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L’enjeu principal de Mécanismes pour une entente est la production d’une œuvre d’art collective et multiforme, afin de promouvoir une réflexion esthétique, philosophique et politique sur le devenir des pays de l’Europe du Centre-Est en relation à l’idée de l’Union Européenne. Nous voulons travailler la nature de la condition européenne. Ce Deadline est le dernier d’une série de 8 numéros. Vous pouvez tous les consulter sur :

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www.mecanismespourentente.eu/deadline/

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Editorial

In my former editorial in Deadline #6, written just after of our summer trip in September 2013, I wrote : «this is not an end». I didn’t know then how this somewhat conventional sentence, written under the emotion due to the splitting of the group, would prove true. It was just a notice that the project was going on, with several exhibitions to come from autumn 2013 to spring 2014.. Eight months later, this is the last station. Back home for Tomas, Marta and PointBarre. If each exhibition till now has shown different traces of our shared trip, as clues in a game of tracks, they are united in Bordeaux. Some are visible, some invisible. What will be visible is precisely this three-weeks-lasting exhibition in Bordeaux, and the events and debates. It won’t be too long a time for sharing our common adventures, through the filter of our memories and of the artistic choices made in the exhibition. What about the invisible, made of emotions, tears, laughter, mutual understandings or misunderstandings? We will try to share it in our words and our debates. And, what really counts, we will try to go on with it. Our « I remember » have surely developed since we printed them on Deadline #6. Since our separation as a group eight months ago, they have grown singular and individual – or maybe are sometimes, shared between two or three, depending on affinities and friendships. After the exciting sensation of being « on the road » (« on the rail » should I write), we had to find smart ways of going back without feeling entangled in immobility. At least for me : writing « we » is somewhat an extrapolation of my experience. I can only describe for myself how this trip has impressed and marked my present life. No week pass without references to it in my work and my life in general. So, the last station? Yes, but I owe many new starting points to Mechanisms for an entente. And I wish that every companion in this summertrip shares this. Just a last word, about the publication that you are now reading. Deadline tried to put quickly traces on papers of what we were living, just when we were living it. It is chaotic, complicated, quite different from a page to another, just as we were. Thanks a lot, everybody of you, for your contributions: this first object was the first proof that we could make something and act together.

Indices, traces et aiguillages

Dans l’éditorial de Deadline #6, juste après notre summertrip début septembre 2013, j’écrivais : «ceci n’est pas une fin». Je ne savais pas jusqu’à quel point cette formule dictée par l’émotion de la séparation (et un brin convenue) se vérifierait. Elle prenait juste acte du fait que le projet continuait avec les expositions de cet automne et jusqu’à ce printemps. Huit mois après, nous en sommes au point d’orgue. Back home, pour Marta, Tomas et PointBarre. Et si chacune des expositions précédentes a livré différentes traces d’une aventure partagée, comme les indices d’un jeu de pistes, Bordeaux les rassemble. Avec une part de visible, et une part d’invisible. Le visible, ce sont ces trois semaines d’exposition, de rencontres, d’événements à Bordeaux, qui ne sont pas de trop pour tenter de partager l’aventure partagée, passée au tamis de nos mémoires et des partis pris artistiques. Quant à l’invisible, tissé d’affects, de rires, de larmes, d’ententes et de mésententes… c’est dans nos paroles, nos rencontres, nos dialogues que nous tenterons de transmettre et surtout de les prolonger. Nos «je me souviens» ont sûrement bien évolué depuis que Deadline#6 les fixait sur le papier. Depuis la séparation du groupe voici huit mois, ils se conjuguent au singulier, pour chacun d’entre nous – et parfois en duos, en trios, en réseaux persistants au fil des affinités. Il nous a fallu mobiliser des stratagèmes pour qu’après l’excitation de la route (du rail, devrais-je écrire), le retour échappe à la peur de l’immobilité. Avec ce «nous», je me permets d’extrapoler ! Je ne peux évoquer ici que la manière dont cette expérience traverse ma propre mémoire et surtout mon présent. Il ne se passe pas une semaine, depuis huit mois où je ne convoque pas les rencontres, les souvenirs, les découvertes de ce voyage dans mon travail et ma vie en général. Dernière gare, oui, mais c’est à Mécanismes pour une Entente que je dois beaucoup de nouveaux aiguillages. Et les souhaite à mes compagnons de voyage. Un mot encore, sur l’objet que vous tenez entre les mains. Deadline a fixé les traces de l’aventure, au moment même où nous la vivions. Sa disparité même est sous le signe de nos différences ; il ne pouvait qu’être un peu chaotique, pléthorique, en recherche, à notre image. Merci à tous d’y avoir contribué : il est, je crois, notre premier acte partagé, l’un des témoignages que nous pouvions « faire ensemble ».

Traces, clues and switch points

Valérie de Saint-Do

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Le concept du train ne transporte pas de voyageurs The concept of train doesn’t carry travellers Guillaume du Boisbaudry

photos par Alexis Emery-Dufoug

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Gara de Nord à Bucarest, photo par Mathieu Lericq

De gare en gare par Valérie de Saint-Do

Chaque fois que je prends le train en France, surtout le TGV, je suis frappée de voir ce que les gares sont devenues : des espèces de petits aéroports bon marché et glacés. On le remarque particulièrement dans les gares construites au milieu de nulle part, uniquement pour les correspondances de TGV, et coupées du centre-ville (à Avignon, par exemple).
 Je me souviens avoir dormi à la Gare du Nord, à Paris, il y a 25 ans, avant de prendre un train pour Calais et rejoindre ensuite Londres (l’Eurostar n’existait pas à cette époque). Je me souviens qu’à Bordeaux, comme dans beaucoup de villes dans les années 1980, la gare servait de refuge aux SDF qui commençaient à être de plus en plus nombreux en France. Je me souviens que l’un des objectifs de la rénovation des gares était justement de s’en débarrasser. En réalité, il y a de moins en moins de trains de nuit en France et les gares ont cessé d’être un lieu étrange de rencontres louches et d’hospitalité précaire.
 Lorsque je suis allée à la gare de Cracovie, j’ai eu l’impression de revenir des années en arrière. Et j’ai eu la même impression à Bucarest et à Cluj. C’est un défi, bien sûr – comme nous l’a révélé la discussion très intéressante que nous avons eue avec Emanoil Culda, directeur technique de la CFR (chemins de fer roumains) – de moderniser l’infrastructure ferroviaire de l’Europe centrale et de l’Est. Cela dit, on ne peut pas s’empêcher d’espérer qu’ils ne feront pas les mêmes erreurs que nous et que, par exemple, les gares resteront les lieux humains étranges de transit qu’elles ont toujours été.

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“Merde, où me suis-je trompé ?” Cluj-Napoca, Juillet 2013 photo par Tomas Matauko

4. Ces changem e n t s qui se produisent dans cette réalité rendent caducs les sens existants ; la pratique sociale devient le critère ultime. Le fait que certains sens perdent leur validité affecte nos modes de vie, entraîne une perte des privilèges obtenus par un groupe, au bénéfice d’un autre. Il y a donc une tendance constante au maintien des sens qui ont perdu leur validité. En raison du vaste éventail de sens dans les systèmes de définition, il est possible de créer des sens apparents de la réalité, et donc de produire une réalité apparente.

Extrait de « L’art et son contexte » de Jan Świdziński.

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Cette histoire ne parle pas de pistolet. Cette histoire ne parle pas de pistolet. J’ai célébré mon

anniversaire cette année, le 07/07, comme chaque

année, cette fois à Cluj, en Roumanie. Ces dernières années, j’ai reçu ce cadeau très spécial pour mes

anniversaires : un nouvel ami. Ce n’est pas quelque chose qui arrive fréquemment avec les gens qu’on

rencontre à des fêtes, mais ces amitiés se sont révélées

durables et enrichissantes. Ces cadeaux ne venaient

de personne, mais je les ai quand même reçus, pour moi, pour que je sois plus heureux. Selon moi, les

plus beaux cadeaux, ce sont ceux que l’on ne peut pas

posséder, et je pense que c’est pour cette raison précise

qu’ils sont si géniaux. Un ami, c’est quelque chose de

sacré, quelque chose dont il faut prendre soin et qu’il faut chérir. L’amitié est la meilleure chose qui puisse

vous arriver dans la vie. Le corps est essentiel pour

la vie qu’on a, mais tant que l’on ne partage pas son

expérience corporelle avec d’autres, la condition d’être

humain n’est pas si agréable. Donc, cette année, je

faisais la fête à Cluj, et en rentrant, on s’est arrêtés au terrain de jeu près de notre hôtel, et c’est là que Paul,

mon nouvel ami, m’a cassé une dent sur un manège,

par accident. Cela n’a réjoui aucun de nous deux, mais c’était quand même une bonne soirée. Une dent, c’est

quelque chose que l’on peut réparer ; personne ne peut by Lujza Magova

vous voler les moments passés avec vos amis. Hier,

Paul m’a dit que son meilleur ami s’était cassé une dent

exactement de la même manière que moi maintenant,

ce que je trouve drôle et cool en même temps, et je suis

sûr qu’on va être de super potes longtemps. Le pistolet,

ce sont Bea et Kubo, mes amis de toujours, qui me l’ont

offert. C’est de cela que parle cette histoire.

par Lujza Magová

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In Cluj we met the station chief. He showed us the romanian train network map. In the evening Kubo and Łukasz made a concert together in the Fabrica de Pensule.

À Cluj nous avons rencontré le chef de station. Il nous a montré le plan du réseau férroviaire. Le soir Kubo et Łukasz ont fait un concert ensemble à la Fabrica de Pensule.

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photos par Edyta MÄ…sior

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Le Radeau de la Méduse. J’ai vu une mer de mémoires fictives. Saisissable mais irregardable. Je m’y suis baigné, tenté d’y nager, pour finir échoué sur une chaise flottante abimée, comme un naufrage de romanticisme. Les bobines de films deviennent purs objets, des signes étranges d’une dématérialisation propagée. Archives désarchivés. Je suis sûr que Godard aimerait tourner son dernier film ici.

The Raft of the Medusa. I saw a sea of fictive memories. Seizable but unwatchable. I took a bath into them, tried to swim, at the end aground on a floating broken chair, like a castaway of romanticism. Film reels become pure objects, strangely signs of a spread dematerialisation. Disarchived archives. I am sure Godard would like to shoot his last film there.

par Mathieu Lericq

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texte et photos de Tomas Matauko

Celle-ci est la première photo. Je lui ai demandé si ça ne lui dérangeait pas d’être photographiée. Je voulais juste attraper Simon avec sa main dans le pot de confiture, et envoyer la photo à sa mère. Elle a joué le jeu. Son nom est Nina. This is the first picture. I asked her if she would like to be photographed. I just wanted to catch Simon with his hand in the cookie jar, and send the picture to his mother. She played the game. Her name is Nina.

Danilo a vu la photo que je venais de prendre et m’a demandé si je pouvais le photographier avec sa femme, Lili. “Un portrait d’amoureux” dit-il en espagnol. Quand je lui donna la photo elle la garda pour elle même. Il était joyeusement énervé. Apparamment c’est toujours pareil.

Danilo saw the picture I just took and asked me if I could photograph him with his wife, Lili. “A lovers portrait” he said in Spanish. When I gave them back the picture she hid it for herself. He was happily pissed. Apparently it’s always the same.

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Bobi surgit. Il est comme une nerveuse sauterelle. Il a déjà voyagé plus qu’un étudiant Erasmus et parle trois langues. Il aime montrer ses muscles en soulevant des pastèques.

Bobi bumped. He’s like a little nervous grasshopper. He has already travelled more than an Erasmus student and speaks three languages. He likes to show off his muscles by lifting watermelons.

Je ne comprends toujours pas pourquoi Danilo voulait que je prenne cette photo. Le camion n’est pas le leur. Ils ont beaucoup insisté. Je décidai de ne pas comprendre et faire ce qu’ils me demandaient. I still don’t understand why Danilo wanted me to take this picture. The truck is not theirs. They insisted a lot. I decided not to understand and do as the wanted it to be.

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Linda a cueilli presque tous les fruits en Espagne. Elle en est fière. Elle voulait me raconter sa vie en Espagne et être photographiée avec une pastèque. Elle revient toujours en Roumanie. Linda harvested nearly all fruits in Spain. She’s proud of it. She wanted to tell me her life in Spain and be photographed with a watermelon. She always comes back to Romania.

Ils m’ont demandé de prendre une photo de famille. La grand-mère Linda, les parents Danilo et Lili, et leur fils Bobi.

They asked me to make a family picture. The grandmother Linda, the parents Danilo and Lili and the son Bobi.

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Rosana a 13 ans. Il y a quelque chose d’étrange en elle. Quand je lui ai rapporté la photo elle dormait à même le sol. Ça lui prit quelques minutes avant de me reconnaître.

Rosana is 13 years old. There’s something strange about her. When I went back to give her the picture she was sleeping on the floor. She took a few minutes before recognizing me.

J’étais sur le départ que Dario insista de prendre une photo de sa petite fille. Quand je lui donnai la photo le lendemain, il me dit que c’était la première photo d’elle. Je suis tellement stupide, je ne me souviens pas de son nom. I was already leaving when Dario insisted on taking a picture of his grand daughter. When I gave him the picture the next day, he told me that this was the first picture of her. I’m so stupid, I don’t remember her name.

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par Kubo Pišek

Durant notre trajet vers Plaveč j’ai fait une performance cachée. Assis sur mon siège, j’ai construit un logiciel qui capture les mouvements du train et qui les retranscrit en image. C’était autour de l’irrégularité des rails, de comment ils sont placés le long du chemin (courbes) et les arrêts/accélérations (gares).

On our journey to Plaveč i made hidden performance. Sitting in train i builded software for capturing motion of the train and writing this into an image. It is about irregularity in rails, how they are placed in country (curves), and breaking/accelerating (stations)

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Nous ne parlons plus de la performance elle-même. Nous parlons de la culture en général. Nous parlons de comment nous pouvons unifier la culture avec l’art, la science, les nouvelles technologies et la spiritualité. Pour créer quelque chose comme une nouvelle idée du Bauhaus. Pour créer une nouvelle plateforme où des choses vraiment différentes peuvent se produire.

We are not talking anymore about performance itself. We are talking about culture in general. We are talking how we can unify culture together with art, with science, with new technology and the spirituality. To create something like a new idea of Bauhaus. To create some new platform where really different things can happen.

