans notre esprit une petite musique, non pas composée de notes, mais découlant de la mécanique dansée à l’œuvre devant nous. - Clélie Lebrun -

Le Sacre du Printemps (etc.), par la compagnie Emanuel Gat Dance, Mâcon Scène nationale, Grand Théâtre, 25 novembre, 19h30 – www.theatre-macon.com


Littératures

Les Petites Fugues Le festival des Petits Fugues revient en Franche-Comté pour 2 semaines de littérature tous azimuts. A l’heure où l’hiver s’installe à nouveau sur nos régions, le Centre Régional du Livre de Franche-Comté, à l’initiative de la manifestation, a élu comme slogan : ‘‘Par gros temps, avoir meilleur temps... de lire’’. 150 rencontres littéraires dans toute la région Franche-Comté et en Suisse qui mettront à l’honneur 25 écrivains.

ges & Co à Baume-les-Dames, Rue Faivre d’Esnans, pour célébrer les trente ans de la maison d’édition baumoise. Plusieurs manifestations sont prévues d’ailleurs du 26 au 28 novembre : démonstrations typographiques, projection de vidéos sur les performances. Une exposition de livres d’artistes réalisés sera aussi proposée. Plus d’informations sur Aencrages & Co : http://aencrages.free.fr

Durant Les Petites Fugues, les auteurs rendent visite la journée à des collégiens et des lycéens dans les établissements. En soirée, ils rencontrent le public au cours de lectures et débats, dans une bibliothèque municipale, librairie, structure culturelle, mais également hôpital ou maison de retraite, partout en Franche-Comté mais également en Suisse, à Porrentruy et La Chaux-de-Fonds. La littérature contemporaine s’invite pour deux semaines de mots et d’animations diverses.

en usine, les marginaux voire les exclus. Une musique de mots rythmée, répétitive, illustrant au passage la capacité de renouvellement de notre langue. Les jeunes n’hésitent pas à la recycler, la marier à d’anciennes expressions… à une époque où l’on crie un peu trop promptement que les jeunes ne respectent plus rien.

Jacques Rebotier

Nous avions pu apprécier la verve du langage de Jacques Rebotier le 21 octobre dernier, à l’occasion du spectacle L’Oreille droite, où l’auteur mettait en scène le pianiste Alexandre Tharaud. Verve langagière mais aussi musicale de la part de Rebotier, écrivain, compositeur, metteur en scène, instrumentiste. Il n’est dès lors pas étonnant que sa prose se fasse souvent poétique et se colore d’une musicalité très présente. On le retrouvera le 25 novembre au Nouveau Théâtre de Besançon, et le 26 à Baume-les-Dames aux éditions Aencrages & Co, en compagnie de l’actrice Vimala Pons avec laquelle il donnera une lecture de ses textes. C’est également ce jour que sera inauguré l’Espace Aencra-

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Pierric Bailly, un lédonien chez P.O.L.

Situant son action dans le Jura, à Clairvauxles-Lacs, l’auteur nous parle d’une bande d’adolescents zonards adeptes de hip hop. Le narrateur, Lionel, pose un regard quelque peu distancié sur ses amis du haut de ses 21 ans, encore dans cet entre-deux de l’enfance et du monde adulte. Pierric Bailly a rendu une langue très vraie (et pourtant on sent le travail qu’il a fallu pour aboutir à cela), d’une bande d’ados de 15 ans, un roman très actuel dans sa langue, propre au rap justement, mais aussi dans ses thèmes : les petits boulots

Les grands rendez-vous

Deux temps forts des Petites Fugues réuniront l’ensemble des écrivains invités, pour des lectures et des discussions, au Musée des BeauxArts et d'Archéologie de Besançon : Samedi 21 et 28 novembre 2009 de 16h30 à 19h30 Dimanche 22 et 29 novembre 2009 de 15h30 à 18h30 - Ludovic Rebert -

A noter également le samedi 28 novembre 2009 de 15h30 à 18h à l'Abbaye de Baume-les-Messieurs, avec la Bibliothèque Départementale du Jura, des lectures

de textes des écrivains présents par La Compagnie l'Atelier de l'Exil. Les Petites Fugues, dans toute la Franche-Comté, du 16 au 29 novembre 2009 Entrée libre et gratuite pour toutes les rencontres publiques. http://crlfranchecomte.free.fr Cette année, retrouvez : Pierric BAILLY, Étienne BARILIER, Patrick BOUCHERON, Anne BRÉCART, Noëlle CHÂTELET, Velibor COLIC, Nicolas COUCHEPIN, Maylis DE KÉRANGAL, Christophe DUFOSSÉ, Serge FILIPPINI, Brigitte KUTHY SALVI, Camille LAURENS, Rouja LAZAROVA, Dominique MANOTTI, Carole MARTINEZ, Virginie OLLAGNIER, Véronique OVALDÉ, Jacques REBOTIER, Marie ROUANET, Thomas SANDOZ, Jane SAUTIÈRE, Philippe SÉGUR, Caroline SERS, Sarah STRÉLISKI, Minh TRAN HUY


