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mensuel gratuit

#22 mars 2010

culture - sorties - société - tendances

Ce mois-ci il y aura des escales en Orient, l’opéra à l’honneur au Théâtre musical de Besançon un boxeur entre gloire et déchéance, Izia Renan Luce, Van Gogh et Artaud Barthes et le discours amoureux, Florissimo à Dijon Pigalle, Mass Hysteria un blog d’art contemporain un atelier de mosaïque au CCAS de Besançon Gotthard Schuh au Musée Niepce de Chalon-sur-Saône


diversions-magazine.com

cultures sorties société tendances

#22

mars 2010

CHOSES VUES 4

La Biennale Rhin-Rhône à Besançon

REPÉRAGES 5

Escales orientales au Creusot

MUSIQUES 6

Panama Al Brown

Van Gogh autoportrait au TDB

Opéra à l’honneur à Besançon Izia et Renan Luce à Dijon Interview Pierpoljak Mass Hysteria et Pigalle au Moulin de Brainans Pura Fe’ à l’Allan de Montbéliard

ÉVÉNEMENT 11

Florissimo au Parc des expositions de Dijon

Interview Franchement Contemporain

Fragments d’un discours amoureux

L’image du mois

Ali Kazma à la Scène nationale de L’arc au Creusot Du vendredi 12 mars au 30 avril / Vernissage vendredi 12 mars à 18h30 / entrée libre Dans le cadre des Escales orientales, La Scène nationale de L’Arc convie un artiste turc, Ali Kazma, jeune vidéaste qui analyse le monde du travail. Pour se faire, l’artiste se penche sur les détails avec une méticulosité toute scientifique, tant ses observations relèvent parfois de la sociologie ou de l’ethnologie. Un fort sentiment d’objectivité se dégage de ces travaux, que l’on peut cependant ranger dans le champ artistique. A l’image de Clockmaster où Kazma s’attache à montrer les gestes minutieux de l’horloger, le vidéaste nous plonge littéralement dans le savoir-faire des hommes. Il présentant souvent de grandes installations faisant intervenir des écrans géants et multiples, pour transporter le spectateur au plus près de l’activité humaine. Mouvements de caméra lents et plans fixes privilégient une certaine distance, à une époque où les écrans sont envahis de publicités à un rythme effréné. Le gigantisme des installations favorise une immersion dans les images mobiles d’Ali Kazma. Qu’il visite des abattoirs à Istanbul, une clinique du cerveau, un atelier

de modiste, l’artiste se consacre totalement aux activités de chacun, sans chercher l’esthétisation ou la mise en scène. Ce sont les gestes de chaque artisan ou ouvrier mis en valeur, qui procurent une charge esthétique à la vidéo. Selon les sujets, Ali Kazma nous parle de relations humaines (entre un chirurgien et son patient par exemple) ou de questions sociales (à l’image des conditions de travail des ouvriers en usine, proches de la déshumanisation avec leurs gestes robotiques répétés à l’infini). Quand l’art investit le réel, il peut en ressortir de belles choses. - Paul Sobrin -

Ali Kazma, exposition dans le cadre des Escales orientale, L’arc, Scène nationale du Creusot (voir article p.5) Du vendredi 12 mars au 30 avril / Vernissage vendredi 12 mars à 18h30 / entrée libre du mardi au vendredi 13h30-19h - samedi et dimanche 14h30-19h - sauf les 4 et 5 avril Visites commentées un dimanche par mois (dates à préciser) - www.larcscenenationale.fr

avec des peintures aérosol et acrylique. Sur ses toiles, TEA7 essaie d’amener autre chose que le graff qu’il pratique d’ordinaire sur les murs. ‘’A l’aube de mes 34ans, je n’ai jamais lâché l’affaire’’, dit-il. ‘’Seulement maintenant je fais ça de manière plus légale ! On vieillit !’’ TEA7 espère faire encore une ou deux autres expositions durant l’année. Parallèllement, il réalise toujours des fresques avec son crew (son équipe pour les non initiés !) les Travailleurs de l’Ombre, activistes du hip hop reconnus sur le Territoire de Belfort. Si vous lisez ces lignes et possédez un lieu d’exposition, n’hésitez pas à le contacter.

www.myspace.com/tealex © TEA7

© Ali Kazma

Nous avions rencontré TEA7 en février dernier au Catering Café Music d’Héricourt. Il nous avait parlé, en compagnie de Nove du groupe TDO, des fondamentaux de la culture hip hop. Pâtissier de son état, TEA7 est également graffeur depuis l’âge de 12 ans. Lors de l’expo vente à la pâtisserie Maire de Belfort, le public pourra découvrir ses toiles. TEA7 tente de développer un style futuriste, incluant des motifs semblables à des molécules qui se mélangent. Il aime d’ailleurs appeler sa méthode ‘’style moléculaire’’. TEA7 emploie la technique du pochoir pour les toiles,

CHRONIQUES CD 15

OUVREZ LES YEUX 13

THÉÂTRES 9

A découvrir : les toiles de TEA7

Exposition de TEA7, du 1er au 31 mars à la Pâtisserie Maire, 40, avenue Jean Jaurès à Belfort

Fragment solidaire Gotthard Schuh, une approche amoureuse

Diversions Journal d’information culturelle gratuit 12, rue des Vieilles Perrières 25000 Besançon 03 81 57 58 92 - 06 34 12 01 91 www.diversions-magazine.com diversions@orange.fr Editeur : SARL Diversions RCS : 508 184 934

Directeur de la publication : Boban Stanojevic 03 81 57 58 92 - 06 34 12 01 91 diversions@orange.fr Rédacteur en chef : Dominique Demangeot magazine.diversions@yahoo.fr Rédaction : Baptiste Balezeau, Aurélie Bessard, Gilles Bloin, Frédéric Dassonville Dominique Demangeot, Caroline Dreux, Manu Gilles, Nicolas Keshvary Amandine Mannier, Hector Mann, Sébastien Marais, Paul Sobrin, Marc Vincent Comité de relecture : Dominique Demangeot, Caroline Vo Minh

Régie publicitaire : Boban Stanojevic - 03 81 57 58 92 - 06 34 12 01 91 diversions@orange.fr Dépôt légal : mars 2010 © Diversions 2009 Imprimé en Espagne ISSN : en cours valeur : 1,15 euros offert Diversions est diffusé gratuitement sur l’Alsace, la Bourgogne et la Franche-Comté Prochaine parution : 25 mars 2010


Cahier Biennale de la Métropole Rhin-Rhône n°3 - mars 2010 - Besançon, Inventer la société

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La Biennale Rhin-Rhône à Besançon Fourier inaugure la Biennale

En ce jour neigeux de 28 janvier 2010, Besançon ouvre le bal de la première Biennale de la Métropole Rhin-Rhône. Expositions tous azimuts, ateliers et Nuit de l’Utopie sont à l’ordre du jour. Hommage à Fourier tout d’abord, le philosophe de l’utopie né à Besançon, dont la pensée féconde s’est stratifiée en de multiples formes scientifiques, sociales et artistiques. Le meilleur moyen de s’en rendre compte est de pénétrer l’exposition qui se tient au Musée des Beaux-Arts de Besançon sur deux étages. Méticuleusement documentée, elle nous donne à voir les travaux de Fourier, ouvrages d’époque, manuscrits, traités, peintures diverses, histoire de se replacer dans le contexte de ce dix-neuvième siècle fécond en idées et en idéaux. Nous accueillent pêle-mêle les disciples de Fourier, les phalanstères, les fameuses passions, et cette prédilection quasi obsessionnelle du philosophe pour les systèmes en général, et pour l’Harmonie avec un grand H en particulier. Les artistes ont eux aussi emboité le pas de Charles Fourier, tissant à partir de ses théories d’étonnantes sculptures bigarrées, maquettes futuristes, improbables projections de l’esprit. Car l’architecture elle-même s’est vue parcourue d’un frisson utopiste, toute comme ces dessins qu’on croirait nés de main d’enfants, intrépidement colorés, gentiment naïfs. Une partie de l’exposition est bien sûr dédiée au surréalisme qui s’est beaucoup inspiré des recherches de Fourier. L’exposition nous rappelle que ce dernier avait aussi la tête dans les étoiles. C’est ce que semble nous dire cette curieuse machine à aspirer les hommes vers les astres, spécialement créée pour la Biennale. L’art s’immisce dans le social, le reflète, le modèle parfois. Il s’expose dans la grande salle du premier étage, où des toiles contemporaines se sont glissées entre les vénérables peintures de la fin du XVe au début du XXe siècle. Quelques installations au sol. Lits alignés à l’invite suggestive : ‘’Prends-moi’’. Enseigne clinquante et clignotante. Le bar Séduction avance quant à lui des écrans de télévision où des hommes et des femmes vous lancent des œillades, vous draguent ouvertement. L’installation ne laisse pas les visiteurs indifférents. Ca crie, ça éclate de rire.

