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ZAGORA

Guide historique et culturel de la Zagora en Région de Split-Dalmatie


ZAGORA DALMATE Joško Belamarić


ZAGORA DALMATE Guide historique et culturel de la Zagora en RĂŠgion de Split-Dalmatie

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Cetinska krajina

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58 Biokovo, Imotski, Vrgorac

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ZAGORA DALMATE Guide historique et culturel de la Zagora en Région de Split-Dalmatie Le rideau de la chaîne Dinarique qui commence à Klis sépare depuis des siècles les espaces angoissants et accidentés de l’intérieur de la Dalmatie et la mer s’étendant à l’infini et s’ouvrant vers le monde. Des dizaines de récits de voyage ont décrit, non sans une certaine frayeur poétique, l’émotion qu’inspire l’éloignement de la ligne étroite de la côte dalmate étirée au pied des massifs montagneux qui, vus de la mer, ressemblent aux frères d’Atlas. Déterminer les dénominateurs culturels de la Zagora représente, aujourd’hui encore, une tâche délicate, les aspects anthropologiques de l’arrière-pays dalmate étant souvent perçus dans l’optique des idéaux de la Renaissance ou du cynisme des Lumières, de la démesure du romantisme et du progressisme. Depuis la chute du féodalisme médiéval, la vie y est tant de fois repartie à zéro que certains observateurs ont l’impression que les coutumes populaires sont liées à une préhistoire idyllique, dans laquelle le silence du karst sur le plateau vers Promina, derrière le mont Biokovo, le murmure des eaux vives des rivières Zrmanja, Krka, Čikola et Cetina, et les ondulations des champs de blé à Petrovo, Hrvatačko et Vrgoračko

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polje, sur des terres généreuses près de Strmica et Sinj, forment un cadre idéaliste pour la bonne santé, le cœur joyeux, la sincérité morale des gens du pays, thèmes abordés sous des angles différents par l’abbé Fortis et Ivan Lovrić, à l’époque baroque, par Dinko Šimunović et Ivan Raos dans un passé plus récent, et aujourd’hui par Ivan Aralica et, à sa manière, par Miljenko Jergović.

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Nom et histoire générale Le nom de Dalmatie vient du latin «Delmatia» (par exemple, chez Plinius et Dionis), nom que les Romains ont donné au début du Ier siècle à leur province Illyricum, peuplée, entre autres, par la tribu belliqueuse des Delmates («Delmatae»), occupant, selon les sources historiques, l’espace entre les rivières Krka et Cetina. Le nom de leur capitale Delminium est préservé dans le toponyme «champ de Dumno ou Duvno» (aux environs de la ville actuelle de Tomislavgrad). Les Delmates ont résisté avec tant de fermeté aux Romains que ceuxci les identifiaient avec l’ensemble des tribus qui peuplaient le territoire de la province de Delmatia. Leur nom, ainsi que des milliers de tumuli sur le continent et sur les îles témoignent de leur métier principal: Delm, Dalm signifie en ancien illyrien – berger, troupeau, mouton; d’où le mot Delminium = pâturage. Il est à noter qu’en albanais moderne, le mot delmë - dalmè signifie «mouton». Les Delmates étant aussi des navigateurs expérimentés, des pirates, vers la fin de l’Antiquité l’ensemble du territoire de l’Illyricum représente pour les Romains ce que la Prusse était au XIXe siècle pour l’Allemagne – une pépinière de militaires et d’empereurs qui, à l’instar de Dioclétien, tentent de réinstaurer la discipline la plus rigoureuse et les vertus romaines originelles.

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C’est en Zagora dalmate que sont écrites certaines des pages les plus importantes de l’histoire croate du IXe au XIe siècle, ce dont témoignent les monuments écrits conservés entre les sources et l’embouchure de la Cetina. Le cadre territorial de la Dalmatie en général, et de sa partie «située derrière la montagne» (ce que veut dire le mot Zagora) en particulier, changeait au fil des siècles, surtout dans son arrière-pays montagneux. A partir de la fin du Moyen-Âge, cet espace sera pendant deux siècles et demi le point de rencontre entre le christianisme et l’islam. La plus grande partie de la Zagora en Région de Split-Dalmatie correspond à l’ancien noyau de la Région dalmate – comprenant les secteurs de la Dalmatie continentale qui constituent, à l’époque, la partie centrale de l’Etat croate, avec Knin, Sinj, Imotski, Klis et la riviera de Makarska. Elle passe au début de XVIe siècle sous le règne ottoman, pour être annexée, à l’issue des guerres vénitiennes et turques au cours du XVIIe et au

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début du XVIIIe siècle, aux territoires vénitiens en Dalmatie. Dans ces guerres, les gens du pays, dirigés par leurs commandants, chefs de haïdouks et princes, ont joué un rôle très important. La nouvelle ligne de démarcation (1699) séparait la Dalmatie de la Turquie par une série de points stratégiques et de fortifications, de Zvonigrad à Čitluk sur la Neretva, en passant par Knin, Vrlika, Sinj, Zadvarje et Vrgorac. Au cours de leur nouvelles opérations de guerre (17141718), les Turcs, après avoir conquis la Morée, ont dû également renoncer à d’autres secteurs dans l’arrière-pays de la côte croate: Strmica, Trilj et la région d’Imotski. La nouvelle ligne de séparation (1721) a donné à la Dalmatie continentale sa forme actuelle. La reprise de la vie normale dans la région de Zagora, systématiquement dévastée pendant des siècles, n’a pas été facile. En vertu de ses lois de 1755 et 1756, la Vénétie a distribué aux personnes méritantes les parcelles les plus spacieuses du territoire «nouvellement et dernièrement acquis», ainsi que deux «camps de Padou» de terres cultivables à chaque paysan, à condition de les transmettre à ses héritiers masculins, de ne pas les vendre et de donner la dîme de sa production. Les paysans avaient également l’obligation de planter au moins 4 arbres fruitiers, oliviers ou mûriers. L’intention était évidemment d’attacher aux terres ce peuple nomade morlaque peu

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constant, comme on le faisait jadis avec des vétérans militaires romains. L’historiographie n’a pas encore dit son dernier mot au sujet de ces lois, peut-être à cause de la suggestivité du proverbe de l’époque: La proclama zaratina, dura de la sera a la matina (La proclamation de Zadar, dure du soir au matin). Nos académiciens-physiocrates (surtout Radoš Ante Michieli Vitturi, fondateur de l’Académie d’agriculture de Trogir à Lukšić) se sont attaqués à cette loi qui, d’après eux, ne tenait pas suffisamment compte de la mentalité morlaque rustre des gens du pays et qu’elle empêchait l’élargissement des fermes. On a procédé quand même aux travaux de drainage des marais, d’abord autour de Knin et de Sinj, puis autour de Nadin et d’Ostrovica, enfin autour de Vrgorac, Rastok et Imotski – auxquels ont participé des milliers d’agriculteurs. Les villes et les villages prennent progressivement forme (on proposait qu’ils soient aménagés selon le modèle de ceux en Lika!); on commence à construire les routes, les ponts, les premiers établissements industriels

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et les mines. Une grande impulsion au développement de cette région a été donnée par la construction des routes à l’époque de l’administration française au début du XIXe siècle, quand la Dalmatie compte déjà 308.108 habitants, contre 50.000 en 1650 ou 108.090 en 1718. Après le traité de Požarevac, le nombre d’habitants augmente de 150% en quatre-vingt ans, bien que la population connaisse sept années de faim sur dix! Dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, on découvre la région de Zagora non seulement comme une ressource économique intacte mais aussi comme une sorte de civilisation endémique au milieu de l’Europe des Lumières, ce dont témoignent les comptes-rendus d’Albert Fortis et de son opposant Ivan Lovrić. Les Vénitiens appellent Morlaques les habitants de la Dalmatie continentale (en dehors des petites villes) – d’après les Morovalaques, groupe des Valaques qui se distinguaient par leurs costumes traditionnels noirs. Grâce à Fortis, ce nom est accepté dans toute l’Europe, où les Morlaques deviennent l’une des grandes découvertes préromantiques, synonyme des gens vivant dans une oasis qui n’a pas été touchée par les conventions de la civilisation. Ce fut longtemps l’un des territoires les moins développés et les plus pauvres de la Vénétie, puis de l’Autriche. La culture héroïque et patriarcale prédominante, qui fut pendant des siècles le

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trait définitoire essentiel de la mentalité des montagnards («gorštaci»), trouve son expression la plus classique dans les œuvres des écrivains populaires comme fr. Filip Grabovac et fr. Andrija Kačić-Miošić. Aujourd’hui aussi, la Dalmatie continentale, qui s’étend jusqu’à la frontière entre la Lika et la Bosnie-Herzégovine, vit d’une certaine manière comme partie intégrante du grand ensemble ethnographique dinarique. Parmi ses coutumes anciennes, il faut mentionner: le rapt, le plus souvent simulé, de la future mariée («umicanje»); la vendetta et la «vražda», qui existait jusqu’au XIXe siècle; les haïdouks; le chant populaire «ojkanje» qui tire son origine des plus anciennes couches ethnographiques méditerranéennes et balkaniques. La répartition caractéristique des villages entre les grandes et les petites tribus familiales (groupe qui repose sur des liens de parenté entre ses membres, qui portent le même nom de famille) se maintient toujours dans certaines