Un show réunissant son, image et effets spéciaux mettra en scène une Odyssée du Sucre, voyage à travers le corps humain, et expliquera comment le sucre agit sur notre organisme. Didier Stephan, chef pâtissier, livrera les secrets de recettes où le sucre est l’aliment roi (cannelés bordelais, verrine de pana cotta au coulis de framboise)... Et pour faire durer le plaisir à la maison, de nombreux conseils et astuces seront dévoilés au public. A découvrir aussi les différentes variétés de sucre, ses utilisations… sans oublier, comme l’année dernière, des barbes à papa offertes… La foire gastronomique, ce sont aussi de nombreux concours, comme celui du meilleur pain d’épices le dimanche 8 novembre 2009, un concours de pâtisserie, etc. Là encore, ce sont les papilles qui devraient ressortir grandes gagnantes.

La foire internationale et gastronomique de Dijon demeure l’une des plus importantes de France avec près de 580 exposants et 200 000 visiteurs. Si la gastronomie est bien sûr reine, d’autres thématiques sont aussi proposées, ameublement, habitat, loisirs et artisanat. Cette année la Grèce, berceau de la culture européenne, s’invite et apporte avec elle ses côtes ensoleillées et ses maisons aux murs blancs. Et bien sûr sa gastronomie tiendra une place de choix.

La ferme Côte-d'Or

Après le succès de la première édition, la ferme Côte d’Or est de retour, organisée par le Conseil Général et la Chambre d'Agriculture de la Côte-d'Or, les 7,8,9 et 10 novembre. L’occasion d’en savoir plus sur les filières élevage, grande culture, viticulture, sylviculture. Un concours désignera les plus belles bêtes. Des journées émaillées de jeux et animations diverses seront en outre proposées.

Le Grand Ensemble de Cuivres du Conservatoire à Rayonnement Régional de Dijon Jean-Philippe Rameau se produira quant à lui aux abords de la Table de Lucullus les 2, 5 et 9 novembre de 18 h à 18 h 30.

Le Quartier des Saveurs

Deuxième édition également pour le Quartier des Saveurs qui prend cette année une place plus importante. Les métiers des filières agricoles, alimentaires et des métiers de bouche en Bourgogne Franche-Comté démontreront tout leur savoir faire et leur dynamisme à travers des animations grand public comme l'Odyssée du sucre (Cedus), la cuisine des céréales (Passion Céréales), Aux fourneaux Rapido et la Salle de traite virtuelle (Cniel)... Cette année le cassis, produit phare de Bourgogne, fait une entrée en fanfare à la Foire de Dijon via le Bar des Saveurs. Le syndicat des Fabricants du Cassis de Dijon composé des établissements Gabriel Boudier, Edmond Briottet, Lejay Lagoute et L’héritier Guyot nous contera l’histoire de ce breuvage, étroitement liée à la ville Dijon.

Les artisans charcutiers aux Rencontres de Lucullus Dégustation pure, en cocktail et autour de nombreuses recettes salées et sucrées avec le concours des Grands Chefs Bourguignons, seront proposées. Le Bar des Saveurs proposera également de découvrir ou redécouvrir de nombreux vins de Bourgogne à travers des dégustations.

Les Rencontres Gourmandes de Lucullus

Une Foire gastronomique à Dijon ne peut se dérouler sans ces fameuses rencontres. Les savoir-faire des métiers de bouche s’exposen tà travers démonstrations, concours et

dégustations, ateliers culinaires... Des journées à thèmes (desserts, artisans charcutiers-traiteurs…) seront mises en place et de nombreux professionnels exposeront leurs œuvres et leurs techniques.

Le sucre

Le Sucre, partenaire officiel de la foire, conviera l’ensemble des participants, public ou professionnels, à une grand’messe… gourmande autour de cette matière première exceptionnelle qu’est le sucre. Le CEDUS (Centre d’Etudes et de Documentation du Sucre) proposera un stand durant les 5 premiers jours de l’événement.

