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émotionnels ● Modifier les émotions parasites ● Mieux vivre ses émotions

L

Savoir vivre SES ÉMOTIONS

es émotions… amies ou ennemies ? Pour certains, elles sont un mal à proscrire car elles déstabilisent les individus et les groupes. Pour d’autres, elles constituent au contraire une richesse qui donne sens à la vie.

Ce guide pratique montre qu’elles peuvent être l’un et l’autre. Il fournit toutes les clés pour comprendre les mécanismes émotionnels et apprendre à mieux vivre avec ses émotions. L’ouvrage expose tout d’abord la place fondamentale des émotions dans la communication entre individus. Il rappelle les situations où leurs manifestations nous jouent des tours, nous perturbent ou nous font souffrir. Il introduit la notion d’intelligence émotionnelle et permet de diagnostiquer les zones sensibles du vécu émotionnel. Il propose ensuite de travailler sur ces manifestations – au travers de nombreux exercices, techniques et analyses de cas pratiques – pour limiter l’impact des émotions parasites dans la vie quotidienne. Il passe ainsi en revue différentes situations typiques de la vie professionnelle et familiale pour aider à repérer les souffrances émotionnelles dont elles sont porteuses et à lever les blocages et inhibitions qui empêchent individus et groupes de passer à l’action. L’auteur : Psychosociologue, Jean-Yves Arrivé est consultant et coach au sein du cabinet Évoliance (réseau Quaternaire). Il est également maître de conférences associé à l’université de Paris-X.

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Savoirs pratiques

J EAN -Y VES A RRIVÉ

● Identifier ses émotions ● Diagnostiquer ses problèmes

Illustration : Jörg Mailliet Maquette : I. de Moucheron

Savoirs pratiques

Savoir vivre SES ÉMOTIONS

J EAN -Y VES A RRIVÉ

Savoir vivre SES ÉMOTIONS Des notions clés ● Des situations réelles ● Des solutions concrètes ●


Collection « Savoirs pratiques » dirigée par Christian Robin

J EAN -Y VES A RRIVÉ avec la collaboration d’Edmond Marc

Savoir vivre SES ÉMOTIONS ● Identifier ses émotions ● Diagnostiquer ses problèmes émotionnels ● Modifier les émotions parasites ● Mieux vivre ses émotions

www.editions-retz.com

1, RUE DU DÉPART 75014 PARIS


À mon fils Antony

Remerciements Je remercie chaleureusement Edmond Marc, qui m’a amicalement accompagné tout au long de ce projet et m’a éclairé de ses précieux conseils. Merci également à Nathalie Leborgne pour ses suggestions et à Nadine Taës pour sa relecture attentive.

Dans la même collection Savoir développer sa créativité, B. Bouillerce, E. Carré Savoir gérer son temps, J.-D. Ménard Savoir parler avec son médecin, T. Greacen Savoir réussir ses projets, J.-F. Fiehl Savoir s’affirmer, Dr Charly Cungi

© Retz / VUEF, 2001


Sommaire Introduction

....................................................................................................................................................

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1. Les émotions dans la vie quotidienne Sommaire détaillé

Chapitre 1 • Chapitre 2 • Chapitre 3 •

...........................................................................................................................................

À la rencontre de nos émotions ....................................................................... Quand nos émotions nous perturbent et nous font souffrir . Les émotions dans la communication .......................................................

9 11 35 63

2. Comprendre pour agir Sommaire détaillé

Chapitre 4 • Chapitre 5 • Chapitre 6 •

...........................................................................................................................................

Diagnostiquer ses problèmes émotionnels ........................................... Repérer les jeux interpersonnels et sociaux ........................................... Modifier nos émotions parasites ....................................................................

85 87 105 121

3. Mieux vivre ses émotions… Sommaire détaillé

...........................................................................................................................................

Chapitre 7 • …Dans la vie familiale et amicale

131

..................................................................

133

............................................................................

149

....................................................................................

167

Conclusion ....................................................................................................................................................... Bibliographie ..................................................................................................................................................

193

Chapitre 8 • …Dans la vie professionnelle Chapitre 9 •

…Dans la psychothérapie

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Introduction

Les émotions nourrissent notre existence, donnent des tonalités contrastées à notre vie quotidienne et peuvent parfois la perturber sérieusement. Les émotions sont des réactions psychophysiologiques saines et utiles lorsqu’elles sont adaptées à la réalité. Elles permettent de s’orienter, de gérer les situations. Elles sont alors dites réactives ou réactionnelles. Elles ne durent pas. Leur expression libère de l’énergie et aide à la résolution des problèmes. Cependant, si les réponses émotionnelles sont excessives, voire inadaptées, elles génèrent un état de stress. Leur expression reste inutile puisqu’elle est déplacée, sans rapport direct avec la réalité. Une émotion non réactive dure au-delà du problème rencontré. Elle envahit rapidement d’autres secteurs de la vie, se déplace du professionnel au familial, ou inversement. Elle change de cible, se déverse sur d’autres personnes. Sans maîtrise de notre monde émotionnel, il n’y a pas de vie harmonieuse possible.

En psychologie, on entend par émotion une réaction affective passagère, de plus ou moins forte intensité, comportant des manifestations physiologiques et comportementales.

Étymologiquement, le substantif « émotion » est formé du verbe latin movere, qui veut dire « mouvoir », et du préfixe ex, qui suggère un mouvement vers l’extérieur. On pourrait donc en déduire que l’émotion incite à agir. Cette compréhension du terme semble aisément vérifiable lorsque l’on observe des animaux ou de jeunes enfants. Elle paraît moins évidente dès lors que l’on étudie les comportements de l’homme socialisé. Pourtant, même si nous ressentons et exprimons nos émotions de façon différente, selon notre personnalité, notre éducation, notre culture, celles-ci font 5


Savoir vivre ses émotions

partie de la nature humaine. Nous sommes capables de les cacher parfois, de les refouler souvent, peut-être de les dominer… mais certainement pas d’en empêcher l’existence même ! De nombreux auteurs s’accordent pour retenir quatre émotions fondamentales : la peur, la colère, la tristesse et la joie. En y ajoutant la surprise et le dégoût, Paul Ekman1 repère pour sa part six émotions de base. Mais Descartes2 identifait déjà, il y a bientôt quatre siècles, six « passions primitives » : outre la colère, la joie et la tristesse déjà citées, il ajoutait l’admiration, l’amour et la haine. Selon lui, « toute autre manifestation émotionnelle n’était que la combinaison à des degrés divers de ces passions-là ». D’autres spécialistes élargissent ce référentiel en y ajoutant la surprise, la tendresse, le mépris, voire la honte, l’intérêt, l’amour, l’érotisme… Antonio R. Damasio propose, outre les émotions déjà évoquées3, de distinguer des émotions secondaires, comme la jalousie, la culpabilité, et des émotions d’arrière-plan, comme le bien-être, le malaise… Comme nous l’explique ce neurophysiologiste, dans un autre de ses ouvrages4, « la perception d’une émotion relative à un phénomène particulier dépend de la subjectivité de la perception du phénomène en question, de la perception de l’état corporel que celui-ci engendre et de la perception de la modification que tout cela apporte à la tonalité et à l’efficacité des processus de pensée ». C’est de ces perceptions, de ces interactions, des problèmes qu’elles peuvent générer et des possibilités que nous avons d’agir sur nos émotions – ou d’y réagir – dont il est question dans cet ouvrage. Dans la première partie de ce livre, nous évoquons ce que sont les émotions, leur impact sur la communication et la vie relationnelle, les souffrances, les perturbations qu’elles peuvent induire et les moyens le plus souvent mis en œuvre pour en atténuer les conséquences. 1. Paul Eckman, Emotion in the human face, Éditions de la Maison des Sciences de l’Homme, 1982. 2. René Descartes, Les Passions de l’âme, 1649. 3. Qu’il appelle « émotions primaires ». Antonio R. Damasio, Le Sentiment même de soi, Éditions Odile Jacob, 1999, chapitre 2. 4. Antonio R. Damasio, L’Erreur de Descartes, Éditions Odile Jacob, 1995, p. 192.