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localités. La Zagora est caractérisée par des petites villes denses, construites dans les vallées, en règle générale au pied des fortifications anciennes (Knin, Drniš, Sinj, Imotski, Vrgorac), autour d’une place de marché centrale. L’importance de ces centres administratifs et économiques, la plus visible au cours des foires du dimanche, diminue dans la période entre deux guerres, grâce à l’amélioration des liaisons routières avec les villes côtières. D’autre part, la Zagora est caractérisée par des villages étalés, aux dénominateurs tribaux. Situées en bordure des champs de blé, les chaumières, appelées «potleušice», sont construites «à sec» (sans mortier). Les gens vivaient de l’élevage de bétails, de la culture de l’olivier et de la vigne. La Zagora a connu un certain essor au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle, avec la conjoncture des vins dalmates. Mais, d’abord la «clause du vin» (contrat signé entre l’Empire austro-hongrois et l’Italie portant sur le dédouanement des vins italiens lors de leur importation), puis les maladies qui ont touché les vignobles dalmates (le mildiou et le phylloxéra); enfin, la première guerre mondiale et les événements politiques du XXe siècle, font que le départ en Amérique, en Australie et après les années 60 en Allemagne représente, pour de nombreux habitants de la Zagora, la seule sortie de la misère. Le réveil de la conscience nationale croate chez les catho-

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liques, d’un côté, et l’adhésion à l’option serbe chez les orthodoxes, de l’autre, seront à l’origine des conflits ethniques dans la deuxième moitié du XIXe siècle, avec des conséquences tragiques au cours de la deuxième guerre mondiale et vers la fin du XXe siècle. Au sein du jeune Etat croate, la Zagora cherche de nouvelles voies de développement, s’appuyant dans une grande mesure sur le tourisme, auquel elle ouvre tout son espace caractérisé par une diversité paysagère exceptionnelle, qui en fait un parc culturel, historique et naturel de beauté unique.

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KLIS La forteresse au-dessus du col de montagne (340 m) entre Kozjak et Mosor, c’est-à-dire entre le bassin de Solin et de Split et la Dalmatie continentale, a une grande importance stratégique à l’époque préhistorique et dans l’Antiquité. Au Xe siècle, Constantin Porphyrogénète mentionne Klis comme chef-lieu de la circonscription croate Primorska župa (Parathalasia), qui s’étendait de Pantan (près de Trogir) à Žrnovnica, avec l’arrière-pays correspondant. Ce tsar et écrivain estime que ce nom vient du mot grec KLEISA, qui signifie – clé, ce qui correspond au syntagme relatif à la position de cette forteresse comme «la clé de la Dalmatie». Le souverain croate Trpimir édicte en 852 la charte qui mentionne «curtis nostra que Clusa dicitur», si bien que son invité saxon Gottschalk, l’un des plus grands théologiens et philosophes de l’époque, expulsé du pays des Francs, pourra s’y réfugier pendant deux ans. Gottschalk a décrit les batailles menées par Trpimir (846-848) à l’encontre des villes côtières romanes et leurs sponsors byzantins. Au XIIIe siècle, Klis est cédé comme fief royal aux templiers, puis aux seigneurs féodaux croates Šubići et Nelipići. C’est à Klis que se réfugiera le roi croato-hongrois Bela IV avec sa suite, fuyant les 14


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Les routes romaines. Trois routes romaines, datant de l’époque du légat P. Cornelius Dolabella (legatus Illyrici superioris, de 14 à 18 ap. J.-C.) traversaient les gorges de Klis et menaient vers l’intérieur. La route qui menait «usque ad imum montem Ditionum Ulcirum», c’est-à-dire au village de Grab situé de l’autre côté des Alpes dinariques - via Klis, Dicmo, Sinj, Čitluk, Vrlika, Knin et la vallée de la Butišnica - était longue de 77.500 pas romains. La deuxième route reliait Salona et Čitluk, et plus loin Prolog, via Klis; quant à la troisième, elle menait vers Trilj et plus loin, vers la Bosnie, via Aržano et Buško Blato.

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Tatares (1241/42). C’est ici qu’est née Sainte Marguerite de Klis, sa fille. Ce sera également le siège du roi de Bosnie Tvrtko et des bans croates, avant de tomber en 1537 entre les mains des Turcs, en dépit de la défense héroïque, chantée par le peuple, du capitaine de Senj et de Klis Petar Kručić. Klis devient le chef-lieu du sandjak pour la Dalmatie centrale et une partie de la Bosnie, et plus précisément, pour la région appelée “vilajet des Croates”, qui comprend la majeure partie du royaume médiéval de la Croatie. La frontière entre la Dalmatie turque et vénitienne se situe à l’époque sur la rivière Jadar à Solin. Split devient une petite enclave chrétienne aux confins de l’Empire ottoman, sans propriété agraire sur le continent. (Il ne faut pas s’étonner qu’à la fin du XVIe siècle, l’un des généraux vénitien proposera à son gouvernement de céder aux Turcs Split et Primorje central!) La forteresse de Klis a été libérée par le général Leonardo Foscolo le 31 mars 1648, pendant la guerre de Candie. La forme polygonale irrégulière de la forteresse (304 m de long dans le sens E-W; avec seulement 53 m de large dans le sens N-S) est déterminée par la forme géomorphologique de la falaise abrupte qui s’élève à 358 mètres d’altitude. La forteresse est entourée de trois murailles. Elle a été construite en plusieurs étapes échelonnées sur un temps très long, de l’Antiquité tardive jusqu’au XIXe siècle, et garde 16


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de nombreux éléments de la fortification médiévale, avec la tour de Kružić dans sa partie la plus élevée. Les ingénieurs vénitiens Magli et Santini ont élaboré au milieu du XVIIe siècle le projet de construction de plusieurs bastions dans la première et la troisième enceinte de murailles, de nouvelles citernes, d’entrepôts de munitions, des quartiers des membres de l’équipage (qui comptait environ 300 officiers et soldats). Après le repli des Turcs, un faubourg a été construit du côté sud. L’église abbatiale recèle les fresques de V. Parać aux motifs liés à l’histoire de Klis. Situés entre le bassin Salonique et la vallée de la Cetina, au carrefour de voies de communication importantes, les champs karstiques Dicma et Muća ont déjà à l’époque préhistorique et antique une grande importance stratégique, ce que confirment les batailles menées au début du Ie siècle, au cours de la rébellion illyrienne de Bato contre les légions d’Auguste. Sur les versants nord du mont Mosor, on trouve la grotte Vranjača, ouverte au public en 1929, à laquelle on accède par Dugopolje et le village de Kotlenica.

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Le nom de Mosor issu, selon une étymologie populaire, du latin Mons Aureus, est lié aux légendes sur les mines d’or et les trésors enfouis. Selon une autre interprétation, il serait issu du mot illyrien qui signifie «le mont solitaire» (il existe aussi une divinité illyrienne, Masser). Ce massif montagneux impressionnant s’étend au-dessus d’un plateau karstique spacieux, long de 25 km, entre le col de Klis et la rivière Cetina, dont le canyon en fait une sorte d’île isolée. En géomorphologie, le terme «mosor» désigne (dans plusieurs langues) toute montagne en position isolée. L’exploration du mont Mosor a été ouverte par le botaniste R. Visiani (1824). Les aspects géologiques ont été étudiés par F. Kerner dans son œuvre capitale (1904); les aspects anthropologiques par F. Ivanišević (1903); et les aspects spéléologiques par R. Bujas et U. Girometta au début du XXe siècle.

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Dugopolje Dugopolje – à seulement dix kilomètres de Salona – situé au carrefour d’importantes voies romaines menant vers le nord (Aequm – auj. Čitluk) et le nord-est (Pons Tiluri – pont sur la Cetina près de la ville actuelle de Trilj, au-dessous de Gardun où était situé le camp romain de la VIIe légion Tilurium, probablement sur l’emplacement des anciennes habitations illyriennes), et plus loin vers Narona. L’importance de sa position est confirmée par la richesse des objets archéologiques, exposés au Musée archéologique de Split).

Blizna Situé au milieu d’un paysage arcadique dans l’arrière-pays de Trogir, qui autrefois faisait partie de la circonscription Parathalassia, l’une des quatorze circonscriptions croates, qui s’étendait du mont Mosor, et plus précisément de Klis et Trogir jusqu’à Labin (y compris Radošić). A l’est, sa frontière était à Žrnovnica et, vers Split, à Suhi most (à Dujmovača). Les recherches récentes, menées au cours de la reconstruction de l’église Sainte-Marie, ont révélé l’existence des contreforts extérieurs semi-circulaires, semblables à ceux de l’église Saint-Sauveur près des sources de la Cetina ou de l’église sur Lopuska glavica à Bikupija, près de Knin, datant du IXe siècle. L’église à Blizna avait un 20


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vestibule avec la tour clocher en façade et l’escalier extérieur. L’ornementation de l’autel (entrelacs croates) encadre l’inscription gravée en mémoire du župan de la circonscription croate ancienne de Cetina.

