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THE END


THE END Galerie SEE STUDIO

7 rue Saint - Claude 75003 Paris 28 novembre 2013 - 22 fĂŠvrier 2014

curateur DERIVA

Zineb Andress Arraki Sylvain Baumann BenoĂŽt Billotte Jean-Baptiste Caron Charlotte Charbonnel Susanna Lehtinen Muriel Leray Audrey Martin Alexandre Maubert Naziha Mestaoui Laurent Pernot Magali Sanheira Vaan


Sommaire

Avant-propos...............................p.07 Conscience.................................p.09 Disparition................................p.37 Renaissance................................p.55 Une Ĺ“uvre in situ. Entre le commencement et la fin, un espace partagĂŠ..........................p.67 Textes sur la finitude......................p.73


“La fin, c’est l’univers absurde et cette attitude d’esprit qui éclaire le monde sous un jour qui lui est propre, pour en faire resplendir le visage privilégié et implacable qu’elle sait lui reconnaître.” A. Camus, Le Mythe de Sisyphe.

L’exposition The End est un environnement où se croisent différents regards sur le caractère fragile et éphémère de l’existence.

C’est

la

conscience

de

la

finitude,

comme

expérience existentielle liée au temps et à l’espace, sentiment d’absurdité lié à notre devenir. Cette conscience peut prendre différents chemins, nous accompagner ou nous perdre. C’est une question d’attitude : l’homme qui a saisi l’absurdité peut toujours choisir de regarder son horizon avec résignation, indifférence ou conviction. Albert Camus décrit l’homme absurde comme un individu capable d’accepter le caractère éphémère de la vie et de transformer cette des

acceptation

en

créativité.

C’est

la

proposition

artistes invités à cette exposition collective par le

laboratoire DERIVA : arracher au mot de la fin son pessimisme, pour le transformer en révolte, ironie, mystère ou légèreté. C’est ainsi que l’histoire ambiguë de The End a pris forme, entre noirceur et lueur, dans les sous-entendus privés de chaque artiste. L’exposition s’articule autour de trois moments : conscience, disparition, renaissance.

Valeria Cetraro novembre 2013

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C

E

Quelque chose va arriver ou est déjà arrivé. Un préambule après la fin, puisque toujours, ça recommence. Face à l’horizon perdu et aux fossiles contemporains, la conscience de notre absurdité. Et toujours ça recommence, comme un cycle qui se consomme en laissant à chaque tour, la trace de l’usure, de l’énergie, des efforts acharnés, comme le bruit d’un départ toujours en cours. Sur le chemin de l’oxymore, entre l’individuel et l’universel, la vie comme un souffle, poussière stellaire et découverte du cosmos.

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Making circle, boucle existentielle de l’éternel retour avec toute l’absurdité d’une répétition dont nous ne connaissons pas le sens. C’est l’absurdité de l’effort de Sisyphe à chaque fois qu’il

transporte

la pierre

au sommet

de la

montagne avant qu’elle ne retombe à ses pieds, perpétuellement. Mais comme disait Camus, «il faut

imaginer

Sisyphe

heureux».

C’est

par

l’acceptation consciente de l’inutilité de son geste que Sisyphe acquiert sa liberté. Et c’est par cette détermination sans concession que le bruit du déchirement devient le son d’un nouveau départ.

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Magali Sanheira, Making circle, 2013. Dessin amplifié réalisé in Situ. Charbon, cimaise blanche, diffusion sonore. Dimensions et durée variables.

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Magali Sanheira, Making circle #1, 2010. Vidéo HD, stéréo, 9’01”.

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«Sur une cimaise amplifiée, je trace au charbon des cercles de mon envergure. Le geste est contraint par une forme, un espace et une durée. Il émane de ce geste un son de frottement, de déchirement, hypnotique. La forme est homothétique et évolutive, le son est modulé par l’accident.» Magali Sanheira

Lors de la performance Making circle, Magali Sanheira trace l’empreinte visuelle et acoustique de son effort qui se consomme, tour après tour. Le corps en mouvement forme un tout avec l’image du cercle et le bruit du charbon, dans une dimension totalisante, où coexistent plusieurs strates perceptives. La

monotonie

est

brisée

est

toujours

de

par la

la les

répétition accidents

même,

mais

incessante du

le

support

du :

cheminement

même

la

geste

direction

n’est

jamais

exactement identique ; les événements du parcours changent. Après

la

performance,

l’action

est

perpétuée

par

son

enregistrement sonore qui prolonge la répétition du geste à l’infini. La matière du charbon ne disparaît pas, mais se transforme en poussière de l’effort et débris de sa couleur.

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MAGALI SANHEIRA

D’origine française et portugaise, Magali Sanheira est née en 1977. Diplômée de l’École Nationale Supérieure d’Arts de Paris-Cergy, aujourd’hui elle vit et travaille à Paris. Magali Sanheira travaille avec les résonances de la matière, écho de son imaginaire et des lieux qu’elle a traversés. Ses œuvres nous transportent au-delà de l’espace d’exposition vers un ailleurs qui devient présent par sa sonorité. A travers l’urbain et le naturel, elle explore le son des images et les images du son. Avec une sincérité tranchante, elle analyse l’environnement et nous en propose une nouvelle lecture par un langage constitué de symboles et signes essentiels, corpus d’une mythologie en action. Sélection expositions personnelles : Gallery Osmica, Urban Incubator-Goethe Institut program, Paradox Landscape, commissariat Treći Beograd. Belgrade, Serbie, 2013. Ancienne Ecole d’Architecture de Nanterre, journées Européennes du Patrimoine, Ode au métal, collaboration Gaël Angelis, Commissariat Artaïs. Nanterre, France 2011. Galerie Jeune Création, Survivance. Paris, France, 2009. Galerie 99, French Connexion. Brno, République Tchèque, 2001. Galerie Puda, Czesky Tesin. République Tchèque, 2000 Sélection expositions collectives : Atelier des Vertus, Plus qu’hier, moins que demain. Paris, 2013. Galerie municipale Villa des Tourelles, Architectures représentées. Commissariat Bénédicte Chaljub. Nanterre, France, 2013. Château de Servières, Ce que le sonore fait au visuel. Commissariat Françoise Docquiert & Richard Conte et Jeune Création. Marseille, France, 2013. Plataforma Revólver, O sonho de Wagner. Commissariat Victor Pinto Da Fonceca. Lisbonne, Portugal, 2012. ASA factory. Curator’s Lab. Sonores. Commissariat Ewen Chardronnet et Soopa Collective. Guimarães European Capital of Cultural. Portugal, 2012. Galeries Komplot / Le Commissariat, 100 dessins contre la guerre du Vietnam. ParisBruxelles, France, 2011. Galerie Marie Cini, Fly me to the moon. Commissariat Franck Ancel. Paris, France, 2011. Le 104, Jeune Création 2010. Paris, France, 2010. La Générale en Manufacture, Zero-Crossing. Sèvres, France, 2010. Galerie ArsLonga, Festival Mal Au Pixel, Circle Makers, Fluctuat nec mergitur. Paris, France, 2010 Le 104, Slick Art Fair, Galerie MT ProjectRoom. Paris, France, 2009.  

