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DOSSIER

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ourtAnt eLLe A fAim... ayant perdu des sommes astronomiques au moment de la crise de 2007, se sont littéralement jetés sur la spéculation des matières premières agricoles. Avec à la clé des hausses de cours telle-

de faim toutes les six secondes sont des criminels. On le voit, les pays du Sud sont soumis à une double peine ; ils n’arrivent pas à se protéger contre les changements climatiques, dont ils ne sont pas responsables, ils meurent par milliers, Ils n’arrivent pas à acheter de la nourriture celleci étant trop chère, ils meurent de faim ou ils protestent et nous avons le scénario des émeutes qui gangrènent les pays du Sud. Par ailleurs, la flambée des prix des matières premières en général et des produits alimentaires a connu une accélération ces dernières années. 2010 aura été l’année de toutes les hausses. Faiblesse du dollar, croissance chinoise, spéculation, raréfaction de l’offre sont autant de facteurs qui tirent vers le haut le prix des matières premières. Tour d’horizon des plus fortes augmentations et prévisions pour 2011. Le prix du colza a crû de 75%. Le prix du blé a augmenté de 47,25% en un an. Pour le café +69,24% en un an, +80% ces 6 derniers mois. Pour le sucre depuis juin 2010 : 140%. [4] La part des spéculateurs, justement, sur les marchés alimentaires explique en partie la hausse continue des prix depuis l’été 2010. Les produits alimentaires sont devenus des actifs financiers comme les autres. Comme vient de l’exprimer le rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation, Olivier de Schutter, nous vivons le début d’une crise alimentaire similaire à celle de 2008. Pour Jean Ziegler, l’alimentation devient un droit de l’homme.

ment importantes qu’elles empêchent les États les plus faibles d’importer ces matières premières », accuse le vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme des Nations unies. « Reste à savoir si les promesses internationales seront tenues. Le Royaume-Uni a déjà annoncé qu’il verserait 52,5 millions de livres. Mais l’ONU a régulièrement du mal à financer ses programmes. L’appel de fonds 2011 pour Djibouti n’est d’ailleurs actuellement financé qu’à 30%. Celui pour la Somalie ne l’est qu’à 50% tandis que celui pour le Kenya est rempli à 54%. L’ONG ONE a rappelé la semaine dernière que, deux ans après le G8 de l’Aquila consacré à la lutte contre la faim, les donateurs n’ont déboursé que 22% des fonds promis pour l’agriculture d’ici à 2012 ». [3] Comme nous l’écrivions dans une contribution précédente, et au risque de nous répéter, les pays du Sud dépendent pour leur survie d’un Nord opulent qui, à bien des égards, est responsable de ces malheurs. Certes, le Nord jette des miettes sous forme d’APD qui, malheureusement demeure sans lendemain,.. Pour éradiquer ce fléau, il suffirait de seulement 30 milliards de dollars par an. En comparaison, le budget militaire de base du Pentagone est de 533,7 milliards de dollars pour l’exercice 2010. Par ailleurs, les institutions financières américaines vont distribuer pour cette année 2010 le chiffre record de 144 milliards de dollars en seul bonus, primes et stock-options à leurs dirigeants, c’est-à-dire aux responsables de la crise économique mondiale. Dans le même temps, le marché de la publicité avoisine les 500 milliards de dollars et celui des armes les 1200 milliards de dollars. Jean Ziegler a raison de dire que ceux qui laissent mourir les enfants - en effet, un enfant meurt

La famine « organisée » méthodiquement Bruno Parmentier parlant de Jean Ziegler ,encore lui, écrit : « Le premier rapporteur, le Suisse Jean Ziegler, avait la fougue du passionné ; c’était un prophète qui dénonçait avec éloquence, poigne et humour nos faiblesses, nos indifférences, et les nombreux scandales de tous ceux, nombreux de par le monde, qui se nourrissaient fort bien de cette faim. Il était étonnant d’entendre, au milieu du langage habituellement feutré des Nations unies, des propos aussi carrés, aussi peu diplomatiques, dans la foulée de ceux par exemple qui avaient été écrits par Robert Linhardt à la fin des années 1970 : « A mesure que je recueillais témoignages et données, la faim m’apparaissait avec une terrible netteté comme le produit d’un dispositif compliqué jusqu’au raffinement...Ce n’était pas une faim simple, une faim primitive. C’était une faim élaborée, une faim perfectionnée, une faim en plein essor, en un mot, une faim moderne. Je la voyais progresser par vagues, appelées plans économiques, projets de développement, pôles industriels, mesures d’incitation à l’investissement, mécanisation et modernisation de l’agriculture. Il fallait beaucoup de travail. Cette faim bourdonnait d’ordres d’achats, de lignes de crédit en dollars, francs, marks, yens, d’opérations fièvreuses sur les commodities markets, de transactions foncières, d’anticipations, d’astuces et de bons coups. Des commerçants, des banquiers, des armateurs, des chefs d’entreprise, des experts, des hommes d’affaires y avaient leur part, ainsi qu’une armée d’intermédiaires, de courtiers et de négociants. Et tous