Marina Abramović

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NOUS AIMONS TOUS LES FRONTIÈRES MALGRÉ TOUT / BUT WE ALL LIKE BORDERS ANYWAY ,

texte par Barbara Nawrocka / PALCE LIZAC collective traduction en anglais par Marek Mardosewicz

Toutes ces histoires autour de l’entente, la pression autour de la pensée collective, la lutte contre les stéréotypes et les tentatives de protection contre l’idée de division commencent à ressembler à une utopie très lointaine, baignée par le soleil d’Europe centrale. Après avoir passé une semaine à faire des recherches étymologiques sur les termes «entente» et «compréhension», après avoir essayé d’en décomposer l’essence, le sens, pour le premier terme, j’imagine un processus de communication mutuelle qui ressemblerait à une vague. J’imagine un dessin. Une entente parfaite correspond à une courbe régulière. Le plus intéressant, dans une vague, c’est la distraction soudaine qu’elle crée. Les collisions et les écrasements. Tout ce qui nous éloigne de l’utopie. Il y a un jeu dont le désordre est l’enjeu. Ce jeu, ce sont des jeux de mot idiomatiques, un ton peu instruit, avec une pointe d’ironie, toutes les fluctuations de l’amplitude. D’un coup, on comprend que dans un projet sur l’entente, NOUS sommes (avec nous-mêmes et dans nos relations avec les autres) le sujet du projet. Nous sommes à l’intérieur du cercle. La pression de parvenir à une entente dans un groupe de personnes très précis soulève d’autres questions. À quel point ceux qui veulent parvenir à une entente sont-ils tournés vers l’intérieur ? Dès que nous créons un «NOUS» solide, les «AUTRES» apparaissent automatiquement, ceux qui ne sont pas à l’intérieur, ceux qui ne sont « pas avec nous ». C’est de cette façon que les frontières sont créées. C’est honteux à admettre, mais la majorité des gens ont profondément besoin de frontières. Parfois, on veut juste construire les murs de sa maison, quelquefois, on se forge son identité à partir des frontières, d’autres fois, on a juste besoin d’un cadre dont on sort pour aller vers le monde extérieur, dans un mouvement plus ou moins frénétique. Il y a un jeu dont le désordre est l’enjeu. Ce jeu, ce sont des jeux de mot idiomatiques, un ton inculte, avec une pointe d’ironie, toutes les fluctuations de l’amplitude. Des petites incompréhensions. Pourquoi est-ce que les enfants aiment jouer au téléphone arabe ? Parce que dans ce jeu, les incompréhensions créent d’autres niveaux de sens, une réalité entièrement nouvelle. Parce que c’est vraiment amusant. J’espère que vous comprennez. All this mess about entente, pressure about collectivness of thought, struggle against stereotypes and attempt to cordon off from the idea of divisions starts to resemble a very distant, bathed in Central European’s sun, utopia. After a week of etymological researches of words „entente” and „comprehension”, after the attempts of decomposing the essence, “the meaning”, on the first, i imagine a process of mutual communication as some kind of a wave. I imagine a drawing. A perfect entente is determined by a steady graph. That’s what is the most interesting about the wave is their sudden distractions. Collisions and crushes. Everything which puts us away from the utopia. There is a game where disorder is at stake. The game is about idiomatic plays of words, about unread tone, a little bit ironic, about all fluctuations of the amplitude. Suddenly it occurs that in a project about entente, WE are (with ourselves and in relations to the others) the subject of the project. We are inside the circle. The pressure of creating an entente in a very specific group of people, rises up other questions. How much inward-oriented are those who wants to build entente? As soon as we create a strong “WE”, automatically the “OTHERS” appear, those who are not inside, those „not with us”. This is how the borders are made. It is a shame to admit, but most of people strongly needs borders. Sometimes we only want to build the walls of our house, from time to time, basing on borders we build our identity, other time we just need a frame, through which we go to the outside, as more or less frantic gesture. There is a game where disorder is at stake. The game is about the idiomatic plays of words, about the unread tone, a little bit ironic, about all fluctuations of the amplitude. About little misunderstandings. Why do kids like to play chinese whispers? Because in there the misunderstanding creates other layers of meanings, a completely new reality. Because this is good fun.

*En vieil anglais, le terme understandan, « comprendre, saisir l’idée de », signifie probablement littéralement « se tenir au milieu de », de under + standan, « se tenir » (voir stand). Si c’est bien le

sens qu’il a, under n’est pas le mot habituel signifiant « sous ». Il viendrait du vieil anglais under, tiré du proto-indo-européen *nter « parmi, au milieu de » (voir le terme sanskrit antar « au milieu de, parmi », le terme latin inter « parmi, au milieu de », le terme grec entera « intestins »; voir aussi inter-). C’est ce que suggère le dictionnaire étymologique Barnhart, mais d’autres sources considèrent le sens « au milieu de, parmi, devant, en présence de » du préfixe et de la préposition du vieil anglais comme un autre sens du même mot. « Au milieu de » semble être le sens de beaucoup de composés du vieil anglais qui ressemblent à understand, comme underniman « recevoir », undersecan « enquêter », underginnan « commencer ». Cela semble aussi toujours être le sens dans des expressions telles que under such circumstances « dans de telles circonstances ». Peut-être que le sens ultime est « être proche de », voir le terme grec epistamai « Je sais comment, je sais », littéralement « Je suis placé au-dessus ». Il existe des composés similaires en vieux frison (understonda) et en moyen-danois (understande), tandis que d’autres langues germaniques utilisent des composés signifiant « se tenir devant » (voir le terme allemand verstehen, représenté en vieil anglais par forstanden). Pour exprimer ce concept, la plupart des langues indo-européennes utilisent des extensions figurées des composés qui signifient littéralement « assembler » ou « séparer » ou « prendre, saisir » (voir comprehend). Le terme du vieil anglais oferstandan et le terme du moyen anglais overstonden, littéralement « se tenir au dessus-de », semblent avoir uniquement été utilisés dans leur sens littéral.

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e qui est tout au sujet, vous pouvez lire en ligne de la mort # 1 si mon franç

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not per fect, please blame t? you can read in it in the line of death # 1 if my francais is googl u o b a l l e tra ta i s nsla ti to

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06. Le pouvoir au sein de l’ensemble est une catégorie de relation et un état d’équilibre que l’on appelle liberté. On ne peut pas avoir de pouvoir, le pouvoir naît de la dislocation des liens transindividuels et s’équilibre dynamiquement dans un système complexe. Les moments où il se concentre sont généralement dissous du fait de l’interaction entre d’autres parties du système. Les ressources de pouvoir (et de liberté) restent inépuisables. Elles sont renouvelables et virtuelles (elles se multiplient). Toutes les accumulations et les lacunes (actuelles) peuvent aussi être rééquilibrées par l’ajout d’unités et de modules externes.

SCHÉMATIQUE DE L’ENSEMBLE. INTRODUCTION par Roman Dziadkiewicz

07. L’ensemble, en tant qu’environnement de relations dynamiques, de transindividualités et de flux multidirectionnels, active, exécute et diffuse trois exigences traditionnelles de la révolution démocratique en même temps : la liberté (production créative, expression, émanation, agitation émotionnelle, effet, expression des sens et émotions), l’égalité (dialogue en tant que nature d’une collection) et fraternité (solidarité, amitié, amour, observation, c’est-à-dire fonder le système tout entier sur les relations et le dialogue). Il crée l’égalité grâce à l’horizontalité, la multidirectionnalité, la sincérité et la maniabilité des flux. Autrement dit : flux (fraternité) libre (liberté) = transindividualité (égalité). Les principes fondamentaux de l’éthique de l’ensemble peuvent se résumer par un accord entre trois images similaires : fais ce que tu veux (liberté), ne blesse pas les autres, ne juge pas, n’objective pas (égalité), relie au lieu de diviser, ajoute au lieu de soustraire (fraternité).

01. L’ensemble est une catégorie empruntée à l’ouvrage « Le Capital » de Marx que nous avons connue grâce à l’analyse attentive d’Étienne Balibar. Dans « La philosophie de Marx », le philosophe français révèle que dans la version allemande originale « Das Kapital », Marx utilisait le terme français « ensemble » pour décrire la catégorie de l’« intégralité », l’intégralité des relations sociales. L’intégralité (l’ensemble) comme un format, un espace de coexistence, une somme de contextes. Dernièrement, créer un environnement d’action et de submersion est devenu un défi pour les recherches, pour les expériences artistiques et sociales réalisées au sein d’un groupe d’artistes, de théoriciens, d’acteurs, de dramaturges, de psychologues, de musiciens, de sociologues, de chercheurs travaillant sur la culture, d’étudiants, de farceurs, d’expérimentateurs et d’autres personnes de toutes orientations et de tous sexes qui collaborent dans le cadre d’ateliers interdisciplinaires et qui sont ouverts à des expériences à la jonction entre traditions collectives et individuelles.

08. Polycentrique, polyrythmie, polyphonie, polyamour, caractère politique, polymorphisme : l’ensemble crée un espace de formation de bruit. Le bruit est un attribut naturel et indispensable de l’ensemble. Il ne s’agit pas d’annihiler le bruit (massif, énergétique, information), mais d’être capable de vivre avec du bruit et dans le bruit. Le but est de préserver l’harmonie entre le travail, l’amusement et la lutte. Il est primordial d’élaborer une panoplie d’outils, de techniques, de stratégies et de tactiques pour travailler efficacement dans le bruit de l’ensemble.

02. Par conséquent, un ensemble n’est pas un groupe (au sens où on l’entend dans le domaine de la musique ou du théâtre). Pour nos études, l’ensemble est un environnement exerçant une influence active et composé d’éléments actifs (et passifs) : les personnages du drame, les humains, les non-humains et tous les autres paramètres et variables, identifiés ou non. La catégorie du tableau vivant fait référence au langage visuel et à l’image (pixel triangulaire, représentation) en tant que morphème, cellule élémentaire que nous utilisons pour créer ce langage reproducteur. Un tableau vivant a un potentiel reproducteur, dont les sens vibrent, variable (selon le point de vue), impossible à symboliser sans ambiguïté ou à figer dans un symbole.

09. L’objectif fondamental du projet « Schématique de l’ensemble » est d’élaborer cette panoplie d’outils qui permettra d’évoluer au sein de l’ensemble dans un état d’immersion, de bruit et de perception fragmentaire de façon entière, créative, intense, critique et analytique. Ces outils aideront à prendre conscience de l’environnement et à y participer en créant et en transformant.

03. L’ensemble est un environnement de submersion, d’immersion. C’est un tableau vivant, un métahologramme qui génère ses propres reproductions, multiplications et une multitude de perspectives. Les frontières de l’ensemble sont mouvantes, décelables uniquement de façon fragmentaire, parce que l’ensemble est toujours perçu de l’intérieur. Toute personne qui observe l’ensemble y participe en même temps. Les tentatives de prise de distance avec l’ensemble élargissent l’espace de l’ensemble. En fin de compte, on peut dire, sans prendre trop de risque, que l’ensemble est le monde entier (dans un capitalisme cognitif mondial).

10. Schématique de l’ensemble est une référence à la tradition consistant à travailler avec un schéma, un diagramme et toute autre technique de représentation visuelle des connaissances et des pouvoirs. On utilise les inspirations, l’iconographie et les éléments formels de nombreuses traditions : cartographie, schémas, iconologie, chorégraphie, notes (surtout des notations graphiques), idéogrammes, signes, grammaire, grammatologie, graphologie, théorie et pratique des jeux (jeux de rôle, jeux de rôle grandeur nature, cartes, jeux de société), travail sur des modèles, théorie des séries, logique, graphiques Bitmap et vectoriels, animation, stratégie et tactique (tradition militaire et sport), dramaturgie et science performative. L’objectif fondamental de ce travail est de parvenir à faire évoluer de façon élémentaire la réflexion à l’aide de l’image vers un travail appuyé par des archives, des systèmes de données, des séries dynamiques et leur traitement dans une représentation construite subjectivement, figée et morte (une carte esthétique fermée versus une carte ouverte, une base de données, une carte performative).

04. Les lieux de densité d’activité de l’ensemble ne sont pas (ne devraient pas être et ne peuvent pas être) des laboratoires isolés, des poches de résistance au système mondial ou des îles hermétiques d’Utopie. Les densités d’activité (recherche, enseignement, activités artistiques et sociales) ont un caractère multiple, elles ressemblent à un tourbillon au sein de l’espace social (politique), restent un travail ouvert et sont reliées à l’ensemble de l’environnement de façon organique. 05. L’ensemble abolit la classification individuel/collectif au profit d’une relation ternaire individuelle-transindividuelle-collective. L’ensemble crée l’état de multitude et de transindividualité. C’est un espace de dialogue multidirectionnel, qui se tient dans un état de continuité polycentrique et polyrythmique. Le but est de provoquer des interférences et une oscillation entre travail, amusement et lutte.

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11. Schématique de l’ensemble évoque l’idée d’un diagramme dynamique, d’animation, du suivi d’un changement, d’un mouvement aléatoire. Schématique de l’ensemble ne cherche pas à figer les sens et les images avec des modes de représentation arbitraires et statiques. Il vise à générer de l’activité, à suivre le changement et le mouvement et à le planifier. Schématique de l’ensemble est un projet dont l’objectif final est de créer de l’énergie en travaillant avec la matière et l’information 12. La multitude commence à trois. La plus petite unité cognitive et visuelle est le triangle et une triade est un morphème de sens examinés et produits. Entre deux et trois, se trouve la frontière entre la vie (le mouvement) et la mort (la pétrification), entre la vérité de la complexité du monde et le mensonge (manipulation antagonisée et réduction du monde complexe à des tensions diamétrales et à une logique simplifiée fondée sur le principe du tiers exclu).

14. La science-fiction et les réflexions philosophiques à ce sujet sont une autre source d’inspiration importante de ce projet. La sciencefiction tente de réfléchir à des logiques et à des réalités différentes (sociales, culturelles, biologiques, interspécifiques, linguistiques). Nous faisons référence à la science contemporaine, aux sciences sociales, à la sociologie, à la philosophie politique, à l’esthétique, aux études sur la performance, à la théorie de la culture, mais également aux sciences cognitives, à la neurologie, à la neurolinguistique, aux sciences dures et aux nouvelles technologies de production et de reproduction (suivi) des connaissances et du pouvoir.

13. Ces triades, de même que leurs combinaisons – sens/contresens/ non-sens, réel/symbolique/imaginé, déni/insolubilité/confirmation, passivité/interactivité-interpassivité/activité, engagement/observation/distance, travail/amusement/lutte, énergie/information/énergie – sont le choix initial des triangles vivants. Au cours des études en laboratoire, on leur permet beaucoup, on provoque des connexions et des collisions (événements). Ils établissent des relations et provoquent des effets inattendus, ce qui doit être signalé dans les rapports suivants.