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L’Homme

h

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t

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a

trace ouvre

le chemin

c

e

de la nuance

radicale, là où il n’est jamais question de choisir condition

entre

les

oppositions,

existentielle

profondes contradictions.

intègre

là ses

la plus

L’homme qui répond

à sa vérité peut interroger les évidences et les faire vaciller. Les oracles auront cessé de l’étonner puisque l’espoir n’est pas tellement plus

intéressant

que

la

vraie

vie.

Et

la

blessure devient force, même si la fin, ne fait que commencer.

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Zineb Andress Arraki L’Homme trace #1, 2013. Papier cotton harmann matt 300g contrecollé sur Dibond 77 x 130 cm. L’homme trace #2, 2013. Papier cotton harmann matt 300g contrecollé sur Dibond 77 x 130 cm. Courtesy Galerie Cultures Interface

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«Ce travail est dans la continuité de mes recherches, il s’agit de développer un imaginaire prenant en compte les multiplicités et la complexité du monde contemporain, un imaginaire impliquant la reconnaissance de l’altérité et de la figure de l’oxymore.» Zineb Andress Arraki

Comme souvent dans son travail, dans L’Homme trace, Zineb Andress Arraki agit par association. C’est ainsi que la pensée s’élabore au fil de la compréhension. Le portait et l’objet minéral deviennent les négatifs réciproques et complémentaires d’un même ensemble. Les oppositions atteignent un équilibre plastique et conceptuel qui leur permet de coexister.

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ZINEB ANDRESS ARRAKI

Zineb Andress Arraki est née en 1984 à Casablanca où elle vit et travaille, après avoir poursuivi ses études d’architecture à Marseille puis à Paris. Son travail, dans l’architecture, la photographie, la sculpture ou la vidéo, est marqué par une observation aiguë de la vie et de ses invisibles failles, qu’elle laisse émerger à la surface de la réalité. C’est l’association entre les choses qui les rend interprétables en les transportant d’un domaine à l’autre, dans un continuel déplacement de sens, vers de multiples significations cachées. Parmi ses séries, Mobilogy, questioning

the

usual,

est

une

œuvre

quotidienne

jamais

interrompue depuis 2008, qui ne cesse d’interroger la banalité d’un monde exceptionnel.

Sélection expositions personnelles : Cultures Interface et Galerie Shart, Casablanca -ch2o. Casablanca, Maroc, 2013. Sélection expositions collectives : Cultures Interface et Galerie Dominique Fiat, Musée de la Fondation Abderrahman Slaoui,The World is not as I see it. Casablanca, Maroc, 2013. International Photography Biennale, GRID 2012 International Photography Biennale. Amsterdam, Hollande, 2012. CulturesInterface et Galerie Dominique Fiat, The World is not as I see it. Paris, France, 2012. Espace culturel Louis Vuitton, Autobiographies. Paris, France, 2012. Galerie GVCC, Programme Mastermind, Blast. Casablanca, Maroc, 2012. Galerie GVCC, Programme Mastermind, L’amour & la violence. Casablanca, Maroc, 2012.

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s

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f

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Souffle, et l’essence vitale devient poussière stellaire, notre matière et matière du cosmos en expansion. La

finitude

n’est

que

transformation.

Et

comme par magie, le moment de la disparition devient l’apparition des forces magnétiques et attractives génératrices des astres.

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Jean-Baptiste Caron, Souffle, 2010. Papier, poudre graphite, 60 x 55 cm. Courtesy Galerie 22,48m2

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Souffle est certainement l’œuvre qui le plus, dans le cadre de

l’exposition

The

End,

fait

référence

à

cet

instant

où le vivant devient vide et silence, mais une alchimie particulière le

silence

bouleverse en

le

conscience

vide d’une

en

sillage

onirique

transformation

et

possible.

Alors que les précédentes œuvres de cette série étaient présentées tels des tableaux, ici le support sort des limites conventionnelles, acquérant ainsi une richesse symbolique. Un rouleau déroulé jusqu’à prendre les dimensions d’une porte, d’un passage. Un rouleau qui laisse imaginer la possibilité d’un parcours à rebours vers les origines de l’œuvre.

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JEAN-BAPTISTE CARON

Jean-Baptiste Caron est né en 1983, il vit et travaille à Paris, après avoir obtenu le diplôme de l’ENSAD, École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs, section Art-Espace. Et soudain le réel vacille, À l’aplomb des hauteurs, Mécanique du vivant, La part d’infini, La fabrique des courants d’air, L’anima, Mobile de poussières, Le petit attracteur...Les œuvres de Jean-Baptiste Caron nous transportent dans un univers où l’artiste joue avec nos perceptions, à la limite de la réalité et de ses apparences. Ses gestes minimaux bousculent nos

certitudes

et

repères

habituels.

Les

matériaux

plus

simples dialoguent avec le vide et deviennent protagonistes d’histoires poétiques défiant les forces de la nature et notre imagination.

Sélection expositions personnelles : Galerie 22,48m2, Degrés d’incertitude. Paris, France, 2013. Galerie 22,48m2, 44,96m2. Paris, France, 2011. Sélection expositions collectives : Marseille-Provence 2013, Musée Réattu, Nuage. Arles, France, 2013. Cloître des Billettes, La dispute de l’âme et du corps. Paris, France, 2013. Palais de Tokyo, Meltem. Commissaire: Daria de Beauvais, Catherine Strasser. Paris, France, 2013. Centre d’Art Albert Chanot, Le voyage dans la lune. Clamart, France, 2012. Jeune Création 2012, Le 104. Paris, France, 2012. Slick Art Fair 2010, galerie 22,48m2. Paris, France, 2010. BiZart (M50), Là n’est-il déjà pas un ailleurs ? Shanghai, Chine 2007.

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Fosse septique, un objet émergé du sous-sol, fossile contemporain ou habitation du futur. Mausolée d’une époque plastique, coléoptère silencieux.

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Vaan, Fosse septique, 2012. Fosse septique tronquĂŠe, PEHD, 210 x 90 x 50 cm.

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Fosse septique est une œuvre mystérieuse née de multiples transformations. D’abord projet paradoxal pour un habitat expérimental, sculpture.

Par

ensuite

decoupé,

l’absence

d’une

sectionné partie

pour

devenir

d’elle-même,

elle

préserve un rapport particulier avec le sol d’où elle provient.

