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EFOA M@G SECTION NAME

LA NEWSLE T TER DE L’ÉCOLE FRANÇAISE D’OSTÉOPATHIE ANIMALE

N°4 - JUIN 2018

ACTUS

Rétrospective EFOA Actualités professionelles

DOSSIER

Les maladies respiratoires chez les chiens brachycéphales

VIE ETUDIANTE

Ca s’est passé à l’EFOA!

JUIN 2015 OSTÉOMAG 

INTERVIEW 1

Pierre Levesque


SECTION NAME

EFOA M@G - N°4 Juin 2018

Edition ESSOR PLUS Sas au capital de 3000 euros 6, place de Boston 14200 Hérouville Saint Clair

E D I TO R I AL

Tel : 02.31.94.98.08. www.efoa.fr RÉDACTION : Christine Chareton Perrine Restani Etudiants de 3ème année

CONCEPTION GRAPHIQUE David de Gaalon Christine Chareton

CREDIT PHOTOS : Photothèque EFOA Ari Rossner

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OSTÉOMAG JUIN 2015

Voici le WEBMAG N°4 de l’EFOA. Il couronne la fin de notre premier cycle de formation complet et cinq années de travail acharné dédiées à nos étudiants , à l’ostéopathie et aux animaux de tous poils. Dans ces pages nous allons vous présenter une année 2017 forte en évènements, tant sur le plan professionnel que pédagogique. 2017 c’est en effet à la fois la mise en place de notre 5ème année, avec des résultats qui dépassent toutes nos espérances, et la parution des décrets qui définissent les conditions d’encadrement de la profession, décrets attendus depuis 2011, sur lesquels nous allons tenter de vous donner quelques éclaircissements. Après le monde du concours complet et celui du CSO, nous allons aussi pénétrer le monde des courses avec une interview de Pierre Levesque réalisée par l’une de nos étudiantes. Et pour la page scientifique, c’est

un article sur les maladies des chiens brachycéphales, traduit par nos élèves, que nous vous proposons. L’équipe de l’EFOA a su, en 5 ans, imposer un niveau d’enseignement et d’exigences reconnu par toute la filière. Les résultats et la qualité des étudiants de notre première promotion qui seront prochainement diplômés en témoignent. Dès septembre, leurs coordonnées et leurs mémoires de fin d’études seront consultables sur notre site internet. Côté innovation ; déjà copiée mais pas encore égalée, l’EFOA se maintient à un niveau d’ excellence maximum et entame un programme de recherche que nous vous présenterons dans notre prochain numéro. Mais l’EFOA c’est d’abord et surtout une grande famille et un état d’esprit formidable. Alors je remercie particulièrement toute mon équipe mais aussi tous nos étudiants pour cette année d’échanges, de joies, de défis, de rires et parfois… de larmes. Avec ce n°4 de notre webmag ; bienvenue chez nous, bonne lecture et bon été à tous! Christine Chareton Présidente de l’EFOA


sommaire 4 ACTUALITES E.F.O.A ______________________________________________________________________ Rétrospectives 2017/2018.

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ACTUALITÉS PROFESSIONNELLES

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DOSSIER

______________________________________________________________________ Reconnaissance, décrets, … où en sommes nous ?

“Stratégies pour la gestion et la prévention des maladies respiratoires dues à la conformation des chiens brachycéphales” - Article scientifique traduit par les étudiants de 3ème année.

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INTERVIEW

Pierre Levesque propos récueillis par Perrine Restani (étudiante à l’EFOA).

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VIE ETUDIANTE

Ca s’est passé à l’EFOA…

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ACTUALITES EFOA

RETROSPECTIVE

ANNÉE SCOLAIRE 2017/2018

SEPTEMBRE 2017 : Du côté des étudiants, les chiffres : Seul établissement de formation en ostéopathie animale à publier ses chiffres, l’EFOA continue à jouer la transparence, par déontologie pour ses futurs étudiants. La rentrée scolaire 2017 a été aussi sélective que les précédentes car nous restons persuadés que notre niveau d’exigence est le meilleur garant de la qualité de nos futurs praticiens et de leur réussite. Promotion 2018 : Trois étudiants de quatrième année, sur une classe de vingt et un, ne valident pas leur année et doivent malheureusement redoubler pour acquérir les prérequis nécessaires au passage en cinquième année. Un bilan de leurs besoins et le libre accès à tous les cours pendant leur année de redoublement devraient leur permettre de palier à leurs difficultés.

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Pour cette première promotion ; dix-huit étudiants devraient donc se présenter à l’examen final en juin 2018. Pour les 80 étudiants des trois autres promotions; trois redoublements et quatre abandons. Ces chiffres traduisent un taux de réussite en hausse, avec une sélection des candidats qui s’affine et des dossiers dont le niveau ne cesse de croître. Mais le niveau de la formation aussi. Notre programme s’est en effet alourdi et nos exigences se sont renforcées. Du côté des enseignants : Une équipe soudée, toujours plus impliquée et passionnée, et l’arrivée de Jérémie Legoff, Dr en biologie diplômé de l’université de Caen, Docteur en pharmacie diplômé de l’université de Caen, DEA de toxicologie, Directeur de recherche, qui vient renforcer Rina Andria sur le programme de biochimie et de chimie, et les interventions du docteur vétérinaire Hervé Jeanbourquin, naturopathe.


ACTUALITES EFOA 2017/18 à l’EFOA c’est aussi un BDE toujours plus actif avec l’organisation de plusieurs soirées, du week end d’intégration, et la réalisation de squelettes en 3D. Les projets : - L’EFOA lance le premier programme de recherche en ostéopathie animale.

Du côté de la formation : L’EFOA a mis en place plusieurs nouveaux partenariats officiels; - Avec le Muséum National d’Histoire Naturel de Paris ; pour conférences, accueil des étudiants pour leur mémoire, accès aux salles privées… - Avec le Grand Refuge SPA de Pervenchères et ses 250 équidés qui sont pris en charge par les étudiants de 5è année lors de cliniques magistrales et encadrées, leur permettant une mise en situation professionnelle totale. - Avec les cliniques vétérinaires de Bosc le Hard et Montville où ces mêmes étudiants consultent sur RV, pendant des journées de cliniques encadrées. Côté infrastructures ; du nouveau ! Sont mis à la disposition des étudiants : - une salle de TP réunissant l’importante collection de squelettes et ossements que l’école a réuni pour permettre aux étudiants de travailler l’ostéologie en 3D.

Ce projet nous tenait à cœur. Il se précise. Nous avons décidé de tenter de répondre à une question qui intéresse particulièrement les cavaliers ; “ l’ostéopathie permet elle de traiter les juments présentant des symptômes de troubles ovariens ?” Les juments dites « pisseuses » sont en effet un problème que tous les cavaliers ont rencontré. Le lien entre lombaires et ovaires est connu mais le défi reste de taille ; la preuve scientifique en ostéopathie restant une question compliquée. Notre partenaire le laboratoire de recherche LAB to FIELD va nous accompagner sur ce projet. Nous serons en mesure de vous en dire davantage dans notre prochain numéro. - Nos étudiants soutiendront leurs mémoires de fin d’études les 12, 13 et 14 septembre prochains dans l’amphithéatre du château de Caen. Ces soutenances sont publiques sous réserve des places disponibles. Pour tout renseignement ; contacter l’EFOA à partir du 3 septembre. - Notre première remise des diplômes aura lieu le 15 septembre prochain dans un lieu prestigieux à Deauville. Suivie de notre première soirée de gala, la nuit s’annonce belle et nous serons près de 200 à fêter cet évènement!