- Philippe Tournier -

Heures d’ouverture : du 30 octobre au 11 novembre de 10 h à 20 h – 5 nocturnes jusqu’à 22 h (23h pour le hall de la gastronomie) les 31 octobre, 3, 6, 7 et 10 novembre - Prix d’entrée : 5,30€ - tarif réduit : 3,70€ (familles nombreuses, comités d’entreprises et groupes de plus de 20 personnes) – jeunes (13-25 ans) : 2,75€ - enfants (5-12 ans) : 0,30€ - Renseignements : DIJON CONGREXPO – 03.80.77.39.00 – contact@ dijon-congrexpo.com - www.foirededijon.com


Foire Gastronomique de Dijon

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Nouveau à la Foire de Dijon : le Restaurant des Saveurs Cette année pour la première fois, le Quartier des Saveurs invite le public dans son nouveau restaurant : le Restaurant des Saveurs qui, comme son nom l’indique, sera dédié aux grandes tables de chefs venus de Bourgogne Franche-Comté. Vendredi 30 Octobre William FRACHOT (Hostellerie du Chapeau Rouge - Dijon)* Samedi 31 Octobre Eric BRIONES (Les Trois Ducs - Daix) Dimanche 1er Novembre Stéphane DERBORD (Restaurant S.Derbord - Dijon) * Lundi 2 Novembre Marc MENEAU (L’Espérance - Vézelay) ** Mardi 3 Novembre Nicolas ISNARD/David LE COMTE (Auberge de la Charme- Prenois)* Mercredi 4 Novembre Philippe AUGE (Hostellerie de Levernois - Beaune) * Jeudi 5 Novembre Laurent PEUGEOT (Le Charlemagne - Pernand Vergelesses) *

Entretien avec Nicolas Isnard, Vendredi 6 Novembre Romuald FASSENET (Le Chateau du Mont-Joly - Sampans) *

chef à l’Auberge de la Charme-Prenois endroits, de Dijon bien sûr, des portes de Dijon mais aussi de plus loin, Saulieu, Vézelay... Comment se dérouleront ces journées au Restaurant des Saveurs ? Chaque chef propose un menu unique de dégustation. Un prix unique a été fixé pour tous les menus. Ce sont des recettes un peu simplifiées car nous ne travaillons pas dans nos conditions habituelles, mais nous avons tenu à conserver notre qualité.

Samedi 7 Novembre Gonzalo PINEIRO (Le Chateau Bourgogne - Dijon)* Dimanche 8 Novembre Stéphane LEGER (Le Chassagne - Chassagne Montrachet) * Eric Briones

C’est l’occasion aussi de faire venir un nouveau public dans les restaurants... Oui nous souhaitions désacraliser le fait d’aller au restaurant, montrer que l’on peut mêler qualité et tarifs abordables.

Lundi 9 Novembre Patrick BERTRON (Relais Bernard Loiseau - Saulieu) *** Mardi 10 Novembre Jean-Pierre et Alexis BILLOUX (Les Prés aux Clerc - Dijon) * Mercredi 11 Novembre Roland CHANLIAUD (Le Jardin des Remparts - Beaune) * Le Restaurant des Saveurs Hall 1 - Quartier des Saveurs - Accès Entrée foire boulevard de Champagne Tous les menus sont consultables dans le détail sur www.restaurant-des-saveurs.com

Comment êtes-vous venu à ce premier Restaurant des Saveurs ? Cette manifestation organisée par Vitagora m’a intéressé car elle serait valorisée par le travail des chefs invités, qui apporteraient une réelle qualité. L’occasion aussi de découvrir ou redécouvrir la cuisine bourguignonne... Oui les cuisiniers invités viendront de divers

Marquée par une grande simplicité, la cuisine grecque existe pourtant depuis l’époque antique (elle est âgée de plus de 20 siècles, qui dit mieux ?). L’huile d’olive est l’une des ses bases, comme souvent dans la cuisine des pays de Méditerranée. Herbes et épices, comme l’ail, y tiennent aussi une place importante.

La cuisine grecque a su intégrer des influences extérieures. Saine et équilibrée, elle obéit aux principes du fameux régime méditerranéen : légumes (aubergine et tomate notamment) et fruits frais ou secs en abondance. L’huile d’olive est utilisée aussi bien pour la cuisson, la friture ou dans les salades. Une cuisine de saisons qui respecte le cycle naturel des produits. Certains s’accordent même à dire que la cuisine grecque est l’une des plus saines d’Europe. Les liens avec la cuisine turque sont très étroits, une grande partie de la Grèce ayant été sous domination ottomane du

Connaissez-vous certains des chefs présents comme vous au Restaurant des Saveurs. Oui bien sûr, nous nous rencontrons à l’occasion de manifestations diverses comme les salons, les foires, etc. - Propos recueillis par Gilles Bloin -

le, la Grèce a naturellement fait du poisson l’un de ses ingrédients privilégiés. Le calamar farci est très courant, comme le bourdeto, un rouget grondin mis à cuire dans une sauce de tomate, paprika, ail et oignon. Le kakavia est une soupe de poisson, genre de bouillabaisse à la grecque. Les poutargues, œufs de mulet pressés, séchés et enrobés de cire d’abeille, sont également très appréciés des grecs. Les poulpes, séchés puis coupés en fines lamelles et marinés dans l’huile d’olive et le citron, sont un aliment très fondant. On peut aussi les consommer cuits ou grillés, voire en ragout.