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VAAN

Architecte de formation, Vaan a entrepris la voie des arts plastiques, de la photographie et de la sculpture, considérées comme des formes de construction à part entière, pouvant soulever des réflexions sur la ville, à partir de problématiques apparemment marginales et pourtant essentielles. Une ville observée

comme

négociation

ensemble

entre

de

l’humain

phénomènes, et

le

résultat

construit.

d’une

Longtemps

intéressé par les questions liées à l’habitat expérimental, ses

projets

pour

les

cellules

d’habitation

se

résolvent

parfois en sculptures, manifestations de l’impossibilité d’une réalisation concrète du projet dont elles sont porteuses.

Sélection expositions collectives : Galerie Georges Verney-Carron, Regards sur la ville/1, Galerie Georges Verney-Carron. Lyon, France, 2012. Le Grand Palais, video works selection, La force de l’art 2. Paris, France, 2007. Galerie Georges Verney-Carron, Capsule for homeless. Lyon, France, 2007. Dock Art Fair, Biennale de Lyon, Galerie Georges Verney-Carron, Capsule. Lyon, France, 2007. Bau Gallery, This is my home. Toyama, Japon, 2006. Sélection expositions personnelles : Monument Minimum, Conseil Général, Château d’Avignon, Houseless 2. Avignon, France, 2006. Agnès b. Gallery, Design Tide, Houseless 1. Tokyo, Japon, 2005. Paul Smith Gallery, Tokyo Designers Block, Pride of China. Tokyo, Japon, 2004.

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s u b l i m a t i o n s Sublimations est l’apparence de la limite, d’un horizon fait d’ombre et de lumière, l’énigme d’une

dichotomie

existence.

qui

s’efface

par

sa

propre

Frontière physique et mentale entre

la fin et le commencement, elle n’est plus, à l’instant même où nous commençons à vivre en elle, dans sa ligne de coïncidence où la césure devient unité.

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Susanna Lehtinen, Sublimations, 2013. Macrophotogrammes, tirage sur Diasec (70 x 110 cm) x3.

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Avec Sublimations, Susanna Lehtinen projette à l’échelle de l’espace d’exposition, l’infiniment petite et insaisissable captation de la lumière. Ici la technique du macrophotogramme ne se limite pas à rendre visible l’invisible, il s’agit d’une œuvre qui transforme l’environnement. Au-delà de la représentation,

l’œuvre

émane

une

lueur

diffuse

spectateurs, et devient expérience sensible.

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vers

les


SUSANNA LEHTINEN

Susanna Lehtinen est née en 1970 à Helsinki, en Finlande. Aujourd’hui elle vit et travaille dans le sud de la France, après avoir obtenu un diplôme DNSEP/MFA à l’ESBAN, École Supérieure des Beaux Arts de Nantes. Susanna

Lehtinen

explore

la

lumière,

ses

manifestations

apparentes ou cachées, qu’elle révèle dans ses installations, ses

œuvres

photographiques,

picturales,

sculpturales

ou

numériques. Ce travail sur la lumière nourrit une interrogation plus vaste sur le monde physique, sur la possibilité de cerner et représenter les mutations et les limites d’une réalité matérielle dont nous percevons uniquement les reflets. dévoilement

Ce

du réel devient poésie, libération et protection

du monde qui nous entoure, conscience du réel qui prend le sens d’une méditation. Une introspection qui puise dans l’énergie de la matière et trouve dans ses limites sa propre force.

Sélection expositions personnelles : Galerie du Parcours de l’Art, Reading Mades. Avignon, France, 2013. Consulat d’Allemagne, Tempus edax rerum. Avignon, France, 2013. Sélection expositions collectives : Galerie du Platane, 2nd international contemporary art exhibition, Synchronies. Beaucaire, France 2013. Galerie de la Salamandre, Avalanche. Nîmes, France, 2013. Galerie Martagon, «Formats raisin» les vendanges sont finies... #1. Malaucene, France, 2013. Galerie de Platane, Frozen Art. Barbentane, France, 2012.

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apollo

/

futuro

La finitude de la vie face à la découverte de l’espace. L’homme face à l’univers et au progrès technologique,

l’homme

infiniment

petit

et

héroïque. Fin ou commencement, telle n’est plus la question puisque tout est fin et commencement. L’élan de la découverte est fait d’un courage qui dépasse les craintes de la condition humaine.

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Benoît Billotte, Apollo / Futuro, 2012-2013. Montage photo numérique, tirage en sérigraphie, 57.5 X 41 cm.

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«On ne sait pas si c’est le recueillement pour la fin de quelque chose ou au contraire pour l’attente d’un renouveau, d’une résurrection. À mi-chemin entre hommage et scénario de science-fiction, cette sérigraphie fait se rencontrer deux mondes distincts présentant tout de même des ressemblances ou des métonymies de formes. La perception de la photo est dès lors déformée, et se joue des repères et des codes de lecture. Une rencontre improbable entre conquête spatiale, révolution architecturale et ferveur religieuse se donne ainsi à voir et décrypter. La fin est proche mais l’espoir d’un renouveau est déjà là.» Benoît Billotte

Apollo / Futuro est un montage photo reprenant les trois astronautes de la mission Apollo 1 en train de prier devant leur module lunaire. Ce dernier est remplacé par la Maison Futuro conçue par Matti Suuronen et connue pour ses formes circulaires proches d’une soucoupe volante. Par le collage de réalités parallèles Benoît Billotte crée une fiction dissimulée par la crédibilité de la coïncidence que, seul, l’observateur curieux pourra saisir, lorsqu’il aura cessé de croire aux apparences.

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BENOÎT BILLOTTE

Benoît Billotte est né à Metz en 1983, depuis 2009 il vit et travaille à Genève, après avoir obtenu son diplôme de la Haute École d’Art et de Design de Genève. Sa pratique artistique interroge la forme des concepts, leur lisibilité et leur représentation, par l’expérimentation de différents médiums et l’exploration de multiples domaines. Benoît Billotte se sert de la cartographie, l’architecture, la signalétique, les sciences, en déplaçant les codes graphiques d’un domaine à l’autre. Dans ses dessins, découpes, collages, montages, sculptures, il effectue un ready-made des codes graphiques et de leur contenu en leur donnant une nouvelle existence par la rupture avec leur domaine d’appartenance. Dans l’œuvre de Benoît Billotte, cette rupture met en évidence notre assuefaction aux signes qui nous entourent et en même temps ouvre les portes d’un univers plastique et poétique riche d’informations. Le questionnement sur la représentation des données objectives que la société produit devient aussi questionnement sur la représentation de la fiction et de l’utopie. Sélection expositions personnelles : Milkshake Agency, Mirabilia urbis Romae. Genève, Suisse, 2013. Daan Noppen’s studio, Borrow my studio. Amsterdam, Hollande, 2011. Centre d’art contemporain Parc St. Léger, Cherche la rose. Pougues-les-Eaux, France 2011. Galerie Stargazer, Vivarium. Genève, Suisse, 2010. Centre Culturel Français, Trait de taille. Timisoara, Roumanie, 2009. Inauguration de l’OMAC – organisation mondiale de l’art contemporain, espace Kugler. Genève, Suisse, 2008. Sélection expositions collectives : Académie roumaine, Spazi aperti. Rome, Italie, 2013. Centre Pompidou-Metz, Une brève histoire de lignes. Metz, France, 2013. Centre d’art contemporain Genève, sélection “Bourses Fonds Berthoud, Lissignol-Chevalier et Galland “. Genève, Suisse, 2012. Espace Labo, The Material feat, avec Glass-Fabrik et le Cirva de Marseille. Genève, Suisse, 2012. Frac Lorraine, 49 NORD 6 EST, Geste serpentine et autres prophéties. Metz, France, 2011.

