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№70 MAI 2016

EN SALLES

« MR HOLMES » : une toute petite sortie pour un grand film.

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3 FESTIVALS

7 SWISSMADE

DEUXIÈME SÉANCE DU HORROR MOVIE CLUB avec un « Clown » qui vous fera mourir… de rire !

8 BLU-RAY

INTERVIEW DU CINÉASTE GENEVOIS PIERRE MAILLARD pour « De l’autre côté de la mer ».

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« CREED » : un film coup de poing qui montre que la relève de Rocky est bien là !

LE CHOC DES TITANS

« CAPTAIN AMERICA : CIVIL WAR » Rien ne va plus chez les super-héros ! Sommés de se soumettre à une stricte réglementation de leurs activités, les Avengers se déchirent sur la voie à adopter et finissent par en venir aux mains. Un postulat de départ intéressant pour un résultat confus On les avait laissés fragilisés au terme du déce- Superman ». Avec une vertu essentielle : malmener, Captain America, revigorer les héros vieillissants en vant « L’Ère d’Ultron ». Captain America, Iron Man, le temps d’un conflit fratricide, le manichéisme de revisitant leurs traumas, introduire de nouveaux la Veuve noire, la Vision, la Sorcière rouge et les la plupart de ces productions toutes de bruit et de personnages-clés (Black Panther, Spider-Man)… La manie décriée des studios Marvel à carburer autres montraient des signes d’essouffureur. flement après avoir déjoué les plans au teasing et à produire des passe-plats de luxe apocalyptiques du robot Ultron, sans Passée une introduction menée confine ici à l’absurdité. D’Anthony et pied au plancher, « Civil War » trouve manquer de transformer au passage plus d’une ville en champs de ruines. Joe Russo le ton juste pour amener en dou- Une fois n’est pas coutume, c’est dans la baston Ce nouveau Marvel s’inscrit dans une Avec Chris Evans, ceur le schisme des Avengers, plus annoncée entre frères ennemis que se niche la véricontinuité directe, en confrontant les que jamais représentés comme un table séquence jubilatoire du film. Un climax improRobert Downey, Jr., assemblage fortuit d’indivijusticiers aux dommages collatéraux bable sur le tarmac d’un aéroport, à Scarlett Johansson, dus inadaptés à notre de leurs titanesques affrontements. mi-chemin entre jeu vidéo et série Sebastian Stan monde. Les lignes de B, entre tragédie et comédie, porté MARVEL/WALT DISNEY front sont esquissées, Dans ses grandes lignes, le film des par un Paul Rudd déchaîné en AntSORTIE LE 27/04 les fortes personnafrères Russo puise dans le comics Man. Un bon quart d’heure de plaisir Dès que vous voyez le logo « Civil War » (2006) qui scénarisait lités d’Iron Man et coupable qui rappelle que la magie ci-dessus, c'est qu'il y a des lots en jeu. l’encadrement des individus dotés Captain America Marvel est encore capable d’opérer, de super-pouvoirs et le refus d’un polarisent les camps. le temps d’injecter à ce troisième En écrivant à concours@daily-movies. certain nombre d’entre eux de suivre des règles. Puis le film s’égare, victime de la « Captain America » un peu de cette ch, et en mettant en objet concours Un questionnement récurrent de ce côté-ci de la surcharge d’un scénario voué à folie qui manquait à « L’Ère d’Ultron ». + le titre du film. N’oubliez pas votre pop culture, abordé de très (trop ?) nombreuses remplir plusieurs fonctions à la adresse postale pour participer au tirage au sort ! fois depuis les années 80 et le séminal « Watch- fois : donner une suite à l’histoire Pascal Knoerr men », jusqu’à ces derniers jours dans « Batman v des Avengers comme à celle de

COMMENT GAGNER ?

Yamine Guettari

cinema@daily-movies.ch

Certains doivent penser – du moins ceux qui s’épuisent à lire ces éditos – que Daily Movies manque pour le moins de suite dans les idées. Alors que dans le n°69 j’étrillais l’indigestion de films de super héros, voilà-t-y-pas qu’on colle le nouveau « Captain America » en une. Mais quel faux-cul ce rédac-chef ! En fait, un tel film mérite d’être exposé avec ses bons côtés (les raisons du conflit entre Avengers est bien amené, la baston finale poutre) et ses mauvais (le teasing, l’introduction au forceps de nouveaux persos). Vu le rouleaucompresseur promotionnel dont ces blockbusters bénéficient, autant qu’on vous explique bien à quoi vous attendre, avec notre indépendance habituelle. Sinon je profite de cet espace pour rendre hommage à la talentueuse doubleuse Claude Chantal qui vient de nous quitter à 83 ans lorsque j’écris ces lignes. Avec le décès de la voix française de (entre autres) Krilin (« Dragon Ball »), du professeur McGonagall (« Harry Potter »), de Daphné (« Scooby-Doo »), c’est un peu de notre jeunesse qui s’en va…

