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mensuel gratuit

#23 #12 avril 2010

culture - sorties - société - tendances

Ce mois-ci il y aura des objets recyclés un nouveau festival, un chapiteau russe Rolling Saône, Didier Super une ode maritime une foire comtoise, des airs populaires des arts singuliers, une morte dans un fossé, une soirée déguisée Brian Jonestown Massacre une fête foraine, Shaka Ponk


diversions-magazine.com

cultures sorties société tendances

#23

avril 2010

CHOSES VUES 4

Van Gogh, autoportrait Barbe Bleue

REPÉRAGES 5

Festival Impetus

Biennale Métropole Rhin-Rhône 6 Dijon / Tout garder ? Tout jeter ? Et réinventer ?

MUSIQUES 7

La Guerre du Son : le petit festival qui monte Shaka Ponk et Didier Super Chapiteau Russe à Chalon-sur-Saône Rolling Saône Kill Your Pop Brian Jonestown Massacre + Dum Dum Club #2 à La Vapeur

THÉÂTRES 10

Nature morte dans un fossé Vous n’y pensez pas, Rosalie Casimir et Caroline Ode maritime My Way

Foire Comtoise de Micropolis

L’image du mois

Editeur : SARL Diversions RCS : 508 184 934 Directeur de la publication : Boban Stanojevic 03 81 57 58 92 - 06 34 12 01 91 diversions@orange.fr

la compagnie Pernette (réservés aux écoles) et un Cabaret/rencontre toujours par la compagnie Pernette le 30 avril à 19h, ateliers périscolaires tout public. Autres spectacles 25 avril à 17h : Les Trombones de Franche-Comté et Etienne Roche (entrée libre) 1er mai à 20h30 : Cabaret Animal (Cie Pernette, 5 euros, gratuit pour les moins de 16 ans)

Le premier Rendez-vous des Piccolis, à l’Espace des Arts de Chalon-sur-Saône, mettait à l’honneur la scène jeune public à travers plusieurs spectacles, mais a permis également aux enfants d’exprimer leur créativité. En compagnie de Catherine Viageon, artiste plasticienne, des élèves ont investi le Hall et la Rotonde de l’Espace des Arts à travers une oeuvre éphémère intitulée “Dessine ton arbre et agrandis la forêt”. Dans une scénographie imaginée par Catherine Vageon, l’installation a pris la forme d’une forêt suspendue. Chaque jeune spectateur, à l’occasion de sa venue à l’Espace des Arts pour voir un spectacle, était invité à apporter un petit objet jaune déposé sous les arbres de la forêt. Catherine Viageon a créé une oeuvre avec tous ces objets que l’on peut admirer à droite. Travail collectif du plus bel effet...

© Frédérique Foull

Diversions Journal d’information gratuit 12, rue des Vieilles Perrières 25000 Besançon 03 81 57 58 92 - 06 34 12 01 91 www.diversions-magazine.com diversions@orange.fr

Des arbres d’enfants se sont donné rendez-vous aux Piccolis...

Des ‘‘Off de la Bulle’’, ouverts aux ressources artistiques régionales sont également proposés Pour le meilleur et pour le rire par la Cie Théâtre EnVie le 23 avril à 20h30 Renseignements sur les tarifs et réservations : Sylvie Clavier : 03 84 68 37 58 ou Théâtre EnVie : 03 84 76 01 07 – 06 79 55 11 95 Clotilde Moulin en concert le 24 avril à 20h30 (entrée libre) Pour plus d’informations, dates, horaires, tarifs :

© Espace des Arts

Parmi les diverses dates de cette première saison de la Bulle, retenons les ‘‘In de la Bulle’’, organisés dans la Communauté de Communes du Pays de Montbozon. Du vendredi 23 avril au dimanche 2 mai à Montbozon, place du Souvenir Français, des spectacles pour enfants seront proposés. A voir notamment le 29 avril, une restitution d’ateliers de danse scolaire par

CHRONIQUES CD 15 + Nouvelle : Nom de dieu, Holden !

© Espace des Arts

La Bulle est basée sur un projet artistique et culturel, en lien étroit avec les acteurs locaux, enseignants, artistes divers, associations...). Elle s’intègre dans les différentes démarches engagées par l’Addim 70 et se veut un facteur de développement local. Autour d’elle, des projets culturels intercommunaux, des résidences d’artistes et bien sûr des spectacles sont mis en place.

Biennale d’art singulier à Dijon Pavillon des Sciences

par Baptiste Balezeau

SALON 13

La Bulle poursuit son chemin en Haute-Saône

Nous vous en parlions à la rentrée dernière, la Bulle, structure gonflable itinérante, est une scène mise à la disposition des artistes de Haute-Saône. Elle permet de donner des spectacles à différents endroits du département. ‘‘Véritable service public, la Bulle est une réponse adaptée au besoin de proximité culturelle des populations’’, explique Jean-Pierre Michel, Sénateur et Conseiller général de Haute-Saône.

OUVREZ LES YEUX 14

www.labulle-haute-saone.com

Rédacteur en chef : Dominique Demangeot magazine.diversions@yahoo.fr

Régie publicitaire : Boban Stanojevic - 03 81 57 58 92 - 06 34 12 01 91 diversions@orange.fr

Rédaction : Aurélie Bessard, Gilles Bloin, Dominique Demangeot, Bertrand Demornieux Caroline Dreux, Frédérique Foull, Pascale Géraud, Clélie Lebrun, Amandine Mannier Hector Mann, Sébastien Marais, Paul Sobrin, Philippe Tournier, Marc Vincent

Dépôt légal : avril 2010 © Diversions 2010 Imprimé en Espagne ISSN : en cours

Comité de relecture : Dominique Demangeot, Caroline Vo Minh

valeur : 1,15 euros offert Diversions est diffusé gratuitement à 110.000 exemplaires sur l’est de la Bourgogne, la Franche-Comté et l’Alsace Prochaine parution : 27 avril 2010


Choses vues

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Van Gogh, autoportrait, Théâtre Dijon Bourgogne, Salle Jacques Fornier, 13 mars 2010 Vingt ans après, le comédien Jean O’Cottrell retrouve une pièce qui a accompagné les premières années de sa carrière. Van Gogh, autoportrait est un monologue lumineux basé sur la correspondance entre le peintre et son frère Théo. L’échange épistolaire est encadré, au début et à la fin, par quelques passages de l’élégie sombre qu’Antonin Artaud consacra au peintre hollandais en 1947 : Van Gogh Le suicidé de la société.

Van Gogh le confesse lui-même : s’il mène une vie de chien, la peinture le mènera vers l’humanité, et c’est bien un peintre humain, trop humain que nous présente Jean O’Cottrell, un artiste avec ses envies de femmes, ses faiblesses, ses attentes. Les variations de lumière ocre nous rappellent les paysages de Provence que le peintre hollandais a peints avec la sensibilité qu’on lui connaît. Une atmosphère paisible baigne le plateau, si ce n’est de brefs accès de rage zébrant ce monologue dans lequel Van Gogh apparaît calme et serein, loin de l’aliéné qu’a voulu

© Vincent Arbelet

Car Van Gogh est un artiste maudit que la société bien pensante a voulu faire taire à coup de médecine et d’opprobre. Artaud, et à sa suite O’Cottrell, s’emploient à nous le démontrer. Mais la pièce, belle performance d’acteur, reconnue unanimement par une attention sans failles du public, s’intéresse à d’autres aspects du peintre qui nous est présenté sur un plateau nu, parmi ses objets fétiches, l’indispensable chevalet, la palette maculée de couleurs, une vieille valise usée. Van Gogh nous entretient de l’art de peindre avec un amour non-feint. Il faut l’entendre parler de la composition d’un tableau, équilibrer les couleurs, oser les contrastes, visage solaire sur ciel d’azur.

nous dépeindre la médecine. L’oreille coupée est mentionnée, tout comme la main brûlée, mais ces deux éléments qui forment le mythe Van Gogh (le folklore ?) restent là où est leur place, en périphérie, l’oreille mutilée poétiquement transposée en fleurs coupées. Tout est histoire de peinture finalement, de représentation de la réalité et à ce jeu, Jean O’Cottrell nous donne à voir un Van Gogh philosophe, dédié tout entier à sa peinture, ne faisant qu’un avec elle. - Dominique Demangeot -

www.tdb-cdn.com

Barbe Bleue, Théâtre musical, Besançon, 5 mars 2010 Nous connaissons tous Barbe Bleue, le sanguinaire héros sorti tout droit de l’imaginaire de Charles Perrault, mais ce n’est qu’en le rencontrant à travers l’œuvre musicale de Jacques Offenbach ces jeudi 4 et vendredi 5 mars au Théâtre Musical de Besançon, que nous avons découvert l’histoire légère et drôle de ce personnage légendaire. Une intrigue complexe et fantasque, agrémentée de personnages caricaturaux et sarcastiques, le tout accompagné d’une musique pleine d’allusions et de sens, voilà le parfait mélange pour réussir une œuvre comique et plaisante pleine de subtilités. Le chœur de l’Opéra de Fribourg ainsi que l’Orchestre de Chambre Pelléas nous ont offert une formidable interprétation de cette pièce d’Offenbach sur un livret de Henri Meilhac et Ludovic Halévy, qui fut pour la première fois représentée à Paris en 1866. Les solistes dont Christophe Crapez dans le rôle de Barbe Bleue et Eva Fiechter dans celui de Boulotte se sont illustrés par leurs qualités de chanteurs et d’acteurs, qui leur ont permis d’incarner à la perfection leurs rôles, et donner vie à ces personnages fictifs et chimériques. La mise en scène de Jean Bellorini et Marie Ballet introduisant ces Barbes à papa, clin d’œil au monde de l’enfance et jeu de mot plaisantin avec le titre lui-même, n’a fait qu’accentuer le côté absurde et infantile de cette œuvre qui, faisant mourir des hommes et des femmes, les ressuscitent tout aussi facilement ! Nous avons alors beaucoup ri durant cette représentation, notamment des retournements de situations complètement insensés,

du caractère typique des personnages, comme celui du roi Bobèche et de la reine Clémentine, grossiers et extravagants, mais aussi des nombreux délires musicaux qui n’ont fait que renforcer l’aspect comique des personnages et les subtilités de l’œuvre. Le travail de composition, visant à affirmer l’identité des personnages par des motifs orchestraux « Je suis Barbe bleue », ou encore celui concernant le langage « V’la z’encore de drol’s », sont autant de critères concourant à la qualité de l’œuvre et à la finesse de l’ouvrage du compositeur. Créateur de l’opéra bouffe français, qui se définit par son caractère léger et comique, Offenbach voulait, à travers cet opéra, formuler une satire politique visant Napoléon III et son insatiable appétit de femme. Cette œuvre révèle alors au-delà de son caractère comique et bouffe, une histoire chargée d’allusions et de clins d’œil au public avisé du XIXe siècle dont les échos parviennent encore aujourd’hui à nous, auditeurs du XXIe siècle. Le jeu des comédiens, la qualité de l’orchestre ainsi que des solistes ont donné corps et sens à cette œuvre, et leur complicité avec nous spectateurs, nous a transportés dans un voyage à travers ce conte et donné envie de partager l’histoire de ces personnages tous plus typiques et burlesques les uns que les autres. - Aurélie Bessard -

www.letheatre-besancon.com


Repérages

Festival Impetus Nouvel événement initié ce printemps par trois structures culturelles des deux côtés de la frontière franco-suisse, le festival Impetus est centré sur les musiques divergentes (metal, hardcore et scènes expérimentales). Il est mis en place par l’association Impetus à Lausanne, le Moloco, Espace Musiques Actuelles du Pays de Montbéliard et la Poudrière de Belfort. Au programme, têtes d’affiche qui raviront les fans de musiques extrêmes, groupes locaux en devenir et plusieurs propositions artistiques parallèles (danse, cinéma expérimental, arts numériques...).