- une cinquième salle pour les cours en demi groupes. La cinquième année à l’EFOA : le bilan Une cinquième année très chargée pour les étudiants avec la réalisation de leur mémoire (cas cliniques et rédaction), les cliniques encadrées et magistrales, les cours à l’E.M. Normandie et la réalisation de leur projet d’installation, et encore un certain nombre de cours théoriques à l’EFOA. C’est une année décisive qui leur permet de faire le lien avec leur future vie professionnelle.

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ACTUALITÉS PROFESSIONNELLES

RECONNAISSANCE, DECRETS… Ces mêmes décrets définissent l’acte d’ostéopathie animale :

A PROPOS DES DECRETS DU 19 AVRIL 2017

Par dérogation, l’article L.243-3 du code rural et de la pêche maritime autorise les praticiens non vétérinaires à l’exercice de la médecine des animaux. En particulier, l’alinéa 12 reconnait la pratique , à titre à la profession professionnel, de l’ostéopathie animale. Cette pratique est néanmoins subordonnée au respect de conditions d’accès et d’exercice, dont les modalités sont établies par ces mêmes décrets. Malgré les différentes actions et recours juridiques engagés par plusieurs fédérations et syndicats professionnels, la profession n’est pas parvenue à garder son indépendance. Les praticiens doivent désormais être inscrits à un registre national professionnel d’aptitude tenu par le Conseil National de l’Ordre des Vétérinaires, après avoir validé des tests d’évaluation des compétences, théoriques et pratiques (uniquement pratiques pour les professionnels en activité depuis plus de 5 années et justifiant d’un cursus d’au moins trois ans d’études supérieures).

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“ On entend par “ acte d’ostéopathie animale “ les manipulations ayant pour seul but de prévenir ou de traiter des troubles fonctionnels du corps de l’animal, à l’exclusion des pathologies organiques qui nécessitent une intervention thérapeutique, médicale, chirurgicale, médicamenteuse ou par agents physiques. Ces manipulations sont musculo-squelettiques et myo-fasciales, exclusivement manuelles et externes “. “ Pour la prise en charge de ces troubles fonctionnels, les personnes réalisant des actes d’ostéopathie animale effectuent des actes de manipulations et mobilisations non instrumentales, directes et indirectes, non forcées. Concrètement, les ostéopathes pour animaux et les ostéopathes animaliers ont jusqu’à la fin de l’année 2019 pour valider leurs compétences auprès du CNOV afin d’être inscrits sur le registre d’aptitude. Cette contrainte fait grincer des dents chez nos professionnels. Il est en effet difficile de comprendre et d’accepter que sa profession soit mise sous la tutelle d’une autre, en particulier lorsqu’on a fait le choix de pratiquer une médecine alternative. Ce choix traduit en effet souvent une ouverture d’esprit et une inclinaison certaine pour l’indépendance. Les sentiers battus ne sont pas le terrain préféré des ostéopathes qui n’apprécient pas de se faire dicter leur conduite… Leur ouverture d’esprit et leur gout pour l’indépendance ne les ont malheureusement pas aidés dans ce dossier. Qu’il est difficile de fédérer notre profession !


ACTUALITÉS PROFESSIONNELLES

OU EN SOMMES NOUS ? Les premières statistiques officielles annoncent 75 à 80% de réussite aux premières évaluations de compétences ( tant pratiques que théoriques) organisées par le CNOV. Il est important de préciser que les praticiens qui n’ont pas validé leurs tests peuvent se représenter autant de fois qu’ils le souhaitent. Des statistiques doivent être communiquées par le CNOV sur les résultats obtenus; par établissement de formation.

Soyons positifs ! Nous avons néanmoins désormais la possibilité d’exercer dans un cadre légal, après près de 30 années à exercer dans un vide juridique total.

Après de nombreuses tractations avec le CNOV et la mise en place des premières évaluations de compétences, force est de constater que si les conditions dans lesquelles se déroulent ces évaluations ne sont pas pleinement satisfaisantes, (avec notamment des questions qui relèvent plus de la médecine vétérinaire que de la médecine ostéopathique), la sélection engendrée va redorer l’image d’une profession mise à mal par la prolifération de praticiens et de formations qui n’ont d’ostéopathe que le nom. Le marché devrait par ailleurs s’ouvrir, avec l’arrivée de nouveaux clients rassurés par ce « contrôle ». Un certain nombre d’écoles vont devoir se mettre au travail et remonter le niveau de leurs prestations. Et les compétences des praticiens devraient en être renforcées, comme la profession elle même.

En attendant, Il est d’ores et déjà et plus que jamais impératif de faire le bon choix en matière d’école lorsque l’on souhaite se former en ostéopathie animale. L’EFOA se félicite d’avoir dès le départ opté pour l’excellence, avec la sélection de candidats la plus rigoureuse du marché, le nombre d’heures d’enseignement en présentiel le plus important, et un référentiel de formation construit sur la base de celui du vétérinaire ostéopathe. Christine Chareton Présidente de l’EFOA

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DOSSIER bien-être des chiens brachycéphales. Des études récentes ont prouvé qu’il existe des facteurs de risque de conformation d’apparition de BOAS, tels qu’un museau court et un cou épais, qui devraient être supprimés pour éviter de transmettre ce trouble grave. Des améliorations de la santé des brachycéphes peuvent être entravées par une perception du BOAS comme étant “normal pour la race”. Cette perception doit être évitée par les propriétaires, les éleveurs et les vétérinaires pour éviter un mauvais traitement des individus atteints et la perpétuation de ce trouble grave pour les futures générations de chiens. Les races de chiens brachycéphales et leur physiologie : Les chiens au museau court sont de plus en plus populaires dans le monde entier. Par exemple, le Carlin a connu une augmentation de plus de 730% de ses inscriptions annuelles au Kennel Club (UK) entre 2002 et 2013 (passant de 1 105 inscriptions par an à 8 071) et le bouledogue français est en augmentation de plus de 2 708% (passant de juste 247 à 6 690 nouveaux chiens par an) . Ceux-ci, ainsi que d’autres races caractérisées par une musculature courte comme le Bulldog, le Shih Tzu, le Boston Terrier et le Pekingese sont appelées brachycéphale (des racines latines pour “court” et “tête”). La brachycéphalie est une mutation squelettique discrète, où l’ankylose précoce dans le cartilage épiphysaire basicranial entraîne une altération de la croissance des os basi-occipito et du basiphénoïde, se manifestant par un raccourcissement de l’axe basilaire. Chez ces races, alors que la mandibule est d’une longueur relativement normale, la mâchoire supérieure est nettement raccourcie, ce qui donne un museau court caractéristique. Plusieurs paramètres ont été utilisés pour décrire le degré de brachycéphalie, y compris le rapport craniofacial ; de la longueur du museau à la longueur crânienne, le rapport entre la largeur et la longueur du crâne et l’angle craniofacial. En raison de la variation des résultats, il n’y a pas de liste des races brachycéphales et en effet, des variations au sein de certaines races peuvent signifier que la définition est individuelle plutôt que la race dans son ensemble.

STRATÉGIES POUR LA GESTION ET LA PRÉVENTION DES MALADIES RESPIRATOIRES DUES À LA CONFORMATION DES CHIENS BRACHYCÉPHALES

La morphologie de la brachycéphalie chez le Carlin

Packer, R., & Tivers, M. (2015)

Pour plusieurs races brachycéphales, le phénotype a été sélectionné, comme pour les chiens de combat avec une conformation cranio-faciale permettant d’augmenter la force du mordant. Au contraire, cette caractéristique a été sélectionnée dans d’autres races brachycéphales pour leur qualités de « chien d’appartement » ou pour leur rôle de compagnon.

