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B ulle t in du diocès e de Rabat - Ann ée 2 0 1 9 - N° 1 5 0 - Av r i l

800 ans de rencontres islamo-chrétiennes


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Échos des régions

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800 ans de rencontres islamo-chrétiennes

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Nouvelles du diocèse

L’accès à la revue au format numérique est gratuit, pourtant elle a un coût. Vos dons nous aident à maintenir la gratuité. Abonnement et don en ligne possibles sur le site du diocèse

www.dioceserabat.org Responsable de rédaction : Pascale Bonef Adresse : Archevêché de Rabat - B.P. 413 RP 10 001 Rabat Tél. : +212 619 143 369 www.dioceserabat.org Conception et mise en page : FILIGRANE Graphiste : Choumicha Chahim

Photo de couverture : ©Sophie Reille pour Diocèse de Rabat

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Correspondants locaux À Beni-Mellal À Casablanca À Mohammedia À El Jadida À Er Rachidia À Fès À Kénitra À Safi À Midelt À Oujda À Rabat À Settat

Ben-Zevy Moussoukoula Dreid Cyril Bouazo et Christophe Sidiguitiebe Gaël Lopez et Patricia Bieme Polo Assabe Félix Nkurunziza Georges Pascal Millimono Georges Epoupa Ilassy Keren Manzenge Corinne Arfeux Michel Masindraoka Jérôme Afangnibo, Raymond Allou et Magaly Nguema Lizzie Assare

Merci aux correspondants locaux d’avoir accepté cette mission de communication et de lien au service du diocèse. Ensemble n°150 - Avril 2019

Coordonnées sur demande à : communication@dioceserabat.org


©Sophie Reille pour Diocèse de Rabat

Mot du pasteur

Le Pape François, Serviteur d’espérance

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a y est, le Pape est venu, François est parti. Et nous restons ici, au Maroc, en nous sentant un peu orphelins, mais avec le cœur plein de joie, d’enthousiasme et d’espérance. Quel bilan faites-vous de la visite du Pape ? Il faut réfléchir un peu et partager entre nous les aspects les plus touchants de cet événement extraordinaire que nous venons de vivre. Pour ma part, je vous offre mon bilan à moi, un premier bilan encore provisoire et immédiat.

Communion Nous avons vécu une extraordinaire expérience de communion (qui est notre mot d’ordre de cette année !!!, ne l’oublions pas !!!) ➻➻Communion entre nous, les catholiques : nous étions des deux diocèses, Tanger et Rabat, et de la préfecture de Laâyoune ; de toutes les paroisses ; de tous les groupes et mouvements ; de toutes les congrégations, même des monastères cloîtrés ; de toutes nationalités, cultures, ethnies et couleurs. ➻➻Communion entre toutes les confessions chrétiennes : anglicans, orthodoxes, protestants et catholiques.

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Mot du pasteur

➻➻Communion avec l’Église universelle, à travers la présence du Pape François et de ses collaborateurs et à travers notre adhésion à lui. ➻➻Communion, finalement, avec le peuple marocain, qui nous a accompagnés même dans la célébration de l’eucharistie et dont les autorités ont été présentes et actives à tout moment.

Participation C’est remarquable le nombre de personnes qui ont participé aux différents actes de cette visite papale. Jamais dans l’histoire du Maroc une eucharistie n’avait regroupé autant de monde. Et que dire de la chorale de presque 500 voix ? Et de la rencontre de l’AECAM avec environ 700 étudiants ? Il y a eu des bus en provenance des quatre coins de l’horizon du Maroc et des pèlerins qui venaient d’Espagne et d’autres pays. Une vingtaine d’évêques et une centaine de prêtres du Maroc et d’ailleurs ont voulu aussi être présents et participer. Les religieuses ? Un nombre incalculable... Du côté de la Tour Hassan et du parcours du Pape dans la « papamobile », le nombre de Marocains qui ont participé a été aussi remarquable.

Implication et engagement Tout le monde était disponible pour s’engager dans l’un ou l’autre domaine : la liturgie, la logistique, les transports, l’organisation, la communication, etc. Les autorités marocaines ont bel et bien travaillé et nous ont prêté main-forte. La tâche des forces de l’ordre, qui se sont dévouées incroyablement, était particulièrement remarquable. Des entreprises commerciales ont répondu présent quand on a sollicité leur aide matérielle. Les responsables du voyage côté Vatican et côté Nonciature ont travaillé avec intensité et dévouement, et les nôtres, depuis l’équipe de coordination jusqu’à chaque paroisse, groupe, mouvement et personne, tous ont été d’une responsabilité et générosité hors norme.

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La visite du Pape nous a donc laissé cette expérience extraordinaire de communion, de participation et d’implication... mais elle nous a laissé aussi des messages. Quatre messages du Pape (à la Tour Hassan, à la Caritas, à la cathédrale et à la salle omnisports, pour les lieux où ils ont été prononcés) et un de Sa Majesté le Roi. À nous maintenant de les lire, de les méditer et d’y réfléchir, de les mettre en pratique. Tous sont très très enrichissants, pour nous les chrétiens du Maroc et même pour tout le peuple marocain et l’Église universelle. Nous pensons faire une publication de ces cinq messages, avec un guide pour mieux les comprendre et pour pouvoir les travailler et partager en groupe. Ce sera alors le moment d’entrer dans le contenu, les idées, les propositions. Mais à part les messages prononcés et écrits, il y a le message de la présence du Pape elle-même et de ses gestes; son attachement aux enfants, aux malades, aux personnes âgées, aux plus pauvres... ; la déférence du Roi et des autorités envers la personne de François ; le fait de voir ensemble et en accord le Pape et le Roi, ainsi que les oulémas et les prêtres mélangés à l’Institut Mohammed VI ; l’extraordinaire couverture des moyens de communication nationaux et étrangers ; la joie et la paix sur les visages et dans le cœur de tous en sortant de l’Eucharistie...

Mot du pasteur

Les messages qui nous restent

Un questionnement pour nous ➻➻Le Pape est venu vers nous en « serviteur de l’espérance ». Est-ce qu’il a pu atteindre ce but dans notre cœur ? Pouvons-nous dire que nos poumons se sont remplis et gonflés du souffle de l’Esprit ? Est-ce que nos espérances se sont fortifiées... ou sont-elles nées à nouveau ? ➻➻Le Pape est venu « au nom du Seigneur », pour nous apporter sa parole et sa présence. Est-ce que cette visite a été pour nous l’occasion d’une rencontre avec le Christ ? ➻➻Sommes-nous restés à la surface de l’événement (le Pape) ou l’avonsnous foré pour approfondir et aller au-delà de ce que nos yeux de chair voyaient, pour arriver jusqu’à Jésus ?

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©Sophie Reille pour Diocèse de Rabat

Mot du pasteur

➻➻Sommes-nous restés en regardant le doigt qui signalait le soleil... ou notre regard s’est-il élevé pour voir le « soleil qui vient d’en haut » et qui est Jésus-Christ ?

