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№84 DÉCEMBRE 2017 - JANVIER 2018 WWW.DAILY-MOVIES.CH

EN SALLES

2 FESTIVALS

FAVELA OLIMPICA : Samuel Chalard toujours à l’aise avec le réel

BLACK MOVIE 2017 : Le Festival International de Films Indépendants

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6 DVD/ BLU-RAY

THIS IS US : La série événement à ne pas rater

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10 IL FAUT L’AVOIR VU

LES AVENTURES DE PHILIBERT : Capitaine Puceau

«Momo»

Le fils momaudit De Sébastien Thiery et Vincent Lobelle Avec Christian Clavier et Catherine Frot

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Yamine Guettari

cinema@daily-movies.ch

Hélas, pas assez de place dans ce numéro double pour parler de toutes les sorties intéressantes visibles pendant ces périodes de fête, mais je vais prof iter de cet espace d’expression qui m’est offert pour vous distiller quelques conseils que j’espère éclairés.

« FAVELA OLÍMPICA » SE SENTANT PLUTÔT À L’AISE AVEC LE RÉEL, SAMUEL CHALARD, ANCIEN DIPLÔMÉ DE L’ECAL, A D’ABORD RÉALISÉ DES PETITS FILMS DE COMMANDE. DES COURT-MÉTRAGES POUR DES ARCHITECTES OU DES MUSÉES ET DIVERS TRAVAUX QUI L’ONT FORMÉ AU DOCUMENTAIRE. Il y a quelques années, en considérant les tristes vestiges laissés par les jeux olympiques de Sarajevo ou d’Athènes, l’étudiant devenu documentariste chevronné trouve l’idée de son prochain projet cinématographique. Il parlera de l’héritage laissé par les grands événements sportifs dans les villes qui les accueillent, des changements dont les autorités des cités candidates rêvent et de leur impact général sur la population indigène. Après une difficile période de recherche de financements, il trouve du soutien moral et pécuniaire auprès de son confrère et ami producteur Frédéric Gonseth (réalisateur par ailleurs d’un autre excellent documentaire de 2017, «La Bataille Du Gripen ») qui le conforte dans son idée de se concentrer sur les prochains Jeux Olympiques de Rio De Janeiro. Le cinéaste part alors au Brésil et découvre une petite communauté solidaire regroupée légalement dans une favela située là où devra bientôt se dresser l’opulent village olympique. Il pose sa caméra et ses micros dans la « Vila Autódromo », une petite cité autonome construite autour des rêves de quelques originaux. Là-bas, il y rencontre des individus qu’on « invite » quotidiennement à quitter leur foyer en échange d’un nouveau logement ou d’une indemnisation. Pourquoi ? Parce qu’ils sont installés au mauvais endroit. Juste là où la communauté olympique prévoit d’amener trax et pelleteuses. Bien sûr, tous ne sont pas prêts à laisser tomber sans résister la maison qu’ils ont bâtie eux-mêmes, au f il des années, en marginaux, avec sueur et conviction. Dans ce combat qui rappelle celui de David contre Goliath, Samuel Chalard trouve un sujet en or. Certes la lutte est noble mais va-t-elle durer suff isamment longtemps pour que le réalisateur trouve toute la matière nécessaire à un long-métrage documentaire ? Petit coup de pouce du destin, les habitants sont coriaces et vont poursuivre la bataille durant deux ans. En gros, jusqu’à l’ouverture des joutes… Le temps pour l’artiste et son équipe technique de se fondre dans la masse, se faire presque oublier et surtout de créer des liens amicaux et sincères qui vont faire tout le sel de cet excellent f ilm témoin. Sans cette belle complicité construite avec les protagonistes, l’auteur aurait-il vraiment pu se permettre de filmer les larmes et les accolades de ses sujets en colère ou en pleurs ? Rien n’est moins sûr… Plus pragmatiquement et techniquement parlant, le film est également à la hauteur de ses ambitions morales et civiques. Samuel Chalard, qui ne pouvait physiquement pas être partout au bon moment,

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a mandaté d’autres opérateurs pour capter les grands remous de la favela et ne rien manquer des troubles qui s’y opéraient. Serge Pirodeau, resté sur place (ou pas loin), assurait les imprévus alors que Patrick Tresch, le directeur de la photographie, compilait l’ensemble des images pour livrer de quoi faire aux monteurs. Lorsque, par exemple, certains protagonistes s’agitent contre les représentants de l’autorité venus les expulser, ces derniers ont même pu utiliser des images tournées par les habitants-résistants de la « Vila Autódromo » pour montrer la grossièreté des échanges. Pourtant le f ilm n’est pas à charge et s’efforce de rester neutre, même si la position de l’auteur reste claire. Il est du côté des laissé-pour-compte mais pourtant plusieurs scènes donnent la parole à la partie adverse. Comme par exemple ces séquences de battage consensuel avec le maire de Rio qui semble convaincu du bien-fondé de ses démarches d’expulsion. Même s’il a le droit au même traitement que les autres protagonistes, à un temps d’antenne au moins aussi important, et même à du respect et de la considération, il est clair que Samuel Chalard se positionne du côté des victimes… Et c’est tant mieux. Tel qu’il est, le film est excellent mais le spectateur risque de vouloir en voir plus. Il souhaitera peut-être suivre ses protagonistes. Il voudra sûrement savoir ce que sont devenus ces personnages à qui l’on a promis monts et merveilles. Des logements ou des indemnités ? Où vivent-ils désormais ? Quand dorment-ils ? De quoi se nourrissent-ils ? Que font-ils ? Autant de questions auxquelles pourraient volontiers répondre une suite.

Les « grosses » sorties, oui certes, il y a bien quelques petites choses intéressantes. On laissera une chance à l’épisode 8 de «Star Wars» qui semble invoquer les mânes de « L’Empire contre-attaque ». Le nouveau Pixar «Coco», ni une suite, ni un spin-off, tient toutes ses promesses de films de noël pour petits et grands. Quant à « Jumanji », son potentiel de fun laisse espérer un divertissement dans le meilleurs sens du terme. Mais les bonnes surprises se trouvent dans les petites sorties. Celles que l’on traite dans ce numéro bien-sûr (« Suburbicon », « Jeune femme »…), mais gardez aussi un œil pour « Three Billboards Outside Ebbing, Missouri », comédie noire féroce, ou le thriller « The Commuter » de Jaume Collet-Serra avec Liam Neeson (cassera-t-il encore des bras ?).

UNE PUBLICATION

Etienne Rey

Daily Media sàrl / Daily Movies Rue Jean Gutenberg 5, 1201 Genève, +41 (22) 796 23 61, info@daily-movies.ch

De Samuel Chalard

www..daily-movies.chwww.facebook.com/dailymovies.ch

OUTSIDE THE BOX

SORTIE LE 18/11

03 JANVIER 2018

17 JANVIER 2018

31 JANVIER 2018

A Fábrica de Nada

Anna Karenina - Vronsky's Story

Abracadrabra

Mon brillantissime Divorce

I Am Not a Witch

Les Gardiennes

Ferdinand (3D)

Adieu à l’Afrique

Call Me By Your Name

Mountain

Paddington 2

Garde alternée

Fortuna

Cuori puri

Ni juge, ni soumise

Santa & Cie

Papa Moll

Hitlers Hollywood

Frontaliers Disaster

Les Tuche 3

Últimos días en la Habana

Prendre le large

Insidious 4

Radiance

Wonder wheel

La Promesse de l'aube

The Leisure Seeker

Three Billboards Outside Ebbing,

Stars 80 - La suite

Molly's Game

Tout là-haut

Sparring

Wonder

Von Caligari zu Hitler

13 DÉCEMBRE 2017 12 jours La Deuxième étoile Didi Contractor Lucky A Man of Integrity Murder on the Orient Express Tall tales

27 DÉCEMBRE 2017 The Artist's Garden: American

10 JANVIER 2018

Missouri

24 JANVIER 2018 Affaire No 23 The Commuter

The Death and life of Otto Bloom

La douleur

Je vais mieux

The Greatest Showman

Jumanji

Das Kongo Tribunal

Hannah

Maria by Callas

La Monnaie de leur pièce

Michelangelo: Love and Death

Impressionism

Menashe La novia del desierto Pitch Perfect 3

Sami - A Tale from the North

Normandie Nue The Post

IES T R O S S E L 17 E R B M E DÉC ET 18 JA N VI E R


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« BIENVENUE À SUBURBICON »

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ienvenue à Suburbicon ! Ce petit paradis au cœur des États-Unis vous propose une vie de famille paisible et agréable. Entouré de respectables voisins américains, vous prof iterez d’un quotidien sans soucis en toute sécurité. Pourtant, durant l’été 1959, la petite ville résidentielle voit son calme chamboulé par l’arrivée de nouveaux résidents af roaméricains. Le lotissement se révèlera alors sous son vrai jour : mensonges, dissimulations, cynisme et violence se dissimulant derrière les façades immaculées et les pelouses impeccablement entretenues. « Suburbicon » met en scène la famille Lodge, qui habite dans une charmante villa résidentielle. Un soir, ils sont les victimes malheureuses d’un cambriolage qui tourne mal : c’est l’impulsion qu’il manquait pour c ra q u e l e r l a fa ç a d e ra i s o n nable de ces personnages qui se révéleront égoïstes, violents, manipulateurs, voire même profondément dérangés.

En parallèle à cela, nous avons la famille Mayers, af ro-américains qui viennent d’emménager juste à côté de chez les Lo d g e . Le s h a b i t a n t s d e l a ville n’acceptent pas la venue de ces « étrangers » dans leur monde, et une escalade de v i o l e n ce va a l o rs co m m e ncer. Les scènes impliquant les hordes racistes qui entourent l a m a i s o n d e s M aye r s s o n t absolument terrif iantes, et l’on ressent une véritable empathie pour cette famille qui ne demande rien d’autre que de pouvoir vivre tranquille ment. Le contraste entre cette famille courageuse et la famille Lodge qui se révèlera violente et veule est une des forces du f ilm, qui propose ainsi une critique eff icace et mordante de la classe moyenne américaine bien-pensante des années 60.

