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Les voies obscures se vivent avec lui dans la chair, il accompagne de tout son corps sa quête secrète, éprouvant les dangers à la surface de ses émotions et ramenant à la surface du juridique l'infiniment sacré.

Obscurum per obscurius La liberté de conduire en toute connaissance de cause sa vie. Traversant un champ de mine ou encore un saut d'obstacle, il s'engage au prix d'une énorme discipline sur un chemin où le droit se dilue par trop de présence. C'est un parcours initiatique qui éprouve le corps dans la mesure où, le combat et l'état de résistance devenus permanents, chaque geste finit par entraîner inévitablement (comme un handicap) sa prolongation dans la sphère du juridique. C'est dans cet espace hors cadre, que E.T. va acter son expérience. Les films, comme les référés jouent alors le rôle de témoins et, à la limite de l'impression du corps dans le réel, ils doublent par un effet boomerang l'unicité du regard. Dans la fissure, émerge alors le point de non-retour du "je". "Je", qui au-delà de l'aspect psychiatrique éprouve l'irréductible de "l'être". E.T. accompagne son voyage d'images symboliques, d'un côté le grand livre de la loi, de l'autre le Grand Livre qu'est la Bible. Entre, sans dieu ni maître, mais toujours à la recherche du sens, il promène sa chair, sa pensée, son rapport à la société. Chaque fois, il s'éprouve, le terme se pétrit de souffrance, dans l'abandon. Quitter l'enveloppe, se dissoudre

devient une manière comme une autre de retrouver l'essence. C'est dans la multiplicité des images, l'accumulation sur la durée d'actes, qu'il déconstruit et se construit. Car sa démarche relève de l'utopie. En questionnant en effet la position de l'individu face à la loi, face à l'information, face aux groupes économiques, politiques, sociaux ou religieux, il dévoile des possibles et des réseaux capables de lui donner une liberté véritable à imaginer le monde. En 1980, E.T. devient majeur. L'âge, dit-on heureux, où les gens le plus souvent se précipitent dans le bel ordre du social. Difficile pourtant à cette époque-là d'essayer en toute innocence les chemins de traverses. Cette fin de siècle soigne sa propre fin, elle rêve d'en terminer avec les utopies et signe la mort des avant-gardes. Trouver quelques raisons d'espérer relève dès lors de l'impossible combat. E.T. décide alors de prendre la clef des champs. Cependant, en choisissant de devenir un cobaye juridique, animal de laboratoire bon à être disséqué, il ne se soustrait en aucune façon au droit. Au contraire, il se met en permanence sous le regard de celui-ci. La liberté qu'il se donne, ne reste que celle de mesurer l'infime fraction où elle peut encore opérer en son sein. Accompagné d'un œil de Caïn qui en permanence scruterait dans les ténèbres de la tombe, il avance donc en renvoyant une image dont la force se fera dans la faute, donc dans l'humanité. C'est sous surveillance qu'il questionne le système, produisant sans cesse des actes qui se heurtent de plein fouet au dispositif légal. Il peut alors nous raconter cette histoire absurde qui à chaque faille renvoie à la fragilité du questionnement initial. Cette image tutélaire ne peut que

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photo Ingrid Janssen

On disperse bien les cendres, comme si ce n'était qu'une fois la mort annoncée que l'on pouvait envisager la multiplication de son corps et son absorption par le monde. Le seul double que l'on accepte généralement est celui que nous renvoie le miroir. Et encore, imaginez qu'un éclat vienne à le reproduire et le vertige vous prend. Une seule enveloppe pour une seule définition de l'individu. Dépassez cette frontière symbolique et vous pourriez voir poindre en plein vol les abords effrayants de la pensée et de tous ses possibles… Internet est justement un espace à part où, devenu enfin virtuel, le corps sans danger peut se diviser, se diluer et inventer l'ubiquité. Ne resterait alors que la substance, l'auteur, à savoir celui qui produit l'impulsion première. E.T. a plongé dans l'univers virtuel comme dans une expérience en résonance avec celle qu'il menait depuis 1983. Une expérience de non-existence juridique qui l'obligeait à se définir sans fin sur la frontière du réel. Le régime des grands incapables majeurs sous tutelle, posé comme un postulat de vie, renvoyait en effet à un effacement du registre social, une absence au monde qui électrisait l'essentiel c'est à dire la chair et l'âme. En laissant aux magistrats le soin de prendre en charge la codification de sa présence, celle de l'individu en prise avec le droit et de l'autre et par un effet de miroir la part obscure qui bien entendu ne pouvait que leur échapper, E.T. marquait, sur ce double chemin au va et vient incessant, la frontière d'un espace qui sous le poids de la coercition trouvait sa liberté. Car il s'agit bien d'une recherche, d'une quête, que E.T. mène sur les bords du social et du religieux, mélangeant les chemins de tous les mystères.

"Le 7ème Sceau Brisé : du corps profane au corps Glorieux" Performance de thierry Ehrmann, pour la clôture de la Borderline Biennale 2009 Thierry Ehrmann's closing performance of the 2009 Borderline Biennale Vidéo disponible sur http://blog.ehrmann.org

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Opus IX: Abode of Chaos / La Demeure du Chaos 1999-2013  

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