Issuu on Google+

Mercredi 4 juillet 2012 © Raymond Cauchetier - Paris

N’ 116

Court toujours ! Journal du 35ème Festival du Film Court en plein air de Grenoble

EDITO

AUJOURD’HUI

Parce que le court en dit long, et qu’on ne sera jamais à court de courts, voilà maintenant 35 ans qu’on court après le court, qu’on courtise le court et cette aventure, nous ne sommes pas prêts de l’écourter ! Au programme : des courts sous toutes les coutures et des courts hauts en couleurs ! La compétition : quand les courts concourent. Nuit Blanche... la nuit sera courte. Atelier enfants : laisser libre cours à son imagination. Séance enfants, dans la cour des grands. Forums et rencontres, pour ne pas couper court à la discussion. Films clandestins érotiques : riches en court-isanes. Un court un long... quand le court se fait long. Atelier d’analyse de films : le court laisse place aux cours. Regards, hors compétition : jamais à court de courts. Nocturnes : courts du soir. Patrimoine, quand on remonte le cours du temps. Vues d’en face, longue vue sur le court.

09h - 12h : Stage d’analyse de films (suite &fin) 09h - 12h / 14h - 17h30 : Atelier de réalisation pour les enfants animé par Paul Petit 14h30 - 16h : Séance patrimoine Courts métrages d’animation japonais à l’ère du muet 16h30 - 18h30 : Carte Blanche au Festival Vues d’en face 18h30 - 19h30 : Débat avec les réalisateurs / place St André 20h30 - 22h : Films en compétition / salle Juliet Berto 22h00 - 23h30 : Films en compétition / place St André 23h30 : Porteur d’Hommes (Grand Prix 2011) Minuit : Films clandestins muets des années 20, soft et hard (interdit au moins de 18 ans)

Sans vouloir vous prendre de court, il ne vous reste qu’à accourir... Parce que, trêve de plaisanteries et autres jeux de mots, tout ça, c’est du sérieux ! Lena

La television est un meuble. Le cinema, un Art. Jean-Luc Godard

Cérémonie d’ouverture du Festival hier à la salle Juliet Berto


Inconscient & cinéma : un court-métrage surréaliste Feuilleton 2/5 1929. Une date importante dans l’histoire de l’économie mondiale. Mais une date aussi cruciale dans l’évolution du surréalisme. Luis Buñuel réalise, à partir d’un scénario écrit par ses soins et ceux de Salvador Dali, le court-métrage Un Chien andalou. Celui-ci, premier film de ce courant artistique renommé, est considéré de fait comme le film surréaliste par excellence. C’est un rêve du peintre qui inspira ce court-métrage, dans lequel les éléments propres aux manifestations de l’inconscient fourmillent (cadavre d’âne sur un piano, milliers d’insectes sortant d’une main...). Rappelons que le courant surréaliste se développe en parallèle de la psychanalyse, qui influence de façon considérable ces artistes, lancés à la recherche de moyens d’exploration de la psyché.

Les deux artistes travaillent à l’élaboration de leur scénario sur le mode du célèbre jeu du cadavre exquis, se plaçant ainsi dans la lignée des techniques prisées par les écrivains surréalistes, et non moins connues, de l’écriture automatique et de l’hypnose. Dans les trois cas, le résultat est le même : un texte pour le moins incohérent, puisque libéré de toute censure de la raison. Aux Cahiers du Cinéma, Buñuel confie en 1993 : « Nous travaillions en accueillant les premières images qui nous venaient à l’esprit et nous rejetions systématiquement tout ce qui pouvait venir de la culture ou de l’éducation ».

