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mensuel gratuit

#24 mai 2010

culture - sorties - société -

Ce mois-ci il y aura des voyages à Montbéliard et une cavalcade à Dole, le FIMU, l’Herbe En Zik Long’I’Rock en Suisse, Festi’Neuch... en Suisse aussi les Commitments, Lords Of Altamont Rolling Saône, L’Amour des trois oranges 5 sens à Montfaucon/Besançon des travailleurs de l’ombre des faits divers en série du théâtre dans les caves tendances Bashung et Gainsbourg au Théâtre musical Des antiquaires au Parc des expositions de Dijon Des livres et des artistes à Ornans une fête du Livre à la MJC Palente


diversions-magazine.com

cultures sorties société tendances

#24

mai 2010 REPÉRAGES 4

Semaine des Emergences

BIENNALE DE LA MÉTROPOLE RHIN-RHÔNE 5 Montbéliard : Le Voyage Dole : La Cavalcade du futur

MUSIQUES 7

FIMU 2010 à Belfort Festival Herbe En Zik Festi’Neuch à Neuchâtel

Espoirs et légendes à Brainans Musiques anciennes à l’ABC The Lords Of Altamont à La Vapeur Festival de Besançon Montfaucon Rolling Saône à Gray Les Travailleurs de l’Ombre L’amour des trois oranges Long’I’Rock

THÉÂTRES 13

Faits divers en série Festival de Caves Théâtre en mai

DANSES 16

LITTÉRATURES 20

L’Homme à tête de chou

ÉVÉNEMENT 17

Salon des Antiquaires et de la Brocante

OUVREZ LES YEUX 19

What doesn’t kill you makes you stronger L’art est un jeu ! Tant pis pour celui qui s’en fait un devoir

Salon du Livre d’Art et d’Artiste d’Ornans Fête du Livre de la MJC Palente

‘‘Il s’appelle Iggy’’ 22 ‘‘Nouvelle : Nom de dieu, Holden!’’ (deuxième partie) CHRONIQUES CD 23

L’image du mois Le Conseil général et le Comité départemental du tourisme du Doubs accueillent l’exposition ‘‘Sonnez les Clarines’’ du 31 mars au 12 mai 2010, dans le Hall du 13-15 rue de la Préfecture à Besançon.

Le Consortium, Lynda Benglis - du 2 avril au 20 juin

© Le Consortium

A l’ASEP, l’atelier sculpture sur pierre est ouvert les lundis de 17h à 21h. Il accueille un public d’horizons divers, 16 personnes qui se répartissent en 2 ateliers : un de 17h à 19h00 et un autre de 19h à 21h. Un événement présente les créations de chacun : ‘‘Mai en sculpture’’ au cœur du quartier Chaprais-Cras. Du 05 au 19 mai dans le jardin du cloître des Invités au festin, 10 rue de la Cassotte 25000 Besançon Du 21 au 29 mai A l’ASEP 22 rue Résal 25000 Besançon Stephan GIRARD, du 6 au 29 mai - Photographies Galerie Jean Greset - 5 rue Rivotte - 25000 Besançon 03 81 81 38 52 - 06 80 21 33 03 www.jeangreset.com

Le 15 mai à 20h à la Maison du peuple de Belfort, une performance de soundpainting sera dirigée par Hervé Bergé, professeur de percussions-batterie. Le soundpainting consiste en une improvisation dirigée en temps réel avec la participation de TEA7 du collectif Travailleurs De l’Ombre qui peindra en live. En première partie, l’atelier des musiques actuelles amplifiées de l’école de musique de Chèvremont dirigé par JeanPhilippe Apro. Diversions Journal d’information culturelle gratuit 12, rue des Vieilles Perrières 25000 Besançon 03 81 57 58 92 - 06 34 12 01 91 www.diversions-magazine.com diversions@orange.fr Editeur : SARL Diversions RCS : 508 184 934

Extrait d’oeuvre de TEA7

© Le Consortium

Double Fontain, par Lynda Benglis

Lynda Benglis présente son oeuvre Double Fountain, au jardin botanique de Dijon dans le cadre de la biennale des musées de la métropole Rhin-Rhône. Cette exposition est la première monographie en Europe de l'artiste américaine Lynda Benglis dont l'oeuvre a su défier les normes artistiques habituelles par une fusion novatrice du fond et de la forme. Cette nouvelle oeuvre prend la forme d'une fontaine moulée en bronze. L'artiste a développé l'idée des sculptures hydrauliques à la suite des installations en porte-à-faux du début des années 1970, aujourd'hui majoritairement détruites. Du mardi au dimanche de 14h à 18h, le samedi de 10h à 13h et de 14h à 18h. Fermé les jours fériés.

Les sculptures de Lynda Benglis sont des œuvres de l’instant présent. Son travail parait tout à la fois en mouvement perpétuel et gelé dans l’éternité. Cette masse informe sur le sol nous avaleraitelle si nous y posions le pied ? Cette autre amas qui semble sortir du mur (ou y rentrer) va-t-il donner forme à un être humain, un animal ? Un centaure ? Les œuvres de Lynda Benglis nous interrogent car elles sont en chemin. Inachevées, elles laissent notre imagination prendre le relais. L’artiste est adepte des formes en polyuréthane, du latex, de la cire, travaux appelés ‘’peintures tombantes’’car les sculptures paraissent s’effondrer lentement sur elles-mêmes. Matières en expansion, matières expansées évoquant les corps et les paysages.

Directeur de la publication : Boban Stanojevic 03 81 57 58 92 - 06 34 12 01 91 diversions@orange.fr Rédacteur en chef : Dominique Demangeot magazine.diversions@yahoo.fr Rédaction : Baptiste Balezeau, Aurélie Bessard, Gilles Bloin, Frédéric Dassonville Dominique Demangeot, Caroline Dreux, Manu Gilles, Nicolas Keshvary Amandine Mannier, Hector Mann, Sébastien Marais, Paul Sobrin, Marc Vincent Comité de relecture : Dominique Demangeot, Caroline Vo Minh

Où se situe la gravité ici ? En gelant le mouvement, l’artiste nous place dans un entre-deux temporel. Le travail de Lynda Benglis s’inscrit moins dans l’expression que dans le contexte, dépendant du matériel et du lieu où est exposée et produite l’oeuvre. L’artiste se considère comme un peintre travaillant avec des volumes, produisant son propre matériau en faisant sa ‘‘petite cuisine’’, mélangeant divers ingrédients, recourant à la chimie pour faire surgir ses étranges sculptures. Une alchimie artistique. - Paul Sobrin -

Lynda Benglis, Consortium de Dijon, du 2 avril au 20 juin 2010 - www.leconsortium.com

Régie publicitaire : Boban Stanojevic - 03 81 57 58 92 - 06 34 12 01 91 diversions@orange.fr Dépôt légal : mai 2010 © Diversions 2010 Imprimé en Espagne ISSN : en cours valeur : 1,15 euros offert Diversions est diffusé gratuitement sur l’Alsace, la Bourgogne et la Franche-Comté Prochaine parution : 1er juin 2010


Repérages

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Semaine des Emergences Troisième semaine des Emergences à Besançon du 31 mai au 5 juin. Six spectacles seront proposés, contre cinq en 2009. La ville de Besançon qui a mis en place les Emergences, en collaboration avec plusieurs structures culturelles, a souhaité proposer un dispositif d’accompagnement de jeunes artistes sur la voie de la professionnalisation, tout en proposant des prestations de qualité. Pour 2010, deux nouveautés sont à noter. Les partenariats se sont tout d’abord affinés avec les différentes structures (Théâtre musical, Nouveau Théâtre, Théâtre de l’Espace, Le Cylindre et le service culturel du CROUS). Les collaborations s’étendent au tissu associatif bisontin puisque ce sont six associations (ATTILA, le Bastion, Mighty Worm, Citron Vert, Chapeau de paille et 5 Etoiles Prod) qui programmeront des concerts dans les bars vers 22 h après chaque spectacle. Les bases d’Emergences demeurent les mêmes : accompagner les jeunes artistes dans leur processus de création et les confronter au regard des différentes structures bisontines, professionnels qui leur apportent conseils et soutien technique, et au regard du public. Permettre aux artistes de bénéficier d’une critique constructive. Bernard Billot, directeur adjoint à la culture et au patrimoine, ne cache pas que les échanges sont parfois passionnés entre l’équipe d’Emergences et les artistes, mais cette confrontation s’avère indispensable pour envisager son travail de manière objective. D’autant plus que le dispositif semble porter ses fruits. Ainsi les Philébulistes (présents aux Emergences l’année dernière) ont remporté la Bourse et le Trophée du Cirque du Soleil, ainsi que le prix Ringling Bros & Barnum and

Bailey. Isabelle Druet a quant à elle remporté le prix de la Révélation de l’année Artiste lyrique, aux Victoires de la Musique Classique tandis que Marc Mauillon, son compagnon dans La valse perdue (l’année dernière à Emergences également), était lui aussi nominé dans cette catégorie. Belle distinction pour ces deux artistes bisontins.

lundi 31 mai - M. Chapuis

Le premier spectacle, étroitement soutenu par le CROUS, est une adaptation théâtrale du livre de Jacky Schwartzmann, auteur bisontin de Bad trip, roman sorti en 2007. Ce dernier a travaillé avec Mélanie Manuelian sur l’adaptation de ce roman à la langue très particulière.

mardi 1er juin et mercredi 2 juin Le truc qui a fait déborder le vase

Le dispositif Emergences s’inscrit dans la durée. On y retrouve ainsi des artistes déjà engagés dans un parcours. C’est le cas de la compagnie des Robert et moi, comptant dans ses rangs des membres du groupe Doliprane. Un nouveau compagnon vient les rejoindre dans ce spectacle de marionnettes et d’objets au ton décalé, apportant une dimension théâtrale. ‘’Ce qui nous a intéressés, c’est que la compagnie a tenté une expérience de spectacle jeune public’’, explique Bernard Billot.

mercredi 2 juin - Patrimoine

Ce spectacle de danse contemporaine est assez différent des deux précédentes éditions. Marion Blondeau, jeune chorégraphe qui a beaucoup travaillé en Afrique, a proposé à Emergences un projet à la fois très

Le truc qui fait déborder le vase par la compagnie des Robert et moi personnel (elle sera accompagnée de sa mère sur scène, ainsi que de ses grand-mère et grand-tante en vidéo) et nourri de ses expériences diverses en matière de chorégraphie.

jeudi 3 juin - YoggyOne invite Zo aka La Chauve Souris

L’occasion de découvrir la scène montante de l’électro avec YoggyOne qui invite Zo aka La Chauve Souris. Les musiciens ont travaillé avec des graphistes et des vidéastes qui produiront des oeuvres inédites à cette occasion.

vendredi 4 juin Le parcours du combattant

Le cirque sera représenté par l’association Inhérence, ‘’le projet le plus ambitieux et le plus périlleux’’, remarque Bernard Billot. ‘‘On suit Jean-Charles Gaume depuis deux ans et on a beaucoup discuté avec lui’’. Un spectacle qu’il serait réducteur de définir par le

terme unique de cirque, tant Le parcours du combattant s’ouvre à d’autres disciplines comme la vidéo, et porte un message plutôt engagé. ‘’C’est un travail sur la guerre de 14, avec une critique du héros de guerre. Quelque chose de décalé, avec un propos très théâtralisé’’, ajoute Delphine Menguy, chargée de mission à la culture et au patrimoine à la ville de Besançon.

samedi 5 juin - Breakfast

Pour clore cette semaine des artistes émergents, le groupe Prowpuskovic viendra présenter un nouveau spectacle dans lequel cette fanfare qui s’est fait un nom sur Besançon, se frottera aux ambiances feutrées du Théâtre musical, expérimentant ici la mise en espace dans une salle de théâtre. - Dominique Demangeot -

Semaine des Emergences, divers lieux à Besançon, du 31 mai au 5 juin - Tous les spectacles sont à 3 euros. Les projections et concerts dans les bars sont gratuits. www.besancon.fr


Cahier Biennale de la Métropole Rhin-Rhône n°4 - mai 2010 - Montbéliard, Le Voyage

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Le Voyage à Montbéliard A l’occasion des manifestations Utopies et Innovations de la Métropole Rhin-Rhône, la Ville de Montbéliard nous emmène en voyage, un périple technique, mais aussi artistique et social de mai à fin septembre. La Cité des Princes était le lieu tout indiqué pour évoquer le progrès et l’industrie, dans le Pays de Montbéliard où les usines Peugeot jouent un rôle si important. Inventeurs, explorateurs, peintres, architectes issus pour la plupart du Pays de Montbéliard, prennent part à sept voyages se répartissant entre le musée du château de Montbéliard et le musée d’art et d’histoire Hôtel Beurnier Rossel, entre passé et présent, local et global.

Le Voyage des inventeurs Etienne Oehmichen - 1884-1955

Des archives sur Etienne Oehmichen nous en diront plus sur le travail de l’ingénieur, photographies, cours au Collège de France, documents divers pour percer à jour le génial

inventeur dont certains objets ont été aussi déposés au musée de Valentigney. Oehmichen a effectué en 1924 le premier kilomètre en vol stationnaire en circuit fermé. ‘‘Pour parvenir à faire cela, il va étudier le vol des oiseaux. Il va mettre au point une caméra à 40 objectifs qui prend 2.000 vues à la seconde pour voir comment se décompose le vol de l’oiseau’’, explique Bernard Goetz, conservateur du patrimoine à Montbéliard. Oehmichen mettra aussi au point une dynamo et un char d’assaut durant la guerre 14-18. L’inventivité n’a pas de limites...

Adolphe Kégresse - 1879-1943.

Responsable technique du premier garage impérial du tsar Nicolas II de 1906 à 1917, il invente pour ce dernier l’autochenille, véhicule hybride entre l’automobile et le char, d’un poids plus léger et à la direction plus stable, donc plus rapide. Ce type de véhicule fut notamment très utilisé durant la Seconde guerre mondiale.

Machine volante inventée par Oehmichen

Le Voyage des naturalistes Charles Contejean - 1824-1907

Premier conservateur du Musée du Château, ce naturaliste mettra au point l’Herbier des Plantes du Pays de Montbéliard. Il étudiera également le patois local. Charles Contejean est l’exemple même du scientifique polyvalent, pour qui l’observation méticuleuse de son environnement est essentielle.

Le Voyage industriel Armand Peugeot - 1849-1915

On ne présente plus Armand Peugeot qui conçoit les premières automobiles à quatre vitesses en 1890. On a tendance à l’oublier mais l’entreprise Peugeot fabriquait également des moulins à poivre, à café, de l’électroménager...

Jean Bauhin - 1541-1612

Ce médecin est l’auteur d’une vaste encyclopédie botanique. Les gourmands seront heureux d’apprendre qu’il a également introduit la pomme de terre à Montbéliard...

Le Voyage musical Auguste L’Epée - 1798-1875.

George Cuvier - 1769-1832

Le célèbre anatomiste qui a donné son nom à la galerie du Château de Montbéliard, a développé l’anatomie comparée (fondée par le britannique Edward Tyson dans la seconde moitié du XVIIe siècle). Le but de cette discipline est de comparer l’anatomie de différentes espèces animales ou végétales pour étudier leur mode d’évolution. Cuvier a par ailleurs fondé la paléontologie française qui étudie les fossiles.

Le Voyage mathématique René Thom - 1923-2002

Ce mathématicien est à l’origine de la théorie des catastrophes dont les applications sont multiples : mécanique appliquée, physiologie, biologie, économie, linguistique... Ici le scientifique rejoint l’artistique puisque Salvador Dali avoue avoir été fortement inspiré par la théorie des catastrophes. René Thom a également écrit le texte Songeries ferroviaires en 1979 où il parle de la fascination des trains sur les hommes à travers ses souvenirs d’enfance à Montbéliard.

Ceci eut des implications sociales importantes puisque Japy est également à l’origine des cités ouvrières. Il décide de garder ses employés à proximité en leur assurant des conditions d’habitat décentes mais en leur permettant également de mener de nombreuses activités. Charles Fourier (1772-1837), dans sa Théorie de l’unité universelle, a imaginé le phalanstère où les ouvriers se regroupent en coopérative, pour y travailler mais aussi y vivre avec leurs familles. Si la création de logements pour ouvriers à proximité du lieu de travail n’est pas nouvelle, le phénomène va véritablement se développer au XIXe siècle avec les cités ouvrières. .

Rachetant en 1833 une usine à Sainte-Suzanne, Auguste l’Epée y installe une fabrique de boîtes à musique. En 1857, il invente un type de boîte à musique avec cylindre et manivelle qui connait un grand succès.

Le Voyage vers l’autre Henri Mouhot - 1826-1861.

Cafetière confectionnée aux usines Japy Frédéric Japy - 1749-1812

Japy est considéré comme le créateur de l’industrie moderne, participant au développement économique du pays de Montbéliard. Il a mis au point la mécanisation de la fabrication horlogère par des machines, ce qui lui a permis de concentrer toute la fabrication dans un seul lieu.

