Issuu on Google+

Œuvres Educatives Obres Educatives Maristes L’Hermitage

8 Avril 2010

1 à la une De nouveaux outils au service de la mission mariste dans nos œuvres éducatives (II)

G. Gabriel Villa-Real

Rêver d'un projet commun pour l'avenir

T T

el est précisément le défi que l'EPSH (Équipe de Planification Stratégique l'Hermitage) essaie de relever, en imaginant l'avenir et en y rêvant ensemble, en visant à construire un projet commun pour animer et gérer toutes les œuvres éducatives (scolaires et sociales) de notre Province, prenant en compte les nuances qui résultent des différents contextes où nous nous trouvons. Une même dynamique pour avancer ensemble et construire la Province.

Rêver Nous sommes conscients de la réalité des œuvres maristes de la Province dans leur ensemble et aussi des divers contextes concrets où elles se situent. Nous avons constaté les nombreuses "forces" internes de ces œuvres (scolaires et sociales), fruit de l'effort constant de tant de frères et de laïcs qui, de génération en génération, ont bâti et enrichi l'héritage dont nous sommes aujourd'hui témoins. Nous avons pu aussi analyser les "faiblesses" internes de nos œuvres ; elles doivent être pour nous des motifs d'encouragement à continuer de travailler chaque jour en regardant l'avenir avec optimisme. Pour cet exercice d'analyse et de réflexion, les contextes eux-mêmes dans lesquels nous évoluons nous donnent aussi des pistes pour lire notre réalité. Et l'environnement européen, commun à toutes nos œuvres, aussi bien que les environnements particuliers des pays où nous sommes, nous apportent des éléments sous forme d'"opportunités" et de "menaces" dont il nous faut tenir compte. Comme résultat de cette analyse, 16 lignes de vision ont été définies, 16 défis qui nous indiquent l'horizon jusqu'à l'année 2015. Ces lignes sont rédigées sous forme de "souhaits", et cela, loin de nous porter à la naïveté, doit nous pousser à chercher et à mettre en place les moyens nécessaires pour les réaliser.

1


1.Nous voulons des œuvres attentives aux besoins des enfants et des jeunes, où ils se sentent accueillis, écoutés et reconnus. 2.Nous voulons des œuvres où les parents, premiers éducateurs de leurs enfants, se sentent écoutés et accompagnés et participent activement à l'éducation de leurs enfants. 3.Nous voulons des œuvres ouvertes au monde et à ses transformations, sensibles aux plus nécessiteux, attentives à donner les normes nécessaires à la construction de personnes solidaires, à l'esprit critique face à la société d'aujourd'hui, respectueuses de la nature, artisans de leur propre éducation et travaillant pour une plus grande justice sociale. 4.Nous voulons des œuvres qui prennent en compte la dimension globale de la personne sans oublier sa sensibilité spirituelle, qui facilitent la découverte et l'approfondissement du message d'amour de l'Évangile, où les enfants et les jeunes témoignent des valeurs maristes et vivent leur foi avec une ouverture à l'œcuménisme. 5.Nous voulons des œuvres dans lesquelles soit reconnue une communauté chrétienne qui vit de la foi, en témoigne, la célèbre, l'exprime et qui soit entraînante pour la communauté éducative. 6.Nous voulons des œuvres qui favorisent l'identification de tous les membres de la communauté éducative avec les traits du charisme mariste de Marcellin Champagnat. 7.Nous voulons des œuvres où soit vécue la coresponsabilité entre frères et laïcs, à tous les niveaux. 8.Nous voulons des œuvres attentives à la formation continue de leurs éducateurs et éducatrices afin qu'ils accomplissent une action pédagogique innovatrice et de qualité. 9.Nous voulons des œuvres où l'on soigne la formation à l'esprit et à l'identité maristes de leurs éducateurs et éducatrices, inspirées par l'exemple de Marie : présence, écoute, disponibilité et esprit de famille. 10. Nous voulons des œuvres capables de former leurs futurs leaders, où soit favorisée l'implication des personnes dans une action éducative et pastorale en harmonie avec les temps actuels. 11. Nous voulons des œuvres où soient garanties leur viabilité économique et leur durée. 12. Nous voulons des œuvres où se développe la capacité de collaboration et d'échanges entre les différents organismes et œuvres (scolaires et sociales) de chaque pays, qui s'enrichissent à partir de leur réalité propre et de la dimension européenne de la Province. 13. Nous voulons des œuvres où se développent des stratégies de soutien aux directeurs responsables et qui suscitent en eux le sentiment d'appartenance. 14. Nous voulons des œuvres qui soient des lieux de transmission du charisme de Marcellin Champagnat et de l'universalité de son message. 15. Nous voulons des œuvres qui soient un modèle de référence pour les institutions éducatives et religieuses, avec une identité mariste propre, innovatrice et reconnue par sa qualité éducative et par la qualité de sa gestion. 16. Nous voulons des œuvres ouvertes aux apports des institutions civiles et religieuses de notre entourage avec lequel nous sommes en relation.