La cuisine grecque

L'agneau est la viande favorite des grecs. La viande est généralement rôtie à la broche, grillée en brochette ou hachée. On l’adjoint alors à quantité de légumes comme dans la recette de la fameuse moussaka. La majorité des fromages, demi-tendres ou crémeux, proviennent du lait de chèvre ou de brebis, à l’image de la feta, essentielle dans les salades. Le fromage, très consommé, intervient dès le petit-déjeuner et termine les repas, là où les français prendront un dessert sucré. L’importance des laitages se traduit aussi par une grande utilisation du yogourt dans la cuisine, souvent fait maison. Le pain, parsemé de grains de sésame, est également très consommé en Grèce.

C’est le cas notamment avec les oeufs à basse température chez vous... Tout à fait notre cuisine se veut simple mais de qualité, sans forcément rechercher les produits nobles. Mais nous sommes attachés à travailler avec des produits locaux.

Vin résiné

A l’origine, de la résine de pin était ajoutée au vin pour le conserver. Aujourd’hui elle donne à ce vin blanc, qui se boit très frais, son goût légèrement amer.

Le café grec

C’est un café moulu en poudre fine et porté à ébullition, servi dans de très petites tasses avec un verre d'eau. A boire lorsque le marc est redescendu dans le fond. XIVème siècle jusqu’en 1832. On trouve aussi des traces de cuisine italienne (puisque la Crète ainsi que les îles ioniennes furent vénitiennes jusqu’en 1670). Au-delà de la moussaka, de la salade grecque et des baklavas, la cuisine grecque recèle d’autres bonheurs. La Foire Gastronomique de Dijon sera l’occasion de s’en rendre compte.

Les mesédes

Ce sont de petits hors d'oeuvre de différents types. Consommés froids ou chauds, on les emploie parfois comme repas complet. Ils symbolisent la tradition de convivialité propre à la cuisine grecque. Les plus courants

sont les tsatsiki, concombres au yaourt et à l’ail, et la ‘‘salade grecque’’ comme on l’appelle chez nous, salade paysanne dans la langue d’origine, généralement composée de concombre, tomates rouges ou vertes, oignons frais, olives, câpres, assaisonné d’huile d’olive, de vinaigre blanc et d’origan. On y trempe des morceaux de féta (fromage grec). Les dolmas, feuilles de vigne au riz ou à la menthe, sont également très courants. Chauds, ils sont confectionnés avec des feuilles de chou et une sauce aux œufs.

L’importance de la mer

Baignée par la mer Egée et la Mer Ionnienne, première puissance maritime mondia-

Le pavillon grec : Retrouvez-y artisans, produits et danses traditionnelles de Grèce. Un restaurant de spécialités vous accueillera également dans un décor méditerranéen de 1 100 m². Objets divers, meubles, vêtements, savons, bijoux... seront mis en vente. Un pressoir pour l’huile d’olive sera installé dans le pavillon pour assister à sa fabrication en direct. Chocolats traditionnels, pâtisseries, miel, épicerie fine seront également proposés. Le pavillon servira également l’ouzo, boisson nationale, ainsi que bières et vins du pays. L’occasion d’apprécier la grande variété des cépages (près de 300) en Grèce.


Séverine Hubard Que vous ont apporté les échanges avec des artistes chinois invités à Besançon, et votre voyage en Chine en avril dernier ? C’était mon premier séjour à Shanghai et pour ma part j’ai tout de suite été attirée par les ponts qui sont des symboles urbanistes d’une grosse mégapole. L’idée de les mélanger est venue à la fin du séjour.

- Propos recueillis par Dominique Demangeot -

Les processus de construction des deux oeuvres ont été très différents. Oui, pour On n’a jamais été si proche à Besançon, je l’ai conçue toute seule dans l’atelier cet été alors que pour Village sur Strasbourg, je n’ai fait que la maquette. C’est assez drôle pour moi, car c’est la première fois que je ne construis pas l’œuvre directement...

