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RESEAU MEDIATHEQUE

BIBLIOTHEQUE ATHIS-MONS (91)

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LES EDITIONS DU BASTION



-SURCHRONIQU ES DU HUREPOIX "'"' 1-- - - - - -- - PAR - - - - - -----1 l'Abbé PIERRE BONNIN CURÉ D'ABLON-SUR-SEINE, OFFICIER D'ACA DÉMIE, MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ HISTORIQUE ET ARCHÉOLOGIQUE DE CORBEIL, D'ÉTAMPES ET DU H UREPOIX.

MUNiCsPALE 1905.

D' ATHIS-r.'fON

LES F.l)lïï< r\S l)l ' B.\Sï1()N


S O U RCES HISTORIQUES

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6o3 fol. 8. 8624 fol. 382. - Ordonnances de Charles IX. I560-I574· 8695 fol. 2 r. r 2 fol. 3· 145 No 17· 9 vol. 4· 334 N• 64. - Mons et Ablon. Chapitre de Paris. 78o Ordres. Monastères. 526 fol. 19. (L. L. 333·) 703 AN· 11· 711 n N° 156. 14 • N° 16. 725 N° II2. 737 No 122. 765 u N• 2oo.

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DoM MoRIN.- SAUVA L. PINARD. -

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JUVISY-EN -HUREPOIX. ANCIENNETÉ. - ÉTYMOLOGIE. TERRITOIRE.

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« L'Histoire dt

nos vil/agu, c'ut dt l' Hisloirt de Pra nu en f>tlils moraaur. )) VICTOR HUGO.

(361 1 habitants, 860 électeurs), petite ville du ca nton de Longjumeau, faisait autrefois partie du pays appelé le Hurepoix, compris dans ·la province de l' Ile-de-France : Huripensis pagus, limité entre la Brie, le Gâtinais, l'Orléanais et le Mantois, ayant pour cheflieu Dourdan et pour lieux principaux : Montlhéry, Arpajon, Chevreuse, La FertéAlais, Etampes, CorbeiL

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UVISY- SUR-0 RGE

Juvisy est agréablement posé dans une riante et riche vallée, à 19 kilomètres de Paris, à la jonction des chemins de fer d'Orléans et de CorbeiL Dans le mouvement des terres opéré pour la construction de la ligne de Corbeil, on a découvert une amphore gallo -romaine, dont la hauteur était de

1m 1 5·


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JUV ISY- SUR· ORGE

Serait-ce là une trace du passage du chevalier romain L abiénus luttan t contre les Parisiens et s'ar rê tan t dans sa première marche, sur un territoire profondément marécageu x ? Le saint historien, Grégoire de Tours ( Georgùts Ffvrentius G7'"egm-ùts), né en Auvergne vers 535, d'une fam ille sénatoriale, dans son Historz·a Francorum, source précieuse et originale pour les années comprises entre 547 et 59 r, parle d'un pont je té sur l'Orge, comme si, en 582, cette petite rivière marquait la séparation du royaume de Chilpéric, dans lequel Paris était compris, d'avec celui de Gontran qui a vait eu en partage, e n s6r, les royaumes d'Orléans e t de Bourgogne. Ces noms qui, bien tristement, font revivre les intrigues de Frédégonde et Bruneha ut mourant à Renève (Côte - d'Or), attachée par les cheveûx à la queue d'un cheval indompté, assurent à Juvisy une haute antiquité dans l'histoire. C'est près de ce pont que les gardes posés par Chil péric furent tués par Ascelpius.


CHAPlTlŒ PlŒMIER

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ÉTYMO LOGIE.

Malgré ces anciens documents, le nom de Juvisy ne paraît dans les titres qu'à partir du XII Je siècle. Il est mentionné sous le nom de Gevisz: Givùz' et Ge·vesz: en le latinisant on écrivait Gevùiacum. Les premiers scri bes ont traduit, en leur lat in , les noms celtiques de nos localités ; mais une traduction n'est pas une étymologie. Il est inadmissible de supposer que les Gaulois a ient j amais consenti à accepter la la ngue de leurs vainqueurs, ils ne parlaient pas latin. Les premières appellations de nos localités ont dû provenir de leur situation topographique; jamais les nobles F rancs n'ont parlé la langue romaine et oùblié leur langue maternelle pour appre ndre celle des conquérants. Gevesz·, Givisi, trouve son étymologie celtique dans le mot g rec n·n~, maison d 'argile, et indique les huttes celtiques, excavations naturelles ou abris de terre façonnés par les Gaulois, premières demeures de nos ancêtres. Ju visy, étant l'un des plus jolis sites des


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JUVISY-SUR-ORGE

environs de Paris, puisque Louis XIV voulait en faire son Versailles, pourquoi ne pas trouver l'étymologie de son nom dans la beauté de son site :Juvat visu? Timidement nous donnons cette étymologie personnelle pour ne pas froisser les chroniqueurs de « modern style ». TERRITOIRE.

Le territoire de Juvisy est peu étendu : 2 1 6 hectares. Au midi, il est borné par la route de Fontainebleau, qui le sépare du territoire de Savigny; et les quelques maisons de la Cour de France, sur le côté gauche, en allant à Paris, appartiennent à la commune de Savigny. Au nord, la commune d'Athis s'étend jusqu'à la pyramide et sur une grande partie du parc de Juvisy. Au couchant, les limites de Tuvisy se prolon gent jusqu'à la ferme de Champagne. Au levant, depuis le château de Chaige, fief relevant du roi, à cause de son comté de Montlhéry, jusqu'aux maisons de Châtillon, la Seine limite Juvisy.


CliAPITRE PREMIER

Il

Sur le territoire de Juvisy, la petite rivière d'Orge, dont la source est près de Dourdan, prend un cours parallèle à la S eine, pour s'y réunir sur le territoire d'Athis, non loin de la maison ayant appartenu à Valentin Conrart, le secrétaire perpétuel de l'Académie, dont Boileau disait malicieusement, parce qu'il n'avait jamais rien publié: « J'imite de Conrart le silence prudent. » Madeleine de Scudéri, sœur du poète et romancier Georges de Scudéri, parle de cette demeure de Conrart à Athis dans sa Clélie ( 1656, 10 volumes), galerie de personnages contemporains. C'est de cette résidence que Madeleine de Scudéri écrivit au ministre Colbert pour obtenir la permission d'aller visiter son ami Pellisson, prison nier d' Etat.


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LEPROSERIE.-~~

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LE PRIEURÉ.

u XIIIe siècle, des Bénédictins, venant de Marmoutiers-lez- Tours (majus rnonasterùtrn ), abbaye à trois kilomètres de Tours, fondée en 37 r par saint Martin, se fixèrent à Juvisy, à l'endroit même OLt est bâti le château. Le sanctuaire ainsi que le chœur de l'église avec le transept, étaient la chapelle du prieuré. Du reste, pendant longtemps cette partie de l'église fut enclavée dans le parc du château.

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Comme preu·.re : « Un dénombrement, » rendu au roi, le 20 juillet r 464, des biens » fonds et droits du prieuré, stipule que la » pêche, dépendance du p:ieuré, dans la )) rivière de l'Orge se terminait, en descen)/ dant, au bout du mur dtt jardùz dtt monas-

» tè7"e. » Dans une transaction du 28 septembre 1647, le Seigneur d'Athis cède au prieur de Juvisy, l'abbé Michel Lemas.le, «le droit


CHAPITRE DEUXIÈME

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» »

de pêche qu'il peut avoir dans la rivière d 'O rge, d epuis le mara is contentieux, )) icelui compris, jusqu'au coin des vieux )) murs du prieuré. » Après cette transaction, l'abbé L emasle fit son testament instituant l'H ôtel-Dieu de Paris son légataire universel et dans son legs il comprit ... « la majeure partie des » biens qui dépendaient de son prieuré, » tels que les ja1,.dins de l'ancien monas» tère. » Par l'exposé de ces trois pièces il est évident qu'il existait un prieuré à Juvisy sur l'emplacement désigné du château. Ces relig ieux bénédictins, relevant de l'abbaye de Marmoutiers-lez-Tours, avaient à Juvisy des hôtes et des serfs , et l'église, bâtie pendant leur séjour, fut par eux placée sous le vocable de saint Nicolas, resté le patron de cette commune. L A LÉPROSERIE OU MALADRERIE.

La plus a.n cienne relation écrite sur la lèpre se trouve dans le Pentateuque qui indique aux Hébreux des règlements contre


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JUVISY-SUR-ORGE

cette maladie. « Si quelqu'un de vous, dit » Moïse, est atteint de la lèpre, qu'il soit » chassé hors de la tente. » C'est sur la terre d'Egypte que les Hébreux furent contaminés ; de l'Egypte la lèpre se propagea dans tous les sens. Les armées d'Alexandre introdùisiren t le mal en Grèce et les légions de Pompée en Italie. On a souvent répété que la léprose avait été importée en France par les Croisades. C'est une erreur; car il est prouvé qu 'il y avait une léproserie à Saint-Claude, dans le Jura, en 570 ; à Chalon -sur-Saône, en 571, à Metz, en 636. En 789, Charlemagne déclarait la lèpre cas de nullité de mariage et, sous cet empereur, l'internement des lépreux devint général. Au XIIe, XIIIe siècle, la lép.r ose sévis · sait avec moins d'intensité, lorsque le mouvement considérable d'hommes établi entre l'Orient et l'Occident, par les Croisades, la réveilla dans toute sa violence. C'est alors que les religieux du prieuré de Juvisy furent chargés de desservir la


CHAPITRE DEUXIÈME

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Léproserie établie à Juvisy pour secourir les pays voisins. D'après un plan de 1783, que nous avons eu l'heureuse fortune de consulter, cette Léproserie ou Maladrerie était située sur le chemin de J uv·isy à Châtillon, entre les deux lignes de Lyon et d'Orléans, dans un terrain communal, où les Compagnies du Chemin de fer ont extrait du sable pour le nivellement de leurs lignes. A l'entrée de Juvisy, la ferme du château était une dépen. dance de cette maladrerie et, comme preuve indiscutable de sa position, le chemin pas-. sant sous les murs de la fermé et allant au château de Chaige (maison champêtre) a figuré longtemps sous le nom de : Chemùt de la Malad?'erze. Les religieux de Marmoutiers obtinrent plusieurs privilèges et ils donnèrent .une telle extension à cette maladrerie qu'elle put assurer le service hospitalier de dix villages voisins : Viry, Grigny, SainteGeneviève, Morsany-sur-Orge, Villemoisson, Savigny, Orly, Plessis-le-Comte, Orangis et Epinay-sur-Orge.


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JUVISY-SUR-ORGE

Cette léproserie fut visitée, en r 35 r, par Pierre de la Forest, chanoine de Paris, qui reconnut cet hôpital comme étant l'un des plus importants du royaume ; il avait des biens: apud LoseY1'am prope Polatz"om '. Pierre de la Forest était chanoine de Paris, doyen du Chapitre, comme l'indique le Cartulaire de Paris : Petrus de Foresta, decanus parisiensis, et non évêque, titre que lui confère Pinard, car dans : Episcoporum Parisùnsùmz series, a 5 10 Dionysio ad Aimericum, son nom ne figure pas. (Cartulaù'e I, page 469 ). Un terrain de Juvisy, dit : CimetÛ1'e Saint-Mart-in, indique le lieu de sépulture des moines chargés de la Léproserie, tout en rappelant le patron de la Tourraine, lieu d'origine de nos religieux du prieuré. Comme preuve de l'antique origine de la maladrerie de Juvisy, le Cartulaire de Paris renferme un document fixant l'administration des léproseries de Corbeil, Melun et Juvisy. Cette pièce LXXXVI, page 86, tome I, est datée de 1 20 r. 1.

Lozère, hameau, chapelle de secours de Palaiseau .


CHAPITRE DEUXIÈME

De leprosa1'tÏS de Corbob:o et Meledttno. Petrus, Dei gratza Senonensis archiepisco. pus et Odo, ejusdem gratia Parisiemis epi'scopu.s, omnz.bus ad quos preseus scriptum pervenerz"t ceternam in Domino salutem ......• Ùt castellam·a de Corbolio: domus de Givisiaco, dom us Montgùon (Montgeron), do mus de Cauda, do1JtttS de Braz·a. In castellam·a de Meled1mo : domus de Vaugies, don ms de C!taumis...... .. Ut autem instittttio supradicta perpetuam et ùzconcussam obtincat .firmitatem, presens scriptum commzmi diviSum cyro_g-rapho .fieri feci mus et sigztlorttm nostrorum ùnpressio nibus commzuzirT-·.

Les Hospitaliers de Saint-Lazare, ordre religieux et militaire établi par les Croisés à Jérüsalem, en I I 19, et approuvé par le Pape Alexandre IV, en 1255, tenaient quatre commanderies en Seine-et-Oise : Beaumant, j~tvisy, Louvres et Villaroy (commune de Guyancourt). ( Arclàves Nationales, sérù S.)


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J UVISY -S UR · ORGE

Ces chevaliers avaient la mission spéciale de soigner les lépreux ; introduit en France sous Louis VI 1, cet ordre perdit son importance à mesure que la lèpre disparut. En 1talie, il fut réuni à l'ordre de Malte en I 490, et en France, à celui de Saint-Mi chel en 1693.


r+.~=~~tre ll'roi~ième. II~TICE

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SEIGNEURIALE ET JUSTICE ROYALE.

SEIGNEURS PRIMITIFS.

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justice seigneuriale était haute, moyenne ou basse. La justice royale se divisait en prévôtés, bailliages et parlements. Avant la Révolution, l'organisation sociale avait pour base le système féodal. Les Francs, entrant en ~aule, se partagèrent les terres, et tout d'abord ces concessions furent purement personnelles sous la dépendance absolue du chef suprême ; mais les bénéficiaires réussirent à les changer en propriétés héréditaires ou fiefs, dont ils prirent les noms. Rarement un village appartint tout entier au même seigneur. Ces quelques mots expliquent les mutations fréquentes que nous rencontrons dans les titres de: Seigneurs de Juvisy. La justice seigneuriale de Juvisy relevait du Château de Montlhéry, et les premiers seigneurs furent les abbés de l'Abbaye de

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J UV ISY-SUR- ORG E

Marmoutiers-lez-Tours, qui, au XIIIesiècle, avaient hôtes et serfs, dépendant de leur prieuré. Les seigneurs de Juvisy n'avaient que moyenne et basse justice sur leur village, la haute justice étant un droit réservé au puissant comte de Montlhéry, grand suzerain, dont l'important comté avait été démembré au XIIIe siècle. Sous le règ ne du roi Charles VI, le Bienaimé et l'Insensé, le duc d'Orléans, frère du roi, ayant été assassiné par les ordres de Jean-sans-Peur, duc de Bourgogne (r407), la France se divisa en deux fractions et, au milieu de l'anarchie causée par les guerres civiles, les abbés de Marmoutierslez-Tours, seigneu rs de Juvisy, aliénèrent le temporel de leu rs droits en traitant avec des laïques, lorsque le traité de Troyes ( 1420) livra toute la France au roi d'Angleterre, Henri V,qui se fit reconnaître comme régent et héritier de la couronne de France. Les abbés de Marmoutiers-le7.-Tours se réservèrent seulement : fa présentation à la

wre e t la jzist ice du li'eze.