Les chiens brachycéphales (à museau court) sont de plus en plus populaires dans le monde entier, avec une hausse importante des inscriptions de races telles que le Carlin et le Bulldog français sur la dernière décennie au Royaume-Uni. Malgré leur popularité, de nombreuses races brachycéphales sont touchées par un trouble respiratoire précoce ; le trouble respiratoire obstructif brachycéphalique (BOAS). Ce trouble résulte d’un déséquilibre des proportions entre crâne et tissus mous retenus dans le nez et le pharynx, entraînant une obstruction des voies respiratoires.

On pense que les enfants aiment les caractéristiques des chiens brachycéphales, comme la grandeur, la forme arrondie, les yeux expressifs et la tête ronde, qui sont très attirants pour les humains. Le phénotype des brachycéphales est décrit dans les différents races standards. La terminologie concernant la brachycéphalie fait souvent référence au « museau » ou à la « face » relativement courte.

Les signes cliniques du BOAS sont souvent précoces et chroniques, y compris la dyspnée, l’intolérance à l’effort, l’intolérance à la chaleur, avec un bruit respiratoire anormal et croissant. Des épisodes de dyspnée sévères peuvent également survenir, entraînant une cyanose, une syncope et le décès. Le BOAS peut avoir un impact grave sur le bien-être des chiens affectés, compromettant leur capacité à l’exercice, à jouer, à manger et à dormir. Malgré un bon état de santé et des traitements chirurgicaux pour la suppression de ce trouble depuis les années 1920, de nombreux chiens éprouvent toujours des troubles respiratoires après la chirurgie qui compromettent leur qualité de vie. De plus, la prévalence de ce trouble ne semble pas avoir diminué de façon importante au cours de cette période mais avoir augmenté. En fin de compte, des stratégies visant à améliorer l’élevage de ces chiens pour prévenir le BOAS sont nécessaires afin d’améliorer la santé et le

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C’est ce qui est décrit chez le Carlin comme « un museau relativement court, atténué, carré », chez le Bulldog comme « La face relativement courte », et chez le Pékinois comme « Un museau qui doit être évident, mais qui peut être relativement court et large ». Ces conformations ont été vues comme extrêmes pour certaines personnes, où l’exagération de la morphologie du brachycéphale expose une petite partie du museau, et de profil apparaît complètement plat. Problème respiratoire et effondrement des voies respiratoires chez le chien brachycéphale Cela a été provoqué par une reproduction sélective de manière à réduire la charpente osseuse d’un organe «moins d’un tiers de la taille naturelle», cela a d’inévitables conséquences sur la structure contenue à l’intérieur de celui-ci. Le syndrome de l’obstruction des voies aériennes chez le chien brachycéphale (BOAS) decrit un spectre de maladies qui impliquent une


DOSSIER obstruction partielle ou complète des voies respiratoires supérieures durant la respiration, menant à une respiration restreinte. Comme le nom des troubles impliqués l’indique, BOAS affecte les chiens brachycéphales. Le syndrome a été signalé sur plus de 10 races internationales de chiens brachycéphales incluant bulldog, pug, bulldog français, Boxer, Shih Tzu, Boston Terrier, Pekingese, Staffordshire, Bull Terrier, Shar Pei, Rottweiler, Chow Chow, Pomeranian, Bullmastiff, Lhasa Apso, et Cavalier King Charles Spaniel. Des recherches récentes ont qualitativement lié le syndrome avec le phénotype brachycéphale et avec les risques du syndrome significativement croissant en rapport avec la longueur relative du nez qui décroît. Malgré les changements dans le phénotype au fil du temps, le syndrome à été reconnu comme une possible conséquence de la brachycéphalie il y a 50 ans, avec affirmation depuis les années 1960 telle que «la tendance des jours actuels dans la reproduction des chiens brachycéphales produit des spécimens qui souffrent de dyspnée à un degré de plus en plus important.». Les signes cliniques du BOAS Les signes cliniques qui caractérisent le BOAS sont la dyspnée, l’intolérance à l’exercice et une respiration nasale anormale. Des épisodes sévères de dyspnée peuvent se produire, pouvant aboutir à une cyanose, une hyperthermie et une syncope. Des aggravations mineures peuvent mener à de sévères détresses respiratoires, avec une excitation physiologique associée à de mauvaises et bonnes expériences (ex: stress, mais aussi exercice et extitation). Le jeu peut aggraver cela et peut mener à des crises respiratoires. Gravement affectés, les individus montrent une respiration laborieuse, même au repos, adoptent une position large avec leur coude en abduction contre leur poitrine, avec une utilisation accessoire des muscles abdominaux et une sur-inflammation de la poitrine. Les chiens atteints de BOAS sont aussi sujets à des coups de chaud en raison d’un échange de chaleur réduit, ce qui peut entraîner la mort. Le BOAS a la capacité d’affecter les chiens à la fois réveillés ou endormis, avec des troubles du sommeil désordonnés (y compris épisodes d’apnée) précédemment enregistrés chez le Bulldog. Les signes cliniques sont souvent sévères après 12 mois d’âge et par la suite, parfois même avec des soins médicaux et la gestion chirurgicale. Eléments du BOAS et pathophysiologie Ces signes cliniques sont causés par des déformations primaires et secondaires de l’appareil respiratoire supérieur conduisant à une restriction de la respiration. Cette publication se centre sur ces déformations et la possibilité d’une gestion par la chirurgie et la médecine pour réduire leur impact sur la respiration affectant la qualité de vie des chiens. Déformations du palais mou et du naso-pharynx Le raccourcissement de l’os du nez qui résulte du phénotype brachycéphalique n’est pas accompagné par une correspondance molle des tissus raccourcis, conduisant à un déséquilibre des proportions. La réduction du volume de la cavité orale résulte d’une taille relative de beaucoup de structures molles, en particulier le palais mou, la langue et des tonsiles. Cela crée un effet d’étouffement car il y a beaucoup trop de tissus dans l’espace disponible. Cet excès de tissus mous réduit, dans cet espace, la conduction de l’air, partiellement bloquée par le naso-pharynx et interférant avec le passage de l’air pendant l’inspiration et l’expiration. L’élongation et l’épaississement du palais mou est la déformation anatomique la plus connue chez les chiens atteints de BOAS, et peut être observée chez 85 à 100% des cas de BOAS. Chez les races mésocéphales, le palais mou poursuit caudalement le palais dur, et passe caudalement

