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mensuel gratuit

#22 mars 2010

culture - sorties - société - tendances

Ce mois-ci il y aura de la culture transfrontalière une semaine de la chanson les Weepers Circus au MAMCS un label strasbourgeois, The Botany Talk Home des mémoires vives (deux fois, et pas les mêmes) des giboulées, des bretelles Strindberg trois fois, des petites pauses poétiques des empreintes, une folle (soit-disant) un décor à l’envers


diversions-magazine.com

cultures sorties société tendances

#22

mars 2010

CHOSES VUES 4

Biennale Rhin-Rhône / Besançon

REPÉRAGES 5

Les Weepers Circus au MAMCS Festival Trans(e) à La Filature

MUSIQUES 7

Semaine de la Chanson

Platée à l’Opéra National du Rhin Interview du label Herzfeld Les Frères Belmondo Mémoires Vives, folklores croisés The Botany Talk Home

Petites pauses poétiques, etc. Le Printemps des Bretelles La trilogie Strindberg au TNS Le mois de l’Empreinte à la Comédie de l’Est

THÉÂTRES 10

ÉVÉNEMENT 13

Les Giboulées de la Marionnette La version Claus

DANSES 14

Genre oblique Samudaripen

OUVREZ LES YEUX 15

Exposition Le décor à l’envers dans le cadre du festival Trans(e)

Modes & Tissus

CHRONIQUES 15

L’image du mois Ces femmes qui courent avec les loups (acte 2) Galerie Stimultania, du 15 janvier au 21 mars 2010, Strasbourg www.stimultania.org Après les inconnus, place aux stars. Un seul modèle et pléthore de visages tous aussi connus les uns que les autres. Marylin Monroe, Greta Garbo, Audrey Hepburn ou encore Brigitte Bardot, toutes affichent les mêmes traits, ceux d’une femme turque qui n’est autre que la photographe elle-même. Sebla Selin Ok, avec Being Star, se prend elle-même comme modèle, adoptant les traits d’icones du cinéma. Elle met en évidence par la même occasion ce fossé entre la célébrité mondiale et la situation de la femme turque. Un amalgame qui rend une impression étrange d’irréalité, fusion de deux cultures, deux conceptions de l’existence, entre l’adulation et l’anonymat.

A l’occasion de la Saison de la Turquie en France, la galerie Stimultania à Strasbourg nous fait rencontrer quatre artistes turques contemporains évoluant chacun dans un environnement esthétique particulier. Quatre artistes qui réinventent le regard sur la société turque en général, et la femme en particulier. Le titre est à la fois énigmatique et évocateur. Ces femmes qui courent avec les loups (acte 2), se veut un hommage à la femme et une histoire de la féminité, entre tradition et modernité. Orhan Cem Çetin photographie les habitants de Galata, mais surtout s’invite dans leur intimité, instaurant une proximité avec ses modèles. Belmin Söylemez a suivi le photographe avec sa caméra. Ce dernier, comme un magicien, se propose de réaliser les souhaits des personnes qu’il prend en photo.

Diversions Journal d’information culturelle gratuit 12, rue des Vieilles Perrières 25000 Besançon 03 81 57 58 92 - 06 34 12 01 91 www.diversions-magazine.com diversions@orange.fr Editeur : SARL Diversions RCS : 508 184 934

Directeur de la publication : Boban Stanojevic 03 81 57 58 92 - 06 34 12 01 91 diversions@orange.fr Rédacteur en chef : Dominique Demangeot magazine.diversions@yahoo.fr Rédaction : Gilles Bloin, Frédéric Dassonville, Dominique Demangeot, Manu Gilles Amandine Mannier, Hector Mann, Sébastien Marais, Paul Sobrin, Marc Vincent Comité de relecture : Dominique Demangeot, Caroline Vo Minh

Dans sa vidéo filmée de manière brute, I Can Sing, Ferhat Özgür met en contraste, sur l’Hallelujah de Jeff Buckley, le monde occidental et l’orient avec ses mosquées. Une femme voilée interprète la chanson. L’œuvre ainsi composée donne lieu à une lamentation expressive particulièrement troublante en ce temps de débats sur la fameuse identité nationale et sur le voile. Melisa Önel nous propose enfin un périple, le bien nommé The Travel, qui nous parle là encore d’intimité. Scènes nocturnes, flous, écrans pixellisés, teintes bleutées. Le regard de la photographe nous parle autrement de la société turque, sans les poncifs du genre et autres ‘’turqueries’’ habituelles. Avec le soutien de CulturesFrance, de la Région Alsace et de la Direction Régionale des Affaires Culturelles. En partenariat avec l’ASTTU, Association de Solidarité avec les Travailleurs Turcs à Strasbourg.

Régie publicitaire : Boban Stanojevic - 03 81 57 58 92 - 06 34 12 01 91 diversions@orange.fr Dépôt légal : mars 2010 © Diversions 2009 Imprimé en Espagne ISSN : en cours valeur : 1,15 euros offert Diversions est diffusé gratuitement sur l’Alsace, la Bourgogne et la Franche-Comté Prochaine parution : 25 mars 2010


Cahier Biennale de la Métropole Rhin-Rhône n°3 - mars 2010 - Besançon, Inventer la société

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La Biennale Rhin-Rhône à Besançon Fourier inaugure la Biennale

En ce jour neigeux de 28 janvier 2010, Besançon ouvre le bal de la première Biennale de la Métropole Rhin-Rhône. Expositions tous azimuts, ateliers et Nuit de l’Utopie sont à l’ordre du jour. Hommage à Fourier tout d’abord, le philosophe de l’utopie né à Besançon, dont la pensée féconde s’est stratifiée en de multiples formes scientifiques, sociales et artistiques. Le meilleur moyen de s’en rendre compte est de pénétrer l’exposition qui se tient au Musée des Beaux-Arts de Besançon sur deux étages. Méticuleusement documentée, elle nous donne à voir les travaux de Fourier, ouvrages d’époque, manuscrits, traités, peintures diverses, histoire de se replacer dans le contexte de ce dix-neuvième siècle fécond en idées et en idéaux. Nous accueillent pêle-mêle les disciples de Fourier, les phalanstères, les fameuses passions, et cette prédilection quasi obsessionnelle du philosophe pour les systèmes en général, et pour l’Harmonie avec un grand H en particulier. Les artistes ont eux aussi emboité le pas de Charles Fourier, tissant à partir de ses théories d’étonnantes sculptures bigarrées, maquettes futuristes, improbables projections de l’esprit. Car l’architecture elle-même s’est vue parcourue d’un frisson utopiste, toute comme ces dessins qu’on croirait nés de main d’enfants, intrépidement colorés, gentiment naïfs. Une partie de l’exposition est bien sûr dédiée au surréalisme qui s’est beaucoup inspiré des recherches de Fourier. L’exposition nous rappelle que ce dernier avait aussi la tête dans les étoiles. C’est ce que semble nous dire cette curieuse machine à aspirer les hommes vers les astres, spécialement créée pour la Biennale. L’art s’immisce dans le social, le reflète, le modèle parfois. Il s’expose dans la grande salle du premier étage, où des toiles contemporaines se sont glissées entre les vénérables peintures de la fin du XVe au début du XXe siècle. Quelques installations au sol. Lits alignés à l’invite suggestive : ‘’Prends-moi’’. Enseigne clinquante et clignotante. Le bar Séduction avance quant à lui des écrans de télévision où des hommes et des femmes vous lancent des œillades, vous draguent ouvertement. L’installation ne laisse pas les visiteurs indifférents. Ca crie, ça éclate de rire.

L’exposition nous rappelle que Fourier avait aussi la tête dans les étoiles. C’est ce que semble nous dire cette curieuse machine à aspirer les hommes vers les astres, spécialement créée pour la Biennale. La Nuit de l’Utopie

© Peter Cook On mesure l’influence de Fourier sur plusieurs générations, notamment dans les années 70 où les utopies fleurissaient à chaque coin de rue. Fourier a pressenti le féminisme, les grandes utopies sociales du XIXe siècle, volonté de s’affranchir du travail aliénant pour en faire un élément de développement personnel. Et puis l’utopie fouriériste, c’est aussi la fête, le divertissement envisagé comme une création permanente. L’obsession de Fourier pour les correspondances, les systèmes et les analogies s’appréhende aisément dans les œuvres de grande taille qui nous entourent, issues de monde alternatifs et emplis d’optimisme. Et peu importe que cette drôle de machine ne fasse que simuler l’envol au moyen d’un ventilateur vous fouettant doucement le visage. C’est la brise qui importe, cette douce caresse induite par nos utopies. www.musee-arts-besancon.org

prêtre, a fait imprimer une trentaine de phrases latines qu’il a détournées, retournant la langue avec ce qu’il faut d’irrespect. De cet idiome vestige du passé, il a tiré des expressions dont beaucoup contiennent des termes à forte connotation sexuelle. On attend avec impatience la réaction des passants puisque ces locutions seront placées dans les supports d’affichage public. Présence étrange et anachronique en plein centre-ville du latin disparu, archéologie langagière doublée d’une perverse hybridation. Certains mots piquent notre subconscient, réactivent des souvenirs, mots fantômes qui nous chatouillent. Le vénérable latin nous tire la langue. www.pavedanslamare.org www.jeromeconscience.com

Bona Mens

Il n’y aura finalement pas d’œuvre pérenne dans une rue de Besançon, comme c’était prévu au départ, mais les locutions latines de Jérôme Conscience s’affichent bien en ordre de bataille dans la galerie du Pavé dans la Mare. L’artiste, aidé notamment d’un ami

Note pour plus tard : proposer à l’Ecole Régionale des Beaux-Arts de renouveler l’opération. Des portes ouvertes nocturnes de ce type-là, on en voudrait plus souvent. L’ambiance est à la déambulation parmi les oeuvres, les projections, les gens. Si la division entre utopies scientifique, sociale, politique et esthétique ne nous saute pas aux yeux, on apprécie l’atmosphère détendue, les groupes se formant ici et là malgré le froid, tenu à bonne distance il est vrai par des verres de soupe chaude. On s’arrête un peu plus longuement au premier étage où une exposition retrace la lutte sociale à Besançon dans les années 70, le combat de l’usine Lip, mis en regard avec des travaux d’artistes contemporains. Comment accueillons-nous, en 2010, l’héritage laissé par ces années de lutte ? L’exposition centrale est celle montée par Philippe Terrier-Hermann, ‘‘Copacabana n’existe pas !’’, réflexion sur la notion de territoire, particulièrement pertinente dans le contexte de la Métropole Rhin-Rhône. L’arrivée prochaine de la LGV fera de villes comme Besançon et Mulhouse des proches banlieues. Il est peut-être temps de redéfinir la notion de territoire, à une époque où les transports et les modes de communication bouleversent nos habitudes et nos systèmes de représentation. www.erba.besancon.com

© Silbermann

- Dominique Demangeot -

Israël-Palestine : la paix comme utopie Parmi les utopies tous azimuth que nous proposent nos semblables, la paix est certainement l’une des plus souvent mises en avant. Peut-être aussi la plus mise à mal. L’utopie par excellence. Depuis 2004, la Ville de Besançon a établi des relations de coopération avec Aqabat Jabr en Cisjordanie. Deux artistes bisontins se sont rendus là-bas pour donner leur vision de la ville et des deux communautés palestiniennes et israéliennes qui y vivent. Aqabat Jabr est l’un des 58 camps de réfugiés palestiniens. La motivation principale de la coopération de Besançon avec la ville est l’amélioration de l’accès à l’eau, rendu difficile à cause du climat sec et de la situation de guerre. Besançon aide Aqabat Jabr à rénover le réseau d’eau et d’assainissement du camp. Il assiste aussi la population dans l’assimilation de petits gestes simples pour économiser l’eau si précieuse. Deux artistes racontent, chacun avec leurs armes, la vie dans le petit camp d’Aqabat Jabr. Michel d’Anastasio calligraphie et Lin Delpierre photographie ces vies palestiniennes et israéliennes. Le résultat de leur travail