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Mercredi 26 juin, Bordeaux, France.
 Après un voyage extraordinaire d’un mois à sillonner l’Espagne en vélo seul, je rentre en bus. Il est six heures du matin. À la gare, je dis au revoir à Karim, un Marocain avec qui j’ai passé les deux derniers jours notamment à Séville et à Madrid, mais principalement dans le bus. Je note son adresse internet dans le carnet contenant mon passeport et je rentre enfin à la maison. Là, je dis bonjour à mes colocataires et à un ami qui reste une dernière nuit avant de partir pour Berlin. Le lendemain, je dois prendre un train pour Paris, où je passerai quelques jours avant de m’envoler vers Bucarest, en Roumanie, le lundi 1er juillet, pour rejoindre les participants au projet Mécanismes pour une entente et passer l’été avec eux. Le programme est serré, mais réalisable.

L’histoire d’un départ raté

Jeudi 27 juin, Paris, France. 
J’arrive à Paris et je me rends compte qu’il me manque quelque chose : le carnet dans lequel se trouve mon passeport. C’est comme cela que tout a commencé... Je suis presque sûr que je l’avais avant de partir, mais rien. Est-ce que je l’ai perdu dans le train, est-ce que quelqu’un me l’a volé ? Je me souviens avoir noté l’adresse de Karim à la gare routière, peut-être que je l’ai oublié là-bas, qui sait ? C’est le genre de truc qui m’arrive tout le temps ; j’oublie, je fais tomber, je casse mes affaires comme si je n’y faisais pas attention. Il y a une semaine, j’ai simplement oublié mes lunettes de soleil dans un champ d’oliviers. Il y a deux semaines, j’ai cassé l’appareil-photo d’un ami parce que j’ai roulé dans l’eau avec mon vélo. Il y a un mois, on m’a volé mon vélo (un autre) : en fait, l’esprit ailleurs, je l’ai laissé devant la maison, et quelqu’un l’a pris. Je fouille mes poches, mon sac, rien. Je commence à m’inquiéter. Peut-être que je l’ai oublié à la maison, à Bordeaux. J’appelle mes colocataires pour leur demander de le chercher, toujours rien. Je passe une heure à réfléchir à tous les endroits où j’aurais pu le laisser tomber. J’appelle les bureaux des objets trouvés, tous. Rien. J’appelle les commissariats à Paris, rien. À Bordeaux, toujours rien. J’attends une journée, au cas où quelqu’un le trouverait, mais toujours rien.
 Tous les indices mènent à cette conclusion toute simple : je l’ai perdu. Je commence à stresser, en comprenant toutes les conséquences de cette perte. Vendredi 28 juin, Paris, France. Je vais au commissariat pour obtenir la copie de la déclaration de perte du passeport. Ensuite, j’appelle l’école, qui s’occupe des réservations des billets d’avion et de tout le reste. Je tremble presque parce que, bien sûr, je ne voulais pas que ça arrive, mais c’est arrivé et en fin de compte, c’est difficile de dire : « Hé, je suis une merde. » Finalement, ils se montrent tellement compréhensifs que j’en ai presque honte et ils réservent un autre billet d’avion pour le 5 juillet. Le plan, c’est de faire faire un passeport d’urgence. Je vais donc à la mairie de Paris, où ils me disent que cela va prendre un certain temps, et que de toute façon, ils ne peuvent pas le faire ici parce que j’habite à Bordeaux. Je ne peux rien faire d’autre qu’attendre lundi pour le faire faire à Bordeaux. Semaine frustrante. Lundi 1er juillet, Bordeaux, France. J’ai toujours l’espoir d’avoir perdu le passeport à la maison. Je regarde donc partout : chambres, garage, sacs, cuisine, salle de bains, une fois, deux fois, rien. J’appelle à nouveau tous les bureaux des objets trouvés, rien. Je vais donc à la mairie avec tous les papiers dont ils ont besoin pour faire un nouveau passeport et avec les billets d’avion disant que je suis supposé partir vendredi. Ils me disent que cela va prendre dix jours. Je rappelle donc l’école, qui fait jouer ses relations à la mairie pour accélérer le processus. Je devrais l’avoir dans deux jours. Mercredi 3 juillet, Bordeaux, France. 
J’attends, stressé, presque déprimé. Je ne peux rien faire d’autre qu’attendre. La frustration est ma meilleure compagne. Le passeport n’est toujours pas arrivé. J’imagine ce qu’ils sont en train de faire en Roumanie, en regardant les photos et en lisant les échanges de mails entre les membres de l’atelier. Et puis... Je reçois un message de mon ami qui est parti à Berlin disant : « J’ai ton carnet et ton passeport, je les ai pris sans faire gaffe, désolé ». Je ne comprends pas tout de suite et il me faut quelques minutes pour réaliser. Il l’a fait, pas possible ! J’ai du mal à y croire, mais finalement, cela se tient. Je suis revenu à la maison cette nuit-là, j’ai posé le carnet avec le passeport sur le bar de la cuisine. Il est parti pendant que je dormais encore et il l’a juste pris en pensant que c’était son carnet. Il a le même genre de carnet que moi, les petits en moleskine. Je lui demande de me l’envoyer rapidement. Jeudi 4 juillet, Bordeaux, France. Le vol part demain. La lettre de Fedex est arrivée ce matin avec mon ancien passeport à l’intérieur. J’appelle la mairie et je leur demande si je peux l’utiliser. Ils me disent que c’est absolument impossible, que je ne peux plus l’utiliser et que je dois le leur rapporter. J’envisage sérieusement de partir avec ce passeport, mais franchement, je n’ai pas l’impression que la chance est de mon côté et je n’ai vraiment aucune envie de me retrouver coincé à la frontière. Je retourne donc à la mairie pour voir s’ils ont reçu le nouveau passeport. Je reçois un appel de l’école pendant que j’attends. Le passeport est prêt depuis deux jours, mais ils ont des problèmes de livraison, donc il arrivera probablement le lendemain, ce qui veut dire que je ne pourrai pas prendre mon vol ce jour-là. Je rentre à la maison, j’attends à nouveau, en pensant à mon ami et à la semaine précédente, en regardant le vieux passeport, en ne faisant rien, dépassé. nothing, overwhelmed. 

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Vendredi 5 juillet, Bordeaux, France. Je me rends à la mairie où ils me donnent enfin le nouveau passeport. Je regarde comment je peux partir. J’hésite entre un voyage en bus de 40 heures le 6 et un vol le 8 pour Budapest où j’attendrai les autres. 
Je choisis finalement la deuxième option. Je dois encore attendre, mais cette fois, je suis sûr que tout va bien. Je dois avouer que j’ai toujours un peu peur de perdre mon passeport, mais je me promets d’y faire attention. Lundi 8 juillet, Budapest, Hongrie. Tout s’est bien passé, ils n’ont même pas regardé mon passeport à la frontière... zzz

par Alexis Emery-Dufoug

image fixe du film “Morgen”

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Košice

par Lujza Magová

19. 7. 2013

Quand j’attendais un bus à Alpinka, un type nommé Arpad m’a donné une leçon de tzigane. Il m’a dit qu’un de ses fils était parti vivre en Amérique, et l’autre, à Londres. Sa fille vivait en Ukraine. Je lui ai demandé s’il ne se sentait pas seul, avec ses enfants aussi loin de chez lui : 
« Est-ce que vous avez encore des enfants avec vous ? » Il m’a désigné une femme avec trois petites filles : « J’ai encore ces bébés ». Il m’a dit qu’il avait quitté la ville pour la sérénité de la forêt cinq ans auparavant. Désormais, il ne pouvait plus supporter le rythme effréné de la vie. Il avait été pilote jusqu’à ce qu’il ait un accident avec son appareil. Des frontières, des unités limitées, des trucs de fiction. L’esprit ne fait pas la différence entre la réalité perçue et celle qu’il crée. Nous sommes tous invités chez lui à un barbecue. Sa maison est la plus orange d’Alpinka. Sarpes vicines ? - Comment tu t’appelles ? 
Me man vicinam
- Je m’appelle So phenau ? - Qu’est-ce que tu dis ? Kames curau ? - Tu veux baiser ? Dzantre mindh - Va te faire voir Av manca - Viens avec moi Bokalo sal ? - Tu as faim ? Me- me - Je suis
 0944 131 392 – Arpad – La maison la plus orange d’Alpinka. 22


Marché aux puces Il fut ouvert en 1991. La plupart des stands étaient toujours là en 1999. La loi interdisant la vente des parts de voitures, de cigarettes, d’alcool et de la viande arrêta son développement. Durant plus de dix ans les gens ont vécu dans l’incertitude dû au projet de construction d’un stade de foot sur les lieux. Les gens ont peur de la fermeture jusqu’à aujourd’hui. La ville voulait régler la dette du club de foot en vendant les parcelles de Blšák. Après l’année 2000 le prix du loyer augmenta rapidement. Aujourd’hui, la location d’un stand à Blšák est probablement plus chère qu’un appartement à Košice.

par Beáta Kolbašovská

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par Cristina David

I

’m a person who appreciates words and likes to analyze and play with them. My mother tongue is Romanian, I also know a few of words in other non- Slavic languages. My appreciation of communication and language causes a kind of frustration for me here in Plaveč, since I am unable to say more than “thank you” and “hello” in Slovak. I feel stupid sometimes as I would like to say simple things, such as “how are you?” and to communicate with the members of the wonderful family that is so kind to have 3 of us in their home (the grandparents of Dominika, Ms. Ludmila, and Dominika). Only with non-verbal communication I can feel how nice hard-working family they are. I would have liked to pay a compliment to the mother of Veronika who is making the best schnitzels of the world. To be able to speak with Mario about the stories I just read these days about Dakota Native-Americans would have made me happy, or with Josef about his secret of having always a smile for us. If I could speak Slovakian I would also ask the members of the folklore groups from Plaveč about their songs and their wish to preserve the heritage of the old customs. The time I spend in Plaveč reminds me a bit of the time I spent in Belgrade few years ago. The language barrier was the same as here. I used to walk in town, read all the commercials or street signs and then doing an effort of imagination to find a meaning. This is how at one point I saw on a wall the word smrt. It was an easy word to make some neurons connection in my brain, I decided it means smart. A positive word on a wall, inspirational even. I had admiration for the anonymous author who wrote smart on the wall, I had to recognize that is one of the words with a deep meaning, and positioning it on a wall brings even more power to the word itself. I let my mind flow and I imagined a story of a person that wants to send the message to the passengers that they should be smart. They should not let themselves influenced by some negative discourses that instigate to violence or to other things. For me the message smart on the wall meant, be smart, think for yourself, appreciate and develop your capacity of understanding things! All this thought construction gave me so good mood that I even quietly started to sing on the street smrt, smrt, smrt, smrt, tralalalalaaa. I was convinced by the correctness of my thoughts. Later that night I met my friends that are living in Belgrade and I told them about my discovery. From them I found out what smrt really means. It means death. Even if now I know the correct meaning of the word, for me smrt will always be a word to joke about it. In a way, not knowing a language can trigger advantages, such as laughing of the almightyDeath, the Lady-with-the-Scythe itself.

Smrt

I am still looking for the word in Slovak that has the potenthe labels of the products from the supermarket shelves.

S

Som človek, ktorý vie oceniť slová a rád sa s rumunčina a tiež poznám niekoľko slov v inom, je pre mňa tu, v Plavči, motívom mojej malej frus„Ďakujem“ a „Dobrý deň“.

tial of smrt. I am currently reading the Slovakian texts from

nimi hrá a analyzuje ich. Mojím materinským jazykom je nie slovanskom jazyku. To, že si cením komunikáciu a jazyk trácie, kedže nedokážem po slovensky povedať nič viac než

Niekedy sa cítim ako hlupaňa. Chcela by som povedať jednoduché veci ako „Ako sa máš?“ a komunikovať s členmi úžasnej rodiny (starí rodičia Dominiky, Pani Ľudmila, Dominika). Je to od nich taj srdečné, že tri z nás u nich môžme byť. Iba neverbálnou komunikáciou som vycítila, že je to tvrdo pracujúca krásna rodina. Rada by som pochválila Veronikinu mamu, ktorá robí najlepší vyprážaný rezeň na svete. Urobilo by mi veľkú radosť vedieť sa porozprávať s Máriom o príbehoch z Dakoty Rodení-Američania, ktoré som v týchto dňoch čítala. Alebo s Jozefom a jeho tajomstve úsmevu, ktorým sa na nás zakaždým usmeje. Keby som hovorila slovensky, tiež by som sa opýtala členov folklórneho súboru z Plavča na ich piesne a priania uchovať dedičstvo ich predkov. Čas strávený v Plavči mi pripomína chvíle strávené v Belehrade pred pár rokmi. Jazyková bariéra bola rovnaká ako tu. Zvykla som kráčať po meste, čítať reklamy či dopravné značky a potom som sa snažila predstaviť a nájsť zmysel a význam. Takto som odrazu na stene narazila na slovo „Smrť“. V mojej hlave to slovo pre moje nervové spojenia bolo jednoduché a tak som sa rozhodla, že znamená „Smart“ / „Bystrý“. Pozitívne a tiež inšpiratívne slovo na stene. Obdivovala som anonymného autora, ktorý na stenu napísal „Bystrý“. Spoznala som, že je to jedno z tých slov s hlbokým významom a jeho umiestnenie na stenu mu pridáva na sile. Nechala som svoju myseľ unášať sa a predstavovala som si príbeh človeka posielajúceho správu okoloidúcim, aby boli „bystrejší“, aby sa nenechali ovplyvniť negatívnymi vplyvmi, ktoré podnecujúcú násilie a iné veci. Správa „Bystrý“ na stene pre mňa znamenala „Buď bystrý, mysli na seba, váž si a ceň svoju schopnosť rozumieť veciam!“ Všetky tieto myšlienky mi tak zlepšili náladu, že som si dokonca na ulici začala potichu pospevovať „Smrť, smrť, smrť, smrť, tralalalalaaa“. Bola som predvedčená o správnosti mojich myšlienok. Neskôr vnoci som sa stretla s mojími priateľmi žijúcimi v Belehrade a porozprávala som im o mojom objave. Od nich som sa dozvedela, čo „Smrť“ v skutočnosti znamená. Znamená to smrť. Aj keď teraz poznám správny význam slova, smrť pre mňa ostane slovom, s ktorým sa dá vtipkovať. Určitým spôsobom nevedieť jazyk môže prinášať výhody ako smiatie sa nad Všemohúcou-Mocnou-Smrťou či nad Dámou-S-Kosou. Naďalej hľadám slovenské slová majúce potenciál smrti. Čítavam práve slovenské texty na etiketách produktov zo supermarketu.

