Daily Movies 61 - Mai 2015

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DAILY MOVIES NO 61 ■ MAI 2015

Interview

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Frédéric Favre s’intéresse au petit monde des coursiers lausannois.

WWW.DAILY-MOVIES.CH

En salles

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« Dawn » : le Genevois Romed Wyder revient derrière la caméra avec cet intense huis-clos.

Festivals

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Bienvenue à la première édition du festival genevois Histoire et Cité !

Festivals

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Videoex 2015 : le cinéma expérimental c’est là, et nulle part ailleurs !

AVENGERS : L’ÈRE D’ULTRON

UNE SUITE DÉCEVANTE ! Trois ans après avoir assouvi le fantasme absolu des fans de Marvel et cartonné au box-office avec « Avengers », Joss Whedon réunit une seconde fois sa dream team en livrant une suite qui se veut plus sombre et plus proche de l’intimité des personnages. De Joss Whedon Avec Robert Downey Jr., Chris Evans, Mark Ruffalo Disney / Marvel

Sortie le 22/04 Ne ratant jamais une occasion pour tenter de rendre le monde plus sûr, Tony Stark tente de mettre au point un système de surveillance absolue et robotisée qui parviendrait à garantir le maintien de la paix. Opérant dans le dos de ses acolytes, Stark voit sa création lui échapper et donne ainsi naissance, à la manière du Docteur Frankenstein, à un monstre informatique persuadé que le meilleur moyen de protéger l’humanité n’est autre que de l’anéantir. Voilà donc les Avengers confrontés à une nou-

velle menace, d’autant plus redoutable qu’elle s’avère insaisissable car douée d’ubiquité et qu’elle bénéficie du soutien de deux jumeaux aux étranges pouvoirs. Vous l’aurez compris, la nature de cette menace, nommée Ultron, fait écho à la problématique on ne peut plus contemporaine des dérives de la surveillance informatique généralisée. Si le premier «  Avengers  » bénéficiait d’une écriture particulièrement efficace, cette suite souffre de grosses lacunes narratives. Entre les personnages qui courent après les punchlines  ; les séquences introspectives censées révéler les plus grandes peurs des héros mais qui resteront inexploitées et un montage qui semble souffrir de nombreuses coupes ; cette suite déçoit

précisément là où son aîné nous avait séduits. Seul le personnage de Thor parvient à tirer son épingle du jeu en nous décrochant quelques sourires. Alors que le grand méchant ne cesse de revendiquer sa liberté, le film res-

Dès que vous voyez le logo ci-dessus, c'est qu'il y a des lots en jeu.

COMMENT GAGNER ? En écrivant à concours@daily-movies.ch, et en mettant en objet concours + le titre du film. N’oubliez pas votre adresse postale pour participer au tirage au sort !

semble paradoxalement à un produit formaté privé de toute originalité. Ajoutez à ça de (trop) nombreuses scènes d’action rarement convaincantes car dépourvues d’enjeu et alourdies par un raz de marée d’effets spéciaux trop visibles et vous achevez la déception. Force est de constater qu’à mesure que l’écurie Marvel et son président Kevin Feige multiplient les films et appliquent la même recette (surenchère de scènes d’action et ton excessivement décontracté), le caractère fascinant des ces super héros s’estompe et ce qui devait être des figures quasi mythologiques se transforme peu à peu en vulgaires marionnettes. [Thomas Gerber]

EDITO

Yamine Guettari cinema@daily-movies.ch

On va dire que je râle tout le temps (en même temps c’est pas faux) mais les rythmes de sortie des films c’est un petit n’ importe quoi ces derniers temps ! Sur ces quatre premiers mois de l'année, il est sorti trois films qu’on peut raisonnablement considérer comme des blockbusters : « Jupiter Ascending », « Fast And Furious 7 » et bien sûr le mastodonte « Avengers, l’ ère d’Ultron ». Et lorsqu’on regarde le planning de cet été, la liste des très gros films donnent le vertige : « Jurassic World », « Terminator : Genisys », « Les Minions », « Magic Mike XXL », « Pan », « AntMan », « Pitch Perfect 2 », le reboot de « Les 4 Fantastiques », « Ted 2 », le remake de « Poltergeist », « Mission Impossible : Rogue Nation », « Pixels », et « Welcome Back ». Treize films ! Les spectateurs vont risquer l’ indigestion... Autre exemple, 13 films vont sortir au cinéma en mai, contre… 22 en juillet. Avantage : certains petits films auront leur chance en mai (et encore, avec les rouleaux-compresseurs « Avengers » et « Mad Max »…). Inconvénient : des films vont souffrir cet été !

UNE PUBLICATION


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EN SALLES

DAILY MOVIES N°61 – MAI 2015

UN RÉALISATEUR SE MET EN SELLE

« CYCLIQUE »

Caroline, Raph, Matila sont trois jeunes coursiers à vélo. Le cycle est leur passion et les rues de Lausanne sont leur territoire. Pour son premier film, Frédéric Favre a filmé (et roulé !) au plus près de ses protagonistes, épousant leur quotidien, captant leurs bonheurs et leur coups de pompe, et dévoilant leur douce mélancolie. - Frédéric Favre, pour ceux qui ne vous connaissent pas, comment vous présenter ? - Je suis né en 1976 à Sion, et suis parti à Genève pour l'Université. C'est en devenant coursier, en marge de mes études de Lettres, que je suis tombé amoureux de la ville, car j'ai commencé à la connaître dans ses moindres recoins, dans son intimité.  - Quel a été votre parcours de cinéphile ? - Je suis un enfant de la télé. J'ai passé des milliers d'heures devant le petit écran, comme plein de gens de ma génération. Un jour à 14 ans, je l'ai décidé : j'allais faire des films ! J'avais trouvé ma vocation. J'ai une formation d'abord théorique et académique, y compris en cinéma. Je me suis occupé du ciné-club universitaire de 2003 à 2012. En sortant de l'Uni, je voulais tout de suite travailler dans le milieu ; j’ai fait des petits boulots sur des tournages, puis de fil en aiguille, je suis devenu assistantréalisateur dès 2005, pour l'ECAL, et pour Daniel Schweizer, avec qui j'ai travaillé 5 ans.  - Et votre parcours de passionné de cyclisme ? - J'ai bossé de 2000 à 2008 à la Krick Cyclo [ndlr : entreprise vélo-postale genevoise], on a fondé avec cinq potes l'association Roue Libre en 2004 qui a été à l'origine de pleins d'actions festives et politiques décalées, notamment la création de l'Autre Salon.  - « Cyclique » est votre film de diplôme, c’est bien ça ? - Oui. Mais le désir de faire ce film est venu bien avant le master cinéma. Déjà en 2005 j'en avais posé les premières lignes, mais ça n'a rien

à voir avec le résultat final évidemment. J'avais juste envie de partager ma vision du travail de coursier, partager toutes ces sensations fortes.

De Frédéric Favre Avec Caroline, Raph et Matila Filmbringer

Sortie le 29/04

- Le sujet s’est-il imposé de luimême, de par votre implication dans ce milieu ? - Je distingue le thème et le sujet. Le sujet c'est le monde des coursiers. Le thème du film pour moi, c'est la difficulté de grandir, de faire des choix. Les deux se sont imposés séparément. C’est un conseil d’un ami scénariste qui m’a aidé à faire le lien : « raconte une histoire dans un univers que tu connais bien, que tu aimes, que tu auras plaisir à filmer et que tu filmeras comme il faut. » Au départ le film était écrit à Genève, pour Genève. Et là c’est Jean-Stéphane Bron qui m’a aidé. Il m’a dit : il faut que tu changes de ville, que tu prennes de la distance. Genève c’est trop proche. Et puis Lausanne, ça c’est un vrai défi, aussi physique ! Alors j’y suis allé, mais pas de gaieté de cœur au départ : j’ai dû affronter pas mal de timidité et de peurs. - Comment avez-vous trouvé vos trois héros ? - De façon très organique. J'avais dû écrire un scénario complet du film (comme une fiction pure), que j'ai mis de côté pendant le tournage. Je l'ai repris une fois le film fini : on est incroyablement proche au niveau thématique, mais ça prend un tout autre chemin. Je dirais donc qu'on a vraiment fait le film ensemble avec les protagonistes  : ils incarnaient exactement les énergies que je cherchais, les problématiques que je voulais raconter, mais je me suis laissé

embarquer dans leur univers, dans leur monde, dans leur réalité, qui a dépassé la fiction. - Il y a une mélancolie frappante chez ces personnes qui semblent pourtant tellement heureuses au moment d’enfourcher leur vélo. Conséquence d’une solitude propre aux gens dits « passionnés », à fond dans leur métier ? - Il y a une mélancolie et une passion. C'est un film bipolaire je pense, tragicomique, et cyclothymique (d'où le titre) ; ça résonne parce que je pense qu'une passion dévorante peut aussi jouer un rôle de refuge, de fuite de la réalité dans une de ses tranches. Ça donne une identité, ça distingue, mais peut aussi isoler des autres. En faisant « Cyclique », je me suis complètement plongé dans ce travail, et je me suis passablement isolé aussi. Même si j'étais à fond avec mes protagonistes.

un peu le métier de coursier, casser un peu la mythologie qu'on construit tout autour. Parce que je le connais de l'intérieur, je ne voulais pas rester sur l'image d'Epinal. Après, cela devient une petite métaphore de l’existence. Avec ses joies, ses peines… J'ai voulu faire un film sur ma vision optimiste de la vie, mais sans en escamoter le spleen. - Quels sont vos projets après ce film ? - Je suis en train de développer un nouveau projet qui se passe en montagne. Son titre de travail est « Encordés »… Je suis en pleine phase d’écriture.