Derrière Kozjak La nouvelle autoroute a mis en valeur la beauté sauvage des paysages de l’arrière-pays de Kozjak. Celui-ci est inscrit dans l’histoire d’abord à l’époque des guerres entre les Romains et les Delmates. Dans la gorge près de Sinodium (dont le site n’a pas encore été parfaitement localisé), entre Promina de Drniš (Promona) et Muć (Andetrium), les légions de César, guidées par le légat Aulus Gabinius, subissent en 48-47 av. J.C. une défaite désastreuse: plus de 2000 soldats romains périssent sur le champ de bataille, et leurs drapeaux tombent entre les mains des Delmates. L’importante Via Gabiniana, qui traverse ce secteur et relie Salona et Muć, sera construite plus tard, à l’époque de Tibérius. On y trouve de nombreuses traces de la modeste vie pastorale d’autrefois, dont les formes millénaires n’ont pas, jusqu’à un passé très récent, beaucoup évolué. Les villages se développent en bordure des champs minuscules et étroits, exceptionnellement autour des castels et des églises paroissiales, comme c’est le cas de Konjsko, situé près du pittoresque castel de la noble famille splitoise Tartaglia (originellement Jakovljević), ou de Muć Donji, près de l’église de la 22


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BRANIMIRO COMMES DUX CRVATORVM En mai 879, le prince Branimir devient le souverain de la Croatie côtière, se libérant pour la première fois de la domination franque et byzantine, choisissant comme son projet politique la protection spirituelle du pape Jean VIII (ce dont témoignent plusieurs correspondances papales), régulant ensuite ses relations avec Byzance (ce que confirme le fait que son protégé Théodose, ancien évêque de Nin, est promu archevêque de Split). Pendant son règne, le culte slave est introduit dans l’église croate: Méthode («apôtre slave») a séjourné en Croatie en 880, au cours du voyage à Rome qu’il a entrepris pour défendre devant le pape le bien fondé de son enseignement. Mentionné dans plusieurs correspondances papales, le nom de Branimir figure aussi sur un fragment de la poutre

Nativité de la Vierge, et de Muć Gornji, près de l’église Saint-Pierre. A l’époque romaine, on y trouvait le castrum Andetrium, ce dont témoignent les monuments funéraires et les vestiges architecturaux. Au-dessous de l’église actuelle Saint-Pierre (construite en 1871), on a découvert les fondations d’une église croate ancienne construite pendant le règne du prince Branimir (qui est elle-même l’adaptation d’une église encore plus ancienne datant de l’Antiquité tardive).

en pierre devant l’autel de l’église SaintPierre à Muć, sur une inscription de l’an 888, qui représente la plus ancienne date documentée sur un monument épigraphique croate médiéval. Comme les autres monuments en pierre caractérisés par leur ornementation en entrelacs croates, il témoigne d’une vie culturelle et religieuse active et florissante dans la Croatie du haut Moyen-Âge.

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RÉGION DE CETINA La partie de la Zagora dalmate (cca 1000 km²) bordée de deux chaînes de montagne parallèles, le mont Svilaja et le massif dinarique (composé des monts Ilica, Dinara, Troglav et Kamesnica), avec la rivière Cetina qui traverse la longue vallée encaissée dont le fond est composé des champs de Cetina (Cetinsko polje), de Vrlika (Vrličko polje), de Hrvace (Hrvatačko polje) et de Sinj (Sinjsko polje). Les champs de Koljani (Koljansko polje) et de Ribarić (Ribaričko polje) sont immergés aujourd’hui par le lac de Peruća (Peručko jezero). La Cetina prend sa source dans cinq «vrila» karstiques en forme de lac, au fond d’un entonnoir profond, à 380 m d’altitude entre les monts de Gnjat (1809 m) et de Dinara (1831 m), à deux kilomètres au nord de Vrlika. Elle coule à travers les défilés, s’élargit dans le champ de Sinj, et accélère le cours en traversant les canyons qui forment un demi-cercle en bordure du mont Mosor, avant de se jeter dans la mer près d’Omiš. Son nom antique Hippus (du grec «hippos» = cheval) décrit probablement le caractère indomptable de son cours supérieur, rappelant le galop du cheval. Les vestiges archéologiques (habitations fortifiées et lacustres, nécropoles à tumuli) démontrent que le cours supérieur de la Cetina

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Grâce à sa forme majestueuse, à sa longueur impressionnante et à la diversité de ses formations karstiques souterraines et superficielles, le mont Dinara a donné le nom à la plus grande chaîne montagneuse sur la presqu’île balkanique. Il était pendant des millénaires le mur entre les mondes méditerranéen et continental. Son nom porte l’empreinte de la tribu illyrienne des Dindares, qui peuplait ses pentes orientales. Dans l’Antiquité, il portait le nom grec Adrion oros. Sa face tournée vers la route Vrlika – Knin est la plus impressionnante, ses rides horizontales profondes formant une sorte d’escalier géant avec des marches d’environ 2 mètres de haut. Il s’agit de la première montagne croate dont s’est inspirée une œuvre littéraire - le célèbre voyage utopique «Planine» (Les Montagnes) de Petar Zoranić (1536). Dans cette première œuvre en prose dans la littérature croate de la Renaissance, Zoranić décrit ses «deželje» et notre «rasuta baščina».

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constituait la principale artère du territoire delmate. Les autorités romaines expulsent les habitants de la plupart des habitations fortifiées en bordure des champs, et attribuent les parcelles de terre fertile aux vétérans militaires de la VIIe légion romaine (leg. VII. Claudia pia fidelis) stationnée à Gardun (ant. Tilurium).


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Les toponymistes estiment que le nom de la rivière Cetina vient du mot phrygien Zétna, qui signifie «la porte», et serait donc lié à la description de l’embouchure de la Cetina, qui a creusé dans le massif en pierre une «porte» vers la mer. Rares sont les rivières aussi courtes qui, comme la Cetina, se caractérisent pas une telle diversité de formes. C’est dans le profond canyon entre Trilj et Zadvarje que son cours est le plus impressionnant, avec la cascade Velika i Mala Gubavica. Haute d’une centaine de mètres, c’est «l’une des cascades les plus effrayantes en Europe», bien que l’hydrocentrale Kraljevac construite en 1912 ait affaibli sa force. Tournant brusquement vers l’ouest, elle poursuit son cours au pied du mont Omiška Dinara, en longeant la côte. Elle ralentit son cours au milieu des prairies bordées de peupliers près de Zakučac, avant de franchir la porte en pierre à Omiš et de se jeter dans la mer. Ces dernières quelques années, la descente en raft sur la Cetina est devenue un loisir touristique quasi incontournable.

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Tilurij Tilurij, situé à l’extrémité sud-est de la vallée de la Cetina, à l’endroit où la Cetina quitte le champ de Sinj et entre dans les gorges de Zamosor et de Biokovo, avant de se jeter dans la mer près d’Omiš (Oneum). C’est ici, à l’endroit où la route de Salona traverse le pont et se dirige vers Narona et la Bosnie, que s’installe le camp romain fortifié de la VIIe légion, sur l’emplacement des anciennes habitations fortifiées illyriennes – au plus tard à l’époque de la rébellion pannonienne et delmate de Bato (6-8 ap. J.-Ch.). Les unités militaires l’ont quitté entre l’an 147 et l’an 161. Les recherches systématiques, qui sont en cours, ont permis de reconstituer l’emplacement des remparts, de l’entrepôt à blé monumental et de la citerne, peut-être même du pretorium (logement du commandant en chef). Une inscription dit que vers l’an 150, la VIIIe cohorte des volontaires a construit pour cette garnison légionnaire «la tour pour l’élévation de l’eau» (turrem ad aquam tollendam). Jusqu’à présent, on n’a pas pu confirmer l’existence d’un amphithéâtre, qui accompagne, en règle générale, le siège des légions romaines. (Ce n’est que très récemment qu’un amphithéâtre a été découvert à Burnum - Ivoševci, au-dessus de la Krka). Un type spécifique de stèles funéraires a été fabriqué pour les besoins de la légion dans l’atelier de taille de pierre à Gardun. L’exemple le plus intéressant est fourni par la stèle représentant le garçon Gaius La-


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La grotte Gospodska pećina (1185 m de couloirs ont été explorés jusqu’à présent) près des sources de la Cetina, à proximité de Vrlika, recèle les vestiges d’un habitat du Paléolithique. La période de la fin de l’âge de la pierre/du cuivre, vers l’an 1900 av. J.-C. au milieu de l’âge du bronze, vers m’an 1600 av. J.-C., est marquée par la culture de Cetina liée aux immigrants de langue indo-européenne, éleveurs de bétails qui se sont installés à proximité des grottes, vivant dans les habitations semi-souterraines dans les dolines, dans les habitations lacustres et dans les habitations fortifiées. Les artefacts en céramique et les armes de l’époque

berius avec un ballon dans la main, scellée dans le mur de la maison Petković dans la rue Vrlička à Sinj. C’est de Gardun que provient le célèbre «trophée», monument grandiose consacré à la victoire de la VIIe légion contre les indigènes, érigé vers l’an 12 ap. J.-C. (représentant un Delamte et un Pannonien en fers, agenouillés sous la colonne de trophées étalant les insignes militaires conquis). Découvert en 1886, il est exposé au Musée archéologique de Split. 31


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Trilj Le pont le plus important sur la Cetina à l’époque préhistorique et antique (Pons Tiluri – selon le camp militaire à Gardun – mentionné dans les itinéraires antiques): une inscription romaine de l’an 184 (exposé au musée archéologique de Split) évoque la reconstruction du pont financée par plusieurs villes dalmates de l’époque. L’acte de donation de l’empereur Iustinien (VIe siècle), par lequel Pons Tiluri devient la propriété du célèbre couvent Monte Cassino, confirme son importan-


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ce. Aujourd’hui, c’est un lieu de visite pittoresque (très apprécié par les gastronomes), qui représente le point de départ idéal pour les descentes en raft et les randonnées équestres. Les moulins sur la petite rivière Grab, riche en truites, représentent l’un des lieux de visite les plus populaires. Sur les hauteurs au-dessus de la route qui mène de Trilj vers la Bosnie, au milieu d’une réserve naturelle parfaitement préservée, on trouve la fortification Čačvina. Elle est mentionnée pour la première fois en 1371 comme siège du prince de Cetina, Ivan II Nelipić. Cette fortification offre une vue unique sur la région de Cetina, qui ressemble à un amphithéâtre géant entouré de montagnes.