18 avril à 19h, Catering Café Music à Héricourt Sludge feat. Oktopus (Dälek)

La programmation

Les américains évoluent dans un style punk métal et ont la particularité d’accueillir en leur sein deux batteurs. Kylesa dressent des ponts entre la pesanteur du métal et un côté psychédélique par moments qui laisse respirer le tout. C’est particulièrement vrai dans leur dernier album Static Tensions sorti en 2009 qui alterne instants mélodiques (notamment les tendances orientalisantes de certains morceaux) et plages plus lourdes. + Kong + Membrane

Si les manifestations auront lieu dans des lieux divers (d’Ars Numerica au CCN Belfort en passant par une médiathèque), les principaux concerts se partageront entre la Poudrière et le Palot.

16 avril à 20h30, Le Palot à Montbéliard Punish Yourself : voir interview à droite Eyehategod

Le sludge metal d’une profondeur abyssale de Eyehategod ferait presque passer la musique de Punish Yourself pour la Sonate au Clair de Lune de Chopin. Les américains ont eu le temps depuis 1988 de mettre au point un métal sans concessions qui aujourd’hui encore est cité en exemple par la scène métal et stoner. Rythmiques ultra plombées, voix écorchée vive de Michael Williams pour un métal assez typique de la Nouvelle-Orléans. + Suicide Levitation

17 avril à 20h30, La Poudrière à Belfort Health

La tête d’affiche de cette seconde soirée nous mènera vers des rivages plus expérimentaux. Health a vite rallié de nombreux fans, attirés par ces murs du sons érigés pour mieux être détruits, dont les pierres se composent d’influences tour à tour indus, rock, metal, shoegazing, pop.

M.O.P.A. (My Own Private Alaska)

Les toulousains ont sorti un nouvel album en février produit par l’éminent Ross Robinson (Slipknot, Korn…). La configuration atypique de MOPA (piano-batterie-voix) nous transporte dans des paysages sombres et romantiques, où les hurlements côtoient les descentes de gammes néoclassiques du pianiste. Entre les deux, la batterie, nerveuse et torturée, assure un lien tenace qui ajoute à la charge émotive des morceaux.

+ Welldonedumboyz + Sounds Of The I

My Own Private Alaska

Un invité de marque en la personne d’Oktopus (Dälek)qui a travaillé en résidence avec Sludge à l’occasion des Romandie Sessions en janvier à Lausanne. Quand le métal d’outre-tombe de Sludge rencontre le hip hop indus d’Oktopus, ça donne une fusion inédite. Une expérience qui devrait faire des étincelles. + 65 Days Of Static

19 avril à 20h30, La Poudrière à Belfort Kylesa

20 avril à 20h, Atelier des Môles à Montbéliard Agnostic Front

Eyehategod

Rencontre avec Punish Yourself

Souvent cités comme les fers de lance du punk hardcore, les new-yorkais constituent l’une des têtes d’affiche d’Impetus cette année. Héritier du mouvement punk, le groupe à l’histoire chaotique est pourtant toujours là après trente ans d’existence.

This Is Hell

Le groupe propose une version plus moderne du hardcore et assure les premières parties d’Agnostic Front en Europe.

Call To Preserve

Du hardcore toujours avec Call To Preserve qui nous viennent de Floride.

+ Inside Project

Mais aussi…

Impetus, ce sont aussi des propositions transdisciplinaires qui mobilisent différents arts : cinéma expérimental, documentaire, théâtre, danse et autres performances. Des actions culturelles sont également menées auprès du jeune public, comme des projections qui initieront les élèves au cinéma expérimental. - Sébastien Marais, Manu Gilles, Dominique Demangeot -

Festival Impetus, dans l’Aire urbaine, du 16 au 20 avril 2010 - www.impetusfestival.com

Punish Yourself Vincent, pour Cult Movie, tu as tout réalisé : enregistrements sur ton ordinateur, mixage, mastering, même production... Comment a évolué le travail du groupe depuis ? L’essentiel a été fait avec mon vieux PC, oui. Pour le nouvel album, c’est encore pire, on a tout fait nous-mêmes au local de répet’, pas besoin et pas le temps d’aller dans un vrai studio… Vous avez des side-projects complètement opposables à la musique de Punish Yourself. Si vous deviez citer juste quelques groupes ...? Mission impossible pour moi ! J’écoute trop de choses – non, plus exactement je suis fan de trop de choses. En ce moment, je reviens à Hawkwind et à la galaxie de groupes qui tournent autour, c’est le premier truc dont j’ai été dingue, musicalement – mais je ne suis pas sûr que ça se ressente sur la musique qu’on produit. Pour Pink Panther Party, on peut noter des influences trash (Slayer power ha ha), hip-hop (Dälek !!!!), électro-indus (Skinny Puppy)… Punish c’est avant tout un creuset où on balance un peu tout ce qu’on aime avant de le passer à la moulinette… On vous voit parfois jouer derrière des barreaux, des grillages. Symbolique ? Référence à Ministry ? Simple originalité ?

Aucune symbolique ! On a essayé une fois par hasard sur un festival – très exactement parce qu’on n’avait nulle part où accrocher nos néons, et que les orgas nous ont proposé de mettre des grilles de chantier sur scène, ils en avaient à gaver partout… Ca nous a rappelé le Ministry ou le Die Form de la grande époque, on a dit oui, et on s’est rendu compte que ça le faisait, voilà. Quand on en a eu marre, on a arrêté… Combien de temps avant le concert consacrez-vous au maquillage ? Entre quarante minutes et une heure de torture. Ceux qui s’imaginent que c’est facile n’ont qu’à essayer… Savoir que certaines personnes viennent à vos concerts plus pour le show que la musique, ça vous fait quoi ? Pas grand-chose, honnêtement, l’essentiel c’est qu’ils viennent et bougent. Evidemment, lire sur internet des trucs genre « c’est un groupe de scène, en studio c’est nul », c’est un peu vexant par rapport à tout le boulot effectué en studio, justement– mais c’est pas bien grave non plus. On sait que le côté « spectaculaire » va plaire à des gens qui de toute façon n’aiment pas spécialement le style musical, c’est déjà pas mal qu’en live ils adhèrent ! - Propos recueillis par Guillaume Renahy -

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Cahier Biennale de la Métropole Rhin-Rhône n°4 - avril 2010 - Dijon - Tout garder ? Tout jeter ? Et réinventer ?

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Tout garder ? Tout jeter ? Et réinventer ? Le titre de l’exposition dijonnaise de la Biennale Rhin-Rhône prend la forme d’une question. Au sein d’une opération qui a placé le développement durable au cœur de sa démarche, la ville de Dijon a souhaité s’interroger (et par la même occasion nous interroger) sur le devenir de l’objet dans notre société. Que deviennent nos si nombreux biens de consommation une fois qu’ils ne nous sont plus d’aucune utilité ? Et cette seconde question, en corollaire de la première : Que peuvent nous apprendre les objets sur nousmêmes ?

L’exposition du 23 avril au 20 septembre 2010, au musée de la Vie bourguignonne

L’exposition centrale mise en place au Musée de la vie bourguignonne nous parle de l’objet. L’objet et ses vies, multiples utilisations, réappropriations, recyclages. ‘‘Nous sommes aujourd’hui envahis par les objets. Il est mauvais pour la planète d’avoir trop d’objets, alors on a fait le point pour réfléchir à ceux qui nous entourent’’, explique Sophie Jolivet, coordinatrice du projet dijonnnais de la Biennale Rhin-Rhône.

© Anita Molinero

La ville de Dijon a donc choisi l’innovation dans cette exposition pluridisciplinaire qui mobilise de nombreuses structures : musées de la ville, services culturels et partenaires divers. Une exposition, coeur du projet, un week end d’inauguration du 23 au 25 avril et, d’avril à septembre 2010, des manifestations diverses en partenariat avec des structures culturelles dijonnaises. L’objectif est d’aborder la question du recyclage et, plus largement, de la protection de notre environnement, d’une manière artistique, ludique et décomplexée, tout en s’appuyant sur des bases scientifiques sérieuses.

‘‘Certaines structures nous ont présenté des projets. Pour d’autres, c’est la Ville de Dijon qui les a sollicitées directement. Beaucoup de propositions sont venues des associations locales pour participer à cet événement. L’offre est très large’’. Yves Berteloot, adjoint à la culture de la Ville de Dijon

Cabines par Anita Molinero L’objet de consommation Dans une société qui valorise la consommation, où l’achat d’objet a une valeur sociale, l’exposition s’interrogera sur le statut de l’objet.

durables tirés des collections, associés à des objets jetables utilisés aujourd’hui, comme le rasoir. Possibilités de l’objet A travers des modules très scénographiés, le visiteur sera invité à s’interroger. Pourquoi garde-t-on un objet ? L’objet sera envisagé à partir de ses différents usages. Jeté. Collectionné. Recyclé. Dans la partie ‘‘Réinventer’’, on s’installera sous un arbre à palabres, pour répondre à des questions philosophiques sur les objets de demain. La participation du public sera véritablement sollicitée, puisque les visiteurs auront par exemple la possibilité d’attribuer des mots à des objets qu’ils auront devant eux, pour eux-mêmes leur associer leurs propres définitions.