- Dans le film, le métier de coursier passe dans le regard de certaines personnes pour une forme de passetemps peu sérieux, voire immature. Une vie de coursier, une vie de chien ?  - C'est vrai que je voulais démystifier [Pascal Knoerr]

LA COTATION DE DAILY MOVIES ★★★★★ Chef-d’oeuvre  ★★★★ Excellent  ★★★ Bien  ★★ Bof  ★ Mauvais  T À éviter comme la mort

Five angry men

notent les films du mois

A Pigeon Sat On A Branch... A Trois on y va Avengers, l’ère d’Ultron Connasse, Princesse des cœurs Cyclique Dawn Fast and Furious 7 Iranien La Promesse d’une vie Le Talent de mes amis

Alexandre Carole-lyne Caporal Klay - - - ★★★ ★★ - - ★★ - - - - - - - ★★★★ - - - -

Etienne Loïc Rey Valceschini ★★★ - ★★ - ★★ ★★ - - - - - - ★★★ ★★ - - - - - -

★★ ★★★★ ★★★★

★★★★ ★★ ★★★ ★★★ ★★ ★★


EN SALLES

DAILY MOVIES N°61 – MAI 2015

CAS DE CONSCIENCE

Bio Romed Wyder Genevois

Né en 1967 à Brigue, il obtient en 1995 son diplôme de la section cinéma des BeauxArts de Genève. Il est membre actif du Cinéma Spoutnik et a fondé le collectif Laïka Films avec 5 amis cinéastes en 1993.

« DAWN »

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e réalisateur/producteur genevois Romed Wyder s’était fait rare depuis son thriller psychologique « Absolut » en 2004. Il est de retour aux commandes de ce huis-clos intense, suite à sa découverte du roman « L’Aube » (« Dawn ») d’Elie Wiesel. De cette adaptation découle un film psychologiquement riche, qui n’est pas sans rappeler, toutes proportions gardées, « L’Armée des ombres » de Melville. En effet, on y retrouve ces résistants confinés dans un univers ascétique et gris, qui se retrouvent à combattre côte à côte malgré leurs différences de caractères et qui sont chaque jour confrontés à des choix moraux compliqués. Nous sommes en 1947 : la Palestine est sous mandat britannique. Les sionistes se battent pour la création d’un Etat juif en Palestine et un de leurs membres vient d’être condamné à mort par les Anglais. En représailles, la résistance a kid-

De Romed Wyder Avec Joel Basman, Sarah Adler, Liron Levo, Jason Isaacs Aardvark Film

Sortie le 29/04 nappé un officier britannique qu’ils essaient d’échanger contre leur ami. Cinq insurgés passent la nuit ensemble, en attendant les résultats de la négociation. Si, à l’aube, les Britanniques pendent leur ami, le plus jeune d’entre eux, Elisha, rescapé des camps de la mort, devra exécuter l’otage. Sauf qu’au début de la nuit il ne le sait pas encore, et que ses quatre compagnons d’armes vont s’employer, chacun à leur manière, afin qu’il surmonte ses conflits de conscience et s’engage pleinement dans la lutte armée. Il y a Gad, le charismatique et paternel chef de groupe, Joav l’ancien truand brutal et agaçant, Gideon,

Réalisateur-inventeur

le juif pratiquant, toujours calme et qui tempère Joav, et enfin Ilana, la recruteuse, jouant à la fois la figure maternelle et amoureuse. Il n’est pas facile de réaliser un huisclos – ce genre peut vite conduire à l’ennui – mais Romed Wyder a su ménager un rythme satisfaisant, grâce à de bons dialogues et à l’insertion judicieuse de quelques flashbacks. De plus, les acteurs jouent chacun très juste et donnent une épaisseur à leurs personnages, le pivot restant Elisha (très bon Joel Basman, que nous avions remarqué dans « Luftbusiness », chroniqué dans le Daily Movies n°2), dont les questionnements résonnent avec ceux du spectateur : l’ancienne victime doit-elle devenir bourreau ? On ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec la situation actuelle des « terroristes » palestiniens… [Yamine Guettari]

« LE TALENT DE MES AMIS »

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u talent, Alex Lutz et son acolyte Bruno Sanches en ont incontestablement. Depuis trois ans, le duo enchante le public de Canal + avec la shortcom « Catherine et Liliane », pastille hilarante s’étant ménagée sa place au soleil dans le «  Petit Journal  » de Yann Barthès. Malheureusement en tentant d’utiliser cette notoriété pour ce premier coup d’essai derrière la caméra, Alex Lutz nous éloigne des dialogues caustiques et piquants auxquels il nous avait habitués. Dans « Le talent de mes amis », Alex et Jeff, collègues de bureau dans une multinationale, sont aussi les meilleurs amis du monde depuis le lycée. Avec leurs femmes respectives, ils forment ensemble presque une famille, qui se fraye un chemin dans la vie, tranquillement, sans grande ambition. L'arrivée de Thibaut, conférencier et spécialiste en développement personnel, ne va pas tarder à mettre à mal leur équilibre pépère, car Thibaut est un ami d'enfance d'Alex et va le pousser à l’imiter en réalisant ses rêves, au risque de perdre l'amitié de

D’Alex Lutz Avec Alex Lutz, Bruno Sanches, Tom Dingler Frénetic Film

Sortie le 06/05 Jeff... Tout comme le titre le laisse entendre, le comique joue la sécurité en s’entourant d’amis, parmi lesquels Tom Dingler (metteur en scène de « Catherine et Liliane »), Audrey Lamy, Julia Piaton, Sylvie Testud… Autant dire, pléthore de rôles secondaires qui viennent se greffer à un scénario déjà confus et aux enjeux plus que limités. Portrait d’une génération ? Plaidoyer pour l’épanouissement personnel ? Le film prend plutôt la forme d’une série de sketches et d’aventures loufoques sans grande originalité. Du film, on retiendra le post-générique, pour nous rappeler que la comédie aurait gagné à être plus débridée, à l’image des deux têtes d’affiches. [Mariama Balde]

Dans « Squatters », son premier documentaire il filme la vie quotidienne de squats genevois. Univers qu’il retrouve pour sa première fiction « Pas de café, pas de télé, pas de sexe ». Puis il réalise « Absolut », un thriller sur fond de crise financière et de G8. Passionné de technologie, il développe un générateur de widgets en ligne pour la promotion du film.

Producteur impliqué

En 2003, il fonde sa propre société de production Paradigma Films. Depuis 2002, Romed Wyder est membre de la Commission fédérale du cinéma, et entre 2005 et 2008, il fut président de l'Association suisse des réalisatrices et réalisateurs de films. [Yamine Guettari]

« A PIGEON SAT ON A BRANCH REFLECTING ON EXISTENCE »

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ouronné par le Lion d’or à Venise, «  A Pigeon Sat on a Branch…  » clôt ce que Roy Andersson appelle une trilogie sur le « vivant », sur la condition de l’être humain  ; une condition faite plus souvent de petits malheurs, de solitude et de tragi-comédie que de franche rigolade. S’inscrivant dans la continuité de « Chansons du deuxième étage  » et «  Nous, les vivants  », ce troisième film en reprend le style théâtral, les costumes et les décors plus gris et déprimants que jamais, avec mention spéciale pour le lino défraîchi, le mobilier Ikea passé et les éclairages impersonnels. Le ton de cette nouvelle suite de scénettes imbriquées entre elles se veut encore une fois douxamer, voire carrément triste. Traversé par des personnages qui sont à peu près tous en train de passer à côté de leur existence (mention spéciale aux deux sinistres représentants de farces et attrapes, condamnés à répéter en boucle le même laïus de vente), le film propose une certaine idée de la vacuité de la vie telle qu’elle est

De Roy Andersson Avec Nisse Vestblom, Holger Andersson Look Now !

Sortie le 29/04 subie par celles et ceux qui en sont les perdants. Il n’y a que les enfants et les jeunes qui semblent échapper, pour un temps, au regard caustique et désenchanté du réalisateur. Qui se fend, et c’est inattendu, de quelques piques politiques par le recours à un surréalisme spectaculaire, instillant une angoisse prégnante dans la seconde moitié du film. Si l’humour, pas toujours noir, détend ici et là une atmosphère sur laquelle plane la fatigue et la mort, on s’amuse un peu moins que dans les deux précédents longs métrages, ce qui fait à la fois la surprise et la déception de cette conclusion à une trilogie au ton tellement scandinave, qu’il vaut la peine de découvrir. [Pascal Knoerr]

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« LES JARDINS DU ROI »

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our les moins jeunes, Alan Rickman c’est avant tout Hans Gruber, le méchant de « Piège de cristal », rien moins que l’un des vilains les plus classes de toute l’histoire du cinéma. Pour la génération suivante, c’est le professeur Severus Rogue de « Harry Potter  ». L’homme est pourtant aussi un grand acteur de théâtre, une figure éclectique du cinéma et donc également, comme ce film le prouve, un réalisateur émérite. Après « L’Invitée De L’Hiver » en 1997, le voilà à nouveau derrière la caméra. Cette fois, il choisit de raconter l’histoire imaginée autour de la création du fameux « Bosquet Des Rocailles » à Versailles, la salle de bal à ciel ouvert conçue par le jardinier du Roi Soleil, André Le Nôtre. D’après le film, même si le célèbre paysagiste y est bien présent, ce serait à une certaine Sabine De Barra, artiste avant-gardiste, qu’on devrait ce fameux joyau de la culture française. La vérité historique semble être ici piétinée mais peu importe et surtout, tant mieux ! Il y aura toujours des voix

D‘Alan Rickman Avec Kate Winslet, Matthias Schoenaerts, Alan Rickman Elite Films

Sortie le 13/05 grincheuses pour venir se plaindre que le film trahit l’Histoire de France, en anglais en plus, mais en terme de dramaturgie, l’idée est judicieuse. Le personnage, interprété brillamment par Kate Winslet, donne une touche de modernité à une œuvre qui aurait facilement pu passer pour vieillotte et statique. Sans le talent des acteurs, que le cinéaste met en scène avec une évidente délectation, le réalisateur débutant aurait eu grand mal à dissimuler la simplicité du découpage quasiment réduit à une suite de gros plans traduisant un manque de moyens évident, l’impossibilité de tourner dans des décors réels et la difficulté de les recréer ailleurs. Malgré tout, la sincérité paie et Alan Rickman s’en sort avec classe et honneur. [Etienne Rey]

« CONNASSE, PRINCESSE DES CŒURS »

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près le petit succès rencontré par la série, c’est son adaptation cinématographique, mise en scène par les mêmes réalisatrices, qui paraît sur grand écran. Alors qu’on jugeait plus attendu le portage de «  Bref  », voici donc «  Connasse, Princesse des cœurs  ». Cette comédie repose sur le personnage de la « Connasse », interprété par Camille Cottin, qui est d’ailleurs l’un des – rares – bons points du film. On y retrouve, bien sûr, le concept à la base de la série courte : des caméras cachées qui mettent en scène de pauvres victimes des délires de ce personnage insupportable. Tout commence lorsque Camille Cottin se rend compte que le monde du travail n’est pas fait pour elle. Elle affiche aussi du mépris pour la classe moyenne, les enfants ou les handicapés. Aiguillonnée par l’image qu’elle se fait d’elle-même, elle va tout faire pour rencontrer le Prince Harry d’Angleterre et l’épouser : son but, la célébrité et l’abri du besoin. On rigole… dix minutes. Avec un scénario et un concept pareils,

« IRANIEN »

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as facile pour un athée iranien de convaincre quatre mollahs d’aborder différents sujets avec lui. Mais c’est ce qu’a réussi à faire le réalisateur Mehran Tamadon, non sans mal, car le mollah est d’un naturel suspicieux et tend à refuser de cohabiter avec un mécréant dans une maison, d’autant plus durant deux jours ! Une fois installés les quatre mollahs et le réalisateur débutent leurs échanges, mais avant tout, et ce n’est pas une mince affaire, les mollahs vont vouloir clarifier le mot laïc... Ce documentaire d’une grande valeur pédagogique démontre qu’il y a certaines barrières difficiles

Pas vu mais on y croit Trois films à voir en salle ces prochaines semaines, mais qui n’ont pas encore été visionnés.