Une journée de performances sera organisée sur Strasbourg. Oui le lendemain de l’inauguration de Village… de 10h10 à 18h18 ! Je suis originaire de Lille, j’ai fait trois ans de beaux arts à Dunkerque. Il y aura des gens qui viennent du Nord,

des complices. L’idée était de partir de Village et d’ouvrir sur le reste de mon travail. Cela permettra de suivre votre parcours. Oui et de montrer qu’un artiste ne fait pas qu’une seule chose. Au début, mon idée était d’inviter des personnes autour de projets auxquels j’avais seulement participé mais que je ne signais pas. C’était montrer cette diversité-là, ces connections. On retrouve ces connections dans la forme de Village, agrégat de plusieurs maisons, un peu comme une molécule. Une dynamique également à l’oeuvre dans On n’a jamais été si proche, présentée au Pavé dans la Mare à Besançon dans le cadre de l’exposition Traffic Art Highway, un assemblage de ponts. Les deux sculptures sont réalisées à partir d’éléments qui existent déjà. Je n’invente rien mais j’organise, je déforme les choses. Les cabanes sont sens dessus dessous, tout comme les ponts, qui sont mis en scène, existent vraiment à Shanghai. J’ai dû les déformer car comme sur le périphérique, il y a des arcs de cercle, des virages.

Durant la semaine Traffic en mars dernier, c’est moins le côté traditionnel d’une Chine de carte postale qui est ressorti, qu’une vision moderne du pays. La Chine poursuivant sa marche en avant vers le progrès technique. Je m’intéresse beaucoup à l’architecture dans mon travail et j’ai beaucoup plus regardé les bâtiments modernes que les lieux traditionnels. Il y a le quartier de Pudong à Shanghai où l’on trouve tous ces gros buildings qui forment un skyline d’enfer la nuit…

On n’a jamais été si proche

© Séverine Hubard

Il faut aussi mentionner les 12 mètres de haut, les 7 tonnes de Village… On peut parler de prouesse technique. Oui d’autant plus que tout cela ne tient que sur 4 mètres carrés au sol. On a travaillé avec un bureau d’études qui a fait les plans de la charpente en métal en dessous de l’habillage en bois, c’est très lourd car c’est du tube en métal de 12 cm x 12 cm pour chaque cabane.

Village

© Séverine Hubard

A moins de 3 heures de distance, on peut voir deux nouvelles oeuvres de Séverine Hubard, l’une au Musée d’Art Moderne et Contemporain de Strasbourg, l’autre à la galerie du Pavé dans la Mare à Besançon. Si les deux travaux possèdent chacun leur spécificité, ils entretiennent également des rapports. Rencontre avec Séverine Hubard qui nous parle de l’importance du thème du pont dans son travail, ainsi que d’une nouvelle expérience ‘‘monumentale’’ avec la sculpture Village présentée dès fin octobre à Strasbourg.

Ce n’est pas la première fois que vous travaillez sur le thème du pont. C’est un élément très important dans une ville. Il y a eu deux projets sur ce thème : un qui a échoué en 2002 où j’ai voulu déplacer le Carrick-a-Rede Rope Bridge à Cork en Irlande. En 2006 j’ai fait une installation qui

s’appelle Ohne Brücke Keine Perspective, ce qui signifie ‘’Sans pont, pas de perspective’’. Les processus de construction des deux œuvres se sont-ils croisés ? Non mais la première maquette quand j’ai commencé à travailler sur Village faisait partie d’Entre-deux. Et Entre-deux est une partie de Ohne Brücke Keine Perspective… Là encore, on retrouve un élément faisant partie d’un ensemble plus grand… Oui la maquette faisait partie de la première version de Ohne Brücke Keine Perspective, et finalement je l’ai réalisée à l’échelle 1 pour le jardin de sculptures du Musée de Strasbourg. Ces deux œuvres sur Strasbourg et Besançon entrent en résonnance d’une certaine manière, dans la mesure où elles font allusion à un certain gigantisme propre aux grandes réalisations en Chine aujourd’hui. J’ai d’ailleurs le projet reconstruire On n’a jamais été si proche dans une structure en métal, dans une usine à 3 heures de Shanghai. Une dizaine d’ouvriers chinois travailleraient sur l’oeuvre. Cela rejoint la façon dont a été fait Village. Je montrerai ce travail à l’Exposition Universelle en 2010 en Chine, où les trois artistes français de l’exposition Traffic seront invités. On n’a jamais été si proche, à voir à Traffic Art Highway, Exposition de sculptures monumentales au Hangar à manoeuvres de la Citadelle Vauban et au Pavé dans la mare, 26 septembre-13 décembre, du mercredi au dimanche, de 10h à 17h www.pavedanslamare.org Village, Sculpture monumentale, Musée d’Art moderne et contemporain de la Ville de Strasbourg - A partir du 31 octobre 2009 - 1 Place Hans Jean Arp – Strasbourg - 03 88 23 31 31