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ro s p l a n s u r u n j e u n e pagnarde est accompagnée h o m m e q u i vo m i t l e s d’une certaine tendresse lors litres de bières ingurgi- de moments particuliers. Coutées la veille. Johnny Sexton sin du f ilm américain « Broest un Anglais un peu paumé, keback Mountain » (2005) – le vivant dans la région de Brad- thème principal est comment ford. Fils d'agriculteur, il s'oc- v i v r e son homosexualité cupe sans dans des régions motivation du De Francis Lee r e c u l é e s – L e e cheptel familial s’attache aussi à Avec Josh O'Connor, l’évolution de son de vaches et de moutons. L'arriAlec Secareanu personnage prinvé e d ' u n p ays a n LOOK NOW c i p a l , q u i a p p ri roumain appelé en SORTIE LE 31/01 vo i s e ra l a m a n i renfort va ébranler fe s t a t i o n d e s e s ses habitudes. Logé sentiments. Dotée dans une aff reuse de paysages c a r a v a n e , l e s a i s o n n i e r s e magnif iques, cette réalisation contente du minimum : seul met aux prises deux acteurs lui importe le bien-être des que tout oppose mais qui se animaux. Johnny s'intéresse marient finalement assez bien. peu à peu au nouvel arrivant, Francis Lee a tourné « Seule puis commence à le provoquer la Terre » dans le Yorkshire, et à le séduire... Vainqueur de région où il a grandi. Le metdifférents prix (interprétation teur en scène a longtemps été masculine, réalisation, mise fasciné par ce paysage désolé e n s c è n e ) à d e n o m b r e u x et ses habitants. Il s'agit là de f e s t i v a l s ( d o n t S u n d a n c e , sa meilleure décision, car elle Dinard…), ce long-métrage du fait beaucoup pour l’ambiance réalisateur britannique Fran- d ’ u n f i l m d o n t l e s f a u t e s cis Lee surprend autant qu'il de ton sont déstabilisantes. d é g o û te . Le s s cè n e s c r u e s sont omniprésentes dans le Alain Baruh f ilm (cadavres de nouveaux nés, scènes de sexe f rôlant la pornographie), mais la présentation rugueuse de la vie cam-

George Clooney

sieurs scènes valent le détour, entre autres, l’escapade de Matt Damon sur un vélo bien trop petit pour lui, qui off re u n v i s u e l p a r t i c u l i è re m e n t ridicule. Enf in, le f ilm bénéf icie d’un casting excellent. Matt Damon est fantastique en père aimant qui se révèle peu à peu absolument monstrueux, tandis que Julianne Moore nous livre une performance impeccable. Enf in, Oscar Isaac est jouissif malgré son temps d’écran très limité.

Marie Reynard

De George Clooney

Avec Matt Damon, Julianne Moore et Oscar Isaac

Mais le f ilm ne se contente pas d’être inquiétant et angoissant, il est également drôle. Gardner et Maggie sont particulièrement incompétents en criminels manipulateurs. Plu-

«SEULE LA TERRE»

Biographie Vache enragée

Né en 1961 dans le Kentucky, fils d’une ancienne reine de beauté et d’un présentateur TV, il se lance dans la carrière d’acteur à 21 ans, contre l’avis de son père. Enchaînant petits rôles dans les séries et les nanars (« Le Retour des tomates tueuses »), il galère sec.

Docteur Ross

A presque 35 ans, il endosse le rôle du gentil pédiatre d’« Urgences », qui fait exploser sa notoriété et lui ouvre les portes du cinéma. Il enchaîne les petites productions (« Une Nuit en enfer ») et les blockbusters (« Batman et Robin ») avec des fortunes diverses.

Star responsable

Ses collaborations régulières avec les frères Coen et Steven Soderbergh (les « Ocean’s ») lui assurent le rang de superstar et lui permettent de financer ou réaliser des projets engagés et ambitieux sans craindre la faillite (« Good Night and Good Luck », « Syriana »). La classe !

ASCOT ELITE

SORTIE LE 06/12

Yamine Guettari

« THE FLORIDA PROJECT »

H

abitants d’un motel aussi tranche de vie, dont la joyeucoloré que miteux, Moo- seté et l’innocence initiales nee et son meilleur ami s’étiolent au fur et à mesure Scooty sont deux enfants très du f ilm, qui passe de la coméactifs, qui voient passer devant die naïve à la réflexion amère. e u x ave c e nv i e Alexis Zabe, directeur les touristes plus de la photographie, aisés se rendant De Sean Baker p ro p o s e d e s p l a n s à Disneyworld. Ils Avec Brooklynn souvent très larges, tuent le temps en courte focale, qui Prince, Bria Vinaite, e m p l i s s e n t l ’é c r a n avec des jeux qui Willem Dafoe d ’ u n g i g a n t e s q u e vo n t d u c ra ch a t FILMCOOPI sur capot de voipaysage, renforçant ture, à la mise à SORTIE LE 20/12 cette sensation d’exfe u d ’ u n co u s s i n ploration de l’espace dans une chemipar les enfants. Sean née de lotissement Baker propose à nouabandonné, qui veau un montage donnera un incendie festif très particulier à la temporalité auquel tous les résidents des éclatée voire presque atempomotels-palais délabrés du coin relle, reflet des vacances d’été, s’invitent joyeusement. La mère période sans horaires particude Moonee, une jeune femme liers ni impératifs d’emploi du plus adolescente rebelle rap temps. Il insiste aussi sur les et tatouages que maman jupe contrastes, les oppositions, sans plissée et gâteaux au chocolat, pour autant en faire trop. Avec tente de joindre les deux bouts justesse, il aborde des thémapour rester dans l’établissement tiques délicates en évitant le géré par le généreux Bobby jugement, tout en off rant une (Willem Dafoe), vendant des véritable proposition cinémacontrefaçons par-ci, chapar- tographique. Une histoire d’endant par-là, et devant malheu- fance, de pauvreté, mais finalereusement vendre ses charmes ment aussi et surtout, de magie. quand les f ins de mois sont trop dures. Une simple, parfois Camille Mottier dure, et pourtant magnif ique

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« TUEURS »

« JEUNE FEMME »

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aula vient d’être quittée. Elle toque à la porte de son désormais ex-compagnon qui ne lui ouvre pas. De rage et de désespoir, la jeune femme se f rappe la tête contre cette porte close et s’assomme. Pour elle, c’est le début d’une errance dans Paris, sans un sou en poche. Pour le spectateur, c’est le début des surprises. Laetitia Dosch joue magnif iquement ce personnage, autant son chagrin que sa colère, la perte de repère que la drôlerie. Toujours accompagnée du chat qu’elle a subtilisée à son ex (on pense à « Chacun cherche son chat » de Klapisch) et portée par une verve à presque toute épreuve, elle s’attaque à ce Paris dont elle hait la froideur. Paula déambule, car elle n’a nulle part où aller. Elle aboutit dans un hôtel où elle prend des bains et fume nue devant le téléviseur, au grand dam du réceptionniste. Ayant besoin d’argent pour se remettre sur pied, elle se présente pour un poste de vendeuse en lingerie f ine avec un CV rédigé à la diable sur une feuille f roissée. Comme en témoignent ces infortunes, Paula semble

toujours à côté, de travers, hors norme, oscillant entre un profond désespoir et une attachante douceur. Aussi, lorsqu’une jolie f ille la prend pour une autre dans le métro, accepte-t-elle volontiers cette méprise, car elle désire ardemment être aimée, et tant pis si c’est une autre que l’on apprécie en elle. À travers des scènes graves et comiques le film formule des questions qu’il aborde de f ront. L’identité d’abord, celle de Paula bien sûr, mais aussi celle des autres personnages. À l’image de ses yeux vairons, le f ilm dessine avant tout une identité plurielle, en mouvement et pleine de joyeux espoirs. En creux, et comme le dit Paula, « qu’est-ce qu’une vie stable ? »

Martin Aubert

De Léonor Serraille AvecLaetitia Dosch, Grégoire Monsaingeon, Souleymane Seye Ndiaye CINEWORX

SORTIE LE 01/11

F

rank Valken est un vieux b ra q u e u r, f ra î ch e m e n t évadé de prison. Il prépare un gros casse de fourgon blindé qui lui permettra de refaire sa vie avec sa famille. Malheureusement, tout ne se passe pas comme prévu : leur plan chronométré échoue à cause d'un « corbeau » qui les a dénoncés. Nos voleurs, plutôt non-violents, se retrouvent même accusés d'avoir commis un massacre sur le lieu des faits. Comment vont-ils pouvoir se disculper et retrouver les vrais assassins, alors qu'ils sont recherchés par toutes les polices ?