Arrivée à la cathédrale, le 31/03/19

Merci et allons de l’avant Le Pape est venu, le Pape est parti ; la vie continue... mais d’une autre façon, avec une autre espérance, avec notre foi renforcée, avec le cœur plein d’amour. On pourrait dire que cette année nous avons vécu une Pâque anticipée avec la présence du Pape... Si un homme comme nous, « un pécheur » comme il dit de lui-même, nous produit ce sentiment de joie et de paix, que nous arrivera-t-il avec la Résurrection de Jésus-Christ ? Comment nous sentirons-nous la nuit du 20 au 21 avril ? En finissant l’Eucharistie je voyais toute la multitude présente qui chantait avec enthousiasme : « Ne rentrez pas chez vous comme avant, ne vivez pas chez vous comme avant, changez vos cœurs, chassez vos peurs, vivez en hommes nouveaux » Ce chant est le message avec lequel je veux finir. Merci, merci beaucoup à tous... et allons de l’avant... mais pas comme avant !!! Que le Ressuscité nous remplisse de son Esprit d’Amour. + Cristóbal López, sdb Archevêque de Rabat


L À Beni-Mellal Première rencontre islamo-chrétienne

e 24 février 2019 s’est tenue à Beni-Mellal pour la toute première fois une rencontre réunissant une cinquantaine de frères partageant diverses fois pour fraterniser et comprendre l’autre et sa religion. Le thème de cette première rencontre était : « la prière et Abraham : point de départ d’une entente ». C’est autour de ce thème que se sont articulées toutes les activités de ce jour. Une conférence enrichissante s’est tenue sur Abraham et la prière dans les deux traditions religieuses, chrétienne et musulmane, animée par Ben-Zevy Dreid (pour les chrétiens) et Ousman (pour les musulmans) en présence des deux communautés. Puis des chants ont été exécutés par la chorale de chaque communauté et des ateliers ont permis à l’assistance de mieux assimiler le contenu de la conférence, de mener des réflexions sur ce qui est leur préoccupation concernant Abraham et la prière et de les partager. En quatre heures, le temps est vite passé. Les responsables de chaque communauté ont exprimé leur satisfaction au nom de leurs membres et souhaitent bien continuer sur ce chemin.

Échos des régions

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Yonli Fidèle

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À Settat

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La traditionnelle sortie sur Ifrane

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amedi 23 février 2019 a été la date choisie par l’équipe AECAM afin que se déroule la sortie sur Ifrane qui est devenue une sorte de tradition dans notre communauté. En effet, cette sortie est l’occasion de se retrouver en dehors du cadre « de l’église », de partager un moment de convivialité tous ensemble et pour certains de découvrir la neige pour la première fois. Le départ s’est fait à la gare routière de Settat à 5h20 et c’est dans une ambiance festive que les voyageurs sont arrivés à la station de Michlifen après 6h30 de route. De nombreuses activités ont rythmé ce voyage notamment l’escalade de la montagne couverte de neige. La palme d’or revient aux filles qui ont été les seules à pouvoir arriver au sommet. Ensuite, tous se sont réunis autour d’un repas dans un restaurant suivi d’une promenade dans les jardins de la ville. Enfin, ce fut le retour vers Settat dans la joie malgré la fatigue et le fait qu’il n’y avait pas autant de neige que prévu car en dépit de tout, Ifrane, c’est aussi de beaux paysages à voir. Lizzie Assaré

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À Rabat Excursion sur IfraneMeknès de l’AECAM

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e brouillard, un froid qui battait son plein, 7h30 sur la montre et la nature encore noire, nous avec nos couvertures, nos bonnets, nos gants et nos manteaux : voilà ainsi le décor devant la Cathédrale St Pierre de Rabat à l’heure du rassemblement pour la sortie sur Ifrane-Meknès. Nous nous sommes embarqués dans deux bus ; direction : Ifrane, apprenant en route qu’il n’y avait pas de neige. Nous avons donc pris la direction d’Azrou où nous avons visité le village des singes et sommes montés à cheval, avant d’atterrir à Jbel Habri. Là, nous avons monté la colline qui s’y trouvait, fait de la luge, sourire aux lèvres, téléphones en l’air, afin d’immortaliser ce moment unique en communauté. Après un repas copieux que nous avons dégusté avec joie, nous nous sommes mis à chanter et à danser sur les rythmes des chansons de nos pays, afin de dissiper les crispations que le froid inculquait à notre corps. Le tout dans une ambiance conviviale, fraternelle. Dimanche, avec l’espoir d’écouter ensemble l’évangile avec nos frères de l’AECAM-Meknès, nous voici sur la route de Meknès. Nous avons été servis par la personne du Père Natale. Après quoi, nous avons procédé à des témoignages de nos expériences AECAM avant de laisser place au déjeuner, la musique de la chorale en fond. Ensuite, nous avons visité un peu la ville de Meknès avant de prendre le chemin du retour. Nous étions contents de ces moments passés ensemble, en famille du Christ, nous prouvant que l’Amour est plus fort que tout. Jérôme Afangnibo

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S À Taroudant

uite à l’assassinat des deux jeunes femmes dans le Toubkal, mi-décembre dernier, des rassemblements de « mémoire » ont mobilisé de nombreuses personnes dans plusieurs villes du pays. À Taroudant, un rassemblement a été organisé sur une place de la ville, au pied des remparts, à l’initiative de la communauté chrétienne et en accord avec les autorités, où plus de 250 marocains et européens, dont des jeunes et des enfants, mais aussi des représentants d’associations locales, se sont retrouvés solidaires et unis. Voici le message qui a été proclamé : « En ce dimanche 23 décembre 2018, venus manifester notre émotion et notre indignation suite à l’assassinat sauvage et revendiqué, près du village d’Imlil, proche de notre région de Sous-Massa-Drâa, de Louisa Vesterager Jespersen, 24 ans, danoise, et de Maren Ueland, 28 ans, norvégienne, nous unissons nos voix et proclamons notre rejet de tout acte terroriste et fanatique, ici au Maroc et partout dans le monde. Nous réaffirmons avec force, le désir commun de réaliser une société dans laquelle chaque personne, chaque culture, chaque religion soit respectée et puisse vivre dignement et librement, dans un climat d’accueil et de tolérance, tournant le dos à la haine, au mépris et à l’humiliation. En venant, ce soir, en ce lieu de mémoire, chacun s’engage à tisser avec autrui des relations de paix et de fraternité. En mémoire de Louisa et de Maren et de toute personne qui n’est pas respectée, puisons dans un moment de silence, notre communion entre tous » Cette forte mobilisation a été unanimement saluée. Outre la lecture du message, repris en arabe sous forme de slogans, et un long temps de silence, quelques personnes ont souhaité brièvement prendre la parole, toutes allant dans le même sens. En final, c’est un texte sur la paix qui aura conclu cette mobilisation un peu inédite. P. Marc Helfer

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À Oujda « Comment préparer son avenir ? »

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a préparation de l’avenir est une question importante pour tout étudiant. Consciente de l’importance de ce sujet, l’AECAM d’Oujda a intégré ce thème dans son programme trimestriel. Cette activité a eu lieu le 24 février 2019 dans une grande salle de l’église d’Oujda. La réflexion de groupe peut se résumer en 2 points essentiels :  ➻➻Réussir professionnellement • Correspondre avec les projets des parents • Savoir être utile aux gens • Réaliser l’objectif qu’on s’est fixé (comme avoir une belle famille heureuse, avoir son diplôme, avoir le travail dont on a toujours rêvé, …) ➻➻Réussir dans la foi • Témoigner de sa foi par l’exemple • Montrer comme exemple dans le quotidien pour sentir la présence d’un chrétien • Vivre l’évangile selon l’exemple du Christ Le moment s’est poursuivi par le témoignage de quelques invités qui sont plus avancés dans la vie. Les témoins étaient : Père Antoine Exelmans (curé d’Oujda), Père André Fils, Monsieur Jean Jacques, Mademoiselle Keren (coordinatrice de l’AECAM) On retiendra, entre autres, celui du P. André Fils : « il faut s’appuyer sur la parole du Seigneur et le Seigneur va te guider. Il y aura certainement des obstacles. Mais si vous avez confiance Dieu va vous mettre sur le chemin de votre vocation ». Pour P. André son rêve était de devenir prêtre. Malgré les difficultés qu’il a rencontrées, il a pu les surmonter grâce à l’appui du Seigneur, « Je suis le prêtre le plus heureux du monde et ma parole de vie c’est la profession de foi de Pierre : “ à qui irions-nous Seigneur ? Tu as la parole de la vie éternelle ”. » On a constaté que les témoignages ont été vraiment riches pour nos jeunes. Le moment de partage a été clôturé autour d’un moment de partage de jus. Michel, à Oujda