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Introduction

Dans la deuxième partie, nous proposons une réflexion, des outils et des techniques pour mieux comprendre les manifestations émotionnelles que nous ressentons et trouver des clés, des pistes pour agir sur notre comportement, nos modes d’interaction avec les autres. Enfin, la dernière partie approfondit cette analyse : elle nous permet d’affiner sélectivement nos modes d’action pour mieux vivre nos émotions dans les relations de la vie quotidienne, qu’elles soient amicales ou professionnelles. Il n’est pas nécessaire d’avoir des connaissances scientifiques ou techniques pour tirer le meilleur parti de ce livre. L’ensemble de notre réflexion est illustré par des témoignages et le récit d’expériences qu’il nous a été donné de recueillir ou d’observer dans nos activités de coach, de psychologue ou de thérapeute. De nombreuses notes précisent certaines définitions, proposent des références et apportent des informations complémentaires. Notre objectif est de vous permettre, au travers de la lecture de ce livre, de pouvoir réfléchir et agir sur la plus belle et la plus riche des expériences émotionnelles : la vôtre !

Le coach est un professionnel de l’accompagnment à partir de l’expression problématique de besoins professionnels.

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Les émotions dans la vie quotidienne

partie

1

chapitre 1

À la rencontre de nos émotions La colère .........................................................................................................................

16

La peur ............................................................................................................................

20

La tristesse ....................................................................................................................

23

La joie ..............................................................................................................................

25

Le mécanisme de l’« élastique » ......................................................................

27

Le vocabulaire des émotions .............................................................................

31

chapitre 2

Quand nos émotions nous perturbent et nous font souffrir Une intelligence émotionnelle ?.....................................................................

35

L’émotivité ...................................................................................................................

38

La timidité .....................................................................................................................

42

Le trac ..............................................................................................................................

44

L’angoisse/l’anxiété ....................................................................................................

47

Les phobies ...................................................................................................................

51

Le stress ..........................................................................................................................

52

La dépression ..............................................................................................................

54

Les moyens pour faire face .................................................................................

56


chapitre 3

Émotions et communication Notre rapport au monde .....................................................................................

64

L’expression émotionnelle ..................................................................................

65

La communication : entre authenticité et contrôle .............................

72

Les mécanismes de défense contre l’émotion .........................................

78


c h a p i t re

1 À la rencontre de nos émotions

Depuis des décennies, les émotions sont au cœur de nombreuses recherches menées sur le comportement humain. C’est aisément compréhensible puisque les manifestations émotionnelles sont omniprésentes dans notre existence. Si nous nous plongeons dans nos souvenirs, aussi loin que nous le pouvons, nous y trouvons une naissance, la perte d’un être cher, des retrouvailles, une séparation douloureuse, une dispute mémorable, des livres et des films qui nous ont touchés, des personnes que l’on fuit, d’autres qui nous attirent… La liste pourrait s’allonger à l’envi. En évoquant chacun de ces moments, chacune de ces situations, nous y associons aisément la palette des émotions qui les ont accompagnés et que nous pouvons parfois visualiser, ressentir, et cela même bien des années après. Nous ne savons pas encore expliquer avec précision la genèse des états émotionnels, ou décrire avec certitude les liens étroits entre le psychologique et le physiologique. Si tous les travaux publiés n’aboutissent pas toujours à des conclusions semblables, ils s’accordent néanmoins sur un certain nombre de critères caractérisant les émotions de base.

Les émotions de base, dites aussi « émotions primaires », sont également appelées « émotions discrètes », c’est-à-dire qu’elles sont différenciées les unes par rapport aux autres.

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Les émotions dans la vie quotidienne

On parlera de congruence si l’émotion ressentie est la tristesse et la manifestation observable les larmes.

De nombreuses études ont montré que l’expression et la reconnaissance des émotions sont universelles. Elles se produisent par l’utilisation et le décodage de mimiques faciales spécifiques. Ainsi, on associe les larmes à la tristesse, le rire à la joie… Même si l’on admet que les environnements culturels et sociaux, ainsi que les traditions pèsent fortement, on constate des situations, des contextes spécifiques qui provoquent des réactions déterminées. Les signaux émotionnels et les événements déclencheurs sont universels. La manifestation de l’émotion proprement dite est courte, voire extrêmement brève ; elle peut se ramener à quelques secondes. Ce déclenchement est provoqué par un événement inducteur précis. Les réactions physiologiques surviennent en une fraction de seconde, les mimiques en quelques millisecondes. Cependant, il est difficile de démêler les manifestations objectives de l’expérience (l’émotion) et les différentes manifestations physiologiques et psychologiques qu’elle va déclencher chez le sujet. Le déclenchement de l’émotion est rapide et sa durée limitée. Il y a congruence entre l’expérience émotionnelle et son expression, et réciproquement. On suppose un ensemble psychophysiologique associant étroitement expérience et expression. De plus, nous ne choisissons pas de vivre une émotion ; elle s’impose à nous, en raison de son déroulement rapide, de sa perception automatique et de ses réactions expressives involontaires. L’émotion survient et s’exprime de manière spontanée.` En 1979, un groupe de chercheurs européens a mené une importante enquête, citée par Jacques Cosnier1, dont on peut retenir les éléments suivants : • Les émotions de base, nommées émotions fondamentales par d’autres chercheurs, ont une durée et une intensité variables. • La colère domine à la fois par sa plus grande intensité et par la nécessité de contrôle à laquelle elle est soumise. Elle dure de quelques minutes à quelques heures. Elle décroît avec l’adaptation du sujet ou l’évolution de la situation. 1. Jacques Cosnier, Psychologie des émotions et des sentiments, Éditions Retz, 1994, pp. 32-38.

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À la rencontre de nos émotions

• La peur est de plus courte durée : de quelques secondes à une heure. Elle provoque nécessairement des réactions adaptatives. • La joie est d’une durée variable en fonction de son contexte (une heure à un jour). • Enfin, la tristesse peut se prolonger plusieurs jours et nécessite souvent une période d’adaptation à une situation relationnelle nouvelle (disparition d’une personne, fin d’une liaison…). Dans les situations ou les événements ayant déclenché l’émotion, nous retrouvons souvent (mais pas systématiquement) une attente ou un objectif de première importance pour le sujet. Si nous considérons les « intérêts » qui seraient à l’origine de ces émotions, retenons notamment : – les intérêts personnels, liés à l’intégrité physique et psychologique ; – les intérêts relationnels, traduisant les liens fondamentaux : amicaux, amoureux, familiaux… – les intérêts sociaux, liés aux attentes du respect des normes, de la justice, mais aussi les dispositifs ritualisés qui perpétuent l’ordre social. Il est intéressant de noter que certaines manifestations (pleurer, crier, gesticuler, rire…) sont ressenties comme nécessaires et permettent un soulagement bénéfique. Souvent même, il ne nous est pas possible de les réfréner. La réaction est alors régulatrice de l’état émotionnel. L’hypothèse la plus couramment évoquée par les spécialistes des neurosciences est que ces manifestations sont sous la responsabilité de structures cérébrales spécifiques2. Ainsi, nous pouvons tenter de masquer certaines expressions extérieures de l’émotion, mais il nous est impossible de bloquer les changements qui se produisent dans notre organisme. Cependant, nous savons que les manifestations émotionnelles publiques sont conditionnées par les conventions, les usages sociaux. La « réaction » apparente est donc un compromis entre le contrôle individuel et le contrôle social. 2. Antonio R. Damasio, Le Sentiment même de soi, op. cit., chapitre 2.

