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Secrétariat : Tél : 77 553 25 94 / 77 428 81 68

Amadou DIALO Chercheur Principal Délégué

C.T. THIAM

L’ALPHABET DE SYNTHESE POUR L’AFRIQUE (ASA) Un alphabet grenier pour les africains

I. INTRODUCTION A. Genèse de l’Asa. L’Asa est une innovation conçue et élaborée, depuis plusieurs années déjà, par El Hadji Cheikh Tidiane THIAM1. C’est un alphabet construit résultant d’une combinaison de graphèmes des alphabets «latin», pour les «éléments consonantiques», et «arabe», pour les «éléments vocaliques». Ce sont là, en fait, des composants d’écriture de langues auxquelles notre innovateur a été confronté dès sa prime jeunesse (comme tout citoyen de Saint-Louis du Sénégal). Ils sont aussi le reflet de la rencontre de deux courants culturels importants ou majeurs (bien que plus ou moins étrangers, exogènes ou d’emprunt) en Afrique noire, et ils restent les seuls ou du moins les plus usités – depuis longtemps – pour l’écriture des langues africaines. L’hypothèse fondamentale et de justification de cette innovation scripturaire est que la plupart des Africains peu ou prou alphabétisés n’auront, pour maîtriser l’Asa, à «apprendre» que les éléments de l’un des alphabets «de départ», ce qui permet d’espérer une possibilité de faciliter et donc également d’accélérer («booster») globalement l’alphabétisation dans nos pays (dont c’est l’un des «Objectifs du Millénaire pour le Développement» - OMD). Des débuts d’expérimentation en alphabétisation fonctionnelle (santé communautaire, mécanique générale, menuiserie et couture…) ont déjà permis de confirmer la facilité d’apprentissage de l’Asa appliqué à diverses langues sénégalaises et transnationales africaines2. L’Asa est également, pour son concepteur, une invitation à revoir les alphabets officiels des langues nationales africaines. Cette révision semble avoir déjà permis de relever et de proposer des solutions à quelques problèmes concernant certains desdits alphabets. L’Asa et son groupe de recherche (Grasa) visent en outre à s’impliquer dans la recherche, la valorisation et la promotion de terminologies scientifiques et techniques intra et inter linguistiques desdites langues. Et, pour son initiateur, l’Asa pourrait bien être le médium graphique d’un futur «espéranto panafricain». 

Enseignant-chercheur, Département de Linguistique générale et de langues négro-africaines, FLSH, Dakar. Spécialiste, de son état, en technologie appropriée de la santé (d’où sa notice sur la technique d’inhalation qui est l’un des textes d’illustration de l’Asa. Cf. Annexe), et chercheur principal du GRASA. 1 2

Rappelons qu’un défi a été lancé aux intellectuels africains lors d’un symposium tenu à Dakar le ……. pour trouver un consensus sur quatre grandes langues communautaires transfrontalières pour toute l’Afrique.

