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NORV E G E une expĂŠdition photographique dans les fjords

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Nous décidons de partir pour Bakken, indiqué à 7h de marche vers le Nord Est. En réalité, difficile de tenir les temps avec un gros paquetage. Nous n’avons plus d’eau mais nous partons quand même. On descend du plateau pour s’enfoncer dans la forêt sauvage et verdoyante. Cette forêt est pleine de vie et peuplée de petits oiseaux, nous entendons aussi le bruit des chutes d’eau environnantes et on observe de multiples mousses , champignons et fleurs sauvages. L’eau n’est donc plus un problème. On trouve de nombreuses cascades et Étienne se baigna d’ailleurs dans l’une d’elles. Un couple de marcheurs vint même le rejoindre. On remonte alors sur les plateaux. La roche est tellement lisse qu’elle forme une sorte de colline de pierre parsemées de lacs et de bruyère . Mais dès que l’on redescend, on retrouve nos forêts de pins et nos cascades. On établit le campement sur la rive d’un gros lac et nous pêchons quelques truites, ce sont les premières du voyage ! Alors que la nuit tombe, Perrine nous régale d’un mélange de soupe à la tomate et pâtes. Vincent fait des photos pendant que nous nous réchauffons au coin du feu. La température est tombée avec la pénombre mais le vent s’est aussi calmé. Le lac est tranquille  On n’entend pas d’autres bruits que le crépitement des braises. C’est l’heure d’aller dormir. Il reste 3h de marche demain. Enfin, c’est ce que nous pensions… Quatrième jour : La journée a été très difficile. Elle s’annonçait pourtant bien. Il ne nous restait que 3 à 4 heures de marche pour rejoindre Songersand ( un peu après Bakken ), mais la route a été plus longue que prévu: Nous nous levons vers 8h. Il fait beau, malgré le retour du vent qui s’était calmé en début de soirée. Nous rangeons le campement et reprenons la route. Tout le monde est heureux . Le chemin est magnifique. Nous traversons encore de grandes parcelles de forêt, passons quelques petits lacs puis nous finissons sur ces fameuses plaines rocailleuses, sorte de petits plateaux vallonnés bordant le fjord. Nous passons ainsi de vallée en vallée longeant toujours l’eau . Sur les hauteurs, le vent est très fort, tout comme le dévers de la montagne, que l’on devine plonger jusqu’à l’eau.  Vers midi, nous n’en voyons toujours pas la fin. Je regrette d’avoir un sac aussi lourd. Mes pieds me font souffrir, mais ce n’est rien comparé à ce qui nous attend. En revanche la soif n’est plus du tout un problème tellement les cours d’eau sont nombreux. Nous voyons loin et pourtant je n’aperçois toujours pas de village au bord de l’eau. Ce que nous pensions être un village ( Bakken) n’était finalement qu’un refuge. Ce qui sapa notre moral car nous commençons à manquer de nourriture. Le temps de faire un café et d’avaler un sachet de purée mousseline sec et nous voilà déjà repartis. Songersand ne doit plus être très loin. 

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Nous trouvons une petite rivière et comme nous nous pensions proche de la fin, nous prenons le temps de pêcher. La rivière grouille de truites ! Dès le premier lancé de cuillère , Vincent a une touche. Les truites faisaient environ 15 à 20 cm. Je les relâchais au début, étant habitué aux grosses truites des rivières Aveyronaises. Je pensais qu’elles étaient trop petites. J’ai appris par la suite que c’était une espèce de petites truites et que c’était leur taille adulte dans les petits ruisseaux. Ce sont des truites “fario”. Voyant qu’elles faisaient toutes cette taille et que chaque lancé était fructueux je décida tout de même de garder les plus grosses. J’en ai donc gardé 3 mais il se mit à pleuvoir et je n’avais plus une touche. Ce fût ma plus belle partie de pêche ! Ce qui devait être un torrent à la fonte des glaces, n’est en réalité qu’une multitude de petits ruisseaux se baladant de trou d’eau en trou d’eau entre les énormes blocs de granite à cette saison. On prend vite goût à essayer de se cacher de rocher en rocher pour accéder au plus gros trou d’eau et pouvoir y placer sa cuillère sans être repéré. Il faut alors jouer avec le courant, aller le plus lentement possible sans que la cuillère s’arrête de tourner en guettant l’arrivée du poisson . Puis la truite se présente, on accélère alors le rythme pour faire mine de s’enfuir jusqu’à ferrer un petit coup au moment où elle se jette sur la cuillère. Ce qui est intéressant c’est que cette manipulation est très technique: on voit bien le poisson dans cette eau translucide, tout comme lui nous voit. À mes yeux, cela s’apparente plus à de la chasse qu’à de la pêche classique. La petite bruine se transforme en pluie. Nous reprenons la route. Le chemin devient plus difficile. La pente est raide et les gros blocs de granite rencontrés deviennent très glissants. Parfois, les passages sont tellement engagés en raison du précipice que  des chaînes sont fixées à la roche pour s’y retenir. Notre paquetage ne facilite pas les choses. Nous arrivons sur un éboulement d’énormes blocs de granit. La traversée doit facilement faire 50 mètres, et le fléchage du chemin continue à travers les blocs comme si de rien n’était. Sauf que mouillé, ce n’est plus une mince affaire. D’autant que la roche est parfois totalement recouverte de lichen ce qui donne un peu l’impression d’escalader des blocs de glace. La fatigue, le lourd sac que nous portons ,la pluie qui ne cesse et de fortes bourrasques imprévisibles rendent le passage extrêmement périlleux. Nous continuons car faire marche arrière nous parait totalement impensable, tout comme l’idée d’établir le campement à cet endroit. Je ne peux cependant m’empêcher de penser que l’un de nous va tomber dans le vide ou se casser une jambe. En effet, alors que cet éboulement n’a pas suffit à nous décourager, la dizaine qui suivit nous anéanti. Je fais beaucoup d’erreurs en raison de la fatigue, et le vide à ma droite commence à m’attirer. Ce n’est plus mes jambes mais ma tête qui fait avancer mon corps douloureux. J’aperçois enfin une maison au loin. J’utilise mes dernières forces. On touche finalement au but, après ce qui restera pendant longtemps la marche la plus difficile de ma vie. -7-