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Les émotions dans la vie quotidienne

RÉSUMÉ

Selon les psychologues évolutionnistes, dont Darwin est au XIXe siècle l’un des précurseurs, les émotions qui nous ont permis de survivre et de nous reproduire dans notre environnement ont été sélectionnées au cours de l’évolution de notre espèce et sont génétiquement transmises.

De nombreux chercheurs parlent de l’universalité des signaux émotionnels. Edward T. Hall3 souligne, lui, qu’un même stimulus peut, suivant la culture, générer une diversité des réponses émotionnelles. Ainsi, le rire, chez les Japonais, peut traduire la joie… mais aussi l’embarras. La joie, l’excitation, le plaisir suscités par les combats d’animaux dans certaines cultures provoqueront chez d’autres le dégoût ou la colère… Avant lui, Eckman4 et même Darwin avaient cherché à associer expressions du visage et émotions fondamentales. Cela ne peut que conforter la conviction des spécialistes estimant que la plupart des réponses émotionnelles se sont développées et adaptées au fil de l’évolution, et qu’elles font partie de dispositifs biorégulateurs. Cela expliquerait, en effet, au-delà des différences morphologiques et de la variété des cultures, la cohérence et la similitude de certaines expressions émotionnelles.

Ekman et les émotions fondamentales Observez ces visages. Au travers de leur expression générale, mais aussi de caractéristiques précises, vous allez identifier les émotions qu’elles traduisent.

La colère : mimique de préparation à l’attaque. La surprise : élévation des sourcils. La joie : l’idée du « vrai sourire ». Le dégoût : grimace universelle, selon Ekman. La tristesse : relâchement des muscles de la mâchoire et contraction du muscle sourcillier. La peur : visage pâle, ouverture des yeux très grande.

3. Edward T. Hall, Le Langage silencieux, Éditions du Seuil, « Points », 1984. 4. Paul Eckman, « Facial expressions of emotions : new findings, new questions », Psychological Science 3, 1992.

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À la rencontre de nos émotions

Plus familiarisés maintenant avec les différentes conceptions et représentations des émotions, nous allons nous intéresser à certaines réactions, plus ou moins fréquentes, que nous jugeons excessives et inadéquates par rapport aux situations que nous sommes en train de vivre : Exemples : « Lorsqu’un de mes interlocuteurs arrive en retard, je me mets dans une colère folle… » « Prendre la parole en public me terrorise, et je préfère m’abstenir de faire part de mon opinion… » « Je fuis jusqu’à perdre haleine à la vue d’un reptile… » « Je me sens extrêmement nerveux et agressif à la veille d’une reprise du travail… »

Dans ces situations, nos comportements ne sont pas forcément des réponses appropriées. Nous insistons tout au long de cet ouvrage sur le fait que l’expression des émotions est une réaction utile et même efficace lorsqu’elle est adaptée à la réalité, lorsqu’elle est bien « calibrée ». Celle-ci libère une énergie, parfois même une force, dont l’individu ne se serait pas cru capable. Antonio R. Damasio5 affirme que « par certains côtés, la capacité d’exprimer et de ressentir les émotions est indispensable à la mise en œuvre des comportements rationnels ». Il suggère donc qu’elles nous aident, en lien étroit avec les mécanismes physiologiques qui sont sous-tendus, à prendre conscience de nos états affectifs et à sélectionner les bonnes décisions dans un certain nombre de situations. Il va même jusqu’à émettre l’hypothèse, en s’appuyant sur des travaux conduits dans le laboratoire qu’il dirige, que l’émotion fait partie intégrante des procédures de raisonnement et de prise de décision « pour le meilleur et pour le pire6 »… Cependant, si cette réaction émotionnelle est trop forte et inadaptée à la situation vécue, elle devient parasite, puisqu’elle n’est plus en adéquation avec ce vécu immédiat. Elle peut même se déplacer, envahir notre vie personnelle tout entière ou se projeter sur d’autres personnes de notre entourage professionnel ou personnel.

Comportement rationnel : selon A. R. Damasio, les émotions font partie des dispositifs qui nous régulent et qui nous permettent de survivre

5. Antonio R. Damasio, Le Sentiment même de soi, op. cit. L’auteur dirige le département de neurologie de l’Université de l’Iowa, aux États-Unis. 6. Id., ibid.

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Les émotions dans la vie quotidienne

Disproportionnée, elle perturbe notre fonctionnement cognitif (le « trou » d’un candidat lors d’un examen, d’un entretien), nos comportements (la peur qui nous paralyse au moment où il faudrait agir) et nos relations (la gêne qui nous fait rougir et nous déstabilise face à un interlocuteur). Nous présentons, dans les chapitres suivants, ces perturbations et les moyens d’y faire face. Dans un premier temps, nous allons expliquer ce que sont plus précisément les principales émotions et leurs manifestations, en commençant par celles que nous avons appelées « émotions fondamentales » dans l’introduction de ce livre. LA COLÈRE C’est une réaction face à l’injustice, à la frustration, à la sensation d’être attaqué. C’est donc un refus, une protestation. Elle indique les limites de l’acceptable et, parfois aussi, nos propres limites ! Elle nous permet de défendre nos valeurs. La colère peut être une émotion positive, qui permet de faire évoluer favorablement une relation. Si nous avons objectivement le sentiment de nous trouver face à une réelle injustice, à un événement frustrant, à une atteinte à notre intégrité, alors la colère est une expression justifiée de ce que nous ressentons. Il est nécessaire de l’exprimer, mais il s’agit de la manifester d’une façon qui soit adaptée à la situation vécue, compréhensible et recevable par notre interlocuteur. Il n’en reste pas moins que l’analyse que nous faisons de la situation est déformée par notre subjectivité, notre histoire personnelle. Nos réponses risquent très vite d’être disproportionnées, et les effets de cette colère, sur nous comme sur l’autre, inadaptés et négatifs. Citons notamment : • L’évitement : j’affecte une distance, j’évite soigneusement la personne à la source de l’émotion. Mais en fait, la colère contenue finira par se muer en véritable rancœur. Elle ressurgira tôt ou tard, avec un risque d’affrontement violent, ou elle se déplacera, c’est-àdire qu’elle s’exprimera dans une autre situation. • La soumission : je place l’autre au premier plan. J’ai le souci de minimiser la situation. En fait, je ne prends pas en compte mon 16


