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    MATERNITE ET PETITE ENFANCE : DOCUMENTS

Les références suivies d'un * sont tirées du module "Naissance et petite enfance à l'époque romaine", de Véronique DASEN, dans le cours d'histoire ancienne en ligne du Campus Virtuel Suisse sur le site Antiquit@s : http://elearning.unifr.ch/antiquitas. On y trouvera également de très nombreuses illustrations, dont certaines d'objets présentés à Bavay. Les malaises liés à la grossesse : Pline, Histoire naturelle, 7, 6, 1-2 A conceptu decimo die dolores capitis, oculorum uertigines tenebraeque, fastidium in cibis, redundatio stomachi indices sunt hominis inchoati. melior color marem ferenti et facilior partus, motus in utero quadragensimo die. contraria omnia in altero sexu, ingestabile onus, crurum et inguinis leuis tumor, primus autem XC die motus. sed plurimum languoris in utroque sexu capillum germinante partu et in plenilunio, quod tempus editos quoque infantes praecipue infestat. Le dixième jour de la conception surviennent des douleurs de tête, des vertiges, des éblouissements, des dégoûts, des soulèvements d'estomac, indices qui annoncent qu'un être humain est ébauché. Le teint est meilleur, la grossesse plus facile, quand c'est un garçon ; les mouvements s'en font sentir dans l'utérus au quarantième jour. C'est tout le contraire dans l'autre sexe : le poids est difficile à porter ; il y a un léger gonflement aux jambes et dans les aines ; et les premiers mouvements sont au quatre-vingt-dixième jour. Mais la mère éprouve le plus d'affaissement lorsque les cheveux de l'enfant poussent, quel que soit son sexe, et aussi dans la pleine lune, époque qui est d'ordinaire dangereuse pour les enfants, même après leur naissance.

Plaidoyer en faveur de l'allaitement maternel : Aulu-Gelle, Nuits Attiques, 12 Atque ubi percontatus est, quam diutinum puerperium et quam laboriosi nixus fuissent, puellamque defessam labore ac uigilia somnum capere cognouit, fabulari instituit prolixius et: 'nihil' inquit 'dubito, quin filium lacte suo nutritura sit.' Sed cum mater puellae parcendum esse ei diceret adhibendasque puero nutrices, ne ad dolores, quos in enitendo tulisset, munus quoque nutricationis graue ac difficile accederet, 'oro te,' inquit 'mulier, sine eam totam integram matrem esse filii sui. Quod est enim hoc contra naturam inperfectum atque dimidiatum matris genus peperisse ac statim a sese abiecisse? aluisse in utero sanguine suo nescio quid, quod non uideret, non alere nunc suo lacte, quod uideat, iam uiuentem, iam hominem, iam matris officia inplorantem? An tu quoque' inquit 'putas naturam feminis mammarum ubera quasi quosdam uenustiores naeuulos non liberum alendorum, sed ornandi pectoris causa dedisse? Sic enim, quod a uobis scilicet abest, pleraeque istae prodigiosae mulieres fontem illum sanctissimum corporis, generis humani educatorem, arefacere et exstinguere cum periculo quoque auersi corruptique lactis laborant, tamquam pulcritudinis sibi insignia deuenustet, quod quidem faciunt eadem uecordia, qua quibusdam commenticiis fraudibus nituntur, ut fetus quoque ipsi in corpore suo concepti aboriantur, ne aequor illud uentris inrugetur ac de grauitate oneris et labore partus fatiscat. Quod cum sit publica detestatione communique odio dignum in ipsis hominem primordiis, dum fingitur, dum animatur, inter ipsas artificis naturae manus interfectum ire, quantulum hinc abest iam perfectum, iam genitum, iam filium proprii atque consueti atque cogniti sanguinis alimonia priuare? "Sed nihil interest," – hoc enim dicitur – "dum alatur et uiuat, cuius id lacte fiat." … 'Et praeter haec autem, quis illud etiam neglegere aspernarique possit, quod, quae partus suos deserunt ablegantque a sese et aliis nutriendos dedunt, uinculum illud coagulumque animi atque amoris, quo parentes cum filiis natura consociat, interscindunt aut certe quidem diluunt deteruntque?