UNE PUBLICATION


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AMOUR ET GANG

« BLACK » Privé de sortie en France par crainte d’émeutes (du moins d’après le dossier de presse), « Black » est un film coup de poing. A l’image de « Roméo et Juliette » ou « West Side Story », il raconte l’histoire d’un amour impossible, une romance crue, au rythme des battements sourds de la ville, filmée dans un style visuel et sonore poignant. A 15 ans, Mavela rejoint les Black «Barons». Le livre Bronx, un gang de jeunes noirs « Black », qui est qui rackettent leur quartier. Tan- très populaire dis qu’elle fait ses preuves pour en Flandre, parappartenir au clan, elle tombe lait des bandes éperdument amoureuse de urbaines, et de Marwan, membre charismatique cette histoire à de la bande rivale des 1080, qui la « Roméo et emprunte Juliette ». son nom au On savait code postal D’Adil El Arbi qu’un jour, de Molenen ferait et Bilall on un film. On beek… Les Fallah a e n v o y é deux jeunes gens sont Avec Martha Canga u n m a i l à brutalement Antonio, Aboubakr l ’ a u t e u r , contraints de Bensaihi, Emmanuel Dirk Bracke, mais il nous choisir entre Tahon a répondu l a l oya u t é CINEWORX qu’il y avait à leur gang SORTIE LE 25/05 déjà un réalisateur, une maiet l’amour qu’ils ont son de production. On a alors décidé de faire un long avec l’un pour l’autre. Entretien avec les réalisa- la VAF Wildcard (nda : bourse teurs flamands sur un film auquel pour un court-métrage) que l’actualité récente donne une nous avions reçue. Nous avions résonance particulière. pu travailler sur le scénario de « Black », et pendant la pré-proQuel est votre background ? duction du film « Image », le réaAdil El Arbi : On a fait St-Lukas à lisateur pressenti (Hans Herbot) Bruxelles, on était les deux seuls nous a annoncé que c’est nous Marocains de l’école, et ça a tout qui devrions faire le film car nous de suite « cliqué » entre nous. avions un bon feeling avec le sujet. Notre professeur était Michael Roskam, le réalisateur de « Bull- Quelles sont vos inspirations? head ». C’était un peu notre men- Bilall Fallah : Ce sont les films amétor, notre grand frère, tout comme ricains qui nous ont donné envie Nabil Ben Yadir, le réalisateur des de faire du cinéma. Des films comme « Jurassic Park », « Star Wars », des grands films épiques, mais aussi Spike Lee, Oliver Stone ou Scorsese, des réalisateurs qui font des films bien à eux, tout en faisant un cinéma très accessible. On s’est beaucoup ins-

LA COTATION DE DAILY MOVIES

FIVE

ANGRY

MEN notent les films du mois

Chef-d’oeuvre 

piré aussi de « La Cité de Dieu » pour ce film. On voulait faire un film d’Adil et Bilall, qui porte notre personnalité, mais destiné à un large public.

Le casting est un élément crucial du film, comment avez-vous procédé? Bilall : On a dû trouver les comédiens dans la rue par nécessité, des jeunes d’origine marocaine et africaine. On ne trouve pas ces profils à l’écran ou dans les bureaux de casting ici en Belgique.

Excellent 

Bien 

Alain Baruh

Diana Jeronimo

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Un Homme à la hauteur

Damien Mazza

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Tiré du dossier de presse

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Etienne Rey

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Le Livre de la jungle

entretien réalisé par Aurore Engelen

Mauvais  T À éviter comme la mort

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Bilall : On voulait aussi transmettre l’authenticité de quartiers qui n’existent qu’à Bruxelles, comme Matonge, les Marolles, ou certains endroits à Molenbeek.

L’étage du dessous

Mr Holmes

Bof 

Gods Of Egypt

Le Chasseur et la reine des glaces

Bruxelles devient un véritable objet cinématographique avec « Black ». Adil : Dans les films de Spike Lee ou de Scorsese, New York y est un personnage central. Ces films sont grandioses car New York est grandiose, et c’est ce qu’on voulait essayer de faire avec Bruxelles. On voulait que la ville soit un personnage. Les films flamands sont souvent tournés à Anvers ou dans un petit patelin au milieu de nulle part.

Adil : On a fait beaucoup de répétitions avec les acteurs, on voulait leur laisser la liberté en tant qu’artistes de créer des scènes. Une fois sur le plateau, il n’y avait pas beaucoup de temps pour l’improvisation, donc l’impro se faisait avant. On a découvert beaucoup de talents, du coup on a créé un bureau de casting. Notre fondateur et parrain, c’est Matthias Schoenaerts, et aujourd’hui, une partie de ces acteurs a l’opportunité de jouer dans d’autres productions. Ce qui a été fort avec les acteurs, c’est qu’ils avaient

Eddie The Eagle

Hardcore Henry

Le constat est très sombre, mais au final c’est l’énergie qui infuse le film qui l’emporte. Adil : Une fois en montage, on a réalisé que le cœur du film, c’était le couple, Marwan et Mavela. Ce film, c’est une histoire d’amour. Pour moi, à défaut de s’en sortir au sens propre du terme, les deux personnages principaux s’en sortent spirituellement. Au début, ils pensent que la seule réalité possible, c’est celle du gang. Mais dès qu’ils se rencontrent, ils se rendent compte qu’il y a une autre réalité. C’est l’histoire de deux personnages qui veulent sortir d’une bande, c’est là que réside l’espoir.

Adil : « Black », c’est une histoire dure, une histoire de bandes urbaines, avec des scènes très violentes, mais on voulait faire un film le plus grand public possible.

Captain America : Civil War Eperdument

des connections avec ces personnages, ils comprenaient leur réalité, leur psychologie.