À la rencontre de nos émotions

propre vécu, mes propres besoins. C’est donc contre moi que se retourne cette colère. • L’agressivité : j’exprime ma colère dans toute sa violence gestuelle et verbale. J’ai pour but final d’impressionner, de faire peur et d’imposer mon point de vue. Tous les moyens sont « bons » : dévalorisation, attaque personnelle, culpabilisation, intimidation, provocation… Que ce soit sur le mode contenu, refoulé ou sur le mode violent, explosif, rien n’est réglé. Une fois la situation passée surgissent l’auto-accusation (« J’ai été mauvais », « J’aurais dû »…), le sentiment d’impuissance, voire d’échec (« Je suis incapable de », « Je n’arriverai jamais à »…). Cela pourra être l’escalade, le dérapage verbal, voire physique. On risque de toutes façons de générer ensuite la culpabilité (« Je suis peut-être allé trop loin »…), la rancune envers l’autre (« C’est de sa faute, il n’avait qu’à pas »…). Le système finit par s’auto-alimenter. À une nouvelle explosion de colère succédera une phase de regret, puis de rancœur… C’est la base possible d’un jeu décrit par l’analyse transactionnelle. N’oublions pas que derrière l’expression d’une colère se cache le plus souvent l’expression d’un besoin, d’une attente ou d’un souhait. La colère, sous réserve qu’elle s’exprime de façon mesurée et adaptée à la situation et à l’interlocuteur, peut faire évoluer une situation si elle ne se limite pas à un simple éclat de voix, si elle est accompagnée de l’expression justifiée de cette attente, de la formulation d’une demande. La colère est, de façon plus ou moins consciente, une manifestation qui vise à déclencher une émotion chez l’autre. C’est le plus souvent la peur qui, si l’objectif est atteint, doit permettre d’éviter l’affrontement. Ce sera parfois la crainte du jugement qui conduit le parent à céder à l’enfant pour que la colère cesse. Pour Paul Eckman, « la colère est l’émotion la plus dangereuse » car elle pousse à combattre. Rejoignant la réflexion d’Antonio R. Damasio sur l’aspect « archaïque » de l’élaboration des processus émotionnels, il rappelle que nos émotions se sont développées « en des temps où nous ne possédions pas les techniques qui confè-

L’analyse transactionnelle est née dans les années 1950. Son créateur, Éric Berne, souhaitait permettre à chacun de comprendre ses propres comportements, ceux des autres, et d’améliorer la qualité de ses relations avec autrui. Certains des outils, techniques, grilles de lecture de l’AT, vous sont présentés pp. 105 s.

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Les émotions dans la vie quotidienne

rent une telle puissance d’action. […] À l’époque préhistorique, lorsque sous le coup de la colère un homme voulait en tuer un autre, il ne pouvait le faire facilement. Maintenant, il le peut !7 » Nous vous proposons maintenant une première introspection pour vous mettre en rapport avec cette émotion. Laissez revenir à la mémoire quelques-unes de vos récentes colères. Que s’est-il passé avant, pendant et après ? Que dit-on de vous ? EXERCICE 1

Nos colères sont-elles des réponses adaptées ? Barème : Très souvent : 3 points. Assez souvent : 2 points. Rarement : 1 point. Jamais : 0 point. On dit de moi que…

Très

Assez

souvent souvent

Rare-

Jamais

ment

Je suis agressif. Je suis du genre à réagir au quart de tour. Je parais toujours être sous tension. Je hausse le ton facilement en cas de désaccord. Dès que je m’énerve, cela se voit. Je déteste attendre. Je clos brutalement une discussion en partant. J’ai du mal à trouver des compromis. J’aime avoir toujours raison. J’emploie parfois des mots blessants quand je m’énerve. • Un total supérieur à 20 points doit amener à vous interroger sur le sens réel et sur les conséquences de ces manifestations de colère fréquentes. Que cachent-elles en fait ? Quels dysfonctionnements induisent-elles dans le rapport aux autres ? Quels en sont les bénéfices cachés ? les conséquences négatives à court et à long terme ? Pour autant, l’absence de manifestations de colère n’est pas nécessairement positive ! • Un total de moins de 10 points doit vous conduire à une réflexion sur vos comportements, qui ne sont pas forcément toujours adaptés aux événements que vous vivez quotidiennement. Refuser systématiquement la colère peut refléter une attitude trop soumise, dans laquelle vous n’êtes pas reconnu. Vous ne vous donnez pas les moyens d’être respecté.

7. Paul Ekman, cité par David Goleman, L’Intelligence émotionnelle, Éditions Robert Laffont, 1997.

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À la rencontre de nos émotions

Ressentir et exprimer sa colère de manière circonstancielle, adaptée à l’événement, dans le respect de soi et de l’autre est important. Si vous avez des difficultés, nous vous proposons d’y travailler dans la deuxième partie de ce livre : « Comprendre pour agir ». Exemple :

Patrick a déposé pour la seconde fois en trois mois son téléphone portable au service après-vente, il y a quatre jours, en précisant qu’il avait vraiment besoin de le récupérer au plus vite. Il repasse comme convenu le lundi matin et là, un employé lui répond qu’il n’est pas revenu de l’atelier. Patrick sent la colère monter, mais tente de se contenir. Il rappelle la promesse qui lui avait été faite de tenir les délais. L’air agacé, son interlocuteur lui répond qu’il n’y peut rien, que ce n’était pas lui qui était là et qu’il valait mieux revenir demain. Et aussitôt après, il s’adresse au client suivant. Patrick devient fou furieux. Écarlate, il déchire le bon de dépôt de son appareil et jette les morceaux à la figure de l’employé qui le regarde interloqué, en hurlant qu’il a affaire à « des médiocres, des incapables… » et il part en bousculant, sans s’excuser, deux clients qui venaient d’entrer dans le magasin.

Patrick, qui se décrit lui-même comme un grand coléreux, dit que de telles crises le font souffrir. Il repense souvent à ces situations et il culpabilise. Il lui arrive même parfois, comme dans la situation décrite ici, de revenir s’excuser auprès de son interlocuteur. Mais en même temps, lorsqu’il sent la colère monter, il ne parvient pas à la maîtriser. Il doit donc travailler sur lui-même pour pouvoir mieux contrôler son comportement. Exemple :

Martine a vraiment le sentiment de s’impliquer dans son travail, de donner le meilleur d’elle-même. Elle n’hésite d’ailleurs pas à rester le soir pour boucler un dossier, donner un coup de main dans le service lorsqu’elle voit un collègue en difficulté. Elle s’attendait d’ailleurs à voir cet investissement personnel récompensé et a demandé un entretien à son chef pour en parler avec lui. Et là, abasourdie, elle n’a entendu que des reproches : un travail manquant de précision, des affaires en souffrance, une tendance à la dispersion. Martine bouillait intérieurement. « J’avais envie, dit-elle, de lui faire éclater la tête, de lui clouer le bec. Je voulais le frapper. » Pourtant, elle n’a pu que bredouiller quelques mots et elle est sortie de l’entretien en baissant la tête, sans avoir esquissé la moindre défense.

