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Le grand tour UniversitÊ d’Artois Association Destin Sensible


Le grand tour Atelier de photographie de l’Université d’Artois animé par l’Association Destin Sensible et son Mobilabo


Pour la troisième année consécutive, des étudiants de l'Université d'Artois exposent leur recherche photographique. Car c'est bien d'une recherche qu'il s'agit, certes très différentes des procédures scientifiques, mais une démarche artistique se fonde sur le souci d'aborder les choses sous un angle nouveau, inédit si possible. En cela, l'appareil photographique constitue un outil magnifique, un compagnon de liberté pour un regard lui-même affranchi, comme le montre le parcours de Bernard Plossu depuis son mythique Voyage Mexicain, présenté il y a quelques années dans notre université. La rencontre avec Bernard avait alors été un choc pour bon nombre d'étudiants, et à l'évidence sa venue cette année a encore produit ses effets. On retrouve dans certains travaux cette acceptation du flou ou de l'absence de plan, cette manière de happer sans trop de préparation ou au contraire de ne pas cacher la pose. Surtout, il se vérifie que voyage et photo, qui vont pour ainsi dire de pair dans nos sociétés, permettent un double mouvement, vers l'extérieur et vers soi-même. Tout peut-être photographié, l'arrière anodin d'une caravane vue à travers le pare-brise, des poubelles barrant une rue en ruine ou en construction, le fouillis des fils électriques et des panneaux de circulation, le paysage entre aperçu du train et qui apparaît, une fois révélé sur le papier, comme on ne l'a pas vu dans la réalité; l'exotique devient proche, et le proche, Gravelines, Vimy, deviennent exotiques; la photo confirme que la poésie est dans le regard, qu'elle est un mélange de présentation et de hasard, de rencontres et de mises en scène. Nous avons commencé par parler de recherche, mais le photographe est aussi celui trouve. Qui trouve parce qu'il se trouve, dans tous les sens du terme, à certains endroits du monde, qu'ils soient les plus prestigieux ou le plus disgraciés. Francis MARCOIN Vice-président chargé de la politique culturelle de l’Université d’Artois


Le grand tour Toute pratique de la photographie créative engage nécessairement une réflexion critique sur le médium, sur la nature et les ressources du langage qu'elle met en oeuvre. En proposant aux étudiants de l'Université d'Artois de participer à un atelier de photographie sur le thème du voyage, il était bien question de cette réflexivité tant sur la technique photographique que sur le sens du mot voyage depuis son étymologie aux dérives contemporaines auxquelles on peut assister dans le mot tourisme . Au sein de leurs formations respectives, les étudiants des pôles universitaires de Lens et d'Arras, un peu comme leurs aînés anglais du 17 è siècle ont dû réaliser leur " grand tour ", ce voyage éducatif qu'accomplissaient beaucoup de jeunes nobles afin de parfaire leur formation. Loin de l'exotisme culturel ou touristique, les images à voir dans cette exposition donnent ici la dimension du chantier entrepris cette année. Sortir du cliché, renoncer à la production visuelle d'une industrie, questionner le voyage, la rencontre des autres mais surtout de soi et pour quels changements, telles étaient nos valises pour ce projet. Cette initiation pour beaucoup s'accompagnait de la découverte de la matérialisation du moment de voir dans sa durée et dans son déroulement sensible. Le voyage dans son déplacement et sa durée participe d'emblée à cette figuration moderne de la photographie. Un effet bougé, un fragment de paysage, un glissement de lumière, c'est la matière photographique qui intéresse le regard. Pour certains, les traces des opérations du photographe sont le véritable sujet des images. La durée


de la visée, du geste, de la métamorphose ou l'effacement instituent l'histoire du voyage dont elles témoignent. D'autres traduisent leur projet dans un rapport plus narratif en envisageant le voyage si ce n'est dans un point de vue littéraire, du point de vue de leur histoire, journal intime qui atteste du voyage quotidien ou extraordinaire de l'aventure initiatique à l'exploration. Depuis le train, la voiture, la mer, la campagne, le nord, le sud ou encore le rêve ou la réalité, ces voyages sont autant de propos signifiants, de mises à l'épreuve, d'interrogations du visible. Toutes ces photographies appartiennent à différents projets, parfois embryonnaires comme un départ, mais tous nourris de l'exigence d'un travail de création conscient avec ses choix, ses doutes et ses renoncements et parce que chacun est différent, il convient de saluer cette quête de sens. Enfin, pas de voyage en Italie, mais deux rencontres cette année pour nourrir ses yeux. Tout d'abord, Bernard Plossu, auteur du célèbre Voyage Mexicain, venu présenter Paris-Londres-Paris, premier cahier de la mission transmanche du centre régional de la photographie du Nord Pas de Calais (crp). Ensuite, Pierre Devin, directeur du crp et auteur de nordeste, un travail réalisé au Brésil présenté également à Arras. Je les en remercie chaleureusement. Horric Lingenheld artiste, intervenant de l’association Destin Sensible