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Biographie Ian McKellen

« MR HOLMES »

Homme de théâtre

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endant que des super-héros Néanmoins, Holmes ne doit pas mènent des batailles achar- y faire face seul : il est entouré nées contre les forces du mal, de sa gouvernante et du fils de d’autres icônes, telles que Sher- celle-ci, le jeune Roger, qui le voit lock Holmes, sont à la retraite comme son mentor et avec qui il depuis belle lurette et vivent se lie d’amitié. paisiblement dans une maison en campagne, occupées à élever Pour sa deuxième collaboration des abeilles. Avec « Mr Holmes », avec le réalisateur, Ian Mckellen Bill Condon livre une version plus continue à nous envoûter avec intimiste et humaine du célèbre son charme inégalable dans la détective créé par Arthur Conan peau de ce vieil homme, dont Doyle en se focalisant, pour une l’esprit essaie de lutter contre les fois, davantage sur la psycho- barrières de l’âge pour corriger logie du perses erreurs. Le longsonnage que métrage se déroule sur ses travaux en douceur, avec d’investigation. petites touches De Bill Condon des Il nous présente d’humour sarcastique Avec Ian Mckellen, Milo typiquement anglais un Sherlock âgé de 93 ans, fragile Parker, Laura Linney pour qu’il conserve sa ASCOT ELITE FILMS légèreté, et est comet rongé par le regret, qui utilise SORTIE LE 04/05 posé de f lashbacks son sens de la pour suivre les souvedéduction excepnirs qu’Holmes arrive à tionnel pour réureconstituer. A l’heure nir de manière où les prequels et désespérée les pièces de son remakes sont à la mode, ce film passé avant qu’elles ne dispa- rafraîchit en acceptant la possiraissent à jamais de sa mémoire. bilité de faire mourir un symbole

de la littérature et du cinéma, car lui aussi possède des failles et passe par les mêmes difficultés que le commun des mortels. Cependant, la mort et la dégénérescence ne sont pas abordées avec un ton sombre et fataliste. Il est vrai qu’il y a un air de mélancolie palpable dans le longmétrage, notamment lorsque la disparition de fameux personnages qui l’accompagnaient dans ses aventures est mentionnée. Toutefois, la complicité qui se construit entre Roger et lui permet de lui faire retrouver sa jeunesse, son sourire, ainsi que le nôtre, en voyant le plus grand des détectives se confronter à l’un des plus grands mystères : celui des relations humaines. A noter que ce film remarquable n’aura incompréhensiblement droit qu’à une toute petite sortie en Suisse romande, au Cinérama Empire de Carouge.

Diana Jeronimo

Né le 25 mai 1939 au RoyaumeUni, il grandit dans un environnement très religieux mais très tolérant. Il joue dans plusieurs pièces de théâtre dès son adolescence et fait ses débuts professionnels en 1961. Le rôle d’Edouard II d’Angleterre dans la pièce éponyme de 1969 de Christopher Marlowe le rend célèbre.

Renommée tardive Malgré son statut central au sein du théâtre britannique (il joue dans les prestigieuses productions de la Royal Shakespeare Company), il n’atteint le grand public qu’en 1998 avec « Un élève doué » et « Ni dieux ni démons ». La célébrité arrive avec ses rôles de Gandalf et de Magnéto.

Activiste Homosexuel engagé, il a joué dans des pièces militantes (« Bent », qui traite des atrocités commises contre les homosexuels dans l'Allemagne nazie) et a même monté un one-man show à succès en faveur des droits LGBT (Knight Out »).

Yamine Guettari

«ÉPERDUMENT »

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our sa deuxième réalisation, on n’éprouve aucune sympathie. Pierre Godeau s’intéresse Si Adèle Exarchopoulos (qui a à des faits réels qui ont fait explosé dans « La vie d’Adèle ») scandale en France en 2010 : réussit à nous faire croire à son les ravages d’un amour interdit personnage grâce au naturel entre le directeur d’un établis- avec lequel elle l’interprète, Galsement pénitentiaire et une lienne ne parvient par contre pas j e u n e d é te n u e r é ce m à nous vendre la ment incarcérée. Inspiré p r o fo n d e u r e t directement du livre écrit l a co m p l ex i t é De Pierre des sentiments par Florent Gonçalves, le fonctionnaire impliqué Godeau q u ’ A n n a f a i t dans cette liaison, « Épernaître en lui. Ce Avec Adèle Exarcho- manque de crédument » nous plonge poulos, Guillaume dibilité a pour entre les quatre murs de Gallienne c o n s é q u e n c e la maison d’arrêt de VerFRENETIC FILMS que le spectasailles dirigé par Jean. C’est un quadragénaire SORTIE LE 11/05 teur a l’impresbrillant, marié et père de sion d’assister famille, faisant preuve à la transford’un grand professionmation brutale nalisme et d’empathie, d’une personne toujours à l’écoute de ses déte- décente en un homme irresponnues et de ses proches. Mais sable, obsessif et immature, car lorsqu’Anna (Exarchopoulos) une jolie fille lui témoigne de l’infait son apparition, il manque térêt et répond à ses désirs. Avec à ses responsabilités et oublie « Éperdument », Godeau nous ses devoirs, car ce qui l’entoure sert donc un film dépourvu de n’existe plus, elle seule occupe le poésie, ressemblant plus à une centre de son univers. Pourtant adaptation cinématographique doté d’une prémisse qui pique des paroles de la chanson « Pour l’intérêt, surtout parce qu’il s’agit un flirt » de Michel Delpech. ici d’une histoire véridique, le film de Godeau la transforme en Diana Jeronimo une passion banale pour laquelle

« UN HOMME À LA HAUTEUR »

