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Plunging into the innermost depths of chaos: an aesthetic of immersion in troubled waters

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[…] le désordre semble en réalité composé strate par strate […] […] whose disorder appears in fact to be built up layer by layer […]

The subjective experience of organised otherness ces symboles, signes, objets, représentations, engins advenus à leur ultime conjonction. On hésite à y reconnaître une chorégraphie scénique, une maîtrise architecturale ou des improvisations intuitives, voire des décisions aléatoires ou arbitraires. Ce monde immersif ne cesse de poser l’énigme de sa cosmogenèse, des intentions l’ayant engendré. Quel semblable à l’origine de cela ? Cela excite une enquête mentale qui débouche sur un autre abîme, celui donnant directement au cœur de l’intériorité humaine répandue tout autour de nous. Sur place, éberlués, nous évoluons au sein d’une intimité libérée qui a explosé en faisant irruption. Elle s’est projetée en bouillonnements, en vagues et reflux sur le sol, les murs, le moindre réceptacle. Cette individualité plurielle n’est pourtant pas aussi égotiste que les discours accompagnant le projet le laisseraient croire. En s’alliant tant de talents et de sources vives, l’auteur se reconnaît d’emblée tisser d’autrui. En l’occurrence, tous les artistes contribuant à l’œuvre collective ont fait alliance à travers leur style et touche personnelle. Ces inspirations conjuguées suintent ensemble une ” créalité ” délirante et hallucinogène, aux dimensions démultipliées et hantées d’alter ego. À condition d’en accepter l’épreuve ; au sens du défi comme de la variante concrétisée ; plonger dans la Demeure, c’est se mêler au bouillonnement d’une soupe nourricière plus ultime que primordiale. Elle active et brasse en profondeur des archétypes universels et fondamentaux. Au

tréfonds des entrailles, se renouent et dénouent des pulsions évacuées ou déniées par la normativité sociale, par le dressage libidinal. Il s’en suit nécessairement un rapport initiatique qui nous métamorphose en un être étranger, avec lequel rompre ou pactiser. Voilà pourquoi le musée de l’Organe de la Demeure du Chaos correspond bien à la définition d’un nouveau genre d’œuvre non plus totale, mais aussi totalisante qu’anti-totalitaire. Son extrême degré de saturation, d’ailleurs en constante intensification au fil des enrichissements, favorise une cristallisation des subjectivités invoquées en autant de motifs kaléidoscopiques, lesquels nous renvoient en retour des visions oniriques de nous-mêmes, de nos mondes intérieurs et extérieurs, de nos possibles et impossibles. Les échos et résonances vécus durant la traversée d’un tel milieu artistique saturé signent et dessinent nos propres ombres et lumières, faisant du spectateur lui-même une œuvre éphémère et immatérielle, l’érigeant en émanation possible d’un nouvel organisme, racine ou bourgeon, pollen ou spore, fruits ou terreau, au fil de métamorphoses existentielles imprévisibles. Plus tard oublié ou révéré, cet univers-là saura nourrir de sa sève celui qui l’aura reconnu comme l’un des repères telluriques majeurs de notre temps, haut lieu d’une énergétique aussi spirituelle et charnelle. Étienne-Armand AMATO Docteur en Sciences de l’Information et de la Communication

Whatever we may know before approaching the goal, entering the quiet calm of this little village with a glorious name has the feel of a chocolate-box stroll. After climbing the hill, you discover a scene as pretty as a picture. Wandering through the little streets of the village is like marking off various certainties of our civilisations: well-maintained streets, houses hidden discreetly behind walls, a blind cycle of established orders, the pointless­ ness of comfortable, self-satisfied lives. We could almost forget that we are moving within the heart of a contemporary staging of the olde worlde... Oh, that village charm, that good-natured, rustic idealisa­ tion, the opulent fruit of implaca­ ble powers! - whose hidden treasures remain usurped... These are the last reassuring landmarks of an unchanging heritage, constructed of invisible, implacable logic, containing a sulphurous Abode, a mad, inconceivable, heretical project. Gradually, a number of clues indicate the telluric centre: signposting, crumbling walls, graffiti. The mind awakens. It prepares for the unknown, recalling fragmented images picked up here and there, full of subversive promise. Whoever wanders around these regions without reason will be sure to find some soon. Each person will then perceive what meaning this initiation will give to their existen­ tial path. After walking alongside the battered sides of a phantom vessel, at last, around a bend at a cross­ roads, we see the yawning, barbed

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wire-covered mouth of an unsettling doorway. In the background can be seen a myriad acid dimensions throbbing with vitality. Steel grids holding back wild and destructive-looking growth. Barbed wire fencing militarises bodies. Cameras are trained on like imitations ready to pounce. Faced with the protecting guar­ dians, primitive anxiety emerges on the way to the checkpoints: obedience engraved in the hollow of the shoulders, a thousand-yearold paranoia, gauge of survival and servility. The rite of passage to have the privilege of immersion is a substitute for confession. The stimulus of curiosity holds you in its grip, and would make you sign any kind of pact. The only one worth anything is admitting that you want this hidden journey: this interior immersion in the infinite­ ness of signs.… A sudden shift to the raw world of calcination and dismemberment. The pile-up of technological forces displaying their entrails. The silent groaning of disembowelled iron scrap. Saturation of the senses; endless multiplication of prisms. The eye panics through its inability to absorb this jumble. The impulse of curiosity is drawn into the labyrinth, without knowing which details to dwell on, what scales, levels or planes are best accommodated. Minuscule symbols engraved in a thousand nooks and crannies. Huge, wrecked installations. Metal seething with impotence. Scrap metal spread everywhere in invisible clusters. And gigantic,

trace

Opus IX: Abode of Chaos / La Demeure du Chaos 1999-2013  

thierry Ehrmann: we put all our passion and folly into preparing this French-English Collector, the book of the decade: 504 pages / 4.5 kg /...

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