C

e premier long-métrage por te la patte de son réalisateur et scénariste belge, François Troukens, luimême gangster repenti qui s'est formé à l’écriture et aux métiers du cinéma derrière les barreaux. « Tueurs » s'inspire d'un fait réel qui n'a jamais été élucidé en Belgique, l'affaire des tueurs du Brabant, qui ont terrorisé le pays durant les années quatre-vingt en exécutant froidement leurs victimes lors de violents et sanglants braquages. Fra n ço i s Tro u ke n s a vo u l u mélanger cet horrible fait divers

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Alain Baruh

De François Troukens et JeanFrançois Hensgens Avec Olivier Gourmet, Lubna Azabal, Kevin Janssens PATHÉ FILMS

SORTIE LE 09/12

« LOS PERROS  »

« MOMO » n couple bourgeois reçoit du jour au lendemain la visite d’un jeune homme, Momo, qui prétend être leur fils. Or, les Prioux n’ont jamais eu d’enfant… Nous voilà embarqués dans l’univers loufoque de la nouvelle comédie de Sébastien Thiery qui suite au succès de sa pièce de théâtre du même nom, se décide de l’adapter au cinéma. Un thème qui peut déplaire à certains mais entre ses mains et en collaboration avec Vincent Lobelle, on peut s’attendre à de belles surprises. Si Muriel Robin partageait la tête d'affiche de Momo au théâtre avec François Berléand, aucun des deux comédiens n'est malheureusement au casting de l'adaptation sur le grand écran. En Effet, l'auteur de la pièce,

avec d'autres intrigues politiques impliquant l'état et les services secrets, en s'inspirant par exemple de l'attentat de la gare de Bologne survenu en 1980. Il a aussi voulu écrire une fiction ancrée dans la réalité qui est la sienne, un film de gangsters avec des personnages qui ont l’honnêteté de leur engagement. On est loin des thrillers à l'eau de rose, avec un film violent et réaliste, qui porte un regard humain sur les bandits, tout en évitant l’écueil de l’apologie. Porté par un Olivier Gourmet impérial, un très bon thriller plein d’action et intelligent, à la réalisation efficace, comme on aimerait en voir plus souvent de ce côté de l’Atlantique.

Sébastien Thiéry, leur a préféré les acteurs Catherine Frot et Christian Clavier. Pour la petite anecdote people, une décision que le dramaturge leur a annoncé un soir juste avant un lever du rideau, et que Muriel Robin considèrerait jusqu'à ce jour comme une "trahison".

carlos Mühlig

De Sébastien Thiery et Vinvent Lobelle Avec Christian Clavier et Catherine Frot PATHÉ FILMS

SORTIE LE 27/12

Q

uadragénaire, d'une famille bourgeoisie chilienne, Mariana a une vie toute tracée, enf in sans tracas apparents. Elle se laisse porter par les hommes qui l'entourent, son père et son mari qui lui dictent sa conduite. Mais Mariana semble petit à petit se braquer et adopte une posture désinvolte en commençant à s'intéresser de près à Juan, son professeur d'équitation et ex-colonel, poursuivi par la justice. Sans se laisser prendre dans un tourbillon, Mariana avance désormais au gré de ses envies. Un film qui brouille les pistes... on s'attend à partir sur les traces d'un homme traqué pour crime contre l'humanité, mais c'est surtout l'histoire

d'une femme qui essaie malgré sa lignée d'échapper à son destin tout tracé. L'ombre du machisme plane sur Mariana qui a soif d'émancipation et d ' i n s o u c i a n ce . Le s cé n a ri o s'étoffe au fur et à mesure de l'intrigue, désarçonne, tout en laissant une part d'ambiguïté sur le côté moral.

Carole-lyne Klay

De Marcela Said Avec Antonia Zegers, Alfredo Castro, Rafael Spregelburd FILMCOOPI

SORTIE LE 06/12

« STAR WARS: THE LAST JEDI »

« LES HEURES SOMBRES »

« DOWNSIZING »

Trois films à voir en salle ces prochaines semaines, mais qui n’ont pas encore été visionnés.

Après un épisode 7 mitigé, décalque paresseux des épisodes 4 et 6 mais visuellement réussi et au classicisme rassurant, on annonce un film résolument plus sombre. « L’Empire contre-attaque » bis ?

Joe Wright (« Orgueils et p ré j u g é s » , « Reviens-moi ») se remet au film d’époque en faisant incarner à Gar y Oldman le Churchill qui va accéder au pouvoir et organiser son pays pour affronter les Nazis.

Alexander Payne (« The Descendants ») explore un postulat de SF loufoque : et si on pouvait être réduit de taille pour écono miser les ressources ? Avec Matt Damon, Kristen Wiig, Jason Sudeikis et Christoph Waltz.

Yamine Guettari

SORTIE LE 13/12

SORTIE LE 03/01

SORTIE LE 10/01

Pas vu mais on y croit


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FESTIVALS

Serbis

Meatball

The Great Buddha

Le jour se lèvera

LA 19E ÉDITION DU « FESTIVAL INTERNATIONAL DE FILMS INDÉPENDANTS BLACK MOVIE » LE FESTIVAL INTERNATIONAL DE FILMS INDÉPENDANTS BLACK MOVIE NOUS REVIENDRA DU 19 AU 28 JANVIER 2018 POUR CÉLÉBRER AVEC SA 19E ÉDITION LE CINÉMA INDÉPENDANT. L'ÉVÉNEMENT SE DÉROULERA À GENÈVE DANS DIVERSES SALLES OBSCURES, PLUS PARTICULIÈREMENT À LA MAISON DES ARTS DU GRÜTLI, ET S'ANNONCE UNE FOIS ENCORE PALPITANT ! GENÈVE DU 19 AU 28 JANVIER 2018 Une édition dont le visuel de l’affiche évoque l’exploration spatiale et les rêveries du cosmonaute solitaire, en route pour des territoires cinématographiques aux conf ins de l’univers. Cette nouvelle édition se concentrera une fois n’est pas coutume sur les talents émergents et cinéastes confirmés dont les films restent inédits en Suisse par faute de moyens. Longtemps concentré uniquement sur le cinéma d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latin, Black Movie a pris un tournant il y a quelques années pour aussi se rapprocher du cinéma européen avec un regard, cette année, sur le cinéma venu d’Israël, de Turquie, de Grèce et de Roumanie, bien souvent original, mais pas assez « grand public ». Il s’agit pourtant d’un cinéma contemporain qui s’attarde sur la profonde crise économique, morale et/ou politique

que traversent ses pays. On est loin du cinéma de divertissement sans fond que proposent aujourd’hui Hollywood, et même la France. Plus qu’une suite ininterrompue de projections, le festival Black Movie est aussi un outil d’instruction, un lieu d’échanges et de rencontres, un relais de l’information du monde. C’est aussi et surtout un espace de liberté qu’il faut préserver afin d’offrir une alternative à la standardisation culturelle lénifiante du monde moderne. L A PROGRAMMATION COMPLÈTE SERA DÉVOILÉE LE 9 JANVIER 2018. Il faudra encore patienter un peu pour connaître la programmation complète de cette édition 2018. Plus précisément jusqu’au 9 janvier 2018. Mais la programmation de Black Movie s’est déjà arrêtée sur quelques films, comme une esquisse de l’alléchante programmation à venir : LE JOUR D’APRÈS, dernière comédie douceamère du Sud-Coréen Hong Sangsoo ; MAMAN COLONELLE, portrait de femme saisissant par le Congolais Dieudo Hamadi, qui sera présent lors du festival ; SILENT MIST, thriller cauchemardesque du Chinois Miaoyan Zhang, lui aussi présent à Genève lors du festival. Mais l’édition Black Movie 2017 offrira aussi avec « Mauvais genre »,

rétrospective sélective des films queer diffusés à Black Movies de 2001 à 2017. L’occasion de voir ou revoir des films comme « 15 » de Royston Tan, « Good Manners » de Marco Dutra et Juliana Rojas ou encore « Neon Bull » de Gabriel Mascaro. Une sélection qui donne déjà une belle idée de la programmation à venir. Au total, cinq prix seront remis à l'issue de la 19e édition du Festival Black Movie dont un Jury International (Mihai Chihilov (RO), Rüdiger Suchsland (DE), Francesca Monti (IT), Eulàlia Iglesias Huix (ES), Corrina Antrobus (UK)) qui remettra le Prix de la Critique, doté par la Ville de Genève. Cette année, aura lieu la 1ère édition d’un forum international du film indépendant (23-24 janvier), sur le thème « Festivals et VOD : quelle complémentarité ? Pour ne rien louper de cette édition à venir (programme complet, invités, jurys, nuits blanches au Cercle des Bains, le Petit Black Movies ou encore les deuxièmes éditions de Black FM et Black TV, médias produits par le festival. ) rendez-vous régulièrement sur www.blackmovie. ch pour y découvrir les dernières nouveautés.

Claude Talaber

53E ÉDITION DES JOURNÉES DE SOLEURE VOILÀ PLUS DE 50 ANS QUE LE FESTIVAL « LES JOURNÉES DE SOLEURE » S'EST DONNÉ POUR MISSION DE PRÉSENTER UNE SÉLECTION DE FILMS SUISSES RÉCENTS AUX CINÉPHILES ET L'ÉDITION 2018, QUI SE DÉROULERA DU 25 JANVIER 2018 AU 1ER FÉVRIER 2018, NE DÉROGERA PAS À CETTE RÈGLE.

