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Lucie Lemaitre et Nelly Sabbagh

CARNE

des f igu res


MacaRENA

Chargée du cirque au ministère de la Culture

C’était cette sensation : « Il va arriver un moment où quelqu’un va commencer à prendre des décisions au-dessus de nous. Et quand ce moment arrivera, faut qu’on y soit, nous. »

J’ai étudié l’anthropologie. Et quand j’ai fini, j’étais fatiguée, fatiguée de l’intellect, des mots compliqués. Fatiguée de tous ces gens qui croyaient qu’ils avaient réponse à tout. Fatiguée que les connaissances qu’on avait, on pouvait les transmettre à personne parce que personne ne lit les livres d’anthropologie, tout est écrit de manière si compliquée... Et j’ai dit : « Bon, en fait, j’veux me consacrer aux images. Les images vont me permettre de m’exprimer d’une meilleure façon. » Et, justement, un jour, une amie m’invite à une fête. J’y vais et je vois deux numéros de cirque. Et j’ai halluciné. Et la fois d’après, j’y suis allée avec mon appareil photo. J’ai pris des photos. Et j’ai halluciné avec les photos. J’y suis retournée : « Regarde, j’ai pris des photos de toi. Je te les donne. » Une amitié a commencé à naître entre ces personnes et moi, ils m’disaient : « Y’a toujours plein de gens qui viennent prendre des photos, mais personne ne revient avec. » Et j’ai commencé comme ça. C’qui me faisait le plus halluciner, c’était c’qui se passait avec les personnes, les relations. Ça a été comme une grande régénération pour moi. J’me suis soignée personnellement, à l’intérieur, de plein de choses. À ce moment-là, j’allais pas bien, alors j’ai commencé à fréquenter ces gens, qui souriaient, qui s’amusaient, qui travaillaient leur corps en toute liberté, qui étaient aussi comme une petite famille. Alors, j’ai commencé à me joindre à eux, de plus en plus. Ça s’est fait super naturellement. Passer plus de temps ensemble, faire plus de choses, prendre plus de responsabilités...


On m’a appelée pour aller au ministère. J’voulais pas. Ça me semblait suspect. Cet espace du pouvoir... Moi, j’aime pas l’autorité. J’aime pas l’institution. Je crois en la liberté. C’est pour ça que ça me motive autant de faire des regroupements populaires ou des regroupements de personnes. Si on était tous réellement conscients... Je crois en l’anarchie, que c’est chacun d’entre nous qui doit se mettre des limites. Alors, ça me semblait bizarre que ces types, qui ne nous avaient jamais écoutés... Parce que j’avais été frapper à la porte du ministère des milliers de fois, mais pour réclamer, parce qu’on n’avait pas de soutien, le cirque. Et voilà que, d’un coup, ils m’appellent ! Et c’était comme : « Hummm... ? Je ne vous crois pas. » En plus, ils m’ont appelée comme ça, du genre : « On va ouvrir cette nouvelle section de cirque, alors envoyez-moi votre curriculum, s’il vous plaît. – Et pourquoi ? j’ai dit, au contraire ! Si tu m’appelles pour m’offrir un travail, envoie-moi, toi, une proposition ! » À la fin, ils m’ont couru après. Et j’ai commencé à en parler avec mes amis, avec qui on travaillait depuis longtemps. Parce que pour moi, c’était pas « moi », c’était « nous ». « Qu’est-ce qu’on fait ? » C’était ça la question. « On y entre ou on reste dehors ? » Et les potes ont dit : « On y entre ! », que c’était une grande opportunité, que c’était mieux que ce soit nous... « Oups... Vous êtes sûrs ? » C’est comme ça que ça a commencé. C’est nouveau, là. Et j’suis en crise permanente. Une crise personnelle, quoi. Parce que tu sais bien que c’est bon ou utile pour plein de gens, mais tu sais pas si c’est bon pour toi. Mes pulsions, ma nature sont autres. J’vois aussi le travail que c’est et j’me demande vraiment parfois si quelqu’un d’autre pourrait le supporter. On n’est pas nombreux à être dans la gestion, quoi. Et dans ce sens, ben, j’comprends que c’est ma place aussi. J’comprends que c’est la place où je dois être pour le moment. Mais ça ne m’empêche pas d’être en crise permanente. Parce que c’est dur d’être là-bas. Et c’est dur de s’exposer autant. Et si mon travail ne plaît pas à quelqu’un, alors, ciao ! ! ! Parce que c’est ce que je suis. Je peux pas cesser d’être qui je suis. Ça, c’est super clair pour moi. Super clair. Je suis déjà grande. J’ai déjà vécu la dispersion, j’me suis déjà battue pour c’que j’ai fait et j’ai pris le chemin du cirque, parce que c’est ce que j’veux faire. Je l’ai dit au ministère : « Avec vous ou sans vous, on va continuer à exister pareil. »


J’ai juste peur de me perdre, d’être distraite... Sólo me da miedo perderme, distraerme...

C’est pour ça que je suis toujours en demande de signaux. Por eso estoy siempre pidiendo señales.


