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Learning from roads 2017/2018

« D’abord et avant tout des œuvres ! C’est-à-dire l’exercice, l’exercice et encore l’exercice ! » Friedrich Nietzsche, Aurore, 1881.

Bernard Plossu, Southwest, USA, 1983.


Nationale zéro, Tendances floues, 2008.

« L’appareil photo est un œil qui peut arracher simultanément devant lui et derrière lui. Devant, il « tire » une image, derrière il découpe une silhouette de l’âme du photographe : il regarde donc en arrière, à travers son œil, sa raison d’être. Oui un appareil photo voit devant lui son objet et il voit derrière lui sa raison pour laquelle cet objet devrait être fixé. Il montre simultanément LES CHOSES et le DESIR de ces choses. (…) Photographier (ou mieux : avoir-le-droit-de-photographier) est « trop beau pour être vrai ». Mais c’est tout aussi bien trop vrai pour être beau. Chaque acte de photographie est toujours aussi un acte de présomption de rébellion. Et photographier enseigne très vite la démesure et d’autant plus rarement la moderstie. (C’est pourquoi on trouve aussi l’attitude : ESBROUFFE bien plus souvent que l’attitude : HUMILITE) (…) De même que dans le moment de phototgraphier, nous voulons disparaître dans le vaste monde et à l’intérieur des choses, ainsi monde et choses jaillissent à présent sur la photo et entrent en chaque spectateur et continuent d’agir en lui. C’est seulement « LA » que naissent les histoires, là, dans l’œil de celui qui regarde. »

INVITATIONS AU VOYAGE

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ANTHOLOGIE

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SUR LA ROUTE

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Wim Wenders, Une fois, 2007.

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LEARNING FROM L’atelier de master Learning From est un atelier de recherche et d’action en architecture de l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Toulouse. On y pratique le projet d’architecture comme une conversation avec chaque situation particulière où nous devons intervenir. Ici, observer et agir relèvent d’une même attitude. Nous allons par les chemins, nous voyageons, et en observant attentivement nous intervenons. Des travaux présentés dans cette publication racontent neuf routes parcourues. La puissance d’une architecture tient dans l’imaginaire qu’elle véhicule. Les histoires de la vie quotidienne, les légendes des lieux, les images projetées fabriquent des situations aussi sûrement que les dessins qui en fixent les formes. http://learning-from.over-blog.fr/

L’ACUITE

Matthew Porter, Highland Park, 2010.

L’EXERCICE DU DEPLACEMENT «Une rencontre, c’est sortir de la philosophie par la philosophie.» dit Deleuze, à la lettre C, comme Culture de son Abécédaire. De la même manière, les étudiants sont invités à faire l’expérience de sortir de l’architecture en restant dedans, d’aller chercher ailleurs pour mieux comprendre. Quand on veut observer une étoile à l’oeil nu, on la voit plus nettement quand on pointe le regard un petit peu à coté, car la périphérie de la rétine est plus sensible à la

invitations au voyage 4

ROADS Parce que la matière de l’architecture est dans la vie, dans les rencontres, dans l’altérité, parce que le déplacement - le décentrement permet non pas de comprendre la différence mais tout ce qui dans « l’entre deux » et dans l’écart, parce que qu’un road trip est une expérience poétique du monde et une invitation existentielle radicale. Cet atelier propose aux étudiants le thème de la route. La route est spatiale, temporelle, philosophie, politique, créatrice. La route elle-même est un projet.

lumière que son centre. C’est ce que les astronomes appellent la vision décalée. C’est précisément ce qui est attendu : décentrer le regard, faire un pas de côté, pour percevoir le monde avec plus de discernement. L’atelier demande d’autant plus d’implication que la route est libre. Il est une occasion pour les étudiants de pratiquer ce que Peter Sloterdijk appelle «la vie en exercice ». Se mettre ainsi en état de tester une philosophie pratique pour se créer un « système immunitaire symbolique » selon les mots du même philosophe : se confronter au réel, au gens, à la vie, aux enchevêtrements, au quotidien, à leurs propres capacités d’agir.

finement pour aboutir à ce que Nietzsche appelle une augmentation de sa propre puissance. Les êtres Le voyage est d’abord une attitude. vivants sont animés joyeusement par À l’opposé du tourisme, il est une la volonté d’aller vers des choses qui expérience sensible du monde. Il les augmentent en tant qu’être, qui suppose une préparation mentale et amplifient leur puissance d’être au une mise en état de soi-même à être monde. Un tournesol se tourne vers prêt à faire le déplacement. Marcher, le soleil, un étudiant se dirige vers la aller voir, partir à la rencontre du vivant, création de lui-même par lui-même. passer du temps, perdre du temps, Il est demandé aux étudiants de changer sa pratique, ouvrir des plis, choisir le chemin de son augmentation ne pas ouvrir les plis, apprendre à ciel personnelle, avec l’acuité - le sérieux ouvert, vouloir gravir des montagnes, - d’un enfant qui joue. se faire une philosophie de l’alpinisme, vérifier son savoir. Le voyage suppose une anticipation lucide et critique. Dans son odyssée, Zarathoustra s’entoure d’animaux symboliques : le lion pour la présence et le désir, le serpent pour l’agilité, l’aigle pour la précision du regard et l’orientation. Le récit est au voyage ce qu’autrui est Ces trois états d’acuité, de présence à la liberté. Les étudiants devront être aigüe au monde, se travaillent capables de dire le monde, de rendre publique leur attitude de concepteur. Se fabriquer une subjectivité à travers la constitution d’un récit est une manière de s’inscrire en opposition à l’uniformisation des manières d’être et des rhétoriques contemporaines. Le concept que Jacques Hondelatte a nommé la mythogénèse, signifie pour un architecte d’augmenter la réalité en sachant alterner le prosaïque et le poétique. Dans le sillage de Jean Nouvel, les étudiants s’inspireront du cinéma dans leur processus de conception. Ils s’intéresseront au montage de séquences, aux cadrages, aux mouvements.

RACONTER

Tiphaine Abenia, Marion Howa, Daniel Estevez.

Alejandro Cartagena,The carpoolers, 2011. 5


« Le sentiment du beau peut faire aimer un arbre, adorer une pierre, aller à la rencontre des fleurs et des paysages. Il pousse au contact. Il naît des émotions, déclenche des émotions. Il élabore d’expérience en expérience une gamme émotionnelle qui sera la sensibilité unique de chaque individu... » Chamoiseau Patrick, La matière de l’absence, 2016.

“… Combien de détours, et pour quels lieux, avant de se savoir en présence de ce qui soulève un peu le voile de l’être? Les trajets de voyageurs coïncident toujours, en secret, avec des quêtes initiatiques qui mettent en jeu l’identité. Là encore le voyageur et le touriste se distinguent radicalement, s’opposent définitivement.” Onfray Michel, La théorie du voyage, “Rencontrer sa subjectivité”, 2006.

