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Dimension 3

MARS • AVRIL

2003 1999 -1 1

Bureau de dépôt Bruxelles X

Périodique trimestriel de la DGCD

L’EAU DGCD

Direction générale de la Coopération au développement SERVICE PUBLIC FEDERAL AFFAIRES ETRANGERES, COMMERCE EXTERIEUR ET COOPERATION AU DEVELOPPEMENT


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Dans ce numéro A

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p. 1

Copernic et la Coopération au développement

COMMISSION MIXTE p. 4

Burkina Faso

p. 5

© Novo Mundo

ANNÉE INTERNATIONALE DE L’EAU DOUCE

© J-M. Corhay / DGCD

INTERVIEW

L’eau, un enjeu économique?

PRENDRE SOIN DES ENFANTS p. 9

L’apport des enfants à la politique de développement

SIDA p. 12

Le sida aggrave la famine

COMMERCE ÉQUITABLE Le prix Roi Baudouin distingue les produits fairtrade © X. Van den Stappen

p. 14

CAP SUD p. 14

Le tourisme ethnique garant du maintien des cultures ou vecteur d’acculturation ?

Photo Couverture : © J-M. Corhay /DGCD

NOUVEAU NOM! Dans le cadre de la réforme Copernic, la Direction générale de la Coopération internationale (DGCI) a été rebaptisée en DGCD, soit en toutes lettres : la Direction générale de la Coopération au développement.


INTERVIEW

COPERNIC ET LA COOPÉRATION AU DÉVELOPPEMENT

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e président Jan Grauls est un adepte convaincu de Copernic. La réforme représente pour lui une modernisation et une dynamisation des pouvoirs publics trop souvent négligées dans le passé. « Il est en fait étonnant qu'en sa qualité d'employeur, l'Etat n'y ait pas songé plus tôt. La réforme Copernic doit permettre aux pouvoirs publics de mieux tenir compte des capacités individuelles de ses employés ».

Jan Grauls est heureux qu’au Département des Affaires étrangères, Copernic n'aie pas été reçu comme un chien dans un jeu de quilles, comme cela a été le cas dans certains autres SPF. « Certains des principes de la réforme, notamment l’évaluation et le changement, sont appliqués depuis quelque temps déjà dans ce département. Comme les Affaires étrangères sont étroitement liées à l'actualité internationale et que celle-ci, comme personne ne l'ignore, évolue constamment, le changement était déjà, pour ce département, une donnée incontournable. D'autant plus qu'une partie du personnel travaille pendant une période à l'étranger avant de réintégrer le département en Belgique, ou vice-versa. Je ne dois donc plus persuader mes collaborateurs de changer de temps à autre d'environnement, ce qui constitue un avantage majeur. Par ailleurs, nous appliquons aussi déjà un système d'évaluation, notamment l'inspection des postes. Aussi la réforme Copernic n'est-elle pas ressentie ici comme une révolution ». D'après le président Grauls, Copernic est aussi une manière de travailler, compte tenu des capacités propres des membres du personnel. Et dans le souci de favoriser cet épanouissement individuel et d’offrir à tous la chance de donner une nouvelle orientation à leur carrière, la formation permanente s'avère un outil indispensable.

© J-M. Corhay /DGCD

Dans le cadre de la réforme Copernic, le terme « ministère » a été abandonné en Belgique en juin dernier au profit de la dénomination « Service public fédéral » ou SPF. On parlera donc désormais aussi du SPF Affaires étrangères, Commerce extérieur et Coopération au développement. En juin 2002 toujours, et dans le cadre de la même réforme des pouvoirs publics, Jan Grauls (54 ans) a été nommé par le gouvernement Président du comité de direction de notre SPF. En janvier dernier, il a présenté son plan de management, ou plan de gestion, au personnel du département. Dimension-3 s'est entretenu avec lui de la réforme Copernic, de son plan de gestion, et de la nouvelle place qu’occupe aujourd’hui la Coopération au développement dans le cadre de son intégration aux Affaires étrangères.

Jan Grauls : « La coopération au développement est la plus noble de nos activités ».

ainsi fait la connaissance des membres du personnel des différents services du département. « Leur ouverture, qui s’est manifestée aussi bien au niveau des problèmes qu'à celui des suggestions et des attentes, m'a agréablement surpris, et je leur en sais gré. J'ai d'ailleurs tenté d'intégrer un maximum de ces idées dans mon plan ». Depuis la nomination des six managers ou directeurs généraux (voir cadre) en décembre 2002, Jan Grauls n’est plus seul au gouvernail de cet « immense navire », comme il appelle parfois son département. Ils constituent ensemble le comité de direction, qu'il préside, et qui ne s'occupera plus seulement des affaires de personnel, comme c'était le cas auparavant, mais de

Les bases Au cours du second semestre de 2002, Jan Grauls a jeté les bases de la nouvelle réforme et élaboré son plan de gestion, comme prévu dans son mandat. Non pas en solo mais en se mettant à l'écoute de tous. Il a

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INTERVIEW L'avenir La réforme sera-t-elle finalisée en 2004 ?

toutes les questions touchant à la gestion et à l'organisation. « nous nous y sommes attelés immédiatement et formons une équipe bien soudée », nous assure le président. L’année 2003 est une année cruciale car les ressources humaines en constituent l’aspect central. Il y a donc beaucoup de pain sur la planche: mise en place de la fameuse carrière A (niveau 1) et élaboration d’un système d'évaluation, d’un programme de formation permanente, et du concept d’une carrière uniforme. Enfin et surtout, 2003 est aussi l'année du BPR (Business Programme Re-engineering), un programme dont le but est d’identifier les différents processus afin d’assurer les meilleurs résultats. Par exemple: la délivrance d'un visa, la signature d'une convention de coopération, l'attribution d'une subvention... « Bref, le programme doit induire une simplification, une accélération, une amélioration et plus d'efficacité. Pour le projet BPR, nous avons fait appel à un consultant externe, qui devra présenter ses propositions en novembre ».

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Jan Grauls: « Non, car Copernic est un projet étalé sur plusieurs années. Il faut donc éviter de créer des attentes qui ne peuvent être comblées dans l’immédiat. Nous ne sommes pas encore en phase opérationnelle; pour le moment, nous travaillons à mettre sur les rails un train avec sa locomotive et plusieurs wagons. Nous devons veiller à ce que le personnel soit informé en permanence des changements en cours et le convaincre que la réforme est en bonne voie. Si nous voulons que le personnel nous suive, il est capital de bien l'informer. C'est la raison pour laquelle la communication interne est si importante ».

Sur la même longueur d'onde Les Affaires étrangères, le Commerce extérieur et la Coopération au développement sont réunis au sein d'un département, mais ont chacun leur propre mandat. Le public se demande parfois si ces trois sont toujours compatibles. Le Président Grauls ne laisse aucun doute à ce sujet. « Dans l'énoncé de mission de mon plan de gestion, j'ai énuméré des valeurs auxquelles je suis persuadé que tous les membres du personnel, dans quelque direction que ce soit, peuvent

souscrire: ce sont la dignité humaine, les droits humains, la démocratie, l'Etat de droit, la bonne gestion, la stabilité internationale, le renforcement de l'ordre international,... Je compare ces valeurs aux phares vers lesquels se dirigent les navires. Bien sûr, ceci n'exclut pas que notre département mette en place des activités qui lui sont propres, comme la coopération au développement. C'est à mon avis la plus noble de nos activités, car elle traite de la solidarité avec les autres dans une société qui tient en haute estime la solidarité avec soi-même. J'entends donc veiller à préserver la spécificité de la coopération au développement dans le cadre de son intégration dans notre SPF. L'intégration est d'ailleurs une donnée constante dans mon plan de gestion, une invitation, en quelque sorte, à la coopération au développement, à s'infiltrer dans tous les méandres et secteurs de notre département, un encouragement à mieux faire entendre sa voix dans les autres directions générales ».

Une nouvelle impulsion Le gouvernement belge s'est engagé à consacrer, en 2010, 0,7 % du Produit

Les pays partenaires de la coopération bilatérale belge.

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INTERVIEW National Brut (PNB) à la coopération au développement, une norme que les pays industrialisés ont établie il y a quelques décennies mais qui n'a été réalisée que par peu d'entre eux. La promesse des 0,7 % faite par notre gouvernement donne une impulsion à la coopération au développement et ouvre selon Jan Grauls de nouveaux horizons. « En outre, nous vivons à l'ère de la mondialisation, quoi qu'en disent ses adversaires. Nous devons accepter ce phénomène et apprendre à le gérer. La mondialisation inclut une importante dimension de développement. Dans la mesure où nous réussissons, dans ce pays fédéral, à bien coordonner ce phénomène, il nous offre, je pense, des possibilités inédites pour intégrer la pensée du développement dans toutes les facettes de la mondialisation. Il ne faut absolument pas laisser passer cette occasion. Ne restez pas sur la touche, mais entrez dans le jeu: c'est là le message que j’adresse à mes collaborateurs ». Quant au pourquoi des changements successifs de dénomination au cours des dernières années – AGCD, DGCI et, depuis janvier, DGCD - le président Grauls explique: « Je n'ai jamais compris pourquoi l’AGCD est devenue la DGCI. La coopération internationale inclut, selon l'ONU, aussi la Russie, l'Irak etc. La coopération au développement est une partie spécifique de la coopération internationale. C'est donc le nom qui correspond le mieux à la réalité ».