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ans cette nouvelle comédie rares sont les films récents osant romantique française, Virgi- parler de ce problème avec légènie Efira retrouve l'un de ses reté. Plus didactique qu’humorôles de prédilection, en duo avec ristique, ce métrage nous fait Jean Dujardin qui bien comprendre les joue lui aussi un persoucis quotidiens et sonnage atypique. subis De Laurent l'humiliation Alexandre est un par cette frange de Tirard la population. Un homme charmant avec qui Diane aimeAvec Jean Dujardin, b é m o l ( d e t a i l l e ) rait bien se mettre Virginie Efira, Cédric q u a n d m ê m e a u en couple. Malheuniveau des ef fets Kahn reusement, celui-ci spéciaux : les transFRENETIC FILMS souffre d'un retard de formations de Jean SORTIE LE 04/05 D u j a r d i n p o u r l e croissance : il mesure exactement 1 mètre rapetisser sont lou36 ! Le handicap de pées. Ses positions son nouveau compaassises sont peu gnon met notre avoesthétiques et percate particulièrement mal à l'aise turbent le spectateur qui a l'habià chacune de leurs rencontres. tude de voir cet acteur beaucoup Celui-ci décide alors de lui parler plus mis en valeur. Ainsi modide son complexe avec subtilité et fié, il est totalement ridicule et humour, mais rien n'y fait, Diane cela rend son personnage irréel. se sent toujours observée et nar- Il aurait peut-être été plus judiguée par son entourage... cieux de prendre un vrai acteur de petite taille ? Malgré ce défaut, Contrairement aux dernières pro- cette production plaira tout de ductions de Laurent Tirard qui même certainement à un public étaient des comédies burlesques, hétéroclite... Tout le monde y «  U n h o m m e à l a h a u te u r  » trouvera son compte, petits et contient un sujet délicat peu pro- grands ! pice à la dérision, celui du handicap. Mis à part « Les Intouchables » Alain Baruh

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« L’ÉTAGE DU DESSOUS »

« L’HIRONDELLE » ano Khalil est connu De Mano forçant son héroïne à de nos services pour l’expérience de Khalil faire avoir réalisé le docula tromperie et de la Avec Manon confusion, il parle égamentaire « L’Apiculteur » Pfrunder, Ismail lement des citoyens (Prix de Soleure en 2013) qui faisait le portrait d’un Zagros d’un pays qui ne Kurde installé en Suisse COLUMBUS FILM savent plus toujours et qui vivait de son miel SORTIE LE 04/05 à qui faire confiance et de ses abeilles. Cette et à quelle cause fois il revient à la fiction dédier leur volonté avec un road-movie qui de lutte ou de résislui donne l’occasion tance. Dommage que d’attaquer sous un autre angle la le réalisateur, également scénariste, thématique de l’attachement aux greffe encore à son histoire déjà sufracines. Pour ce faire, il raconte le fisamment complexe une romance périple de Mira, une jeune Suisse qui un peu convenue. Petit défaut d’un apprend que son père est peut-être film important qui sait par ailleurs encore en vie et qu’il serait installé au habilement contrebalancer le poids Kurdistan irakien. Elle part alors seule émotionnel de certaines scènes par pour retrouver sa trace au milieu d’un d’autres séquences plus légères. Des pays déchiré par le terrorisme et les ruptures de ton bienvenues que les conflits armés. Cette trame d’appa- acteurs talentueux font passer avec rence assez banale permet à l’auteur une apparente facilité. Les superbes d’apporter au spectateur un éclai- décors naturels dénichés par le réarage bienvenu sur une situation poli- lisateur font également respirer une tique complexe. De plus, il greffe à œuvre qui se serait avérée, sans le son récit principal des intrigues paral- talent du cinéaste, beaucoup plus lèles qui explorent d’autres thèmes pesante. comme le mensonge et l’auto-persuasion, ou encore la désillusion. En Etienne Rey

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a n d u P ă t r a ș c u e s t u n au scénario aussi intéressant h o m m e d ' u n e c i n q u a n - qu’habile, nous met de suite taine d'années, qui vit avec dans la peau du personnage sa femme et son fils principal, et sa sensation de au dernier étage m a l a i s e . Au ra i t d'un bâtiment locatif De Radu lte- isl de ûn qi un fêotremu er sr d'une banlieue aisée Muntean ou a-t-il eu raison de Bucarest. Il se lève tôt chaque matin Avec Teodor Corban, d ’ é v i t e r d ’ e x p o pour aller promener Iulian Postelnicu, ser sa famille par son Labrador et faire s o n s i l e n ce  ? E n Oxana Moravec f i l m a n t l e q u o son jogging dans le LOOK NOW parc voisin avant de tidien banal des SORTIE LE 04/05 p e r s o n n a g e s p a r t i r a u t rava i l . U n jour, en rentrant chez principaux, Radu lui, Sandu est témoin Muntean a cherd'une dispute conjuché la sympathie des spectateurs gale violente. Depuis la cage d'escalier, il entend des pour qu'ils s'identifient très cris et des insultes provenant rapidement aux protagonistes de l'appartement numéro 26 du film. Le but étant d'inclure situé au deuxième étage. Ne le spectateur dans l'action, il voulant pas se mêler de ce qui vit l'histoire en même temps ne le regarde pas, il continue à que le héros, ayant en temps monter l'escalier comme si de réel les informations. Comme rien n'était. Quelques heures l e p e r s o n n a g e p r i n c i p a l , l e plus tard il reçoit un appel de spectateur n'a pas vu le crime, sa femme qui lui annonce affo- ni la victime. L'accusation ne lée qu'un crime a été commis r e p o s e e n fa i t q u e s u r d e s dans leur immeuble et que la suppositions, d'où l'intérêt de police est sur place pour inter- cette histoire. Une excellente roger les voisins. La victime est s u r p r i s e d o n c q u e ce l o n g une jeune étudiante qui habi- métrage, nominé 8 fois au Festait en dessous de chez eux… tival de Cannes 2015. Cette production franco-roumaine de très bonne qualité, Alain Baruh