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par László Milutinovits

Q

Voyager les yeux grands ouverts

uand je suis en voyage, les murs des villes, les églises, les morceaux de pierre grossièrement taillées me parlent et me racontent des histoires, partout où je suis en Europe. J’ai ressenti ça quand, de l’intérieur d’un wagon de métro, quand j’ai eu la chance de voir pour la première fois Notre-Dame de Paris, ou encore à Istanbul en visitant SainteSophie. D’une certaine façon, je crois que si quelqu’un déroge à apprendre sur l’histoire d’un endroit ou d’un paysage que lui ou elle visite, alors il déroge aussi à voir et observer. C’est comme fureter dans une rue les yeux bandés. Regardons autour de nous, donc. Par exemple, saviez-vous qu’il y a cent ans, dans la rue principale de Košice, vous ne pouviez circuler que d’un certain côté selon votre statut social ? Ou que la charmante vallée que nous visitâmes pour prendre la ligne de train des enfants, fut autrefois également un site de pique-nique et de weekends populaire pour les riches familles de Košice ? A cette époque, celles-ci le mentionnaient en tant que « Scermely » (Cermel), ce qui signifie ruisseau en Hongrois. Joli n’est-ce pas, ce mot qui imite le son /ˈt͡ʃɛrmɛj/, isn’t it? Il s’agissait aussi du lieu favori de la famille, bien connue et aisée, les Grosschmied, dont les ancêtres était partiellement germains saxons, et aussi d’anciens nobles hongrois. En 1900, un nouveau-né fut mis au monde dans cette famille : Sándor Grosschmied, qui devint plus tard un des plus importants écrivains de Hongrie, mieux connu par son nom d’artiste Sándor Márai (11 avril 1900 – 21 février 1989). A Košice (nommée Kassa dans ses travaux), j’ai eu la chance de visiter son memorial museum, qui a été réouvert dans le cadre de la programmation de Košice, Capital européenne de la Culture 2013. En tant qu’écrivain, c’était un représentant de la classe moyenne bourgeoise, avec une forte identité européenne et chrétienne. (N’oubliez pas - « classe moyenne » caractérisait une classe sociale plus petite et relativement plus riche et notable à cette période). Son travail le plus célèbre, les « Confessions d’un citoyen de classe moyenne » nous dit beaucoup de choses sur la vie quotidienne, le style de vie et l’éducation de cette couche de la société, avec un regard spécial sur Košice. Néanmoins, son œuvre représente bien plus que ça. Il fut le premier traducteur de Kafka vers le hongrois, et était un ami de Thomas Mann. Etant un personnage cosmopolite, il voyagea énormément, et vécu à Budapest, Berlin, Francfort, Paris, en Italie, et plus tard aux Etats-Unis. Comme ses travaux furent considérés comme décadents par le régime communiste, il dut partir en exil à partir de 1948, pour ne jamais revenir en Hongrie ou à Košice.

Noms et frères Márai dû changer son nom, car son père, un avocat et un fonctionnaire d’Etat de premier plan, n’aimait pas l’idée qu’il devint un écrivain ou un journaliste – de classe inferieur, de fait. Son plus jeune frère changea également son nom pour la même raison, et devint célèbre en tant que réalisateur : l’œuvre la plus connue de Géza Radványi est Valahol Európában (Somewhere in Europe / Quelque part en Europe, 1948), qui se focalise sur la misère d’un enfant abandonné après la deuxième Guerre mondiale.

photos de gauche à droite : Caché, mais présent – Photo de Sándor Márai à Tabačka Sándor Márai, agé de 4 ans. Appel au dialogue – Statue de Marai à Košicez

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Le Mur

source : http://kosice.korzar.sme.sk/c/6877421/kosicky-mur-pomalovali-napisom-prepacte.html

Depuis notre visite du mur, il à été tagué par un artiste slovaque. Vous pouvez maintenant lire le mot : Prepáčte sur la façade externe face à Lunik IX. Ce mot signifie : désolé.

photos par Tomas Matauko

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«C’était sympa, votre visite à Lunik IX ?» Je n’arrive pas à me souvenir de qui dans le groupe m’a posé la question, mais bon... «sympa» n’est certainement pas le mot approprié, que j’aurais utilisé pour décrire ce qui, de toute manière, n’était pas une visite vers Lunik IX, la partie de Košice (certains diraient «le ghetto») où vivent près de 10000 rroms. Vous ne visitez pas Lunik IX comme des touristes ; vous n’allez pas là-bas comme dans un zoo, recherchant l’exotisme de la relégation et de la pauvreté. Ce que Roman (qui avait lu à propos de cela dans un journal), Marek, Tomas et moi voulions voir était un mur, supposé séparer Lunik IX du reste de la ville, et spécialement de Lunik VIII, la zone la plus proche. Alors nous avons pris un tram, et marché plutôt longtemps sous le soleil, le long du genre d’autoroutes qui placent déjà Lunik IX à l’écart de la ville. Et nous avons vu Lunik IX, de l’autre côté de l’autoroute. Et nous avons regardé des familles et de nombreux enfants entrant dans cet endroit. Des blocs, comme partout en ville, au pied d’une colline couverte de forêts. Juste comme le quartier que nous avions visité deux jours plus tôt avec Mišo Hudák, qui nous avait subtilement présenté un quartier sensé être le plus «difficile» après Lunik IX, et finalement fut d’accord avec nous que celui-ci était un quartier très pacifique à vivre. Là, nous n’avons vu que des familles tranquilles, des enfants qui jouaient, et de petits jardins prudemment entretenus, à côté d’un oasis de friches. Mais à Lunik IX, les blocs tout gris n’ont plus du tout de fenêtres, et certains des bâtiments, encore debout en février dernier, sont complètement détruits (Tomas, qui était à Lunik IX l’hiver dernier, constata leur disparition). Ce que nous n’avons pas vu fut le mur. «Mais vous savez, ces blocs étaient les derniers à être construits et avant de luxueux bâtiments». En cherchant quelques informations sur ce mur invisible, nous en trouvâmes quelques unes au cours d’une discussion avec un jeune policier, dans une station de lavage pour voiture (et pour chien!) le long de l’autoroute. Il confirma ce que nous avions déjà noté : il n’y a pas de mur. Ou, disons-le, presque pas de mur. Ce que nous apprîmes de lui était que, originellement, les populations étaient mélangées à Lunik IX. Mais qu’au cours des années, «les gens normaux» (je cite ses mots) quittèrent ce qui est dorénavant considéré comme «la honte de la ville». Et que lui-même vient dans cette zone dix fois ou plus par jours, essentiellement pour des cas de vols et de verres cassés. Il nous expliqua également qu’à peu près une centaine d’habitant avaient exprimé une demande pour un mur, que les autorités municipales avaient acceptée. Ce que nous n’arrivions pas à saisir était l’intérêt de construire ce mur. «A quoi bon enclore des gens que l’on ne pourra de toute façon pas empêcher d’aller là où ils veulent ?» ai-je demandé. La réponse était sèche, comme froide : «vous n’avez qu’à y aller et passer cinq minutes là-bas, et vous comprendrez». A la fin de la discussion, le policier ne m’a pas serré la main. Mais suivant ses indications, nous avons finalement trouvé le fameux mur, ou tout du moins quelque essai de mur. Il se tient entre deux blocs de Lunik VIII, à peu près deux

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mètres de haut, et vingt mètres de long, construit à partir de matériel léger, ressemblant à sans être du béton. N’importe quel enfant peut le grimper plutôt facilement. La partie intérieure est plutôt décorée, l’extérieure taguée. Je reçu la réponse à ma question précédente : l’objet du mur n’est pas d’isoler les gitans au sein de Lunik IX – ils sont déjà bien isolés – mais de protéger, d’une façon symbolique, les habitants de Lunik IX. Il serait facile, certainement superficiel et quelque peu arrogant, de dessiner des conclusions rapides. Surtout d’un point de vue français, quand on sait que les sentiments envers les gitans (ou plutôt envers les familles de «gens du voyage» installées en France depuis cinq siècles ou envers les rroms, arrivés de Roumanie et Bulgarie depuis 15 ou 20 ans) ne sont pas des plus amicaux. Néanmoins l’on ne peut pas ne pas constater un racisme envers les gitans ici, on ne peut pas s’empêcher d’entendre des mots très durs, même de la part de personnes très ouvertes et éduquées. Mais je sais qu’en Slovaquie comme en Roumanie, les lois sont très protectrices avec les rroms. Il y une sorte de «discrimination positive» dans les écoles, par exemple, avec le fait d’enseigner aux enfants dans leur propre langue – quelque chose de complètement inconcevable dans notre République Française très unie (de manière abstraite), qui ne reconnaît pas les communautés ethniques. Et Košice doit être la seule ville en Europe qui possède un théâtre et une médiathèque rroms. Alors, qu’est ce qui a péché ? Qu’est ce qui a manqué pendant ces années de transition entre diversité ethnique et sociale forcée durant l’ère communiste et maintenant ? La question est insoluble, je l’admets. Ou plutôt, les explications sont trop nombreuses, et peut-être, d’une certaine manière universelles, quand une communauté est frappée par, au même moment, la discrimination, la pauvreté, et reste l’objet de peurs anciennes. En tout état de cause, ce n’est probablement pas la bonne question à poser. Ce qui est important est de suggérer les réponses réelles, dans les champs sociaux et culturels. Le soir de mon départ, je parlais de ce sujet avec Ramona Strachinaru, une assistante sociale roumaine installée en France, qui était missionnée par le Conseil Européen à propos de la question rom et avait été un membre très engagé dans une action que nous avons mené avec des rroms de Roumanie installés à Ris Orangis, dans la seconde couronne de Paris. Elle m’a averti, très franchement, contre tout type de généralisation. Même unis par une langue et une culture communes (et il y a là aussi des subtilités), les rroms d’Europe Centrale se présentent eux-mêmes comme des roumains, bulgares, slovaques, autant que rroms. Elle croit désormais en la valeur de certaines expériences culturelles et sociales dans des communautés de petites échelles. Beaucoup de travailleurs sociaux, artistes, architectes, enseignants, essaient d’expérimenter dans cette voie, partout en Europe. Ce qui est encourageant. Mais pourtant, si «small is beautiful», la grande question perdure. Valérie de Saint-Do PS : en lisant ces lignes, mon père m’a renvoyé une information : un homme politique de droite a eu ces mots il y a quelques jours : « les gitans ? Hitler n’en a pas tué assez ». Il a été exclu de son parti, mais il montre un sentiment qui n’est, je le crains, pas si rare en Europe.


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photo par Jan Sowa

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It could be the beginning of a fiction, a novel, a movie or a play. Twenty five characters, young or less, men and women, belonging to five nationalities, enclosed for one month in a small village on the border between Slovakia and Poland, at the bottom of a somewhat ominous mediaeval castle in ruins. From there, the fiction may vary from « The train is having fun » to « Shining », through other examples: Murder on the Orient-express, The Fearless Vampire Killers, Krakow Transfer, or, in a Lovecraftian way, The Nightmare of Plaveč. Just a little variant: it’s up to us to write the fiction. We already have a frame, the railroad tracks, which won’t prevent us to slide off the rails. The stage set is ready, and all stories are imaginable, in the relationships to come between the village, its inhabitants, and us. The project already looks like a kaleidoscope of ideas and actions that we must shape. The screen is ready. Action now! Valérie de Saint-Do

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Cela pourrait ressembler à un début de roman, de pièce, de film. 25 personnages en (quasi) huis-clos dans un village frontalier entre la Pologne et la Slovaquie, pour un mois, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, de cinq nationalités, au pied de la silhouette inquiétante d’un château en ruines. À partir de là, le scénario peut aller de Le wagon s’amuse à Shining, en passant par Le crime de l’Orient express, ou le Bal des Vampires, Krakow Transfert, ou, version Lovecraft, Le cauchemar de Plaveč. Juste une petite variante : la fiction, c’est à nous de l’écrire, et une trame nous a été donnée, en forme de rails dont nous savons déjà qu’ils ne nous empêcheront pas de dérailler. Le décor est posé, et tous les scénarii sont possibles, dans les relations qui vont se tisser entre nous, le village, et ses habitants, pour la suite de ce projet multiforme, déjà kaléidoscope de multiples idées et actions qui vont devoir prendre forme. L’écran est prêt. Action ! Valérie de Saint-Do


par Paul Maquaire

De l’autre côté de la montagne Le sujet, qui est décisif pour moi, n’a de l’importance que s’il est lié à une histoire, à une narration ou à une fiction en cours de création. Sans savoir pourquoi, ce matin, je me retrouve à écrire sans intention précise (ou sans sujet défini). C’est un exercice assez inhabituel pour moi. Je l’ai déjà pratiqué le jour où Joanna m’a demandé de participer à son journal intime. Aujourd’hui, j’aurais plus envie de parler de la découverte que nous avons faite avec Alexis hier après-midi. Pas sous la forme d’un journal intime, mais plus d’une sorte d’anecdote, ce qui pourrait être déterminant pour le montage de mon film. J’ai quitté l’hôtel en début d’après-midi en compagnie d’Alexis, avec ma caméra dans le sac. Nous n’étions pas vraiment équipés pour une longue randonnée, l’idée était plus de découvrir l’environnement de Plaveč. Sur la colline, nous avons pensé que ce vieux château pourrait offrir un point de vue intéressant. Il nous a fallu seulement dix minutes pour y arriver par la route à pied. Nous sommes restés là-bas un moment, à observer, à discuter, à échanger nos impressions sur les voyages, le village et les gens. Puis, pris d’un désir insensé d’aventure, nous avons décidé d’aller voir ce que nous pourrions trouver plus loin.
 Ces collines à perte de vue, ces espaces vierges, ces paysages nous appelaient. J’ai senti et compris d’un coup d’œil qu’Alexis ressentait la même chose. Nous avons donc commencé à marcher à travers champs, sans un mot. Au loin, se dressaient fièrement deux tilleuls, perdus mais si imposants, si nobles et si rassurants. Au pied des tilleuls, une croix et une petite chapelle. Rien de bien plus impressionnant que cela, mais nous avions déjà la sensation d’avoir découvert un endroit paisible. Dans la chapelle, quatre tombes. Du fait de la présence de ces tombes, nous avons pensé que cette chapelle ressemblait plus à un caveau familial, peut-être pour les habitants du château. Puis nous nous sommes rappelés que notre but initial était de nous promener dans ces paysages. Nous voulions trouver quelque chose à manger : de la viande fraîche, des œufs ou du lait. Quand nous avons vu ces maisons, nous avons décidé de continuer notre randonnée, à la recherche d’un paysan qui pourrait nous vendre un poulet, un gigot d’agneau, des côtes de porc ou n’importe quoi...
 Quand nous sommes descendus à travers les champs de blé, nous avons retrouvé la petite route qui nous avait menés au château. Nous atteignions presque les premières habitations de ce petit hameau, quand soudain, sur notre droite, rouillé, abandonné, mais tellement présent, hors rails, là, de l’autre côté de la montagne, il nous est apparu comme une bénédiction. Un wagon de chemin de fer ! Oui, un wagon de chemin de fer !!! Il était entouré de végétation luxuriante, en mauvais état, avec deux cheminées sur le toit et des fenêtres donnant sur le jardin. Un wagon de passagers de chemin de fer, à des kilomètres et à des mètres de dénivelé de la gare de Plaveč. Alexis m’a parlé du film de Sean Penn, Into the wild, où le personnage principal trouve refuge dans un bus abandonné. Je pensais à Fitzcarraldo. Plus tard, Cristina m’a rappelé cette scène de Ghost Dog dans laquelle Forest Whitaker découvre un bateau en construction, entouré de quatre pâtés de maisons, depuis le toit du bâtiment où il s’occupe de ses pigeons voyageurs. Évidemment, nous nous posions un tas de questions sur la présence de cette espèce d’abri dans cet environnement. Il avait certainement servi de résidence secondaire, de cabane de chasse ou d’abri de jardin. Alexis voulait entrer dedans, mais le cadenas sur la porte nous a soudainement découragés et l’idée d’entrer par effraction ne nous a même pas effleuré l’esprit. Ou du moins pas plus d’une seconde. Ensuite, nous avons rencontré quelques personnes du hameau, réunies en famille pour le dimanche, très gentilles, qui nous ont dit que nous trouverions peut-être une ferme trois kilomètres plus loin. Sur la colline d’à côté, nous avons essayé de parler anglais avec un fermier slovaque qui gardait ses vaches. Le soleil se couchait, le vent frais gênait le micro de ma caméra, les cloches des vaches tintaient harmonieusement, tout semblait si paisible. Le sujet était maintenant tellement évident. par Seydou Grépinet