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D I S P A R I T I O N Nombreuses, les destructions qui dévorent le temps et l’espace, ironie du sort. Mais la vie reste figée dans la glace, imprimée dans la terre. Des images ancestrales dépassent la réflexion sur la condition humaine vers les interrogations universelles d’une histoire sans fin. La disparition devient mémoire.

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g l o b a l d a m a g e s

Ironie

du

sort

ou

sort

ironique

d’une

planète, jeu de la destruction et constat des conséquences.

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Audrey Martin, Global Damages #2. Série de cartes postales, 10,5 x 14,8 cm, impression numérique sur papier Trucard 1 300g, deuxième édition. Crédit photo Muriel Joya. Courtesy Galerie Leonardo Agosti.

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Dans une série de cartes postales numérotées sont retranscrites des simulations de catastrophes naturelles liées à l’impact d’une

météorite

avec

la

Terre.

Ces

simulations

ont

été

effectuées à partir du site www.purdue.edu/impactearth grâce auquel chacun peut mettre au point et assister à sa propre catastrophe après avoir informé le logiciel de toutes les caractéristiques physiques de la météorite. A la suite de cette simulation nous pouvons observer les dégâts de la destruction, les dimensions du cratère, les effets sismiques, les radiations, et toute une série de données scientifiques. Avec sa vision ironique de la fin du monde, Audrey Martin transforme la catastrophe en jeu. Le sentiment d’absurdité lié à l’avènement de destructions incontrôlables est dépassé par le cynisme amusé d’un être humain tout puissant, capable de maîtriser l’action destructrice des catastrophes naturelles, et d’en observer les conséquences, maintes et maintes fois, jusqu’à obtention du meilleur résultat. Global Damages est une œuvre fragmentée faite de multiples pièces destinées à disparaître, des catastrophes à emporter sous forme de cartes postales, souvenirs d’un futur possible sur lequel nous choisissons de plaisanter.

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AUDREY MARTIN

Audrey Martin est née en 1983, elle vit et travaille à Sommières. Elle est diplômée DNSEP des Arts Décoratifs de Strasbourg. Sa pratique artistique interroge les données du réel pour créer des fictions qui à leur tour nous renvoient à l’essence même du réel. Ses gestes minimaux font corps avec leur environnement,

soit-il

matériel

ou

immatériel,

présent

ou ailleurs. En partant des réflexions personnelles et des histoires qu’elle entretient avec les objets et les lieux, elle

effectue

des

déconstructions

subtiles

qui

révèlent

l’existant et nous offrent un nouveau point de vue sur ce dernier. Les matériaux les plus pauvres deviennent précieux et les détails constitutifs de notre environnement quotidien deviennent œuvre à part entière, extrapolations inattendues, reflets d’un contexte plus vaste.

Sélection expositions personnelles : Boutique Paule Ka, Le Parcours Saint Germain. Paris, 2013. Hôtel Burrhus, Supervues. Vaison-la-Romaine (84), France, 2012. Sélection expositions collectives : Yia 2013, Galerie Leonardo Agosti. Paris, 2013. Château de Servières, Retour de Biennale, Marseille, France, 2012. CENTQUATRE, Jeune Création 2012. Paris, France, 2102. Maison des Arts de Malakoff, Time Capsule, commissariat Anaël Pigeat et Renaud Auguste Dormeuil. Paris, France, 2012. Vitrine, 15 Rue du Soubeyran, La Mostra. Mende, France, 2012. FRAC, Soit dit en passant. Montpellier, France, 2010

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Si une fin existe, elle ne nous concerne pas, ou du moins, elle nous dépasse. Il ne s’agit pas là d’une fin, mais de multiples fins qui sans cesse dévorent le temps et l’espace, sans que nous en soyons conscients. C’est la condition universelle entre guerre et paix, l’équilibre ou le déséquilibre d’un monde que nous ne pouvons ni maîtriser, ni appréhender. C’est la réduction de la vie à l’image. C’est l’explosion muette des écrans qui accompagnent notre quotidien.

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Alexandre Maubert, Impact, 2010. Tirage Lambda sur Diasec, 100 x 125 cm.

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Impact est une série d’images extraites d’internet à partir de vidéos d’actualité sur des tirs «à longue portée». Si l’extrapolation de ces images par rapport à leur contexte de provenance nous permet d’avoir une approche esthétique, éloignée de la cruauté de leur contenu, l’œuvre d’Alexandre Maubert nous place aussi face à notre indifférence envers les événements qui anéantissent et détruisent, images qui accompagnent notre quotidien en l’effleurant, sans vraiment le marquer, paradoxalement sans Impact.

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ALEXANDRE MAUBERT

Alexandre Maubert vit et travaille à Kyoto, au Japon. Il a obtenu un Master Arts visuels et cinématographiques à Lyon, le diplôme de l’École Nationale Supérieure de la Photographie d’Arles, ainsi que le diplôme du Fresnoy Studio National des arts contemporains. Par une pratique multidisciplinaire autour de l’image, au travers

de

ses

installations,

photographies

et

films,

il

explore, représente et interroge la notion de communauté et les utopies dont elle est porteuse. En mettant en évidence les contradictions et les déviances de ces mêmes utopies, il saisit les paradoxes de notre société, jouant du décalage entre la réalité et la fiction.

Sélection expositions personnelles : Festival de la Luz, Casa de Francia, Monade, commissariat Patrick Clanet. Mexico City, Mexico, 2013. Centre Culturel Français de Mexico IFAL, 3 Cuerpos, commissariat Patricia Martin. Mexico City, Mexico, 2013. Nuit Blanche de Kyoto #3, Gallery @KCUA, en collaboration avec Atsunobu Kohira, commissariat Isabelle Olivier. Kyoto, Japan, 2013. Sélection expositions collectives : Espace Pierre Cardin, Show Off Art Fair, commissariat Dominique Moulon. Paris, France, 2013. Museum Macro Testaccio, Liquid Landscapes, commissariat Fondazione Romaeuropa. Roma, Italia, 2013. Les Rencontres d’Arles, commissariat François Hébel. Arles, France, 2012. Arte Laguna Prize, Arsenale, commissariat Igor Zanti. Venezia, Italia, 2012.