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À Fès

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Journée de la femme

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haque année le 8 mars, le monde entier célèbre la Journée Internationale des Droits de la Femme. La paroisse saint François d’Assise de Fès n’est pas restée en marge de cet heureux événement. Organisée en différé le dimanche 10 mars après la messe par le bureau de l’AECAM, la journée de la femme a fait l’objet d’une rencontre entre quelques étudiantes de la paroisse et les Petites Sœurs de Jésus où Sr Lucile a exposé sur le « rôle de la femme dans l’Église ». Elle s’est appuyée sur des textes du pape François sur le rôle des femmes dans l’Église et dans la société. « Les premiers témoins de la résurrection sont les femmes » rappelait le Saint Père le 3 avril 2013, en remarquant que cette dimension du témoignage est la première mission des femmes. Le 28 juillet 2013, il avait affirmé que « une Église sans les femmes est comme le collège des apôtres sans Marie ». Le pape François a souligné que « l’Église est féminine, épouse et mère ». Puis en février 2015, le pape a affirmé qu’il était temps que les femmes « ne se sentent pas hôtes, mais pleinement participantes des différents domaines de la vie sociale et ecclésiale ». Il avait mis l’accent sur l’urgence d’offrir « de nouveaux espaces aux femmes dans la vie de l’Église » en favorisant « une présence féminine plus capillaire et incisive dans les communautés », avec une meilleure implication des femmes « dans les responsabilités pastorales ». La rencontre a pris fin par un partage de pâtisseries et collation avec quelques hommes au service pour donner une meilleure coloration à l’événement. On dit souvent que “ Ce que femme veut, Dieu le veut ”. C’est donc ce qui s’est traduit chez nous le 10 mars à Fès.

Encore bonne fête aux femmes ! Le Comité de Presse

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800 ans de rencontres islamo-chrétiennes

SM Hass an

/2019 François, 30/03 VI et le Pape SM Mohammed

II et Jea n-Paul

II, 19/08 /19

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À

800 ans d’écart, deux rencontres ont profondément marqué les relations entre chrétiens et musulmans. En 1219, Saint François d’Assise a rencontré le sultan Malik al Kâmil, en Égypte, alors même que chrétiens et musulmans se battaient au nom de Dieu. À l’époque, cette rencontre est restée confidentielle, mais depuis huit siècles, des chrétiens se réfèrent à cet acte fondateur pour vivre parmi les musulmans. Le 4 février 2019, le Pape François et Ahmad Al-Tayyeb, Grand Imam d’Al Azhar, ont signé une déclaration commune à Abu Dhabi, alors que notre monde vit ce que le pape François appelle une « troisième guerre mondiale par morceaux ». Ils se sont engagés, au nom de leur foi en Dieu et comme « représentants » des musulmans et des catholiques « d’Orient et d’Occident », à « adopter la culture du dialogue comme chemin ; la collaboration commune comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère ». Ensemble n°150 - Avril 2019

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800 ans de rencontres

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La Déclaration d’Abu Dhabi est l’aboutissement d’un long et lent cheminement ensemble.

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La signature d’une telle déclaration pourrait être perçue comme un aveu d’échec, échec des relations islamo-chrétiennes depuis 800 ans. Huit siècles après cette rencontre fondatrice de François d’Assise et du Sultan à Damiette, les relations entre chrétiens et musulmans, en maints lieux sur cette terre, sont bien souvent tendues, elles ne sont pas paisibles. Elle n’est pourtant pas un échec, mais l’aboutissement d’un long et lent cheminement ensemble. Cheminement au pas de l’autre, cheminement au rythme de l’autre, cheminement fait de grands bonds en avant et de chutes, de petits pas et de pauses nécessaires pour reprendre souffle. Elle n’est pas un échec, elle est reconnaissance de ce qui se vit déjà : ici se construit et se vit la fraternité universelle dans ce « vivre-ensemble » quotidien, dans cet « être-avec ». Les 800 années de présence franciscaine au Maroc nous le disent avec force, qui sont aussi 800 ans de présence chrétienne au Maroc. La visite du Pape François à Rabat il y a quelques jours a mis un éclairage nouveau sur la présence chrétienne au Maroc. Si beaucoup de Marocains pensaient l’Église du Maroc européenne, voire inexistante, ils l’ont découverte essentiellement africaine, jeune et dynamique. Ensemble n°150 - Avril 2019


Jusqu’au 30/05/19, les Archives du Maroc (à Rabat) abritent une exposition sur « Présence chrétienne au Maroc : le vivre-ensemble »

Les chrétiens du Maroc sont cette composante peu connue mais en croissance de la société marocaine. Ils prennent part à la vie du pays qui les accueille, y vivant bien souvent une coexistence paisible avec les Marocains. Ils y vivent le dialogue dans la vie quotidienne, « partageant les joies et les peines, les souffrances et les angoisses » de ceux qu’ils côtoient chaque jour. La déclaration d’Abu Dhabi n’est donc pas un échec, elle est ouverture, elle est incitation à poursuivre le cheminement, au pas de l’autre, « dans le but d’atteindre une paix universelle dont puissent jouir tous les hommes en cette vie. » Ce long dossier vous permettra de relire votre propre expérience de la rencontre des musulmans. Il est entre-coupé par des photos de la visite du pape au Maroc, les 30 et 31 mars 2019, beau signe que la rencontre se vit déjà au quotidien au Maroc, signe aux yeux du monde que cette rencontre est possible, malgré les difficultés et les différences.

800 ans de rencontres

La déclaration d'Abu Dhabi est une incitation à poursuivre le cheminement, au pas de l'autre.

Sr Pascale, sœur de Saint François d’Assise, Mohammedia

Moulay Hassan au monastère de Toumliline, en 1957.

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800 ans de rencontres

Soumis à toute créature humaine, 8ème centenaire de la rencontre de Saint François avec le Sultan 1219-2019

François, pèlerin de la rencontre

La rencontre de François avec le Sultan Malik Al-Kamil

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n 1219, François réunit ses frères en chapitre autour de la fête de la Pentecôte et il les envoie en petits groupes comme des prédicateurs itinérants. François décide de partir lui-même vers le Moyen-Orient, portant avec lui le désir de prêcher la pénitence aux chrétiens comme aux musulmans considérés comme des ennemis. À son arrivée en Terre Sainte, François rencontre les frères qu’il avait envoyés deux ans auparavant, mais aussi l’évêque Jaques de Vitry et le cardinal Pelage, légat du pape pour la cinquième croisade. François contemple les croisés qui avancent par voie de terre à la conquête de Damiette (Égypte). Courant juillet, François traverse le champ de bataille. Il accompagne les chrétiens qui partent vers le delta du Nil. Ce voyage lui permettra de rencontrer le sultan Malik al-Kamil à l’automne de cette même année 1219 à Damiette. François et son compagnon, le frère Illuminé, quittent au matin le camp sans escorte. Ils traversent la rivière en bateau pour s’approcher du camp musulman. Sur le chemin, les soldats du sultan se précipitent sur eux comme des bêtes féroces et sont prêts de les tuer. Mais ils crient : « Sultan  ! Sultan  ! » Ils sont alors arrêtés et François se présente comme un simple chrétien : « Je suis un chrétien, emmène-moi devant ton seigneur ». Sa réponse touche la sensibilité des Sarrasins qui le conduisent au sultan, pensant qu’il est porteur d’une ambassade. Dans les données que nous avons, l’histoire et l’hagiographie se mélangent, ils auraient pu être dans le camp du sultan au cours des trois premières semaines de septembre 1219, jusqu’à la reprise des hostilités entre les deux parties. L’évêque Jacques de Vitry nous raconte quelques détails de la rencontre, mettant en lumière l’accueil du sultan.