CI:IAPITRë TROISIÈME

2I

Les Prieurs du prieuré de Juvisy furent donc les seigneurs primitifs de Juvisy, exerçant, par leurs officiers, la moyenne et la basse justice qu'eux et leurs successeurs conservèrent jusqu'en 1793- Mais les seigneurs hauts-justiciers, les comtes de Montlhéry, gardèrent ce titre jusqu'en 1673, ~poque OLI

Louis XIV érigea la terre de

Juvisy en

haute justice en faveur de

Antoine Rossignol des Roches, maître des _Comptes. FAITS HISTORIQUES.

Pour ne pas briser l'ordre chronologique que nous suivons, autant que possible, dans cette modeste étude, nous croyons intéressant de relater ici deux faits historiques concernant Juvisy à cette epoque. Juvisy en- Hurepoix figure, en 1405, dans les chroniques relatives aux démêlés survenus e ntre Jean-sans- Peur, duc de B ourgogne, membre du Conseil de la Régence, à la démence de Charles VI (1392), et Isa-

belle de Bavière. La reine Isabelle s'étant retirée au châ-


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JUVISY-SUR-ORGE

teau de Corbeil, le Dauphin voulut l'y rejoindre, conduit par Tanneguy-Duchâtel, ayant comme suite : Louis de Bavière, Jean de Montaigu, et le comte de Damma rtin. Jean-sans-Peu r se mit à la pours:.:ite de cette escorte;il rej oign it le Dauphi n àJ uvisy, et l'obligea à rentrer à Paris. ( Moustrelet, nligieux de Saiut- Deuù) . En 1407, Jea n-sans- Peur fit assassiner le frère du roi, le duc d'O rléans, qui, disent les chroniqueurs, entre tenaient des liaisons criminelles avec la rein e Isabelle, et, en I 419, le capitaine T anneguy-Du châtel prit une grande part au meu rtre de Jean-sans-Peur dans l'entrevue de Montereau. Quant à Isabelle qui, pour conserver le pouvoir, consentit à traite r avec J ean-sansP e ur, me urtrier du duc d'Orléans, à la mort de Charles VI, elle ne joua plus aucun rôle et mo urut en 1435, universellement méprisée. Tristes représailles que l'h istoire de nos troubles ci vils relate à_ toutes les époques ! En 1422 , Cha rles V II, à la mort de son père, se fi t reconnaître roi, et, aidé de


CHAPITRE TROISIÈME

23

Jeanne d'Arc, tenta de chasser les Anglais de France. Dans cette noble et hardie entreprise, le vicomte du Tremblay, dont ]es biens étaient à Juvisy, marqua son attachement au roi, et les Anglais, pendant son absence, lui confisquèrent ses terres, en 1423, pour les donner à Jacques Pesnel. ( Cahùrs de la Prt_vôté de Par·ù , Sauva!, t;agc 5 86, Tome III.) Jean de la Cloche, qui également avait suivi le roi, vit ses biens confisqués et donnés à Melle de Gaillon. ( 47e cahier des Comptes de la Prtvôté de Parù. S t.im•,tt, page I 27, Tome I Il )


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SEIGNEURS SPIRITUELS ET TEMPO- 1 RELS. - PRIEURS DE NOTRE-DAME ~ DES CHAMPS-LEZ-PARIS. - SENTEN- ~ CES DU GRAND CHATELET. - POIDS ET MESURES. - VOL DES PAPIERS u DE JUVISY.

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u spirituel, J uvisy·en·Hurepoix était du diocèse de Paris et, comme nous l'avons mentionné, au temporel, sa justice seigneuriale relevait du château de Montlhéry. Aux abbés de Marmoutiers-lez-Tours, prieurs, seigneurs de Juvisy, succédèrent les Prieurs de Notre-Dame des Champslez-Paris; l'abbaye de Marmoutiers ayant aliéné le temporel de la seigneurie de Juvisy à l'époque de l'occupation a nglaise sous Charles VI. Il est difficile de préciser la da te à laquelle les Prieurs de Notre-Dame des Champs-lez-Paris furent établis seigneurs spirituels et temporels de Juvisy ; les tit<es primordiaux justi fia nt de leurs droits ayant été enlevés en r6so, par le procureur du roi de Montlhéry.

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CHAPITR E QU ATRIÈ ME

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SENTENCE DU GRAND CHATELET, 1304

Une sentence du Châtelet prouve les droits indiscutables des Prieurs de NotreDame des Champs-lez-Paris, comme seigneurs-justiciers de Juvisy. Nous résumons cet acte juridique : En 1304. le procureur du roi de Montlhéry, prétendant que la ville de juvisy était dans le ressort de la châtellenie de Montlhéry, exigea que toute justice f1lt rendue au nom du roi, en qualité de comte et de seigneur de Montlhéry. Au contraire, le prieur de Notre-Dame des Champs-lez-Paris, résidant au prieuré de Juvisy, soutint que son titre de sez"gneur foncier et direct lui donnait le droit d'exercer toute justice sur la ville de JuviSy. En septembre 1304, la sentence du Châtelet prononce : que le prieur a sziffisamment prouvé ses faits et droits et le maintient en possession d 'e.xener la jmzdictùm paisz"blement en la vzlle de Juvisy. En outre la même sen tence stipule que : l 'arrêt ott empêchement du pré vôt de Paris et du procureur du roi de Montlhéry

mis par eux, se1'ait ôté.


26

JUVI SY-SUR-ORGE

Cette sentence, favorable au prieur, ayant été rendue publique, les offic iers du prieuré exercèrent paisiblement la police jusqu'en r6r8, époque où le prieur de Juvisy ayant commis l'imprudence de ne plus recruter ses officiers, le procureur du roi de Montlhéry se transporta à Juvisy pour s'informer en première instance des causes et des d1roits de la police. POIDS

ET

MESURES.

De plus, le procureur prétendit que les mesures devaient être conformes à celles de Montlhéry et confisqua celles qui étaient contraÙ'es. Furieux de cette vexation du procureur, les particulùrs de Juvisy se réunirent pour interjeter appel au Châtelet et le prieur, messire François de Saccardy, protonotaire du Sain t- Siège, prieur-commendataire de No tre· Dame des Champslez- Pa ris, prit fait et cause pour les habitants de Juvisy. Le g rand Châtelet, siège de la justice prévôtale de Paris, qui était en même temps une prison, rendit un nouvel arrêt avec conclusùm que le prieur serait


CHA PITRE QUATRIÈME

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maintenu en sa j ustice et dije11se à quiconque de le troubür. SECONDE SENTENCE DU CHATELET, 1631

Cette paix fut de courte durée; en r63r, Gaston de France, frère unique de Louis XI 1 I, qui était intervenu dans ces différends, comme comte deMontlhéry,demanda à être ga1-dé en ses droits au dit lùu de .fuvùy et de 1'égler les poids et meszwes de blé, vîus et aut?-es ma1·chandùes. Cette contestation fu t po rtée au t ribunal du Châtelet gui, le 21 mai 163 I , rendit une sentence confirmant le prieur Saccardy en :

« la propriété, possession

et jouissance de la >> moyenne et basse jzestice, et justiee foncière )) au dit lieu et sur les !tabitants de Juvisy.» Ce même jugement fait : défense aux habitants de Juvisy de se servir d'autres mesures que celles appelées : mesures de Saint-Denis et permet au prieur de faire étalonner à l'étalon de Saint-Denis toutes les mesures. En outre ce jugement enjoint au prieur : « de constituer dans 15 jours : juge, pro-


JUVISY-SUR-ORGE

cureur fiscal, sergents et au tres officiers » pour l'exercice de la justice, à peine d'y >> être contraint par saisie de son tem.)) poreL ))

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TROISIÈME SENTENCE, 2 DÉCEMBRE 1631.

Blessé dans son amour-propre, le frère du roi, G aston de France, refuse le j ugement de c~s juges inflexibles qui donnent raison à un modeste prieur et, par son procureur de Montlhéry, il tente une nouvelle entreprise et interj ette appel. Le 2 décembre 1631, le tribunal, sans se laisser intimider par les menaces du puissant Gaston de France, rend une troisième sentence qui : défe nd au pré\·ô t et aux officiers de Montlhéry d'exe1'cer aucun droit sur J?tvùy et ordonne aux habitants de Ile suiv1'e d'aub-es règle711euts que ceux du prévôt dtt jwieur. QUATRIÈME SENTENCE, 1650.

P endant 20 a ns, j usqu'e:1 1650, les habitants de Juvisy eurent la tranquillité sous l'administration paternelle du prieur qui,


CHAPITRE QUATRIÈME

29

malgré lui, avait recruté une troupe d'officiers. Mais l'agressif procureur de Montlhéry comprenant par ces différentes sentences du Châtelet que les juges ne lui sont pas favorables, quitte subitement, en t6so, les voies du droit pour tenter les voies de faits contre les habitants endurcis de Juvisy. VOL DES TITRES DE JUVISY.

Réunissant les officiers, il se présente à Juvisy et fait enlever les titres, registres et papiers du grefie de la moyenne justice. Sans explication, il constitue prisonnier le Greffier-Tabellion et sous prétexte de pohce, il emporte à Montlhéry le pain des boulangers, les pots et les pintes des hôteliers. Ce pillage souleva les légitimes protestations des gens de Juvisy et, à la requête du prieur Michel Lemasle, célèbre chantre de l'église de Paris, prieur-commendataire de l'abbaye de Longpont-sous-Montlhéry, seigneur en partie de Juvisy, le 4 avril I650, le parlement de Paris enjoignit au procureur du roi de Montlhéry de rmdre les dits papiers.


30

JUVI SY-S UR- ORG E

L 'arrê t du parl ement n'avait sa ns doute pas stipulé la restitution intégrale de tous les papiers e t titres de 1uvisy, car le procureur n'en rendit qu'une partù ,- ce qui, plus tard, empêcha le Séminaire d'O rléans de rapporter les ti tres prim ordi aux établissa nt s es droits de seig neurie et de basse justice et de prouver ses actes d'exe rcice de police en

1uvisy.

Comme nous l'explique rons plus loin, le Séminaire d 'O rléans, vers l 700, devint seigneur de Juvisy en héritant de Mgr de Coislin, cardinal-évêque d'O rléans, qui avait eu de messire Michel Lemasle le titre de prieur-seigneur de 1uvisy. Le procure ur de Montlhé ry, en vol ant les papiers et les titres de 1uvisy, fit un tort considérable au S éminaire d'Orléa ns, en le mettant da ns l'im possibilité de prouver ses droits ; mais cet irascible procureur a, par la suite, fa it un tort non moins considérable a ux archéolog ues, en les privant d'un dossier qui serait une richesse historique pour la monographie de 1uvisy-en-Hurepoix. L'histoire d'un pays ne s'invente pas et


CHAPITR E QUATRIÈME

3l

peut-être que cette pénurie de documents a fait hésiter plus d'un fureteur du passé pour tenter l'esquisse historique de ce pays. Plus heureux, nous a vons mis la main sur des titres inédz"ts et, avec ces rares fragments, essayé témérairement de constitue r un ensemble historique. Aucune monographie de Juvisy n'a été publiée; du moins le savant Ulysse Chevalier, dans sa curieuse étude bibliographique sur les pays de France, n'en parle pas. Le fiel n'entre pas dans la plum e d'un archéologue; mais le nom de ce misérable et rapace procureur devrait, comme autrefois, être cloué au pilori. Après ces quatre sentences le calme se fit dans Juvisy jusqu'en 1688, époque où un nouveau procureur de Montlhéry reprit la tradition des vieilles rancunes de son prédécesseur. Nous en parlerons. Pendant cet intervalle de paix, les mesures furent' étalonnées et marquées aux armes du prieurseigneur de Juvisy, en 1666. Les officiers du prieur firent une ordonnance concernant


32

JU VISY-SUR-ORCE

les poids et mesures, et, par ordre, ce règlement :fut lu au prône de Juvisy et publié en plàn 11tarché. Sous les Prieurs de Notre-Dame des Champs, seigneurs justiciers de Juvisy, en octobre I 320, une concession fut faite à l'abbaye de Saint-Germain des Prés « d'un a1'j;ent et dem·i de vzgne, sis aux vz~nes de Gùuvùi, lieu dit Topinelli, mouvant de l'abbaye, à I 3 de niers de cens et à charge des rentes de pressoir, en dédommagement de plusieurs cens non acquittés depuis long temps. » Les donateurs furent : Henneri Beignot de Viry et Jehanne, sa femme. ( Arclu"ves Natz'onales, G. H. L. 780.)


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SEIGNEURS ECCLÉSIASTIQUES : MON-

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SEIGNEUR DE SACCARDY. - MESSIRE ~· LEMASLE. - LE CARDINAL DE COIS- l LIN. - SÉMINAIRE D'ORLÉANS. ~

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nous l'avons exposé dans le chapitre précéde nt, de temps immém orial, les Prieurs deN otre- Dame des Champslez-Paris furent Seigneurs de Juvisy et, en cette qualité, exercèrent les droits de moyenne et basse justice par les officiers qu'ils nommaient. Nous l'avons prouvé par différentes sentences du Parlement, ils furent souvent troublés dans la jouissance et l'exercice de leurs droits par l'irascible prévôt du puissant comte de Montlhéry, haut justicie r de Juvisy, et plus tard, nous retrouvons encore les Prieurs en lutte avec les Seigneurs hauts justiciers de Juvisy qui, sous prétexte de haute justice, évoquaient à leur tribunal des différends, relevant seulement des attributions de la moyenne et basse justice. Sans r~venir sur les sentences précédentes du Parlement, suivons l'ordre

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JUVISY -SUR-ORGE

34

chronologique. Les noms connus des derniers prieu rs de Notre-Dame des Champslez-Paris qui portèrent le titre de : Seigneurs-Prieurs de Juvisy, furent :

1618-1 5 31. -

FRANÇOIS DE SACCARDY

r 0 De 1618 à 1631: Monseigneur François de Saccardy, protonotaire du SaintSiège, prieur- commendataire de NotreDame des Champs-lez-Paris, membre de l'abbaye de Marmoutiers-lez-Tours et, à ce titre, Seigneur de Juvisy. U ~ seul fait rattache son nom à l'histoire de Juvisy : le 26 juin 1624, il assista à la consécra tion de l'église, par Monseigneur Henri Clausse, é vêque-comte de Châlons-sur- Marne et pair de France. L'évêque consécrateur bénit égalemen t le cimetière qui était en face de l'église. L e père de Mons~igneur Cla usse, Henri Clausse, é tait propriétaire du fit"f de Marchaumont, à Grigny, voisinag.e de pays qui expl ique la présence de ce prélat à la consécration de l'église de Juvisy.


CHAPITRE CINQU I ÈME

1631-1659. 2°

35

MICHEL LEMASLE.

M o nseign eu r de S accardy eut pou r

successeur comme prieur-seigneur de Ju visy Messire Michel L emasle, protonotaire du S;;.int-Siège, conseiller du roi, chantre e t chanoine de l'église de Paris, prieur des prieurés des R oches, S a int- Paul Brezolles, Mo ntdid ier, Longpont, Notre-Dame des Champs-lez-P aris et autres prieurés. Ce fut sous ce prieu r que, le 9 j anvier r 646, le Parlement rend it un Arrest fixant

le droit de 1'ivière et de pesche, à la rivière d'01;g·e, e ntre MM . du Chapitre de Paris. le Prieur de Juvisy e t le Seigneur d'Athis. Quelques années auparavant, k 24 septembre 1635. à la requê te dr.: Messire Michel Lemasle, nous trouvons un procèsverbal de descente d'e xpert, pour la visite de la rivière d'Orge, lieu dit l'Écluse S aintDenys et au Moulin G odeau, à Mo ns, contre : Antoine d' Anchuille, propriétaire du moulin Godeau et le sieur Comire de Montreuil, seigneur de Savigny, qui tous les deux contestaient ce droit à Michel Lemasle.