La seule manière d’y arriver, c’était de se rendre visibles. C’était de cesser d’être un univers éparpillé de personnes hippies, qui gravitent par-ci, par-là, qui font leur petit projet underground, et de commencer à nous consolider en tant que groupe. On avait occupé mille hangars, mille endroits abandonnés, mais ce qu’on voulait, en fait, c’était que les gens nous voient vraiment. Moi, en tout cas, j’ai toujours voulu que les choses aient davantage de visibilité et que les gens les valorisent. Et je crois aussi que c’est pour ça qu’ils m’ont appelée, moi. C’était aussi pour assumer la responsabilité, non seulement de c’que disaient mes amis, mais aussi de c’que moi-même, j’avais mobilisé. J’avais moimême aussi, d’une certaine manière, poussé les choses jusque là. Je ne pouvais plus me débiner. Je devais essayer. Essayons ! Des amis m’ont dit honnêtement : « Purée, qu’est-ce que j’aimerais le faire, moi ! Mais j’comprends. De nous tous, tu es celle qui a le plus de capacités pour être là-bas. » Et je suis aussi très reconnaissante de ça.


Pour moi, ça a été une année de merde : j’ai commencé à travailler le 1er septembre et le 7 septembre, mon père est mort. Ça a été comme : « Oufffff... » C’était la seule famille qu'il me restait, de proche proche, quoi. Mon papa. Pour moi, c’était une relation, euh... de tout. Je ne faisais autant confiance à personne d’autre que lui. Et dans ces moments particuliers, je parlais avec lui. Par exemple quand j’ai dû prendre la décision d’aller au ministère : « Papa, qu’est-ce que je fais ? » On a parlé et il m’a dit : « Essaie. » Et quand il est mort, c’était comme : « Qu’est-ce qui s’passe ? » Ça a été un changement radical, dans ma vie entière. Passer d’être libre à travailler dans un espace super institutionnel, d’être avec mon père à être seule... Je comprenais quand même que c’était comme un chapitre. Un chapitre et qu’il en venait déjà un autre après. J’crois que je suis dans une période où je mets des choses en place, où je mobilise, où je permets que... Pour que les autres s’épanouissent. Voilà. Et après, j’veux faire c’que j’aime faire : créer des projets, continuer à inventer des choses.


Le féminin nous sensibilise, d’une certaine manière, et nous expose. Je crois qu’on ne sait pas, que c’est quelque chose qui s’apprend après. Mais, à un certain moment, tu as la sensation qu’il vaut mieux l’avoir bien rangé. Parce que, quand tu es dans cette énergie, tu es instable, tout est beaucoup plus fragile, ça peut merder à n’importe quel moment. Mieux vaut l’autre énergie, tout va bien, tout est clair.


On est le pouvoir. Le pouvoir féminin. Elle est si grande, la cassure qui se produit à l’intérieur que, soit tu rencontres ton féminin et tu t’en sors, soit tu tombes malade. On comprend qu’on a un potentiel, une énergie, une force et qu’à partir du féminin, c’est beaucoup plus puissant qu’à partir du masculin. Parce qu’elle est vraie, parce qu’elle est plus complexe, parce qu’elle est plus sensible, finalement. Parce que ta capacité à voir, à écouter, à te rendre compte est toujours un peu au-delà. Je sens que les hommes ont de grands pouvoirs, mais cette capacité à voir l’autre, c’est pas si facile pour lui. Et dans cette reconnaissance de l’autre, y’a un grand apport pour toi.


Au ministère, c’que je dois faire, c’est apprendre ce que je peux en tirer. C’est un autre univers. Je n’attends pas qu’ils comprennent mon univers. Ça n’arrivera jamais. Moi, ce dont j’ai besoin, c’est apprendre de là, que ça me serve et faire circuler l’information pour que plein de gens soient au courant, parce qu’elle est cachée. Comme ça. En observant. Comme le vent. En silence. Comme l’anthropologie m’a appris à le faire, en fin de comptes.


C’est vraiment un espace d’amour. Il en faut. Ça fait du bien. Es un espacio realmente de amor. Hace falta. Hace bien.

Ouf ! ... Oui, j’veux être mère. Si ça arrive, super. Sinon, c’est bien aussi. On a tous notre chemin.


Mon travail, ça a été mon enfant dans la vie, ça a été ma passion fondamentale. Le cirque s’est transformé en ça. Un amour énorme... Un sens donné à la vie. Chaque petite chose, je sais pas, la convention de cirque, ça me comble l’âme. Quand je vois tout ça se passer, quand j’vois tous ces gens, ces millions de relations et ces milliers de personnes qui sont là, qui se bougent, qui s’épanouissent, c’est... quelque chose de plus grand que nous. Et dans la mesure où on peut, j’crois que c’est important de continuer à faire ces petites choses. Cet espace pour inviter les autres, pour participer, c’est réparateur. C’est réparateur pour le monde, le monde où on vit, qui est une somptueuse merde. Et tu n’es pas dans la dette, le paiement, l’achat, la compétition. Tu es juste là. Connecté avec toi, avec ton expérience, avec tes émotions. Ah, si ça pouvait se passer plus souvent comme ça ! Y’a une part importante d’idéalisme dans ce sens et c’est c’qui fait que je reste ici. Parce que si c’était pour de l’argent que je faisais ce truc, je l’aurais jamais fait ! À la fin, on sent ça, que tout ce qu’on fait, on le fait par amour. Et le jour où on le fait plus, on est dans la merde. C’est pas pour l’argent, c’est pas pour la gloire, c’est par amour. C’est exclusivement par amour. On aime ce qu’on fait, parce qu’on arrive à construire un espace où l’amour se vit. Réel et véritable. Dans la mystique. Je sens que ce sont ces espaces d’amour collectifs qui peuvent faire que... pchhfff !...