1


C. T. Thiam n’a pas revu et perfectionné tout seul son œuvre. Après les premiers balbutiements de celle-ci et sa maturation relative et tenant à lui faire obtenir une reconnaissance scientifique officielle, il a, dit-il dans sa notice d’information sur l’Asa, «opté, comme stratégie, l’implication des intellectuels et cadres du continent en général et des universitaires en particulier, en qualité de vecteurs incontournables dans la transmission des savoirs et des savoir-faire scientifiques, parce qu’ils constituent, à la fois, les producteurs et véhicules des idées innovantes susceptibles de catalyser tout développement pertinent et durable.» Ainsi, c’est après de nombreuses consultations, de contacts divers et de recherches variées de notre «innovateur» que l’ASA a fait l’objet de deux séminaires-ateliers, à Dakar: en décembre 2005, de première présentation et discussion publiques, et le 8 novembre 2008 (avec notamment des linguistes et des spécialistes de langues), de partage, de validation scientifique et d’appréciation de son application à diverses langues sénégalaises (dont cinq transnationales.) Ce second séminaire dont le rapport général a été adressé aux participants et autres intéressés, devait être suivi d’une opération portes ouvertes. Cette manifestation pourrait comprendre une exposition d’œuvres en Asa et des journées de travaux de spécialistes. Il s’agirait, là également, de confirmer la validation de l’Asa avec beaucoup plus de langues diverses et variées (négro-africaines, afro-asiatiques, créoles.) Ce pourrait être là aussi l’occasion de consolider le Réseau Africain d’Alphabétisation et de formation (RAAF)3 en rapport avec une cellule de veille et de suivi de l’Asa domiciliée à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar ainsi qu’un groupe de travail au département de Mathématique et informatique de la Faculté des Sciences et Techniques de l’UCAD pour l’élaboration de polices de caractères ad hoc. Le 14 août 2010, un système de signes de numération simple et, dit-on, relevant du bon sens, présenté par Cheikh Tidiane Thiam a fait l’objet de discussions au Centre du Calcul Informatique de la FST de l’UCAD. B. L’Asa et d’autres alphabets L’Asa n’est pas le premier «nouvel alphabet pour les langues nationales ou africaines» dont nous ayons eu connaissance depuis quelques décennies. Rappelons ici de «pures inventions» telles que, notamment4: - l’ébauche d’un «alphabet wolof» publié dans le n° de février 1978 du journal Kàddu (de P. Diagne et O. Sembène), sans lendemain et semblant seulement vouloir montrer que l’écriture peut n’être qu’une convention de représentation graphique des sons d’une langue; - le « nioulangué » («négritude, négrité»), qui nous a été officiellement soumis, pour appréciation, en 1986, et qui semble avoir disparu avec son visionnaire, S. Mbengue (qui l’aurait reçu dans une révélation mystique, en 1957, sous un grand baobab, à Bargny)…

3

Ce réseau crée dans la mouvance de l’ASA compte parmi ses membres en dehors des Sénégalais, des ressortissants de la Gambie, de la république de Guinée, de la Mauritanie, du Burkina-Faso, du Nigéria, du Cameroun, du Cap-Vert et de l’Algérie 4 Nous avons également eu vent, naguère, d’un alphabet nommé garey crée vers 1960 par A. Faye, enseignant de son état, qui l’a ressuscité récemment, lors d’une conférence de presse à Dakar, en vue d’une « unique langue africaine » de développement (encore l’Esperanto africain ?)… Pour une introduction à l’histoire de l’écriture, cf. : « Comment est née l’écriture », « Science et vie », hors série, n° 219, 2 juin 2002, Excelsior Publications, Paris.


Le cas de l’Asa pourrait être différent, nous semble-t-il, du fait que, d’une part, ce n’est pas une invention pure et simple, et que, d’autre part, il a déjà reçu (en janvier et mars 2009,) des appréciations positives des autorités aussi bien académiques que scientifiques de l’UCAD ainsi que du Ministère de la Recherche scientifique du Sénégal.5 Nous nous proposons, dans ce qui suit, de présenter quelques éléments et caractéristiques de l’ASA tels qu’il se présente actuellement ainsi qu’une synthèse des travaux de commissions du séminaire de validation.

II. PRESENTATION DES ELEMENTS DE L’ASA II.1. « Introduction » Avec le rappel de sa spécificité de constitution, C. T. Thiam indique que l’Asa6 : - « se veut une modeste participation à la recherche d’un système de transcription plus consensuel et dont la finalité serait l’interpénétration et, par delà, l’intégration des peuples de l’Afrique.» - « constitue une rencontre des deux courants culturels, le latin et l’arabe, très importants dans la plupart des pays africains… Il se révèle ainsi un outil intégrateur d’envergure régionale, d’où l’éponyme d’Alphabet de Synthèse pour l’Afrique. Le linguiste congolais Maweja Mbaya, Professeur à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, l’a baptisé ‘alphabet grenier de la communauté africaine’.» - « se caractérise par une exploitation des spécificités socio-culturelles voire confessionnelles7 qui constituent d’énormes potentialités et facteurs de motivation déjà assimilés qui devraient sous-tendre l’introduction et l’adoption de tout élément nouveau tel qu’un alphabet dans une communauté de tradition orale.» - « pourrait contribuer à la résolution d’une bonne part des problèmes relatifs aux systèmes de transcription en cours.» 8 - « vise, en outre, à faciliter l’inventaire, la valorisation et la promotion d’un vocabulaire scientifique à partir des langues nationales d’Afrique.» II.2. «Caractéristiques de l’ASA» Pour les langues et les consonnes en question, C. T. Thiam a exploité particulièrement: - Le «Clavier international de Niamey», par David Dalby, ACCT, 1984, Paris – qui se fonde sur l’Alphabet phonétique international (API) et des alphabets inter africains régionaux antérieurs9. 5 6