à la dernière dent molaire supérieure. A l’inverse, chez les races brachycéphales, la jonction du palais dur et du palais mou est plus caudale au niveau transversal. Ainsi, le palais mou est partiellement bloqué par le larynx, interférant avec le passage de l’air pendant l’inspiration et l’expiration. Le palais mou trop long et trop épais peut être vu sur un examen radiographique ou un examen de tomodensitométrie, s’étendant souvent de 1 à 2 cm au-delà de l’épiglotte. En outre, une macroglossie (une langue trop longue ou épaisse), des plis pharyngés redondants ou hypertrophiques et des amygdales hypertrophiques sont également rapportés chez les chiens brachycéphales, contribuant à l’obstruction. Cet excès de tissus dans la région laryngée a également été observé pour être tiré dans la fente glottique sur l’inspiration. La résistance accrue des voies aériennes se manifeste souvent dans le bruit respiratoire altéré, en fonction de l’ampleur et de la sévérité de l’obstruction. Chez les animaux présentant une obstruction minime, un léger stertor (respiration bruyante et intense, accompagnée d’un ronflement) est souvent la seule anomalie facilement détectable. Ceci est dû au fait que le palais mou, relativement allongé, est inhalé transitoirement dans le larynx. Ce son entendu au niveau du pharynx à été signalé chez des chiens brachycéphales pendant qu’ils étaient éveillés et endormis, et parallèlement à des épisodes d’apnée du sommeil. Obstruction nasale La majorité de la résistance totale des voies respiratoires, des narines aux bronchioles, se trouve dans la cavité nasale. Une obstruction supplémentaire des voies respiratoires est présente au niveau des narines externes et du vestibule nasal interne chez de nombreux chiens brachycéphales. L’aile du nez est congénitalement déformée chez de nombreux chiens brachycéphales avec une diminution du diamètre transversal des voies aériennes. Cela provoque une augmentation de la résistance au flux d’air et entraîne une augmentation de l’effort inspiratoire. Cette obstruction peut être entendue comme un sifflement à haute fréquence au-dessus des narines. Les narines sténosées affecteraient soit-disant la moitié de tous les cas de BOAS. Cependant, des taux beaucoup plus élevés de 80% à 100% des cas ont été rapportés dans d’autres études. Ce rétrécissement des narines externes limite fonctionnellement la mobilité des ailes du nez, empêchant l’abduction normalement observée chez les chiens sains pour faciliter le flux d’air. Stratégies pour la gestion et la prévention des troubles respiratoires liés à la conformation chez les chiens brachycéphales. En plus du rétrécissement externe, le vestibule nasal interne se rétrécit davantage en raison de l’aile interne relativement large du cartilage nasal. Chez certains chiens, la sténose peut être légère, mais dans d’autres cas, elle peut être presque complète, les chiens forcés à ouvrir la bouche respirant presque continuellement. L’inhalation et l’expiration par le nez sont observées chez les chiens au repos lorsque la température ambiante est de 26 ° et lorsque les chiens courent à basse vitesse (10 ° C). Le nez du chien est spécialisé pour dissiper la chaleur par le nez conchae. Celui-ci est recouvert d’une grande membrane muqueuse vascularisée, qui refroidit l’air par évaporation pendant l’inspiration. Le flux sanguin lingual et nasal augmente pendant l’halètement, pour faciliter l’échange thermique. La glande nasale latérale (glandula nasalis lateralis) facilite ce processus d’échanges rapides de chaleur par le fluide sécrétant dans le vestibule nasal et sur la conchae, potentialisant l’évaporation. La fonction de ces glandes est analogue à celle des glandes sudoripares chez l’homme. Cela permet une thermorégulation efficace et représente 19% à 36% de l’augmentation de l’évaporation respiratoire associée à l’halètement thermique.

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DOSSIER Impact sur les capacités de régulation des chiens : Des changements marqués dans l’architecture du nez des chiens brachycéphales influencent davantage ce processus d’évaporation, ce qui nuit à la thermorégulation. Chez l’animal en croissance, les cornets se développent et se dilatent, remplissant la cavité nasale. Il est crucial que la dilatation s’arrête avant que le revêtement muqueux des lamelles des cornets ne soit en contact, ce qui permet de créer de petits espaces d’air entre les lamelles adjacentes, facilitant ainsi le flux d’air local. Chez les chiens brachycéphales, la croissance des cornets chez le jeune chien se poursuit malgré l’inhibition de la croissance de la face moyenne. Cela provoque un contact entre les surfaces muqueuses des lamelles des cornets, ce qui entrave le flux d’air nasal. Dans une étude récente, on a diagnostiqué un fonctionnement naso-pharyngé anormal dans plus de 20% des cas de BOAS. La résistance intranasale des voies aériennes est encore accrue par une croissance anormale de la queue dans le méat nasal 43, soit caudalement dans le méat naso-pharyngé (caudal aberrant conchae), soit rostrale le méat moyen et ventrale (conchae aberrante rostrale). La structure de la conque (conchae) a également été notée comme anormale, avec un épaississement relatif des lamelles pour la taille du chien. Les études rhinomanométriques mesurant uniquement la résistance nasale au flux d’air ont confirmé que la résistance intranasale est significativement plus élevée chez les chiens brachycéphales que chez les chiens normaux. Changements secondaires Le point culminant de ces anomalies obstructives peut conduire le chien à un fonctionnellement altéré avec des signes cliniques qui limitent ses capacités physiques. Ces anomalies primaires peuvent entraîner des efforts respiratoires nettement accrus pour surmonter cette résistance, favorisant l’altération des voies respiratoires. En réponse à l’effort accru d’expirer, la pression pleurale augmente au-dessus de la pression atmosphérique. Ceci à son tour augmente considérablement la pression transmurale à travers la paroi de la partie intra-thoracique des voies respiratoires, qui peut alors s’effondrer. Cela devient alors un cercle vicieux, en raison de la voie d’air comprimé qui accélère l’air à travers la partie effondrée. En raison de l’effet Bernoulli, la vitesse accrue à travers les voies aériennes rétrécies ce qui conduit à une nouvelle diminution de la pression dans les voies respiratoires effondrées, encourageant un rétrécissement supplémentaire. Cela signifie que les chiens brachycéphales affectés doivent générer des changements de pression importants pendant l’inhalation et l’expiration. Le plus important est l’effondrement du larynx. Les cartilages malléables et mous des jeunes animaux peuvent se fixer et s’effondrer à la suite d’une exhalation forcée continue. Les modifications des voies respiratoires induites par l’effort inspiratoire chronique comprennent l’éversion des saccules laryngés - le premier stade de l’effondrement du larynx. Si on ne le traite pas, on peut assister à un autre affaissement des cartilages laryngés, d’abord un déplacement médial des processus cunéiformes des cartilages aryténoïdiens (collapsus laryngé de grade II), suivie de l’effondrement des processus cornéens des cartilages aryténoïdiens avec perte de l’arcade dorsale de la rima glotte (collapsus laryngé de grade III). La sévérité croissante de l’obstruction peut entraîner des épisodes de syncope, voire la mort par suffocation. Le stridor, décrit comme une respiration sifflante audible, est souvent associé à un flux d’air restreint au niveau du larynx et est une manifestation commune de l’effondrement du larynx. L’effondrement du larynx a été récemment diagnostiqué chez des chiens brachycéphales de moins de 6 mois

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Anomalies concomitantes L’hypoplasie de la trachée est une maladie congénitale dans laquelle les cartilages de la trachée se chevauchent ou s’opposent pour former une structure en forme de Q, entrainant une réduction du rapport entre le diamètre trachéal et l’entrée thoracique. Cette condition est fréquemment vue chez les chiens brachycéphales avec une surreprésentation chez les Bulldog. Bien que non considérée comme un composant de BOAS (syndrome d’obstruction des voies supérieures), l’hypoplasie de la trachée peut amplifier les signes cliniques chez les chiens affectés. Diagnostic L’évaluation vétérinaire initiale prend en compte l’historique des signes cliniques, avec une évaluation du degré de la gêne respiratoire. Les signes cliniques peuvent ou non se manifester dans la salle de consultation (cela va dépendre du niveau de stress de l’animal à ce moment et de la température ambiante). Un questionnement précis des propriétaires concernant le comportement de leur chien, bruit respiratoire et apparence durant différentes activités (ex : pendant le chien marche, joue, mange, dort) peuvent révéler la vraie étendue de leur gêne. L’examen physique inclut une auscultation du larynx, de la trachée et du thorax afin de déterminer la localisation et l’appréciation de la qualité des bruits respiratoires. De plus, le rythme respiratoire, la coloration de la membrane et les caractéristiques respiratoires peuvent aider à déterminer la gravité. Si les signes cliniques ne sont pas présents au repos, un test tel qu’une marche de 6 minutes peut être effectué afin d’évaluer la capacité du chien à faire face à une activité accrue. Ce test est spécifiquement destiné à évaluer la fonction cardiopulmonaire globale ; cependant, la capacité ou non du chien à exécuter ce test est un indicateur de mesure. En comparaison, des narines rétrécies (= sténose) sont faciles à diagnostiquer, mais la gravité de cette sténose au cas par cas peut être discutable, en raison d’un diagnostic anciennement effectué par évaluation visuelle (subjective). Des études récentes ont associé cette évaluation visuelle à l’importance du développement des narines, ce dernier reflétant le degré externe de sténose. Il est important de noter que l’examen visuel externe des narines ne nous informe pas sur le degré de l’obstruction intra-nasale. L’examen de l’oropharynx chez un animal conscient est difficile et non recommandé, et peut induire une détresse extrême. Donc, le diagnostic des anomalies des voies respiratoires supérieures intrabuccales se fait généralement sous anesthésie. Le diagnostic sous anesthésie générale est souvent combiné avec une chirurgie immédiate afin d’enlever l’obstruction présente bien que l’anesthésie soit à haut risque chez les espèces brachycéphales. Une radiographie du thorax est indiquée pour évaluer les voies respiratoires basses et pour les problèmes concomitants. Les radiographies thoraciques sont utilisées pour diagnostiquer une hypoplasie de la trachée définie par le diamètre de la lumière de la trachée et l’entrée du thorax qui est <0,16. Ces images peuvent également être utilisées pour détecter des problèmes concomitants comme une pneumonie d’inhalation, un œdème pulmonaire, une hernie hiatale, qui sont associées au BOAS. Chez certains animaux, l’utilisation d’un oesophagogramme sous fluoroscopie peut être nécessaire pour confirmer le diagnostic de la hernie hiatale. La pneumonie d’inhalation peut être liée à un affaiblissement des voies respiratoires et à de la régurgitation. Dans une étude, 4,7% des chiens étaient affectés par une pneumonie d’inhalation avant l’opération. L’imagerie diagnostique avancée comme la tomodensitométrie ou l’imagerie par résonnance magnétique (IRM) peut être utilisée pour évaluer les anomalies des voies respiratoires en détail et pour détecter d’autres anomalies (ex : kystes intra-nasaux) mais peut ne pas être justifiée dans tous les cas (figure 6).