SOLEURE DU 25.01.18 AU 01.02.18 Véritable laboratoire cinématographique suisse et manifestation culturelle parmi les plus renommées du pays, qui peut compter sur plus de 65'000 entrées par édition, « Les Journées de Soleure » 2018 dévoilera les films nominés et son programme complet le 14 décembre prochain, malheureusement un peu trop tard pour pouvoir vous le dévoiler ici. Mais soyons certains que comme chaque année des films suisses de fictions, documentaires, films expérimentaux, courts métrages et films d’animation trouveront une belle place dans la programmation à venir. Comme chaque année, le cœur du programme du festival sera le « Panorama Suisse », vitrine du cinéma suisse. Les festivaliers y découvriront des productions de tous genres et toutes durées seront proposées en présence des leurs auteurs. Des tables rondes et des débats donneront au public la possibilité de dialoguer avec les professionnels et d'approfondir certaines questions. Quant aux compétitions de cette section, elles seront au nombre de deux. Le public choisira son film préféré et remettra le « Prix du Public » alors qu'un jury décernera le « Prix de Soleure ». Ce jury sera composé de Xavier Koller («Schellen-Ursli», «Reise der Hoffnung»), l’écrivaine Pascale Kramer («Autopsie d'un père», «L’implacable brutalité du réveil») et Flavia Kleiner, coprésidente de l’Opéra-

tion Libero. Ils décerneront le Prix de Soleure aux 53es Journées de Soleure. Un prix doté de 60’000 francs qui sera remis le 1er février 2018 pour la dixième fois. Mais « Les Journées de Soleure », c'est aussi d'autres prix et manifestations comme le « Prix d'honneur », le « Prix Pathé », les « Nuits des nominations », le « Prix du film de télévision suisse » ou encore le « Concours du meilleur film d'animation ». Bien entendu, le festival se consacrera aussi à la relève avec «Upcoming», une section qui réserve une place à part aux jeunes cinémastes suisses, place les nouveaux talents sous le feu des projecteurs et révèle les nouvelles tendances à l’œuvre dans le cinéma. Toutes les années, les Journées de Soleure présentent un «Focus» en tant que programme spécial de film suisses et étrangers réunis à l'enseigne d'un thème dominant en lien avec l'actualité. Lors de la «Journée Focus» des rencontres et entretiens avec des invités internationaux donneront l'occasion de discuter ce thème. Quant au programme « Rencontre », cette 53e édition rendra hommage au réalisateur Christoph Schaub. Auteur d’une trentaine de fictions (films d'intervention politique, comédies ou drames) et documentaires, le Zurichois fait partie depuis des dizaines d’années

des figures marquantes du cinéma suisse. Lui qui a commencé sa carrière en participant à la rébellion des jeunes Zurichois dans les années 80, a à son actif des films à succès comme « Sternenberg » (2004), « Jeune Homme » (2006 ou encore « La disparition de Giulia » (2009). Pour ne rien manquer de la 53 e édition des Journées de Soleure (informations pratiques, programme, etc) rendez-vous sur www.solothurnerf ilmtage.ch

Claude Talaber


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FOCUS Serbis

LA NOUVELLE WEBSÉRIE SUISSE « HAPPY CÉLIBAT » À DÉCOUVRIR DÈS LA RENTRÉE 2018.

MONICA DE ALMEIDA REVIENT AVEC UN SPIN-OFF DE LADIES HAPPY HOUR, «HAPPY CÉLIBAT». MONICA DE ALMEIDA REVIENT AVEC UN SPIN-OFF DE LADIES HAPPY HOUR, «HAPPY CÉLIBAT». CETTE NOUVELLE SÉRIE PARLERA DE LA VIE DU QUOTIDIEN DES CÉLIBATAIRES DE FAÇON COMIQUE ET DÉCALÉE, MAIS CETTE FOIS-CI AVEC DES RÔLES MASCULINS QUI AURONT LEUR MOT À DIRE ! LA CRÉATRICE NOUS EN PARLE ET NOUS DÉVOILE SES INTENTIONS. PRODUIT PAR SEVEN PROD ET RÉALISÉE PAR MONICA DE ALMEIDA ET MARC DÉCOSTERD, CE DUO NOUS RÉSERVE ENCORE QUELQUES SURPRISES.

Comment vous est venue l'idée de la série ? aaaaaaaaaaaa aaaaaaaaaaa Pendant le tournage de Ladies Happy Hour, j'avais déjà en tête cette nouvelle série. Je voulais faire évoluer certains personnages, mais avant tout, je voulais créer des rôles masculins pour donner du relief aux histoires des célibataires et avoir des points de vue différents. Quels personnages masculins avez-vous créé et quels sont leur personnalité ? J’ai créé trois caractères bien distincts. Il y a les colocataires d’Alex qui sont Simon et Max. Simon est l’intellectuel du groupe et le militant actif. Il aime la paix et le calme dans la maison. Max est le sportif et le maniaque du rangement. Il agace ses colocs avec ses manies de « mister parfait ». Puis, il y a Patrick qui est le père de Matilda, fraîchement divorcé.

Vous avez également ajouté un rôle d’une petite fille ?aaaaaaaaaaaaaa Oui, je voulais montrer le quotidien des mamans célibataires. Victoria, joué par Solène, est la petite fille de 6 ans de Jessica. Elle apporte un regard sur les difficultés des parents célibataires. Bien évidemment, les scènes sont comiques et légères, mais on montrera les petits tracas fréquents. Il semblerait que vous ayez élargi le casting hors f rontières ? Oui, c'est assez incroyable ! J’ai trouvé les comédiens grâce à mon réseau et à des rencontres lors de la série Ladies Happy Hour. Jason (Simon) et Ludovic (Max) vivent à Londres depuis quelques années, J’ai fait le casting à distance grâce aux nouvelles technologies. J’avais une idée assez précise de ce que je voulais pour ces deux rôles. Lors du casting, mon choix a été rapide. De plus, les deux comédiens se connaissaient ce qui facilitait les relations et leur complicité sur le tournage. Combien de temps de tournage pour un épisode ? Vous avez tourné combien de jours ? ayyyyyyyyyaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa Le rythme de tournage de Happy Célibat est très soutenu par rapport à la moyenne à cause des inserts comiques qui illustrent les dialogues. En cinq jours, nous avons tourné 40 inserts en plus des scènes principales pour avoir cinq épisodes. Pour y arriver, il est essentiel d’avoir une équipe de tournage compétente, d’être très rigoureux sur l’organisation et d’anticiper un maximum de situations en amont.

Vous travaillez toujours Marc Décosterd pour la réalisation de cette nouvelle série ? aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa Avec Marc, on forme un vrai duo sur mes séries. J’aime beaucoup notre collaboration et on est complémentaire dans la réalisation. Pendant le tournage, chacun à son tour s’occupe soit de la direction des comédiens, soit de la réalisation image avec le chef opérateur. Du coup, on est en parallèle sur tous les fronts, ce qui permet d’avancer plus vite. Comme on se connaît bien, ça facilite la collaboration sur le tournage et on peut vraiment compter l’un sur l’autre. Quand est-ce que la série sera diffusée et sur quels réseaux ? Nous avons prévu une diffusion en février 2018. Les épisodes seront diffusés sur La télé Vaud-Fribourg et en parallèle sur la page Facebook de Retraites Populaires et par la suite sur YouTube et autres réseaux sociaux. Pour rester informé, vous pouvez vous abonner à notre page Facebook ou aller sur le site internet de la série : www.happycelibat.com

Carlos Mühlig


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SWISS MADE HANS-ULRICH SCHLUMPF : LA RENCONTRE !

Hans-Ulrich Schlumpf sur le tournage de « Ultima Thule »

Hans-Ulrich Schlumpf sur le tournage de « Petite liberté »

Hans-Ulrich Schlumpf

»EN OCTOBRE DERNIER, LA CINÉMATHÈQUE SUISSE A RENDU HOMMAGE AU RÉALISATEUR ZURICHOIS HANS-ULRICH SCHLUMPF EN LUI CONSACRANT UNE RÉTROSPECTIVE. CE RENDEZ-VOUS A ÉTÉ L’OCCASION DE VERNIR UN COFFRET DVD CONTENANT DIX ŒUVRES MAJEURES DU CINÉASTE À METTRE SOUS LES SAPINS DE NOËL ! À qui conseilleriez-vous ce coffret ? C’est diff icile à dire, car il y a ceux qui connaissent mon travail, et ceux qui ne le connaissent pas. Ceux qui me connaissent ont souvent commencé par « Le Congrès des pingouins ». Nous allons en parler… À sa sortie, le film a fait un tabac en Suisse et a été vendu dans le monde entier. Je dirais que je conseille ce coff ret DVD à tous ceux qui s’intéressent à ce film et aux autres que j’ai pu réaliser. En réalité, j’ai produit plus de films que ceux contenus dans le coffret, mais on a choisi les meilleurs, promis. « Le Congrès des pingouins » est d’une beauté absolue. On peut y entendre une voix-off magnif ique signée de vous et de l’écrivain Franz Hohler. Comment avezvous travaillé ensemble et trouvé ce « je » commun, qui dénonce les abus de l’homme sur la nature ? En littérature, c’est courant qu’il y ait une narration personnel, le « je » de l’ego. J’ai d’abord écrit des textes provisoires avant le tournage que Franz a retravaillé par la suite. Franz m’intéressait pour son livre « Die rückeroberung », un livre dans lequel les animaux reviennent dans les rues de la civilisation. Si on traduit le titre en f rançais, il s’agit d’une reconquête… Déjà en 1964, avec votre premier f ilm « Forschritt, nach uns die Wüste » (Progrès, après nous le déluge), vous vous alarmez de l’avenir de la planète… Oui, c’est à mon sens le plus grand problème auquel notre humanité fait face ! Si nous ne parvenons pas à changer notre système économique en prenant conscience de ses limites, nous allons droit au mur ! La migration, autre grand sujet, est aussi étroitement liée à cette problématique du changement climatique. D’où vous vient le goût du voyage ? Jeune, j’ai été marqué par la lecture de Tristes tropiques de Claude Lévi-Strauss. C’est d’ailleurs le point de départ du personnage de « Transatlantique », qui décide de refaire le voyage que Lévi-Strauss avait entrepris pour rejoindre les Indiens d’Amazonie. J’ai moimême toujours rêvé de voyages, d’Amérique latine, d’Afrique… Ma filmographie s’en ressent, d’un côté, j’ai un amour pour les petites gens, et de l’autre, pour les grandes images, les grands paysages. Mais je n’aurais pas voyagé pour atteindre la forêt vierge ou l’antarctique si je n’étais pas là pour un projet de f ilm. Car nous le savons, le tourisme