Sur le terrain Dans le contexte de la coopération au développement, la réforme Copernic ne se limite pas à la Belgique mais elle donnera aussi une nouvelle forme à nos relations avec nos pays partenaires. Et ceux-ci ne se feront pas prier, estime Jan Grauls. Dans le passé, la coopération belge a souffert de la lenteur d'exécution des conventions de

coopération, projets et paiements, de la lourdeur des procédures bureaucratiques et de contrôles qui faisaient traîner les projets en longueur. Copernic entend mettre un terme à cette situation. Monsieur Grauls réfère à cet égard à la future approche BPR qui induit une simplification et une accélération des procédures sur toute la ligne. Avec les 0,7 % du PNB en perspective, les moyens budgétaires augmenteront progressivement dans les années à venir. Une bonne nouvelle bien sûr pour nos pays partenaires. Une troisième nouveauté prévue est la modernisation de la coopération au développement belge jusqu'ici plutôt traditionnelle et essentiellement axée sur la réalisation de projets. Jan Grauls: « Je ne prétends pas que cette approche soit dépassée, mais je constate que certains autres pays donateurs fournissent une aide mieux adaptée à la situation du pays en développement. Il convient donc, comme je le précise dans mon plan de gestion, de mettre en oeuvre une nouvelle forme de coopération ou, en d'autres termes : une méthode de travail plus performante, plus de moyens et une coopération plus créative ».

Vous et moi Le président Grauls attache autant d’importance à la communication externe qu'à la communication interne. Jusqu’à ce jour, les Affaires étrangères et la Coopération au développement n’avaient aucune forme de communication externe commune. La DGCD a joué, au fil des ans, un rôle pionnier en matière de publications et d'activités de sensibilisation. A l'avenir, Jan Grauls souhaite concentrer sa politique de communication externe surtout et plus souvent sur les segments de la communauté qui sont en désaccord avec l'état actuel des choses. « Peut-être que nous nous adressons trop souvent à ceux qui sont déjà convaincus. Nous devons essayer de gagner ceux qui ne partagent pas notre

point de vue à la cause de la coopération au développement et de la diplomatie internationale. Le public doit savoir qu'il peut à tout instant s'adresser à nous et qu'une réponse lui parviendra dans les plus brefs délais. Ceci étant, nous ne devons pas perdre de vue l'Europe qui est aujourd'hui omniprésente dans notre société ».

Village mondial De plus en plus de Belges partent en vacances dans les pays en développement, en quête d'authenticité, de multiculturalité, du sentiment d’appartenance au village mondial, pour ne citer que quelquesuns de leurs motifs. « Une excellente idée! », renchérit Jan Grauls, qui, à l’époque où il était étudiant, est lui-même parti à deux reprises à bord d'un bananier vers l'Amérique du Sud, y a visité divers pays et est revenu enrichi de cette expérience. Découvrir la vie et la population des pays en développement constitue d'après lui « le meilleur antidote contre certaines tendances dans notre société où d’aucuns plaident en faveur d’un repli sur soi-même comme si nous valions mieux que les autres! »

Propos recueillis par Yves Dricot et Myriam De Winter

DIRECTEURS GÉNÉRAUX SPF AFFAIRES ÉTRANGÈRES, COMMERCE EXTERIEUR ET COOPÉRATION AU DÉVELOPPEMENT -

Rudi Veestraeten, directeur général Affaires Consulaires Jan Devadder, directeur général Affaires Juridiques Mark Geleyn, directeur général Affaires Bilatérales Martine Van Dooren, directeur général Coopération au développement Alex Van Meeuwen, directeur général Affaires Multilatérales et Mondialisation Xavier Demoulin, directeur général Affaires Européennes

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DANS NOTRE PROCHAIN NUMERO: UN ENTRETIEN AVEC MARTINE VAN DOOREN, DIRECTEUR GENERAL DE LA DGCD.

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COMMISSION MIXTE

BURKINA FASO Les 13 et 14 janvier 2003, s’est tenue à Bruxelles la deuxième réunion de la Commission mixte belgoburkinabè. Celle-ci a défini les grandes lignes du Programme indicatif de développement pour la période 2003-2007. Durant cette période, le Burkina Faso pourra compter sur une enveloppe annuelle de 8 millions d'euros. Ce nouvel accord s'inscrit dans le cadre de la promesse faite par le gouvernement belge de consacrer en 2010 0,7 % du Produit National Brut à la coopération au développement.

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es secteurs prioritaires définis d’un commun accord sont la santé publique, en ce compris la lutte contre le VIH/sida, l'enseignement de base, et le développement et le renforcement des capacités institutionnelles de l'Etat burkinabè à tous les niveaux. Outre les programmes classiques en faveur du développement et l'important appui au « Plan national multisectoriel de lutte contre le VIH/sida », la Belgique prévoit le financement d'une campagne de sensibilisation des populations en faveur du droit des enfants ainsi qu'un appui institutionnel au Ministère de la promotion de la Femme pour réaliser son programme d'action quinquennal. Au terme de la Commission mixte, les deux ministres ont procédé à la signature de la nouvelle convention générale de coopération au développement qui fixe le cadre et les modalités d’exécution de la coopération bilatérale directe. Pour rappel : la coopération entre la Belgique et le Burkina Faso date des années 1980 et a été renforcée en 1997 par la signature d'une première convention générale de coopération. Le Burkina Faso est l’un des 25 pays partenaires bilatéraux de la DGCD. Plus de la

moitié de nos contributions sont consacrées au co-financement des ONG. Une quinzaine d'ONG belges sont actives dans ce pays sahélien, qui compte toujours parmi les plus pauvres au monde. Plus de 45 % des 11,3 millions d'habitants vivent en dessous du seuil de pauvreté (surtout en milieu rural), tandis que l'espérance de vie moyenne atteint 47 ans, que seulement 40 % des enfants sont inscrits dans l'enseignement de base, et que la dissémination du VIH/sida y prend des proportions inquiétantes. Le gouvernement prend très au sérieux son rôle social et a progressivement accru, ces dernières années, son budget de santé publique et d'enseignement, jusqu'à respectivement 11 % et 13 % en 2000. Depuis 1989, le gouvernement s'est engagé dans la voie de la démocratisation et a organisé plusieurs élections pluripartites. La Belgique a soutenu le processus de démocratisation par un appui financier (pour l'impression des bulletins de vote) à l'organisation des élections parlementaires en 1997 et des élections présidentielles en 1998. Contrairement à nombre d'autres pays africains, le Burkina Faso ne connaît pas de conflits ethniques ou religieux. Parfois, des tensions surviennent entre le gouvernement et les syndicats, mais elles n'ont jamais dégénéré grâce au dialogue avec les partenaires sociaux.

.©Novo Mundo

Sur le plan économique enfin, le pays enregistre d'assez bons résultats mais reste considérablement tributaire des caprices climatiques (précipitations irrégulières) et des fluctuations des prix internationaux des matières premières (coton). Il est aussi à noter que le gouvernement burkinabè a déployé d'importants efforts, cette dernière décennie, afin de gérer économiquement le trésor public et de s'acquitter de ses obligations financières. Ce sont d'ailleurs ces efforts, conjugués à la paix sociale qui règne dans le pays, qui lui ont valu la confiance des organisations et pays donateurs.

Le budget du Burkina Faso pour la santé publique est en hausse.

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ANNÉE INTERNATIONALE DE L’EAU DOUCE

LE LAOS

L’EAU, UN ENJEU ÉCONOMIQUE ? Entre abondance et gaspillage, entre marchandise et bien commun, les habitants de la planète bleue cherchent encore comment apprivoiser l’eau pour le bien-être de tous.

2003 a été décrétée Année internationale de l’Eau douce par les Nations Unies. Cet événement sera l’occasion, d’une part, de sensibiliser les opinions publiques à l’importance de la protection et de la gestion de l’eau douce, d’autre part, de réaffirmer l’objectif de la Déclaration des Nations Unies du Millénaire : « diviser par deux, à l’horizon 2015, la proportion de ceux qui n'ont pas accès à, ou ne peuvent se payer, une eau potable » et « arrêter l'exploitation non durable des ressources en eau ». Au Sommet Mondial sur le Développement durable de Johannesburg (2002), cet engagement a été complété par celui de diminuer de moitié la proportion de ceux qui n’ont pas accès à un réseau sanitaire de base. La manifestation-phare de cette Année internationale de l’Eau douce est la tenue à Kyoto, du 16 au 23 mars, du 3e Forum mondial de l’Eau. Pour le Conseil mondial de l’eau, organisateur de cette troisième édition, il ne s’agit plus de faire des discours sur ce qui doit être fait mais plutôt d’adopter un plan d’action qui déterminera à court, moyen et long terme, « qui doit faire quoi, comment et quand ». Tous les éléments d’un développement durable dans le secteur de l’eau (technologie, engagement de la communauté, acquisition de compétence, secteur privé, accords de partenariat

institutionnel, financement) ont déjà été discutés et expérimentés. Pourtant, selon le Conseil, « il semble manquer quelque chose à l’équation ». Déterminer cet élément, telle était l’ambition de ce Forum. Le Programme mondial d'évaluation des ressources en eau (WWAP), qui regroupe 23 agences des Nations Unies et qui est hébergé par l'UNESCO, a présenté à Kyoto le Rapport mondial sur la mise en valeur des ressources en eau. C'est le premier d'une série de rapports sur l'état du stress hydrique dans le monde ; il devrait être publié tous les trois ans. Le Rapport sera élaboré autour de trois composantes : une évaluation de la gestion du patrimoine hydrique, une évaluation de l’état du système hydrique mondial et enfin une évaluation des problèmes critiques. L'un des principaux objectifs de cette analyse sera la production, à termes, d'un certain nombre d’indicateurs de stress hydrique qui permettront les comparaisons entre régions.

Le paradoxe de l’eau Indispensable à la vie et au développement des activités humaine, l’eau douce ne représente que 3 % du volume total d’eau de la planète. Seul 1 % de cette eau douce est disponible pour la consommation

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©OMS/P.Virot

En Afrique, chercher de l’eau est l’une des corvées de la femme, qui l’occupe plusieurs heures par jour.