D‘Eloïse Lang et Noémie Saglio Avec Camille Cottin Praesens

Sortie le 29/04 comment ne pas faire la comparaison avec le film de Sacha Baron Cohen, « Borat » ? Cependant, là où la comédie délirante de l’Anglais posait un vrai décor pour une bonne dose de rigolade, on se retrouve ici face à une coquille vide. Malgré le bagout de l’actrice et les premières minutes qui font sourire, on arrive bien vite dans un film plat, agrémenté de séquences ridicules voire gênantes. Il ne suffit pas d’être vulgaire ou politiquement incorrect pour faire une bonne caméra cachée. Là où le concept était bien adapté à un programme court de quelques minutes, on voit bien, dans cette longue adaptation, qu’il y a un cruel manque de contenu. [Robin Jaunin]

« À TROIS ON Y VA »

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à surmonter. Monté d’une main habile, il sait garder un rythme attrayant et, malgré le sujet sérieux et d’actualité avec l’Iran, laisser le rire à portée. Au final, Tamadon a su faire parler les mollahs sur les libertés individuelles, quant à eux ils ont espéré le faire devenir un grand prédicateur. Chacun son objectif… [Carole-lyne Klay]

élodie (Anaïs Demoustier) est une jeune avocate talentueuse. Elle fréquente un jeune couple, Charlotte et Micha qui viennent de s’installer dans une maison. Mais depuis 5 mois, elle est tombée amoureuse de Charlotte et vit un amour caché avec elle. Micha qui se sent quelque peu délaissé par Charlotte ressent un soir où il raccompagne Mélodie, une folle attirance pour elle. Va s’en suivre une histoire compliquée à gérer pour Mélodie, qui balance entre les deux… Bien que le film manque un peu de rythme, il se laisse agréablement regarder et insuffle un vent de fraîcheur et de liberté. Au premier abord, la brillante Anaïs Demoustier était la première

motivation à voir ce film, mais il s’avère que le choix des deux autres comédiens complète un excellent casting, rendant ces personnages attendrissants. Tout au long de l’histoire, on se demande comment une relation à trois peut se développer avec l’épanouissement de chacun des protagonistes, avant une conclusion dont on vous laissera la surprise. [Carole-lyne Klay]

« MAD MAX FURY ROAD  »

« A LA POURSUITE DE DEMAIN »

« SAN ANDREAS »

De Mehran Tamadon Avec Mehran Tamadon et une poignée de mollahs First Hand Films

Sortie le 29/04

De Jérôme Bonnell Avec Anaïs Demoustier, Félix Moati, Sophie Verbeeck Agora Films

Sortie le 20/05

Le grand George Miller revient à ses amours postapocalyptiques après avoir secoué le film pour enfants. Du grand spectacle avec Tom Hardy, Charlize Theron et p’têt même un caméo du grand Mel !

Le génial Brad Bird (« Les Indestructibles », « Ratatouille ») s’attaque à la SF en envoyant George Clooney et la jeune Britt Robertson explorer une mystérieuse dimension : Tomorrowland.

Ceux qui avaient apprécié « 2012 » salivent déjà devant ce film catastrophe qui va pulvériser la Californie. Heureusement, Dwayne « The Rock » Johnson veille sur sa famille (les autres peuvent crever !).

Sortie le 13/05

Sortie le 20/05

Sortie le 27/05

[YG]


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FESTIVALS

DAILY MOVIES N°61 – MAI 2015

HISTOIRE ET CITÉ : FESTIVAL D’HISTOIRE GENÈVE

Voilà un nouveau projet bien ambitieux à Genève, lancé par l’Université de Genève : un festival d’histoire basé sur des débats, des expositions, des conférences, des émissions de radio, et bien-sûr, ce qui nous intéresse au premier chef, un large programme de projection de films. Thème de cette première ? Construire la paix ! Genève Du 14/05 au 16/05 A l’origine de cette manifestation, Micheline Louis-Courvoisier (directrice de la Maison de l’histoire à l’université de Genève) et PierreFrançois Souyri (directeur des Rencontres des Genève Histoire et Cité), qui ont ressenti le besoin de stimuler par un festival multimédia «  la compréhension d’une réalité quotidienne partagée, éprouvée par tous ». Convaincus que la pratique de l’histoire est en lien direct avec cette réalité, qu’elle « la met en relief, elle l’anime, elle en éclaire les multiples aspérités », ils proposent sur trois jours de prendre le temps de la réflexion, de l’échange, pour sortir des préjugés et des idéologies simplificatrices. « Tatsumi »

Pour cette première édition, Les Rencontres de Genève Histoire et Cité porteront sur le thème « Construire la paix » et seront en toute logique parrainées par l’ancien Secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan. Ce choix thématique repose sur plusieurs raisons : parce que 2015 sera le 200e anniversaire du traité de Vienne et de l’entrée de Genève dans la Confédération, mais aussi le 70e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, et bien sûr parce que la Genève internationale est depuis plus d’un siècle au cœur des initiatives pour la paix. Les meilleurs spécialistes sont donc invités pour dialoguer avec le public et intervenir dans le cadre de conférences, tables rondes, cafés historiques et littéraires… Les amateurs de lecture se passionneront pour le salon du livre et de la bande-dessinée historique. Des expositions, des visites de lieux historiques, des ateliers pédagogiques pour les classes et des sessions de formation continue pour les enseignants compléteront ce vaste programme. Et bien

sûr le festival du film historique en présence de nombreux réalisateurs permettra aux cinéphiles curieux de découvrir ou de redécouvrir de nombreux films en lien avec cette thématique Le cinéma fait histoire, par le regard singulier qu’il pose sur les événements du monde, par l’influence qu’il exerce sur leurs protagonistes. Les Journées du film historique consacrées au thème «  Construire la paix » proposent une quarantaine de films qui, selon leur objet (résistance, après-guerre, pacifisme, négociation), selon la variété du genre et le mode d’écriture (documentaires, fictions, animations, archives, reconstitutions) ou selon la mobilisation qu’ils provoquent auprès du public, dessinent un portrait contemporain du film historique sur la paix. La programmation a été pensée selon six modules qui proposent de traiter la question du lien entre cinéma, histoire et paix : le cinéma comme agent de l’histoire et vecteur de paix ; comment construire la paix et comment celle-ci peut être abordée différemment selon qu’il s’agisse de fiction ou de documentaire de paix ? ; la paix dans tous ses états et les figures de la paix au cinéma ; les représentations filmiques de Genève ville de paix ; les drôles de paix, ou encore les routes et détours de paix. Notons dans cette conséquente programmation quelques films à ne pas manquer. « Et maintenant on va où ? », film libanais montrant les stratagèmes utilisées par les habitantes d’un village multiconfessionnel pour éviter que les hommes importent les conflits religieux faisant rage dans le reste du pays. «  Les couleurs de la montagne », film colombien dans lequel des enfants veulent simplement récupérer leur ballon de foot tombé dans un champ de mines, tandis que la guérilla investit leur village. «  La Grande illusion », le chef d’œuvre de Jean Renoir sur la guerre de 14, plus analyse sociale que film de guerre. « Le juge et le général », documentaire chilo-américain qui interroge le juge Juan Guzmán Tapia sur son

enquête de six ans sur l’ancien dictateur Augusto Pinochet. Enfin le conflit israélo-palestinien prend une place non négligeable avec de nombreuses projections (« Au nom du temple », « Route 181 », « Le Fils « Le juge et le général »

de l’autre », « Dans un jardin je suis rentré », « Fix Me », « Ana Arabia », « When I Saw You »…). Un festival initié par une université ne saurait oublier d’être pédago-

gique : la jeune génération, sensible aux effets d’image, est invitée aux projections scolaires qui visent à éveiller et stimuler son intérêt tant pour l’histoire que pour les questions relatives à la construction de la paix. Le cinéma déplaçant et transformant les enjeux des perspectives historiques, ces journées proposent d’y réfléchir à l’occasion de tables rondes, en présence de réalisateurs, critiques, historiens et journalistes qui invitent le grand public à débattre à la suite des projections. L’Université de Genève, les Cinémas du Grütli, le Département cinéma de la Haute école d’art et de design (HEAD – Genève), le Service de formation continue de l’Etat de Genève sont les partenaires engagés dans ce projet par lequel l’histoire et ses acteurs font aussi leur cinéma. [Yamine Guettari] http://histoire-cite.ch « La grande illusion »