Le choix d’un court-métrage semble alors judicieux : comment mieux représenter la logique du songe, qu’en réalisant un film court ? Si on ne peut se permettre de recréer un rêve en temps réel (puisque sa durée est de l’ordre de quelques secondes), les quelques minutes d’un court-métrage offrent un système quasi sur mesure pour retranscrire tout l’illogisme et la fugacité de cette expérience psychique! Laure

Erotisme & clandestinité... Au XVIIe siècle, la tragédie classique devait obéir à de nombreuses contraintes, et en particulier à celle de la bienséance : aucune scène de violence ou de sexe n’était tolérée, afin de ne pas choquer le public. Trois cents ans plus tard, naissance d’un nouvel art, le Septième, qui connaît une censure similaire quant à la présence de scènes érotiques. Au début du XXe siècle, violence et sexualité sont prohibées, et les premières scènes à caractère sexuel qui apparaissent au cinéma ne sont donc que de courte durée et évidemment très soft à nos yeux contemporains que plus rien ne choque. Un cinéma souterrain se développe alors dans les maisons closes, en toute illégalité... La séance de minuit du Festival vous permet ce soir de découvrir quelques-uns de ces films interdits, dans une projection nocturne de 50 minutes (interdite aux mineurs) à l’ambiance sensuellement provocante. Provenant de la Cinémathèque de Toulouse, qui leur a consacré une projection dans le cadre de l’évènement « Films interdits » du 6e Festival Zoom Arrière en mars 2012, ces courts s’intitulent Photographie d’une étoile, La Nouvelle Secrétaire, Lèvres collées, Flirt en chemin de fer, La Coquette domestique, The Casting Couch, Le Bain des dames de la cour, Au revoir et merci et Agenor fait un levage. Des titres pour le moins subtils, en comparaison de la vulgarité affichée que l’on peut parfois trouver de nos jours. Si leur priorité d’alors n’était certainement pas esthétique, l’évolution qu’a connue ce genre et le caractère désuet de ces courts-métrages leur donnent aujourd’hui une nouvelle dimension, plus artistique. Une bonne occasion, donc, Laure

Et demain ? 14h 30- 16h30 : Premier court / Premier long d’Alain Gomis 16h30 - 18h30 : Séance «Morceaux Choisis» avec le GREC 18h30 - 19h30 : Débat avec les réalisateurs (prg 2) 20h30 - 22h : Films en compétition (prg 3) / salle Juliet Berto 22h00 - 23h30 : Films en compétition (prg 3) / place St André

L’eûsses-tu cru ? Le Festival en plein air de Grenoble est le plus ancien festival consacré aux films courts en France ! La première édition date de 1978, à l’initiative de passionné de cinéma réunis autour de Michel Warren (alors Président de la Cinémathèque).


Compétition en cour(t)s Love at First Sight

BAO

Drôles et touchantes, les nombreuses tentatives d’un jeune homme fraîchement arrivé dans son nouvel appartement, pour attirer le regard de sa belle voisine de balcon, qui ne semble pas lui porter beaucoup d’attention. Humour anglais au rythme des guitares espagnoles : effet garanti !

Un train, un accident. Un récurrent au cinéma, mais d’animation renouvelle, en lui belle intensité grâce au jeu

- Mark Playne -

- Sandra Desmazières -

thème assez que ce film donnant une des couleurs.

Chimères

- Ragnar Chacin -

Tête à tête

- Virginie Boda -

Lui travaille au garage pour faire vivre sa jeune mère et ses frères et soeurs ; elle est prisonnière d’un père célibataire trop protecteur. Les deux adolescents espèrent que leur amour pourra les emmener loin de cette vie. Mais la réalité les rattrape, amère et violente. Un court-métrage qui sonne juste et ne peut laisser indifférent.

Cuando sea grande

- Jayro Bustamante -

Rien de plus sincère qu’une amitié de petites filles. Jusqu’à ce que l’argent n’entre en jeu, ne corrompe l’innocence enfantine, ne laisse des traces indélébiles.

Une déambulation absurde, faite d’illusions et de folie. Une femme. Une ville. Un jardin. L’impression d’un premier contact avec la nature et le monde environnant. Découverte. Rêverie. Fantasme. Une balade irréelle.