L’exposition nous rappelle que Fourier avait aussi la tête dans les étoiles. C’est ce que semble nous dire cette curieuse machine à aspirer les hommes vers les astres, spécialement créée pour la Biennale. La Nuit de l’Utopie

© Peter Cook On mesure l’influence de Fourier sur plusieurs générations, notamment dans les années 70 où les utopies fleurissaient à chaque coin de rue. Fourier a pressenti le féminisme, les grandes utopies sociales du XIXe siècle, volonté de s’affranchir du travail aliénant pour en faire un élément de développement personnel. Et puis l’utopie fouriériste, c’est aussi la fête, le divertissement envisagé comme une création permanente. L’obsession de Fourier pour les correspondances, les systèmes et les analogies s’appréhende aisément dans les œuvres de grande taille qui nous entourent, issues de monde alternatifs et emplis d’optimisme. Et peu importe que cette drôle de machine ne fasse que simuler l’envol au moyen d’un ventilateur vous fouettant doucement le visage. C’est la brise qui importe, cette douce caresse induite par nos utopies. www.musee-arts-besancon.org

prêtre, a fait imprimer une trentaine de phrases latines qu’il a détournées, retournant la langue avec ce qu’il faut d’irrespect. De cet idiome vestige du passé, il a tiré des expressions dont beaucoup contiennent des termes à forte connotation sexuelle. On attend avec impatience la réaction des passants puisque ces locutions seront placées dans les supports d’affichage public. Présence étrange et anachronique en plein centre-ville du latin disparu, archéologie langagière doublée d’une perverse hybridation. Certains mots piquent notre subconscient, réactivent des souvenirs, mots fantômes qui nous chatouillent. Le vénérable latin nous tire la langue. www.pavedanslamare.org www.jeromeconscience.com

Bona Mens

Il n’y aura finalement pas d’œuvre pérenne dans une rue de Besançon, comme c’était prévu au départ, mais les locutions latines de Jérôme Conscience s’affichent bien en ordre de bataille dans la galerie du Pavé dans la Mare. L’artiste, aidé notamment d’un ami

Note pour plus tard : proposer à l’Ecole Régionale des Beaux-Arts de renouveler l’opération. Des portes ouvertes nocturnes de ce type-là, on en voudrait plus souvent. L’ambiance est à la déambulation parmi les oeuvres, les projections, les gens. Si la division entre utopies scientifique, sociale, politique et esthétique ne nous saute pas aux yeux, on apprécie l’atmosphère détendue, les groupes se formant ici et là malgré le froid, tenu à bonne distance il est vrai par des verres de soupe chaude. On s’arrête un peu plus longuement au premier étage où une exposition retrace la lutte sociale à Besançon dans les années 70, le combat de l’usine Lip, mis en regard avec des travaux d’artistes contemporains. Comment accueillons-nous, en 2010, l’héritage laissé par ces années de lutte ? L’exposition centrale est celle montée par Philippe Terrier-Hermann, ‘‘Copacabana n’existe pas !’’, réflexion sur la notion de territoire, particulièrement pertinente dans le contexte de la Métropole Rhin-Rhône. L’arrivée prochaine de la LGV fera de villes comme Besançon et Mulhouse des proches banlieues. Il est peut-être temps de redéfinir la notion de territoire, à une époque où les transports et les modes de communication bouleversent nos habitudes et nos systèmes de représentation. www.erba.besancon.com

© Silbermann

- Dominique Demangeot -

Israël-Palestine : la paix comme utopie Parmi les utopies tous azimuth que nous proposent nos semblables, la paix est certainement l’une des plus souvent mises en avant. Peut-être aussi la plus mise à mal. L’utopie par excellence. Depuis 2004, la Ville de Besançon a établi des relations de coopération avec Aqabat Jabr en Cisjordanie. Deux artistes bisontins se sont rendus là-bas pour donner leur vision de la ville et des deux communautés palestiniennes et israéliennes qui y vivent. Aqabat Jabr est l’un des 58 camps de réfugiés palestiniens. La motivation principale de la coopération de Besançon avec la ville est l’amélioration de l’accès à l’eau, rendu difficile à cause du climat sec et de la situation de guerre. Besançon aide Aqabat Jabr à rénover le réseau d’eau et d’assainissement du camp. Il assiste aussi la population dans l’assimilation de petits gestes simples pour économiser l’eau si précieuse. Deux artistes racontent, chacun avec leurs armes, la vie dans le petit camp d’Aqabat Jabr. Michel d’Anastasio calligraphie et Lin Delpierre photographie ces vies palestiniennes et israéliennes. Le résultat de leur travail

Une des calligraphies de Michel d’Anastasio exposée Grande Rue à Besançon

a été tendu entre les maisons de la Grande Rue à Besançon, grands panneaux accro-

chés au-dessus de nos têtes qui nous interrogent, nous obligent à élever notre regard

au sens propre comme au sens figuré. Deux arts entremêlés comme le sont les destins des deux communautés juives et arabes. Michel d’Anastasio a travaillé sur l’alphabet hébreux et Lin Delpierre a quant à lui décrit avec acuité la vie dans le camp palestinien d’Aqabat Jabr. Michel d’Anastasio s’est ouvert à la calligraphie hébraïque pour rendre hommage à la branche maternelle de sa famille, juive séfarade chassée d’Espagne en 1492 avant de s’installer sur l’île de Gozo (archipel Maltais). En août 2004, s’il connaissait la lettre hébraïque carrée, il découvre lors d’un voyage en Israël la lettre cursive, qu’il estime plus libre. Il y voit l’opportunité d’y appliquer un traitement esthétique moderne, comme il l’avait déjà fait avec l’alphabet latin. Michel d’Anastasio travaille alors les lettres hébraïques, découvrant une culture en même temps qu’il appréhende l’alphabet hébreu. Une exposition aux cimaises atypiques qui fait se côtoyer deux histoires, deux trajectoires et deux souffrances, évitant l’unilatéralisme ou le partisanisme qui émaillent très souvent le conflit israélo-palestinien.


Repérages

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Escales orientales à L’arc, scène nationale Après le Québec, l’Afrique et les Caraïbes, la Scène nationale du Creusot nous convie à un voyage en terres d’Orient, à travers un mois de spectacles tous azimuts qui nous mèneront de la musique à la danse, du théâtre au cinéma. L’occasion de découvrir les multiples facettes de cet Orient, la Turquie et le Liban, deux pays qui entretiennent chacun des relations privilégiées avec la France. Ces escales orientales nous proposent de découvrir la danse derviche, la philosophie soufie, accueillant des artistes comme Ibrahim Maalouf et Ali Kazma qui porte son regard sur le monde du travail (voir p.3). La danseuse tunisienne Leïla Haddad rendra hommage à la grande cantatrice et comédienne égyptienne Oum Kalsoum. Le metteur en scène algérien Kheireddine Lardjam et le libanais Rahib Mroué seront également présents, parmi d’autres propositions artistiques. Nous vous proposons ce mois-ci de faire escale dans deux de ces spectacles.

Galata Koprüsü

La Turquie, pays de métissage par excellence, à cheval entre l’Orient et l’Occident, est naturellement une terre où le jazz, musique de mélanges et d’expérimentation, compte de nombreux adeptes. Akhab, Nicolas Beck et Grégory Dargent proposent ainsi une création pour ces Escales orientales. Galata Koprüsü est un estuaire qui relie les quartiers traditionnels d’Istanbul et le quartier moderne, symbole des différentes époques d’une ville cultivant les oppositions. L’année de la Turquie en France est l’occasion pour le groupe d’électro-jazz dijonnais Akhab de mêler différentes esthétiques autour de deux instruments traditionnels turcs, le Saz et le Ta-

hru. Des thèmes traditionnels seront arrangés et côtoieront des compositions originales. - Manu Gilles -

sam 13 mars à 21h / voix Sandrine Conry / clarinettes Pierre-Hervé Angilbert / trompette, buggle Aurélien Joly / guitare Guillaume Bobst / clavier Mickaël Sévrain / batterie, percu, loops Ludovic Jobert / tahru Nicolas Beck / violon Yovan Girard / son Robin Mory - coproduction CRJB, L’arc – Scène nationale du Creusot et KOG association

Contes soufis

Le soufisme est un courant mystique et ésotérique de l’Islam, antérieur à cette religion à laquelle il s’est adapté à partir du VIIIe siècle. Ecole de sagesse, c’est une philosophie ouverte sur le monde qui combat les dogmatismes. La compagnie El Ajouad nous présente des contes issus de cette tradition, qui diffusent les préceptes du soufisme. Des histoires qui vont au-delà de la simple narration et du divertissement, pour pointer des idées plus profondes. Créée à Oran en Algérie en 1998 par Kheireddine Lardjam, la compagnie El Ajouad fait connaître les auteurs contemporains, venus en particulier d’Algérie. Face au terrorisme, le théâtre reste un élément de lutte par la pensée. S’ils tournent en Algérie, les spectacles de la compagnie sont également diffusés en France. Kheireddine Lardjam est très attaché à mêler le jeu théâtral au mouvement, au chant et à la musique. Dans Contes soufis, Marie Louët et Kheireddine Lardjam

nous présentent différents contes qui seront essentiellement chantés par Larbi Bastam. Accompagné d’un luth, il interprétera des chants du ‘‘Diwane’’, pour atteindre le Hal (plénitude) et la Jedba (transe). - Marc Vincent -

sam 13 mars à 19h30 / merc 17 mars à 15h - tout public à partir de 10 ans Compagnie El Ajouad - mise en scène Kheireddine Lardjam, avec Marie Louët, Larbi Bastam, Kheireddine Lardjam - production Cie El Ajouad et L’arc – Scène Nationale du Creusot - Bertrand Dermornieux -

Escales orientales, L’arc, scène nationale du Creusot, du 12 au 27 mars 2010, www.larcscenenationale.fr


Musiques

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Panama Al Brown Panama Al Brown s’inspire du récit du peintre Eduardo Arroyo nous contant l’histoire d’Alfonso Teofilo Brown, dit Panama Al Brown, boxeur de génie issu des bas fonds du Panama. Roland Auzet, artiste associé à l’Espace des Arts, s’empare de cette histoire pour en faire un spectacle de théâtre musical regroupant plusieurs disciplines artistiques. L’intention est d’effectuer des allers-retours entre la vie intérieure du boxeur, et son existence à Panama et à New York. Ce contraste entre le rugissement du New York des années 30 et l’intimité du moi devrait particulièrement saisir l’attention du public, à travers des flash-backs.