« Je veux me confronter aux lumières, aux hasards, forcer ma curiosité, m’ouvrir, briser mes idées reçues. »

Depardon Raymond, Errance, roman-mémoire photographique, 2000.

« C’est le symbole du passage du monde de la légende, symbolisé par les paysages de montagne, les paysages silencieux, sombres, forestiers. »

anthologie 6

J'apprenais à respirer, je m'intégrais et je m'accomplissais. Je gravissais l'un après l'autre des coteaux dont chacun me réservait une récompense, comme ce temple dont les colonnes mesurent la course du soleil et d'où l'on voit le village entier, ses murs blancs et roses et ses vérandas vertes. Comme aussi cette basilique sur la colline Est : elle a gardé ses murs et dans un grand rayon autour d'elle s'alignent des sarcophages exhumés, pour la plupart à peine issus de la terre dont ils participent encore. Ils ont contenu des morts ; pour le moment il y pousse des sauges et des

Herman Hertzberger, Lessons for students in architecture, 1991.

ravenelles. La basilique Sainte-Salsa est chrétienne, mais à chaque fois qu'on regarde par une ouverture, c'est la mélodie du monde qui parvient jusqu'à nous : coteaux plantés de pins et de cyprès, ou bien la mer qui roule ses chiens blancs à une vingtaine de mètres. La colline qui supporte Sainte-Salsa est plate à son sommet et le vent souffle plus largement à travers les portiques. Sous le soleil du matin, un grand bonheur se balance dans l'espace… » Camus Albert, Noces à Tipasa, 1939.

Philippe Sollers, Méditerranée, 1963.

Depardon Raymond, Errance, roman-mémoire photographique, 2000.

« Que d'heures passées à écraser les absinthes, à caresser les ruines, à tenter d'accorder ma respiration aux soupirs tumultueux du monde ! Enfoncé parmi les odeurs sauvages et les concerts d'insectes somnolents, j'ouvre les yeux et mon cœur à la grandeur insoutenable de ce ciel gorgé de chaleur. Ce n'est pas si facile de devenir ce qu'on est, de retrouver sa mesure profonde. Mais à regarder l'échine solide du Chenoua, mon cœur se calmait d'une étrange certitude.

“ Man is the way he is made, but the point is what does he make of the way he is made’ (J.P. Sartre), meaning the degree of freedom he succeeds in creating within the restriction of his own possibilities. ”

« Une mémoire inconnue fuit obstinément vers des époques de plus en plus lointaines. L’impression d’ancienneté augmente. Pays multiples... faussement endormis... Et tout a l’air réglé du dehors... infailliblement... Et toujours cette montée d’immensité à l’intérieur, cette montée de mémoire flottante... On croit retrouver, survoler dans le noir un lieu d’autrefois... On y est... maintenant... On y marche. Une nuit... Un aveuglement croissant... Est-ce par là que l’on doit entrer ? Est-ce là que l’on habitait sans le savoir ? Un endroit où l’on aimait se cacher... s’arrêter... Tout se fait horizon... Tout se rapproche... Tout se hante. Sommeil par effacement... Région des passages et des doubles... et des choses vues sans vision... Cependant en retrait, derrière le rideau, où il est encore interdit d’aller, l’accumulation de mémoire se poursuit... monotone... ancienne... Un spectacle dont on sait bien, pourtant, qu’il ne viendra pas du dehors... Tout doit changer de dimension... La moindre chose, ailleurs, est aussi vaste que la plus vaste…

Edouard Glissant, La Lézarde, 1958.

« Il y a aussi, pour une part, la responsabilité des photographes. Je ne voudrais pas être de ces photographes qui disent que la presse n'est pas très bonne, qu'elle utilise les photographies de façon très mauvaise. Ça, je le pense et j'en suis conscient. Mais trop de photographes, particulièrement ceux qui font des critiques, ne se bagarrent pas à l'intérieur du système pour que ça s'améliore. Il faut peut-être aller au sein des journaux et leur dire : « Voilà,

moi, j’ai fait ces photos comme ça. » Sans en faire des histoires. Les gens qui finalement décident des images sont des gens qui ne connaissent pas l’image. Ils ont le pouvoir, et ils sont habitués à ce que les photographes ne viennent pas parler, ne viennent pas se plaindre, ne viennent pas expliquer pourquoi ils ont fait telle photo, ne viennent pas montrer leurs images eux mêmes. » Depardon Raymond, La solitude heureuse du voyageur, 1998.

« Ici, la lumière cède la place à plus de lumière encore, et le soleil est une torche montée sur roulements à billes enflammant ce qui a déjà été oxydé » Ehrlich Gretel, Ce Paradis de Glace, 2004.

« La fin du jour est silencieuse. On a parlé son saoul en déjeunant. Porté par le chant du moteur et le défilement du paysage, le flux du voyage vous traverse, et vous éclaircit la tête. Des idées qu’on hébergeait sans raison vous quittent ; d’autres au contraire s’ajustent et se font à vous comme les pierres au fond d’un torrent. Aucun besoin d’intervenir, la route travaille pour vous. »

“It was a journey back in time to find my own roots; a journey that taught me to look ahead by looking back.” Joachim Ladefoged, A place I knew so well, n.d.

Nicolas Bouvier, Usage du monde, 1963. James Wines, High Rise of homes, 1981. 7


« Le sommet de la vigilance c’est d’être capable de se laisser surprendre par tout » Raphaël Enthoven, extrait du Gai Savoir, Nietzche, Le voyageur et son ombre, 2015.

« La date : 18 octobre 1974 L’heure : 10h30 Le lieu : Tabac Saint-Sulpice Le temps : froid sec. Ciel gris. Quelques éclaircies. Esquisse d'un inventaire de quelques une des choses strictement visibles : Des lettres de l'alphabet, des mots : "KLM" (sur la pochette d'un promeneur), un “P” majuscule qui signifie “parking” ; “Hôtel Récamier”, “SaintRaphaël”, “l’épargne à la dérive”, “Taxis tête de station”, “Rue du Vieux Colombier”, “Brasserie-bar La Fontaine St-Sulpice”, “P ELF”, “Parc SaintSulpice”. Des symboles conventionnels : des flèches, sous le “P” des parkings l'une légèrement pointée vers le sol, l'autre orientée en direction de la rue Bonaparte (côté Luxembourg), au moins quatre panneaux de sens interdit (un cinquième en reflet dans une des glaces du café). Des chiffres : 86 (au sommet d'un autobus de la ligne numéro 86, surmontant l'indication du lieu où il se rend : Saint-Germain-des-Prés), 1 (plaque du numéro un de la rue du Vieux Colombier), 6 (sur la place indiquant que nous nous trouvons dans le sixième arrondissement de Paris).» Perec Georges, Tentative d’épuisement d’un lieu parisien, 1982.