Et tu es amoureuse ? Du cirque ! Ha ha ! Non. Pas en ce moment, non. Mes histoires d’amour n’ont pas été très heureuses. J’étais amoureuse de mon père, alors j’crois que j’vais avoir du mal à tomber amoureuse de quelqu’un d’autre. J’crois qu’avec son amour présent, c’était plus facile de tomber amoureuse d’autres personnes.


Le cirque, c’était un endroit pour les gens bizarres, pour les étrangers, pour les différents. Le cirque, c’est un endroit pour nous, qui ne sommes pas égaux. Et on se construit dans la différence. Ça ne moralise pas. Personne ne cherche à être le même... une armée de personnes identiques... Non, au contraire. C’est la diversité. Et ça, je trouve que c’est hallucinant.


Au final, l’important, c’est pas cet argent, c’est les graines et tout ce qui va naître de ces graines. Comme le mec qui s’achète une vache, qui prend le lait de la vache ou qui décide de la tuer et de la manger. Ce petit investissement, c’est parce que clairement, il y a un apport concret et important que vous êtes en train d’faire en c’moment, que les gens voient un spectacle différent, qu’ils n’auraient jamais imaginé, que vous partagiez des ateliers, même s’asseoir et échanger... Des fois, être là, regarder, s’entraîner avec l’autre, partager tout simplement, c’est une mobilisation. C’est un moteur pour que beaucoup d’autres choses se passent.


Mes pulsions n’ont rien à voir avec le spectacle, avec être sur scène, mais avec le fait que les choses surviennent. Alors, quand quelque chose se passe ou fonctionne déjà : « Pourquoi je suis encore ici, puisque maintenant, ils peuvent continuer tout seuls ? »


Les gens du cirque sont ma famille. Aujourd’hui, plus que jamais. Quand j’ai fêté mon anniversaire, j’leur ai dit : « Vous êtes tout c’que j’ai au monde. » J’ai pas grand-chose de plus. J’leur fais confiance à 100 %, pour tout.

J’ai peur que ce qu’on est en train de faire prenne de l’ampleur. La croissance, c’est toujours une transformation. Pourvu que cette transformation reste positive et nous éloigne pas de ce qu’on voulait réellement.


JOSÉ

Prédicateur et jongleur

Je suis amoureux de trois choses. Tout d’abord, je suis prédicateur, amoureux de Dieu. Deuxièmement, je vends, j’aime vendre. Troisièmement, du jonglage. Il me manque la quatrième...

Moi, j’annonce les bonnes nouvelles... Quelles bonnes nouvelles ? Je ne sais pas, euh... Vous me comprenez ? Que chaque personne, individuellement... - vous me comprenez ? - abandonne son attitude perverse, orgueilleuse. Parce que les personnes disent, euh... : « Il n’y a pas de Dieu. » Les personnes sont corrompues ! Et elles ont fait des actions abominables, de mauvaises actions... Vous voulez que je vous dise une chose ? ... Et Dieu se retourna et, depuis les cieux, regarda les fils des hommes, nous, les fils de ces personnes, pour voir s’il y avait quelqu’un d’instruit qui recherchait ce Dieu... Et il n’y en avait pas ! Ici même, (je ne veux pas le leur dire à eux, pour ne pas les offenser...) ils aiment le jonglage ! Ils croient au dieu du jonglage... Moi, je crois au Dieu Très Haut, au Dieu Créateur, au Dieu Divin. Je suis Son serviteur, je suis Son fils. J’ai été scellé du Saint Esprit. Mais... vous savez quoi ? Eux, ils ne croient pas au Dieu Créateur. Ils croient au dieu du jonglage. C’est le dieu de la vanité, de la fantaisie. Le dieu personnel. Il est à l’image des temps que nous sommes en train de vivre aujourd’hui. Deuxième épître à Timothée, chapitre 3, verset 1 : « Sache aussi que, dans les derniers temps, il y aura des jours difficiles. » Des gens très égoïstes... Qu’est-ce que ça signifie ? Eh... Des blasphèmes ! Tu es le plus vieux de la convention, non ? Exact. Mais, vous savez, je suis aussi celui qui pense le plus, qui médite le plus. Parce que je les cerne tous. Ils ne s’en rendent pas compte... que je les étudie.


Vous croyez en Dieu ? Moi, non. Vous croyez en Dieu ? Moi, en mon dieu, que j’invente. Ça suffit comme ça, ça suffit comme ça... Ne vous inquiétez pas. Écoutez. Saint Mathieu, 18, 20 : « Car là où deux ou trois sont assemblés en Son nom, au milieu d’eux, Dieu est là, avec moi. » Mais Il est ici, en ce moment même ! Je vous présente Dieu, ou pas ? Je vous Le présente ? Vous voulez Le connaître ? Bon, d’accord...