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Plavec : au de-là des cartes par Agathe Tournier-Desmesure En cherchant ma porte d’entrée au projet, je suis retombée sur mes outils de base : la représentation en plan comme base de travail, à confronter à la réalité du terrain. C’est à partir des vues en plan de Plaveč découvertes les unes après les autres que je propose cette lecture du village, qui peut ouvrir des pistes de travail.

GEOGRAPHIE

Cette photographie du village prise de la colline voisine a surpris tout le monde : la courbe de la rivière était elle réelle, ou bien était elle due à une déformation de la prise de vue ? Les premiers pas dans le village ne laissaient pas percevoir cette forme : le plan en damier avec les rues orthogonales semblait en contradiction avec cette image. En rentrant le soir, j’ai regardé les cartes des autres villes traversées au cours de notre périple jusqu’à Plaveč, et je me suis arrêtée sur la carte de Ljubljana : sa composition urbaine colle parfaitement à sa géographie. Le point focal est le château, au sommet d’une colline, la rivière la contourne, les routes la contournent et la rejoignent, et tout coïncide ! Alors pourquoi à Plaveč cette contradiction entre la géographie et la structure du village ?

STRUCTURE

Le livret “officiel” remis par le maire comporte un plan du village, qui montre bien la zone “habitée”, que l’on peut imaginer organisée le long des rues, qui elles seules sont représentées. Ce plan m’intrigue aussi, car la plupart des rues semblent fermées par un trait noir à leur extrémité. Le village apparait comme un ensemble fini. Qu’en est il vraiment ? En allant au bout de ces rues, on découvre qu’une nouvelle rue prolonge la rue Janka Krala, qu’un chemin piéton prolonge et relie les rues Vansovej et Janosikova, et surtout dessert toutes les parcelles cultivées par les habitants du quartier.

FRONTIERES

C’est en empruntant ces chemins qu’on découvre ce qui forme la limite nord du village ! Et oui, vous l’avez deviné : c’est bien la voie ferrée qui crée ici la frontière du village ! Doublée d’une ligne à haute tension, la voie ferrée dessine une véritable barrière surélevée infranchissable. Pourtant elle est bien inexistante sur le plan “officiel” !

FRANGE

Quel est le statut de cette zone entre deux, entre village bâti et chemin de fer ? S’il n’est pas représenté sur la carte, il n’est pas non plus à l’abandon : la moindre surface est cultivée, avec des petites parcelles de cultures variées. Espace commun partagé ? Parcelles rattachées à chaque maison ? Terrain approprié par les habitants ? En tout cas, contrairement aux jardins des maisons, ils ne sont pas clôturés ! De l’autre côté, la zone.

OUVERTURES

En rentrant le soir j’ai complété le plan avec les observations de la journée, pensant que je n’avais pas encore arpenté les 3 routes “ouvertes” dessinées sur le plan, et que ça serait pour le lendemain. J’ai comparé ce petit plan à la carte détaillée de la région, et l’observation de cette nouvelle carte m’offre une nouvelle intrigue : Ces 3 rues ouvertes représentées comme pouvant se prolonger, amènent chacune vers un autre mode de transport : — la ligne de bus sur la route principale au sud, par le pont au dessus de la rivière. — la gare, au nord-est. — l’aérodrome, à l’ouest ! Mais qui vient à Plaveč en avion ?

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LA GROTTE DES BANDITS par Beáta Kolbašovská

À côté du village Orlov, dans les montagnes, il y a une cabane de chasseurs. Au premier regard la cabane à l’air d’une cabane en bois normale. Mais peu de gens savent qu’elle a 70 ans et qu’elle a été construite par Gejza Alapi Salamon, qui fut le dernier propriétaire du château de Plaveč. Gejza Alapi Salamon était un baron et un grand propriétaire de terres de la région de Magura. Durant le socialisme, le baron fut forcé de vendre toutes ses terres à l’état. Après il déménagea à Košice, où il travailla comme enseignant de dessin. Il mourut à Košice en 1980. À côté de la cabane des chasseurs, dans les montagnes, il y a un autre trésor. La grotte des bandits appelé Dubný kameň. La curiosité est que, par le passé, des chevaux étaient transportés depuis la Pologne vers la Slovaquie à travers la grotte. Cette grotte est située proche de la frontière polonaise, dans la zone montagneuse appelé Kurčínska Magura. La hauteur de Kurčínska Magura est de 894 mètres et la grotte est 18,5 de long.

http://www.legnava.sk/content/dubn%C3%BD-kame%C5%88-zbojn%C3%ADcka-jasky%C5%88-na-kur%C4%8D%C3%ADnskej-magure

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Same same Roofs are Gutters are Colours are Barriers are Windows are Inhabitants are Gardens and trees are Finally, everything but the shape is

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different. different. different. different. different. different. different. different.


but different Les toits sont différents. Les goutières sont différentes. Les couleurs sont différentes. Les clôtures sont différentes. Les fenêtres sont différentes. Les habitants sont différents. Les jardins et les arbres sont différents. Finalement, tout est différent sauf la forme.

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Same Same but different par Alexis Emery-Dufoug


Vivre à Plaveč par Agathe Tournier-Desmesure

Tout d’abord nous avons rencontré M et Mme Baker alors que nous cherchions un endroit pour pique-niquer le long de la rivière. Ils nous ont offert quelques verres de Slivovica et après quelques «na zdravie», ils nous ont invité dans leur jardin ouvert sur la rivière. Nous sommes entrés dans un royaume : le jardin des Baker, un jardin fait-maison et rempli de trésors : sculptures, animaux, station météo, arbres et boutures, fleurs et oiseaux. Dans la photo, les Baker sont représentés à la manière d’un roi et d’une reine, comme si un peintre de la renaissance tel que Van Eyck les avait peint. Ils nous ont présenté une paire de nains qui les représentaient, sous un parapluie, au milieu de leur paradis. Ils avaient l’air de deux poupées « matryoshka ». Tous les éléments étaient sous control. C’est une image idéaliste d’une vie en harmonie avec la nature. C’est presque le rêve américain, loin de l’utopie communiste. Après cette discussion, nous avons décidé de continuer ce travail comme proposition de travail commune. Le seul protocole est une lettre, traduite au slovaque par Beáta, qui nous présente, Fred et moi, photographe et architecte, qui présente aussi le projet Mécanismes pour une entente et qui propose de faire une photographie dans leur maison ou leur jardin. Grace à ce rituel, nous avons rencontré les habitants en se promenant dans la rue ou en les interpelant par un «dobry den» dans leurs jardins. Alors nous montrions la lettre et c’était parti. La discussion se faisait en deux ou trois langues, quelques mots basiques étaient compris et beaucoup de gestes nous aidaient à parler. Comme nous ne comprenions pas grande chose, étant donné que c’était assez difficile, nous essayions de voir ce que nous ne pouvions entendre. D’ailleurs, ces moments pouvaient être très plaisants ! Nous avons ri, bu, mangé et essayé des mots ! Le temps que nous avons partagé, les sentiments, les idées ou les souvenirs que nous avons eus à travers ces gens sont bien plus de ce que la photographie peut montrer.

Josko

Anna et son mari

Photographies par Fred Desmesure Dessins par Agathe Tournier-Desmesure

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Living in Plavec

<

by Agathe Tournier-Desmesure

We first met Mr and Mrs Baker while we were looking for a spot to have a picnic by the river. They offered us a homemade slivoviča, and after a few « nazdravie », they invited us to their garden opened towards the river. We have entered a kingdom, the garden of Mr and Mrs Baker. A homemade garden full of treasures: sculptures, animals, weather stations, trees and cuttings, flowers and birds. They are represented like a king and a queen, as if a classical painter such as Van Eyck painted them. They introduced us to a pair of dwarfs that represent themselves, under an umbrella, in the middle of their paradise. It looks like two matryoshka dolls. All the elements are under control. It’s an idealistic image of a life in harmony with nature. It’s almost the American dream, far from the socialist utopia, where lands should be put together for collective work! After this discussion, we decide to continue this work as a part of the common work. The only protocol is only a letter, translated to Slovak by Beáta, that presents us, Fred and I, photographer and architect, the project « Mechanisms for an entente », and proposes to make a picture in their house or garden. With this ritual, we mainly meet people by walking in the street, and saying « dobry

M & Mme Baker

den » to people in their garden. Then we show the paper, and it starts. A discussion with two or three different languages, a few basic words are understood, and many movements help us to talk. Because we don’t understand a lot, it is very difficult, and we try to see what we can’t hear. The moments we share can be very pleasant by the way! We laugh, and drink, and eat, and try many words! The time we

Kamil

share together, the feelings, ideas or memories we had by these people are much more than what the photography can show.

Anna & Anna


The Native of Plaveč —

You won’t walk for long in Plaveč before noticing Mario Varga, always dressed in black, with his long-dark hair and his look of hard rock musician. And often, you will see him alone, quietly sitting and drawing everything around, using mostly coasters as basic material. He draws quickly, extremely precisely, and almost obsessively, on the same subject : Native Americans. It was not always his topic. He used to draw at first about football players, then about soldiers, guns and weapons. Her sister, an amateur artist, helped him at first and gave him skills. Then he discovered Native Americans from books, among them the story of Wounded Knee. He became particularly interested by tribes living in the forests and by natives from Dakota (Lakotas, Dakotas and Nakotas/Sioux). He likes their way of life, their culture, their tribal dances, their ways of hunting. His collection of drawings is quite impressive, showing an deep knowledge and intensive work of documentation. Traditional clothes, weapons, feathered crowns, buffalos, horses, well-known warriors, everything is extremely precise, with sharp lines and a subtile attention to details. The exhibition of his drawings in Bratislava, in July 2002, was a great success. He didn’t show his works since, but this summer Lujza and Bea have prepared a group exhibition of Mario Varga and Paul Maquaire which involves some collaborative pieces they have worked on together during our staying here.

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——Le natif de Plaveč

Vous ne marcherez pas longtemps à Plaveč sans apercevoir Mario Varga, toujours vêtu de noir, avec ses longs cheveux bruns et son look de musicien hard rock. Et souvent, vous le verrez seul, tranquillement assis et dessinant tout alentours, utilisant presque uniquement des dessous de verre comme matériel de base. Il dessine vite, extrêmement précisément, et presque obsessionnellement, sur le même sujet: les natifs américains. Cela n’a pas toujours été son sujet. Il a d’abord dessiné des joueurs de football, puis des soldats, des pistolets et des armes. Sa sœur, une artiste amateur, l’a tout d’abord aidé et lui a donné des notions. Il découvrit les natifs américains dans un livre, et parmi eux l’histoire de Wounded Knee. Il s’intéressa particulièrement aux tribus vivant dans les forêts et par les natifs du Dakota (Lakotas, Dakotas et Nakotas/Sioux). Il aime leur mode de vie, leur culture, leurs danses tribales, leurs manières de chasser. Sa collection de dessins est plutôt impressionnante, démontrant une profonde connaissance et un travail de documentation intensif. Habits traditionnels, armes, couronnes de plumes, buffles, chevaux, guerriers connus. Tout est extrêmement précis, avec des lignes fines et une attention subtile aux détails. L’exposition de ses dessins à Bratislava, en juillet 2002, fut un grand succès. Il n’a pas montré ses travaux depuis, mais cet été, Lujza et Bea ont préparé une exposition collective de Mario Varga et Paul Maquaire, qui intègre des œuvres collaboratives sur lesquelles ils ont travaillé ensembles durant notre séjour ici.

Dessins par Mario Varga / photographies par Cristina David

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Hier Florian a essayé un jeu et ils jouèrent avec trois autres enfants. Le jeu s’appelle « grand-mère, grand-mère ». L’un d’eux joue la grand-mère et les autres sont alignés en face à quelques mètres de distance. Chacun son tour ils demandent : « grand-mère, grand-mère, est-ce que tu aimes… les crêpes », par exemple. Si la grand-mère les aime beaucoup, elle avance d’un grand pas, ou peut-être même d’un saut, ou bien de deux pas si elle les adore ! Si elle ne les aime pas l’enfant devra reculer, possiblement jusqu’au poulailler ! Le premier à atteindre la grand-mère gagne !