Projet commun Élaborer un Plan stratégique pour l'ensemble des œuvres éducatives, scolaires et sociales, de notre Province de l'Hermitage, tel est le travail que le Conseil provincial a donné à l'EPSH (Équipe de Planification Stratégique l'Hermitage). Un plan qui soit capable d'unir les efforts et d'harmoniser les stratégies, capable de nous aider à penser et à réfléchir ensemble et, ce qui est peutêtre le plus important, capable de nous aider à construire ensemble. Tout cela, dans le but de garantir et rendre viable la mission mariste dans nos œuvres éducatives, scolaires et sociales.

2


Ainsi donc, une fois définie la vision et par là l'horizon à atteindre, six axes communs ont été précisés pour l'ensemble des œuvres éducatives de la Province.

Atteindre la VISION

EEP-05 Vivre le message de l’Évangile dans la vie quotidienne et mener à bien des actions pastorales attrayantes et ouvertes pour transmettre l’Évangile aux jeunes en y impliquant toute l’équipe éducative.

VALEUR

EEP-04 Sensibiliser les équipes éducatives pour réaliser des projets d’attention personnalisée aux élèves et aux jeunes, avec priorité à ceux qui ont des difficultés (au plan éducation, social, affectif, etc.)

DESTINATAIRES

EEP-02 Mettre en marche un modèle de gestion provinciale, basé sur la planification stratégique et adapté à la réalité de chaque pays, en le dotant des outils nécessaires à une amélioration continue de la qualité éducative.

EEP-01 Création d’une structure provinciale de frères et de laïcs qui assure la mise en place et le suivi dans chaque pays d’un organe spécifique reconnu, opérationnel, compétent dans la gestion et l’animation effectives des œuvres.

EEP-06 Planifier à court et moyen terme le financement et l’optimisation des ressources de nos œuvres pour assurer leur viabilité.

PERSONNES

EEP-03 Mise en place d’un plan de formation mariste commun à toute la Province adaptable à chaque pays dans le but de susciter la création dans chaque pays et en chaque œuvre d’une équipe « noyau » veilleur et garant de l’esprit mariste.

PROCESSUS

CARTE STRATÉGIQUE

Développer la MISSION

Six axes qui nous tracent la feuille de route des années à venir, pour lancer de manière décidée l'action socio-éducative et évangélisatrice de nos œuvres éducatives.