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800 ans de rencontres

Saint Bonaventure, plus dramatique, met en évidence la cruauté des musulmans, par opposition avec l’héroïsme spirituel de François, défiant les conseillers du sultan dans l’épreuve du feu et rejetant toutes sortes de cadeaux. La Chronique d’Ernoul nous dit qu’il y eut un échange de foi respectueux entre ces deux hommes et leurs conseillers et que le sultan les a écoutés avec plaisir. Le sultan Malik Al-Kamil était connu pour être un homme respectueux. À sa cour, il comptait des conseillers d’une valeur spirituelle reconnue et il avait ordonné de guérir les deux frères des blessures de leur arrestation et de les traiter avec respect en attendant l’arrivée des sages du royaume. Ceux-ci furent d’abord surpris de voir ces deux frères, mais le roi rassura François en lui disant : « Je ne serai pas celui qui condamne à mort qui vient sauver mon âme, au risque de sa vie ». Dans les jours suivants, le sultan aurait même dit à sa cour : « Laissez venir cet homme qui semble être un vrai chrétien ». Après cette visite, quelque chose a changé chez les deux interlocuteurs. Al-Kamil, continue à essayer de négocier inutilement avec les croisés. Les deux frères quittent le camp en recevant un laissez-passer pour rentrer dans le camp des croisés avec la tête sur les épaules. Ni François ni Illuminé n’ont attaqué directement la religion de l’Islam ni calomnié son prophète. Après avoir visité les lieux saints, François rentre en Italie et se rend à Assise durant l’été 1220.

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Il est alors informé du martyre des cinq frères à Marrakech. Leur martyre provoque immédiatement dans l’ordre une discussion sur la sainteté et le martyre, entre ceux qui auraient voulu écrire une légende pour célébrer les premiers martyrs de l’ordre, et la position de François qui ne souhaitait pas que les frères s’enorgueillissent de cet événement.

Au-delà des événements, que nous révèle cette rencontre ?

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François s’oppose tout d’abord à toute action violente, qu’elle émane de la société ou de l’Église. Il propose une alternative au modèle classique au Moyen-Âge qui consistait à ne rencontrer les musulmans que les armes à la main. François, lui, s’avance avec la seule force de l’Évangile, préférant le témoignage à la spiritualité médiévale du martyre. À son époque en effet, le martyre rimait avec accès direct au ciel. Il était donc souvent désiré, recherché et même provoqué. Rappelons-nous que la motivation Ensemble n°150 - Avril 2019


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800 ans de rencontres

François inaugure un nouveau modèle missionnaire, basé sur la rencontre, le dialogue et l’écoute.

initiale de Saint Antoine de Padoue pour rejoindre le groupe de disciples de François était de se voir attribuer la gloire du martyre, à la suite des frères martyrisés au Maroc dont il avait contemplé l’arrivée des restes à Coïmbra. La spiritualité du martyre recouvre des aspects que l’on retrouve fréquemment dans la pensée et dans les écrits de François, qu’il s’agisse de la joie face aux difficultés, de la victoire du Christ sur la mort et de l’espoir dans la résurrection, de la défaite du malin, de la préparation nécessaire au combat, de l’expiation du péché, de la prière pour les ennemis, du sacrifice eucharistique ou du détachement des biens matériels. Cependant, François et ses frères ont été amenés à adopter une option totalement différente. Entrant dans la maison de l’Islam, François inaugure un nouveau modèle missionnaire, basé sur la rencontre, le dialogue et l’écoute ; les seules armes dont disposent les fils de l’Évangile. La présence missionnaire des franciscains au milieu de l’Islam trouve ses racines dans cette rencontre de François avec le sultan, une mission caractérisée par un voyage à travers le monde et parmi le peuple. Les frères sont censés s’y mêler au peuple, annonçant la paix, sans engager de poursuites, avec pour toute raison, celle de demeurer soumis à toute créature et de se consacrer à n’importe quel travail honnête. Ces caractéristiques s’appliquent à la mission en terre d’Islam. Il s’agit donc d’y prêcher par l’exemple, François nous invitant à adopter comme lui le dialogue comme chemin, la collaboration commune comme conduite, la connaissance réciproque comme méthode et critère (comme le feront huit siècles plus tard le Pape François et le cheikh Al-Azhar à Abu Dhabi).

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800 ans de rencontres

Depuis saint François, frères et sœurs de la famille franciscaine se sont engagés, sous des formes multiples, dans cette présence au monde musulman « avec humilité et grand dévouement ». Ils sont, pour les frères mais également pour tout chrétien vivant en terre d’Islam, un appel à la responsabilité, celle de la générosité la plus absolue dans la rencontre. À la suite de cette première mission de François, nous sommes donc tous appelés à mettre l’accent sur le dialogue interreligieux et plus précisément sur le dialogue avec l’Islam car il appartient à la mission évangélisatrice de l’Église. Nous sommes reconnaissants aux frères qui, à l’exemple de François dans sa rencontre avec le sultan, ont fait de la simple présence, de la rencontre et du témoignage silencieux, la première forme d’évangélisation, posant ainsi les fondements de la mission. Fr. Manuel Corullon, ofm, Rabat

Regard d’une sœur de la famille franciscaine sur cette rencontre « Pour moi, François a rencontré en Malik al-Kâmil un frère alors que tout en faisait un ennemi. Mais n’oublions pas que Malik al-Kâmil a aussi vu en François un frère. Cette rencontre est celle de la fraternité improbable, de celle qui ne peut se vivre que sous le regard de Dieu. Elle est celle de deux hommes qui ont su dépasser leurs antagonismes, leurs peurs, pour aller à la rencontre de l’autre et découvrir en lui un frère. »

Et toi, ami lecteur, que t’inspire cette rencontre ? À quoi t’appelle-t-elle pour ta vie ici au Maroc ?… 20

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Sur l'esplanade de la Tour Hassan

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À la cathédrale, ren contre avec les con sacrés et les prêtres du Maroc. Ensemble n°150 - Avril 2019

À la cathédrale, avec le frère Jean-Pierre Schumacher, de Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt.

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À la cathédrale

À Temara, au centre rural des services sociaux

Messe dans la salle om nisports Mou lay Abdalla h

Messe dans la salle om nisports

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Moulay Abda llah

Recueillement à la cathédrale Ensemble n°150 - Avril 2019


Maroc c les consacrées du À la cathédrale, ave

À la nonciature, attendu par des louveteaux du scoutisme unifié au Maroc

La chorale, lors de la messe du dimanche Ensemble n°150 - Avril 2019

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À Temara, au centre rural des services sociaux

En attendan t

Dialogue sous le parapluie, sur l’esplanade.

le passage de la papa mobile

La chorale lors de la messe

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800 ans de rencontres

La rencontre de l’islam à l’école de huit siècles de présence franciscaine au Maroc

Les martyrs franciscains du Maroc, Bérard et ses compagnons

800 ans de rencontres des frères et des sœurs de François d’Assise avec les Marocains, le Maroc et l’islam au Maroc.