JUVISY-SUR-ORGE

Dans ces différents titres nous remarquons que Michel Lemasle, seigneur de Juvisy, avait une ma ison dans l'enclos de l'ancien monastère : e nclos et autres biens dont il avait la jou issance en qualité de prieur de Notre-Dame des Champs et de Juvisy. Après le château de Juvisy, la maison de Messire Michel L e masle était la plus considérable du pays. Plus tard cette habitation devi e nt la propriété de J .-B. ChanthanetCléqr, le fidèle va le t de ch am bre de l'infortuné L ouis XV I. U n o rdre du comité de sûreté gé né ral e et de surveillance de la Convention nationale, d u 25 septembre I 793, ordonna la mise en état d'arrestation de Cléry en sa maison de fnv i'sy, et le le ndemain il était t:croué à la pris.on de la Force. Ce fidèle servi teur qui mon tra à son maître une invi olable fidélité, rejoignit la famille royale e11 1794, fut employé par elle dans des missions délicates e t mourut à Vienne en 1 8og. On a de lui tm jott1'nal de ce qui s'est passé à la T our dzt T emple pendant la captivité de Louis XVI (Londres,


CJI ,\I '!TIŒ C I ~QU I Èi\lE

37

I79 8 ), il parle ainsi de sa maison de Ju visy.

« Je

venais de vendre ma petite maison )) de campagne qui était ma dernière res» source, pour la somme de cinquante cinq » mille livres en assignats, dont la moitié

»

me produisit cinquante louis en or, et )) l'autre moitié, je la laissai à ma famille. J> Madame Élisabeth me fit demander si je :» possédais quelques effets qui eussent » appartenu au Roi ; je lui en fis tenir la )) note ; elle me fit dire de les faire sortir » du Temple et de les mettre en lieu sür » pour les conserver. )) Ce fut le même municipal Toulan, qui )) se chargea de les porter chez moi, à la » campagne de Juvisy, à quatre lieues de » Paris. » Ce mandat de la Convention faisait arrêter, le même jour, les nommés Pougeot et Villette, de la commune de Juvisy, et Michel Serres de Prat, dernier seigneur d'Athis. Comme nous l'avons déj à mentionné, messire Michel Le masle fit son testament en faveur de l'H ôtel-Dieu de Paris; il y comprit non seulement tous ses biens per-


JU\ïS\"-SUR -ORGE

sonnels, mais encore : <! la majeure partie » de ceux qui dépendaient de son prieuré, » tels que : les j ardi ns de l'ancien monas>> tère, une pièce de terre attenante de !acon» tenance d'environ 8 arpen ts et 12 arpents » 93 perches de prés, vis-à-\·is du jardin, la » rivière d'Orge entre deux. » 1659-1700. -

CAMBONET DE C01S LIN .

Réclame des fonds du prieuré. 3° Le successeur de Messire Lemasle, comme seigneur-prieur de Juvisy fut, en 1659 : messire Pierre Cambonet de Coislin qui, aussitôt investi de son titre de prieur, réclama les fonds du prieuré de Juvisy, compris, par erreur, et par une trop noble générosité de son prédécesseur, dans le legs universel fait à l'Hôtel-Dieu de Paris. En lisant ce réquisitoire, nous voyons que l\1 M. les administrateurs de l'Hôtel-Dieu simplifièrent la procédure en se faisant justice e.ux-mêmes et déclarèrent, dans un acte passé devant ~1e Lemoine, notaire à Paris, le 2 mai r 6 59, que dans le legs « fait à leur » profit par l\L i'abbé Lemasle, il avait été


39

CHAPITRE CI NQUIÈME

)) compris pa1( erreur : un terrain de 8 » arpents et une cave creusée en ?celui qui )) faisaient partie de l'ancien domaine de )) son prieure, ainsi que 12 arpents 93 per)) ches de pré vis-à-vis de l'enclos du dit )) prieuré, la rivière d'Orge en tre deux, et )) que pour indemniser le dit Seigneur de )) Coislin des objets ci-dessus, ils offrirent )) de lui abandonner une grange, un pres)) soir, une maison, 18 arpents de bois )) taillis et ro a rpents de pré qui furent par )) lu i acceptés. )) Ce même acte notarie confirme que Mr l'abbé de Coislin vou lut bien amo rtir g ratu itement, au profit de l' Hôtel-Dieu de Paris, tous les biens de l'ancien domaine de son prieu re qui avaient été comprù par e1'reur dans le legs uni verse! fait à son profi t par son prédécesseur messire Lemasle. 1700. - LE SÉMINAIRE D'ORLÉANS.

succédant aux prieurs de Juvisy.

4o Monsieur l'abbé Pierre Cambonet de Coislin étant nomme évêque d'Orléans, puis créé Cardinal, transporta au

Séminai re


JUVISY-SU 1{- ÜI.<GE

d'Orléans les biens, droits et revenus du prieuré de Notre- Dame des Champs-lezParis. Par ce fait, les évêques d'Orléans devinrent abbés prieuré

d~

commendataires de ce

Notre-Dame des Champs, et les

Supérieurs du Séminaire acquirent par cette transaction le titre de Seigneurs spirituels et temporels moyens et bas justiciers de Juvisy. Monseigneur de Coislin ( 16 36- 1706 ), qui fftvorisa ainsi le Séminaire d'Orléans et dont le nom marque dans les chroniqu es de Juvisy, était d'une famille noble de Bretagne et s'illustra en s'opposant avec én ergit: aux persécutions après l'édit de Nantes. Son neveu, Henri, duc de Coislin, princeévêque de Metz, légua à l'abbaye SaintGermain des Prés la riche bibliothèque CJll'il avait héritée de Séguier et dont les cl~b ris

ont été réunis, après 1793, à la

Bibl iothèque nationale. Il a publ ié un clwt'x

de statuts synodaux, 1699, in-8. Par un désistement fait en 1700, par Monseigneur de Coislin, en faveur du Séminaire d'Orléans,

les supérieurs du


CHAP IT RE CI NQU I È !H E

41

S é mina ire de vinrent donc se igneurs de Ju visy, et les actes de cette époque marque nt que c'est à eux : qu'on paye le cens; ce sont eux qui ont droit aux dixmes jusqu e da ns le parc du châte au; c'est en leur no m que la p olice se fait dans le bourg ~ d a ns les contestatio ns au sujet des limites a vec les Seig ne urs vo isins, ils sont appelés d e concert avec le haut justicier de Juv isy, parce que les limites de la moyenne et basse justice so nt le s m ê mes que celles de la haute justice et qu'ils ont les mêmes intérêts à sauveg arder. En I 70 I, le 27 Août, les Seig neurs de Ju visy

nég ligè re nt

d 'entretenir

l'écluse

S aint-De nys e t MM. du Cha pitre de Paris, possesseurs d u M oulin le R oy, à M ons, leur imposère nt par so mma tio n, ai nsi qu'aux S eigneurs d 'Athis, d e co ntribuer : aux frais d e la répara tio n d e l'écluse et gla cis S a intDenys, da ns la ri vière d'Org e,

chacun

p our un tie rs, su i\'ant la transacti on d u A ol!t r 668. (A rchz'ves N alioualeï.

334)

I 1

S. H. S.


42

J U\' !SY - SUR-ORCE

1714. -

Fondé de pouvoir.

En 1 714, un acte mentionne que les Supérieurs du Séminaire d'Orléans : nomment un fondé de pouvoir pour les rem placer dans une tra nsaction entre le Seigneu r de Juvisy , Arnoult de Silhouette, et celui d'Athis, Thibault Étienne de la B rousse, qui p rit le titre de Marquis d 'Athis. Par cette transaction, le haut justicier de Juvisy s'engage : « à continue r de payer 7 5 livres )) pour les d roi ts de dîmes dans son parc ; )) cède la pêche au Séminaire d 'Orléans, )) depuis son pont-levis jusqu'aux limites )) avec S av igny. Le même stipule que : le >> dit Silhouette jouira des arbres plan tés )) le long de so n allée du château à la Sein e )) sur les terres du prieuré, sans que désormais il pu isse être inquié té. » De plus cet acte marque que : « le Séminaire a droit de )) se faire li vrer 4 arpents et demi de pré » ou de tou che r 1 62 livres du dit pré. )) En I 71 7, M . A rno ult de Silhoue tte vendit sa propriété a u marquis Louis de Brancas, qui lui succéda dans tous les droits de hau te justice.

»


CHAPITRE C IN QU I È~lE

1732. -

43

Séminaire d'Orléans contre le marquis de Brancas.

Ce seig ne ur entreprenant, dont nous parlerons plus loi n en citant les Seigneurs laïques de Ju visy, contesta en 1732 aux Supérieu rs du Séminaire d'Orléans leurs droits de moyens et bas justiciers. Après de nombreuses vexations, les Supérieurs du Séminaire d'O rléans se viren t forcés d'en appeler au Parlement pour rentrer dans leu rs d roits dont les frustrait, de son autorité privée, le marquis de Brancas. Av ril 1732. -

Assignation.

Exaspérés, le 29 av ri l 1732, les Supérieurs font : :me requête ct demande d'autorùation à juger leurs contestations avec M. de Brancas. L a requête adressée au Parlement par le S éminaire, commence en ces termes : « Su pplient humblement les prieurs et » directeurs du Séminaire d 'Orléans, auquel )) est uni le prieu r de N .· D. des Champs» lez- Paris, membre dépendant de l'abbaye


44

JUVISY-S UR ORGE

» de

Marmoutiers-lez- T ours, et en cette » qualité: S eigneurs spirituels et temporels » de Juvisy et moyens et bas justiciers du » dit lieu .. .. » De part et d'autre on prépare savamment les moyens de défense et dans ce liti ge judiciaire, malgré sa puissance, le haut justicier Louis de Brancas, comte de Forcalquier, marquis de Céreste, e tc., perdit sa cause. Moyens de défense du Séminaire d'Orléans.

Le mémoire trop volumineux des Supérieurs du Séminaire d'O rléans. dont nous analysons seulement les faits saillants, expose: que les Prieurs deN otre-Dame des Champs-lez-Paris que représente alors le Séminaire d'Orléans ont été de tous temps : seuls seigneurs du bozt?'g· et pa1/oùse de Juvùy ,· qu 'à eux seuls ap!)a rtie nt toute la propriété et fonds de terre de ce tte paroisse avec les droits de moye nn e et basse j ustice, de pêche, chasse e t dixmes, dans tout le territoire de Juvisy, a insi que totJs les


CHAPITRE CINQUIÈME

45

honneurs et prérogatives qui appartiennent à un seigneur direct et foncier. Les Supérieurs du Séminaire d'Orléans prouvèrent au Parlement que : dans tous les temps les Prieurs de Notre- Dame des Champs-lez-Paris avaient joui des attributs de leur moyenne et basse justice, maigré les efforts des pttùsances les plus respectables et les plus redoutables. Qu'ils avaient toujours . été maintenus dans le droit: de faire exercer,par les officiers de leur justice, la police sur les habitants de Juvisy, et dans le droit : d'avoir des poids et mesures, et de faire exclusivement au haut-justicier tous les règlements nécessaires pour la police dans toute l'étendue du territoire de Juvisy. Dans leurs moyens de défense, les Supérieurs du Séminaire d'Orléans produisirent les quatre sentences du tribunal du Châtelet consignées dans le chapitre précédent : r 304; r63 r ; r6so.

1732 -

Requête.

Le ro novembre r 732, les Supérieurs du Séminaire d'01léans demandèrent au Par-


JU V ISY-SU R-ORGE

leme nt, par une requête, que la sentence prononcée par le tribunal du Châtelet, le 24 mai 1631, fût déclarée commmze avec le sieur marquis de Brancas, et, en conséquence : être « confirmés dans la pro>> priété, possession, jouissance de la justice » moyenne et basse dans le bourg de Juvisy ~ et son territoire. » 1735. -

Oppos ition du Marquis de Bran ca!> .

Mais le 2 août r 7 35, nous voyo ns le sieur marquis de Brancas inte rj eter appel de la sentence du 24 mai 16 3 r, prononcé par le Châtelet, et demander : à être main tenu « dans les mêmes d roits que le S é mi}) naire d'Orléans. » Il ne me t de restriction que pour les sc ellés et inv en taires ayant rapport a ux nobles et au x ecclésiastiques. En outre dans son opposition, il demande encore : « à se dire indéfin im e nt seig neur » du bourg de Juvisy, avec défense aux » Supé rieurs du S éminaire de prendre la » qualité de seigneurs spiritu els et tempp» rels de Juvisy, mais seulement celle de » seigneurs moyens et bas-justicie rs et


CllAPlTRE Ç ii\ QUlÈME

47

» directs

de Juvisy. » Il réclame en outre : c: que le prévôt de la moyenne justice s oit » obligé de communiquer aux officiers de » sa haute justice : ses provisions e t les » sentences de réception et insta ll ation. »

1737. -

Arrêt du Grand Conseil en faveur du Séminaire d'Orléans.

Après deux a ns de pénible procédure le G rand Conseil intervie nt, le 30 mars I 737, et termine ce différend en déclarant : « que » le Séminai re d'Orléans prendra la qualité }) de S eigne urs moyens, bas justiciers et » fonci ers de Ju visy ; y fera exercer la poiice » par ses officiers ; au ra des mesures à blé » et à \'in et les fera étalonner, ma rque r à » ses armes, fera confisquer celles qui ne » le seron t pas; au ra droit de créer des » tuteurs e t cu rateu rs, d'apposer les scellés, » de les lever.

» Le

d it S éminaire aura droit de faire » inventaire, excepté chez les nobles e t les \\ ecclésiastiques ; fera l'arl.fudicatzon des » foins et fruits de la commune et des répa-


JUVISY-SUR-ORGE

» rations de la fontaine ; » comptes de la Fabrique.

fera rendre les

) Le dit S éminai re connaitra en pre~ mûre instance de toutes actions civiles, » possessoires et mixtes, et des délits dont » l'am ende n'excédera pas trois livres parisis; » aura le droit d'élire des messiers ; de nom» mer le boucher du carême, de publier le ban » des vendanges et au ra le droit de Label» lionnage aussi bien que le haut justicier. ~ Ainsi se termina, à l'avantage des anciens Seigneurs de Juvisy, ce fameux procès qui coûta a u marquis de Brancas les deux tiers des dépenses, l'autre tiers des dits frais compensé. Ces de ux tiers des dépenses incomban t au sieur de Bra ncas fure nt évalués à 3.000 livres. Après ces violentes et trop nombreuses contestations, le Séminaire d'Orléans eu t la paisible jouissance de ses droits seigneuriaux jusqu'en 1793, époque où la Révolution confisqua les droits et privilèges de l'ancien régime, pour les remplacer par d'autres impô ts et d'autres servitudes ; les charges furent les mêmes, mais changèrent de noms.


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Cbapitre Sirième.

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~ SEIGNEURS LAÏQUES : PERRIN DU CHEMIN. - JEAN DU PUY. - HURAULT DE L'HOSPITAL. - ROSSIGNOL DES ROCHES.