Caractéristiques de l’objet Certains objets ont un même usage et une même forme à travers le temps. Des objets issus des collections des musées seront pris en exemple, comme la faisselle : moule à fromage préhistorique, d’autres moules plus récents du Musée de la Vie bourguignonne du XIX-XXe siècle, moules de la Faisselle Ryans qui fait référence à des choses que l’on utilise encore aujourd’hui. On verra également que d’autres objets ont un même usage mais peuvent changer de forme selon les circonstances. L’exposition traitera aussi du temps d’utilisation des objets, avec des objets

Autour de l’exposition

Identité de l’objet Un objet peut être utilisé de façon différente selon l’époque. L’exposition s’appuiera ici sur des travaux d’anthropologues, ethnologues et sociologues qui travaillent sur les objets de notre vie quotidienne, en collaboration avec des conseillers scientifiques. ‘‘Des conférences seront organisées le samedi pour discuter autour de l’objet (archéologues, historiens, sociologues, associations qui s’appuient sur le réemploi comme Emmaüs, qui recourent à d’autres modes que celui de la société de consommation, et nous feront part de leurs expériences)’’, explique encore Sophie Jolivet. - Dominique Demangeot -

Tout garder ? Tout jeter ? Et réinventer ? du 23 au 20 septembre 2010 à Dijon : une saison culturelle déployée dans les musées et dans la ville - Exposition au musée de la Vie Bourguignonne, 17 rue Sainte Anne www.dijon.fr - www.utopinov.net

Du 23 au 25 avril 2010 : grand week-end d’inauguration

Autour de cette exposition graviteront de nombreuses opérations à teneur culturelle, spectacles, expositions, concerts, conférences, débats, projections de films, ateliers à destination de tous les publics. Suite à un grand recensement des forces vives et des diverses propositions émanant de ces structures, la Ville de Dijon a sélectionné toute un panel d’acteurs culturels qui donneront chacun leur propre vision de l’objet recyclé. ‘‘Certaines structures nous ont présenté des projets. Pour d’autres, c’est la Ville de Dijon qui les a sollicitées directement’’ explique Yves Berteloot, adjoint à la culture de la Ville de Dijon. ‘‘Beaucoup de propositions sont venues des associations locales pour participer à cet événement. L’offre est très large’’.

Des animations au musée de la Vie bourguignonne et dans le reste de la ville seront organisées pour démarrer en fanfare la Biennale Rhin-Rhône à Dijon. La projection du film ‘‘Où sont nos déchets?’’ sera proposée en préambule le 22 avril au Planétarium.

A chaque étape de l’exposition, des formes d’art contemporaines seront présentées. Le visiteur est accueilli par M. Bondieu, oeuvre prêtée par le Frac, personnage fait d’objets divers, lui-même issu de recyclage. Il accompagnera le visiteur tout au long de son parcours. Plusieurs structures seront présentes comme le Frac, le Consortium...

M. Bondieu

© Vancaeckenberg

Des oeuvres d’art contemporain accompagneront l’exposition dans différents endroits de la ville, cours, jardins, lieux patrimoniaux, des oeuvres préexistantes ou des créations. Le cloître accueillera une oeuvre d’art contemporain créée spécialement par de jeunes artistes dijonnais.

L’inauguration du volet dijonnais de la Biennale Rhin-Rhône aura lieu en musique le 23 avril, la journée et en soirée. La compagnie Opus proposera trois spectacles de théâtre dès 15 heures. Le slam s’invitera également à la fête, ainsi qu’une ‘’Brocante Sonore’’ qui mettra en branle un orchestre étonnant fait de bric et de broc, objets divers pour un recyclage particulièrement original, sur une grande scène installée au Musée de la vie bourguignonne. A suivre également : la déambulation dans la ville d’un échassier, d’un troll et d’une marionnette animée, ateliers / spectacles pour les enfants, dégustations, concert en soirée (Kathadene, concert de Michael Santos). Il y aura aussi du slam, restitution d’un atelier mené depuis le mois de septembre autour d’un projet du Protagomix Crew.

Mandalas Un brunch bio sera également proposé le dimanche de 11h à 15h avec une vente de sacs réalisés dans le quartier de Fontaine d’Ouche à Dijon, des sacs confectionnés à partir de baches de communication de la ville, un projet mis en place là encore pour la Biennale et qui valorise le recyclage. Tous les premiers samedis du mois, Dijon proposera également, dès le 1er mai, des événements divers (projection de films, quizz interactifs, animations théâtrales et autres spectacles. A noter que toutes les animations sont gratuites, exceptées les visites parcours.


Musiques

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La Guerre du Son, le petit festival qui monte Il existe à Landresse, dans le Doubs, une petite poignée d’irréductibles qui se sont mis en tête, en 2001, de créer un festival dédié au rock. 9 ans après, l’aventure a perduré et La Guerre du Son (en hommage à La Guerre des Boutons de Pergaud, qui s’inspira de Landresse) s’est bâti une solide réputation en matière d’événement rock estival, tout en souhaitant rester à taille humaine. Rencontre avec Calou, l’un des organisateurs du festival. Le groupe de bénévoles semble particulièrement soudé... et rôdé après toutes ces années ! Oui on dit toujours qu’il faut que le public s’amuse, mais nous aussi. La taille du festival nous permet de conserver cet esprit.

Le concept de festival à taille humaine semble donc important pour vous. Oui notre capacité d’accueil est de 4000 personnes par jour, avec des pointes à 2500/3000 personnes en ce qui nous concerne. Ca ne nous intéresse pas d’avoir deux scènes car ce n’est pas rentable. Et puis il n’y a pas que la scène qui compte, il y a aussi l’ambiance du festival, les prix, avec tout à 1,60 euros (boissons, frites...). Le festival repose sur un fonctionnement bien particulier, qui est un mix entre subventions publiques et privées (2/3 privé, 1/3 public). On a beaucoup de charges en moins du fait du tissu rural, pas d’intermittents. Ce sont par exemple les bénévoles qui s’occupent du catering, du rider, de la sécurité en partie. C’est un micro-système économique, presque auto-suffisant, qui semble faire ses preuves... Oui il y a de 30 à 40 sponsors selon les années. Artisans, agriculteurs, bâtiment, marchand de boisson, restaurants... Le brasseur fait également partie des bénévoles. On a notre scène à nous, entièrement financée par le Comité des fêtes.

L’équipe de la Guerre du Son

Vous avez même un petit club VIP comme aux Eurockéennes, toutes proportions gardées... Oui il y a un espace VIP durant le festival, pour nos sponsors, et même une soirée qui leur est consacrée... mais beaucoup terminent à la buvette du festival ! Tous les ans, il y a d’ailleurs l’un des partenaires qui vient nous aider à la buvette ! Comment s’opère la programmation ? Il y a une équipe conséquente à ce niveau ? Il y a un petit comité de 6 à 10 personnes, où chacun donne ses idées. On choisit toujours la tête d’affiche selon l’opportunité, même si nos goûts comptent aussi. Depuis deux ou trois ans les cachets décollent, alors il faut concilier les envies et les nécessités. En 2007 par exemple, on a fait venir Pleymo avec un cachet étonnament bas. Le festival a acquis une bonne réputation auprès des tourneurs ? Oui maintenant on est attendus, les contacts sont plus faciles avec les producteurs, les managers. Pas trop compliqué de trouver des têtes d’affiche, qui sont indispensables pour déplacer le public ? On cherche un équilibre entre les têtes d’affiche pour faire venir les gens de loin, et la programmation locale. On ne fait pas d’excès. La Guerre du Son a pourtant une gestion saine... Oui et il y a un impact local pour nos sponsors. Notre situation est suffisament saine pour absorber une éventuelle claque un jour...

© Lucie Volpeï

C’est le Comité des fêtes de Landresse Ouvans qui apporte son expérience au festival. Oui on a l’expérience de 25 ans d’animations. Mine de rien ça compte ! Le Comité des fêtes, qui organise la GDS, s’y connait en matière de buvette. Même l’année dernière, quand le temps a vraiment été pourri, on s’est serré les coudes.

Il y a de 30 à 40 sponsors selon les années. Artisans, agriculteurs, bâtiment, marchand de boisson, restaurants... Le brasseur fait également partie des bénévoles. On a notre scène à nous, entièrement financée par le Comité des fêtes.

Cinq groupes sélectionnés cette année au lieu de quatre pour le tremplin... Oui comme chaque week end de Pâques le tremplin aura lieu. On dévoilera la programmation définitive à l’issue de ce tremplin. C’est toujours un événement assez chaud avec notre public très local ! Quelles sont les évolutions envisagées dans les années à venir ? On a envie de garder notre taille humaine...

mais on va peut-être se lâcher pour les 10 ans du festival en 2011 ! - Propos recueillis par Dominique Demangeot -

La Guerre du Son, 16 et 17 juillet, Landresse A suivre le 4 avril : le tremplin 2010 de la Guerre du Son avec Madjive, Nadamas, Steno-P, Suicide Levitation, The Barbers - www.laguerreduson.com


Musiques

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Shaka Ponk + Didier Super De sérieuses perturbations sont à prévoir en avril au Moulin de Brainans. La salle s’apprête en effet à accueillir deux machines de guerre musicales, dans des styles très différents l’une de l’autre mais qui ne laisseront pas grand monde indifférent. Shaka Ponk débarquera au Moulin le 10 avril, puis ce sera autour de Didier Super de se présenter sur la scène de Brainans le 24. Shaka Ponk

Shaka Ponk sort un premier album en 2006, Loco Con Da Frenchy Talkin, qui mixe de nombreux styles et plusieurs langues. Bad Porn Movie Trax est sorti en mai 2009 sous le nouvel label rock de Tôt ou Tard et à l’occasion d’un groupe quelque peu remanié. Mais après deux ans passés à parcourir les clubs rock en Allemagne, l’énergie semble intacte, voire même un peu plus présente à travers des morceaux musclés. Leur mascotte, GOZ, est un singe qui accompagne les musiciens sur scène dans des shows de plus en plus réputés malgré la courte existence du groupe. Il faut dire que Shakaponk a su convaincre la scène underground en se produisant aux côtés de formations de renom telles que Mudvayne, Exilia, BossHoss…Bad Porn Movie Trax s’annonce plus lourd, plus percutant aussi. Electro-rock à la fois carré et déjanté (Disto Cake) alternent avec des morceaux carrément dansants (Prima Scene, Sum’Luv’). A noter que Shakaponk avancent aussi une réflexion sur la musique et sur la façon de la faire. Adeptes du do it yourself (ils travaillent dans une totale indépendance et leur dernier clip a

d’ailleurs été conçu par Frah le chanteur graphiste), ils aiment à se définir comme des activistes de la musique, défendant cet esprit d’indépendance.