Aldo Rossi, Plan collage Citta Analoga, 1976. 8

Wim W. Wenders, Wenders, Alice Alice in the in the cities, cities 1974.

Marijia Starnik, A chord, 2010.

Hayao Miyazaki , Le Voyage de Chihiro, 2001.

« Le monde n'est pas ce qu'il paraît car le centre de gravité des projections nous trompe avec des fictions. Une carte énonce l'idée qu'on a du monde, pas sa réalité. » Onfray Michel, Théorie du voyage, “Augmenter son désir”, 2006.

“Competence is the knowledge that a person has of his or her language, while performance refers to the use he makes of that knowledge in concrete situations.” Herman Hertzberger, Lessons for students in architecture, 1991. “À quel moment commence réellement le voyage ? L’envie, le désir, certes, la lecture, bien sûr tout cela définit le projet, mais le voyage lui-même, quand donc peut-on le dire entamé ? Dès la décision de partir et d'aller dans un endroit plutôt qu'un autre ? Quand on ferme une valise, boucle un sac ? Non. Car il existe un moment singulier, repérable, une date de naissance évidente, un geste signataires du commencement : dès le mouvement de clé dans la serrure de la porte de son domicile, quand on ferme et laisse derrière soi sa maison, son port d'attache. À cet instant précis débute le voyage proprement dit.”

« Fragment indécidé du jardin planétaire, le Tiers paysage est constitué de l’ensemble des lieux délaissés par l’homme. Ces marges assemblent une diversité biologique qui n’est pas à ce jour repertoriée comme richesse. » Gilles Clément, Manifeste du Tiers Paysage, 2004.

« Je voulais être vraiment loin de tout, coupé du monde, une fois de plus. Etre totalement immergé »

“… the creation of form and spatial organization on analogous grounds could be traced back to an innate ability of all men in the most diverse cultures to arrive at ever different interpretations of essentially the same ‘arch-forms.” Herman Hertzberger, Lessons for students in architecture,1991.

« Il est très difficile pour les architectes d’avoir une relation innocente à une situation donnée. Une desdifficultés est que leplus souvent on les appelle pour transformer une situation, mais pas pour l’évaluer et la comprendre hors du champ de production de substance construite. L’intérêt de l’architecte est dicté par une série de collusions aléatoires avec des clients et des projets, ce qui ne favorise pas l’exploration de questions indépendante de son champ de vision. En d’autres termes, l’architecte a, par définition, des arrières pensées ou est l’instrument de celles des autres ; l’analyse, la recherche ou simplement l’enquête n’appartient pas à son répertoire. Aujourd’hui, il devient de plus en plus important pour lui d’agir sur deux plans : produire peut-être de l’architecture, mais également se rendre indépendant de la production pour tenter de comprendre, au niveau le plus élémentaire, ce qui se passe dans le monde et comment certains phénomènes affectent l’architecture. » Rem Koolhaas, Mutations, 2001.

« J’aimerais bien habiter le Taj Mahal, la tour de Pise, la statue de la Liberté, les jardins de Grenade, le projet de Nouvel à la Défense, les grottes d’Altamira, Saint-Marc de Venise et les arènes de Séville. Quand je parle de monde, pour moi cette maison en est un. » Hondelatte Jacques, Patrice Goulet, Des gratte-ciel dans la tête, 2002.

Vanier Nicolas, Mémoires glacées, 2007.

Onfray Michel, Théorie du voyage,“Habiter l’entredeux”, 2006.

Bernd et Hilla Becher, Série photographique, 1970. 9


01/11 Londres Lisa Seidel

05/10

21/11

31/10

25/09

28/10

29/10

Mazamet Marion Baylac

Condres Alexandra Parmantier

Concots Laura Moreno G.

Montesquiu Pauline BramoullĂŠ

Oran Laurice Jomaa

Martinique Nathan Nollet

10/11 Guatape Isabelle C. Tertrais

sur la route

09/11

Wendake Mathilde Le Signor


Enfances Alexandra Parmantier Comme disait Rousseau ‘’le monde de la réalité a ses limites ; le monde de l’imagination est sans frontières.’’ Un retour sur les lieux de mon enfance ; le village dans lequel j’ai passé tous mes

étés. Enfants, mon frère et moi profitions d’une liberté totale d’allées et venues. Pas d’inquiétude pour nos parents car il y avait toujours du monde dehors. Cette liberté m’a permise de développer un imaginaire propre à l’enfance.Je réinvestis aujourd’hui ces mondes

construits pendant l’enfance : Théâtre familial, Le gardien, Le bazar lozérien, La montagne habitée. Ces imaginaires s’agencent, se rencontrent et portent déploiement du projet architectural.

Plan collage au pays des merveilles

Coupe collage au pays des merveilles 12

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‘‘Adulte est le mot le plus laid du dictionnaire. Il signifie qu’on a perdu le rêve, qu’on vit avec les réalités.’’

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Citation de Henri Salvador, La joie de vivre, 2011. Plan de localisation

ersion

A

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A

1. Théâtre familial

2. Le gardien

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4. La montagne habitée

3. Le bazar lozérien

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Ti Caz

La situation des habitants de Pécoul n’est pas isolée en Martinique et pose le problème de la terre et de la propriété en Martinique. Je suis moi-même descendant des habitants Pécoul, une partie de ma famille, dont ma grand-mère, y réside encore aujourd’hui. Une grande richesse émane de ce site, notamment de part son immensité. On observe trois échelles en dialogue

perpétuel. La majestueuse Montagne Pelée surplombe et veille sur le quartier Pécoul. Le château Depaz, quant à lui, se trouve en haut du morne. Même après l’abolition de l’esclavage, acté en 1848 pour la Martinique, l’emprise du système colonial est encore présente de par la position géographique du château mais aussi par ces menaces d’expulsions que les propriétaires de l’exploitation agricole Depaz ne cessent d’envoyer aux habitants de Pécoul depuis 2009. Malgré leurs difficultés économiques, sociales, politiques, ces habitants ont réussi à créer une architecture qu’ils n’ont cessé d’améliorer au fil des années.

protéger des conditions climatiques, ils se sont appropriés les lieux à leur manière en s’adaptant à la nature.