Pour l'avenir Dans la ligne du XXIème Chapitre général, ce Plan nous fournira des outils pour continuer à avancer dans la coresponsabilité, frères/laïcs, au sein de nos Œuvres Éducatives et pour veiller à ce que nos Œuvres deviennent de plus en plus évangélisatrices et prêtent une attention préférentielle aux enfants et aux jeunes les plus nécessiteux. Une relation nouvelle entre frères et laïcs, hommes et femmes, basée sur la communion, cherchant tous ensemble une plus grande vitalité du charisme mariste pour notre monde. « Nous approfondissons notre estime de la coresponsabilité comme un élément de développement de la vie, de la spiritualité et de la mission mariste ». Une présence fortement significative parmi les enfants et les jeunes pauvres. Nous voulons voir le monde avec les yeux des enfants et des jeunes pauvres afin de changer ainsi nos cœurs et nos attitudes comme l'a fait Marie. Nous nous sentons poussés à agir dans l'urgence afin de trouver des manières nouvelles et créatives pour éduquer, évangéliser et défendre les droits des enfants et des jeunes pauvres, en étant solidaires avec eux. Nous affirmons que l'évangélisation est le centre et la priorité de nos actions apostoliques, en proclamant Jésus-Christ et son message (Mendès).

3


2 expériences RENCONTRE DES CHEFS D'ÉTABLISSEMENTS ET DES RESPONSABLES DE LA PASTORALE DE LA PROVINCE DE L'HERMITAGE Neus Muñoz et Núria Francisco

LL

a deuxième rencontre des chefs d'établissements et des responsables de la Pastorale de la Province de l'Hermitage a eu lieu au Monastère de Les Avellanes les 3, 4 et 5 février derniers. Elle a débuté d'une manière informelle au moment du repas, où nous avons fait la connaissance des visages nouveaux ou déjà connus des participants de différents pays de la Province : France, Hongrie, Grèce, Catalogne.Mais, c'est à 17 heures que la rencontre a démarré officiellement dans la salle Champagnat. Ses objectifs étaient : la présentation des expériences éducatives, pastorales et sociales et le partage de la richesse de différentes réalités de la Province. À cet égard, nous avons été informés de quelques activités: 1.Forum Européen Mariste sur l'évangélisation et sur l'attention aux plus délaissés (Valladolid, 2009). Ont participé à cette rencontre 70 frères et laïcs des 5 provinces d'Europe, dont 14 appartenant à la province de l'Hermitage. Ce forum avait comme objectif la réflexion sur la réalité et les besoins de nos jours par rapport à l'évangélisation et l'attention aux plus démunis, et la recherche des voies pour mener à bien la mission mariste. 2.École " Szent Pál " (Karcag, Hongrie). C'est un des participants provenant d'Hongrie qui a fait cette présentation. La réalité de cette école est très particulière parce qu'elle appartenait auparavant à la commune. Elle est située dans un milieu social à majorité protestante où il n'y avait aucune présence de communautés religieuses. Les frères ont été bien accueillis dans cet établissement de la part des enseignants. Le Fr. Miquel Mont a présenté leur tâche et leurs expériences qu'on juge très positives. 3. 20e Anniversaire de la Convention des Droits des Enfants. Au long du premier trimestre de la période scolaire 2009-2010, les écoles et les œuvres sociales de Catalogne ont réalisé des activités communes pour fêter le 20e anniversaire des Droits des Enfants. Elles se sont développées