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ANNÉE INTERNATIONALE DE L’EAU DOUCE

humaine, le reste étant immobilisé sous forme de glace aux pôles, ou prisonnière de nappes souterraines très profondes. Pourtant, le cycle de l’eau dans son mouvement incessant d’évaporation et de précipitation, met annuellement à notre disposition environ 40.000 km3 d’eau. Ce flux d’eau douce renouvelable constitue une sorte de « réserve annuelle » dans laquelle il est possible de puiser sans risque pour les réserves d’eau souterraines et de surface. Dans son rapport Sécurité de l’eau, soumis pour examen lors de la Conférence internationale sur l’eau douce de Bonn en décembre 2001, le WWAP rapporte que « seule une faible proportion des ressources en eau est utilisée : entre 4 et 5.000 km3, pour un débit un débit annuel de 42.000 km3, soit environ 10 % de celui-ci ». Pourtant, d’après une enquête récente de l’OMS et de l’UNICEF, 1,2 milliard de personnes sont encore aujourd’hui privées d’accès à une eau salubre. En effet, les populations du globe n’ont pas un accès égal à l’eau car les ressources sont réparties de manière inégale. Selon le Centre national de la Recherche scientifique (France), la répartition de l’eau en regard des populations est très hétérogène : l’Asie par exemple, qui concentre 60 % de la population mondiale, ne dispose que de 30 % des ressources mondiales disponibles en eau douce alors que l’Amazonie qui ne compte que 0,3 % de la population du globe, possède 15 % de ces ressources. En dépit d’une ressource globalement suffisante, à l’échelle locale, la rareté est la situation qui prévaut en beaucoup d’endroits et le risque de pénurie est bien réel.

Boire ou manger, faudra-t-il choisir ? Le Conseil mondial de l’eau rapporte que 20 % de la population mondiale et 30 pays on souffert en 2000 de pénurie d’eau et, selon les estimations, cette situation devrait toucher 30 % de la population et 50 pays en 2025. En effet, plusieurs facteurs rendrent chaque jour la situation plus critique. L’un d’eux est la mauvaise gestion, notamment la surexploitation des nappes souterraines

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© OMS/P.Virot

Le besoin et le manque d’eau augmentent en proportion de la croissance des villes.

et le gaspillage. La pollution des réserves par les rejets d’eaux usées et les résidus des pesticides et engrais chimiques en est un autre. Enfin, l’augmentation de la consommation, due à la croissance démographique et à l’augmentation de la consommation par habitant, réduit chaque jour d’avantage les disponibilités : au cours du 20e siècle la population a triplé et la consommation d’eau a été multipliée par six (cf. rapport Sécurité de l’eau, décembre 2001).

de l’eau utilisée dans les cultures irriguées sera un facteur déterminant de maîtrise de la croissance de la consommation : la réduction d’un tiers des pertes en irrigation permettrait de diminuer de 10 % la consommation mondiale.

Un nouvel indice

L’explosion de la consommation est due à l’augmentation de la consommation des ménages mais aussi au développement industriel et surtout agricole qu’a connu le 20e siècle.

Les chercheurs du Centre britannique d’écologie et d’hydrologie, en collaboration avec les experts du Conseil mondial de l’eau, ont mis au point un nouvel indice qui permet d’évaluer la situation par pays : l’Indice de Pauvreté en Eau (IPE). Chaque pays est évalué selon 5 critères : ressources, accès, capacité, utilisation et impact sur l’environnement.

Pour la FAO, « pour parvenir à la sécurité alimentaire, il faut également accroître au maximum la production alimentaire et la création d'emplois pour chaque mètre cube d'eau utilisée, qu'il s'agisse d'agriculture irriguée ou pluviale. » Améliorer l’efficacité

Parmi les 10 pays les plus riches, on trouve la Finlande, le Canada, l’Islande mais aussi le Guyana et le Surinam. Parmi les 10 pays les moins bien classés, il y a Haïti, le Niger, le Malawi et le Rwanda. Si l’on classe les pays selon le critère « utilisation » qui

Lisa Ochola, adolescente de Nairobi (Kenya) qui est allée présenter la jeunesse au second Forum mondial de l’Eau à la Haye, a dit au monde que sa famille n’avait pas l’eau courante, parfois pendant des mois. Pendant ces périodes, elle a dit qu’elle arrivait à assurer son hygiène personnelle avec un verre d’eau. Pour mieux faire comprendre le problème de l’eau à Nairobi, elle a ajouté que l’eau en bouteille achetée au supermarché coûte plus cher que l’essence. La crise de l’eau à Nairobi s’est aggravée en l’an 2000, lorsqu’une sécheresse importante a forcé les autorités à rationner l’eau et l’électricité. Comme dans la plupart des villes africaines, le problème n’est pas tant lié à la rareté de l’eau potable qu’au fait qu’environ 50 pour cent de l’eau est gaspillée ou détournée. Source : ONU-HABITAT

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ANNÉE INTERNATIONALE DE L’EAU DOUCE Selon un nouveau rapport de l’ONU, la disponibilité de l’eau par personne a diminué dramatiquement depuis 1970, et continue à diminuer.

© Novo Mundo

Le Conseil mondial de l’eau a détaillé cette stratégie dans son rapport La vision mondiale de l’eau, lors du Forum de La Haye en 2000. La Banque mondiale est favorable à cette approche et encourage le développement de partenariats privé-public.

mesure le degré d’efficacité avec laquelle un pays utilise l’eau pour ses besoins domestiques, agricoles et industriel, les Etats Unis se classent au dernier rang à cause du gaspillage ou de la faible efficacité d’utilisation de l’eau, partageant le peloton de queue avec Djibouti, la NouvelleZélande, le Cap Vert et l’Italie. Les pays obtenant le meilleur score pour ce critère sont le Turkménistan, l’Indonésie, la Guyana, le Soudan et la Guinée. Le critère « environnement » prend en compte des paramètres comme la qualité de l’eau et les stratégies et la réglementation en matière d’environnement. Pour ce critère, les pays les mieux classés sont la Finlande, le Canada, le Royaume Uni, la Norvège, l’Autriche et les Etats Unis, en 6e place. Parmi les 5 derniers classés, la Belgique côtoie la Jordanie, Maurice, le Maroc et Haïti. Ce nouvel indice utilise des informations disponibles auprès d’autres sources, tel l’Indice de Développement humain du PNUD, ce qui rend sa mise à jour facile sans nécessiter la mise en place de nouveaux systèmes de collecte de données. Selon Caroline Sullivan, du Centre britannique pour l’écologie et l’hydrologie, qui a travaillé à sa mise au point, « l’IPE devrait permettre aux planificateurs et aux différents acteurs d’identifier les problèmes et les mesures à prendre pour s’attaquer aux causes ».

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Droit humain ou simple besoin Tout le monde s’accorde pour dire que l’eau est une ressource vitale pour les êtres humains et que son usage doit être solidaire et sa distribution équitable. En 1977, lors de la première grande conférence mondiale sur l'eau organisée par l'ONU, à Mar del Plata, l’accès à l’eau potable fut proclamé comme un droit. En décembre dernier, le Comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations Unies déclarait formellement que l’accès à l’eau potable est un droit de l’Homme : « L’eau est fondamentale pour la vie et la santé. Le droit humain à l’eau est indispensable pour permettre une vie saine dans la dignité humaine. C’est une condition préalable à la réalisation des autres droits de l’homme. » Est-ce un pas significatif pour inverser la tendance impulsée par le 2e Forum de La Haye en 2000 et qui voulait ne considérer l’eau que comme un besoin ?

Entre loi du marché et patrimoine public Le discours dominant voudrait imposer l’idée que l’eau est un bien économique. Pour les défenseurs de cette logique, étant donné ses multiples usages à caractère économique, l’eau devrait être considérée comme un bien économique : la rencontre entre l’offre et la demande en déterminera le juste prix. Cette logique permettrait de limiter les gaspillages, comprimerait la demande et réduirait l’exploitation non respectueuse de l’environnement. De plus, cette approche encouragerait l’investissement privé dans le secteur où les besoins financiers sont énormes.

Des critiques s’élèvent contre cette vision de la part d’organisations de la société civile. Ces voix contestent notamment la marchandisation de l’eau et l’emprise grandissante des entreprises privées dans le secteur de l’eau. Les initiatives sont variées mais convergentes. Ainsi la Coalisation mondiale contre la privatisation de l’eau, créée en mai 2002, et regroupant une trentaine d’organisations, milite pour « faire reconnaître l’eau comme patrimoine commun de l’humanité et ressource fondamentale pour toute la biosphère ». Un grand nombre d’organisations se sont aussi regroupées partout à travers le monde, pour promouvoir la mise en œuvre d’un « Contrat mondial pour l’eau ». Comme l’explique son initiateur, Ricardo Petrella, ce contrat repose sur deux principes : « le financement du minimum vital par la collectivité et la définition d'un prix pour toute consommation excédentaire ainsi que la condamnation des abus. » Garantir l’accès à l’eau pour tous demande la mise en œuvre de moyens importants : pour mettre celle-ci à disposition (adductions, captages, forages, réseaux de distribution, etc.), pour en assurer la qualité sanitaire, pour effectuer le traitement des eaux usées, etc. Outre la volonté politique, des ressources humaines et des compétences techniques, il faut aussi mobiliser des financements énormes. Reste à choisir la manière. Dominique De Mol – InfoSud

(Au moment de cette conférence, Dimension 3 était à l’impression. Pour plus d’information : www.wateryear2003.org et www.world.water-Forum3.com/

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ANNÉE INTERNATIONALE DE L’EAU DOUCE

∑ EFFORT DE LA COOPÉRATION BILATÉRALE BELGE AU DÉVELOPPEMENT DANS LE SECTEUR EAU ET ASSAINISSEMENT : POINT SUR LES DÉPENSES DE 1998 A 2001 Dépenses et effort relatif (source : DGCD, statistiques, prévisions et rapports)