Une des calligraphies de Michel d’Anastasio exposée Grande Rue à Besançon

a été tendu entre les maisons de la Grande Rue à Besançon, grands panneaux accro-

chés au-dessus de nos têtes qui nous interrogent, nous obligent à élever notre regard

au sens propre comme au sens figuré. Deux arts entremêlés comme le sont les destins des deux communautés juives et arabes. Michel d’Anastasio a travaillé sur l’alphabet hébreux et Lin Delpierre a quant à lui décrit avec acuité la vie dans le camp palestinien d’Aqabat Jabr. Michel d’Anastasio s’est ouvert à la calligraphie hébraïque pour rendre hommage à la branche maternelle de sa famille, juive séfarade chassée d’Espagne en 1492 avant de s’installer sur l’île de Gozo (archipel Maltais). En août 2004, s’il connaissait la lettre hébraïque carrée, il découvre lors d’un voyage en Israël la lettre cursive, qu’il estime plus libre. Il y voit l’opportunité d’y appliquer un traitement esthétique moderne, comme il l’avait déjà fait avec l’alphabet latin. Michel d’Anastasio travaille alors les lettres hébraïques, découvrant une culture en même temps qu’il appréhende l’alphabet hébreu. Une exposition aux cimaises atypiques qui fait se côtoyer deux histoires, deux trajectoires et deux souffrances, évitant l’unilatéralisme ou le partisanisme qui émaillent très souvent le conflit israélo-palestinien.


Repérages

Les Weepers Circus au MAMCS Les Weepers Circus donneront une date de leur nouvelle tournée dans un lieu pour le moins inattendu : le Musée d’Art Moderne et Contemporain de Strasbourg. Les circonstances s’y prêtent. Le groupe propose en effet, dans leur nouvel album, des illustrations de Tomi Ungerer. Rencontre avec Eric Kaija Guerrier, guitariste des Weepers Circus. Il nous en dit plus sur cette ‘‘récréation’’ qui devrait ravir autant les enfants, leurs parents que les amateurs de Tomi Ungerer. Comment a démarré cette idée de travailler avec l’illustrateur Tomi Ungerer ? Le livre disque Á la récré est un projet commandé par un éditeur spécialisé en livres pour enfants. Très vite on a proposé de travailler avec Tomi Ungerer d’abord parce qu’on connaît son travail depuis très longtemps. Comme Tomi Ungerer, le groupe est également d’origine alsacienne... Oui c’est une autre raison. Et puis le repertoire des Weepers Circus partage également des points communs avec le travail de Tomi Ungerer, les ambiances oniriques, ou humoristiques, proches des contes, parfois sombres également. Faire débuter cette nouvelle tournée au MAMCS, c’est un hommage à Tomi Ungerer l’illustrateur ? Oui c’est aussi une manière de remercier les Musées de la Ville de Strasbourg qui nous ont aidé à sélectionner les dessins qui illustrent Á la récré. Nous avons composé les morceaux, organisé la thématique des titres, et les Musées de Strasbourg, avec Tomi Ungerer, ont choisi les illustrations, en puisant dans le fonds de l’artiste.

Vous conviez de nombreux invités... Oui il y a Olivia Ruiz bien sûr, que l’on connait bien maintenant ! (Les Weepers Circus collaborent avec Olivia pour la sixième fois, NDLR). Mais il y a aussi des nouveaux comme Didier Lockwood, Emma Daumas et d’autres... Tous ces artistes nous bousculent dans nos habitudes ! Á la récré ne s’adresse pas qu’aux enfants ? Non les parents peuvent aussi y trouver leur compte. Un travail de mise en scène a été effectué, avec Denis Woelffel, de la compagnie alsacienne Sémaphore spécialisée auprès du jeune public. On a souhaité une dimension théâtrale, un décor. Ce sera techniquement assez léger, mais on veut quelque chose de narratif, sans forcément raconter une seule histoire tout au long du spectacle. Il y aura cependant un fil conducteur. - Propos recueillis par Dominique Demangeot -

Weepers Circus, concert autour du livre disque A la récré, Auditorium du Musée d’Art Moderne et Contemporain de Strasbourg, 28 mars, 14h30 et 16h30 (sur réservations) - www.musees-strasbourg.org www.weeperscircus.com - www.cie-semaphore.org

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Repérages

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Festival Trans(e) à La Filature de Mulhouse Troisième édition pour le festival Trans(e) qui propose du 5 au 13 mars 2010, de nouvelles rencontres artistiques et transfrontalières mêlant théâtre, musique, danse et arts plastiques. Entre France, Suisse et Allemagne, la création contemporaine est à l’honneur, mettant en valeur la position stratégique de Mulhouse au croisement de trois cultures.

5 mars à 19h30, Espace Tival

Höchste Eisenbahn Männer und ihr Hobby

(Les Seigneurs du rail – Des hommes et leurs hobbies) de Hans Fallada – Markus Joss

5 mars à 20h30 / 6 mars à 19h30 Dream Season, par Alexandra Bachzetsis

Entre danse, théâtre et performance, Alexandra Bachzetsis adapte des scènes d’anthologie du cinéma avec cinq danseurs-performers. L’univers des séries télévisées et les icônes modernes du corps sont également mis en scène pour une satire des canons du monde moderne et de la standardisation des médias. La chorégraphe nous rappelle d’ailleurs que le terme de ‘’soap opera’’ tire son origine dans de courts programmes créés pour remplir les espaces vacants entre les publicités, c’est dire…

mitable et propre à Garcia, irréductible metteur en scène qui bouscule les conventions théâtrales. Un DJ mixe en direct la musique.

10 mars 2010 à 19 h 30, 11 mars 2010 à 19h30 Geen Krimp, Gustav ! , d’après Gustav Mahler, par Ludivine Petit

© Stefan Meier

Trans(e) accueillera notamment deux créations, l’une du chorégraphe Heddy Maalem, Mais le diable marche à nos côtés, et Microfictions, version étonnante du roman de Régis Jauffret. Après Control Room l’année dernière, Cécile Babiole, artiste numérique associée à La Filature, revient avec une création sonore et lumineuse. La semaine s’achèvera par la traditionnelle nuit électro avec Danger et Ellen Allien (13 mars, 23h).

Le train est sur toutes les lèvres en ce moment, avec l’arrivée prochaine de la Ligne Grande Vitesse Rhin-Rhône sur le Grand est. Le rail tient une place importante dans l’imaginaire, avec notamment les fameux trains électriques de notre enfance. Deux hommes jouent avec un petit train électrique, prétexte d’une histoire mettant en scène un jeune garçon qui a perdu son chien en peluche lors d’un voyage en train.

Dream Season

9, 10, 11 mars à 19h et 21h / 12 mars à 20h30 / 13 mars à 17h30 Goya par Christophe Greilsammer

Le spectacle prendra la forme d’une déambulation dans la ville de Mulhouse, qui nous emmènera sur les terres du dramaturge argentin Rodrigo Garcia. Durant le périple, un père emmène ses fils et un philosophe au musée du Prado pour y admirer des œuvres de Goya. Les passagers apprécieront le style ini-

Ludivine Petit s’est basée sur des Lieder de Gustav Mahler. Cette dernière a souhaité faire ressortir la force dramatique de la musique de Mahler en créant un véritable opéra, recourant également au poète sonore à la voix élastique Jaap Blonk, personnage étonnant, sorte de Mr Bean sonore à l’attitude déroutante. - Paul Sobrin -

Trans(e), La Filature, Mulhouse, du 5 au 13 mars - www.lafilature.org => Voir aussi notre article sur l’exposition Le décor à l’envers p.15

A suivre cette année, 2 créations pour Trans(e)... mardi 9 mars à 20 h 30

Mais le diable marche à nos côtés,

par Heddy Maalem

L’Afrique tient une place importante dans le travail d’Heddy Maalem. Avec le compositeur et percussionniste Fritz Hauser, il fait saillir le rythme, élément déterminant de la culture africaine, un battement qu’il souhaite ériger en représentation de notre monde actuel. Pour Fritz Hauser, sa musique doit combiner ‘’les langues du passé avec les échos du futur’’ et se mêler aux souffles

et aux gestes des danseurs préalablement enregistrés, le musicien improvisant durant les répétitions. Faire naître la musique des mouvements. Et des mouvements, faire naitre une identité, à partir de l’opposition entre pulsions de vie et de mort, dans le grand ballet de l’existence qui oscille constamment entre ces deux forces. Et Heddy Maalem de faire sienne cette interrogation de Nurrudin Farah : ‘’Une beauté de nature différente bien sûr, peut-elle surgir des ruines d’un empire qui s’est effondré ?’’. Le chorégraphe

s’interroge également sur cette force qui pousse l’être humain à continuer malgré tout, reprenant ici les paroles du philosophe Bergson : ‘’ les vivants tournent sur euxmêmes, suspendus au grand souffle de la vie’’, comme une métaphore du danseur emporté par son élan. Durant la création du spectacle, Fritz Hauser et Heddy Maalem ont débattu de la fin du monde, et de la mondialisation qui pousse les plus pauvres hors des centres villes, en périphérie. Ils ont également traité ce ‘’besoin d’incarnation’’ dans un océan de

solitude, parmi cette masse humaine impersonnelle. Une incarnation qui peut justement s’opérer dans la danse naissant du rythme de notre monde. Un monde à réinventer. - Paul Sobrin -

Spectacle créé à l’issue d’une résidence à La Filature en février et mars 2010.

11, 12 et 13 mars à 19h 30 théâtre dînatoire (première) Microfictions, d’après Régis Jauffret, par Valéry Warnotte et Charlie Windelschmidt

© Sébastien Durand

Une troupe de professionnels et d’amateurs s’empare des Microfictions de Régis Jauffret, multitude de portraits qui mêlent littérature… et gastronomie. C’est en effet lors d’un repas que la compagnie Dérézo proposera le spectacle. Microfictions, ce sont 500 textes courts donnant à voir des tranches de vies, qui nous parlent de nos peurs, nos lâchetés, palette large, sans concession et (malheureusement ?) représentative de nos existences. Entretien avec Charlie Windelschmidt

Pourquoi avoir choisi le repas comme cadre du spectacle ? Pour nous c’est en accord avec la structure

de ce roman. Valery Warnotte et moi même sommes très attirés, en tant que metteurs en scènes, par cette charpente d’écriture. Régis Jauffret éclate en 500 petits amuses bouches pour acteurs une radiographie de notre époque. Ce repas, pensé en moments fixes et moments mobiles, permet de percevoir une épopée du 21ème siecle, à vivre autant qu’à penser. Le ludique est de la partie, l’humour acide prend sa forme dans les plats et aliments conçus aussi par les artistes du collectif Dérézo de Brest, notamment la plasticienne Céline Lyaudet.

que désuet. Réitérer la langue comme centrale, déjouer le «faire pour faire» et engager les corps et les consciences en sémionautes : traceurs de trajectoires entre les signes.