Comme dit Saint Jean, chapitre 14, verset 1 : « Que votre cœur ne se trouble point. Croyez en Dieu et croyez en moi. »

Je suis fils de pêcheur, je suis né dans l’eau. Je me douche tous les jours et, en hiver, je me lave avec de l’eau glacée !


Vous savez qui est Dieu ou pas ? Je vais vous le présenter. Dieu, c’est l’air que nous respirons. Dieu ne se voit pas. Dieu est Dieu, omnipotent. Mais je comprends, ce n’est rien, vous pouvez parler librement de Dieu. Ce qu’il y a, c’est que moi, j’ai le devoir de vous corriger, puisque moi, j’ai le corrigé de l’exercice. Écoutez... Hébreux, chapitre 12, verset 5 : « Vous avez oublié »... Nous allons.... nous allons aussi parler de ça, mais en expliquant bien tout, hein ! Alors, il est dit, je répète une nouvelle fois, Hébreux, chapitre 10... euh... 12, verset 5 : « Et vous avez oublié l’exhortation qui vous est adressée comme à des fils : euh... ne méprisez pas la discipline de Dieu lorsqu’Il vous reprend. » Écoutez bien, pour pouvoir répondre à la question. Savez-vous qu’il y a quatre lois ? Euh... trois ! ! !... Pardon, je me suis trompé ! Excusez-moi, je n’ai pas beaucoup dormi... Et, en plus, je me suis couché tard. Je me suis levé... C’est rien... Mais, comme je vous disais... Qu’est-ce que je vous disais ? Qu’il y a trois lois. Ah, merci, merci. Il y a trois lois qui nous régissent. Première loi. Commençons par la première. C’est celle qui nous gouverne. La loi de la gravité : les tsunamis, les tremblements de terre... Après, il y a la deuxième. Je vais vous dire une chose. La troisième loi, parce que la première... Je vous ai parlé des hommes, mais vous ne m’avez pas compris et vous ne me comprendrez jamais. Mais ne vous inquiétez pas, je vais vous expliquer ce que ça signifie. Ah, bien ! Vous voulez que je vous fasse une démonstration de jonglage ? Ben, on attend la deuxième et la troisième loi... Ahhh ! Vous voyez ! Vous êtes plus près de Dieu que moi ! Tout à fait : la deuxième, je vous en ai parlé... la gravité, la nature. Ha, ha ! Non, ça, c’était la première ! Non, ce n’est pas la première. La première, je la garde pour la fin. Maintenant, c’est au tour de la troisième loi. La première, je me la réserve, pour moi, parce que je suis le maître de cette loi. Alléluia ! Gloire à Dieu ! Vous savez que je suis le fils du Très Haut ? Vous savez que je suis un Saint ? Vous avez rencontré un Saint, aujourd’hui ! Vous ne savez pas qui je suis. Non !... Dieu parle par ma bouche. Il répond à travers moi. Dieu est ici et, avec tout ceci, vous pouvez vous repentir.


Non... Euh... Si... Il faut parler un peu de ça, pour que la conversation soit amusante. C’est vous qui m’avez remarqué ? Ça faisait longtemps que vous me regardiez ? Moi, j’attends la troisième loi avec beaucoup de... Vous savez quelle est la troisième loi ? Non. La loi de l’amour de Dieu. Mais... Je n’ai pas parlé de la deuxième ! Ha, ha ! Encore un peu et je la sautais ! Et vous vous intéressez déjà à la troisième ! Dites donc, quelle intelligence ! Je ne vais pas vous laisser partir comme ça, je vais vous attacher, fort, fort... vous ligoter ! Hein ? Pieds et poings liés ! Oui... La deuxième loi est la loi humaine, la loi des hommes. Et comme elle est humaine, c’est une loi injuste. Vous voulez que je vous dise ? Ils utilisent la force brute, la violence... Pourquoi ? Pourquoi ? Ne m’en parlez pas ! On parlait de la deuxième loi... Le Chili, c’est le pays le plus riche d’Amérique du Sud. Mais, il y a des gens qui finissent en prison. Ils volent une poule, on les calomnie ! Et le coupable, il est libre, il profite de la vie... Mais ne vous en faites pas, une étoile va apparaître au Chili. Et elle illuminera le monde entier, c’est-à-dire nous. Nous ! Un homme préparé va sortir du rang, un serviteur de Dieu. Mais... qui a dit qu’elle voulait danser avec moi ? Moi ! Ah, très bien... Pendant que moi, je jonglerai... Bon, moi aussi je danserai avec elle, mais je ne peux pas danser et jongler en même temps ! Évidemment ! En fait, ce sont les balles qui dansent pour moi ! Alors, vous, vous dansez et moi, je vous paie. Évidemment ! Puisqu’on me donne de l’argent à moi pour ça ! Mais finissons notre conversation... La troisième loi  ... Non, la deuxième... Oh, si. Euh... non ! Il faut qu’on arrive à cette loi, rappelez-vous qu’on était bloqués. On était où ? La... la deuxième loi... Mais il vaut mieux qu’on en reste là avec cette loi, elle est très longue. Passons à la loi suivante alors. On va devoir faire comme ça. Parce que sinon, on en a pour des jours et des jours. Passons direct à la troisième loi. Ah, ben non... la première loi, n’est-ce pas ? La première loi.