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Brillance et pourtant sans souffle. Couleur et pourtant la glace. Fluctuation climatique imaginaire qui a généré le mystère d’une glaciation contemporaine.

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Laurent Pernot, série Nature Morte, L’orchidée, 2013. Bois, orchidée, résine, neige et givre artificiel, 30 x 25 x 50 cm. Courtesy Galerie Odile Ouizeman

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Still Life ou Nature morte, c’est l’ambiguïté subtile des glaciations de Laurent Pernot, évocatrices d’une vie d’autant plus resplendissante, puisque saisie dans sa couleur, et pourtant figée dans la glace, en suspension, proche de son inexistence. Et soudain, l’enchantement de quelque chose de précieux et fragile dans cette vie en équilibre, cristal chaud et froid.

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LAURENT PERNOT

Né en 1980, Laurent Pernot vit et travaille à Paris, après avoir obtenu un diplôme du Fresnoy, Studio National des arts contemporains. Sa pratique artistique concerne de multiples formes d’expression comme la photo, la vidéo, l’installation. Son travail est marqué par des interrogations sur le temps, l’espace, l’identité, la mémoire, le visible, l’invisible. Ces interrogations se traduisent dans la création d’environnements poétiques et oniriques faisant appel à la sensibilité des spectateurs, à l’imaginaire individuel et collectif.

L’observation de ses

œuvres est une performance personnelle et intime à travers un moment métaphysique dont on ressort avec les yeux imprégnés de rêves. Et la sensibilité devient le premier médium pour transformer le réel.

Sélection expositions personnelles : La Filature, Année Lumière. Mulhouse, France, 2013. Rencontres Internationales de la Photo. Fès, Maroc, 2013. Centre d’Art Bastille, Là où naissent les fantômes. Grenoble, France, 2012. Musée Mandet, Mémoire intermittente. Riom, 2012. Palais Jacques Coeur, Biennale d’art contemporain, Phenomena. Bourges, France, 2012. Centre Arc-en-ciel, Entre deux rives. Liévin, France, 2012. Galerie Odile Ouizeman, Le procès du singe. Paris, France, 2012. Palais de Tokyo, Ruée vers la perdition. Paris, France, 2011. Galerie Odile Ouizeman, Loop Art Fair, Laurent Pernot. Barcelone, Espagne, 2010. Galerie Odile Ouizeman, Docks Art Fair, Ghostly memories. Lyon, France, 2009. Galerie Odile Ouizeman, Le ciel est devenu noir. Paris, France, 2008. Sélection expositions collectives : Grand Palais, Paris Photo 2103, Galerie Odile Ouizeman. Paris, France, 2012. Galerie Odile Ouizeman, Art Brussels. Bruxelles, Belgique, 2012. Biennale internationale de Melle. Melle, France, 2013. Théâtre des Sablons, L’Arbre qui ne meurt jamais. Neuilly, France, 2013. Centre Culturel de Belgrade (KCB), Serbie, 2013. Maison Rouge, Neon? Who’s afraid of Red, Yellow and Blue? Paris, France, 2012. Indian Art Fair, Video Lounge. New Delhi, Inde, 2012. Le Fresnoy, Visions fugitives. Tourcoing, France, 2012. Museu da mare, Rio de Janeiro, Brazil, 2011. Espace culturel Louis Vuitton, Qui es-tu Peter ? Paris, France, 2010. Grand Palais, Art Paris, Utopia/Dystopia. Paris, France, 2010.

49


p h o n o g l y p h e s

Mémoire sonore d’une ambiance, d’un moment qui est le nôtre. Archéologie futuriste empreinte dans la terre, au-delà des limites temporelles.

50


Charlotte Charbonnel, Phonoglyphes, 2012. Phonoglyphe n°1, grès de Saint-Amand, engobe noir, diamètre 26 cm. Phonoglyphe n°2, grès de Saint-Amand, grès noir et grès blanc, diamètre 26 cm. Phonoglyphe n°3, porcelaine, diamètre 26 cm. Réalisés avec l’aide de Martin Oullié, potier. Courtesy Galerie Backslash

51


Les Phonoglyphes, série de vinyles en terre, sont un hommage aux recherches sur l’archéologie sonore de Charpak, prix Nobel de physique. Son projet consistait à explorer électroniquement les sillons gravés par les artisans néolithiques sur des tessons de poterie dans l’espoir d’en extraire un jour un bruit ambiant, un chant ou une parole sculptés par l’outil dans la terre. De la même façon, les Phonoglyphes ont une empreinte imprimée de matrice de vinyle qui pourra être lue par nos descendants si la machine de Charpak est réalisée un jour. Des objets à destination du futur, les Phonoglyphes, par leur dimension ancestrale et futuriste traversent les époques et dépassent la question de la finitude, s’inscrivant dans une optique optimiste où la fin devient mémoire.

52


CHARLOTTE CHARBONNEL

Charlotte Charbonnel est née en 1980, elle vit et travaille à Paris. Elle est diplômée des Beaux-Arts de Tours et de l’École nationale supérieure des arts décoratifs de Paris. Dans ses œuvres, Charlotte Charbonnel joue avec la glace, le vent, l’eau et les nuages, pour écouter le monde. Un monde qu’elle explore à la recherche de ses transformations et qu’elle transforme à son tour.

Chacune de ses installations

semble être l’une des multiples pièces d’un immense laboratoire futuriste dans lequel il serait possible de voir le son, écouter la matière, vivre et observer les phénomènes naturels et

physiques.

possèdent

une

Les

instruments

de

force

plastique

aussi

ces

expérimentations

mystérieuse

que

les

histoires qu’ils véhiculent.

Sélection expositions personnelles : YIA – Young International Artists Lille Art Fair, Backslash Gallery. Lille, France, 2013. Galerie Backslash, Reversolidus. Paris, France, 2012. Musée Réattu, Charlotte Charbonnel. Arles, France, 2011. La Verrière, Fondation d’entreprise Hermès, Vibrato con sordino. Bruxelles, Belgique, 2011. Centre d’art contemporain La Maréchalerie, Retrovision. Versailles, France, 2009 Sélection expositions collectives : Château de Servières, Ce que le sonore fait au visuel. Marseille, France, 2013. Musée Réattu, Nuage. Marseille – Arles, France, 2013. Villa Datris – Fondation pour la sculpture contemporaine, Sculptrices. L’île sur La Sorgue ,France, 2013. Grand Palais, Art Paris -Art Fair, Backslash Gallery, stand A.12. Paris, France, 2013. Palais de Tokyo, Meltem. Paris, France, 2013, Fundation Rozenblum, Building Bridges. Buenos Aires, Argentine, 2012. 2012 SLICK Art Fair, Le Garage. Paris, France, 2012. Gaité Lyrique, Parizone@dream. Paris,France, 2012. 2012 SLICK Brussels Art Fair, Wild Gallery. Bruxelles, Belgique, 2012.