Des stages amateurs ont été effectués à La Filature... Nous avons abordé cette matière textuelle très complexe en s’attardant sur l’engagement, la posture, la responsabilité de l’acteur d’aujourd’hui. Casser les habitudes du ressenti, souvent empêtrées dans un psychologi-

Les ateliers commencent-ils toujours pas des phases de silence, de travail du corps ? Pas de règle pour nous. Nous écoutons l’énergie, l’attitude du groupe et agissons en conséquences. Certaines séances ont vu les deux premières heures consacrées à des échauffements, entraînements, exercices

Quel type de public y participe ? Ce fut à parité, tous âges confondus, des débutants et des plus aguerris... Etudiants, professeurs, infirmière, comédiens, retraités, chômeurs... un beau panel assez représentatif. Un groupe motivé et critique, avec lequel nous retravaillerions avec plaisir, malgré la difficulté du texte abordé cette saison.

Mais le diable marche à nos côtés d’acteurs. D’autres séances au contraire se sont engouffrées dans le texte, la théorie, la réflexion et le non dit du texte... sans exercices préparatoires. Une des complexités s’est tenue dans le monologue, le solo. Qui implique une présence au plateau (s’il faut encore parler de quantité) moins grande pour chaque acteur. Mais l’acteur qui travaille est pour moi, aussi, celui qui observe, écoute, regarde les autres acter. - Propos recueillis par Dominique Demangeot -

www.derezo.com / spectacle créé à l’issue d’une résidence à La Filature en mars 2010

© Patrick Fabre

La forme du spectacle sera particulière puisqu’il s’agira d’un théâtre dinatoire. Effectivement le mot «particulière» est un minimum pour cette forme qui convoque le public non seulement pour manger mais lui propose aussi de se constituer, seul ou en groupe, un voyage aléatoire entre des lieux scénographiés, des textes, des corps, des acteurs, des images, des goûts, des musiques... La Filature sera, dans ses espaces secrets comme officiels, le théâtre des opérations. Des lieux interdits habituellement au public, des espaces improbables, des architectures oubliées, des environnements théâtralisés pour l’occasion : intérieur comme extérieur. Nous travaillerons la sensation des sens.


Musiques

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Semaine de la chanson à la Filature de Mulhouse Alexis HK

La Semaine de la chanson reprend ses droits à La Filature du 20 au 28 mars prochains. Cette treizième édition proposera une fois encore des esthétiques musicales variées, de la scène française au rock, en passant par la folk. A noter une soirée spéciale le 25 mars consacrée au label strasbourgeois Herzfeld. La Semaine de la chanson, mosaïque d’artistes confirmés ou en devenir, de la région Alsace ou d’ailleurs.

Alexis Djoshkounian (Alexis HK c’est tout de même plus facile à prononcer) sort Belle Ville, premier album en 2002. Dans Les Affranchis en 2009, troisième album qui fait ouvertement référence au cinéma de Scorcese, il fait preuve d’un bel éclectisme, ‘’s’affranchit’’ quelque peu des ambiances d’accordéon de Belle Ville sorti en 2002, chante en duo avec Renan Luce et navigue entre scène française et ragga, rock et même chansons à boire... Alexis HK met en scène le combat de deux coqs politiques, convoque la folk, le rap, pour nous conter de petites histoires entre ombre et lumière.

samedi 20 mars 2010 à 21h Noumatrouff

Batlik

Très vite, Batlik prend conscience de la nécessité de mener sa barque artistique comme il l’entend. Indépendant, il l’est assurément lorsqu’il signe en 2004 A brûle pourpoint, sur le label éponyme. Rompu aux cafés concerts parisiens, il se distingue aux Francofolies et au Printemps de Bourges. Sur scène, il travaille avec un bassiste, clarinettiste et cornettiste. Son originalité est de proposer, sur des musiques entre folk et rock, un phrasé proche du rap, notamment à travers sa diction syncopée. Batlik emploie de vrais instruments où la guitare tient une bonne place, pour un jeu lui aussi très rythmique et percussif. Une combinaison qui devrait une fois encore faire des merveilles sur L’art des choix, son cinquième opus sorti en janvier 2010.

Emily Loizeau nous revient après un premier album édité sur le très intéressant label Fargo. La rousse nous parle du pays des oiseaux et de femmes à barbe dans des chansons oniriques et légères, ou plus sombres et dramatiques.

mardi 23 mars 2010 à 20h30 Salle modulable

YuLeS

On retrouvera les gagnants de la Soirée Concours Découverte à La Filature en 2009, qui assurent en ce début d’année des premières parties intéressantes avec notamment Diving With Andy et The Nits. Au programme, une folk traditionnelle qui s’électrifie parfois. Un nouvel album est en préparation pour ces musiciens originaires de Haute-Saône.

jeudi 25 mars 2010 à 19h30 Salle modulable

Soirée Herzfeld : Roméo & Sarah, Electric Electric, T, Herzfeld Orchestra Voir interview en page 8.

vendredi 26 mars 2010 à 20h30 Salle modulable

Soirée concours découvertes

Cinq groupes seront conviés pour présenter leur travail au public, sélectionnés partiellement par un comité d’écoute et de programmation composé d’étudiants de l’Université de Haute Alsace. Deux chansons de leur propre répertoire et une chanson de Jacques Dutronc seront interprétées. Le public élira le gagnant de la soirée qui succédera à YuLES.

samedi 27 mars 2010 à 20h30 Grande salle

Emily Loizeau

© Toine

Batlik

Emily Loizeau nous revient après un premier album édité sur le très intéressant label Fargo. La rousse nous parle du pays des oiseaux et de femmes à barbe dans des chansons oniriques et légères, ou plus sombres et dramatiques. Un début d’album aux titres de caractère, avec la chanson éponyme qui ouvre les festivités, et Fais battre ton tambour et ses

Emily Loizeau chœurs gospels, très live, avec toujours ce mélange de français et d’anglais. Des morceaux rythmés d’une force presque animale parfois, instinctive. Un Pays sauvage tellurique, les pieds fermement ancrés dans le sol, qui soulève de la poussière (Ma maison), les couleurs demeurant principalement acoustiques (le très beau Tell Me That You Don’t Cry aux couleurs irlandaises). Des univers parfois anachroniques (le choral The Princess And The Toad aux airs de vieille chanson de saloon brinquebalante), bluettes bucoliques au banjo (Sister) qui font qu’Emily délaisse quelque peu les ballades au piano qui avaient fait son succès lors du premier album. Elle nous emmène encore à l’autre bout du monde, du côtés des rives africaines dans son duo avec Daniel Waro (Dis-moi que toi tu ne pleures pas) et La dernière pluie, morceau dépouillé pour flûte et claquements de

mains. Un album certes moins abordable et direct que le premier opus paru en 2006, mais des morceaux qui s’apprivoisent, comme le décadent Coconut Madam et la Femme à Barbe, autant de morceaux où Emily Loizeau a l’occasion de réaffirmer son côté femme enfant, et de pousser un peu plus loin sa musique sans frontières. - Dossier préparé par Manu Gilles et Dominique Demangeot -

Semaine de la chanson, La Filature de Mulhouse, du 20 au 28 mars en partenariat avec le Créa de Kingersheim, le Noumatrouff et le Service Universitaire de l’Action Culturelle de l’U.H.A. www.lafilature.org

dimanche 28 mars 2010 à 18h30 Espace Tival

Coming Soon + invités

sont déjà fans, un single inédit est sorti en février sous le label April 77 Records, en version digitale et version vinyle. A noter que le groupe a croisé également le chemin d’Emily Loizeau qui les a invités sur scène au Printemps de Bourges, comme pour illustrer la montée d’une belle scène folk en France, avec Herman Düne, Cocoon et consorts.

Coming Soon

© Pierre Filliquet

Avec leurs chapeaux de cowboy, les musiciens de Coming Soon ont l’air très ‘’roots’ ‘. Leur musique l’est aussi : Ghost Train Tragedy leur dernier album sorti en septembre dernier, ne nous dit pas autre chose. Coming Soon a fait des rencontres décisives (Herman Düne, Dionysos, Olivia Ruiz, Indochine), enregistrant notamment un duo Private Tortures avec Etienne Daho. Le dernier opus, plus rock, vient confirmer toute la verve électrique du groupe que certains rapprochent des Stones et de Lou Reed. L’aspect pop de la formation est également très présent, tandis que des morceaux emplis de personnalité comme Don’t Sell Me To The French avec ses trompettes mariachis s’imposent vite à l’oreille. Pour ceux qui

Le dernier opus, plus rock, vient confirmer toute la verve électrique du groupe que certains rapprochent des Stones et de Lou Reed.


Musiques

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Platée à l’Opéra National du Rhin

Le comique et le merveilleux

Rameau mettait en place avec Platée un univers de conte de fée à la fois drôle et merveilleux. On peut même parler de burlesque au sujet de Platée qui annonce Jacques Offenbach, dans toute sa dimension comique, ses rebondissements et ses quiproquos. L’oeuvre fit d’ailleurs grand bruit lors de sa création en 1745, Rameau se moquant de l’opéra français traditionnel. Les ressorts de l’intrigue tournent autour d’une grande supercherie : faire croire à la batracienne Platée, reine des marais, que Jupiter dieu tout puissant est amoureux d’elle. Mais le comique le dispute aussi au merveilleux dans cet opéra où les transformations, la manipulation des éléments et autres miracles sont légions. La musique baroque composée par Rameau est propre à illustrer toute la truculence de l’intrigue. Une partition qui venait en opposition aux canons français de l’époque car l’on est moins ici dans le bel canto italien classique à la Verdi, que dans un discours chanté. Les genres se mélangent tandis que l’on suit les amours contrariées et désopilantes de Jupiter se jouant de Platée.

Mariame Clément revient à l’Opéra National du Rhin avec Platée Christophe Rousset des Talens Lyriques mènera la partition baroque, en grand spécialiste du répertoire du XVIIIe siècle. Une partition non conventionnelle dans laquelle Rameau n’a pas hésité à inclure dissonnances et autres ‘‘écarts musicaux’’ pour rendre une oeuvre à la démesure de son ambition comique. Airs à l’italienne délirants et fantasques côtoient des moments plus sombres et solennels à l’image d’Hymen, hymen l’amour t’appelle à la fin du second acte.