Le 10 avril + 1KUB & The Wicked Wicked

Didier Super

Didier Super, c’est un peu le frère ou le cousin que vous n’aimeriez pas avoir, le seul invité à mettre le feu à un repas de famille ou n’importe quelle autre soirée en moins de cinq minutes. Les thèmes de ses chansons sont tous plus politiquement incorrects les uns que les autres, sujets à controverse et tissés de mauvaise foi. Mais ça marche. Didier Super endosse avec conviction le rôle du méchant pas beau. A découvrir pour les néophytes !

Le 24 avril + J Cantalou - Manu Gilles -

www.moulindebrainans.com

Chapiteau russe à Chalon-sur-Saône A l’occasion de l’année de la Russie en France, Mosaïques rend un hommage appuyé au pays de Dostoïevski, avec la volonté affirmée de s’adresser à un public large. Sous un grand chapiteau qui rappellera les spectacles de cirque, se succéderont concerts divers mêlant humour, musique classique, tradition russe et découverte.

Un grand bazar musical pétri d’influences et d’échanges, de mouvement et d’écoute de l’autre divers du quotidien qui vivent une seconde existence grâce à la magie du spectacle…

Onéguine intime

La compagnie l’Opéra-Théâtre et l’ensemble Carpe Diem adaptent ici le célèbre roman en vers de l’écrivain russe Pouchkine. Ils nous content les déboires amoureux du jeune dandy russe qui se retire à la campagne, y rencontrant un jeune poète, Vladimir Lenski. Les deux jeunes hommes vont vite se quereller au sujet de deux soeurs. Cette rivalité amoureuse conduira les deux amis au duel. Dans l’adaptation de cette œuvre romantique par excellence, les deux compagnies présentes, qui se proposent de renouveler les formes lyriques, mobilisent des chanteursdanseurs accompagnés par un orchestre léger. Jean-Pierre Arnaud, directeur musical, a réarrangé et réorchestré la partition d’Eugène Onéguine par Tchaïkovsky pour en donner une nouvelle lecture, plus intimiste. ‘’Tchaïkovsky n’appelle pas cet ouvrage «opéra», mais «scènes lyriques». Il mise sur le théâtre pour dire avec précision et vérité les sentiments des personnages’’, explique le metteur en scène André Fornier. ‘’Tout naturellement notre projet veut jouer l’intime de l’ouvrage, et resserrer l’action autour des protagonistes du drame’’, une intimité qu’un orchestre resserré permettra, dans ce spectacle abordable convoquant musique, danse et théâtre (de brefs dialogues et monologues s’intercaleront entre les parties

24 avril à 17h

Le Goûter russe

Pour clore en beauté ce moment de découverte, Mosaïques a concocté un goûter russe, ponctué de ‘’surprises musicales’’ (vous n’en saurez pas plus) qui permettront de découvrir ou redécouvrir la musique savante et populaire de Russie, véritable patchwork de cultures et de traditions.

25 avril à 17h chantées). Les langues française et russe se côtoieront pour mêler compréhension et musicalité.

20, 22 et 23 avril à 20h

Le Salon russe

Sur une soirée, deux concerts seront proposés, qui inviteront le piano et le violon, mettant à l’honneur les grands compositeurs russes que sont Tchaïkovsky, Arensky, Rachmaninov, Scriabine et Siloti. Les instruments pourront s’entendre en solo ou en duo selon les pièces jouées.

21 avril à 20h

Pétrouchka

Voici un spectacle hybride où la compagnie du Piano ambulant mêle des instruments très

divers, et où l’esprit de découverte est très présent. Dans une atmosphère qui rappelle les foires d’antan, les musiques populaires d’Europe, de Russie et d’Orient accompagneront trois poupées animées. ‘’Il y avait la ballerine. A ses côtés, il y avait le Maure. Son aspect somptueux la séduira. Il sera bête et méchant. Et puis il y avait Pétrouchka. Beaucoup plus sensible et doué que les deux autres il souffrira davantage. Il ressentira avec amertume son esclavage, sa laideur et sa solitude’’, nous dit la compagnie du Piano ambulant. André Fornier est à nouveau à la mise en scène et pour ce spectacle il a souhaité que les musiciens jouent la partition mais qu’ils interprètent également l’histoire, qu’ils jouent véritablement au théâtre, employant, en plus de leurs instruments traditionnels, de vieux jouets d’enfants, objets

- Betrand Demornieux et Paul Sobrin -

Le Chapiteau Russe, Chalon-sur-Saône, du 20 au 25 avril

Mardi 20/ 20h - Onéguine Intime - opéra Mercredi 21/ 20h - Le Salon Russe - musique de chambre et récital Jeudi 22/ 20h - Onéguine Intime - opéra Vendredi 23/ 14h30 - Pétrouchka (représentation scolaire) - spectacle musical 20h - Onéguine Intime - opéra Samedi 24/ 17h - Pétrouchka - spectacle musical Dimanche 25/ 17h - Le Goûter Russe - surprises... http://mosaiques-chalon.org


Musiques

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Rolling Saône à Gray d’une touche d’électro et de rap. Mais le propos restera toujours dur et sans concessions avec comme hymne l’incontournable La peau (leur Antisocial à eux !). En 2002 ils composent Où étions-nous alors que le Front National passe au deuxième tour des présidentielles.

C’est reparti pour une nouvelle édition de Rolling Saône qui propose une fois encore deux jours de festival sous la hall Sauzey de Gray. Au programme, toujours une ligne rock affirmée, accompagnée de quelques incursions dans les domaines de la pop, la folk et le reggae. Place à la première journée du festival. La suite dans notre numéro de mai... Vendredi 7 mai Ouverture des portes : 17H30 My Dog Ate My Homework (Rock)

Après un concert en demi-teinte aux Passagers Du Zinc à Besançon le 18 novembre dernier, et un appétit de loup non rassasié, c’est avec les dents serrées que je me rends à Echenoz la Meline (si si ! C’est dans la carte) dans le cadre du Téléthon (re)voir Exhausted et (re)découvrir My Dog Ate My Homework sur la scène du préau de l’école Longeville. Les bisontins de My Dog ont les crocs, leur musique aux multiples accents bluesy, rock, grunge est d’une efficacité redoutable. Julie la chanteuse, cousine d’une Izia et PJ Harvey nous montre l’étendue de sa palette vocale notamment sur My name Is Molly et I’m Not Jesus pendant que ses deux acolytes, David à la basse et Julien à la guitare, lui déroulent en permanence un tapis rouge de sons. Ils vous attrapent à la gorge et ne vous lâchent plus. Bref, concert de haute volée. Bravo ! - Guillaume Renahy -

www.myspace.com/mygodatemyhomework

www.myspace.com/nooneisinnocentcom

Zenzile (Electro Dub) No One Is Innocent Flow (Chanson)

Flow c’est une chanson française dans une veine réaliste, avec des textes fouillés, de l’accordéon, du piano, et parfois aussi des moments un peu plus pop, même si le propos est majoritairement acoustique.

http://www.myspace.com/lesflow

La jarry (Rock alternatif )

Rock garage aux accents très pop, des textes en français mais une énergie très anglo-saxonne avec des guitares bien mises en avant qui rappellent en effet, comme on peut le lire ici ou là, le groupe Téléphone, avec un côté plus moderne tout de même. Un bon groupe de pop comme le festival Rolling Saône sait nous en dénicher.

Errors

Les quatre Ecossais d’Errors, disciples de Mogwai, reviennent avec un deuxième album sur le label de leurs illustres aînés. Comme ces derniers, Errors sont adeptes d’une musique progressive et expérimentale, si ce n’est qu’ils y ajoutent une touche electro les orientant vers les dancefloors.

Zombie Zombie

Zombie Zombie est composé de Neman (Herman Düne) à la batterie et Etienne Jaumet (Married Monk) aux synthés. Duo atypique d’electro rock lo-fi, Zombie Zombie aiment les films d’horreur et les sons vintage délicieusement analogiques. Ils citent Arto Lindsay dans DNA, Can, Neu, et ne sont jamais aussi heureux que lorsqu’ils composent des ritournelles électroniques répétitives, tissant leurs sons vintage autour de pulsations métronomiques.

Chain And The Gang

Nouveau projet de Ian Svenonius ( Make-Up, Weird War), Chain And The Gang distille une musique hautement revendicative, profondément américaine de par ses racines blues et rock. Le groupe noyaute cependant les Etats-Unis de l’intérieur. Rock garage et blu-

www.myspace.com/tomfrager

Benja (Pop folk)

Après My Dog Ate My Homeword, en matière de groupes locaux le public sera servi également, avec le très intéressant Benja, alias Benjamin Vuillermoz. Il délivre une pop très française, assez influencée par le rock façon Mathieu Chédid, groove bien présent ébouriffé d’un côté échevelé indéniable. Des textes qui s’aventurent aisément en-dessous de la ceinture mais que voulez-vous... les femmes sont si belles. C’est du moins ce que nous dit Benja.

http://www.myspace.com/lajarry

http://www.myspace.com/lemondedebenja

Tom Frager (Reggae Folk)

No One Is Innocent (Rock Métal)

Né au Sénégal de parents européens et champion de surf, Tom Frager était fait pour

Kill Your Pop Nouvelle édition pour le festival Kill Your Pop porté par l’association dijonnaise Sabotage, qui grandit lentement mais sûrement à l’ombre d’une scène musicale indépendante et inventive, avec une ligne directrice à la fois éclectique et exigeante, entre folk, pop et électro. Diversions fait la lumière sur certains groupes de l’édition 2010. L’ensemble de la programmation est disponible sur le myspace du festival : www.myspace.com/festivalkillyourpop.

voyager. Sa folk teintée de reggae acoustique, musique pour les plages de sable fin, est sur toutes les ondes depuis quelques mois, notamment grâce à son tube Lady.