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e père Cristóbal évoque souvent les racines « franciscano-foucauldiennes » de notre Église au Maroc. Cette tradition trouve sa source dans la rencontre de François d’Assise et du Sultan Malik El-Kamil, comme l’a présenté le frère Manuel Corullon. Mais elle n’est pas seulement liée à ce premier geste, tout emblématique qu’il soit. Elle s’ancre aussi dans huit siècles de rencontres des frères et des sœurs de François d’Assise avec les Marocains, le Maroc et l’islam au Maroc. C’est au cours du même chapitre des frères de 1219 que François décida de partir pour l’Égypte et qu’il envoya les premiers frères au Maroc. Cinq furent martyrisés à Marrakech le 16 janvier 1220, devenant les patrons de notre diocèse. Quelques années plus tard, le 10 octobre 1227, sept autres frères donnèrent leur vie à Ceuta. Dans leur sillage, les franciscains vécurent au Maroc de 1220 à 1310, puis de 1630 à nos jours (avec à peine une dizaine d’années d’interruption). Présents au XIIIème siècle au service des mercenaires chrétiens du Sultan, ils se consacrèrent au XVIIème et XVIIIème siècles au service des très nombreux prisonniers et captifs du Royaume (ils étaient plus de 3 000 à Meknès dans les années 1690). 25


800 ans de rencontres Centre de formation féminine en couture-broderie, au Nid Familial, à Mohammedia.

Avec l’arrivée massive d’Européens 1, les franciscains se firent curés de paroisse, édifiant la plupart des églises que nous connaissons aujourd’hui et servant la jeune population chrétienne. Cet engagement n’éloigna cependant jamais totalement les franciscains du monde marocain. À travers des dispensaires et des centres de formation, et surtout grâce à l’arrivée massive de sœurs apostoliques franciscaines (sœurs tertiaires franciscaines de l’Immaculée dès 1883, sœurs franciscaines missionnaires de Marie en 1912, sœurs franciscaines de Seillon devenues sœurs de saint François d’Assise en 1927…), la famille de saint François a tissé des relations profondes avec le peuple marocain qu’il s’agisse des malades servis dans les hôpitaux, des orphelins accueillis dans les Gouttes de lait, des femmes accompagnées dans les centres de promotion féminine, des élèves des écoles ou de toutes ces personnes rencontrées dans les quartiers, les associations voire même sous la tente pour les sœurs itinérantes vivant avec les nomades. Tout ceci pourrait être une belle histoire dont on aurait envie de s’enorgueillir. Mais, je pense qu’il s’agit avant tout pour nous tous d’un encouragement et d’une école. Si la vie nous a amenés ici au Maroc, que nous soyons religieux, étudiants, expatriés, retraités ou migrants, ce n’est pas pour rien. Demeurer ici pour un temps, c’est accepter d’être envoyés vers nos frères d’islam. Et, là, le témoignage de tous ces anciens a quelque chose à nous dire pour nos propres rencontres, même les plus difficiles. ➻➻ Rencontrer n’est pas facile. Les deux premiers groupes de frères arrivés au Maroc étaient venus pour témoigner de leur foi (le premier sens du « martyre »).

1 : Dès la fin du XIXème siècle au nord du pays puis dans tout le Royaume à partir des traités de Protectorat de 1912.

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s de Seillon , en 1929 à Fedala (Moh ammed

rchundi -Maria Le Le P. Jose ), ofm 96 18 683 (1

Le choix de l’humble service priant

ia)

Toutefois, ils le firent comme ils avaient l’habitude de prêcher en Italie. Leur témoignage n’était donc pas lisible et compréhensible par la population musulmane qui se savait croyante et ne pouvait accepter la non prise en compte de sa foi. Ces hommes étaient pourtant habités d’un vrai désir de vérité et d’oubli de soi. Mais ils nous montrent combien il est difficile de ne pas posséder l’autre et de le respecter en ce qu’il a de plus profond, à savoir sa foi, même si nous voulons lui partager de notre côté ce que nous avons de plus cher. Si nous souhaitons que l’autre nous accueille comme un frère et ne se contente pas de nous tolérer, encore faut-il que nous fassions de même au plus profond à son égard. ➻➻ Le signe de l’humble service priant. Après cette génération de martyrs, les frères et les sœurs firent le choix de l’humble service, non seulement des chrétiens les plus fragiles (prisonniers, mercenaires…) mais de tous ceux qui pouvaient avoir besoin d’un secours. Ceci fut pour ceux qui les rencontraient un signe et un témoignage éloquent. Ainsi, un vieil homme vint-il voir les frères de Marrakech, en 1652, demandant le baptême. Interrogé sur ses raisons il répondit qu’il avait été témoin des soupes populaires que les religieux distribuaient quotidiennement à la porte du couvent et qu’il avait été frappé par cette idée que la charité des chrétiens allait jusqu’à nourrir ceux qu’ils auraient dû considérer comme des ennemis2.

800 ans de rencontres

Sœurs franc iscaine

2 : D’après Henry Koehler, L’Église chrétienne du Maroc et la Mission franciscaine 1221-1790, Rabat, 1934, p. 100.

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Première méthode d’apprentissage de l’arabe dialectal

➻➻ La rencontre comme chemin de connaissance. Toutes ces générations qui nous ont précédés ont compris qu’il ne saurait y avoir de rencontre sans connaissance et apprentissage de la langue de l’autre. Le père Lerchundi, préfet apostolique de Tanger au XIXème siècle, écrivit ainsi la première méthode d’apprentissage du dialectal marocain. Il s’agit donc d’apprendre la langue de l’autre mais également de le connaître, lui, dans sa culture et dans sa foi. Le frère Jean-Mohammed Abd El-Jalil, musulman devenu chrétien et franciscain dans les années 1930, appelait ainsi les chrétiens à essayer de « comprendre l’islam de son point de vue à lui, du dedans autant qu’il se peut. » 3 Pour ce faire, nous ne saurions attendre que l’autre fasse un pas : en fidélité au Christ qui a fait tout le chemin pour venir à notre rencontre, c’est à nous de faire notre part du chemin mais également celle de nos frères d’islam qui, nés après nous, considèrent souvent tout connaître de nous. ➻➻ La rencontre passe par les amitiés et, finalement, par l’amour d’un peuple. Ces chemins de rencontres se sont tous tissés grâce à des amitiés avec les Marocains, des plus simples au Sultan dans certains cas. Sans amitié, il est impossible de traverser l’espace qui nous sépare. Mais cette amitié ne saurait en rester à la joie d’une belle relation.

Au Centre Saint-Antoine, à Meknès

3 : Jean-Mohammed Abd El-Jalil, « Liminaire » du N°51 de Recherches et débats du Centre catholique des intellectuels français (juin 1965), p. 8

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Le Père Charles-André Poissonnier, à Tazert (1897-1938)

Nécessairement, elle amène à prendre fait et cause pour l’autre, à lutter pour le respect de ce qui fait son être le plus profond (sa foi, sa culture, la singularité de son chemin de croissance) et, finalement, à l’espérer au-delà de lui-même et de ce qu’il est aujourd’hui : « Si nous prenons les hommes comme ils sont, nous les déconsidérons ; mais si nous les prenons comme ils devraient être, nous les aidons à devenir ce qu’ils peuvent être.4 » ➻➻ La rencontre est un chemin avant tout intérieur5. La rencontre de l’islam se révèle concrètement comme un grand exode intérieur vers la terre de l’autre, une Pâque spirituelle dans la lumière de Dieu qui fait ainsi de nous des éclaireurs pour l’Église universelle. Mais, comme toute marche au désert, elle est marquée par la solitude (peu de personnes comprenant le sens de cet appel), par la pure gratuité (comme le grain qui meurt sans donner de fruits visibles) et par la fréquente absence de sens apparent (nous savons que nous sommes appelés à ce chemin vers l’autre sans comprendre pourquoi). Au fond, cet exode vers et avec l’autre nous appelle à respecter toujours davantage les différences qui nous séparent de nos frères d’islam, tout en espérant toujours plus la révélation du sens que Dieu donne à ces différences-mêmes dans Son projet éternel. ➻➻ La rencontre comme chemin d’Église. Cet appel à la rencontre pourrait sembler propre à la famille franciscaine, lié à l’appel que saint François lança à ses frères de vivre sans « faire ni disputes ni querelles, mais en étant soumis à toute créature humaine à cause de Dieu et en confessant qu’ils étaient chrétiens.6 » Mais je crois qu’elle s’ouvre également à toute l’Église, la poussant à partager la joie profonde et sans limite de cette rencontre de foi où rien n’est

4 : Citation de Goethe souvent reprise par le frère Jean-Mohammed Abd El-Jalil pour illustrer le regard à porter sur les musulmans. 5 : D’où l’importance de la dimension contemplative de nos vies et de la présence des sœurs clarisses (tant à Casablanca depuis les années 1990 qu’à Rabat-Tazert entre 1935 et 2013). 6 : Règle Non bullée de l’Ordre des frères mineurs § 16 (de 1221).