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Devant nous se trouve un petit champ au bord du fjord. On devine ainsi une route menant à un petit embarcadère entouré de quelques maisons. Je monte ma tente pendant que Vincent et Perrine se rendent à l’embarcadère en espérant obtenir des vivres du bateau en approche. Sans succès. Ils ont retrouvé un groupe d’allemands qui campaient au bord du même lac que nous la veille. Ayant passé les éboulis avant la pluie, ils sont arrivés bien avant nous, et sans trop de difficultés. Les maisons ne sont, pour la plupart, que des refuges ou des maisons de vacances. Pas de vivres supplémentaires pour nous ici. C’est une mauvaise nouvelle car il ne nous reste que de la purée mousseline et des nouilles à 2nok ( soit 0,25€ ) qui ne tiennent pas vraiment au corps. Après un bol de purée , je veux retourner pêcher dans le fjord pour notre survie mais Perrine tient absolument à s’occuper des énormes ampoules que j’ai aux pieds. En vain car mes chaussures sont mouillées. Je marche pieds nus pour les laisser sécher et les pansements partent rapidement dans l’herbe humide de la prairie. Pas de poissons en vue. Alors que Perrine entame la cuisson de ma prise de l’après midi, la pluie qui s’était calmée reprend de plus belle et tourne très rapidement en tempête, avec des bourrasques de vent à déraciner une forêt. Les tentes ne sont pas fières et nous non plus. J’achève la cuisson du poisson sous ma tente alors que Perrine rejoint Vincent sous leurs tentes, en attendant le retour du calme. Ce qui n’arriva pas.  Je mange donc mon poisson seul car le temps est si mauvais que chacun refuse de sortir, même pour partager le repas. Ma tente mono-paroi n’aime pas beaucoup l’eau. Les gouttes de pluie, aidées par le vent, traversent les coutures. Ma toile de fond étanche serait rapidement devenu une piscine si la mousse de mon matelas de sol n’avait pas absorbé pas toute cette eau. L’eau ressort quand j’appuie sur le matelas, ce qui me rappelle les mousses colorées des plaines humides traversées aujourd’hui. Heureusement mon duvet à l’air totalement imperméable donc je vais dormir au sec. D’autant plus que la tempête est passée, ne laissant derrière elle que le bruit des fortes vagues du fjord qui tapent la rive.

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2 jours plus tôt : Les paysages commencent à changer, les montagnes sont plus grandes, plus tranchantes, et pourtant plus boisées. Les maisons prennent des teintes chaleureuses. Rouges, bleues, vertes, avec ou sans liseré aux fenêtres, toutes les couleurs y passent. Certaines ont même de l’herbe épaisse en guise de toiture. Un couple d’allemands nous a pris en stop en début d’après midi. Nous traversons ainsi les vallées, longeons les fjords et les lacs , assis sur le lit à l’arrière du van aménagé. Évidemment c’est bien plus rapide qu’à pied, mais c’est bien plus frustrant aussi. Les paysages défilent sous nos yeux mais on ne peut pas demander au conducteur de s’arrêter toutes les 5 minutes pour savourer l’instant. Vincent tente péniblement de faire des photos des lacs et rivières que nous croisons. Entre la buée sur la vitre, l’autofocus et les arbres le long de la route, je m’amuse beaucoup à l’entendre ronchonner en ratant des photos pleines de potentiel avec un peu plus de temps. Pour ma part, je préfère observer et ancrer le paysage dans ma mémoire. En fin de journée, ils nous laissent non loin d’une station de ski. Ils se détournent de la route principale pour trouver un endroit tranquille où dormir. Nous comptons en faire de même, mais à pied les critères pour un bivouac sont un peu différents. Nous sommes beaucoup plus haut en altitude. Il pleut et le vent est glacial. Par chance nous trouvons un préau en bois avec une table de pique-nique au pied des pistes. Si l’on peut encore les appeler ainsi car à cette saison ce ne sont que de simples alpages. La station parait d’ailleurs totalement déserte. On mange quelques pommes de terre et on allume un feu. La température baisse encore avec la tombée de la nuit. Nous avons tous mis nos affaires les plus chaudes. Un éclair me traverse l’esprit. Quelques bananes, des carrés de chocolat, un peu d’eau dans une petite casserole, le tout à chauffer sur le feu et nous voilà avec le meilleur dessert de tout ce voyage. Cela devint rapidement un classique. Au réveil, il fait toujours froid, toujours ce vent glacé et une bruine épaisse. Un vrai mauvais temps de montagne. On se remet à faire du stop. Rapidement un local nous prend, pécheur qui plus est. On apprend un peu plus tard qu’il va dans la direction opposée à la sienne pour nous. La vallée dans laquelle nous arrivons est réputée pour ces nombreuses cascades descendant du haut de ces énormes montages pour finalement tomber dans le lac d’Odda. Il nous emmène jusqu’au supermarché de la ville ou nous nous ravitaillons. Nous comprenons rapidement qu’il ferait le tour de monde pour nous et on décide donc de le laisser là pour ne pas le déranger davantage. Un petit tour à l’office de tourisme - où ils font, paraît il, le meilleur café de la région - et nous voilà dans le bus pour Skjegedal. Nous planifions d’aller à Troll’s Tongua : 8 à 10 heures de marche aller-retour pour monter à 1200 mètres. Seulement avec nos énormes sacs c’est le temps que nous prend seulement l’ascension. On rencontre des français dans le bus. Louis et Théo venant de Lyon. Nous montons le camp ensemble et on discute tranquillement au coin du feu. La bonne ambiance règne. Cela fait plaisir de retrouver des français. -14-