Cf. Annexe

Dans une Introduction antérieure, C. T. Thiam commençait d’abord par dire : « Je précise d’emblée que mon but n’est pas de contester, de déstabiliser ou de dévaloriser le ou les systèmes de transcription déjà existants. » 7 Un extrait du Coran : Au nom d’Allah le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux Lis, au nom de ton Seigneur qui a créé 1 Qui a créé l’homme d’une adhérence 2 Lis ! Ton Seigneur est le très noble 3 Qui a enseigné par la plume 4 A enseigné à l’homme ce qu’il ne savait pas 5 (sourate 62 : versets : 1 à 5) Un extrait de la bible : La Bible : Nouveau testament Yahvé dit : Taille deux tables de pierre, semblables aux premières tables que tu as brisées. Monte vers moi sur la montagne et j’y écrirai les paroles inscrites sur les premières. (Exode Chapitre 34 verset 1). 8 Vers la fin de la « Notice », C. T. Thiam indique aussi que : « On a noté qu’en milieu lettré, l’intercommunication par voie épistolaire, même au sein d’une seule et même communauté, n’est pas aisée faute de système de transcription harmonisé.» Cette remarque est sans doute d’abord valable pour l’écriture de nos langues nationales avec l’alphabet arabe, naguère en tout cas, du fait de disparités de représentation de certains sons desdites langues à partir de caractères dudit alphabet. 3 9 Cf. (p. 19) :


- Les «Alphabets de Langues Africaines», édité par Rhonda L. Hartell, SIL / UnescoBreda, 1993, Dakar – donnant des éléments d’alphabets nationaux de langues d’une vingtaine de pays d’Afrique noire. - Les décrets relatifs à l’orthographe et à la séparation des mots en langues nationales sénégalaises. Pour transcrire une quarantaine de langues communautaires transfrontalières, on dispose de 54 consonnes et 7 voyelles qui se divisent en 13 sons.10» a. Les consonnes Elles se présentent en minuscules scriptes11 comme suit :

b ɓ β c ƈ d ɗ ɖ f ƒ g G ɠ H h Ħ H j J k K l ɭ ɬ ɮ

ɲ ŋ p ƥ

m n

q r R s ∫ ç t ƭ ʈ ʈ v V w x X y ƴ z Z ȥ ʐ Q ’ Définition phonétique des consonnes 1 I II III IV

2

3

p b m P B

VII VIII

5

t d n T D

ƒ β f v

V VI

4

ʈ Z s z ȥ ɬ ɮ

∫ j

6

7

ʈ

D

ç

ʐ

V

8

10

11

c J k g q ɠ N ŋ C Y K G

X y

r l

9

χ

H

Q h Ħ

w

R ɭ

Nota : - Lieu d’articulation : 1. Bilabiales. 2. Labiodentales. 3. Dentales. 4. Alvéolaires. 5. Post-alvéolaires. 6. Rétroflexes. 7. Palatales. 8. Vélaires. 9. Uvulaires. 10. Pharyngales. 11. Glottales - API : Alphabet Phonétique International (1888, révision 1979) - I.A.I. : Alphabet de l’Institut Africain International (1927, révision 1930) - A.R.B. : Alphabets régionaux retenus à la réunion de Bamako (1966) - A.R.C. : Alphabet régional retenu à la réunion de Cotonou (1975) - A.A.R. : Alphabet africain de référence établi à la réunion de Niamey (1978) - A.A.R.2. Lettres supplémentaires proposées pour l’Alphabet Africain de Référence (projet Leverhulme, 1982) 10

La plupart des langues concernées ne compte chacune qu’entre 18 à 25 consonnes et 5 à 7 voyelles. L’arabe compte en réalité 3 voyelles. …. [a] ….. [i] ….. [u] le ….. [ Ә] qui représente le e de l’ASA indique dans l’écriture arabe une absence de voyelle ou marque une pause. 11

David DALBY Clavier International de Niamey : Si on accepte les majuscules comme un luxe culturel et décoratif mais non essentiel, on peut profiter d’un alphabet non seulement plus riche et efficace mais aussi plus facile à enseigner. Au point de vue de l’alphabétisation, on pourrait envisager une seule forme imprimée pour chaque lettre, accompagnée d’une écriture scripte (plutôt que cursive) où chaque lettre serait écrite dans une forme identique à son unique forme imprimée (12).