A [Investissement total (€)] Eau et Assainissement B [Investissement (€)] Ensemble des secteurs Effort relatif (A/B), %

1998

1999

2000

2001

9.788.819

9.233.046

9.730.811

10.497.756

509.812.618 1,92

524.720.957 1,76

600.943.443 1,62

567.542.916 1,85

Dépenses effectuées par pays partenaire (source : DGCD, statistiques, prévisions et rapports)

Pays partenaire Bénin Bolivie Burkina Faso Burundi Cambodge Congo - RDC Côte d'Ivoire Equateur Ethiopie Laos Mali Maroc Mozambique Niger Palestine Pérou Rwanda SADC Sénégal Tanzanie Vietnam Investissement total (€)

1998

1999

2000

2001

19.584 5.454 194.100 6.693

8.924 319.040 59.495 41.894

326.724 169.807 326.228 3.966

441.581 806.008 333.603

339.366 224343 311.354

131.633 5949 360.438

217.402 1.608.829 160.387

620.726 1.410.762 137.581 11.899

128.905 301934 333.912 11.899 95.191 111.552 1.411.258 70.402 3.966

309.051 1.949 600.931 249.838 642.369 36.141 2.433.516

79.326 52.801 2.608.831

1.735 156.421 44.621 276.401

5289 201.146 13.684 252.939

195.340 9.233.046

852.258 9.730.811

115.820 10.497.756

108.577 16.113 303.174 1.483.148 3.966 63.709 9.788.819

251.550 443.396

Comme il ressort du tableau ci-dessus, la coopération bilatérale belge au développement est active dans le secteur de l’eau dans bien des pays du Sud. La plupart des projets se rapportent à l’approvisionnement en eau en milieu rural et urbain (puits et canalisations), à la purification de l’eau, à l’amélioration de la situation sanitaire dans les petites villes et les quartiers urbains, ainsi qu’au financement d’études et de programmes nationaux. De plus amples détails sur la nature des projets et sur les interventions belges dans ces pays sont disponibles sur notre site www.dgcd.be Dans le prochain numéro de Dimension-3, nous vous proposerons un article sur le Maroc, où l’approvisionnement en eau et la lutte contre la sécheresse sont au cœur des préoccupations de la coopération au développement belge.

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PRENDRE SOIN DES ENFANTS

L’APPORT DES ENFANTS À LA POLITIQUE DE DÉVELOPPEMENT Les enfants étant traditionnellement considérés comme des êtres dépendants et passifs, ils sont restés longtemps invisibles dans la politique internationale. La session spéciale de l'Assemblée générale des Nations unies de mai 2002 a toutefois opéré un revirement en la matière. Pour la première fois, des enfants et des jeunes de 150 pays ont pu s'exprimer et montrer aux dirigeants politiques qu'ils peuvent et veulent apporter une contribution active à la communauté. Six mois plus tard, des enfants des pays industrialisés comme des pays en développement ont réitéré leurs préoccupations à l'occasion de la conférence du Comité belge de l’Unicef intitulée « Enfants, acteurs de changement ». Ils ont demandé aux commissaires européens de tenir leurs promesses et ont insisté pour laisser les enfants participer activement à la politique. Sous la devise « sans l'appui et la participation à part entière des enfants et des jeunes, nous ne pouvons créer un monde adapté aux enfants » , la participation des enfants est devenue une piste valable pour la politique de développement future.

© UNICEF/K. Pannecoucke

« Il était un temps où un enfant était un trésor, un présent de Dieu, qui ne devait s'occuper que de jouer et de faire ses devoirs », raconte la jeune Congolaise Noëlla Simbi Banza (15) à la conférence belge de l'Unicef en décembre 2002. « Aujourd'hui, bien des enfants de mon pays ont d'autres soucis : que vais-je manger ? Comment payer mes frais scolaires ? » Les enfants dont parle Noëlla sont les « shegués », ces dizaines de milliers d'enfants des rues qui errent dans la capitale Kinshasa. Nombre d'entre eux avaient des problèmes chez eux et se sont enfuis ou ont été mis à la porte par leurs parents, d'autres sont des orphelins ou d'anciens enfants soldats. « Tous sont traumatisés et ne ressentent

Jenny

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Christian

plus que colère et haine. A terme, lorsqu'ils dirigeront eux-mêmes le monde, ils constitueront une sérieuse menace », déclare Noella. « Il faut trouver des solutions pour ces enfants. Et cela n'est possible qu'avec leur aide, car ils sont les seuls à connaître à fond leurs problèmes. Le gouvernement doit se mettre à l'écoute de leurs besoins et aussi de leurs rêves, et les associer aux décisions qui les concernent. » Cet avis est partagé par la Namibienne Jenny Williams (17). En Namibie, le principal problème est le sida. Selon les chiffres de l'Organisation mondiale de la Santé, cet Etat d'Afrique australe occupe la troisième place sur la liste mondiale des pays affectés par la contamination par le VIH : sur une population de 1,7 million, 200.000 sont porteurs du virus. « En tant que jeune », déclare Jenny, « je peux certainement faire une différence. Je suis représentante du conseil des jeunes et ai créé dans plusieurs écoles des clubs d'information sur le sida ». Christian Guidibi (14), du Bénin, s'intéresse lui aussi de près à la politique. Il est membre du Comité local des enfants démocrates et œuvre en faveur des droits de l'enfant. Un vaste réseau de trafiquants d'enfants enlève chaque année des milliers d'enfants de son pays pour les exporter vers des pays plus riches tels le Gabon, le Nigeria et la Côte d'Ivoire, où ils sont contraints de travailler comme esclaves dans les plantations de café, de cacao et de coton, dans des conditions des plus abominables.

Noëlla

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PRENDRE SOIN DES ENFANTS ©OMS/P.Virot

Vaccination contre la polio. Ces dernières années, cette infection qui touche surtout les jeunes enfants, a reculé de façon spectaculaire. En 2005, elle devrait être entièrement éradiquée.

« Je m'inquiète sérieusement de la traite des enfants, du manque de respect pour les enfants et de la diffusion déficiente d'informations sur les droits de l'enfant, mais aussi de la mauvaise qualité de l'enseignement, de l'analphabétisme et de la pollution environnementale. Comme je fais moimême partie des jeunes, je sais ce dont nous avons besoin et c'est ce que je voulais venir raconter à la conférence de l'Unicef. »

Le premier pas Le premier jalon dans la reconnaissance des enfants comme citoyens à part entière a été posé en 1989. Les articles 12 et 13 de la Convention relative aux droits de l'enfant stipulent que chaque enfant a le droit de rechercher des informations, d'exprimer son opinion et d'être pris en considération. A ce jour, 192 pays ont ratifié et signé cette convention. 155 d'entre eux ont mis au point des programmes nationaux, dont les résultats sont aujourd'hui tangibles. En effet, en l'an 2002, on a enregistré trois millions de décès d'enfants de moins dans le monde qu'il y a dix ans, tandis que la polio est presque entièrement éradiquée et que l'utilisation accrue de sel iodé protège 90 millions de nouveaux-nés contre une perte importante de leurs capacités d'apprentissage. Il reste pourtant bien du pain sur la planche, surtout en Afrique subsaharienne. Un quart des enfants congolais meurt avant l'âge de cinq ans des suites de maladies «évitables» comme la rougeole, le choléra et le paludisme. Dans de nombreux pays africains, les enfants – surtout les filles – n'ont pas accès à l'enseignement, et la

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pauvreté, la sous-alimentation et la discrimination se poursuivent sans discontinuer. Des millions d'enfants et de jeunes en butte à un travail dangereux, à l'exploitation, à des mauvais traitements et à des abus, se voient ainsi dénier leur droit à l'enfance. La Convention internationale des Droits de l'Enfant est-elle donc inadéquate ? « Nous devons intensifier nos actions afin de pouvoir appliquer les principes de la Convention des Droits de l'Enfant des Nations unies », déclare Kofi Annan, le Secrétaire général des Nations unies. Et d'ajouter qu'elles « doivent être sous-tendues par une conviction encore plus grande de la part des dirigeants politiques, mais aussi par les différents segments de la société civile » - en ce compris aussi les enfants et les jeunes. Un monde adapté aux enfants ne se construit pas seulement pour eux, mais aussi avec eux. C'est là ce qu'il faut entendre par participation des enfants. Les enfants et les jeunes expriment leurs idées, les adultes les écoutent, les prennent en considération et permettent ainsi aux enfants de contribuer activement à la construction de la communauté. A la conférence belge de l'UNICEF, les enfants ont très concrètement demandé que chaque pays des Nations unies élabore d'ici fin 2003 un Plan d'action national afférent à la violence dans la famille, à l'abus des enfants, aux enfants réfugiés, à l'enseignement et à la prévention du VIH/sida, qu'ils puissent eux-mêmes surveiller. Ils souhaitent de plus la création, dans chaque pays, d'une Commission nationale pour les droits de l'enfant chargée

de la coordination de l'exécution du Plan d'action, une plus ample diffusion d'information sur les droits de l'enfant au niveau local et international, davantage d'investissements dans les droits de l'enfant et la coopération au développement, et la mise en place d'un bureau d'ombudsman pour les enfants dans chaque pays. Mais pour qu'ils soient en mesure d'influer sur la politique, les enfants doivent d'abord apprendre à s'exprimer. La meilleure école à cet égard est la famille. Pouvoir exprimer, chez eux et dès leur plus jeune âge, leurs idées et leurs opinions et apprendre à respecter celles des autres, est une première expérience démocratique idéale. Un programme d'encadrement philippin a par exemple appris aux parents à écouter leurs enfants. On leur a expliqué combien il est important de raconter et de lire des histoires aux enfants, et de regarder ensemble des émissions télévisées éducatives. Les parents ont ainsi appris à parler avec leurs enfants, et on a pu constater une réduction des punitions sévères et des cas de mauvais traitements. L'école a aussi un rôle à jouer en la matière. Les enfants et les jeunes y développent leurs compétences de base et y sont familiarisés avec leurs droits et responsabilités. L'Escuela Nueva, érigée par l'Unicef en Colombie, entre autres est centrée, outre sur les connaissances scolaires, sur la participation via les conseils d'élèves. Une étude récente a démontré qu'en dépit de sa situation dans une zone de violence, les enfants de cette école ont appris à résoudre les conflits de manière pacifique, par le dialogue. Un autre exemple est celui des groupes ruraux de discussion organisés par une ONG dans le sud de l'Inde. Les enfants se sont réunis avec les parents, d'autres adultes de la communauté et les autorités locales, pour discuter de thèmes tels que le travail des enfants et les enfants donnés en mariage. Le résultat ? Les propriétaires fonciers et chefs d'entreprise locaux ont décidé de ne plus embaucher d'enfants, et les parents des filles en âge de se marier ont été convaincus de prolonger la scolarisation de leurs enfants. L'ONG a également instauré un parlement des enfants dans l'école, au sein duquel certains enfants se sont vus confier des fonctions politiques, d'autres faisant office d'opposition et devant surveiller les programmes et le respect des promesses des élèves élus. Les dirigeants ont appris, par la pratique, qu'ils devaient se justifier devant leurs électeurs et tenir leurs promesses. L'utilité des forums