Mise en scène à la (dé)mesure de l’oeuvre

Le travail de Mariame Clément consistera notamment à mettre en valeur la différence d’échelle entre une insignifiante petite grenouille et les dieux, contraste qui compte justement pour beaucoup dans la dimension comique de l’opéra. La mise en scène amènera le spectateur sur ce chemin de

© Gerardo Garciacano

Comédie lyrique que Jean-Philippe Rameau qualifiait lui-même de ‘’ballet bouffon’’ à sa création, le 31 mars 1745 à Versailles, Platée qui nous conte les mésaventures de la reine des grenouilles, est donné ce mois-ci à l’Opéra National du Rhin. Cet opéra rarement monté bénéficiera de la mise en scène de Mariame Clément, qui s’est récemment illustrée à Strasbourg dans La Belle Hélène en 2006 et Werther en 2009.

l’absurde, en humanisant progressivement la batracienne Platée, comme pour l’entraîner dans la même supercherie dont est victime notre pauvre grenouille. A suivre aussi le traitement que Mariame Clément appliquera au personnage de la Folie, souhaitant lui apporter ‘‘un regard un peu plus impertinent, plus critique, qui désacralise un peu cette vieille dame indigne mais somme toute tellement respectable qu’est la Folie’’. Une autre manière d’envisager ce personnage symbolique d’une grande modernité, qui stoppe nette l’action au milieu du deuxième acte... A découvrir en mars sur scène. Platée est la seconde incursion de Mariame Clément dans le monde de l’opéra comique, après La Belle Hélène en 2006 toujours à Strasbourg. Un beau succès et une mise en scène saluée pour son décalage et l’humour très présents. Comme nous l’avons vu, le thème de Platée se prête particulièrement à un

‘‘Ce qui est drôle, c’est précisément d’assumer complètement le côté absurde de ces situations, en particulier dans le jeu sur les dimensions (et donc sur les points de vue)’’ Mariame Clément, metteur en scène traitement humoristique. Pour un metteur en scène, on trouve dans cette forme hybride entre opéra et ballet nombre d’éléments exploitables, le chœur croassant des grenouilles, le chant des coucous, l’exubérante Folie... Mariame Clément collaborera avec le chorégraphe Joshua Monten pour apporter aux ballets très présents également dans Platée, un traitement contemporain. Manière supplémentaire d’influer de la modernité dans une oeuvre qui n’en a pas manqué, au risque d’en choquer certains, lors de sa création en 1745. - Marc Vincent -

Platée, d’après Jean-Philippe Rameau, mise en scène : Mariame Clément, direction musicale : Christophe Rousset, chorégraphie : Joshua Montens Strasbourg, Opéra : 12, 16, 18, 20, 22 mars à 20h, 14 mars à 15h Mulhouse, La Sinne : 28 mars à 15h, 30 mars à 20h www.operanationaldurhin.eu

Le label Herzfeld La Semaine de la Chanson à La Filature de Mulhouse donne cette année carte blanche au label strasbourgeois Herzfeld. Nous avons rencontré Renaud, chanteur du groupe Buggy et membre du label, qui nous parle de la belle aventure Herzfeld depuis cinq ans. - Propos recueillis par Simon Grangereau -

Parlons un peu du label, d’où vient son nom et comment est-il né ? Le label est né il y a 5 ans tout juste. Plusieurs personnes réunies par les mêmes intérêts pour la musique ont fondé le label. Herzfeld est le nom d’un groupe que j’aimais bien. On l’a retenu pour son aspect germanique qui faisait rire nos amis parisiens, pas très bons en géographie !

© Pierre Filliquet

Herzfeld s’installe au mois de mars à La Filature de Mulhouse pour une résidence, peux-tu nous dire comment cela va se dérouler ? Deux membres de notre label, Eric Bentz (Electric Electric) et Boris Kohlmayer (Lauter) travaillent avec le Conservatoire de Mulhouse et présenteront à la Filature le 25 mars le résultat avec les étudiants. Une carte blanche le même jour à La Filature présentera trois concerts de trois groupes Herzfeld : Electric Electric, Thomas Joseph (connu auparavant sous le nom T), et Roméo & Sarah. Christine Ott, maître des ondes Martenot sera en guest sur le concert de Thomas Joseph si tout va bien. Il y aura aussi une rare apparition du Herzfeld Orchestra qui réunit tous les membres des groupes du label avec des chansons originales. Ces chansons ont d’ailleurs été enregistrées ce mois de février, et l’album sera offert aux spectateurs avec leur billet d’entrée. L’album est magnifique et résume l’esprit de notre label.

En tant que label indépendant, Herzfeld est une référence en France, comment expliques-tu cela ? Très heureux d’entendre ça : je ne sais pas si nous sommes une référence mais nous avons essayé de poser des bases de fonctionnement très précises dès le début, notamment esthétiques (au niveau du son, des visuels) afin d’avoir une image forte et reconnaissable. A une époque où les outils du web accentuaient l’individualisme des groupes, nous avons proposé à nos groupes de nous rassembler. Ainsi les plus connus et les plus actifs éclairaient les moins connus et les tiraient vers le haut. D’autres groupes comme Original Folks et Electric Electric se sont inscrits de façon naturelle dans cette démarche et ont permis au label de se renouveler.

Vos pochettes sont très sobres et les visuels énigmatiques. Pourquoi ce choix ? Ce choix esthétique était au départ une façon d’inscrire les groupes dans un lieu. La géographie est très importante. Souvent les labels sont associés à leur environnement (Manchester / Factory, Postcard / Glasgow, Sub Pop / Seattle, K / Olympia, Washington / Dischord…) et je voulais naïvement associer Strasbourg à Herzfeld. Ensuite, c’est vrai que c’est énigmatique et que ça ne prend sens qu’avec la série (toujours cette idée d’image forte du label). Les premières sorties pouvaient surprendre, maintenant je pense que c’est adopté. Comment fonctionne le Herzfeld Orchestra ? C’est un symbole, la façon dont on matérialise cet esprit de fraternité, cette envie de

jouer tous ensemble. Nous avons travaillé en petit comité pour les ciné-concerts à Belfort (ces 2 dernières années) et en grand comité (une vingtaine de personnes) pour certains concerts et récemment pour l’enregistrement d’un album : celui qui veut amène une chanson (qui constituera le répertoire original du Herzfeld Orchestra) arrangée par une ou plusieurs personnes. L’intérêt étant d’étendre les arrangements de façon à que chacun ait quelque chose à jouer. L’important est d’utiliser les points forts de chacun au service de la chanson. Tout cela se fait dans la bonne humeur, car c’est aussi une façon légère de faire de la musique. En groupe, il y a parfois une pression, dans le Herzfeld Orchestra, les gens ont la possibilité d’essayer des choses, de laisser un peu de côté son identité musicale, de s’appuyer facilement sur l’autre. Pour l’album, le répertoire est original… Exactement. 12 chansons originales. Après, les grands fans du label reconnaitront les auteurs de chaque chanson, mais j’espère que ça ne sera pas aussi simple, que le HO aura sa propre identité, forte. De nouveaux artistes prévus ? A Second Of June sortira un album sur Herzfeld cet été. Les imprévisibles Sun Plexus devraient enregistrer à l’automne, et puis nous discutons avec un groupe et un artiste (tous les deux de Strasbourg) que nous aimons beaucoup. Nous espérons que ça aboutisse, ça serait incroyable pour le label de sortir ces deux projets. A suivre le 25 mars dans le cadre de la Semaine de la Chanson à La Filature de Mulhouse (voir p.7) Retrouvez l’intégralité de cette interview sur www.sensationrock.com - www.hrzfld.com


Musiques

Belmondo Sextet

Mémoires vives, folklores croisés

Le Belmondo Sextet rend hommage aux grands maîtres du hard bop : John Coltrane, Miles Davis, Yusef Lateef et d’autres. Freddie Hubbard est l’un de ceux-là. C’est justement au trompettiste légendaire que les frères Belmondo rendent hommage à Pôle Sud. Ils seront accompagnés par le trombone de Glenn Ferris. Disparu en décembre 2008, référence en matière de trompette jazz, Freddie Hubbard aura marqué à tout jamais l’histoire de la trompette. Il a navigué du hard bop au free jazz, en passant par le free bop qu’il a contribué à créer au sein de VSOP aux côtés d’Herbie Hancock. Après avoir croisé de glorieux chemins (Stéphane Grappelli, Michel Legrand, Dee Dee Bridgewater), les frères Belmondo ont acquis une sérieuse réputation. Stéphane est habitué à côtoyer les répertoires et les hommages les plus divers (on se souvient encore de ce bel album solo consacré en 2004 à Stevie Wonder, où des morceaux du Soul Man étaient réadaptés dans un jazz acoustique de haute tenue). Mais la fratrie Belmondo s’est aussi frottée à la musique brésilienne, élargissant encore ses frontières musicales, et leur dernier

L’ensemble vocal féminin Plurielles mène un nouveau projet en commun avec le collectif l’Assoce Pikante. Mémoires vives nous fait redécouvrir les folklores d’Alsace et d’Auvergne, en les faisant côtoyer les traditions suédoises et bulgares. Un projet, créé l’été 2008 au festival Summerlied, qui met en avant le métissage des traditions pour une meilleure redécouverte de ces dernières.

album en date, Infinity Live l’année dernière, les place encore un peu plus haut dans l’estime de nombreux amateurs de jazz. Ils poursuivent aujourd’hui leur exploration du hard bop avec cet hommage à Freddie Hubbard. Après un bout de chemin avec Yusef Lateef, c’est aujourd’hui aux côtés de Glenn Ferris que Stéphane et Lionel Belmondo ont décidé de poursuivre leur route.

Le chef de choeur Gunnar Eriksson s’est joint au compositeur et musicien bulgare Dimitar Gougov, pour sélectionner diverses chansons populaires et leur redonner vie. Les 26 chanteuses et les 5 musiciens (accordéon, gadulka, instrument à cordes traditionnal bulgare, contrebasse et percussions), dirigées par Catherine Fender, mêlent leurs talents pour ‘’raviver’’ les traditions et les mémoires, histoire de faire découvrir ou redécouvrir des patrimoines qui devraient en outre s’enrichir les uns les autres. On retrouvera notamment Yves Béraud, que les amateurs d’accordéon connaissent bien sur l’Alsace. On pourra par exemple entendre, entre autres trésors des patrimoines, Dess Elsàss ùnser Landel et Schwàrzbrün Maidele (chansons populaires alsaciennes), Lou diziou bé

- Bertrand Demornieux -

Belmondo Sextet, Pôle Sud, Strasbourg 12 mars à 20h30 - www.pole-sud.fr

The Botany Talk Home

! (chanson populaire du Cantal), Zaspalo e tchlelebiitche (chant populaire bulgare) et bien d’autres. Un enregistrement de ces ‘‘Mémoires vives’’ a été réalisé en février 2009 aux Dominicains de Haute-Alsace de Guebwiller par Jean-François Felter (ADMSon). L’une des pistes de recherche de Catherine Fender est de construire des ponts entre musiques populaire et savante, ainsi que l’innovation dans l’art choral. Une innovation qui passe notamment par la confrontation de traditions différentes qui vont au final s’enrichir les unes les autres. Avec Divines, l’Ensemble Plurielles revisitait déjà en 2006 quelques grands compositeurs des XIXe et XXe siècles (Mendelssohn, Schumann, Poulenc) avec l’aide de la pianiste Vémène Rimlinger, perles méconnues de l’écriture chorale pour voix de femmes. Le chœur féminin démontrera une nouvelle fois le bienfait du métissage musical avec ces Mémoires Vives. - Marc Vincent -

Mémoires vives, par l’Ensemble Plurielles et des musiciens de l’Assoce Pikante, Les Tanzmatten, Sélestat, 14 mars à 17h – www.tanzmatten.fr

SONO LIGHT & SKILLSHOT présentent

Au Grillen de Colmar © Chris kolb

The Botany Talk Home ouvriront pour Jimmy LaValle et The Album Leaf le 17 mars au Noumatrouff de Mulhouse. Sous ce nom énigmatique se cache un groupe originaire de Mulhouse, créé fin 2005 par David Rayot, chanteur guitariste. Avant une chronique plus conséquente du premier album à paraître aux environs de fin avril, Traveling Through Cities And Landscapes, quelques mots pour présenter la formation mulhousienne. Enregistré par M. Nighthawk (alias Vincent Robert) du label strasbourgeois Herzfeld, cette galette devrait faire la part belle aux compositions entre pop planante et folk rock aérien, parfois plus musclé. Psychédélique The Botany Talk Home ? Probablement, dans la mesure où le groupe ne respecte pas tout à fait les formats habituels de la pop, prenant son temps pour installer des climats, alternant le calme et le plus énervé (Bregoulou, Color Me). David Rayot et ses compères avouent une prédilection pour la pop et le rock expérimentaux des années 90, avec une tendance noisy, de Sonic Youth à Radiohead, en passant par Sigur Rós. S’ils qualifient euxmêmes leur musique de noisy-ambient-pop, on constate en effet que les compositions du groupes sont construites de telle sorte que