Il (le philosophe Favorinus )demanda si l'accouchement avait été long et laborieux. On lui dit que la jeune mère, fatiguée par les souffrances et les vieilles, prenait quelque repos. Alors le philosophe donna un libre cours à ses idées « Je ne doute pas, dit-il, qu'elle ne soit dans l'intention de nourrir son fils de son propre lait. » La mère de la jeune femme répondit qu'il fallait user de ménagements, et donner à l'enfant des nourrices pour ne pas ajouter aux douleurs que sa fille avait éprouvées pendant sa couche les fatigues et les peines de l'allaitement. « Eh ! de grâce, répliqua le philosophe, femme, permettez qu'elle soit tout à fait la mère de son fils. N'est-ce pas contre la nature, n'est-ce pas remplir imparfaitement et à demi le rôle de mère, que d'éloigner aussitôt l'enfant que l'on vient de mettre au monde ? Quoi donc ! après avoir nourri dans son sein, de son propre sang, un je ne sais quoi, un être qu'elle ne voyait pas, elle lui refuserait son lait lorsqu'elle le voit déjà vivant, déjà homme, déjà réclamant les secours de sa mère ! Croyez-vous donc que la nature ait donné aux femmes ces globes gracieux pour orner leur sein et non pour nourrir leurs enfants ? En effet, la plupart de nos merveilleuses (et vous êtes loin de leur ressembler) s'efforcent de dessécher, de tarir ces sources si saintes du corps, ces nourrices du genre humain, et cela, au risque de corrompre le lait, en le détournant, car elles craignent qu'il ne détériore ce charme de leur beauté. C'est agir avec cette même déficience que ces femmes qui détruisent, par une fraude criminelle, le fruit qu'elles portent dans leur sein, de crainte que leur ventre ne se ride et ne se fatigue par le poids de la gestation. Si l'exécration générale, la haine publique est le partage de qui détruit ainsi l'homme à son entrée dans la vie, lorsqu'il se forme et s'anime entre les mains de la nature elle-même, pensez-vous qu'il y ait bien loin de là à refuser à cet enfant déjà formé, déjà venu au jour, déjà votre fils, ce sang qui lui appartient, cette nourriture qui lui est propre, à laquelle il est accoutumé ? Mais peu importe, ose-t-on dire, pourvu qu'il soit nourri et qu'il vive, de quel soin il reçoive ce bienfait ! … Il est encore une considération qui n'échappera à personne, et que l'on ne peut dédaigner : les femmes qui délaissent leurs enfants, qui les éloignent de leur sein, et les livrent à des nourrices étrangères, brisent ou du moins affaiblissent et relâchent ce lien sympathique d'esprit et d'amour par lequel la nature unit les enfants aux parents. Il est préférable que la mère allaite son enfant elle-même : Soranos1, Les maladies des femmes, 2,7. ²

Toutes choses égales, d'ailleurs, il vaut mieux que le nouveau-né soit nourri du lait de sa mère, qui est mieux fait pour lui; de plus les mères sont mieux que les nourrices accordées avec les enfants qu'elles ont mis au monde, et il est plus naturel qu'un enfant reçoive la nourriture de sa mère après la naissance comme c'était le cas avant la naissance. Mais si quelque empêchement se produit, il faut choisir la meilleure nourrice possible, pour éviter à la mère de vieillir avant l'âge à force de s'user un peu chaque jour à allaiter.              


Pour le nouveau-né, une diète de deux jours! : Soranos, Les maladies des femmes, 2,7.*

Après avoir couché le nouveau-né emmailloté, il faut le laisser en repos et ne lui donner aucune nourriture pendant deux jours dans la plupart des cas: l'enfant en effet est encore, à tous les points de vue, perturbé par le traumatisme de la naissance, et d'ailleurs son corps tout entier reste plein de nourriture maternelle, qu'il doit d'abord digérer, pour en recevoir d'autres le moment venu (....).

Le lendemain de ces deux jours, après la toilette, il faut enfin nourrir l'enfant du lait d'une femme capable de l'allaiter convenablement; en effet jusqu'au troisième jour, le lait de la mère risque d'être mauvais; il est épais, trop caséeux, par suit indigeste, inerte, inassimilable, produit par un corps qui a souffert, subi des troubles et une modification aussi considérable que celle qu'on observe après l'accouchement: amaigrissement, faiblesse, pâleur et forte perte de sang, le plus souvent fièvre. Pour toutes ces raisons, l'indication du lait maternel est aberrante jusqu'au moment où le corps de la mère aura retrouvé son équilibre.   Soigner l'enfant par le lait de la nourrice : Soranos, Les maladies des femmes, 2,24.*

Si l'enfant est au sein, nous mettons la nourrice à un régime correspondant à la maladie du nourrisson …

  C'est pourquoi, si le nourrisson reste au contraire quelque temps sans évacuer de selles, nous donnons à la nourrice un régime laxatif. En général, tant que le nourrisson est au lait, nous faisons suivre à la nourrice un régime en rapport avec la maladie de l'enfant .  