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PRENDRE SOIN DES ENFANTS

Les dirigeants de demain Si nous donnons la parole aux enfants et tenons compte, dans le processus décisionnel, de leurs points de vue, nous devons aussi éviter que des adultes n'abusent d’une soi-disant participation pour réaliser leur propre agenda. La participation des enfants à la coopération internationale comporte néanmoins de nombreux aspects positifs. Les enfants ont des idées, une expérience et des intuitions qui enrichissent la compréhension des adultes et apportent une contribution positive aux initiatives des décideurs politiques. Quand les enfants demandent des quartiers plus sûrs, c'est aussi dans l'intérêt des adultes : les gens auront moins peur de sortir dans les rues, les commerces et l'économie locale prendront de l'essor, avec à la clé de nouveaux emplois et une hausse du revenu familial. Bref, des investissements favorisant le bien-être physique et moral des enfants sont la meilleure garantie de développement social et économique d'un pays. Mais ce n'est pas tout. Les enfants et les jeunes sont les dirigeants mondiaux de demain. Celui qui, enfant, apprend à s'exprimer, à prendre ses responsabilités et à faire preuve de tolérance envers son entourage, entrera très probablement dans

la puberté avec confiance en soi, l'assertivité et les capacités requises pour engager un débat démocratique. Il étendra sa participation au sein de la famille et de l'école à la communauté et au pays, et évoluera ainsi du niveau local vers le niveau mondial. Celui qui se retrouve par contre exclu ou ignoré risque de grandir dans l'apathie et la frustration. Et le risque existe qu'une fois adulte, il traitera les autres de la même façon, limitant leurs capacités de construire une société cohérente et de contribuer à la croissance économique et à la sécurité.

Le grand défi du 21ème siècle La participation des enfants et des jeunes à la prise de décision nationale et internationale présente donc de nombreux avantages. Mais la participation des enfants n'est aujourd'hui pas évidente – pas plus dans les pays industrialisés que dans les pays en développement. La transition de la situation actuelle vers un monde où les adultes demanderont spontanément l'avis des enfants est un processus qui requiert de nouvelles compétences de la part tant des enfants et des adultes que des commu-

© OCHA

Quel avenir pour cette petite fille palestinienne ?

nautés, des villes et des organisations. Les enfants doivent apprendre à formuler leurs opinions sur les problèmes qui les concernent, tandis que les adultes doivent stimuler et découvrir les idées des enfants. Les enfants naissent avec le désir de comprendre le monde et de rechercher des informations. Les adultes doivent les stimuler dans cette voie et les aider à comprendre les informations dont ils disposent. Pour ce faire, ils doivent accorder aux enfants les opportunités, le temps et l'espace nécessaires pour exprimer leurs opinions et formuler des réponses appropriées. Ce qui n'implique bien évidemment pas que les enfants fassent la loi. Mais les adultes doivent les laisser participer aux discussions et prendre la décision finale en ayant leur intérêt à cœur. Ou, comme le formule le Secrétaire général Kofi Annan : « Le grand défi de 2003 consiste à bâtir un monde adapté aux enfants. Et nous ne pourrons réussir que si tous les gouvernements se mettent effectivement à l'écoute des enfants et des jeunes ».

Sarina Wijnen

.©Novo Mundo

publics est aussi démontrée par l'histoire d'un autre succès remporté en Thaïlande. L'an dernier, plus de 200 représentants des écoles de 76 provinces se sont réunis pour un Parlement national des jeunes qui a duré trois jours. Après la remise de leur rapport à l'assemblée du cabinet thaïlandais, le gouvernement a adopté la participation des jeunes comme axe politique du gouvernement. Un autre instrument de participation important pour les jeunes sont les médias. En Albanie, un pays où la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté et où des milliers d'enfants émigrent chaque année illégalement vers l'Europe, des jeunes de 13 à 18 ans assurent la réalisation d'une émission télévisée populaire. Un reportage sur les traitements abominables des enfants dans une maison d'accueil a conduit au licenciement du directeur et l'émission ayant dénoncé le manque de livres d'études criant des écoles, les autorités se sont empressées de livrer le matériel nécessaire.

L’école est un endroit idéal pour préparer les jeunes à leur rôle participatif dans la société.

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SIDA

LE SIDA AGGRAVE LA FAMINE A La Journée mondiale du Sida – le 1er décembre – est chaque année un événement médiatique important. Entre-temps, autour de « la plus grande épidémie de tous les temps » comme la qualifie le docteur Peter Piot, directeur de l’ONUSIDA, l’organisation des Nations unies pour la lutte contre le sida, le silence est presque à nouveau tombé.

Pourtant l’épidémie est loin d’être maîtrisée : 5 millions de personnes ont été contaminées l’an dernier, 42 millions vivent avec le virus. L’Afrique subsaharienne détient le triste record d’environ 30 millions de séropositifs, dont 35 à 40 % d’adultes. A l’échelle de la Belgique qui compte 10 millions d’habitants, cela reviendrait à 2 à 4 millions de personnes contaminées.

© ONU

Aujourd’hui le sida a le visage d’une femme, car 58 % des séropositifs africains sont des femmes. La crise alimentaire survenue à la suite de la sécheresse, des guerres et de la mauvaise gestion, qui sévit depuis l’an dernier dans bon nombre de pays de l’Afrique, s’est adjoint un compagnon d’arme meurtrier : le sida. Faim et sida : une alliance catastrophique.

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utrefois, la société africaine traditionnelle était habituée et adaptée aux périodes de sécheresse qui frappaient avec la régularité d’une horloge. Certes, le manque de vivres était pénible, mais pratiquement courant. Les victimes mortelles de la famine étaient presque exclusivement les plus vulnérables: les jeunes enfants et les vieillards. Les jeunes adultes mouraient rarement et les femmes, mieux encore que les hommes, réussissaient à survivre. Le noyau de la communauté était épargné et pouvait se rétablir. Surtout en Afrique, lorsque la famine frappait, les habitants de la campagne étaient devenus experts en survie. Les femmes savaient quelles graines sauvages, quelles racines et quelles baies pouvaient servir de nourriture quand la réserve de maïs était épuisée. Bref, bien qu’avec des hauts et des bas, ils finissaient encore par s’en sortir.

du sida. Beaucoup ne sont plus capables de cultiver suffisamment de nourriture pour leur propre usage. De plus, les charges supplémentaires qui pèsent sur la famille d’un malade du sida, une maladie qui demande beaucoup de soins, minent le fondement même de la famille. Le citadin, qui a été contaminé et tombe malade, retourne la plupart du temps dans son village pour y passer les derniers mois de sa vie, y mourir et y être enterré. Les orphelins du sida sont eux aussi confiés aux soins du village de leurs parents, ce qui encore une fois constitue une charge supplémentaire. Le filet de sécurité social traditionnel est devenu extrêmement fragile en raison de la pandémie, à tel point que beaucoup d’enfants sont tout simplement abandonnés à leur sort.

Aujourd’hui, tout est en train de changer. Nous sommes confrontés à une nouvelle variante de la famine: dans une communauté touchée par le sida, la famine est d’autant plus meurtrière que le sida mine les forces et les moyens de production et dans bien des cas, les paralyse entièrement.

La baisse générale de l’espérance de vie – jusqu’à moins de 40 ans! – dans certains pays africains frappés par le sida est donc lourde de conséquences pour les communautés rurales traditionnelles. En temps normal, les biens tels que la terre et le bétail passent à la jeune génération. Les grands-parents veillent sur leurs petits-enfants. Les femmes âgées transmettent à leurs filles leurs connaissances acquises tout au long de leur vie en matière de sélection et de préparation d’aliments quotidiens ou de substitution. Elles jouent par conséquent on rôle exemplaire indispensable.