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Les émotions dans la vie quotidienne

Ainsi, à l’inverse, Martine ne se donne pas le droit d’exprimer la colère qu’elle ressent. Elle imagine pourtant que « ça doit se voir : je serre les dents, je suis sûre que je suis blanche, je serre les poings… ». En fait, en poussant plus loin l’analyse, elle va comprendre qu’elle a réellement peur de perdre tout contrôle si elle commence à exprimer l’émotion qui l’étreint. Elle choisit donc la fuite. LA PEUR La peur on retrouve, quels que soient les cultures et les individus, l’expression de peurs qui paraissent universelles (face à un prédicateur, à un précipice…)

20

La peur, en tant que réelle émotion de base (voir p. 13), est provoquée par une situation précise, un événement identifié. On a peur de quelque chose, de quelqu’un… En revanche, certaines peurs sont ressenties bien avant que les événements ne se produisent. On parlera alors de crainte, d’appréhension. Enfin, il existe des états de « peur » irrationnels, comme l’anxiété, l’angoisse, dont les manifestations peuvent être quotidiennes. La peur est, là encore, à l’origine, une émotion adaptative. Elle alerte sur un risque, un danger. C’est une réaction courante et même naturelle face à l’inconnu. Elle permet d’anticiper ce qui va venir et, éventuellement, de s’y préparer. La peur donne l’alerte à tout notre organisme qui se prépare à une réponse appropriée. Notre système nerveux central analyse la situation afin de choisir la réponse la plus adaptée à la situation : faire face au danger, se protéger en restant parfaitement immobile, fuir, demander de l’aide… Comme dans l’expression de toute émotion, les manifestations physiologiques qui l’accompagnent sont nombreuses : accélération des rythmes cardiaque et respiratoire, transpiration, pâleur, contractions musculaires, mains tremblantes… Il est important de laisser s’exprimer cette peur, de la vivre, de la verbaliser. Les tentations de rationalisation qui risquent d’arriver simultanément sont souvent inopportunes : « Comment peux-tu avoir une telle peur ? », « Retiens tes larmes, on te regarde ! », « Fais bonne figure, enfin, tu es un homme ! », « Mais tu n’as aucune raison d’avoir peur… Maman (Papa) est là… ! » Ces injonctions sont un produit de la culture, de l’éducation. Elles expriment la part plus ou moins importante de notre condi-


À la rencontre de nos émotions

tionnement social et risquent de mobiliser notre énergie à masquer, rationaliser, au lieu de l’utiliser pour faire face efficacement à la situation vécue. La peur, dans notre culture, est souvent mal perçue, et cela s’exprime dans les comportements parentaux dès la petite enfance. L’une des toutes premières peurs exprimées par l’enfant est la peur du « noir », symbolique d’angoisses souvent plus importantes : fantasmes de séparation, de mort. Certains adultes ont alors la tentation de brusquer l’enfant en pensant, souvent de bonne foi, l’aider à « grandir ». Le danger est de placer ce dernier face à un dilemme : continuer à exprimer ses craintes et prendre le risque de perdre l’estime des parents ou essayer de cacher un sentiment toujours ressenti. De telles situations sont souvent à l’origine des « élastiques ». Nous développons ce point à la fin du chapitre (voir pp. 27-30). Exemple :

Annie a 35 ans. Elle est inquiète depuis quelques jours car la santé de son père s’est fortement dégradée. Dès que le téléphone sonne, elle ne peut s’empêcher de sursauter. Brutalement, son rythme cardiaque s’accélère, ses mains deviennent moites. Lorsqu’elle s’empare du combiné, sa voix est mal assurée, tremblante. Elle essaie de se raisonner mais n’y parvient pas. Elle n’ose même pas parler de ce qu’elle ressent à son mari ou à son entourage proche.

Les élastiques : ces moments de la vie où un élément vécu nous ramène plus ou moins consciemment à notre passé.

Nous constatons deux choses : des réactions disproportionnées aux « signaux émis » – le timbre du téléphone, un bruit de sonnette à l’entrée –, mais aussi une honte et une culpabilisation de la peur ressentie. Il est possible d’imaginer que le fait de parler de ce vécu douloureux, de faire comprendre à son entourage ce qu’elle ressent permettrait à Annie de recevoir un soutien, qui l’aiderait dans cette période difficile. Elle se sentirait moins seule et pourrait comprendre que cette angoisse est tout à fait acceptée par ses proches et n’a rien d’extravagant. Sa famille ou ses amis pourraient même, en renforçant leur présence – par des manifestations d’affection, d’amitié au quotidien –, l’aider à prendre un peu de recul par rapport à ce problème (la santé de son père), dont on peut penser qu’elle surestime le risque. 21


Les émotions dans la vie quotidienne Exemple :

F a b r i c e a 8 ans. Sa mère, considérant qu’il est un « grand », exige qu’il descende régulièrement à la cave, où l’on stocke les provisions. L’escalier est plutôt étroit et sombre. Le jeune garçon s’y rend alors toujours en chantant ou en continuant à parler, comme pour se rassurer. Il dévale les marches, au risque de se rompre le cou, attrape à la volée ce qu’il est venu chercher, claque violemment la porte et remonte les escaliers quatre à quatre.

Là encore, il y a interaction de deux messages « sociaux ». Celui d’un parent qui estime que la norme pour un enfant (et un garçon) de 8 ans est d’être « grand », donc d’être capable d’accomplir un certain nombre d’actes dont lui, adulte, décide qu’ils sont nécessaires. Celui d’un enfant qui tente de s’adapter. Il essaie de surmonter sa crainte, se soumet à la volonté de l’adulte et tente de se rassurer par des rituels comportementaux. Quelle conséquence cette situation, en apparence banale, aurat-elle sur le comportement de Fabrice à l’âge adulte (surtout si l’on imagine que les parents doivent envoyer régulièrement d’autres messages normatifs) ? Les adultes décident souvent de ce qu’il est bon de faire à la place de leurs enfants à partir de leur propre histoire et de leur personnalité. Dialoguer avec l’enfant sur ses craintes, ses peurs, plutôt que d’imposer des normes doit lui permettre de trouver les moyens d’affronter les situations qu’il pressent dangereuses et de les dépasser. Exemple :

Alain a 47 ans. Il est cadre dans une entreprise qui connaît depuis quelque temps une situation difficile. Un plan social est en préparation. Il redoute les contacts avec ses responsables hiérarchiques et évite de les appeler, même s’il se trouve en situation d’échec. Il n’arrive plus à gérer correctement les dossiers dont il a la charge. Il se sent, c’est ainsi qu’il l’exprime, « complètement dépassé ». Il a de plus en plus de mal à se lever le matin pour aller travailler. Il craint par-dessus tout une convocation pour un entretien qui, selon lui, ne pourrait avoir d’autre objectif que de lui annoncer son licenciement.

On voit ici comment la peur n’est plus une émotion réactionnelle à un événement concret. On est bien dans un scénario irrationnel, où les signaux sont délibérément interprétés comme négatifs. Ils conduisent à un comportement qui ne peut qu’aggra22


À la rencontre de nos émotions

ver la situation. En ne travaillant plus en relation avec ses responsables hiérarchiques, Alain risque de commettre des erreurs, de se priver d’une source d’information essentielle et, pour le coup, de se trouver dans une situation professionnelle encore plus difficile. De plus, il prête à ses interlocuteurs des intentions pour lesquelles il est incapable de trouver un fondement rationnel. Un entretien peut certes avoir pour objectif un licenciement, mais il est aussi l’occasion d’aborder de nombreux autres aspects de la vie professionnelle. Un modèle intéressant, nommé ennéagramme, qui serait dû à Pythagore, est fort bien présenté par Éric Salmon8. Il distingue neuf types de personnalité : perfectionniste, épicurien, altruiste, battant, romantique, observateur, loyal, chef et médiateur. On retiendra notamment que chaque profil est caractérisé par une peur dominante qui va parasiter l’ensemble des autres sentiments et émotions exprimés. Ainsi, le « chef » a la crainte de montrer ses faiblesses, le « romantique » vit dans la terreur d’être abandonné, le « loyal » dans l’inquiétude d’être trompé, trahi. La peur est donc bien omniprésente dans notre vie quotidienne et va plus ou moins consciemment influer sur nos comportements, nos relations avec autrui. Repérer ses peurs dominantes est la première étape vers une plus grande maîtrise de ses émotions.