Musique, danse et combat

Combattre pour survivre

Compositeur et percussionniste, Roland Auzet

Il existe un lien évident entre la boxe et la danse, sport mêlant combat et art du déplacement, presque une chorégraphie

L’histoire de Panama Al Brown

Le beau et le laid

Il existe donc un lien évident entre la boxe et la danse, sport mêlant combat et art du déplacement, presque une chorégraphie. Et de là à comparer les déplacements du boxeur à une partition musicale méticuleusement réglée, il n’y a... qu’un pas. La dimension sociale sera également mise en avant, Arroyo décrivant par le détail l’enfance difficile du boxeur au Panama puis à New York en tant qu’immigré. Chasse-croisé entre la gloire et la déchéance, le beau et le laid. La concurrence sera elle aussi un objet d’étude dans le spectacle, cette force qui pousse l’individu à abattre son prochain pour obtenir le titre, à la fois destructrice et génératrice de victoire, d’accomplissement. Roland Auzet fera intervenir des images de Happy Slapping, vogue qui s’est développée récemment sur internet, consistant à filmer des attaques plus ou moins violentes, effectuées par surprise sur des passants dans la rue, phénomène préoccupant, amplifié par internet, qui va puiser dans les instincts les

© Eduardo Arroyo

Images vidéos et capture en temps réel des interprètes seront mêlées, diffusant images sur la boxe et sur les danses traditionnelles, projetées sur un plafond mobile au-dessus de la scène-ring. Un ring comme pour symboliser que la vie dans son ensemble s’apparente à une compétition. La loi du plus fort. Il y a en effet une corrélation évidente entre l’ascension de Panama Al Brown, qui s’est extirpé de son milieu défavorisé à la force de ses poings, et la boxe elle-même. Son destin si particulier tient peut-être à ses centres d’intérêt divers, pris de passion pour la boxe mais aussi la musique et la danse. L’homosexualité de Panama al Brown a été un autre motif de ségrégation, parallèlement à sa couleur de peau, dans la première moitié du XXe siècle.

a dû être particulièrement sensible au rythme de la boxe, les petits pas rapides des boxeurs, leurs mouvements de bras et de jambes. Des morceaux de texte parlé et traités électroacoustiquement seront également utilisés. La partition sera interprétée par une mezzo soprane et le quatuor à cordes Kaléïdoscope. Le spectacle commence dans un cabaret tenu par une prostituée, où le boxeur déchu nous conte sa carrière éblouissante avant la chute. Le dialogue chanté entre le comédien et la mezzo soprane se veut sensuel et sombre, illustrant l’immédiateté du corps. Pour Roland Auzet, le boxeur et la prostituée sont deux ‘’travailleurs physiques’’, chacun dans leurs catégories. Ils ont ce point en commun.

plus noirs de l’individu, son goût pour la violence mise en scène, source de satisfaction. La dimension voyeuriste, que l’on peut mettre en rapport avec le spectacle violent de la boxe, sera donc également présente dans le spectacle. - Marc Vincent -

Panama Al Brown, Auditorium du Conservatoire, 23 mars à 20h www.mosaiques-chalon.com www.espace-des-arts.com

Panama Al Brown est un fils d’esclave libéré du Tennessee. Né dans un quartier défavorisé du Panama, Alfonso devient orphelin à treize ans et traîne dans les rues. Il devient boxeur professionnel à vingt ans et champion poids mouche en 1922. Il tente sa chance en arrivant clandestinement à New York, vit quelques temps d’expédients avant de se remettre à la boxe et devenir champion du monde en 1938. C’est l’histoire de ce boxeur de légende que nous conte Eduardo Arroyo, la rencontre avec Cerdan, avec Cocteau, le monde dur de la boxe, l’histoire tragique et belle de ce sportif mort dans l’indifférence et le dénuement le plus total.

L’opéra à l’honneur au Théâtre musical L’opéra témoigne de ce que furent la vie et la pensée humaine à travers les siècles, un spectacle complet représentant l’histoire d’un autre monde et de notre monde, dont les dires ne sont que chansons, et dont les actions et sentiments ne sont que musique. Le Théâtre musical de Besançon et le Théâtre de l’Espace nous donnent à voir, durant les mois de février, mars et avril, plusieurs aspects de ce genre à part entière qui a marqué l’histoire de la musique.

A suivre en mars et avril au Théâtre musical : Barbe-Bleue Offenbach – Jeudi 4 et Vendredi 5 mars à 20h au Théâtre musical Le Concile d’amour de Musseau – Jeudi 25 Mars à 19h et Vendredi 26 mars à 20h30 Au Théâtre de l’Espace Cosi fan tutte Mozart – Jeudi 1er avril à 20h au Théâtre musical - www.letheatre-besancon.fr

Barbe-Bleue illustration d’une nouvelle collaboration entre le compositeur et Da Ponte après Les Noces de Figaro et Don Giovanni. Cet opéra base son intrigue sur un pari apparemment absurde, mais qui vise en vérité à dénoncer l’amour utopique et le sentimentalisme. Durant ces deux mois, le Théâtre musical de Besançon et le Théâtre de l’Espace nous invitent donc à côtoyer l’opéra sous toutes ses formes et à travers les siècles. Du baroque

au bouffe, en passant par le contemporain sans oublier les grands classiques, vous pourrez explorer l’opéra à travers les âges, en découvrir les différentes caractéristiques et voyager à travers les couleurs musicales de différentes époques. Que vous soyez amateur ou que vous souhaitiez découvrir ces opéras, vous pourrez le faire à travers les yeux de cinq metteurs en scène actuels : Christophe Rauck, Pierre Guillois, Jean Bellorini, Marie Ballet, Jean-Pierre Larroche et Yves Beaunesne. Ainsi, vous serez en mesure de

Cosi fan tutte le 1er avril

© Delahaye

Rendez-vous est ensuite pris en mars avec le célèbre conte de Barbe-Bleue vu et mis en musique par Offenbach, inventeur de l’opéra bouffe français et Le Concile d’amour de Michel Musseau, œuvre contemporaine, satirique et tragique qui accuse et s’insurge contre l’autoritarisme. Le très célèbre, éternel et classique Mozart clôturera en avril ces deux mois d’opéra avec Cosi fan tutte,

- Aurélie Bessard -

© Natali Martinez

Fidèle à la généalogie de l’opéra, c’est Monteverdi qui ouvrait ce cycle en février dernier avec son Couronnement de Poppée, œuvre baroque qui innove au sein des opéras italiens de l’époque en empruntant son sujet à l’histoire. Cette création est l’une des plus belles du compositeur, mettant en scène les émotions de la vie réelle et leurs incarnations. Diorama de personnages troublés par l’amour c’est, dans cet opéra, l’amour illicite et dévot qui triomphe de l’amour légitime. Orientalisant, l’opéra de Carl-Maria von Weber, Abu-Hassan, nous conviait à un deuxième voyage dans l’univers des mille et une nuits. Œuvre de jeunesse du compositeur, cet opéra est une agréable turquerie qui vous fera découvrir le genre dans ce qu’il a de plus comique, amusant et rêveur.

pénétrer ces œuvres avec le nouveau regard qu’offre la mise en scène contemporaine, ou les redécouvrir avec l’œil de la postérité. Libre à vous d’en apprécier ou non la nouveauté !

Le Théâtre musical de Besançon et le Théâtre de l’Espace nous invitent à côtoyer l’opéra sous toutes ses formes et à travers les siècles


Musiques

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Izia et Renan Luce à Dijon On se dit que l’avenir de la chanson française de porte bien, au vu des jeunes pousses de notre scène française et leur ascension fulgurante. Il y a trois ans, Renan Luce faisait une entrée discrète dans le paysage musical français, terminant sa première tournée en fanfare en remplissant quelques Zéniths… Izia, dans un registre plus rock, prend le même chemin malgré son jeune âge, à peine 20 ans…

les jeunes pousses de notre scène française et leur ascension fulgurante

Izia le 13 mars à la Vapeur de Dijon

sur les couplets, rageusement punk sur les refrains, et même quelques chœurs pour arrondir quelque peu les angles. Mis à part cela un son nu, brut même. La production du premier album a su préserver cette sève rock coulant dans une voix toute en reliefs et en aspérités, qui vous accrochent l’oreille en quelques secondes. Des couleurs plus funky sur Blind où la voix s’encanaille sur une montée de quatre

© Julien Mignot

© Jean-Baptiste Mondino

En avril 2006, son prénom s’écrivait déjà sur le programme du Printemps de Bourges, âgée seulement de quinze ans. Depuis Izia a fait son chemin et aujourd’hui son talent est véritablement porté au grand jour. Emportée dans la mouvance d’un rock féminin au même titre que Mademoiselle K et Nadj, Izia semble faire preuve d’une assurance étonnante vu son jeune âge. Pour sa première apparition au Printemps de Bourges elle se présentait seule sur scène, égrainant des arpèges sur sa Rickenbacker. Si l’on peine à deviner son regard sous sa frange épaisse, sa voix elle apparaît clairement, assurée et propice à de belles modulations. La scène est un environnement qu’Izia maîtrise déjà à la perfection du haut de ses vingt printemps. Sur Let Me Alone la voix nous arrive légèrement fêlée comme une porcelaine fragile, supportée par quelques accords de guitare, tandis que la chanson monte lentement en régime, prémisse à une explosion tout ce qu’il y a de plus rock. Il va falloir s’habituer à ces brusques montées de tension chez la jeune fille. Ainsi Lola s’impose là encore comme du rock martelé à coups de grosse caisse obstinée, guitare dopée au flanger et vacillante

accords et de brèves poussées plus aigües. Pour ceux qui ne la connaitraient pas encore, Izia est immanquable à La Vapeur de Dijon. Izia, La Vapeur, Dijon, 13 mars

Renan Luce

Tout semble sourir à Renan Luce ces tempsci. Après un premier album au succès que l’on connait en 2006 (deux Victoires de la

Le retour de Pierpoljak à la Vapeur de Dijon On aurait pu penser que Légendaire Sérénade, le nouvel album de Pierpoljak paru le 8 février, eût été conçu dans une région des Caraïbes. Mais il n’en est rien. Il a été enregistré ‘’dans la belle ville de Toulouse, et mixé à Paris’’, explique le chanteur. Il nous confie même qu’il n’a ‘’même pas pris l’avion’’, pour aller le créer, ‘’juste le corail Intercité –Quimper-Toulouse de huit heures du matin’’. Pierpoljak répond à nos questions depuis son domicile à La Rochelle, disponible et serein. - Propos recueillis par Frédéric Dassonville -

Sur le nouveau disque as-tu abandonné le roots ? Non je n’ai abandonné ni le traditionnel, ni l’extrêmement ancien, ni même le moderne, j’explore juste la musique. Cela dit, ce disque est tout de même assez roots ! Sur Kingston Karma en 1998, tu prétendais ne pas savoir jouer autre chose que du reggae. Ici tu te fais mentir, non ? C’est insidieux ça… [rires]. Je ne m’éloigne pas de ça, il en reste une teinte de ce reggae music. Mais il est vrai que j’ai baissé le son, c’est plus folk et caribéen. La Caraïbe est ma région d’adoption et j’ai toujours baigné là-dedans. J’avais vraiment envie qu’on comprenne les paroles au-dessus de la musique. La musique t’a inspiré pour les thèmes ? J’ai une espèce de méthode que j’applique depuis treize ans : je gratouille des accords sur une petite guitare d’étude, là-dessus je pose des mélodies. Si ces mélodies sont bien, effectivement je mets des paroles dessus, se-

lon ce que la musique dégage. C’est ce que je fais en général. Les thématiques sont traitées quelque peu différemment que sur les albums précédents. C’est bien de dire ça ! C’est en effet traité différemment, tout en restant un peu les mêmes. Pour une fois j’ai fait un boulot sur l’écriture, alors qu’au tout début j’étais mauvais. Auparavant, dans les paroles, j’avais de la haine et de la rancœur en moi. J’ai changé cela au fur et à mesure. C’est la première fois que je passe autant de temps sur mes textes. Quand tu reconnais avoir eu ‘’la haine’’, penses-tu à des morceaux comme Police ? Il y a des problèmes bien plus importants que ceux que l’on peut avoir avec la police. Je pense plutôt à des problèmes familiaux. On s’y fait moins facilement que les problèmes de police ou de prison, ceux-ci, on sait ce que c’est… Ton premier album, en 1997, avait un son plus artisanal. C’est parce qu’à l’époque on n’avait rien pour le faire. Les disques que j’ai pu enregistrer en Jamaïque sonnent bien grâce au savoir-faire des gens de là-bas. Ca a été réalisé véritablement artisanalement parlant. Là-bas c’est folklorique, plus que vous ne pouvez l’imaginer ! Pourquoi ne pas avoir enregistré l’album dans les Caraïbes pour mieux t’en imprégner ? Vu que j’ai passé beaucoup d’années làbas, la Jamaïque, je connais. Là j’avais envie d’être tranquille. Ce disque je l’ai fait tout seul, juste avec un collègue, en l’occurrence Georges Baud dans son studio à Toulouse.