FESTIVALS

DAILY MOVIES N°61 – MAI 2015

CINÉMATHÈQUE SUISSE : DEMANDEZ LE PROGRAMME ! Lausanne Du 01/05 au 28/06 Un programme de fou pour ces mois de mai et juin à la Cinémathèque suisse, sise, rappelons-le, au Casino de Montbenon et parfois au cinéma Capitole pour les grandes séances. Il y a tellement de choses que nous n’aurons probablement pas l’espace de tout traiter mais on va faire au mieux (et si j’arrêtais les digressions oiseuses, ça aiderait aussi). Tout d’abord, et ce n’est à manquer sous aucun prétexte, deux magnifiques rétrospectives vous sont offertes. La première revient sur le Pape du film noir à la française, celui qui donna ses lettres de noblesse au cinéma de genre pendant la Nouvelle Vague, j’ai nommé Jean-Pierre Melville. L’homme au stetson et aux lunettes noires, qui admirait la puissance des polars américains de Walsh, Mann et Huston, aura su utiliser cette passion pour tourner plusieurs chefs d’œuvre du polar à la française, immédiatement reconnaissables. Son style dépouillé – poussé jusqu’à l’épure dans « Le Samouraï » –, ses personnages solitaires luttant pour tenir leur parole dans un monde cruel, les relations d’amitié virile, constituent sa marque de fabrique immanquable. La rétrospective permet de parcourir le meilleur d’une filmographie relativement courte (13 longmétrages au total), mais riche en grands films. « Léon Morin, prêtre » ; « Le Doulos » (que votre serviteur vous avait pointé dans notre rubrique « Il faut l’avoir vu » du n°4 de Daily Movies) ; « Millenium Mambo »

« L'armée des ombres »

l’excellent « Le Deuxième souffle » ; le chef d’œuvre « Le Samouraï » (qui inspira fortement « The Killer » de John Woo et « Ghost Dog » de Jim Jarmusch) ; le tragique « L’armée des ombres »… La seconde se consacre au chef de file de ce qui fut appelé la Nouvelle Vague taïwanaise, Hou Hsiao-hsien. Il sut renouveler le cinéma chinois dans les années 80 en imposant un style allant à l’essentiel, abordant frontalement des préoccupations contemporaines, tout en proposant de très belles ambiances grâce à la photo de Christopher Doyle (qui deviendra célèbre au travers de sa collaboration avec Wong Kar-wai). Quatorze films vous seront proposés, montrant l’évolution du cinéaste. Autre évènement marquant, l’avant-première de « La Sapienza », coproduction franco-italienne, qui s’intéresse, à travers la fiction, au maître tessinois de l’architecture baroque, Francesco Borromini. Et il y a encore tant d’autres choses ! Si un soir vous ne savez pas trop quoi faire, la Cinémathèque vous attend ! [Yamine Guettari] www.cinematheque.ch

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Zurich Du 23/05 au 31/05 Hébergé cette année au Kunstraum Walcheturm de Zurich, Videoex est un festival unique en Suisse, consacré au cinéma expérimental avec plus de 150 longs et court-métrages projetés. Il nous offre l’occasion de découvrir des nouveautés et des classiques dans ce domaine naviguant entre les arts plastiques et le cinéma traditionnel. Un genre souvent peu connu du grand public, bien que ses auteurs phares soient autrement plébiscités dans leurs rôles de réalisateurs de films ou de clips musicaux, et bien qu’on puisse assez souvent le rencontrer dans certains musées, faisant partie d’expositions temporaires, ou par le biais d’installations ou de projets spécifiques, comme ceux du Centre Pompidou à Paris ou du Mamco à Genève. A l’heure où nous imprimons, le comité de sélection est encore en train de faire le tri pour la Compétition Internationale, parmi les 1500 contributions reçues de plus de 40 pays. Passez sur leur site à l’occasion pour en savoir plus à ce sujet. Ce que nous connaissons, par contre, est l’identité du pays invité de cette année. Il s’agit du Portugal, qui ne fournit pas que des marins explorateurs, des footballers à grosse tête et des maçons, mais aussi des artistes fort intéressants. Entre autres le duo contemporain composé de João Maria Gusmão et Pedro Paiva, dont le travail granuleux, brute et énigmatique a été remarqué à la dernière Biennale de Venise. Des films de Pedro Costa, Edgar Pera, Miguel Gomes et Gabriel Abrantes seront aussi projetés. Tout ce programme portugais naviguera entre regards sur le passé (la révolution des Œillets ou les relations avec les colonies) et introspection sur le présent (la place de l’humain dans une société hyper-médiatisée). Dans sa Section Spéciale, le Videoex s’attardera sur le travail de l’artiste et réalisatrice Hito Steyerl,

qui représentera l’Allemagne à la Biennale de Venise 2015, et consacrera une rétrospective au réalisateur culte américain d’avant-garde Gregory J. Markopoulos, grande influence du nouveau cinéma américain des années 60. Enfin, la Suisse sera représentée par Elodie Pong et son court « After The Empire ». N’oublions pas, comme à chaque édition, les indispensables prestations live, mélangeant musique et images avec, entre autres, cette année, le spectacle « Yoshtoyoshto » conçu par Franz Treichler des Young Gods et le concert tellurique « Seismik » du Canadien Herman Kolgen. [Yamine Guettari] www.videoex.ch


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SWISS MADE

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« STUN » : AU CARREFOUR DE LA DANSE, DE LA MUSIQUE ET DE L’IMAGE

Depuis « Super 8 », réalisé par Pascal Greco sur une musique de Kid Chocolat, Daily Movies suit ce réalisateur avec intérêt. Après « Nowhere », sa deuxième balade contemplative sur une musique de Goodbye Ivan, et avant de clore cette trilogie avec un nouvel opus que l’on attend avec impatience, Pascal Greco s’associe cette fois à la danseuse Stefania Cazzato pour un nouveau poème visuel et sensoriel toujours contemplatif : « STUN ». Coréalisé avec Stefania Cazzato sur une musique de Goodbye Ivan, « STUN » est réellement… stupéfiant et sera présenté dans le cadre du Mapping Festival au Temple de St-Gervais à Genève les 13 et 14 mai prochain ! Entretien croisé avec les concepteurs de ce projet.

- Comment vous êtes-vous rencontrés et comment est née l’envie de faire « STUN » ? Pascal : Nous nous sommes rencontrés dans un studio de danse. Nous avons de suite échangé sur notre travail et sur nos envies. L'univers de l'un attirant l'univers de l'autre, l'envie de réaliser un film ensemble a vite fait place à un besoin plus concret. «  STUN  » s'est construit au fur et à mesure de nos échanges. Nous voulions réaliser un film atypique. - Quel est l’apport de chacun dans le projet ? Nous sommes complémentaires l'un pour l'autre de par nos compétences. Nos envies lorsque nous nous sommes rencontrés, étaient convergentes. Stefania souhaitait réaliser un film mettant en scène l'humain en mouvement et moi je me sentais prêt à filmer l'humain, qui jusqu'alors n'apparaît que très rarement dans ses précédents films. - Pouvez-vous nous expliquer comment s’est déroulée la conception du film, du projet au tournage, en passant par la musique et le montage ? La conception de « STUN » est une longue histoire, teintée de passion, de douleur, de surprise, mais c'est surtout le résultat d'un lien... Nous avons tourné en Islande et à Hong Kong, où nous nous sommes rendus à deux reprises. Nous aimons beaucoup ces deux lieux, aux ambiances et paysages complètement différents, et diamétralement opposés sur beaucoup de plans. Nous les avons réunis dans « STUN » en confrontant l'immensité, la densité, le béton, la nature, la lumière artificielle, les paysages bruts, et leurs forces, sans aucune présence humaine à l'image hormis notre personnage. Concernant le montage du film nous nous concertions et nous nous répartissions des parties du film, Stefania ayant principalement monté celui-ci. - Stefania Cazzato, comment vous est venue l’envie de vous lancer dans la réalisation vidéo, qu’est que ce média vous apporte par rapport à la danse ? L'envie d'utiliser la vidéo pour m'exprimer m'est venue en assistant par hasard à la comédie musicale « Notre Dame de

Paris », début 2000. Il y avait tellement de monde sur scène, entre les comédiens/chanteurs, danseurs et acrobates, que j'ai réalisé que les 3'000 autres personnes présentes dans le public ne regardaient et ne vivaient pas forcément la même chose que moi... Du coup pendant le spectacle, je rêvassais à de futurs projets vidéos dans lesquels j'emmènerais les gens là où je voudrais, et surtout avec les cadrages que je voudrais... et la musique que je voudrais... comme dans les films... Ce média m'apporte une accessibilité à un plus large public, ce qui, dans mes projets est une envie récurrente. A mon sens, il m'aide à rendre la danse plus accessible...

Wong Kar Wai, qui nous influencent et nous inspirent beaucoup. Pour la musique, c'est Hans Zimmer, qui a magnifiquement amené l'orgue comme instrument principal dans la B.O. du film « Interstellar », qui nous a donné envie de mettre de l'orgue dans la musique de « STUN ». - Qu’en est-il de l’ultime volet de votre trilogie, après « Super 8 » et « Nowhere », avez-vous déjà quelque chose en cours ? Non pas pour l'instant, car je me suis investi et concentré sur STUN. Je développerai ce troisième opus le moment, je me laisse du temps.