53


R E N A I S S A N C E Retour, réflexion sur soi, passage. Renaissance d’une conscience libérée, résonance du corps avec la matière, jusqu’à retrouver l’origine aquatique de cette existence éphémère.

55


56


57


< p a r

m n .

u n e

D a t e

/

:

r e v i e n d r a .

M a i n t e n a n c e Réflexion, absorption, un pli dans l’espace. Un angle de vide radical où le bruit des paroles nous donne l’indice d’un passage vers un retour possible. Muriel Leray, par mn. une Date : / reviendra. Maintenance, 2013. Cadres bois, carton noir, verre, lettrages vinyle. Dimensions variables.

C i r c o n s t a n c e s a t t é n u a n t e s > 58


Muriel Leray, Circonstances attĂŠnuantes, 2008. Cadre bois, carton noir, lettrages vinyle. 135 x 90 cm.

59


«Il ne doit plus être question de thèmes, sujets, opinions ; mais d’une inquiétude. Souvent aux dimensions d’un corps, le bloc se veut un appel par le creux. Il est question d’une rencontre. L’objet n’impose rien ; il doit donner à exister.» Muriel Leray par mn. une Date : / reviendra. Maintenance a été conçue spécifiquement pour le contexte de l’exposition The End. Deux couples de cadres, l’un avec un verre l’autre sans, saisissent l’usager de l’œuvre sous deux angles : l’un renvoie une image, l’espace, la lumière ; l’autre arrête et absorbe. L’œuvre se plie dans l’angle, l’espace tout entier devient support, consistance d’un vide où écouter le bruit des paroles. Ici, comme dans l’œuvre Circonstances atténuantes, des cadres et/ou

des

contraste

verres, avec

le

nettement

découpés,

contexte

et

ses

sont

objets

en

fonctionnels,

accidents maladroits des surfaces d’exposition.

60

relation/


MURIEL LERAY

Muriel Leray est née en 1987, elle vit et travaille à Paris après avoir obtenu le diplôme de l’École Nationale Supérieure des Beaux-arts de Paris. L’œuvre de Muriel Leray ouvre une faille, crée une rupture, fait de la place au vide et trouve sa place dans le contexte. Vide et silence, pour entendre un morceau de bruit, une inquiétude ouverte, face à face. Surfaces opaques hermétiques ou reflets d’une réflexion profonde d’un contexte traversé par le texte, les blocs-poèmes s’imposent.

Sélection expositions personnelles : La Galerie du Crous, Travaille avec, en collaboration avec Jérôme Guitton, Paris, 2011. Le Module, une marge plus bas, Paris, 2008. Galerie Michel Journiac, Lignes, Paris, 2007. Sélection expositions en duo: La Gâterie, Contre / Espaces, avec Hélène Moreau, Commissariat : Manifestement Peint Vite, La Roche sur Yon, 2013. Le 3, d’intérieur le lit, avec John Cornu, Paris, 2010. Atelier Christophe Cuzin, 51ème du Jour de la Sirène, avec Isabelle Lartault, Paris, 2008. Sélection expositions collectives : Chez Odile Repolt et Francois Huet, d’une maison l’autre, Bruxelles, 2012. La Galerie du Crous, Retrospective, Paris, 2011. Kanal20, Une proposition, Commissariat : Kanal20, Label Hypothèse et Manifestement Peint Vite, Bruxelles, 2011. Semperdepot, Rundgang, Vienne (Autriche), 2011. Galerie Gauche, Beaux-Arts de Paris, Prix des Amis des Beaux-Arts (sélectionnée), Paris, 2010. Espace 1789, Traversée d’Art, Saint-Ouen, 2010. Galerie Nivet-Carzon, Nous ne vieillirons pas ensemble, Commissariat : Label Hypothèse, Paris, 2008.

61


c o r p s e n r é s o n a n c e

L’énergie formes,

du

vivant

matière

en

peut

prendre

vibration,

différentes

complicité

de

l’eau et de la lumière. Notre mouvement résonne et nous sommes encore là, comme aux origines.

62


Naziha Mestaoui, Corps en résonance, 2013. Installation sonore et visuelle interactive (bol de cristal, bâton de bois recouvert de cuir, socle tournant contrôlé).

63


L’œuvre Corps en résonance est une installation sonore et visuelle interactive qui génère des sons et reflets lumineux au gré des déplacements des visiteurs. Une série de bols chantants remplis d’eau sont alignés dans un espace. Au départ, ils sont tous silencieux, la présence d’un visiteur interfère avec le dispositif qui commence à réagir, les bols se mettent progressivement à tourner et chanter selon le déplacement des corps dans l’espace. Les fréquences harmoniques ainsi générées interfèrent avec le corps qui se synchronise et commence à résonner avec l’ensemble du dispositif. En partant des pratiques ancestrales des peuples d’Amazonie, Naziha Mestaoui donne vie à une expérience sensorielle où le mouvement, le son et l’image participent d’un environnement qui éveille une prise de conscience des termes essentiels qui composent l’univers et les êtres. L’énergie du vivant peut prendre différentes formes, matière en vibration, rendue visible par la complicité de l’eau et de la lumière.

64


NAZIHA MESTAOUI Née à Bruxelles en 1975, Naziha Mestaoui est diplômée de l’Institut Supérieur d’architecture de la Communauté Française La Cambre de Bruxelles. Elle a travaillé jusqu’en 2000 au sein de LAB(au) dont elle est la co-fondatrice. Elle travaille aujourd’hui au sein d’Electronic Shadow avec Yacine Aït Kaci. Sa

pratique

concerne

l’architecture,

le

design

et

l’art

contemporain, domaines dans lesquels par le biais des outils numériques et des nouvelles technologies, elle combine le réel et le virtuel pour la création d’environnements hybrides imprégnés de magie. Ces environnements interactifs dialoguent avec le corps et l’imaginaire, dépassant les limites spatiales et temporelles. Les images habillent la réalité d’une nouvelle peau, faite de ville, nature et mémoire. Suite à un premier voyage en Amazonie, Naziha développe une série de projets personnels, puisant dans les savoirs tribaux et les rites ancestraux. Le passé rencontre les nouvelles technologies, ouvrant la voie d’un futur conscient de son histoire et de ses origines. Sélection expositions et réalisations : Espace Pierre Cardin, Show Off Art Fair, commissariat Dominique Moulon. Paris, France, 2013. FRAC centre, Résonance, peau de lumière interactive des Turbulences - Frac Centre (arch. Jakob + MacFarlane). 2006 - 2013. LH Forum, Forum mondial de l’économie positive présidé par Jacques Attali, One beat one tree. Le Havre, France, 2013. Double Vision. Collaboration avec la chorégraphe étoile Carolyn Carlson sur un solo mêlant chorégraphie et image. 2006 - 2009. FIAC , Luxel ! Mise en scène de l’exposition des espoirs de la création du Comité Colbert. 2006. Fondation Vasarely, exposition personnelle. Aix-en-Provence, France, 2005. Salon du Meuble de Milan, installations interactives H2O et Focus pour les 70 ans de Boffi 2005 Paris Trophée Laval Virtual 2005 Architecture, Art et Culture. Pavillon de l’Arsenal, Exposition permanente, mise en lumière de la grande maquette de Paris. Paris, France, 2004. Espace EDF Electra, Ex-iles, installation interactive dans le cadre de l’exposition “Voyages d’Artistes”. Paris, France, 2003. Centre Georges Pompidou, Grammaire de l’interactivité, installation interactive en collaboration avec Bertrand Duplat. Paris, France, 2003. Musée d’Art moderne de la Ville de Paris, 3 minutes 2, installation vidéo scénographique créée dans le cadre de la Nuit Blanche Grand Prix du Japan Media Art Festival 2004, section Art, remis à Tokyo en février 2005.