Qu’elle est intelligente, cette fille ! Dites-donc, Dieu n’envoie pas n’importe quoi à mes côtés ! Comme dit Galathée, chapitre 5, verset 24 : « Ceux qui sont à Jésus Christ... Ceux qui sont à Jésus Christ... Ceux qui sont à Jésus Christ ont crucifié la chair avec ses passions et ses désirs. » Sinon, ça ne sert à rien. Moi, j’ai crucifié ma chair. Moi, ça fait 17 ans que je n’ai pas de relations avec des femmes ! Je suis tombé si amoureux de Dieu ! Et il peut y avoir des femmes et des femmes devant moi... Avant... oui ! Mais maintenant... Non ! Parce que je sais que Dieu me regarde. Et Dieu me donne la vie, me donne de l’argent, me donne tout... Maintenant, je vis en plein centre, comme un prince. Je... je fais de l’athlétisme... C’est pour ça, quand je vous ai vu faire ça... Je vous félicite. Je vais même aller embrasser cette demoiselle, tiens ! C’est qu’elle le mérite... Et la bénir, aussi. Je veux l’embrasser et la bénir en même temps. Voilà la personne dont j’avais besoin ! Oui, mais il faut qu’on travaille d’abord ! Et voilà, on va s’en mettre plein les poches tous les deux ! Non, mais, vous savez quoi ? L’argent, on va laisser ça... Pardonnez-moi... Juste ce qu’il faut pour vivre, pas plus. Et le reste, pour les pauvres... On va en gagner de l’argent avec notre art. Beaucoup d’argent. Après, on passera à la télévision et vous danserez. Et moi aussi, je danserai. Alors... la loi... la troisiè... euh... la deuxiè... la première loi, c’est la loi... parce que ce Dieu que vous ne voulez pas connaître... Mais vous Le connaîtrez bien un jour... Apocalypse, chapitre 3, verset 20. Je suis un homme très sain. On m’a fait des examens, à l’hôpital de l’Université Catholique ! Tout : la prostate, tout ! Le cœur... Sain de partout ! Les flux d’urine, tout, tout ! Et tous les examens sont impeccables... Mais vous m’avez assez fait parler comme ça. On va en rester là... Je vais commencer à travailler. Les conversations, c’est fini. Je vais travailler un moment avec des massues, ou avec des anneaux. Qu’est-ce que vous voulez ? Des massues ou des anneaux ? Je vais la conquérir rien qu’avec des friandises... Diabète assuré.


UELI

Producteur de cirque

C’qui m’ennuie, c’est tous ces gens qui essayent de m’expliquer pourquoi les choses ne sont pas possibles. Ça m’ennuie. C’est pas intéressant. En plus, de voir comme les gens mentent, c’est gênant.

Aujourd’hui, quand vous êtes artiste, on vous demande de formuler des projets. En gros, vous êtes déjà censés dire c’que vous allez trouver quand vous allez commencer à chercher. Mais quelle connerie ! Et on fait semblant que ça nous perturbe pas. Mais ça, c’est l’auto-censure qu’on se met ! Parce que tu es déjà conditionné. Une fois que tu as présenté le projet, tu reçois des sous, donc tu vas chercher par là, parce que tu es déjà préfiguré. Voilà, c’est vraiment toujours mettre la charrue avant les bœufs, tu vois ? Et ça m’énerve, ça m’énerve. Ils veulent toujours avoir un rendement avant d’avoir mis le pognon. C’est pas comme ça que ça marche. Là, on va tout droit contre le mur, parce qu’il n’y a pas de sécurité dans la création. Y’a juste la liberté, y’a pas de sécurité dans la liberté. C’est un manque d’idées, tu vois ? Y’a pas de fantaisie. Du vrai, c’est d’avoir un rêve. Du vrai, c’est de se réunir et de dire : « Écoute, on va faire un spectacle pour aller en Amérique latine. » Ça, ça je trouve, c’est un motif, ça. C’est bien, ça.


Si c’est juste pour faire un livre pour utiliser du papier... j’pense qu’y’en a beaucoup. Mais si vous allez avoir quelque chose qui peut documenter ça, ça peut être chouette. On nous bousille tellement les têtes : dans les quartiers défavorisés, on leur dit qu’ils n’ont pas d’avenir parce qu’il n’existe rien, qu’ils n’ont pas d’éducation, qu’ils n’ont que les drogues et la télé. Vous avez deux mains, deux pieds et vous avez une tête, vous avez envie d’faire quelque chose et puis voilà !

Tout d’un coup, après des années de recherche, tu vois que ça commence à fleurir. Et c’est vrai, c’est authentique, c’est leur truc. Ça, ça me rend heureux.