Passionné de voyage et de daguerréotype (ancêtre de la photographie), il pratique aussi l’ornithologie et la conchyliologie (étude des coquillages). Henri Mouhot s’inscrit ainsi dans cette tradition des humanistes du XIXe siècle qui s’intéressaient à plusieurs disciplines sans être spécialisés dans un domaine en particulier. Embarquant de Londres sur un navire de commerce en 1858, il arrive à Bangkok quatre mois plus tard, fréquente les rois du Cambodge et explore le site d’Angkor, ancienne capitale du royaume Khmer, qu’il fait véritablement redécouvrir à l’Occident. Un photographe-journaliste partira sur les traces d’Henri Mouhot en Chine pour un reportage aux différents stades du voyage re-

transmis par mail sur internet, photographies et notes de route. Exposition à la Médiathèque de Montbéliard : Grandes peintures de Carolus des temples d’Angkor et un spectacle de contes du Cambodge.

Le Voyage d’artiste Jean Messagier - 1920-1999

Cet artiste complet, peintre, sculpteur et graveur, s’est vu attribuer une salle permanente au Musée de Montbéliard en 1971. Au musée Beurnier-Rossel, l’exposition ‘‘Art Postal – Art Posté : collection exceptionnelle d’enveloppes peintes’’ (collection Michel Bohbot), donnera un aperçu de l’oeuvre de Messagier, artiste très investi dans sa communauté. Il exposera notamment à la MALS de Sochaux et prendra part aux carnavals de Montbéliard.

- Paul Sobrin -

Biennale de la Métropole Rhin-Rhône, Montbéliard, Le Voyage, du 8 mai au 26 septembre 2010, Musées du château des Ducs de Wurtemberg et Musée d’Art et d’Histoire Hôtel Beurnier Rossel Les sept voyages auront lieu aux endroits suivants : Musée du château : rez de chaussée et premier étage (espace expositions temporaires), grande bibliothèque du duc Frédéric, salle Cuvier Musée d’art et d’histoire, Hôtel Beurnier-Rossel : salle André Malraux et salle des boites à musique. Esplanade du château La salle des bustes : Georges Cuvier, Étienne Oehmichen, Frédéric Japy, Henri L’Épée, René Thom, Henri Mouhot et Jean Messagier. Chaque buste sera surmonté d’un kakémono reprenant la biographie des personnages. Renvoi vers le Musée de l’Aventure Peugeot et le musée Frédéric Japy à Beaucourt www.montbeliard.com - www.utopinov.net


Cahier Biennale de la Métropole Rhin-Rhône n°4 - mai 2010 - Dole, Pentecôte 2010

La Pentecôte 2010 à Dole

C’est dans le cadre des traditionnelles fêtes de la Pentecôte qu’aura lieu le volet dolois de la Biennale Rhin-Rhône. Mais Dole et son agglomération ont choisi de placer également cette biennale Rhin-Rhône sous le signe de l’innovation au service du développement durable. C’est la raison pour laquelle énergies, technologies et nouveaux modes de déplacements seront envisagés lors du week end des 22 et 23 mai 2010. Géographiquement situés au coeur de la Métropole Rhin-Rhône, Dole et le Grand Dole ont choisi les Fêtes de Pentecôte pour marquer cette volonté culturelle et festive. La Pentecôte, fête traditionnelle et populaire à Dole, affichera encore cette année spectacles de rue, théâtre, concerts, fanfares, feux d’artifices et défi lés. Samedi 22 mai, la fête débutera par l’inauguration Place Nationale de la statue de l’homme du futur pour se poursuivre sur l’île des utopies autour

de la Médiathèque, du jardin Philippe, des rues piétonnes et de la Place Nationale. Cet espace restera ouvert gratuitement à tous ceux qui souhaitent partager cette vision de l’utopie, de l’innovation et du futur. Des dizaines d’artistes amateurs et professionnels investiront la ville pour ce grand rendez-vous festif. Dole Pentecôte 2010, Grandes Fêtes Utopies et Innovations, Spectacles de rue et Cavalcade du Futur Au programme : samedi 22 mai à partir de 14 h sur l’île des utopies : spectacles de rue, théâtre, nouvelles technologies… Le soir à 20 h, grand défi lé suivi d’un bal populaire et d’un concert rock dimanche 23 mai à 15 h : défi lé au centre ville suivi, sur l’île des utopies : spectacles de rue, théâtre, nouvelles technologies… 22 h 30 : feux d’artifices et bal populaire. Plus d’informations sur le nouveau site de la Ville de Dole : www.doledujura.fr Voir également le site officiel de la Métropole RhinRhône : www.utopinov.net

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Herbe En Zik L’Herbe En Zik reprend ses droits sur le campus de la Bouloie à Besançon. Après deux précédentes éditions plus que satisfaisantes en matière de public et de programmation, le festival entame son neuvième volet. Passage en revue des tendances de cette année à l’Herbe En Zik.

12 Mai Soirée Rock and Métal (Scène Arena)

Suicide Levitation, Hellbats, Arkan, Orphaned Land, Mass Hysteria, The Inspector Cluzo

Du rock et du métal pour inaugurer l’édition HEZ 2010. The Inspector Cluzo, duo guitarebatterie atypique, propose un mix de funk et de rock s’incarnant dans une impressionnante variété d’instruments. Les deux musiciens ont déjà séduit des pointures en matière de rock déjanté puisque Fishbone et Infectious Grooves les ont appelés pour les accompagner lors de leurs tournées. Pas étonnant quand on écoute leur musique, fusion improbable (mais qui fonctionne) entre blues, rock et funk. Une première soirée qui pourra être aussi assez violente à l’image d’Orphaned Land et Arkan, groupes de Death métal oriental (si si…) mixant l’esthétique sombre du goth métal avec des mélodies arabisantes. Mass Hysteria qu’on ne présente plus seront là également. A suivre aussi les locaux de Hellbats que la faune rock’n’roll de Besançon et d’ailleurs aura toujours plaisir à retrouver.

avec The Hacker et Dave Clarke sans oublier Marc Romboy, vétéran de la scène électro allemande à la tête du label reconnu Systematic.

14 Mai

Scène Arena : Nosfell, Beat Assailant, Foreign Beggars, Spyda Team - Grande Scène : John Brown's Body, The Skatalites, Wax Tailor, Max Romeo

Sur l’Arena, on ira notamment rencontrer Nosfell qui revenait en 2009 avec un album éponyme pour clôturer sa trilogie avec l'Histoire de Klokochazia, le monde qu’il a créé de toutes pièces (inventant même une langue). On retrouvera peut-être un Nosfell plus rock que d’ordinaire comme ce fut le cas sur ce dernier album en date, même si l’artiste devrait aussi nous emmener sur des terres entre folk et électro. En matière d’artiste singulier on notera aussi la présence de Beat Assailant, rappeur américain qui a plus d’une

13 Mai Soirée Electro (Scène Arena)

20.100, Marc Romboy, The Hacker, Dave Clarke

La désormais traditionnelle soirée électro conviera des pointures dans le domaine

Wax Tailor

corde à son arc à travers notamment une instrumentation variée (cuivres, flute, chœurs…) au service d’une musique totalement inclassable, soul, rock, jazz, pop… On retrouvera cet éclectisme avec Foreign Beggars, hip hop underground et sans frontières là encore, entre drum’n’bass, soul, ragga et asian vibes. Côté Grande Scène, l’Herbe En Zik reçoit quelques références avec les Skatalites (leur nom reflète bien leur style de musique) et Wax Tailor, dans la lignée de Massive Attack et Portishead, downtempos cotonneux, tradition clairement hip hop au moyen de samples variés, beats solides et cuivres chaleureux.

album p.23). On peut cependant s’attendre à quelques moments plus fiévreux avec les anciens tubes du groupes, depuis le carton de La sentinelle en 2004 jusqu’aux Enfants de Saturne il y a trois ans. - Manu Gilles, Seb Marais, Dominique Demangeot -

Herbe En Zik 2010, du 12 au 15 mai 2010 - Campus de la Bouloie, Besançon - www.lherbeenzik.org

15 Mai

Scène Arena : My Lady's House, Gush, Nouvelle Vague, Lady Like Dragons, Dj Netik Grande Scène : Cheveu, Goran Bregović, Luke, Raggasonic

Goran Bregović sera la tête d’affiche de cette dernière soirée. A l’image de l’ex-Yougoslavie, sa musique est une mosaïque d’influences alliant pop, rock, tradition des Balkans, musique religieuse ou classique, mais aussi reggae, tango, influences tziganes. Il a largement contribué à l’intérêt grandissant pour les musiques des pays de l’Est. On retrouvera également, entre autres artistes, les bisontins de My Lady’s House pour un set folk tout en douceur, belle introduction à Nouvelle Vague qui vient de sortir un troisième album. La bande de Marc Collin et Olivier Libaud reprend à nouveau des standards de la new wave, mais à la sauce pop folk cette fois. N’oublions pas Luke qui reviennent avec un nouvel album plus posé, toujours engagé mais le groupe a mûri et prend plus son temps (voir notre chronique

Goran Bregovic


Musiques

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Festi’Neuch à Neuchâtel Sur les Jeunes Rives, non loin du centre ville de Neuchâtel, le Festi’Neuch proposera une fois encore une affiche généreuse en têtes d’affiche, doublée d’un bel éclectisme. Comme toujours, la scène Suisse aura également une place de choix parmi les vedettes internationales. Petite sélection des artistes présents cette année à Neuchâtel du 3 au 6 juin.

Youssou N’Dour

L’ambassadeur de la musique africaine viendra présenter son nouvel opus, Dakar-Kingston, hommage au reggae. Dans cet album il fait bien sûr intervenir ses racines à travers les percussions africaines. Il y revisite certaines de ses anciennes compositions aux couleurs reggae tout en proposant également quelques nouveaux titres.

Mika

On ne présente plus le chanteur libanais francophone qui squatte les charts depuis Grace Kelly en 2007 avec sa pop festive, bien ancrée sur un rythme disco et embellie de fioritures pop. Avec une voix qui avoue ouvertement sa filiation avec la diva Freddie Mercury, Mika alias Michael Holbrook Penniman se voue tout entier à la fête et la bonne humeur.

Cypress Hill

Les américains de Cypress Hill débarqueront à Neuchâtel avec un nouvel album sous le bras, Rise Up. ‘’Levez-vous’’ nous invite le titre, et le public ne devrait pas se faire trop prier pour obtempérer. Cypress Hill, c’est d’abord un groupe phare de la scène hip hop internationale, qui a collaboré sur sa nouvelle galette avec des pointures comme Mike Shinoda (Linkin Park), Tom Morello (Rage Against The Machine) et Daron Malakian (System of a Down).

Saez

Damien Saez sera à Festi’Neuch pour présenter son nouvel album J’accuse au titre adéquat : musique revendicative, à l’image du premier single éponyme. Damien Saez, après un triple album très acoustique, revient à un rock rugueux et sans concession.

Cypress Hill

Caravan Palace Aldebert

C’est logiquement lors de la journée familiale qu’Aldebert se produira, puisqu’il viendra présenter son album spécialement créé pour nos chères têtes blondes : Enfantillages. Un disque destiné aux enfants mais que les parents auront plaisir à écouter tant l’on retrouve l’univers musical d’Aldebert : chansons entre folk, jazz manouche et pop. La berceuse devient rock’n’roll et prend des allures de western spaghetti dans La remueuse. Les chats sont immortels et reviennent hanter leurs maîtres. Des chansons ludiques, aux textes tiroirs, où l’auditeur, qu’il ait trente ou huit ans, se perdra volontiers.

Si Caravan Palace tire son assise rythmique de machines aux gros beats electro, ses membres se composent également d'un violoniste, clarinettiste et d'une guitare acoustique pour des morceaux swing et tzigane, jazz manouche qui ramène aux années trente. Caravan Palace, avec leur mélange unique de sons modernes et de mélodies traditionnelles voire anachroniques, ont accroché l'oreille

de nombreux auditeurs. Mélodies jazzy qui swinguent, trois solistes de talent enchaînant de longues parties électrisantes et une chanteuse affichant une belle présence sur scène. Une voix puissante mais nuancée qu'elle emmène parfois sur les terres du skat et du be bop, attitude très communicative et ouverte sur le public.

- Manu Gilles, Sébastien Marais, Dominique Demangeot -

Festi’Neuch, du 3 au 6 juin, Neuchâtel, Suisse www.festineuch.ch

Hocus Pocus

Hocus Pocus - L’interview On parle de vous comme un groupe soit teinté rockn soit teinté jazz. Je dirais plus une pop funk teintée de riddim, où tu poses un flow rap… Qu’en dis-tu ? Pour moi c’est un hip hop alternatif fait de plein de mélanges. Des morceaux vont être faits de musique africaine et de jazz, d’autres de funk et de soul. La base est hip hop mais après c’est très ouvert et ma voix sert de lien à tout ça. Les refrains sont facilement mémorisables mais vous utilisez des phrases auxquelles on ne s’attend pas forcément. Il y a peu de rimes simples… Cette complexité vous rendelle plus underground que les autres ? J’essaie d’avoir plusieurs lectures dans ce que je fais. Une partie s’adressera à un public hip hop pointu mais il y aussi un côté très accessible. On essaie de garder un côté underground parce que nous ce qu’on kiffe c’est des producteurs comme Jay D, des mecs qui bossent en indé. D’un autre côté on est ouverts au côté chanson française plus grand public. C’est curieux ce discours-là, car tu disais récemment que vous étiez plus proches de Benabar que d’Eminem…

On est à mi-chemin entre les deux. Plus proche de Benabar dans l’écriture, et d’Eminem dans le son… Déjà plus de dix ans de carrière mais c’est en ce moment que vous faîtes vraiment surface. Tu penses que c’est par rapport à un engouement pour le slam ? Il y a le bouche à oreille. Aussi cette ouverture créée par des gens comme Oxmo, Abd Al Malik. Egalement certaines émissions de télé qui font décoller une notoriété. Sans la télé c’est difficile de passer certaines étapes. On l’a constaté dernièrement. On tournait beaucoup, ça marchait pas mal. Mais dès qu’on a fait Taratata, les Victoires de la Musique, on a senti un nouveau public venir nous voir. De Nantes vous avez ouvert une brèche à des compatriotes. Je pense notamment à Philemon. Alors comme en foot, il y a une école nantaise ? [rires] Oui il y a toute une école à Nantes ! Une famille musicale dans laquelle on se retrouve, hip hop mais aussi funk, soul, jazz comme Tribeca avec qui on travaille. Un état d’esprit lié à l’atmosphère de la ville. On dit que c’est un peu le Philadelphie français avec ses artistes new soul ! - Propos recueillis par Frédéric Dassonville -


Musiques

Espoirs et légendes à Brainans

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Lords Of Altamont à La Vapeur

Pour ce dernier mois de la saison, le Moulin de Brainans accueille des artistes très différents. D’une part une soirée placée sous le signe de la chanson française avec Java et la toute jeune Naif, et d’autre part le groupe de légende The Commitments qui reviennent en France pour une nouvelle tournée.

Java (+ Naif ), 8 mai

Naif

Si Naif vit en France, elle est d’origine italienne et sa musique possède ce côté métissé, la jeune artiste chantant de sa voix très particulière en italien, français, anglais. Une musique éclectique elle aussi qui s’approche du funk, de la pop ou de l’électro selon les humeurs. Son album Faites du bruit sorti en mars reflète cet éclectisme, nous parlant d’amour ou de faits de société. Pianiste, guitariste et bassiste, Naif joue aussi de l’harmonica, musicienne à tout faire qui a, mine de rien, déjà côtoyé des pointures sur scène (Maceo Parker, Lauryn Hill… et même un musicien de Prince en studio !).

© Sherry Lee

Les quatres titis parisiens seront au Moulin pour présenter leur nouvel album sorti en mars. Java, c’est une configuration originale (chant-basse-batterie… accordéon), formation que l’on imagine donc bien dans la ligne d’une chanson française traditionnelle. Pourtant à en juger par leur playlist, les quatre parisiens s’aventurent aussi du côté du hip hop (pour le pasticher il est vrai) avec Bling Bling 2, et les textes s’inspirent parfois du phrasé rap (L’amer à boire). ‘’Paris est dans mes tripes comme un polichinelle dans le tiroir’’ chante R.Wan qui mène la barque d’un groupe qui renouvelle la scène française en l’ouvrant à des influences plus actuelles.