Le jeu de la grand-mère

par Dymitr Sowa-Bojadżijew

Des bains chauds sur les flots Où on peut nager et aussi se relaxer Poséidon a bien fait l’Océan comme un gant Avec des joueurs d’échec peut-être Tchèques

Kid’s page Gaston Desmesure

Ça ce n’est pas des vraies vacances d’été

Parce qu’on crée avec des craies

Au foot

les joueurs font des jolis tirs

Dans l’équipe il y a les joueurs les plus importants Alex et Paul

Tout le monde sait faire du crawl

Poem by Gaston Desmesure

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L’endroit où nous sommes - Spiš et Šariš Même si je n’avais jamais été à Plaveč avant, la région autour m’a toujours attiré, partiellement dû à la beauté naturelle des Hautes Tatras, et partiellement dû à son héritage culturel. Avant je venais ici essentiellement pour grimper les montagnes proches de la ville de Poprad, ou bien pour faire des randonnées dans le Slovensky Raj. Toutefois, un été avant mon escapade habituelle, j’eu l’occasion de lire quelques écrits de Gyula Krúdy, un auteur hongrois du 19è-20è siècles, et je me rendis compte qu’il avait été élève par László Milutinovits près de Podolin, juste après Stará Ľubovňa. Il dépeint dans plusieurs de ses nouvelles l’atmosphère magique du 19è siècle de ce petit village typique à l’ombre des majestueuses montagnes. Ce fut la première fois que je décidai de passer quelques jours à découvrir les environs et apprendre de la région, au lieu de grimper les pics des Tatras. Les villages les plus importants des comtés de Spiš (Szepes) et de Šariš (Sáros), incluant la minuscule Podolin, mais aussi des municipalités importantes comme Levoča, Prešov, Bardejov ou Kežmarok ont été fondés par des colons Allemands-saxons, qui furent invités par les monarques hongrois après l’invasion Mongol au 13è siècle. Étant donné que l’occupation Ottomane-turque des 15è-17è siècles n’atteignit pas cette partie du pays, l’architecture de ces villages aisés resta intouchée, du coup, certains d’entre eux sont aujourd’hui dans la liste de l’héritage mondial Even de l’UNESCO. Cette région se trouvait dans une intersection de routes commerthough I have ciales entre la Pologne et la Hongrie, et devint un riche centre de commerce. not been to Plaveč before, the region Les locaux exportaient du fer, du cuivre, des fourrures, du cuir, du maïs et, around has always attracted me, partly because of natpar exemple, le fameux vin Tokaji. En plus, les mines avoisinantes et autres ural beauties of the High Tatras and partly because of ressources comme le bois (une extrêmement importante, presque unique its cultural heritage. Before I came here mostly to climb source d’énergie avant l’ère du pétrole et du charbon) fournissaient des mountains near the city of Poprad or hike in the Slovensky grandes opportunités à l’industrie. La population était assez mixte. EnRaj. However, one summer before my usual trip I happened tre autres, cohabitaient allemands, hongrois, slovaques et une signifito read a few writings by Gyula Krúdy, a 19th-20th century cative population juive. Hungarian author, and recognized that he used to study as a puAujourd���hui, la région est aussi le foyer d’une nombreuse commupil in nearby Podolin, the next settlement after Stará Ľubovňa. nauté rrom. Revenant à mon écrivain – plus tard il habita à BudaHe depicts the magical 19th century atmosphere of this small, hispest et devint célèbre grâce à ses écrits sur le style de vie bohème torical town in the shade of the mighty mountains in several of his dans la ville du début du 20è siècle. Étant donné que dans sa short stories. That was the first time when I decided to spend a few days jeunesse il était fasciné par les histoires des contes arabes des to discover the area around besides climbing the peaks of the Tatras, and « Mille et une nuits », il décida d’appeler son personnage learn about the region. le plus célèbre Sinbad, un aventureux don Juan dans un The most famous towns of Spiš (Szepes) and Šariš (Sáros) counties, includcadre contemporain. Le Sinbad de Krúdy a aussi ining tiny Podolin but also important municipalities like Levoča, Prešov, Bardespiré le réalisateur Zoltán Huszárik et le cameraman jov or Kežmarok were founded by German-Saxon settlers, who were invited Sándor Sára pour faire un film avec Zoltán Latinoby Hungarian monarchs after the Mongol invasion in the 13th century. As the vits – l’une des plus connues et légendaires scènes Ottoman-Turkish occupation in the 15th-17th century did not reach out to this dépeignant un diner riche aristocratique dans un part of the country, the architecture of these relatively well-to-do towns remained restaurant à l’ancienne. untouched, therefore some of them are today on a UNESCO world heritage list. The region was located on an intersection of trade routes between Poland and Hungary, therefore became a rich centre of trade. Locals exported iron, copper, furs, leather, corn, and, for example, the famous Tokaji wine. Additionally, the nearby mines and other resources like wood (an extremely important, almost only fuel before the age of petrol and coal) also provided lots of opportunities for industry. The population used to be quite mixed, including, among others, Germans, Hungarians, Slovaks and a significant Jewish population. Nowadays, the region is also a home of a numerous Roma community. Going back to my writer – later he lived more in Budapest, and became famous mostly about his writings of early-20th century bohemian lifestyle in the city. As in his childhood he was fascinated by the stories of the Arabic Tales from One Thousand and One Night, he decided to call his most famous character, an adventurer and womanizer, Sindbad, but put his stories in contemporary frames. Krúdy’s Sinbad also inspired Hungarian director Zoltán Huszárik and cameraman Sándor Sára to make a film, starring Zoltán Latinovits – one of the most well-known and legendary scenes depicting a gentry-style rich dinner in an old-style restaurant.

The place we are - Spiš and Šariš 43


Scène du film Sinbad (par ZoltánHuszárik et Sándor Sára, avec Zoltán Latinovits) Scene from Sindbad (by ZoltánHuszárik, Sándor Sára, starring: Zoltán Latinovits)

Les Hautes Tatras dans un tableau de Tivadar Csontváry-Kosztka (19è siècle) The High Tatras on a panting of Tivadar Csontváry-Kosztka (19th century)

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Royaume Libre sur la Frontière

Un de nos moments les plus mémorables reste surement notre excursion-performance vers un coin caché mais célèbre de Slovaquie et de Pologne. Oui. Je parle bien des deux pays, le Pic Rysy étant situé à la frontière exacte entre les deux. Autrefois nommé le «Tengerszemcsúcs», celui-ci se trouvait alors sur la frontière interne entre le Royaume de Hongrie et la province autrichienne de Galicie, au sein de la monarchie austro-hongroise. Selon la légende populaire, le camarade Lénine lui-même l’escalada. De nos jours, la frontière est simple à traverser, et la zone est appelée «le royaume libre de Rysy» (Slobodné kráľovstvo Rysy) par l’équipe du chalet voisin. Les randonneurs et alpinistes de Slovaquie, Hongrie, Pologne et Allemagne, ainsi que de partout en Europe et dans le monde viennent ici pour profiter des beautés de la nature. Notre voyage fut symbolique, à de nombreux points de vue – nous avons commencé notre marche à Štrbské Pleso, la station de vacances bien connue, où, en 1930, les trois pays de la PetitezzEntente (Tchécoslovaquie, Roumanie et Yougoslavie) tinrent leur plus importante conférence. Notre voyage a connecté cet endroit avec la frontière. Une frontière. Un phénomène qui a été un enjeu-clé de notre projet depuis le tout départ et à travers le workshop d’été tout entier. Des limites, des frontières de pays du passé et actuels, séparant et connectant en même temps des cultures et des nations. Après la performance, nous pouvons dire que les frontières se trouvent dans nos esprits, mais que l’on peut aussi les prendre entre nos mains, et agir. Enfin, mis à part les symboles, nous pouvons également admettre que regarder le lever de soleil au-dessus du paysage couvert de nuages du haut du Pic était un moment inoubliable pour nous. Ou devons-nous aussi penser au lever de soleil en tant que symbole ? Alexis, László & Seydou

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The Crossing Interview with Marta Jonville

As an artist, Marta Jonville is easily labelled a performer. But she accumulates the labels: a teacher, an association manager, a project director... Not easy to live with and not very easy to make it understandable to the outside. Yet, for the cofounder of « Mechanisms for an entente », all these labels belong to the same artistic and political process. The word performance applied to her is maybe to be taken by its sporty meaning! Do you call yourself a performer? This project, this journey is a performance; a reflection space imagined with Tomas, in order to invite artists to travel through a Central-East Europe, an intellectually and politically rich and interesting area, which remains rather unknown for western Europeans. On the other hand, my belief is that art should be strongly connected with society and people. In this journey, aside the poetry and the initiation by travelling, the link to reality comes from the political meaning of this train line. Artist are invited to think about its meaning. For me, the disappearance of this train line reveals how contemporary economical policy is destroying all that could make real sense. Is it possible to repeat a performance? Some artists like the Basque performer Esther Ferrer, aged 70 now, can repeat their performances during forty years and still remain relevant and excellent. Performances can’t obey a single definition. You can nearly find as many definitions of « performance » as there are performances. To me, in the frame of « Mechanism for an entente », the performance is within the railway itself; its path creates a project in space and time. <

Where does the desire of the performance « Mechanisms for a tent », showed in Plavec and Warsaw, comes from? I think that the journey form Bucharest to Warsaw is an artwork by itself. Every participant was a performer or a designer in it. After having conceived this journey with Tomas, our personal part was to make things as easy as possible for everybody, to be facilitators and a link, to help everybody to work in the best possible conditions. But some participants questioned my own artistic practice and asked me to show a « piece of work » during the trip. I was surprised by this demand and Mechanisms for a tent is a kind of ironic answer, as a formal and literal joke: « how can we build our European house together? I ask participants form each country to help on the building of this precarious shelter. And I am very happy that people from each nationality took part in it. As the cut-in-two train line is metaphorical of the disaster of neoliberal politics, the tents could be metaphorical of the fragility of this building. Also, Kubo Pišek had worked on an interactive installation inspired by our discussions, using two knives face to face, which makes the noises of swords when you touch them. It was supposed to represent our discussions, which he found unproductive (I don’t quite agree with him on this point). But to use this installation for this performance had a meaning. Beáta Kolbašovská used it as a musical tool while we were dancing with the tents. Lets add that I wanted to interact with the Slovak artists that I’ve known for seven full of productive exchanges years! It is continuity and I hope that there will be some other extensions in this project... In this project, which you’re describing as a performance, sometimes I feel that it could look like the art of the tightrope walker! The project was precisely thought of and written a long time ago by Tomas and you. To let it go through a performance and to refuse to be enclosed in the artistic director role suggests that you were ready to welcome interferences and deviations... Yes, and it put us in some difficult situations. Our goal was to initiate a collective thinking and building. We had to confront several types of challenges: our part as artists was questioned, as our position as authors of the project and our ability to be curators for the exhibitions to come. We asserted and we went on keeping our three parts as they were described from the begining. But this triple function has raised many ques-

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tions, which is justifiable, and we answered as we could during the whole workshop. To question the working space, the collective space, to draw the game field, to enlarge it, to reduce it, to draw some limits, to redefine those limits, all that is part of the process that we initiated. We had to answer to those questions while keeping the axis of the project. I often felt as shaken as a plum tree! Our position is unusual either way for the institutions, which don’t see very often artists managing projects like this, and for the artists themselves who expect from us a conventional and authoritarian form of professionalism that we don’t want to perform. Finally things set up by themselves. Our triple function corresponds to a 20 years experience within the organisations Pola, Bruit du Frigo, Zébra 3 and PointBarre for me. For Tomas, I guess his experience in cinema taught him to work in interdependence. I can’t conceive art otherwise than in exchange, circulation, encounter, linking. A space like “Mechanisms for an entente” gives the opportunity to interact with its environment. I like to think these creation spaces like immaterial forms, moving and autonomous forms. Quoting Foucault, I would say that we try to create spaces of deindividualization “by multiplication and displacement, the arrangement of different combinations. The group doesn’t have to be the organic link that unifies hierarchized individuals, but a constant generator of “deindividualization”. I am an artist and I don’t know what is to be an artist. The project is transdisciplinary, but it could have been more with people from theatre and dance… I already have organized projects gathering only visual artists, in Québec for instance. After this experience I have been invited to Electrobolochoc, where Guillaume du Boisbaudry was part of it. It mixed visual artists with dancers, actors, philosophers, poets… I said to myself: “what a richness”, face to a certain tendency to stay only among visual artists. From that moment on, we imagined this project with historians, sociologists and philosophers. But thirty people it’s a lot. The more we are, the richer it is, but there’s also more possibilities for misunderstandings and misconceptions! I think that the participants have been confronted in the same time to some kind of an order –the project is precise- and to a big freedom inside the order. Sometimes the desire of subversion is tempting… We had points of view on the project, as participants. Different points of view differ, that should be expressible, but often it has been perceived as a direction directive. Within a project that involved 45 people of 5 different nationalities it is normal to find divergences, debates, misunderstandings. Some left, others came back. We never considered ourselves on the top of the group, but as a part of the group.

This is not a performance #1

photo par Julie Chovin

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La poésie peut dépasser la frontière de la langue

Interview with Paul Maquaire and Marek Mardosewicz by Valérie de Saint-Do Je me demandais si cette interview de Paul et de Marek devait être intégrée au chapitre « Ceci n’est pas une performance ». En fait, la question peut paraître étrange : ni Marek, ni Paul, tous les deux étudiants, le premier à l’École de théâtre de Cracovie, le second à l’Académie des beaux-arts de Bordeaux, ne se voient comme des performeurs. Pourtant, leur tentative de partager leur poésie malgré la barrière de la langue m’apparaît comme une performance. Peut-être dans le premier sens du terme ambigu « performance », quelque chose d’assez difficile, qui va au-delà des modes de communication habituels. Aussi certainement parce que la poésie ne peut pas être réduite à de la « communication » dans son sens usuel. Pour commencer, j’aimerais que chacun d’entre vous se présente et parle de sa relation avec la poésie... Paul : J’ai commencé à écrire il y a environ deux ans. Au départ, c’était une manière de faire progresser mon vocabulaire. Je partais souvent d’un mot que je lisais dans mes recherches et que je ne connaissais pas, et j’essayais de construire un texte à partir de ce mot. Puis c’est devenu une manière de créer des images. Je fais beaucoup de dessin à l’Académie des beaux-arts, et j’ai eu le sentiment qu’écrire était une autre manière de dessiner, d’explorer la façon dont l’écriture peut créer une image, encore plus précisément que le dessin. Maintenant, je veux vraiment poursuivre ce travail. Mon colocataire, qui est rappeur, écrit beaucoup et m’apprend les techniques rythmiques : comment chanter ou réciter un texte avec une certaine mélodie ou un certain rythme, par exemple. J’ai aussi demandé à Guillaume de lire mes textes et j’ai trouvé ses critiques intéressantes. Il m’a conseillé de faire attention à la façon dont j’utilisais des techniques propres à la poésie française du XIXe siècle. En réalité, cela fait partie de mes influences, avec la poésie américaine. Il pensait que lorsque j’écrivais de manière très simple, j’étais plus à même de produire des images. En fait, en relisant mes poèmes, j’ai l’impression que lorsque j’utilise les codes habituels de la poésie, il y a un risque de noyer le lecteur dans quelque chose d’un peu trop intellectuel et qui perd en sensibilité. Je recherche donc la simplicité, sans perdre en efficacité ni en sensibilité. Marek : J’ai découvert les mots et la nécessité pour moi de ne pas me contenter d’en recevoir d’autres gens il y a quelques années. J’ai découvert que je ressentais beaucoup de plaisir à créer une nouvelle réalité, mais ensuite, j’ai réalisé que mes textes étaient trop naïfs, même si c’est toujours naïf, et ne montraient rien : c’étaient des nouvelles ou des contes de fées sans aucun sens, qui servaient principalement à tuer le temps ! Alors, j’ai abandonné et je suis passé à la musique. Après avoir été diplômé de l’école de musique, je suis allée à l’université et j’ai commencé à jouer avec les mots sérieusement, si je peux appeler ça sérieusement, bien sûr ! – (rires) pendant un an et demi. Je suis très influencé par mes études d’art dramatique. Depuis, j’ai essayé d’écrire de l’art dramatique, j’ai découvert un langage très influent que j’essaie d’utiliser en poésie. Je suis très influencé par la culture, la littérature, l’art dramatique, les romans et la poésie (en particulier celle du XIXe siècle, parce que les grands poètes devaient garder leur identité secrète) de la Pologne : j’aime vraiment le son, la musique et le rythme de leurs phrases. Cependant, j’essaie d’être moins dans le pathos et de me concentrer sur les jeux de mots. Je suis très intéressé par la structure du poème : comment est-ce que des mots peuvent créer une image à partir de sons, un peu comme un ready-made ? J’essaie de trouver de nouveaux liens entre les mots, grâce au son, pour que cela soit drôle à entendre, par exemple avec un « frashka ??? ». C’était vraiment drôle de jouer avec les sons des mots, jusqu’à ce que je découvre quelque chose de caché qui n’est pas aussi amusant que le son de la musique. C’est de la poésie pour moi