Un corps provisoire

- Djamila Daddi-Addoun -

Une voix-off, comme une litanie. Le sujet reste mystérieux. De l’obscurité jaillissent des formes indéfinies, des lumières brunes. On reconnaît peu à peu un corps en mouvement, un corps de boxeuse. Recherche d’énergie, recherche d’attitude dans le sport, dans la vie.

L’avenir c’est aujourd’hui - Anne Zinn-Justin -

Agnieszka

- Isabelle Bartosik -

Enfant, on ne l’est plus à partir du moment où quelque chose vient chambouler la simplicité de la vie. L’élément déclencheur, pour Agnieszka, c’est le départ de sa mère. Son existence est alors teintée de solitude. Une belle bande-son et des graphismes sombres pour ce film animé tout en poésie.

1981. Alors que ses parents sont fondamentalement anti-socialistes, la jeune Claire croit éperdument en la campagne de Mitterrand. Elle rencontre Marc, dont les propos communistes l’agaçent et l’attirent. Un écho intéressant au mois de mai 2012. Laure

Rétrospective sur le Premier Jour de Festival Etonnant qu’aucun réalisateur n’ait décidé de mettre en pellicule l’ouverture du Festival. Ce serait un format court, évidemment. Un film à succès, assurément. On pourrait l’intituler Un Jour sans Fin, ou Le jour le plus long du monde. Scénario... Ca commence par un long travelling, rue Hector Berlioz. On voit arriver l’équipe de la Cinémathèque au compte-goutte. Ils ne réalisent pas encore très bien qu’aujourd’hui, c’est le grand jour. Des bruits de cafetières, de doigts qui clapotent sur un clavier, un T-shirt qu’on déplie. Et puis, tout doucement, l’émulsion commence à prendre. L’équipe-caméra arrive, les journaux sont prêts pour l’impression, on déroule le tapis rouge. Le rythme de la bande-son s’emballe. Tous les bénévoles sont là ? Zoom sur l’uniforme à l’effigie de Méliès. MIDI ! Une colonie de fourmis rouges se déversent dans les restaurants du centre-ville, en vue de prendre des forces pour le reste de la journée. Au premier plan, l’équipe de «Court Toujours!» qui discute interviews et édito. En arrière-plan, on distingue Guillaume Poulet et Antarès Bassis qui partagent des crevettes épicées, pour faire face à la pression qui commence à monter. L’un d’eux boit une bière, mais lequel  ? Le mystère reste entier. Flash-forward : c’est le milieu de l’après-midi. Gros plan sur chaque réalisateur et juré qui arrive (note du scénariste : penser à les faire apparaître comme guest-stars à la distribution). Rebondissement dans l’intrigue : il n’y a plus d’encre dans les imprimantes, et les bulletins de vote ne sont toujours pas imprimés ! Twist magistral, on échange deux cartouches de tonner. 19h30 : on arrive à la fin du scénario. Les spectateurs commencent à affluer devant la salle Juliet Berto, et ils sont tout sauf figurants. Petite ellipse de temps, c’est 22h, la place St André est bondée. Un dernier flash sur le pot d’ouverture à la Maison de l’International, plan serré sur tous les protagonistes, et fondu au noir... FIN. Julie


Entretien avec... Vues d’en face Cet après-midi, c’est Carte Blanche à Vues d’en face, le Festival International du Film Gay et Lesbien de Grenoble, qui prend place chaque année au cinéma Le Club. Jean Dorel & Lauriane Leroy reviennent pour nous sur les 11 ans de l’association, la collaboration avec la Cinémathèque, la thématique LGBT dans le bassin grenoblois et bien d’autre choses encore...

Pourriez-vous décrire en quelques mots la mission du Festival Vues d’en face ?

Quels ont été les critères retenus pour monter la sélection proposée aux festivaliers ?

C’est une mission très simple : montrer des films à tous les publics en général, mais en particulier à des publics cinéphiles ; leur montrer des films qu’ils ne peuvent pas voir ailleurs, dans un cadre extrêmement festif, convivial et cinéphilique. Depuis 2002, on montre beaucoup de films, dont 117 courts-métrages. A cela s’est ajouté un programme entier de 16 courts-métrages.