ces gens parvenaient à faire jaillir de cette faim, commissions, bénéfices, profits, rentes, loyers, dividendes...Oui, vraiment l’organisation minutieuse de cette faim m’apparaissait comme une chose prodigieuse. » [5] Voilà qui est clair, la famine est d’une certaine façon « organisée ». On peut le comprendre si le but recherché par le néolibéralisme est de précariser les pays, les plus vulnérables les amener à vendre leurs terres à des groupes internationaux pour une bouchée de pain (Groupes occidentaux, Chine mais aussi pays du Golfe). Pour Thierry Brun, la responsabilité des pays du Nord est totale. La crise agricole et alimentaire a disparu des écrans et des priorités des grands de ce monde. (...) Face à cette situation d’urgence, les gouvernements du G20 préfèrent favoriser les intérêts des entreprises agro-industrielles et des acteurs financiers plutôt que d’encourager et de soutenir les politiques agricoles des pays en développement. Les mêmes pays riches réclament cependant de nouvelles libéralisations au sein de l’OMC. Le cynisme était de mise lors du récent G20 agricole, car la question de constituer des réserves alimentaires d’urgence a été écartée. Au nom de quoi ? Le stockage d’une centaine de millions de tonnes supplémentaires de céréales pour aider les pays pauvres pouvait nuire aux marchés... Il est urgent de changer de cap : c’est tout l’enjeu du prochain sommet du G20 à Cannes et des mobilisations citoyennes prévues en novembre . [6] L’Afrique ne manque pas de ressources, elle demande à l’Occident de la laisser en paix en ne s’ingérant pas et en n’intronisant pas des potentats aux ordres, de ne pas lui voler ses matières premières. Elle attend qu’on lui restitue sa dignité en lui permettant de former ses élites. Pour nous, le discours de Dakar, qui s’inscrit dans la plus pure tradition coloniale, devrait être pour nous un electrochoc. Basta à la Franceafrique au Commonwealth et à tous les subterfuges des anciennes puissances coloniales pour leur garder leurs privilèges ! S’agissant de cette famine imminente, il est nécessaire de mobiliser 120 millions de dollars pour sauver des millions de vie humaine. Où est la générosité des téléthons occidentaux à géométrie variable. L’Europe, à titre d’exemple, qui s’apprête à injecter cent milliards de dollars pour sauver la Grèce en vain, ne peut pas distraire , moins de 0,1% pour sauver des vies humaines ! Ceci dit, nous remarquons le silence assourdissant des Arabes et des potentats musulmans qui achètent pour des centaines de milliards d’armement mais qui sont incapables d’organiser une aide rapide pour donner une perspective à des enfants qui ne sont pas nés pour souffrir. Professeur Chems Eddine Chitour École Polytechnique enp-edu.dz [1] http://www.un.org/french/ecosocdev/... [2] Jens Oppermann. « Ce que nous voyons dans la Corne de l’Afrique est sans précédent » Propos recueillis par Thomas Baïetto Le monde.fr 12.07.11 [3] Alexia Eychenne - Pourquoi le spectre de la famine ressurgit en Afrique 19/07/2011 [4] Elie Patrigeon. Ces matières premières qui flambent 05/01/2011 [5] Bruno Parmentier. Préface Conférence de Olivier de Schutter - L’économie politique de la faim. Garantir le droit à l’alimentation dans un monde de ressources rares - Leçon ESA 2010 [6] Thierry Brun ! http://moissacaucoeur.elunet.fr/ind...

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