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LE CHATEAU : GRAND SALON . PARC. - LE PAVILLON.

LE

1

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1350.- PERRIN DU CHEMIN.

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ERRIN

DU

CHEMIN fut Je premier Sei-

gneur laïque de Juvisy.

Commandés par Edouard, dit le prince Noir, les Anglais firent une mvaston en France en 1355; le roi de France Jean II, dit le Bon, marcha à leur re ncontre, mais fut battu près de Poitiers, fait prisonnier et conduit à Londres en r 356. Le roi Jean aya nt négocié, en r 360, à Brétigny, avec le roi Edouard, payait 3 millions d 'écus d'or pour sa rançon, et sur la liste de ceux qui contribuèrent à fournir la ra nçon du roi Jean, dans la prévôté de Montlhéry, figure le nom de notre premier seigneur de Juvisy, du Chemin.


so

JUVISY-SUR-ORGE

1423. -JEAN DU PUY.

En 1423, nous trouvons comme seigneur en partie de Juvisy, l'écuyer Jean du Puy, qui possédait des biens à Athis. Ce seigneur ayant marqué son fidèle attachement au roi Charles VII, les Anglais confisquèrent ses biens en faveur d'un de leurs partisans, Jacques Pesnesl. Le nom du seigneur J e·an du Puy se rattache au souvenir du vicomte du Tremblay que nous avons cité, à la fin du chapitre II 1. (Cahiers de la P1~évôté de Parù). Sauvai, cite : J ehan Du puis, escuyer, comme étant, en 1430, seigneur en partie de Gevùy, Mons et A this-sur-Orge. (Tome 1II, pag-e 586.) 1544.-

ROBERT HURAULT DE L'HOSPITAL.

Les chroniques du XVIe siècle désignent comme seigneur de Juvisy, Robert Hurault, conseiller au Grand Conseil qui, en 1582, épousa Espérance Perrot. La famille Perrot était déjà ancienne à Mons (Athis) et un clos porte encore le nom de Eloi Perrot.


CHAPITRE SIXIÈME

51

(La Chesnaye des B ois, in-8°). Un Benoît Perrot fut chef échanson de la maison du roi. Robert Hurault ayant épousé, en secondes noces, Madeleine de l'Hospital, sœ ur du grand chancelier Michel de l'Hospital, il s'anoblit e n ajoutant cet illustre nom au sien e t fut, dans la suite, consigné da ns les actes sous le nom de H urau 1t de l' Hospital, seigneur de Juvisy. En I 6 r 9, les chroniques parlent de l'archevêque d'Aix, Mgr Paul Hurault de l'Hospital de Belesba t r, qui, résidant da ns sa famille à Ju visy, vint à Corbeil présider la cérémonie de la translation des patrons de la ville. 1619. -

L'illustre chancelier de France de l' Hospital fut non seulement un magistrat intègre, mourant sans fortune, mais il était aussi un écrivain distingué ; il excellait da ns les poésies latines. Ses vers latins, recueillis par Pibrac et de Thou, ont été publiés en I s8s, et il cite Juvisy en l'écrivant : Gevisum. 1.

Château de Belesbat, paroisse de Boutigny, (S.-et· O. )


52 1630. -

JUVISY-SUR-ORGE

ANTOINE ROSSIGNOL DES ROCHES

C e tte honorable famill e de l'Hospital vendit la te rre de Ju visy en r 63o, à A ntoine Rossignol des Roches, président de la C hambre des Comptes, conseiller du roi. Ce courtisan, grand favori de Richelieu, était rich e et puissant à la cour de Louis XIII, q ui lui marqua son esti me en l'h onora nt de sa présence à Ju visy. L 'Itùté-

raire des rois de France relate que Juvi sy fut plusieurs fois visité par L ouis XI 1I : les 12 août 1632; 19 juin 1634; 19 j uin r 635 ; 12 juillet 1636. Evidemment le roi s'arrêtait au château de son conseiller Rossignol des Roches. LE CHATEAU.

Le château de Juvisy, bâti aux lieu et place d e l'ancie n prieuré, fut agrandi e t restau ré dans le style Louis X III par Rossignol des Roches. Plus tard, en octobre 1857 M. le comte de Montessuy le fit égalemen t répare r, sans ri en ch;.tnger à !:.a forme primitive e t à son style. Pour cette


CHAPITRE SIXIÈME

53

restauration et l'embellissement du parc, M. de Montessuy dépensa 200.000 francs; ces travaux ne furent terminés qu'en 1859. Grand salon.

A l'extrémité de l'aile du midi, Rossignol des Roches fit construire un pavillon d'une somptueuse élégance, copiée sur une pièce du château de Versailles, pour recevoir Louis XIV. Ce pavillon renferme un vaste et beau salon où le grand roi coucha une seule nuit ; mais il y assista à plusieurs fêtes données e n son honneur. Ce pavillon est construit en pierres de roche apparentes avec une façade décorée de bustes antiques. Un magnifique escalier, refait à neuf en 1857, à double révolution copiée sur celui de Fontainebleau, conduit à une vaste salle qu'on appelle encore : " Salle L ouis X IV". Le plafond, orné de fresques à l'i talienne, représente des scènes de la mythologie : les Muses, le banquet des dieux; l'Amou r et Psyché. Un des plafonds de l'hôtel Barberini, à Rome, retrace les mêmes motifs. De prime-abord les couleurs offe nsent l'œil par


54

JUVISY-SUR-ORGE

leur vivacité, les tons semblent disparates; mais ce n'est qu'une illusion d'optique ; l'œuvre intéresse et finit par captiver. Quelques sujets sont d'un gotît défectueux, par exemple, un M ars habillé comme un Turc d'opéra. Sur les murs des pièces attena ntes à cette grande salle des fêtes, on remarque d'élégants motifs de décoration Louis XVI. Le plafond de l'ora toire, attribué à Lesueur, représente dans un rayonnement d 'apothéose, la Sainte Vierge guidée vers le ciel par la Sai nte Trinité. Un autre appartement renferme un second plafond de Lesueur, où on reconnait sous les traits de la Providence, Mme Rossignol, qu'on nommait alors: la divine châtelaine. On y remarque des sujets de la mythologie : le Temps, les Parques et des conceptions chrétiennes : le S erpen t, emblème du mal et des vanités de ce monde. Les chroniques malicieuses de l'époque racontent que Mme Rossignol, née Quentin de Richebourg, était da ns les bonnes grâces de L ouis XIV; mais, odùz szmt rest·rùzgenda,


CHAPITRE !:i l XI È~lE

car le Merc1we galant, page 54, annonçan t son décès, en janvier 1708, relate q ue cette châtelaine de Ju visy : << avait beaucoup de vertu et qu'elle a soutenu jusqu'à la fi n la réputa tion de piété qu'elle avait acquise. » Madame Antoine Rossignol des R oches mourut à 86 a ns. Dans un pav illon a nn exé à l'aile droite du château, il existe un petit salon, datant du premier Empire, dont la décoration en fait un chef-d'œuvre de la plus haute valeur. Le parc.

Le parc contient env iron 50 hectares ; il j oint à l'avantage d'u ne heureuse situa tion celui d'avoir été dessiné par le célèbre Le N â tre. Ce sont les larges allées droites de Ve rsailles avec de magnifiques futaies. L a vue s'étend sur cette belle et verdoyante vallée Ott la Seine étale ses g râces nonchalantes, cheminant douceme nt comme une belle promeneuse dans ce ravissa nt paysage. A droite c'est l'h orizon de Corbeil; en face la belle forêt de Sénart et à gauche


JUVI SY -SU R· ORGE

les hauteurs de Montgeron, de VilleneuveSaint-Georges et le mont Griffon. Le pavillon.

A mi·côte, on a construit dans de grandes proportions un rocher factice avec un pa villon, rendez-vous de chasse, d'ott la vue est des plus étendues. Ce salon aérien renfermait quatre tableaux dus au pinceau de M. Misbach. A sa base, ce rocher laisse échapper d'abondantes sources qui sont reçues dans un canal de 2 53 mètres de longueur sur 2 3 de largeur. Cet a nci en lac, transformé e n prairie de joncs; cette roche a rtificielle qui disparaît sous la fl ore sylvestre et ce pavillon délabré sont souten us par un grand fer à cheval orné d'une belle balustrade à jour. Des niches ont été pratiquées dans cet immense fer à cheval et donnent asile aux dieux de la fable : Pallas, avec son égide ; Hercule, avec sa massue et la peau du lion de Némée; Pan, avec ses pipeaux. Malheureusement ces statues gigantesques en pierre sont envahies par des plantes murales et


CHAPIT RE SIXIÈME

57

vêtues de houblon et de graminées sauvages ; triste parure pour ces survivan ts de l'Olympe! Quatre autres divinités, placées aux 4 angles des allées qui arrivent à cette rampe, décorent cette partie du parc et accusent son ancienne splendeur. Les sources du parc alimentent différentes pièces d'eau et un bassin que les décorateurs désignent sous le nom de miroir. Une fontain e placée devant le château est décorée d'un Mercure en bronze, copie de J ean de Bologne. P artout la signature de L e Nôtre es t visible dans l'arrangement du lieu ; tout est noblement ordonné comme un poème dédié au grand roi. Une carte de la P1'évosté et de l'Eslection de Paris par Hubert J aillot, géographe du roi, en r 686, indique la place de cet élégant pavillon. La municipalité a acquis les bâtiments du château pour y aménager les écoles et la mairie ; quant au parc il est l'objet d'un lotissement ; le vieux domaine fait place à un paysage moderne.


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1 1 R::s~~~~~~~;~:.~~~~:;,:~f~~~}J ~: LA HAUTE JUSTICE. SEIGNEURS HAUTS JUSTICIERS :

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CAS. - POU PART DE LA BLOTTERIE. -FRANÇOIS P AJOT. - BROCHANT DE VILLIERS.

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LA HAUTE JUSTICE .

rég ime féodal reconnai ssait trois sortes de justice: la haute, la moyenne et la basse.

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L a haute justice étai t celle qui s'occupait de tou te affaire civile e t criminelle, entraînant même la peine de mort, à l'exception de certains cas, réser vés au ro i. Elle se reconnaissait aux fou.rches pat zou· laù'es, ou potence, où l'on pendait les conda;nnés à mort, généralemen t placées dans un lie u élevé ; e t a u pztorz; dressé sur la place publique, porta nt lesarmes du seig neur, muni d'un carcan, collie r de cuir, où l'on passait la tê te de celui qu'on y exposait. Quant à la moyenne e t basse justice,


CHAPITRE SEPTIÈ:.lE

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nous en avons assez longuement pa rlé dans les chapitres précédents; les amendes de la moyenne justice n'excédaient pas 7 5 sols et la basse justice s'occupait des délits dont l'amende était ro sols. Les a mendes étaient imposées au profit du seign eur, qui généralement les abandonnait à son fermier pour une somme fixe. Aussi ce dernier, pour augmenter sa part éventuelle, avait tout intérêt à surveiller les délinquants et à obtenir de fortes condamnations contre eux. 1660. -

ROSSIGNOL DES ROCHES.

Premià S àgneur Haut Justzàer. Louis XIV conse rvant à messire Antoine R ossignol des R oches l'affection que son père lui avait vouée et désirant récompenser ses loyaux services signa, dès r 660, un brevet de la donation qu'il lui faisait de la haute justice de Juvi sy, avec droits, prérogatives et honneurs a ttach és à ce titre. Cette faveur royale était accordée : «au sieur Rossignol, » à ses su ccesseu rs et aya nt cause ; la dite » justice distraite de celle de Montlhéry, à )) lui appartenant comme héritier de Gaston


6o

JU VISY-S UR-ORGE

»

de France, frère unique de Louis XI II, >> comte de 1\Iontlhéry. » Toutefois ce tte donation ne fut signée qu·au mois d'an-il 1673 et non en 1674, comme le redisent plusieurs auteurs, après P inard. Avril 1673.- Doqalion de la Haute Justice.

Voici, comme document indiscutable, le texte intégral de la lettre patente de Louis XIV. « Louis, par la grâce de DIEu, etc... . à » tous présents et à ven ir salut. Notre aimé » et conseiller en nos conseils et maître » ordinaire en notre Chambre des Comptes, » le sieur Ross ignol , nous ayant rendu » depuis longtemps des services très consi» dérables, qu'il continue de nous rendre » tous les jours en plusieurs occasio ns uti» les et importantes à notre Etat, nous avons )) eu agréable la très humble supplication )) qu 'il nous a faite de lui accorder la haute )) j ustice qui nous rlppart ient en la paroisse )) de Juvisy, à cause de notre comté de )) Montlhéry, dans laquelle paroisse de


CHAPITRE SEPTrf~~TE

61

» Juvisy le dit sieur Rossi!5nol aurait acquis » une maison consistant en plusieurs bâti» ments, un grand clos, et plusieurs hérita» ges de la valeur de 5 à 6 mille livres de » rente, et voulant lui donn er en cette » occasion des marques de la reconnais» sance que nous lui avons de ces dits » services ; à ces causes et autres nous » mouvant, nous lui avons donné, octroyé, » accordé, et nous lui donnons, octroyon s » et accordons par ces présentes signées » de notre main la dite Haute Justice dans » l'étendue du bourg et paroisse de Juvisy » avec tous les droits, prérogatives, préé mi» nences y a ttribuées, circonstances et » dépendances dont nous lui avons fait et » fa isons cession et transport pour lui, ses >>

)) ))

» » » )) ))

hoirs et- ayant cause, leur donnant à cet effet pouvoir d'instituer un prévôt, un procureur fiscal, un greffier et deux sergents, de les pourvoir et faire recevoir, e t les renvoyer tout ainsi que les seigneurs hauts justiciers ont droit; à en user et jouir par le dit sieur Ro3signol, ses dits hoirs, successeurs et ayant cause, incom-


62

JUVI SY-SUR-OR GE

» rnutablement et à toujours, sans que les » justiciables qui doivent procéder en la » haute justice du dit lieu de Juvisy puissent )) procéder ailleurs que par devant les juges

» qui seront institués et pourvus par ledit » sieur Rossignol, ses hoirs, successeurs et » ayant cause, dont les appellations res» sortiront en notre Châtelet de Paris : à » la charge d'indemniser par lui, les officiers » de Montlhéry en ce qu'ils pourraient y » être intéressés et s'il y eschera. Et don» nons commandement à nos amis et f'éaux » à notre Cour de Parlement et Chambre » des Comptes et à tous autres qu'il appar» tiendra d'enregistrer ces patentes, et du » contenu en icelles fa ire jouir ledit Rossi» gnol, ses hoirs, ses successeurs et ayant » cause, pleinement, paisiblement et per» pétuellement sans qu 'il leur soit donné » aucun trc1uble ni empêchement, nonobs» tant tous édits, ordonnances, lettres et » arrêtés à ce contraires, et auxquels nous » avons dérogé et dérogeons par ces pré» sentes et à la dérogatoire des déroga» toires y contenue :car tel est notre plaisir.


CHAPITRE SEP TI ÈME

» Donné » »

à Saint-Germain-en-Laye, au mois d'avril, l'an de grâce 1673. et de notre règne le 30e.