Une fois que la construction était faite à deux, nous avons fait jouer quelques plans. D’ailleurs je dois préciser que j’ai joué la basse dans sept morceaux, et c’est la première fois que ça arrive [rires]. Pourquoi as-tu pris autant de temps pour faire cet album par rapports aux anciens opus ? Je n’étais plus dans l’optique de faire des albums, mais comme j’aime beaucoup la musique j’ai réussi à faire quelques petites chansons. Je les ai fait écouter aux gens qui travaillent avec moi, et ils m’ont encouragé. Alors j’ai continué. Le 12 mars prochain tu vas entamer une tournée qui va durer jusqu’au 3 juin. Comment vont cohabiter les anciens morceaux plus reggae avec les nouveaux titres teintés de folk et d’une atmosphère Caraïbe ? Pour les concerts ce sera une sorte d’équilibre entre les deux : un peu moins bourrin pour les anciens, et les nouvelles compos seront légèrement plus musclées. En ce début février les répétitions sont commencées et ça donne quelque chose de pas mal. Avant la tournée, tu seras également sur une soirée d’hommage à Bob Marley qui, hasard du calendrier, fêterait aujourd’hui même (6 février 2010) ses soixante-dix ans. Cela se passera à La Java, une salle parisienne... Oui, et c’est la première fois que je vais chanter du Bob Marley en live. Je me suis bien entraîné car ce n’est pas possible de bluffer ! Pierpoljak, Vapeur de Dijon, 2 avril à 21h (+ Sai) www.pyrprod.fr - www.lavapeur.com

Musique en 2008), le jeune homme originaire de Paris bien dans ses baskets s’est très vite fait un nom sur la scène française, avec des morceaux entre folk et rock aux textes soignés. Son nouvel album, Le clan des miros sorti en octobre dernier, met une nouvelle fois en avant sa voix doucement rocailleuse, avec le même parti pris de simplicité dans les arrangements . Mais si Renan Luce a bien une qualité, c’est celle de la concision, dire beaucoup avec peu de mots et de notes. Cette simplicité, le chanteur a su l’exploiter, aidé en cela par le producteur Jean-Louis Piérot, qui s’était déjà illustré avec Bashung ou Miossec, mettant en valeur ces petites tranches de vie très cinématographiques (et souvent caustiques sous couvert de naïveté) que Renan Luce excelle à raconter, avec son air de ne pas y toucher. Le chanteur a su s’imposer en douceur. Celui qui partage aujourd’hui la vie de la fille de Renaud, est définitivement entré dans la grande famille des chanteurs français, et n’est pas loin de devenir la nouvelle référence nationale dans ce domaine. Renan Luce, Zénith de Dijon, 1er avril - places à 6,70€ pour tout enfant de moins de 10 ans accompagné d’un adulte - Manu Gilles -

www.pyrprod.fr


Musiques

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Mass Hysteria et Pigalle au Moulin de Brainans Au mois de mars, le Moulin de Brainans fête dignement le retour du printemps avec deux têtes d’affiches. Mass Hysteria viendra présenter son nouvel album Failles, sorti en 2009, tandis que François Hadji-Lazaro poursuivra sa tournée de retrouvailles avec ses fans. Pigalle s’invitera au Moulin avec, en première partie, les bisontins du groupe InnerSea dont nous vous avions parlé en décembre dernier.

Les Garçons Bouchers avaient su mêler dans les années 80 la fureur du rock alternatif et la dimension contestataire de la chanson réaliste.

Mass Hysteria

Après Une somme de détails qui revenait à un son plus brut, Mass Hysteria est de retour avec un nouvel album, Failles, toujours aussi direct malgré le temps qui passe (16 ans d’existence pour la formation). Le groupe conserve la même recette d’un métal puissant et sans fioritures, servant une fois encore les textes engagés et ‘’furieux’’ de Mouss. Après la première partie de Metallica aux Arènes de Nîmes en juillet dernier, le groupe poursuit sa tournée et continue de fustiger l’économie actuelle, mettant en avant un magma de riffs coupants sur des rythmiques carrées et en béton, tandis que les machines ont su se faire plus discrètes. A l’image de l’homme essoufflé qui ouvre l’album, Mass Hysteria chante toujours l’urgence et le besoin de changer les choses, ce ‘’plancher de l’exploitation’’ dont parle Mouss le chanteur.

Pigalle

Les Garçons Bouchers avaient su mêler dans les années 80 la fureur du rock alternatif et la dimension contestataire de la chanson réaliste. Ce mariage improbable entre les guitares et les accordéons avait également

présenter le nouvel album de Pigalle, Des espoirs sorti le 8 février dernier.Une nouvelle fois Pigalle mêle pléthore d’influences et d’esthétiques musicales, n’oubliant pas les instruments traditionnels (dont la fameuse vielle à roue), avec cette envie intacte de mélanger aussi les publics et de favoriser la découverte.

propulsé Pigalle sur le devant de la scène. A la tête de tout ce petit monde, Francis Hadji-Lazaro, inarrêtable chanteur-leader et fondateur du label Boucherie Production qui accueille une kyrielle de groupes aujourd’hui devenus cultes (Mano Negra, Gabriel Yacoub entre autres). Jouant de plus de 25 instruments (guitare, violon, accordéon, vielle à roue, cornemuse, banjo, violon, ukulélé, oud, mandoline…), Francis Hadji-Lazaro commence sa carrière dans le métro avant de créer Pigalle en 1982 puis Les Garçons Bouchers

en 1985. Pigalle s’éteint en 1998 et Hadji-Lazaro produit alors quelques albums solo. Le groupe renait pourtant de ses cendres en 2008 avec Neuf & occasion, double album avec dix-huit titres anciens du groupe et six inédits (+ un DVD documentaire et sept clips de Pigalle). Les textes jouent toujours la fibre de l’engagement avec une réflexion sur les sans-papiers et les exclus en général, l’environnement… Mais Pigalle c’est surtout un véritable patrimoine rock/chanson revisité à l’occasion de cette nouvelle tournée, pour

A noter en première partie la présence du groupe bisontin InnerSea qui présentera des titres de son nouvel album Nowhere Asylum sorti sous format digital en décembre dernier. www.myspace.com/innerseamusic - Sébastien Marais -

A suivre en mars au Moulin de Brainans : Mass Hysteria + Symbio + Barson Bud’s, 13 mars (la soirée, organisée en partenariat avec l’association La Crue, accueillera le lauréat du tremplin 2008, Symbio et son groove/metal) Pigalle + InnerSea, 26 mars www.moulindebrainans.com

Pura Fe’ à l’Allan Comme tout véritable chanteur de blues, Pura Fe’ met sa vie dans sa musique. Après avoir perdu sa maison en Caroline du Nord faute d’argent, elle déménage à Seattle et rencontre un guitariste, Danny Godinez, avec qui elle va enregistrer Hold The Rain, l’album qui la révèlera sur la scène blues en 2007. Pura Fe’ sera sur la scène de l’Allan le 16 mars prochain. La voix à la tessiture étendue de Pura’ Fe lui permet de se frotter indifféremment aux chants indiens, au blues, au jazz et au gospel. Une musique profondément américaine car métissée. On perçoit même parfois des traces plus modernes de chant R’n’B dans la façon de pousser la voix. Entre scansions amérindiennes et R’n’B, 250 ans de rencontres, de sang et de guerre, toute une Histoire qui donne à la musique de Pura Fe’ son épaisseur et sa moelle. Son art est la synthèse de peuples multiples. Dans ses veines cheminent des sangs noir, amérindiens, irlandais, sud américains, mosaïque génétique qui prend corps naturellement dans sa musique. Elle nous rappelle aussi que les incantations de Robert Johnson trouvent un écho troublant dans les chants amérindiens traditionnels - et notamment chez les Tuscaroras, tribu d’où elle est originaire -. Aussi à l’aise dans la pop - ce Let Heaven Show que ne renierait pas Joan Baez -, que dans les musiques plus traditionnelles voire ancestrales, Pura Fe’, comme l’apostrophe accrochée à son prénom, ne suit pas une ligne droite, et c’est tant mieux. Pura’ Fe a sorti récemment un nouvel album, Full Moon Rising, où elle prend encore de l’assurance avec cet opus étoffé d’influences diverses. L’album s’ouvre sur Red, Black On Blues, comme pour délimiter les limites de sa musique entre tradition amérindienne et blues des esclaves noirs d’Amérique, gospel teinté de blues et voix exaltée.