C’est terrible, hein ? Je me dis que ce voyage, je l’ai vécu par procuration. Et ça me satisfait ! Des fois, quand Moïse fait du mât et qu’on l’applaudit, ben, j’ai l’impression qu’on m’applaudit. C’est horrible ! Je pense que c’est aussi le collectif qui fait ça, parce que tu parles jamais en ton nom. Et en plus, moi, j’ai un statut où je suis pas sur le devant de la scène. Donc j’ai appris à savoir qu’on parlait aussi de moi, quand on disait : « Bravo les Galapiats ! » C’est pour ça que j’ai pas la nécessité d’être artiste au fond de moi. C’est pour ça que j’ai pas confiance en moi non plus. Marine

Là, je suis trop motivée pour pas dormir pendant trois jours. Ouais. Mais vraiment, quoi. Non mais, moi, là, j’ai trop envie de faire la fête. J’adore, c’est trop la vie. J’aime trop la nuit, je me rends compte que j’aime trop la nuit. Mais j’aime trop le matin aussi. Donc c’est … l’aprèm, j’aime pas trop. Lucile


J’ai appris qu’on était vraiment différents, tous. Tous les 13. J’ai appris qu’il faut aussi que je fasse ce que j’ai envie de faire à côté. C’est très important. Ça m’a toujours fait peur de dire, voilà : « Qu’est-ce qui se passe après Galapiat ou Risque Zéro ? » Et là, ça me fait plus peur. Elice

On est tous un peu plus gras. Moi aussi ? Non, toi tu es magnifique. Non, on a grassi. On s’est ramolli. Oui, je sens que ma peau est flasque un peu. Oui, comme si on avait vieilli, je sens mon corps plus vieux. Toujours se réadapter, et on dort pas beaucoup... Jonas


Je me suis dit en venant : « C’est le dernier projet qu’on fait avec Galapiat quelque part. » À part Risque Zéro peut-être, il y a plus rien après. On n’est plus obligés de rien, quoi. Et du coup, on s’est vraiment rencontrés, je crois, profondément. Peutêtre pas tous, mais je crois... Enfin, j’arrive à voir avec qui vraiment, maintenant, je peux avoir envie de bosser encore ou avec d’autres plus jamais, quoi. Il y a rien de grave, c’est juste qu’à un moment, les gens, ils sont pas faits pour bosser ensemble, sinon on se prend la tête, puis t’es pas bien dans un projet, puis ça avance plus. Faut pas avoir peur de casser ces formats et ces moules. Seb W.

Je pense que j’étais blanche. Là, je suis un peu plus colorée ! Je suis arrivée blanche, fatiguée, euh… le cœur en compote, sans repères… Je suis arrivée mal, je dormais plus. Et là, je suis aussi fatiguée qu’à l’arrivée... Ha, ha ! Mais je suis colorée, je suis plus grise comme j’étais grise. Je me sens rouge, rose, jaune… Je me sens solide. J’ai pas peur, j’ai confiance en moi. Euh, si, j’ai peur, un peu... Ha, ha ! J’sais pas. Lucie


Si je suis venue, c’est pour remplir la mission qu’on m’a donnée les premiers jours où je les ai rencontrés. Après, on m’en a pas parlé pendant 4 ans, mais c’était sousentendu. Lucile

Que des phénomènes hallucinants... Mais peut-être, qu’en fait, les humains, c’est que ça. Et je suis juste en train de le découvrir. Marine

De m’être faite agresser, du coup, je suis pas tranquille... Je suis pas dans ma ville, quoi. Lucie

Mais ce qu’on vit, c’est vraiment extraordinaire ! Faut l’dire. Nelly

Là, mon saxo, il est tout sec, le pauvre. Seb W.

De toute façon, va bien falloir la trouver. Parce que j’en ai pas beaucoup, de la pêche, en ce moment. Moïse

J’ai pas lu une ligne et j’ai pas beaucoup écrit. Ça, c’est un signe que j’ai pas beaucoup médité. Lucile

Alors, on nous a pas menti ? Non, là, on nous a pas menti. Ha, Ha ! Lucho

Là, je suis un peu fatiguée des visages et du blabla. J’ai envie de la Pachamama, là… Lucie


pedro

Gardien du chapiteau bleu et de la Ex-cárcel - ancienne prison devenue lieu culturel - Valparaíso

J’ai une fille. Mais j’me suis séparé, quand j’suis revenu du Vietnam. Le Vietnam, c’est comme ça que j’appelle Pisagua.

J’avais vingt ans. J’étais chez moi et ils savaient qui j’étais, quoi. « Allez, on va chercher le chien ! » ( Le chien, c’est le délinquant. ) Ils ont rassemblé les délinquants du Chili et ils les ont emmenés à Pisagua, un camp de prisonniers. Je sais c’que c’est la dictature, celle de Pinochet. J’ai été à Pisagua, moi. C’est fini. Je connais tout ça. Je connais... Pourquoi on t’a mis en prison ? Parce que je volais ! J’étais voleur à la tire. Après, j’ai arrêté le vol à la tire et euh... disons que j’ai donné du poids à ma main ! Prendre un revolver : donner du poids à sa main ! Ha, ha ! Bon, j’prends le revolver à la main, je t’intimide, tu me donnes le fric ! Bon, hum... mais ça, je le faisais avec la police, moi, et j’affrontais la police, hein ! Vous faisiez quoi à Pisagua ? Tout c’qui est discipline militaire ! On t’apprenait à être comme un soldat. Et c’est là que j’ai commencé à faire ces choses, parce que j’étais obligé de les faire... Bon, y’a des choses que j’peux pas vous raconter... Vraiment horribles... Y’avait les prisonniers politiques, et nous, on n’était pas des politiques. Moi, j’suis apolitique. On était prisonniers ! Y’avait environ mille politiques et 500 de droit commun, et vu qu’on était délinquants... On était comme... Mais moi, j’suis pas un traître à la patrie comme les politiques ! Parce que moi, j’ai dû vivre cette époque-là, de la dictature. J’ai vu comment ils ont bombardé la Moneda à Santiago, leur propre Moneda ! J’ai vu des gens s’faire tuer à côté de moi ! Des socialistes ou des communistes. J’ai vu aussi un pickpocket... J’ai dit : « Putain, c’est fou ! » Et moi, dans mon éternel costume, du coup je m’fumais un pétard parce qu’ils étaient en train de tuer, je devais survivre à toutes ces choses, quoi...