- Stefania Cazzato, quels sont vos projets ? Maintenant que vous avez touché à la réalisation vidéo, allezvous continuer dans cette direction en plus de la danse ? Je compte effectivement continuer à explorer la réalisation. En m'exprimant à travers les images, j'y trouve naturellement mon compte, c'est logique pour moi. L'image est un moyen de transmettre des émotions, qui m'inspire indéniablement et qui me permet d'intégrer des éléments qui me tiennent à cœur... La musique, le mouvement, et par-dessus tout l'humain... [Jean-Yves Crettenand]

- Pouvez-vous nous parler de votre collaboration avec Goodbye Ivan pour la musique et plus particulièrement comment l’utilisation de l’orgue c’est imposé à vous ? Pascal : Mis à part l'esthétique imposante et magnifique de cet instrument, nous aimons sa force et sa profondeur qui nous touche et qui nous a immédiatement fait écho par rapport à certaines images de « STUN ». C'était pour nous un défi que d'intégrer l'orgue au piano, au violon et aux sons électroniques pour la musique de notre film. Pour nous, Goodbye Ivan avait le talent pour relever ce challenge, qu'il a réalisé avec brio. Goodbye Ivan est un compositeur et multi-instrumentiste de talent. Sa musique est cinématographique, envoûtante et mélodieuse. - Quelle est la thématique filmique et narrative de « STUN », ou est-ce laissé libre d’accès à chaque spectateur ? Il y a un fil rouge dans notre film et il y a l'histoire de ce personnage. Nous accompagnons le spectateur, mais nous ne le tenons pas par la main, afin qu'il s'évade et qu'il laisse libre cours à son imagination, à son interprétation. Le genre « contemplatif » était le format le plus adéquat à notre sens, et d'autant plus évident, car nous avons pris parti de tout filmer au ralenti, entre 100-200 images/secondes. - Quelles ont été vos influences sur « STUN » ? Pour l'ambiance, le rythme et l'esthétique de l'image, ce sont les films de

© Cyril Vandenbeusch


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DVD/BLU-RAY

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La Famille Bélier

Mr. Turner

■ D’Eric Lartigau. Avec Louane Emera, François Damiens, Karin Viard ■ Praesens Films

■ De Mike Leigh. Avec Timothy Spall, Paul Jesson ■ Pathé Films / 20th Century Fox

La sortie en DVD et Blu-ray de « La Famille Bélier » est une bonne occasion de revenir sur le phénomène provoqué en salle par cet énorme succès publique. Le film n’a rien d’exceptionnel mais pourtant déjà, dès sa première vision, tout portait à croire que cette bluette sympathique et sincère susciterait un certain engouement populaire. Le film ne représente ni le pire ni le meilleur de la production française, mais s’octroie quelques saillies émotives ou comiques qui n’allaient point déplaire aux spectateurs en mal d’émotions simples. La trame est limpide : une jeune fille, unique « bonne-entendant » d’une famille de sourds-muets et douée d’un indéniable talent musical, se voit forcée de choisir entre une vie à la campagne toute tracée et un destin de future star de la chanson. Coachée par un professeur poliment exotique

Personne ne sait décrire le quotidien comme Mike Leigh. Et surtout personne ne sait comme lui en révéler toute la cruauté, la beauté et la violence. Son dernier chef-d’œuvre ne fait pas exception. Bien au contraire, « Mr. Turner » prend magistralement à contre-pied le genre suranné du biopic, préférant devenir un film éblouissant, intimiste et incroyablement humain ; et ce malgré un personnage principal antipathique et asocial, mais d’où provient justement toute la nuance et la subtilité du propos. Car, loin d’être un peintre populaire, Joseph Turner était une figure tourmentée  : romantique et poétique, mais aussi décrié, presque infantile et maladivement solitaire. Un misanthrope qui rejetait tout et tous autour de lui, de ses enfants à ses soi-disant pairs artistes. Il n’était à l’aise que devant sa toile, la palette à la main. La seule chose qui l’habi-

qu’interprète un Eric Elmosnino en grande forme, la demoiselle se prépare pour la vie parisienne. Le film traite de thèmes profonds et de moments clefs de la vie de famille avec légèreté. La difficile étape durant laquelle le premierné quitte le foyer familial et s’émancipe est ici racontée avec autant de simplicité que de franchise, mais l’émotion ne passe pas toujours, la faute peut-être à des acteurs malheureusement pas tous à l’aise. La débutante Louane Emera se débrouille certes très bien, mais Karin Viard et François Damiens caricaturent un peu trop leurs personnages. Bref, l’ensemble est très mignon, réserve sa bonne dose de rires et de larmes mais reste un peu trop sage pour vraiment sortir du lot. [Etienne Rey]

Notre avis

tait était sa quête idéaliste de la parfaite lumière, de l’instant magique durant lequel un paysage lui coupait le souffle. Pour lui, cette quête dépassait de loin toutes les préoccupations terrestres. Mike Leigh se fait donc témoin privilégié et admirateur de Turner, mais sans pour autant le caresser dans le sens du poil. Il n’a de toute façon jamais jugé ses personnages, que ce soit en bien ou en mal. Il nous propose simplement le portrait d’un homme qui, à travers son incapacité à vivre en société, ne cherchait qu’à capturer la beauté qu’il voyait. Et opérant de même, Mike Leigh capture, lui, le splendide intérieur d’une vie aux reflets faussement haïssables et nous livre une œuvre sourde, lumineuse et inoubliable. [Florian Poupelin]

Notre avis

Alléluia ■ De Fabrice Du Welz. Avec Lola Dueñas, Laurent Lucas ■ Wild Side / Dinifan Fabrice Du Welz est un cinéaste qui dès son premier long-métrage, le magnifiquement dérangeant « Calvaire » (2004), a su imposer un univers, une esthétique et des thématiques personnels. Après avoir été confronté à de nombreux problèmes de production sur son premier film de commande, « Colt 45 », un polar sec et violent largement sous-estimé, le réalisateur belge a décidé d’adapter l’histoire vraie du couple de tueurs en série américains Raymond Fernandez et Martha Beck. Les péripéties meurtrières de ce couple, qui ont secoué les États-Unis à la fin des années 40, avaient déjà connu deux adaptations cinématographiques (« Les Tueurs de la lune de miel » de Leonard Kastle en 1970 et « Carmin profond » d’Arturo Ripstein en 1996). Au travers d’une histoire d’amour fou et destructeur entre Gloria (Lola Dueñas), une jeune infirmière, et Michel (Laurent Lucas) un gigolo

soudoyant des veuves, Du Welz livre une relecture très personnelle de ce fait divers. L’atout majeur d’ « Alléluia » réside dans la prestation de ses deux acteurs principaux dirigés de main de maître. Lola Dueñas, connue principalement pour ses rôles espagnols (« Parle avec elle », « Mar Adentro ») et Laurent Lucas, qui retrouve son réalisateur dix ans après « Calvaire », livrent un jeu brut, parfaitement nuancé et remarquable de justesse. La caméra colle au plus près de ces deux acteurs afin de retranscrire au mieux les émotions d’un couple uni par la solitude et la névrose. Tout comme « Calvaire » et « Vinyan », le quatrième film de Fabrice Du Welz est donc une plongée dans la folie de personnages atypiques possédés par un amour extrême. Par sa manière viscérale de concevoir le cinéma et son envie de filmer l’horreur sous une forme poétique, le réalisateur adopte un style à la limite du fantastique et du surréalisme que n’auraient pas

renié les Brian de Palma et Dario Argento de la grande époque. Le cinéaste belge se permet même plusieurs ruptures de tons dont un passage très réussi sous forme de comédie musicale. Du Welz étant un grand militant du support physique, « Alléluia » a entièrement été tourné en pellicule. Le travail sur l'image granuleuse réalisé par Manuel Dacosse (« L'étrange couleur des larmes de ton corps »), le directeur de la photographie qui avait la lourde tâche de remplacer Benoît Debie, permet de retranscrire parfaitement une ambiance funeste dans le paysage des Ardennes. « Alléluia » est une œuvre forte, une proposition de cinéma différente qui poursuit ses spectateurs longtemps après

sa projection et c’est suffisamment rare pour ne pas s’en priver. [David Cagliesi]

Notre avis

Exodus – Gods And Kings

Le Hobbit : La bataille des cinq armées

■ De Ridley Scott.

■ De Peter Jackson.

Avec Christian Bale, Joel Edgerton, John Turturro ■ 20th Century Fox Malgré un ou deux films peu glorieux (comme « Une grande année »), Ridley Scott garde une réputation plutôt respectable dans le monde du cinéma. Autant chez le public que chez les critiques d’ailleurs, qui se divisent mais trouvent toujours dans son œuvre de nombreuses qualités à défendre. Il faut dire que des films comme « Alien » ou « Blade Runner » semblent avoir à jamais désigné le cinéaste comme une figure mythique du 7ème Art. Du haut de ses 77 ans, le Britannique aligne les blockbusters, fabrique en deux trois tours de mains des thrillers, des péplums, des épopées bibliques, historiques ou spatiales. Il respecte les délais, ne dépasse pas les budgets et souvent, ravit son public. À chaque film pourtant, les spectateurs les plus exigeants ou nostalgiques en attendent davantage. Ce n’est donc pas avec « Exodus » que Ridley Scott se

réconciliera avec les plus récalcitrants. Le réalisateur filme les lieux mythiques de la Bible comme il a filmé Rome dans « Gladiator », à grands renforts d’intérieurs enfumés, d’étoffes virevoltantes au gré du vent et surtout d’images de synthèse. Le résultat n’est pas totalement déplaisant, offre même quelques scènes spectaculaires, comme la représentation des sept plaies d’Egypte, mais l’esthétique se répète un peu trop de films en films. Sur le fond, cette interprétation de la vie de Moïse en justicier trahi à la tête d’une révolte d’esclaves, a au moins le mérite de ne pas tomber dans le racolage religieux facilement cassegueule. C’est du gros spectacle avant d’être un inoubliable chef-d’œuvre. [Etienne Rey]

Notre avis

Avec Martin Freeman, Ian McKellen, Evangeline Lilly ■ Warner Home Video Peter Jackson clôt son voyage en Terre du Milieu avec ce troisième opus du «  Hobbit  ». Le réalisateur aura consacré plus de quinze ans de sa vie à l’adaptation des écrits de Tolkien. Ce troisième épisode aura été de loin le plus décrié de tous, et ce dès l’annonce de séparer ce qui était à la base un diptyque en trilogie. Comment étendre un matériau de base si court en trois films de plus de trois heures chacun ? En prenant un grand nombre de libertés, ce que le réalisateur fait, prenant le risque de perdre une partie de son public en proposant un grand huit numérique défiant les lois de la physique. Il offre cependant de sacrés moments de bravoure, en particulier les duels de la dernière partie du film, attendus depuis le début de la trilogie. Le principal défaut du long-métrage se situe au niveau du montage, qui fait trop fortement ressentir les coupes drastiques, le film ayant été

amputé d’au moins 45 minutes. Peter Jackson persévère dans une imagerie volontairement kitsch au possible, ce qui dessert énormément certaines séquences, particulièrement celle du Conseil Blanc. On pourrait encore chipoter sur quelques détails imputables au montage, mais c’est bien peu de choses par rapport au spectacle proposé. D’une inventivité visuelle renversante, chaque séquence fourmille de détails qui alimentent le plaisir éprouvé par le spectateur. Si l’on adhère à l’aspect numérique et que l’on passe outre quelques fautes de goût, le spectacle proposé par Peter Jackson est total. Notons également que le travail du compositeur Howard Shore est magnifique et constitue un bel aboutissement sonore à cette trilogie du « Hobbit ». [Nathanaël Stoeri]

Notre avis


DVD/BLU-RAY

DAILY MOVIES N°61 – MAI 2015

créateurs Romain Graf et PierreAdrian Irlé. Entre 2005 et 2008, l’artiste y capture un Valais qui rappelle l’Amérique des cow-boys.