fait partie des facteurs qui détruisent notre planète. Claude Lévi-Strauss le disait déjà à l’époque. « Transatlantique » est un f ilm hybride où se mêle réalité et fiction. On y voit des entretiens documentaires avec des personnes qui entreprennent ce voyage, sur un bateau de ligne… Oui, en ça, le film est hybride effectivement. Il s’inspire d’une traversée similaire que j’ai faite entre Gêne et Rio. C’est une expérience fascinante, où on est à la fois dans le vide et dans le plein. Je voulais montrer ce microcosme dans lequel cohabitent tous les milieux sociaux. Une autre caractéristique de ces voyages, ce sont les amours passionnés qui naissent sur le bateau. C’est pour ça que mon personnage tombe amoureux… Vo u s a v e z d é d i é u n m a gnif ique f ilm à Armand Schul thess, un ancien emp l oyé d e l ’ a d m i n i s t r a t i o n fédérale qui décide un jour, de prendre retraite dans une maison de campagne au Tessin pour y consigner la connaissance humaine sur des plaques de métal. C’est une histoire folle ! Pouvez-vous nous raconter votre première rencontre avec lui ? Avant de le rencontrer, j’ai d’abord été saisi par son œuvre. Il faut dire que le terrain qu’Armand a investi est vaste de 18 000 mètres carrés. Ensuite, pendant dix ans, je suis allé sur place prendre des photos de ces plaques recouvertes de textes pour en faire l’inventaire. En dix ans, j’ai eu l’occasion de lui parler que deux fois ! Dès que je lui demandais de m’expliquer ses motivations, il se fermait. Le film a donc mis du temps à se mettre en place, car il était vraiment timide, et moi, j’avais l’impression de violer son intimité. Vous obtenez les fonds pour faire le film, mais Schulthess meurt quasi au même moment… Oui, et c’est grâce à Pro Helvetia que j’ai pu f ilmer le moment terrible où on détruit l’œuvre de cet homme. Aujourd’hui, quelques éléments qui ont pu être sauvés sont conservés à la Collection de l’Art Brut à Lausanne. Hans-Ulrich Schlumpf, vous avez traversé plusieurs époques du cinéma suisse. Entre 1970 et 1973, vous dirigez le Swiss Film Center (actuel Swiss Films). Quels étaient les challenges de l’époque ? Nous voulions créer un cinéma suisse différent, hors des vieux modèles de financement. Nous avons alors mis nos efforts dans la production, la distribution et un catalogue de films suisses. C’était une création qui venait de nous, des cinéastes. Le Swiss Film Center était une organisation destinée à défendre nos intérêts et à encourager la Confédéra-

tion à subventionner les films suisses. Quand nous avons commencé, c’était encore plus compliqué pour nos aînés Claude Goretta, Alexandre J. Seiler... Il fallait durement lutter. En mars prochain, les suisses voteront pour ou contre la suppression de la redevance radio-TV. Quelle est votre opinion à ce sujet ? Cette histoire est un scandale absolu ! C’est un scrutin dangereux, porté par des gens dangereux. Un « oui » serait une catastrophe pour nous les cinéastes, pour la suisse, et ce qui fait que nos différentes zones culturelles tiennent ensemble. Il faut que les gens s’organisent et protestent contre cette initiative. J’espère aussi que Gilles Marchand - nouveau Directeur général de la Société suisse de radiodiffusion et télévision - saura trouver les mots pour dire ce qu’il y a à dire. Il faut se défendre ! Dans une interview récente, vous mentionniez « les f ilms sac-à–dos » pour lesquels vous partiez à l’aventure. Qu’en est-il aujourd’hui ? À vrai dire, j’en ai marre de chercher de l’argent pour f inancer mes f ilms. Et je suis un peu vieux maintenant. En ce moment, je travaille sur un projet de film de montage avec du matériel que j’ai accumulé pendant toutes ces années. www.film-schlumpf.ch

Mariama Balde HANS URLICH SCHLUMPF « Depuis les années 1960, le cinéma documentaire est un des « genres » cinématographiques majeurs en Suisse, notamment du côté alémanique. En effet, des cinéastes indépendants imposaient un regard différent, souvent critique, de celui que proposait la télévision. Dans le sillage des premiers « maîtres », Alexandre J. Seiler ou Reni Mertens et Walter Marti, Hans-Ulrich Schlumpf est l’un des auteurs les plus importants. Son regard perçant, mais bienveillant, sur ses sujets lui permet de raconter avec tact et finesse des réalités sociales, humaines ou politiques très variées : que ce soit en revenant sur le destin d’un artiste (Armand Schultess, J’ai le téléphone, 1974), le travail destailleurs de pierre (Guber, Arbeit im Stein, 1979), Der Kongress der Pinguine, 1993) ou la vie des occupants des petits jardins jadis disséminés tout autour de Zurich (Kleine Freiheit,1978). » Frédéric Maire, Directeur de la Cinémathèque Suisse.


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DVD/BLU-RAY VIVRE SIMPLEMENT DE HANS HALDIMANN AVEC JKATHARINA LÜTHI, SUESANNA RUSSELL XENIX FILMDISTRIBUTION

Notre avis

LA JEUNE FILLE ET SON AIGLE D’OTTO BELL AVEC DAISY RIDLEY PRAESENS

Notre avis Une maison en pierres à flanc de montagne, des arbres à perte de vue, une bergerie, un enclos à chevaux et des poules qui se promènent. Nous sommes au Val Lavizzara, dans les hauteurs tessinoises. C'est ici, dans cette coopérative éco-responsable et autogérée que vivent parmi d'autres Katharina, SueSanna et Ulrich ; certains se sont établis ici après leur retraite, d'autres viennent travailler aux champs, d'autres ne sont ici que de passage. Ils vivent au rythme des saisons et du fruit de leurs récoltes, parlent du sentiment de pouvoir « ne compter que sur soi pour subvenir à ses besoins » sans dépendre d'un tiers, indiquant aussi, sans smartphones ni connexion Internet, « ne pas avoir besoin de savoir tout ce qui se passe dans le monde ».La caméra d'Haldimann, souple et furtive, se déplace et respecte les silences – ces derniers

sont nombreux dans la nature. Il propose en filigrane une réflexion sur les habitudes de vie découlant d'un système où la consommation se veut toujours plus effrénée. Soucieux de pouvoir être en contact avec les jeunes générations, SueSanna et les autres accueillent régulièrement des classes de la région, pendant un séjour où les élèves s'essayent à la coupe du bois ou à la lessive sans machine à laver. Le gîte est également ouvert aux visiteurs, pour un séjour plus ou moins long. Contemplant la bergerie, une pensionnaire résidant à Bâle anticipe son retour en ville : «On ne réalise qu'une chose nous manque que quand on l'a perdue », conclut-elle. Simplement vivre – à voir et à méditer.

Pauline Brandt

Aisholpan est une jeune mongole de 13 ans qui a décidé de suivre la voie de son père qui est un chasseur à l’aigle. Mais en Mongolie, cet art séculaire est plutôt enraciné chez les hommes et se transmet de père en fils. Aucune fille n’a encore jamais pratiqué ce sport et Aisholpan a la chance d’avoir un père ouvert d’esprit. Il va donc encourager sa fille dans cette voie et va lui permettre de capturer un aiglon dans son aire. Il va lui apprendre le dressage de ce magnifique animal et l’entraîner pour qu’elle puisse participer au festival annuel des chasseurs à l’aigle. Cette histoire vraie se déroule dans les montagnes de l’Altaï au nordouest de la Mongolie, la partie la plus éloignée du pays le moins peuplé de la terre. Des paysages magnifiques, une belle histoire entre un père, sa fille et un aigle. Le combat d’une jeune fille pour être admise dans

un cercle exclusivement masculin, celui aussi de pouvoir réaliser une passion hors du commun. Il s’agit d’un film documentaire et l’on peut regretter amèrement un doublage en langue française qui gâche certainement une grande partie des émotions et de la perception de la culture mongole. Il aurait peut-être mieux valu prendre un comédien confirmé pour la narration. Il s’agit d’un film simple qui ne montre pas grand-chose en matière de mise en scène, les protagonistes n’étant pas des acteurs, ils sont filmés dans leur univers avec réalisme. La beauté des paysages que l’on peut admirer à chaque saison ainsi que celles des aigles mérite le détour.

Patricia Beauverd

THIS IS US : SAISON 1

CRÉE PAR DAN FOGELMAN AVEC MILO VENTIMIGLIA, MANDY MOORE, STERLING K. BRONW…

20TH FOX

Notre avis Que deviennent les liens familiaux parmi des proches que tout oppose ? Engendrant d e s rires et des larmes, ceux qui sont habrités par les Pearson ne nous laissent pas indifférents. De l’émotion ! Vous allez en recevoir à travers cette première saison de 20 épisodes que les membres de cette famille nous laissent partager entre joies, rebondissements et mal-être. Une même famille, une même date, un même tourment et plein de rebondissement. Suivre la vie d’individus foncièrement différents autant physiquement que moralement, mais liés par une date d’anniversaire, c’est ce que propose This is us ! Comment vivre en étant une femme obèse, un Noir dans une société de Blancs ou un bel homme en apparence stupide? Chacun partage une même souffrance,

le sentiment de discrimination, le mépris et l’humiliation, mais de façon diverse. Hors, c’est uni qu’ils font face à ces tourments. C’est tout dans l’humanité que cette série place les liens familiaux au centre et offre ainsi un excellent diver-

tissement pour toute la famille, car chacun se reconnaîtra un peu dans un des personnages. Un peu clichés, vous me direz ? Malgré le déjà vu des thématiques abordées, cette série américaine les évite. Au contraire, cette histoire marque par son oscillement et l’articulation subtile de stéréotypes et remise en ques-

LE RETOUR DE CHUCKY DE DON MANCINI AVEC ALEX VINCENT, BRAD DOURIF ET FIONA DOURIF UNIVERSAL DVD

tion des normes sociétales dont les personnages subissent les conséquences. Loin d’être redondante, cette série est même finement ficelée. Sa double temporalité juxtaposant la vie des parents et celle des enfants entretien subtilement l’intrigue et montre comment le passé influence sur le futur. L’un sans l’autre, la vie de chacun perd de sons sens. Chaque personnage a son vécu, son ressenti qui détermine son comportement dans le présent. Ainsi, en plus d’un bon divertissement, elle propose un vrai questionnement quant aux conflits familiaux et souligne l’importance du dialogue et de l’humanité au sein des proches…. Comprendre pour être compris, c’est ce que propose This is us.