Ennéagramme : ennea correspond au chiffre « neuf » et gramma veut dire « figure ». Il s’agit d’un cercle divisé en neuf parties égales. On y positionne neuf « passions », ce terme devant être entendu comme des souffrances qui sous-tendent nos actions. La représentation graphique montre les interactions existant entre elles.

LA TRISTESSE La tristesse est une émotion naturelle. Elle se manifeste plus particulièrement dans des situations telles qu’une déception, une perte, un échec, un sentiment de rejet, de manque d’amour ou d’affection. La tristesse est une étape normale face à la situation rencontrée. Elle peut permettre de se préparer à une acceptation de la réalité. Elle est souvent l’expression de ce « deuil » nécessaire. Les manifestations de la tristesse sont le signe tangible d’un travail qui est en cours et qui va faciliter une reconstruction de soi adaptée à 8. Éric Salmon, ABC de l’ennéagramme : reconnaître les différentes forces qui nous animent, Éditions Grancher, 1997.

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Les émotions dans la vie quotidienne

l’épreuve qui est vécue. C’est un moment fort d’investissement de soi, qu’il faut accepter de vivre complétement, sans culpabilité et sans autodévalorisation. Exemple :

Anne est en vacances dans la maison familiale avec son ami rencontré il y a bientôt un an. À l’issue de la première journée du séjour, il lui annonce brutalement qu’il souhaite mettre fin à leur relation. Anne sent son cœur s’emballer, elle frissonne et sanglote. Elle lui demande de la laisser seule et elle reste prostrée pendant environ deux heures. Elle va ensuite le retrouver dehors et essaie de provoquer une discussion pour comprendre la situation. Son ami se dérobe et lui annonce son départ le soir même. De son côté, Anne décide de rester seule.

Cette situation est difficile à vivre. Elle survient brutalement. La tristesse qui envahit Anne est une émotion tout à fait adaptée à ce qu’elle vit. Elle est le prélude à un nécessaire travail d’acceptation de la rupture et de deuil de la relation. Exemple :

Martine est mariée et mère de deux enfants, âgés de 7 et 4 ans. Les relations sont tendues dans le couple et la communication limitée. Un soir, alors que Martine bavarde tranquillement avec ses deux fils, elle apprend par l’aîné que leur père a eu récemment une conversation avec eux. Il leur aurait, entre autres choses, expliqué qu’au fond, leur mère ne les aimait pas. Martine s’est à ce moment-là sentie abattue, incapable de la moindre réaction. « C’est comme si j’avais reçu un choc violent sur la tête », dira-t-elle après. Incapable de réagir « à chaud », elle est allée s’enfermer dans sa chambre pour s’effondrer en larmes puis essayer de retrouver son calme.

Bouleversée, Martine « choisit » d’aller essayer de reprendre son calme à l’écart. Elle est profondément triste. D’abord, de découvrir que son mari est capable de ce qu’elle qualifie elle-même de trahison. Ensuite, de penser que ses propres enfants ont pu douter de son amour pour eux. Cette forte réaction émotionnelle est bien compréhensible. Elle va être une étape avant la réaction de dialogue qu’elle a choisi de provoquer entre son mari, ses fils et elle. Exemple :

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Stéphane est lycéen en classe de terminale. Il a travaillé toute l’année « sans forcer », selon ses dires. Cet été, il a prévu un séjour au bord de la mer avec des copains et il prépare avec enthousiasme sa rentrée à l’IUT. Il découvre ce


À la rencontre de nos émotions matin que, contre toute attente, il est « collé au bac ». Il tremble, ses mains sont moites. Il relit interminablement la liste affichée sur le Minitel. Il monte en trombe dans sa chambre, jette violemment tous les livres posés sur son bureau et s’écroule sur son lit. Il s’agite, crie, mais n’arrive pas à laisser couler les larmes.

Ce témoignage nous montre que, parfois, l’intensité émotionnelle qui s’exprime n’est pas si simplement qualifiable qu’il y paraît. Chez Stéphane, une réflexion distanciée montre qu’en fait, il était partagé entre la surprise, la tristesse et la colère. Surprise, car il était persuadé qu’au fond, il serait reçu ; tristesse en imaginant tous ses projets tomber à l’eau et la déception de son entourage ; colère contre les enseignants d’abord, qui l’avaient « saqué », puis contre lui-même ensuite, se reprochant de ne pas avoir assez travaillé et d’avoir pris des risques. La perte est le déclencheur commun de la tristesse, dans les trois exemples que nous présentons, mais aussi dans la plupart des situations où cette émotion se produit. Cela peut être, comme pour Anne, la perte d’un compagnon. Cette perte est parfois provisoire, comme dans le cas d’une séparation pour une longue période (déplacement professionnel, voyage…). Elle peut être définitive (décès, rupture amoureuse). Mais cela peut être la rupture avec un environnement : la maison de son enfance, un changement de pays. C’est parfois la perte d’un statut, en cas d’échec à un examen, lors de l’exclusion d’un groupe d’amis ou d’un licenciement. Le danger est que, au-delà de la période bien naturelle de tristesse, se développe une attitude qui conduit à ne voir que les aspects négatifs d’un vécu, qui ignore l’environnement et s’enferme dans l’isolement. On peut constater un glissement de la tristesse vers la dépression (voir pp. 54-56), la mélancolie. LA JOIE La joie est très peu évoquée dans la littérature consacrée aux émotions. C’est probablement parce qu’elle jouit d’une connotation plus positive. On dit parfois que « les gens heureux n’ont pas

La joie : selon une étude publiée aux ÉtatsUnis en 2000, les recherches sur les émotions positives comme la joie sont 17 fois moins nombreuses que celles consacrées aux émotions comme la peur, la colère, la tristesse (source : “Subjective emotional well being” in Handbook of emotions).

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Les émotions dans la vie quotidienne

d’histoire ». Si la joie intéresse moins les chercheurs, c’est probablement que ses manifestations n’ont pas de conséquences négatives sur les individus et les relations avec leur environnement. Elle procède cependant bien des mêmes phénomènes que les autres émotions de base. Elle se traduit également par des modifications physiologiques : cœur qui bat, sensation de légèreté… Sur le plan relationnel, la joie va souvent conduire à vivre de façon plus détendue, à accorder plus d’indulgence à ses interlocuteurs, voire même à les idéaliser… momentanément ! Le risque (relatif ) peut être, dans ce dernier cas, d’abaisser le seuil de vigilance et d’agir impulsivement, sans mesurer les conséquences de paroles prononcées ou de décisions prises dans l’enthousiasme du moment. Exemples : Sébastien est euphorique. Il vient de passer avec succès les épreuves pratiques du permis de conduire et repart muni du précieux « document rose ». Il jubile et sourit en marchant rapidement. Il projette de rentrer au plus vite chez lui pour se jeter sur le téléphone et avertir ses parents et amis. Il a envie de chanter, de faire partager à tout le monde son formidable enthousiasme. Aline est folle de joie. Persuadée qu’elle n’intéressait pas les hommes, elle a rencontré, il y a une semaine, celui qu’elle croit déjà être le « compagnon de sa vie ». Elle est follement amoureuse, n’arrive plus à se concentrer sur son travail. Elle ne pense qu’à lui, s’imagine déjà dans sa nouvelle vie. Elle est disposée à tout changer pour lui. Elle ne prête aucune attention à quelques « détails » qui, en temps ordinaire, l’auraient indisposée. Elle vit chaque instant avec jubilation. Après six mois de vaines recherches, Antoine vient enfin de trouver un emploi. Certes, c’est un contrat précaire, mais c’est mieux que rien. Très enthousiaste, il accepte toutes les tâches qu’on lui confie, même si elles ne correspondent guère à ce qui lui avait été annoncé. Ses collègues le traitent avec condescendance et semblent décharger sur lui des activités les plus ingrates. Tout à son plaisir d’avoir enfin un poste, Antoine n’accorde pas, au cours des premiers jours, beaucoup d’attention à ces comportements, qu’il estime provisoires. « Ça passera quand ils me connaîtront mieux », affirme-t-il.