« STATION HORIZON » ■ De Pierre-Adrian Irlé, Romain Graf et Léo Maillard.

Avec Bernard Yerlès, Alexandra Vandernoot, Roland Vouilloz ■ Jump Cut Production / RTS Coproduite par Jump Cut production, la série « Station Horizon » s’est terminée sur le petit écran le onze avril dernier, révélant ainsi le final des sept épisodes de la série. Mais pas de panique, le feuilleton est à voir ou à revoir ce printemps dans le coffret double DVD !

la station-service que tient l’un des fils Fragnière, Charly, est devenue l’objet de convoitise du véreux Raymond Héritier (Roland Vouilloz). Si Charly est plutôt docile, Joris, lui, ne laissera pas si facilement tomber son héritage dans les mains de son pire ennemi.

La série événement de ce début d’année sur la RTS a pour héros le charismatique Joris Fragnière (Bernard Yerlès), ancien détenu de prison de retour sur ses terres valaisannes pour renouer avec la communauté qui l’a vu grandir. Vingtcinq ans se sont écoulés et bien des choses ont changé à Horizonville : le père Fragnière est mort et

Le nouveau feuilleton de la RTS transforme les très cinégéniques paysages valaisans en décors de western : un souffle d’évasion et une démarche plutôt originale dans le panorama de la TV publique romande. « Station Horizon » a profité de la confiance acquise ces dernières années par la chaîne en matière de renouvellement de l’offre », confie Françoise Mayor,

Parmi la galerie de personnages, on trouve Nicole (Alexandra Vandernoot), épouse de l’Héritier, son fils Bernard incarné par Baptiste Gilliéron et l’adorable Axelle (Melissa Aymond), tous aux caractères bien trempés. Bref, un joyeux casting composé de valeurs sûres pour jouer les situations humoristiques agrémentées d’une pointe de drame qu’offre la série. Forte de son potentiel, cette saison un de « Station Horizon » pourrait donner lieu à une suite.

responsable de l’unité fiction de la RTS. Si on est loin de l’irrévérence des séries britanniques, ou – on y revient toujours – des séries américaines, la RTS s’est lancée dans un défi plutôt culotté. «  Station Horizon  », comme toute bonne série qui se respecte aborde des problématiques de société… avec trop de gants ? Avec pour mot d’ordre « L’Amérique en Suisse », la série fait la part belle aux étendues valaisannes et à l’American Dream (au-dessus de la station, les drapeaux valaisan et américain flottent l’un à côté de l’autre). Rappelons que le travail du photographe Yann Gross, « Horizonville », constitue l’inspiration première des

A découvrir également : l’ECAL et la HEAD font halte à « Station Horizon ». Les deux écoles d’art de Suisse romande se sont associées à la RTS, pour un dialogue créatif avec la relève du cinéma romand. Retrouvez

treize courts métrages d’étudiants inspirés par l’univers de la série (site internet : www.rts.ch/fiction/2015/ station-horizon). [Mariama Balde]

Notre avis

« LE CHANT DE LA MER » ■ De Tomm Moore. Avec les voix de

en scène une fable d’inspiration celtique très originale. Suite à la disparition de leur mère, la fille et le fils d’un gardien de phare de la côte irlandaise, désemparé face à la tâche éducative qui le surprend soudainement, vont aller vivre chez leur grand-mère en ville. La plus jeune va se découvrir des pouvoirs surprenants. Muette, elle apprend qu’elle est capable par contre de communiquer avec les esprits de la nature et qu’elle peut même se métamorphoser en phoque. Dans le folklore des Shetlands, elle est ce que l’on appelle une « selkie ». Le film joue donc pleinement la carte de la féerie et de la poésie, suffisamment en tout cas pour peut-être réussir à

Patrick Béthune, Nolween Leroy ■ Praesens Films

Dans le monde actuel de l’animation, où les gros produits de l’industrie hollywoodienne, élaborés pour plaire aux petits comme aux grands, rivalisent avec les productions japonaises destinés aux plus adultes et au plus exigeants, « Le Chant De La Mer » se positionne comme une sorte d’outsider. Ce deuxième « dessin animé » du créateur de «Brendan Et Le Secret De Kells » impose sa personnalité et son identité car son auteur puise à nouveau dans la mythologie européenne pour mettre

« INVINCIBLE »

tenir les spectateurs les plus jeunes en haleine malgré un récit et des concepts complexes. Le film se situe tout de même assez loin des schémas manichéens des habituelles œuvres destinées aux enfants. Ce dessin animé leur demandera donc plus de réflexion et peut-être d’accompagnement qu’un autre, mais il serait dommage de les priver d’autant de magie. Cette sortie en DVD et BluRay est donc une très bonne occasion pour les plus jeunes et leurs parents de découvrir une œuvre plus mature que ce qu’on leur propose généralement. [Etienne Rey]

Notre avis

« UNE NOUVELLE AMIE »

« WILD »

■ D'Angelina Jolie.

■ De François Ozon.

■ De Jean-Marc Vallée.

Après « In The Land Of Blood And Honey » (2011), le premier long-métrage d'Angelina Jolie en tant que réalisatrice, il y avait de quoi être surpris à défaut d'être convaincu, tant le film assumait un jusqu'au-boutisme étonnant pour l'actrice. Avec « Invincible », elle semble poursuivre son intérêt pour l'Histoire en illustrant la vie de Louis Zamperini, un coureur olympique dont la carrière fut interrompue par la 2ème Guerre mondiale. Comme pour son premier film, Jolie n'hésite pas à confronter son sujet de manière frontale et ne lésine pas sur la brutalité des situations. Bien qu'inspirée de faits réels, la narration tombe dans une surenchère d'événements fatidiques, face auxquels on ne peut s'empêcher de soupirer. Malgré l'insistance dramaturgique et le manque de subtilité dont fait preuve la réalisatrice, « Invincible » dresse un portrait humain hors du commun qui prouve que le jeune acteur Jack O'Connell a tout pour devenir la star de demain. [Loïc Valceschini]

Dans le paysage cinématographique français, saturé de comédies formatées, François Ozon est certainement l’un des auteurs les plus intéressants. Le plus singulier peut-être, talentueux sûrement, mais surtout très prolifique et éclectique : presque tous les six mois, le cinéaste rappelle son indéniable maîtrise du medium. Dans ce conte romantique où l’auteur bouscule encore les idées reçues sur l’amour, la sexualité et la famille, son indéniable savoir-faire éclate déjà dès le brillant prologue. L’intrigue mérite même de ne pas être trop dévoilée pour laisser au spectateur la liberté de s’étonner, de s’amuser ou de s’offusquer. Le film est inclassable, bouscule les genres et a le mérite de ne pas pouvoir facilement se ranger dans une case préfabriquée. Au spectateur alors de se laisser conduire par le récit avec le même plaisir que celui que semble avoir pris les deux excellents comédiens principaux. [Etienne Rey]

En littérature comme au cinéma, les road trips sont régulièrement associés à des voyages introspectifs et symboliques. « Wild » s'inscrit dans ce registre en dépeignant la (vraie) histoire de Cheryl Strayed, une jeune femme qui décida de marcher la Pacific Crest Trail reliant la Californie à l'Oregon dans le but de purger sa vie et d'entamer un processus de deuil. Le réalisateur de « Dallas Buyers Club » livre un drame rempli de références musicales et littéraires, allant de Simon & Garfunkel à Emily Dickinson. À l'image de la construction dramatique en flashbacks, cet enchevêtrement intertextuel s'avère un peu poussif et peut agacer certains spectateurs par son émotivité parfois forcée. Toutefois, « Wild » garantit plusieurs fulgurances et propose de belles séquences sur ce personnage meurtri avançant sur le chemin de la résilience. Reese Witherspoon livre une prestation honorable et assure ainsi une certaine crédibilité au film. [Loïc Valceschini]

Avec Jack O'Connell, Takamasa Ishihara ■ Universal Pictures

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Avec Romain Duris, Anaïs Demoustier ■ Filmcoopi

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Avec Reese Witherspoon, Laura Dern ■ 20th Century Fox

Notre avis

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DVD/BLU-RAY LA SELECTION

La Rançon De La Gloire

Geronimo

■ De Xavier Beauvois. Avec Benoît Poelvoorde,

■ De Tony Gatlif.

Avec Céline Sallette, Nailia Harzoune, David Murgia

Roschdy Zem, Peter Coyote ■ Praesens Suite au succès critique et populaire de « Des Hommes Et Des Dieux », qui relatait le massacre de moines trappistes dans un monastère algérien, et une filmographie faite d’œuvres particulièrement austères, Xavier Beauvois semblait vouloir s’essayer à une certaine forme de légèreté. C’est encore une fois d’un fait divers qu’il s’inspire mais ici, l’énormité du sujet requérait effectivement une bonne dose d’humour. Deux malfrats, à la vieille de noël et à la suite du décès de Charlie Chaplin, décide de voler sa

dépouille et d’exiger une rançon en échange de sa rétribution. Si cette incroyable histoire n’était pas réelle, personne ne blâmerait le sceptique de ne pas trop vouloir y croire. Le film tient donc sur l’incongruité de son sujet et pour la complicité de ses acteurs. Malheureusement, il hésite un peu trop entre la comédie et la peinture sociale sérieuse pour pleinement convaincre. [Etienne Rey]

Notre avis

A Girl Walks Home Alone At Night ■ D’Ana Lily Amirpour. Avec Sheila Vand, Mozhan Marnò, Dominic Rains ■ Praesens À Bad City, petite ville fantôme américaine tout droit sortie des années cinquante, une jeune fille aux dents longues hante les rues pour sauver les âmes en peine et châtier les moins vertueux. La jeune réalisatrice iranienne, dont ce n’est ici que le premier longmétrage, réussit avec personnalité et originalité un vrai tour de force. Rendre hommage au cinéma de genre américain, et plus particulièrement aux films de vampire, tout en leur donnant une nouvelle fraîcheur et en en pervertissant les codes. Tourné en noir et blanc dans des décors respectant une imagerie rappelant les classiques tels que « La Fureur De Vivre », mais parlé en Farsi et très ancré dans la culture iranienne, cet ob-