La photographie parle de saisir une ambiance, comprendre un lieu, une situation, elle apprend à voir. Si on y ajoute la vitesse d'un déplacement contemporain, ce qui disparaît hors-champ très vite : ce sont les " paysages intermédiaires " dont nous parlait Michel Butor dans la Modification. Les travaux du thème " le grand tour " parlent de cela, de la forme foudroyante de l'intelligence du regard qui comprend la perception d'une situation immédiatement . Une sorte de supra-éveil à vif. Et le plus étonnant, c'est que le résultat est poétique : la photographie telle quelle en noir et blanc (ou en couleur !) a un ton poétique résolument moderne, et loin des modes, loin de vouloir plaire, et loin de l'affligeante tendance à être beau ou belle dans Loft story et autres attentats à la culture et à l'intelligence des jeunes qu'on prend à tort pour des imbéciles et qui ne le sont pas : peut-être ainsi sommesnous sauvés pour de bon. L'intelligence des photos présentées ici, et créatrice, me redonne confiance : nous sommes loin des photos de look obligatoire, loin aussi des tendances mode que des malins veulent nous faire prendre pour " l'air du temps "… Remercions donc tous ces étudiants d'avoir envie de nous faire partager ce qu'ils ont SENTI, d'une manière SENSIBLE. Aurélie à Sangatte, choix de lieu concerné, avec ses images de détails de plage si belles ; l'autoportrait d'une autre Aurélie tourné vers là bas ; France qui perçoit l'infini au delà d'une fenêtre ou d'une barrière de plage avec barbelé ; Laurie qui cadre depuis la voiture sans arrêter son trajet du littoral, avec le symbole de l'Europe en grosses lettres blanches qui se


découpe dans le cadre noir de la vitre pour Fiorélla ; Jeremy qui rêve et nous fait rêver avec ses images merveilleuses d'échappées libres ; Yannick qui tremble en calligraphie nocturne à Calais, redécouvrant ainsi ce qu'on croit avoir déjà vu ; Fatima qui voit du train des paysages de palmiers qui nous emmènent, pourtant sans quitter la France, d'Alexandrie à Casablanca dans une abstraction aux lignes de forces subtiles ; Béatrice s’en va loin, jusqu'à Cuba où elle voit mains et corps, dans l'architecture exotique, un voyage qu'elle nous révèle avec langueur ; Sylvie photographie avec une rigueur sublime, image d'un terril depuis la fenêtre du train où se découpe une ligne blanche et un début de poignée qui n'ont apparemment pas d'importance mais qui pourtant créent tout le contraste de lumière qui fait l'image ; Gaétan nous montre les passages-passerelles, métaphore du passage du temps de la vie ; Mélanie nous entraîne dans ses souvenirs d'enfance, sur des petits chemins secrets où nous errons avec elle dans de bonnes odeurs de saisons et la boucle se termine avec Amina qui transforme des murs du Nord en temple aztèque mexicain, puis défie le futur avec une image de Sangatte : l'actualité n'a jamais quitté la conscience de ces nouveaux photographes qui nous prouvent qu'être jeune, c'est être de plain-pied avec son époque et ce qui s'y passe d'important, et non pas être une victime d'une télévision proxénète au service du monde du mensonge qu'est la publicité. Merci à eux donc, et à leurs visions photographiques du monde ou nous vivons.

Bernard Plossu


AurĂŠlie


AurĂŠlie


France


Laurie


FiorĂŠlla Szwalko


Jeremy


Yannick Pawlak


Fatima Lamheni


BĂŠatrice Azan


Syvie Lefebvre


Gaetan Drouet


MĂŠlanie Auvray


Amina Mazouza


Le grand tour est une exposition réalisée par le service culturel de l’Université d’Artois Vice-président chargé de la politique culturelle : Francis Marcoin Responsable du service : Eric Miot Coordonnateur vie étudiante et associative : Sébastien Wafflart Secrétariat : Danièle Delvoye Un atelier de photographie dirigé par Horric Lingenheld, artiste, intervenant de l’association Destin Sensible assisté de Tristan Dagonet avec l’aide du Mobilabo, laboratoire photo itinérant avec le concours de Bernard Plossu et Pierre Devin, artistes invités


Ouvrage édité par

l’Université d’Artois 9, rue du Temple - BP 665 - 62030 Arras cedex tél. 03.21.60.38.72

l’Association Destin Sensible 165 bis rue Jules Guesde - 59650 Villeneuve d’Ascq tél. 03.20.56.04.17 - www.mobilabo.com

avec le soutien du Ministère de la Culture Direction Régionale des Affaires Culturelles et du Conseil Régional du Nord-Pas de Calais

Achevé d’imprimer le 03 Novembre 2002


le grand tour  

Atelier de pratique artistique autour du voyage méné à L'université d'Artois, animé par Bernard plosssu et Horric Lingenheld