Les choses changent radicalement sur Borders (la frontière toujours...) avec un blues funky et électrique. Qu’elle reprenne la folk de Joni Mitchell ou une version habitée d’Hard Time Killing Floor du glaçant Skip James, qu’elle célèbre la femme d’une belle voix rocailleuse (Women Sacred) ou les percussions cardiaques amérindiennes mêlées à des éléments plus modernes (Daughters), Pura Fe’ n’a pas dévié de son chemin. Les belles harmonies de Mahk Jchi, inspirées d’une mélodie amérindienne millénaire, rappellent les berceuses irlandaises, preuve de l’influence des peuples indiens sur les colons d’Europe. Pura Fe’ nous parle de frontières, de traditions, convoque la terre, l’air, l’eau et le feu avec un éclectisme qui fait plaisir à entendre. - Sébastien Marais et Dominique Demangeot -

Pura Fe’, Théâtre de l’Allan, Montbéliard, 16 mars www.lallan.fr


Théâtres

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Fragments d’un discours amoureux En mars, Roland Barthes s’invite à l’Espace des Arts. Après une introduction à la pensée de l’universitaire en octobre dernier, lors d’une lecture de Simon Eine, c’est Arnaud Churin qui met aujourd’hui en scène Fragments d’un discours amoureux, œuvre phare de Barthes. Ce dernier y fait de l’amour son principal champ d’investigation, n’hésitant pas (et là réside la différence majeure avec un travail purement universitaire) à dévoiler sa propre intimité. Un Barthes intime, mais aussi perspicace et en phase avec nos sentiments les plus profonds, c’est ce que nous propose de découvrir Arnaud Churin. L’amour donc. Vaste sujet, propice aux interprétations les plus diverses. L’amour propre à chacun. Barthes envisage le sujet en bon universitaire, présentant son texte sous forme de figures pour montrer toutes les facettes du sentiment amoureux. ‘’Absence’’. ‘’Adorable’’. ‘’Ecrire’’. ‘’Exil’’. ‘’Faute’’… Il part du principe que le discours amoureux, s’il est commun à tous, est également sousestimé voire dénigré, parlant dès le départ d’une ‘’méthode dramatique’’, ’’mettre en scène une énonciation, non une analyse’’. Barthes nous entretient aussi de faits très intimes qui ont à voir avec sa vie personnelle, sa très grande complicité avec sa mère, ses relations amoureuses.

Barthes et le langage

C’est tout l’intérêt des fragments de se situer entre l’analyse scientifique et cette magie, l’irrationnel du sentiment amoureux né de la fascination d’un être pour un autre, qu’elle soit ou non réciproque. Et ce même si le langage peine à décrire avec acuité le sentiment amoureux. ‘’Bien souvent, c’est par le

‘‘Vouloir écrire l’amour, c’est affronter le gâchis du langage’’

Roland Barthes, Fragments d’un discours amoureux

Barthes et le couple

langage que l’autre s’altère’’, écrit Barthes. Et si ce dernier affirme le pouvoir des mots comme catharsis, l’amour est aussi cause de souffrance. Barthes nous dit même qu’il est anxiogène, ‘’dès l’origine de l’amour’’.

Barthes et la représentation

‘’L’amoureux reconnaîtra les figures qui jalonnent le souvenir de son état amoureux’’, explique Arnaud Churin. Barthes nous donne en effet à voir des situations de langage communes à tous. Sa langue est belle, déliée et concise. Barthes avoue s’essayer lui-même à l’écriture et constate d’abord sa faiblesse. C’est cette langue qu’Arnaud Churin a souhaité mettre en valeur dans le spectacle. ‘’La langue de Barthes est tellement juste, tellement équilibrée que tout doit concourir à en faire le centre de la représentation’’, nous dit le metteur en scène. Le décor nu, l’absence d’objets contribueront à renforcer cet attrait

de la langue, tout son poids. Et puisque les mots composent une mélodie, une danseuse évoluera sur les phrases de Barthes, sans qu’il ne soit besoin de recourir à une musique. Dans Fragments, Barthes a également noté cette concomitance entre les mots et le corps. Pour lui, ‘’le langage est une peau’’. Arnaud Churin a tenté de faire sienne cette enveloppe.

Barthes et le corps

Car l’amour est aussi physique. Barthes intitule d’ailleurs certains de ses fragments ‘’Le corps de l’autre’’, ‘’Contact’’, nous entretenant des représentations du désir dans notre société. ‘’La culture de masse est machine à montrer le désir’’, écrit-il. L’amour implique également tout un système de représentations qu’explore Barthes comme il explore cet ‘’imaginaire amoureux’’ dont il parle.

Pour personnifier cette communion entre auteur et metteur en scène et aussi, bien entendu, entre texte et public, des fragments du discours sont dits par deux amoureux qui veulent affirmer leurs liens intimes, ‘‘chacun prisonnier dans cette solitude’’. Des figures, prises dans le livre, sont dites, en totalité ou en extraits. Arnaud Churin a souhaité conserver par moments le fil d’une narration. Le couple est accompagné par une danseuse qui incarne la dimension charnelle du sentiment amoureux, cette dernière n’étant pas occultée dans le livre de Barthes, bien au contraire. Mais l’amour est aussi une solitude, une énigme, un abyme. Barthes met en lumière cette ambivalence de l’amour, comme une errance, qui fait qu’on le cherche à chaque instant. - Dominique Demangeot -

Fragments d’un discours amoureux, d’après l’ouvrage éponyme de Roland Barthes, mise en scène : Arnaud Churin, Espace des Arts, Chalon-sur-Saône, du 9 au 12 mars à 20h - www.espace-des-arts.com

Van Gogh, autoportrait Le Théâtre Dijon Bourgogne nous présente deux génies insoumis : Vincent Van Gogh et Antonin Artaud, artistes maudits qui ont lié à jamais leurs existences à leur art. A l’invitation de François Chattot, Jean O’Cottrell a décidé de rejouer une pièce qu’il avait créée au début des années 80 autour du peintre.

‘‘Car un aliéné est aussi un homme que la société n’a pas voulu entendre et qu’elle a voulu empêcher d’émettre d’insupportables vérités’’ Antonin Artaud, Van Gogh, Le suicidé de la société

Van Gogh, autoportrait nous donne à entendre les échanges épistolaires entre Vincent van Gogh et son frère Théo, parallèlement au texte Le suicidé de la société, qu’Artaud consacrait en 1947 au peintre. En 1981, Jean O’Cottrell rencontrait une première fois Van Gogh sur scène, dans Vincent ou la folie d’être. Il retrouve ici la chambre en Arles du peintre. Le plateau est nu, à peine perturbé par une chaise répiécée, un vase en terre cuite, quelques iris, l’indispensable chevalet, une valise, comme pour mettre en lumière la solitude souhaitée de Van Gogh, ascèse nécessaire à la création qui transpire si bien dans le fameux tableau ‘‘La chambre’’ (1888).

Dans Le suicidé de la société, Artaud s’est attaché à décrire la force musicale du peintre hollandais, ‘’organiste d’une tempête arrêtée’’. Van Gogh réarrange les éléments qui lui sont donnés à voir, à entendre, à ressentir. Lorsque ce dernier, à 28 ans, se prend d’amitié pour un jeune peintre compatriote, Van Rappard, il lui conseille de fuir l’académisme, privilégier la réalité populaire et la nature. ‘’Les pasteurs disent que nous sommes des pécheurs, conçus et nés dans le péché. Bah ! je trouve que ce sont de sacrées bêtises’’, dit encore Van Gogh. Cette indépendance farouche, Artaud la portera lui aussi comme

La méthode Van Gogh

© DR

Van Gogh écrivain et musicien

Pour Artaud, le peintre marie les opposés, taille dans le réel pour le débarasser des représentations sociales et des conventions. ‘‘Coup de massue’’ de la part d’un peintre qui bouscule notre vision du monde pour nous faire voir ‘‘la beauté intrinsèque du sujet ou de l’objet’’.

un étendard sa vie durant. La correspondance du peintre nous met également en présence d’un individu cultivé, à la langue habile (O’Cottrell avoue d’ailleurs avoir souhaité garder ‘‘la syntaxe si savoureuse de cet étranger polyglotte’’), loin de l’image d’Épinal du peintre fou qu’on lui attribue généralement. ’’Je veux aussi montrer que la démarche artistique de Van Gogh est tout sauf folle’’, fait remarquer le comédien.

L’essence de la réalité

O’Cottrell rejoint ici la position d’Artaud qui

pensait que Van Gogh avait été sacrifié pour avoir dit la vérité. La folie combat le mensonge de la société bourgeoise, qui a inventé la psychiatrie afin de ‘’se défendre des investigations de certaines lucidités supérieures dont les facultés de divination la gênaient’’. Ce sont les angoisses et les obsessions de Van Gogh qui font son génie et lui permettent de dépasser le conformisme de la raison. Dans ses tableaux, le peintre extirpe la nature de sa représentation traditionnelle et fait ressortir son ‘’abasourdissante authenticité’’. Van Gogh se laisse submerger par ses émotions, ce qu’interdit une société bien pensante.

François Chattot nous explique que personne ne parle aussi bien du travail, de la tâche dans ce qu’elle a de plus intime et de plus noble, que les peintres eux-mêmes. Il cite les écrits de Van Gogh mais aussi ceux de Klee, Delacroix, Césanne. ‘‘La pièce nous fait entrer à l’intérieur de la pensée du peintre’’, explique le directeur du TDB. C’est moins la situation historique que la capacité de Van Gogh à toucher à l’universel, de telle sorte que chacun pourra se reconnaître dans son expérience, qui est touchante ici. Au-delà du cliché de l’artiste à l’oreille coupée, , ‘‘l’icône disparait’’, dit encore François Chattot, ‘‘et Van Gogh lui-même redevient un anonyme’’. - Dominique Demangeot -

Van Gogh, autoportrait, mise en scène : Jean O’Cottrell, compagnon artistique : François Chattot, Théâtre Dijon Bourgogne, du 10 au 13 mars - Rencontre avec les artistes le jeudi 11 mars à l’issue de la représentation - www.tdb-cdn.com