» Signé »

: Lours. »

Avant de procéder à l'installation de la haute justice, pour la forme, car qui a urait eu la témé rité de protester contre le: tel est mon plaùz'r du puissant monarque? une enquête de commodo et incommodo fut ordonnée à 1uvisy. Les habitants furent assignés en grand nombre pour déposer et na turellement le rapport qui suivit fut conclu favorablement et con formément au désir du roi. L'évêque d'Orléans, successeur des Prieurs deN otre-Dame des Cha mpslez-Paris, et comme tel Seigneur de 1uvisy, protesta, mais vainement, car, par arrêt du Parlement, on passa outre. L'arrê t rendu, le roi donna commission, en juin 1674, à M. L e Boultz, d'aller : <! nommer un prévôt, un procureur, un » greffier et deux sergents en la haute jus» tice de 1uvisy, et de planter un poteau, un


JUVISY·S UR-ORGE

» ca rcan et des fou rches patibulaires, com me » signe de la hau te justice. » 4

Juillet 1674.- Installation de M. Rossignol comme haut justicier.

Le 4 juillet 1674. messire Antoin e Rossignol des Roches entra en possession de la haute justice et fut in vesti des droits et prérogatives a ttachés à ce titre. Voici ce long rapport officiel que nous résumons dans ce qu'il a de plus sailla nt : « M. Le Boultz, seig ne ur de Chaumes, » conseiller du roi en sa cour du Parlement » et par lui nommé commissaire, sur la >> demande de messire Rossi g nol, s'est )) trans porté au bou rg de Juvisy, avec » l\Iaistre Gaspart Dodut, conseiller du roi, >> substitut du procureur général, e t Jean » Vernet, secrétaire ordinaire de la chambre » du roi et nommé greffier pour cette cir» constance.

»

A leur arrivée devant la porte de )) J'église, on sonne les cloc!zes, sur l'ordre )) de M . Le Boultz et 30 à 40 per.sonnes )) étant rangées devant le porche de l'église :


CHAPITRE SEPTI ÈME

6s

<! Nous sommes, continue le rapport, avec

» ledit

Rossignol entrés dans l'église dont ~ les po1'tes d2t c/tœ1w nous ont été ouvertes > par maitre Pierre Remy, prêtre, vicaire, }) en l'absence du sieur curé dudit Ju,·isy, ) qu'on nous a dit être à Paris, en l'assem) blée du synode. Lequel Remy, après » nous a\·oir et audit Rossignol présenté » l'eau bénite, a\·ons fait avancer ledit sieur » Rossignol au-devant du balustre du » maître-autel, où s'étant mis à genoux sur

> 1m ca1'reau préparé à cet effet, il a fait sa » prière. » Ensuite nous avons placé et fait seoir }) ledit Rossignol en un fauteuil proche le )) balustre, dans la distance qui fait sépara» tion du maitre-autel, dans la chapelle du » Rosaire, au côté droit en entrant qui est J> Je côté de l'épître, comme en la place la }) plus apparente et honorable de ladite » égli se, auquel endroit le sieur Rossignol » nous a dit qu'il va édifier un prie Dieu » et derrière y celui, à l'endroit de ladite » chapelle du Rosaire, un banc fermé pour » lui et sa fam ille. Et ce fait, nous avons


66

JUVISY-SUR-ORGE

) déclaré tant audit sieur Remy, vicaire, » qu'aux nommés Jacques Chenevière et » Jean Delespine, marguilliers de ladite » paroisse, et encore à Jean Delaunay, » bedeau, que ledit sieur Rossignol, en » qualité de haut justicier dudit bourg et » paroisse de Juvisy, aurait, à l'avenir, son )) banc aux lieux déclarés. L esquels nous )) leur avons montrés et assignés, en ce » qu'en ladite qualité, tant ledit sieur curé » que ledit vicaire Remy, eussent à faire )) les prz'ères 1zonzz'nales au prône pour ledit » sieur Rossignol, sa femme, ses enfants, » ainsi qu'il est accoutumé pour les sei)) gneurs hauts justiciers, et après eux pour » leurs enfants successeurs, ayant cause, » leur donner l'eau bénzte, e'ncens, paz'n » bénz't, et autres honneurs de l'église, et, » en leur absence, à leurs officiers, comme » les représentant, ce qu 'zls ont promù de » fa ·ire.

» Puis,

iedit Rossignol nous conduit en » une salle basse, proche et joignant le » grand portail de l'église, entre la porte ) de ladite église et la g rande porte du


C IIAPITRE SEPTn::ME

» parc ; là nous avons vu un tribunal » élevé de deux degrés et un balustre à » quelque distance dudit tribunal ; laquelle » salit· est dans une maison séparée et » distingt1ée de l'église et du château dudit

» Rn-;-.ignul ; ladite salle et maison desti» n ~(;s à ê tre le lieu où il entend fa ire ren» dre la justice ; et en ladite maison vouloir » faire la prison de ladite justice et avons » ledit sieur Rossignol fait asseoir en ledit » tribunal, e t déclaré que nous l'établ issons » en la possession actuelle et réelle de la )) ha ute justice en toute l'étendue de la ~ pa roisse. »

La poterne.

Le prévôt ayant eté nommé JUge et a yant prêté serment : « avons ensuite » montré au sieu r prévôt un lieu dans la » place publique de Juvisy, au lieu où est » la fontaine, à deux pas au-dessous de la » croix, là avons marque la place où doit » être mis et plan té un poteau pour attacher » le carcan et la marque de justice.


JUVIS \"-SUR-ORGE Limite de la justice de Juvisy et d'Athis Fourches patibulaires.

» Puis

nous sommes allés à une pièce » de terre nommée: près du pavillon, entre » le grand chemin de Juvisy à Paris et un >> chemin qui vient du lieu de Vau pour » gagner le grand chem in de Paris à » l'endroit du pavillon du clos dudit Rossi» gnol, lequel chemin fait séparation de la >> justice de Juvisy d 'avec celle d'Athis. En )) laquelle piècenousavonsmontrc! à Dan vil, » prévôt, devoir être plantées les fourches >> patibulaires et piliers de la justice de » Ju visy, en distance de 70 toises du pa vil>> lon de l'enclos dudit Rossignol. » Ce fait, nous avons fait signer. » Ce long rapport établit donc d'une manière indiscutable le droit de haute justice conféré pour la première fois à messire Antoine Rossignol des Roches et précise l'endroit de la poterne et des fourches pati bulaires. Parc dans la Censive d'Athis.

Bien que messire Antoine Rossignol fût


CHAPITRE SEPTI È!IŒ

revêtu de la dignité de haut justicier, par la volonté royale, ses terres ne furent point érigées en fie f. Au X Ie, on disait: Benefic-ium quod vulgo diàtur feudum / bénéfice, c'est-à-dire fief en langue vulgaire. Le bénéfice fut d'abord un usufruit viager; il devint le fief quand, à la su ite d 'une long ue évolution, il finit par ê tre considéré comme héréditaire, cessible e t tra nsmissible, sous certaines conditions. La plus g rande parti e du parc de messire Rossignol des Roches fut dans la censive d' Athis, Ceusiva, cemm, nom donné à l'étendu e du domaine d'u n seigneur censier et à la redevance que payaient a nnuellement au seigneu r les propriétaires e t les détenteurs d'héritages roturie rs situés dans sa seigneune. Bien qu'il fût seigneu r haut justicier, mess1 re Rossignol payait au seigneur d'A thi s : pour lui et ses successeurs : 15 deniers parisis par arpent et un total pa r chaque an de 75 livres, comme des actes et reconna issa nces en font foi. L 'église, la terre de Juvisy et le châ teau étaient da ns


JUVISY-SUR-ORGE

la censive du prieur de ~otre- Dame des Champs-lez- Paris. Messire Antoine Rossignol des Roches, premier seigneur haut justicier de Juvisy, né à Albi le 1er j anv ier r 6oo, mourut à Paris e n décembre 1683 ; sa veuve demeu ra propriétaire de la terre de Juvisy, par cession que lui fit son fils Bonaventure-Charles, en compensation d'une somme de 400.000 fr. Mais, en 16go, Mme Rossignol donna le château et ses terres à son fils, qui en resta propriétaire jusqu'en 1 706. L e premier seigneur haut justicier Rossignol des Roches, laissa deux enfanb : Bonaventure-Charles, dont nous venons de parler, et Marie-Catherine,qui épousa LouisAlexandre Croizet, président au parlement de Paris. Bonaven ture-Ch<lrles Rossignol épousa Mikaelle de Baligni morte à Pari s le I I novembre 17 27 à l'âge de 62 ans. Deux fils naquirent de cette union : Bonaventure et Charles· Louis. Bonaventure- Charles Rossignol, qui garda la terre de Juvisy jusqu'en 1 706, prit les ti tres de son père,


C HAPITRE SEPTIÈME

71

car le jJ!lentwe Galant du mois d'avril 1684, en parlant d'une visite que lVfme Royak, épouse du duc de Savoie, fit à Juvisy le 10 et r 1 avril en allant à Melun, le nomme :

«

Bonaventure-Charles Rossignol, cheva-

» lier, seigneur haut justicier de Juvisy, » conseiller du roi en ses conseils, et hono» raire au Parlement, président de la Cham» bre des Comptes. )) Il mourut le 2 septembre à l'âge de

s6

ans.

ANTOINE PORTAIL.

En 1706, la terre de Juvisy fut acquise par Antoine Portail, président à mortier au Parlement, conseiller du roi, membre de l'Académie française, marié en 1709 à RoseMadeleine Rose dont l'aïeul paternel, Toussaint Rose, marquis de Cove (r6r1-17I1), fut secrétaire de L ouis X IV, président de la Chambre des Comptes de Paris en 1661 , et membre de l'Académie. Ce second seigneur haut justicier, Antoine Portail mourut le 3 mai r 736; la Cour et le Parlement firent so n éloge.


72

JUVISY·S U!{-QRG E

D'HÉVERARD.

Après lui, les titres du domaine mentionnent comme propriétaire : le sieur d 'Héverard. DE SILHOUETTE.

Les héritiers du sieur d'Héverard vendirent la terre de Juvisy à M. Arnoult de Silhouette, écuyer, conseiller et secrétaire du roi. Ce seigneur haut justicier ne se fait remarquer que par des contestations avec les se ig neurs voisins au sujet des limites des justices respectzves qui ne furent définitivement bien arrêtées qu'en 1782 et par une dernière transaction en 1783. LOUIS DE BRANCAS.

Le I I mai I 7 r 7, le château et le parc de Juvisy furent vendus à Louis de Brancas, comte de Forcalquier, marquis de Céreste, marquis de Brancas, grand d 'Espagne, chevalier de la toison d'or, lieutenant général des armées du roi et au gouvernement de Provence, etc ...


Cil A PITRE SEPT! ÈME

73

Ce fut sous messire Louis de Brancas, seigneur haut justicier, qu'eut lieu , en 1732, un fameux procès, en Cour de Parlement, entre lu i et le séminaire d'Orléans, agissant comme successeur aux droits des prieurs de Notre-Dame des Champs-lez-Paris, seigneurs moyens et bas justiciers. Nous avons exposé plus haut ce procès en parlant des j ustes revendications du séminaire d'Orléans. Il faut croire que les att ri butions des deux justices n'étaient pas clairement exprimées dans le droit ou les cou tumes de Juvisy, selon les deux conflits qui éclatèrent entre la haute et basse justice, sous messire Rossignol et Louis de Brancas. l•r Conflit, 1688.

Comme nous l'avons relaté, en 167 3, L ou is X IV ava it démembré de la châtellenie dt l\Iontlhéry la haute justice en faveur de messire Ross ignol des R oches, président en la Chambre des Comptes. Fier de son pouvoir, R ossignol des Roches, marchant sur les tra ces de l'ancien procu reur de


74

JUVISY-SUR-ORGE

Montlhéry, empiéta le premier sur les droits de la moyenne justice, comme plus tard son successeur, le haut jus ti cier Louis de Brancas. Une sentence du Châtelet nous dit que : « le 3 mai I 688, les officiers de messire Rossig nol apposèrent les scellés sur les meubles de la nommée M arie Mignan, décédée da ns le bourg; mais les officiers de la moyenne justice avertis, allèrent C1'0iser les scellés de la haute justice. Les héritiers se présentèrent au Châtelet assignant les deux procureurs fiscaux. » Sentence du Châtelet, 1688.

Le I 3 mai I 688, le t ribunal du Châtelet rendit une sentence qui imposait de lever les scellés aux frais de ceux qui les avaient apposés, et ordonna que les parents des mineurs seraient assemblés d evant le moyen justicier pour élire des tuteurs. En 1731, le prévôt de la haute j ustice trouva moyen de renouvele r les querelles anciennes : il prétendit que, seul, il avait le droit d' exercer la police à Juvisy. En effet,


CHAPITRE SEPTIÈME

75

les ca/tiers de la prévosté : consignent qu'un particulier, au préjudice de l'ordonnance du prévôt de la moy.enn e justice pour la sanctz"fication des fêtes et dimanches et pour régler toutes les actions pLibliques, ayant été condamné à 50 sols d'amende pour avoi r accompli des œ uvres serviles, un j our de fête, le prévôt de la haute justice se fait présenter une requ ête par son procureur fiscal, dans laquelle il s'attribue le d roit de policedans Juvisy, et prétend que les officiers doivent se pourvoir dev a nt lui de leurs charges. Il déclare nulles leurs senten ces et demande la pe rmission de les assigner ; permi ssio n que le prévôt donna le 29 janvier

[ 73I. 2e Conflit, 1731.

L e 3 février I 7 31, le sémina ire d'Orléans, pour défendre ses officiers, évoque au Conseil les demandes du procureur fiscal de la haute justice, et y fait assigner les officiers pour qu'il leur soit défendu d 'entnp1rendre sur la moyenne justice. Ceux-ci, malgré la défense qui leur fut faite, posèrent encore les


JUVIS\" SU l~·OR G E

scellés, le 2 I février 17 3 T, sur la succession d'un nommé Potier, tonnelier. Les cahiers de la prévosté disent encore : qu'un nommé Tortie, étant ivre, interrompit le prédicateur le jour de la Quasimodo. Assigné par le procureur de la moyenne justice, le prévôt, par sentence de police, le condamna à faire des excuses à M. le curé de Juvisy et au prédicateur, et à fournir un cierge pour être brûlé devant le Saint-Sacrement, en 10 sols d'aumône et en 40 sols d'amende. Une partie de la sentence était déjà exécutée, quand le procureur fiscal de la haute justice l'engagea à interjeter appel à la haute justice, où intervint, le 2 mai 1731, une sentence déchargeant Tortie des condamnations portées contre lui, et l'engageant simplement à se comporter sagement à l'égliSe. A cette époque le séminaire d'Orléans fait observer au grand Conseil que, par l'attentat le plus grave, la haute justice, le 30 avril 17 31, porte une ordonnance de règlement de pol ice par laquelle elle casse, révoque, annule celles rendues par le prévôt de la


CHAP ITRE SEPTIË:O.lE

moyenne justice, le 3 av ril

77 IJJI,

avec

defense de les mettre à exécution, enJOIgnant au x habitants de Juvisy d'y obtempérer, à peine de mtllité et de 50 li vres d'amende. A ·ignalion, 1732.