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La marche commence par 2 à 3 km où l’on grimpe 80% du dénivelé du parcours. Cela ressemble souvent plus à de l’escalade qu’à de la randonnée. On arrive alors sur le plateau, plein de lacs et de verdure. La végétation tourne au bordeaux, avec des plantes oranges, jaunes, et un lichen vert fluo recouvrant la roche majoritairement gris clair. La zone est plutôt humide et chaque petit marais se voit orné de fleurs blanches cotonneuses. Quand elles n’ont pas été massacrées par le vent cela forme une boule parfaite de duvet au bout d’une fine tige verte. Et on peut en voir des parterres entiers. Nous nous sommes arrêtés vers 15h pour faire des nouilles dans une cabane pleine de poubelles et de bric à brac que les norvégiens nomment refuge. Puis nous avons recroisé nos amis de la veille, échangé quelques photos et établi notre campement au bord d’un petit lac à 1km de là ou j’écris. Ce soir, c’est sardine à la tomate et purée au fromage ! Neuvième jour : En me réveillant ce matin je pensais avoir un nouvel habitant dans ma tente. En réalité le rongeur courait en longeant la toile, mais à l’extérieur. Je suis étonné que de petits rongeurs arrivent à survivre dans ce milieu plutôt hostile. Ce matin nous avions planifié de faire des photos du lever de soleil sur Troll Tonga mais le temps n’était pas très propice à réaliser de beaux clichés. Le vent est toujours aussi glacial, et les nuages bas opaques bouchent totalement la vue. Les touristes affluent rapidement sur le site. Arrivés tard la veille, nous n’avions pas eu droit à cet attroupement. Vu la longueur du trek j’espérais que le site serait un peu moins fréquenté que Preikestolen. Malheureusement les gens font déjà la queue pour faire leur selfie sur la langue de roche. Cela ne nous intéresse pas. Un énorme bloc surplombe cette attraction et offre la vue la plus dégagée sur le lac. J’y rejoins Vincent et Perrine qui tentent péniblement de faire chauffer de l’eau en plein vent. J’ai pour ma part préparé le café au campement et n’ai plus qu’à sortir mon thermos et contempler la vue. Je médite un peu puis nous nous mettons en route pour rentrer. La descente est assez longue mais reste bien plus agréable que la montée ! Après de longues heures de marche nous arrivons au pied du trek. Le bus de 16h pour Odda vient de partir. Le prochain est à 20h et l’office de tourisme sera fermée. On décide de faire du stop, mais nous finissons rapidement dans un mini bus officieux à 50 nok pour rejoindre la ville. Direction l’office de tourisme. Malheureusement, un homme met déjà la clef dans la serrure au moment où nous arrivons. Sur le banc devant l’entrée se trouve un homme fort, barbu, avec une chemise à carreaux épaisse, en train de se faire un petit stock de cigarettes. Les roulant les unes après les autres. Je sympathise rapidement avec lui pendant que les autres partent faire les courses. C’est une personne extrêmement intéressante. Il me raconte qu’il est venu en Norvège pour un festival de musique. Il est donc musicien me dis-je. Et bien non, c’est une passion dévorante, mais à travers ces multiples voyages il a appris plus de 4 langues et il est devenu interprète. Il propose d’aller faire du camping sauvage à coté du glacier, et nous y voilà donc. -16-


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«Il joue d’une guitare à 12 cordes avec beaucoup de dextérité une symphonie magnifique. Derrière nous l’eau arrivant du glacier voisin forme des torrents tellement puissants qu’ils couvrent tout autre bruit. Nous campons au pied du glacier de Buer, non loin d’Odda, en compagnie de ce guitariste, nommé Stephano, et de 3 allemands fort intéressants rencontrés sur place.» Au matin Stephano nous ramène en voiture jusqu’à Odda pour continuer notre voyage. Le ciel est parfaitement bleu et il fait bien chaud. On écoute des chansons Corse en avançant paisiblement dans la campagne norvégienne. Après un petit café à l’office de tourisme, notre nouvel ami nous quitte. Quand à nous, cela fait 4 jours que nous n’avons pas vu un savon alors que nous avons marché des dizaines de kilomètres dans la montagne, et principalement sous la pluie. Toute nos affaires sont sales et je n’ai plus de batterie pour l’appareil photo depuis la veille. 30 nok la douche, mais tout le monde y passe. Puis de nouveau 30 nok pour la machine à laver cette fois-ci. Il y a une petite place entre le lac et l’office. On y tend une corde entre deux poteaux pour étendre nos affaires. Les passants nous regardent comme des extraterrestres. Une mamie nous achète même une deuxième corde pour tendre plus d’affaires, et nous remercie d’amener un peu d’animation dans sa ville qu’elle juge un peu monotone. Une fois les affaires sèches, les batteries pleines et une gaufre à 20 nok dans l’estomac, nous voilà de nouveau en marche. Nous sommes rapidement pris en stop par un professeur avec un gros monospace. Il va un peu plus au nord pour voir des amis. Parlant très bien français, il nous explique tout ce que l’on croise, apparemment assez heureux de pouvoir travailler un peu notre langue. Il y a de nombreux maraîchers le long du fjord. Ceux-ci laissent une petite partie de leurs récoltes en évidence le long de la route, avec une pancarte pour indiquer le prix, et une boite pour déposer l’argent. Inimaginable en France. Tout le monde se servirait sans payer, et pour peu que quelqu’un paye, le suivant se servirait dans la caisse. En discutant un peu des différences de système social on comprend vite que la stabilité de la Norvège et la confiance que les habitants se portent mutuellement tient principalement de leur très faible taux de population. En effet la police est pratiquement inexistante, mais tout le monde se connaît. Ils sont un peu plus de 5 millions dans toute la Norvège, soit moins de la moitié de la population de l’agglomération de Paris. Ça vous donne un ordre d’idée.