4


- Mode d’articulation : I. Occlusive orale sourde et sonore. II. Occlusive nasale. III. Implosive. IV. Fricatives. V. Latérales fricatives VI. Semi-voyelles. VII. Vibrante. VIII. Latérale. Remarques 1) L’Asa reprend les symboles suivants de l’API (en lieu et place des caractères respectivement correspondants des alphabets africains) : /J/ (= j en IAI…) /N/ (id. en IAI, ñ en Alphabet des Langues Nationales du Sénégal – A.L.N.). 2) L’Asa prend le /j/ du français au lieu du [Ʒ] de l’API, et conserve le /y/ de l’IAI au lieu de ([j] de l’API). 3) L’Asa garde le /H = ‫ «( ح‬pharyngale sourde ») de l’API/IAI mais préfère le /Q = ‫ع‬ (« pharyngale sonore ») de l’AAR au [ʕ] de l’API/IAI. 4) L’Asa prend le /’/ ‫ «( ﺀ‬occlusive glottale ») de l’AAR ([ʔ] en API). 5) L’Asa adopte /ɠ / (« occlusive uvulaire sonore ») au lieu de [G] de l’API. 6) L’Asa adopte /ʈ/‫ «( ث‬interdentale sourde ») au lieu de [ ] de l’API. 7) L’ASA adopte /R/ (« vibrante battue rétroflexe ») de l’AAR au lieu de [ ɽ ] de l’API. 8) L’ASA adopte /V/ (« semi-voyelle labiodentale») de l’AAR. 9) l’ASA adopte ç = ‫( ص‬fricative rétroflexe) de l’API 10) l’ASA adopte z / ‫ «( ذ‬fricative interdentale sonore») de l’AAR mais modifié en Z au lieu de [ð] de l’API. 11) l’ASA adopte z / ‫«( ظ‬fricative interdentale sonore emphatique») de l’AAR mais modifié en ȥ au lieu de [ð] de l’API. En résumé :

ɓ

β

c

ƈ

d

ɗ

../..

../..

../..

d/‫د‬

../.. ../‫ ض‬f/‫ ف‬../..

[b] [ɓ] [β]

[c]

[ƈ]

[d]

[ɗ] [ɖ]

b

b/‫ ب‬../..

ɖ

f

ƒ

g

G

ɠ

g/.. ../..

../..

[f] [φ] [g] [G]

[ɠ]

H

h

Ħ

H

j

J

k

K

l

../..

h/‫ھ‬

../‫ح‬

../..

j/‫ج‬

../‫ج‬

k/‫ک‬

../..

l/‫ل‬

[h]

[Ħ]

[H]

[Ʒ]

[J]

[k]

[K]

m

n

ɲ

ŋ

p

ƥ

q

r

m/‫م‬

n/‫ذ‬

../..

../..

p/..

../..

q/‫ق‬

r/‫ر‬

../.. s/‫ س‬../‫ ش‬ç/‫ ص‬t/‫ت‬

[ɲ]

[ŋ]

[p]

[ƥ]

[q]

[r]

[ɽ]

[m] [n] ƭ ../‫ﻄ‬

ʈ

ʈ

v

V

../‫ث‬

v/..

../..

[ƭ] [ʈ] [Ɵ] [v]

w

x

w/‫ و‬x/‫خ‬

[V] [w] [χ]

X

y

ƴ

ɭ

ɬ

ɮ

[l]

[ɭ]

[ɬ]

[ɮ]

R

s

ç

z

[s] Z

[∫] ȥ

ʐ

t

[s]

[t]

Q

../‫ ع‬../‫ﺀ‬

../‫ غ‬y/‫ ﻱ‬../..

z/‫ ﺯ‬../‫ ذ‬../‫ﻅ‬

[ɣ] [j]

[z] [ð] [ð] [ʐ] [ʕ] [ʔ]

[∫]

5


b. Les voyelles A partir des voyelles de base de l’arabe on a les 13 éléments suivants : …….

…….

…….

…….

…….

…….

…….