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Vous parlez tous les deux des sons et des rythmes. Bien sûr, c’est l’écriture qui compte le plus, mais comment abordezvous le côté oral de la poésie ? Est-ce que vos textes sont aussi destinés à être présentés lors d’un spectacle, ou à être lus à voix haute devant un public ? Est-ce que la poésie orale fait partie de votre travail ? Marek : Lorsque j’ai envisagé d’écrire, j’étais conscient qu’il y avait un auteur et un lecteur. Que je n’écrivais pas pour moimême, en fait j’écris pour moi-même, mais à un certain stade, il y a une deuxième personne, ou un groupe de personnes, qui en prennent connaissance. Je n’essaie pas de répondre au goût des gens, mais d’utiliser ma conception, mes techniques. Je sais qu’il y aura (ou au moins qu’il devrait y avoir !) un public, c’est l’une des premières choses qu’il faut accepter. Une fois qu’on l’a intégré au travail, on arrête d’y penser. Paul : Gérer le côté oral de la poésie reste quelque chose d’un peu compliqué pour moi. Je suis très attaché à la forme du texte sur la page. Il est très difficile pour moi de lire mes textes face à un public, je le fais uniquement dans l’intimité, pour entendre leur musicalité et trouver un rythme. Je préfère laisser les autres lire eux-mêmes et découvrir les mots. Il y a des mots que l’on ne peut pas entendre et qui doivent être lus, par exemple quand j’utilise le mot « las-temps » dans le texte que j’ai écrit pour Marek. J’ai l’impression que l’on comprend mieux un texte lorsqu’on le lit et que l’on peut voir la ponctuation. Lire à voix haute est une sorte de performance et je ne suis pas un lecteur entraîné. Je peux rater des signes de ponctuation ou prononcer les mots trop vite, et le texte perd en exactitude par rapport à ce que j’avais l’intention d’écrire au départ. Marek : Je voudrais ajouter que lorsque les mots apparaissent, c’est une manière de nouer un lien entre deux personnes. C’est la façon la plus précise de créer des relations. Donc, quand on les utilise, il faut accepter le fait que c’est plus un dialogue qu’un monologue. (À Marek). Étant donné que vous êtes aussi étudiant à l’école d’art dramatique, est-ce que vous lisez des poèmes sur scène ? Marek : Pas du tout. Je les lis à des amis, mais je ne peux pas imaginer les lire face à un public. Lorsque j’écris, j’essaie de faire un genre de script de notes, chaque phrase ou chaque ligne est une sorte de point de repère pour la musique. Tout le monde ressent des choses différentes en écoutant de la musique, c’est pour cette raison que je donne quelques notes, quelques tons, à côté des lignes et de la ponctuation, mais j’essaie d’éviter les instructions. Je veux seulement écrire, pas lire face aux gens. Qu’est-ce que vous essayez de créer ensemble et comment l’idée vous est-elle venue ? Marek : Le premier ou le second soir après que nous avons fait connaissance, nous nous sommes montré nos poèmes et nous avons parlé du pouvoir des mots et du jeu avec les mots. Quelques jours plus tard, Paul a fait une proposition : essayer d’échanger nos techniques (compétences(?)) d’écriture. Il utiliserait les miennes, j’utiliserais les siennes, avec les quelques exem-


ples que nous avions, pour essayer de donner l’impression que c’est un poème de l’autre. Paul : Je n’arrive pas à me souvenir comment on en est venus à se dire qu’on écrivait de la poésie : ce n’est pas la première chose que l’on mentionne quand on se présente. Mais nous avons lu quelques textes entre nous. Cette idée de travail mutuel venait en partie du fait que nous nous appréciions et que nous nous comprenions bien, c’était un lien qui commençait à peine à se créer. Et concernant le projet Mécanismes pour une entente dans la globalité, il y avait une question qui me faisait beaucoup réfléchir : l’anglais est difficile pour moi et cela doit être la langue principale de communication entre nous, la trentaine de participants au projet. Mais en fait, aucun d’entre nous n’est anglophone. Nous utilisons une langue, qui n’est pas notre langue maternelle, pour aborder un sujet ayant trait aux frontières. Et pour moi, la langue est peut-être la frontière la plus difficile à franchir, du fait qu’elle est aussi étroitement liée à l’histoire, comme Juliana l’a indiqué dans sa présentation. Il y a tant de choses difficiles à comprendre dans différentes langues que j’ai la sensation que la poésie pourrait être une manière d’explorer une langue, pas universelle peut-être, mais possible à partager. Comme Kenneth White, un poète écossais, ou Jack Kerouac, qui ont utilisé le haïku, une forme de poésie traditionnelle japonaise. Marek a dû traduire son poème pour moi. J’ai dû traduire le mien. Cela nous a semblé être une manière de trouver un mécanisme entre nous. Utiliser le langage pour travailler sur le sujet du projet.

tytuł Drogie dzieci, powiedziała pani w klasie, to jest brzoza, a ryby te to karasie a ta książka to dzieło Puszkina jak film - tylko do kina a jak kochać mamę, to tak jak w piosence musicie składać w podzience hołdy wojom i ojcom przeszłym dzięki nim w końcu wzeszły obowiązki i wszystkie normy dnia dzisiejszego nie wyrywaj się ty tam, z rzędu trzeciego a ty, siedzący pod oknem dobrze kiwasz głową; pada deszcz, moknę i chowam album z podstawówki wszystko przyporządkowane, spokojnie śpią główki.

Comment entendez-vous justement la langue que vous ne maîtrisez pas ? Marek : Nous avons déjà fait des enregistrements où chacun lit son propre poème. J’ai demandé à Paul de m’apprendre la prononciation ligne par ligne, avant d’apprendre son poème par cœur et d’essayer de franchir la barrière de la langue en comprenant le sens, mais pas les mots exacts. C’est comme cela que nous procéderons plus tard. Paul : C’est exactement la même chose pour moi. Nous avons dû beaucoup travailler à nous écouter mutuellement. Par exemple, nous devions tous les deux apprendre de nouvelles prononciations, des sons propres au langage de l’autre. J’ai dû apprendre le texte par cœur, en connaissant la correspondance entre les sons et les mots, mais pas leur sens exact. Je voulais aussi souligner le fait que nous voulions écrire l’un sur l’autre. Ce qui nécessite une grande confiance l’un envers l’autre.

par Marek Mardosewicz

Aussi fut-il l’obsolète squelette, S’agitant au vent, tel une girouette, Plaintive mais tout aussi amusée des guinguettes. Éperdue, en dessous d’une lune noctambule, Qu’elle accompagne et même adule, Lorgnant d’un oeil crédule. Sourire hissé au masque d’un Saltimbanque Dans l’antre du festoiement au nom du manque, S’élançant, la nuit ne peut retenir le rire atypique. De cette jeune femme qui joue et danse, Sous le battement d’une épileptique cadence. Convulsions d’une frénésie qui balance, Corps et esprit dans un tourbillon de plaisir, Celui de l’exaltation présent avant de s’endormir, N’étant autre que le dessein d’un rire.

Ce qui est étrange, d’une certaine façon, c’est que vous préférez tous les deux écrire que parler ou lire les poèmes. Et pourtant, vous glissez vers la poésie orale et récitée ! Marek : Dans ce cas, en fait, nous ne lisons pas des poèmes. Nous nous imprégnons juste de la mélodie, grâce à l’enregistrement, et nous n’avons que les sons parce que nous ne comprenons pas les mots, que l’on pourrait appeler des notes. En réalité, nous chanterons plus que nous ne lirons. La partie orale sera la musique. Nous traitons donc l’oralité, mais sans vraiment le faire !

This is not a performance #2

par Paul Maquaire

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Interview de Jakub Pišek et de Beáta Kolbašovská par Valérie de Saint-Do Pour notre groupe de Mécanismes pour une entente (probablement comme pour leurs amis à Košice), c’était toujours « Bea et Kubo », et l’on mentionnait rarement l’un sans l’autre. Cela s’explique facilement : Jakub Pišek et Beáta Kolbašovská se sont rencontrés à l’Académie des beaux-arts de Košice, où ils ont tous les deux obtenu leur diplôme, où ils sont tombés amoureux et où ils vivent et travaillent depuis. Inséparables la plupart du temps (ce qui ne veut pas dire qu’on les considère comme des « artistes jumeaux » : ce sont des artistes vraiment complémentaires), et inséparables de leur ingénieuse sono, grâce à laquelle nous avons improvisé de belles fêtes. C’est même évident dans l’interview, quand chacun complète les réponses de l’autre ! Depuis combien de temps travaillez-vous ensemble ? Kubo : Cela dépend du niveau de collaboration dont vous parlez. J’aidais déjà Bea et elle m’aidait alors que nous n’étions pas encore un couple. Bea : En fait, nous avons véritablement commencé à travailler ensemble après l’école.

projets et que nous avions des projets pour l’été, quelques concerts, quelques performances. Par exemple, nous participons à une exposition à Prague et nous ne sommes pas présents. Le mois de septembre va être dur... On dirait que vous collaborez souvent avec les arts du spectacle : danse, théâtre... Bea : Je crée principalement des visuels pour les troupes de théâtre ou de danse contemporaine, comme Vjing et ce genre de choses, Kubo travaille plus sur des concerts...
 Kubo : Je travaille plus avec l’équipe son. Bea est une bien meilleure vidéo-jockey que moi. Elle a appris très rapidement et sent vraiment la musique. Je m’intéresse davantage à la représentation visuelle. Bea : Nous avons un groupe nommé NanoVJ’s. Aviez-vous déjà un projet précis lorsque vous vous êtes joints au voyage estival ? Kubo : Tous nos travaux sont « en cours » ! C’est notre marque : en général, on travaille très vite et on vient aux ateliers sans avoir aucune idée, et on trouve ce que l’on veut faire une fois là-bas. Pour moi, « atelier » veut précisément dire que le travail artistique doit apparaître là-bas, et pas avant. C’est pour cette raison que les artistes se réunissent et discutent les uns avec les autres, en étant à un endroit, en en ressentant l’atmosphère, puis travaillent. Bea : Mais ici, c’était un peu différent, parce qu’au début, on avait quelques idées d’art sonore... Kubo : Et parce qu’on devait envoyer quelques propositions, donc on a dû y réfléchir ! Mais mon travail, j’en ai eu l’inspiration ici, à Plaveč... Bea : Nous avons aussi quelques projets qui découlent de ce que nous avons découvert ici... Kubo : Je préfère ce genre d’approche liée à un lieu unique.

Et juste avant de travailler ensemble, quels étaient vos sujets de prédilection ? Kubo : C’était différent pour chacun de nous. Nos sujets étaient liés, d’une certaine manière, et ils ajoutaient quelque chose à nos travaux respectifs. Je suis plus dans la technique, je suis très intéressé par la façon dont les choses fonctionnent, et Bea est plus dans les formes et l’esthétique. Bea : Ensuite, on a fusionné nos travaux. Je travaille plus sur la vidéo, et Kubo, sur l’audio.

duettistes

Est-ce que vous diriez que Bea s’occupe des images et Kubo, du son ? Bea : Cela dépend du travail. Kubo : Béa m’aide toujours pour la vidéo et je l’aide pour l’audio.

Et est-ce que le thème de la voie ferrée vous parlait ? Kubo : Pour moi, c’était très important parce que j’ai assez souvent voyagé sur l’autre ligne de train pendant huit ans, entre mon domicile et Košice. Quand j’avais du temps libre, j’avais l’habitude de traîner dans les gares, je regardais les trains. J’aimais vraiment ces grosses machines. C’est pour cela que j’ai voulu faire une présentation de la locomotive de Plaveč !

Comment avez-vous connu Marta et participé aux projets ? Est-ce que vous étiez ses élèves quand elle enseignait à Košice ? Bea : J’étais une élève de Marta, parce que notre professeur était Anna Tretter. Elle a invité Marta à Košice pour qu’elle organise un atelier ouvert dans notre école. Puis elle a été accueillie en résidence à Košice et nous sommes partis en stage à Bordeaux.

(À Bea) Vous avez présenté un travail en cours avec des sons enregistrés dans chaque gare, et aussi un projet très particulier que vous avez créé avec des interviews des habitants de Plaveč. Est-ce habituel dans votre travail ? Bea : Pas vraiment. C’est une espèce de première expérience/ recherche spéciale. Je travaille dessus avec Luzja, et il est parfois vraiment difficile de faire parler les gens devant la caméra, car ils sont très timides. Nous avons demandé à une quarantaine de personnes si on pouvait les interviewer, mais seules dix ont accepté d’être filmées.

Quelle a été votre expérience à Bordeaux ? Kubo : Pour moi, le plus important, cela a été les deux dernières semaines, parce qu’il y a eu un gros atelier nommé « Feedback platform ». Il était lié à notre atelier actuel, car il réunissait un groupe de personnes qui ne se connaissaient pas avant pour la plupart, principalement des Slovaques et des Français. Nous devions réaliser une grande œuvre qui serait présentée pendant 24 heures : installation, œuvre sonore ou performance. L’idée était de relier les gens par des œuvres d’art. Mais ce n’est pas toujours facile, comme on le voit maintenant...