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l’improvisation est encouragée, comme ce solo de saxo dans White Feather, batteries déliées et compositions empreintes d’une légéreté sombre qui rappelleJeff Buckley. Le groupe possède cependant déjà une identité bien définie qu’il devrait encore affiner dans les mois à venir. Lors de ses prestations, The Botany Talk Home s’attache à mettre en place une mise en scène visuelle élaborée. Le public alsacien a notamment pu apprécier ce travail au cours des soirées Concept Art que The Botany Talk Home a mis en place à la Chapelle Saint-Jean de Mulhouse. Ils y ont partagé notamment la scène avec Piers Faccini, Jil Is Lucky... Le groupe souhaite faire voyager son public. Alors embarquez pour un premier vol le 17 mars au Nouma... - Dominique Demangeot -

The Album Leaf + The Botany Talk Home, Noumatrouff, Mulhouse, 17 mars A suivre également en Alsace : 16 avril - Hôtel de l’Ange, Guebwiller 29 avril - Médiathèque, Soultz 30 avril - Le Poussin Vert, Colmar 5 juin - Concept Art - Chapelle St Jean - Mulhouse (Release party) 16 juillet - Point Bar avec Domino_e, le Markstein 17 juillet - L’Auberge du Cheval Blanc avec Domino_e, Brunstatt - www.myspace.com.thebotanytalkhome

14 mars 2010 - 20h

RAGE

+ JADED EARTH + SEVEN - 20H

Membres Hoplà et Hiéro : 16€ Réservation 18,75€ Caisse du soir 20€

www.myspace.com/sonolight www.myspace.com/skillshot68 Sam 27 mars ENTOMBED + WORN-OUT + VOICE OF RUIN - 21H

Membres Hoplà et Hiéro : 16€ Réservation 18,75€ Caisse du soir 20€

Lun 5 avril FLOTSAM AND JETSAM + Guests - 21H

Membres Hoplà et Hiéro : 10€ Réservation 13,90€ Caisse du soir 15€

Sam 24 avr ASHURA + AGON + CHECKMATE - 21H

Membres Hoplà et Hiéro : 5€ Réservation 7,90€ Caisse du soir 10€

Mer 28 avril PRO-PAIN + Guests TBC - 20H

Membres Hoplà et Hiéro : 10€ Réservation 13,90€ Caisse du soir 15€

Lun 10 mai WALTARI + Guests - 20H

Membres Hoplà et Hiéro : 10€ Réservation 13,90€ Caisse du soir 15€

preventes FNAC/TICKETNET/DIGITICK/RESERVIX.DE


Théâtres

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Les Giboulées de la Marionnette au TJP Grégoire Callies, directeur du TJP de Strasbourg, explique que Lully avait fait taire les marionnettistes en leur interdisant la musique et la parole... Depuis les choses ont bien changé, et l’art de la marionnette occupe à nouveau le devant de la scène. Les Giboulées de la Marionnette donneront une nouvelle fois un aperçu des diverses facettes de cet art dans plusieurs lieux de Strasbourg.

La Petite Odyssée 3, ainsi qu’une reprise de la trilogie complète de Grégoire Callies, seront notamment proposées, pour suivre les aventures de la petite Odyssée à travers les époques, dans ce récit d’initiation philosophique. Parmi tous les spectacles proposés, nous avons retenu une proposition d’un type un peu spécial, un ‘‘cabaret en apesanteur’’, créé spécialement par Alice Laloy (artiste associée actuellement au TJP) et de nombreux invités. Nous l’avons rencontrée afin d’en savoir un peu plus sur une initiative qui

© Anémone de Blicquy

Les Giboulées seront l’occasion d’apprécier l’art de la marionnette sous toutes ses formes: à fils, à gaine, traditionnelle ou atypique. Des marionnettes qui viennent de différents endroits du monde avec leurs traditions et leurs esthétiques. Qu’elle explore nos vies ordinaires ou s’abreuve aux grands mythes de l’humanité et aux contes de notre enfance, la marionnette sait aussi dialoguer avec les esthétiques contemporaines à l’image de la Compagnie Arnica qui part des objets de la vie quotidienne pour en faire des machines à rêver. Une nouvelle fois le TJP a opté pour un festival décentralisé qui se déroulera, parallèlement au Centre dramatique de Strasbourg, dans de nombreux lieux tels que le PréO à Oberhausbergen, le Théâtre de Hautepierre...

Qu’elle explore nos vies ordinaires ou s’abreuve aux grands mythes de l’humanité et aux contes de notre enfance, la marionnette sait aussi dialoguer avec les esthétiques contemporaines

clôturera de manière originale cette nouvelle édition des Giboulées de la Marionnette.

Entretien avec Alice Laloy Réunir sur une même scène de nombreux artistes ne doit pas être chose aisée. Depuis combien de temps travaillez-vous sur ce ‘‘Cabaret en apesanteur’’ ? Nous n’avons pas encore vraiment travaillé ensemble. Quelques réunions seulement, pendant lesquelles nous discutons de nos envies, désirs, disponibilités. Nous nous réunirons vraiment les quatre jours précédant le cabaret. Chacun aura avec lui sa propre petite forme, et ensemble, nous tisserons le fil du cabaret. J’ai proposé le projet en novembre à la plupart des personnes qui y participeront. La conception obéit à des contraintes de temps et d’espace. Est-ce vous qui avez

La version Claus

En mars, les TAPS vous suggèrent de faire une pause, une ‘’pause poétique’’ tirée du texte de Sylvain Levey, comédien et auteur au sens de la répartie bien affirmé, qui fait évoluer ses personnages dans des univers surréalistes.

© Kaen Broos

- Propos recueillis par Marc Vincent -

Les Giboulées de la Marionnette, du 19 au 27 mars, au TJP et dans divers lieux à Strasbourg Programmation complète : 03 88 35 70 10 www.theatre-jeune-public.com

en lumière. La pièce reflète également l’importance qu’à eu Claus sur la littérature de langue néerlandaise, critiquant la société flamande traditionnelle qu’il qualifia un jour de ‘’néandertalienne’’. A la pointe de l’avantgarde artistique d’après-guerre, Hugo Claus n’a jamais cessé de bousculer les conventions. Farouchement indépendant, il choisit lui-même le jour de sa mort, se sachant atteint de la maladie d’Alzheimer. Sur scène, Josse De Pauw s’adresse à un nain qui représente la critique qui a porté un regard acerbe sur Hugo Claus durant toute sa carrière. Ce dernier lui a bien rendu, ripostant dans ses nombreuses interviews par des traits d’humour et des sous-entendus assénés avec finesse. Une fois réarrangées, ces interviews rendent finalement un portrait fidèle de l’écrivain, sur la musique de Charlie Mingus. La version Claus, Le Maillon-Wacken, Hall 2, Strasbourg, du 18 au 20 mars – www.le-maillon.com

Si une dimension ludique et loufoque n’est pas absente de ces Petites pauses poétiques, Sylvain Levey, et à sa suite la Compagnie du Talon Rouge, nous invitent aussi à nous pencher sur le sens de notre monde actuel. En filigrane, ces petites pauses touchent en effet à des thématiques autrement plus graves. L’apparente loufoquerie de la pièce tente peut-être aussi de mettre en avant ces baillons qu’on essaie de nous mettre sur la conscience, les illusions politiques… Ici le rocher du zoo est artificiel, pour pointer du doigt, avec élégance, un monde un peu trop carton pâte au goût de l’auteur. Sylvain Levey nous parle également de vies à la dérive, comme son personnage d’Alice pour le moment qui déménageait au gré des travaux saisonniers de son père. La vie n’est pas toujours une sinecure... raison de plus pour faire une pause de temps à autres. - Marc Vincent -

TAPS Gare, du 9 au 13 mars à 20h30, dimanche 14 mars à 17h - www.strasbourg.eu

L’apparente loufoquerie de la pièce tente peut-être aussi de mettre en avant ces baillons qu’on essaie de nous mettre sur la conscience

© Raoul Gilibert

La pièce se nourrit du tempérament d’Hugo Claus, de ses fréquents arrangements avec la vérité et de son extravagance. Pour l’écrivain, le mensonge était un jeu, une vision décalée et ludique de la vie. ‘’La vérité s’use si on s’en sert’’, aimait-il à dire. ‘’Comme n’importe qui, je suis des centaines de gens. Je suis baroque. Baroque, ça veut dire : les volutes, les spirales, les ornements qui dérangent la ligne de base’’. Ce sont ces circonvolutions artistiques que La version Claus met

Y’a-t-il un fil rouge ? C’est le thème ‘‘L’apesanteur ou la pesanteur’’. Un thème et une humeur, plus qu’un fil narratif. J’aime l’idée de conserver du cabaret son côté collage, raboutage, empiètement, numéros... Nous travaillerons à ce que les différents moments se tissent ensemble, avec un fil qui sera peut-être plus poétique et musical que narratif.

Quelle sera la couleur musicale ? Comme tout le reste du cabaret : un brin décalée. Avec beaucoup de personnes qui jouent de la musique. Les autres feront du triangle (ou de la boîte à meuh !), de la boîte à musique, du klaxon, des coups de Sophie la girafe... Les références musicales sont multiples, comme dans un cabaret qui passe du coq à l’âne, mais en suivant son guide.

Petites pauses poétiques, etc.

Josse De Pauw rend hommage à Hugo Claus dans une pièce proposée pour la première fois en France au Maillon, sur un texte de Mark Schaevers, Portrait de groupe. Monologue théâtral qui nous fait entrer en contact avec celui qui est considéré par beaucoup comme le plus grand auteur de langue flamande. La première mondiale de La version Claus eut lieu deux semaines après qu’Hugo Claus se fût donné la mort, en 2008. Pour faire honneur à ce pilier de la littérature flamande, Josse De Pauw met en scène, dans un solo, un abécédaire qui retrace la vie et l’œuvre de Claus. ‘‘Il est l’écrivain que l’on m’a déconseillé’’, explique Josse De Pauw à propos d’Hugo Claus. ‘’Presque tout ce qui m’a réconcilié avec le monde m’a été explicitement déconseillé un jour ou l’autre’’. C’est l’anticonformisme de l’écrivain né à Bruges en 1929 qui a séduit le metteur en scène. Lorsque Mark Schaevers a mis au point un recueil de sélections de ses interviews, l’occasion était trop belle. Joss De Paw interprète donc Hugo Claus sur scène en lui emboitant le pas, chaussant les célèbres lunettes jaunes de l’écrivain.

établi, en tant que ‘’chef de revue’’, ces contraintes ? J’ai établi des contraintes de jeu, de thème, comme les règles d’un fonctionnement, avec des commandes faites à chacun. Des points de départ. L’envie première est vraiment de réunir des personnes qui se croisent toujours, sans jamais vraiment prendre le temps de se rencontrer, ne serait-ce qu’un peu. Et partager un temps de spectacle, des chansons, des poèmes, porter une parole commune...

‘‘L’humeur fellinienne’’ dont vous parlez devrait produire quelque chose oscillant entre le comique et le tragique, pesanteur et apesanteur... Oui. Un cadavre exquis, un collage de quinze univers juxtaposés les uns les autres pour raconter ensemble. L’humeur fellinienne, pour moi, ce sont aussi des personnages hauts en couleur, des vrais excès, des poètes, des fous, des drôles et des pas sérieux, des tragiques... mais vraiment... sans psychologie... Des corps, des vivants quoi !


Théâtres

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Le Printemps des Bretelles à l’Illiade Le Printemps des Bretelles pointe une fois encore le bout de son nez. L’occasion de se rendre compte que l’accordéon n’est pas l’instrument un peu désuet que l’on imagine parfois. En témoigne toute une nouvelle génération qui utilise les sons chaleureux de l’accordéon. Le festival démontrera que l’instrument aux touches de nacre se joue aujourd’hui sur toutes les gammes et tous les styles.