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Onzième jour: Dans la nuit, j’entends des personnes s’approcher de notre campement. «Il y a déjà des gens ici tu vois», s’exclama une voie féminine. Ne dormant pas encore, je répondis instantanément: on ne mort pas! Vous pouvez vous installer à coté de nous. Trop heureux de rencontrer des français, et des filles de surcroît. Rapidement elles installent leurs tentes, alors que je sors la tête de la mienne pour les accueillir. Elles étaient à Oslo le matin même et partent en direction de Bergen. Pour elles, le stop fut facile et il fait super beau. Je leur raconte un peu nos galères quotidiennes, certainement par jalousie. Au réveil, on déjeune ensemble et elles repartent rapidement pour atteindre leur objectif le plus tôt possible. On se remet en route pour Vik. Après un peu de marche, et d’attente, deux jeunes locaux dans un camion décoré à la mode des pays de l’est nous embarquent. À l’intérieur c’est sièges en cuir bordeaux, moquette au sol, petits rideaux, des bouis-bouis partout, avec plein de lumières et une bonne sono. Ils l’ont acheté comme ça s’expliquent ils. Ils écoutent du Bonobo, ce qui nous ravi Vincent et moi mais nous rappelle le trip de l’année passée avec une certaine dose de nostalgie. Nous atterrissons ensuite dans une caravane d’allemands. Il y a vraiment beaucoup de touristes allemands en Norvège. J’ai souvent l’impression d’en croiser plus que des norvégiens! Nous sommes confortablement installés à l’arrière, sur les banquettes, autour d’une petite table. Ils sont adorables et leur rythme est parfait pour nous. Ils s’arrêtent boire un café pour prendre des photos dans les coins sympas et nous emmènent même avec eux voir l’église en bois de Vik datant du XI ème . On passe la majorité de la journée avec eux et ils deviennent notre deuxième famille. Ils nous nourrissent de pâtes à la bolognaise en attendant le ferry qu’ils payent d’ailleurs pour nous. Ça commençait à faire beaucoup, nous étions un peu gênés. Nos routes se séparent à la sortie du ferry. Ils partent à l’Ouest, vers Bergen, et nous au Nord vers Alesund. On leur laisse un petit mot et de l’argent pour le ferry caché dans le camping car. De nouveau sur le bord de la route, on se sent seuls après les avoir laisser partir. Comme nous sommes à la sortie d’un ferry, on ne croise que quelques voitures toutes les demi-heures et seulement une ou deux partent dans notre direction. On avance jusqu’au soir et on campe derrière les broussailles entre le fjord et la route. Depuis la descente du ferry il ne s’est plus arrêté de pleuvoir. Tout le monde est fatigué et cette pluie fine qui rend tout humide nous déprime. La mauvaise humeur règne. On a mangé des pâtes aux poivrons ce soir là! Ça nous change un peu.

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Douzième jour: Au réveil il ne pleut plus. Pour la première fois j’essaie les mueslis dans de l’eau avec du lait en poudre. Ça vous parait peut être anodin. Mais quand cela fait 10 jours que vous mangez des mueslis secs tout les matins ça paraît délicieux! On marche encore et toujours. Cette route est vraiment peu fréquentée. Certainement la moins fréquentée de tout le voyage. C’est un vrai problème car la grosse route est 30km plus à l’est et le premier village 50km au nord de notre position actuelle. On décide de viser la grande route. Après quelques km plutôt paisibles à longer le fjord, une voiture allemande s’arrête. «this is the end of the road» nous dit-il. Incompréhension totale. On déplie la carte avec lui et , en effet, notre petite route, en y regardant de plus près, est coupée sur quelques millimètres sur notre carte. Panique! Il faut faire marche arrière. Finalement il nous emmène chez lui. Il est photographe et s’appelle Apo shamp. Il nous fait visiter sa maison et nous montre de magnifiques photos de la région, prises par ses soins. Il nous emmène alors à un camping 40 km plus au nord. Notre conducteur pète la forme pourtant il à 81 ans. La route monte dans la montagne à travers la forêt et j’aperçois des autocollants de marques de longboard sur les panneaux indiquant des virages serrés. Nous regrettons de ne pas avoir nos planches car cette route est magique! La région est vraiment très sauvage. On arrivent rapidement sur un plateau plein de lacs puis on redescend le long d’une grosse rivière entourée de forêt sur tapis de mousses épaisses. La vue est très dégagée et je m’attend à voir un élan ou un ours tellement l’endroit est reculé. Et pourquoi pas un Hobbit étant donné l’atmosphère étrange qui règne sur ces lieux. La région est assez marécageuse mais la mousse très aérée recouvre la majorité des parties humides. On fait nos adieux à Apo et on s’installe au bord de l’eau sur un tapis de mousse épais en essayant d’éviter les champignons étranges éparpillés un peu partout. Je cueille quelques champignons et je retourne au camping d’à coté pour demander son avis au gérant. Je suis sûr que ce sont de bons cèpes, mais pas lui. Ils n’ont pas l’air de manger de champignons en Norvège. C’est dommage , il y en a partout. Je commence à discuter avec un local planté là et il me raconte que pour rien au monde il ne bougerait d’ici. La rivière est gorgée de truites m’explique t’ il. Dans la supérette du camping on achète ce qui ressemble à une boite de viande pour agrémenter nos pâtes. Cela eut plutôt le goût d’une boite pour chien. Il s’est remis à pleuvoir donc pas une touche. Nous verrons demain si notre pécheur local disait vrai.