Yelena Saltini

RETOUR À MONTAUK DE VOLKER SCHLÖNDORFF AVEC STELLAN SKARSGARD, NINA HOSS, SUSANNE WOLFF

IMPULS

Notre avis

Notre avis Dans ce septième opus de la saga des Chucky, nous retrouvons Nica, quatre ans après ses aventures dans « La malédiction de Chucky ». Persuadée par son médecin que Chucky n’est que le fruit de son imagination, elle pense être ellemême responsable du meurtre de sa famille. Mais la poupée tueuse est de retour, et Nica devra à nouveau se battre pour lui échapper… Le film bénéficie d’une très belle cinématographie, notamment au niveau des plans de l’intérieur de l’asile où se trouve Nica, ou encore des paysages hivernaux des plans en extérieur. Une atmosphère oppressive et épurée se manifeste dans tout le film et plusieurs scènes font preuve d’un lyrisme étonnant à travers l’utilisation de la neige et de la blancheur éclatante des lieux, qui calfeutrent au sein du film de courts moments d'apaisement.

Toute cette mise en bouche est cependant vite brisée par l’irruption du personnage franchement lourd de Chucky, qui aligne les blagues crasses et les one liners inefficaces. Les éléments gores caractéristiques de la série/franchise sortent complètement les spectateurs du film par leur ridicule et les jumpscares superflus pèsent sur le rythme d'un film où l’atmosphère seule suffirait à convaincre. On l’aura compris, le film est incapable de maintenir un ton cohérent et se perd entre l'atmosphère oppressante et les irruptions grandguignolesques de Chucky. Malgré une excellente performance de l'actrice principale, Fiona Dourif, la magie n’opère pas, et l’on finit par s’ennuyer à attendre un final plutôt décevant.

Marie Reynard

Max Zorn, écrivain allemand, vient de finir un roman qui retrace sa première histoire d’amour, celle qu’il n’a pas terminée dans les règles de l’art et qui le hante encore, après plus de vingt ans. Il revient à New York pour la promotion de ce roman et y retrouve Clara, sa compagne qu’il n’a pas revue depuis des mois. C’est par hasard qu’il arrive à trouver les coordonnées de Rebecca, son amour disparu et c’est grâce à Lindsay, son attachée de presse qu’il obtient de la rencontrer, elle qui est devenue une célèbre avocate très occupée. Stellan Skarsgard campe le rôle de Max avec une incroyable sensibilité et une capacité à montrer ses émotions qui donnent un réel sens à cette histoire. Susanne Wolff est Clara la compagne si compréhensive et si aimante de Max, un rôle admirablement interprété. Un sujet douloureux

que celui d’un premier amour dont il manque l’épilogue et qui regorge de regrets. Difficile après tant d’années de se retrouver, de croire qu’il va être possible de tout gommer afin de recommencer lorsque l’un des deux a pris un chemin qui l’a conduit sur une autre voie de regrets. Les paysages et le face-à-face au bord de la mer donnent une profondeur incroyable à cette nostalgie et mélancolie perceptible tout au long du film. On avance dans la vie et on fait du mieux qu’on peut avec les événements qui se greffent tout au long du parcours. Une histoire d’amour dramatique qui met aussi en lumière l’égoïsme d’un homme qui ne se préoccupe pas de ce que peuvent ressentir les femmes qui l’entourent.

Patricia Beauverd


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DVD/BLU-RAY BALLERINA

GOING TO BRAZIL

D'ERIC SUMMER ET ERIC WARIN

DE PATRICK MILLE AVEC VANESSA GUIDE, ALISON WHEELER

ASCOT ELITE

Notre avis

ASCOT ELITE

Notre avis

Félicie est une jeune orpheline bretonne dont le seul rêve est de devenir ballerine. Avec son ami d’enfance Victor qui rêve de devenir inventeur, ils décident de s’enfuir de l’orphelinat pour se rendre à Paris. Après une évasion des plus rocambolesques, Félicie découvre l’Opéra de Paris et Victor la Tour Eifel dont l’ingénieur va l’engager dans son atelier. C’est par une voie détournée que Félicie arrive à entrer dans l’école de danse de l’Opéra. Si au début on a qualifié son énergie de "balle de révolver", c’est grâce à Odile qui va lui apprendre la

base du ballet et la contraindre à une discipline de fer, mais c’est surtout avec une immense ténacité, un grand courage et en ne perdant jamais ses objectifs de vue que, pour f inir, Félicie va décrocher le rôle de sa vie. Dommage qu’on ait introduit de la musique pop pour ados dans certaines scènes. Bizarre aussi qu’on y voit le gardien de l’orphelinat courser les orphelins lors de leur fuite avec une moto !

Patricia Beauverd

Bien mis en scène, le nouveau longmétrage de Patrick Mille nous fait découvrir le Brésil sous un nouvel angle. Il y a des soirées de folie, une traversée de régions inhospitalières et beaucoup de corruption. Mis à part les humeurs des protagonistes, le résultat est plutôt bon. Le second long-métrage de Patrick Mille n'est pas trop mauvais. Le scénario basique tient la route et ne manque pas de rebondissements. Plus connu comme acteur que comme réalisateur, le français a joué dans de nombreux films à succès tels que « Raid Dingue », « Django », « En équilibre » et « 99 Francs ». Il reprend à nouveau la caméra après l'étonnant film dramatique « Mauvaise fille » sorti en 2011. Cette comédie dramatique plutôt sympa a été nominée au Festival du film d'Angoulême en 2016 et au Festival de cinéma de Valenciennes cette année. À noter encore que ce Blu-Ray ne contient aucun bonus mis à part les traditionnelles Bandes annonces.

Alain Baruh

L’ORDRE DIVIN DE PETRA VOLPE AVEC MARIE LEUENBERGER, MAXIMILIAN SIMONISCHEK IMPULS

Notre avis L’ordre Divin e s t u n e belle surprise suisse de cette année 2017 : Pr i m é l o r s d e s Pr i x d u cinéma suisse et du Tribeca Film Festival de New York, Prix de Soleure, Quartz 2017 du meilleur scénario pour la réalisatrice Petra Volpe (scénariste d e " H e i d i " ) e t d e l a m e i l l e u re i n te r prétation féminine pour Marie Leuenberger… et c ’est plus que mérité ! Alors que les révolutions rythment la f in des années 60 dans le monde occidental, le temps semble s’être arrêté dans le petit village suisse de Nora, une jeune mère

IRIS DE JALIL LESPERT AVEC ROMAIN DURIS, CHARLOTTE LE BON UNIVERSAL DVD

Notre avis

La femme d’un banquier disparaît à Paris, en plein jour après avoir déjeuné avec son époux. Max, un mécanicien endetté, accepte pour dix mille euros d’être mêlé à ce kidnapping à la demande de celle qu’il pense être Madame Doriot, l’épouse du banquier. Il va même jusqu’à demander une rançon que l’époux semble prêt à payer pour retrouver Iris, son épouse. Antoine Doriot demande l’aide de la police pour retrouver Iris, mais celle-ci n’a aucune piste vraisemblable et penche pour un kidnapping qui aurait pu être effectué par des clients mécontents ou endettés. Romain Duris campe le rôle de Max, mais ne convainc pas. Peut-être un manque d’émotion ou en tout cas une attitude qui ne se modifie pas tout au long du film. Charlotte Le Bon, dans le rôle de Claudia, la maîtresse du banquier est superbe dans son interprétation, de même que dans la mise en valeur d’un physique déjà très flatteur. Jalil Lespert est un banquier au physique de mannequin qui aime se faire violenter et visiblement aussi tatouer ! Peu crédible.. Et l’inspectrice incarnée par Camille Cottin aurait mérité un rôle un peu plus élaboré, bien qu’elle soit parfaitement à l’aise dans celui-ci. Un thriller qui est le remake du film japonais Chaos réalisé par Hideo Nakata (Ring) en 1999 mais sorti en DVD chez nous en 2010. Il est question de manipulation, de pratiques sexuelles sado-maso, rien d’extraordinaire malgré les flashbacks qui sont destinés à faire comprendre la situation actuelle. L’ambiance du film est sombre et les situations ne manquent pas de rebondissements.

Patricia Beauverd

au foyer. Mais à l’approche des votations populaires de 1971, qui déterminerons si les femmes pourront dorénavant voter ou non, quelques événements viennent bouleverser les certitudes de notre Appenzelloise en la propulsant malgré elle dans un combat public en faveur du suff rage féminin. Sous ses airs de comédies grand public, l’Ordre divin s’avère bien plus subtile qu’il n’y parait et sans tomber dans une guérilla des clans, il aborde un sujet délicat avec justesse et intelligence. C’est avant tout un regard porté sur l’histoire suisse, ses valeurs et ses croyances et qui tend à nous rappeler que ce combat n’est pas si loin et pas si révolu. Sans jugement, le scénario revient sur les diff icultés et les complications auxquelles ont été conf rontés tant les hommes que les

femmes face à ce choix décisif. Mais au royaume du patriarcat, le spot est avant tout dirigé sur la révolution intérieure qui s’opère chez notre courageuse protagoniste, entrainant ainsi par sa prise de conscience et son déterminisme les autres femmes du village à en faire de même. On comprend par ce f ilm l’enjeu bien plus profond qui se cache derrière ce suff rage, c’est une remise en question des valeurs de la société ainsi que de la place et du rôle de chacun.