Des lettres de Chopin, des écrits de George Sand et d’autres auteurs, mais aussi les témoignages de Proust et Cyprian Norwid, qui se mêleront aux mazurkas du compositeur polonais. Pascal Contet, comme à son habitude, aura tout loisir de faire voyager son instrument entre musique contemporaine et improvisation.

20 mars 2010 à 20h30

Les voix harmonieuses du bandonéon et de l’accordéon de Jean-Michel Eschbach se mèlent avec passion aux phrasés de la clarinette, du saxophone ou de la flûte de Raymond Halbeisen, des guitares d’Eric Soum, de la contrebasse de Jérémy Lirola et des percussions de Guy Broglé.

Marcel Loeffler invite... André Minvielle, Mandino Reinhardt et Cesar Allan

Accordéoniste de jazz d’origine manouche, Marcel Loeffler est le local de l’édition puisqu’il est né à Haguenau en 1956. S’il a contribué à populariser la musique manouche, il s’est également donné comme objectif d’introduire dans l’accordéon des formes musicales plus contemporaines. C’est notamment son talent pour l’improvisation et l’adaptation qui lui permettent de mêler des esthétiques très diverses, du jazz manouche au be-bop, en passant par le tango.

21 mars 2010 à 17h

Théâtre Musical avec Marie-Christine Barrault et Pascal Contet

L’anagramme est presque parfait. Sand et danse. La chorégraphie et les mots. Le spectacle trouve son origine dans une première rencontre entre la comédienne et l’accordéoniste en 2008. Sand y côtoyait d’autres grandes plumes, pour des textes qui disaient d’abord le voyage et l’errance. Nous suivons ici les vies entremêlées de George Sand et Frédéric Chopin, leurs amours romantiques et tumultueuses. Les récits de Marie-Christine Barrault alternent avec les gammes de Pascal Contet.

22 mars 2010 à 20h30 Azango

23 mars 2010 à 20h30 Circus Klezmer

Dans la musique d’Europe de l’Est, l’accordéon tient une place privilégiée. La musique klezmer, tradition des juifs ashkénazes d’Europe centrale et de l’est, est un melting pot d’influences du Moyen-Orient, des cultures tziganes et slaves. Loin d’être enfermée dans un moule, la musique klezmer, musique du voyage et de la transmission, continue aujourd’hui encore de se développer, connaissant même un réel renouveau depuis les années 90, se mêlant aux nouvelles sonorités du rock, de la pop, de l’électro, du hip hop…. Avec Circus Klezmer, on retrouve toute la chaleur du cirque catalan qui dynamite le mariage traditionnel auquel on assiste dans le spectacle. Une grande noce se prépare, à laquelle le village entier va prendre part. Circus Klezmer nous conte le déroulement de cet événement avec tous ses rebondissements. Circus Klezmer avoue s’être inspiré

Circus Klezmer des tableaux de Marc Chagall et de la musique klezmer, couleurs vives et chatoyantes. La musique klezmer était parfaite pour les mariages, rythmant les moments importants de la vie, musique populaire propre à animer les spectacles de cirque. On retrouve également tout l’humour qui imprègne fortement (peut-être plus qu’ailleurs) la culture yiddish.

jazz, rock, reggae, hip hop et raggamuffin, sans oublier le raï. L’accordéon s’est naturellement fait sa place parmi cette mosaïque musicale, pour une guinguette fortement épicée, aux accents punk et festifs.

24 mars 2010 à 20h30

Le Jazz fait son cirque - Les Nouveaux Nez

Les Nouveaux Nez, ce sont deux clowns musiciens qui se sont associés ici à trois jazzmen Eric Longsworth (violoncelliste), Philippe Euvrard (contrebassiste) et Pierre Tiboum Guignon (batteur, percussionniste). Le clown et le musicien de jazz ont visiblement des choses à se dire. Cela a peut-être à voir avec le rythme, essentiel chez les deux, le ressort, la faculté d’improvisation. Si la partition est là, elle n’est que structure, squelette, où se plaquent toute une palette d’émotion dans lesquelles puise l’interprète. Depuis ses origines, le jazz est habitué aux rencontres fortuites, aux expérimentations les plus singulières; celle consistant à se frotter à l’art du clown n’en est qu’une de plus. On s’attend donc à ce que nos deux clowns sautent à pieds joints dans le puits de notes du trio de musiciens, au risque de nous éclabousser... les tympans.

25 mars 2010 à 20h30

Kimmo Pohjonen

Le finlandais a fait de l’accordéon chromatique son art et sa passion, mais un accordéon particulier, nourri au rock, accompagné d’effets multiples. En six petites années de carrière, il a participé à l’enregistrement de 65 albums dont de nombreuses compositions personnelles. Qui a dit que l’accordéon était un instrument surrané ? Si Kimmo Pohjonen pratique notamment la musique folklorique, il la transcende en lui adjoignant de multiples influences, la croisant avec l’électronique. Il s’est forgé une réputation scénique à la hauteur de ses aspirations musicales, et ses concerts sont renommés pour être de véritables performances. Esthétiquement, son appareillage ne laisse pas non plus indifférent, et le terme de cyber accordéoniste n’est pas loin de lui convenir à merveille.

26 mars 2010 à 20h30

L’Orchestre National de Barbès

Fondé en 1995, l’Orchestre National de Barbès défend la World Music maghrébine. Youcef Boukella qui crée le groupe est autant féru de musique latino américaine que de rock. Et si la World d’Afrique du Nord est leur éléments principal, la musique du groupe a su intégrer des éléments extrêmement divers au fil des années. Alik, le dernier album sorti en 2008, a été enregistré dans des conditions live comme le premier album dix ans plus tôt. Au final, un opus qui fait la synthèse des nombreux courants artistiques de l’ONB, entre

Thomas Fersen 27 mars 2010 à 20h30

Thomas Fersen

Thomas Fersen viendra présenter à l’Illiade son nouveau spectacle, dans le sillage de son dernier album Trois petits tours sorti en 2008. Le ukulélé, très présent, y insuffle une énergie guillerette et optimiste. L’artiste rend toujours hommage à une multitude de personnages comme il sait si bien en créer à l’image de Germaine, le nom que le narrateur donne à sa valise, qui fait suite à d’autres personnages sur les albums précédents. Souvenez-vous d’Hyacinthe, d’Irène ou de Louise. Si vous ne les connaissez pas, il est temps de les découvrir, dépeints dans une langue riche et fleurie. Il est souvent question de voyage dans cet album, de pérégrinations, qu’elles soient musicales ou plus terre à terre. Fersen diversifie discrètement son propos en convoquant rumba congolaise, afrojazz, guitare hawaïenne et balancements reggae, mais aussi country rock, fox-trot. Resté fidèle à ses musiciens habituels, il se produira une nouvelle fois avec Alexandre de Barcelone, l’accordéoniste qui l’accompagne depuis ses tout débuts. - Manu GillesLe Printemps des Bretelles, Illiade, Illkirch-Graffenstaden, du 19 au 28 mars - www.illiade.com www.myspace/leprintempsdesbretelles


Théâtres

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La trilogie Strindberg au Théâtre National de Strasbourg En mars, le TNS convie le Théâtre-Laboratoire Sfumato, fondé à Sofia en 1989, pour une trilogie autour d’August Strindberg. Couples en perdition, naufrages du quotidien, hypocrisie des conventions sociales et du couple en particulier, seront au programme du TNS ce mois. En peinture, le sfumato est une technique consistant à estomper les contours pour mieux révéler les mystères des traits. C’est dans cet esprit que trois pièces de Strindberg ont été adaptées. Pour percer l’œuvre du dramaturge, le Théâtre Sfumato a souhaité s’affranchir de ce que l’on connait de l’auteur, du plus immédiat, du plus apparent, pour aller chercher la substance de l’œuvre, en profondeur. Margarita Mladenova et Ivan Dobchev ont contribué au renouveau du théâtre bulgare dans les années 90 en se libérant du carcan russe. Leur ‘’stratégie poétique’’ comme ils disent eux-mêmes ? Privilégier moins le descriptif que la vérité intérieure portée par l’acteur. Chaque création nécessite de longs mois de travail en amont, improvisations, répétitions qui vont permettre de percer à jour un auteur. ‘’ Tout le travail de répétition consiste à diriger l’acteur vers des réflexes non conditionnés, à favoriser une impulsion créatrice’’, explique Margarita Mladenova.

Julie, Jean et Kristine

Mademoiselle Julie est écrite au Danemark lors d’un séjour estival de la famille Strindberg dans un château. Le dramaturge y vit une aventure avec une servante, qui lui inspire l’histoire d’adultère, ce trio infernal entre Julie, la fille du comte, Jean, un valet et sa femme Kristine. Julie hésite entre l’émancipation et son rang noble. Le personnage secondaire de Kristine, femme bafouée, est remis en

Strindberg à Damas

Le dernier volet de cette trilogie s’inspire du Chemin de Damas, longue pièce qui nous conte les errances et les questionnements d’un inconnu, tirant une fois encore son origine dans les hantises de Strindberg, comme cet assassinat d’une ancienne amante et son obsession pour la psychiatrie. Le Sfumato prend ses distances avec Le Chemin de Damas, effectuant ici ‘’un voyage à travers les rêves de Strindberg, des documents entremêlés à des faits réels et des suppositions émergeant de la biographie de l’écrivain, à travers des hypothèses sur ses crises’’, confie Ivan Dobchev. Pour aller, là encore, ‘’audelà du visible, au-delà du possible. Dans Damas’’.

avant dans la version du Théâtre Sfumato. Trois personnages pour une équation tragique dressée dans la pièce, Jean le valet prenant progressivement l’ascendant psychologique sur Julie, Kristine assistant impuissante à ce processus qui voue son couple à la mort. La cuisine aseptisée est le lieu tout indiqué pour cette autopsie du couple.

La danse de mort

Douze ans après Mademoiselle Julie, Strindberg vit encore un échec avec sa nouvelle compagne. En 1900 il rencontre une jeune actrice norvégienne, Harriet Bosse et écrit deux pièces en une dizaine de jours pour

chacune, Pâques et La danse de mort. Cette dernière est d’abord une radiographie de la haine. Dans la tour d’une ancienne prison, un couple s’apprête à fêter ses vingt-cinq ans de mariage. Pourtant l’amour a déserté depuis longtemps. Edgar, capitaine d’artillerie, nourrit une haine farouche contre Alice son épouse, ancienne actrice. Les deux individus se lamentent sur leurs carrières ratées, et cette relation morfifère les place dans un monde qui est déjà un peu l’au-delà. ‘’Leurs âmes sont mortes’’, explique Margarita Mladenova. ‘’Ce sont deux corps – deux momies ressemblant à des êtres humains – qui entament une lente danse à travers le néant’’.

A l’issue de ce périple, le Théâtre-Laboratoire Sfumato espère mettre en lumière cette capacité qu’a eu Strindberg d’identifier, à travers ses propres troubles, un fléau universel et humain, trop humain, pour faire écho à Nietzsche l’un de ses maîtres à penser. ‘’Reconnaître en soi-même, dans sa propre maladie, la maladie du siècle’’, nous dit Margarita Mladenova, ‘’c’est le sort du génie’’. - Dominique Demangeot -

Trilogie Strindberg, par le Théâtre-Laboratoire Sfumato, TNS, durant le mois de mars Julie, Jean et Kristine, du 2 au 13 mars La danse de mort, du 2 au 6 mars Strindberg à Damas, du 9 au 13 mars Horaires spéciaux permettant de voir 2 spectacles le même soir : Julie, Jean et Kristine à 19h30 et La danse de mort ou Strindberg à Damas à 21h Plus d’informations : www.tns.fr

Le mois de l’Empreinte à la Comédie de l’Est La Comédie de l’Est inaugure un nouveau rendez-vous bisannuel, en alternance avec Témoins d’ailleurs qui aura donc lieu en mai 2011. Le mois de l’empreinte au Centre dramatique national de Colmar, c’est d’abord la volonté de mettre en avant la jeune garde de la création contemporaine, ouverte sur la transdisciplinarité. ‘’Quels sont les visages du théâtre aujourd’hui ?’’, s’interroge Guy-Pierre Couleau. Quelques pistes de réponses sur ce sujet, et sur quelques autres, dans cet entretien avec le directeur de la Comédie de l’Est.