Habitations La Montagne

« Grands-pères et grands oncles, grandsmères, grands-tantes, pères, ont retourné la terre, l’ont labouré, sillonné, semé, récolté, arraché, brûlé [...]. Ils ont travaillé la terre toute leur vie cette terre[...].Ils ont travaillaient à en suer, ils ont suaient à s’en faire saigner et ils en ont saignaient à en crever. Ils sont morts à griffer cette surface brune et dure, qui ne serait jamais la leur, car ici dans ce pays le seul titre qui fait foi, c’est le titre de propriété. », Mudbound, film réalisé par Dee Rees 2007.

Habitations La Montagne

Nathan Nollet

Cette « free zone architecturale » est un territoire occupé par des descendants d’esclaves en quête d’évasion du contrôle de l’Etat. L’objectif des habitants est de créer une zone d’ombre, cachée par la végétation qui joue un rôle primordial. Le projet architectural de transformation de la maison de la famille Martial, qui abrite encore à l’heure actuelles 4 générations, se veut respecteux des valeurs des habitants et du site qu’il convient de préserver tout en l’utilisant pour régler les problèmes de ventilation et de régulation thermique notamment.

Passant des « ti caz » traditionnelles en bois aux cases en parpaing de ciment pour se

Plan générale des Habitations La Montagne

Habitations La Montagne

Plan topographique du site

Coupe géographique du site 16

Coupe longitudinale du site La Montagne 17


Inventaire des « ti caz » de l’Allée Pécoul Intervention sur la maison de la famille Martial En tant qu’agent politique, le végétal est considéré comme l’arme utilisée pour libérer cet espace des stigmates du colonialisme. Dans la mesure où la vie végétale a une certaine autonomie, la relation entre l’espace bâti et l’espace non bâti est inversée. L’architecture a exercé autrefois un pouvoir sur des populations, aujourd’hui elle peut accompagner des mouvements de lutte et de libération.

Arbres traversants la toiture : Mahogany

Toit en tôle ondulée

1

2

3 Charpente métallique (Treillis soudés)

Poutre de couronnement en béton Isolation plafond à base de fibre de coco et revêtement intérieur (sous-face) en bois mahogany Poteau béton + - Volumes créent en béton de cendre + Paroi en bambou local (Bambousa vulgaris) pour les pièces de vie - Volumes existants en parpaing de ciment surélevés avec des parois de bambou local Dalle en béton de cendre + Emprise du diamètre des troncs de mahogany

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1. Arbres mahoganys traversants la toiture. 2. Toit en tôle ondulée. 3. Charpente metallique (treillis soudé). 4. Poutre de couronnement béton. 5. Isolation en plafond à base de fibre de coco et sousface en bois mahogany. 6. Poteau béton. 7. Volume créée en béton de cendre. 8. Paroi en bambou local (Bambousa vulgaris). 9. Volumes existants en parpaings de ciment surélevés avec des parois de bambou local. 10. Dalle en béton de cendre. 11. Emprise du diamètre des troncs de mahoganys. 18

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Learning from Andy Pauline Bramoullé À proximité du lac San Antoni en Catalogne, le village abandonné de Montesquiu jouit de la présence d’Andy et de sa volonté de réparer. Citoyen allemand, il vient dès que possible pour être «seul avec les pierres». J’ai observé son mode de vie, ses interventions et je me suis plongée dans sa démarche.

N

- Aménagement d’une terrasse en pierres plates face aux montagnes - Construction d’un foyer en pierres pour la cuisine et le chauffage - Réparation du plancher pour l’accessibilité et la sécurité - Construction d’une table en pierres empilées avec un plateau en bois massif - Rassemblement des gravas dûs aux travaux, dépôt de matériel et de matériaux

1 Km

Toiture : +12.30

7

Foyer Cuisine

Atelier

- Pose d’étais et de passerelles au-dessus des planchers percés - Rassemblement des gravas et entrepôt de matériel - Réparation de l’escalier - Construction d’un four en briques pour une cuisine plus économe en bois

6 R+3 : +8.00

Citerne

5

Chambre aux poissons

4

Entrée

100 m

Vélo

Entrée

Verger Moulin Église

Bergerie

Verger

25 m

Chambre bleue

«Chaque être humain sur cette planète est en conflit avec les autres. Il y a toujours ce conflit, car il veut avoir ce que l’autre possède. Il pense : «il y a trop peu pour tout le monde»... Mais c’est faux. Il y a assez pour tout le monde ici. Il faut juste apprendre à gérer les choses différemment. Nous n’avons pas besoin de posséder : on peut partager.» Andy, 2017

Chambre aux oiseaux R+2 : +5.60

Cave à huile

Cuisine

Réserve

R+1 : +2.90

Entrée haute

Chemin d’entrée

Place

Étable Parvis

Rue

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Réserve

Séjour

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Entrée basse

Entrée

N

RDC : 0.0

1 - L’étagère-pots 1 plat en osier 1 gousse d’ail 1 citron 1 couteau 3 fourchettes 2 cuillères 3 pots en verre vides 1 pot de bouillon en poudre 1 pot de confiture de fraises 1 pot de chutney 1 pot de confiture de tomates 1 pot de pêches 1 pot de compotée de légumes 1 pot en verre rempli de sel 1 pot en verre rempli de sucre 1 pot en verre rempli de curcuma 1 pot en verre rempli de baies séchées 1 pot en verre rempli d’herbes séchées

2 - Le foyer 1 cadre en métal 1 casserole en métal 12 pierres empilées 3 - Le meuble-vaisselle 1 théière 1 torchon 2 brosses 1 bouteille d’eau 1 crayon 1 serviette 2 fourchettes 2 cuillères 1 couteau 2 coupelles 1 assiette 3 savons neufs 2 savons usés 1 éponge métallique

4 - La poutre-étagère 2 tee-shirt 1 pantalon 1 bleu de travail 1 paire de tongs 1 paire de chaussures en cuir 5 - La table 8 grenades 1 bobine de fil de fer 1 réveil 1 briquet 1 coupelle,1 bougie,1 cutter 6 - Le lit 1 lit sur pieds 2 couvertures en laine 1 couverture en fausse peau de mouton 1 oreiller

7 - L’entrepôt de matériaux 1 sac de sable 1 bidon découpé 1 bidon rempli d’eau 1 bassine 1 pneu de vélo

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«Je n’achèterai jamais cette maison. Si un groupe de personnes rachète le village, autour d’une fondation, oui, je participerai. Mais pas tout seul. Elle est trop précieuse pour être possédée par un seul homme.»

«Ce n’est pas quelque chose que je dois faire. C’est quelque chose que je veux faire. C’est la différence avec un travail pour lequel je serais payé et que je serais alors obligé de faire. Le patron pourrait me dire «ce n’est pas assez bien, je ne te paye pas le reste». Cela entraîne de mauvais états d’esprit. Personne ne peut me payer pour ce que je fais à Montesquiu. Du moins financièrement. Un jour quelqu’un me récompensera. Dans mon coeur. Et pour moi c’est plus important.»