Ce qui peut frapper dans ces trois courts récits, c’est cette sorte d’état second qui caractérise les comportements des personnages. Tout à leur émotion, ils ne s’intéressent qu’à l’aspect positif des 26


À la rencontre de nos émotions

choses. C’est comme si la joie suspendait tout esprit critique. Ces moments sont très importants pour l’équilibre de l’individu. Cependant, cette joie, lorsqu’elle subsiste de façon un peu irrationnelle, contient en germe le risque d’une forte déception, d’un brutal retournement de situation. Ainsi, Antoine pourra, dans quelque temps, avoir le sentiment d’être « le pigeon, le larbin ». Aline, si le couple n’évolue pas comme elle l’imagine, aura l’impression « d’avoir tout sacrifié pour un homme qui n’en valait pas la peine »… La joie, comme les autres émotions, se traduit sur un plan physiologique. Le sourire illumine le visage, la démarche est plutôt vive, alerte. Chez l’enfant, elle se traduit par des bonds, des sautillements auxquels l’adulte, lui, se laisse plus rarement aller, suivant l’environnement et le contexte. On note encore les sifflotements, une chanson fredonnée. Enfin, dans certains moments particulièrement forts (une personne retrouve un être cher après une très longue séparation, un sportif vient de remporter une grande victoire…), ce sont les larmes qui expriment spontanément l’intensité de l’émotion vécue. LE MÉCANISME DE L’« ÉLASTIQUE » L’expression des émotions est souvent beaucoup plus subtile et complexe. Dans les différentes situations de notre vie quotidienne, nous pouvons les retrouver en interaction, amenant à l’esprit des sentiments parfois contradictoires. Ainsi, le jour du mariage peut certes être un moment de joie intense, mais la tristesse de perdre son statut de fils/fille vient parfois teinter cette journée de moments de nostalgie, de regret. À la tristesse, la douleur générées par la perte d’un père ou d’une mère peuvent, à l’inverse, venir se mêler, dans certains cas, un soulagement, une joie d’être libéré d’un véritable carcan. Ces expressions émotionnelles peuvent faire naître sur le moment un vif sentiment de culpabilité : « Comment puis-je penser des choses comme ça ? Je suis abject, inhumain. » Il convient pourtant de les accueillir avec nuance, un grand respect de soi, et de prendre le recul nécessaire pour vivre avec serénité les semaines, les mois qui vont suivre. 27


Les émotions dans la vie quotidienne

Nous avons précisé dans l’introduction de cet ouvrage que les émotions sont réactionnelles. Cela signifie concrètement qu’elles se manifestent indépendamment de notre volonté. Ce sont probablement la perception, puis l’analyse de quelques indices qui déclenchent un comportement, certes inadéquat dans le moment présent, mais qui a dû être adapté à une situation vécue par le passé. C’est ce que l’analyse transactionnelle nomme « un élastique » (voir chapitre 5, p. 105). L’idée centrale est que certains éléments de la situation que nous vivons dans l’instant nous ramènent, de façon tout à fait inconsciente, à notre passé, comme si nous étions tirés en arrière par un puissant élastique. À cette époque, nous avons probablement vécu un événement plus ou moins traumatisant que nous n’avons pu gérer. Il nous a été impossible de communiquer, d’exprimer ce que nous avions ressenti. D’une certaine façon, on peut dire que cette émotion est restée « active ». Cela signifie qu’elle est restée en veille, en attente, et qu’il a suffi d’un stimulus, d’un déclencheur pour la réactiver dans toute son ampleur. Même si nous ne sommes pas capables d’en parler, là, maintenant, certaines personnes et/ou certains environnements vont agir comme des « déclencheurs » (nous retrouverons d’ailleurs ce terme un peu plus loin), et raviver ce passé douloureux. Cette expression émotionnelle reste pour nous incompréhensible. Nous la trouvons probablement disproportionnée, en décalage total avec la réalité vécue, mais pourtant… Personne ne peut prétendre être complètement dégagé de ce phénomène. Cependant, travailler à l’identification de nos élastiques peut nous aider à progresser. Au travers des récits ci-après, nous tentons d’illustrer le mécanisme de l’« élastique » et les événements qui sont, selon les témoins, à l’origine du phénomène. Exemples : Sophie est une mère de famille très anxieuse. Elle a un côté « mère poule » très prononcé, qui agace ses enfants et parfois même son mari. Elle ne supporte pas la sonnerie du téléphone. Elle sent son cœur s’emballer à chaque fois. Elle est angoissée à l’idée de devoir répondre. On peut parler d’une

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À la rencontre de nos émotions véritable « phobie du téléphone ». Au cours d’un travail thérapeutique, elle rattache à son problème le souvenir suivant : Sophie passait ses vacances en famille. La veille de son retour pour la rentrée des classes, le téléphone a sonné… Sa tante est rentrée dans le salon, le visage défait… Elle a essayé de lui annoncer, avec ménagement, la mort de son père. Sophie s’est mise à hurler, à frapper tous ceux qui l’entouraient, en les traitant de menteurs… Alain s’inscrit régulièrement pour suivre des stages d’expression orale, de prise de parole en public. Pourtant, il ne progresse pas réellement. Il se sent toujours terrorisé lorsqu’il doit parler en réunion. Il a pris depuis peu un poste de manager et décide de travailler sur son problème dans le cadre d’un coaching. Au cours du travail émerge un souvenir : Alain avait 8 ans lorsqu’au cours d’un repas de famille, il a été contraint de venir au centre de la pièce, pour « dire un poème ». Il a bafouillé, s’est mis à pleurer. Son père l’a violemment réprimandé. Il a été l’objet des moqueries de ses frères, mais aussi des autres enfants présents. Adrien, qui a 27 ans, est souvent angoissé lorsqu’il arrive dans un endroit nouveau, et plus particulièrement à la campagne. Il doit faire le tour de toutes les pièces, ne peut s’empêcher de regarder sous les meubles, de vérifier le contenu des tiroirs, le tout avec appréhension. Il rattache cette crainte à l’événement suivant : C’était l’une des toutes premières fois où Adrien avait obtenu de rester seul à la maison, alors que ses parents étaient sortis. « Zappant » de chaîne en chaîne, il tombe brusquement sur une émission consacrée aux serpents et aux dangers qu’ils peuvent représenter. Terrorisé, il a couru s’enfermer dans sa chambre après avoir vérifié partout qu’aucune bestiole ne s’y trouvait.

Avec nos regards d’adultes et notre discours rationalisant, nous allons peut-être trouver ces situations bien banales, anecdotiques, voire, pour certains d’entre nous, grotesques. Donnons-nous cependant le temps de la réflexion. Que peut bien cacher cette fameuse « rationalité » ? Les normes, les règles qui nous coupent de notre vécu ne posent-elles pas un voile et parfois même une chape de plomb entre nos sentiments les plus profonds, nos émotions et notre façon de les vivre ? Nous sommes, pour la plupart d’entre nous, rattachés de manière invisible par des « élastiques » à notre passé. C’est en tra-

Les normes : les normes sont des ensembles de règles admises sans formulation stricte, mais correspondant aux attentes de la collectivité qui est généralement favorable à des sanctions en cas de non-observation (source : Lexique des sciences humaines, Éditions Dalloz).