DOSSIER Prise en charge chirurgicale, complications et anesthésie La prise en charge du BOAS est indiquée pour réduire l’obstruction des voies respiratoires et améliorer la qualité de vie du chien. Le traitement chirurgical implique généralement des procédures pour améliorer le degré d’obstruction des voies aériennes supérieures, en améliorant les signes cliniques à courts terme et en prévenant ou en réduisant potentiellement la détérioration de la fonction. Cependant, la chirurgie est associée à une morbidité et à une mortalité significative (voir « Résultats post-opératoire et qualité de vie ») et il doit donc y avoir un équilibre entre les gains potentiels de qualité de vie et les risques de ces procédures. Examen préopératoire Une sédation et une prémédication sont à considérer pour les chiens anxieux et ceux pour lesquels une chirurgie de BOA de prévue. Ces traitements peuvent éviter le stress qui augmente la consommation d’oxygène, le risque de détresse respiratoire et facilite ainsi les soins préopératoires. Des anxiolytiques tel que l’acepromazine combinés avec des opiacés sont recommandés. Malgré leurs avantages, ces médicaments utilisés lors de la sédation et la prémédication peuvent relâcher les muscles des voies respiratoires et provoquer plus tard une obstruction de ces voies, c’est pourquoi les chiens doivent être sous-surveillance permanente une fois sédatés, par une équipe d’urgence prête à intervenir. De plus, ces médicaments provoquent une diminution de la production de larme qui induit une sècheresse oculaire. A cause de l’exophtalmie (protrusion des yeux hors de l’orbite), la cornée se retrouve exposée à l’air libre chez de nombreux chiens brachycéphales. Chez ces chiens il faut donc utiliser un lubrifiant oculaire pour éviter une ulcération de la cornée. Suite à la prémédication, il faut poser un cathéter rapidement. Il est également recommandé d’utiliser un anesthésique contenant du propofol et du alfaxalone pour les chiens brachycéphales atteints du syndrome d’obstruction des voies supérieures afin de permettre une anesthésie correcte, une intubation rapide avec contrôle de la respiration.Ces médicaments ont une action relativement courte, ce qui permet un réveil rapide.Cependant, l’anesthésie peut créer une détresse respiratoire et de l’apnée, ce qui risque de provoquer une désaturation en oxygène et une cyanose. Ceci peut être un problème chez les chiens brachycéphales car ils sont difficiles à entuber à cause de leur conformation. Leur importante quantité de tissu oropharyngien, un palais mou trop long, une langue trop grosse et un collapsus laryngé, quand ils sont présents, obstruent partiellement ou entièrement et rendent l’intubation difficile. Les chiens brachycéphales doivent être oxygénés avant l’anesthésie. Cela va empêcher la désaturation des chiens apnéiques à cause de l’anesthésie ou si l’intubation tarde. Pour l’intubation, il faut avoir à portée de main plusieurs tailles de tubes endotrachéales (sonde d’intubation) car certains chiens brachycéphales auront besoin d’un tube plus petit que prévu (surtout ceux avec une hypoplasie de la trachée). Parfois, il est nécessaire de mettre un guide dans la sonde d’intubation afin d’augmenter sa rigidité et de faciliter l’intubation. Il faut utiliser un laryngoscope pour effectuer l’intubation. Un second laryngoscope est très utile pour pousser les tissus mous qui obstruent la bonne vue du larynx. Une fois la sonde d’intubation placée, le ballonnet doit être gonflé pour empêcher l’aspiration des tissus mous en excès car ces chiens ont un fort risque de régurgitation. Une fois anesthésié, la capnographie (mesure du taux de CO2 expiré) permet de s’assurer qu’il n’y a pas d’obstruction de la sonde d’intubation qui peut être bouchée par une hypersécrétion chez les chiens atteints de ce syndrome. Beaucoup d’études recommandent l’utilisation de glucocorticoïdes pendant l’opération pour réduire la salivation et les œdèmes post-opératoires. De plus, de nombreux chirurgiens utilisent les glucocorticoïdes de manière systématique alors que leur efficacité n’a pas été prouvée dans ce contexte. Pour toutes les opérations concernant le syndrome d’obstruction