Andy

Andy.

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0

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Entrée depuis le

Entrepôt de

Entrée depuis le

Séjour, stockage du

Terrasse couverte pour

village

matériaux

parvis de l’église

matériel et des vivres

l’observation du lac

Chambre

Cuisine

Bibliothèque de

Salle de méditation

Observatoire des

philosophie

et d’écriture

oiseaux

Observatoire des étoiles

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Marché d’ici et d’ailleurs Laurice Jomaa Dans chaque pays du monde , le marché a une identité culturelle qui lui est propre. On y découvre les senteurs et les couleurs qui caractérisent ce pays. On se confronte à la vie quotidienne de sa population. C’est un lieu de rencontre. Durant mon voyage à Oran en Algérie, j’ai visité les deux

marchés importants de la ville. Le premier formait une longue rue entre deux rangées de bâtiments. Le deuxième occupait un quartier en entier. On y rentre et perd ses repères. Chaque visite est une découverte. Il ne peut être exploré en une journée. Le trajet n’est jamais programmé, il est intuitif.

Dans cette optique, je decide de confronter un marché de Toulouse (Victor Hugo) au quartier marché d’Oran (Mdina Jdida), où le croisement des cultures, des architectures et des structures questionnera la notion d’appropriation. Sur un premier étal est disposé une variété de chaussettes. La table, une simple planche de bois couverte de toile cirée, repose sur des paniers à linge en plastique. Comme second support, deux planches en bois verticales maintiennent la table où s’entassent pêle –mêle les vêtements. Sur une grille sont suspendus au moyen de cintres, des vêtements d’enfants.

Les foulards de toutes les couleurs sont pliés sur une vingtaine de caisses à fruits en carton. Au bord de la table, deux têtes de mannequins servent à exposer des Hijabs.

Deux tréteaux et une planche métalliques suffisent pour permettre à cet étalage d’exposer des poires. Il se distingue par la parfaite disposition (alignement et régularité) de caisses en plastique noir.

On retrouve ici le même système de table que la précédente. Il est complété par un cadre métallique pouvant recevoir une bâche de protection. Les tomates sont disposées directement sur la surface plane ou suspendues à des fils accrochés à la structure.

Les caisses remplies de fruits de mer et de poissons sont exposées sur un plan incliné formé d’une surface métallique plane reposant sur 6 pieds qui se rejoignent par des barres horizontales et qui sont plus longues à l’arrière qu’à l’avant.

Voyage dans les marchés d’Oran (marché de la Bastille et Mdina Jdida).

Plan du marché de la Bastille. Rue de la Bastille. Oran, Algérie. Echelle 1:500

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BOULEVARD DE L'INDEPENDANCE

RUE DJEBBOURRMAAMAR AMAAM RUOBBEJD EUR

PLACE TAHTAHA KIRAF UOB EUR

AVENUE DES MARTYRS DE LA REVOLUTION

RUE BOU FARIK

RUE CONSTANTINE GHAOUTI ABDELKADER RUE CHERFAOUI ALI ILA IUOAFREHC EUR

RUE ZIDANE MILOUD HAOUAS LOUAFI

IFAUOL SAUOAH RUE KAID OMAR

RUE MOHAMED R EL IBKEBIR EK LE DEMAHOM EUR

PLACE DU MARCHE SIDI OKBA

RUE BENNAMIDA RUEMDIT A TAMEUR ID ADIMANNEB EUR

RUE BENNAMIDA DIT AMEUR

PLACE DU A MARCHE OKBA BKO IDISSIDI EHC RAM UD ECALP

RUE MOHAMED EL KEBIR RUE KAID OMAR

RAMO DIAK EUR HAOUAS LOUAFI

RUE ZIDANE MILOUDDUOLIM ENADIZ EUR

RUE CHERFAOUI ALI GHAOUTI ABDELKADER REDAKLEDBA ITUOAHG

ENITNATSNOC EUR

DES REVOLUTION NOAVENUE ITULOVER AL MARTYRS ED SRYTRDE AM LA SED EUNEVA

AHATHAT ECALP

BOULEVARD ECNADDE NEL'INDEPENDANCE PEDNI'L ED DRAVELUOB

RUE DJEBBOUR MAAMAR

PLACE TAHTAHA

RUE BOU FARIK

RUE CONSTANTINE

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Hybridation entre le plan du marché Victor Hugo (Toulouse) avec le plan du quartier marché de Mdina Jdida (Oran) P

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50m

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Mondes mobiles Isabelle-Camille Tétrais Colombie, le 18 novembre 2017 Je me rappelle les paroles de Nicolas Bouvier dans L’usage du monde. Il a, à mon avis, parfaitement saisi le mystère de la route à travers ces mots: ‘‘Porté par le chant du moteur et le défilement du paysage, le flux du voyage vous traverse, et vous éclaircit la tête. Des idées qu’on hébergeait sans raison vous quittent; d’autres au contraire s’ajustent et se font à vous comme les pierres au fond d’un torrent. Aucun besoin d’intervenir, la route travaille pour vous.’’ Cette phrase fait intensément écho à ce que j’ai pu éprouver en Colombie. Là-bas, j’ai traversé une partie des Andes. C’était magique, c’était magnifique. Cependant je n’ai pas arpenté directement ces montagnes, j’étais portée par une jeep, un bus, une chiva, une cabine de téléphérique, une motoraton, un avion …. Somme toute, j’étais dans des mondes à part, desmondes mobiles. Et c’est par ce prisme que j’ai découvert la Colombie. Pourquoi avoir décidé d’étudier ces univers confinés ? Parce qu’ils ont marqué mon itinérance, chaque trajet fut pour moi une aventure. Autant à travers les paysages traversés, les rencontres suscitées, les débrouilles engendrées, les réflexions développées… A chaque fois, je percevais une immensité, une profondeur. Je me trouvais devant un paysage qui défile, j’en ai filmé certains, c’était comme si je capturais une tranche de paysage. J’imagine que pour les locaux, dont le trajet était commun, le temps était plus long. Quoique, à en discuter avec Edgar, chauffeur de chiva, pour lui c’était sa passion. Quant à moi, je profitais de chaque instant. Chaque mondes, malgré leurs systématismes modulaires, m’offraient une expérience particulière. En général, les trajets entre deux points géographiques correspondent à un moment de répit pour le voyageur. Il est fixe, le corps se repose tandis que l’esprit vagabonde. C’est ce que j’ai vécu en Colombie, j’ai pu apprécier ces « momentsoff », chaque moyen de transport était source de repos, rêve, réflexion et rencontres. L’espace confiné, où chacun est affranchi d’occupations, permet à l’esprit d’être libre, de s’ouvrir à toute spontanéité et de se laisser surprendre par tout. L’espace restreint amenait automatiquement une proximité entre les voyageurs, l’espace de la cellule venait ainsi créer un lien là où il n’y en aurait jamais eu autrement. La relation au temps était changée, dès lors que l’on rentrait dans ce monde parallèle. Pour moi, il était rapide, je prenais mes photos ou films, discutais, dormais, observais, tout était sujet à être une occupation passionnante. Je vivais dans chaque monde mobile comme s’il avait été fait non pas seulement pour se déplacer, mais pour s’y arrêter, et prendre le temps d’y demeurer. J’ai alors imaginé quel pouvait être l’aménagement de ce monde pour qu’il soit comparable à une pièce à vivre. Je suis partie de l’espace intérieur délimité du monde mobile, et des qualités que pouvaient présenter ce monde mobile pour ainsi proposer un aménagement de pièce à vivre. Et si on portait un regard nouveau sur l’objet technique qu’est le moyen de transport, en le transformant en un véritable monde mobile ? et si le déplacement était en fait un voyage à part entière (découvrir/rencontrer/vagabonder/migrer/ dormir/manger)?