Marytza Chevallaz

LES FLEURS FANÉES

DESERT GUN DE GONZALO LOPEZGALLEGO AVEC PATRICK ILSON IAN MCSHANE

DINIFAN

Notre avis Arizona contemporaine, règlement de comptes au sein d’un cartel mexicain qui dégouline largement sur une petite ville perdue, incitant les locaux à faire une interprétation assez libre des lois nationales. Le jeune shérif du coin se met alors en tête d’élucider des crimes et délits étranges qui ont l’air de pousser comme champignons. Un Western moderne sans les vaches, les Indiens et les Saloons. Un film basé sur l’usage et l’abus de testostérone à l’américaine, comme peu les aime. Ce film n’arrive pas à la cheville de chef d’œuvre comme « No Country for Old Men » qui pourrait lui être apparenté, à priori. Un western nouvelle génération, certes, mais ce n’est pas un f ilm à inscrire au palmarès des incontournables du siècle. Une galerie de personnages bien moisis. Un manque d’originalité insupportable. Après vous faites bien comme vous voulez. Les scatophages au cinéma existent aussi.

CBB

D'EWAN MCGREGOR AVEC JENNIFER CONNELLY ET EWAN MCGREGOR ASCOT ELITE

Notre avis To t i l a B l u m e n est un chercheur et historien allemand qui étudie la Shoah et qui fait partie de l’organisation d’un congrès gigantesque sur le sujet. L’institut pour lequel il travaille engage alors une stagiaire f rançaise, Zazie Lindeau, au tempérament fort particulier, et les deux vont devoir collaborer et faire en sorte que la conférence se passe au mieux. Zazie, tout autant énergique que légèrement bipolaire, entretient une relation avec le directeur de l’Institut, Balthasar, et Totila, magnif iquement surnommé Toto, est, lui, acide et insipide. Généralement catégorisé dans la case, "comédie romantique", ce long-métrage de l’allemand Chris Kraus l’est, et tire le genre vers son extrême. D’une part, on retrouve le schéma classique des deux personnages que rien ne rassemble, qui se détestent, mais qui finiront par être ensemble malgré tout, et, d’autre part, ce début de relation s’éternise, c’est un constant et fatiguant « suis-moi, je te fuis, fuis-moi, je te suis » qui amène à vrai dire assez peu à la narration et qui ne permet que de montrer de manière redondante les caractères intenses des deux maudits tourtereaux. Ce film, ne propose même pas des personnages auquel on peut vraiment s’identifier et se rattacher tant ils sont incohérents et instables, ce qui, pour deux heures de film, laisse vraiment un sentiment d’anarchie et de désarroi. Primé dans quelques festivals, ce long-métrage ne reçoit pas nos meilleurs compliments, même si l’on se réjouit de revoir Adèle Haenel, dans un prochain film, qu’on espère meilleur que « Les fleurs fanées ».

Camille Mottier

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ECHANGE FATAL PAR SIOBHAN MACDONALD WWW.DAILY-PASSION S.COM

fortune dus à son comportement déplacé à l’égard de son associée. Les vacances dans les quatre ou cinq étoiles, c’est du passé. Dorénavant, il faut compter et éviter le gaspillage. Oscar n’est pas ce qu’on appelle un mari modèle, il aurait plutôt tendance à la violence.

SONIA GRIMM : NOËL EN CHOEUR !

Mannix et Kate O’Brien ainsi que leurs deux enfants vivent en Irlande, à Limerick. Il travaille dans une entreprise où il gère l’informatique et Kate vient de refuser une poste de directrice adjointe dans la communication à cause de ses enfants qu’elle ne veut pas laisser trop seuls. Kate et Hazel font connaissance sur la toile et conviennent de s’échanger leur logement pour les vacances d’automne.

L’ANTHOLOGIE CAVEAU DE LA HUCHETTE 1965-2017 Honte à moi (!?), je n’ai pas vu La La Land ! En revanche j’ai vu et revu Les rendez-vous de Juillet de Jacques Becker et, comme les autres, en cherchant à voir Boris Vian et sa trompinette, j’ai vu les danseurs s’en donner à cœur joie sur du « bebop » qui, il me semble, préfigurait le rock’n’roll. Le caveau de la Huchette, présenté comme le « temple du jazz parisien et dernier club de jazz au monde où l’on danse grâce à des concerts live tous les soirs », a bien sûr vu passer de grands noms de cette musique si particulière qu’est le jazz. Je ne vais pas en dresser la liste, cette anthologie vous en propose un bon nombre et il se pourrait que nous ne célébrions pas les mêmes. Pour moi, plus porté sur le rock que sur son ancêtre, j’ai d’abord écouté les morceaux que je connaissais : Shake rattle and roll par Memphis Slim, puis Gene Mighty et le Kansas City (des auteurs-compositeurs qui ont tant donné à Elvis Presley) et le Swanee river rock de Fats Domino et puis je me suis laissé émouvoir par le célèbre Petite fleur de Sidney Bechet avant de reprendre en chœur Just a gigolo. Vous allez me dire que cela ne nous rajeunit pas. En êtes-vous sûr ? N’avez-vous pas eu envie de danser sur plus de la moitié des morceaux ? Bonnes écoutes.

Noé Gaillard

Oscar et Hazel Harvey ainsi que leurs deux enfants vivent à New York dans un très confortable appartement. Il est dentiste, mais a subi quelques revers de

MICHAEL JONES LES ANNÉES GOLDMAN Accompagnateur sur scène et sur les albums de JeanJacques Goldman depuis 1983, le chanteur et guitariste franco-gallois Michael Jones donnera un concert accompagné de son groupe le 16 décembre 2017 à la Comédie de la Gare (Uptown Geneva). Ils nous feront revivre les titres du fameux trio « Fredericks Goldman Jones » ainsi que les titres du dernier album CD + DVD de Jones « Au tour de » sortie en janvier de cette année. Cet album est composé de plusieurs duos de prestige : «Je te donne» acoustique et «Petit Blues peinard» avec Jean-Jacques Goldman, «Keep on Rolling» et «Des nuits trop longues» avec Francis Cabrel par exemple.

Tout se déroule bien jusqu’au jour où Hazel se fait assassiner et qu’il s’avère que ce crime n’est pas un hasard. Un thriller étonnant qui commence avec le crime qui ne sera résolu qu’à la fin, après que l’auteure ait joué au chat et à la souris avec le lecteur. Entre l’infidélité, les trahisons et la violence conjugale, on peut tout imaginer tout au long de ce roman. Un premier roman prometteur !

Patricia Beauverd Le 16.12.2017 à la Comédie de la Gare (Uptown Geneva) Michael a au cours de sa carrière participé aux albums de nombreux artistes autres que Jean-Jacques Goldman. On pense surtout à Johnny Hallyday ou Joe Cocker.. Il a également participé aux bandes originales de f ilms comme « l’Union Sacrée », « Un Amour De Sorcière » ou encore « Pacif ic Palisades » (chanson interprétée par Ray Charles). Les fans de l’artiste et de blues, pop, rock et musique celtique ne louperont cet événement pour rien au monde. Pour vos réservations : https://www.soprod.org/

Claude Talaber

C’est la tradition désormais : qui dit fin d’année dit spectacle de Noël de Sonia Grimm à travers toute la Suisse romande. Cette année, en plus des musiciens et des danseurs, on pourra voir sur scène le chœur d’enfants de l’Association « J’aime la scène ». Un spectacle musical complet ! Noël est cette période où on aime ralentir le rythme et passer du temps en famille. Sur scène, Sonia Grimm propose des chansons gaies et rigolotes, comme « Le Père Noël s’est perdu » ou « Le Roi des grincheux », bien dans l’ambiance, mais aussi des chansons qui abordent des thèmes qui touchent directement les enfants, tels que la confiance en soi, le pardon, la tolérance, les émotions que l’on peut ressentir, etc. De jolies chansons qui transmettent des valeurs importantes avec douceur et compréhension. La chanteuse partage la scène avec des enfants comédiens de tous âges, formés dans les écoles de spectacle qu’elle a ouvertes en Romandie. Le spectacle est un vrai enchantement pour toute la famille, avec des décors féériques et des costumes somptueux. C’est plus qu’un simple concert, c’est une vraie comédie musicale ! Pour connaître les dates de la tournée : www.sonia-grimm.com

Katia Margraf


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IL FAUT L'AVOIR VU De Sylvain Fusée Avec Jérémie Renier, Alexandre Astier, Elodie Navarre, Manu Payet

LES AVENTURES DE PHILIBERT CAPITAINE PUCEAU AU XVIE SIÈCLE, SUR LES CÔTES DE BRETAGNE VIT PHILIBERT. ADOPTÉ PAR UN CULTIVATEUR D’ARTICHAUTS, ÉDUQUÉ COMME UN GRAND SEIGNEUR, IL DÉCOUVRE SA RÉELLE IDENTITÉ ET SON HÉRITAGE À LA MORT DE SON PÈRE ADOPTIF. IL PART ALORS À LA DÉCOUVERTE DE SA DESTINÉE EN RECHERCHANT LE COMTE D’ARTOIS, L’ASSASSIN DE SON PÈRE, LE COMTE BÉRENDOURT DE SAINT-AVOISE. AU COURS DE SON PÉRIPLE IL VA S’ENCOMBRER D’UN VALET ATYPIQUE ET, POURQUOI PAS, TROUVER SON VÉRITABLE AMOUR POUR LEQUEL IL S’EST PRÉSERVÉ TOUTE SA JEUNESSE. AU GRAND DAM DES PAYSANNES BRETONNES…