65


une Ĺ&#x201C;uvre

in situ

entre le commencement et la fin un espace partagĂŠ

67


Sylvain Baumann, L_Guide, 2013. Installation in situ Inox, dimensions variables.

L_Guide, 2013, Ă&#x2030;tude de situation, visualisation 3d.

L_Guide, 2013, Ă&#x2030;tude de situation, visualisation 3d.

68


Sylvain

Baumann

développe

une

pratique

artistique

de

l’intervention in situ par des projets issus d’une réflexion sur l’architecture et l’urbanisme envisagés comme autant de contraintes déterminant nos comportements et nos modes de pensée. Chacune de ses expositions est motivée par le désir d’interroger les spécificités d’un lieu, agissant sur le visiteur comme un dispositif de « domestication » - dans ses déplacements, le développement de sa pensée ou encore dans ses affects. La pratique de Sylvain Baumann ne peut être appréhendée comme celle de la production d’un objet d’art dont le statut serait autonome – indépendant de son contexte1 - et la valeur esthétique. Bien davantage, il s’agirait pour l’artiste de s’émanciper de la relation traditionnelle reliant le spectateur à l’œuvre - le sujet à l’objet -, afin d’ouvrir cette dualité à une troisième dimension  : celle de l’espace public envisagé à l’échelle d’une exposition. Nous employons ici la notion d’«  espace public  » dans son acception globale, à savoir un lieu destiné à accueillir une expérience partagée. Dans le cadre de l’exposition The End, Sylvain Baumann poursuit cette réflexion par l’introduction d’une contrainte dans la traversée de l’espace de la galerie. Une main courante en inox prenant la forme de la lettre « L » infléchit sensiblement le parcours des visiteurs, amenés à astreindre leurs déplacements au respect de ce dispositif de circulation. Si l’œuvre contextuelle de Sylvain Baumann ne se « dissout » pas dans l’espace de la galerie, elle « coopère » avec lui tout en le modifiant. Une telle proposition ouvre à

l’intérieur

de

l’exposition

une

expérience

politique,

1 La notion de « contexte », comprise comme « ce qui va avec le texte », fonctionne toujours de pair avec celle de l’autonomie de l’œuvre, alors même que ces dernières sont antinomiques.

69


dans la mesure où elle rassemble les visiteurs autour d’une interrogation commune sur l’expérience physique, sensible et cognitive de l’espace de la galerie. Saisi de la thématique de l’exposition, le geste de Sylvain Baumann touche l’intervalle qui sépare l’origine – la naissance – de la fin de l’existence humaine. Dans cet entre-deux interviennent les dispositifs politiques de la vie collective, ceux-là mêmes auxquels nous ne pensons plus mais qui orientent pourtant et programment avec finesse une grande part de nos comportements. Si « l’homme absurde » de Camus sublime l’insondable vérité de la Fin par ses actes – son engagement et sa créativité -, l’homme des années 2010 se devrait d’interroger les conditions déterminant son implication dans la sphère publique. Serions-nous des rats

de

laboratoire,

dont

les

déplacements

se

verraient

programmés par un labyrinthe d’expérimentation scientifique ? Dès 1980, Alain Resnais présentait dans Mon oncle d’Amérique l’analogie entre les comportements des rats étudiés par le neurobiologiste Henri Laborit et ceux des personnages de son film, déterminés dans leur vie intime ou professionnelle par leur environnement extérieur. Or, comme le démontre le dénouement, « ce qui est facile pour un rat en cage est plus difficile pour un homme en société  ». Par l’intervention de Sylvain Baumann dans l’exposition The End, le visiteur est invité à déceler, par l’expérience de l’espace, quels sont les éléments qui dirigent sa réceptivité aux œuvres présentées. Ce faisant, la proposition in situ de l’artiste contraint le spectateur à réévaluer sa disponibilité sensible et mentale à un parti-pris curatorial reliant la fin existentielle de la vie humaine à la dramaturgie d’une fin apocalyptique. Laure Jaumouillé

70


Sylvain Baumann est né en 1981 en France. Il vit et travaille à Bâle, Paris et Montréal. Il détient un master en Arts plastiques de l’Université de Provence et une maîtrise en Arts visuels et médiatiques de l’Université de Québec à Montréal.

Sélection expositions récentes : Kunsthaus Baselland, Being Specific. Bâle, Suisse, 2013. Dreier Frenzel Architecture+Communication, installation in situ. Lausanne, Suisse, 2013. Kunsthalle Basel, When I look at things I only see the space they occupy. Bâle, Suisse, 2012. Le Centquatre, Jeune Création. Paris, France, 2011. Musée d’Art Contemporain, Triennale. Le travail qui nous attend. Montréal, Canada 2011. Kunstverein, Time and motion studies. Freiburg, Allemagne, 2010. Swiss Art Award. Messe Basel, 2010. Kuandu Museum of Fine Art, Void between scenes. Taipei, Taiwan 2010.

Sylvain Baumann, Bardage, 2012. Installation in situ, Kunsthalle Basel. Mortier, acier, dimensions variables. Exposition collective When I look at things, I always see the space they occupy. Kunsthalle Basel, Suisse.

71


textes sur la finitude

73


La fin est une habitude

Évoquant la fin, nous manipulons ici, chacun, une poignée de sable. Et pour les domaines où il s’agit de faire avancer la pensée, ça voudrait dire : invalidité de toute production. Mais ce qui ne se laisse pas saisir est familier aux œuvres. Alors préférons penser que l’art est toujours en train de mourir, toucher à sa fin, etc. ; ça met l’ambiance ; maintient une tension ; impose une exigence permanente vis-à-vis de ces objets que nous ajoutons à ce monde déjà plein d’objets. Heureusement, il y a encore des inconnus devant nous. Les œuvres ont à aller les chercher ; autant d’événements possibles. Du coup, aux usagers de s’arrêter devant l’une d’elles, espérer un suspend  ; et recommencer. Ça fatigue, c’est normal. C’est pas la chute de Rome, pas encore le MoyenÂge. On est au point aveugle, dispositions : laisser de côté le spectaculaire, préférer l’intime. Et peut-être accéder à ce qui nous dépasse. Notre travail est, un peu, de regarder la mort en face tous les jours. Ce n’est pas grave, juste une conscience de la finitude –ce qui implique quelque chose de très primaire, et qui finalement saisit la vie. Impossible de lâcher l’affaire. On se jette cette poignée de sable au visage ; l’œuvre est un entre. Mais elle est un entre à condition d’en faire un, et que ce un puisse advenir. La rareté d’une évidence nous frappe. On ne veut pas entendre dire : « lui, il est fini ». Alors nous maintenons une pensée, un regard, un geste.