Le sida s’attaque de plus en plus souvent aux jeunes adultes, et en particulier aux femmes. Or, en Afrique, ce sont les femmes qui travaillent le plus. Elles occupent depuis toujours une place essentielle dans la chaîne alimentaire. Pendant la saison des pluies, elles passent 16 heures par jour dans les champs pour planter et arracher les mauvaises herbes. Si ce travail n’est pas fait, la famille souffrira de la faim. Dès lors, dans une famille touchée par le sida, chaque membre devra produire plus pour pouvoir nourrir le même nombre de personnes, non seulement les enfants, mais aussi les malades. Mais un adulte qui a faim et est de surcroît infecté par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH), a besoin d’une alimentation plus riche et plus équilibrée – il a besoin de davantage de calories et surtout de protéines. La sous-alimentation accélère l’évolution vers une issue fatale du sida. Un récent rapport de l’ONUSIDA fait apparaître, dans les pays durement touchés par le sida comme certains pays de l’Afrique australe, une baisse de la productivité agricole jusqu’à 60 %. Au Malawi, par exemple, les villages voient jusqu’à 70 % de leurs habitants mourir des suites

La spirale infernale

La pandémie du sida est venu troubler sérieusement ce processus qui fonctionnait à merveille. Les jeunes héritent des dettes et n’ont ni la possibilité ni le temps d’acquérir les connaissances nécessaires. Comment une jeune femme seule avec six enfants pourrait-elle accéder à l’expérience de sa mère ou de sa grand-mère dans la culture alimentaire et en même temps échapper à la famine? Avant de tomber malade elle-même, la femme doit s’occuper de son mari malade et lorsque celui-ci meurt, elle se retrouve souvent privée du droit à la propriété ou au crédit… Pour nourrir ses enfants, la seule issue est parfois « le sexe de survie », avec tous les dangers de contamination inhérents à la situation. De plus, les femmes transmettent le virus par l’utérus et par le lait maternel. Lorsqu’elles succombent au sida, la famille se voit souvent contrainte de retirer les enfants de l’école, surtout les filles, pour les faire

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SIDA travailler aux champs et dans le ménage. Privées d’enseignement et d’éducation sexuelle, elles seront à leur tour des proies faciles pour l’épidémie. Kofi Annan, le secrétaire général des Nations unies insiste d’ailleurs sur le fait qu’« en Afrique, ce sont les femmes qui maintiennent la vie. Et c’est pourquoi, si nous voulons sauver l’Afrique, nous devons tout d’abord sauver ses femmes ».

© AllAfrica

Aujourd’hui, nous n’avons guère de réponses mais bien des questions: comment neutraliser le lien entre le sida et la famine? Comment appréhender les deux problèmes à la fois? Comment simultanément aider les millions d’adultes et d’enfants qui souffrent de la famine et ceux qui souffrent du sida? Les spécialistes considèrent en outre que l’épidémie n’en est encore qu’à ses débuts. Ils mettent en garde contre le fait que si les pays riches n’augmentent pas leurs efforts pour combattre la maladie dans les vingt années à venir, 70 millions de personnes – surtout en Afrique – mourront à leur tout du sida. Personne ne peut cependant prédire combien d’Africains mourront dans les vingt ans à venir des effets de la combinaison faminesida. La pauvreté, la maladie, le chômage et le sous-développement sont étroitement liés et en Afrique, comme dans le reste du monde en développement, ce sont toujours les plus démunis qui paient la note… VIVRE ET LAISSEZ VIVRE

Cette année, la Campagne mondiale contre le sida a pour thème la stigmatisation et la discrimination, sous la devise «Vivre et laissez vivre.» La stigOumou et Mamadou. matisation et la discrimination entravent la prévention et les soins, sans oublier qu’elles sapent la dignité humaine. Angoisse, dénégation, intolérance ou exclusion sont trop souvent la réaction de la population, surtout dans les pays en

développement. Les personnes qui souffrent du VIH ou du sida et leur famille sont traumatisées par leur entourage, de sorte qu’il leur est impossible de mener une vie normale. C’est contre cette mentalité que la nouvelle campagne de l’Organisation mondiale de la santé et de l’ONUSIDA veut se battre. La stigmatisation et la discrimination trouvent leur origine dans plusieurs facteurs: une mauvaise connaissance de la maladie, les mythes concernant sa transmission, les préjugés, le manque de traitement, la manière injustifiable dont les médias s’emparent de l’épidémie, le fait que le sida est une maladie inguérissable, l’angoisse face à la maladie et à la mort… La campagne « Vivez et laissez vivre » veut encourager les gens à rompre le silence et à lever les obstacles qui entravent les efforts de prévention et de soins aux malades du VIH/sida. Cela suppose bien du courage dans une Afrique où les tabous sont nombreux. C’est ce qui frappe dans le témoignage de Mamadou Sawadogo, un infirmier burkinabè de 34 ans, contaminé en 1996 par une aiguille d’injection, alors qu’il était encore étudiant. La première à en être avertie a été Oumou, à l’époque son amie et aujourd’hui son épouse. Pour ne pas être une charge pour elle, il a voulu rompre leur relation. Elle a refusé. « Oumou m’a donné la force de parler ouvertement de ma maladie », raconte Mamadou. « J’ai donc invité une soixantaine d’amis chez moi et je leur ai annoncé que j’étais séropositif. Silence de mort. Je pense que certains refusaient à le croire. Ils sont partis. Faire connaître sa maladie en public équivalait à l’époque à une condamnation à mort. Même les médecins et les infirmières me traitaient avec dégoût. » En 1998, Mamadou s’est armé de courage et a déclaré devant la télévision nationale qu’il était séropositif. Depuis, il est au Burkina Faso un des

activistes les plus importants dans le domaine de la prise de conscience et dans la lutte contre les tabous. Mamadou raconte: « Avoir le sida était une honte. Un sujet dont on ne parlait pas. Les personnes tombaient malades, mouraient chez elles dans la solitude et en secret. La famille alléguait toutes sortes de causes de décès. Sous aucun prétexte, la vérité ne pouvait se dire. » Selon Mamadou Sawadogo, il est extrêmement important de convaincre la population que tous les séropositifs n’ont pas déjà un pied dans la tombe. « Je suis la preuve vivante qu’on peut être porteur du VIH et se trouver en même temps en assez bonne santé. » Avec sa femme, il parcourt tout le pays pour proclamer dans les villages, les écoles, etc., qu’il est possible de vivre avec le sida. Son travail de pionnier a entretemps été récompensé par le Président burkinabè, Blaise Compaoré, avec une distinction nationale. Le chef d’Etat est lui-même président du Comité national de la lutte contre le sida (CNLS) et a établi un plan ambitieux pour les cinq années à venir. La stigmatisation et la discrimination sont selon le CNLS les plus grands obstacles dans le domaine de la prévention. Même les mosquées prêchent aujourd’hui au Burkina Faso un nouveau message, celui de la tolérance vis-à-vis des porteurs du VIH/sida, quelle que soit leur religion. Au Burkina Faso, environ 10 % de la population est contaminée, pourcentage relativement bas en comparaison avec d’autres pays africains. La situation y reste cependant préoccupante, car le nombre de nouveaux cas augmente d’année en année. La pauvreté et le VIH/sida sont dans ce pays du Sahel à nouveau très liés. A peu près la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. L’espérance de vie qui était encore de 47 ans en 2000 pourrait bien descendre à 42 ans en 2015, s’il n’y a pas de ralentissement dans la progression de la maladie. M.D.W.

Lignes de force de la DGCD La Belgique joue sur la scène internationale un rôle de précurseur dans la lutte contre le sida. Notre pays dispose à cette fin d’un certain nombre d’atouts, tels le rôle prépondérant que les institutions belges ont joué et jouent encore dans ce domaine, ainsi que l’expérience de la coopération au développement dans le secteur de la santé. La prévention et la lutte contre le sida est pour la coopération belge une priorité absolue qui va bien au-delà du secteur médical. Ceci signifie qu’il s’agit d’un thème transversal comme le genre et l’environnement, surtout pour les pays qui présentent une haute prévalence de séropositivité. Sur le plan multilatéral, notre pays a fortement augmenté ces dernières années son soutien à l’ONUSIDA ainsi qu’aux projets d’autres organisations multilatérales. Le sida est aujourd’hui un thème récurrent dans les négociations des commissions mixtes entre la Belgique et ses pays partenaires. De même, les ONG et les

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institutions scientifiques sont, elles aussi, encouragées à s’intéresser davantage au sida dans leurs programmes. La prévention (éducation sanitaire, campagnes ciblées, initiatives adaptées à la population…) reste la première priorité. Il faut, dans le même temps, éviter la stigmatisation et la discrimination et s’assurer la collaboration totale de la part des leaders tant politiques que religieux. La prévention devrait atteindre davantage les jeunes (par exemple par le biais de l’enseignement) et les femmes car, en ce moment, en Afrique, 58 pour cent des séropositifs sont des femmes. Les malades du sida ont, cela va de soi, droit à un traitement adéquat. La revendication de médicaments à moindre coût et de soins élémentaires ne fait que s’accroître. La coopération belge considère que l’heure est venue d’intégrer aux programmes la thérapie anti-rétrovirale, éventuellement en combinaison avec la recherche opérationnelle.

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COMMERCE ÉQUITABLE

LE LAOS

LE PRIX ROI BAUDOUIN DISTINGUE LES PRODUITS FAIRTRADE Le Prix international Roi Baudouin 2002 pour le développement a été décerné à l'organisation Fairtrade Labelling Organizations International (FLO), dont le secrétariat est basé à Bonn, en Allemagne, et qui regroupe 17 initiatives nationales dans 14 pays européens principalement, mais aussi en Amérique du Nord et au Japon. En Belgique, les associations membres de la FLO sont Max Havelaar, TransFair et Fairtrade.

La FLO a pour objectif d'améliorer la situation des petits producteurs et travailleurs des pays en développement, en établissant des normes de commerce équitable à travers une certification de leurs produits et en créant le cadre qui permet au commerce de se pratiquer à des conditions favorables aux producteurs - plus de 800.000, dans plus de 40 pays. Un grand nombre d'organisations commerciales alternatives et de magasins du monde ont rallié l'initiative au cours de ces treize dernières années. Le système de certification du commerce équitable introduit, pour les consommateurs, un vrai choix dans leurs habitudes quotidiennes d'achat. A l'heure actuelle, différents produits alimentaires (sucre, bananes, café, thé, cacao, riz, jus de fruits, miel…) sont disponibles sous un label de commerce équitable, mais l'offre s'élargit progressivement avec des produits hors alimentation (comme des ballons de foot). Le jury, présidé par le Dr Peter Piot, directeur exécutif de l'ONUSIDA, a félicité la FLO pour « son action pionnière permettant aux producteurs et travailleurs défavorisés des pays en développement de participer, en direct et à des conditions équitables, au commerce international. »

Le Prix 2002 sera remis le 17 mai 2003 au Palais Royal de Bruxelles.