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« Cela sent si bon l’Évangile ! »

saisissable mais où Dieu se dit au plus haut point, comme nous l’avouait un jour un prêtre de passage à Meknès : « Ce que vous vivez (dans la rencontre et le simple service des musulmans) est totalement fou, n’a aucun sens dans mes schémas théologiques… mais cela sent si bon l’Évangile ! ». Bienvenue donc à tous et à chacun sur ces chemins un peu fous du Seigneur des rencontres ! Fr Stéphane, ofm, Meknès

Le frère Stéphane nous propose 6 points pour rencontrer l’autre à l’école de François d’Assise au Maroc • Rencontrer n’est pas facile • Le signe de l’humble service priant • La rencontre comme chemin de connaissance de l’autre • La rencontre passe par les amitiés et, finalement, par l’amour d’un peuple • La rencontre est un chemin avant tout intérieur • La rencontre comme chemin d’Église

Et toi, ami lecteur, quel chemin empruntes-tu pour rencontrer l’autre, au Maroc ? Comment vis-tu la rencontre avec tes frères et sœurs musulmans ?…

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A

u nom de Dieu qui a créé tous les êtres humains égaux en droits, en devoirs et en dignité, et les a appelés à coexister comme des frères entre eux, pour peupler la terre et y répandre les valeurs du bien, de la charité et de la paix. Au nom de l’âme humaine innocente que Dieu a interdit de tuer, affirmant que quiconque tue une personne est comme s’il avait tué toute l’humanité et que quiconque en sauve une est comme s’il avait sauvé l’humanité d Imam Al-Tayyeb, Gran nçois et Ahmad à Abu Dhabi. 19, Le Pape Fra entière. Le 4 février 20 né une déclaration commune sig d’Al Azhar ont Au nom des pauvres, des personnes dans la misère, dans le besoin et des exclus que Dieu a commandé de secourir comme un devoir demandé à tous les hommes et, d’une manière particulière, à tout homme fortuné et aisé. Au nom des orphelins, des veuves, des réfugiés et des Au nom de la fraternité humaine... exilés de leurs foyers et de leurs pays ; de toutes les victimes des guerres, des persécutions et des injustices ; des faibles, de ceux qui vivent dans la peur, des prisonniers de guerre et des torturés en toute partie du monde, sans aucune distinction. Au nom des peuples qui ont perdu la sécurité, la paix et la coexistence commune, devenant victimes des destructions, des ruines et des guerres. Au nom de la « fraternité humaine » qui embrasse tous les hommes, les unit et les rend égaux. Au nom de cette fraternité déchirée par les politiques d’intégrisme et de division, et par les systèmes de profit effréné et par les tendances idéologiques haineuses, qui manipulent les actions et les destins des hommes. Ensemble n°150 - Avril 2019

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Document sur la fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune

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Au nom des orphelins, des veuves, des réfugiés et des exilés...

Au nom de Dieu et de tout cela...

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Au nom de la liberté, que Dieu a donnée à tous les êtres humains, les créant libres et les distinguant par elle. Au nom de la justice et de la miséricorde, fondements de la prospérité et pivots de la foi. Au nom de toutes les personnes de bonne volonté, présentes dans toutes les régions de la terre. Au nom de Dieu et de tout cela, Al-Azhar al-Sharif - avec les musulmans d’Orient et d’Occident -, conjointement avec l’Église catholique - avec les catholiques d’Orient et d’Occident -, déclarent adopter la culture du dialogue comme chemin ; la collaboration commune comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère. Nous - croyants en Dieu, dans la rencontre finale avec Lui et dans Son Jugement -, partant de notre responsabilité religieuse et morale, et par ce Document, nous demandons à nous-mêmes et aux Leaders du monde, aux artisans de la politique internationale et de l’économie mondiale, de s’engager sérieusement pour répandre la culture de la tolérance, de la coexistence et de la paix ; d’intervenir, dès que possible, pour arrêter l’effusion de sang innocent, et de mettre fin aux guerres, aux conflits, à la dégradation environnementale et au déclin culturel et moral que le monde vit actuellement. Nous nous adressons aux intellectuels, aux philosophes, aux hommes de religion, aux artistes, aux opérateurs des médias et aux hommes de culture Ensemble n°150 - Avril 2019


Solitude

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en toute partie du monde, afin qu’ils retrouvent les valeurs de la paix, de la justice, du bien, de la beauté, de la fraternité humaine et de la coexistence commune, pour confirmer l’importance de ces valeurs comme ancre de salut pour tous et chercher à les répandre partout. Cette Déclaration, partant d’une réflexion profonde sur notre réalité contemporaine, appréciant ses réussites et partageant ses souffrances, ses malheurs et ses calamités, croit fermement que parmi les causes les plus importantes de la crise du monde moderne se trouvent une conscience humaine anesthésiée et l’éloignement des valeurs religieuses, ainsi que la prépondérance de l’individualisme et des philosophies matérialistes qui divinisent l’homme et mettent les valeurs mondaines et matérielles à la place des principes suprêmes et transcendants. Nous, reconnaissant aussi les pas positifs que notre civilisation moderne a accomplis dans les domaines de la science, de la technologie, de la médecine, de l’industrie et du bien-être, en particulier dans les pays développés, nous soulignons que, avec ces progrès historiques, grands et appréciés, se vérifient une détérioration de l’éthique, qui conditionne l’agir international, et un affaiblissement des valeurs spirituelles et du sens de la responsabilité. Tout cela contribue à répandre un sentiment général de frustration, de solitude et de désespoir, conduisant beaucoup à tomber dans le tourbillon de l’extrémisme athée et agnostique, ou bien dans l’intégrisme religieux, dans l’extrémisme et dans le fondamentalisme aveugle, poussant ainsi d’autres personnes à céder à des formes de dépendance et d’autodestruction individuelle et collective. L’histoire affirme que l’extrémisme religieux et national, ainsi que l’intolérance, ont produit dans le monde, aussi bien en Occident qu’en Orient,

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ce que l’on pourrait appeler les signaux d’une « troisième guerre mondiale par morceaux », signaux qui, en diverses parties du monde et en diverses conditions tragiques, ont commencé à montrer leur visage cruel […]. Nous affirmons aussi que les fortes crises politiques, l’injustice et l’absence d’une distribution équitable des ressources naturelles […] ont provoqué, et continuent à le faire, d’énormes quantités de malades, de personnes dans le besoin et de morts, causant des crises létales dont sont victimes divers pays, malgré les richesses naturelles et les ressources des jeunes générations qui les caractérisent. À l’égard de ces crises qui laissent mourir de faim des millions d’enfants, déjà réduits à des squelettes humains - en raison de la pauvreté et de la faim -, règne un silence international inacceptable. Il apparaît clairement à ce propos combien la famille est essentielle, en tant que noyau fondamental de la société et de l’humanité, pour donner le jour à des enfants, les élever, les éduquer, leur fournir une solide morale et la protection familiale. Attaquer l’institution familiale, en la méprisant ou en doutant de l’importance de son rôle, représente l’un des maux les plus dangereux de notre époque. Nous témoignons aussi de l’importance du réveil du sens religieux et de la nécessité de le raviver dans les cœurs des nouvelles générations, […]. Le premier et le plus important objectif des religions est celui de croire en Dieu, de l’honorer et d’appeler tous les hommes à croire que cet univers dépend d’un Dieu qui le gouverne, qu’il est le Créateur qui nous a modelés avec Sa Sagesse divine et nous a accordé le don de la vie pour le préserver. […] C’est pourquoi nous condamnons toutes les pratiques qui menacent la vie comme les génocides, les actes terroristes, les déplacements forcés, le trafic d’organes humains, l’avortement et l’euthanasie et les politiques qui soutiennent tout cela. Ensemble n°150 - Avril 2019


Nous le demandons par notre foi commune en Dieu.