« L'ODORAT » « EDDIE THE EAGLE »

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e documentaire propose un femme, à un maître de cérémonie voyage autour du monde, du thé, en passant par une olfactoà travers différents témoi- thérapeute, permet de se rendre gnages dont le dénominateur compte à quelle point tous se commun est l’odorat. Le propos se rejoignent sur les émotions créées veut didactique en explicitant ce par l’odorat. Bien réalisé, ce film qu’est l’odorat et qui fait la part belle à ce qu’il représente notre odorat en lui pour chaque être donnant un goût humain sans qu’il en De Kim N'Guyen d’émotions va un ait nécessairement peu trop vite : il lui Avec Molly Birnbaum, manque quelques conscience… Jusqu’au Francois Chartier, respirations. Malgré ce jour où il en est privé. Patty Canac bémol, il mérite d’être C’est justement ce JUPITER FILMS vu par un large public, que témoigne l’une des intervenantes, SORTIE LE 12/05 rien que pour une ce qui produit inéviscène très touchante tablement une prise dont nous vous laisde conscience de son sons la surprise… importance. La diversité des protagonistes, allant d’un parfumeur Carole-lyne Klay qui a voulu reproduire l’odeur de la

Pas vu mais on y croit Trois films à voir en salle ces prochaines semaines, mais qui n’ont pas encore été visionnés. Yamine Guettari

« MONEY MONSTER »

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ddie Edwards, éternel loo- Eagle » est l’un de ces films aux ser myope et maladroit, rêve messages édifiants qui gagnent pourtant depuis toujours de le cœur et l’esprit du spectateur. participer aux Jeux Olympiques. Doté d’une belle photographie Après avoir échoué à se qualifier et d’une bonne dose d’humour, dans l’équipe de ski d’Angleterre, il divertit en présentant un protail se tourne vers le saut à ski. Bien goniste décalé tentant de faire la qu’il n’ait aucune expérience dans différence, alors que personne ne ce t te d i s c i p l i n e , croit en lui. Les perEddie par vient à sonnages sont certes attirer l’attention téréotypés, mais De Dexter sréussissent de Pear y, un exà être Fletcher assez attachants pour champion déchu, qui essaiera de Avec Taron Egerton, que le public retienne l’aider à atteindre Hugh Jackman son souffle à chaque son objectif. Plai20TH CENTURY FOX fois qu’Eddie prend sant, sans être brilSORTIE LE 04.05 son envol. lant ni révolutionnaire, « Eddie The Diana Jeronimo

« THE NICE GUYS »

« X-MEN: APOCALYPSE »

Un investisseur spolié prend en otage le présentateur télé vedette qui l’a conseillé. Un thriller sur fond de magouilles de la haute finance réalisé par Jodie Foster avec George Clooney et Julia Roberts !

Deuxième réalisation du génial scénariste Shane Black (« L’arme fatale », «   L a s t Ac t i o n Hero »…) après son très fun « Kiss Kiss Bang B a n g   » . R ya n Gosling et Russel Crowe y forment un duo hilarant de truands.

La meilleure franchise Marvel continue avec l’irruption du terrifiant premier mutant, le bien nommé Apocalypse, qui veut, avec ce cher Magneto, nettoyer l’humanité pour repartir de zéro (rien que ça).

SORTIE LE 12/05

SORTIE LE 18/05

SORTIE LE 18/05


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69ÈME FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM DE CANNES Le délégué général Thierry Frémaux et son équipe ont semble-t-il fait du bon boulot pour cette édition 2016, avec une sélection variée et intéressante, qui, même si elle n’oublie pas ses chouchous habituels, fait la part belle aux nouveaux talents et à tous les genres.

CANNES DU 11/05 AU 22/05 NOS GROSSES ATTENTES Que cela soit dans La sélection officielle, dans la section Un certain regard, en Hors Compétition ou pendant les Séances de Minuit, plusieurs films promettent monts et merveilles aux cinéphiles.

policier et un shaman vont former un duo improbable pour résoudre une mystérieuse affaire dans un petit village de montagne. On ne saurait boucler ce chapitre sans aborder les épiques Séances de minuit, avec deux films très alléchants : un documentaire sur Iggy Pop et Les Stooges par Jim Jarmusch (« Gimme Danger ») et un espèce de « Piège à grande vitesse » avec des zombies (le Coréen « Train To Busan » de Yeon Sang-Ho). De quoi rester éveillé !

A tout seigneur, tout honneur, penchonsnous d’abord sur les films en compétition. « The Neon Demon » de Nicolas Winding Refn (un habitué de la Croisette) promet une catharsis avec son film plein de couleurs et de fureur sur l’impitoyable monde du mannequinat dans une Californie à la fois paradisiaque et glauque. Le Coréenn Park Chan-Wook (« Old Boy », « Sympathy for Mr Vengeance ») revient avec « Agassi (The Handmaiden) », un drame romantique se déroulant dans la bonne société, adapté du roman « Du bout des doigts » de Sarah Waters. On se demande ce que va faire ce génie du thriller noir avec ce genre… On attendra aussi le film d’Andrea Arnold « American Honey », qui, après son remarquable « Fish Tank » très ancré dans la banlieue anglaise, va parcourir les routes de l’Amérique profonde avec une bande de jeunes menée par le fantasque Shia LaBeouf.