Java The Commitments (+ Cosmix Banditos), 13 mai

Après le succès filmographique d’Alan Parker en 1991, The Commitments, groupe de 9 musiciens, reprennent des standards du rock, de la soul et du rythm and blues. Dans le film, The Commitments jouaient le rôle d’une famille tombée dans le chaudron du blues et de la soul. Après le tournage, ils se sont si bien entendu qu’ils sont restés ensemble et n’ont jamais arrêté de tourner partout dans le monde. Andrew Strong (qui avait 16 ans à l’époque du film !) porte toujours de sa voix puissante ces standards réarrangés : l’incontournable Mustang Sally, Chain Of Fools et bien d’autres. - Manu Gilles -

Moulin de Brainans www.moulindebrainans.com

Encore un mois chargé à La Vapeur de Dijon avec des artistes en vue comme Gaetan Roussel de Louise Attaque en solo cette fois le 12 mai, ou encore Cœur de pirate le 29 mai. Le 5 ce sont les américains de Lords Of Altamont qui prendront d’assaut la scène dijonnaise pour un concert que l’on imagine particulièrement surchauffé. Le groupe œuvre avant tout pour l’esprit garage, et une esthétique qui se rapproche de la beat generation et des bikers. Lords Of Altamont mettent en avant leur énergie brute et sauvage, ça joue vite, ça joue fort et leurs deux albums ont été enregistrés dans un esprit très live. Le punk rock, très peu pour eux… Ils comparent d’ailleurs des groupes comme Sum 41 ou Blink 182 aux… New Kids On The Block, c’est dire… Le groupe trans-

pire, hurle, éructerait même parfois tant leur urgence de jouer est palpable en album et plus encore en concert. Les guitares rebelles se mêlent aux claviers vintage et le groupe nous ramène il est vrai au temps béni du punk des années 60, reprenant d’ailleurs sur leur dernier album She Cried, de Jay & The Americans, groupe pop des années 60. Capables de sérieux dommages collatéraux avec cependant toujours cette attention à la mélodie (un peu comme les suédois de The Hives), Lords Of Altamont pratiquent un rock à la frontière du punk et du métal, avec quelques éléments pop sixties pour embellir le tout. - Sébastien Marais -

The Lords Of Altamont + Big Bears, La Vapeur, Dijon, 7 mai à 20h30 - www.lavapeur.com

Les musiques anciennes à l’honneur à l’Association Bourguignonne Culturelle Musiques buissonnières

Les 9 mai et 13 juin, l’ABC prend la clé des champs… L’occasion pour amateurs ou prophanes d’apprécier la musique ancienne sous un autre angle, parmi la nature et le patrimoine bourguignon.

Dimanche 9 mai L’amor de lonh . Troubadours, trouvères et répertoires traditionnels

Le programme nous entretiendra de "l’amour de loin", thème cher aux troubadours d’antan. L’amour de loin, plus connu sous le terme d’amour courtois, idéalise la femme en la considèrant comme un objet inatteignable. Cette tradition aurait été inspirée par la poésie arabe car les Juifs d’Espagne s’exprimaient aussi en arabe. Les troubadours du Moyen-Age nous entretenaient de la quête de l’amour, véritable sacerdoce atteignant parfois au mysticisme et à la contemplation. Le programme nous fera découvrir différentes époques, différents styles, de la musique courtoise à celle plus populaire que l’on écoutait dans les villages, de l’Espagne à la France. avec l’Ensemble Gilles Binchois

Dimanche 13 juin Tartini : Sonates pour violon solo . Airs populaires italiens

C’est ensuite en Italie que nous mèneront ces musiques buissonnières. Nous quittons le Moyen-Age pour découvrir Guiseppe Tartini (1692-1770), violoniste italien qui a souvent évoqué la nature, incarnant cette dernière

dans son écriture étoffée et expressive, tout en s’imprégnant également de la tradition italienne. Pour interpréter ces œuvres, Chiara Banchini (dont Tartini est l’un des auteurs fétiches) interviendra aux côtés de Patrizia Bovi qui sera au chant et à la harpe, cette dernière s’inspirant notamment des chants des gondoliers. Tartini s’est inspiré des chants populaires et de la poésie en général (et de sa métrique en particulier). Avec Chiara Banchini et Patrizia Bovi

On sait peu de choses sur sa vie, si ce n’est qu’il est né entre 1569 et 1575. Musiques poétiques (Poeticall Musicke) est son second recueil publié en 1607, dédié à la Reine Anne, 25 pièces pour viole, luth et voix. Ce mercenaire itinérant habitué aux combats violents, composa paradoxalement des musiques raffinées, avouant lui-même : ‘‘La seule part féminine en moi aura été la musique, part toujours généreuse car jamais mercenaire’’. Avec Marianne Muller à la viole de gambe et Anne Delafosse, soprano

Journées de musique ancienne

17h30 - Da Pacem au Sacré Coeur

Le week-end des 5 et 6 juin, l’ABC proposera deux jours de rencontre entre artistes professionnels, ensembles vocaux amateurs et amateurs de musique ancienne. La thématique centrale cette année est consacrée aux violes et voix.

Samedi 5 juin, 16h Concert sur les interprétations au Sacré Cœur

Un concert reprenant le répertoire français, italien et espagnol (Palestrina, Lassus, Victoria…) sera proposé avec un grand chœur de 100 chanteurs, un petit ensemble ainsi que l’ensemble Gilles Binchois. Dominique Vellard présentera les divers styles d’interprétation à travers le temps.

20h30, Sacré Coeur

Un concert sur la modernité et l’inventivité sera commenté cette fois par Thierry Favier, Maître de conférence à l’université de

Bourgogne. Byrd, Lejeune, Purcell, Locke, Roberday entres autres compositeurs, seront au programme. La musique anglaise et française des XVIe et XVIIème siècles pour consort de violes sera proposée. Avec Marianne Muller, Catherine Arnoux, Sylvie Moquet et Malu Gabard

Dimanche 6 juin 11h30 - Concert à l’Hôtel de Vogüe

Place ensuite aux ‘’musiques poétiques’’ du capitaine Tobias Hume, officier anglais qui composa tout un répertoire pour la viole de Gambe et fit la renommée de cet instrument.

Da Pacem, messe attribuée à Josquin des Prés, sera ponctuée d’oeuvres d’Agricola, Compère, Brumel, de La Rue, Lassus... Fervent représentant de l’école franco-flamande (fin du XVe siècle), Josquin des Prés se situe au niveau esthétique entre le Moyen Âge et la Renaissance. A la fois humaniste et attaché à la spiritualité médiévale, il eut une influence importante sur les messes, motets et chansons, imposant le style en imitation continue, à savoir imiter une partie musicale dans une autre (canon). La messe Da Pacem est l’une des plus importantes compositions de l’époque. ‘‘Le thème est énoncé au ténor autour duquel les trois autres voix tissent la polyphonie , on y trouve tout l’art du contrepoint franco-flamand à son sommet’’, nous explique l’Ensemble Binchois. avec l’Ensemble Gilles Binchois et le consort de violes - Marc Vincent -

ABC Dijon - 4, passage Darcy à Dijon - 03 80 30 98 99 - www.abcdijon.org


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Festival de Musiques Anciennes de Montfaucon/Besançon Le festival de Musiques Anciennes de Montfaucon/Besançon fête ses cinq ans, convoquant cette année nos cinq sens, avec toujours à coeur de faire découvrir la musique ancienne à une large audience. Si des artistes de qualité seront conviés, à l’image du grand claveciniste Gustav Leonhardt, les concerts qui se dérouleront notamment dans des églises et des chapelles seront aussi l’occasion de découvrir ou redécouvrir quelques hauts lieux du patrimoine. Rencontre avec Arthur Schoonderwoerd qui nous parle des lignes fortes de cette édition 2010.

Dès que le compositeur meurt, la musique devient une musique ancienne. La musique se développe tout le temps, comme la langue. On essaie alors de retrouver les manuscrits d’origine, les instruments, la déclamation de l’époque pour être plus proches de la musique’’ Arthur Schoonderwoerd, directeur du festival

Venue de Gustav Leonhardt

Ouverture sur un nouveau public

Redécouvrir la musique ancienne

La musique ancienne connait un renouveau en France depuis une vingtaine d’années. Si notre pays connait un retard dans ce domaine par rapport aux pays nordiques, les initiatives se multiplient pour mettre en lumière

© Robin Davis

Le directeur du festival souhaite tout d’abord insister sur le souhait de s’ouvrir vers un public large et ‘‘dépoussiérer’’ l’image de la musique ancienne. Durant l’année, le festival se rend dans les collèges et les lycées pour faire découvrir la musique ancienne aux élèves. Des interventions sont organisées notamment aux collèges Victor Hugo de Besançon et de Saône. ‘’Dans trois ans, on aimerait que la moitié du public ait moins de 25 ans’’, avoue Arthur Schoonderwoerd, ‘’et que notre festival de musique ancienne soit le festival en France ciblé vers la jeunesse’’. C’est également la raison pour laquelle des concerts Off, gratuits, sont organisés. Des efforts sont faits au niveau tarifaire. Si deux parents vont au concert, une troisième place est ainsi offerte pour une personne de moins de 25 ans.

la richesse de cette musique. ‘’Un moment clé sera la venue de l’ensemble Huelgas en musique Renaissance’’, explique Arthur Schoonderwoerd. ‘‘Ils ont fait depuis les années 60 une soixantaine de disques pour Harmonia Mundi. Ce sont les spécialistes de la musique de chœur Renaissance. Jacob Clement est un compositeur francoflamand qui a écrit dans de nombreuses langues. On entendra des parties de messe mais aussi des chansons avec des textes en-dessous de la ceinture !’’. Histoire de mettre en lumière la dimension populaire de la musique ancienne à l’époque. La musique juive du XIXe siècle sera aussi présente. ‘’Dès que le compositeur meurt, sa musique devient une musique ancienne’’, fait remarquer le directeur du festival. ‘‘La musique se développe tout le temps, comme

la langue. Pour nous, c’est l’approche qui est importante. On essaie alors de retrouver les manuscrits d’origine, les instruments, la déclamation de l’époque pour être plus proches de la musique car plus on avance dans le temps, plus la musique se déforme’’. Le concert sur Mozart en clôture de festival sera ainsi interprété sur un piano d’époque. ‘’On procédera comme au XVIIIe siècle, avec un petit orchestre et un piano qui n’a pas de cuir sur les marteaux, mais des marteaux en bois. Ca sonne un peu comme un clavecin, mais avec toute la dynamique possible. Tout le monde pense que le piano de Mozart sonnait un peu comme les pianoforte qu’on entend aujourd’hui. Mais après la Révolution, on a commencé à poser du cuir sur les marteaux des pianos pour qu’ils ne sonnent plus comme dans l’Ancien Régime’’.

Le concert de Gustav Leonhardt constituera l’un des événements du festival. ‘’C’est quelqu’un qui a fait une carrière de 60 ans, peut-être 400 disques de clavecin dans sa vie. C’est vraiment le très très grand musicien de musique ancienne. Il n’est jamais venu en Franche-Comté’’. Gustav Leonhardt proposera un répertoire de plusieurs nationalités. D’abord Frescobaldi, son compositeur fétiche, fin du XVIe siècle, début du XVIIe siècle. ‘’A partir de cette époque, le public veut entendre vraiment les mots. Avant avec la polyphonie, la musique et le texte étaient trop imbriqués. Frescobaldi va vers la monodie ’’. Il y a aura aussi Purcell. ‘’A la cour d’Elizabeth, on parlait français et la musique française était très appréciée. Cette influence se ressent beaucoup chez Purcell’’. Quant à Kerll, compositeur allemand moins connu, il a été influencé par la musique italienne. ‘’Les rois faisaient venir des italiens dans leurs cours. Les musiciens faisaient des voyages incroyables à l’époque’’. La notion de voyage se retrouvera dans d’autres concerts, comme avec la guitare baroque et romantique d’Espagne. ‘’Beaucoup de chanteurs espagnols commencent à arriver’’, fait remarquer Arthur. ‘’La musique ancienne descend. Depuis les pays nordiques, aujourd’hui en France, puis elle est en train d’arriver en Espagne, en Italie’’. La musique ancienne débarque à Montfaucon et Besançon en cette fin du mois de mai. N’hésitez pas à aller la rencontrer... - Propos recueilis par Dominique Demangeot -

Festival de Musiques Anciennes de Montfaucon Besançon, du 20 au 24 mai - Programme complet et tarifs : www.festivaldemontfaucon.com

Prima la musica e poi le parole Le Théâtre musical de Besançon accueille les mélodrames d’Ariane à Naxos et Médée, deux créations qui clôtureront sa saison 2009-2010 et débuteront le programme du Festival de Musiques Anciennes de Montfaucon. C’est en 1775 que ces deux pièces furent composées par un violoniste tchèque (Bohème à son époque), Georges Friedrich Benda. Elles présentent une forme musicale nouvelle qui est celle du mélodrame. Ce genre, émergeant à l’époque, propose un rapport innovant entre le récit et la musique. Le mélodrame est la seule forme d’opéra sans chant qui combine texte parlé et musique. Cette configuration tout d’abord initiée par Jean Jacques Rousseau au XVIIIe siècle trouvera dans les œuvres de Benda, un équilibre et un enrichissement qui permettront d’en imposer la forme comme un genre à part entière dans l’histoire de la musique. Le rapport à l’intimité, au sentiment, mais aussi l’équilibre texte/ musique, sont les grands objectifs de ce genre unique et original. Discours et musique se combinent pour nourrir le drame, s’ensuivent une tension et une émotion aboutissant quelques fois à des ambiances très avant-gardistes.

La mise en scène proposée par Alexandra Rübner - qui interprètera aussi le rôle de Médée - tout comme les costumes de Catherine André, nous feront découvrir ou redécouvrir ces mythes. La nouvelle traduction française offre un rapport texte/ musique inédit. Ariane à Naxos et Médée ont exercé une influence importante sur Beethoven, Weber ou encore Mozart. Ce dernier écrira à son père en 1778 : ‘’J’ai vu Medea, de Benda ; celui-

© Robin Davis

Benda a beaucoup voyagé en France, en Italie mais aussi en Allemagne, et tous ces périples ont nourri son œuvre. La représentation du tourment des deux figures antiques que sont Ariane et Médée, fait clairement écho au Sturm und Drang allemand prônant la supériorité du sentiment face à la raison. De plus la volonté d’une expression brute et spontanée des sentiments, reflète la pensée et le désir du retour au naturel que prêchait Rousseau, se rebellant ainsi contre le Bel Canto italien. Ariane à Naxos et Médée offrent aussi une déclamation issue du théâtre Baroque du XVIIe siècle, mais en estompent cependant les codes afin de proposer une expression plus sincère et brute du sentiment. L’énergie du texte et de la musique est alors originelle et primordiale, et ces deux mélodrames représentent un réel aboutissement de l’équilibre entre texte et musique.

ci a également composé Ariane à Naxos, les deux pièces sont vraiment remarquables ; j’aime tant ces deux œuvres que je les emporte avec moi’’. L’ensemble Cristofori, sous la direction d’Arthur Schoonderwoerd, ainsi que le collectif des acteurs nous invitent à revisiter et pénétrer ces mythes. - Aurélie Bessard -

A suivre au Théâtre musical de Besançon, 20 mai à 20h www.letheatre-besancon.fr


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Festival Rolling Saône Deuxième partie de notre article sur le festival Rolling Saône qui se tient à Gray les 7 et 8 mai. La soirée du samedi s’annonce particulièrement diversifiée avec des musiques allant du rock pur et dur à une pop très accesssible, en passant par le funk et le blues. Etat des lieux... Comme d’ordinaire, le festival, à côté des têtes d’affiche, fera la place belle aux groupes en devenir, qu’ils viennent de Besançon avec les bisontins de Somadaya et leur électro pop léchée ou Tefeo et leur mélange de funk et de musiques ensoleillées, pour les amateurs de chanson reggae et de couleurs africaines. C’est également de Besançon que vient Clara Yucatan avec une pop folk légère pour ce duo composé des deux frère et sœur Claire et Antoine, accompagnés d’un batteur. A voir également Buridane, jeune chanteuse qui nous vient de Lyon, avec une petite voix assez fragile dans le registre de Berry, quelque chose d’assez fin et folk, accompagné de guitares acoustiques.

Michael Jones (Variété internationale)

Le blues mêlé de musique celtique de Michael Jones s’invitera à Gray. Le guitariste de Jean-Jacques Goldman rend hommage à ses deux cultures : l’une blues rock et l’autre celtique (il est né au Pays de Galles). Avec sa nouvelle tournée Celtic Blues l’année dernière, il retrouvait le chemin de la scène après s’être un peu perdu dans un château effrayant à la Star Ac.

Yves Jamait Jamait (Chanson)

Yves Jamait reste fidèle à un esprit chanson française dans une veine réaliste, s’entourant d’une guitare et d’un accordéon pour chanter ses complaintes. La rime riche n’est pas anodine. Jamait aime en effet les beaux vers et l’ivresse. Ivresse de la fête et des mots. Il aime aussi nous raconter les bars la nuit, les femmes, avec cette mélancolie chevillée au corps, qui lui est inséparable comme son sempiternel béret. Entre swing, jazz et musette, Jamait trace sa propre voie et son nouvel album a gardé les mêmes couleurs populaires. Malgré le succès, Yves Jamait ne se prend pas au sérieux. Peut-être parce que sa musique vient de la rue et des boulevards, de ces bars qui ferment tard la nuit. A la faveur d’une guitare qui s’emballe, entre deux chansons d’amour, il nous parle des reconduites musclées à la frontière de ces derniers

Eiffel mois (Nous nous reverrons), égratigne doucement les religions (Athées souhaits). Un chanteur entier.

Eiffel (Rock)

Le groupe Eiffel, revenu à la formule du trio, n’a pourtant rien perdu de sa fougue, retrouvant même son batteur d’origine. Le quatrième album du groupe, sorti fin de l’année dernière, renoue avec les thèmes chers au groupe : l’amour et la mort, la solidarité et la question politique. Entre la mélancolie et l’urgence, Eiffel trace toujours sa route, même après s’être fait renvoyer de leur label suite à une restructuration. Leur musique semble n’en être que plus sauvage et peutêtre plus concise et spontanée.