Donc, vous travaillez avec les sons et poursuivez avec les habitants. D’autres projets en vue ? Kubo : Nous prenons aussi des photos des bâtiments, des immeubles d’habitation collectifs qui sont considérés comme de l’architecture soviétique.
 Bea : Et j’ai commencé à faire un collage, un panorama avec chaque immeuble d’habitation collectif, en mélangeant les villes.

Comment avez-vous perçu le projet Mécanismes pour une entente quand vous en avez entendu parler pour la première fois ? Les deux (alternativement) : Nous en avons entendu parler en juin, même si nous savions que Tomas et Marta préparaient un projet de grande ampleur. Cela a été une décision rapide, difficile aussi, parce que nous étions déjà engagés dans d’autres

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Kubo : De l’ouest à l’est, de Bucarest à Varsovie ? 
Bea : Non, plutôt un mélange d’architecture entre les villes, parce que certaines parties ne correspondent pas. Kubo : Mais c’est parfait, j’aime quand cela ne correspond pas, un montage glauque ! Bea : Mais cela ressemble vraiment à un panorama. Kubo : Tu l’as déjà très précisément en tête...
 Bea : Je ne l’ai pas montré jusqu’à maintenant, parce que c’était vraiment le premier montage des photos. Kubo : En fait, je ne vois pas ces bâtiments comme des trucs socialistes. Je suis juste intéressé par cette manière de vivre, comme les abeilles dans la ruche. Bea : En Slovaquie, on appelle cela « Králikárne », ce qui veut dire un « clapier à lapin » ! On utilise la même image en français ! (rires). Est-ce que vous vous considérez comme des performeurs, ou est-ce que c’est une dénomination trop restrictive par rapport à la diversité de vos travaux ? Bea : Je ne nous qualifierais pas de performeurs, parce que nous ne réalisons pas toujours des performances : nous créons aussi des installations interactives ou des spectacles en direct. 
Kubo : Je ne suis pas sûr de pouvoir dire : « Je suis un performeur  ». Mais je me souviens l’avoir pensé la dernière fois que j’ai réalisé ceci (cela peut être difficile à entendre) : l’art devrait être intéressant, mais aussi un genre de spectacle, pas comme les spectacles sur scène, bien sûr, mais au moins attirer l’attention, sinon les gens se contenteront d’y jeter un coup d’œil et continueront leur chemin. Du plaisir, plutôt que de l’austérité ? Kubo : On doit divertir les gens. Comme cela, ils passent davantage de temps devant et y réfléchissent. J’ai donc commencé à travailler sur l’interactivité, parce que je trouve cela très intéressant et attirant pour les gens. Ensuite, j’ai essayé de travailler avec un logiciel expérimental. Je jouais dans des groupes de rock classique et je voulais tester sur scène ce logiciel, considéré comme non fiable et programmé de façon très anarchique. J’ai donc réalisé une première performance sur scène, les gens ont aimé, j’ai recommencé à de nombreux concerts, puis j’en ai réalisé une autre à de nombreux concerts, les gens ont aimé... Je suis content que cela marche !

Beáta Kolbašovská - “King of Plaveč”

Y aura-t-il un « avant » et un « après » ce projet ? Bea : Oui, c’est très important pour moi, mais mes attentes ont évolué entre avant et maintenant. 
Kubo : C’est très inspirant, de même que le fait de voyager et de rencontrer d’autres artistes, ce qui peut ouvrir des opportunités à l’avenir.

Kubo: http://kubriel.servus.at/ Bea: http://www.betakaroten.xf.cz/

This is not a performance #3

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Regard sur une certaine dimension Interview de Łukasz Jastrubczak par Valérie de Saint-Do Parlez-moi de votre parcours. J’ai commencé à m’intéresser à la distorsion entre la fiction et la réalité et cela m’a amené au domaine artistique. Après cela, j’ai abordé les arts du spectacle dans mon approche et j’ai découvert que la performance pouvait être une situation très différente dans la vie, qui distingue la fiction de la performativité de la réalité de la vie. En résumé, ce que je veux dire, c’est que je réalise des performances sans préavis. Cela s’apparente à une performance éphémère. Parfois, les situations sont très simples, comme des sculptures dans le désert, ce que personne ne peut en fait voir : seule la documentation révèle la performance. Est-ce que l’on donne le même sens au terme « performatif » ? Pour moi, c’est lié au corps dans les espaces publics... Je suis quelque peu matérialiste, dans le sens où les objets sont extrêmement importants pour moi. Avec eux, je fais des sculptures et c’est performatif. C’est le même genre d’approche que le ready-made de Duchamp, par exemple. Lorsque je crée une sculpture, l’acte performatif, c’est de laisser cette sculpture dans le désert. En termes d’objet, c’est ce que je traite comme de l’art performatif. Je travaille plus sur la relation aux objets que sur le corps. C’est important, le type d’espace dans lequel vous laissez vos objets ? En général, les endroits sont choisis au hasard. Par exemple, j’ai réalisé des sculptures en fil de fer et je les ai emmenées en voyage dans le sud-ouest des États-Unis. Le concept était que, pendant le voyage, les fils, non protégés, qui représentaient l’IDÉE de mouvement de mes travaux passés1, étaient déformés par le transport. La forme IDÉALE était donc légèrement modifiée par des forces réelles et accidentelles (p. ex., chaque nuit, si nous voulions dormir dans la voiture, nous devions sortir les sculptures de la voiture, ce qui déformait beaucoup les sculptures). Mais les lieux eux-mêmes ont été choisis au hasard. Par exemple, si l’œuvre ressemblait un peu à une spirale, il fallait la mettre près de la Jetée en spirale (spiral jetty). Ici, dans ce projet, la question du lieu et de l’objet est très particulière. La série S que je réalise en ce moment pour le projet, « plusieurs sculptures sur la lettre S », est une sorte d’approche anthropologique, quand on rassemble et interprète des parties de la réalité. Les objets quotidiens deviennent des sculptures pour moi, lorsqu’ils perdent leur fonctionnalité. C’était une fontaine, ou une publicité, et maintenant, c’est JUSTE une sculpture (dans un contexte social : a perdu sa fonction générale et a gagné une valeur esthétique, mais en même temps, l’objet est figé). Ici, à Plaveč, j’ai trouvé un exemple parfait de la sculpture. Il s’agit d’une pièce de métal tordue avec un cercle fixé au sommet. Elle a, ou elle avait (étant donné qu’il y a un parking à côté de la sculpture) une fonction : c’est un but de foot et le cercle est un panier de basket ! Je peux supposer que cette construction a un but fonctionnel, que les enfants l’utilisent pour jouer. Cependant, ce qui est intéressant, c’est la possibilité d’autres interprétations. Ce que je veux dire, c’est que quand un objet n’est plus dans son contexte (p. ex., la proximité immédiate avec le terrain de jeux pour enfants), il devient un objet ouvert et vide. C’est exactement comme interpréter des objets du point de vue de l’avenir. ———————— 1 (http://dawidradziszewski.home.pl/lukasz/piosenka2.html )

Vous avez cité Duchamp, est-ce que vous nous parleriez de vos influences ? Je pense qu’il m’influence beaucoup, avec son approche particulière ancrée en quelque sorte sur la matérialité, sur les objets. Est-ce que vous travaillez toujours sur des objets existants ou estce que vous faites aussi vos propres sculptures ? C’est là toute la question. Par exemple, il y a une longue histoire autour du fil de fer que j’ai laissé dans le désert. J’étais en résidence à San Francisco, assis sous un porche avec plein de gens. Il y avait un fil de fer tordu, juste dans le coin. Je l’ai photographié, juste parce qu’il était très beau, avec de très belles ombres, comme une sculpture. Ensuite, l’idée m’est venue de recréer certaines de mes œuvres précédentes. La technique que j’avais à l’esprit, c’était la sculpture en fil de fer tordu. L’œuvre précédente que je voulais recréer (en fait, c’est le mouvement qui se dégage de cette œuvre que je voulais recréer) se nomme « Chanson sur le cubo-futurisme ».2 Dans ma chambre, je tourne en rond avec un disque en carton entre les mains, en faisant le bruit d’une voiture, comme un enfant. La caméra me filme depuis le centre. L’idée était de recréer cette composition, avec une forme de fil de fer tordu, de façon à ce que la caméra soit un point de vue qui recrée la forme du cercle. J’ai donc eu cette idée d’une sculpture en fil de fer tordu que je voulais laisser quelque part dans le désert. Cependant, la forme elle-même venait de mon subconscient c’était la forme du fil de fer que j’avais vu et photographié auparavant. Mais j’avais oublié tout cela ! Pourtant, il était dans ma tête d’une certaine manière et j’avais cette idée d’une sculpture, qui venait d’une réalité que j’avais observée. Comment la musique s’intègre-t-elle à votre travail ? Est-ce en termes de schémas ? Je traite le son de la même manière que les objets. C’est une sorte d’ontologie du son lui-même : le son en tant que matérialité. Je suis donc plus intéressé par les micros-différences de ton du son que par les schémas musicaux. D’un autre côté, ce terme de configuration des sons est intéressant, et même très intéressant en réalité, dans le contexte de Mécanismes pour une entente. Est-ce que ce projet marque une rupture par rapport à ce que vous faites habituellement ? Comment l’avez-vous appréhendé et quels sont les sujets spécifiques que vous traitez dans le cadre de ce projet (ou non) ? Vous parlez de Mécanismes ? Si l’on pense aux participants, que l’on imagine que chacun est un ton, alors les différentes possibilités de composition pourraient être une réponse à une méthode de collaboration possible. C’est de cette idée que je suis parti lorsque je me suis mis à réfléchir à ce projet au départ. En réalité, c’était un peu plus compliqué. Bien sûr, j’ai essayé de mettre en œuvre mon approche « musicale » dans différents domaines de notre collaboration, mais sur le plan empirique, c’était plus dispersé. Cela dit, je trouve toujours que c’est une possibilité intéressante pour notre projet. Par exemple, quand on examine le système dodécaphonique conçu par Schoenberg dans les années 1920, cette approche moderniste, subjective, individualiste et expressionniste, et celle de Bartok, folklorique, objective, tribale, vitale, inspirée du monde primitif, on dépasse le problème de la composition musicale et on parvient à une sorte de ———————— 2) https://vimeo.com/32294722

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métaphore. Après l’effondrement de l’empire austro-hongrois, c’est le début de la modernité, et ces deux courants, celui de Schoenberg (et de l’école viennoise) en Autriche, et celui de Bartok en Hongrie, font leur apparition. Nous retraçons ces schémas dans notre projet Mécanismes pour une entente d’un point de vue géo-historique (ces pays – la Roumanie, la Hongrie, la Slovaquie, la Galicie – toutes ces régions faisaient partie, avant la modernité, d’un empire colossal), ou d’un point de vue psychologique, lorsque l’on nous oppose constamment l’individuel et le collectif. Łukasz Jastrubczak & Iwo Al-Zand

Several motives on letter S - sculptures go to http://lukaszjastrubczak.com et choisisez “list of sculptures” en bas de la page

This is not a performance #4

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Le sens d e s mots évolue constamment, et cette évolution s’accélère proportionnellement à la rapidité d’évolution de la civilisation. 
L’art contextuel propose un signe, dont le critère de vérité, défini par le contexte pragmatique, évolue sans cesse (une situation apparaît, dans laquelle « p » commence à être « p », commence à ne pas être « p »). L’objet « o » a le sens « s » à l’instant « t », à l’endroit « e », dans le contexte « c », en lien avec la ou les personnes « x » dans le cas là, et uniquement dans ce cas-là. Toute modification de l’un de ces éléments rend caduc le sens précédent. par Jan Świdziński

1. Les objets que je photographie avaient une certaine fonction auparavant. Celui-ci était une fontaine, celui-là était un panneau routier. La relation entre la fonctionnalité et les propriétés esthétiques des objets pourrait être comparée à la relation des mouvements d’avant-garde et de leur représentation après la mort. Lorsque l’art avant-gardiste est institutionnalisé et qu’il entre dans les musées, il devient une sculpture. 2. Parmi tous les objets, sur le moment même, je choisis celui qui devient une sculpture pour moi. La relation est contextuelle. Depuis un certain temps, d’autres personnes ont commencé à me montrer les sculptures potentielles dans les rues. La relation s’est enrichie, pour passer à au moins un objet (sculpture) et deux personnes. 3. Si nous figeons l’une de ces sculptures, à l’avenir, l’interprétation de la fonction de l’objet sera une question de coïncidence. Par conséquent, nous ne savons pas exactement quel est le destin de l’objet. Sa signification, sa fonction ou sa forme potentielle. 4. Les objets que j’appelle des sculptures peuvent être aussi être les vestiges d’un échec. Dans son apparence entièrement matérielle. par Łukasz Jastrubczak

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Several motives on letter S

- sculptures

Si j’avais été à la recherche d’un exemple parfait de sculpture (en rapport à cette série), c’est à Plaveč que je l’ai trouvé.

par Łukasz Jastrubczak

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Mécanismes pour une entente Deadline staff: Valérie de Saint-Do = editor Tomas Matauko = co-editor Łukasz Jastrubczak = design graphique Lucile Magnol, Thomas Desmaison et Marta Jonville = traduction Benoît Chanaud = technique InDesign

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Liste de participants du projet : Agata Dutkowska Alexis Emery-Dufoug Beáta Kolbašovská Cristina David Desmesure collective / Agathe & Fred Edyta Masior , Mario Varga Guillaume du Boisbaudry Jan Sowa Jarosław Wójtowicz Joanna Bednarczyk Judit Kurtág Julie Chovin Kubo Pisek László Milutinovits Lujza Magová Łukasz Jastrubczak Małgorzata Dudek Marek Mardosewicz Marta Jonville Mathieu Lericq Nils Clouzeau Palce Lizac / Dominika & Barbara Paul Maquaire Roman Dziadkiewicz Seydou Grépinet Simon Quéheillard Thomas Desmaison Tomas Matauko Valérie de Saint-Do . invités spéciales : Gaston & Leon Desmesure, Dymitr Sowa-Bojadzijew, Bruno Dziadkiewicz, Florian Patiny The main issue of “Mechanisms For An Entente” is the production of a multiform collective artwork, to promote a deep aesthetic, philosophi cal and political reasoning about the becoming of Central European countries in relation to the idea of the European Union. We want to work the nature of the European condition. imprimé en 500 exemplaires / 10 mars 2014 à Bordeaux www.mecanismespourentente.eu

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Deadline#7bordeaux