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Les religions n’incitent jamais à la guerre.

De même nous déclarons - fermement - que les religions n’incitent jamais à la guerre et ne sollicitent pas des sentiments de haine, d’hostilité, d’extrémisme, ni n’invitent à la violence ou à l’effusion de sang. Ces malheurs sont le fruit de la déviation des enseignements religieux, de l’usage politique des religions et aussi des interprétations de groupes d’hommes de religion qui ont abusé - à certaines phases de l’histoire - de l’influence du sentiment religieux sur les cœurs des hommes pour les conduire à accomplir ce qui n’a rien à voir avec la vérité de la religion, à des fins politiques et économiques mondaines et aveugles. C’est pourquoi nous demandons à tous de cesser d’instrumentaliser les religions pour inciter à la haine, à la violence, à l’extrémisme et au fanatisme aveugle et de cesser d’utiliser le nom de Dieu pour justifier des actes d’homicide, d’exil, de terrorisme et d’oppression. Nous le demandons par notre foi commune en Dieu, qui n’a pas créé les hommes pour être tués ou pour s’affronter entre eux et ni non plus pour être torturés ou humiliés dans leurs vies et dans leurs existences. En effet, Dieu, le Tout-Puissant, n’a besoin d’être défendu par personne et ne veut pas que Son nom soit utilisé pour terroriser les gens. Ce Document, en accord avec les précédents documents Internationaux qui ont souligné l’importance du rôle des religions dans la construction de la paix mondiale, certifie ce qui suit : ➻➻La forte conviction que les vrais enseignements des religions invitent à demeurer ancrés dans les valeurs de la paix ; à soutenir les valeurs de la connaissance réciproque, de la fraternité humaine et de la coexistence commune ; […].

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➻➻La liberté est un droit de toute personne : chacune jouit de la liberté de croyance, de pensée, d’expression et d’action. Le pluralisme et les diversités de religion, de couleur, de sexe, de race et de langue sont une sage volonté divine, par laquelle Dieu a créé les êtres humains. […]. ➻➻La justice basée sur la miséricorde est le chemin à parcourir pour atteindre une vie décente à laquelle a droit tout être humain. ➻➻Le dialogue, la compréhension, la diffusion de la culture de la tolérance, de l’acceptation de l’autre et de la coexistence entre les êtres humains contribueraient notablement à réduire de nombreux problèmes […]. ➻➻Le dialogue entre les croyants consiste à se rencontrer dans l’énorme espace des valeurs spirituelles, humaines et sociales communes, […]. ➻➻La protection des lieux de culte - temples, églises et mosquées - est un devoir garanti par les religions, par les valeurs humaines, par les lois et par les conventions internationales. […]. ➻➻Le terrorisme détestable qui menace la sécurité des personnes, aussi bien en Orient qu’en Occident, au Nord ou au Sud, répandant panique, terreur ou pessimisme n’est pas dû à la religion - même si les terroristes l’instrumentalisent - mais est dû à l’accumulation d’interprétations erronées des textes religieux, aux politiques de faim, de pauvreté, d’injustice, d’oppression, d’arrogance ; […] Il faut condamner ce terrorisme sous toutes ses formes et ses manifestations.

Si différentes sortes d’arbres peuvent pousser ensemble, pourquoi les peuples ne peuvent-ils pas faire de même ?

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Une invitation à la réconciliation et à la fraternité

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➻➻Le concept de citoyenneté se base sur l’égalité des droits et des devoirs à l’ombre de laquelle tous jouissent de la justice. C’est pourquoi il est nécessaire de s’engager à établir dans nos sociétés le concept de la pleine citoyenneté et à renoncer à l’usage discriminatoire du terme minorités […]. ➻➻La relation entre Occident et Orient est une indiscutable et réciproque nécessité, […]. ➻➻C’est une nécessité indispensable de reconnaître le droit de la femme à l’instruction, au travail, à l’exercice de ses droits politiques. […]. ➻➻La défense des droits fondamentaux des enfants à grandir dans un milieu familial, à l’alimentation, à l’éducation et à l’assistance est un devoir de la famille et de la société[…]. ➻➻La protection des droits des personnes âgées, des faibles, des handicapés et des opprimés est une exigence religieuse et sociale […]. En conclusion nous souhaitons que cette Déclaration : ➻➻soit une invitation à la réconciliation et à la fraternité entre tous les croyants, ainsi qu’entre les croyants et les non croyants, et entre toutes les personnes de bonne volonté ; ➻➻soit un appel à toute conscience vivante qui rejette la violence aberrante et l’extrémisme aveugle ; appel à qui aime les valeurs de tolérance et de fraternité, promues et encouragées par les religions ; ➻➻soit un témoignage de la grandeur de la foi en Dieu qui unit les cœurs divisés et élève l’esprit humain ;

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➻➻soit un symbole de l’accolade entre Orient et Occident, entre Nord et Sud, et entre tous ceux qui croient que Dieu nous a créés pour nous connaître, pour coopérer entre nous et pour vivre comme des frères qui s’aiment. Ceci est ce que nous espérons et cherchons à réaliser, dans le but d’atteindre une paix universelle dont puissent jouir tous les hommes en cette vie. Abu Dhabi, le 4 février 2019

Sa Sainteté Pape François Grand Imam d’Al-Azhar Ahmad Al-Tayyeb

La déclaration sur la fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune invite • à la réconciliation et à la fraternité entre tous les croyants, et plus généralement entre tous les hommes de bonne volonté ; • à rejeter toute violence, surtout si elle est commise au nom de Dieu ; • à aimer les valeurs de tolérance et de fraternité promues par les religions ; • à témoigner de la grandeur de la foi en Dieu ; • à un rapprochement fraternel entre Orient et Occident, entre Nord et Sud, et entre tous ceux qui croient que Dieu nous a créés pour nous connaître, pour coopérer entre nous et pour vivre comme des frères qui s’aiment ; • à rechercher ensemble la Paix universelle.

Et toi, ami lecteur, comment cette déclaration peut-elle guider ta rencontre des hommes de bonne volonté que tu côtoies chaque jour ? Comment, avec eux, bâtis-tu la paix universelle, dans la simplicité du quotidien ?