1

2

3

4

5

6

7

8

9

10

11

12

13

1 : a [a] 2 : a maximal [à] 3 : a fermé [ɐ] 4 : i lâche [I] 5 : i tendu [i]

6 : u [y] 7 : ou lâche [U] 8 : ou tendu [u]

9 : o ouvert [ ] 10 : o fermé [o] 11 : è ouvert [ε] 12 : é fermé [e] 13 : e central [Ә]

Il faut souligner que les signes symbolisant le système vocalique arabe ainsi que ceux qui en sont dérivés ne sont pas des « signes diacritiques » mais constituent les voyelles de l’ASA.

Fermées tendues Fermées

Antérieures …….. [i]

Centrales …….

…. .… [i] [y]

……..

Mi-fermées

……..

[e]

Mi-ouvertes ou moyennes Ouverte

……..

[ε]

……. [Ә]

Postérieures ……..

[u]

……..

[u]

……..

[o]

……..

[ ]

…….. …..….. [a]

Maximale …….. [a] NB : Le système de numération ASA en cours d’expérimentation au Centre du Calcul Informatique se présente comme suit :

1 2 3 4

5

6

7

8

1

5

6

7

8

2

3

4

9 0 9

0

3. « Les clés d’accès à l’ASA » a. Clef n° 1 – Les correspondances des voyelles (en Asa, Alphabet des langues du Sénégal, français, API). Voyelles ASA Alph. officiel Lang. Nat.Sén. Français API

...... ..a.. ..a.. [a]

...... ..i... ..i.. [i]

...... ...... ..u.. [y]

...... ...... ..u... ..o.. ..ou.. ..o.. [u] [ ]

...... ..e.. ..è.. [ε]

..... ..ë.. ..e.. [Ә]

6


b. Clef n° 2 – Les voyelles sont disposées par rapport aux consonnes comme dans l’écriture arabe c’est-à-dire placées directement au dessus ou en dessous de la consonne. Exemples : pa&té [pa:tε] prénom wolof ; pété [pεtε] bague en swahili ; kora [kora] instrument de musique ;

ba [ba] enfant en bawoulé ; ruwa

[ruwa] eau en houassa ;

Nimi

[Nimi] broyer en

manding ; Zanabu [Zanabu] queue en hassaniya ; pati [pati] casser en zarma ; nina [nina] poisson en lingala ;

di [di] enfant en soso ; Di [Di] lance en bassa ; saw [saw] danser en akan ; solo

[solo] entrer en douala ; muSaSa [mu∫a∫a] nouveauté en kirundi ; ju [Ʒu] brûler en banda

;

Noka

[Noka] serpent en kikongo ; Bodu [Bodu] singe en lele ; kuSé [kuSε] bienvenue en krio ; Fé [Fe] année en eve ;

Sa [Sa] s’écarter en banda ; Xétri [ɣetri] lune en mina ; Nogé [N gε] ordure en

soso… c. Clef n° 3 – Le h évidé (H)12 constitue le support de toutes les voyelles qui ne s’accompagnent pas de consonnes. Il joue donc dans ASA le rôle d’une consonne muette. Exemples : Hamad [amadu] prénom, Hala [ala] terre en igbo ; Hilé [ile] pleurer en lélé ; Hita [ita] frère en sango ; Hagama [agama] caméléon en eve ; Hura [ura]or en zarma ; Hé~g [εg] suspendre en krio ; HaNu [aNu] oreille en dogon ; HarD [arD] terre en arabique ; HaamanNa [amanNa] noms en luganda…

Cette consonne postiche permet également dans certaines langues comme le diola de séparer deux voyelles identiques dont la suite ne se réalise pas comme une voyelle longue. Cette opération de disjonction était représentée auparavant par l’apostrophe (’) 13 qui risquait d’avoir différentes fonctions en Asa. Exemples : kare’en [karεεn] (fait d’équilibrer, de rendre égal) qui s’écrit en Asa

karéHén.

ere'ey [εrεεy] (limite) qui s’écrit en ASA HéréHéy d. Clef n° 4 – la gémination existe en ASA. Elle se matérialise par le doublement de la consonne. Exemple : siggi [siggi] se redresser 12

Des « lettres évidées » se trouvent dans le «Nouveau syllabaire de Mamadou et Bineta», («à l’usage des écoles africaines »), Edicef, 1992, célèbre ouvrage de A. Davesne, dont l’édition originale date d’au moins 1950. Ainsi, l’«évidement» y représente, évidemment, la non prononciation desdites lettres dans, par ex. : taba joli , o !, crie , pa , peti , vieu … 13 L’apostrophe ( ’ ) représente dans l’Asa l’occlusive glottale. A l’inverse, la liaison automatique à l’orale est notée par la lunule (

) ou marque de coarticulation comme en API.