Dès 1994, No One Is Innocent imposent un rock fusion revendicatif qui va se teinter

Un savant mélange de dub, de musique électronique mais aussi de guitares post rock. Une musique assez expérimentale qui installe des ambiances qui rappellent parfois Tricky et Massive Attack. Ils sont revenus en octobre 2009 avec un huitième album qui mixe toutes les influences du groupe : le dub, le rock, le trip hop, le jazz et la cold wave. Les bisontins les ont rencontré à la mi-mars au Cylindre et n’hésiteront sûrement pas à aller retrouver le groupe sur scène à Gray.

www.myspace.com/zenzile - Dominique Demangeot -

Festival Rolling Saône, Gray, Halle Sauzey, 7 et 8 mai www.rolling-saone.fr

Tom Frager

Rock et déguisements à La Vapeur esy, teinté de gospel et de soul, l’âme d’une Amérique loin du clinquant habituel.

Tunng

Tunng revient, sans Sam Genders mais avec l’envie intacte et une nouvelle dynamique au sein du groupe. … And Then We Saw Land est issu d’un travail plus collégial et d’accès plus aisé. Les compositions n’en sont pas moins complexes. Electrofolk lumineuse, souci du détail et des vélléités pop qui devraient ouvrir Tunng à une audience plus large tout en conservant sa qualité intrinsèque.

Poni Hoax

Entre rock electro et cold wave, leur dernier album en date fleure bon les années 80 même si le groupe est composé à l’origine d’anciens élèves du Conservatoire de Jazz. Poni Hoax apparait aussi à l’aise pour composer des tubes dansants ou des morceaux plus intimistes portés par la voix basse du chanteur nonchalant Nicolas Ker, venue tout droit des clubs des années 80.

Morning Star

Jesse D. Vernon vient nous présenter un deuxième album nourri d’orgue et de guitares, chansons empreintes d’une douce noirceur. La production laisse ces dernières respirer et distiller leur doux venin. Aux manettes John Parish qui a travaillé jadis avec PJ Harvey, 16 Horsepower et Sparklhorse, rien que ça. - Manu Gilles, Sébastien Marais -

Festival Kill Your Pop, divers lieux sur Dijon, du 28 avril au 2 mai www.myspace.com/festivalkillyourpop

En avril, la Vapeur de Dijon propose deux soirées particulières, l’une placée sous le signe du rock avec la venue du Brian Jonestown Massacre et la seconde soirée Dum Dum Club, qui aura la particularité de déguiser les spectateurs...

Brian Jonewtown Massacre

Les américains revenaient en février avec un album Who Killed Sergeant Pepper ?, nouvel opus entre psychédélisme et propos brut de décoffrage, pour le groupe qui s’était également illustré dans le documentaire Dig ! en 2005. Entre mantras indiens, new wave et shoegazing destroy, le groupe déroule son univers sur des fonds noisy et hallucinants. L’album a été enregistré dans plusieurs capitales européennes et Anton Newcombe est toujours aussi barré...

Dum Dum Clubs #2 vs Travesti Monsters

La seconde soirée Dum Dum Club à Dijon mise en place une fois encore par

La Vapeur, Citizen Records et Sabotage, propose un line up d’artistes (Le Catcheur et la Pute, Daryl Corn Flexx, Pro 7, John Lord Fonda) accompagnés par les performances de Klodia, go go danseuse psycho-punk de Punish Yourself. Un habillage vidéo a été mis au point par les Dijonnais d'Easy Web. Mais le show ne sera pas que sur la scène. Miss Pop collabore avec le duo electro rock Le catcheur et la pute. Sur leurs beats dancefloor teintés de guitares punk, la styliste proposera au public toute une garde robe qu’il pourra emprunter pour changer de peau le temps d’une soirée. Une garde-robe particulièrement éclectique qui marie des esthétiques diverses : ‘’barock’n’roll’’, ‘’flower power’’, ‘’freaky funky’… du rose bonbon au léopard, des paillettes… aux blouses de nos mamies ! Il y en aura pour tous les goûts.

Dum Dum Club #2, La Vapeur, Dijon, 23 avril – www.lavapeur.com


Théâtres

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Nature morte dans un fossé ‘’Une jeune fille nue dans un fossé qui attend le médecin légiste’’. Ainsi commence la pièce. L’ABC poursuit son cycle ‘’Polar’’ en avril. L’occasion de découvrir avec ce polar théâtral, un jeune auteur italien, Fausto Paravidino, qui nous entretient ici de la violence à l’œuvre dans notre société. Entre le burlesque et le macabre, le collectif DRAO met en scène cette nature morte, enquête policière qui jouit pourtant d’un élan bien vivant.

Le collectif trouve des moyens originaux de se déplacer, parfois proches de la chorégraphie. S’enclenche alors une mécanique d’investigation propre au polar. Un crime a été commis et le spectateur accompagne les comédiens dans leur quête. Nous suivons le policier qui rencontre toute une galerie de personnages lui apportant les indices qui lui permettront de résoudre l’enquête. ‘’ Depuis le début de l'aventure du collectif, nous souhaitons un rapprochement puissant avec le spectateur, qu'il soit spatial ou émotionnel, voire politique’’ explique encore le collectif. Le plateau nu devient la scène de crime et le théâtre des recherches. Paravidino nous présente dealers, prostituées,

© Michel Dieuzaide

Une enquête racontée par six comédiens (+ un cadavre…) qui jouent toute une galerie de 25 personnages, une pièce ‘’construite comme un oratorio’’ nous dit le collectif DRAO. C’est en effet un travail choral qui a été mené, propre au travail de Fausto Paravidino. Ce dernier s’est également inspiré de l’esthétique et des thèmes du roman noir, de films comme ceux de David Lynch et Quentin Tarantino, et en prenant la peur comme thème principal.

jeunes filles assassinées et policiers, le monde de la rue et toute son insécurité. Entre le noir et blanc et le technicolor, Nature morte dans un fossé critique notre société contemporaine avec sa violence, qu’elle soit physique, psychologique ou sociale. ‘’Ce qui nous intéresse, c’est que nos sept imaginaires puissent se regrouper, se nourrir les uns des autres pour fabriquer le spectacle’’, explique Stéphane Facco du collectif. Les lumières ciselées découpent les ombres sur le plateau dans cette enquête sombre qui fait aussi la part belle au rêve. - Paul Sobrin -

Nature morte dans un fossé, par le collectif DRAO, Théâtre des Feuillants, Dijon, 23 avril à 20h30 - ww.abcdijon.org

Vous n’y pensez pas, Rosalie ! Le public franc-comtois retrouvera Jacques Rebotier et sa langue impertinente les 27 et 28 avril prochains au Palot à Montbéliard. Nous avions rencontré l’auteur en octobre dernier au Théâtre musical de Besançon à l’occasion d’une création avec le pianiste Alexandre Tharaud. Cette fois Jacques Rebotier opère une nouvelle collaboration avec le groupe Laborintus, co-produite avec l’Allan, Scène nationale de Montbéliard.

Soap Opera

L’affiche ne nous promet rien de moins qu’un ‘’feuilleton à rebondissements’’. Au programme: une plage, un zoologue, un animateur de club de vacances, une magnétiseuse, et ‘’de la pub, pub, pub’’. Car le spectacle sera aussi une diatribe que l’on imagine féroce, de la télévision et de notre monde marchand en général. Jacques Rebotier prend ici comme référence les soap opera, ces fameux feuilletons télévisés qui ont fait fureur sur nos écrans dans les années 80. L’action se passe aux Nymphéas, lieu de villégiature près d’une plage. Les personnages, tous avec leurs personnalités et leurs expériences propres, attendent Rosalie. Pour savoir qui est cette mystérieuse Rosalie, il faut suivre ce spectacle divisé en épisodes.

Laborintus, collectif métissé

Entre musique classique et jazz, couleurs traditionnelles et contemporaines, Laborintus naviguera avec les coudées larges qu’on lui connait. Ce collectif de musiciens fondé en 1993 apprécie l’expérimentation quitte à prendre des risques. Laborintus s’intéresse également à toutes les technologies sus-

ceptibles d’ouvrir le champ artistique vers de nouveaux horizons, n’hésitant pas à faire cohabiter dans la même phrase ‘’contemporain’’ et ‘’populaire’’, et à porter cette musique au-delà de la salle de concert, dans des ateliers de plasticiens, des appartements, des galeries... Ce n’est pas la première fois que Laborintus et Rebotier travaillent ensemble et l’esprit est en effet similaire dans les démarches : défrichage et expérimentation. Jacques Rebotier opère sous le double signe de la musique et des mots. Il est de coutume de dire qu’un écrivain possède une voix, une musique. Mais c’est encore plus vrai avec Rebotier qui est aussi compositeur et a souvent monté des spectacles qu’il a lui-même composés. Grand amuseur langagier, Rebotier retourne la langue (‘’L’hippo campe sur ses positions’’, ‘’Tourner la plage’’…).

Théâtre en musique, musique au théâtre

Laborintus est attentif à la scénographie de ses spectacles. Ses musiciens jouent de leurs instruments mais jouent aussi comme des comédiens, avec leurs expressions, leur gestuelle. ’’Notre désir est d’amener le public à réinventer son rapport à la scène, son comportement en le plaçant dans un espace qui n’est plus frontal, dans un temps qui n’est plus linéaire’’, explique Laborintus. Un spectacle entre le scénario et la partition musicale. - Manu Gilles -

Vous n’y pensez pas, Rosalie !, Allan, Scène nationale de Montbéliard (Palot), 27 & 28 avril - L’Allan - Scène Nationale de Montbéliard – www.lallan.fr


Théâtres

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Casimir et Caroline Le TDB accueillera la création de Casimir et Caroline par la troupe Grenier/Neuf fin avril. La pièce nous parle de la rupture d’un jeune couple sur fond de crise économique dans les années 30. En adaptant la pièce à notre monde contemporain, Leyla Rabih et Marianne Costa reconnectent l’oeuvre d’Odön von Horváth avec notre propre crise économique des années 2010.

envisagées mais n’ont pas encore de réalité politique.