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Otok Situé à l’extrémité ouest du champ de Sinj. Une grande cité lacustre préhistorique a été découverte dans le secteur de Priblaće et Dugiš. Au-dessus du hameau Šuste, on trouve une habitation fortifiée préhistorique, transformée en fortification de l’Antiquité tardive, et sur le site Mirina, les vestiges d’une grande basilique paléochrétienne dotée d’un baptistère. Non loin de la ville actuelle de Sinj (Osinium delmate), on trouvait la ville planifiée d’Aequum (et donc sans prédécesseurs illyriens), auj. Čitluk, colonie agraire des vétérans romains, fondée par l’empereur Claudius (Colonia Claudia Aequum). Il s’agit de l’unique localité de rang colonial à l’intérieur de la province romaine de Dalmatie. Seule a été explorée une partie du forum entouré de portiques au centreville, au croisement de deux grandes routes. Le Capitolium se trouvait du côté nord. Malheureusement, le site n’a jamais été exploré ni présenté de manière plus systématique. Les fameuses statues en marbre représentant les déesses Fortune et Hécate, la tête sculptée d’Héraclès et les autres artefacts de Čitluk sont exposés aujourd’hui au Musée du couvent des Franciscains et au Musée de la région de Cetina à Sinj.

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Sinj Les monuments funéraires retrouvés à Ruduša, au pied de la colline de Grad (exposés au musée de la région de Cetina), nous révèlent le caractère de la religion delmate originelle et ses pratiques proches de la magie (liées au culte du Soleil et aux croyances en l’immortalité de l’âme). A l’époque romaine, les versants sud de la Ville abritaient les habitations des Osiniates delmates: d’où le nom Osinium, et au Moyen-Âge Fsini (1341), Zyn (1345, quand le roi croato-hongrois Ludovic le Grand l’offre au prince de Knin Ivan Nelipčić pour son siège), Syn, Syngh, Wssyn, et enfin Sinj. Au début du XVIe siècle, l’ensemble du territoire de la Krajina est occupé par les Ottomans, qui forment la «nahija» de Cetina avec Sinj comme chef-lieu. Après la perte de Sinj en 1698, les Turcs tentent de reconquérir la ville en 1715, mais ils essuient une grande défaite le 15 août (fête de l’Assomption de la Vierge). Pour commémorer la victoire héroïque obtenue grâce à l’intercession de la Bienheureuse Vierge Marie, des générations des habitants de Sinj organisent le tournoi chevaleresque Alka de Sinj.


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La circonscription de Cetina, l’une des 11 circonscriptions croates anciennes (du haut Moyen-Âge), se situait aux environs de Sinj et occupait la partie centrale de la vallée de la Cetina, ce dont témoignent les vestiges d’une série d’églises dotées de somptueux meubles en pierre (église Saint-Sauveur sur la Cetina, Koljane, Hrvace, Grab, Udovičići, Brnaze) et les nécropoles découvertes à Kijevo, près de Vrlika, à Potravlje et ailleurs. Au sein de la Croatie médiévale, la circonscription de Cetina devient une principauté dont héritent, au cours des XIVe et XVe siècles, les familles aristocratiques croates les plus distinguées: Šubići, Frankopani, Talovci et Nelipčići, qui font construire les fortifications et les villes à Glavaš au pied du mont Dinara, à Vrlika, à Potravlje, à Sinj, à Čačvina (mentionné pour la première fois en 1372) et à Nutjak, forteresse dirigée par le prince de Poljica Žarko Dražojević, tué lors d’une embuscade en 1508, au cours de sa tentative d’apporter des vivres à la ville assiégée de Sinj. Le tableau représentant Notre Dame des Miracles de Sinj, apporté, dit une légende, par les Franciscains ayant fui Rama, orne l’autel en marbre (Pio et Vicko Dell’Acqua, fin du XVIIIe siècle) et attire de nombreux fidèles de toute la Dalmatie à l’occasion de l’Assomption de la Vierge, le 15 août. Au cours de sa restauration, l’examen radiographique a confirmé que la toile a bien été pliée plusieurs fois, apparemment pour pouvoir être transportée au cours de la fuite.

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La physionomie urbanistique de la ville actuelle de Sinj a été créée à la fin du XVIIe siècle et au cours des XVIIIe et XIXe siècles, quand est formée la ville pittoresque sur les versants de la colline Grad, où l’on est en train d’explorer les vestiges imposants du bourg médiéval (construit à l’emplacement d’un castel de l’Antiquité tardive, datant du VIe siècle).


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Alka (Tournoi de l’anneau). Compétition équestre où les chevaliers sur leurs montures essaient en plein galop (la vitesse ne doit pas être inférieure à 45 km/h) d’atteindre avec leurs lances l’anneau en fer suspendu sur une corde à une hauteur de 3.22 m. L’anneau ou alka (de l’arabe «halqua») est composé de deux cercles concentriques attachés au moyen de trois pièces métalliques: on obtient 3 points si l’on réussit à atteindre le centre, 2 points pour avoir atteint l’ouverture la plus haute, 1 point pour avoir atteint l’une des ouvertures latérales. Le «tir au centre» est suivi de la musique et des coups de canon de la petite forteresse Kamičak. Le vainqueur du tournoi est le chevalier qui a le plus grand nombre de points à l’issue des trois courses successives. Si plusieurs chevaliers ont le même nombre de points, on assiste aux prolongements («pripetavanje»). Le vainqueur gagne le grand prix et une récompense matérielle qui lui permet d’organiser le cocktail auquel sont invités tous les participants à ce tournoi chevaleresque. De nombreux spectateurs suivent également la «répétition générale»: la «bara» se déroule vendredi et la «coja» samedi (sans costumes solennels). Seuls les citoyens irréprochables, originaires de Sinj et de la région de Cetina, peuvent participer en tant que chevaliers («alkari») à cette compétition annuelle, organisée suivant le modèle des tournois chevaleresques médiévaux (le tournoi de l’anneau a eu lieu aussi à Makarska, à Split et dans d’autres villes) le premier dimanche du mois d’août, en l’honneur de Notre-Dame (Gospa) qui, selon la légenda, a sauvé la ville, et pour commémorer la victoire glorieuse, en 1714, de 700 chevaliers de Sinj sur l’armée turque, beaucoup plus nombreuse (60.000 soldats), qui assiégeait la ville. La procession solennelle est tout aussi impressionnante que la compétition elle-même, avec le duc et sa suite, le chef de haïdouks et une unité d’apprentis chevaliers, le porteur de massue, deux jeunes hommes qui guident le cheval Edek (le cheval sans chevalier qui porte le trophée, et qui appartenait au chef de l’armée turque, le serasker Mehmed-pasha Ćelić), le porte-drapeau et sa suite, et à la queue de la colonne, l’«alajčauš» (commandant de l’unité d’alkari qui participe lui-même à la course) – tous habillés en costumes authentiques et richement décorés.

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Le couvent des Franciscains a été fondé en 1699, quand les frères franciscains et le peuple de Rama se réfugient à Sinj. Incendiée en 1714, endommagée lors du séisme en 1769, l’église a été entièrement reconstruite en 1862. Le clocher est construit dans la période 18961926. Fait partie du couvent le Musée qui recèle des objets archéologiques précieux d’Aequum, ainsi que les collections d’ethnographie et de sciences naturelles. C’est en 1713 qu’a été construite la petite forteresse Kamičak (reconstruite en 1890), et au-dessous d’elle le quartier militaire de l’armée vénitienne (celui-ci abritera prochainement la cour des Alkari et une collection de musée.) Le complexe des maisons de Lovrić est le seul bâtiment de logement entièrement préservé datant de cette époque. Le pont sur la Gorusica, à l’entrée sud de la ville, a été construit en 1784 «pour favoriser le développement du commerce». Réputée pour son marché, la ville de Sinj connaît un véritable essor au XIXe siècle, quand elle devient le siège des autorités municipales, administratives et judiciaires; quand est fondé au sein du couvent des Franciscains le lycée classique, première école supérieure en monarchie autrichienne avec le croate comme langue d’enseignement (1853); quand est mis en place le chemin de fer à rails étroits («rera»), quand est amenée l’eau de la source Kosinac et quand on aménage les parcs publics.

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Les Franciscains de la province Bosna Argentina (Bosna Srebrena, suivant Srebrenica en Bosnie) ont obtenu déjà en 1463 l’«ahdname» du sultan Mehmed II, privilège qui leur permettait d’exercer leur service pastoral en Bosnie et en Dalmatie turque, en tant que seuls représentants de l’église catholique jusqu’à l’arrivée des AustroHongrois. La Dalmatie turque est restée sous la juridiction pastorale de cette province franciscaine bosnienne jusqu’à l’an 1734, quand est fondée à Sinj la nouvelle province franciscaine du TrèsSaint-Rédempteur. Pendant des siècles, les couvents des Franciscains représentent les seuls centres de la vie religieuse et les seuls établissements éducatifs et culturels «in partibus infidelium». Guides du peuple dans les affaires spirituelles, mais aussi dans les affaires matérielles, les frères franciscains sont très respectés et appréciés. La littérature franciscaine, imprimée à ses débuts en écriture appelée «bosančica», variante occidentale de l’écriture cyrillique, a un caractère suprarégional, car elle prépare la création de la norme linguistique et littéraire štokavienne de la langue croate. Une place à part est réservée

à l’œuvre du fr. Andrija Kačić Miošić intitulée Razgovor ugodni naroda slovinskoga (1759), consacrée au pauvres, aux agriculteurs et aux bergers. Les vers baroques de Kačić, imprégnés de l’esprit médiéval et du folklore, et qui se transmettent de génération en génération en formant la tradition populaire et une manière de penser caractéristique des montagnards, constitue l’autre pôle du patrimoine littéraire croate, à l’opposé d’«Osman», œuvre savante de Gundulić.