L’HOMME PARLE

CONCERT REPORTÉ Á UNE DATE ULTÉRIEURE

La Vapeur, DIJON, Samedi 6 mars L'album "Militants du quotidien", c'est un tour du monde de la condition humaine en musique avec un message qui s'adresse à toutes les générations !! Chanson française, rap, slam ou reggae : Bienvenue dans un univers sans frontière où pourraient se rencontrer Manu Chao, Black Eyed Peas, Tryo ou Léo Ferré... JACQUES DUTRONC Zénith, DIJON, Mardi 9 mars, Axone, MONTBELIARD, Mercredi 10 Mars - 45/38€ A l’initiative de son fils Thomas, Jacques Dutronc revient à la rencontre de son public après 15 ans d’absence. PONY PONY RUN RUN La Vapeur, DIJON, Vendredi 12 mars - 22€ Pony Pony Run Run et son premier single « Hey You » est la révélation de cet été. Mélodies très électro, power pop et rock. FETE DE LA SAINT PATRICK Zénith, DIJON, Samedi 13 mars - 45/42/37€ Les meilleures troupes irlandaises, écossaises et bretonnes seront réunies pour fêter le Saint patron de l’Irlande. HOCUS POCUS La Vapeur, DIJON, Vendredi 19 mars - 22€ Le groupe est désormais une référence de la scène hip hop. Hocus Pocus sait allier les éléments propres du hip hop à un son instrumental influencé par le jazz, la soul et le funk. SHOWDANCE Axone, MONTBELIARD, Dimanche 21 mars Zénith, DIJON, vendredi 5 Novembre - 40/37/34€ Découvrez ou redécouvrez le magnifique spectacle du chorégraphe Marc Barbieri qui revisite les grandes légendes du jazz, du rock’n’roll, du flamenco, de la rumba. BENJAMIN BIOLAY La Vapeur, DIJON, Jeudi 25 Mars - 25€ Artiste total : parolier, compositeur, producteur, arrangeur, acteur, il a collaboré avec Keren Ann, Henri Salvador, Julien Clerc, Carla Bruni…Son dernier album « La Superbe » « s’écoute comme un film ». Ses 22 chansons sont autant de scénarios aux sonorités jazz, pop,voire rock. DANI LARY Zénith, DIJON, Dimanche 28 Mars 45/40/35€ , enfants : 29€ Le magicien DANI LARY quitte les chemins de la scène « du plus grand cabaret du monde sur France 2 », pour nous entraîner dans un monde étrange et envoûtant. Il incarne l’extraordinaire personnage du Comte du bois de Naix qui renaît tous les cent ans suite à une terrible malédiction. Des musiques envoûtantes et originales, des personnages incroyables et des illusions spectaculaires des danseuses, des comédiens surprenants, une diva qui chante en live et de l’émotion à chaque instant. JONATHAN LAMBERT Salle Sembat, CHALON / SAONE, Vendredi 2 avril - 29€ Spectacle « L’homme qui ne dort jamais » : cet insomniaque a tout essayé pour retrouver le sommeil : L'hypnose, la relaxation, regarder des épisodes de Louis la brocante... En vain ! Le voilà condamné à vivre une vie parallèle pendant 8 longues années où il va croiser un directeur de prison à l'humour insaisissable, faire l'alarme vivante dans un parking, tomber amoureux d'une gothique intégriste... DAMIEN SAEZ Zenith, DIJON, Mercredi 28 avril 2010 Découvert il y a 10 ans avec son tube indémodable «Jeune et con», Damien SAEZ reprend la route en 2010 pour présenter son dernier album « Yellow Tricycle-A lovers prayer CHRISTOPHE WILLEM Zénith, DIJON, Vendredi 4 juin - 49 /39€ Gagnant de la Nouvelle Star en 2006, ses premiers singles « Double Je » et « Jacques a dit » avaient tout de suite remportés un grand succès. Aujourd’hui, la « Tortue » est sortie de sa carapace pour offrir un second album euphorisant et offrir


C’est un spectacle floral et aquatique inédit en Europe qui se tiendra au Parc des expositions de Dijon du 11 au 21 mars prochains. Tous les cinq ans, c’est toute une flore tropicale et luxuriante qui s’empare des travées du parc des expositions. Sur le thème ‘’Magie de l’eau et fleurs exotiques’’, la neuvième édition de Florissimo réserve à ses visiteurs de nouvelles surprises. Récemment jumelé avec le prestigieux congrès-exposition mondial d’orchidées, Florissimo attire aujourd’hui des visiteurs de toute l’Europe mais aussi d’Asie, d’Océanie, d’Amérique et d’Afrique du Sud. Près de 4000 m2 de matériaux utilisés, 9500 heures de travail pour le Service des Espaces Verts de Dijon et 11.000 pour les équipes de Dijon Congrexpo, ont été nécessaires pour mettre en place Florissimo sur une surface de 15 km2. L’eau aura une place de choix puisque 1160 m2 lui seront consacrés. Des milliers de fleurs et de plantes s’inviteront au Parc des expositions. Des chiffres et une logistique à la hauteur de l’événement, qui accueillera les spectateurs avec un grand rideau d’eau d’une quinzaine de mètres de largeur et quatre mètres de hauteur. Des images animées de milliers de gouttelettes y apparaitront. Une scénographie exclusive a été mise au point par Aquatique Show International. Effets spéciaux, jeux de lumières et ambiance sonore apporteront aux lieux une aura particulière. La mezzanine du Parc des expositions se transformera en un tunnel mystérieux encadré de jets d’eau en arc de cercle. Dans le hall de 2700 mètres carrés, un grand bassin circulaire de 16 mètres de diamètre présentera des compositions florales. Tout autour, des collections de plantes exotiques et un mur végétal pourront être admirés. Le hall du Palais et ses 7200 mètres carrés abriteront les floralies, grande exposition de fleurs accompagnée de jets d’eau de plus de huit mètres de hauteur dans deux grands bassins centraux. Le Magic Wall composé de

L’eau aura une place de choix puisque 1160 m2 lui seront consacrés.

32 jets d’eau, comporte notamment une colonne d’eau de 12 mètres de hauteur et 4 mètres de diamètre où s’animeront des tableaux colorés et mobiles. Quant au rideau d’eau Aqua Graphic 360°, il permettra, grâce à un ingénieux système, de créer des figures en eau, de vrais objets en trois dimensions. D’autres prouesses aquatiques seront à admirer, comme une cascade de 3,50 mètres de hauteur.

Les acteurs

Tout un panel de professionnels participeront à cette neuvième édition de Florissimo, tels que les espaces verts de plusieurs villes de France (en plus de Cluj-Napoca, ville roumaine jumelée avec Dijon). L’occasion d’apprécier les talents de nos municipalités qui contribuent à faire de la France le pays fleuri que l’on connait. Les villes de Belfort, Chalonsur-Saône, Chenôve, Le Creusot et Mâcon seront notamment présentes. Sans oublier

Dijon qui collabore avec Congrexpo à l’organisation de Florissimo. Le Museum-Jardin des Sciences de la Ville de Dijon sera également présent, ainsi que plusieurs établissements d’enseignement professionnel, firmes privées et organismes professionnels, associations et collectivités. La galerie du hall 1, le premier étage et la mezzanine du hall 2 accueilleront de nombreux exposants qui proposeront des produits pour le jardin, l’habitat, la décoration et d’autres domaines.

Les animations

Plusieurs animations permettront de percer quelques secrets de l’art floral, à travers notamment des conférences débats de la Société d’Horticulture de Côte d’Or, sur les bambous, les roses, la gastronomie des plantes et bien d’autres sujets. - Gilles Bloin -


Florissimo

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Aquatique Show International Se distinguant notamment au travers de partenariats avec Le Puy du Fou, Disneyworld, le château de Versailles, Aquatique Show International a fait de l’eau son élément majeur. La société propose des animations autour de l’eau. Ils ont créé plusieurs technologies autour de l’élément liquide : rideaux d’eau, fontaines lumineuses, théâtres d’eau, effets spéciaux divers et Aqua Graphic parcourent le monde au gré des grandes manifestations.

Aqua Graphic

Aqua Graphic est une autre technique révolutionnaire, un rideau d’eau dans lequel on peut écrire, dans l’espace duquel on peut former lettres, logos et objets divers.

Un ballet liquide, grâce à une technologie qui fait véritablement danser l’eau au rythme de la musique, créant de multiples figures et motifs

Les rideaux d’eau

Le procédé Aquavision permet d’élaborer un véritable rideau d’eau tenant à la verticale, une surface sur laquelle on va pouvoir projeter diverses images : vidéo, pellicule, laser, tout est possible, en intérieur comme en extérieur, et dans toutes les tailles.

Fontaines lumineuses

La Féérie de l’Eau propose un ballet liquide, grâce à une technologie qui fait véritablement danser l’eau, au rythme de la musique, créant de multiples figures et motifs. Ces fontaines ‘’symphoniques’’ vont de 6 à 30 mètres de hauteur.

Théâtres d’eau

Le Théâtre d’eau rassemble en un même endroit plusieurs techniques, canons à eau, écrans d’eau, geysers, effets de lumière, musique, etc. Chaque spectacle est unique et propre au lieu où il se produit.

Combinaison jets + rideau d’eau avec projection d’images

Les espaces verts de la Ville de Dijon

Les nouvelles tendances dans les parcs et les jardins La société change. Les habitudes et les esthétiques évoluent. Nos jardins ne font pas exception à la règle. En matière de jardinage, on trouve aussi de nouvelles collections, de nouvelles tendances. On dénombrait en 2009 près de 4000 références pour le jardin, réparties en 23 marques. 2010 verra encore ce chiffre s’accroître.

Les jardins privés

Le jardin en 2010 privilégiera le confort et l’aspect pratique. Les meubles joueront la simplicité et les teintes naturelles, de préférence en fer ou en bois et leurs formes se rapprocheront de plus en plus du mobilier d’intérieur. Le plastique n’a plus la cote, d’autant plus que la tendance est aussi au recyclage. Terre cuite, faïences sont privilégiées entre autres matières nobles et naturelles. Depuis quelques années, une autre tendance est l’arrivée de la couleur dans les jardins. Les sempiternelles tables et chaises en plastique blanc et les cabanes à outils couleur bois ont pris des couleurs.

En milieu urbain notamment, le jardin bénéficie de nouvelles pratiques. Depuis quelques années, il reconquiert les centres villes. En France mais aussi dans le reste de l’Europe, l’espace public connait des mutations. Elément inséparable des jardins : l’eau évidemment, l’eau précieuse que l’on pourra admirer, mise en valeur à Florissimo. Les grandes villes du monde se réapproprient notamment leurs fleuves en réaménageant les berges, comme celles de la Tamise à Londres, en créant des parcs comme celui de l’Hudson River à New York. Vecteur de vie sociale en ville, le parc est conçu pour s’intégrer au plan d’urbanisme. On voit apparaitre également de plus en plus de jardins de poche, comme à Paris le jardin japonais de l’Unesco ou celui du musée du Quai Branly. Les jardins partagés à Paris sont quant à eux des parcelles de terre en friche que se réapproprient les particuliers pour en faire des jardins.