LES HABITUÉS Que serait un Festival de Cannes sans ces quelques noms incontournables qui viennent régulièrement faire un tout sur la côte d’Azur pour offrir aux festivaliers leur dernier effort ? Woody Allen viendra donc ouvrir le bal en Film d’Ouverture avec « Café Society ». James, un jeune homme, se rend à Hollywood dans les années 1930 dans l’espoir de travailler dans l’industrie du cinéma. Il tombe amoureux et se retrouve plongé dans l’effervescence de la Café Society qui a marqué cette époque. Kristen Stewart, Jesse Eisenberg, Blake Lively, Parker Posey et Steve Carell composent le casting prestigieux d’un film qui, on espère, rehaussera un peu le niveau des derniers Allen. Au rang des habitués on peut aussi compter Jeff Nichols : après « Take Shelter » dans La semaine de la critique, puis la compétition officielle avec « Mud », il revient en lice avec « Loving », l’histoire d’un couple mixte dans l’Amérique ségrégationniste des années 50. « Loving » de Jeff Nichols

« The Neon Demon » de Nicolas Winding refn C’est peut-être la section Un certain regard qui offre le plus de potentiel avec pas moins de sept premiers films. Dont le film d’animation (une rareté à Cannes) « La Tortue Rouge » du Belge Michael Dudok De Wi, coproduit par les Studios Ghibli, et avec Isao Takahata comme directeur artistique, s’il vous plaît ! L’histoire d’un naufragé qui va, dans sa solitude, trouver le réconfort en se liant d’amitié avec une tortue de mer. On tentera aussi « Captain Fantastic », précédé d’une flatteuse réputation acquise à Sundance, de l’Américain Matt Ross avec Viggo Mortensen dans le rôle d’un père un père ayant consacré sa vie entière à faire de ses six jeunes enfants de bonnes personnes, dans un coin isolé de tout. Lorsque les circonstances vont les obliger à se confronter au monde extérieur, sa patiente éducation va être remise en cause. « Apprentice » du Singapourien Boo Junfeng, intrigue aussi avec son histoire d’amitié entre un jeune gardien et le bourreau en chef d’une prison de haute sécurité. L’espace Hors Compétition permet souvent de découvrir en avant-première de plus ou moins grosses sorties hollywoodiennes, et cette 69ème édition ne déroge pas à la règle. Steven Spielberg fera rêver avec « Le Bon gros géant », Shane Black déridera (il y a du boulot) la Croisette avec « The Nice Guys », et Jodie Foster dénoncera la finance crapuleuse avec « Money Monster » et son tandem glamour Julia Roberts et George Clooney. On se réjouira aussi de la présence de Na Hong-Jin, spécialiste des thrillers trépidants (les excellents « The Chaser » et « The Murderer »), qui présentera « Goksung », dans lequel un

Les frères Dardenne dévoileront « La Fille inconnue », Ken Loach (mais que serait Cannes sans lui ?) livrera un nouveau film social (« I, Daniel Blake ») sur le système de santé à plusieurs vitesses, Jim Jarmusch, déjà cité plus haut en Séances de minuit, squatte aussi la Compétition avec « Paterson », la chronique amère d’un couple. Bruno Dumont continue sur sa veine d’humour absurde étrennée dans « P’tit Quinquin » avec la comédie « Ma Loute », le petit prodige Xavier Dolan poursuit sa progression avec « Juste la fin du monde » et son casting 100% français (Marion Cotillard, Vincent Cassel, Léa Seydoux, Gaspard Ulliel, Nathalie Baye), et bien sûr l’inusable Pedro Almodovar avec « Julieta », un « mélo hitchcocko-langien ». On s’étonnera pour finir de la présence du très apprécié Hirokazu Kore-Eda seulement dans la section Un certain regard avec « Après la tempête », dans lequel un père à la dérive va tenter de s’amender auprès de sa famille pendant un typhon qui les réunit. UN SUPERBE JURY Cette enthousiasmante édition en rajoute une couche en nous concoctant un jury de toute beauté, jugez-en plutôt : présidé par l’immense George Miller, il comptera en outre Arnaud Desplechin, Kirsten Dunst, Valeria Golino, Mads Mikkelsen, László Nemes, Vanessa Paradis, Katayoon Shahabi (une productrice iranienne) et Donald Sutherland. On pourra leur faire confiance pour trouver le meilleur film dans cette compétition très relevée. On a assez pesté en ces pages que Cannes se servait de plus en plus de la cinéphilie comme paravent pour une débauche de paraître et de glamour factice, nous leur rendons donc bien volontiers grâce d’avoir construit une 69ème édition de haute volée.