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Nouvelles du diocèse Agenda de l’évêque 15-16 avril 16 avril 20 avril 21 avril 22 avril 23 avril 24 avril 25 avril 26 avril 27-28 avril 30 avril 1-3 mai 4-5 mai 5 mai 10 mai 11 mai 12 mai 15-16 mai 18-19 mai 20 mai 25-26 mai 1-2 juin 2 juin 8-9 juin 8 juin 9 juin

Conseil presbytéral à Rabat Récollection des prêtres à Notre Dame de la Paix Messe Chrismale à Saint François à Rabat Veillée pascale à Casa Dimanche de Pâques à la Cathédrale Chapitre des Nattes des Franciscains à Rabat Visite à Ouarzazate Ouarzazate-Agadir Agadir Réunion des prêtres de la région Sud à Agadir WE des catéchumènes de 2ème année Réunion de prêtres de la région Rabat-Kénitra, à Saint François Bureau de l’Institut Al Mowafaqa Visite du Recteur Majeur des Salésiens à Kénitra WE des Bienheureux Martyrs d’Algérie à Rabat Messe à la Cathédrale : célébration de 40 ans de sacerdoce Conseil financier à Casa Confirmations à Mohammedia Confirmations à El Jadida Rencontre des Supérieurs Majeurs, à Notre Dame de la Paix WE du Renouveau, à Notre Dame de la Paix Confirmations à Casa Rencontre avec les prêtres jeunes de Catalogne Confirmations Fès-Meknès, à Meknès Week-end des vocations, à Notre Dame de la Paix Confirmations à Saint François – Rabat Week-end des catéchistes du catéchuménat Confirmations à Kénitra Confirmation à Rabat

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Elles nous ont quittés Sœur Colette Rouillard

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ée en 1922 à Paris, elle entre au noviciat chez les Franciscaines Missionnaires de Marie en septembre 1945. Elle obtient une licence en mathématiques à Paris : aller à la faculté en habit religieux, toujours à deux sous les regards des jeunes étudiants cela lui coûtait beaucoup mais elle a tenu bon pour le Christ. En 1953, la voilà envoyée à Meknès à l’école Notre Dame où elle a enseigné les mathématiques pendant 18 ans. En 1971, le Concile invite et presse les congrégations à aller vers les périphéries et la plus belle chose qui lui est arrivée, c’est d’avoir été engagée comme professeur de maths par l’Éducation nationale marocaine au Collège de Goulmima où elle a enseigné 15 ans dans des classes de quarante garçons… Ce furent les plus belles années de sa vie ! Cela a été pour elle le temps des grandes amitiés parmi les professeurs. Ses élèves lui ont donné la possibilité d’être elle-même pour eux et ont répondu à ce qu’elle avait déposé en eux en plus des mathématiques. À la fermeture de la fraternité de Goulmima, c’est à Ouarzazate qu’elle continue, toujours à l’Éducation nationale, puis c’est la retraite, et elle se met à la portée des jeunes adolescentes en leur apprenant à tricoter. En 1995, elle part à Martil à la bibliothèque Lerchundi où elle retrouve des jeunes étudiants, puis Agouim, et de nouveau Ouarzazate et Martil heureuse de revoir la mer et de vivre une vie simple, proche des petits, particulièrement des mendiants, des commerçants. À Meknès de 2010 à 2012 auprès des Franciscains, des jeunes à préparer au baptême, Colette continue de créer de belles amitiés, mais sa santé requiert une maison sans escaliers et c’est à Anfa qu’elle est accueillie en 2012. Peu à peu sa santé s’affaiblit. Au petit matin lundi 18 février 2019, Colette rejoint pour toujours son Seigneur, sans faire de bruit.

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ée en 1931 au pays basque en Espagne, Teresa entre au Noviciat de Pampelune en 1954. Elle est envoyée en Italie, puis à Lourdes et à Nantes. Enfin, le 8 novembre 1972 c’est la mission au Maroc… d’abord à Fès, puis à Oujda où elle entreprend des études d’aide soignante et d’auxiliaire puéricultrice qu’elle mettra en pratique à Rabat à la pouponnière du Centre des « enfants abandonnés » pendant 10 ans. Teresa, comme toutes les jeunes filles de son temps, a appris la couture en famille et ce don lui a permis de tenir l’atelier de broderie fine et blanche à Casa de 1984 à 1988. À cette date cet atelier ne pouvant plus fonctionner en raison de l’évolution du pays et de ses lois, Teresa se met comme cuisinière et chauffeur au service de ses nombreuses sœurs de la communauté d’Anfa. De 1990 à 2011, nous la retrouvons à Midelt, directrice de l’atelier de tapis, de tentures et de broderies. Le tour du Maroc, pour elle ne s’arrête pas là ! Ayant émis le désir d’être dans une région où elle connaît la langue, c’est à Martil qu’elle accompagne les femmes en coupe et couture, rend service à la communauté et toujours bon chauffeur, puis à Nador, au milieu des migrants avant de rejoindre Casablanca où elle est restée au service de la communauté et de ses sœurs dans la discrétion et la disponibilité totale comme gardienne dans la voiture au cas où il faudrait la bouger et garantie permanente du code de conduite pour le chauffeur ! Femme de prière, disponible, discrète, généreuse, joyeuse, Teresa nous a quittés sans bruit comme elle a toujours vécu le 17 février 2019. Elle venait d’avoir 88 ans.

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Elles nous ont quittés

Sœur Maria Teresa Carrera

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Sœur Jeanne Ferro

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ée en 1932 à Marseille, dans une famille émigrée d’Italie, en 1958, elle entre au noviciat puis elle est envoyée à Paris. De 1961 à 1968, elle est à Meknès, au pensionnat. En 1968, elle complète ses études de jardinière d’enfants à Paris, puis elle exerça à Marrakech de 1969 à 1974, et à Casablanca Anfa de 1974 à 1978… Les enfants ne s’y trompaient pas car elle savait les accueillir et les aimer. En 1979, c’est à Goulmima qu’elle accueille les enfants des ksours de la palmeraie, non dans les grandes structures mais dans les locaux et la simplicité de la vie quotidienne… En 1983, à la fermeture de la fraternité, elle est envoyée à Khouribga où elle s’engage dans une Association qui lui confie la coordination de tous ses jardins d’enfants. En 1986, à Ouarzazate Jeanne prend soin des enfants, des plus petits, soutenant aussi les jeunes jardinières d’enfants d’une école de Jeunesse et Sports. L’évolution du pays et sa santé ne lui permettent plus d’exercer dans les structures ; c’est alors qu’elle trouve son refuge et son repos dans le jardin… ayant la « main verte » les salades, les blettes n’hésitent pas à pousser et les plantes grasses à l’émerveiller. Elle accueille les touristes et fait du soutien scolaire à domicile. Jeanne était une sœur avec laquelle il était agréable de vivre. Elle avait toujours le sourire agrémenté d’un peu d’humour dû à son tempérament méridional. En communauté elle savait relativiser les choses et ne pas dramatiser ; elle était simple, amie de tous ; cependant les enfants, les petits, les plus pauvres étaient chez eux dans son cœur ! Jeanne a toujours été présente avec justesse dans le monde comme dans la mission : « Je suis là où je dois être » disait-elle.

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❝ Serviteurs

Denier de l’Église 2019

de l’espérance grâce à notre contribution. ❞

L’Église au Maroc assure ses missions grâce à la générosité des fidèles : cette contribution financière versée mensuellement ou annuellement par les catholiques à leur diocèse est destinée à assurer la vie matérielle des prêtres et agents pastoraux (émoluments et couverture sociale).

• Par chèque

• Par paiement sécurisé en ligne

à l’ordre de : « Archevêché de Rabat ».

sur le site de l’archevêché.

http://www.dioceserabat.org/dons.

• En espèces sous enveloppe avec l’inscription « dîme » ou « denier » à glisser dans la quête ou à remettre au curé de ma paroisse.

Le bulletin Ensemble est au service du lien dans notre diocèse. À raison de 5 numéros par an, il vous donne à voir la vie des communautés chrétiennes, du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest. Il élargit notre regard à la rencontre du Maroc et de ses habitants, mais aussi de l’Église en Afrique du Nord et de l’Église universelle. Vous pouvez envoyer témoignages, nouvelles et photos à

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la messe À la sortie de

À l’institut Mo hammed

VI, chant inter religieux

Un arganier est offert par l’association Marocains pluriels

Devant la nonciature, attendu par des élèves de l’ECAM (Enseignement Catholique au Maroc)

Sur l’esplanade de la Tour Hassan

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Ensemble n°150 - Avril 2019  

800 ans de rencontres islamo-chrétiennes

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