Pour plus d’informations : www.kbprize.org www.fairtrade.net

Un tiers des quelques 6 millions de tonnes de café commercialisé chaque année provient de petits producteurs.

© ONU

Depuis 1980, le Prix Roi Baudouin, d'une valeur de 150.000 euros, est décerné tous les deux ans à une personne ou organisation qui oeuvre en faveur de l'amélioration du

niveau de vie des populations dans les pays en développement, ou de la solidarité entre Nord et Sud. Le lauréat est sélectionné par une commission indépendante dont la composition est partiellement modifiée à chaque édition, afin de garantir à la fois un certain renouvellement et la continuité nécessaire. La procédure de sélection met l'accent sur l'effet multiplicateur des initiatives proposées et sur les possibilités qu'elles offrent aux populations de prendre en main leur propre développement. La liste des précédents lauréats du Prix couvre un large éventail de domaines, dont l'alphabétisation des adultes, les micro-crédits, le VIH/sida, la réforme agraire, la formation des agriculteurs, la sécurité alimentaire, le transfert technologique, les droits humains, la mise au point de vaccins, etc.

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CAP SUD

LE TOURISME ETHNIQUE GARANT DU MAINTIEN DES CULTURES OU VECTEUR D’ACCULTURATION ? Le tourisme culturel semble avoir le vent en poupe et connaît un essor sans précédent dans certaines régions du monde. Mais comme cette activité tient plus du secteur économique que de celui de la culture, les dérapages ne manquent pas. Ne serait-il pas temps de proposer une charte impliquant le respect des cultures visitées en accord avec les principaux concernés ? La mise sur pied d’un label pour les agences dites spécialisées n’offrirait-il pas la garantie d’une visite bien encadrée chez des peuples à considérer comme nos contemporains, et non une approche exotique dans des zoos humains. Voici quelques exemples heureux ou malheureux qu’engendre ce tourisme nouveau.

L’image des Africains Si le tourisme a dans certains cas, permis à des minorités culturelles de se faire connaître et d’échapper à l’acculturation, il n’en a pas été de même partout. Certains ont vendu leur âme en espérant des revenus conséquents, d’autres ont été la proie de Tour Operators peu scrupuleux, d’autres encore ont perdu leur identité, créant une image fausse de leur passé. Avec le temps, le discours culturel tend lui aussi à s’éroder. On voit apparaître une certaine xénophobie, voire un sentiment de supériorité chez ceux qui ont su vanter leurs spécificités au détriment de l’image de leurs voisins. En réponse à l’attente d’exotisme des Occidentaux, certaines ethnies amplifient la dimension mythique, pensant de la sorte renforcer leur spécificité. Les visiteurs épousent souvent la cause des uns sans maîtriser les enjeux socio-économiques de tous. Les Touaregs en sont un exemple criant. Durant leur soulèvement, on pouvait lire dans le métro de Paris «Nous sommes tous des Touaregs», une revendication faisant l’impasse sur les autres ethnies également projetées dans le conflit.

Des projets d’aides fleurissent dans les zones les plus visitées car elles bénéficient de plus de visibilité et d’une image plus facile à vendre. Ceci a pour conséquence de favoriser ceux qui bénéficient déjà de la manne touristique. Les plus exposés des Africains deviennent parfois des phénomènes de foire, des reliques du passé ou, dans le meilleur des cas, des personnes ayant réussi à juxtaposer modernité et tradition. Souvent se mêlent, paradoxalement, mendicité et fierté de posséder une culture qui attire des étrangers venus parfois de fort loin. Vu du côté africain, on parle plutôt de commerçants bien avisés vivant de la crédulité des étrangers, bien conscients d’être privilégiés par ces revenus générés par le tourisme. Le spot continuellement allumé sur certaines ethnies conduit les autres à les rejeter et à établir une échelle de valeur culturelle parfois invraisemblable. C’est le cas des Maasaï, qui surexploités dans leur image, se voient rejetés par leurs concitoyens, qui les dénoncent comme anachroniques dans un Kenya globalement acculturé qui se veut moderne.

Massif du Djado au Niger. Avec la présence du tourisme, les Touaregs peuvent encore traverser les vastes étendues du désert où il est devenu économiquement difficile de survivre.

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CAP SUD L’Economie du tourisme culturel Concrètement, le tourisme ethnique nécessite un investissement de base et une promotion qui est souvent du seul ressort d’investisseurs privés et majoritairement étrangers. Les états investissent rarement, sauf peut être dans les services que peuvent offrir des moyens logistiques étatiques. Sur place, les retombées ne sont cependant pas négligeables. Les revenus issus de l’hébergement dans les villages, des droits de passage et de visite, de la consommation de nourriture, de l’achat de souvenirs, des sorties de masques et autres démonstrations, sont redistribués par les communautés entre les membres participants. Cette activité complémentaire permet d’améliorer leur quotidien. Dans certains cas, elle devient prédominante et on assiste à l’émergence d’une mono-économie basée sur le tourisme. Ceci peut avoir des conséquences graves, par exemple lorsque des conflits éclatent comme ce fut le cas en Casamance, dans le Sahara algérien, ou dernièrement en Côte d’Ivoire. Il arrive qu’une part des revenus soit consacrée à des actions de développement communautaire. Un fait est certain, les zones de tourisme ethnique font figure d’Éden économique au sein de l’Afrique subsaharienne, somme toute, épargnée par le tourisme de masse. Le tourisme permet parfois le maintien factice d’un mode de vie qui aurait sans doute déjà disparu. Mais les pays en développement doivent-ils pour autant servir de musées vivants?

Les Touaregs de la dune De Marrakech à Agadez, de Dakar à Niamey en passant par Ouagadougou et Lomé, les vendeurs de boîtes en cuir et de couteaux, vêtus de litham et de grands boubous bleus, continuent de faire rêver du «Grand Désert». Ce grand désert que l’on vend comme étant la patrie des Touaregs est devenu bien hostile pour que des hommes puissent encore y vivrent. «Il faut être fou pour aimer le désert» disent les caravaniers ayant pratiqué le commerce transsaharien. C’est certainement le tourisme qui permet encore à quelques Touaregs de vivre dans le Sahara, d’y bivouaquer et de cuire du pain de sable. Les caravanes de chameliers pratiquant le commerce de sel ont pour la plupart disparu et cédé la place à la contrebande et au transport des candidats à l’émigration clandestine. Plus de 40.000 réfugiés vivent à Tamanrasset dans l’attente de réunir de quoi passer en fraude en Libye, nouvelle porte sur l’Europe. Aux marches du grand désert, les riverains ven-

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dent encore une image passéiste d’une vie nomade. Mais le mythe se poursuit et les Hommes bleus l’entretiennent.

Noël chez les Dogon En cette fin d’année, la Falaise des Dogon au Mali est parcourue en tout sens par des groupes de touristes encadrés par des guides et poursuivis par des enfants quémandeurs. Des masques, qui ne peuvent être traditionnellement vus ni par les femmes ni par les enfants, sortent quotidiennement en plein jour - jusqu’à six fois! - pour le plus grand plaisir des touristes émerveillés. Moins de dix pour cent des Dogon seraient encore animistes. Malgré cela, les cérémonies des masques et la perpétuation de rites anciens permettent à de nombreux villages de bénéficier de revenus non négligeables. À Nombori, un ancien «gardien des reliques» est exhibé aux visiteurs telle une momie croupissante dans la poussière. Poser des questions semble vain. On vous dira qu’il vit bien là, nourri chaque jour par des vierges. Le mythe se poursuit… Le soir de Noël, dans le village d’Indarou qui compte 600 âmes, pas moins de quatre églises se partagent les fidèles. Le faible reliquat est musulman. Ces derniers font figure de résistants au prosélytisme des missionnaires chrétiens qui, sous le couvert d’actions humanitaires, sont très présents sur le terrain depuis la sécheresse des années septante. À cette époque, le pays dogon était encore en majorité animiste. Sa médiatisation l’a placé en tête des zones à convertir. Un site internet d’une église évangélique a d’ailleurs dressé on line la liste des ethnies non converties. Lorsqu’on aime son prochain, ne faut-il pas accepter sa différence? À l’entrée de Sanga, agglomération de plusieurs milliers de personnes, un vieillard penché sur le sol décrypte les traces laissées dans de grands damiers. Pour les seuls touristes, il entretient le système divinatoire des Dogon. Le «Renard Pâle» est censé parcourir l’aire de divination durant la nuit, mais il y a longtemps que les chacals ont déserté la Falaise. Paradoxalement, le Ministère de la culture est le grand absent de la Falaise, celui du tourisme y ayant plus d’intérêts. Qui rétablira la vérité entre l’actualité, les mythes et les légendes déformées au gré des discours des guides touristiques? La réalité n’est-elle pas plutôt celle d’un peuple chrétien ou musulman qui délaisse ses traditions tout en se livrant à un simulacre culturel?