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Cetina Cetina est le nom du petit village situé près des sources de la Cetina, qui jouait un rôle important dans l’histoire croate du IXe au XIe siècle, comme chef-lieu de la circonscription de Vrhrika (Verchrecha – dans le sens sommet «vrh», source de rivière). Celle-ci comprenait les villes: Glavaš, Prozor, Sinj, Trilj, Stolac, Gradac, Nutjak, ainsi que Tugari et Poljička župa. C’était la plus grande des cinq circonscriptions croates qui s’étendaient à l’époque sur le territoire de la région actuelle de Split-Dalmatie (les quatre autres étant les circonscriptions d’Imotski, de Zminje, de Klis et de Drid). Au XVIe siècle, les habitants de Vrhrika fuient les Turcs et se réfugient dans la forteresse Prozor, en «important» le toponyme de leur village d’origine - Vrlika. La forteresse Prozor est construite au début du XVe siècle par Hrvoje Vukčić Hrvatinić. En 1421, le roi croato-hongrois Sigmund de Luxembourg l’offre à Mikac Vitturi, son régent à Trogir (celui-ci avait quitté cette ville après l’entrée de l’armée vénitienne, qui lui avait confisqué ses biens). L’église abbatiale Notre-Dame-du-Rosaire est construite vers la fin du XIXe siècle à l’emplacement de l’ancienne église. Les tableaux qu’elle recelait (peints par C. Medović et B. Bulić) ont été détruits en 1992, durant l’occupation serbe de Vrlika, ainsi que le monument en bronze

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La ronde de Vrlika représente l’une des danses populaires croates les plus impressionnantes. Des danses semblables existaient dans d’autres secteurs le long de la côte croate, ce que confirme Juraj Šižgorić, humaniste de Šibenik du XVe siècle – qui nous fournit des informations précieuses sur les chansons d’amour et de noces et les danses populaires de Šibenik, voire sur ce que l’on appelle aujourd’hui «ethno-patrimoine». Il observe que «les danseurs de la ronde marquent le rythme en trépignant»… Bien sûr, son éducation humaniste le pousse à décrire ce qu’il observe en se référant aux modèles antiques. Il cite le professeur du fils du roi croato-hongrois Matija Korvin, qui voit à la même époque (première Renaissance) les Croates danser all’antica (et qui écrit: «Quand les danseurs s’arrêtent, ils frappent tous au même moment des pieds contre terre»), ce qui fait penser Šižgorić à un vers d’Horace qui servira, loin des terres rugueuses illyriennes – dans le cercle florentin des Medici, de concetto à la fameuse «Primavera» de Botticelli.

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L’église Saint-Sauveur près des sources de la Cetina a été construite au IXe siècle par le župan de la circonscription de Cetina, Gastik, en mémoire de sa mère Nemira et de ses fils. L’église était dotée d’un sanctuaire à trois absides et d’une église-porche (Westwerk) avec une chapelle privée à l’étage, d’un clocher-façade (le clocher le mieux conservé dans l’architecture croate du haut Moyen-Âge). A proximité de l’église, on trouve une grande nécropole (précieux site archéologique où 1.102 sépultures datant du IXe au XIVe siècle ont été inventoriées et étudiées jusqu’à présent). Les monuments funéraires les plus imposants appartiennent aux familles les plus distinguées de l’ancienne région de Vrh Rika: c’est le pays natal des grandes familles seigneuriales croates des XIVe et XVe siècles – Šubretići et Berislavići (qui ont donné deux bans).

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dédié au fr. Filip Grabovac en face de l’église. Vrlika est la ville natale de l’écrivain Milan Begović, et la fontaine pittoresque dans la partie est de la ville fait partie de la scénographie originelle de l’opéra croate le plus populaire «Ero s onoga svijeta» du compositeur Jakov Gotovac. Parmi de nombreux autres lieux de visite importants, une place à part est réservée au Pont en plaques «Pločati most» sur la Cetina, datant du XVIIIe siècle, composé des plaques funéraires récupérées dans un cimetière médiéval détruit, probablement dans le hameau Preočani sur la Cetina, en bordure sud du champ de Cetina.

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Glavaš La fortification du Moyen-Âge tardif, datant des XIVe et XVe siècles (avec la tour circulaire bien conservée à trois étages) est construite dans la gorge vers Unište, au-dessus de la vieille route à l’intérieur de la Bosnie. Sur les cartes plus récentes, elle est mentionnée sous le nom de Dinarić.

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Ero s onoga svijeta. L’opéra populaire «Ero s onoga svijeta» du compositeur Jakov Gotovac (Split 1895 - Zagreb 1982) a été présenté sur plus de 80 scènes musicales européennes, dans neuf langues. Il se produit pour la première fois le 2 novembre 1935 au Théâtre National Croate à Zagreb et reste jusqu’à nos jours l’œuvre musicale croate la plus jouée, en dépit de la conclusion de sa première critique: «Encore un compositeur croate qui a eu beau écrire un opéra». Gotovac s’est appuyé sur l’excellent libretto de Milan Begović, qui lui a permis d’exprimer son penchant pour le comique et l’humour. La musique et le texte s’inspirent du folklore des Slaves du sud – des danses de la Zagora dalmate (l’impressionnante

Potravlje Village situé à 11 km au nord de Sinj, dominé par les restes de la fortification Travnik construite au pied du mont Svilaja par le prince de Cetina Ivaniš Nelipić au début du XVe siècle. Aujourd’hui encore, le village est réputé pour la fabrication des ustensiles en céramique grâce à une technique très ancienne. ronde finale) aux chants des jeunes filles du Kosovo (le chœur qui ouvre l’opéra «Duni mi, duni, lađane»).

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Poljica Une microrégion aux environs d’Omiš, à l’embouchure de la Cetina, mais qui historiquement n’incluait pas cette ville issue de la cité romaine d’Oneum sur la rive gauche de la Cetina, à la frontière qui séparait les territoires des deux grandes tribus illyriennes, Delmates et Daorses – qui peuplaient le secteur entre la Cetina et la Neretva. Au Moyen-Âge, Oneum représente une base navale des pirates de la vallée de la Neretva. Ce fut aussi le siège de la famille seigneuriale Kačići, qui représentera une menace pour toutes les villes adriatiques – celles-ci chercheront à signer la paix (Kotor 1167; Dubrovnik 1180). «La position géographique elle-même les poussait au piratage», affirme un auteur baroque de récits de voyage. Les moulins de Radman, avec ses platanes séculaires et ses lacs poissonneux en truites, représentent un lieu de visite (et de baignade) très attractif, relié par une ligne de bateau à la ville d’Omiš, à l’embouchure de la Cetina. Sur le promontoire au-dessus de la rivière, on trouvait la forteresse Viseč (XIVe et XVe siècles). Tout atour, le long du mont Primorska kosa (qui sépare les secteurs Donja Poljica et Srednja Poljica) et du mont Dinara, à Omiš et dans son arrière-pays, on a répertorié de nombreux tumuli en pierres et habitations fortifiées illyriennes (Gradac au-dessus de Zakučac et ha-

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bitations illyriennes à proximité de la forteresse médiévale Starigrad au-dessus d’Omiš). La route étroite creusée dans les défilés au-dessus de Zakučac, autour de la Cetina, passe à côté du monument (œuvre d’Ivan Meštrović) dédié à Mila Gojsalić, connue pour sa mort héroïque en 1570, quand elle a mis le feu dans le camp militaire turc. Le village de Gat (Srednja Poljica) recèle les vestiges de l’église paléochrétienne (VIe siècle) de type central «double coquille», avec le grand couloir, trois conques, et le narthex, dédiée probablement au Saint Cyprien, ainsi que l’église abbatiale actuelle. Sa découverte confirme la thèse sur l’existence d’une cité ancienne, qui correspondrait à Gedata (Antiquité tardive). Près de l’église, on trouve le musée historique de Poljica (où est exposé, entre autre, le costume du prince de Poljica), et le monument dédié aux victimes du carnage que les tchetniks, protégés par les fascistes italiens, ont perpétré le 1er octobre 1942. Non loin, à Ostrvica, on voit les vestiges d’un château de chasse de l’Antiquité tardive appartenant à un dignitaire de l’époque, auquel est lié probablement la construction de l’église à Gat. Ce site important fera l’objet de recherches archéologiques plus approfondies.

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Sur la rive droite de la Cetina, à son embouchure, on trouve la petite église Saint-Pierre-na-Prikom, l’un des plus importants édifices croates anciens (IXe-XIe s.). Il s’agit de l’église à une nef avec coupole, cloisons et murs bien différenciés. Le couvent des Bénédictins se trouvait probablement à côté. C’est ici que se déroulent entre 1074 et 1080 les procès liés au droit de propriété, dont décide le roi Slavac (Slavizo rex), l’un des administrateurs de la région de Neretva. A côté de l’église, on trouvait aussi le séminaire glagolitique (Seminarium Illyricum) fondé en 1750 pour la formation des prêtres en langue croate, et fermé en 1879. Le père Frane Bulić a été formé dans ce séminaire.