On avait déjà imaginé ce que l’on pourrait proposer parmi les courts-métrages que l’on a projetés depuis les débuts de notre festival. Le premier critère pour choisir ces films était la parité : trois films gays et trois films lesbiens. Il fallait qu’ils soient internationaux, de tous genres, de tous types. C’est vraiment une offre très générale, tout en restant spécifique à Vues d’en face.

Qu’est-ce qui vous a, personnellement, amené à participer à Vues d’en face ? La cinéphilie, l’amour du cinéma. Ce cinéma-là, on ne le trouve pas en circuit classique, il faut lui offrir une visibilité, il faut se battre pour lui. Nous faisons parfois nous-mêmes les sous-titres, parce que ce sont des films qui ne sortent jamais. Les relations entre les festivaliers et les participants de l’association sont amicales. C’est très familial !

Ce n’est pas votre première collaboration avec la Cinémathèque. Comment avez-vous reçu la proposition de carte blanche de la part de la Cinémathèque ? C’est l’inverse, c’est nous qui avons fait la proposition. On travaille avec la Cinémathèque depuis 2008 ; c’était à l’époque Michel Warren qui en était le président. Nous avons toujours été proches de ces personnes. A l’époque, l’idée était de passer un court et un long métrages en amont du Festival du film court. La collaboration s’est poursuivie, notamment pour notre 10e édition, pour laquelle Guillaume Poulet et Benoît Letendre ont proposé que, chaque 10 du mois, on passe un film gay-lesbien et que l’on en discute. Cette année, nous avons donné l’idée d’une séance consacrée à ce cinéma.

11e édition de Vues d’en face, cette année : avezvous constaté une évolution au niveau du public ? Il y a forcément des évolutions, déjà du côté de l’offre de films que l’on diffuse, avec l’évolution de certaines lois et de certaines thématiques. On commence aussi à avoir de l’animation, des films de genre, etc. Du côté du public, c’est la même chose. Plus ça va, plus le public est large et ouvert. Le cinéma devient presque plus important que l’orientation en elle-même. C’est la réputation fabuleuse que nous sommes en train d’acquérir qui amène les gens à Vues d’en face ! Le public reste peut-être majoritairement gay, mais nous allons discuter avec les spectateurs dans les files d’attente et reconnaissons des personnes que l’on voit au Méliès, à la Cinémathèque. On se rend compte qu’on acquiert une crédibilité pour tous les publics, pas seulement pour le public gay-lesbien-bi-trans. C’est plutôt intéressant pour nous, car notre objectif est d’ouvrir le Festival Vues d’en face à une audience la plus large possible, quelle qu’elle soit. D’autres festivals gays-lesbiens dans la région, notamment celui de Saint-Etienne, visent essentiellement le public militant ; ils le revendiquent. Ce n’est pas notre cas : on fait un festival cinéphile, selon nos goûts. Lyon, n’en parlons pas. Mais on n’est pas jaloux ! (rires)

Si vous pouviez choisir un mot pour résumer la collaboration entre les deux festivals ? Sympa, l’ambiance ! (rires). Fructueuse.

Le film préféré du public hier soir : Ce n’est pas un film de cow-boys de Benjamin Parent. EQUIPE DU JOURNAL Directeur de publication : Guillaume Poulet Redaction : Julie Jarrand, Marion Lauras,

Dimitri Laronde, Laure Massol

Responsable web : Dimitri Laronde Conception graphique : Julie Jarrand

festivalcourtmetrage.wordpress.com

PARTENARIATS Le Mix // 4 place des Gordes Le Dix Vins // 2 avenue Felix Viallet La Table Ronde // 1 Rue d’Agier La Côtelette // 5 rue Renauldon L’autre Table // 7 Place St André Flam’s // 14 Rue Chenoise Le BBQ // 4 Place de Gordes Bacetto // 1 Place St André


Journal "court toujours" du mercredi 4 juillet 2012