Le séminaire d 'O rléans répondant à ces vexations du haut justicier, L ou is de Brancas le fi t assigner au Co nseil le 29 avril 1 73 2 :

pour a vouer ou dés a vouer ses officiers et vouloir dire et ordonner que les supérieurs et direc teurs du séminaire d'O rléans seront maintenus e n qualité de prieurs de Notre-Dame des Champs et seigneurs spiritu els et te mporels de Juvisy. Le marquis de Brancas soutint le contraire, défendit ses officie rs; mais comme nous l'avons consigné, en parlant plus haut du sém inaire d'O rléa ns, il perdit son procès, et le 30 ma rs 1737, le gra nd C onseil rendit un a rrêt e n faveu r des directeurs du séminaire. Louis de Brancas, haut justicier de J uvisy, servit L ouis X V sur terre e t su r me r, et, en récompense de ses services, fut nommé


JUVISY-SUR -ORGE

maréchal de France le

11

février 1741. Il

avait épousé, en 1696, Elisabeth-Charlotte Candide de Brancas-Villars, morte en 1746; ils laissèrent un fils Louis-Paul, né le 25 mai 17 r 8, lieutenant général mort en émigration. La famille de Brancas était issue de l'illustre maison des Rrancaccio de Naples, elle s'était établie en France au XVe siècle sous Charles V 11. Les Brancas de France ont formé deux lignes, dont l'aînée, éteinte en 1 8o2, portait les noms de ForcalquierBrancas; la cadette portait ceux de Forcalquier e t Villars ; le membre le plus distingué de cette famille fut André, connu sous le nom d'Amiral de Villars. Notre seigneur haut justicier: Louis de Bran cas, maréchal de France, né le 19 janvier 1672, mourut à Paris le 9 août 1750 et fut inhumé en l'église Saint-Sulpice. Cette famille de Brancas était répandue dans notre contrée ; aussi J.-C. Gatinot, dans sa curieuse monographie de Montgeron, cite la duchesse de Bran cas-Villars, née vVilhemine de N eukerchen, en faisant


CHAPITRE SEPTri:: ME

79

remarquer que les de Brancas furent Seigneurs de Crosne. Ajoutons qu'une duchesse de Brancas était amie de la marquise de Pompadour et, tristement, son nom figure parmi les grandts vzveuses du règne de Louis X V : la comtesse de Vintimille, la duchesse de Lauraguais, la duchesse de Châteauroux et Mme de Tencin, exilée à Ablon. N icolas Chamfort, lecteur de Mme Elisabeth, sœur du roi, membre de l'Académie en 1780, cite dans ses : Caractères et Anecdotes, parmi les grands viveurs : un princ.e de Conti et un ma rquis de Brancas qui : « malgré ses 84 ans, buvait par j our SIX bouteilles de Champagne. » Il pouvait rivaliser avec Frédéric II, roi de Prusse, qui prenait huit tasses à café le matin, et seulement une cafetière l'aprèsdtner, préparant son café au vin de Champagne. Mais si l'histoire doit la vérité, elle a aussi sa pudeur, et il ne nous appartient pas de rappeler cette déchéance morale du XV II Je siècle.


8o

JUVISY-SUR- ORGE

1741. -

COUPART DE LA BLOT TERIE.

Messire Michel Coupart de la Blotterie succéda, le 13 mai 1741, à Louis de Brancas comme seigneur haut justicier, en la terre de Juvisy. Aussit ôt en possession de son dom a ine, le haut justicier s'empressa, le r 4 novembre de la même a nnée, de remplacer sur la place de la fonta·ùze, proche la Croix, par un poteau neuf l'ancien poteau, qui indiquait le droit seigneurial. Le procès-verbal ajoute: « qu'à ce poteau ) (poterne) était attachée une chaîne en fer » avec carcan pour y attacher les malfai)) teurs qui y seraient condamnés pour i) l'exemple public. Au revers, du côté de » la montagne, était un carré de fer blanc » où étaient g ravées les a rmes dudit Sei» gneur. » FRANÇOIS PAJOT.

L e 2 5 octobre 17S7. Cou part de la Blotterie passa ses droi ts de haut justicier au chevalier Charles-François Pajot, seigneu r des Pavillons, receveur général des finances


CHAPITRE SEPTIÈ!\LE

Sr

------------------------------·---d'Alençon, gouverneur de la vi lle d'Auch, lieutenant pour sa Majesté du Toulois. François Pajot ajouta à l'acquisition du château et du parc quelques terrains, le long de la montagne, sur le bord de l'ancien grand chemin de Paris à Juvisy. Des potagers furent établis sur ces terrains. Le 18 juin 1767, par le ministère de Me Baudet, notaire tabellion de la prévôté et haute justice de Juvisy, messire Pajot constitua, au profit de la commune, une rente de 2 5 deniers. Ces deniers furent déposés entre les mains de Marie-Anne Mareuil, veuve de Antoine Crécy, en son vivant procureur fiscal de la prévôté, moyenne et basse justice de Juvisy. La famille Pajot, originaire de l'Ile de France, a possédé plusieurs terres dans les environs de Juvisy, à Lormoy-sous-Montlhéry et au Bouchet près de Ven-le-Petit, etc. Veuf d'Adélaïde de Boisjourdain, Franç.ois Pajot avait épousé, en secondes noces, Edmée-Louise Portail, fille d'un Maitre des Comptes et nièce du président à mortier


82

jU\ïSY-SUR-ORGE

au Parlement de Paris, que nous avons cité plus haut comme seigneur de Ju visy. Souvenir de famille qui, sans aucun doute, contribua à l'acquisition de cette terre. De ce mariage est né Charles-François Pajot, marié à Melle de Chaumont, dont les descendants se fixèrent à Versailles et ajoutèrent à leur nom celui de Juvisy. De ce mariage naquit Adélaïde Marguerite, mariée, en 1 7 75, à l\1. de la Tour du Pin, vicomte de la Charce. Cette famille Pajot était connue dans notre contrée, dès 1 7 1 1, car nous trOU\'Ons dans les arcbi,·es de Seine-et-Oise (Série E., T. V.) Notaires et Tabellùms, par Ber· trandy-Lacabane et Coüard :

« Titre

nouvel d'une rente annuelle et » perpétuelle, au profit de C1'1stophe Pajot, » conseiller au Parlement de Paris, abbé » des abbayes : de La Chassaigne et Val)) sainte, seigneu rs des terres et seigneur;•es ) de Laulnoy et de Saint-Michel-sur-Orge, ) par :\1 ichel Dardan, meunier à Châtres. ) ( Arpajou.)


C ll:\l'!TRE SEPT ! f·:~n:

BROCHANT

DE

VILLIERS.

La liste des seigneurs de Juvisy se clôt par messire Claude-Jean-Baptiste Brochant de Villiers, écuyer, conseiller du roi, membre du Parlement de Paris, qui, le 8 décembre 1 7ï7, fit l'acquisition du château et du parc de Ju visy, suivant un acte reçu par Me Durand notaire à Paris. C'est à cette époque que les limites de sa haute justice, don t il deva it j ou ir peu de temps, puisqu'il fut exilé par la Révolution, furent définitivement fixées avec les seig neurs voisins. Tout le parc de Juvisy était da ns la censive d'Athis; Viry s'étendait jusqu'au pont de Savigny ; Savigny montait depuis le M arais pour DrEU, jusqu'à l'h ôtel de la Cour de France. Les limites de la moyenne et basse justice étaient identiques. D ans une lettre, que nous résumons, messire B rocha nt de Villiers déclare que : « la haute justice de Juvisy lui est plus à )) charge qu'à profit et qu'elle ne lui rap» porte pas plus que 20 livres. »


] UVISY-SUR-ORGE

En 1783, nous trouvons une autre lettre signée : Louis-Se.xtitts de Jarente de le~ B1·uyère, évêque d'Orléans, commandeur de l'Ordre du Saint-Esprit, abbé commendataire des abbayes de Saint-Honorat, de Lérins, de Saint-Wandrille, de S aint-Vincent du Mans, se igneur prieur de Juvisy, lequel, comme : « seul administrateur des ) biens de son grand séminaire, auquel ) sont unis les biens, droits revenus du » prieuré de Notre-Dame des Champs-lez» Paris, duquel prieuré dépendent la » moyenne et basse justice et la seigneurie » foncière de Juvisy, avec tous droits de ) chasse sur ycelles », prie messire Brochant de Villiers de recevoir ses lettres de conservateur des chasses et l'autorise à nommer un ou plusieurs gardes, les faire révoquer et remplacer à sa volonté. Derniers propriétaires du domaine de Juvisy.

Le 4 mai Iï9I, devant Me Trutat, notaire à Paris, du chef de Mme veuve Brochant de Villiers et de ses enfants mmeurs, une


C HAPITRE S EPTii~ i'IIE

ss

mutation du château s'opère au profit de

l\I. Poujaud. Ce dernier transmet ses droits, le 2e jour complémentaire de t'an VI, par le même notaire à M. Sevennes, banquier. E nfin, une vente sous seing privé du. 8 avril I 8 r J , constate que ce beau domaine est devenu la propriété dt l\1. le comte de Montessuy, ancien secrétaire du roi, muniti onnaire général des In val ides. M. de Montessuy laissa à Juvisy une mémoire vénérée et mourut à Paris, en avril 1840. Le château de Juvisy devint alors la propriété de son fils, M. le comte Gustave de Montessuy, marié à Mme la comtesse Pauline de Helphenstein. Comme nous l'avons indiqué, la municipalité a acquis, il y a quelques années, tous les bâ timents du château pour y aménager la mairie et les écoles de filles. Cette transformation a é té savamment d irigée par M. Auguste Thauront, architecte-expert, qui a construit également le nouveau presbytère. On doit à M. Thauront les mairies et les écoles de : Santeny, Boissy-Sa int-