4


en deux phases : d'abord un travail préalable dans chaque centre suivi d'un rassemblement des représentants de tous les établissements lors de l'anniversaire. Cette expérience a été très positive ; elle a vraiment favorisé l'épanouissement et le partage des enfants et des jeunes de nos écoles et de nos œuvres sociales. 4. Projet « Burkina Faso » (Marseille). Ce projet est le fruit de la réflexion à l'égard d'un programme de solidarité adapté aux élèves du lycée. Son but est le partage solidaire au-delà des frontières. Pour y aboutir, deux types de projets ont été envisagés. Le premier est assumé par les élèves du lycée, accompagnés des professeurs. Ils doivent aller au Burkina Faso et travailler sur place avec les enfants de la rue, exposés à toute sorte d'exploitation. Le deuxième projet comprend la construction d'une école au Burkina Faso avec la collaboration de l'école catholique de Marseille. 5. Atelier « » (Néa Smyrni, Athènes). Les participants de cet établissement ont présenté des activités réalisées sur le thème de l'année ayant pour but le contact direct des élèves avec les idées et les valeurs qu'on veut transmettre depuis l'école. Ces activités se sont développées dans le cadre du Réseau d'Innovation Scolaire et elles se sont adressées aux élèves du primaire, du secondaire et du baccalauréat. Les élèves du secondaire sont les administrateurs du blog http:// zisemianeaepoxi.blogspot.com/ et du site web http:// sites.google.com/site/zisemianeaepoxi/. Après la projection d'une vidéo sur les valeurs et les vertus nécessaires pour bâtir un monde nouveau, les élèves du secondaire et du baccalauréat ont écrit leurs réflexions, propositions ou rêves sur une feuille de platane construite en papier. Chacune de ces feuilles a été fixée sur des arbres imaginaires d'une petite forêt à l'entrée de l'école, où tout le monde pouvait lire les messages. Une autre activité a été l'enregistrement d'une chanson sur un CD avec la collaboration du chœur de l'école et du groupe " Galliards ", composé d'anciens élèves du Lycée Léonin de Néa Smyrni et d'un professeur de religion, lui aussi ancien élève. On a profité de la dynamique de quelques cours (littérature, religion, langue, art), pour offrir aux élèves l'occasion de s'exprimer sur ce thème de la pastorale avec des textes, de petits poèmes ou des dessins, et les accrocher ensuite au bloc ou au site web. La journée s'est terminée par une agréable veillée animée par des chansons, en partageant des produits typiques de différents pays. La deuxième journée a d'abord été consacrée à l'information sur le XXIe Chapitre général qui s'est déroulé à Rome en septembre et octobre 2009. Quelques aspects remarquables comme la longue préparation préalable pour la part de différentes communautés, équipes ou groupes maristes ; les cinq semaines de rencontre, de travail, de réflexion et de recherche, de prière et de discernement pour orienter ensemble, frères et laïcs, l'avenir mariste jusqu'à l'année 2017. On a souligné l'ambiance de fraternité et comment les délégués ont pu partager les réalités et les cultures si différentes. La disposition des tables et la dynamique des groupes de travail ont favorisé à cet égard, le dialogue et le partage de tous les participants. Pour compléter cette information, on a visionné le message du nouveau Supérieur général, Fr. Emili Turú. C'est un message adressé aux différents niveaux de la famille mariste : frères aînés, frères d'âge mûr, frères jeunes ou en formation, laïcs maristes…, qui nous encourage tous à cheminer en hâte, à la manière de Marie dans la Visitation. Après cet exposé on a commencé le travail des ateliers. Ils étaient nombreux et variés. Les voici : Les droits des enfants dans l'école - L'intégration de la Pastorale des jeunes dans l'école - La médiation scolaire - L'éducation pour le développement - L'accueil et l'intégration des élèves immigrants - La gestionmission dans le milieu scolaire - La mise au point des qualités dans l'éducation - Le projet ESPAROLE. Chaque participant devait en choisir deux.