Horváth mettait à jour les différentes couches de la société dans sa pièce : propriétaires d’usines, magistrats, prolétaires, délinquants, exploitants et exploités. Grenier/Neuf a souhaité mettre en évidence les effets du libéralisme économique sur nos relations avec autrui, et en particulier les relations amoureuses. Von Horváth avait aussi pressenti dans les premières décennies du XXe siècle la société du spectacle et sa dégénérescence.

Vous avez souhaité adapter le texte de la pièce au langage actuel. Oui. Il y a eu un moment où l’on est passés par le regard des élèves, pour enlever un costume trop historique qui les empêchait d’avoir accès à la brutalité de situations qui les concernaient directement.

Travail avec des lycéens

Le lycée Stephen Liégeard à Brochon en Côte d’Or a accueilli la saison dernière deux résidences de création de la pièce et des ateliers, sensibilisant les élèves au théâtre et aux textes. Le jeu et la mise en scène ont été également abordés lors de ces séances qui ont permis à la troupe Grenier/Neuf d’aller au plus près de cette langue contemporaine qui sera transposée dans Casimir et Caroline.

Entretien avec Leyla Rabih

Même chose pour l’aspect personnel ? Les élèves ont-ils inclus dans le texte leur expérience ? Oui la relation amoureuse est quelque chose qui touche de près les adolescents. On a parlé des choix amoureux dans le monde médiatique, qui sont souvent des choix stratégiques. Justement, la fête foraine est l’occasion de traiter du thème du spectacle, particulièrement contemporain lui aussi. Une thématique qui a dû faire réagir les lycéens… Durant les répétitions, les élèves nous ont vus pendant quatre semaines. L’idée était de leur montrer les différentes étapes d’un spectacle. Aujourd’hui il y a un malentendu sur ce qu’est le travail artistique avec des émissions comme la Star Académie ou la Nouvelle Star. On avait envie de dire qu’être artiste, c’est un métier, que les acteurs peuvent répéter plusieurs fois la même scène. On a beaucoup parlé avec les élèves sur ce que seraient les personnages s’ils vivaient de nos jours, comment ils parleraient, quels seraient leurs métiers.

‘‘Aujourd’hui il y a un malentendu sur ce qu’est le travail artistique avec des émissions comme la Star Académie ou la Nouvelle Star. On avait envie de dire qu’être artiste, c’est un métier, que les acteurs peuvent répéter plusieurs fois la même scène.’’ Leyla Rabih, metteur en scène

Votre adaptation va aussi critiquee ce que Debord appelait la société du spectacle. C’est par le regard qu’on existe aujourd’hui... Oui le pouvoir n’est pas seulement politique, il est aussi médiatique. Aujourd’hui les gens sont fascinés par une célébrité potentielle, même si elle est éphémère et illusoire.

histoire musicale plus riche, en passant par l’électro et la techno. - Propos recueillis par Dominique Demangeot -

Casimir et Caroline, Théâtre Dijon Bourgogne, Parvis Saint-Jean, 21, 22, 23, 24 et 27, 28, 29, 30 avril - www.tdb-cdn.com

Une alternative a également été trouvée à la fête foraine de la version originale... On s’est interrogés sur un lieu qui rassemble des gens aussi différents qu’un chômeur, une employée de bureau, une directrice de programme télévisé... Ce peut être un karaoké, une boîte de nuit, une salle de concert mais on est loin de la fête foraine ! La création musicale est assurée par Vincent Shrink. Il y aura des compositions originales et des reprises, des détournements. Un groupe de musique mixera les cocktails, fera le DJ et remplira son rôle en jouant de la musique. Le texte original est truffé de références musicales qu’Horváth instaure entre les scènes : musique de fête foraine ou populaire de l’époque, chansons à boire ou musiques très écrites, d’Offenbach, de Schubert... C’était important que l’on garde quelque chose de la variété, mais de faire aussi référence à une

© Visuel : François-Xavier Delarue

Vous avez souhaité transposer l’action de la pièce à notre époque contemporaine... On est souvent fascinés par les années 30, et cela induit des contresens. On fait de Casimir et Caroline une pièce du nazisme, ce qu’elle n’est pas. C’est une pièce de l’avant dictature, qui décrit le moment où la crise économique passe dans le privé et où les gens recherchent des solutions extrêmes. Elles sont

Le parallèle avec la situation actuelle était évident. On a traduit le texte à l’été 2008 et quand on l’a présenté pour la première fois aux élèves en novembre 2008, on était en pleine crise économique... Ce n’est pas un hasard s’il y a eu plusieurs mises en scène de Casimir et Caroline l’année dernière !

Ode maritime Il suffit d’un navire aperçu au loin pour que la parole se déclenche chez Alvaro de Campos, l’un des nombreux doubles littéraires de Pessoa. C’est sous ce pseudonyme que le poète portugais publie en 1914 Ode maritime. Comme son nom l’indique, le texte est un vibrant et poétique hommage à la grande bleue et à l’évasion. C’est surtout le témoignage intime d’une incommensurable soif de liberté de la part d’un poète sédentaire qui a passé sa vie à célébrer le voyage de l’écriture. Claude Régy, directeur des Ateliers Contemporains, s’est pris d’affection pour ce long poème de plus de mille vers, qui fait jaillir à l’esprit des images tantôt apaisées, tantôt violentes. Pour porter le texte, Jean-Quentin Châtelain est seul en scène, dégageant ‘’fragilité sensible et puissance titanesque’’ pour reprendre les termes du metteur en scène. Un texte et un acteur, voici le postulat de départ. Pour Claude Régy, Ode maritime c’est ‘’un peu de son et beaucoup de lumière très faible’’. Art de l’esquisse donc pour cette adaptation du poème de Pessoa. Depuis son quai, le narrateur d’Ode maritime part pour tous les océans du monde, sans pourtant bouger d’un centimètre. Cette ‘’extraversion’’ extrême dont parle Claude Régy au sujet de Pessoa, est l’expression d’une liberté dans ce qu’elle a de plus pur, aux dimensions de l’océan. Un voyage sur place.

A travers les mots, Pessoa se connecte à l’universel, côtoie en pensée cette ‘‘même humanité en d’autres ports’’. Le ressentir

Le sublime

Ode maritime est une histoire mystique. Ce qu’a cherché Pessoa son œuvre durant, c’est cette ‘’sensation de nous-mêmes dans une autre dimension de l’être’’, dit le metteur en scène. Les mots portent le poète dans un autre monde, le sublimant. Claude Régy n’a pas manqué de souligner également que pour Pessoa, ‘’les mots sont comme des corps palpables’’. Certes les mots ont un sens, mais ils possèdent aussi une sonorité et une couleur. Ecouter Pessoa, ‘’c’est respirer deux heures hors la loi avec férocité et clarté’’, dit encore Claude Régy. A travers les mots, Pessoa se connecte à

l’universel, côtoie en pensée cette ‘’même humanité en d’autres ports’’. Le poète exprime une volonté de tout embrasser, ‘’[t]outes les mers, tous les détroits, toutes les baies, tous les golfes’’, un peu comme Walt Whitman qui offre en 1855, avec Feuilles d’herbe, son poème élégiaque et fondateur à la nouvelle Amérique. Pessoa s’extirpe, en pensée, de sa vieille peau d’employé de l’import export, cette peau qui ne ressent plus. Pessoa, qui se traduit par ‘’personne’’ en portugais, veut cependant exister à plein régime, éprouver, ‘’sentir tout cela […] dans l’épine dorsale !’’.

Pessoa veut mettre ses nerfs à vif pour ressentir intensément, interpelle les pirates, les prend à parti pour qu’ils ouvrent sa chair. Le poème s’emballe, Pessoa entre dans la sauvagerie, violence innée, presque animale qui le fascine. ‘’Assez ! être toujours accroché aux jupes de la civilisation’’ se plaint le poète. Le vrai drame pour Pessoa, c’est la tiédeur et l’inaction. Même dans la machinerie moderne, il décèle la poésie du rythme, fasciné par le mouvement global : ‘’Et maintenant il y a en plus les machines/Avec leur poésie aussi’’. Pessoa observateur et catalyseur de cette ‘’vie fluctuante, multiple’’. Et pourtant, à l’orée d’un monde marchand et globalisé (quel vilain terme), Pessoa ressent aussi la nostalgie des temps anciens, de ‘’ces mers, plus grandes, parce qu’on naviguait plus lentement’’. C’est peut-être cette dualité qui rend Pessoa si fascinant. - Dominique Demangeot -

Ode maritime, d’après l’oeuvre de Pessoa, mise en scène : Claude Régy, CCN de Franche-Comté, Belfort, du 27 au 29 avril - www.


Théâtres

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My Way Nous avions croisé la compagnie Oh ! Oui... sur les planches du Nouveau Théâtre l’année dernière. A Besançon, Joachim Latarjet et Alexandra Fleischer portaient la parole du père de cette dernière, exploration tout à la fois impressionnante et intime de souvenirs douloureux. La compagnie revient sur le devant de la scène avec My Way, où le théâtre se nourrit une nouvelle foix des expériences intimes de chacun.

Le documentaire

Autour de ces expériences recueillies, comédiens, danseurs et musiciens tracent des parcours, créent l’oeuvre. ‘’Le documentaire est un concept assez flou finalement car, quand on dit « documentaire », on évacue en général le désir de fiction qui préexiste dans la vie’’, note Joachim Latarjet. Le metteur en scène nous dit en substance que la fiction fait partie intégrante de nos existences. Autant l’exploiter pour parler intimement de

irons interviewer’’. Les voix se mêlent et la mise en abyme joue à fond, comme pour brouiller la frontière entre réalité et fiction. © Alexandre Gavras

On connait tous My Way, la célèbre chanson créée par Claude François, reprise dans le monde entier, d’Elvis à Nina Simone en passant par Sinatra. Joachim Latarjet nous rappelle que ‘’my way’’ signifie ‘’à ma façon’’ en anglais. C’est donc ‘’à leur façon’’ que les habitants des villes de Besançon, Mulhouse et Saint-Médard-en-Jalles ont nourri My Way en parlant de leurs chansons fétiches, nids à souvenirs. Les chansons populaires ont cette faculté de réveiller en nous des fantômes, des joies ou des douleurs. Peu importe l’interprétation de la chanson en elle-même, ce qui compte est le contenu affectif de ce petit format de trois ou quatre minutes, et ce qu’il mobilise en nous de sentiments plus ou moins refoulés.