www.semainedelaserbie.com


Ouvrez les yeux

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La Vie des Formes à Chalon-sur-Saône Des sculptures ont investi les rues de Chalonsur-Saône depuis le 12 septembre dernier. Jusqu’au 15 novembre, 17 artistes présentent le résultat de 20 années de travail de la matière, sur la péniche Rêves des Signes en bord de Saône. 18 œuvres qui modifient, complètent ou interrogent le paysage chalonnais. Au chantier naval de la COMEF puis sur le site de la Charbonnière dans la zone portuaire nord, 17 artistes se sont frottés au défi de réaliser des œuvres dépassant leur échelle de travail habituelle. Ils ont bénéficié des infrastructures et de l’outillage de l’atelier de Mark di Suvero, grâce à une association présidée par son ami Marcel Evrard. Comme un hommage à l’artiste américain qui trouvait à Chalon-sur-Saône un refuge après sa fuite des Etats-Unis en 1971, refusant de cautionner la guerre au Vietnam, les artistes ont soudé de grandes pièces d’acier pour leur faire prendre la forme d’insectes inquiétants (Alain Sagaert, Spider Louise) ou de chevaux fringants (Serge Landois, La bohémienne), leurs œuvres atteignant des dimensions monumentales à l’image de celles de di Suvero. Structures légères et emplies de poésie (Margaret Michel, Sylvie Maurice) ou plus conceptuelles (Georges Meurdra, Charles G Simonds), elles offrent une large palette

d’inspirations et d’impressions. Parmi ses cinq œuvres créées à Chalon-sur-Saône, Mark di Suvero offrit l’une d’elles à la ville, L’Ange des Orages exposé devant le Conservatoire à Rayonnement Régional. Si l’on retrouve l’expressionnisme abstrait du sculpteur américain dans certaines sculptures, le public appréciera la diversité des matériaux, des techniques employées et des thématiques. Les artistes ont questionné les formes tout au long de ce parcours à travers la ville. Des Granges Forestiers à la Sucrerie Blanche, les agents municipaux se sont convertis en employés de musées en collaboration avec les services culturels de la Ville, plaçant sculptures et notices explicatives comme lors d’une exposition traditionnelle. Le regard et la technique des artistes rendent des oeuvres d’une légèreté étonnante, souvent poétiques avec leurs éléments flottant au vent (L’Ange des Orages, Violoncelle). Ils manipulent les volumes, les arrangent comme on composerait une partition. Le bois, la pierre sont aussi représentés dans cette exposition à l’air libre. Parfois les sculptures requièrent l’intervention du spectateur. Marchez dans la grande sphère de Teruhisa Suzuki, regardez à travers l’oeilleton de Panto-taxie par Sylvie Pic et laissez vos sens vous

tromper, vous interroger eux aussi. Ces sculptures-statues sont également là pour entrer en résonnance avec leur environnement, s’immiscant dans le paysage, s’y intégrant comme la sculpture de di Suvero devant le Conservatoire ou au contraire s’y inscrivant en violente opposition, à l’image de Souvenir du Golfe par Frédéric Godard. L’artiste, en plaçant des cercueils dans des bouteilles de Coca Cola, illustre l’absurdité de la guerre et du massacre de masse qu’elle induit. La Vie des Formes relève donc un autre défi qui est d’interrompre momentanément le parcours du passant dans la ville en lui proposant des énigmes visuelles. L’acier, le bois, matériaux de récupération divers, deviennent matières à penser et à rêver. Chaque passant aura tout loisir d’élaborer sa propre vision de ces sculptures. - Bertrand Demornieux -

La Vie des Formes, Chalon-sur-Saône, du 12 septembre au 15 novembre, différents lieux dans la ville Un dépliant matérialisant le parcours est disponible à l’office du tourisme de Chalon-sur-Saône et aux points d’accueil public. www.chalon.fr

Bernard Plossu au Musée des Beaux-Arts de Besançon Ces deux dernières années, les pas de Bernard Plossu l’ont porté en Franche-Comté. Il en a ramené quelques 500 photographies issues de cinq séjours au fil des saisons, traquant les ombres et les lumières. L’exposition au Musée des Beaux-Arts de Besançon propose également un regard rétrospectif de 32 clichés sur l’oeuvre d’un photographe baroudeur qui a fait du voyage son meilleur allié.