« Agassi (The Handmaiden) » de Park Chan-Wook

Yamine Guettari www.festival-cannes.com


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FESTIVALS

LA CINÉMATHÈQUE SUISSE

S É ANCE DE MAI

« Les prédateurs » de Tony Scott

LAUSANNE DU 01/05 AU 30/06

E

n mai et en juin, la Cinémathèque suisse rend hommage à deux comédiens disparus : l’inoubliable « Casque d’or » Simone Signoret et l'artiste David Bowie, dont il est important de rappeler la présence dans de nombreux films. La première est sans discussion une des plus grandes actrices françaises, l’égale d’un Gabin. Avec l’âge et les coups de la vie, sa beauté subjuguante a cédé la place à un visage marqué par l’alcool et la cigarette, mais jamais son talent ne disparut : une présence magnétique et un tempérament de battante qui transpiraient de l’écran. Tout le cycle qui lui est consacré serait à voir, évidemment, mais on vous conseillera néanmoins les indispensables « Casque d’or », « Thérèse Raquin », « Les Diaboliques », « L’Armée des ombres » et « Le Chat » (pour son face-à-face d’anthologie avec Gabin). Quant à Bowie, il a laissé une trace moins palpable au cinéma qu’en musique mais a néanmoins participé à quelques films dignes d’intérêt. La sélection de la Cinémathèque propose astucieusement un hommage en trois temps. Les films dans lesquels il a joué (« L’Homme qui venait d’ailleurs », « Furyo », « Les Prédateurs »…), ceux où sa musique a joué un rôle significatif (« Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée… », « Lost Highway »,

© Cinémathèque Suisse

« La Vie aquatique », « Io e te ») et ceux qui l’ont influencé (« 2001 : L'Odyssée de l'espace »). Une rétrospective tout aussi essentielle s’ajoute à tout cela : celle du cinéaste et plasticien thaïlandais Apichatpong Weerasethakul, dont la Cinémathèque diffusera en salles le premier film (« Mysterious Object at Noon »), dans une version numérique restaurée, ainsi que le dernier, « Cemetery of Splendour ». Un hommage au cinéaste polonais Andrzej Żuławski récemment décédé sera rendu, avec son dernier film, « Cosmos ». La réalisatrice Claire Simon viendra présenter son nouveau documentaire, « Le bois dont les rêves sont faits ». Et le réalisateur genevois Pierre Maillard dévoilera en première son nouvel opus, « De l’autre côté de la mer ». Enfin, l’immense écrivain et philosophe Umberto Eco sera mis à l’honneur avec la projection au Capitole de l’adaptation du « Nom de la rose » par Jean‑Jacques Annaud, avec Sean Connery. Et comme si tout cela ne suffisait pas, il y aura aussi deux vernissages, plusieurs rétrospectives thématiques, etc. Une offre pléthorique à laquelle il serait dommage de ne pas faire honneur !

Yamine Guettari www.cinematheque.ch

GENÈVE LE VENDREDI 20/05

N

ous vous en avions déjà parlé dans le Daily Movies n°69 d’avril, nous avons lancé notre ciné-club consacré à l’horreur en partenariat avec le Cinérama Empire. Pour rappel, le but de l’association, créée par une équipe de passionnés, est de redorer le blason d’un genre qui a été terni par les trop nombreux navets qui ont été produits et diffusés en son nom. The Horror Movie Club vous promet une programmation de qualité autour de l’horreur, avec des films jamais sortis sur les écrans en Suisse Romande, des exclusivités, des soirées carte blanche aux partenaires et des avant-premières. L’occasion de voir ou revoir, en VOST, les classiques, les perles d’aujourd’hui et les films oubliés, mais qui méritent qu’on les sorte de leur placard. La séance inaugurale du Horror Movie Club, l’avant-première le vendredi 22 avril à 23h15 de l’excellent survival « Green Room » de Jeremy Saulnier, a rencontré un succès appréciable qui nous permet de sereinement poursuivre notre initiative et de construire sur le boucheà-oreilles positif (les spectateurs ayant semblé avoir bien apprécié le film). Le second film que nous proposons, confirmera, on l’espère, l’enthousiasme que nous avons ressenti, et s’aven-

turera plus directement que « Green Room » dans le genre horrifique. Le scénario ne laisse en effet aucun doute. Lorsque le clown engagé pour animer l'anniversaire de son fils Jack se désiste, Kent McCoy, un tranquille père de famille doit prendre la relève. Il trouve un vieux déguisement de clown dans le grenier d’une maison qu’il doit vendre et s’en sert pour divertir les enfants lors de la fête. Cependant, il découvre après coup qu'il ne peut pas l'enlever et doit subir les railleries de ses collègues de travail, puis provoque l’inquiétude de sa femme (enceinte en plus), lorsqu’elle découvre que ses cheveux sont teints de manière permanente. Kent se lance alors à la recherche de l’ancien propriétaire du costume pour tenter de comprendre ce qu’il lui arrive : il va rapidement comprendre que le costume est maudit, et que sa vie comme celle de ses proches est en danger… Un film d’horreur efficace qui fonctionnera encore mieux sur les gens ayant la phobie des clowns (et ils sont nombreux depuis « Ça » !). Nous vous attendons de pied ferme pour venir mourir… de rire !

Yamine Guettari facebook.com/horrormoviecineclub


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SWISS MADE

PIERRE MAILLARD : « ON NE PEUT PAS S’EXTRAIRE DU MONDE, LE MONDE REVIENT À VOUS »

Rencontre avec le cinéaste suisse Pierre Maillard qui brosse dans ce nouveau long-métrage de fiction à la fois le tableau d’une Albanie dévastée et la chronique de trois destins tourmentés. Un voyage entre document réaliste et peinture impressionniste D’où vous est venue l’idée de ce film? En fait c’est la réalité qui a rejoint le film. J’ai commencé à écrire le scénario dans le sud de l’Italie, j’avais une idée de base qui était de raconter cette fable : « quitter la réalité, elle reviendra par la fenêtre », je me situais alors près d’une côte dans les Pouilles et une fois par semaine un bateau de migrants venait se fracasser sur les rochers. Ensuite le film s’est construit suite aux nombreux repérages que j’ai faits en Albanie. Et pourquoi l’Albanie en particulier ? Parce que je voulais que mon photographe soit dans les Pouilles, il y a de nombreux arbres extraordinaires Pierre comme des oliviers pluriMaillard millénaires qui ont vu les légions romaines, c’est fascinant. Le protagoniste va ainsi traverser la mer puis les montagnes albanaises pour rechercher des arbres et en même temps il va revenir sur les pas de cette photo de trop qui a justement été prise dans les montagnes entre l’Albanie et le Kosovo. Il me semblait que ce pays pouvait être filmé comme un pays post-guerre.

