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Maisons à la campagne M 05735 - 48 - F: 5,90 E - RD

Numéro 48 mai/juin 2009 Maisons à la campagne

France 5,90 € / Zone euro 5,90 € / Dom 6,40 € / Suisse 9,70 FS / Maroc 55 MAD / Canada 6 CAD

Maisons

10 exemples de rénovation Une véranda en forêt / Mini-loft économique Design : nouveau mobilier d’extérieur Grand Paris : le futur visage de la capitale BIMESTRIEL N°48 mai/juin 2009


A SAVOIR ACTU

Chine

Mongolie intérieure

Ordos

Ci-dessus : Maison à patio inspirée de la forme d’une tente nomade de l’agence espagnole Estudio Barozzi Veiga. Ci-contre : 1. Variations sur le thème de la yourte par l’agence nord-américo-mexicaine Multiplicities et l’agence mexicaine Dellekamp arquitectos. 2. Le projet « Villa-villa » de l’agence new-yorkaise nARCHITECTS est l’un des rares à rendre compte en images de l’intégration d’énergies renouvelables ; ici, des panneaux solaires en toiture.

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ACTU / À SAVOIR

villas dans le désert de Gobi

En Mongolie intérieure, dans la partie nord de la Chine, un  richissime propriétaire et un artiste de renom ont convié  des architectes du monde entier à imaginer cent villas pour  millionnaires. Un an après la première visite des architectes à  Ordos, les premiers coups de pioche sont donnés. Riche propriétaire fermier de Mongolie  intérieure, Cai Jiang est aussi amateur  d’architecture et collectionneur d’art. Il y  a quelques années, l’envie lui prend de  transformer la ville d’Ordos en cité dotée  de joyaux architecturaux. Ici, à quelque  500 kilomètres de Pékin, le paysage est  celui des dunes de sable du désert de  Gobi, une province où il y a peu de temps  les nomades se déplaçaient tous en  chameau et habitaient des yourtes. Mais la  découverte récente de richesses naturelles  en son sous-sol a permis d’élever le niveau 

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de vie des autochtones, si bien que la  région possède désormais le revenu par  habitant le plus élevé après Shanghai.  L’idée vient donc à Cai Jiang d’édifi er pas  moins de cent maisons pour millionnaires,  chacune d’une superfi cie de 1 000 mètres  carrés. Aussi, plutôt que de se tourner  vers des architectes chinois, il contacte  Herzog et de Meuron, les concepteurs du  fameux stade « Le nid d’oiseau » édifi é  pour les JO de Pékin. Leur mission : choisir  cent équipes internationales de jeunes  architectes talentueux. 

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A SAVOIR ACTU

Casting ambitieux

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« Nous avons été contactés par e-mail par  l’assistante de Jacques Herzog, raconte  l’architecte Nicolas Delon de l’agence  Encore Heureux. Tout est allé très vite, on  nous demandait de venir en Chine un mois  plus tard. » Associée à G. Studio, cette  jeune agence fait partie des six équipes  françaises à participer à l’aventure. Fait  étonnant : les architectes sélectionnés ne  sont pas de grands noms de l’architecture  abonnés aux projets internationaux. Issues  de tous les continents, les équipes choisies  sont pour beaucoup les grands noms de  l’architecture de demain. Le seul Chinois de la partie n’est autre  que l’artiste-architecte Ai Weiwei (qui  a également collaboré avec Herzog et  de Meuron pour le stade de Pékin), en  charge de dessiner le plan d’ensemble, et  de répartir les cent parcelles à construire.  L’enjeu : ne pas transformer Ordos en  lotissement pour riches, une sorte de  gated-community au sein de laquelle  cohabiteraient millionnaires exhibitionnistes  et badauds voyeuristes, un peu comme  sur le port de Saint-Tropez en plein mois  d’août.  