Travailleurs de l’Ombre

Basse, batterie, un DJ saxophoniste, un clavier/machines et deux MC sont les constituants de la nouvelle équipe de Travailleurs de l’Ombre, après l’expérience du split EKS vs TDO. ‘‘Quand Reno, guitariste de EKS, est parti du groupe, Mike De Potter, ancien clavier de TDO parti un temps chez Two Tone Club (groupe de ska montbéliardais, NDLR) est revenu travailler avec nous’’, explique Nove. Les nouveaux morceaux de TDO dénotent une ouverture musicale plus importante, du fait de l’évolution des membres du groupe.

Ouverture

L’ouverture, c’est peut-être le changement principal pour nos Travailleurs de l’Ombre. Nove avoue avoir pendant longtemps gardé le nez dans le rap sans s’intéresser à ce qui se faisait par ailleurs. Avec internet aujourd’hui il s’ouvre à toutes sortes de musiques, et TDO se nourrit des influences diverses de chacun, rock, hip hop… Plus de frontières pour les artistes qui ont pourtant tenu à évoquer Belfort sur la pochette de leur 4 titres. ‘’On a travaillé avec une graphiste de [moLotov] sKwaTT (agence de promotion d’artiste émergents, NDLR). Le sKwaTT a été un gros moteur de notre come back, après la fusion EKS-TDO en 2008 qui a été un premier déclencheur. Elise m’a montré un de ses tableaux à l’aquarelle. Les teintes bleutées m’ont rappelé Belfort et sa froideur. Alors je lui ai demandé de travailler là-dessus’’. Dans une ville en ruines, les 6 Travailleurs de

Sur Eva et les autres qui ouvre l’album, la voix de Nico prend des accents dutronesques, doucement criante, aux accents rock’n’roll mêlés à un texte bien troussé. Un album éclectique, qui passe de la pop adolescente (à l’image du single imparable L’été revient, doucement parodique) à des brulots mûris à l’ombre d’Oasis période Roll With It (A l’heure H, Décalage horaire plus punk). Belles ballades à cordes (Au Diable Vauvert) ou acoustiques (A l’ombre), bel hommage à la pop des ces 40 dernières années. - Sébastien Marais, Philippe Tournier, Manu Gilles -

Festival Rolling Saône, Gray, Halle Sauzay, 7 et 8 mai A voir aussi le 7 mai : No One Is Innocent, Tom Frager, La Jarry, Benja, Flow, My Dog Ate My Homework, Zenzile - www.rolling-saone.fr

‘‘On veut que les parents viennent avec leurs enfants pour leur montrer que ce qu’écoutent leurs gosses, cette culture hip hop, n’est pas une musique de sauvages qui entretient l’insécurité, arrêter de croire que leurs gosses sont perdus’’. Nove, MC/graffeur de Travailleurs de l’Ombre

Sur la pochette de Prélude à l’ultima ratio, leur 4 titres qui sort ces jours-ci, les 6 membres de TDO s’avancent vers nous dans un paysage urbain bleu sombre, comme pour nous dire qu’ils reviennent dans la lumière. Les six artistes originaires de Belfort reprennent la route pour une nouvelle tournée et un album prévu en septembre. ‘’J’ai qu’une optique : persévérer’’, clame Nove sur Prélude à l’ultima ratio. Et depuis les années 90, il en a fallu de la persévérance aux membres de TDO pour imposer leur art au public, un art qu’il faut bien qualifier de rap à l’époque même si le groupe refuse radicalement cette étiquette aujourd’hui. Galvaudée, détournée, rabaissée à coups de clichés et de filles courtement vêtues dans les clips US (et repris abondamment en Europe), le terme de ‘‘rap’’ sonne comme une coquille creuse aux oreilles de Nove et ses collègues. ‘’On rappe certes, mais on ne fait pas de rap’’, explique-t-il. Sur L’ultima Ratio, on remarquera d’ailleurs que les influences vont bien au-delà du hip hop. ‘’Il y a eu un gros virage au niveau des instrus, même si on n’a pas changé notre fusil d’épaule au niveau des textes’’ fait remarquer Nove.

Archimède (Pop rock)

l’Ombre sortent des ténèbres. Quand le groupe a été fondé il y a 15 ans, il souhaitait représenter toutes ces personnes qui sont dans l’ombre et qu’on ne voit jamais : infirmières, personnes en difficultés, travailleurs sociaux, etc. Ces derniers sont notamment abordés sur le nouveau morceau Dans l’ombre. Un hip hop véritablement revendicatif à mille lieues des clichés véhiculés aujourd’hui, comme quand un méprisant et méprisable Kanye West se pavane entouré de poupées siliconées sur la grande scène des Eurocks… Bravo pour l’exemple.

Spectacle vivant

Car sans jouer les moralisateurs, les TDO aimeraient délivrer un message de tolérance, inciter à la curiosité voire inciter son public, amateur de hip hop, à s’intéresser à d’autres sonorités, d’autres cultures. Les Travailleurs

envisagent leur concerts comme des spectacles complets, du vrai spectacle vivant avec les décors d’un artiste et autres animations. ‘‘Ca s’adaptera aux lieux où l’on joue. Des scènes de rue. Des scènes de vie. Il y aura aussi un côté recyclage. On veut aussi que les parents viennent avec leurs enfants pour leur montrer que ce qu’écoutent leurs gosses, cette culture hip hop, ce n’est pas une musique de sauvages qui entretient l’insécurité, arrêter de croire que leurs gosses sont perdus. Certains peignent, font de la musique, jonglent…’’ dit encore Nove. Des concerts sont prévus cet été pour financer l’album à paraître en septembre, ainsi qu’un petit séjour dans les Pays de l’Est ‘’où ça bouge bien là-bas’’, fait remarquer Nove. Le MC des TDO partira en éclaireur en Croatie armé de son 4 titres et de trailers vidéo. Et pour assister aux premières salves scéniques des Travailleurs de l’Ombre, gardez un oeil sur leur Myspace... - Dominique Demangeot -

Retrouvez Mister Nove et ses collègues en fin de journal (travail graphique p.22 et bon de souscription au CD p.23) - myspace.com/travailleursdelombre A visiter aussi d’urgence : http://skwatt.jimdo.com


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L’amour des trois oranges Au royaume du Roi de Trèfle, on fomente un complot contre le prince. Ce dernier doit rire pour survivre et finit par tomber amoureux d’une princesse sortie d’une orange. Dans cet opéra-conte qui met constamment l’imagination au défi, Sandrine Anglade propose certes un divertissement, mêlé cependant à une réflexion sur les relations qu’entretiennent théâtre et musique. L’Amour des trois oranges, écrite en 1761, est le moyen qu’a trouvé Gozzi pour contrer les réformes du théâtre prônées par Goldoni. La pièce reflète en effet cette polémique artistique, tragique et comique s’opposant dès l’ouverture. Deux théâtres s’affrontent : théâtre de mœurs, vers complexes d’un côté, liberté de l’imagination dans les contes de l’autre. La version présentée à l’Opéra de Dijon est celle créée par le metteur en scène russe Vsevolod Meyerhold en 1921, en langue française et sous la direction de Prokofiev. Dans L’Amour des trois oranges, Sandrine Anglade et le chef d’orchestre Pascal Verrot s’interrogent sur la relation entre théâtre et musique, dans la droite lignée du travail transdisciplinaire effectué par la Compagnie Sandrine Anglade depuis 2003. Le spectacle convoquera danse, action rapide, chant et rires. La facilité d’accès à la

Le théâtre fiabesque de Gozzi

Carlo Gozzi s’inspirait des contes des mille et une nuits notamment, oeuvre de contrastes également, puisque selon Sandrine Anglade, ‘‘le miraculeux est ici toujours contaminé par le trivial’’. pièce est peut-être d’ailleurs ce qui l’a desservie en France, raison pour laquelle elle a été peu jouée jusque-là. Sandrine Anglade cherche à revenir au jeu physique, voire exubérant, qu’elle avait rencontré lors d’un séjour à New York. Prôner un jeu moins cérébral, plus spontané. Les masques de la commedia dell’arte appelleront notamment une gestuelle particulièrement étudiée (le corps doit bien prendre le relais lorsque les expressions du visage sont cachées ). On s’attend donc à des costumes baroques, colorés, fantasques comme peut l’être cette histoire emplie de merveilleux et de loufoquerie. La forte dimension du conte dans la pièce est également ce qui lui permet de s’ouvrir à un public large. Carlo Gozzi s’inspirait des contes des mille et une nuits notamment, oeuvre de contrastes également, puisque selon Sandrine Anglade, ‘’ le miraculeux est ici toujours contaminé par le trivial’’. En octobre 2010, c’est L’oiseau vert qui sera abordé, contant les aventures des enfants

Les Fables théâtrales sont un genre propre à Gozzi, qui s’inspirait principalement des contes arabes et persans. Il a inventé des personnages aux traits de personnalité caractéristiques qui ne variaient pas. Ainsi Tartaglia bégaie dans tous ses rôles, tandis que Truffaldino est fourbe. Peu enclin à suivre les édictes des philosophes, et méprisant les comédies larmoyantes défendues par Goldoni, Gozzi développa un sens aiguisé de la satire.

du roi. Il y aura une cohérence des deux spectacles en matière de scénographie et de costumes. Sandrine Anglade parle d’ailleurs d’échanges de savoir-faire entre chanteurs, musiciens et comédiens. Cette dimension de passage s’inscrira également dans les ateliers de chant et de théâtre qui auront lieu avec les élèves dans les écoles et les jeunes comédiens amateurs. Ces ateliers seront restitués au cours d’une soirée qui réunira les professionnels et les amateurs autour de la commedia dell'arte et de l'opéra.

Le combat d’idées se déroulait sur les planches mêmes des théâtre, notamment dans les prologues. L’Amour des trois oranges est la première pièce de Gozzi avec la troupe Scachi, jouée le 25 janvier 1761, inaugurant le genre qui met en avant des mondes surnaturels, très éloignés de la réalité.

L’amour des trois oranges, Opéra de Dijon, de Sergueï Prokofiev, mise en scène : Sandrine Anglade Camerata Orchestre Dijon-Bourgogne - Choeur de l’Opéra de Dijon et de l’Opéra-Théâtre de Limoges mercredi 5 mai 20h vendredi 7 mai 20h, dimanche 9 mai 15h mardi 11 mai 20h - www.opera-dijon.fr

- Paul Sobrin -

Long’I’Rock (Longirod, Suisse) Organisé par la Société d'Activités Culturelles de Longirod, le Long ‘I’ Rock Music' openair festival, pour sa seule et unique édition, propose un événement exceptionnel avec quelques têtes d’affiche assez impressionnantes. Comme son nom l’indique, le rock est à l’honneur pour cet événement puisqu’en haut de l’affiche on voit apparaître le nom de Scorpions (pour leur unique date en Suisse). Le tranquille petit village de Longirod (quatre cents habitants), à 40 km de Lausanne et Genève, s’apprête à accueillir jusqu'à 50 000 personnes sur 4 hectares. En trois jours, près de 40 concerts sur trois scènes sont attendus au milieu des montagnes, des forêts et des réserves naturelles, le tout sous des chapiteaux couverts. Au programme donc, le rock dans tous ses états, depuis le hard FM et international des allemands de Scorpions jusqu’au métal surpuissant et mélodique d’Arch Enemy. Le dernier album du groupe, The Root Of All Evil sorti en octobre dernier, est une sélection des morceaux des trois premiers albums de la formation. Entièrement réenregistrés avec la voix satanique de la nouvelle chanteuse Angela Gossow, ces albums démontrent toute la qualité du thrash metal d’Arch Enemy, entre rage diabolique et mélodie céleste. N’oublions pas Down, projet lumineux de Phil Anselmo (ex-chanteur de Pantera), une dream team du métal regroupant des

Scorpions

Au programme donc, le rock dans tous ses états, depuis le hard FM et international des allemands de Scorpions jusqu’au métal surpuissant et mélodique d’Arch Enemy. Street Sweeper Social Club

Trust membres de plusieurs formations clés (Corrosion Of Conformity, Kingdom Of Sorrow, Crowbar), pour des morceaux aux rythmiques de plomb et d’une puissance rare. Le même jour c’est Trust qui se produira sur la Grande Scène du Long’I’Rock. On ne présente plus Trust, fer de lance du métal rock français dans les années 80, qui se sont adjoint dernièrement le concours d’un DJ sur scène pour une légère modernisation du son. Mais le propos demeure pourtant métallique et rentre-dedans. Il faut dire que par les temps qui courent, Trust n’a pas fini de l’ouvrir...

A noter en ouverture de festivités, le Street Sweeper Social Club, nouveau projet de Tom Morello (ex-Rage Against The Machine, Audioslave) et Boots Riley, MC du groupe de rap américain The Coup, particulièrement percutant et engagé. On retrouve bien sûr dans cette formation une dimension de fusion rock/rap contestataire, si ce n’est que Boots Riley possède un flow plus éclectique que Zack de la Rocha, et que l’allure générale sonne plus groovy. Vu le passé des deux leaders, c’est immanquable sur scène. Après six ans d’absence, les espagnols de Ska-P reviennent au live avec leur ska punk intenable. Groupe engagé s’il en est, farouchement altermondialiste, Ska-P semble être de retour plus motivés que jamais. Retour en grâce également avec Skunk Anansie et sa tigresse de chanteuse Skin. Leur nouvel album Smashes and Trashes sorti récemment, est en réalité un best of. Après quasiment dix ans d’absence, le groupe qui a su mêler dans les années 90 la fureur du punk et une pop ciselée revient sur scène. Leur nouveau single Because Of You augure de bonnes choses pour la suite. En matière de très bonnes références immanquables, citons également les suisses de Young Gods, fameux arpenteurs d’une fusion

rock électronique depuis près de 25 ans, qui nous revenaient récemment avec des reprises acoustiques de leur répertoire. Soulfly, dans un tout autre registre, résolument métal, projet du tonitruant Max Cavalera (ex-Sepultura et Cavalera Conspiracy), présentera probablement des nouveaux titres de son nouvel album à paraitre courant mai. Juliette Lewis nous prouvera qu’elle est aussi bonne actrice que rockeuse (quasiment intenable sur scène pour ceux qui ont assisté à ses prestations live). Long’I’Rock n’oublie pas les sirènes d’un rock plus calme avec les américains de Nada Surf qui reviennent avec un album de reprises et les belges de K’s Choice avec sous le bras leur nouvel album Echo Mountain, nouvelle merveille de rock harmonieux et ouvragé. D’autres formations seront là, qui ont prouvé leur capacité à dynamiter une scène comme les infatigables musiciens de Gogol Bordello pratiquant, à l’image d’artistes comme Bregovic ou Kusturica, une musique métissée, aux apports multiples : rock, ska, punk, tradition des pays de l’Est, klezmer… A voir aussi le Black Rebel Motorcycle Club, trio infernal qui a touché au rock poisseux, au folk, à l’americana et au shoegazing. Leur dernier album mêle toutes ces influences, et résume finalement assez bien un festival qui convoquera durant trois jours toutes les mouvances du rock. - Manu Gilles, Seb Marais, Dominique Demangeot -

Long’I’Rock, Longirod (Suisse, à 40 km de Lausanne et Genève), du 13 au 15 mai 2010 - www.longirock.ch


Théâtres

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Faits divers en série Au Nouveau Théâtre en mai, Sylvain Maurice, directeur du Centre dramatique de Besançon, et Anne-Laure Liégeois qui dirige le CDN de Montluçon, adaptent deux textes (Baby Foot de Jean- Christophe Cavallin et Et l’enfant sur le loup de Pierre Notte). Basés sur des faits divers, ils exposent l’esprit humain dans toute sa noirceur et ses contradictions.

‘‘Nos deux auteurs ont à la fois joué le jeu de la consigne d’écriture, et réussi à donner quelque chose qui décolle du fait divers, et donne une autre lecture d’un simple fait sordide dans un journal’’ Sylvain Maurice

Baby Foot mise en scène Sylvain Maurice

Ce huis clos cruel et drôle met en scène Monsieur Jourdan, rédacteur en chef des Échos d’Aubusson, invité à dîner chez un jeune couple. Gilles aimerait que le journaliste apprenne à sa femme à rédiger des comptesrendus de faits divers. Jean-Christophe Cavallin met à jour l’intimité des personnages, leurs faiblesses et leurs angoisses.

Et l’enfant sur le loup, mise en scène Anne-Laure Liégeois

Nous retrouvons un autre couple, usé par le temps, pris dans une spirale de méchanceté et d’amertume. La violence fait irruption sur l’espace scénique, exacerbant les sentiments et les comportements. L’homme et la femme vivent-ils encore à deux, dans cette communion que l’on est en droit d’attendre de la part de deux êtres ayant choisi de partager leurs vies ? C’est l’inertie qui s’est instaurée, le dialogue lentement atrophié et teinté de rancœur.

Entretien avec Sylvain Maurice Le thème est le fait divers, mais on se rend compte que l’on aurait pu appeler cela également ‘’faits de couples’’… Ce sont les auteurs qui ont fait résonner cette question du fait divers autour du couple mais aussi de la névrose familiale. Il y a eu d’autres textes. Anne-Laure en a sélectionné deux. Il y a donc eu un resserrement autour du couple.