Je suis rentré en prison, j’avais... quoi ? Euh... mineur, adolescent... j’avais tout juste 18 ans. J’suis passé de mineur à adulte en prison. Quand je suis sorti ? Maintenant, la dernière fois, bon... euh... 39 ans quand j’ai été condamné à 14 ans, j’avais 39 ans. Voilà. Et ça, ça a été la dernière condamnation et, depuis, plus rien. C’est comme si je m’étais enfermé de nouveau, vu que je suis allé travailler volontairement à la Ex-cárcel. Ha ha ! Maintenant, je m’enferme. Je m’enferme parce que je connais la vie, la rue. Vous comprenez ? Et ici aussi je m’enferme un peu, en fait. Bon, comme j’vous disais, je m’enferme. Et les gens me disent : « Hey ! T’es bien fermé, hein ? Tu t’es échappé avant, pourtant ! » Tu t’es échappé de prison ? Oui ! Par un tunnel ! En avril 93, par le terrain de foot. C’est par là qu’on s’est échappés. Moi et 15 autres personnes. J’avais 39 ans. J’étais condamné à 14 ans de prison. Et trois ans et demi plus tard, on s’est échappés. Après, on m’a capturé et j’ai fait ma peine.


Tu dois bien te tenir, tu vois ? Si tu te comportes pas bien, tu es cuit ! Il faut avoir de bonnes relations, être observateur, prudent, pas trop bête. Il faut.. ahhhhh !... draguer la muraille du mur, quoi : « Mon amour, quand est-ce que j’te passerai dessus ? » Quand est-ce que je m’échapperai, quoi. Tu comprends ? Un truc complètement fou...


Les jeunes délinquants, ils sont nuls, nuls, nuls. Des mecs qui savent pas, qui s’en tapent d’mes années d’expérience, des mecs qui tuent pour voler. Moi, j’avais ma technique pour voler, vachement plus élégante. J’sais pas, les jeunes sont plus violents. Mais ceux qui volent le plus, c’est les délinquants en costard cravate, les politiciens ! Ils ont pas honte, eux ! Combien de millions gagne un type pour être homme politique, sénateur ou député ? Des millions ! ! ! Le riche est riche et le pauvre continue à être encore plus pauvre. C’est pour ça que moi...


On est dans le chapiteau, OK ? Ma sœur est dans les gradins et le chien est en train de jouer sur la piste. Et d’un coup, le chien sort du spectacle et vient vers nous. C’était un chien black and white, blanc et noir, super beau. Il est resté à côté d’ma sœur pendant tout le spectacle. Et le chien nous a suivis jusque chez nous. Alors les flics sont arrivés, parce que les maîtres les ont appelés, ils croyaient qu’on leur avait volé le chien, quoi. Bon... Le lendemain, les maîtres lui ont apporté un bifteck et le chien : « Non, non ! » Il restait avec nous ! Il mangeait la viande, mais il repartait pas avec eux. Il était sorti de l’esclavage, le chien.


Le monde s’arrête pas ! Il change. Les personnes changent. Le Chili est un pays sismique : tremblements de terre, secousses... On est habitués à vivre avec ça, tu piges ? Comme au Japon. Qu’est-ce que j’en sais... On est dans la merde... La nature est comme ça, hein ? D’un coup, la nature sort son jus. WHOUAAAHHH ! La terre se réveille ! C’est très, très compliqué. Mais bon...


Ma fille s’est mariée quand j’étais en prison. J’étais en prison et... D’un coup, ça me.. J’me sens mal à cet endroit... Mais, j’dois être fort. J’dois surmonter ça. Tu m’comprends ? C’est c’qui m’arrive à moi.


Mon image, c’est pas pour gagner de l’argent. Et si tu l’fais, attention ! Tu comprends ?


J’lui ai dit : « Maman, j’volerai plus. » « Maman, je retournerai plus en prison ! » Parce que j’pouvais pas lui dire : « J’volerai plus. » Parce que j’sais pas ce qui peut m’arriver dans la rue, la tentation est grande... Alors, j’ai dit : « J’irai plus en prison ! » Ouais, je fume des pétards, ça c’est normal, mais j’vole plus, j’finis plus en prison. Parce que j’veux la tranquillité de ma maman, parce que je l’ai fait beaucoup souffrir. Et j’veux aussi la tranquillité de ma fille et de mon petit-fils.

Depuis que je suis gamin, je survis dans la rue. Tout petit, je vendais le journal pour ramener un peu de sous à la maison, pour aider papa aussi. Oh ! à dix ans, j’en avais déjà... Parce qu’on était quatre grands frères, on était forts. Il fallait survivre. Mon père m’a jamais appris à voler, mais... C’est que je suis né dans un quartier comme ça, voilà... Et mon père gagnait vraiment pas beaucoup. Alors moi, je l’aidais, pour qu’on ait tous à manger. On était 18 frères et sœurs. Aïe, Maman... Quand elle cuisinait... une marmite comme ça... comme ça ! Un sac de pain, comme ça ! Mais après, on n’était plus que onze.