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Un sentier de montagne (4 heures de marche) mène de Gat, via Dubrava et Kozik, au sommet du Mosor (Saint-Georges 1318 m, qui doit son nom à l’ancienne chapelle dédiée au patron de Poljica). Une chaîne de montagne s’étend entre le mont Mosor et la mer, et sépare les secteurs de Srednja Poljica et de Primorska Poljica (le secteur de Srednja Poljica comprend les villages suivants: Žrnovnica, Gornje Sitno, Donje Sitno, Srinjine, Tugare, Dubrava). Chaque village donne un nom différent à la partie de la montagne au pied de laquelle il se situe; il s’agit le plus souvent des noms de titulaires des églises anciennes ou de divinités (Perun au-dessus de Žrnovnica était le dieu slave de l’orage). En bordure de la bande à caractère Flysch au pied de la montagne, on trouve une série de villages anciens pittoresques (Podstrana, Jesenice, Duće). On accède au village de Podgrađe, situé à l’extrémité est du secteur de Poljica via Zvečanje et Kostanje, dominé par Kostanjska ljut avec ses vignobles minuscules plantés de cépages autochtones, robustes et de petite taille, qui résistent à la bora du Mosor. Près de la rivière, on trouve Studenci, lieu de visite attractif avec ses vieux moulins. A Kostanje, il faut visiter le château Gojsalić, où sera exposée bientôt la collection consacrée à l’héroïne Mila Gojsalić, «Judita de Poljica».

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République de Poljica. Les habitants des villages de Mosor sont particulièrement fiers de l’histoire de leur «Knežija de Poljica» (République des paysans), une organisation étatique médiévale originale, composée de 12 municipalités rurales, dirigées chacune par un knez. Les habitants de Poljica payaient le tribut aux Turcs, à la Vénétie (ils lui donnaient aussi les soldats), mais leur Knežija avait ses propres lois (Statuts de Poljica), dont s’est inspiré, semblet-il, l’humaniste anglais Thomas More (1478-1535) au cours de la rédaction de son œuvre «L’utopie». Il s’agit du droit coutumier codifié, aux dispositions très démocratiques, mais qui privilégient toutefois la noblesse («plemeniti didići i vlasteličići») au détriment des gens du peuple («kmetići i vlašići»). A côté du Code de Vinodol, les Statuts de Poljica représentent le monument historique et juridique croate le plus intéressant. La Knežija de Poljica avait le Grand conseil présidé par le grand knez, élu pour un mandat d’un an, dans la petite église à Gradac (beau point de vue), à l’occasion de la Saint-Georges, le 24 avril. Le croate tchakavien était sa langue officielle, et la «bosančica» (variante croate de l’écriture cyrillique) son écriture officielle. Son territoire était bordé par la rivière Žrnovnica, par la mer et par le coude de la rivière Cetina. Elle a gardé son autonomie jusqu’à la bataille sanglante près de Strožanac en 1807 au cours de la rébellion à l’encontre de l’armée napoléonienne. Le dernier knez de Poljica, Ivan Čović, s’est enfui en Russie à bord de son bateau.

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Non loin de Sitno (dont est originaire la famille d’Antun Mihanović, auteur de l’hymne national croate «Lijepa naša»), on trouve l’église gothique octogonale Saint-Clément, construite selon le modèle de la cathédrale de Split, mais aux dimensions plus petites. Dubrava (Gornja Poljica) abrite l’église Saint-Luc, un complexe qui s’est développé entre les XIIIe et XVIe siècles, avec la tombe de l’évêque Nikola Ugrinović. Le chemin qui descend vers Tugari (mentionné en 852) mène à l’église du Bienheureux Arnir, construite à l’endroit où, selon la légende, les habitants de Poljica ont lapidé cet archevêque de Split en 1180, quand il est venu collecter les redevances de son domaine à Poljica. Les villages du secteur de Zamosor sont rassemblés autour des champs karstiques minuscules (v. les hameaux pittoresques de Donji Dolac, avec l’église Saint-Martin au joli clocher baroque; le cimetière recèle le stećak (stèle funéraire médiévale) élevé en mémoire d’une autre héroïne de Poljica, Mara Žuljević, qui a trouvé la mort en luttant contre les Turcs. On y voit aussi le monument dédié aux 426 victimes des nazis tuées le 26 mars 1944. Les habitants de Poljica ont fait preuve d’un grand héroïsme dans la lutte contre les Turcs. L’un des plus connus, Žarko Dražojević (†1508; enterré dans la cathédrale de Split), a trouvé la mort lors d’une embuscade, après une série d’exploits héroïques chantés par

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Les rivières dalmates peuvent être subdivisées en trois types. Font partie du premier type les rivières qui prennent leur source à la frontière de la bande côtière à caractère flysch et des montagnes calcaires: bien que courtes, ces rivières abondent en eau (Jadro, Rijeka dubrovačka, Škudra, et une série d’affluents, petits ou temporaires). Font partie du deuxième type les rivières qui prennent leur source au pied de la plus haute crête dinarique et reçoivent l’eau des roches imperméables autour de leur cours supérieur; ces rivières ont formé les dolines et canyons dans les plateaux calcaires. C’est d’ici que partent la Zrmanja, la Krka et la Cetina, pour se séparer ensuite, allant respectivement vers l’ouest, vers le sud-ouest et vers le sud-est. Pour surmonter rapidement les différences d’altitude (la Zrmanja 395 m sur 63,9 km, la Krka 310 m sur 75,4 km, la Cetina 380 m sur 100,5 km), elles créent des cascades et des rapides, qui représentent une source d’énergie importante, bien qu’affaiblie par les oscillations du niveau d’eau (dues à la variabilité des précipitation et à la rapidité de la circulation d’eau dans le karst). Ainsi, le niveau d’eau de la Cetina peut osciller, près de Zadvarje, entre 12 m3/sec et 1200 m3/sec.

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Marko Marulić. Il a fait construire les fortifications Nutjak (près de Trilj, en aval) et Kunjak (Kućice derrière le mont Omiška Dinara). Le mont Omiška Dinara s’étend vers le sud-est, traverse le canyon de la Cetina, et rejoigne à Dupci / Vrulja les versants du mont Biokovo. C’est au lieu-dit «Vruja» (d’après les sources souterraines for-

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tes), où se joignent les rivieras d’Omiš et de Makarska, que s’ouvre l’une des rares routes vers la Zagora.

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Le passé géologique. Le plissage dinarique sur le sol dalmate a été suivi d’une longue période d’absence de mouvements internes de la Terre. Les sédiments à caractère flysch couvraient un espace beaucoup plus large qu’aujourd’hui, et les rivières étaient beaucoup plus riches en eau. Portant beaucoup de graviers, de sable et de vase, elles avaient une grande force érosive. Résultat d’une longe action érosive des rivières, les plateaux spacieux représentent l’élément le plus intéressant du relief dalmate, tels les plateaux autour du champ de Sinj (Sinjsko polje), autour d’Ugljan et de Cista et, le plateau le plus impressionnant, Zadvarska zaravan, autour de Zadvarje. Compte tenu de la composition calcaire des roches, ces espaces se situaient au niveau de la mer au moment de leur création, quand les montagnes dinariques étaient encore peu élevées, les terrains assez marécageux, et les rivières lentes et sinueuses (comme la Neretva l’est aujourd’hui à son embouchure). L’élévation des terrains a ravivé le creusement des cours d’eau. Les dépôts alluviaux ont été enlevés de la couche de calcaire, et les formations karstiques apparaissent à la surface dénudée. Seuls se sont maintenues les rivières riches en eau, en graviers et en sable, qui ont pu creuser des dolines profondes, telles la Zrmanja, la Krka, la Cetina et la Neretva.

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BIOKOVO, IMOTSKI ET VRGORAC Avec le mont Biokovo, la chaîne des Dinarides s’approche le plus de la mer, dépassant même les Alpes imposantes par la largeur de la façade qui se reflète au-dessus du canal qui le sépare des îles de Brač, de Hvar et de la presqu’île de Pelješac. La riviera de Makarska est bordée vers l’ouest par Vrulje, et vers l’est, à l’embouchure de la Neretva, par la crête du mont Biokovo. Après la riviera de Dubrovnik et de Pelješac, la riviera de Makarska représente le secteur le plus paisible de la côte adriatique. Jusqu’à très récemment, tout ce secteur (même ses plus hauts défilés) était couvert de vignobles, d’oliveraies et de vergers. Seul Rogoznička Vrulja, avec la bora imprévisible qui s’élève au pied du Biokovo, nous rappelle que le climat ici n’est pas toujours très doux.


de profil, ressemble à un plateau de type flysch, descendant en pente légère, et qui s’ouvre de manière impressionnante à proximité du village de Basta au-dessous de l’amphithéâtre géant formé par les rochers de Saint-Élie et de Šibenik hauts de 1000 m environ, offrant une vue unique sur les paysages environnants. Ce fond majestueux accentue la beauté de ses

épaisses forêts de pins, de ses oliveraies verdoyantes et de ses forêts de chênes pubescents (Quercus pubescens) et de charmes houblons (Ostrya carpinifolia), s’étendant tout près des rochers. Beauté d’autant plus marquante que les autres parties du mont Biokovo situées à la même hauteur sont presque dénudées à cause de la destruction des forêts (la couche d’humus étant par endroits presque inexistante). Par contre, la flore de ses parties situées en hauteur est réputée pour ses espèces reliques de l’ère tertiaire, espèces endémiques comme « zečina » (Centaurea cuspidata) ou «patuljasto zvonce» (Edraianthus pumilio). C’est pourquoi le mont Biokovo commence tôt à attirer les chercheurs célèbres. Plusieurs botanistes connus ont décrit la végétation de Biokovo, si bien que le savant roi de Saxe Friedrich August, écrivain allemand et traducteur de Dante, y est monté en 1838 (et a même laissé son monogramme sur un hêtre); ainsi que Roberto Visiani de Šibenik, fondateur du célèbre jardin botanique de l’Université de Padou. Les forêts de hêtres sur les pentes nord sont conservées dans une grande mesure. Il faut tout de suite souligner que cette partie du mont de Biokovo n’a pas moins de valeur que ses pentes sud. C’est justement autour du plateau de Zagvozd et de la vallée fluviale qui abrite l’église Sainte-Croix que les géologues découvrent les phénomènes karstiques les plus intéressants, en reconstruisant l’histoire de la rivière disparue de Rastovac qui coulait du sud-est au nord-ouest, vers le bassin de la Cetina.