Les deux pièces seront pourtant assez différentes l’une de l’autre. La première pièce que je mets en scène contient pas mal d’humour. C’est le propre du polar de pouvoir créer un suspens, de la peur mais aussi d’être très stimulant. Le premier texte fonctionne assez différemment du second, un peu comme une énigme. Quelque chose de secret nous est révélé à la fin. Le texte de Pierre Notte est plus une parabole, il renverse la problématique de l’homme qui est un loup pour l’homme. Comment se passe le travail avec AnneLaure Liégeois ? Il y a une réelle complicité. Ce qui est certain, c’est que quand on a une écriture à quatre mains, il faut à la fois se concerter, et ne pas écraser tout en ayant une volonté dramaturgique trop totalitaire. Il y a à la fois des similitudes et des différences, d’autant plus que les textes sont très différents.

Le fait divers est-il un genre stimulant ? Il a même donné des chefs d’œuvre plus ou moins proches de la fiction ou de la réalité. Truman Capote avec De sang froid (qui parle de la peine de mort, NDLR), Emmanuel Carrère qui s’était inspiré de l’affaire Romand, cet homme qui se faisait passer pour un médecin auprès de sa famille et qui avait assassiné sa femme et ses enfants quand ils avaient découvert que c’était un mensonge. Les sœurs Papin dont Jean genêt s’était inspiré pour Les Bonnes… La réalité a toujours imprégné les artistes. C’est intéressant car ce n’est plus le fait divers original et en même temps ce n’est pas une création complètement coupée de la réalité. Je trouve que nos deux auteurs ont à la fois joué le jeu de la consigne d’écriture, et en même temps réussi à donner quelque chose qui décolle du fait divers et donne une autre lecture d’un simple fait sordide dans un journal.

Les textes interrogent-ils aussi le fait divers ? Ce qui est certain c’est que Jean-Christophe Cavallin oppose le point de vue du journaliste, un peu caricaturé sur le côté sensationnaliste, et à l’opposé quelque chose de vraiment humain, le fait divers révélant l’humanité dans ses contradictions. On est plus dans une intimité sombre avec le texte de Pierre Notte... Oui il s’est emparé de cette histoire terrible de l’inceste d’un père sur sa fille. Le texte de Pierre a beaucoup de qualités poétiques car il donne la parole au loup qui parle des êtres humains. La problématique est inversée. C’est le loup qui est sympa et les enfants du Petit Chaperon Rouge qui sont affreux ! - Propos recueillis par Dominique Demangeot -

Faits divers en série (regroupe deux textes — Baby Foot de Jean- Christophe Cavallin et Et l’enfant sur le loup de Pierre Notte), Nouveau Théâtre de Besançon, du 4 au 6 mai - www.nouveau-theatre.com.fr

Festival de Caves L’édition 2010 du Festival de Caves se déroulera une nouvelle fois dans les sous-sols bisontins, mais la manifestation s’étend cette année à de nombreuses autres villes de FrancheComté, poussant même jusqu’à Saint-Etienne. Le concept est de proposer des pièces de théâtre, petites formes la plupart du temps, qui sont jouées dans des caves. Depuis 2005, le projet perdure et se développe donc avec cette année pas moins de 8 spectacles qui traiteront de thèmes et d’esthétiques divers. L’idée du Festival de Caves est née en 2005 de la création par la compagnie Mala Noche, dans la cave d’un particulier, du Journal de Klemperer, adaptation du journal d’un philologue allemand. ‘’Le lieu « cave » s’est révélé être un lieu formidable de création et à remporté un certain succès’’, explique Guillaume Dujardin, directeur de la compagnie Mala Noche. Ce dernier a donc décidé d’organiser chaque année un festival de théâtre joué exclusivement dans des sous-sols, une ‘’contrainte’’ qui s’est avérée finalement bénéfique pour la créativité et la spontanéité des représentations données. Les conditions de jeu favorisent également la proximité avec le public, pour proposer tout un panel d’adaptations théâtrales, voire des commandes, comme cette année A nos oublis du jeune auteur Florent Gouëlou. Mêlant différentes générations de comédiens et d’auteurs, fidélisant un public, le Festival de Caves se structure ‘‘tout en gardant sa légèreté et sa convivialité’’ précise Guillaume Dujardin. Huit pièces seront présentées entre le 19 mai et le 19 juin. Cette année, la programmation est une fois encore variée, convoquant les grandes références littéraires (L’Amant de Marguerite Duras, Les Carnets du soussol de Dostoïevski) et des auteurs contemporains (Mathias Zschokke, Mario Batista).

‘‘Cette année, nous allons recevoir le soutien des trois institutions bisontines : Nouveau Théâtre, Théâtre de l’Espace et Théâtre Musical. Ces soutiens seront de formes différentes, mais ces théâtres ont accepté de nous soutenir, de nous « parrainer » pour ce Festival tout en lui permettant de garder son originalité et son autonomie. Notre projet se fait en complément de ces scènes et non en concurrence. En toute amitié, donc’’. Guillaume Dujardin, metteur en scène, directeur de la compagnie Mala Noche Le Festival de Caves possède également un caractère de décentralisation puisque de nombreux spectacles seront donnés dans des petites communes autour de Besançon voire plus loin, dans des institutions ou chez des particuliers (Nans-sous-Sainte-Anne, Courchaton, Saône, Pouilley-lesVignes), d’autres villes de la région (Belfort, Pontarlier, Morteau, Baume-les-Dames, Dole, Lons-le-Saunier) et même… Saint-Etienne. - Dominique Demangeot -

Festival de Caves, du 19 mai au 19 juin, à suivre dans les villes de Nanssous-Sainte-Anne, Courchaton, Saône, Pouilley-les-Vignes, Belfort, Pontarlier, Morteau, Baume-les-Dames, Dole, Lons-le-Saunier Renseignements et réservations : 03 81 83 25 04 www.compagniemalanoche.com

Macbeth, nuit d’insomnie d'après Shakespeare, jouée lors du Festival de Caves 2009, avec Josée Drevon et Luc Schillinger, mise en scène Simon Vincent


Théâtres

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Théâtre en mai à Dijon Théâtre en mai reprend ses droits à Dijon. Une fois encore tourné vers les théâtres du monde, le festival s’est donné cette année trois pistes de réflexion : la germination, les racines et les ramures, ‘‘mais aussi et d’abord l’énergie première, celle qui nourrit l’acteur: l’appétit de raconter’’, précise le directeur du TDB François Chattot. Dans divers lieux sur Dijon, le festival nous convie donc à un théâtre d’ici et d’ailleurs, du collectif et de l’individuel. Art d’hier, d’aujourd’hui, et sutout de demain. Théâtre en mai mêlera plus que jamais les générations, sur scène comme dans le public, pour une photographie de ce qu’est le théâtre aujourd’hui. Les jeunes pousses s’incarneront dans des collectifs français et étrangers venus de France, de Suisse et d’Ouzbékistan, reprenant les grands aînés, d’Eschyle à Müller, ou de jeunes dramaturges comme Bauersima.

L’acteur en scène

Parallèlement aux œuvres collectives, Théâtre en mai se consacrera aussi aux projets en solo : conteurs, griots et autres artistes se présentant seuls en scène avec comme seul fil pour les relier au public, une voix et un texte, à l’image de ce grand arpenteur de planches qu’est Philippe Avron.

Le théâtre plaisir

Malgré la volonté de regarder le monde droit dans les yeux, avec ses défauts, ses injustices et ses doutes, le festival met aussi un point d’honneur à favoriser la convivialité et la fête. Car le théâtre doit avant tout être un plaisir. Théâtre en mai convoquera donc également la musique, le cirque, et même l’opéra.

Le théâtre dans l’histoire

Syrma Antigones Entretien avec François Chattot Cette année l’affiche figure un arbre. Une référence à l’arbre à palabres africain ? Le premier spectacle qui ouvrira la présentation du festival le 3 mai sera celui d’un griot d’Afrique, Hossane Kouyaté, comme si l’on commençait par l’origine. Le griot, c’est celui qui se sépare du groupe, se place près d’un arbre ou sur un promontoire et commence à raconter. Jean-Luc Nancy nous dit cette chose magnifique : c’est le récit qui réunit.

communauté, qui souvent oublie qu’il lui appartient... La communauté paie ses impôts et n’oublions pas que nous-mêmes sommes entretenus par la communauté de la république (la DRAC, la Ville de Dijon, la Région...). Vitez nous dit que c’est un investissement de la nation, qu’il faut donc s’adresser au plus grand nombre. La jeune génération a pris conscience de la richesse de l’art dramatique, comme la compagnie Moebius qui reprend le mythe des Atrides à travers le prisme de plusieurs auteurs. Oui nous avons aussi le Révizor, un grand classique revisité par la toute jeune génération.

Théâtre en mai proposera à ce titre des formes très diverses de récits. Oui nous continuons à décliner toutes les manières de raconter. Les solos, les duos, les trios, les collectifs, le travail avec un metteur en scène ou en improvisation, les auteursconteurs comme Jaulin... C’est important de ne pas enfermer les choses dans un seul mode de narration.

En parlant de revisiter une oeuvre, le Songe d’une nuit d’été sera appréhendé par deux troupes totalement différentes... Oui une oeuvre géniale peut avoir mille interprétations. Les coréens sont à la fois des jongleurs, chanteurs, musiciens, acteurs, acrobates. C’est important qu’il y ait un moment dans l’année où les spectateurs puissent voir des choses inouïes. Ce grand arbre dont nous parlions, on peut y mettre le griot, les conteurs, les bonimenteurs, ce que j’appelle

On reste donc ici dans un théâtre de la cité, un théâtre citoyen pour les spectateurs... Oui c’est la raison pour laquelle je cite Antoine Vitez qui dit ‘‘Un grand théâtre national doit être considéré comme une université pratique de la nation. [...] Il est un lieu de la désobéissance’’. Le théâtre appartient à la

pagnie de Pip Simmons, figure du théâtre qui a renouvelé l’art dramatique en Angleterre à la fin des années 60, le théâtre bouge, évolue avec son temps. Comme nous le verrons avec l’opéraconcert populaire des Fourberies de Maïsara par l’Ecole-Studio Diidor d’Ouzbékistan, entre autres spectacles frayant avec la musique, les jeunes troupes s’abreuvent aussi à d’autres traditions.

Seuls en scène Théâtre en mai fera également une belle place cette année à l’acteur seul en scène, à l’image de Yannick Jaulin qui nous parlera de l’universel et des mythes, tout en se focalisant sur le local dans son petit village imaginaire de Pougne-Hérisson. Nous nous sommes laissé dire que tous les contes sont partis de là-bas... Il y aura aussi le cirque de Johann Le Guillerm, et toute l’expérience de Philippe Avron qui a joué sous la direction de Jean Vilar, Benno Besson, Peter Brook, Roger Planchon... Il connait l’exercice du solo avec son ‘’Pierrot d’Asnières’’ qui a valu deux Molière du meilleur one man show à ce comédien globe-trotter parcourant le monde entier. A Théâtre en mai, il nous présente Montaigne et Shakespeare, deux monuments de la littérature des deux côtés de la Manche. Spectacle-conférence à géométrie variable, évolutif qui, à la manière de Yannick Jaulin, va lui aussi prendre à parti l’infiniment petit (petites gens, petites choses de la vie) pour les relier au grand Tout.

Théâtre en mai sera international aussi, et cette dimension mondiale s’incarnera notamment dans l’adaptation du Songe shakespearien par une troupe coréenne. Comme l’année dernière avec Les Coréens de Michel Vinaver, la danse et les percussions joueront un rôle central dans cette adaptation qui ne manque justement pas de rythme et de musique. La compagnie Yohangza transpose les elfes Puck et Obéron dans le monde des Dokkebi, elfes coréens.

Arlette Chosson nous présentera quant à elle sa dernière création où elle explorera une fois encore la relation homme animal. L’artiste, qui vit avec des renards dans sa maison en Bourgogne, nous entretiendra de cette part d’animalité enfouie en nous, mais bien présente et resurgissant à l’occasion d’un accès de violence, de peur ou de désir. La liberté grande de l’animal sauvage, c’est aussi celle de la comédienne (elle a travaillé avec

les hurleurs de carrefours, ce qu’on a fait avec notre tournée à mobylette l’été dernier : venir sur la place du village et haranguer la foule. Le tronc commun serait la tragédie grecque qui unit tout l’occident. Les ramifications qui viennent d’ailleurs, ce serait l’orient. On pourrait mettre ensuite la Comédie française, le théâtre élizabethin, puis toutes les compagnies actuelles. C’est parce que les racines sont irriguées que l’arbre est vert. Tout est lié. Le griot est peut-être primitif mais cet acte primitif de parler n’a pas changé. Même la tragédie est une forme du griot, certes plus savante, plus élaborée, mais c’est le même principe. La création du festival sera assurée par la compagnie italienne Motus. Oui ils ont déjà créé deux volets de Syrma Antigones et le troisième sera créé ici à Dijon. C’est à partir de la figure d’Antigone qu’ils ont construit ces grandes improvisations. On est véritablement ici dans un théâtre laboratoire, de recherche sur la forme... Exactement. C’est aussi ce que j’aime beaucoup, mélanger un théâtre expérimental des jeunes générations s’inspirant de la tragédie grecque, et de l’autre côté des choses plus classiques : un texte et un metteur en scène. C’est bien de garder un équilibre : le savant et le populaire, la comédie et la tragédie, les jeunes et les anciens. - Propos recueillis par Dominique Demangeot -

Planchon, Gatti…) qui décide un jour de tout quitter pour aller vivre avec des renards. Prendre la décision, un jour, de se séparer du groupe, pour revenir à nous, sur une scène, et commencer à raconter. - Dominique Demangeot -

Théâtre en mai, plusieurs lieux à Dijon, du 18 au 29 mai - www.tdb-cdn.com

Yannick Jaulin

© Christophe Renault Delage

Le songe d’une nuit d’été

© Patrick Anderson

Le théâtre s’inscrit dans l’histoire, comme nous le montrera le collectif des Ex-citants, à travers une exploration de l’Espagne franquiste à la fin des années 60. Que reste-t-il de nos amours révolutionnaires, nous interroge la jeune troupe, dans notre monde actuel où règne une dictature d’un autre type, moins sanglante mais aux effets plus dévastateurs que l’on croit, celle de l’image ? Qu’il prenne une tonalité sombre ou plus légère comme avec L’élu, sympathique attaque en règles du petit monde de la politique par le Théâtre Group’, le théâtre est partie prenante de la cité. Le collectif d’Ores et Déjà ne nous dira pas autre chose, se consacrant à Robespierre, homme d’Etat, homme de Terreur, fouillant cette plaie sanglante d’où sortit notre République. Nous suivons les derniers jours de Robespierre, emprisonné puis guillotiné pour tyrannie. Et le collectif de poser également la question du théâtre politique et de sa forme, dans la lignée de Brecht. Les jeunes troupes sont aussi sensibles à l’environnement économique, particulièrement maltraité en ce moment. Compétitivité, résultats, délocalisation, promotion… Push Up sera l’occasion de découvrir un jeune auteur allemand, Roland Schimmelpfennig, qui nous dépeint la vie de cadres d’entreprise. Les générations et les sexes s’affrontent pour le pouvoir, unique Graal qui semble valoir aujourd’hui. Que les compagnies abordent le thème du suicide avec norway.today ou reprennent les grands standards dramatiques comme Le Songe d’une nuit d’été en com-

© END & DNA

La jeune génération

Le griot est peut-être primitif mais cet acte primitif de parler n’a pas changé. Même la tragédie est une forme du griot, certes plus savante, plus élaborée, mais c’est le même principe. François Chattot, directeur du TDB


Danses

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L’Homme à tête de chou C’est un double hommage qui aura lieu les 10 et 11 mai au Théâtre musical de Besançon. En presque clôture de la saison, ce sont deux artistes d’exception qui seront évoqués sur scène. Serge Gainsbourg et Alain Bashung croiseront en effet de manière posthume leurs talents dans ce spectacle inspiré de L’Homme à la tête de chou de Serge Gainsbourg (1976) chanté, enregistré et réorchestré par Bashung avec Denis Clavaizolle et Jean Lamoot.

‘‘‘Je voudrais avant tout rendre compte d'une atmosphère, façon music-hall sans les paillettes, ou alors des paillettes qui reflètent aussi bien l'angoisse d'être vivant que la jouissance de l'être encore’’ Jean-Claude Gallotta, chorégraphe

Comme à son habitude Gainsbourg déployait sur cet album-roman tout son talent de compositeur et de parolier/auteur. Bashung collabora à ce projet chorégraphique de Jean-Claude Gallotta quelques mois avant sa mort, enregistrant les chansons de L'Homme à la tête de chou et liant musicalement les différentes parties de l’histoire entre elles. Le spectacle se décompose en effet en douze tableaux noir et blanc, pour quatorze danseurs. Du propre aveu de Jean-Claude Gallotta, L’Homme à tête de chou nous parle du dépouillement, de la violence et du désir. L’histoire nous est racontée en flash-back, douze chansons traitant de la relation amoureux entre un journaliste à scandales et une jeune shampouineuse du nom de Marilou. Cette dernière lui étant infidèle, il l’assassine à coups d'extincteur avant de sombrer dans la folie, ‘’moitié légume moitié mec’’.