Faut pas être en prison ou alors les assassins. La prison, c’est pour les chiens !


Je regrette rien. C’est des trucs du passé et maintenant, bah... j’ai une autre vie, quoi. Et maintenant, je suis un citoyen tranquille. Pedro ne vole plus. Pedro n’est plus en prison. Ouais, on est prisonniers dans la vie, nous. On est en enfer, ici, dans la vie ! Oui ! La terre, c’est l’enfer. En haut, c’est le paradis. Ha, ha ! Parce qu’on souffre ! On passe par des milliers d’trucs ! On a survécu. Je sais pas, mais...

Nous, j’l’appelle être humain, mais ici, on est des animaux. Nosotros, le digo el ser humano, pero aquí somos animales.


pancho marÍn

Porte-parole de la Ex-cárcel - ancienne prison devenue lieu culturel - Valparaíso

On est en train de vivre des moments cruciaux. On doit tous s’unir comme Le Seigneur des anneaux. Les elfes, les hobbits, tous se sont unis parce que la Terre du Milieu était menacée. Et c’est ce qui est en train de s’passer. Y’a des forces néfastes qui sont en train de détruire tout c’que nous avons de plus sacré, les bois, les fleuves. On doit livrer une grande bataille. On est en guerre, tu comprends ? C’est violent, la guerre.

Pedro est un ami. Avec tous ses défauts et ses qualités. Parfois, quand même... Mais c’est un ami et il nous a beaucoup aidés à la Ex-cárcel dans des moments très critiques. Imagine, on a eu sept incendies criminels ! Ils voulaient nous abattre d’une manière... Ils nous envoyaient des infiltrés ! Et moi, souvent, j’étais avec Pedro, on devait jeter des gens dehors, parce qu’en fait, ils détruisaient cet endroit à force d’y apporter la haine et le venin. On éteignait les incendies. Ça a été un allié fidèle. Et puis, en plus, il nous enracine dans la tradition carcérale. Parce que, dans le fond, on peut pas oublier tout cet aspect. Y’en a beaucoup qui veulent oublier qu’ici, il y a eu une histoire de douleur, de prison, de torture. Et l’histoire, elle est pas seulement dans les bâtiments, elle est surtout dans les personnes qui ont été enfermées là.


On a occupé cet espace, on l’a rempli de couleurs, de vie, et c’est devenu un lieu très important...

40 mois consécutifs de table de négociation avec le gouvernement... Jamais ils n’ont gagné une réunion !


Ils n’ont pas tué Violeta Parra parce qu’elle s’est tuée avant...

Sinon, ils l’auraient tuée. Ils n’auraient pas permis qu’il existe quelqu’un d’aussi important.


Il y a différentes folies. Moi, une fois, j’me suis senti dans la folie ! Oui ! Un voyage intérieur merveilleux... Je suis arrivé loin dans la copénétration avec la réalité. Je pouvais accélérer et ralentir le rythme de la pluie. Comme ça, tu vois ? « Qu’il pleuve plus fort !» et : Chfffff, il pleuvait plus fort ! « Qu’il pleuve moins fort ! » Et il arrêtait de pleuvoir... J’en étais là, quoi. Et je trouvais tout tellement merveilleux... Mais en réalité, je voulais revenir dans ce monde, ce monde-là, hein ! Toucher les choses ici, les choses simples. Et je pouvais pas, parce que je voyageais, tu vois ? Alors j’ai demandé à Dieu, j’ai demandé aux forces de la vie qu’elles me ramènent à ce monde simple, qui est aussi superficiel, pour profiter de tout ça, quoi. Donc, j’crois qu’il y a quelques fous qui sont fous parce qu’ils comprennent trop les choses pour rester dans ce monde. Je trouve cette folie savante. Mais il y a une autre folie, plus compliquée, plus perverse, une autre folie, dont je ne sais pas trop quoi te dire. Voilà. Mais il y a des fous qui sont beaux.


Ça me fait mal. Je souffre aussi, avec tout c’qui se passe... Me duele, sufro también así, con las cosas malas que ocurren...

Mais ça m’a pas empêché d’être heureux. Pero eso no me ha impedido ser feliz.


Il faut savoir gouverner. Il faut bien gouverner. Moi, j’me débrouille en politique, hein ! Moi, j’pourrais gouverner. Je sais gouverner. Plein de gens m’ont déjà dit que je devrais être président, vous savez ? Mais j’peux pas, moi. Parce que euh... Vous savez c’que c’est, mon grand problème pour réussir à mener ce combat ? Moi, j’aime bien me lever tard ! J’aime bien les grasses matinées, les câlins. Vous comprenez ? J’veux pas abandonner cette part de ma vie. Mais par contre, j’aime soutenir ceux qui sont en train de mener ces combats, pour qu’ils le fassent bien.

Attends, attends ! Encore une photo... Allez ! Fais l’amour à la caméra ! Non, à l’intervieweuse ! Ha, ha !


CARNE