Parmi la troupe de comédiens que vous avez mise en place à la Comédie de l’Est, on trouve des metteurs en scène comme Nils Öhlund, qui lui s’intéresse non pas aux grands mythes, mais à la part très intime de l’existence dans Une maison de poupées. Il a traduit ce texte du norvégien et l’a refait à la manière dont lui pensait qu’il pouvait être proche de sa propre histoire. La distribution est très belle : Féodor Atkine, Olivia Bruneau notamment. On redécouvre le texte avec Nils.

© Anne Ransquin

Le mois de l’empreinte nous mettra en contact avec d’autres langages théâtraux. On pense par exemple à l’usage artistique que Daniel Danis fait du multimédia, dans le traitement des images notamment. Ce sera un moment où l’on donnera à voir ce qui se fait dans le domaine de la mise en scène, en nous intéressant à des artistes un peu moins médiatisés, émergeants. Daniel Danis est un très grand auteur à mon sens. Kiwi est un spectacle avec un langage à la fois théâtral et multimédia. Proposer un langage différent, c’est aussi mêler deux pièces, comme c’est le cas avec Arnaud Troalic qui propose Borges vs Goya… Ce sont deux pièces du sulfureux Rodrigo Garcia qui rénove pas mal l’écriture dramatique en ce moment. L’idée d’opposer ou d’apposer les deux textes était très séduisante car les deux monologues sont entrecroisés dans le spectacle. C’est d’autant plus intéressant car on se rend compte des points communs et des éloignements des textes.

partir de deux ans, qui mêle vidéo et chorégraphie, sur la marche, nos premiers pas et leurs embûches. Là aussi je me disais que c’était assez symbolique dans cette première édition d’Empreintes...

‘‘Il y a cette thématique très présente de la recherche de l’origine, de la marche et de l’errance.’’ Guy-Pierre Couleau, directeur de la Comédie de l’Est

A côté de sujets très contemporains, il y a aussi l’exploration de mythes universels comme celui d’Œdipe, qui sera ici une marionnette suivant son propre fil… J’ai été très séduit par Camille Trouvé et Brice Berthoux. Ils ont conçu cette création avec des marionnettes assez grandes, très belles et vivantes. Leur travail mêle les acteurs et la marionnette. Ils amènent la marionnette à un très haut niveau, à la fois contemporain et

très en lien avec la tradition. Cette tentative de démêlage du mythe d’Œdipe porte bien son nom car on est dans quelque chose de très actuel. Le théâtre contemporain, c’est aussi un théâtre pour le jeune public, comme nous le verrons avec Zig Zag de la compagnie Etantdonné. Oui c’est un spectacle pour les tous petits à

De l’intime à l’Histoire avec un grand H, il n’y a parfois qu’un pas, ce que nous verrons dans Vaterland mis en scène par Cécile Backès… Jean-Paul Wenzel a vu la pièce à Thionville et a été très touché. C’est presque une pièce autobiographique, sa recherche de son propre père dans les années 80. Il ne l’a jamais connu. Il avait juste un nom et est parti en Allemagne. Cécile a travaillé avec de très jeunes acteurs qui jouent de la musique en scène. La scénographie d’Antoine Franchet est très belle, il y a des projections vidéo. Une espère d’errance avec des histoires qui s’entremêlent. On part à la découverte du texte lui-même, comme les personnages à la découverte d’un pays et d’une histoire. On rejoint Œdipe avec cette recherche du père, cette recherche des origines, de l’empreinte... - Propos recueillis par Dominique Demangeot -


Modes & Tissus

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Modes et Tissus Voilà 16 ans que l’arrivée du printemps est sonnée à Sainte-Marie-aux-Mines par le premier volet du salon Modes et Tissus, la seconde édition ayant lieu en automne. Cette année encore, le stylisme aura droit de cité au parc des expositions du Val d’Argent, l’occasion de se tenir au fait des dernières tendances en matière de mode, ou de simplement découvrir un univers de création parfois méconnu. Après le brillant succès de l’édition Automne/ Hiver 2009 qui a fédéré plus de 6000 visiteurs, Mode et Tissus présentera les toutes nouvelles collections printemps-été 2010. Parallèlement aux défilés, le salon rendra hommage à la tradition industrielle du Val d’Argent en présentant un étalage de tissus au mètre. Des créations originales sont présentées, matières textiles de haute qualité à admirer, toucher, choisir. Modes et Tissus a su s’imposer comme la plus grande offre de tissu au mètre du Grand Est. La technique et le savoir-faire seront véritablement au centre des préoccupations puisqu’une quarantaine d’artisans présenteront leurs produits : bijoux, vêtements, accessoires, etc.

La grande soirée

La ‘‘Nocturne’’ aura lieu le vendredi 19 mars, lors de laquelle les portes resteront ouvertes jusqu’à 22 heures, avec un défilé de mode à 20h.

Marie Vaudrey - Il était une robe

Il était une robe affectionne les ambiances champêtres et printanières : motifs de fleurs, couleurs vives et contrastées, découpes végétales. Un style tout entier porté vers la féminité, auquel viennent s’ajouter des éléments japonais, l’art nouveau et l’univers des contes.

Une conseillère en image répondra aux questions de ceux qui souhaitent apporter des modifications à leur allure vestimentaire… ou carrément changer de look de manière radicale ! Françoise Mahieu expliquera comment accorder couleurs, vêtements et accessoires, et adapter sa tenue à son humeur du moment et à sa personnalité. Esthéticiennes, coiffeuses et couturières se tiendront également à la disposition des visiteurs. Le podium de Modes et Tissus mettra à l’honneur cette année 3 créatrices et 16 défilés. Les créations sont confectionnées à partir des tissus fournis par les fabricants du salon.

Les tendances mode 2010

La mode du printemps été 2010 remettra au goût du jour la robe bustier, de préférence droite et sans bretelles ou cintrée avec un haut bustier. Pour les motifs, les fleurs devraient tenir le haut du pavé ; volants et dentelles devraient aussi s’y imposer. En ce qui concerne la couleur, le bleu, le kaki et les teintes blanc –ivoire –beige s’imposeront sur les podiums, côtoyant les tenues dans le style militaire ou sportif, très tendance ce printemps.

On assistera aussi au grand retour de la chemise en jean qu’on portait à la fin des années 80 / début des années 90. La salopette devrait elle aussi se faire remarquer cette saison. Le short se maintient quant à lui, ample, parfois en jean. La lingerie privilégie les voilages et les mousselines de soie pour des effets transparence. Le tee-shirt découpé ou déchiré, à la mode ‘’punk’’ s’imposera également.

Modes et Tissus a su s’imposer comme la plus grande offre de tissu au mètre du Grand Est. La créatrice nous arrive tout droit d’un petit village du nord-ouest des Pays-Bas, endroit d’où elle a également hérité d’un sens aiguisé de la ‘’mode durable’’ nourri de tradition artisanale, au profit d’une esthétique pourtant très moderne. Anneke Copier conçoit également des tapisseries murales en feutre avec Claudio Varone, un designer d’intérieur. www.annekecopier.nl - Amandine Mannier -

Fatima Usta - Couture NESS

Travaillant à Colmar, Fatima Usta apporte à ses confections ses racines ottomanes, mêlant tradition et modernisme. Là encore la féminité est mise en avant, à travers un mélange de matières et de teintes, cuir et mousseline de soie, dentelle et tulle. La styliste à obtenu dernièrement au FREEMA le Prix de l’encouragement. http://chezness.over-blog.com

Anneke Copier - Fashion Felt & Art

Anneke Copier travaille le feutre pour le plier à ses envies. Elle s’inspire des techniques traditionnelles du feutre d’Asie Centrale (Mongolie notamment), auquel elle adjoint la laine, la soie et le lin. Elle joue sur les transparences, recherche la souplesse, un fin ciselage des matières et l’alliage de l’élégance et la décontraction.


Danses

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Genre oblique

© Brigitte Eymann

L’histoire de Jeanne la folle, mère de Charles Quint, reine d’Aragon et de Castille, est un épisode tragique de l’Espagne du XVe siècle. On lui interdit l’accès au trône à cause de son amour pour les arts. Le théâtre dansé de Genre oblique raconte l’histoire de ce personnage historique qui a suscité bien des recherches et des passions au fil du temps. La compagnie Toujours Après Minuit manie depuis depuis longtemps les langues (français, espagnol, catalan) et les techniques (la danse, le théâtre et la musique). Brigitte Seth s’est formée au cirque et au mime. Elle est également interprète, auteure et metteur en scène aussi bien en danse qu’en théâtre contemporain. Roser Montlló Guberna travaille en tant qu’interprète et chorégraphe mais est aussi comédienne metteur en scène pour le théâtre contemporain. Des chants populaires accompagnent les comédiens-danseurs qui nous content l’histoire de Jeanne la Folle. Et si le propos est sombre (histoire d’une mise au ban de la société), l’humour est loin d’être absent ici, pour défendre ceux qui vivent en dehors du troupeau, fuient la norme. Jeanne fut

considérée comme ‘’folle’’ car elle refusait de suivre les préceptes de sa caste et aimait trop son époux pour s’intéresser aux affaires d’état. Brigitte Seth et Roser Montlló Guberna glorifient ici le fait de respecter ses convictions, un acte poétique en somme, sans concessions, que certains esprits chagrins vont qualifier de dérèglement, voire de maladie. C’est ainsi que l’on considérait les artistes qui devaient justement s’affranchir du groupe afin de pouvoir faire vivre leurs mots ou leurs musiques. En nous parlant des saltimbanques, la compagnie Toujours Après Minuit nous entretient finalement aussi de nous-mêmes, du mur que la société érige entre elle-même et ceux qui ne suivent pas ses préceptes. Des deux côtés de cette frontière, on se toise, on se regarde d’un air méfiant. Chacun, pour l’autre, appartient au ‘’genre oblique’’. - Amandine Mannier -

Genre oblique, par la compagnie Toujours Après Minuit, Brigitte Seth et Roser Montlló Guberna, Pôle Sud, Strasbourg, 30 et 31 mars à 20h30 www.pole-sud.fr

Samudaripen Samudaripen désigne le génocide des Tsiganes opéré par les nazis en Europe durant la seconde guerre mondiale. Entre 1938 et 1945, des centaines de milliers de Tsiganes ont été exterminés. Un terme inventé par le Congrès international rom pour définir la tragédie tzigane, que la compagnie Mémoires Vives a choisi de mettre en lumière dans sa nouvelle création. La France a admis sa responsabilité dans la Shoah, mais persiste à ne pas reconnaître le Samudaripen, et force est de constater que les médias à rappeler cet état de fait sont rares. Les artistes prennent donc le relais pour informer le public. La compagnie Mémoires Vives s’est inspirée du livre de Claire Auzias, Samudaripen, le génocide des Tziganes. Si cette dernière rappelle qu’une évolution s’observe depuis dix ans, que la fondation pour la mémoire de la Shoah et les institutions commencent à prendre en compte le sort des Roms dans l’extermination par les nazis, le besoin de témoignage est encore très présent. Après Folies colonies et A nos morts, Mémoires Vives explore le passé, se retourne sur l’histoire de l’immigration pour mieux la comprendre. Michaël Stoll, danseur et chorégraphe, met à profit son héritage manouche, utilisant un moyen moderne, le hip hop, pour raviver la mémoire de sa communauté. Un projet d’autant plus important que la tradition rom considère qu’il est tabou de parler des morts, ce qui a rendu difficile la transmission du génocide tzigane à travers les années. Les jeunes générations reprennent la main pour parler de ce drame, d’autant