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Treizième jour : Au réveil, une légère éclaircie me pousse à accrocher mon duvet , mon matelas de sol et mes chaussettes à un arbre pour les faire sécher. Mauvaise idée ! Il se remet rapidement à pleuvoir, et à grosses gouttes cette fois-ci. Au final mes affaires sont plus mouillées qu’avant. Un peu plus tôt, j’entrepris de laver ces fameuses chaussettes dans la rivière et en perdis une dans le courant. Je couru  le long du cours d’eau, attrapant une branche à la volé, pour finalement récupérer la chaussette 50 mètres plus bas. Cela fit évidement beaucoup rire Vincent. Ce matin il est de très bonne humeur. Moi beaucoup moi. Nous nous sommes levés tard ce qui signifie que l’on va encore devoir marcher toute la journée et je ne supporte plus ce temps pourri. On retourne à l’entrée du camping d’à coté. Le gérant à l’air sévère. En fait j’ai surtout l’impression qu’il est sur la défensive le temps de nous cerner. Les 70 ans passés, ces traits sont marqués et il porte une longue barbe grisonnante. L’accueil est une petite pièce chaleureuse comportant un fauteuil et un comptoir. Derrière celui-ci, on trouve quelques cuillères de pèche et une bibliothèque improvisée. On aperçoit aussi des grosses piles de couvertures dans l’arrière boutique et il y a des dessins d’enfants accrochés plein les murs, dont quelques uns du vieil homme. C’est ce qui me fait dire qu’il ne doit pas être si méchant. Il nous laisse d’ailleurs utiliser ces sanitaires et sont wi-fi alors qu’il sait très bien que l’on dort dans une tente à coté pour ne pas payer le camping. On se remet à marcher. 11 km jusqu’au prochain village et cela fait longtemps que je n’espère plus être pris en stop ici. Le ciel s’est enfin dégagé. Il y a un grand soleil et plus de vent. Voilà un vrai temps d’été ! On admire le paysage avec la rivière qui serpente de cascades en cascades non loin de la route, tout en mangeant des framboises sauvages dans le bas coté. Finalement cette journée ne s’annonce pas si mal. 14 ème jour : Nous voilà installés dans une magnifique BMW, nos sacs péniblement entassés dans le coffre, en compagnie d’un homme d’une quarantaine d’années, bien habillé avec une magnifique montre. Le contraste est d’autant plus édifiant que nous ne sommes plus à notre premier jour de route. Et cela se voit sur nos visages et nos vêtements. Au départ il nous proposait de nous emmener pour quelques kilomètres, faisant mine de ne pas allez beaucoup plus loin. Finalement il avoue que sa destination finale est Alesund et se propose de nous y emmener. Nous avons déjà avalé une grande partie des 190 km qui nous séparaient de cette ville. Notre conducteur travaille dans une grosse boite de logiciel norvégien. -28-


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On parle de voyage aux quatre coins du monde : Chine, Japon, Las Vegas, Paris… Il a l’air de plutôt bien gagner sa vie. C’est un grand citadin mais il est très ouvert. De ce fait notre mode de voyage l’intrigue beaucoup et il hallucine que l’on planifie de rentrer en France en stop. Il pleut pendant tout le trajet et quand on arrive à Alesund , cela n’a pas changé. Un tour à l’office de tourisme pour poster quelques photos et prendre des nouvelles de la famille et nous voilà à la recherche d’un petit camping non loin du centre ville. Alors que Perrine achète un crabe, avec Vincent on craque et on rentre dans un Mcdo. En passant la porte le mal est déjà fait. On ne peut plus résister. Je culpabilise, Vincent pas du tout. On arrive rapidement au camping. 100 NOK par jour. C’est plutôt pas cher. Trop heureux d’avoir un coin chaud, on joue aux cartes dans le hall de réception jusqu’à la fermeture. Dehors il pleut toujours alors on se délocalise dans la petite cuisine commune juste à coté de nos tentes. Quinzième jour : Ce matin c’est la panique  ! La pluie s’est beaucoup intensifiée dans la nuit et ma tente mono paroi montre ses limites. La toile de fond étanche s’est  remplie d’eau petit à petit. Je me réveil donc dans 5cm d’eau. Le duvet est intégralement trempé. Je crois qu’il n’y a pas pire réveil. Je suis bien évidemment toujours fatigué  car il est très tôt mais ce n’est juste pas possible de dormir ainsi. Me voilà retranché dans la fameuse cuisine à essorer mon duvet. Heureusement que nous sommes au camping car cette histoire aurait rapidement tournée au drame quelques jours plus tôt, en pleine cambrousse. Mon duvet sèche tranquillement sur une chaise et je vois que je ne suis pas le seul à avoir des problèmes d’étanchéité. Un norvégien sèche ses chaussures au sèche cheveux et le hollandais rencontré la veille a étendu toutes ses affaires. Son paquetage m’interpelle. Alors que je trimbale quotidiennement plus de 22kg de matériel, et que je n’arrive pas à dormir au sec, Son sac ne dépasse pas les 10 kg et lui n’est pas trempé. Je lui ai posé la question la veille, il met son duvet et son matelas dans un sur duvet étanche et place le tout sous une bâche tendue avec ses bâtons de marche en guise de piliers centraux.  Les autres se lèvent et la pluie s’arrête. Il est temps de partir en ville. C’est le dernier jour de Perrine demain. Contrairement à nous elle rentre en avion donc nos chemins vont se séparer à Alesund.

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Dix-septième jour : Notre campement, installé sur l’herbe fraîchement coupée sur la bordure extérieur d’un stade de foot municipal, se voit réveillé par le cours d’ EPS des élèves de l’école voisine. Nous remballons nos affaires et retournons faire du stop à l’arrêt de bus de cette fameuse école. La recréation sonne rapidement et une foule de petit troll des montagnes inonde la cour. Nous sommes clairement l’attraction majeure de cette matinée. Un simple grillage placé à quelques mètres à peine nous sépare de cette assemblée en délire. Nous sommes deux bêtes étranges, venues d’une contrée lointaine avec notre maison sur le dos, et parlant un dialecte autochtone des plus inconnus. Je me souviens même m’être amusé à sauter de roche en roche sous leurs yeux pour observer leurs réactions. Cela les amuse beaucoup, et il en va de même pour nous.. Alors que le soleil arrive à son apogée, nous traversons enfin le fjord. Nous ne sommes maintenant plus très loin de l’objectif. Un camping-car finlandais s’arrête. On trouve à son bord le propriétaire -un homme fort d’une trentaine d’années l’air retenu et même légèrement craintif- ainsi qu’une auto-stoppeuse française ! -34-