des voies respiratoires supérieures des chiens brachycéphales, le chien devra être placé en décubitus sternal avec le maxillaire suspendu et la mandibule fixée à la table opératoire. Il faudra aussi bien attacher la sonde d’intubation afin d’avoir un accès facile au palais mou. L’utilisation d’un ouvre-bouche est recommandé pour les opérations intra-orales. Palais mou La résection du palais mou est pratiquée pour raccourcir les palais mous trop longs. Le palais mou est souvent œdématié, inflammé et hypertrophié chez les chiens affectés, recouvrant de quelques millimètres l’épiglotte.La résection du palais mou a été reporté dès les années 1920 comme une technique traditionnelle de résection impliquant de retirer la portion trop longue du palais mou. Il faut ensuite réunir les muqueuses oropharyngienne et nasale à l’aide de sutures. De nombreuses techniques ont été décrites pour la staphylotomie incluant l’utilisation d’un bistouri, de la radiofréquence d’un laser et une pince de coupe électrochirurgicale. Ces techniques montrent de très bons résultats cliniques. De plus, l’utilisation d’un laser significativement plus rapide qu’une ablation au scalpel. La palatoplastie par lambeaux pliés est une procédure récemment décrite dans laquelle il faut réduire une majorité des muscles du palais en plus de la réduction du palais mou. Cette technique est utilisée afin de réduire à la fois la longue du palais mou mais également son épaisseur. Même si cette technique est bien décrite, il existe peu de preuve objective comparé à la technique traditionnelle. L’âge du chien au moment de la staphylotomie est importante. Le taux de réussite pour cette opération est de 91% chez les chiens ayant moins de deux ans contre 68% pour ceux ayant deux ans ou plus. Soins post-opératoires Les soins post-opératoires sont très importants suite à la chirurgie des voies respiratoires lors du Syndrome Obstructif des Voies Respiratoires Supérieures chez les races brachycéphales, et une observation stricte ainsi que des soins intensifs seront nécessaires pour beaucoup de chiens. Il y a plus de risques durant la phase de récupération suite à l’anesthésie pour ces chiens, à cause de la gêne respiratoire. De plus, cette gêne respiratoire peut être exacerbée par une nouvelle inflammation et un œdème suite à la chirurgie. L’extraction du tube endotrachéal doit être repoussée aussi tard que possible et ne doit pas avoir lieu tant que les chiens sont encore sédatés afin de réduire le risque d’obstruction des voies respiratoires. Typiquement, elle est retardée jusqu’à ce qu’ils puissent avaler et protéger leurs propres voies respiratoires. Les chiens doivent être placés en position sternale avec la tête relevée pour réduire le risque de régurgitation et d’aspiration de fluide. Ils doivent être surveillés de près suite à l’extubation avec une évaluation régulière de leur fréquence et profil respiratoires. Tout signe de gêne respiratoire doit être traité immédiatement. Un cathéter intraveineux doit être maintenu après l’opération au cas où il y aurait besoin de sédation ou d’anesthésie. De plus, un équipement pour une ré-intubation incluant un agent d’induction doit être disponible. Si un animal rencontre une obstruction respiratoire suite à l’extubation, il doit alors être anesthésié et ré-intubé. Un apport supplémentaire en oxygène est bénéfique lors de la période de rétablissement. L’administration directe d’oxygène dans la trachée a des avantages significatifs due à l’obstruction des voies respiratoires supérieures chez ces chiens. Il a été montré que le placement d’un cathéter par voie percutanée dans la trachée peut être utilisé pour délivrer de l’oxygène et est efficace pour augmenter la proportion d’oxygène inspiré et augmenter la pression partielle d’oxygène artériel. C’est une technique utile en cas d’urgence. Une alternative est l’utilisation d’un tube nasotrachéal. C’est une technique simple qui implique le placement d’une sonde gastrique naso-oesophagienne via le nez et dans la trachée sous anesthésie générale. Ce système peut être mis en place suite à la correction chirurgicale du Syndrome Obstructif des Voies Respiratoires Supérieures

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DOSSIER chez les races brachycéphales et peut ensuite être utilisé pour apporter de l’oxygène supplémentaire en période post-opératoire. Il a été montré que les tubes nasotrachéaux permettent de réduire la détresse respiratoire post-opératoire mais ne semblent pas affecter le taux de complications ou de mortalité. Certains chirurgiens suggèrent de ne pas donner de nourriture ni d’eau pendant les 12 à 24 heures qui suivent la chirurgie mais cette idée n’est pas largement adoptée. Pour les chiens avec un sévère Syndrome Obstructif des Voies Respiratoires Supérieures ou ceux présentant des complications post-opératoires en lien avec un gonflement des voies aériennes, un tube de trachéotomie peut être placé temporairement. Cependant, la proportion de chiens qui requièrent une trachéotomie temporaire et relativement basse, entre 1,5% et 6,8%. Les tubes de trachéotomie chez les chiens sont connus pour avoir un haut taux de complication, les Bulldogs étant significativement plus prédisposés que les autres races à obtenir des résultats négatifs avec ces tubes. Les complications post-opératoires dont la dyspnée, les vomissements et/ou la régurgitation, la désunion des sutures de la plaie et la toux sont constatées chez 6,5% à 26,2% des chiens. La pneumonie de déglutition est un risque suite à la chirurgie, bien que cela n’a pas été spécifiquement reporté dans les récentes publications. Le taux de mortalité global suite à la correction chirurgicale du Syndrome Obstructif des Voies Respiratoires Supérieures varie entre 0% et 3,3%. Résultats post-opératoires et qualité de vie Le succès des interventions chirurgicales est variable. Cependant, un manque de cohérence entre les systèmes de notation rend l’évaluation difficile (Tableau 1). Cela est amplifié par les données démographiques variables (par exemple les différentes races et l’âge des chiens), le nombre d’anomalies présentes, la gravité des anomalies et les différentes procédures utilisées par les différents chirurgiens. De nombreuses études sont faussées par le fait qu’elles étudient un aspect de la maladie quand il est impossible de standardiser les autres composants et leur traitement. Hendricks a noté que les propriétaires de devraient pas s’attendre à ce que les chiens soient capables de maintenir de hauts niveaux d’activité après la chirurgie, indiquant que bien que les signes cliniques puissent s’améliorer, les chiens qui ont subi une correction chirurgicale du Syndrome Obstructif des Voies Respiratoires Supérieures peuvent encore être restreints dans leurs activités en comparaison des animaux non affectés. En effet, près de la moitié des chiens d’une étude Nord-Américaine et près d’un tiers des chiens d’une autre étude italienne, ont montré une amélioration dans les signes cliniques mais avec des restrictions au niveau de l’activité physique. L’essoufflement (dyspnée) , le « besoin d’air » étant l’un des trois types de sensation désagréables associées à l’essoufflement, avec une charge de travail accrue et une oppression thoracique. Le besoin d’air est considéré comme la sensation la moins plaisante dans l’essoufflement chez l’humain, donc avec le plus grand risque de compromettre le bien-être animal. Comme le besoin d’air est une expérience subjective, il peut seulement être rapporté chez les humains, et ainsi, le fait que les chiens expérimentent aussi cette sensation désagréable pendant la détresse respiratoire est inconnu. En absence de preuve, afin de protéger le bien-être animal, nous pouvons travailler sur l’hypothèse que, quand les chiens éprouvent une détresse respiratoire, ils peuvent ressentir le besoin d’air, et donc travailler pour l’empêcher. Le besoin d’air provient principalement d’une discordance entre la commande moteur automatique et le volume courant d’air, et ainsi, les chirurgies doivent viser l’augmentation du volume courant d’air des chiens affectés afin de réduire le besoin d’air et les signes clinique associés. Cela peut être objectivement évalué en réalisant une pléthysmographie barométrique du corps entier. Cependant, cette méthode nécessite davantage de recherches et une validation chez les chiens brachycéphales en pré et post-chirurgie avant qu’elle puisse

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être largement adoptée dans un cadre clinique. Effondrement avancé du larynx L’effondrement du larynx est un problème secondaire qui peut être très difficile à gérer. Les chiens avec un effondrement phase II peuvent obtenir une amélioration modérée avec la correction chirurgicale d’anomalies primaires et des changements des méthodes d’élevage et des conditions de vie , par exemple la perte de poids et la limitation de l’exercice. L’aryténoïdectomie peut aussi être utilisée comme chirurgie correctrice pour ouvrir la fente glottique, avec, pour plus des trois quarts (76,4%) des patients ayant un effondrement phase II, un résultat chirurgical favorable. Cependant, la probabilité d’amélioration pour les chiens avec un effondrement du larynx en phase terminale est nettement réduite. Les options de traitement sont limitées avec des techniques chirurgicales telles que la laryngectomie partielle, la trachéotomie permanente et le report du lien du larynx en arrière. Le pronostic pour les animaux gravement atteints est réservé. Par exemple, 50% des chiens subissant une résection partielle du larynx sont morts en postopératoire, avec pneumonie par aspiration comme complication la plus commune. Une alternative est la trachéotomie permanente pour contourner les voies aériennes supérieures ; cependant, cela nécessite un niveau élevé d’attention et de maintenance de la part des propriétaires. La trachéotomie permanente est particulièrement risquée pour les races brachycéphales en raison de leur conformation, avec des cous courts et épais chez les races telles que le Bulldog, le Bulldog Français et le Carlin, et les plis cutanés redondants. Cela peut être aggravé par une hypoplasie trachéale quand elle est présente. En tant que telle, l’euthanasie peut être envisagée par les propriétaires pour les chiens gravement atteints. Des endoprothèses trachéales en silicone ont récemment été testées pour le maintien d’une trachéotomie temporaire chez des chiens avec obstruction des voies aériennes supérieures. Les endoprothèses ont été utilisées à long terme chez cinq chiens. L’évolution en trachéotomie permanente est intervenue de 5 jours à 8 mois après leur placement ; cependant, une telle utilisation à long terme n’a pas été recommandée par les chirurgiens en raison de la formation de tissus granuleux chez 60% des chiens, causant le délogement de l’endoprothèse. Autres procédures En plus de l’effondrement du larynx, l’éversion des amygdales est commune chez les chiens avec un syndrome obstructif des voies aériennes supérieures. Elle peut être traitée par amygdalectomie. Cette procédure n’est pas couramment effectuée, et le bénéfice n’est pas clair. Un des inconvénients de la chirurgie traditionnelle des syndromes obstructif des voies aériennes supérieures est qu’elle ne traite pas la maladie internasale, malgré le fait qu’une obstruction significative peut être présente. Une nouvelle procédure a été décrite pour traiter les cornets nasaux aberrants : turbinectomie assistée par laser. Cependant, il s’agit d’une procédure très spécialisée, et la repousse des cornets nasaux peut se produire. Gestion médicale L’usage de médicaments permet de gérer les crises respiratoires aigües où la sédation, le refroidissement et l’assistance respiratoire peuvent être nécessaires. Les glucocorticoïdes et les diurétiques sont conseillés pour pallier à un stade avancé de la maladie. Cependant, l’efficacité de ces médicaments n’a pas été prouvée scientifiquement.