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e. Clef n° 5 - Un simple tiret sur la ligne allonge la voyelle quelle qu’elle soit.

su&du [su:du] chambre en pulâr ; to&to& [to:to:] grenouille en manding ; ga&ré [ga:rε] mensonge en soninké ; Ba&k [ɓa:k] fruit de baobab en sérére ; bi&r [bi:r] ventre en wolof ; zo&no [zo:no] hier en luganda

Exemples :

Le tiret sur la ligne n’indique « à première vue » qu’un allongement « syllabique » plutôt que « vocalique » (ou bien « et/ou vocalique », le signe de la voyelle étant disjoint de celui de l’allongement). En fait, cet élément voudrait reprendre ici le principe de la notation des voyelles longues en arabe, au moyen de lettres « adjointes » (alîf, wâw, yâ). L’A.S.A toutefois, simplifie pour ainsi dire ledit principe, qui réduit les signes en cause à un seul au lieu des trois de l’arabe14. f. Clef n° 6 – La nasalité Le Tilde (~) est utilisé pour noter toutes les formes de nasalité / nasalisation L’utilisation généralisée du tilde pour noter toutes les formes de nasalité/nasalisation pose la double question du statut phonétique ou phonologique de l’A.S.A, et du rapport de celui-ci avec les alphabets officiels nationaux15 (Cf ci-dessous, 4. Additif)

1) La prénasalisation consonantique est matérialisée par un tilde en suscrit devant les consonnes concernées. Exemples :

~buru [mburu] pain en wolof ; ~dugu [ndugu] frère en swahili ; li~gala (lingala]

langue de RDC et Zaïre ;

la~p [lamp] lampe en français ; ~bu [mbu] Dieu en Nusi ; ~dar

[ndar] Saint-Louis… 2) La nasalisation vocalique est matérialisée par un tilde à la suite ou en complément des voyelles concernées : Hɐ [ã], HƂ [ũ],

HƁ [õ], HL

[ œ] Exemples :

1. fƁ [fõ] langue principale du Bénin qui risque d’être confondu avec fon [fon]

narƁroŋ [narõroŋ] en diola qui risque d’être confondu avec naronroŋ [naronroŋ] 3. ɧakɐ [akã] langue du Bénin qui risque d’être confondu avec akan [akan] 16 4. ɧƂ [ũ] tortue géante en wolof 2.

3) Le « geignement » caractéristique de certaines langues du groupe mandé, est matérialisé par un tilde encerclé Q. Ce geignement est assez comparable au « hein ‘nasonné’ » du français qui s’écrit, faute de mieux, « humm ». Exemples : qfa&ta [nfa:ta] « je n’ai pas faim », Qfa&ta [nfa:ta] « nous n’avons pas faim » en manding

14

Cette notation des voyelles longues dans les langues sémitiques, adoptée par l’hébreu au VIIIe s.av.J.C. puis par l’arabe, a été, semble-t-il, initiée par les scribes araméens avant même l’adoption, au moyen-âge, des diacritiques représentant les voyelles (brèves) Cf. Sciences et vie, op.cit.p.67. 15 Au départ C. T. THIAM n’avait choisi le tilde que pour couper court aux controverses et divergences sur la notation des prénasalisés (mb, nb) dans la sous-région. 8 16 Le fon [fõ] (bénin) et l’akan (Ghana) risquent d’être prononcés [fon] et [akan] à cause de la consonne finale n.