les noms, les lieux. L’impression est fugace, s’estompe aussi vite qu’un oiseau apparaissant dans l’objectif. Il fallait les trouver, cette feuille qui semble vous donner un baiser, cette cycliste traversant un pont qui parait sans fin. Les photographes sont parfois bénis des dieux. C’est ainsi. De ces lieux sans hommes, Plossu a rapporté de petits tableaux à la composition rigoureuse. Voyez le photographe suivre les méandres de la Citadelle, d’un ruisseau ou d’une route, la ligne des Hirondelles épousant les rondeurs du Jura, chemins que Plossu n’a cessé de célébrer sa vie durant, lui qui a côtoyé Henry Miller, Allen Ginsberg et Joan Baez dans les années 70. Une certaine idée de la photo comme l’expression d’une liberté. Parcourant la forêt de Chaux, les lieux escarpés du Haut-Jura, l’amoureux de Whitman et Thoreau nous rend une nature sans artifices. Libre de ses mouvements et de son objectif. Le cadrage sert moins l’esthétique qu’une impression fugitive que veut saisir le

photographe. Capturer l’instant, fusse-t-il tissé d’un heureux hasard. Les saisons qui se suivent, la neige sur laquelle se détache une silhouette sombre. La Saline aperçue de biais, partiellement, comme pour briser l’assurance néoclassique de Ledoux. La Vache qui Rit, cadrée elle aussi sous un angle inhabituel, a perdu sa robe rouge, le Château de Joux veut s’extirper de son promontoire granitique, tandis qu’à quelques kilomètres plus loin, la petite chapelle de Montpetot est surprise de dos. Le brouillard s’avance, nuages en rangs guerriers dans le ciel. Et le grain, les bougés. Les routes scintillantes de pluie. Comme semble nous le susurrer cette photographie d’un livre de Freud dévorée par le flou, chacun fera sa propre interprétation de ces clichés, trouvera trace de sa propre expérience. Plus loin dans la petite Salle des dessins, on peut voir une série de photographies prises sur près de 40 ans, aux quatre coins du monde car Bernard Plossu a beaucoup voyagé.

© Bernard Plossu

Il y a les oiseaux pris sur le vif, les nuages qui moutonnent et l’eau qui brouillarde. Parcourir ces photographies comme l’artiste a arpenté le Jura, son petit Nikkormat au poing. Un appareil à visée fixe pour prendre son temps comme les illustres ainés Lartigues et Cartier-Bresson, s’imprégner des lieux et sentir l’instant. Le temps s’étire, se fige même parfois à l’aube lorsque le brouillard se lève et que Besançon prend des airs de Prague. De son périple tranquille en terre jurassienne, Bernard Plossu a rapporté tant d’images qu’il n’a pas eu le temps de tout noter, consigner

© Bernard Plossu

Le visiteur habitué de la Franche-Comté reconnaitra quelques endroits caractéristiques. Lunetterie de Morez, grappes de maisons accrochées aux versants de Saint-Claude, majestueuse Collégiale de Dole, douce échancrure de la vallée de la Loue. Quant aux coutumiers de Bernard Plossu, ils se doutent qu’ils n’auront pas droit à une simple collection de photos touristiques, mais au ressenti personnel d’un homme qui rencontre une région. C’est l’absence d’habitants qui frappe tout d’abord. Plossu nous donne à voir les arbres et les maisons au milieu du vide, les statues esseulées, le relief austère, chemins grignotés par la neige et pierres sans âge. De grands pans de ciel alternent avec les miniatures qu’affectionne le photographe. Le noir et blanc, comme toujours chez lui, est omniprésent. Seule se distingue une série particulière en couleur, des tirages Fresson, procédé de tirage photographique au charbon dont les différentes couches superposées produisent une troublante impression de relief. Les ombres s’imposent, les contre-jours découpent les silhouettes. La nature trace des lignes, esquisse des courbes.

S’imprégner des lieux et sentir l’instant

La palette est plus large, travaux parfois très graphiques, quelques portraits posés. On retrouve les courbes, les routes qui sinuent, l’asphalte mouillé du voyage. Chat noir sur chat blanc, silhouettes de femmes, ombres et lumières. - Dominique Demangeot -

Versant d’Est, Le Jura en regard, Photographies de Bernard Plossu, Musée des Beauux Arts de Besançon, du 3 octobre 2009 au 4 janvier 2010 www.musee-arts-besancon.org


FOLK BLUES

PSYCHOBILLY GRUNGE

En concert le 18 novembre à La Laiterie de Strasbourg et le 20 novembre au Cylindre de Larnod