DOSSIER On sait que cette maladie atteint non seulement le système respiratoire mais cause également des problèmes œsophagiens et gastriques. De nombreux chiens souffrant du BOAS montrent des signes plus ou moins sévères au niveau gastro-intestinal, comme l’hypersalivation, des hautle-cœur, des étouffements. Il est présumé que des pressions négatives dans les voies respiratoires pendant la respiration mènent à des hernies hiatales secondaires, des reflux gastroœsophagiens et des inflammations de l’œsophage. Dans une étude à long terme sur les chiens brachycéphales ayant subit une opération des voies respiratoires supérieures combinées à un traitement médical des symptômes gastrointestinaux par une combinaison d’antiacides et des médicaments prokinétiques selon des examens histologiques et endoscopiques. Pour l’inflammation gastro-intestinale, observée à l’examen endoscopique, des oméprazoles et cisapride ont été administrés après la chirurgie. En cas d’inflammation distale de l’œsophage, un antiacide comme l’hydroxyde de magnésium a été prescrit après le repas pendant 15 jours. D’après les résultats histologiques, les chiens avec une inflammation sévère de l’estomac et/ou du duodénum avec une fibrose pariétale ont reçu de l’oméprazole pour inhiber la sécrétion d’ions hydrogène, de la cisaprides comme prokinétique, du sucralfate comme protecteur de surface et de la prednisolone pendant 3 mois. Pour les cas moins sévères, le même traitement a été prescrit pendant 2 mois sans la prednisolone. Après un suivi d’au moins 6 mois, 72.1% des propriétaires rapportent que le système digestif de leur chien est excellent. De plus, 75% des cas qui ont été traité pour les symptômes gastro-intestinaux n’ont plus besoin de traitement médical ni d’un régime alimentaire spécifique. Au vu des risques que présente la chirurgie, le traitement non-chirurgical devrait être considéré avant toute intervention, notamment chez les cas modérés car certains patients peuvent s’améliorer avec une restriction d’exercice et une perte de poids. Des modifications de l’hygiène de vie peuvent réduire l’intensité des symptômes, par exemple le propriétaire devrait savoir qu’il doit éviter d’exposer son chien à des activités et à des environnements pouvant augmenter de façon significative les besoins en oxygène en particulier un effort trop intensif, des températures trop élevées ou des situations stressantes. Au contraire, les promenades doivent être courtes, seulement aux heures les plus fraiches de la journée et des harnais devraient être utilisés afin de ne pas appliquer de pressions sur les voies respiratoires supérieures. L’obésité est courante chez la population canine en générale et affecte 20 à 40 % des chiens. Beaucoup de chiens souffrant de BOAS sont en surpoids ou obèses, ce qui est problématique car un score corporel élevé est un facteur de risque pour cette maladie et est associé à une hausse significative de l’intensité des symptômes. Les études barométriques ont démontré que les chiens obèses présentent une baisse significative du volume courant par kg et une fréquence respiratoire bien plus élevée que celle des chiens non obèses. C’est aux propriétaires de faire attention au poids de leur chien pour éviter une aggravation des signes cliniques.

pour être sûr que les propriétaires prennent les symptômes au sérieux. Même si aucun test officiel n’est disponible pour détecter le BOAS en Angleterre de nos jours, si les clients ont l’intention de mettre leur chien brachycéphale à la reproduction, les vétérinaires devraient proposer des tests de santé physique pour les chiens avant la mise à la reproduction. Eviter la reproduction de chiens présentant des signes cliniques de BOAS ajoutés avec le fait d’éviter également la reproduction de ceux présentant des morphologies crânio-faciales extrêmes et des sténoses importantes des narines devrait réduire les risques de BOAS dans les portées à venir. Finalement, les vétérinaires peuvent jouer un rôle dans le marché du chiot en prévenant les potentiels propriétaires qu’ils devraient éviter les races brachycéphales pour créer une demande de chiens en bonne santé non-atteints de BOAS. Même si le problème doit être pris au niveau individuel, comme beaucoup de propriétaires ne vont pas demander des conseils au vétérinaire avant l’achat du chiot, les vétérinaires et les autres professions animales qui travaillent pour la prévention, comme des associations pour le bien-être animal, devraient avoir accès à une audience plus large pour faire passer le message. Malgré l’impact majeur de BOAS sur le bien-être chez les chiens affectés, beaucoup de vétérinaires sont conditionnés pour être désensibilisés au BOAS et l’acceptent comme une condition normale pour ces races. Ces attitudes doivent être éradiquées avec une prévention commençant dès les écoles vétérinaires et continuer tout au long de leur carrière, instaurant une attitude sérieuse vis-à-vis des problèmes de conformations. Conclusion Le BOAS est extrêmement courant chez les races brachycéphales et ajouté à leur popularité croissante, génère un problème de bien-être majeur.

La sensibilisation du propriétaire et du public à cette maladie, ainsi que des traitements pour réduire ses effets sur la qualité de vie de l’animal sont plus que jamais nécessaires. Il faut s’assurer que les propriétaires de chiens affectés sont conscients du mauvais pronostic et du manque de traitements efficaces. Les chiens doivent être présentés au bon moment à un stade où la chirurgie est une option avec un bon pronostic. Bien que les propriétaires puissent hésiter à opter pour la chirurgie en raison de la longueur de l’anesthésie, ces risques sont vraiment sous-pesés par rapport aux effets néfastes du BOAS qui peut affecter la qualité de vie du chien s’il n’est pas traité. Bien que la chirurgie soit avérée efficace pour soulager un certain degré d’obstruction des voies aériennes, les chiens atteints ne peuvent pas être rendus « normaux » en raison de leur conformation inhérente et l’accent est donc mis sur l’importance de meilleures critères de reproduction des brachycéphales. Des études récentes ont démontré le rôle majeur de la conformation. Un leadership fort des organisations d’ éleveurs canins dans le monde est nécessaire pour décourager les extrêmes concernant cette morphologie qui conduisent à ce trouble. Ils pourraient inclure des amendements aux normes de races et des programmes de santé pour s’assurer que seuls les chiens en bonne BOAS education: santé seront utilisés pour la reproduction. La communauté vétérinaire doit fournir des conseils aux éleveurs et aux propriétaires en encourageant la Une étude récente a démontré que plus de la moitié des propriétaires prévention plutôt que la palliation de ce trouble en veillant à ce qu’ils ne (58%) reconnaissent les signes cliniques de cette maladie chez leur chien perpétuent pas le BOAS par des attitudes dénuées de sens. mais considèrent ces difficultés respiratoires comme « normales pour la race ». Ceci est inquiétant car cela induit que beaucoup de chiens souffrant du BOAS ne reçoivent pas les soins vétérinaires dont ils ont besoin pour améliorer leur qualité de vie. Les raisons de cette perception de « normalité » peuvent inclure le fait que la plupart des chiens brachycéphales souffrent de BOAS et que les signes arrivent précocement et deviennent chroniques. Tous les chirurgiens vétérinaires devraient s’assurer que leurs clients propriétaires de chiens brachycéphales soient conscients et vigilants concernant les problèmes respiratoires de leur chien et demandent des conseils avant qu’il y ait une détérioration trop importante. Prévenir les propriétaires de chiens brachycéphales (présentés pour d’autres problèmes) des anomalies respiratoires détectables (ex : ronflement audible ou halètement excessif) devrait être une habitude dans la pratique vétérinaire