5


L'après midi, on a présenté " Les Avellanes : 100 ans de vie nouvelle avec les Maristes ". Ce centenaire de la présence mariste a débuté le 2 janvier, date de la fondation de l'Institut des Frères Maristes, et il sera clôturé le 2 janvier 2011. Les participants ont pu voir aussi le logo, l'affiche et une préparation audiovisuelle racontant, d'une voix imaginaire d'un passé lointain, les événements remarquables de la vie du monastère : des visages suggestifs, des pierres pleines d'histoire, des frères et des laïcs motivés davantage par la célébration de cet anniversaire. L'actualité et l'avenir de la mission et de la gestion des œuvres maristes a été le thème mis en relief par le Fr. Gabriel Villa-Real. Après avoir rappelé les rencontres de Campinas (2006), Mendes (2007), Guatemala (2009) Rome (2009) et leurs activités, il a présenté la réalité complexe des provinces restructurées, le modèle de gestion familiale, la présence décisive des laïcs dans nos œuvres… qui nous pousse �� chercher des outils d'évaluation et d'amélioration vers l'avenir. Il a proposé un modèle de gestion stratégique. Un programme dynamique et évaluable qui demande une plus grande implication des personnes, des attitudes plus professionnelles et qui permet optimiser des ressources. On compte aussi sur le conseil des professionnels extérieurs et sur une planification à court et à long terme. Le Fr. Gabriel Villa-Real a aussi parlé des organisations provinciales : COEFM, SOM, CGA, leur rôle, leur structure, leur fonctionnement et les liens établis pour leur coordination. Après la pause une prière mariale a eu lieu dont le thème était : " Avec Marie, partez en hâte vers une terre nouvelle ". Marie est, en effet, le modèle pour aller à la rencontre des autres. Nos écoles et nos œuvres constituent aussi un bon moyen pour aller à la rencontre des délaissés.Nous avions un cœur en papier sur lequel nous avons écrit des initiatives à entreprendre dans notre école ou dans notre vie. Tous les cœurs ont été mis sur un seul chemin où il y avait un sac à dos qui symbolisait l'envoi en mission. La veillée a été organisée sous la forme de " concours " très particulier. Les participants ont été distribués en petits groupes dont chacun portait le nom des lieux significatifs dans la vie de Marcellin (La Valla, Rosey, Marlhes, Lyon…). Les animateurs, Núria Francisco et Carles Plana, ont invité deux groupes à faire un test dont les réponses conditionnaient les résultats du concours. Toute la soirée s'est déroulée dans un climat décontracté et amusant. Le matin de la troisième journée a été consacré à une conférence sur le thème " L'école chrétienne en Europe ". C'est Enric Puig, secrétaire de la FECC, qui l'a faite. En partant de la phrase " L'aujourd'hui commence demain ", il a fait un exposé sur la situation actuelle des enfants et des jeunes, de leurs familles, de l'école et de l'Eglise. Ils nous a aussi parlé de propositions éducatives solides que nous aident à découvrir les valeurs chrétiennes, et d'un futur tout proche qui, en tant qu'établissements avec une certaine autonomie, nous permet de rêver et de bâtir des projets qui contribuent à améliorer notre environnement et notre société. La clôture de ces journées a été présidée par le Fr. Xavier Barceló. Il a remercié tous les présents pour leur collaboration et les a encouragés à continuer leur tâche éducative en accord avec l'Évangile, dans chacune des réalités maristes qui sont les leurs.

6


Planification stratégique : Avancer ensemble en mission partagée

LL

Michèle Ragni

a présentation du travail entrepris dans le cadre de la Planification stratégique m'a vivement intéressée et m'a permis de comprendre la nécessité et le devoir de s'impliquer dans les différents aspects de la mission en tant que laïcs aux côtés des frères.

En effet, le plan prévu jusqu'en 2015 nous décrit les étapes successives de sa mise en œuvre. Pourquoi ce plan ? Quels sont les objectifs visés ? Quelles sont les ressources qui permettront de les réaliser ? Dans un monde qui évolue et qui nous interpelle, il me semble intéressant de nous réinterroger sur notre identité Mariste, ce que nous sommes, ce que nous voulons être, sur notre vision et sur notre Mission. Ce qui m'a profondément touchée c'est la force et la conviction avec laquelle les frères nous sollicitent pour partager avec eux cette Mission d'évangélisation. Nous sommes appelés à leurs côtés dans la complémentarité et la coresponsabilité dans la direction des Œuvres maristes. Là où nous sommes, dans les Etablissements, les Communautés… Dans le respect de nos différences qu'elles soient dues à des réalités spécifiques selon les pays ou à des fonctions diverses, nous avons tous notre place pour cette mission commune. Chaque province est en marche tout d'abord en interne pour poser ensuite une base commune et que ce soit en France, Grèce, Catalogne ou Hongrie, l'axe sera unique afin que la même vision se développe. L'intérêt d'une telle démarche est d'avoir engagé la réflexion et pensé les lignes d'action de façon simultanée. Sentir que tous ensemble nous allons dans la même direction donne un sentiment de force, d'enthousiasme et de joie pour cette mission partagée.