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Biokovo. Le plus haut sommet du mont Biokovo se situe à 1762 m d’altitude. Il doit son nom à la chapelle Saint-Georges, déplacée en 1964 en peu plus bas, à cause de la mise en place du relais de télévision, et qui attire chaque année, le dernier samedi du mois de juillet, de nombreux pèlerins et voyageurs. La route qui mène de la mer au sommet est entièrement asphaltée, mais la circulation est autorisée uniquement de l’aube au crépuscule. La diversité des formes - karst réticulaire, roches, fissures, promontoires - et des couleurs - qui varient en fonction du moment de la journée et de la période de l’année - font du mont Biokovo notre plus beau massif. Le pied du mont Biokovo, vu

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Le col de montagne à Dupci, près du coude de la Cetina, qui mène de la côte vers l’intérieur, a toujours été un carrefour extrêmement important. Ce passage très ancien entre la côte et l’intérieur et la cascade de Gubavica, autrefois très connue, sont dominés par la forteresse du Moyen-Âge tardif Dvare, à laquelle doit son nom Zadvarje, réputée pour sa foire organisée à l’occasion de la Saint-Bartolomé, le 24 août. Zadvarje était une ville médiévale, lieu d’affrontements sanglants avec les Turcs pendant la guerre de Candie au XVIIe siècle. Dans la période 1908-1912, une centrale hydroélectrique a été construite sur la Cetina, à Kraljevac, qui fournit l’un des exemples les plus intéressants de l’architecture industrielle chez nous. Dans l’arrière-pays de Vruje, non loin de la cascade, on trouve Slime, village du poète tragiquement décédé Josip Pupačić. Une exposition commémorative est organisée dans sa maison natale.


Biokovo, Imotski, Vrgorac

A l’époque préhistorique, les tumuli en pierres et les habitations fortifiées illyriennes ont été construits dans presque toutes les localités importantes. Des séries de ces localités se situent dans l’arrière-pays de Biokovo vers Imotsko polje et Vrgorac. Les habitations fortifiées dotées de tumuli sont typiques de la région delmate. Leur étude met en évidence des liens directs du réseau de ces localités avec des localités semblables découvertes le long de la côte et sur les îles voisines et des voies de communication de l’époque. Stećak. Les fameuses stèles funéraires médiévales étaient à l’origine multicolores, comme des tissus ou des tapis. Leurs bas-reliefs s’inspiraient davantage des scènes de la vie quotidienne et des activités de loisir des aristocrates (colonnes des chevaliers, parties de chasse, duels gothiques), que des sujets cosmopolites de la supposée pensée gnostique bogomile. Cet aspect décoratif des représentations sur ces stèles provient de la réduction et de la simplification des motifs des tapisseries de l’époque (comme, par exemple, «Jagdteppich» de Wienhausen du début du XVe siècle).

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Biokovo, Imotski, Vrgorac


Biokovo, Imotski, Vrgorac

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Biokovo, Imotski, Vrgorac

Imotski La fortification et la ville situées sur les versants de la colline Podi, sur la bordure nord du spacieux champ d’Imotski, ont donné le nom à la circonscription croate ancienne Imota (Xe siècle) qui s’étendait aux frontières de la Dalmatie, de l’Herzégovine et de la Bosnie. La forteresse «Topana», située sur un rocher au-dessus du Modro jezero (lac Bleu), a une phase distinctive médiévale à l’intérieur de l’ensemble formé durant l’administration turque. La petite église dédiée à Notre-Dame des Anges, patronne de la ville et de toute la région, a été construite au début du XVIIIe siècle à l’entrée de la forteresse, en mémoire de la victoire contre les Turcs et la libération historique de la ville (le 2 août 171?). Le couvent des Franciscains, établi en 1738, a plusieurs fois été reconstruit. Son parcours a été compliqué: fondé vers l’an 1300 par les aristocrates croates Nelipići à proximité des sources de la Vrljika à Proložac, il a dû déménager à Kamenmost, puis à Otok (Prološko blato), à Podgrađe, à Dobrče (à Rogoznica) et à Omiš. L’église Saint-François date de l’an 1900. La collection de musée qu’abrite le couvent contient, à part de nombreux objets ethnographiques, les morceaux des meubles en pierre de l’église paléochrétienne, basilique récemment explorée et présentée, dotée de deux baptistères, si-

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Vlah. Ce mot a plusieurs significations. A l’origine, il désigne les Italiens ou tout autre représentant de peuples romans, mais se rapporte principalement aux Illyriens romanisés qui, après l’arrivée des Slaves, continuent de vivre dans la partie continentale de la presqu’île balkanique, en gardant leur style de vie nomade de bergers. Dans la Bosnie turque, le même terme est utilisé pour désigner tous les orthodoxes. A Dubrovnik, il se rapporte aux paysans. Dans les villes côtières et les villages où l’on parle le dialecte tchakavien, ce terme désigne les paysans et bergers de l’arrière-pays qui utilisent le dialecte štokavien. Certains îliens emploient ce mot pour désigner les non-îliens, tandis que la population autochtone l’emploie pour désigner les nouveaux venus, quelle que soit leur appartenance religieuse. Finalement, les citoyens de Split appellent «Vlaj» les habitants de la région de Zagorje.

Biokovo, Imotski, Vrgorac

Ojkanje. Le chant qui ne repose pas sur la notion de tonalité, les règles de l’harmonie et le sens de la note finale, et que l’on ne peut comparer à aucun autre chant traditionnel! Une série de tons très restreinte témoigne de l’ancienneté de la tradition. La diaphonie est caractérisée par l’absence des tierces (ou des sextes) que l’on entend sur la côte, à proximité immédiate, par l’arrêt sur un ton de l’une des deux voix, par la fréquence des secondes (et même des suites parallèles de cet intervalle). La même technique diaphonique est utilisée par les joueurs de guzlas, de flûtes doubles et de musettes avec ou sans soufflet.

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Biokovo, Imotski, Vrgorac

tuée sur la colline Dikovača à Zmijavci, à 8 km d’Imotski, vers le sud. La colline abrite également une nécropole avec des stèles funéraires médiévales (stećak). Le monument dédié au grand poète croate du XXe siècle Tin Ujević est l’œuvre du sculpteur Kruno Bošnjak (1980). On envisage la construction d’un monument en mémoire de Hasanaginica, héroïne tragique chantée dans une ballade populaire de la région d’Imotski. Aux environs d’Imotski, on trouve des vestiges impressionnants des fortifications datant de l’Antiquité tardive sur Vitrenik et Nezgriva, des habitations de la même époque au-dessus de Lovreč et sur Kokića gradina à Proložac (Epilentium), et des grands complexes avec des basiliques à Cista Velika (Tronum), à Zmijavci (Dikovača), à Proložac et sur Gorica à Sovići – des sites tout à fait remarquables, et qui offrent, en plus, des vues panoramiques superbes, sur le tracé de la voie romaine, bien documentée, reliant Trilj et Narona, via Prova, Krivodol (Imotski), qui a gardé jusqu’à nos jours la même vivacité.

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Gavanuša, leurs enfants, leurs amis et tous les châteaux de Gavan, et s’envola dans le ciel. Des foudres éclatèrent, des tonnerres retentirent, la terre se mit à trembler, s’ouvrit et engloutit les châteaux, Gavan, Gavanuša, leurs enfants et tous leurs invités. C’est à cet endroit qu’apparut le lac Rouge. Encore aujourd’hui, le lac est bordé de murailles, que l’on croit être les vestiges des grands châteaux de Gavan.»

Biokovo, Imotski, Vrgorac

Sont particulièrement intéressants les phénomènes karstiques – Modro jezero et Crveno jezero (lacs Bleu et Rouge) à proximité immédiate de la ville. Le fond du lac Rouge est à seulement 19 mètres d’altitude, et le niveau d’eau oscille entre 285 et 320 mètres, ce qui en fait le lac le plus profond en Europe. Il doit son nom aux roches rouges, presque verticales. Il est même entré dans la légende populaire sur le riche et l’impitoyable Gavan et ses somptueux châteaux. «Sa femme, Gavanuša, était encore plus méchante, sournoise et rapace que lui. Elle ignorait Dieu, et au lieu d’aider les pauvres, elles les insultait, les humiliait et les chassait de sa porte. C’était la femme la plus méchante au monde. Gavan avait beaucoup de fils et de filles, et pensait vivre éternellement avec eux, dans le luxe et la joie, et leur laisser toute sa richesse... Face à leur insensibilité aux malheurs des autres, l’ange habillé de vêtements déchirés, se fâcha, prit l’épée de feu du juste jugement de Dieu et déchira le ciel par la lumière céleste, maudit Gavan,

Quant au lac Bleu, il est lié à la légende chantée dans la ballade populaire sur Hasanaginica, femme dont la tombe se trouverait au lieu-dit «Gaj».

