La photographie, au-delà de sa fonction de représenter le réel, s’attache le plus souvent à décrire l’invisible ou les détails pour rendre la perception du monde plus fine. Dans un portrait, le dissimulé, le jeu des poses, le décor participent à la dramaturgie comme une mise en scène. En me confiant la commande de portraits d’habitants du quartier, le centre social m’a ouvert les yeux sur la richesse de ce territoire. En faire le portrait était indissociable de photographier la ville sans faire croire que tout est rose. Parce qu’il ne s’agit pas d’un acte de communication, il m’a semblé intéressant de faire front, au sens littéral : en frontal de la réalité. Ainsi, comme dans « la nuit américaine » de Truffaut, je voulais montrer les coulisses, le décor, cette théâtralisation du réel. Faisons notre cinéma et parlons de la vérité des personnes qui font ce territoire. Les flashs, les assistants, les réflecteurs, les modèles, leur pose, la ville, tout se voit !