L’attrait du Vaudou Le potentiel touristique du Bénin réside sans nul doute dans ses nombreux témoins du passé. Palais royaux, temples dédiés au panthéon des dieux vaudou, comptoirs européens de la Côte des Esclaves. Au Bénin, un véritable culte est voué aux royaumes anciens. Ceci est sans doute dû à la propagande marxiste qui, paradoxalement, prenait les rois fon comme exemple de résistance à l’envahisseur. Au-delà des raisons politiques, le culte des ancêtres, l’un des piliers des rites vaudous, est sans doute le réel moteur de cette sauvegarde. À Abomey et à Porto-Novo, les régalia sont religieusement gardés. Des pleureuses consacrent la fin de leur vie à entretenir les tombes royales. Si le voyage est riche en découvertes étonnantes, le touriste reviendra cependant sans aucun cliché. Il est impossible de prendre des photos dans l’enceinte des sites historiques, musées compris. Cette ferveur devrait pousser les conservateurs du Musée de l’Homme à Paris à remettre les trônes qu’ils détiennent depuis leur prise par les militaires lors de la colonisation. Les temples vaudous peuvent être visités sous certaines conditions. La population locale veille à ce que soient respectés leurs lieux sacrés. À Ouidah, tout a été organisé de manière à ce que les Occidentaux comprennent l’importance du vaudou. Une forêt secrète est partiellement accessible. Des statues contemporaines montrent la richesse du panthéon vaudou tout en permettant d’échapper au risque d’une mauvaise interprétation. À côté de cette sauvegarde exemplaire, dans le même pays, l’incontournable visite du village lacustre de Ganvié se teinte d’un malaise réciproque. La population locale n’a de cesse de refuser aux touristes de les prendre en photos tandis que seuls quelques piroguiers bénéficient des retombées touristiques. Les enfants mendient quelques cadeaux, sorte de contrepartie provocante à l’envahissement de leur village. En dix ans, rien n’a changé dans l’approche de cette cité lacustre. L’arrêt au célèbre café-hôtel-restaurant « Chez Raphaël», tout de rose peint, est toujours de mise. De là, les touristes peuvent encore épier de leur téléobjectif une population lasse de cette curiosité malsaine.

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CAP SUD Vallée de l’Omo, terra incognita? Au cœur d’une des régions les plus reculées d’Afrique, dans la vallée de l’Omo, vit une vingtaine d’ethnies. L’une des plus difficiles d’accès, les Mursi, constitue un groupe homogène de grande taille au sein duquel les hommes ne portent pas de vêtements. Ce critère ethnographique d’une importance toute relative, joue pourtant un rôle important dans un contexte occidental. Un tourisme très sélect et très ciblé a vu le jour. Il s’apparente à du voyeurisme d’une platitude consternante. Le bref séjour chez les Mursi n’autorise que des contacts très superficiels. Bien que compétents, les guides de l’Office national du tourisme éthiopien ne peuvent restituer en quelques heures toute la complexité de la culture de ce peuple de pasteurs. Pour de nombreux Éthiopiens, les populations de la vallée de l’Omo sont considérées comme des sous-citoyens restés à la lisière du Néolithique. Au terme d’un voyage de six jours de piste, l’échange se résume à un muet face à face. Le visiteur étranger peut alors se prendre à rêver qu’il est un découvreur en vertu du fait que peu de Blancs connaissent cet endroit. Rareté fait chèreté!

Mombasa, Maasaï Beach Plus de septante pour cent des visiteurs du Kenya se rendent sur les plages de l’Océan Indien où les hôtels enregistrent un taux d’occupation de plus de quatre-vingt pour cent, une situation inespérée garantie par un climat favorable. Pour répondre à une attente qui n’a cependant jamais vraiment été formulée, des Samburu se déguisent en Maasaï afin de vendre des breloques sur la plage où ils tentent de courtiser quelques Occidentales en mal d’affection, ou d’attirer le regard des hommes pour les mêmes raisons. À plus de six cent kilomètres de leurs terres, les «Maasaï» seraient donc présents sur les rives de la mer Rouge, véhiculant des mœurs qui leur sont totalement étrangers. On assiste ici à l’usurpation d’une identité ethnique à des fins commerciales. Certes, les Samburu sont bien moins lotis que les Maasaï. Ils occupent des terres arides et l’attrait de l’argent facile attire sur les plages des jeunes qui s’éloignent radicalement des valeurs encore très actuelles de leurs frères de sang.

Les valeurs ethniques s’exportent mal Des Pygmées et des Maasaï ont, ces derniers mois, séjourné en Belgique, connaissant des fortunes diverses. Mal accueillis dans le premier cas, mal perçus dans le second, il semble que certains de nos compatriotes refusent l’idée que des peuples considérés par d’aucuns comme des «anachronismes» puissent sortir librement de leur «biotopes» pour promouvoir leur culture. Les clichés ont la vie dure. Faut-il y voir le signe que les mentalités n’ont pas évolué en un siècle? Des milliers de touristes se rendent cependant chaque année sur les terres des Maasaï et des Pygmées pour y admirer des cultures fortes et authentiques. Sommes-nous incapables de voir ces gens hors de leur contexte, et de ce fait leur refusons-nous d’être nos contemporains, nos égaux? On peut, dès lors, se demander si le tourisme culturel est réellement respectueux de la différence ou s’il n’est qu’une réponse à un besoin d’exotisme qui ne prend pas en considération les principaux intéressés. Dans l’absolu, quelle différence existe-t-il entre un groupe africain de musiciens sur une scène belge et un groupe d’Africains venus présenter leur culture? Dans le premier cas, si la scène ne permet pas le contact direct, la prestation est effectuée dans un cadre bien différent, le show business, largement accepté dans notre culture. Dans le second, tout reste à faire malgré les efforts déployés par des organismes qui depuis des années œuvrent à la diffusion du droit à la différence, comme c’est le cas au Zuiderpershuis (Centre Culturel des Mondes) d’Anvers, et récemment d’Africalia.

Respect Les voyages ethniques devraient répondre à une charte de respect définie par tous les acteurs concernés. Peut-on concevoir de meilleure approche que celle qui permettrait une immersion de longue durée dans une ethnie en partageant le quotidien et en respectant un code de conduite auquel les touristes devraient adhérer avant le départ. En cas de non respect, l’expulsion du groupe serait immédiate. Il existe déjà de telles expériences en Europe. Reste à diffuser ce concept et à permettre à ceux que nous visitons de venir chez nous se rendre compte de notre quotidien. Cette approche permettrait certainement d’échapper au tourisme ethnique qui ressemble plus au safari photo d’humains tristement associés aux animaux. Bien loin de nous l’idée de décourager les visiteurs potentiels à la découverte d’une Afrique authentique, car de nombreuses expériences prouvent qu’un tel tourisme est possible dans de bonnes conditions. Il faut cependant attirer l’attention sur ce constat: étant les principaux actionnaires du tourisme ethnique, ne voyageons pas avec des œillères et acceptons de voir le résultat de cette activité, et de dénoncer ses déviations parfois flagrantes. Lorsque nous avons les moyens financiers d’entretenir ce qui s’apparente parfois à des zoos humains, soyons-en conscients.

Xavier Van der Stappen – Texte et photos

Plage de Mombasa. La perspective de vendre de l’artisanat aux touristes pousse les Samaburu à se faire passer pour des Maasaï.

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Dimension 3 Périodique trimestriel de la Direction générale de la Coopération au Développement (DGCD) Éditeur responsable: Martine Van Dooren, Directeur géneral Rédaction: DGCD - Information Rue des Petits Carmes 15 B-1000 Bruxelles Tél.: 02/519 08 81 Fax: 02/519 05 44 E-mail: : info.DGCD@diplobel.fed.be www.dgcd.be Imprimerie: Claes Printing Tel.: 02/ 378 09 39 Lay-out: AVPAO – Tel.: 0477/ 937 807

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Stage sur le rôle de la femme dans la prévention de conflits avec des participantes venues de dix pays africains.

Dimension-3 paraît quatre fois par an. Imprimé sur papier recyclé.

BROCHURE BOURSES D'ÉTUDES ET DE STAGES «Comment obtenir une bourse d'études en Belgique?» est une question souvent posée à la DGCD par de nombreux étudiants des quatre coins du monde. Pour guider le candidat dans ses démarches, la direction Information de la DGCD a pris l'initiative de publier une brochure intitulée «Bourses d’études ou de stages pour les ressortissants des pays et développement». Les bourses d'études et de stages de la DGCD octroyées en Belgique - environ 120 par an - sont financées dans le cadre des conventions de coopération bilatérale avec nos 24 pays partenaires. La priorité est accordée aux études et stages s'inscrivant dans les secteurs prioritaires de la coopération belge, à savoir: les soins de santé, l'éducation et la formation, l'agriculture et la sécurité alimentaire, l'infrastructure de base et la consolidation de la société. La DGCD distingue quatre types de bourses: les bourses d'études en Belgique, les bourses de stages en Belgique, les bourses locales et les doctorats mixtes. Les demandes de bourses doivent être introduites auprès de la Représentation de la Belgique dans le pays d'origine des candidats boursiers.

Des formulaires standardisés sont à leur disposition auprès des Attachés de la coopération belge dans les pays partenaires. Les critères de sélection sont particulièrement stricts. Il est donc inutile que les personnes qui ne remplissent pas les conditions de base introduisent une candidature. L'introduction d'une demande de bourse ne préjuge en outre bien entendu pas de son attribution. Pendant leur séjour dans notre pays, les étudiants sont encadrés par la Coopération technique belge (CTB), qui n'intervient toutefois pas dans la procédure d'attribution des bourses. La DGCD n'est pas la seule institution à octroyer des bourses d'études à des ressortissants des pays en développement. La brochure fournit ainsi des informations utiles sur les bourses allouées par le Musée royal de l'Afrique centrale, l'Institut de Médecine tropicale, les Communautés flamande, française et germanophone, les universités belges, l'Union européenne ainsi que d'autres organismes. Elle existe en quatre langues (français néerlandais, anglais et espagnol) et est disponible gratuitement sur simple demande écrite (par lettre, fax ou courrier électronique). Vous pouvez aussi la consulter sur notre site www.dgcd.be


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