g. Clef 7 : Autres éléments. a) Pour la notation des tons C.T. Thiam en est arrivé aux propositions suivantes : / Ӛ/ haut, / Ӟ / haut-bas, / Ӝ / bas, / ӝ/bas-haut Exemples : baӚ [bá] = "ami",

ba [ba] = "moment", baӜ [bà] = "surface" en toura / côte d’ivoire baӚ dƁ Ӟ [bá dõ] "c’est une rivière", baӜ dƁ Ӟ [bá dõ] "c’est une chèvre" en bambara ro&gӜo [ro:gò] case en mooré ; paӚga [pága] femme en mooré ; déӚn [dεn] enfant en dioula ; no&Ӝ [no:] vache en senoufo ;

b) Les digraphes et trigraphes dont on ne trouve pas le correspondant en un seul graphème sont notés comme tels ou en mettant en suscrit la ou les lettres dites inaudibles. Exemple : gbagbo / gbagbo [gbodosu] nom béninois ; gbi/ gbi [gbi] panthère en bété ; kpé / kpè [kpe] pierre en eve. c) L’Asa permet également la translittération assez aisée des mots empruntés, de plus en plus nombreux dans le langage des Africains, mais également celle de discours « bilingues », i.e. affectés d’alternance codique (et dont C. T Thiam possède des textes wolof–français ainsi d’ailleurs que d’autres wolof–arabe en Asa). Exemples :

HBklEm [ãklym] (enclume) ; kFparèzF [kõparεzõ] ; Xanam [ɣanam] (‫ غنم‬/caprin) ; ȥulma [ðulma] (‫ ظلم‬/obscurité) ; Zi&z [ði:z] (these) ; ti&ʈ [ti:Ɵ] (teeth)  létɐdar sɐglɐ Hé levé (L’étendard sanglant est levé) [letãdar saglã ε ləve]. 17 gétu ~dar sa~gulé&n téy la fé&t (Guet-ndariens faites-vous beaux, c’est le jour de fête) 

[getundar saŋgule:n tej la fε:t]  SSika yata ya& qawmi& bila& Qamalin

‫َذرُو ان ِّش َكايَةَ يَا قَ ْو ِمي بِالَ َع َمم‬

[ðaru SSika:jata ja: qawmi: bila: Qamalin]

té& bo&k Nu déf sunuy Na&n ca ~birya muy sabab ya18 [tε: b :k Nu dεf sunuj Na:n ca mbirja muj sabab ja] d. «Avec cette combinaison des caractères gréco-latins et arabes,…on pourrait transcrire la plupart des langues africaines en ajoutant les consonnes qui leur sont spécifiques.» 4. Additif a. L’Asa peut être d’abord un alphabet phonétique global (africain) permettant de transcrire très précisément les sons, mots et textes des langues et dialectes. Un tel alphabet peut avoir un nombre indéterminé de signes (principaux et diacritiques) qui permettent de faire beaucoup de distinctions. En tant que tel, l’Asa est comparable à l’API ou à l’IAI.

17

La marseillaise selon les gamins de Ndar-toute, cousins à plaisenterie des Guet-ndariens tous habitants la langue de barbarie à Saint-Louis. 18 Extrait d’un poème de Serigne Babacar SY premier khalif Général des Tidjanes lors de la guerre 39-45 proposé par Imam 9 Moussa GUEYE


b. L’Asa est cependant déjà aussi un alphabet phonologique quand il transcrit des langues données en tenant compte (plus ou moins explicitement) d’éléments et de règles d’écriture (de type phonologique et orthographique) officielle desdites langues – y compris, simplement, l’adoption de graphèmes tels que ceux de l’IAI et de diverses langues nationales19. c. Il peut y avoir des conflits entre les principes, d’une part, de précision de notation phonétique et, d’autre part, de réduction phonologique, s’agissant d’une même langue (et de ses éventuelles variétés) ou, qui plus est, de plusieurs langues20. Ainsi, pour l’écriture des principales langues africaines, l’Asa doit assumer des «principes scientifiques» aussi bien explicites qu’implicites. Cette tâche reviendra à la cellule de recherche sise au département de linguistique / FLSH/UCAD et à laquelle tous les linguistes et scientifiques africains ou africanistes intéressés peuvent apporter leurs contributions.