L'emmaillotement du nouveau-né : Soranos, Les maladies des femmes, 2,15.*

Il faut donc d'abord libérer un bras, puis quelques jours plus tard, l'autre, ensuite les jambes. On déliera en premier le bras droit: en effet, si on le maintient bandé, comme le font ceux qui délient d'abord le bras gauche, il reste plus faible pour s'être exercé plus tard que l'autre, si bien que certains enfants en deviennent gauchers.   Détermination maternelle… et bienfaits du mariage pour la santé! : Apulée, Apologie, 68-69 Aemilia Pudentilla, quae nunc mihi uxor est, ex quodam Sicinio Amico, quicum antea nubta fuerat, Pontianum et Pudentem filios genuit eosque pupillos relictos in potestate paterni aui _ nam superstite patre Amicus decesserat _ per annos ferme quattuordecim memorabili pietate sedulo aluit, non tamen libenter in ipso aetatis suae flore tam diu uidua. Sed puerorum auus inuita<m> eam conciliare studebat [ceterum] filio[s] suo[s] Sicinio Claro eoque ceteros procos absterrebat. Et praeterea minabatur, si extrario nubsisse<t>, nihil se filiis eius ex paternis eorum bonis testamento relicturum. Quam condicione<m> cum obstinate propositam uideret mulier sapiens et egregie pia, ne quid filiis suis eo nomine incommodaret, facit quidem tabulas nubtiales cum quo iubebatur, cum Sicinio Claro, uerum enimuero uanis frustrationibus nuptias eludit eo ad dum puerorum auus fato concessit, relictis filiis eius heredibus ita ut Pontianus, qui maior natu erat, fratri suo tutor esset. Eo scrupulo liberata cum a principibus uiris in matrimonium peteretur, decreuit sibi diutius in uiduitate non permanendum. Quippe ut solitudinis taedium perpeti posset, tamen aegritudine<m> corporis ferre non poterat. Mulier sancte pudica, tot annis uiduitatis sine culpa, sine fabula, assuetudine coniugis torpens et diutino situ uiscerum saucia, uitiatis intimis uteri saepe ad extremum uitae discrimen doloribus obortis exanimabatur. Medici cum obstetricibus consentiebant penuria matrimonii morbum quaesitum, malum in dies augeri, aegritudinem ingrauescere; dum aetatis aliquid supersit, nubtiis ualitudinem medicandum. Émilia Pudentilla, aujourd'hui ma femme, a eu d'un certain Sicinius Amicus, son premier mari, deux fils, Pontianus et Pudens. Restée veuve avec ses deux enfants en bas âge qui retombaient sous la puissance de leur aïeul paternel, (car le père d'Amicus avait survécu à celui-ci), elle leur prodigua durant environ quatorze années les soins de la tendresse la plus édifiante. Ce n'était pourtant pas de son plein gré qu'à la fleur de ses ans elle se condamnait à un si long veuvage ; mais le grand-père des enfants voulait la donner, malgré elle, à un autre de ses fils, nommé Sicinius Clarus ; aussi écartait-il les autres prétendants, et en outre la menaçait-il, si elle se mariait dans une famille étrangère, de déshériter par testament les deux fils de la fortune de leur père. Voyant que c'était un parti obstinément arrêté dans l'esprit du vieillard, Pudentilla se montra femme de sens et à la fois bonne mère. Pour ne pas nuire de ce côté à ses enfants, elle consentit à des publications de mariage entre elle et ce Sicinius Clarus qu'on lui imposait ; mais en même temps, sous des prétextes imaginaires, elle en éluda toujours l'exécution, si bien que quand le grand-père de ses enfants vint à mourir, il avait institué ses deux petits-fils légataires de sa fortune, et Pontianus, qui était l'aîné, devint tuteur de son frère. Délivrée de ces appréhensions, Pudentilla, dont les hommes les plus importants recherchaient la main, résolut de ne pas vivre plus longtemps dans le veuvage : non qu'elle ne pût en supporter patiemment l'ennuyeuse solitude, mais elle voulait remédier au délabrement de sa santé. C'était une femme d'une sagesse exemplaire, qui durant un si long veuvage n'avait pas commis une seule faute, ni donné matière aux moindres propos ; or, ainsi privée du commerce conjugal, dont elle avait pris l'habitude, cette tempérance trop


prolongée lui avait nui ; il y avait eu dépérissement dans ses organes, et souvent elle était prise de douleurs extrêmes qui la mettaient en danger de perdre la vie. Les médecins s'accordaient avec les sages-femmes pour dire que son mal tenait à la privation d'un époux ; que ce mal augmentait de jour en jour, qu'il prenait un caractère alarmant, et que profitant de quelques années qui lui restaient encore, elle devait réparer par le mariage une santé gravement compromise.       Inscription funéraire d'un bébé : CIL VI 35126 * Quam dulcis fuerat primus natalis meis, sed iniquo fat(o) raptus non egi alterum. Annuclus mensum septem carui spiritum, ereptus illis ad leues umbras uagor. Quid, mater, uentrem laceras? Quid pectora plangis? Cauere fatum nemo (mo)rtalis potes(t). "Quelle joie, pour les miens, que mon premier anniversaire! Mais, ravi par un Sort cruel, point n'ai-je pu en fêter d'autre. Un petit bout d'année, sept mois, et le souffle me manque. Arraché à leurs bras, je flotte, maintenant, parmi les ombres vaines. Pourquoi griffer ton ventre et frapper ta poitrine, ô maman? Pas un mortel ne peut se garder de la mort"       1  Soranos d'Ephèse est un médecin grec du IIè siècle pCn. Il exerça à Rome sous les règnes de Trajan et d'Hadrien. Il est l'auteur, notamment d' un Traité sur les maladies aiguës et chroniques et un Traité sur les maladies des femmes.

  ² Les extraits en grec sont tirés de: Soranos d'Ephèse, Maladies des femmes, tome II, texte établi, traduit et commenté par Paul Burguière, Danielle Gourevitch et Yves Malinas, Paris, Belles Lettres, 1990.

       


La maternité en Grèce