Lotissement ou ville-musée ? Pour l’architecte luxembourgeois François  Thiry de l’agence Polaris Architects, Ordos  est bien plus que cela. « Cette ville me fait  penser à Saint-Quentin-en-Yvelines. ». Il  refuse de qualifi er les maisons d’« objets  isolés », louant le travail génial d’Ai Weiwei  sur la scénarisation extrême du projet : « Il  s’agit à la fois d’un lotissement résidentiel  au cœur d’un quartier mixte (immeubles à  appartements, bureaux, shopping center)  et d’un musée à ciel ouvert (collection  d’architecture contemporaine). Il y a un  musée d’art sur place, des restaurants, des  salles des fêtes, une salle de concert... On  peut diffi cilement imaginer un espace plus  “public” dans cette “ville nouvelle” (au sens  européen) au milieu d’une région aride… » Mais le Projet Ordos n’en reste pas moins 

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« Devons-nous concevoir des maisons à vivre, des refuges pour le week-end ou des suites hôtelières ? Quelle famille peut bien habiter une maison de 1 000 mètres carrés ? » Julien de Smedt

4 1. Projet des architectes bordelais Christophe Hutin et Nicolas Hubrecht. 2. « Gourbi palace », maison imaginée par les architectes des agences Encore Heureux et G. Studio. 3. La « Double Class Villa », imaginée par les architectes israéliens de l’agence Babel Architecture. 4. Non sans une pointe d’ironie, l’architecte belge Julien de Smedt (JDS – Julien de Smedt Architects), basé à Copenhague, a nommé son projet la « Big Brother House ».

une opération immobilière : on attend des millionnaires conviés à investir ces villas de s’intéresser à l’art, une hypothèse qui permettrait de transformer leurs habitations surdimensionnées en autant de galeries privées. Néanmoins, l’organisation des cent maisons en lotissement-musée n’est pas sans soulever quelques interrogations : « Va-t-elle engendrer une réelle relation de voisinage ou une bizarrerie ? Devons-nous concevoir des maisons à vivre, des refuges pour le week-end ou des suites hôtelières ? Quelle famille peut bien habiter une maison de 1 000 mètres carrés ? » lance Julien de Smedt, architecte belge de la maison « Big

Brother ». Nicolas Delon est beaucoup plus circonspect : « Le plan masse a été très dur à accepter car il s’agit d’un collage, d’un urbanisme de villas de luxe type Beverly Hills. Finalement, nous ne considérons pas ce quartier comme un morceau de ville mais plutôt comme un zoo d’architecture, une performance constructive où chaque maison est un animal parmi d’autres. »

Une opportunité à saisir Le climat continental de la région (étés caniculaires, hivers sibériens) a été pris en compte à divers degrés par les équipes d’architectes qui ont introduit des

dispositifs bioclimatiques… Tant que faire se peut. Aucune contrainte financière, pas de cahier des charges encyclopédique. Seul mot d’ordre : construire en béton ou en brique, les deux matériaux disponibles sur place. Les tempêtes de sable et la rudesse du climat expliquent la forme monolithique ou compacte de certains projets. La recherche d’une expression locale type néo-yourte à patio en explique d’autres. Néanmoins, Nicolas Delon regrette dans certaines propositions « l’absence de position écologique alors que la carte blanche permet toutes les expérimentations ». Conception passive,

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A SAVOIR ACTU

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1. Maison « Inside Out | Outside In » des architectes de l’agence Rocker-Lange, à la fois new-yorkaise et hongkongaise. 2. Maison conçue par les architectes luxembourgeois de l’agence Polaris Architects. 3. La villa de la 62e parcelle est l’œuvre de l’architecte Srdjan Jovanovic Weiss de l’agence NAO, basée à Philadelphie.

Selon l'architecte  François Tiry, Ordos est  « Un projet porteur d’une  poésie et d’une ambition  inédites au niveau  international. »

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refus de la climatisation au profi t d’une  ventilation naturelle… les architectes  rivalisent d’imagination pour limiter l’impact  de leur construction, tout en essayant de  gommer tant bien que mal l’aberration des  surfaces imposées. Pour le moment, aucune des cent équipes  ne s’est désistée, et chacune d’elles  remet peu à peu sa copie, le projet Ordos  ayant été conçu en deux phases. Malgré  la crise économique mondiale, il ne  semblerait pas que la macro-économie soit  touchée. Pour François Tiry, ce projet de  promoteur-mécène reste « une très belle  initiative, vraiment gonfl ée et risquée pour 

un promoteur d’origine ethnique mongole  passionné par la culture contemporaine : un  vrai personnage de roman. Un projet porteur  d’une poésie et d’une ambition inédites au  niveau international. » Si tout se déroule  comme prévu, il y a fort à parier que ces  villas, une fois construites, seront publiées  dans le monde entier. Et pourquoi pas  deviendront pour certaines d’entres elles  des icônes du XXIe siècle. Le tout reste de  savoir lesquelles. Avis aux amateurs ! Benoit Joly Plus d’informations www.ordos100.com

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Architecture á Vivre