III. SYNTHESE DES TRAVAUX DES COMMISSIONS DU SEMINAIRE DE VALIDATION DE L’ASA DE NOVEMBRE 2008. Restitution des travaux de commissions (poular, mandingue, wolof, hassania, soninke, diola, sérére) Pertinence et cohérence L'ensemble des commissions est arrivé à la conclusion que l'ASA était pertinent, en ce sens qu'il permet de transcrire les langues concernées et que dans certains cas il parvient à régler des problèmes de transcription que les alphabets existants ne sont pas arrivés à résoudre de manière satisfaisante. Il a également été reconnu unanimement que les caractères et les signes diacritiques constitutifs de l'ASA représentaient un ensemble cohérent. Problèmes relevés Plusieurs problèmes ont été néanmoins relevés par les commissions. Ils ont en général trait aux choix de représentation d'une propriété phonologique variant dans une même langue selon l'identité lexicale des morphèmes qu'elle exprime. Le cas de la représentation de la nasalité s'est ainsi posé avec récurrence dans les langues mandé représentées dans l'échantillon de langues retenues pour cet atelier par le soninké et le mandinka. Les membres des commissions concernées ont proposées des solutions qui ont mis en évidence l'importance du recours aux études linguistiques pour la résolution de ce genre de difficulté. Recommandations Les recommandations faites par les participants s'assortissent aux axes principaux suivants:  La vulgarisation et la formation de formateurs  la création d'une unité de recherche  L'ajout éventuel à l'alphabet de caractères manquants  La prise en compte de l'identité de statut phonologique de morphèmes différents dans les choix de construction. 19

Cf. J. L. Doneux, « La mise en écriture du créole », in Réalités africaines & langue française n° 11, Dakar, Clad, 1979, p. 105 : « Les écritures convenant aux langues ne sont pas des écritures phonétiques, comme on le dit parfois, mais des écritures phonologiques ; et le rapport entre la phonologie et l’écriture peut être variable, selon que les langues présentent ou non une phonologie de base assez proche de ce qui est réellement prononcé.» 20 Ibidem, p. 118 : « Il y a bien entendu des conditions linguistiques à une écriture interphonologique valable… la 10 principale est certainement qu’elle doit rendre compte du maximum des oppositions phonologiques présentes


IV. BREVE CONCLUSION On a pu dire que l’invention de l’écriture n’est pas seulement celle d’une technique mais même, comme l’affirmait déjà J. J. Rousseau, celle du levier ou de la condition d’une transformation culturelle profonde reposant sur une véritable mutation des aptitudes intellectuelles et organisationnelles humaines, dont le "miracle grec" serait en quelque sorte l’expression la plus évidente. Ainsi donc, la « concoction », le choix ou la proposition d’un alphabet est susceptible de constituer un événement non innocent dans une société donnée. Depuis ses premiers tâtonnements jusqu’aujourd’hui, et notamment entre 2005 et 2008, l’Alphabet de Synthèse pour l’Afrique (Asa) de C. T. Thiam a fait des avancées qualitatives et quantitatives très significatives. Il a été bien accueilli par la plupart des linguistes, spécialistes de langues et universitaires d’autres disciplines du Sénégal. Le travail, la recherche et les actions le concernant doivent cependant se poursuivre sur ou dans divers points ou domaines que nous avons pu évoquer ci-dessus. J. L. Doneux21 considérait que «le choix d’un ‘alphabet’, comme on dit couramment, relève de considérations sociolinguistiques et simplement sociologiques.» Deux spécialistes d’histoire de l’écriture22 considèrent, l’un, que l’écriture latine était plus facile à apprendre que d’autres et que «l’invention de l’alphabet contenait en germe une ‘démocratisation’ de l’écriture », et, l’autre, 22que l’écriture arabe n’est pas facilement adaptable à une langue non sémitique (et à vocalisme riche) mais que « ce ne sont pas des considérations pratiques mais des arguments idéologiques qui amènent à adopter une écriture plutôt qu’une autre.» De telles considérations peuvent parfaitement justifier l’essence et l’existence de l’ASA qui fait une association synthétique d’éléments de deux alphabets dont les qualités et les défauts peuvent se corriger mutuellement. Dans des situations socioculturelles et géopolitiques telles que celles de l’Afrique (noire) actuelle, la visée de C. T. Thiam est de rassembler de façon consensuelle et conviviale ce qui est encore séparé, et de participer, dans un domaine premier, à l’avènement du Panafricanisme linguistique, qui doit être un volet important de l’unité ou de l’intégration africaine.

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21

Op. cit. p. 116. D. Briquel, Directeur à la Sorbonne, directeur d’Etudes à l’EPHE, Paris. Cf. Science et vie, op.cit. p 93 Cf. 22 C. Robin, Directeur de Recherche au CNRS, Directeur du Laboratoire des études scientifiques anciennes, Collège de France, Paris. Science et vie, op. p. 108 Science et vie, op. Cit. p. 92 et 108. 22

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ASA  

Alphabet de Synthèse Pour l'Afrique

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