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Cette petite femme au caractère vif s’appelle Nathalie. Elle porte de petites lunettes rondes dignes de John Lennon et une chevelure châtain frisant jusqu’aux épaules. La bonne ambiance règne. Nous déjeunons en leur compagnie et arrivons seulement quelques minutes plus tard à Geiranger. Pour être honnête cette ville pue le tourisme de masse. Avec seulement 250 habitants fixes contre 500 000 personnes en transit l’été, on y trouve plein d’attractions comme des tours en kayak ou encore des tours «spécial pêche» et même de petites croisières. Les rues sont pleines de glaciers et de boutiques souvenirs décorées par des statues grandeur nature de l’emblème de la région : le troll. Le seul avantage à mon sens dans cette ville est que pour une fois nous trouvons facilement des toilettes et qui -comble de l’ironie- ne sont pas payantes. Heureusement pour nous il y a trop de facilité ici pour que tous ces vacanciers partent à pied dans la montagne voisine et montent en haut du mont Keipane, d’autant que le tracé est noir soit une difficulté extrême réservée aux experts de la discipline. Bien évidemment ce code couleur sert à avertir les touristes qui n’auraient jamais fait une marche de plus de 30 minutes en terrain vallonné et éviter les chutes mortelles qui touchent encore une bonne dizaine  de personnes par an en Norvège. Mais en étant bien équipé et avec une forme physique correct il n’y a aucune difficulté. Il est possible de prendre un ferry pour rejoindre le point de vue sur « les trois sœurs » -une triple cascade sur la rive opposée du fjord- mais on peut aussi y accéder par un sentier longeant le bord du fjord sur 8km. C’est ce que nous décidons de faire. De là ,nous pourrons rejoindre le mont Keipane si cela nous chante. Durant l’ascension, on traverse une vielle forêt de feuillus posée sur d’énormes roches que l’on devine tombées des hauteurs plusieurs siècles auparavant.  Le décors est magnifique. On monte rapidement au dessus du fjord sur un petit chemin fait de grosses dalles de pierre patinées par le temps, brillantes et aussi atrocement glissantes. Parfois le vide n’est qu’à quelques centimètres mais les gardiens de ces mont nous tendent toujours leurs bras protecteurs pour nous assurer, bien que nous écrasions continuellement leurs pieds noueux et lissés par plusieurs générations de marcheurs. On arrive ensuite sur une forêt de bouleaux très lumineuse avec un sol de bruyères  et de mousses vertes fluo, très humide, parsemée d’énormes champignons. On aperçoit en face une cascade voisine des «trois sœurs». Le ciel s’est un peu couvert mais le soleil laisse passer quelques uns de ses rayons en direction de la cascade formant un arc en ciel vertical dans l’eau de celle-ci. Je n’ai jamais vu cela auparavant. Nous avons tenté une photo pour immortaliser l’instant mais la cascade est atrocement loin et nous manquons de matériel à cette distance. -37-


“On arrive ensuite sur une forêt de bouleaux très lumineuse avec un sol de bruyère, de mousse verte fluo, très humide, parsemé d’énormes champignons”


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Nous tombons ensuite sur deux maisons basses aux toits de mousses et d’herbes sauvages parfaitement intégrées à leur petite clairière. A quelques mètres seulement se trouve une vaste étendue de framboisiers. C’est tellement dense qu’il faut se satisfaire de ce qu’il est possible d’attraper au bord. J’en ai probablement mangé un kilo. Ces framboises sont fraîches, fermes mais extrêmement sucrées et parfumées. Le problème c’est qu’il serait possible d’en manger pendant plusieurs semaines alors quand on tombe dedans il est impossible de s’arrêter. Un homme avec le profil typique du hollandais rêvant des magnifiques sites de grimpe de Fontainebleau s’approche de nous. J’ai visé juste. Petites lunettes, une barbe de 3 jours, les yeux bleus et une queue de cheval blonde. Il est assez grand, fin, mais avec une musculature d’alpiniste confirmé. Passionné de photo et d’escalade , il revient des îles Lofoten mais vit à Londres. Il nous explique être friand d’un style de rando très engagé qui s’apparente à de l’escalade mais ne nécessite pas de matériel d’alpinisme, avec son niveau en tout cas. Il nous quitte et on continue l’ascension. On tombe sur deux tentes alors on installe le campement un peu plus loin. Nous sommes arrivés sur le plateau et la vue est extraordinaire. Il n’y a plus d’arbre seulement de grandes étendues de mousses et de petits arbustes avec des baies rouges, noires, bleues, jaunes. Il se remet à pleuvoir. On se jette alors sous la tente et cette promiscuité me fait prendre conscience de notre état d’hygiène déplorable. Mes habits sont sales, usés, mes chaussures ne sèchent plus laissant ainsi macérer un jus des plus dégoûtant et l’activité physique continuelle avec ce taux d’humidité nous fait constamment sentir la sueur. Voici l’un des moments de l’aventure où l’on regrette un peu le confort d’un toit. Dix-huitième jour : Vers 6h 30, je pars seul en direction du mont Keipane , point culminant de la région, à 1300 mètres d’altitude. L’objectif se trouve à 1h 30 de marche à bonne allure. Le chemin longe d’abord un petit ruisseau, avant de monter sur la colline voisine et se transforme rapidement en chemin de crête. A cet endroit, le granit très foncé est recouvert de lichen blanc et vert.. La terre est noire et la mousse brune, abondante, tend vers l’orangé et le jaune. Il plane dans l’air une atmosphère de civilisation perdue. C’est très particulier. Il n’y a pourtant aucune trace du passage de l’homme à l’exception de ce petit chemin mais j’ai la sensation de traverser des ruines antiques, chargées d’histoires et de mystères.