Chanter sa vie pour retrouver une parole et peut-être aussi, un peu, se retrouver soi-même.

nous-mêmes. Chanter sa vie pour retrouver une parole et peut-être aussi, un peu, se retrouver soi-même.

L’intime

My Way trouve son origine dans Les Subsistances à Lyon, qui avaient proposé à la compagnie Oh ! Oui... de travailler avec des habitants du quartier de La Guillotière dans l’élaboration de séquences de 5 à 10 minutes jouées en préambule de chaque spectacle. Dans ce quartier métissé et populaire, Joachim Latarjet et ses compagnons ont rencontré des individus aux expériences diverses : souvenirs de la DDASS, chants religieux, instants intimes. Parfois les chansons se

branchent sur des vibrations plus touchantes, comme cette institutrice afghane arrivée en France, qui chantait régulièrement lorsqu’elle était encore dans son pays, avant que les Talibans n’interdisent aux femmes de chanter.

L’image

Deux écrans mobiles accueillent des images, manipulés par des comédiens qui vont jouer avec les ombres. ‘’Une actrice chante face au public’’, explique Joachim Latarjet. ‘‘En bougeant l’écran nous verrons qu’elle est en fait doublée par une autre actrice, laquelle fait aussi semblant. Elle est doublée en réalité par la voix de la première actrice, ou bien par la voix d’une des personnes que nous

Les vidéos sont tournées par le réalisateur Alexandre Gavras. Les gens interviewés à Mulhouse, Besançon et St-Médart-en-Jalles sont enregistrés, mais non filmés. Ce que le réalisateur filmera, c’est leur lieu de vie, leur maison, leur quartier et les objets qu’ils utilisent dans leur vie quotidienne. Car ce sont ces objets, ces situations et ces lieux du quotidien qui sont constitutifs d’une personne. La part de l’intime, là encore. - Marc Vincent -

My Way, Nouveau Théâtre de Besançon, du 20 au 23 avril, par la compagnie Oh ! Oui... www.nouveau-theatre.com.fr


Foire Comtoise de Micropolis - Besançon

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La Foire Comtoise de Micropolis Avec 450 exposants, 140 000 visiteurs et 110 000 m² d'exposition, la Foire Comtoise est l’événement phare en matière de salon à Besançon. Cette année c’est la Russie, et plus précisément la région de l’Altaï, qui sera accueillie à Micropolis, l’occasion d’en apprendre plus sur les traditions de cette région du monde, qui se distingue par ses impressionnants paysages montagneux de Sibérie. Micropolis vous convie à un petit voyage à 6200 km de Besançon…

Nombreuses ressources naturelles

L'Altaï est avant tout un lieu sauvage. Collectivité régionale de la Fédération de la Russie, elle appartient au District fédéral de la Sibérie. Fondée en 1937, la région de l’Altaï est située au centre de la Russie, pour une superficie totale de 168.000 km2. Elle s’étend du nord au sud sur 500 km et d’est en ouest sur 560 km. Surnommé ‘’Perle de l’Asie’’ par Nikolaï Rérikh, peintre, poète et philosophe russe, son nom signifie ‘’en or‘’. L’appellation n’est pas usurpée car l’Altaï possède en effet des soussols riches en minerais. La Russie qui avait besoin de cuivre lors de la guerre du Nord avec la Suède (début du XVIIIe siècle) a envoyé des serfs pour y construire des fonderies. De nombreuses légendes courent au sujet de l’Altaï qui possède également un patrimoine exceptionnel, identifiée par de nombreux scientifiques comme le berceau de l’humanité. On y a en effet retrouvé les objets les plus anciens d’Asie du nord à l’occasion de fouilles, des vestiges vieux de 42 000 ans.

L’ob qui est l’un des plus grands fleuves du monde prend sa source en Altaï et s’étend sur 493 km. On y trouve également de très nombreux lacs (plus de 11 000). Une caractéristique qui là encore confère à la région des propriétés enchanteresses. On raconte également que ces lacs ont des propriétés thérapeutiques.

De nombreuses légendes courent au sujet de l’Altaï qui possède également un patrimoine exceptionnel, identifiée par de nombreux scientifiques comme le berceau de l’humanité.

Le mystère des forêts alignées... De l’avion on peut admirer des lignes de forêts de pin parfaitement régulières, comme si elles avaient été tracées par un géant... Depuis l’espace, le phénomène est encore plus évident...

Population et économie

Aujourd’hui on dénombre environ 2 500 000 habitants, avec 12 grandes villes dont 3 ont plus de 150 000 habitants et 9, plus de 10 000. La région de l’Altaï bénéficie d’une position géographique favorable permettant les échanges commerciaux. L’agriculture est rendue possible par une nature riche et variée. Première région agricole et céréalière de Russie, l’Altaï dispose d’un très important cheptel d’animaux. L’industrie est principalement centrée sur les machines agricoles, mais aussi la chimie, la construction immobilière et l’industrie forestière et fossile (les soussols regorgent de minerais). La Foire Comtoise sera l’occasion de connaître certains produits phares de l’Altaï tels que le fromage (la région est le berceau de l’industrie fromagère russe), le miel moulé

à la main, la farine ou encore l’argousier appelé aussi ‘‘ananas de Sibérie’’.

ainsi qu’une fête foraine et la zone BTP. Histoire de satisfaire les goûts de toute la famille.

Artisanat

- Gilles Bloin -

La Foire nous fera découvrir également la très ancienne tradition d’artisanat de l’Altaï, en particulier les orfèvres tailleurs. On trouve également objets en bois, osier, paille, perles de verre, céramique, dentelles, patchwork entre autres.

Tourisme

Du fait de son climat modéré, avec des étés chauds et des hivers froids, l’Altaï est une région tout indiquée pour le tourisme. Ses fleuves, ses rivières, ses lacs, ses grandes forêts, ses montagnes bleues notamment sont des atouts pour les visiteurs. Sa faune et sa flore sont également particulièrement développées.

Les stands de la Foire Comtoise

Comme à son habitude, la Foire Comtoise accueillera également différents espaces : Habitat, Ameublement, Gastronomie, Auto Moto Nautisme, Aménagements des extérieurs, Artisanat du Monde, Village agricole,

Un exemple de lieu touristique porteur : Bélokourikha Bélokourikha est une station thermale et de ski alpin qui s’est fait une spécialité des boues curatives. Très ensoleillée, boisée et fournie en établissement hôteliers divers, la ville a su acquérir également une stature internationale et accueille régulièrement congrès et symposiums. Un autre projet d’investissement autour des montagnes d’Altaï a été mis en place. Il vise notamment à valoriser le patrimoine architectural et archéologique. Le potentiel en matière de sport, de tourisme montagnard et balnéaire est là aussi significatif. La région de l’Altaï est détinitivement tournée vers l’avenir.


Ouvrez les yeux

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Biennale d’art singulier à Dijon Itinéraires Singuliers et le Centre Hospitalier de La Chartreuse organisent une exposition d’art singulier, œuvres produites dans deux hôpitaux psychiatriques européens à Florence ainsi qu’à Dijon. Une exposition d’un type particulier, ‘‘singulier’’ s’il en est, qui met en évidence les relations pouvant exister entre le milieu psychiatrique et l’art.

Les conférences

‘‘Vous trouverez dans les différentes oeuvres présentées un « dire autre », un « autrement dit » qu’il nous est donné de redécouvrir, de revisiter mais aussi une souffrance qu’il nous est donné d’entendre au travers des formes, des couleurs, des silences dissimulés derrière telle ou telle OEuvre, telle ou telle trace, telle ou telle esquisse’’. Alain Vasseur, Directeur de la Biennale

A La Nef de Dijon, plusieurs conférences se sont déroulées le 26 mars sur l’art brut. L’occasion de s’interroger sur cet art si ‘’singulier’ et mesurer les implications sociales, psychologiques, historiques et artistiques d’une telle pratique qui gagne les musées et les galeries d’art depuis quelques décennies déjà. Le 2 avril une seconde journée d’études au Pôle AAFE de l’Université de Bourgogne fera état des relations entre art et thérapie, soin et culture.

Les expositions

Deux collections seront présentées lors de cette biennale. D’abord Intim’errance, exposition itinérante d’art singulier se composant d’œuvres issues de divers ateliers d’expression du Centre Hospitalier de la Chartreuse à Dijon. La seconde collection s’intitule La Tinaïa, et nous emmène en Italie, issue d’un centre d’activités expressives. Situé à l’Hôpital Psychiatrique Salvi San de Florence depuis 1965, l’atelier accueille des projets artistiques menés par des patients souffrant de troubles psychiques. De cet atelier sont issues nombre d’œuvres qui font aujourd’hui partie de grands musées : Irish Museum of Modern Art à Dublin, MAD Musée à Liège, etc. Le style de ces collections est à l’image de l’art singulier : multiple, hors des courants car c’est justement le propre de l’art singulier de ne se référer à aucun mouvement en particulier, ses artistes travaillant souvent de manière spontanée, sans connaître les bases de l’art.

Plusieurs animations et spectacles sont proposés durant la biennale : lectures musicales, théâtre, musique et autres performances. Les œuvres des collections Intim’errance et La Tinaïa inspireront notamment les artistes, à l’image de la compagnie Ca vient de se

Art singulier, Biennale, Rencontres, ateliers, visites, du 23 mars au 11 avril 2010, Dijon www.itinerairessinguliers.com

L’art singulier

© Yvette Lallemand

Les animations

- Paul Sobrin -

poser qui commentent les toiles d’Itinéraires singuliers sur des tons divers, ou la compagnie Les Alentours rêveurs proposant une performance danse et musique autour d’œuvres exposées au Cellier de Clairvaux. Des visites commentées ainsi que des ateliers

Nouvelles expositions au Pavillon des Sciences Séismes… tsunamis… vivre avec le risque

Sans oublier l’émotion suscitée par ces catastrophes, l’exposition explore à travers une série de maquettes et d’expériences les mécanismes géologiques qui leur donnent naissance. Pour être en immersion totale, venez trembler sur une plateforme vibrante qui simule quelques grands séismes de différentes magnitudes. Le but : prendre conscience des risques et trouver des comportements adaptés devant des phénomènes d’une telle ampleur.