Le jardin de l’Arquebuse se compose par exemple d’un jardin botanique qui accueille environ 4000 espèces végétales. Une roseraie de plus de 230 espèces différentes a été récemment aménagée. Dijon est également ville fleurie depuis 1992. C’est dans les 6000 m2 de serres que sont cultivées la majorité des

plantes utilisées dans la ville. Durant la dernière décennie, la production florale s’est considérablement accrue, passant de 396 000 unités en 2000 à 538 000 en 2009. Il n’y a pas que le centre ville qui est gâté en plantes et fleurs de toutes espèces. Quartiers nord et anciennes casernes démilitarisées profitent eux aussi de cet embellissement floral. Les espaces verts municipaux concentrent leurs efforts sur deux aspects principaux : la rénovation des parcs et des jardins les plus anciens ainsi que la création de nouveaux espaces. N’oublions pas que les plantes participent elles aussi aux manifestations durant l’année. Le service des espaces verts et de l’environnement est partie prenante des grands événements tels que le jardin éphémère annonçant le printemps (à voir bientôt sur Dijon !) ou encore l’opération Dijon-Plage au bord du lac Kir.

© Maud Grandjean

Il y a eu le cocooning, il y a maintenant le slacking, que l’on peut traduire par ‘‘se détendre’’. La paresse est reine, et ne se pratique plus uniquement dans le salon ou la chambre à coucher. Les meubles de jardin se font plus confortables, les fauteuils plus profonds, les matières moelleuses. On trouve même de grands coussins de sol à installer sur la terrasse et sur l’herbe.

Les parcs

La Ville de Dijon coorganise Florissimo avec Dijon Congrexpo. Rien de plus normal puisqu’avec plus de 600 points verts dont 80 squares et jardins de quartier, 33 parcs et promenades, la Ville de Dijon est incontestablement une ville verte. Plus de 30 km de sentiers et de promenade sont également aménagés en périphérie, pour le plaisir des yeux mais aussi celui de bouger et d’abandonner pour un temps la voiture. Pour entretenir les quelques 30 000 arbres qui ornent les 750 hectares de parcs et de jardins dijonnais, le Service des Espaces Verts et de l’Environnement de la Ville de Dijon ne ménage pas ses efforts.


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Interview Franchement Contemporain Franchement Contemporain est un jeune blog apparu sur la toile il y a quelques mois. Seul blog consacré à l’art contemporain en Franche-Comté (ou alors on a mal cherché), ce dernier a le mérite de traiter à la fois des structures habituelles (FRAC, CRAC...) mais aussi d’artistes divers qui ne circulent pas nécessairement dans les circuits traditionnels. Depuis quelque temps vous pouvez retrouver dans nos pages des articles de Franchement Contemporain. Rencontre avec Frédérique Foull, créatrice du blog qui nous en dit plus sur ses motivations. Comment est venue l’idée de ce blog ? J’ai toujours visité beaucoup d’expositions, un peu partout en France. L’idée de ce blog est venue du constat qu’en Franche-Comté, il n’existait pas d’outil spécifique qui centralise les informations concernant l’art contemporain. J’ai donc décidé de le créer, un peu comme je l’aurais fait pour moi, en recoupant les informations, mais en le rendant public. Vous préférez ne rien lire sur un artiste avant d’aller voir son exposition. Dans le but de porter sur son travail un œil vraiment neuf ? Il y a trois manières de visiter une exposition: la première, sans rien connaître du ou des artistes, en se laissant aller à son seul ressenti, la seconde en ayant lu un certain nombre de documents avant, et la troisième en suivant les visites guidées qui sont parfois proposées dans les différents lieux d’art. Personnellement, je trouve ces trois façons intéressantes, c’est pour ça que je commence par la première ! Une œuvre n’a pas forcément besoin de do-

cuments explicatifs pour être appréciée. Il est important de laisser une place à ses émotions avant d’aller plus loin. Je suis moi-même productrice d’un «document» avec Franchement Contemporain, les visiteurs ont le choix de me lire avant, après ou à la place de la visite de l’exposition. Quelle exposition vous a particulièrement marquée ces derniers mois ? Au mois d’octobre dernier, l’exposition de Michaële-Andréa Schatt à l’Ecole d’Art Jacot à Belfort a été une belle découverte pour moi, tant du point de vue artistique que du point de vue du lieu d’exposition, qui propose régulièrement des expositions de qualité dans un cadre agréable et bien agencé. Et puis, il y a eu l’exposition consacrée à Jean-Olivier Hucleux au Musée des Beauxarts de Dole qui présentait un travail vraiment surprenant sur lequel j’ai écrit un article que vous avez publié dans Diversions au mois de décembre. Et quelles sont les prochaines expositions que vous ne manquerez pas ? Je suis avec beaucoup d’intérêt la programmation de la Galerie Jean Greset à Besançon ainsi que celle de la Galerie du Granit à Belfort dont je ne manquerai pas la prochaine exposition consacrée au travail de Laurent Sfar. Une autre exposition attire particulièrement ma curiosité, celle des machines sonores de Frédéric le Junter à L’Allan (Hôtel de Sponeck) à Montbéliard. A quel type de public s’adresse Franchement Contemporain ? Franchement Contemporain s’adresse aux amateurs de l’art en train de se faire, à ceux

qui vont voir les expositions et qui ont besoin d’informations concrètes à ce sujet. Il s’adresse aussi à ceux qui ne peuvent pas aller voir toutes les expositions mais qui souhaitent en être informés. Il vous arrive également de sortir des frontières de Franche-Comté... Oui, j’encourage vivement mes lecteurs francs-comtois à visiter les expositions proposées dans les départements limitrophes. Je me rends régulièrement au CRAC Altkirch par exemple, et il est prévu que je me penche ponctuellement sur les événements de la région dijonnaise. Parallèlement aux structures comme les CRAC, les FRAC, Franchement Contemporain souhaite également mettre en lumière des artistes qui ne passent pas nécessairement par le circuit des galeries mais qui valent la peine d’être connus... La Franche-Comté compte de nombreux artistes de talent et il m’a semblé important de donner une place à leur travail dans Franchement Contemporain. Ils sont non seulement les acteurs de l’art contemporain, mais

bien souvent également les visiteurs des expositions. Dans cette optique, la dernière iennale des Arts Plastiques de Besançon a été l’occasion de prendre de nombreux contacts. Je compte également surveiller de près les projets développés par l’école des Beaux-arts de Besançon et le travail de ses étudiants. Ce sera aussi l’occasion de faire découvrir des petits lieux d’exposition que le public ne connait pas forcément... Il existe de petits lieux d’exposition en dehors des grands circuits qui méritent le détour, j’ai notamment découvert Les écuries à Lure, ateliers d’artistes qui possèdent une petite salle d’exposition tout à fait sympathique. Mais il me reste aussi encore beaucoup de choses à découvrir... Propos recueillis par Dominique Demangeot -

http://franchement-contemporain.blogspot.com

Exposition Fragment Solidaire au Musée des Beaux-Arts de Besançon Un jour neigeux de début février, nous nous rendons en compagnie de Caroline Dreux (guide plasticienne au Musée des Beaux-Arts de Besançon et chroniqueuse dans Diversions), aux Espaces Solidaires du CCAS, rue Champrond, où a lieu un atelier mosaïque. En ces temps où Besançon célèbre l’utopie à travers le premier volet de la Biennale RhinRhône, celle d’une réinsertion à travers l’art nous a paru particulièrement pertinente. L’exposition ‘’De Vesontio à Besançon’’ en 2005-2006 au Musée des Beaux-Arts, qui donnait à voir des mosaïques réalisées dans les quartiers de Besançon, avait suscité l’enthousiasme des participants. Ces derniers ont donc souhaité que le CCAS mette en place un atelier de mosaïque aux Espaces solidaires. Ce fut chose faite en septembre 2007. L’œuvre commune réalisée conjointement par tous les stagiaires de l’atelier est à l’ordre du jour. Elle est terminée et il faut maintenant rédiger un petit texte qui l’accompagnera. ‘’C’est plus facile de faire une mosaïque que d’écrire !’’, lance Jean-Pierre, l’un des stagiaires. Un intervenant technique (qui enseigne la mosaïque, le dessin, etc.) collabore avec un travailleur social lors des séances. Avec 8 ou 10 personnes par atelier, de bonnes conditions sont réunies pour travailler correctement. En 2009, ce sont 128 personnes qui ont suivi ces Ateliers Créatifs, que l’on trouve rue Champrond (mosaïque), mais aussi au CCAS de Planoise (bois) et à la salle Picasso toujours à Planoise (peinture). L’événement semble motiver les stagiaires qui s’informent sur le déroulement de l’exposition, les conditions d’accrochage, et sur ce fameux texte qu’il faut rédiger. Et si les langues se délient, les plumes aussi... Tandis que Caroline apprend à Marie-Louise à faire une rosace, nous demandons aux stagiaires comment est née cette œuvre

L’Atelier Créatif est là pour replacer les stagiaires dans une dynamique positive, à travers la mosaïque qui demande patience et rigueur.

commune qui trône sur un coin de la table. Chaque mosaïque composant l’œuvre reflète les idées des stagiaires, comme ‘’ce pont de la vie qui mène on ne sait pas où’’ pour Cédric, ancien cuisinier qui a perdu son emploi suite à un accident. Une fois les mosaïques achevées, les œuvres sont réunies, explique Brigitte Signe, conseillère en économie sociale et familiale. Les stagiaires sont partis d’un travail individuel pour arriver à une démarche collective. ‘’On fait partie d’un ensemble’’, souligne Catherine. ‘’C’est plus motivant’’. Il a fallu trouver un

terrain d’entente pour que les mosaïques vienne s’arranger harmonieusement les unes avec les autres. Quand on lui parle de frontières qui sont visibles entre les différentes parties, Catherine préfère plutôt parler d’intersections. Car les œuvres se croisent plutôt qu’elles ne s’opposent. L’Atelier Créatif est là pour replacer les stagiaires dans une dynamique positive, à travers la mosaïque qui demande patience et rigueur. La prise de parole et le dialogue sont également encouragés. Avant la séance, chacun a la possibilité de s’exprimer sur ses

difficultés ou ses satisfactions. En fin d’atelier, un cahier d’expression recueille également les témoignages. Brigitte Signe insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’ateliers occupationnels. Ils sont là pour replacer les personnes dans une démarche collective. Certains stagiaires se retrouvent d’ailleurs en dehors des ateliers, une fois qu’un lien social a été réinstauré. Le stage permet aux participants de prendre conscience de leurs capacités, se découvrant souvent des talents ou des aptitudes qu’ils ne soupçonnaient pas. Premier pas vers une réinsertion. - Dominique Demangeot -

Fragment solidaire, exposition des travaux des stagiaires de l’Atelier Créatif des Espaces Solidaires du CCAS de Besançon, du 5 mars au 5 avril, Sous-sol du Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon Exposition gratuite


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Gotthard Schuh, Une approche amoureuse Une rétrospective du photographe allemand Gotthard Schuh est organisée à partir du 27 février au Musée Nicéphore Niepce de Chalon-sur-Saône, une exposition organisée avec la Fondation suisse pour la photographie. Schuh lui-même qualifiait son travail d’approche amoureuse, d’où le titre de l’exposition. Nous allons voir dans quelle mesure le photographe a su réunir, au sein de son oeuvre, photojournalisme et poésie.