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Les 50 derniers mètres s’apparentent plus à de l’escalade qu’à de la randonnée. Il faut gravir de gros blocs de granit glissants avec un vide de 100m en arrière plan. La sensation de vide m’envahit par moment et les bourrasques de vent, imprévisibles, n’augmentent pas mon assurance. De là il semble qu’il n’y ait qu’un petit mètre carré réellement plat au somment et cela ne me rassure pas d’avantage. Arrivé en haut j’ai l’impression d’avoir réalisé un petit exploit. Le haut est beaucoup plus dégagé qu’il n’en a l’air et il est tout à fait possible de se déplacer sans danger. Le soleil n’est pas encore trop haut quand j’arrive au sommet et les nuages se baladent à mi hauteur entre le fjord et ma position. J’ai une vue à 360 degré sur les monts lointains parsemés de neige. Après avoir bien profité de la vue et réalisé une belle série de photos, je décide de redescendre au campement pour reprendre des forces et dormir un peu tant que le soleil est au zénith et ne permet donc pas de belles photos. Je croise Vincent sur le chemin et nous décidons de rester jusqu’au lendemain afin de profiter du coucher de soleil. Plus tard au campement, j’aperçois un homme qui se balade en hors piste au loin. Il arrive finalement à notre niveau alors nous engageons la conversation. Comme le courant passe bien il décide d’installer son campement à coté du notre et nous repartons ensemble au sommet du mont. J’espère toujours faire des photos du coucher de soleil mais le temps change rapidement. Les nuages s’installent, le vent se met à souffler et la pluie menace. Vers 20h30 Vincent et notre compagnon décident de redescendre. J’attends seul au sommet espérant désespérément que le temps s’améliore mais je me retrouve rapidement bloqué dans les nuages avec une forte pluie. C’est peine perdue. La déscente est alors extrêmement périlleuse et j’arrive au campement tout juste avant que la nuit noire. Vincent à eu une expérience similaire en hors piste dans les alentours et a lui aussi peiné pour retrouver le campement dans ce brouillard épais. Dix-neuvième jour : Le retour à Geiranger a un petit goût amer pour moi. Le temps s’est un peu amélioré et malgré quelques belles photos, j’ai l’impression d’avoir raté l’essentiel. La déscente est bonne enfant. Il fait bon et l’on mange des pommes directement tombées de l’arbre le long du fjord. Arrivé à Geiranger, j’entame la cuisson du riz tout en faisant sécher mes affaires, pendant que Vincent part faire du change. Malgré le soleil tout refuse de sécher. Nous sommes installés sur une table de pique-nique à la sortie d’une supérette et les touristes nous regardent d’un air étrange. Après être retournés à l’office de tourisme profiter du wi-fi, nous tombons sur un petit concert au bord de l’eau. Il est temps pour nous de repartir faire du stop. Nous faisons nos adieux à notre nouvel ami et préparons les pancartes en partant vers la sortie du village. -47-


En quelques minutes, un vieux combi allemand s’arrête. A son bord quatre jeunes l’air fort sympathique nous proposent de faire un bout de chemin avec eux et nous embarquons avec plaisir. Il y a du gazon synthétique sur tout le tableau de bord et du bordel un peu partout, avec notamment une énorme chicha qui manqua de tomber à l’ouverture de la porte latérale. Cette atmosphère nous est bien familière et n’est pas sans nous déplaire. Partir à pied a ses avantages mais ce confort, bien que maigre, tombe à pique. Nous sommes donc maintenant 6 à bord et le combi peine à monter cette côte interminable qui serpente inlassablement pour nous extraire de la vallée. Arrivés sur le plateau, nous longeons une rivière bleu azur, bordée d’une forêt de pins très dense. L’un de nos compagnons de route sort d’une petite boîte métallique ce que je pensais être des sachets de thé. Mais il s’agit en réalité d’une sorte de tabac à chiquer qui se place entre la gencive et la joue et que l’on peut laisser la plusieurs heures. Vincent à testé et a d’ailleurs trouvé ça plutôt bon. Après quelques heures de route il nous laisse finalement sur une aire d’arrêt au bord de l’eau. En partant ils tiennent absolument à nous faire goutter un schnaps de chez eux, et impossible de refuser. Bien qu’ils nous préviennent que c’est un peu épicé, j’ai l’impression de boire une marinade de piment dans de l’alcool à brûler. Après avoir beaucoup ri, ils partent finalement, et nous laisse la, au milieu de rien, sans eau, et la bouche en feu. Devant nous se dresse un petit restaurant qui vante les mérites d’un burger à la viande d’élan avec une photo représentant l’animal qui couvre l’ensemble de la façade. Cela nous aurait bien tenté mais ils sont fermés jusqu’à la saison prochaine. Il se remet à pleuvoir et il est déjà 18 heures alors nous décidons de camper là pour la nuit. Des allemands tentent de faire un feu à quelques mètres de notre campement. Nous sympathisons rapidement. J’apprends qu’ils viennent de Berlin et sont eux aussi sur la route du retour. A leur coté se trouve un chien, plutôt gentil mais assez craintif. Il adopte donc une position plutôt défensive et aboie beaucoup. On commence à parler de pèche et du mauvais temps qui règne sur la fin de notre séjour. Vincent leurs offre une cuillère de pèche en gage d’amitié et ils nous invitent à boire l’apéro ensemble. Malgré la pluie, nous passons un très bon moment. Tous rient autour du feu et il me semble que nous nous connaissons depuis plusieurs années. Nous dégustons ensuite une truite saumonée péchée sur l’instant. Les pauvres n’avaient pas encore goûté une truite norvégienne ! Nous ne pouvions donc pas laisser passer cela.