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Les émotions dans la vie quotidienne

EXERCICE 2

vaillant au repérage de ces « élastiques », pendant un temps plus ou moins long, que Sophie, Alain et Adrien ont pu identifier la genèse d’un certain nombre de réactions qu’ils vivaient de façon douloureuse dans leur vie d’adulte. Mais il ne suffit pas d’identifier un « élastique » pour avoir réglé à tout jamais le problème. Cependant, en y travaillant, il est possible de prendre une certaine distance et, par voie de conséquence, de limiter les expressions émotionnelles inadaptées. Efforcez-vous de repérer vos « élastiques » 1. Installez-vous dans un endroit calme et relaxez-vous. Évoquez une situation où votre réaction vous est apparue comme très excessive (colère, peur…) : – Quand cela s’est-il produit exactement ? – Dans quel contexte ? – Qu’avez-vous ressenti à ce moment-là ? – Quelles ont été vos réactions ? Maintenant, laissez exprimer véritablement cette peur, cette tristesse, cette colère. 2. Essayez de revenir en arrière, dans vos souvenirs : – Quand avez-vous eu les mêmes sensations, les mêmes réactions ? – Dans quel contexte ? Il n’est pas évident de remonter à la source en une seule séance. Notez cependant les éléments, même fragmentaires, qui vous viennent à l’esprit. Reprenez ce travail régulièrement en vous

efforçant de remonter aux toutes premières fois où vous avez pu ressentir une émotion similaire. 3. Efforcez-vous de repérer les liens qui existent entre ces situations antérieures et celles que vous vivez à l’heure actuelle. 4. Travaillez sur les situations antérieures identifiées en les étudiant avec votre vécu, votre regard actuel : – Au fond, que s’est-il passé réellement à ce moment-là ? – Qu’avez-vous compris, pensé à partir de ce qui se jouait ? – Comprenez-vous pourquoi les autres ont pu réagir comme ils l’ont fait à ce momentlà ? – Qu’est-ce que vous auriez pu faire, dire ? – Que pourriez-vous, maintenant, exprimer à l’enfant que vous étiez ? N’hésitez pas à réaliser cet exercice chaque fois que vous vous retrouverez dans une situation où se manifeste l’émotion parasite, le blocage que vous rencontrez.

Au risque de nous répéter, rappelons encore une fois que les émotions sont utiles et indissociablement liées à la vie. Un individu qui ne ressentirait aucune émotion souffrirait de graves troubles psychiques. Elles peuvent nous permettre d’apporter, dans des situations très différentes de la vie professionnelle et personnelle, des réponses tout à fait adaptées et de contribuer ainsi à un enrichissement de la relation et de la communication. 30


DÉFINITIONS

À la rencontre de nos émotions Quelques manifestations physiologiques dans les émotions La colère fait affluer le sang vers les mains. La sécrétion massive d’adrénaline libère une énergie importante permettant le passage à l’action. Les rougeurs se manifestent, notamment au niveau du visage. La respiration s’accélère et la tension artérielle s’élève. La peur dirige prioritairement le sang vers les muscles qui commandent les mouvements du corps. Cela explique la pâleur souvent apparente du visage. La sécrétion d’hormones spécifiques place notre corps en état d’alerte générale. Le sourire qui illumine le visage est vraiment spécifique. Il est dû à la contraction de la partie externe d’un muscle qui entoure le globe oculaire (l’orbiculaire). Dans le même temps, les sourcils s’abaissent. La tristesse se lit tout particulièrement dans l’expression faciale. Les sourcils sont en position « oblique ». On note un abaissement des commissures des lèvres. Globalement, la personne est plus tassée, les gestes sont plus pesants.

INFORMATION

Notre propos n’est pas ici de contester le sens profond de ces émotions mais d’en souligner les risques, voire les dangers, et de proposer des outils, des méthodes permettant d’en limiter les conséquences. L’amygdale et le néocortex au cœur des émotions ? Depuis plusieurs décennies, des équipes de neurologues américains ont mis en évidence que le centre émotionnel du cerveau est bien le système limbique. Des chercheurs, comme Joseph LeDoux9, vont plus loin en donnant à un ensemble de structures interconnectées, localisées sur la partie supérieure du tronc cérébral – nommé amygdale –, un rôle clé dans la commande de l’expression des émotions. Il constate que des animaux à qui l’on a retiré l’amygdale n’expriment plus ni peur ni agressivité. Leur socialisation s’affaiblit. Ils ne coopèrent plus.

LE VOCABULAIRE DES ÉMOTIONS Les émotions de base peuvent se décliner au travers de dizaines d’expressions verbales. Notre vocabulaire est très riche dans ce domaine, et en constante évolution. Certains termes ne sont plus usités, d’autres varient en signification et visent à induire une modulation de l’intensité. Des expressions très utilisées à l’heure actuelle, comme « Ça craint », « C’est mortel », nécessitent une traduction pour éviter les contresens ! 9. « Sensory Systems and Emotions », in Integrative Psychiatry, 4, 1996, cité par David Goleman, op. cit.

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Les émotions dans la vie quotidienne

Peur Angoisse Anxiété Appréhension Crainte Frayeur Horreur Inquiétude Nervosité Terreur Trac

Le sentiment : c’est un état affectif complexe et relativement stable qui mêle émotions et pensées, et surtout qui persiste en l’absence d’un stimulus.

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Joie Allégresse Amusement Contentement Enchantement Enthousiasme Exubérance Gaieté Jubilation Liesse Plaisir Ravissement Satisfaction

Colère Agacement Amertume Contrariété Énervement Froideur Fureur Hostilité Irritation Mécontentement Rage Rébellion Révolte

Tristesse Abattement Affliction Apathie Chagrin Découragement Dépression Désenchantement Désespoir Mélancolie

Voici quelques exemples, mais vous pouvez aisément compléter ce tableau par vous-même ou repérer les termes que vous utilisez le plus facilement pour caractériser vos émotions familières. Les propositions qui sont faites ici ne sont pas, à dessein, hiérarchisées sur une échelle d’intensité. Les termes eux-mêmes sont très subjectifs, et chaque interlocuteur ne leur donne pas forcément une même définition. Ainsi, « mélancolie » n’a pas du tout le même sens pour un poète que pour un psychiatre. Le contexte, le « ressenti » peuvent être en fort décalage avec la verbalisation de leur expression : l’un pourra parler du « désespoir » lié à la perte d’un livre, l’autre des « regrets » exprimés pour un crime commis ! Comme nous le précisions dans l’introduction, nombre de spécialistes estiment que ces émotions fondamentales représentent une palette limitée et insuffisamment représentative de la richesse de l’expression émotionnelle chez l’homme. Les acceptions plus ou moins larges données à la définition de l’émotion, les frontières entre les concepts d’émotion, de sentiment, d’humeur expliquent sans doute cette diversité des approches. Si l’on se contente d’une distinction simple, on peut dire que le sentiment s’étend dans le temps alors que l’émotion est un choc, qu’il se produit un changement d’état rapide, avec un « retour à l’état initial » après un traitement (plus ou moins approprié) de la situation.

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