Bashung/Gainsbourg

Bashung et Gainsbourg sont frères artistes et ‘‘oscillent entre gravité et légèreté de lamême façon’’ explique Jean-Claude Gallotta. Le chorégraphe rappelle d’ailleurs que

La chorégraphie

L’Homme à tête de chou s’inscrit dans la continuité du travail de Jean-Claude Gallotta, une danse contemporaine allant se frotter à des esthétiques musicales variées (chanson rock, jazz, musique khmer, classique…). C’est aussi une aventure particulière dans le sens où le public visé sera nécessairement autre, plus large que celui qui se rend d’ordinaire dans les salles pour assister à des spectacles de danse contemporaine. La bande son convoque cependant des esthétiques et des styles opposés, avec une production qui s’éloigne grandement de la chanson française et populaire traditionnelle. ‘’Alain Bashung a fait un formidable travail. Sans jamais trahir l'oeuvre d'origine, et avec toujours le plus grand respect, il a prolongé les trente-deux minutes de chansons de Gainsbourg pour en faire une continuité d’une heure dix avec des parties musicales destinées à lier les tableaux entre eux’’, explique Jean-Claude Gallotta qui a construit son ballet sur cette voie royale. On peut donc s’attendre à un spectacle baigné dans les couleurs clair-obscur de Bashung, porté par ‘’l’extrême rigueur des désenchantés’’ dit encore le chorégraphe. - Clélie Lebrun -

Gainsbourg et Bashung avaient collaboré en 1982 sur l’album Play blessures. La bande son de L’Homme à tête de chou reflète la large palette musicale de Serge Gainsbourg : ‘’la chanson française de jazz, de musique afri-

caine, de Kurt Weill ou de reggae, en passant par la pop’’, note encore Jean-Claude Galotta.

L’Homme à tête de chou, Théâtre musical de Besançon, 10 et 11 mai - Chorégraphie et mise en scène : Jean-Claude Gallotta - www.letheatre-besancon.fr


La 38ème édition du Salon des Antiquaires et de la Brocante de Dijon aura lieu du 15 au 24 mai 2010. Il y aura près de soixante exposants dans le secteur ‘’Prestige et antiquités’’ et environ 40 dans l’Allée de la brocante. Cette année le salon se mettra au diapason de l’année officielle de la Russie en France, dans la parfaite continuité de la démarche de Congrexpo visant à promouvoir l’art pictural russe depuis trois ans. Si le Salon des Antiquaires se veut un événement grand public (plus de 13 000 visiteurs en 2009), il ne transige cependant pas avec la qualité et chaque candidature est triée sur le volet. Un comité d’organisation examine chaque demande. Mais l’enjeu pour les exposants est de taille du fait de la visibilité apportée par une telle manifestation. Des ventes importantes se produisent durant le salon, preuve que ce dernier sait attirer les connaisseurs en matière d’antiquités.

Types d’exposants

Une fois encore, le Salon des antiquaires proposera du mobilier régional ou parisien des XVIIIème, XIXème et début du XXème siècle, mais aussi bijoux, tableaux anciens et modernes, faïences, tapis et tapisseries, verrerie, arts d’Extrême-Orient, art primitif, pièces d’archéologie entre autres types d’objets. En matière d’antiquités, on trouve des écoles différentes selon les régions. L’école de Montbéliard en Franche-Comté, avec notamment les Coulerus pour les meubles marquetés. Demoulin et Courte en Bourgogne, ébénistes du 18ème siècle. Le salon des Antiquaires attire bien sûr bourguignons et francs-comtois, mais aussi un public d’amateurs venus de partout en France. N’oublions pas que le secteur de l’antiquité travaille étroitement avec les restaurateurs qui vont redonner aux meubles, bijoux, tableaux, leur splendeur d’antan. C’est en effet l’une des taches principales de l’antiquaire, que de remettre l’objet acquis dans son état

d’origine, ou tout du moins le plus proche possible. Il arrive que les antiquaires acquièrent des pièces en vue du salon, étant donné la réputation importante de ce dernier. Une commission vérifie l’authenticité des pièces mises à la vente, tandis que deux experts de la Chambre Nationale des Experts Spécialisés proposent leurs conseils aux visiteurs.

Les métiers de la restauration

L’atelier des métiers de la restauration, organisé depuis l’an dernier par la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Côte d’Or, sera l’occasion de s’intéresser à ce métier si particulier. Des professionnels des métiers de la restauration effectueront en direct des démonstrations de leurs savoir-faire mobilisant des techniques diverses. La principale tâche du restaurateur est de redonner à une œuvre d’art son état d’origine. Il doit également se soucier de la conservation de l’œuvre une fois restaurée. La restauration conservative Les techniques de restauration doivent per-

mettre à un objet de perdurer dans le temps, en conservant son aspect, mais aussi de retrouver cet aspect si ce dernier a été altéré par le temps ou des accidents quelconques. La restauration esthétique Ce type de restauration doit améliorer l’aspect physique et la lisibilité d’une œuvre. Les opérations effectuées ici doivent être réversibles s’il faut intervenir à nouveau sur l’objet dans le futur. Il ne faut pas oublier que l’objet pourra dans dix ans, cinquante ans, un siècle, être à nouveau restauré. Auquel cas il faut que les opérations de restauration actuelles ne gênent en rien une restauration ultérieure. Il existe dans la restauration des aspects très techniques et de nombreux paramètres nécessitent d’être pris en compte (l’accrochage, la lumière du lieu d’exposition, le taux d’humidité de l’air...). Des interventions légères peuvent être pratiquées (pose d’incrustation, refixage) mais parfois l’état d’un objet oblige à recourir à des opérations plus lourdes. Avant toute intervention, un diagnostic est donc nécessaire : UV, photographie, technologies d’analyse diverses.

Les matériaux ne sont pas égaux en ce qui concerne leur stabilité dans le temps. Il faut aussi que le matériau utilisé ne suscite pas l’instabilité d’autres matériaux d’origine de l’œuvre ! C’est la raison pour laquelle le restaurateur utilise principalement des matériaux d’origine, ou le plus proches possible de ceux d’origine. Plus une oeuvre est ancienne, moins on la retouche, car certaines dégradations sont naturelles et difficilement rattrapables. On estime qu’un tableau ayant perdu plus de 30% de sa couche picturale perd près de la moitié de sa valeur. La patine La patine est la marque naturelle du temps qui passe. C’est cette patine qui donne à l’œuvre sa ‘’vénérabilité’’. C’est aussi une partie de son histoire. Les craquelures sont par exemple difficilement réversibles. Certains pigments évoluent également selon un processus naturel. Le restaurateur doit savoir faire la différence entre une patine naturelle et des accidents causés par un autre facteur que le temps qui passe. Le but est de conserver à l’oeuvre toute sa splendeur, mais aussi son authenticité, car chaque objet d’antiquité à une histoire. - Gilles Bloin -


Salon des Antiquaires et de la Brocante

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Saint-Pétersbourg vue par ses peintres

recherches sur la couleur de Lebedev Oleg Vladimirovich (1951). Des artistes comme Vedernikov Alexander Semenovich ont été influencés par les impressionnistes et postimpressionnistes français, tandis que Kurov Vadim Ivanovich se rapproche des artistes abstraits. Certains peintres font partie des artistes officiels en Russie comme Zubreeva Maria Abramovna (1900-1991), nommée en 1932 membre de la filiale de l’union des peintres soviétiques, exposée notamment au Musée russe de SaintPétersbourg ou encore Nikolaev Boris (né en 1925), membre de l`Union des peintres de Leningrad.

Dans le cadre de l’année franco-russe se déroulant actuellement en France, Dijon Congrexpo poursuit sa collaboration avec la K Gallery de Saint-Pétersbourg. L’exposition a reçu le label ‘’Année France-Russie 2010’’. La thématique cette année est ‘’Saint-Pétersbourg vue par ses peintres’’. Une quarantaine de tableaux de peintres modernes et contemporains proposera une vision plurielle de la capitale russe. Deux conférences sur SaintPétersbourg seront également données par l’association Fenêtres Ouvertes sur l’Europe les 18 et 20 mai à 18 heures dans le cadre du salon. Cette nouvelle exposition sera d’une part l’occasion de découvrir Saint-Pétersbourg à travers le regard des peintres russes, mais aussi d’avoir un bel aperçu de ce qu’est la peinture russe aujourd’hui, représentée à Dijon pour la troisième année consécutive. Les paysages dominent bien sûr ici, les tableaux exposés donnant à voir quelques lieux phares de la ville tels que les quais avec Morgenshtern Tatiana Michailovna (1948). De la peinture traditionnelle à l’image des œuvres d’Amosova-Bunak Olga Fyodorovna (18881965), à des œuvres plus transitoires comme

Saint-Pétersbourg la belle Plus vaste ville de Russie et deuxième cité la plus peuplée après Moscou, Saint-Pétersbourg nourrit l’imaginaire depuis des siècles. Capitale de l’Empire russe de 1712 jusqu’en 1918, son architecture exceptionnelle n’est pas absente dans l’attrait que les peintres ont éprouvé pour elle. A l’époque de sa création en 1703 par le tsar Pierre le Grand, son architecture est d’une modernité absolue et constitue une vitrine d’exception pour la Russie, en plus de constituer un nouveau port bénéfique pour le commerce et la force militaire.

Amosova-Bunak Olga Fyodorovna (1888-1965) - Paysage de Leningrad – années 1940-1950 – 38 x 50 cm

celles de Belicky Illarion Sergeevich (19111992), la palette d’inspirations est large. Des aquarelles de Vedernikov Alexander Semenovich (1898 – 1975) et sa technique baignée d’orientalisme (il avait d’ailleurs fait de Saint-Pétersbourg, Leningrad à l’époque, le sujet principal de son œuvre), en passant par les travaux à l’huile de Kupriyanova Lilya

haite redonner à Saint-Pétersbourg son aura et la ville redevient capitale de la Russie. Elle fait construire le centre ville du quartier de Pétrograd sur la rive de la Néva et tracer de grandes avenues : les perspectives Nevsky et Voznessenski, la Gorokhovaïa Oulitsa. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, la ville s’ouvre aux artistes et aux architectes sous l’impulsion notamment de Catherine II. Le palais d’hiver et le monastère Smolny sont construits. Le palais de sa mère est reconstruit par l’architecte baroque italien Bartolomeo Rastrelli, qui illustre bien le souffle artistique du siècle des Lumières. C’est également elle qui fait édifier la statue équestre de Pierre le Grand.

Une architecture métissée où le baroque le dispute au néoclassique, nourrie du talent de nombreux architectes italiens. Surnommée ‘’Venise du nord’’ car parcourue de canaux, Saint-Pétersbourg sera présentée sous différents aspects à l’occasion de l’exposition de peinture russe lors du Salon des Antiquaires et de la Brocante de Dijon.

Vue des fenêtres du palais d’hiver par Ivanovich

Zubreeva Maria Abramovna (1900-1991) Vue de Leningrad, 1958 – 78 x110 cm

Pierre le Grand invite artisans et ingénieurs de toute l’Europe afin qu’ils apportent leurs connaissances à la ville. Si son fils Pierre II délaisse un peu la cité, sa fille Anne sou-

Saint-Pétersbourg aborde alors brillamment la première moitié du XIXe siècle, devenant un pôle industriel, économique et culturel majeur en Europe. L’académie impériale des beaux-arts est créée en 1757. Théâtres, musées et universités fleurissent. La population croit rapidement et des cercles littéraires voient le jour. Principal centre intellectuel, scientifique et politique du pays jusqu’au début du XXe siècle, la ville est aussi le berceau de la Révolution russe de 1917. Paradoxalement,

Victorovna (1946), les styles représentés sont variés. On trouvera des scènes traditionnelles, art naïf de Perminov Sergey Andreevich (1951) ou œuvres plus complexes comme les combinaisons de natures-mortes, paysages et tableaux de genre de Nikiforovich, ou encore le surréalisme de Shteinberg Michail (1936). A découvrir également les

L’exposition sera complétée par deux conférences organisées par l’association Fenêtres Ouvertes sur l’Europe : - ‘‘Le premier siècle pétersbourgeois – Histoire, architecture, civilisation’’ le mardi 18 mai à 18 h - ‘‘Saint-Pétersbourg au siècle des empereurs’’ le jeudi 20 mai à 18 h Ces conférences seront animées par Thomas Menard, fondateur de la Société Bourguignonne des Amis de Saint-Pétersbourg, directeur de l’association Fenêtres Ouvertes sur l’Europe, historien, titulaire d’un D.E.A. d’histoire sur les palais impériaux de Saint-Pétersbourg. 38e Salon des Antiquaires et de la Brocante de Dijon, du 15 au 24 mai 2010 - Parc des expositions de Dijon www.dijon-congrexpo.com

Saint-Pétersbourg aborde brillamment la première moitié du XIXe siècle, devenant un pôle industriel, économique et culturel majeur en Europe.

Perminov Sergey Andreevich (1951) - Nuit sur la rivière Pryazka – années 1960 –54,5 x 74 cm

cette révolution va provoquer son lent déclin du fait du transfert de la capitale à Moscou et de la guerre civile qui la déchire. L’importante population ouvrière présente fait que la ville sera le théâtre des événements majeurs qui mèneront aux deux révolutions russes en 1905 et 1917. SaintPétersbourg voit sa population décroitre drastiquement suite à l’émigration de la noblesse, d’une grande partie des intellectuels et à la famine après la guerre civile en 1917-1923. Après la mort de Lénine en 1924, on rebaptise la ville Léningrad et le pouvoir se déplace à Moscou. Il n’en partira plus. Le pouvoir communiste cherche à effacer toute trace de l’ancienne gloire impériale, laissant le centre ville à l’abandon, fermant les monuments religieux et renommant de nombreux lieux. En 1941, le siège de Léningrad par l’Allemagne est sanglant et dévastateur, notamment pour les monuments. Après la guerre, l’Union Soviétique reconstruit SaintPétersbourg et crée de nouveaux quartiers. La ville retrouve son prestige industriel et scientifique même si les choses se décident définitivement à Moscou. En 2003, le 300e anniversaire de la fondation de la ville est organisé, donnant lieu à

la restauration de la vieille ville et de plusieurs palais, montrant aux yeux de tous la splendeur passée de la cité. Des investisseurs privés permettre de poursuivre aujourd’hui encore ces travaux. - Paul Sobrin -

Polozov Alexander Fyodorovich (né en 1947) Lilas près de la cathédrale Saint-Isaac 1998 – 100 x 80 cm)


Ouvrez les yeux

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Mario Garcia Torres : What Doesn’t Kill You Makes You Stronger A l’occasion de cette carte blanche accordée au Fonds Régional d’Art Contemporain de Franche-Comté, le Pavé dans la Mare nous fait découvrir le travail de Mario Garcia Torres. En 2007 à Athènes, l’association Locus lui demande, avec d’autres artistes, de réfléchir à la notion de tourisme. Ne possédant pas de locaux, l’association propose aux artistes d’exposer dans divers lieux aux alentours d’Athènes. Mario Garcia Torres s’inspire alors d’un travail effectué en 1993 par l'artiste allemand Martin Kippenberger qui a créé un musée dans un ancien abattoir. Laissé à l'abandon à la mort de Kippenberger en 1997, le projet est relancé dix ans plus tard par Garcia Torres qui diffuse des œuvres à l’intérieur de ce qui est devenu une usine de traitement des eaux.

L’artiste mexicain explore le champ de l’art conceptuel, faisant œuvre d’archéologue en tentant de retracer le cheminement d’une œuvre depuis ses prémisses jusqu’à sa réalisation. à d’autres œuvres, en opérant parfois une relecture. Ces interprétations a posteriori s’accompagnent souvent d’une fictionnalisation et d’un travail poétique. Ainsi à la fondation Kadist, on pouvait entendre la gomme de Rauschenberg effacer un dessin du peintre de Kooning durant un mois. L’artiste nous donnait à entendre la trace sonore du résultat visible sous nos yeux : la feuille blanche, lavée du dessin de Kooning, légèrement froissée et noircie. Mario Garcia Torres nous entretient donc également de l’absence.