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La moto-tuktuk est très commune dans les villages de montagnes. Les routes étant souvent accidentées, le tuktuk fait le lien entre le centre du village et les maisons un peu plus éloignées. C’est aussi un moyen de transport très emprunté par les touristes. A l’intérieur, l’espace est étroit mais totalement ouvert, ce qui permet de sentir vent et pluie. Comme le tuktuk est très bas sur roues, l’impression de raser le sol est palpable. Les particularités du terrain se vivent et se ressentent d’autant plus.

La garrucha est une cabine en bois qui relie deux pans de collines, retenue par deux câbles de part et d’autre. A l’intérieur on se trouve dans un monde sans vues particulières, mais avec un contact sensible avec l’extérieur, la cabine n’étant pas proprement hermétique, les lattes de bois laissent passer l’air. L’aménagement est simple : deux bancs de bois. C’est un monde mobile au déplacement mécanique,doux. On entend le frottement de la poulie avec le câble. La garrucha de Jardin vole au-dessus de champs de bananiers, puis vient les frôler.

La jeep est très utilisée en Colombie car elle s’adapte à tous les terrains. Celles qui prennent des passagers servent à relier les villages. Les chauffeurs font des allers-retours, et n’hésitent pas à s’arrêter sur route pour prendre des voyageurs supplémentaires. Le but est de rentabiliser chaque trajet, c’est ainsi que nous nous sommes retrouvés 13 dans la jeep qui me menait à Guatapé, où, en temps normal, elle aurait été accueilli 8 personnes. La jeep fuse sur les routes et le mot d’ordre est efficacité. Les trajets sont court, rapides et rentabilisés.

La busetta en Colombie est un moyen de transport très courant. Il s’agit d’un petit bus. Elle se glisse partout, parcourt de grandes distances malgré les reliefs, ou se fraye un chemin à travers la ville. A l’approche d’un potentiel arrêt, les portes s’ouvrent, l’adyuvante crie le nom de la destination et observe s’il y a des intéressés. Si des voyageurs se lèvent alors le car s’arrête, sinon il continue sa route. Des vendeurs ambulants sont pris régulièrement par le chauffeur en échange de quelques denrées. La busetta, c’est le passepartout quotidien!

La chiva est un bus typique des montagnes des Andes. Haute sur ses roues, elle emprunte tous les chemins tortueux et dessert les fermes et villages isolés. Son parcours est ponctué d’arrêts spontanés. Le chauffeur est aidé par l’adyuvante, qui aide à faire monter les voyageurs, récupère les billets et sert de rétroviseur humain. L’espace extérieur est mis à profit pour se déplacer de rangée en rangée, ou pour stocker marchandises et voyageurs sur le toit. A l’intérieure l’ambiance est familiale et conviviale, toutes génération se connaissent, et se retrouvent sur des airs de musique latino lancés par des baffles situées aux 4 coins de la chiva.

L’avion est le moyen mobile le plus universel, sa trajectoire est directe et sans particularité physique adaptée à sa position géographique. Un avion est d’abord, une machine technique, optimisée pour le transport de personne et de marchandise. Il s’agit d’une prouesse scientifique que de pouvoir s’envoler. L’avion est hermétique. Il n’y a aucun lien direct avec l’extérieur, seulement un transparence visuelle grâce aux hublots. Prendre de la hauteur en fait son principal intérêt, disposer d’un point de vu unique, s’élever et rêver.

29


173,01

213,2

75,98

Plans 30

Elévations

Coupes

Et si cela avait été une pièce à vivre ? 31


“Pour ne pas mourir je ne finirai pas ma maison.

Alors pourquoi finir celle des autres!’’

François Seigneur

Laura Moreno Gonzales Au nord de la région Occitanie dans le département du Lot se trouve la ferme de Catrine et Wolfgang, un vieux couple à la retraite qui ont fait de leur maison un lieu où tout est recyclé et réutilisé. (1) La ferme a un système sanitaire autosuffisant. En effet, l’eau de la pluie est récupérée et redistribuée à la maison via une pompe. De surcroît, la maison est chauffée par une

chaudière à bois dont le bois utilisé est récupéré des arbres secs pendant l’été par Wolfgang.(2) Par ailleurs, ils ne vont au marché qu’une fois par semaine, car elles ont déjà presque tout ce dont ils ont besoin dans leur ferme. Ils cultivent les légumes selon les saisons et mangent pendant l’hiver les quantités stockées prévues à cet effet. (3)

Leur ferme possède également des poules, des porcs, des canards, des dindons et moutons...Ces derniers sont tondus au printemps. Ainsi, leur laine est utilisée par Catrine pour en faire des chaussons, des bonnets... Bref, tout ce qu’on pourrait imaginer. La laine est ensuite teintée avec des fleurs qu’elle cultive dans son jardin.

2

Automne

E 1:400

Hiver

E 1:400

Printemps

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3

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E 1:400

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Plan général

E 1:300

Coupe longitudinale E 1:300

Coupe transversale E 1:300 34

Axonométrie sur coupe longitudinale 35


Màs Plus More Lisa Seidel Le fil conducteur de chaque projet -Madrid, Lyon et Londres- est l’ouverture de la façade, de sorte à mettre en relation l’intérieur et l’extérieur tout en gagnant de l’espace.

a aussi une terrasse extérieure. J’ai alors utilisé le toit du bâtiment annexe comme une terrasse que j’ai pu connecter avec le rez-dechaussée.

À Madrid, je suis restée avec deux étudiantes. Elles vivent dans un appartement situé dans une tour d’habitation. Le plan est singulier il comporte de nombreux angles et semble assez exigu. Mon intervention consiste en l’ajout d’un élément extérieur fixé en façade.