A partir de 7 ans Du 3 mai au 5 septembre 2010 Renseignements et réservation au 03 81 91 46 83

Jeux sur Je

Un espace d’exposition transformé en salles de jeux, des visiteurs métamorphosés en joueurs… Telle est la proposition insolite de l’exposition « Jeux sur Je » que le Pavillon des Sciences présente. Chacune des quinze tables que compte l’exposition est consacrée à un jeu de société choisi, non pour ses qualités esthétiques ou historiques, mais pour les atouts et compétences qu’il sollicite. Car le sujet de l’exposition n’est pas le jeu

Venez trembler sur une plateforme vibrante qui simule quelques grands séismes de différentes magnitudes. mais le joueur : ses capacités à créer, à innover, à mettre en place une stratégie, à gérer une crise, à coopérer avec les autres pour arriver au terme de la partie.

A partir de 7 ans Du 3 mai au 5 septembre 2010 Renseignements et réservation au 03 81 91 46 83 Le Pavillon des sciences Parc du Près-la-Rose 25200 MONTBELIARD www.pavillon-sciences.com

sont menés par les artistes invités. Itinéraire permettra donc au public de prendre, lui aussi, la parole et le pinceau.

L’art singulier se veut d’abord distant des circuits officiels et trouve souvent son origine dans des situations de vie difficiles : handicap, maladie, marginalité… De fait il est souvent une réaction immédiate et spontanée à ces situations. Il peut être considéré comme une catharsis, un échappatoire. Il faut aussi parler ici de l’art brut, terme inventé par le peintre Jean Dubuffet en 1945 pour désigner les artistes autodidactes. Le peintre réunira une collection d’œuvres créées par des malades internés dans des asiles psychiatriques. En 1960, l’architecte Alain Bourbonnais met au point une seconde collection d’artistes en marge qu’il nomme art hors les normes puis art singulier.


Chroniques CD

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En concert au Noumatrouff de Mulhouse le 29 avril à 20h POP

CHANSON

Micky Green Honky Tonk (Polydor)

Les Berthes Chroniques amères (Trollsprod)

Deux ans et demi après White T-Shirt, l’australienne revient avec Honky Tonk. On notera les arrangements recherchés et originaux, délaissant souvent les chemins parfois un peu trop balisés de la pop. L’esprit navigue bien sûr toujours dans cette pop légère. Le décalage et les mélodies sont bien présents, mais le travail sur les arrangements vocaux (Aim No) fonctionne bien et malgré la simplicité apparente des morceaux assez courts la plupart du temps, Honky Tonk est plus élaboré qu’il n’en a l’air. La pop minimaliste du premier album en 2007 est toujours là (et c’est tant mieux) mais l’album ne se départit jamais d’un côté bricolé qui fait plaisir à entendre, des morceaux au joli groove chaloupé (Whatever, My Mind), des titres pétris de la nonchalance de ce beau brin de fille qui met pourtant en avant ici une évolution et une prise de confiance. Des couleurs finalement très white soul, claviers vintage et basses langoureuses et batteries sensuelles (Micky Green en joue depuis l’âge de 11 ans). De quoi rythmer vos journées... et vos nuits.

Les Berthes reviennent nous conter quelques Chroniques amères, titre faussement pessimiste car même si le groupe originaire de Besançon pose un regard critique sur ses contemporains, sa musique nous donne quand même des fourmis dans les jambes. Comme depuis leurs tous débuts, les Berthes privilégient les couleurs acoustiques. La guitare folk ou manouche se taille la part du lion sur des rythmes souvent enjoués et le groupe nous parle de nos problèmes de tous les jours, conversations du quotidien qui sont souvent les plus profondes, mine de rien, à l’occasion de ces grands débats dans les cafés autour d’une bière. Les Berthes rendent un bel hommage à la chanson française dans tout ce qu’elle a de multiple et métissé, comme cet intermède musette dans Jean-Pierre. L’accordéon est souvent de la partie, cheminant avec la guitare acoustique et les cuivres, musclés eux aussi. D’autres couleurs musicales également, ensoleillées et latines sur Adonis, plus jazzy sur l’alcoolisé Bois sans soif, des moments plus rock avec Jean-Marcel.

- Dominique Demangeot -

- Manu Gilles -

Depuis ses premiers balbutiements, Diversions a toujours tenté de redonner une place à l’écrit dans les endroits les plus divers, de la boulangerie à la salle de théâtre, de la galerie d’art au hall de supermarché (et oui). C’est dans le même esprit que nous avons décidé d’instaurer une nouvelle rubrique où des auteurs pourront afuter leurs plumes sur nos pages. Place à l’art exigeant de la nouvelle, à suivre au fil des numéros. Nous inaugurons cette rubrique avec un jeune auteur de Vesoul que la mort récente de J.D. Salinger a inspiré. Voici la première partie de cette nouvelle dont la conclusion est à suivre dans notre numéro de mai. Baptiste rend hommage au héros de L’Attrappe-coeurs (1951), Holden Caulfield, à son langage si particulier et sa gouaille qui ont réjoui des milliers de lecteurs.

Nom de Dieu, Holden

par Baptiste Balezeau

Je ne sais plus vraiment quelle heure il

était. D’ailleurs à ce moment-là, je ne savais pas très bien non plus. Enfin disons qu’il devait être entre deux et quatre heures du matin et que tout ne me paraissait pas plus anormal que d’habitude. Je veux dire par là que je n’avais pas eu l’ombre d’un pressentiment -ou quoi que ce soit dans ce genre- avant qu’il ne m’arrive ce truc assez fou. Tout allait bien, trop bien peut-être alors j’avoue qu’une fois devant la porte de ma chambre j’ai eu un peu de mal à retrouver la bonne clé sur ce foutu trousseau et encore plus de mal à trouver le bon alignement entre la clé et la… enfin bref, je me suis vite rendu compte que je me cassais la tête pour pas grand chose au final. Parce que voilà, avant même que je ne touche au verrou, la porte s’était entrouverte. Forcément moi je suis resté un peu sur le cul mais ensuite je l’ai faite claquer cette maudite porte, comme ça, d’un coup sec. J’avais pas peur ni rien, j’ai juste fermé les yeux et compté jusqu’à dix en me disant que si elle s’ouvrait de nouveau c’est que je devais avoir des pouvoirs magiques ou des liens de parenté avec David Copperfield. Evidemment ça n’a pas marché la première fois, ce sont des trucs qui

arrivent alors j’ai tenté de nouveau en comptant jusqu’à quinze ou vingt, comme ça, pour changer. J’avais déjà fait ça une fois au théâtre, c’était avec une fille, Camille ou Zoé qu’elle s’appelait. Et comme elle était plutôt jolie, moi je m’étais mis à fermer les yeux en comptant jusqu’à dix en me répétant «Prends moi la main, prends moi la main, prends moi la main…» entre chaque chiffre. Ça n’avait pas marché, en plus je crois que j’avais les mains un peu moites et qu’elle aurait pas trouvé ça très classe la gamine. Enfin voilà je repensais à ça, je dois dire que ça me déconcentrait un peu et que je m’éloignais de mon sujet alors j’ai dû recommencer à compter au moins deux ou trois fois. Je me suis senti un peu con, les yeux fermés, planté sur le palier à attendre un truc aussi improbable. C’est à ce moment-là et précisément à ce moment-là que la porte s’est de nouveau entrouverte. Alors moi j’ai dit «Et bien, madame Laporte veut me faire douter de mes superpouvoirs ?». La porte ne m’a pas répondu. Quand je l’ai aidée à s’ouvrir entièrement, j’ai entendu une voix. Pas une voix de mort-vivant ou de mec à faire partie d’une secte ni rien, pas même une voix de cambrioleur que c’était. En fait c’était juste la voix d’un mec qui devait être à peu près

Fictions Si vous souhaitez vous aussi être publiés dans nos pages, vous pouvez nous envoyer vos manuscrits à l’adresse suivante : magazine.diversions@yahoo.fr

normal, enfin pas un déglingué, juste un type normal qui baragouinait dans un putain d’argot. J’ai vite compris que cette voix venait du gars qui était posé là, dans ma chambre, face à moi. Il devait avoir mon âge et portait sur la tête une de ces casquettes de chasse. Je ne saurais plus très bien la décrire mais elle était sacrément moche, ça je m’en souviens bien. Le plus étrange c’est que j’étais même pas étonné de le voir là. Je voulais juste savoir qui il était alors j’ai commencé l’interrogatoire sans même lui dire « Bonjour », juste parce que je pensais que ça allait lui foutre les choquottes au type et qu’il allait se tailler fissa : «T’es qui ? Tu viens d’où ? Comment t’as atterri ici ? - A ton avis ? En taxi. Comment tu veux que je sois arrivé ici ?» Je voyais bien qu’il était pas tout à fait dans son assiette, peut-être même pas dans son état normal. Je vous jure, on aurait dit un type en pleine cavale. Je lui ai proposé de se mettre à table pour en discuter plus calmement mais sa tête ne me disait vraiment rien qui vaille alors j’ai repris l’interrogatoire. J’avais l’impression d’être un de ces putains de flics de séries télé mais en moins beauf, en vraiment moins beauf. Je lui ai dit en articulant chaque syllabe comme si j’avais à faire à

un sourdingue «On se connait ? T’es paumé ? Comment t’es rentré ici ?». Et là le gars y commence par me dire qu’il sait ce que je vais lui poser comme questions et qu’il a pas envie de raconter des trucs du genre «où il est né», «ce que faisaient ses parents avant de l’avoir» ou « à quoi ressemblait sa saloperie d’enfance » et cætera, et cætera, et cætera... Moi ça me saoulait ses conneries alors avant de le laisser commencer son histoire, je voulais mettre deux trois trucs au clair. Je lui ai demandé si c’était pas un de ces enfoirés de tueurs en série. Il m’a dit que non. Moi je l’ai cru, il avait pas la gueule de l’emploi après tout. Ensuite comme j’avais l’impression qu’il me baratinait un peu et qu’il avait l’air d’un pédé qui ressemble pas à un pédé mais qui serait quand même un peu pédé, je lui ai demandé si c’en était un, tout simplement -en lui expliquant que moi ces trucslà c’était pas tellement mon dada et que s’il était là pour me séduire ça marcherait pas. Je voulais juste mettre les choses au clair, je voulais pas y passer la nuit c‘est tout.

La suite au prochain numéro... © Baptiste Balezeau - 2010 - Toute reproduction, même partielle, interdite sans l’accord explicite de l’auteur


Diversions BFC avril 2010  

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