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INTERVIEW

Pierre LEVESQUE l’homme aux 5 Prix d’A mérique Propos receuillis par Perrine Restani, étudiante en 2ème année à l’Ecole Française d’Ostéopathie Animale de Caen. donc tout se joue à des dixièmes de secondes. Il faut avoir les bons réflexes, les bonnes intuitions au bon moment, les chevaux se tiennent forcément de très près. Dix-huit partants ; ce sont les meilleurs chevaux du monde. Après évidemment, il y a toujours un gagnant. C’est une course très spéciale. Après, il y a d’autres courses très intéressantes à courir autour du programme, mais le prix d’Amérique reste évidemment la plus belle course.

Bonjour Monsieur Levesque, tout d’abord pouvez-vous me dire qu’elle est l’histoire de votre écurie ? L’écurie Levesque existe depuis longtemps. Moi je l’ai héritée de mon grand-père Henri Levesque. C’est lui, ici à Beuzeville la Bastille, qui avait créé le centre d’entrainement. Donc après en avoir pris la succession, je l’ai développé en créant la SNC écurie Pierre Levesque.

évidemment tout le monde rêve de la gagner. Mais pour cela il faut tomber sur les bons chevaux, des chevaux qui conviennent et sont en forme au bon moment. Il y a une part de chance évidemment mais également beaucoup de travail sur plusieurs années. Il faut que tout aille bien dans le bon sens jusqu’au dernier moment. Il y a donc beaucoup de paramètres à rassembler pour en arriver là.

Quel est votre palmarès ? Et quelles sont vos courses fétiches ? L’écurie existe depuis longtemps, donc son palmarès est très fourni. Mon grand-père a gagné le Prix d’Amérique à 5 reprises. Moi, je l’ai gagné à 3 reprises en tant qu’entraineur et 2 fois comme driver. Donc on peut dire que c’est la course fétiche parce que c’est la plus belle course au monde pour les trotteurs,

Et vos victoires au Prix d’Amérique font partie de vos meilleurs souvenirs de course ? Forcément ! Surtout avec Offshore Dream, on avait eu vraiment un beau parcours. Le parcours fait aussi la différence à ce niveau-là. Au prix d’Amérique, il y a 18 partants, c’est une course avec un départ très particulier parce qu’il y a une tension terrible, les éleveurs sont survoltés,

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Parmi tous vos chevaux au cours de votre carrière avez-vous un cheval de cœur ? (Quelles étaient (sont) ses caractéristiques , ce qui le différenciait des autres ?) Sans hésitation, Offshore Dream, parce que déjà il a gagné le prix d’Amérique à 5ans, puis on avait eu une préparation vraiment idéale et un enchaînement parfait des évènements. Il faut vraiment un super champion pour gagner le prix d’Amérique à 5ans car c’est une course très exigeante et c’est souvent une course de vieux chevaux. Donc la gagner à 5 ans c’était magnifique ! Et il l’a répété l’année suivante, à 6 ans. C’était un parfait cheval de course. Il était très gentil à s’occuper tous les jours, avec une très bonne nature parce qu’il était quand même étalon. Très gentil mais avec un naturel volontaire, toujours content de courir ce qui est important. Le moral des chevaux et leur volonté est très important, cela compte énormément. Et il ne faut pas qu’ils aient trop de problèmes physiques.


INTERVIEW Il y a-t-il des origines que vous préférez plus que d’autres ? Mon grand-père avait développé le sang Américain. Le trotteur français est une race qui existe depuis longtemps. C’est une race assez robuste mais qui manque un peu de vitesse. Mon grand-père a apporté ce sang par l’intermédiaire de sa championne, Roquépine, qui d’ailleurs avait gagné 3 fois le prix d’Amérique. Il l’a envoyée aux États-Unis, au meilleur étalon, qui s’appelait Star’s Pride, qui est un champion dans son pays mais un cheval de 1 600 mètres donc un cheval de vitesse. De ce croisement est né Florestan qui a été racheté par les haras nationaux après sa carrière en course. Il a fait un excellent étalon qui a apporté du sang américain et a amélioré la race. Et ensuite, il y a eu des apports successifs d’autres courant de sang américain qui l’ont beaucoup fait évoluer. Le mariage des deux races a été assez exceptionnel en France. On a eu de très bons chevaux en mariant le sang américain qui était davantage sélectionné et depuis plus longtemps, avec le trotteur français qui avait besoin un peu de sélection assez sévère. Ce fut une bonne association.

Quel est l’entrainement idéal pour vous ? Il n’y en a pas, tout le monde a sa méthode. Un bon cheval sera bon partout. Pour moi, la méthode idéale c’est de faire de l’ « interval training », avec beaucoup de fond aux jeunes, les muscler beaucoup, notamment le cœur. Le fond est essentiel à travailler car la vitesse, ils l’ont naturellement à la naissance. Pour ceux qui manquent un peu de vitesse, l’ « interval training » les aide à en gagner un peu. C’est une méthode qui est dérivée de l’athlétisme, avec des périodes courtes de récupération intercalées avec des sprints assez courts. L’ « interval training » est surtout pratiqué en ligne droite afin de préserver les articulations des chevaux. Que pensez-vous de l’ostéopathie ? .Je pense que les étirements avant et après les efforts physiques sont bénéfiques. En ce qui concerne l’ostéopathie, on l’a toujours utilisée. Après je me demande toujours comment un homme qui fait 60-70 kg peut avoir une influence sur le squelette d’un cheval. Cela reste une question quand même ! Cependant, les bienfaits de l’ostéopathie ont été démontrés. Utilisez-vous d’autres méthodes de soins non conventionnelles ? L’acupuncture peut aussi être très intéressante, ainsi que les stretchings et les massages. Ces techniques sont surtout un plus dans l’entrainement.

Pour vous quelles sont les qualités d’un bon professionnel du monde équin ? D’être très vigilant avec le cheval, de bien le connaître, d’être très attentif à son bien-être et de bien l’observer. Avec les chevaux c’est une question d’observation. Quand on connait ses chevaux, il n’est pas nécessaire d’avoir un vétérinaire pour savoir que ça ne va pas. L’observation est très importante, surtout quand on a beaucoup de chevaux par exemple pour réussir à déterminer les dominants et les dominés. Il faut être très vigilant avec tout ça pour détecter les chevaux malheureux par rapport à d’autres qui ont un caractère très fort. En fait ça se rapproche aux humains, il faut être assez psychologue je pense quand on élève et entraine des chevaux, la psychologie du cheval est très importante à mon avis. Merci beaucoup Monsieur Levesque pour cette interview, nous vous souhaitons encore de très nombreuses victoires en Prix d’Amérique.

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VIE ETUDIANTE

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