L’artiste mexicain exposera au Pavé un diaporama composé de 53 diapositives sous-titrées qui retracent l’histoire de ce lieu, baptisé MOMAS. Mario Garcia Torres nous parle de la mémoire et de la transmission des messages, des œuvres et des esthétiques à travers le temps. Comme une idée rémanente qui se transmet d’artiste en artiste, comme un concept repris à travers les décennies. L’artiste mexicain explore en effet le champ de l’art conceptuel, faisant œuvre d’archéologue en tentant de retracer le cheminement d’une œuvre depuis ses prémisses jusqu’à sa réalisation. Ce qui l’intéresse également, c’est la genèse d’une œuvre, préférant en cerner l’origine plutôt que sa réalisation effective, en faire ressortir le concept originel

Dans l’exposition au Pavé dans la Mare, l’artiste s’interroge sur la place du Museum Of Modern Art Syros dans l’île de Syros, sur ce statut si particulier de musée éphémère et, plus généralement, sur la place qu’occupe l’art contemporain dans la société. - Paul Sobrin Mario Garcia Torres, What Doesn't Kill You Makes You Stronger, 2007 Collection Frac Franche-Comté © Mario Garcia Torres

qui permettra de mieux l’appréhender... et l’apprécier. Mario Garcia Torres se met alors à la recherche des esquisses et autres documents

qui vont nous en dire plus sur les origines d’une oeuvre. Entre le documentaire et la fiction, l’artiste met au point, toujours avec rigueur dans la forme, une œuvre faisant écho

L’art est un jeu. Tant pis pour celui qui s’en fait un devoir ! C’est en tout cas ce qu’il devrait être le plus souvent. Un jeu. L’expression, tirée des Conseils à un jeune poète de Max Jacob (1945) a été choisie comme intitulé de la nouvelle exposition au Frac Alsace à voir jusqu’au 16 mai. Une œuvre peut revêtir des formes et des enjeux très divers, ‘’vocation, quête spirituelle, mode de vie ou business’’ nous dit Olivier Gasser, directeur du Frac Alsace. Au carrefour de l’artiste, du public et de nombreux partenaires qu’ils soient politiques, sociaux ou économiques, l’exposition nous interroge donc sur le statut de l’œuvre d’art aujourd’hui. L’une des misssions d’un Frac est de s’adresser à un public large. Dans cette optique, un nouveau dispositif de diffusion par ensembles thématiques, ‘’Expomobiles’’, a été mis en place, outils de lecture et de compréhension des collections. Les œuvres que l’exposition présente proviennent essentiellement des ensembles ‘’J’ai toujours rêvé d’être un artiste’’ et ‘’C’est arrivé près de chez vous’’. Le premier traite de la liberté formelle chez l’artiste, le second réunit des œuvres interrogeant la réalité et l’actualité. Au Frac à Sélestat, les artistes massacrent en bonne et due forme des fleurs (Pascal Bernier), nous posant d’entrée en voyeurs d’une violence devenue ordinaire dans les médias. Pourtant impossible de ne pas voir dans cette première oeuvre un certain décalage. L’art doit être une prise de conscience mais aussi, pourquoi pas, un divertissement. Les performances minimales de Marie Cool et Fabio Balducci interrogent l’acte de création. Des dessins sont réalisés avant d’être transformés par la photocopieuse. Esquisses

Mario Garcia Torres, What Doesn’t Kill You Makes You Stronger, Le Pavé dans la mare, Besançon, du 1er avril au 21 mai - www.pavedanslamare.org

C’est donc aussi le rôle de l’artiste que d’attirer l’attention du spectateur, parfois simple passeur urbain, visiteur potentiel de performances sauvages pour l’emmener, pourquoi pas, sur des chemains inhabituels, ne serait-ce qu’un instant. Réorganiser le réel

Didier Courbot, needs (Paris), 2001 - Photographie couleur - 94 x 120 cm Tirage : 5/6 - Collection Frac Alsace, Sélestat © Droits réservés

de personnages, morceaux de corps, l’art est un jeu parce qu’il est multiple.

S’inscrire dans le réel

Dans ses photographies, Didier Courbot veut laisser la trace d’une action effectuée. L’artiste s’efface derrière le geste qui a produit l’œuvre. Ces interventions dans l’espace public appelées Needs sont diverses (plantage d’arbre, passage piéton repeint, construction d’abris pour oiseaux). De cette manière l’artiste pointe du doigt ‘’l’objet très ingrat,

[…] l’élément qu’on ne voit pas, […] quelque chose équivalent à une bordure de trottoir. La bordure me plait dans son humilité, dans son invisibilité et dans le fait qu’elle structure le trottoir et nous permet de marcher, rêver, penser à autre chose’’. C’est donc aussi le rôle de l’artiste que d’attirer l’attention du spectateur, parfois simple passeur urbain, visiteur potentiel de performances sauvages pour l’emmener, pourquoi pas, sur des chemains inhabituels, ne serait-ce qu’un instant.

L’art est aussi recyclage du réel. Pascal Danz recourt à des images trouvées sur le grand foutoir mondial et polymorphe qu’est internet, images de qualité souvent médiocre, recadrées, pixellisées, images à la dérive, fantômes d’icones. A travers la peinture, il redonne à l’image un statut plus qu’une signification. En recourant à la situation bien connue de paparazzi volant des images, l’artiste opère un focus sur le voyeurisme dans notre société. Peter Rösel ‘’recycle’’ des uniformes de policier allemand pour en faire une fleur. Didier Rittener avec Petite fille réalise un portrait en copiant et modifiant des motifs à partir de multiples sources, textes, photographies, documents divers. Zofia Lipecka s’interroge elle aussi sur le statut de l’image et sa consommation. L’image dans ce qu’elle représente de simulacre, réfractée à l’infini par des miroirs qui semblent se répondre. Grandes surfaces, salles de gym, l’artiste ausculte notre monde moderne et ses incontournables qui sont devenus notre mode de vie. - Marc Vincent -

L’art est un jeu. Tant pis pour celui qui s’en fait un devoir ! Oeuvres de la collection du Frac Alsace, Sélestat, jusqu’au 16 mai - http://frac.culture-alsace.org


Littératures

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Salon du Livre d’Art et d’Artiste d’Ornans Le Centre régional du Livre de Franche-Comté et la Ville d’Ornans, en collaboration avec Daniel Legrand des éditions Virgile, proposent la troisième édition du Salon du Livre d’Art et d’Artiste au Centre d’Animation et de Loisirs d’Ornans les 22 et 23 mai.

On trouve des livres tout à fait étonnants avec des formes, des propositions graphiques... Le livre de bibliophilie s’adresse à des collectionneurs, avec de belles boîtes, des couvertures remarquables. Daniel Legrand, éditeur

Une trentaine d’éditeurs d’art français et suisses seront présents. Peinture, photographie, sculpture, architecture, design et autres disciplines seront représentées. Les éditeurs de livres d’artiste proposeront en outre tirages de têtes et livres de bibliophilie. Parallèlement aux animations organisées durant ces deux jours (typographie, démonstrations, ateliers), écrivains et artistes viendront présenter leur travail et parler de leur art.

Exposition inédites

Plusieurs expositions seront proposées. ‘‘Ornans vu par Bernard Plossu’’ au Caveau des Arts propose les photographies d’Ornans et de la Franche-Comté par Bernard Plossu.‘‘Claude Louis-Combet et les artistes’’, à la Galerie du Bord de Loue, sera une exposition des livres d’artistes de l’écrivain et des oeuvres des artistes de sa collection privée. Enfin ‘‘Rouge’’ proposera diverses oeuvres autour de cette couleur à la Bibliothèque.

Rencontres-débats

Toutes les heures, des rencontres seront organisées avec artistes, écrivains et éditeurs. L’occasion de rencontrer des artistes aussi divers que le photographe Bernard Plossu, les artistes Thierry Géhin, Gérard Collin-Thiébaut et l’écrivain Claude-Louis Combet. Le salon sera l’occasion d’aborder le livre d’art et d’artiste sous différents angles, du point de vue de l’écrivain, de l’éditeur et de l’artiste. Pour traiter de l’édition d’ouvrages de bibliophilie, métier à part entière, Diversions a sollicité Daniel Legrand, directeur et fondateur des éditions Virgile (www.editions-virgile. com) pour un entretien.

Entretien avec Daniel Legrand En quoi consiste le métier d’éditeur d’ouvrages de bibliophilie ? Nous demandons à un auteur de participer avec un peintre à l’élaboration d’un livre rare à très peu d’exemplaires (une centaine d’exemplaires au maximum). Ce sont souvent des gens qui se connaissent. Nous nous concertons pour voir quel genre de livre va être réalisé. Ensuite l’auteur écrit et va dans l’atelier du peintre qui réalise une gravure, une estampe ou un dessin. C’est une manière d’éditer qui existe depuis un certain temps. Manet a par exemple travaillé avec des auteurs. Beaucoup d’écrivains du XIXe siècle ont commencé à faire cela. Puis au début du XXe siècle également. Ça s’est un peu perdu par la suite, mais on y revient aujourd’hui. On pense également aux fameuses enluminures du Moyen-Âge... Oui quand on voit les livres si bien illustrés du Moyen-Âge avec des couleurs extraordinaires, il y avait déjà ici la participation d’un auteur et d’un artiste peintre.

Le livre d’artiste fait partie des dominantes de recherche de l’Ecole régionale des beauxarts de Besançon. C’est donc tout naturellement que Laurent Devèze, directeur de l’ERBA, a été convié avec d’autres intervenants à parler de l’histoire du livre d’artiste au salon d’Ornans.

Entretien avec Laurent Devèze Quelle définition donneriez-vous du livre d’artiste ? Il faut d’abord distinguer trois grandes périodes. La première date de la fin du XIXe – début du XXe siècle, avec le mouvement dada, la pataphysique entre autres. Le livre d’artiste représentait un nouveau territoire de création qui ne parlait pas d’esthétique, mais était objet esthétique en lui-même, une œuvre véritable. A partir des années 70 et l’arrivée de l’art conceptuel, l’artiste s’est mis à convoquer d’autres personnes, philosophes, scientifiques divers, les invitant à discuter de thématiques qu’il avait lui-même instaurées dans son œuvre. Il ne s’agissait plus d’avoir un objet forcément luxueux, pas nécessairement lié à une exposition non plus. A partir de cette période, il devient important d’expliquer son travail, de l’éclairer. De nos jours enfin, avec le développement d’internet et les nouveautés technologiques, le livre d’artiste adopte une troisième forme. On est dans l’évanescence. L’artiste conceptuel

L’édition de livres de bibliophilie est donc une pratique qui a tendance à revenir ? Oui cela existait jusque dans les années 50. Des éditeurs comme Gallimard en faisaient régulièrement, et puis l’habitude s’est un peu perdue. Cela revient maintenant en force grâce aux petits éditeurs qui se spécialisent dans ce domaine. On trouve des livres tout à fait étonnants avec des formes, des propositions graphiques... Le livre de bibliophilie s’adresse à des collectionneurs, avec de belles boîtes, des couvertures remarquables. Des bibliothèques en France commencent d’ailleurs à avoir des fonds de bibliophilie. Oui de temps en temps elles présentent ce fonds qu’elles acquièrent au fur et à mesure. Il y a aussi un grand nombre de particuliers qui collectionnent ce genre de livre. Le secteur est-il appelé à se développer ? Il y a un public pour cela. En tous cas au niveau des éditeurs, il y a une telle bonne production que je pense que c’est une chose en devenir.

Des écrivains ou des artistes vous contactent-ils pour vous proposer de concevoir un ouvrage ? Oui même trop souvent malheureusement, car on ne peut pas faire autant de livres que je le souhaiterais. De temps en temps j’accepte mais je reçois tellement de choses que ce n’est pas possible de tout faire. Ce sont des livres assez longs à produire. Les écrivains et les artistes réalisent leurs oeuvres. Il faut ensuite passer chez un typographe. Il en reste très peu en France. Il compose le texte au plomb. On présente les épreuves à l’artiste et à l’auteur. Ces derniers sont très attentifs à la qualité de l’impression. La gravure ou la lithographie sont réalisées dans un autre atelier. Là encore il en reste très peu aujourd’hui. Y’a-t-il une différence entre le livre d’artiste et le livre de bibliophilie ? Le livre de bibliophilie est fait avec des artistes et des auteurs que l’on peut lire, alors qu’on peut arriver avec des artistes à avoir des livres uniquement visuels, qui sont des objets d’art qui s’intéressent moins au texte, à la littérature. Picasso, Delacroix et de nombreux autres artistes ont eu des petits carnets sur lesquels ils peignaient, qu’ils considéraient comme des carnets de recherche. C’est un peu dans cet esprit-là que des artistes se sont approprié le livre dans les années 70 notamment. Il y a une grande diversité. Il y a des livres qui se font avec des peintres, des artistes qui sollicitent un scientifique, un écrivain. D’autres ouvrages sont des objets encore plus rares que les livres de bibliophilie. Aujourd’hui le livre s’enrichit finalement de toutes ces propositions. - Propos recueillis par Dominique Demangeot -

‘‘En tant que directeur de l’ERBA, je vois de plus en plus d’étudiants au croisement de plusieurs disciplines, la sérigraphie, les arts graphiques et plastiques. Aujourd’hui les trois formes de livres d’artiste cohabitent. La même personne peut passer du beau livre à une œuvre éphémère’’ Laurent Devèze, directeur de l’Ecole régionale des beaux-arts va au bout de sa démarche, de la diffusion de l’idée. Ce qui est passionnant, c’est que ce phénomène est mondial et c’est ce que nous allons tenter de montrer à Ornans. En tant que directeur de l’ERBA, je vois de plus en plus d’étudiants au croisement de plusieurs disciplines, la sérigraphie, les arts graphiques et plastiques. Aujourd’hui les trois formes de livres d’artistes cohabitent. La même personne peut passer du beau livre à une œuvre éphémère. Dans l’histoire du livre d’artiste, il y a également la volonté de rentre hommage au livre. L’ERBA collabore d’ailleurs avec le Centre National de l’Estampe et de l’Art Imprimé... Ce n’est pas un hasard si ce thème du livre d’artiste est important dans nos domaines de recherche. Il y a à Besançon une tradition de l’imprimerie, de l’écriture également avec les mouvements de contestation (Fourier, Proudhon mais aussi les usines Lip plus proches de nous). Il y a ce goût de la diffusion des idées contestataires.

La dimension artisanale est également importante. Oui le livre d’artiste, ce n’est pas que le beau livre. Il se rapporte à un grand nombre de savoir faire, reliure, impression, encrage, mais aussi de nos jours, à la découpe laser, à l’infographie... L’Ecole régionale des beauxarts souhaite appréhender cette réalité polymorphe. N’oublions pas qu’en France un artiste est un aussi chercheur, au même titre qu’un académiste. Il faut mettre en commun les savoirs : philosophie, arts plastiques et bien d’autres disciplines qui concourent à un même savoir. Le domaine évolue également de manière constante. L’expansion économique de la Chine met aussi en avant ses artistes, qui sont nourris de la tradition millénaire de la lettre calligraphiée, une autre manière d’envisager l’écriture. Finalement, le livre d’artiste n’est pas que l’expression d’une individualité. Il existe aussi une dimension collective. - Propos recueillis par Dominique Demangeot -


Littératures

Fête du Livre à la MJC Palente Pour sa 19ème édition, la Fête du Livre Jeunesse de la MJC Palente a choisi pour thème la maison. Le foyer sous toutes ses dimensions : lieu d’identité, déménagement, architecture, l’habitat social... Cette année encore il y aura donc des cabanes, beaucoup de livres bien sûr, un salon du livre et de la presse jeunesse du 2 au 5 juin, ainsi que des spectacles et des expositions. Avec près de 4000 visiteurs l’année dernière, la Fête du Livre Jeunesse avait été un succès et la MJC Palente compte bien renouveler l’exploit en 2010. Inaugurée le jeudi 3 juin à 18h à la MJC Palente, la fête du livre est organisée en partenariat avec le livre élu (opération de promotion du livre jeunesse dans l’académie de Besançon) et en complicité avec les actions de promotion de la lecture plaisir proposée par la Direction départementale de jeunesse des sports et de la cohésion sociale. Dans le quartier, différents chantiers éphémères seront proposés aux personnes de passage ou préalablement inscrites.

Expositions

Des expositions auront lieu, comme ‘’Un toit en veux-tu en voilà !’’ qui donnera à voir des œuvres réalisées par de nombreux habitants de la fête du livre, du 31 mai au 5 juin à la MJC Palente et à l’école Pierre et Marie Curie. : toute la semaine sauf samedi après midi de 9h à 12h et de 14h à 16h30. ‘ ’Dans ma maison’’ proposera des illustrations originales de Martin Jarrie tirées des livres Dans le cheval de Troie et Signes de Maisons. Et puisqu’il convient de ‘’cultiver’’ son savoir, un Jardin de livres, installation de la compagnie Caméléon, fera honneur à la création artistique en général, et la littérature en particulier.

Spectacles

Mais la Fête du Livre Jeunesse, ce sont aussi de nombreux spectacles proposés par plusieurs compagnies, parcours-spectacle pour un cheminement sonore pour être à l’écoute de notre environnement, des spectacles en camion, des spectacles qui bien sûr nous parleront de maisons, villages en carton et livres qui s’animent entre autres propositions, car c’est bien l’imagination qui semble prévaloir durant la fête du livre.

Salon du livre et de la presse jeunesse

La thématique du salon, ‘’Rien sans toits’’ l’amènera à traiter de thèmes aussi divers que l’architecture, la famille, les sans-abris, faits intimes et faits de société se mêlant, à travers des rencontres avec des écrivains mais aussi des ateliers, des spectacles et une table ronde. Du mercredi 2 au samedi 5 juin 2010 à la MJC Palente, place des tilleuls à Besançon, des stands de livres jeunesse accueilleront libraires, le Centre Régional Documentation Pédagogique, des maisons d’édition ainsi qu’une animation de calligraphie par Ker Adili, maître calligraphe. Auteurs et illustrateurs seront bien sûr également présents. Une vente de livres d’occasion au profit d’Amnesty International sera organisée dans la cour de la MJC Palente les vendredi 04 juin de 15h à 20h et samedi 05 juin de 10h à 12h et de 14h à 19h. L’occasion de faire un bon geste tout en étoffant sa bibliothèque. Et puisque le livre s’achète, se lit, se déniche, s’échange et se revend, une brocante du livre jeunesse sera réservée aux jeunes vendeurs de moins de 18 ans (emplacement à réserver au 03 81 80 41 80). - Manu Gilles -

Fête du livre jeunesse de Palente, du 31 mai au 5 juin 2010 Besançon Palente, Place des Tilleuls Programme complet : www.mjc-palente.fr

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22 Variation sur le thème de la Nouvelle Star... d’actualité en ce moment. Voici la vision de la ‘‘Musique Realité’ par Nove, MC/graffeur de Travailleurs de l’Ombre

Fictions

La musique toujours avec cette fois un court texte consacré à Iggy Pop, chanteur des Stooges. Ou comment le bonhomme s’est bâti, au fil des décennies, un mythe épais comme une carapace de reptile.