7


demain commence aujourd'hui

V V

M Lluïsa Cardoso (Enric Puig, sj)

endredi 5 février au matin, se trouvait parmi nous, pour partager des projets d'avenir, des inquiétudes et une table ronde fraternelle, Enric Puig Jofra actuellement Secrétaire Général École Chrétienne et depuis longtemps promoteur d'initiatives civiques, éducatives et pastorales. Enric Puig est pédagogue et il a toujours été en contact avec les associations de jeunesse et les clubs de loisir. Dans sa présentation, lors de la rencontre, il a dit qu'il était d'abord membre de la Compagnie de Jésus et prêtre, et que tout ce qu'il allait nous dire au cours de la matinée viendrait du cœur, car il est convaincu que la réponse des éducateurs aux défis qu'ils doivent affronter doit viser à " mieux servir et aimer " (principe ignacien) les enfants et les jeunes d'aujourd'hui. Voici un résumé de ses paroles, rédigé non sans difficulté car il n'est pas facile de résumer en quelques lignes des idées si riches. Même s'il peut sembler que nous n'apprenons rien de nouveau et que ce sont des idées de toujours, les écouter et pouvoir y réfléchir les font redevenir nouvelles et engageantes. Il pourrait s'agir d'un slogan d'une marque de cosmétiques, mais c'est le titre adressé à tous les hommes d'aujourd'hui et à ceux qui seront responsables de l'éducation de demain. Avec enthousiasme et simplicité, Henri Puig nous parle de son aujourd'hui - qui est celui de beaucoup d'éducateurs chrétiens - envisageant les défis de demain. Un demain qui commence par le travail, un travail toujours accompli en pensant aux enfants et aux jeunes. Ce titre cache un engagement c'est vrai… mais, nous voulons nous engager.

AUJOURD'HUI Parler d'aujourd'hui c'est parler du temps que nous vivons, parler de la société et de nos élèves qui s'y trouvent, et il faut la bien comprendre. On parle beaucoup aujourd'hui de partage de la planète, de la transgression des droits de l'homme, des changements qu'entraîne l'amélioration de la qualité de la vie. Il est évident que grandissent l'individualisme, le relativisme éthique ; il semble qu'il n'y a plus de modèles de conduite. On parle beaucoup du monde et de ses techniques mais, en même temps, de la révolution que le phénomène d'immigration a provoquée. Les moyens de communication sont éloignés de la dimension éducative et, bien sûr, du fait religieux. C'est de tout cela que nous parlons en évoquant le monde d'aujourd'hui, mais c'est aussi dans ce monde que se trouve la famille, laquelle, toujours et à tout moment, mise sur la croissance. Les parents enseignent une manière concrète de vivre et d'apprendre. La famille considère comme un droit fondamental l'éducation de ses enfants, mais aujourd'hui cela est très difficile et les parents ne sont jamais sûrs de répondre "non", si jamais ils le font. Aujourd'hui, nos jeunes vivent ce que les adultes ont modélisé, ils ont les besoins que nous leur avons créés. Ils vivent d'une manière superficielle, sans se poser de questions, mais il est vrai que le contexte social ne leur offre guère de possibilités de faire le contraire ; ils prennent des habitudes avant d'établir les critères. Malgré tout, la famille est très appréciée des jeunes et ils cherchent à échapper à une vie dépourvue de sens. Dans ce monde se trouve l'école, une institution qui essaie d'atteindre tous les jeunes, non sans difficultés parce que nous vivons des moments de confusion et d'insécurité parmi les éducateurs.

8


Les changements fréquents de législation affaiblissent notre assurance et, à l'occasion des débats sur l'éducation, l'école publique et l'école privée s'affrontent parfois. Dans cette perspective, parler d'éducation c'est faire référence à l'école mais pas uniquement il faut découvrir les défis et les réponses aux nécessités du moment, après quatre décades, nous ne pouvons continuer avec les mêmes défis d'hier, élèves et familles ne sont pas les mêmes, et nous pouvons voir comment s'impose la réflexion que nous menions à un grand pacte pour l'éducation. Nous allons rapidement vers de grands changements et nous ne devons pas avoir peur. Il est bon aussi de parler d'une action éducative à partir de l'Église qui doit être présente à ces réalités pour les évangéliser et non pour refuser la nouveauté. Il faut sortir sans peur à la rencontre de ces réalités difficiles : ceux qui croient ne peuvent rester muets. Ils doivent présenter la foi et l'Évangile d'une manière différente ; cela nous fait comprendre qu'il est plus difficile d'être chrétien aujourd'hui, mais sans vouloir dire qu'il ne faut pas essayer de l'être.