Garçon jouant, Java, 1938 - Vintage - 21,5 x 31,3 cm

Le photojournalisme comme l’expression d’une intimité

Dans les années 1930, la Nouvelle photographie prône la rigueur, les vues nettes et les cadrages bien droits. Schuh oppose à cette tendance un goût pour le déséquilibre (toujours maîtrisé), le flou et divers autres effets d’objectif et de cadrage. Il a longuement pratiqué le photojournalisme, rendant compte notamment de la vie parisienne nocturne, ses femmes et ses alcôves. Il éprouve également un vif intérêt pour l’Asie du Sud-Est. Dans son ouvrage le plus célèbre, Iles des Dieux, Schuh retrace un long périple de onze mois à Singapour, Sumatra et Bali, peu avant le début de la seconde guerre mondiale. Là encore il décrit, derrière les paysages de carte postale et les dorures, un monde bien réel . En traquant l’instant décisif, si cher à CartierBresson, Schuh veut lui faire révéler toute sa vérité. Cette quête de l’instant ne l’empêche pas d’arranger également parfois ses prises de vues, d’en ordonner chaque détail, comme le ferait un peintre.

Rêve et conscience

Si l’on a parlé de ‘’réalisme poétique’’ à l’encontre de Gotthard Schuh, c’est parce que le photographe a su faire œuvre de témoignage tout en employant des outils subjectifs, laissant agir le hasard lors de la prise d’images, suivant son intuition plutôt qu’une méthode rigoureuse et toute journalistique. Autodidacte, Gotthard découvre l’appareil photo à la fin des années 20. La rigueur formelle des débuts a bien du mal à résister à l’expérimentation photographique qui règne durant les années 30. Il fait partie, avec Hans Staub et Paul Senn, de l’écurie Kübler, une référence à l’époque. En 1956, dans Instants volés, Instants donnés, le photographe mêle images anciennes et récentes. L’ouvrage fait en quelque sorte office de manifeste du Kollegium Schweizerischer Photographen, qu’il crée avec Paul Senn, Walter Läubli, Werner Bischof et Jakob Tuggener. Ce groupement milite pour l’intention artistique du photographe, l’expression d’une intimité dans la prise d’images. C’est cette ‘‘approche amoureuse’’, sans occulter l’intérêt documentaire de ses images, qui guidera le photographe durant toute sa carrière.

© Fotostiftung Schweiz

© Fotostiftung Schweiz

Conversation dans un café, Zurich, 1956 - Vintage - 30,5 x 23,8 cm

© Fotostiftung Schweiz

Gotthard Schuh a commencé à peindre à l’âge de dix-sept ans , étudiant à l’école des Arts et Métiers de Bâle en 1916. Il découvre la photographie à Berne en 1926 lorsqu’il est amené à diriger le magasin de photo Hausamann. Très tôt, le photographe privilégie les images prises sur le vif. Gotthard Schuh voyagera en Méditerranée, visitant également l’Italie en 1929 et 1930, mais aussi la Grèce et la Sicile. Plus qu’une variante de sa vision de peintre, la photographie suscite chez Gotthard Schuh un intérêt pour le document social. Comme tous les grands photographes, il a su poser sur ses contemporains un regard très personnel. La sensualité (la fameuse ‘‘approche amoureuse’’) est également très présente dans ses travaux.

Gotthard Schuh a su faire œuvre de témoignage tout en employant des outils subjectifs

Un brahmane de haut rang prie avec son enfant, Bali, 1938 – Vintage 26,5 x 20,8 cm

- Paul Sobrin -

Gotthard Schuh, Une approche amoureuse, du 27 février au 30 mai, Musée Nicéphore Niepce, Chalonsur-Saône – www.museeniepce.com


Chroniques CD

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POP ROCK

MÉTAL SYMPHONIQUE

BLUES’N’ROLL

FOLK

Eels End Times (Vagrant/Cooperative Music/PIAS)

Krypteria

My Lady’s House

(Roadrunner)

The Washing Machine Cie Nutty As A Fruitcake (Troll’s Prod/Why Note)

Pas le meilleur disque de Eels, mais un bon recueil de ballades épurées et mélancoliques évoquant une rupture douloureuse. Pas aussi réussi que Hombre Lobo, précédent disque sorti il y a un an à peine, End Times est un album à écouter quand tout va bien, parce que s’il y a quelque chose que Mark Oliver Everett (alias E alias Eels) sait bien faire, c’est plomber l’ambiance. Ici, pas de production ni beaucoup d’arrangements, Everett chante la rupture (comme personne ?) avec son piano ou sa guitare et n’est pas le genre à passer par quatre chemins pour faire étalage de ses sentiments. Parfois très évocateurs, les textes mélancoliques de l’Américain (« Elle m’aimait mais maintenant elle est partie... ») renvoient à l’énergie toute relative du disque, exceptés quelques boogies bien sentis (Gone Man, Paradise Blues). Pas du grand Eels donc, juste un bon disque de ballades neurasthéniques. Et c’est aussi comme ça qu’on l’aime. A noter : la pochette du disque a été dessinée par Monsieur Adrian Tomine.

Originaire de Cologne en Allemagne, ce quartet emmené par leur lead chanteuse d’origine coréenne Ji In, sortira son troisième album le 1er mars de cette année. On a du mal à voir dans quel registre évolue le groupe à l’écoute des deux premiers morceaux Ignition et Fatal Kiss, où la musique est résolument hard et heavy. Mais la voix bien que magnifique, sonne tout de même pas mal pop. Il y a comme un décalage entre les deux. Pourtant au fur et à mesure des morceaux, voix et musique se retrouvent magnifiquement comme sur Never Say Die ou le superbe The Freak In Me. L’album évolue dans un registre goth-metal symphonique, avec envolées de guitares et de chant comme il se doit, ceci pour le régal de nos oreilles. Le groupe s’est déjà fait remarquer en faisant notamment la première partie de Deep Purple, et en se produisant au Wacken festival en 2006 et 2008. Plus surprenant encore, Krypteria a composé l’hymne de l’équipe nationale de football de Corée lors de la dernière Coupe du Monde.

The Washing Machine Cie qualifient euxmêmes leur musique de ‘’Blues’n’roll’’, néologisme qui, admettons-le, convient parfaitement à l’atmosphère générée par le groupe. L’arrangement musical évidemment fait la part belle aux guitares languissantes. L’harmonica s’invite sur chaque morceau comme une voix à part entière. Quant à celle d’Amandine, elle est envoûtante, intense sans être mélodramatique. Le ton oscille entre une Rosemary Standley du groupe Moriarty (Fleeing From) et une Izia (Naco). Le ton bluesy s’efface alors aussi brutalement qu’une giboulée devant une tonitruance rock’n’roll des plus pures. Car le blues’n’roll de The Washing Machine Cie n’est qu’une façade qui cache un univers musical plus riche qu’ils ne veulent bien l’avouer, tournant parfois autour d’une pop typée (Daylight) ou d’un jazz discret (Dark Side). Nutty As A Fruitcake ne se refuse rien et ne fait pas de concession. En découle un son tranché et plein de hargne qui ne renonce cependant pas à la sensibilité.

Si l’on croise ces derniers temps beaucoup de groupes affublés de bottes en cuir et de chemises à carreaux, My Lady’s House a le mérite de ne pas tomber dans l’écueil du banjo et de la cariole brinquebalante. Polaire très probablement, le titre qui ouvre le nouvel album de My Lady’s House. Polar Bears est un condensé lumineux de ce premier opus du groupe bisontin, après un EP remarqué par Magic et les fans de folk éclairée. Douze morceaux aux titres évocateurs qui respirent la concision, les grandes plaines et un sens consommé de l’harmonie. Du dylanien Not Alone, les bottes bien posées dans un terreau country, au planant No Kite, les trois voix (deux masculines, une féminine) s’entremêlent avec grâce. Flivers, récit à la John Steinbeck contant les aventures d’un ouvrier des usines Ford, sent le bitume qui colle aux semelles sur les interminables routes américaines. Si My Lady’s House s’électrise à de rares moments (Once, single en puissance), s’aventurant sur des chemins à peine plus pop (Jenna Grove limpide comme un ruisseau de montagne), le propos conserve dans l’ensemble une belle retenue. La mode des chemises à carreaux n’est pas prête de s’arrêter.

- Simon Grangereau -

My Fatal Kiss

- Nicolas Keshvary -

- Caroline Dreux -

West Of The Sun Stories

(autoproduction)

- Dominique Demangeot -

ROCK PSYCHÉ

Smooth

The Parade

(Do You Like) Presque dix années d’existence déjà pour le trio nantais qui sort ici son quatrième album. Smooth ont pris le temps d’acquérir de l’expérience pour polir leur son. Et l’expérience, les trois musiciens ne semblent pas en manquer. Les titres s’enchaînent dans des styles très différents, sans pour autant se défaire d’une évidente unité sonore. Une parade multiforme à l’image des très floydiens I Know avec un featuring de luxe en la personne de Dominique A et The Smooth Parade. Très pop dans leur approche de la mélodie toujours très travaillée (Friendly Yours), le groupe privilégie aussi les climats cinématographiques, boucles de voix et d’instruments qui s’entremêlent aux nappes de violons et autres ornements précieux. Des ballades épiques (My Body) aux déhanchements du tango (le sensuel Music) en passant par des instants plus trip hop (Heart Beas(s)t) là encore au climat très personnel, Smooth glisse d’un monde à l’autre, du rock le plus abrasif aux mélodies les plus intimistes. La très bonne surprise de ces dernières semaines. - Sébastien Marais -



Diversions BFC mars 2010