À Londres, je vivais aussi dans une maison individuelle. J’étais dans une famille avec le père et ses fils. La particularité observée ici, est le petit garage où le père produit sa bière. J’ai donc décidé, dans mon intervention, de développer un poste de travail où le père pourra produire sa « craft beer ». Associé à cette production, l’idée est de réaliser un petit magasin pour vendre directement sa bière.

À Lyon, je logeais dans une colocation étudiante dans une maison individuelle. Ce qui est exception nel ici c’est la présence d’un bâtiment existant de deux étages et d’un bâtiment annexe d’un étage. La maison

Madrid 2m

3m

Durant mon année Erasmus, j’ai voyagé à Madrid, Lyon et Londres. J’ai été hébergée par des habitants. Grâce à leur hospitalité, j’ai découvert la vie au-delà des façades et à travers leurs yeux. Après mes observations sur le terrain, j’ai développé un concept pour chaque maison de manière à améliorer la qualité de vie de ses occupants. Pour ce projet, j’ai été inspirée par le livre « PLUS » de Lacaton & Vassal. Selon ces architectes, « les capacités structurelles, géographiques et spatiales des constructions sont, le plus souvent, un point de départ valable pour améliorer radicalement les conditions d’habitation actuelles...» Ils proposent donc « l’ajout d’extensions chauffées, de jardins d’hiver, et de balcons » permettant d’augmenter la surface utilisable.

N 0

1

5

Existant

Projet

4m

Madrid 36

Lyon

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Lyon

Londres

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Existant

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1

12 m

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Projet

5m

3,5 m

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Habiter l’hiver Mathilde Le Signor Après avoir étudié la manière qu’ont les Wendats à s’approproprier des abris Tempo, ou abris pour protéger, stocker, stationner, etc, pendant l’hiver, j’ai adapté ces structures à l’école primaire de la réserve. Ainsi, à la manière de Rem Koolhaas pour le projet de la Bibliothèque de Jussieu, je suis venue superposer des grilles d’éléments. La première, la trame de l’école avec une double

orientation, puis celle des abris permettant aux enfants d’accéder à l’extérieur pendant l’hiver et de « sortir des murs de l’école », celle de la neige qui vient s’accumuler autour et enfin, les tracés viaires existants.

d’une identitémoderne inspirée du passé, d’un héritage reconstruit, remodelé, modernisé qui deviendra à son tour la référence culturelle de la nation huronne pour les pro- chaines générations. »

« Il s’agit non pas de restauration ou de réhabilitation d’un patrimoine caché, oublié, perdu, mais d’une véritable construction

Iankova Katia, Insertion de la réserve huronne dans l’espace urbain de la ville de Québec, 2008.

Placage

Couvrir – agrandir – protéger stationner

Double portique

Couvrir – agrandir – protéger stocker - stationner

Tunnel

Couvrir – agrandir – protéger stocker - stationner

Portique simple

Couvrir – agrandir – protéger stocker - stationner

Rideaux

Couvrir – agrandir – protéger stocker - stationner

Cloisonnement

Agrandir – protéger – stocker – traverser - profiter

Demi-portique

Couvrir – agrandir – protéger stocker - stationner

Couloir

Protéger – Traverser

Hybride Portes

Protéger

Remise

Couvrir - agrandir - protéger stocker

Prolongement toiture

Couvrir – agrandir – protéger stocker - stationner 0

1

2

GSPublisherVersion 0.0.100.100

Inventaire des variations d’abris Tempo dans la réserve de Wendake 40

Plan de la réserve de Wendake avec repérage et identification des abris Tempo utilisés 41


B'

eB

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Co

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Placage

Placage

Couvrir – agrandir protéger - stationner

Couvrir – agrandir protéger - stocker stationner

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Couvrir – agrandir protéger - stocker stationner

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Couvrir – agrandir protéger - stocker stationner

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Double portique Tunnel

16 5 cm

x 28

cm

2 3 4 5

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x 28

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Rideaux

Couvrir – agrandir protéger - stocker stationner

21 x 1

Portique simple

21

cm

cm

x 16

Coupe BB’ - Coupe dans le patio créé

– -

Cloisonnement

Agrandir – protéger – stocker – traverser profiter

Placage

Double portique –

Couvrir – agrandir protéger - stocker stationner

– -

Couvrir – agrandir protéger - stocker stationner

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Couvrir – agrandir protéger - stocker stationner

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Couvrir – agrandir protéger - stocker stationner

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Portique simple

Rideaux

x 28

5 4 3

16 5 cm

Tunnel

21 x

Double portique

cm

Couvrir – agrandir protéger - stationner

2 1

B'

eB

up

Co

Cloisonnement

Agrandir – protéger – stocker – traverser profiter

Placage

Tunnel

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Couvrir – agrandir protéger - stocker stationner

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Couvrir – agrandir protéger - stocker stationner

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Couvrir – agrandir protéger - stocker stationner

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Tunnel

Portique simple

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Rideaux

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Couvrir – agrandir protéger - stocker stationner

ou

Double portique

C

Couvrir – agrandir protéger - stationner

Cloisonnement

Couvrir – agrandir protéger - stocker stationner

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Couvrir – agrandir protéger - stocker stationner

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Couvrir – agrandir protéger - stocker stationner

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Couvrir – agrandir protéger - stocker stationner

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Double portique Tunnel

Portique simple

Rideaux

e CC Coup

Portique

Couvrir – agrandir protéger - stationner

'

Agrandir – protéger – stocker – traverser profiter

Placage

Coupe AA’ - Coupe sur l’entrée de l’école

Cloisonnement

Agrandir – protéger – stocker – traverser profiter

Placage

Cloisonnement

Couvrir – agrandir protéger - stationner

Couvrir – agrandir protéger - stocker stationner

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Couvrir – agrandir protéger - stocker stationner

– -

Couvrir – agrandir protéger - stocker stationner

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Couvrir – agrandir protéger - stocker stationner

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Double portique Tunnel

Portique simple

Rideaux

0

1

2

Cloisonnement

Agrandir – protéger – stocker – traverser profiter

Placage

Demi-portique

Couvrir – agrandir protéger - stationner

Couvrir – agrandir protéger - stocker stationner

– -

Couvrir – agrandir protéger - stocker stationner

– -

Couvrir – agrandir protéger - stocker stationner

– -

Couvrir – agrandir protéger - stocker stationner

– -

Double portique Tunnel

Portique simple

Rideaux

Cloisonnement

Agrandir – protéger – stocker – traverser profiter

Placage

Couloir

Couvrir – agrandir protéger - stationner

Couvrir – agrandir protéger - stocker stationner

– -

Couvrir – agrandir protéger - stocker stationner

– -

Couvrir – agrandir protéger - stocker

– -

Double portique

42

Tunnel

Portique simple

GSPublisherVersion 0.84.100.100

Coupe CC’ - Coupe longitudinale du bâtiment principal de l’école

Plan de l’école Wahta’ montrant l’intervention réalisée à partir des abris Tempo 43