COMMENCE Quand nous parlons de commencer nous évoquons le début de quelque chose, de quelque action. Les propositions éducatives doivent se fonder sur une méthode, elles doivent avoir une identité, elles doivent proposer des objectifs en toute honnêteté et ne pas renoncer à les atteindre. L'absence de méthode, en fait, n'aboutit qu'à fomenter l'irresponsabilité des responsables, car il ne faut jamais oublier que, dans le domaine de l'éducation, les idéaux sans méthode sont aveugles, tout comme les méthodes sans idéaux demeurent vides. Mais, en outre, il ne faut pas oublier que ces propositions éducatives sont une aide, à la limite, pour la qualité de l'enseignement des éducateurs. Nous avons besoin de témoins, pas de simples idéologues. L'histoire de nos écoles et de leurs éducateurs est pleine de propositions et de projets qui ont enthousiasmé les jeunes, parce que des hommes et des femmes, par leur message, leur action éducative, ont montré la véracité des paroles qu'ils adressaient aux élèves à partir d'un travail de base, d'une présence et de contacts directs et continus. En même temps, tout en constatant une ambiance sécularisée ayant des critères parfois opposés à la foi et à la morale catholique, nous ne pouvons généraliser. En d'autres endroits du monde, certainement, se vit un processus de croissance et d'approfondissement de la religion qui permet de mettre en évidence que Dieu n'est pas mort et que, tout au plus, il semble caché. Il ne faut pas oublier que l'éducation demande du temps, comme le processus de croissance dans la foi. Il convient de fuir l'anxiété apostolique et de se laisser conduire par la paix apostolique, de vivre joyeusement, avec la conviction que chacun de nous est mu par l'Esprit et appelé à vivre l'Évangile, la présence de Jésus parmi ses élèves. Nous devons aider à découvrir que les valeurs, y compris les valeurs chrétiennes, peuvent se vivre dans la vie ordinaire et que les buts proposés, parfois exigeants, sont accessibles. Qu'il faut remercier et louer le désir, la bonne volonté et l'effort pour les atteindre, et qu'on accueille avec bienveillance les résultats obtenus. Faire découvrir ces valeurs implique qu'il ne faut pas avoir peur de proposer des engagements aux

9


jeunes, ni de ne pas dire ce que l'on pense, même si cela n'est pas de mode. Les institutions éducatives de l'Église doivent mettre en valeur et donner priorité au travail de tous ceux et celles, religieux et laïcs, qui sont aux côtés de nos élèves. Le plus important pour cette présence est d'être personnalisée, proche, d'accompagner, d'aider à réfléchir et à chercher des réponses aux questions relatives aux grandes interrogations : qui suis-je ? Où vais-je ? Comment y vais-je ? Aider à connaître, à aimer et à suivre Jésus. Dans une société qui dépersonnalise, la crédibilité de l'Église et de ses institutions passe par la capacité de susciter l'accueil personnel… et tout cela demande des personnes qui s'y dédient et qui soient créatives pour aider à la recherche de styles de vie chrétienne plus en accord avec la façon de sentir et de vivre d'aujourd'hui.