Bjørn Berge Fretwork (DixieFrog/Harmonia Mundi) Encore sous le choc d’un double album live où le suédois délivrait toute sa puissance folk rock, le public s’apprête à découvrir une nouvelle facette de Bjørn Berg avec Fretwork. Les choses commencent fort avec Crazy Times, d’inspiration blues, qui se voit pourtant illuminé de cordes, une constante sur ce nouvel album qui lui donne une couleur très originale. Peu fréquent en effet de voir se côtoyer si étroitement progressions blues et section de cordes (violon, alto). La sauce prend pourtant et de belle manière. La dimension insulaire et sombre de l’artiste se fait jour (ou plutôt nuit) sur des blues lumineux et ténébreux à la fois (These Streets) cheminant parfois avec la folk, et le talent du violoniste Oyvind Staveland apporte une réelle profondeur au propos. Bjørn Berg reprend sans complexe des standards de Robert Johnson, Elmore James ou… Motörhead et les Red Hot, confirmant par la même occasion la puissance de feu de sa douze cordes dont il maîtrise à la perfection la technique. Un Drifting Blues habité et sombre, Skijumper à la fois lyrique et retenu justifient déjà amplement à eux seul l’achat de cette galette… - Manu Gilles -

POP ROCK

En concert le 21 novembre à La Vapeur de Dijon

Archimède Archimède

(Les Airs à Vif/Jive Epic/Sony) Sur Eva et les autres qui ouvre l’album, la voix de Nico prend des accents dutronesques, doucement criante, aux accents rock’n’roll mêlés à un texte bien troussé. Fear Facteur traite sur un ton enjoué des joies et des peines du courrier qu’on reçoit sur une pop entrainante et cuivrée. Un album éclectique, qui passe de la pop adolescente (à l’image du single imparable L’été revient, doucement parodique) à des brulots mûris à l’ombre d’Oasis période Roll With It (A l’heure H, Décalage horaire plus punk). Archimède pratique le plus souvent une pop optimiste (Passe par Paris qui mêle les trompettes de Sergent Pepper et une rythmique plus moderne). Belles ballades à cordes (Au Diable Vauvert) ou acoustiques (A l’ombre), ce premier album rend un bel hommage à la pop des ces 40 dernières années. Leur clip Vilaine canaille avait fait provoqué un beau buzz sur le net en mai dernier, rendant hommage aux pochettes d’albums mythiques à travers le sleeve face. - Sébastien Marais -

The Experimental Tropic Blues Band Captain Boogie (DixieFrog / Harmonia Mundi) A l’image du titre d’ouverture, son massif et rugueux, lourd et sautillant à la fois, The Experimental Tropic Blues Band pratique une musique qu’il qualife lui-même de garage blues punk psychobilly rock grunge. Ce nouvel album ne déroge pas à la règle, menant le rock sur des chemins caillouteux semé d’ornières et de bosses, un rock poussé dans ses derniers retranchements. Pour se faire, quelques brûlots où les trois acccords du rock’n’roll sont maltraités et passés à la moulinette rageuse du punk (Hippidy Hop, l’infernal Disco Inferno), du heavy époque seventies (Bang Your Head), et bien sûr du blues tendu comme une corde de potence (l’inquiétant et cryptique Goddamn Blues), titres acides et huileux, parfois bruitistes. Entre saleté et spontanéité du punk, défroque redneck (Cock-A-Doodle-Do) et psychobilly au troisième degré abyssal et caverneux, un groupe à ne pas laisser passer sur scène dans les mois qui viennent. Que vous portiez des Stetsons, des bijoux sataniques ou des jeans slim, ce groupe devrait vous remuer la pulpe.. - Sébastien Marais -

CHANSON

Janfi’n Co Emergence

(GB Prod/Mega Prod) Les amateurs de concerts sur la FrancheComté le connaissent sûrement. Professeur de guitare à Belfort, Janfi sort son nouvel album, rendant hommage à sa guitare sans oublier le texte qu’il soigne toujours, à l’image de cette Dernière révérence doucement caustique, discrètement paillarde. A Marine il dédie une chanson aux accents ensoleillés même si le fond est grave. Parfois engagées, les chansons de Janfi prennent des accents cuivrés, bien d’aplomb sur une solide contrebasse. Des morceaux qui s’encanaillent au son de la flûte et de la clarinette. Sur scène, Janfi est accompagné de sept musiciens. Il faut bien ça pour faire swinguer des titres jazzy comme Energie positive. A suivre... sur les routes de Franche-Comté ou d’ailleurs. - Manu Gilles -

Concerts à venir : 20 nov. 09 - Salle des fêtes de Châtenois 5 déc. 09 - Restaurant du Parc, Belfort 26 déc. 09 - Le maquis, Besancon 16 janv. 09 - Caveau Café Français, Vesoul 6 févr. 2010 - Centre Jean Moulin, Valdoie, 15 mai 2010 - Maison du Peuple, Belfort


Diversions BFC novembre 2009 - n°18  

Journal culturel sur la Bourgogne Franche-Comté

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