290

+10.60

900

589

Fragments d’espace

1259

Marion Baylac 589

Une usine se détache de ce panorama. Reprenant les termes de Louis Kahn, je propose de la regarder comme une «société de pièces», un agencement de fragments. Le site de Mazamet est fascinant par son relief enveloppant, ses arbres légers et entremêlés, ses bouts d’usines écorchés, sa vue sur la rivière. C’est une architecture qui s’imprègne du paysage et récrée un paysage.

atelier

+6.80 +0.00

brouillard

+2.80

la scène

+9.20

2194

589

+1.50

« Il y a tant de poésie et pourtant rien n’est plus rare qu’un poème ! Cela fait cette masse d’esquisses, d’études, de fragments, de tendances, de ruines et de matériaux poétiques.» Friedrich von Schlegel, n° 4 des Fragments critiques, 1996.

puits

+1.50

1259

interstice

+6.80

serre végétale

+10.60

escapade

+10.60 603

Plan de situation des pièces

11,90 x 5,89 m surface totale : 70 m² ht plancher +1.50m hsp : 4.10 m fonction : stockage

80

puits

11,25 x 10,68 m surface totale :120,15 m² ht plancher : +6.80m hsp : 3.82 m fonction : atelier

+9.20

2194

interstice 10,15 x 2,71 m surface totale : 25,5 m² ht plancher +6.80m 1015 hsp : 3.50 m fonction : passerelle

+10.60

atelier

1125

202

1068

22,37 x 6,03 m surface totale : 134.9 m² ht plancher : +9.20m hsp : 4.95 m fonction : /

+10.60

1125

202

2237

la scène

2237

brouillard 14,79 x 11,55 m surface totale : 170.8 m² ht plancher : +2.80m hsp : 4.00 m fonction : machinerie

30

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serre végétale

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Façade de l’usine

44

+6.80

2500

10m

200

+6.80

escapade 10,15 x 2,02 m surface totale :20.5 m² ht plancher +10.60m hsp : 3.50 m fonction : passerelle

603

+10.60

900

Plan d’état des lieux

+9.20 21,94 x 12,59 m +1.50 surface totale : 276,2 m² ht plancher : +10.60m hsp : 5.20 m fonction : /

1068

20

Intervention sur la façade en bord de l’eau 2194

45 589

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+10.60 589

589

589

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589

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Je cherche une situation, une poétique, une nouvelle identité dans ce couloir immense. Il dessert des séquences de pièces toutes identiques, de formes simples. Chacune à sa spécificité fonctionnelle mais elles se rejoignent toutes sur un point. Elles n’ont pas d’apport de lumière. L’obscurité habille l’espace et noie toute visibilité possible. Toutes, sauf une. Son plafond, écorché par le temps et ouvert sur l’extérieur donne une lumière subtile durant le jour qui fait appel dans le couloir. L’espace de la pièce est précaire. La structure est lisible.

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1259

0

interstice Il est là pour mettre en relation les paysages qui paraissent si lointains, pour raccrocher les montagnes et les horizons avec ce lieu complexe. Ce fil suspendu symbolise le rapport au paysage. Magnifié par la végétation qui prolifère, il devient une entre-deux, une mise entre tension en le bâti et la nature. Il est là pour contempler. Contempler la rivière du Linoubre qui passe lentement sous lui, contempler les ruines d’une usine endormie, contempler un paysage morcelé par le temps.

30

+1.50

1479

290

C’est un lieu calme et complexe. Les limites sont floues. L’espace contraste par les séquences qui marquent la pièce. Les décalages permanents me permettent de découvrir des univers uniques entres scènes et machines. Une porte est ouverte. Elle n’appartient ni à l’espace intérieur ni à l’espace extérieur. Elle qualifie la liaison qui s’opère entre l’usine et le paysage comme un belvédère sur deux mondes. Elle donne sur le vide et l’immensité de la montagne mais me rattache à l’espace de la terre. Le plaisir, c’est ce sentiment de parenthèse, de flottement, d’être à la fois à l’intérieur et à l’extérieur. À l’intérieur dans l’épais brouillard qui pénètre dans l’espace fluide… À l’extérieur quand ce dernier disparaît et qu’il ne reste qu’une ligne vaporeuse de végétation dense et l’eau qui s’écoule lentement dans sa chute.

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Cette pièce est le lieu le plus accessible mais aussi le plus étrange. Le bâtiment construit un dialogue à distance. Une atmosphère particulière règne. Le bouillard clôt la pièce à la manière d’un couvert à ciel ouvert. La rivière est proche. Le son s’introduit dans l’espace. Je foule le sol pour découvrir. Des graviers ricochent et s’étouffent, amortis sur les tapis d’herbes florissant. Au contact des murs, j’imagine de nombreuses histoires. Les strates parlent d’elles-mêmes, comme un journal. Les murs froids, le crépis qui s’effrite sous la chaleur des mains donne à voir un premier monde. Le creux des joints et les parpaings laissé bruts, me font remonter dans ma mémoire. Je reconnais ces sensations.

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DES COMPAGNONS DE ROUTE PRIVILEGIÉS... Merci pour votre écoute, votre aide, votre histoire et ces moments partagés Jean-François Richard Sylvie Faber Rémy Cazals M.Christine Baylac Gérard Papaya Léandre Marimoutou Jean Doucet Jean-Luc Delaguarigue Philippe Villard Fabienne Nollet Ildiko Schepp Adrienn Maletics Darja Karstens Pierre Ostercamp Philippe Bramoulle Andreas Bock Wafia Merad Linda Merad Lila Zitouni Anthony Bourasseau Edgar Anaïs Pellefigue Anne-Lise Lambert Pierre-Louis Nollet Hugo Parmantier Patrice Parmantier Edwige Parmantier Jean-Jacques Bruno Tertrais Coralie Tertrais Un grand merci à Lili du Filochard pour son hospitalité et sa bienveillance


Édition « La Boucherie », ENSA Toulouse, 2017 - 2018.


École Nationale Supérieure d’Architecture de Toulouse Learning from 2017 / 2018

Enseignants : Tiphaine Abenia, Marion Howa, Daniel Estevez Étudiants : Marion Baylac, Pauline Bramoullé, Laurice Jomaa, Mathilde Le Signor, Laura Moreno Gonzalez, Nathan Nollet, Alexandra Parmantier, Lisa Seidel, Isabelle-Camille Tertrais


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