Si les institutions commencent à prendre en compte le sort des Roms dans l’extermination par les nazis, le besoin de témoignage est encore très présent. plus que les réflexes et les idées qui ont conduit aux génocides subsistent encore en germe de nos jours. Un travail d’observation des traces écrites dans les différents discours actuels a été un travail préalable de la compagnie Au-delà de l’expérience tzigane, le spectacle soulève la douloureuse question de la persécution des peuples nomades en Europe et comment un peuple peut en arriver à déshumaniser un autre. Au son de la musique tzigane (guitare et contrebasse), Mickaël Stoll crée une chorégraphie à cheval entre deux traditions, s’étant rendu compte que le jazz manouche et le hip hop étaient deux arts se caractérisant tous deux par une forte dimension de liberté et d’improvisation. Cinq danseurs, trois musiciens et un slammeur nous content l’histoire du génocide tzigane avec leurs propres codes, appuyés par des projections vidéo sur une musique originale. - Marc Vincent -

Samudaripen, par la Compagnie Mémoires Vives, Direction artistique et mise en scène : Yan Gilg, Direction chorégraphique : Mickaël Stoll, Musiques : JeanBaptiste Boley, Sébastien et Fabrice Weiss, Gwenaël Graff, Théâtre de Vendenheim, 11 mars à 20h30 et 12 mars à 14h30 et 20h30 - A suivre également le 23 avril à l’Espace Grün de Cernay – www.vendenheim. fr – www.cie-memoires-vives.org


Chroniques CD

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POP ROCK

MÉTAL SYMPHONIQUE

BLUES’N’ROLL

FOLK

Eels End Times (Vagrant/Cooperative Music/PIAS)

Krypteria

My Lady’s House

(Roadrunner)

The Washing Machine Cie Nutty As A Fruitcake (Troll’s Prod/Why Note)

Pas le meilleur disque de Eels, mais un bon recueil de ballades épurées et mélancoliques évoquant une rupture douloureuse. Pas aussi réussi que Hombre Lobo, précédent disque sorti il y a un an à peine, End Times est un album à écouter quand tout va bien, parce que s’il y a quelque chose que Mark Oliver Everett (alias E alias Eels) sait bien faire, c’est plomber l’ambiance. Ici, pas de production ni beaucoup d’arrangements, Everett chante la rupture (comme personne ?) avec son piano ou sa guitare et n’est pas le genre à passer par quatre chemins pour faire étalage de ses sentiments. Parfois très évocateurs, les textes mélancoliques de l’Américain (« Elle m’aimait mais maintenant elle est partie... ») renvoient à l’énergie toute relative du disque, exceptés quelques boogies bien sentis (Gone Man, Paradise Blues). Pas du grand Eels donc, juste un bon disque de ballades neurasthéniques. Et c’est aussi comme ça qu’on l’aime. A noter : la pochette du disque a été dessinée par Monsieur Adrian Tomine.

Originaire de Cologne en Allemagne, ce quartet emmené par leur lead chanteuse d’origine coréenne Ji In, sortira son troisième album le 1er mars de cette année. On a du mal à voir dans quel registre évolue le groupe à l’écoute des deux premiers morceaux Ignition et Fatal Kiss, où la musique est résolument hard et heavy. Mais la voix bien que magnifique, sonne tout de même pas mal pop. Il y a comme un décalage entre les deux. Pourtant au fur et à mesure des morceaux, voix et musique se retrouvent magnifiquement comme sur Never Say Die ou le superbe The Freak In Me. L’album évolue dans un registre goth-metal symphonique, avec envolées de guitares et de chant comme il se doit, ceci pour le régal de nos oreilles. Le groupe s’est déjà fait remarquer en faisant notamment la première partie de Deep Purple, et en se produisant au Wacken festival en 2006 et 2008. Plus surprenant encore, Krypteria a composé l’hymne de l’équipe nationale de football de Corée lors de la dernière Coupe du Monde.

The Washing Machine Cie qualifient euxmêmes leur musique de ‘’Blues’n’roll’’, néologisme qui, admettons-le, convient parfaitement à l’atmosphère générée par le groupe. L’arrangement musical évidemment fait la part belle aux guitares languissantes. L’harmonica s’invite sur chaque morceau comme une voix à part entière. Quant à celle d’Amandine, elle est envoûtante, intense sans être mélodramatique. Le ton oscille entre une Rosemary Standley du groupe Moriarty (Fleeing From) et une Izia (Naco). Le ton bluesy s’efface alors aussi brutalement qu’une giboulée devant une tonitruance rock’n’roll des plus pures. Car le blues’n’roll de The Washing Machine Cie n’est qu’une façade qui cache un univers musical plus riche qu’ils ne veulent bien l’avouer, tournant parfois autour d’une pop typée (Daylight) ou d’un jazz discret (Dark Side). Nutty As A Fruitcake ne se refuse rien et ne fait pas de concession. En découle un son tranché et plein de hargne qui ne renonce cependant pas à la sensibilité.

Si l’on croise ces derniers temps beaucoup de groupes affublés de bottes en cuir et de chemises à carreaux, My Lady’s House a le mérite de ne pas tomber dans l’écueil du banjo et de la cariole brinquebalante. Polaire très probablement, le titre qui ouvre le nouvel album de My Lady’s House. Polar Bears est un condensé lumineux de ce premier opus du groupe bisontin, après un EP remarqué par Magic et les fans de folk éclairée. Douze morceaux aux titres évocateurs qui respirent la concision, les grandes plaines et un sens consommé de l’harmonie. Du dylanien Not Alone, les bottes bien posées dans un terreau country, au planant No Kite, les trois voix (deux masculines, une féminine) s’entremêlent avec grâce. Flivers, récit à la John Steinbeck contant les aventures d’un ouvrier des usines Ford, sent le bitume qui colle aux semelles sur les interminables routes américaines. La mode des chemises à carreaux n’est pas prête de s’arrêter.

- Simon Grangereau -

My Fatal Kiss

- Nicolas Keshvary -

West Of The Sun Stories

(autoproduction)

- Dominique Demangeot -

- Caroline Dreux -

Ouvrez les yeux

Le décor à l’envers Sophie Kaplan, directrice du Centre Rhénan d’Art Contemporain d’Alsace, propose de mettre ‘’le décor à l’envers’’, du 5 mars au 2 mai 2010, en investissant La Filature à travers des œuvres d’artistes et de plasticiens traitant du spectacle, thèmes hautement d’actualité dans un lieu de représentation et de mise en scène. Sophie Kaplan a en effet réuni dans plusieurs endroits de la Scène nationale de Mulhouse (le lieu d’exposition mais également les alentours), des éléments de décor pour des spectacles, comme le décor réalisé par Ann Veronica Janssens et Michel François pour la pièce The Song de Anne Teresa De Keersmaeker, ou le film d’animation de William Kentridge que l’on a retrouvé en décembre à La Filature. D’autres installations de grande taille sont également proposés.

Monumentalité mettant les sens au défi

Ainsi Ulla Brandenburg, jeune artiste d’origine allemande, interroge nos systèmes de représentation, tout en installant des atmosphères étranges, entre spiritisme et psychanalyse, recourant au trompe l’œil, comme ce rideau de scène qui cache un autre monde, celui du spectacle, de l’illusion. L’artiste joue avec nos sens et installe une autre réalité. Brouiller nos repères, c’est également ce que propose de faire Franzisca Furter. Ses dessins occupent eux aussi un espace conséquent, déroulant devant nos yeux des mondes auxquels il est difficile d’échapper, l’une de ses œuvres s’intitulant d’ailleurs ‘’Can’t take my eyes of you’’ (Je ne peux pas détourner les yeux de toi). Une luxuriance le plus souvent atténuée par la bichromie. Les paysages monumentaux de Franziska Furter enchaînent les oppositions, déroulent des contrastes permanents qui là encore impressionnent le regard et l’esprit, obligeant le spectateur à

A travers cette constante re-mise en scène de son travail, Michel François nous interroge sur notre perception de l’œuvre artistique et, au-delà, sur la manière dont nous appréhendons le monde autour de nous. mix d’arts divers, de sciences et techniques, de l’ethnologie à l’histoire, des films de science-fiction à la littérature. Laboratoires de recherche artistique qui offrent l’opportunité d’appréhender l’œuvre dans son ensemble, ou de plonger dans des détails particuliers.

Création Franzisca Furter - Promised - © Jeannette Mehr prendre de la distance (tant physique que mentale) avec ce qu’il voit, mêlant destruction et création, implosions et fins agencements.

Redistribution de la réalité

Estelle Vernay s’intéresse aux films de genre. ‘’J’extraie des images comme des matériaux’’, explique-t-elle, ‘’je me les approprie, je les digère et je les emmène ailleurs’’. Dans Love My Clown, elle détournait l’image d’Epinal de l’amuseur grimé pour en faire un objet de tendresse. Michel François réarrange lui aussi souvent ses travaux, les présentant regroupés lors d’expositions où ces œuvres composent à chaque fois des systèmes différents, dans un monde où le recyclage des idées et des modes est devenu monnaie courante. A travers cette constante re-mise en scène de son travail, Michel François nous interroge sur notre perception de l’œuvre artistique et, au-delà,

sur la manière dont nous appréhendons le monde autour de nous. Question hautement pertinente dans un lieu de représentation comme La Filature. Yves Chaudouët fonde son art sur un rapport étroit avec les mots, la littérature, changeant constamment de support et de technique. Aurélien Froment joue avec les cadrages et les points de vue. Lui aussi travaille à partir d’images fonctionnant comme un langage commun. Charge à l’artiste d’ordonner ces images issues de notre mémoire collective pour former son propre discours, entre documentaire et fiction.

Recherche

Le duo d’artistes Lutz & Guggisberg apportera son humour ravageur dans les murs de La Filature. Qu’ils utilisent la photo, la vidéo, la sculpture ou tout autre médium, les suisses cherchent toujours à impressionner le spectateur en créant des installations qui sont un

A noter une création exclusive à l’occasion du festival Trans(e) 2010, par David Cousinard et Sarah Fauguet. Leurs travaux sont d’ailleurs souvent comparés à des décors de cinéma, imposantes sculptures, constructions baroques qui empruntent à l’esthétique du mobilier et de l’architecture traditionnels, tout en réunissant des éléments antinomiques, de tailles différentes, qui capturent le regard. Chimères mobilières et architecturales, amalgames de matières et de structures qui ne devraient pas se trouver ensemble. Tout à la fois étranges et familières, les œuvres de David Cousinard et Sarah Fauguet opèrent des collisions, des glissements, des télescopages incongrus qui entrent en résonnance avec le lieu d’exposition. Et semblent le mettre à l’envers. - Marc Vincent -

Le décors à l’envers, du 5 mars au 2 mai, dans le cadre du festival Trans(e), La Filature, Mulhouse, commissaire : Sophie Kaplan - www.lafilature.org www.cracalsace.com



Diversions Alsace mars 2010