86

JUVISY-SUit · ORGE

Léger, Villeneuve-St-Georges et de Yerres. Quant aux terrains, situés autour de l'ancien château, vendus à M. Lehèque, industriel à Juvisy, ils sont l'objet d'un lotissement habilement réparti par M. Voisin, géomètre-expert, et les vieilles futaies seigneuriales ombragent de coquettes habitations de plaisance. Le premier morcellement du parc, indiqué sur notre plan, fut entrepris, il y a environ trente ans, sous la sage et intelligente direction de M. Jaworowski.


~~~

'

Cbapitte liuitième. L'ÉGLISE. -

LES CLOCHES.

LE VICARIAT. -

E

LES ÉCOLES.

établissant la fondation du prieuré, nous avons fixé l'origine de l'eglise, placée sous le vocable de saint Nicolas, évêque de My re. Selon les règles de la liturgie, on a tenu à l'orienter, ce qui explique les r 3 marches qu'il faut descendre. Le chœur est un curieux travail qui rappelle les traces de l'architecture du XIIIe siècle. Il se termine carrément, il est éclairé par une belle et vaste fenêtre restaurée, garnie d'une verrière moderne, historiée par des personnages, bienfaiteurs actuels de l'église. N

La voûte du chœur est moins élevée que celle de la nef. Cette disposition prouve que le chœur actuel, première construction, était bien la chapelle du prieuré et que l'église fut plus tard agrandie, au XVI< siècle, en suivant son style primitif. Au XV IIe siècle, un grand travail de


88

JUVISY-SUR-ORGE

charpente fut entrepris par Adam D olimier, co mme le mentionne le : « Marché suivant, » avec Dolimier, maitre-charpentier, demeu» rant à H ttissous, passé par Nicolas Roux » et Étienne D esjours, ma rguilliers de 13. » dite église de Juvisy, pour la c!tarpùzte » qui convient et est nécessaire à l'eglise » S aint-Nicolas de Juvisy, au-dessus des » voûtes de la nef, entre les deux pignons, » depuis le crucifix jusqu'à l'ancien pignon » proche les montées de la descente, les r 3 » marches, moyennant le prix et somme de » 210 livres. » Marché passé le 1 7 Mars r 6 so. »(Archives de l'iJglùe. ) Une clef de votîte, malheureusement mutilée et mise à j our lors de la restauration intérieure, en 1893, indique d'autres g rands travaux faits en 1743. Voici cette inscription : 1\Il\f.

PETIT,

PRÊTR E,

V ICA IRE MORVILLE, AV EC JA CQUES DE FORR ... ET L l'CAS,

MARGUILLIERS ET LECT!.. .

FA1CT PAR

~lOI

ICI.. .... . . .. . . .


CHAPIT RE HUITlf:::'-Œ

89

Les travaux exécutés en 1 74-3 et 17 44 se prouvent par les nombreuses quittances des e ntrepreneurs conservées dans les Arcltives de l'.Eglise : « Couverture de l'église faite » par Joseph Dupont, payé 159 livres. » « Somme de 1 8o livres, payée à François ) Husson pour carrelage de l'église. » Deux chapelles latérales donnent au vieux monument la forme crucifère. Dans la chapelle Saint-Joseph on peut admirer un vieil autel en pierre ; ce fragment remarquable de la sculpture du XII {e siècle était l'ancien mattre-autel de la chapelle du prieuré. Le clocher a l'aspect d'une tour romane ; le gros œuvre est en pierre ; les baies sont entourées de briques et le toit de la tour des cloches est en batière, c'est-à-dire à deux égouts. De vieux arbres cachent sa paisible vétusté. Ce clocher possédait autrefois trois cloches; mais à l'époque de la Révolution, elles furent confiées à M. Petit et envoyées à Corbeil, pour les besoins de la Nation. Près du clocher, les Seigneurs de Juvisy


J UVISY-SUR-ORCE

avaien t une entrée particulière qui est encore bien indiquée dans la chapelle de la Sainte Vierge. A l'époque de l'agrandissement de l'église, le portail actuel, sans décoration, qui accuse le XVIe siècle, devint l'entrée principale et la position du terrain peut donner une autre explication sur les 13 marches à descendre. Ces marches sont d'anciennes pierres tombales provenant de la chapelle du prieuré. Les cloches.

Les archives de l'église marquent que :

«le

14 Février 167 5, sur les onze heures }) du matin, la grosse cloche fut refondue )) avec deux autres et bénite par Nicolas }) Fournier, curé de Juvisy. Elle fut nom» mée : Magdeleine par vénérable et dis» crète personne Yves Busson, chanoine }) d'Orléans, et Damoiselle Anne de Sen)) neville. Pour et en la place de : Messire }) Pierre du Camboust de Coislin, conseiller }) du roi en ses conseils, premier aumônier » de Sa Majesté, Évêque d'Orléans, Abbé » de St-Victor, Seigneur de Juvisy, et :


CHAPITRE HUITIÈME

91

» très haute et très puissante Dame Mage» delaine de Kalgel, femme de très hault et » puissant Seigneur, Armand du Camboust

» de Coislin, pair de France. » naissance, ils ont donné à »somme de 200 livres. »

Par reconl'église la

Le marché de la fonte des trois cloches fut passé : «le 26 Août 1674, par devant » Pierre Le Masle, marguillier, avec Jacques » Maitre, fondeur à Paris, moyennant la » somme de 280 livres. » En 1727, une autre cloche fut refondue; les registres détaillent les dépenses sans mentionner une cérémonie religieuse. La cloche actuelle, ?'efondue en 182 s. porte cette simple inscription : «sit nomen D omùà benedictum ; l'effigie de Charles X ; l'écu de France aux fleurs de lys ; Dumond, maître fondeur à Paris. » En 188o, M. J'abbé Gaussin, curé de Juvisy, entreprit la restauration intérieure de l'église et, grâce à sa pieuse activité, de grandes améliorations furent réalisées. Les belles mosaïques du sanctuaire qui font honneur à l'usine Larmanjat, sont un


92

JU VISY-SUR-ORGE

don de cette honorable famille d'industriels. Le maître-autel en pterre fut élevé en février 188 5 et, en mai 188 7, le travail du sanctuaire fut complètement terminé par la pose des vitraux. Le Chemin de la Croix, peinture remarquable, consciencieusement traitée par M. Cabanne, fut solennellement érigé, le 5 novembre 1 8go, par M. le Chanoine E. Barbé, curé-doyen de Longjumeau. L'important travail de la restauration de l'église : le revêtement des murs, la construction de la tribune, etc., fut terminé le 14 juillet 1893. Cette longue et minutieuse

entreprise fut artistement dirigée par M. l'abbé Brisacier, architecte, curé de Lignières ( 1nd re-et-Loire). Tous ces nombreux travaux font l'éloge de l'inépuisable générosité des habitants de Juvisy qui ont toujours répondu, sans compter, aux pressants appels de M. l'abbé Gaussin. D'après les signatures relevées sur les registres parOtsstaux, nous établissons,


CHAPITRE HUITIÈME

93

comme il suit, la Chronologie des Curés de Juvisy : MM. Louis Fréquet, nommé e n 161 3 Guillaume Soyer » }) r6 ..p }) Nicolas Fournier }) 1669 }) )) 1669 ~Gastiau }) Raoul Hamel )) 1670 }) }) V;. . Pie1'1't Remy 1674 )) f.-B. G1·ou }) I67S Beussclùt )) )) 1677 de Saiute· C1·o7~1: )) }) 1682

""'"'(

D 'après les comptes de la Fabrique, le modeste traitement de MM. les Vicaires était de 100 livres par a n. MM. Charles-Bonaventure de Prépetit, nommé curé en 1695 Marcel Pouyat, nommé en 170 2 Le R.P. Beaumorin,desservant, nommé le 2 décembre 1742 Robert-Nicolas Petit, bachelier ès-loi, nommé en 1742 F rançois Aubert, nommé en

1748


94

JUVISY-SUR-ORGE

MM. Feret nommé en 1789 }) Lemonsu » 1799 }) }) Betrancourt 1804 Dubois » >> 1806 )) }) Saint-Didier I8IO )) Du puy )) 1810 )) )) Aubert 181 4 )) Peytel » 18r s l\ )) Moquet 1816 )) Fontaine » 1817 )) )) Caillet r818 )) )) Villa 1826 Parquet, curé de Chilly et de Juvisy, nommé en 1829 Martin, curé de Viry et de Juvisy, nommé tn 1830 Guilleman, cure de Ju visy, nommé en I 831 nommé en 1837 Gouaux )) )) Lepa ge 1838 )) )) Aguettand 1839 )) )) Yzard 1841 }) Lacombe » I843 1


CHAPITRE HUITIÈME

95

MM Mance!, nommé en 1849 )) Reinguenoir 1862 » )) Roger » r8ôs )) Leroux r868 » Prosper Gaussin, chanoine d'Albanie, nommé en 1868. M. Féret, ainsi que le chapelain M. Le Roy, prêtèrent serment à la Constitution, le 27 novembre 1791. Juvisy étant dans la Prévôté et I'Eiec· tion de Paris, le cartulaire de Notre-Dame de Paris indique, en premier lieu, son église comme relevant du doyenné de Linas. In deca?tatu L ina,·s : Majorù Monasten'i, (Marmoutiers, canton de Tours). Ecclesia de Givùiaco. Plus ta rd, le même cartulaire, place l'église de Juvisy, dans le doyenné de Longjumeau : I n decatta!tt Moutis Gemelli : Lo1lgus Pons, L o ngpon t, Givùz'acum, Juvisy, Athis. A t lue,


g6

] UVISY-SUR-ORGE

Ce cartulaire écrit Longjumeau de différentes façons : Longum Jumellttm, Longgemel, Mongimel, liions Gemellus. (Bénéfices dtt diocèse de Paris.) Au XV 1IIe siècle, le Pouillé du diocèse de Paris marque : DOYENNÉ DE MONTLHÉRY.

Paroisses. Champagne, rerme; Chaige, château ; J UVISY :

Châtillon, hameau ; Maladrerie;

J uvisiacum. Gevisiacum.

Petit Châtillon, rerme. \\ Patron. ) Elections. Collateurs.

Saint 1\fartin. au XII• siècle. l' Archcv~que .

Ablunium. Patron.

Notre-Da me.

ABLON:

E lections. Collateurs.

17 Juillet 1653· \ Chanoines régu/liers de St· Victor.

(Carlu/airt! dt! Notre-Dame de Paris.)


CHAPITRE H UITIÈM E

97

Au spirituel, Juvisy étant du diocèse de Paris, les registres paroissiaux consignent plusieurs visites de MM. les Archidiacres de Josas: En 1672, M. l'abbé de la Motte. En r6go, M . l'abbé Desabordes. En I 709, M. l'abbé Dozanne. En 1719, le 4 Mai, et en 1722, le 15 Mai, 1\1. l'abbé Goulard. En t 767, le 13 Septembre, M. l'abbé de Malaret. Le 20 Novembre 1 6go, l'abbé Pillault, doyen de Montlhéry, fut envoyé à Juvisy, par le président de la Barre pour mettre ordre dans les finances de MM. les Marg uilliers, et leur enjoindre: « de rendre des » comptes et de replacer les titres qui ont » été tirés du coffre à boù ». Mais cette injonction fut sans effet, car, plus tard, en r 703, nous remarquons que M. l'Archidiacre de Josas délègue encore l'abbé Pillault, doyen de Montlhéry, pour vérifier les comptes de MM. les Marguilliers, et « stipule que les Marguilliers anciens » et en charge qui ont négligé de rendre


g8

JU VJSY -SUR-O RGE

» des comptes seront traduits devant Mon» sieur l'Official de Paris. » En outre, il ordonne que : « l'on recherche les titres, » papiers, et qu'ils soient remis en ordre » dans le coffre à trois clefs. » Vicariat.

En 1743, nous constatons, d'après une assemblée, tenue le 3 février, que Ml\1. les Directeurs du Séminaire d'Orléans étaient possesseurs d'une grang·e à Juvisy, car : « Messire Petit, bachelier ès lois, curé de » Juvisy, aurait présenté a ux habitants la » clé d'un jardin, situé entre la grange de » Messieurs dtt S éminaire d' Orlérms et de la » maison du Vicariat, vis-à-vis la porte du » château, pour leur remettre au moins ladite » clé, leur représentant que ledit jardin leur » appartenai t. Sur quoi, lesdits habitants » auraient répondu qu'ils ne voulaient pas » en agir autrement avec lui qu'avec son » prédécesseur; et qu'ainsi ils lui cédment, }) abandonnaùnt ledit jardin pour sa vie » curiale et lui en faùaient présent comme » à feu Messire Pouyat, son prédécesseur ;


CIIAI'ITRE IIUITI È:\IE

99

)). ce que ledit sieur Petit, actuellement curé, )) aurait accepté avec remerciement. )) M ême jouissance fut accordée, le r 4 janvier 1748, à Messire François Aubert, curé de Saint-Nicolas de Ju visy. (A 1·cht~•es de l'é_!}li'se.) Écoles. Ce fut près de l'ég lise qu'en 1848, M. Montena rd, maire de Ju visy, installa une école dont la direction fut con fiée au x Sœurs de la Présentation de Tours. En 185 r, cette école fut transférée dans la Gra nd' Rue, mais laïcisée, en 1889, elle trouva un refuge dans une dépendance de la ferme du château. La fa mille Montenard aya nt donné à la commune une rente de 300 francs pour l'entretien de ce~te école, un procès surgit à J'époque de la laïcisation ; comme les clauses de la donation n'éta ient plus remplies, le capital revint à M. Montenard. Nous ne trouvons, dans les Arckives de l'église, que deux documents concernant les écoles. 1o Le 10 juin 167 2, au cours de sa visite,


100

JUVISY-SUR-ORGE

M. l'Archidiacre de Josas, l'abbé de la Motte, charge le vicaire de Juvisy d'ins11,.zâre pour n·en les enfants de la paroisse. 2° Le 2 2 novembre r 744, Messire Petit, bachelier ès lois, curé de J uv"isy, convoque les habitants : « sur le choix d'une maison » pour loger la maîtresse d'école et en payer » bail, au nom des h abi tants. Pour loger )) ladite maîtresse, le curé a loué deux » chambres appartenant à Mme Gervais, » bourgeoise de Paris. » Dans les comptes nous trou vons que M. Gervais, bourgeois de Paris, payait à la fabrique de Juv isy: « 10 livres pour location » de la maison du Cygne ; plus 3 livres, >> de ux sols, six deniers, pour location de la » maison du Mont-Saint-Michel. » Actuellement, l'école laïque des garçons occupe l'emplacement de l'a ncien presbytère et de l'ancienne mairie.


~~~~'1E~

Cbapitre :Qeu'oième.

~ ~ ~

1-------------------------- ~ ROUTE DE FONTAINEBLEAU. LES BELLES-F ONTAINES.

1.9

ROUTE DE FONTAINEBLEAU.

D

E

la rivière d 'O rge, Juvisy, par une seule rue qui est l'ancienne route de

Fontainebleau, s'étend sur le penchant de la montagne et communique avec Fromen teau, ha meau autrefois considérable que les vieux titres écrivaient Froimenteau. Cette ancienne route, qui descendait de Fromenteau à Juvisy avec un parcours rapide et fort dangereux, fut, sous Louis XV, dirig ée par une pente assez douce dans la vallée de l'Orge et de la Seine. Cette magnifique chaussée et son pont si remarquables sont attribués à l'architecte Jacques Gabriel, célèbre famille d'architectes dont le nom rappelle Port-Royal, le L ouvre, Versailles, Compiègne, Choisy-le-Roi, la place de la Concorde, e tc., etc. Cette œuvre si imposante est véritablement un travail digne des


102

JUVISY-SUR-ORGE

Romains dont la patience triompha it de tous les obstacles. Ce changement de

route

s'imposait ;

mais il est dt1 à une circonstance fortuite. Dans les temps de glace, cette route, appelée quelquefois : Chemin de Lyon, se gravissait péniblement à l'aide de nombreux chevaux de louage et on descendait les voitures sur des traîneaux. Or, vers la fin du règne de Louis XIV, le duc d 'Antin, gouverneur de l'Orléanais, dédaignant les moyens ordinaires, voulut descendre avec ses chevaux cette route couverte de glace : la voiture fut brisée e t le duc faillit payer de sa vie son imprudente bravade. Echappé à ce péril, il jura que ce chemin serait détou rné et cet accident contribua puissamment à hâter les travaux de cette route royale. Louis de P ardaillan de Gondrin, duc d'Antin, seul fils de M. et de Mme de Montespan (166S- I736), se fit remarquer à la cour par so n adresse à fla tter Louis Xl V ; il pouvait tout obtenir. Un fait suffit pour dire sa courtoisie. Un massif de bois de Fontainebleau ayant déplu au roi, il en fit


C IIAPITRE NEUVIÈME

103

scier pendant la nuit tous les arbres qui, le lendemain, à un signal donné pendant la promenade du roi, tombèrent comme par encha ntemen t sous les yeux de Louis X IV. Après cet acte de flatterie, le duc d'Antin étai t en droit d'obtenir la promesse de détourne r la vieille et pé rilleuse route de Fontain ebleau. Ce gigantesque ouvrage fut commencé en I 728 et il ne dura pas moins de 20 années ! La tradition du pays confirme volontiers que : les ouvriers portaient la terre avec une hotte et que la cloche de l'église réglait les heures du travail et du repas. La rivière d'O rge traverse cette pente et un double pont est jeté dessus. Le pont inférieur sert à contre-bander les terres, il est divisé en 7 cintres ; le pont supérieur, sur lequel passe la rou te, est construit d'une seule a rcade plein cintre de 13 mètres d'ouverture, il se trouve à I 9 mètres audessus de l'eau. Pour ce trava il, on commença d'abord à traYers cette montagne rocai lleuse une tranchée profonde et large, et on exécuta un


104

JUVISY -SUR-ORGE

remblai de 1400 mètres de longueur. Ce remblai, qui traverse les deux bras de la rivière d'Orge, nécessita, comme nous l'avons dit, deux ponts, dont l'un est particulièrement remarquable. Il mesure 6o pieds de largeur entre les têtes et se compose d'une seule arche, plein cintre de 40 pieds d'ouverture sur culées, ce qui donne 50 pieds de hauteur sous clef. Comme le remblai de la route forme de chaque côté un talus considérable, les culées sont prolongées en évasant par des murs e n ailes formant rampes de 72 pieds de longueur. Pour soutenir l'énorme poussée des terres, 7 arcs-boutants elliptiques, de 40 à 42 pieds d'ouverture, sont disposés parallèlement s'appuyant sur les deux culées et leur prolongement ; les arcs-boutants mesurent 23 pieds au·dessus de l'eau et 3 pieds d'épaisseur. La disposition générale de ce pont, dont les parapets s'élèvent à 59 pieds au·dessus de l'eau, le fait paraître comme s'il était formé de 2 étages d'arcades et constitue un ensemble véritablement imposant. Une inscription, mutilée sous la Res tau-


CHAPITRE NEUVIÈ;\IE

105

ration, indiquait au touriste les difficultés sans nombre qu'il a fallu vaincre pour créer ce chemin : Luoovrcus XV, REx CHRISTIANrssrt.~us, \"JAM HANC, ANTEA DIFFIC ILEM, ARDUAi\f AC PENE INVIAM, SCISSIS DISJECTISQUE RUPIBUS, EXPLANAT O

CO LLE,

PONTE

ET

AGGERIBUS

CONSTRUCTIS, PLANA:\!, ROTABILEM ET Ai\f.ENAM FIERI CURAVIT,

1728.

BELLES- FONTAINES.

Au milieu du pont s'élèvent les deux g roupes désignés sous le nom de BellesFontaines. Sculptés par Guillaume Coustou le 1eu ne, à qui on doit la Fon taine d'Arcueil tt

les

2

chevaux indomptés des Champs-

E iysées, ces groupes offrent une remarquable composition. Celui qu'on aperçoit du côté de

1uvisy se

compose d 'un piédestal

o rné de figu res en relief que dol1'1inent des statues allégoriques ; on y voit un médaillon dans lequel figurait jadis le portrait de Louis XV, et au-dessous le Temps, vain -


106

JUVISY-SUR-ORGE

queur d'un démon représenté par la Discorde, le tout enjolivé par de petits amours. Le second groupe est couronné par un globe lauré, sur lequel se détachaient naguère les armes de France. Ce qui donna lieu d'édifier ces deux fontaines, fut la découverte de sources abondantes pendant les terrassements du chemin de Fontaine· bleau, et on résolut d'en tirer parti pollr l'embellissement du pont. Toutefois ces deux fontaines ont manqué d'eau pendant plus de 40 ans et ce fut en 1813 que Na poléon les a vivifiées. Le goût et la délicatesse d'art les plus remarquables ont été déployés pour remettre en état ces vestiges de l'ancien régime. Le Merczwe, août r 730, consacre quelques vers à ce gigantesque travail : Olim nympha levis dura sub rupe latebat ; Nunc super hos pontes ambitiosa fluit. Talia quis fecit ? Potuit quis ? Disce, viator : Hrec fecit Lodoix; solus enim potuit !

En 1824, l'architecte Donnet a publié une description technique de ces grands


C HAPITRE NEUVli·:ME

107

travaux ; on lui doit également une belle carte de l'a rrondissement de Corbeil. Cet ingénieur, mort le 23 juillet r 856, s'était retiré à la Cour de France.