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■ Agnès B. DVD Le réalisateur d'origine algérienne Tony Gatlif reste fidèle pour son huitième film à sa thématique de prédilection, à savoir le monde à part des Roms, cette source d'inspiration ayant donné par le passé des réussites admirables telles que « Latcho Drom » (1993) ou « Gadjo Dilo » (1997). Pour son dernier opus « Geronimo », il rend aussi hommage à la profession d'éducateur, un corps de métier rencontré pendant sa période de maison de correction à son arrivée en France dans les années soixante. «  Geronimo  » c'est justement l’éducatrice Gemma, interprétée ici par Céline Sallette (remarquée dans la série « Les Revenants »). Son surnom imagé fait référence au grand chef apache ayant combattu contre les Blancs lors de la colonisation de L'Amérique. Gemma cherche à apaiser les tensions entre les communautés au sein desquelles elle travaille. Tout va exploser lorsqu'une jeune femme d'origine turque, Nil Terzi (Nailia Harzoune), tente d'échapper à un mariage forcé en prenant la fuite avec son amoureux, un Gitan, dénommé Lucky Molina (David Murgia). S'en suivront des joutes musicales entre les deux clans. De par son universalité, « Geronimo » touche droit au cœur. Pour l'inspiration, évidemment, il tient tout autant de « Romeo et Juliette » que de « West Side Story », voire « Do The Right Thing » (1989), de Spike Lee, version franco/gitane. Fidèle à lui-même, Tony Gatlif explore avec talent les thèmes qui lui sont chers : marginalité, différence, musique et culture(s). Le couple des amoureux est au centre du récit, mais la vraie révélation vient de Céline Sallette : cette femme de caractère se bat pour les autres pour une autre femme, dans un contexte où souvent les femmes subissent le poids des traditions et du communautarisme. « Geronimo » aborde aussi le sujet de la banlieue, là où les pouvoirs publics peinent à agir à la racine des problèmes qui minent la France contemporaine. Côté bonus et support, simplement la bande annonce. Dans le cas présent, le film se suffisant largement à lui-même, pour des compléments d'information on peut se référer au site officiel de Tony Gatlif. [Miguel Gregori – FNAC Rive – Genève]

jet très atypique est peut-être ce qu’on a vu de plus original récemment au cinéma. Nul doute que cette talentueuse cinéaste débu-

tante fera encore beaucoup parler d’elle à l’avenir. [Etienne Rey]

Notre avis

Plus d’infos sur www.blog.fnac.ch

L’avis du blogeur


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IL FAUT L'AVOIR VU !

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« FURYO » ■ De Nagisa Oshima ■ Avec David Bowie, Ryuichi

l’amour remplace la mort et où les personnages regagnent l’espace d’un instant leur humanité première, celle que la guerre leur avait volée, et celle que la tragédie leur reprendra.

Sakamoto

« Furyo » n’est pas un film de guerre comme les autres. « Furyo » est un film qui vise plus vers l’intérieur, là d’où viennent les blessures et l’espoir.

LA PASSION SELON OSHIMA

CELUI QUI DÉRANGEAIT Il y a plus de deux ans, Nagisa Oshima mourrait d'une pneumonie. Cinéaste controversé, il remettait sans cesse en cause la société dans laquelle il vivait et faisait de même avec les films qu’il réalisait, se réinventant à chacun d’eux. En bref, il dérangeait. Aujourd'hui, la communauté cinéphile lui rend enfin hommage avec une actualité foisonnante : une rétrospective intégrale dans plusieurs cinémathèques, un nouveau coffret DVD (incluant trois inédits) et surtout la restauration et ressortie en salles d'un de ses films les plus cultes et déstabilisants : « Merry Christmas, Mr. Lawrence », plus connu dans nos contrées sous le titre « Furyo ».

QUAND L’AMOUR REMPLACE LA MORT Innombrables sont les films qui traitent de l'absurdité de la guerre. Mais innombrables sont aussi ceux qui s’arrêtent à l'acte meurtrier et à la destruction identitaire. « Furyo » propose lui quelque chose de différent, quelque chose de plus profond et de plus inconscient. C’est ainsi à travers le parcours de l'officier néo-zélandais Celliers, fait prisonnier dans un camp japonais,

que nous découvrons l'étrange relation naissante entre lui et Yonoi, le strict chef de camp nippon. Perdant pied face à Celliers, ce dernier ne sait soudainement plus comment gérer son désir et son autorité, alors que Celliers se bat pour sa dignité, bouleversant ainsi l’ordre du camp et les principes de Yonoi. Entre amour refoulé et rapports de force, les deux hommes essaient chacun de vivre « l’un envers l’autre » : Yonoi s'enfonçant dans l'abus de pouvoir, tandis que Celliers provoque sans cesse l'autorité. On assiste alors à la confrontation de deux caractères bien connus  : l’âme perdue réfugiée dans la violence (Yonoi) et l’être vengeur à l'humanité affichée (Celliers). Mais ce qui va redéfinir ces personnages et surtout enrayer la machine de la haine, ce sont l’émotion et l'amour, deux sentiments venant déstabiliser la violence de la situation. Elles vont ainsi forcer le chemin de la réconciliation intérieure (la fin de la culpabilité pour Celliers, la validation affective et le pardon pour Yonoi), au cours d’une scène magistrale où

ces séquences qui marquent le plus les esprits, grâce à leur puissance visuelle et rituelle : Celliers qui mime l’acte de se raser, de boire, de fumer, avant d’être emprisonné ; Yonoi qui vient couper une mèche de cheveux de Celliers, enterré jusqu’au cou ; Celliers qui dévore des fleurs de cerisiers en signe de deuil, etc.

«  Furyo  » cristallise la thématique maîtresse de l’œuvre d’Oshima : la passion qui révèle la vraie nature humaine. Déjà magnifiquement traitée dans son autre chef-d’œuvre, « L’Empire des Sens », cette passion trouve ici une application plus vaste et plus universelle, grâce au contexte de la guerre et au choc des cultures occidentale et orientale.

DU TRAGIQUE DE LA POP

Mais même s’il opte pour un réalisme plus cru, Oshima se sert de l’onirisme et de l’absurde comme jamais auparavant. Parfaitement dosées, ces séquences subliment le propos du film, en l’inscrivant dans une certaine éternité. Ce sont d’ailleurs

star japonaise. Tous jouent ici sans filet, et certains même pour la première fois.

Une autre grande réussite de « Furyo » est l’utilisation à contre-emploi de figures de la culture-pop internationale : David Bowie, superstar mondiale ; Takeshi Kitano, comique et animateur célèbre au Japon ; Ryuichi Sakamato, vraie révélation du film, à l’époque pop-

Le choix d’Oshima de travailler avec ce casting offre ainsi au public une nouvelle forme d’empathie, celle de découvrir des visages déjà connus et familiers dans un registre tragique, à l’opposé de leur image habituelle. Déstabiliser le spectateur en jouant d’affects horsfilm donne alors une puissance inédite au long-métrage, enterrant encore un peu plus le rationnel pour ré-exacerber l’émotionnel. La légendaire musique (chroniquée dans notre rubrique Musique de film page suivante) participe d’ailleurs pleinement à cet impact. « Furyo », c’est bien plus que la guerre. C’est la passion, c’est l’humanisme. C’est l’instant rare qui donne un sens à la vie, avant qu’elle ne replonge dans la fatalité. « Furyo », c'est un film dérangeant, poignant et émouvant. C’est ce que Nagisa Oshima laisse derrière lui, un dernier coup-de-poing, un dernier cri de rage, baignant dans une flaque de larmes. [Florian Poupelin]


MUSIQUE DE FILM 15

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Exodus : Gods and Kings

Furious 7

Outlander

■ Alberto Iglesias ■ Sony Classical

■ Brian Tyler ■ Back Lot Music

■ Bear McReary Sparks & Shadows

Pour son nouveau péplum, Ridley Scott a fait appel à Alberto Iglesias, le compositeur fétiche de Pedro Almodóvar. Le musicien signe une partition honnête et incisive, qui plonge le spectateur dans un décor antique. Les premiers titres sont saisissants et les rythmiques très appuyées accentuent le coté épique du film. Les sonorités orientales choisies pour le thème de Moïse sont très classiques, mais le compositeur étonne dans l’émotion. Sans tomber dans des sonorités trop attendues, les mélodies sont magnifiquement écrites et arrangées (« Goodbyes »). Bien que la bande originale assure les passages de suspense, notamment grâce aux notes frénétiques et dissonantes des cordes (« Loothing », « Hittite Battle »), elle s’essouffle dans sa deuxième partie. En effet, les titres sombrent peu à peu dans les clichés du péplum avec un côté redondant. Toutefois, le final sur « The Ten Commandments » clôt parfaitement « Exodus » avec une progression crescendo intense. Parfois surprenante, d'autres fois plus convenue, la musique d’Iglesias remplit toutefois son contrat. [Alexandre Caporal]

Existant depuis maintenant plus de quinze ans, la saga « Fast and Furious » ne nous avait jamais proposé un semblant de qualité musicale. Même en passant outre les hits hiphop et autres chansons de circonstance, la musique n’y a jamais réellement brillé. C’est donc avec une certaine joie que le score de Brian Tyler vient relever un peu la barre. Les allergiques aux sonorités électroniques peuvent toutefois passer leur chemin, puisque toute la B.O. est un judicieux mais parfois indigeste mélange d’électro et de passages orchestraux. Le thème principal est efficace mais totalement oubliable. Le premier morceau à sortir du lot est le mélancolique « Parting Ways », où la part belle est faite aux violons. Sautons ensuite à « Homefront », tentative réussie d’insuffler un semblant d’émotions à l’ensemble. « The Three Towers » continue dans cette trajectoire et s’avère être le plus beau passage de l’album. Gageons que si Brian Tyler reste aux commandes pour les potentielles suites, il continuera à rehausser le niveau des compositions originales. [Nathanaël Stoeri]