74


Il faut beaucoup d’efforts pour dans ce monde bruyant arriver à faire un point de silence. L’abondance des œuvres, c’est autant de tentatives, mais aussi autant d’obstacles. Il y a un vacarme structurel, qui ne nous aide pas. Pourtant nous essayons de préparer ce qui se donne. L’Homme héroïque s’inquiète. Et parce qu’il s’inquiète, il est là. La pensée en art a perdu son centre ; on y aura mis un sol. En fait ce matin, on s’est levé pour ça.

Muriel Leray novembre 2013

75


The End - Entre fin existentielle et fin apocalyptique Je suis venue au monde le 31 mars 1984 - ma naissance eût lieu à 20h30 précise, dans une chambre de l’hôpital Antoine-Béclère de Clamart. Ma conception étant datée de manière approximative aux environs des quinze premiers jours de septembre 1983, je m’extirpai du ventre de ma mère 32 semaines plus tard, dans la précipitation et l’affolement général1. Poids : 1kg480. Nourrie par intraveineuse dans une boîte de verre, je restais alors sous surveillance médicale durant 7 semaines. Dès cet instant originel, le nourrisson que j’étais s’est vu confronté à la menace d’une mort imminente, apaisée dans le courant de la cinquième semaine de ma vie post-partum. Il ne m’est pas possible de penser la fin de mon existence sans appréhender son commencement ; et c’est ainsi que ce point d’origine aura enregistré simultanément la finitude de mon être. Alors qu’il publie Le Mythe de Sisyphe en 1942, Albert Camus définit « l’homme absurde » comme celui qui, conscient de la finitude de son être et du désenchantement du monde, génère une nouvelle énergie  : celle de la Révolte. Si la finalité de la vie et de la terre que nous connaissons est avérée insondable, seuls les moyens – autrement dit l’action humaine - justifient cette fin qui échappe à l’entendement. C’est ainsi que Camus enjoint l’homme moderne à devenir «  homme absurde  », en développant un engagement tout à la fois politique et artistique. En 2013, tout porte à croire que le désenchantement du monde occidental – par l’effacement du religieux et celui des idéologies - a laissé place à de nouvelles formes de croyances, le plus souvent dissimulées par le masque de la science. Posée par certains sur le piédestal des idoles contemporaines, celle-ci se décline selon les modes d’énonciation propres aux mathématiques, à l’histoire, à la climatologie, ou encore à l’économie. Tandis que nos 1

Soit 8 semaines trop tôt.

76


contemporains persistent à adresser aux sciences l’attitude intellectuelle des Modernes – celle dont nous pensions nous être déliés depuis longtemps -, les scientifiques quant à eux se querellent avec leurs confrères comme avec les politiciens et les penseurs sur le devenir et la fin de l’existence humaine. Or, ni les prêtres, ni les chercheurs ne sont à même de nous renseigner sur la finalité de l’existence. Pourtant, ce monde que nous croyons connaître est déjà fini : « il a déjà eu lieu »2. Nous vivons aujourd’hui sur une terre qui « nous enserre » et « vient à nous »3, aussi menaçante que nous la menaçons nousmêmes par notre irréductible désir de puissance. Emprunte d’un désespoir ou d’un pessimisme joyeux, notre écologie actuelle se heurte à l’annonce de la « fin du monde ». La Fin est proche, voire imminente à l’heure de la multiplication des crises et des controverses écologiques. C’est ainsi que la finitude de ma propre existence se voit doublée de celle du monde par lequel j’ai été conçue et dont je suis partie intégrante. Comment porter avec l’énergie de la Révolte la fin de ma vie singulière, alors que la terre même que j’habite entrevoit une éclipse irrémédiable  ? Par une conversion illimitée de la nature en culture, les Modernes auraient perdu leur monde - et par là même leur corps -, provoquant l’irruption d’une tension apocalyptique4 accablante. Socialement construite par l’homme, cette terre que nous habitons réclame aujourd’hui vengeance, alors même qu’aucun d’entre nous ne parvient à s’accorder pour la satisfaire. Et c’est par ma propre mortalité - cette Fin programmée le jour de ma naissance que je me trouve aujourd’hui partie intégrante de ce nouveau climat contemporain.

4 2

Eduardo Viveiros de Castro, conférence donnée à SPEAP, 17 janvier 2013.

3

Bruno Latour, Enquête sur les modes d’existence, Editions La Découverte, 2012. Eduardo Viveiros de Castro, Ibid.

77


Les artistes réunis par l’exposition The End témoignent tant d’une question existentielle originelle que du retour actuel de la cosmologie – théorie mythique ou scientifique qui régit les lois de l’univers – face à l’irruption contemporaine de Gaïa5. Et ce, face à l’échec de l’écologie, n’ayant pas su créer de mythologie de la fin du monde. C’est en effet par les ressorts d’une alliance entre discours scientifique et discours mythologique qu’une mise en mouvement des hommes pourrait être rendue possible devant le constat de la finitude de l’existence. En ce sens, les arts apparaissent aujourd’hui comme le moyen privilégié d’une dramatisation possible, et par la même d’une mobilisation6 par l’expérience sensible. Laure Jaumouillé novembre 2013

5

Nous entendons ici cette « terre » sur laquelle nous vivons et par laquelle nous sommes aujourd’hui saisis de frayeur.

6

Au sens de « mettre en mouvement »

78


Exposition Galerie SEE STUDIO 7, rue Saint-Claude www.seestudio.fr commissaire : Deriva www.d-e-r-i-v-a.com contact presse : Sophie Escougnou sescougnou@seestudio.net

Catalogue Direction d’ouvrage et conception graphique : Valeria Cetraro valeriacetraro@d-e-r-i-v-a.com Textes p.07 à p.65 : Valeria Cetraro Textes p.69 à p.71 / p.77 à p.79 : Laure Jamouillé Textes p.74 à p.75 : Muriel Leray

Remerciements Galerie Galerie Galerie Galerie

Leonardo Agosti Cultures Interface Backslash Odile Ouizeman

Muriel Leray Laure Jamouillé Gérard Escougnou Patrice Charton

Achevé d’imprimer en novembre 2013

80


catalogue de l'exposition collective THE END  

curateur Deriva

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