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Biokovo, Imotski, Vrgorac

Donji Proložac Situé au nord-ouest d’Imotski. Un site archéologique extrêmement important se trouve près du canyon de la Badnjevica à Proložac, dans la partie nord-ouest du champ d’Imotski. En témoignent les vestiges de la fortification médiévale de Stjepan Vukčić Kosača (mentionné en 1444), reconstruite pendant les Turcs, et les restes du castrum datant de l’Antiquité tardive construit sur l’emplacement des habitations préhistoriques à Kokića glavica. Au cours des recherches archéologiques, on a retrouvé sur le cimetière du village les fondations d’une basilique paléochrétienne à trois nefs avec baptistère, les vestiges d’une église croate ancienne (du haut Moyen-Âge), ainsi que plusieurs stèles funéraires romaines, dont l’une est signée par Maksimin, le premier sculpteur connu de nom en Dalmatie continentale (IIe siècle). Ont également été découverts les vestiges d’une église médiévale près des sources de la Vrljika. Runovići, dans le champ situé au sud-est d’Imotski, abrite les vestiges de la cité romaine Novae (ad Novas). Au-dessous de l’église abbatiale et de la clôture du cimetière, on a retrouvé l’inscription dédiée aux empereurs Galien et Valérien (253-259), ainsi que plusieurs stèles funéraires romaines.

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Biokovo, Imotski, Vrgorac

Prološko blato. Par les types de formations karstiques, le secteur de Prološko blato et la partie ouest du spacieux Imotsko polje, près du Bajkalsko jezero, représente le phénomène hydrogéologique le plus diversifié au monde. Dans une série de lacs karstiques, une place à part est réservée aux lacs Modro jezero, Crveno jezero, Dva Oka, Prološko jezero, Galipovac, Knezovića jezero, Provalija, Krenica, Jezerina, Lokvičićko jezero – qu’alimentent les cours d’eau souterrains, la Vrljika, et, parfois, la Suvaja. Est particulièrement intéressante la Vrljika, cours d’eau souterrain dont le niveau est instable, long de 20 km, qui se précipite dans le lac Nuge. La zone des sources (50 ha) qui comprend Modro oko, Utopišče, Opačac, Jauk et le lit de la rivière jusqu’à Kamenmost, est protégée depuis l’an 1971 en tant que réserve ichtyologique, car elle sert d’habitat à l’espèce endémique de truite, «mekousna pastrva» (Salmothymus obtusirostris). Le secteur de Prološko blato abritait le couvent des Franciscains qui a précédé celui d’Imotski. En hiver et au début du printemps, toutes les sources de Studenci et de Ričice bouillonnent et apportent avec des pluies des quantités d’eau énormes dans la partie ouest du champ d’Imotski, en augmentant la surface des lacs de Proložac. Le lac naturel dernièrement formé dans la région d’Imotski est appelé Bućuša. Il est créé par l’affaissement de la partie sud-ouest du champ d’Imotski, dans la municipalité de Lokvičići, en automne 2004, ce qui montre que tout ce secteur karstique est aujourd’hui encore secoué par des pulsations géologiques intenses!

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Biokovo, Imotski, Vrgorac

Vrgorac Au Xe siècle, Vrgorac est, en même temps qu’Imotski, le chef-lieu de l’une des circonscriptions croates. Dans la période 1477-1694, la ville est soumise au pouvoir turc et restera, jusqu’à très récemment, une ville frontalière connue pour ses foires. Le sommet Motokit (1063 m), auquel la ville doit son nom, est dominé par une forteresse, dont la restauration est en cours et qui représente un beau point de vue. Au-dessous de la forteresse, on trouve l’église abbatiale néohistoriciste de l’Annonciation (1913-1921), sur l’emplacement de l’ancienne église qui a servi de mosquée durant le règne turc. Un parc intéressant aménagé vers l’an 1900 fait partie de l’enceinte de l’ancienne usine de tabac construite dans un style néohistoriciste. Vrgorac est la ville natale de l’un des plus grands poètes croates Tin Ujević. A récemment été restaurée la tour (appelée la Tour «du Frère» ou «de Cukarinović» ou «du Capitaine) dans laquelle est né, le 5 juillet 1891, ce poète, fils de l’instituteur du village. Il s’agit de l’une des quatre tours baroques conservées (les trois autres étant: la Tour de Raos, la Tour du Boulanger et la Tour de Mumin-aga).

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était suffisante, car l’assiduité fut telle que les chantiers étaient toujours déserts pendant deux ou trois jours. Il est impossible de décrire leur joie d’avoir gagné ainsi trois journées de travail». A Turija, entre Zagvozd et Župa, on voit sur une plaque commémorative l’inscription suivante (restaurée par les conservateurs, car les Autrichiens l’avaient effacée): «C’est sous le règne de Napoléon le Grand, sous le protectorat du roi d’Italie Eugène, sous l’administration civile du provéditeur général Vicko Dandol, sous le commandement militaire du maréchal Marmont, sous la gestion technique du général Blanchard, de l’ingénieur Gelić et son adjoint Zavorea, avec la participation de toute la Dalmatie continentale et côtière qu’est construite cette route de la frontière de la Croatie à l’Albanie, dans une longueur de 250 miles géographiques au cours des années 1806, 1807, 1808, 1809. En signe de reconnaissance pour la protection que leur a accordée Sa Majesté Impériale, ils lui donnèrent le nom de «Route de Napoléon».

Biokovo, Imotski, Vrgorac

La route de Napoléon. Le plan du célèbre réseau routier, dont la construction a été lancée par le maréchal Marmont à l’époque de l’administration française en Dalmatie, a été élaboré déjà en 1787 par le capitaine Frano Zavoreo, ingénieur de Šibenik, qui dirigeait pratiquement pendant plusieurs décennies les travaux publics en Dalmatie. Décrivant les difficultés liées à la circulation auxquelles son armée a dû faire face lors de ses longues marches, à travers des espaces presque dépourvus de routes, le maréchal Marmont écrit dans ses mémoires «Cette situation convenait aux Vénitiens. Maîtres de la mer, et réduits à se défendre en débarquant sur la terre ferme, ils communiquaient avec la Dalmatie uniquement par voie maritime...» Marmont a entrepris les travaux publics suivant le modèle des armées romaines, auxquelles de tels travaux servaient de passe-temps. Il a voulu relier Zadar et Dubrovnik à travers l’arrière-pays et le long de la côte. Il a recensé tous les hommes aptes au travail. Chaque ouvrier recevait un pain de soldat ou deux repas par jour, «plus de pain qu’il n’aurait jamais mangé chez lui». Si la tâche n’était pas exécutée dans le délai prévu de 15 jours, ils resteraient sur le chantier avec leurs collègues qui venaient d’arriver. De la même manière, s’ils finissaient avant le délai prévu, ils quitteraient le chantier en emportant toute la quantité de pain prévue pour 15 jours comme une sorte de récompense et d’encouragement pour les efforts investis. «Cette récompense

En 1818, quand le monarque autrichien a visité la Dalmatie, il aurait déclaré: «Dommage que le maréchal Marmont ne soit pas resté en Dalmatie deux ou trois ans de plus». Il faut préciser, toutefois, que les autorités autrichiennes n’ont pas entrepris les travaux suivant le projet de Zavorea, car elles considéraient, à la différence du maréchal Marmont, qu’il fallait payer les terrains concernés par la réalisation du tracé de la route.

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Biokovo, Imotski, Vrgorac


Tin Ujević (1891-1955) est le poète qui a créé l’opus lyrique le plus important au XXe siècle dans notre littérature. A l’instar de son compatriote Ivan Meštrović, qui envisageait de restituer à la sculpture croate les traditions de l’art égyptien, grec, romain, roman, Renaissance, Tin Ujević rapproche, mais de manière beaucoup plus subtile, avec moins de parlando et avec plus de sensibilité cosmopolite, la poésie moderne croate des courants du pétrarquisme et du messianisme modernes, des tendances alors actuelles du vitalisme et du panthéisme, du néoplatonisme et de l’avant-gardis-

La ballade raconte l’histoire de la femme que son mari, trop susceptible, a répudié, en gardant ses cinq enfants, puis renvoyé à sa mère et son frère, le Bey Pintorović, qui vivait à Klis, où il était l’administrateur adjoint du sandjak de Klis. Plusieurs prétendants se présentent et demandent en mariage la belle Hasanaginica, mais son frère la promet contre sa volonté au juge d’Imotski. Hasanaginica, malheureuse, part avec la noce à Imotski, et demande qu’on lui permette de faire un don à ses enfants. En entendant son mari lui faire des reproches à haute voix de la fenêtre, elle tomba morte. «Les enfants restèrent sans mère, Hasan sans sa femme aimée, et la noce sans la mariée.» Les ruines de la tour de Hasanaga à Vrdol (à Zagvozd d’aujourd’hui), existent encore, ainsi que l’endroit où serait enterrée Hasanaginica. A proximité, on trouve les trois puits où Hasanaginica prenait de l’eau: un chêne pousse du puits au milieu.

Biokovo, Imotski, Vrgorac

Hasanaginica. Ballade populaire originaire de la région d’Imotski, noté en 1774 par le savant abbé Alberto Fortis, probablement sous le dictat du polymathe de Split, Julije Bajamonti, et ses décasyllabes romantiques ont été traduits en allemand déjà en 1775 par Johann Wolfgang Goethe, en latin par le Dubrovnikois Ðuro Ferić, puis en anglais par Walter Scott, en français par Prosper Mérimée et par Gérard de Nerval (indépendamment l’un de l’autre), en russe par Alexander Sergeyevich Pushkin, en polonais par Adam Mickiewicz...

me... Il était symboliste et parnassien, surréaliste et surromantique, et plus encore, rebelle à juste titre, dissident, poète du pessimisme et poète de la joie onirique. Seul un poète complet a pu écrire un poème aussi génial que Pobratimstvo lica u svemiru (Confraternité des visages dans le cosmos).

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août

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Pour l‘éditeur:

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Rédacteurs:

Joško Belamarić

Texte:

Joško Belamarić

Traduction:

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Joško Belamarić Mario Brzić Raul Brzić Andrija Carli

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