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Le ventre plein, nous partons nous coucher. C’est alors que commença une guerre impitoyable entre hommes et moustiques. Puisqu’ils sont tous collés à notre tente, l’enjeu est de pouvoir y entrer sans qu’ils puissent nous suivre. Cela s’avéra très délicat et même si peu réussirent à passer, nous avions déjà bien assez de piqûre pour la nuit ! Vingtième jour: Aujourd’hui j’ai le mal du pays, la famille me manque et nos conditions de vie commencent à peser sur mon moral. Pourtant ce n’est pas le temps qui influe sur mes pensées. Il fait très beau et il n’y a pas de vent. En revanche, les moustiques sont toujours présents. Ils sont petits mais ils forment des nuages très dense, à tel point qu’il m’arrive d’en avaler au abords de la tente. Nous avont du mal à profiter du soleil tellement la zone est infectée. En faisant le point sur notre voyage, je me rend compte que j’ai pris quatre douches en vingt jours et la dernière remonte au camping d’Alesund il y a déjà plusieurs jours. Mais oublions tout cela, il est temps de faire du stop et ces pensés négatives ne nous ferons pas avancer. Un routier polonais avec un énorme semi remorque Scania s’arrête. Il peut nous emmener jusqu’à Hammer. Faire la route en camion nous change un peu. Comme il n’y a que deux places, je suis assis au milieu sur la couchette. Nous sommes beaucoup plus haut qu’en voiture, ce qui nous donne une magnifique vue panoramique sur ce qui nous entoure. Le terrain s’aplanit et le ciel est toujours bleu azur. 49


Notre chauffeur ne parle pas très bien anglais mais on arrive à se comprendre avec quelques mots simples et surtout beaucoup de mimes. Un raton laveur en peluche muni de ventouses aux pattes s’agrippe comme il le peut au pare-brise. Malheureusement pour moi, il se trouve pile en face et je ne vois que lui au milieu du paysage. On s’arrête après une heure de route car le chauffeur doit prendre sa pause. Ce soir il aura fait 1500km dans la journée ! En guise de repas, il nous donne des tomates de son jardin et un généreux bout de saucisson. Fini la pause on repart. Il nous laisse finalement au bord de la E6 sur un petit parking car il change de direction à l’intersection suivante. C’est le début de la galère pour nous. On fait du stop pendant 30 minutes mais personne ne semble vouloir s’arrêter. On marche donc derrière la barrière de sécurité sur 500 mètres pour rejoindre la sortie. Mais là-bas, ce n’est pas beaucoup mieux... Heureusement on finit par nous emmener un peu plus loin, à une grosse station service, où il est plus simple de trouver des gens qui vont en direction d’Oslo, nous dit-on. Malheureusement à cette station c’est encore compliqué. On en profite quand même pour remplir nos poches d’eau, chaude, puisqu’il n’y a que ça. Personne ne semble vouloir de nous. Les gens sont beaucoup moins avenant que dans les fjords. Nous décidons de partir d’ici. On marche quelques centaines de mètres sur une petite route au milieu des champs de blé, frôlé par les camions qui passent à toute vitesse. Je commence à désespérer de quitter cette endroit aujourd’hui. Il se remet à pleuvoir. Nous trouvons refuge sous un arrêt de bus. Alors que nous ne faisons plus de stop, une voiture pleine de bordel attelée d’une remorque vide s’arrête. Le chauffeur, un peu mal rasé, avec de petites lunettes et les cheveux grisonnants, entame de nettoyer le siège avant pour que l’on puisse monter à bord. J’entrevois quelques gâteaux écrasés, pleins d’emballages et une pince coupante. A mes pieds se trouvent du matériel électrique, des gants de jardinage et un pack de sopalin. Notre sauveur parle très bien anglais et sa compagnie est très agréable. Il nous parle de politique, de la construction de l’autoroute et de ses voyages en Asie, au Vietnam et en Inde notamment. Il nous raconte son service militaire. Quand il a rencontré des antisnippers de la légion étrangère française. Il est technicien électrique pour la prospection pétrolière en mer. Il a fabriqué des kayak et son premier bateau à 18 ans ! Ce fut une rencontre extrêmement enrichissante. Malheureusement il doit nous laisser sur une air d’autoroute après Oslo car nos chemins se séparent. Il nous laisse 240 Nok et un gros pot de yaourt. Le souvenir ce cet homme restera gravé dans ma mémoire. Grâce à l’argent qu’il nous à laissé, nous achetons à manger à la station, puis nous installons les duvets pour dormir dans un coin d’herbe à coté du parking camion. -52-


Mon récit s’arrête ici. Je ne vous raconterai pas notre retour en stop, vous n’y trouverez pas grand chose d’intéressant et je préfère clôturer ce voyage sur une note positive. Sachez seulement que nous sommes rentrés d’Oslo à Paris, en stop, par les autoroutes Européennes. Nous sommes passés par la Suède puis nous avons pris un bateau pour le Danemark . Sur cette partie personne ne voulait nous prendre excepté les camionneurs des pays de l’est. Et il sont nombreux, puisque beaucoup de plateformes de distribution pour l’Europe sont implantés en Suède et en Norvège. Nous sommes ensuite passés par l’Allemagne et la Belgique. Le retour a pris 5 jours. Nous avons souvent dormi sur les aires d’autoroute et nous avons parfois eu beaucoup de difficulté pour changer de direction sur ces grands axes. Le retour en Europe nous a ramené à la réalité avec ses villes surchargées, son air pollué et ces gens méfiants. Nous retiendrons seulement la générosité des gens que nous avons rencontré. Ces moments de partages que l’on sait éphémères, puisque l’on ne se reverra peut être jamais. Et pourtant, nous en garderons à jamais une trace en nous, et chaque partie sort grandie de cette échange.

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© tout droit reservés: Etienne Panissié - Vincent Mcclure


I

mbibés de l’ivresse des libertés, Etienne, Vincent et Perinne partent à la découverte des immensités nordiques. Vallées boisées, falaises embrumées, plaines humides ou dénivelés rocailleux, les paysages qu’ils traversent les amènent plus profond dans la mystique nature scandinave, ainsi que dans la découverte d’eux-mêmes. Confrontant douleur physique, fatigue et mauvaises conditions météorologiques, ils sont fit du confort tant l’aventure leur procure une chaleureuse satisfaction qu’ils savent partager. A travers de magnifiques clichés suspendant le temps, vivant avec justesse les rencontres et racontant avec finesse la musique ventée des fjords norvégiens, l’équipe excelle dans l’art de rapporter leur périple. A travers bien plus que des mots et des images - ils nous font sentir la brume froide du crépuscule traversée par l’odeur d’une truite grillant au feu de bois. Qui mieux qu’eux ont compris que le plus beau des voyages est celui qu’on partage... Camille Nappez

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Norvège, une expédition photographique dans les fjords  

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