Malgré ses flamboyantes musiques pour le renouvellement de la série « Battlestar Galactica », Bear McReary reste un compositeur peu connu du grand public. De 2004 à 2009, il aura rythmé de ses scores celtiques et martiaux les aventures de Starbuck et Appolo. Il a par la suite collaboré sur les séries « Terminator » et « Marvel Agents of S.H.I.E.L.D », ou encore le prequel « Caprica ». Avec « Outlander », il prouve que tous les espoirs que nous pouvions placer en lui il y a dix ans n’étaient pas vains, et que sa propension à faire naître l’émotion grâce à la cornemuse est toujours vivace. Les deux grands titres de l’album sont sans aucun doute « The Wedding » et « The Veil of Time » qui le clôturent en beauté. La flûte est très présente, ainsi que les instruments à cordes. On ne peut que saluer la qualité de la mélodie, qui fera frissonner de plaisir n’importe quel auditeur. Une harpe vient agrémenter ce mélange d’instruments pour parvenir à un équilibre parfait qui finit de faire de cette B.O. l’une des plus mémorables de ce début d’année 2015. Un auteur à suivre ! [Nathanaël Stoeri]

The Duke of Burgundy ■ Cat's Eyes ■ Caroline Records Pour son nouveau film, Peter Strickland («  Berberian Sound Studio  ») a fait appel à Cat's Eyes, une formation constituée de Faris Badwan – chanteur du groupe The Horrors – et de la soprano Rachel Zeffira. Les musiciens parviennent avec brio à dépeindre l'univers si particulier du film qui se situe quelque part entre les années 1960 et 1970. Ethérée, la musique emploie de nombreuses sonorités particulières qui provoquent une étrange fascination. « Door No. 2 » illustre les qualités de cette composition, puisqu'en couplant le clavecin glaçant à des choeurs intermittents et à des notes jouées aux cordes, le morceau dénote les plaisirs saphiques et sadomasochistes des protagonistes. Cependant, une sensation indéfinissable apparaît progressivement, comme si une ombre menaçante planait sur l'onirisme de la composition. Le psychédélisme latent se mélange aux sonorités plus pop de la musique et oriente celle-ci vers quelque chose d'insaisissable mais d'assurément hypnotique. À l'image du film donc, qui ne cesse de fasciner. [Loïc Valceschini]

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Notre avis Le classique du mois

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Furyo ■ Ryuichi Sakamoto ■ Milan Records Si quelque chose reste encore clair dans votre esprit, après le choc que provoque « Furyo », c'est sûrement les notes entêtantes de son thème principal. À la fois mélancolique et poétique, il traduit parfaitement la beauté douce-amère du film et le hante d'un bout à l'autre, passant du piano au xylophone, et enfin à l'orchestre. S'entrecoupent ensuite des ambiances plus minimalistes et plus oppressantes. Ryuichi Sakamoto, dont il s'agit ici de la première composition filmique, utilise des instruments électroniques, nouveaux à l'époque, et expérimente la froideur de leurs sons pour forcer le contraste créé avec le thème, plus doux et classique. Et c'est dans ce changement, souvent mesuré, parfois brutal, que réside toute la force de cette composition. On se retrouve alors déstabilisé et étiré entre la passion et la fatalité, deux émotions opposées qui sont sublimées par la voix hantée de David Sylvian dans « Forbidden Colours ». Premier coup de maître de Sakamoto, la musique de « Furyo » est donc, à l'image du film, dérangeante et envoûtante. [Florian Poupelin]

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The Guest ■ Artistes divers ■ J-2 Music Normalement, les articles de cette rubrique ne se consacrent qu'aux compositions originales et non aux compilations de morceaux préexistants. Mais comme les règles sont faites pour être violées, nous nous permettons de revenir sur « The Guest » d'Adam Wingard, dont l'excellente musique tourne en boucle depuis des mois chez les rédacteurs du Daily Movies – le lectorat a le droit de savoir à quel point cette B.O. est fantastique. À l'image du film, la musique embrasse avec passion les années 1980 en mélangeant des morceaux datant de cette époque avec d'autres plus récents qui jouent sur les sonorités de celle-ci. Le résultat est une bande homogène et un peu vieillotte, mais surtout ultra dynamique. Entre les sons électro de Survive (« Hourglass ») et son affinité « carpenterienne », le glam rock de The Sisters of Mercy (« Emma ») et le remix romantico-kitsch de « Anthonio » chantée par Annie, la musique de « The Guest » ne fait plus qu'une avec la décennie à laquelle le film rend hommage. Un plaisir semi-coupable qui évite (presque) toujours le ridicule. Indémodable. [Loïc Valceschini]

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NANAR, MON AMOUR !

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Malgré une certaine ambiance morbide, le film croule littéralement sous les effets gore ratés – vous avez déjà vu un mannequin en mousse qui joue mal ? Ce film réussit cet exploit –, les situations absurdes, l’interprétation amateur, les déficiences techniques de tout poil (photo surexposée, cadrages caca, faux raccords à hurler) et l’abstraction pataphysique d’un scénario écrit sur un kleenex, puis déchiré et jeté aux quatre vents.

« MAD MUTILATOR »

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u début des années 1980, Norbert Moutier, alias N.G. Mount, tournait en Super 8, dans la forêt d’Orléans et en conditions amateurs, un slasher 100% français : « Ogroff », rebaptisé « Mad Mutilator » pour une de ses ressorties vidéo. C’était le début, pour ce libraire et critique, puits de science sur le bis et surtout grand trafiquant devant l’éternel de films rares et de bimbeloterie liée au cinéma, d’une glorieuse carrière de cinéaste Z du fond de la poubelle, qui le vit squatter le plus bas des rayons VHS, dans la catégorie invendables. Coup d’essai mais coup de maître indépassable, ce nanar s’impose d’emblée comme le manifeste du film d’horreur français régionaliste.

INDIGENCE

détails (la trépanation, le rapport avec la guerre) qui ne seront guère On sait que les ennuis commencent explicités par le film lui-même, tant quand le résumé de la jaquette est l’œuvre en question est obscure et plus clair que le film lui-même : quasiment dépourvue de dialogues. «  Trépané et ayant subi l’ablation Ce que l’on voit à l’écran : un fou d’un œil pendant la guerre, Ogroff dégénéré et masqué, tuant des gens le bûcheron fou continue la lutte et à la hache dans une forêt, sur un scémassacre sauvagement tous ceux qui nario réussissant à être à la fois élépénètrent dans sa forêt » ; autant de mentaire et confus. ...

Cependant, « Mad Mutilator » est à recommander aux nanardeurs les plus hardcore, tant les réactions de rejet sont possibles chez des sujets au cuir insuffisamment tanné. Le rythme est plus que somnambulique et la petite dizaine de dialogues inaudibles (Ogroff ayant probablement aussi tué le preneur de son) peut faire plonger dans la torpeur les spectateurs rétifs. C’est dommage, car nous sommes réellement en présence d’un film hors normes : plus Z que Z, et pourtant film d’auteur de par la passion indéniable qui l’anime. On distingue de nets efforts de la part de Moutier pour créer un personnage de monstre pathétique, crevant de solitude dans sa démence meurtrière et sa cabane pourrie (une scène assez croquignolette le montre en train de se branler avec sa hache), mais cette bonne volonté devient pathétique devant le résultat final.

LES HISTOIRES D’AMOUR FINISSENT MAL…

Le développement de l’intrigue se révèle en outre particulièrement peu crédible : une jeune femme décide d’enquêter sur les méfaits du serial killer  ; la gendarmerie lui ayant déclaré son impuissance car Ogroff connaît trop bien tous les recoins de la forêt (« Bah oui, ma bonne dame, y’a un tueur fou cannibale dans la forêt ! Qu’est-ce que vous voulez qu’on y fasse ?). Elle part donc sur les traces d’Ogroff, trouve assez facilement son repaire (les gendarmes sont donc des feignants, c’est là le

message profond du film), se fait capturer par le fou, l’attendrit, et finit par coucher avec et devenir sa copine... volontairement ! C’est donc à une version relookée de la belle et la bête que nous assistons, la jeune femme essayant d’apprendre les bonnes manières à Ogroff (en gros, à ne plus tuer les campeurs à la hache). C’est un euphémisme que de dire qu’on n’y croit pas tout à fait, mais la dernière demi-heure va se révéler encore plus psychotronique : des zombies sortent de la cave d’Ogroff et envahissent la forêt, puis

En coulisses DAILY2015 MOVIES N°61 – MAI 2015 DAILY MOVIES 61 – MAI Daily Media sàrl/Daily Movies, Rue Gutenberg 5, 1201 Genève, +41 (22) 796 23 61, info@daily-movies.ch, www.daily-movies.ch Impression : PCL Presses Centrales SA. Création graphique : Jack Caldron. Mise en pages : Delphine Varloud. Directeurs de Publication : David Margraf et Carlos Mühlig. Rédacteur en chef : Yamine Guettari. Rédacteur en chef adjoint : Jean-Yves Crettenand. Responsable Musiques de Films : Loïc Valceschini. Responsable Il faut l’avoir lu/vu : Thomas Gerber. Responsable festivals : Yamine Guettari. Responsable abo/distro : Carlos Mühlig. Corrections : Yamine Guettari, David Margraf, Carlos Mühlig, Thomas Gerber. Internet : Thomas Gerber et Loïc Valceschini. Remerciements : à tous les annonceurs, collaborateurs, partenaires, abonnés et toutes les personnes grâce à qui Daily Movies existe !

Paraît 9 fois par an.

Access point Disponible dans les Fnac, les cinémas indépendants, les cinémas Pathé, Mediamarkt, etc.

Prochaines sorties 6 mai 2015

> The Farewell Party > Un peu, beaucoup, aveuglément > La Sapienza la banlieue d’Orléans, tandis que le tueur en série les affronte à la hache. On en reste, au choix, effaré d’ennui ou hypnotisé au dernier degré et ravi devant tant de nawak fumeux. Pour terminer le film en beauté, on nous offre une guest-star, en la personne de Howard Vernon : en fuite devant les morts-vivants, l’héroïne est prise en stop par un Cardinal (Howard, donc), qui se révèle être un vampire. Pourquoi pas ? Au point où on en était, ils auraient pu envoyer Michel Galabru déguisé en éléphant rose, on ne l’aurait même pas remarqué. [Nikita Malliarakis] Retrouvez l'intégralité de cette critique - et des centaines d'autres sur nanarland.com, le site des mauvais films sympathiques.

13 mai 2015 > Tapis Rouge > La Tête haute

20 mai 2015 > Alphabet

27 mai 2015 > L’Ombre des femmes > Sweet Girls