Ce film est un chef-d’œuvre de comédie, qui n’a pas été compris par le public et les critiques au moment de sa sortie en salles et encore aujourd’hui, car considéré comme une parodie, alors que c’est un pastiche ! Et la différence est de taille. En effet, la parodie est faite pour railler, pour se moquer et tourner en ridicule l’œuvre originale avec un objectif plus ou moins charitable. Un pastiche est une version comique, en l’occurrence, qui rend hommage avec légèreté au travail des auteurs, des acteurs et des réalisateurs. Sylvain Fusée désirait faire ce film car il est de la génération qui a grandi avec les films de cape et d’épée. Avec des figures emblématiques comme Jean Marais («Le Capitan», « Le Bossu »), Eroll Flynn (« Robin des Bois») ou encore Gérard Barray (« Scaramouche», « Les Trois Mousquetaires »). Toute une époque ! Ce genre est notre western à nous, les costumes de la Renaissance et les épées en plus. Dans « Les aventures de Philibert – Capitaine Puceau », on retrouve avec délice tous les ingrédients d’un bon film où des seigneurs héroïques sont honnêtes dans un monde de mensonges et d’hypocrisie, les Rois et les Reines dupés par une Cour comploteuse et sauvés par le héros souvent déchu, les demoiselles de toutes les castes sont émerveillées par la bravoure et la détermination dont fait preuve le dit-héros et enf in, où les valets sont des couards mais toujours loyaux au final à leurs seigneurs liges. Rien n’est laissé au h a s a rd . J u s q u ’à l a ressemblance f rappante et troublante entre Jérémie Renier et Jean Marais, le plus célèbre acteur de cape et d’épée français de l’âge d’or du genre. Il faut reconnaître que l’absurde des situations comme des détails subliment le scénario pour parfaire ce pastiche incompris. Plongez-vous sans à priori dans cet univers décalé, et vous passerez un moment inoubliable. A tout bon pastiche, une chanson pertinente et drôle relève la saveur de l’œuvre. Rien que pour ça, il ne faut pas continuer à vivre sans l’avoir vu au moins une fois. L’humour et la dérision sont un bon remède contre la morosité de la vie. Le film tient en grande partie grâce au duo formé par Jérémie Renier, parfait en héros aussi preux que naïf, et Alexandre Astier, qui en fait des caisses en méchant machiavélique et semble y prendre énormément de

plaisir. Mais le scénario et les dialogues tirent aussi l’œuvre vers le haut. Co-écrits par Karine Angeli et Jean-François Halin, on retrouve la patte de ce dernier, qui avait précédemment scénarisé les deux OSS 117. Un habitué du pastiche et de la parodie donc. L’ambiance de tournage était telle, que vous trouverez même dans les bonus du DVD un making-off où les acteurs ne décrochent pas de leur rôle en jouant le côté désagréable de leur identité blasée de star des années 1950. La distribution se sert en outre dans le fleuron des humoristes actuels comme Gaspard Proust, le piquant humoriste slovéno-suisse, Christophe Salengro (« Groland ») ou Brice Fournier (« Kaamelott »), qui incarnent des personnages aux noms à rallonge et volontairement ridicules, comme dans la tradition de ce style de cinéma. Le Comte de Bérendourt de Saint-Avoise, Inès Comtesse de Bazougues de la Tour en Pendois ou bien entendu le Comte Clotindre d’Artois font face aux autres protagonistes aux blazes carrément plus courtauds pour bien asseoir la supériorité des premiers (pour les plus extravagants : Gliture ou Comédon). Tout cela constitue naturellement une volonté comique assumée. Même dans les films originaux le ridicule était admis. Les films de cape et d’épée ont toujours accepté cet état de fait. Derrière la gaudriole et l’aventure se cachait parfois aussi une forme de cinéma dénonciateur de l’absurdité des différences sociales, un genre de rébellion passive et artistique. D’un point de vue technique, le soin apporté à chaque aspect offre des décors où le carton-pâte est bien visible, toujours dans le même esprit de satire affectueuse, les costumes chatoyant même lorsque ce sont des frusques censées être cradingues et une réalisation rythmée et ponctuée de détails aussi importants que les personnages, font que le soufflé monte sans retomber, que les collants moulants sont à l’honneur et que les codes du 21e siècle en prennent pour leur grade. Non, sans déconner, si vous ne captez pas cet humour, lâchez du lest !

CBB


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NANAR, MON AMOUR! « LES TRANSFORMEURS DE L’ESPACE » 

EN COULISSES Impression : PCL Presses Centrales SA.

COMME CHAQUE FIN D’ANNÉE, NOUS ALLONS FAIRE PLAISIR À NOS PETITES TÊTES BLONDES EN LEUR RECOMMANDANT UN MAGNIFIQUE DA DE TONTON LAI. L’OUTIL IDÉAL POUR REMETTRE DANS LE DROIT CHEMIN LES GARNEMENTS RÉCALCITRANTS !

Création/Mise en page : Deborah Pinto, daily-media.ch Directeur de Publication : Carlos Mühlig Directeur de Publication adjoint : David Margraf Rédacteur en chef : Yamine Guettari Blu-Ray/DVD : Carlos Mühlig et Claude Talaber Musiques de Films : Yamine Guettari

GOLDOLIPRANE ToParé d’un packaging mensonger à souhait (mais que fait Kaneda d’« AKIRA » dans cette galère ?), renforcé par un générique avec images volées on ne sait où et un défilé de patronymes anglophones complètement bidons, le canevas classique se met en place : alors que le vaisseau Star Wars (sic) patrouille dans l'espace, il est sauvagement agressé par un robot géant qui lui éventre les flancs et effraie son équipage. L'attaque est diligentée par le chef des Tongs, qui rêve d'asseoir sa domination sur... heu... qui rêve d'asseoir sa domination. Mais un obstacle se dresse à l'encontre de son dément projet : Ivy, IA du Star Wars/de la Terre/ du laboratoire du professeur Ping/voire plus si affinités.

d'un coup de laser, la sombre machination se fait jour : une bactérie a en fait été injectée dans son corps !

Pour s'en débarrasser, un agent ennemi s'infiltre parmi la population humaine afin d'abattre Ivy, qui, en plus d'être une IA, est aussi une humaine. Ou bien un cyborg. En tout cas, c'est une jeune femme contenant « des ordinateurs auto-gérantes » (faute d'accord comprise). Et alors que l'on croit la pauvre fille tout simplement assassinée

NEON GENESIS EGANGLION Improbable croisement entre « L'Aventure Intérieure », « Il était une fois la vie » et « Goldorak », il fallait s’appeler Joseph Lai pour associer des mondes fantasy conçus sous LSD à des bases technologiques de SF, avec des robots qui défoncent des primitifs à la roquette atomique sur fond de vague méta-

Le chirurgien qui s'en occupe est formel : l'agent pathogène a déjà envahi le cœur et le foie, aucune antibiothérapie ne peut donc être menée sans provoquer la mort de la patiente. Étant donné que son décès entraînerait la fin de l'humanité, c'est la merde. Heureusement, l'expérimentation animale la plus sauvage n'a de cesse de faire progresser la société : en effet, des tests sur crocodile ont permis de perfectionner la technologie de miniaturisation. Il suffit alors d'injecter à Ivy une version microscopique de Diatron 3, le robot de combat de la Terre, afin de détruire in vivo la néfaste bactérie.

phore leucémique. On reconnaît sa patte inimitable dans la réalisation miséreuse : visages et morphologies changeant du tout au tout selon les séquences, pilosité aléatoire, accessoires, cheveux ou vêtements qui changent de couleur d'un plan à l'autre, scénario fumeux, etc. Et comme dans tout bon dessin animé de cette envergure, les moyens techniques sont à la hauteur des ambitions affichées et offrent au spectateur les grands classiques qui en ont fait le succès : travelling en boucle flagrante, voire traveling dans le mauvais sens (vive les robots qui volent en marche arrière), couleurs douteuses (du rose pour des météores ?) clignotements intempestifs des yeux (et même des oreilles !), animations aberrantes, dessins bugués et largement plagiés à droite à gauche, perspectives au chômage technique, proportions jetées aux oubliettes, et pour la première fois à ce point, des taches particulièrement visibles sur les celluloïds (on a parfois l'impression que les personnages font de la buée en parlant) !

Mais un dessin animé nanar, ce n'est pas qu'un mauvais scénario et une animation en charpie, ce sont aussi du son, de la musique, des mots, des intonations... Le doublage français explose les standards avec un service minimum qui semble se composer d'un homme et d'une femme pour l'ensemble des personnages. Un couple dont on imagine sans mal qu'il était enchaîné dans le studio, martyrisé par des distributeurs pervers.

Responsable Il faut l’avoir lu/vu : Damien Mazza

D'une durée plutôt brève (moins d'une heure), "Les Transformeurs de l'Espace" a la politesse de ne jamais être ennuyeux, osant sans aucun complexe afficher les plus stupides des idées. Un spectacle généreusement nanar, pour les grands enfants, et les petites pestes.

Remerciements : à tous les annonceurs, collaborateurs, partenaires, abonnés et toutes les personnes grâce à qui Daily Movies existe !

Richard Tribouilloy Retrouvez l'intégralité de cette critique – et des centaines d'autres – sur nanarland.com, le site des mauvais films sympathiques.

Abonnement/Distribution :

abo@daily-movies.ch / distro@dailymedia.ch

Corrections : Yamine Guettari, David Margraf, Carlos Mühlig. Webmaster : Ryan Ferri, anaon.ch

Paraît 9 fois par an.

ACCESS POINT DISPONIBLE DANS LES FNAC, LES CINÉMAS, MEDIAMARKT, ETC. TOUS LES LIEUX SUR WWW.DAILY-MOVIES.CH/ DISTRIBUTION


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Daily Movies N°84  

Toute l'actualité du cinéma en Suisse dans le numéro de Décembre 2017 / Janvier 2018 de Daily Movies www.daily-movies.ch

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