DEMAIN C'est-à-dire un temps futur, plus ou moins proche de nous. Un temps à venir. Nous en arrivons au temps à venir, au futur, au demain qui touchent le sujet qui nous occupe ; il n'est pas plus ou moins proche, mais vraiment très proche. Un demain qui nous permet de penser, conjecturer, programmer, viser, suggérer… recueillant tous nos espoirs, souhaits, convictions, aspirations, connaissances, intuitions…l'école que nous souhaiterions, en ressentant à présent un grand respect et considération envers ceux et celles qui la dirigeront, pour leur liberté et leur capacité de discerner. Le système éducatif, qui fonctionne dans les écoles publiques et privées, est équilibré en relation avec l'aide économique, qui garantit la gratuité réelle de l'éducation, l'égalité des chances, l'égalité matérielle et économique des conditions de travail du personnel enseignant et du personnel d'administration et services. Il garantit un exercice normalisé de la liberté de choix de l'école de la part des parents. Les écoles jouissent d'une réelle autonomie pédagogique et de gestion pour le développement du projet éducatif. L'action éducative est régie par une loi juridique stable et par un large pacte éducatif qui touche la famille, les moyens de communication, les instances culturelles, l'environnement scolaire, le secteur de l'entreprise. L'école crée une ambiance où tous les élèves se sentent accueillis et aimés, valorisés pour ce qu'ils sont et considérés selon leur situation personnelle. Il leur est donné des méthodes et des moyens qui leur permettent de se développer vers l'excellence, sans qu'aucun ne reste en arrière où sur la touche. Une école engagée pour la justice qui promeut des actions inclusives et humanitaires sans exclusion d'aucune sorte et avec une sensibilité spéciale envers les plus défavorisés. C'est une réalité que l'ouverture à la communauté européenne et au monde dans le but d'améliorer la compréhension mutuelle et de se faire connaître, grâce à l'acquisition et à la maîtrise d'une deuxième et troisième langue, et au développement du travail en équipe qui améliore et promeut les capacités individuelles. Les écoles catholiques maintiennent leur caractère propre qui manifeste leur identité, leur mission et le charisme de l'entité titulaire, qui inspire le projet éducatif où sont recueillies les choix préférentiels de l'école, ses objectifs, les enseignements qui sont donnés, sa méthodologie et son organisation.

10


Dans les écoles existent des communautés chrétiennes de référence, sensibles à la diversité des situations personnelles des élèves et des adultes de la communauté éducative et qui offrent des réponses adaptées à cette diversité. Parmi ces situations quelques-unes permettent des actions de pré-évangélisation, d'autres rendent possibles une action évangélisatrice, d'autres sont ouvertes aussi à l'action pastorale. L'offre d'activités programmées est complétée par celle d'activités de temps libre (parascolaires ou extrascolaires), qui ont fortement caractérisé les écoles catholiques. L'offre est proposée en fonction de l'âge, du souci de solidarité envers les plus nécessiteux. Au moment opportun sont lancées les actions de volontariat dans le quart et le tiers monde. Je termine cette description de demain et avec elle ma réflexion autour de la question initiale : demain commence aujourd'hui, et je ne peux m'empêcher de dire que, bien que parlant du futur, j'ai repris dans mon intervention, quelques idées et exposés que j'avais aussi exprimés, il y a quelques années, avant de semblables réflexions. Les éducateurs chrétiens doivent agir comme nous l'expliquent les Actes des Apôtres, en référence au pauvre invalide qui demandait la charité à Pierre et à Jean. Pierre lui dit : " Je n'ai ni or ni argent, mais ce que j'ai je te le donne : au nom de Jésus-Christ de Nazareth, lèvetoi et marche ". (Ac. 3, 6) Les éducateurs ne pourront distribuer ni or ni argent, mais quelque chose de plus important qui aidera les élèves à ne pas prendre des raccourcis faciles, à se lever et à marcher à la recherche de causes plus grandes qu'eux-mêmes, à être des hommes et des femmes compatissants, créatifs, engagés, appelés à rendre possible une société meilleure, plus proche du Royaume.

Publication trimestrielle de la commission d'oeuvres éducatives de la Province de L'Hermitage Gérard Cuinet, Alain Degroote, Dominique Kammerer, Albert Salazar, Gabriel Villa-Real, Ramon Rúbies

11


Diktuo 8 FR 0910_2