~~:;~~~~~~~~,~~~

~

Cbapitre :Oitième.

~~

F AITS HISTORIQUES. -

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HENRI I ~ -

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.1!

LA FRONDE.

NAPOL~O~

~

~~~ \

i Foires.

J

désigné par sa situation pour servir d'étape sur la vieille route de P a ris à Fontainebleau, jouissait autrefois d'une certaine prospérité. C'était un gros village, au XVIe siècle ; aussi le roi Charles I X, en 156 2, à la demande de Mgr de Coislin, seigneur ecclésiastique de Juvisy, y établit deux foires annuelles, en mai et en décembre, le j ou r de Sai nt-N icolas, patron de Juvisy ; par lettres patentes, il auto risa un marché le vendredi de chaque c;emame. L a lettre de Charles IX est datée de l'an de grâce 1562 et de son règne la 2me. Sur le repli est écrit : De par le Roy, Delaumonier. Euregùtrement de la Cour des Aydes, UVISY:

signé : Le Queno.


Cl!APITRE DIXIÈME

109

L 'e nregistrement, en la tin, du Parlement

Registrata, audz.to procuratore g ene1'aH ?'egzs, pro gm-tgendo pen·mpretanles, etc., etc. commence

par

ces

mots :

3 avril 1562,

sig né : Dutillet. En registré à la justi ce du Thrésor : no vembre

I

22

563,

signé : Dufresnoy. En 1598, au mois de novem bre, Henri IV s igne une lettre par laquelle : « il

» appert que les habitants et manants de » Juvisy seron t maintenus en tous leu rs }>

usages sur les marais, pâturages, fran -

» chises

et a utres droits.

»

Enregistré au Thrésor : le 1599· En

2

7 septembre

1618, L ou is X 111 confirme cette

concession d'Henri IV. Le 12 juin 1565, N icolas Mazalon, hu issier, sergent à cheval d u roi, a p roclamé avec :

« un

» foires

tro mpette lesdits marchés e t

au carrefour de Juvisy ; et le )) mercredi suivant, au marché de Longju-

» meau. »


I 10

JU V I SY- SU R-O RG E

La Fronde.

Comme à Ablon, la Fronde a laissé des tra ces de son passage à Ju visy qui eut sa j ournée ; les Mazarinades de C. MoreauMartin en font foi. N ous avons longuement parlé de cette ré volte, qui s'éleva penda nt la minorité de L ouis X IV (1 648- 16 53), dans notre ouvrage : A blon et Vzlleneuve S aint-Geo1-g·es pendant la F 1'onde (édition de 1892. Desclée -Paris ). Nous ne voulons pas étendre inutilement cette modeste monog raphie de J u-.ri sy e n redisant ici les luttes qui se passèrent dans notre contrée. L e peuple, égayé par d es pam phlets de joviale humeur, oublia it sa misère, se battait au hasard des menées, sans savoir à quelles fins, pour h: Roi, la Reine, Mazarin, les Princes ou le P a rle ment. Les joyeux refrains sonnaie nt clair; ma is de vraies fusill ades dominaient parfois ces bruits de quolibets ; a insi à Etampes, dans les combats livrés par Turenne, il n'y eut pas moins de trois mille hommes morts ou pnsonnrers.


CliAL'ITRE D IXII~ME

109

L 'enregistremen t, en latin, du Parlement

Registrata, audito procuratm-e geue1'ali 1'egis, pro gaugendo pen'mpretanles, etc., etc. commence

par

ces

mots :

3 avril 1562,

sig·né : Dutillet. Enregistré à la j ustice du Thrésor :

22

novembre 1563,

si'g'llé : Dufresnoy. En 1598, a u mois de novembre, Henri IV signe une lettre par laquelle :

» appert >> }.>

«

il

que les habitants et manants de

Juvisy seron t maintenus en tous leurs usages su r les marais, pâturages, fran-

» chises

et autres droits. ))

Enregistré au Thréso r : le 1599· En

16

27

septe mbre

18, Louis X III confirme cette

co ncession d 'H enri IV. Le

12

juin

1565 ,

Nicolas

M azalon,

huissie r, sergent à cheval du roi, a proclamé avec : «un tro mpette lesdi ts marchés et

» foi res

au carrefour de Juvisy ; et le

)) mercredi suivant, au marché de L on gju -

» meau. »


II 2

JUVISY-SUR-ORGE

Gage, lecteur, que tu m'attends A nommer nos fiers habitants, Qui contre la pluye et l'orage, Et qui, l::t plupart les pieds nuds, AJutisy sont revenus. Ou y, je veux chanter la journée, D epuis dite de Juvisy, Alors que le bo1,1 rgeois choisy, Portant la plum~ sur l'oreille, A teste frisée, à poil r::ts, Dastons ferrats et non fe rrals, Quoy qu'à my jambe dans la boue Sur ses terres faisait la roue, Et portant la fierté dan s l'œil, Marchait pour assiéger Corbeil

Pendant cette guerre de la Fronde, les Pères Récollets ' (ordre réformé de SaintFrançois) s'établirent à Juvisy pour secourir la misère environnante et parcoururent Viry, Orangis, Grigny, Fleury, etc ... Et l' a bb~ Guillaume Soyer, curé de Juvisy, instituait une Confrérie de Charité, avec le concours des Pères de la Mission. A cette époque, nous dit A. Feillet, Juvisy comptait 1 so malades, ïO orphelins et 150 nécessiteux. r. Récollets ou recueillis (reco/lecti).


CHAPITRE DlXIÈME

1 13

Nous a vons relaté, dans A bion et Villeneuve pendant la Fronde, la charité inépuisable de sai nt Vincent de Paul qui, durant cette profonde misère ca usée par la Fronde, avait établi des magasins généraux pour centraliser les dons de la charité; le presby tère actuel de Villeneuve-le-Roi était un de ces magasi ns, subvenant à Orly, Mons, Athis, Thiais, Ablon, etc. Cour-de-France.

En amont des Belles-Fontaines, au sommet de la côte, se trouve le hameau de Fromenteau, qui a pris le nom de Cour-deFra nce lorsqu'on y établit le relais royal pour les voyages de la Cour à Fontaineblea u. Deux souvenirs s'y rattachent : Henri IV.

Au cours d'un voyage à Fontainebleau Henri IV reçut, à la Cour-de-France, l'avis que le maréchal, Charles de Biron, continuait à ou rdir des menées séditieuses, au profit du roi d'E spagne et de Charles Emmanuel de Savoie. Le duc de Gontaut-


I 14

JU VISY -SU R-ORGE

Biron s'était illustré aux batailles d'Arques et d' Ivry, aux sièges de Paris et de Rouen ; aussi le Roi lui témoignait une affection particulière. II le comblait d'honneurs, puisqu'il était: amiral, ma réchal, g ouverneur de Bourgogne, duc et pair, ambassadeur. H enri IV lui avait sauvé la vie au combat de Fontaine-Française, en 1 595· Une première fois, à l'occasion d'intrigues nouées avec le même duc de Savoie, Henri IV avait pardonné; mais l'orgu eille ux et vindicatif maréchal continua ses intrig ues. Trahi par Lafin, Charles de Biron essaya de nier; mais il fut confondu par ses écrits. Le Roi, l'ayant livré au Parlement, le condamna à mort pour crime de trahison. II eut la tête tranchée, dans la cour de la Bastille, le 31 juillet r6o2. Napoléon. C'est à la Cour-de-France,que le 30 mars 1814, au matin, Napoléon apprit la capitulation de Paris. Napoléon venait de rejeter les propositions des alliés qui voulaient réduire la


CHAPITRE DIXIÈME

115

France aux limites de 1792. Forcé de continuer la lutte, il gagna encore les victoires deChampaubert,Montmirail,ChâteauThierry, Vauchamps,

Montereau et de

lVIéry; il rêvait de tourner et envelopper les ennemis pris entre la Capitale et lui ; mais Paris ayant ouvert ses portes, après deux jours de combats, et Marm ont ayant aban donné son poste, le Sénat proclama la déchéance de Napoléon le 3 avril 1 8 14, et le 11 avril, Napoléon abdiqua it à Fontainebleau. Attendant avec une fiévreuse anxiété des nouvelles de ses troupes, accompagné par le prince de Wagram et le duc de Vicence, Na pol éon arpentait à g rands pas cette rou te de Fontainebleau. Son œil d'aigle cherchait à percer l'épaisseur des ténèbres et à découvrir le courrier. Ces nou velles, sa dernière espérance, tardent trop, et, ne pouvant rester inactif, il se jette dans sa voiture, ordonne de partir pour P aris. A peine cet ordre est-il lancé, que le brave général Béliard descend d'une berline et annonce la fatal e capitu la tion.


116

JUV I SY-SUR-ORGE

Napoléon passa la nuit dans une maison de poste qui est maintenant l'Observatoire Flammarion, et se rendit le lendemain ~ Fontainebleau. « Dès que Napoléon apprit que Paris avait capitulé et que les deux petits corps de Marmont et de Mortier avaient évacué la place en se retirant vers lui, il leur envoya l'ordre de venir prendre position à Essonnes, à 7 lieues, et à mi-chemin de Paris à Fontainebleau, et se rendit lui-même dans cette dernière ville, où arrivaient les têtes des colonnes de l'armée: revenant de Saint- Dizier, ce qui indiquait l'intention dans laquelle était l'empereur Ùt marcher sur Paris, dès que ses troupes seraient réunies. >> (Mémozres dtt général de Marbot, tome 111, page 397). Plus tard, les généraux ennemis avouèrent que, s'ils eussent été attaqués par I'Empe_reur, ils n'auraient osé livrer la bataille, ayant derrière eux la Seine et Paris avec son million d'habitants. On sait le perfide et triste rôl.e joué, en ce moment, par J'ingrat M. de Talleyrand qui se mit à la tête de l'opposition du faubourg Saint-Germain.


Cbapitre On;ième. LA PYRAMIDE. - L'OBSERVATOIRE. L'ASILE DES POLONAIS. f

QJ

U

NE

colonne, destinée à fixer un pomt

géodésique, s'élève sur un piédestal

carré, près de la Cour-de-France, à l'extrémité du domaine des seigneurs de Juvisy ; comme celle de Villejuif elle indique la méridienne. Cette pyramide, au sommet du plateau, marque l'un des points importants de la triangulation de la France, commencée en 1670 par Picard. Ce monument historique porte l'inscription suivante : PYRAMIDE DE JUVISY. EXTRÉ:.'>HTÉ SUD DE LA BASE GÉODÉS IQUE D F. VILLEJUIF A J UVISY.

1670 : PICARD- 1746: J.

CASSIN I ET LACAILLE.

PROPRI ÉT É DE L'ACADÉMIE D ES SCIENCES .

.Autrefois on lisait dans un cartouche cette chevaleresque épigraphe : DIEU, LE ROI, LES DAMES.


118

JUVISY-SUR-ORGE

Aussi, Delort,da ns ses Euvirous de Paris (T. 1), r:lit avec esprit : Ici, je ne connais personne; Mais, d'après ces trois mots, aisément je soupçonne Que du hameau les habitants Sont amis de leur Prince, et pieux et galants.

Observatoire. Signalons, à 400 mètres de cette pyramide, l'observatoire dirigé pa r l'astronome Camille Flammarion. C'est une ancienne maison de poste, artistement et confortablement restaurée, qui a été donnée au savant par un de ses admirateu rs, en 1882, M. Méret, de Bordeaux. La facade occidentale borde la route de > F on taine bleau. La façade orien tale a été transformée à l'ordre ionique, en r 889, par M. Giamarchi, architecte. La coupole de cet observatoire mesure 5 mètres de diamètre. Un portail monumental porte cette inscription au-dessus d'une imm ense étoile d'or : «Ad Veritatem pe1~ S czentz"am. » Le 29 juillet r88 7, S. M. Don Pedro II ,


CHAPITRE ONZIÈME

I 19

empereur du Brésil, est venu visiter ce domaine des étoiles et encourager cet infatigable et paisible explorateur de l'infini. Asile des Polonais.

Près de cet observatoire, M et Mme de Montessuy établirent, dans une dépen · dance du château, en 1866, un asile pour recevoir les soldats émigrés de la Pologne. Cet asile est toujours dirigé, avec le plus g rand dévouement, par les Sœurs Polonaises, de la Congrégation de Saint-Vincent de Paul. En terminant, donnons un souventr au célèbre et savant abbé Raynal qui, n'étant plus en sécurité à Saint-Germain-lez-Arpajon, vint se faire oublier à Juvisy et s'y soustraire aux recherches du Comité de St1reté Générale. Guillaume-Thomas Raynal, né à S aintGeniez en 1 7 I 6, mourut à Paris en 1 796· II fut attaché à la paroisse Saint-Sulpice de Paris, ma1s il renonça à l'exercice du ministère pour se consacrer aux lettres.


!20

JU \"ISY - SU R-ORf,; E

Parmi ses nombreux ouvrages citons

Mtmoires lzùtoriques de l'Europe, 1772 ; H-istoire pkilosop!lique des I ndes, édition condamnée, en 1 ï8 1, par le Parlement. Il venait d'être membre de l'Institut, lorsqu'il mourut.


~

TABLE DES MATIÈRES.

SOURCES HISTORIQUES

~

.

5

CHAPITRE PREMIER

Juvisy-en-Hurepoix: Ancienneté Etymologie . Territoire

7 9 10

CHAPITRE DEUXI ÈME

Le Prieuré . La Léproserie ou maladn:nt.

12

13

CHAPITRE TROISIÈME

Justice Seigneuriale et justice Royale. - Seigneurs primitifs .

19

CHAPITRE QUATR IÈME

Seigneurs spirituels et temporels. Notre-Dame des Champs-lez-Paris. Sentences du Grand Châtelet Poids et mesures . . Vols des papiers de Juvisy

Prieurs de 24

25 26 29

CHAPITRE CINQUIÈME

Seigneurs ecclésiastiques . Monseigneur de Saccardy. Messire Lemasle . Le Cadinal de Coisl m . Séminaire d'Orléans.

33

34

35 38 39

CHAPITRE SIXIÈME

Seigneurs laïques : Perrin du Chemin Jean du Puy. Hurault de l'Hospital Rossignol des Roches

~9

;o 50 52


122

TABLE DES MATIÈRES

Grand Salon. . . Le Château Le Parc . . . . { Le Pavillon .

53 ;;

s6

CHAPITRE SEPTIÈlllE

La haute Justice Seigneurs hauts Justiciers : Rossignol des Roches La Potenu. . . Antoine Portail . Sieur d'Héverard . Arnoult de Silhouette Louis de Brancas. Coupart de la Blotterie François Pajot. . . Brochant de Villiers.

58 59 6; 7 1

72 72 72

So 8o 83

CHAP ITRE HUITI~:~H.

L'église . . Les cloches. Le vicariat Les écoles . CHAPITR E NF.:UVI È lll E

Route de Fontainebleau Les Belles-Fontaines .

101

ro;

CHAPITR E DIXI b n :

Faits historiques La Fronde . Cour-de-France Henri lV. Napoléon

roS 110

''3 11 3

rq CHAPITRE O NZIÈME

La Pyramide . L'Observatoire. Asile des Polonais

11 7

r r8 119


Achevé d'imprimer sur les presses des EDITIONS DU BASTION Dépôt légal 3ème trimestre 1986


F.F. 129

Juvisy sur Orge  

Juvisy sur Orge (histoire)

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