Il s’appelle Iggy par Hector Mann A

ussi étonnant que cela puisse paraître, Iggy Pop est né en 1947. Le fait est que le temps n’a plus prise sur lui. Le chanteur a stoppé son processus de vieillissement quelque part entre l’enregistrement de The Stooges et Fun House, deux pavés lancés coup sur coup dans la mare poisseuse du rock’n’roll. Iggy en équilibre sur le fil pourtant mince de l’existence, vacille mais ne tombe pas. Comparés à lui, Keith Richards et Lou Reed ressembleraient presque à des premiers communiants. Les faits sont là. James Österberg de son vrai nom est revenu de l’enfer des substances et en est ressorti vacciné. Le même réseau musculeux sous la peau hâlée, le cheveu plus ou moins long selon l’humeur. Iggy iguane. Ou plutôt caméléon à en juger par sa façon de passer d’un registre à l’autre, posant les bases du punk, du grunge, inventant l’acte hautement jouissif de se jeter dans une foule chauffée à blanc, en s’en foutant royalement en plus. Dégommant les modes à grands coups de santiags. Iggy intouchable, 63 ans et toutes ses écailles, même lorsqu’on le prend - le filou - à chanter en duo avec Arielle Dombasle, totalement à l’aise avec ce mythe qu’il porte sur ses épaules affûtées depuis 40 ans. Un grand qui marche au radar, s’abreuvant à une énergie rock animale, qui nous a exécuté une nouvelle pirouette en sortant un disque pétri de jazz et intitulé (en français dans le texte) Préliminaires, inspiré de La possibilité d’une île de Houellebecq. Cultivé en plus de ça, notre Iggy. © Hector Mann - 2010 - Toute reproduction, même partielle, interdite sans l’accord explicite de l’auteur

Suite et fin de notre nouvelle du mois dernier, qui met en scène Holden Caulfield, le jeune héros du roman de J.D. Salinger, L’Attrape-coeurs.

Nom de Dieu, Holden Et voilà, j’étais rassuré, on a commencé

à discuter et lui n’arrêtait pas une seconde. Le mec je sais bien -en tout cas je me doutais bien- qu’il voulait pas faire son autobiographie ni rien mais il y avait quand même un truc qui le poussait à me raconter tout ça, franchement sur le coup je savais pas trop bien. On s’est installés, il s’est allumé une tige et a commencé par le commencement. C’était franchement le bordel dans son histoire mais dans sa tête, ça avait l’air tellement clair. Je savais pas quoi penser de tout ça. Il a tout raconté, tout ce qu’il avait envie de dire, la môme Phoebe, les gars Stradlater et Ackley, New York et puis ce foutu lac et ses canards dont on ne comprenait pas où ils pouvaient aller l’hiver quand le point d‘eau était gelé. J’avais le sentiment d’avoir déjà entendu toutes ces conneries mais j’étais pas tellement en état de le certifier, c’était comme si pour une fois ça me faisait plaisir d’écouter un truc déjà entendu au moins dix fois ; pourtant je vous jure que ce genre de situation, ça me gonfle vite en général. J’avais l’impression de réentendre le narrateur de l’Attrape-cœurs, vous savez c’est ce foutu roman que j’ai lu au moins sept ou huit fois. On se marrait bien et tout mais j’ai eu comme un éclair

par Baptiste Balezeau de lucidité et lui ai dit : «Tu serais pas un peu timbré mon gars ? - Nan, toi tu es cinglé… -Bon, on arrête les blagues, tu t’es échappé de quel établissement ? Quand je lui ai sorti ça, il s’est mis à rire, d’un coup, comme ça, en se payant ma tronche... Et là, le type il me scotche en me sortant : «Abruti, c’est moi, Holden, Holden Caulfield!». Et moi plié en deux : «Je me disais bien que ta saloperie d’histoire me disait un truc». En fait, si vous voulez tout savoir, je me suis relevé assez rapidement, fallait pas pousser non plus, je voulais garder ma superbe. J’ai essayé de me dire que j’étais pas un de ces putains de cinglé, que j’avais peut-être juste un peu trop bu. Qu‘est-ce que j’en savais moi ? Alors je me répétais « Je suis pas dingue, je suis pas dingue, je suis pas…». J’ai fermé plusieurs fois les yeux pendant dix secondes en me disant que le mec Holden allait bien finir par se casser et que je faisais juste un foutu cauchemar. Quand j’y repense, je me dis que je devais avoir perdu mes superpouvoirs, parce qu’il avait pas franchement l’air décidé à dégager. Y avait vraiment de quoi devenir timbré. Mettez-vous à ma place bordel, imaginez qu’un de ces soirs le foutu héros de votre roman préféré vienne

Fictions Si vous souhaitez vous aussi être publiés dans nos pages, vous pouvez nous envoyer vos manuscrits de nouvelles, poèmes, récits mais aussi travaux graphiques divers à l’adresse suivante : magazine.diversions@yahoo.fr vous rendre visite pour vous raconter son histoire. Flippant comme situation nan ? Je déconne pas, je vous jure qu’en vrai ça fait pas du tout le même effet. Il avait fini par des phrases un peu bizarres que j’avais même pour ainsi dire jamais lues dans l’Attrape-cœurs. Bon le gars Holden il me raconte des trucs du genre qu’il était orphelin maintenant, enfin que son père venait de mourir et qu’il fallait que je le sache. La compassion, ça va bien cinq minutes, évidemment j’étais triste pour lui, c’est jamais bien marrant de perdre un proche -enfin je crois- mais franchement que son père soit mort, je voyais pas trop l’intérêt de venir me l’apprendre comme ça en se pointant chez moi en pleine nuit et tout. Surtout que son père j’avais pas l’impression de le connaitre plus que ça. Je ne sais plus très bien de quoi on a fini par parler mais au final je me suis endormi comme raide mort au bout de la table. Quand j’ai ouvert les yeux, le type était plus là. Le premier truc que j’ai fait de la matinée c’était prendre trois grammes d’Efferalgan et deux de vitamine C, un truc dans ces eaux là, enfin je m'en souviens plus de toute façon... Après j’ai regardé ce que le mec il avait bien pu braquer dans ce taudis qui me sert de chambre. Mais

rien, il avait rien pris, ma porte était fermée, les clés dans la serrure, à l’intérieur en plus. Rien n’avait disparu sauf lui. J’ai passé la matinée tant bien que mal à relire l’Attrape-cœurs. Vers treize heures j’avais presque trouvé une hypothèse rationnelle à ce qui avait pu m’arriver. J’avais tellement lu et relu ce bouquin que c’était évident qu’un jour ou l’autre j’allais bien finir par rêver d’Holden Caulfield. J’ai fini par sortir prendre l’air, chercher les journaux. Je ne sais plus tellement qui ou quoi faisait la une mais comme d’habitude j’ai dû passer en vitesse sur les pages bourse et économie en me disant que c‘était pour les mecs promis à une sorte d’avenir chiant et prometteur -comme celui promis à la plupart de mes amis. Dans le peu de pages culturelles que j’ai pu trouver je suis tombé sur un truc qui m’a encore plus frappé que mon foutu rêve de la veille. Je ne savais même plus si je pouvais qualifier ça de rêve en fait. J’ai revu toute la soirée défiler devant mes yeux. Holden Caulfield était bien orphelin. Ça faisait dix lignes dans le journal du 28 janvier, triste nouvelle, son créateur, J.D. Salinger venait de mourir... © Baptiste Balezeau - 2010 - Toute reproduction, même partielle, interdite sans l’accord explicite de l’auteur


Chroniques CD POP ROCK

ROCK MÉTAL

SCÈNE FRANCAISE

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Bon de souscription pour l’album de TDO (voir article p.11)

Sophie Hunger 1983 (Two Gentlemen/Universal)

Slash

Les douces harmonies vocales qui nous accueillent à l’ouverture de l’album ne nous disent que du bien du second opus de Sophie Hunger, en droite ligne de l’album lumineux que la suissesse nous avait offert en 2009. On retrouve d’une part ces morceaux rythmiquement tendus (Lovesong To Everyone, 1983 en langue allemande), et d’autres pépites plus intimistes à l’image du délicat Headlights avec cette voix comme surgissant du fond d’une cathédrale, ou Citylights Forever ménageant sa lente montée en puissance, suivant les pas d’une batterie légère et déliée. Une pop rock helvétique en apesanteur, servie par une voix puissante et assurée, sachant pourtant susurrer quand il le faut, comme sur cette reprise lunaire de Le vent nous portera. On retrouve le talent d’arrangeuse de la suissesse sur Approximately Gone qui avance comme un serpent et les ballades au piano (la très belle D’Red). L’artiste n’hésite pas à s’aventurer sur des terrains plus expérimentaux comme avec Invisible et sa rythmique dans un esprit plus moderne, flirtant avec le hip hop.

Slash, guitariste mythique des Guns’n’Roses, est de retour. Evidemment certains featurings vont faire bondir les puristes mais trouver sur le même morceau Dave Grohl et Duff Mc Kagan laisse rêveur… La poitrinesque Fergie donne de la voix sur l’efficace Beautiful Dangerous, et plus loin on s’approche du métalcore sur l’intenable Nothing To Say avec M Shadows d’Evenged Sevenfold qui va une fois encore faire sauter deux ou trois plombages aux puristes du rock mais que voulez-vous. Slash a prouvé avec ses diverses productions solo que sa Les Paul ne connait aucunes frontières. Le gratteux nous présente ici ses nombreuses influences, comme le zeppelinien By The Sword avec Andrew Stockdale de Wolfmother au chant, croisant plus loin le fer avec Cypress Hill en reprenant Paradise City… des Guns ‘n’Roses ! Quelques titres dispensables également (les odieux Kid Rock et Adam Levin, le pape Ozzy sur une ballade poussive), mais il n’empêche que Slash reste un des plus gros guitaristes de la fin du vingtième siècle. Cet album est là pour nous le vriller bien profond dans le crâne, à coup de riffs saignants et de solos titanesques, entre métal, hard fm et blues rock. - Brent -

Il y a des artistes qui réconcilient la musique et les textes. Dans un pays où il est de bon ton (rock anglo-saxon oblige) de se foutre du sens d’une chanson comme de sa première ceinture à clous, Arnaud Fleurent-Didier attire l’attention sur lui après un premier album passé inaperçu. Dans la lignée de Benjamin Biolay et Florent Marchet, AFD vient de produire une galette lumineuse et cérébrale. De sa voix qui décroche souvent et rappelle (souvent aussi) celle de Polnareff (sans en avoir cependant l’ampleur ni la justesse), il chante sur un ton mélancolique ‘’la jeunesse qui s’enfuit’’, s’interrogeant sur ces blessures de l’histoire dont on nous rabat les oreilles depuis trente ans, mai 68, l’Occupation, sujets houleux et incontournables à l’heure du gigot aux hormones familial du dimanche. Ce pur produit de la génération X délivre sans prévenir Mémé 68, d’esprit seventies, morceau mélancolico-progressif sorti de nulle part, baroque et désenchanté. Des arrangements en mode mineur pour une symphonie du quotidien (France Culture, auto-flagellation sur-référencée d’un trentenaire parisien), disque trempé dans l’ambiance de ces films des années 70

POP ROCK

POP / NEW WAVE

CLASSIQUE

- Dominique Demangeot -

Slash

(Warner)

Arnaud Fleurent-Didier La reproduction (Columbia/Sony BMG)

où Alain Delon tirait la tronche en imper dans la rue. Revenant sur les fantômes de notre vieille France, Arnaud Fleurent-Didier instaure une douce dissonance, jouant les ‘’imbéciles heureux’’, plantant le décor de courts récits, soirées de drague douteuse, et le vide existentiel découlant de tout cela. Sur le fil entre le sérieux et le décalage, à l’image de Reproductions, pastiche de soul blanche trop guillerette pour être honnête, ou du Risotto aux courgettes délicatement ambigü, AFD divisera sûrement les auditeurs comme Moïse la Mer Rouge. Peu importe, son tempérament de grand dadais adulescent et nostalgique, le teint pâle d’avoir passé trop d’heures dans les salles obscures, emportera de toute façon l’adhésion des amateurs de chanteurs qui savent aussi raconter des histoires. En français dans le texte. - Dominique Demangeot -

Dernière minute... CONCERT ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE BESANCON « André STAPFFER » et CHORALES « A CŒUR JOIE » DE FRANCHE-COMTE Théâtre Musical de Besançon Jeudi 13 mai 2010 à 20h30 Direction : Fabrice FEREZ et Brigitte ROSE

Luke D’autre part (RCA) Luke a mis de l’eau dans son vin, ou plutôt de la pop dans son rock. C’est ce que nous disent en tous cas les titres d’ouverture, Fini de rire et Le robot, qui traquent la mélodie au détour des couplets. Même si la contestation à travers les textes est toujours présente, Luke baisse le son comme sur le premier single Pense à moi, nous servant même des ballades carrément dépressives (Si je m’écoutais néanmoins bien produite et délivrée avec sensibilité). Luke ose le piano, et même si une guitare en lambeaux s’illustre en arrière-plan, on a du mal à reconnaître le groupe de La tête à l’envers en 2004. Carrément pop rock (Faustine, La complainte du gardien de prison et ses arrangements pour corde), Thomas Boulard avoue avoir beaucoup écouté Brassens, Aznavour et Trénet… Ca change un homme, ou du moins un compositeur et cela se ressent sur D’autre part, opus en profil bas, aux couleurs acoustiques pour nous parler des regrets et des doutes. Pas l’album le plus joyeux de Luke, mais on a hâte de les rencontrer en live pour voir comment les musiciens vont mêler sur scène d’une part leur fougue d’antan, et une sérénité toute naturelle avec le temps qui passe... d’autre part. - Manu Gilles -

John & Jehn Time For The Devil (Naïve)

Philippe Cassard

Diversions les avait découverts en mai 2009 au festival C’est dans la vallée à SainteMarie-aux-Mines. Deux musiciens sur scène. Chantant tous deux. Electrisants tous deux. Morceaux sombres nourris d’orgue, couleurs new wave aux ambiances psychédéliques. John & Jehn ont bien fait de quitter leur Charente natale pour partir vivre au milieu des brouillards de Londres. L’album s’imprégne en effet de cette humidité toute britannique et post punk. Le timbre bas et sombre de John convient bien à la pop des eighties, tandis que celle de Jehn apporte une salutaire respiration aux morceaux. Des ambiances plus dansantes aussi comme le bien nommé And We Run et Love Is Not Enough, titres qui sentent bon le live, grâce à une production discrète faisant ressortir l’aspect brut de la musique. Pas étonnant lorsque l’on sait que c’est Dave Bascombe (Tears For Fears, Depeche Mode) qui s’est frotté à la prod… Le duo français ne se départit pas non plus d’une verve qui fait parfois penser à Arcade Fire (Down Our Streets), et de couleurs plus sixties avec la belle O’Dee. Une nuance de plus dans la palette déjà large de John & Jehn. - Dominique Demangeot -

Le pianiste, né à Besançon et qui a participé l’année dernière au Festival International de Musique de la capitale bisontine, revient dans les bacs avec un hommage à Brahms, après le succès des Impromptus de Schubert. Les Klavierstücke, œuvre tardive de Brahms (1890), sont un recueil de pièces parfois violentes, parfois douces, parmi lesquelles Philippe Cassard navigue avec une grande sensibilité. Cette suite d’opus emplie des pénombres du romantisme tardif, ‘‘berceuses de ma douleur’’ comme Brahms les surnommait lui-même, est servie ici par une large amplitude sonore dès les premières notes de l’Opus 116. Après les interprétations de Serkin, Lupu ou Kempff, Cassard ne démérite pas, bien au contraire, et livre ici une interprétation heurtée Du Presto energico, là un magnifique et introspectif Opus 117, répit bien mérité après ces moments de tension et de rage. Philippe Cassard nous invite à découvrir ou redécouvrir la beauté crépusculaire des derniers opus de Brahms, dans ce disque survolé par un jeu tout en reliefs et en aspérités. - Paul Sobrin -

Brahms, Klavierstücke

(Accord/Universal)

En cette soirée du 13 mai, l’Orchestre Philharmonique de Besançon proposera un concert exceptionnel. Sur une nouvelle invitation de l’Orchestre Philharmonique de Besançon (la 1ère fois fut en 1981), le pianiste bisontin de renommée Internationale, Philippe Cassard, interprètera le Premier des deux concertos pour piano et orchestre de Brahms : une grande page romantique, alliant une riche écriture symphonique à un haut niveau de virtuosité pianistique. En préambule au concert, Guillaume Bellom, lauréat du Concours du jeune musicien de Besançon 2009, et Philippe Cassard interprèteront en duo l’Allegro orchestral et pathétique « Lebensstürme » pour piano à quatre mains de Schubert. En deuxième partie, et sous la baguette de Brigitte Rose, toutes les chorales du mouvement « A cœur joie » de Franche-Comté, accompagnées par l’Orchestre Philharmonique de Besançon, seront rassemblées dans la messe en ré de Dvorak, ample œuvre sacrée.



Diversions BFC mai 2010