© Malcolm Lakin

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Quel message cherchezvous à faire passer à travers ce film ? Il n’y a pas forcément un message préétabli, mais c’est plutôt l’exploration d’une situation, dans message il y a messianique je ne suis en rien messianique ! (rires) C’est plus une moral qu’un message : « On ne peut pas s’extraire du monde, le monde revient à vous. » Le film prend son temps, il y a de nombreux plans sur la nature omniprésente… En effet, j’aime à dire que c’est un film d’action poétique. Il est totalement en extérieur, de ce point de vue-là c’est un film d’action, mais sans violence, la violence est au début, elle est ensuite uniquement hors champs mais l’histoire tourne autour de la violence. J’avais envie d’être dans la nature, c’était une profonde volonté, debout dans le vent sous la pluie, dans toutes les circonstances, j’adore cela ! Il y avait des endroits très difficiles d’accès et des paysages étonnants. Je pense que l’homme peut arriver à se réconcilier avec

lui-même, grâce et à travers la nature justement. Dans le film il y avait une progression, parce que je voulais la nature très belle dans les montagnes, avec des arbres, de l’eau. Mais ensuite, au fil du parcours, on va montrer des ruines de toutes les époques, antiques comme de l’époque communiste, jusqu’à des ruines industrielles. On quitte peu à peu la nature pour entrer dans la catastrophe.

cade d’eau sur la tête, face à tout cela nous ne pouvons plus réfléchir aux choses essentielles. C’est en cela que la fiction, à travers des destins plus personnels, arrive à faire passer des sentiments, des messages et ainsi nous donner un regard sur notre réalité qui ne peut que nous aider face à ce flux incessants d’informations. C’est un film qui prend son temps, contrairement à un cinéma dominant actuel, il nous permet d’avoir une autre respiration sur le monde.

Avec Carlo Brandt, vous êtes De Pierre tous deux Genevois, mais sauf Maillard D’autres projets en perspecerreur n’aviez jamais travaillé ensemble ? Comment s’est faite Avec Carlo Brandt, tives ? cette rencontre ? Kristina Ago, Michele Oui bien sûr, toujours ! En même temps, je n’ai rien de Je n’ai pas fait d’études de Venitucci cinémas à proprement dit, prêt dans un tiroir étant donné AARDVARK FILM EMPORIUM que j’écris mes scénarios au furmais pour différentes raisons SORTIE LE 20/04 et-à-mesure. Personnellement à l’époque j’ai décidé d’organiser moi-même mes universités je suis obligé d’aller jusqu’au de cinéma. J’ai fait alors un trabout du film, de l’accompagner, vail théorique, puis j’ai fait un bouquin sur le ensuite, comme un enfant, j’espère qu’il se cinéaste japonais, Ozu, j’ai également fait un débrouillera tout seul. Je dois également tirer peu de pratique avec de la vidéo, du 16 mm un certain nombre de leçons de la part des et puis j’ai sérieusement travaillé comme spectateurs, de ce que je reçois, de ce qu’ils acteur pendant quelques années, mais non ressentent, ce que j’ai fait juste ou faux, il y a pas pour en faire mon métier, mais je voulais tout ce retour d’expériences qui est important. savoir ce que c’était, voir de D’autres ne fonctionnent pas comme cela, l’intérieur, être dirigé par des mais aujourd’hui j’ai le temps. Bien entendu je metteurs en scène et c’est là peux mourir demain, comme tout en chacun, que j’ai rencontré Carlo, sur ce n’est pas pour autant que je vais aller vite. la scène culturelle genevoise Généralement ça me prend 3-4 ans pour faire de l’époque. Pour ce film, je un film, surtout dans les conditions avec lesvoulais un photographe d’un quelles on travaille ici. Je ne me plains pas du certain âge, qui avait de la tout, mais on n’a pas une industrie cinématobouteille et il me semblait graphique qui nous permet d’avoir un rythme qu’il pouvait interpréter à mer- plus soutenu. On recommence toujours un veille ce personnage taiseux peu à chaque film. Tous mes films sont des et bourru, ce photographe de prototypes, je ne vais pas faire « De l’autre côté guerre. D’autant plus que sa de la mer 2 » (rires). carrière théâtrale l’avait mené à jouer des rôles de guerre Un dernier aspect important du film que notamment dans les pièces vous souhaiteriez relever ? d’Edward Bond, dramaturge C’est vraiment un film fait pour le grand écran, anglais. Carlo avait déjà fait parce que c’est un film de nature avec une un travail dessus qu’il pouvait image qu’on a vraiment travaillée avec Aldo mettre au service de ce film. Mugnier, il y a également un gros travail sur le son et la musique et seule l’ampleur d’une Carlo Brandt a dit lors d’une précédente in- grande salle peut rendre justice à ce travail terview que nous avons besoin de la fiction visuel et sonore. Le cinéma ça nous permet pour traiter l’actualité, qu’en pensez-vous ? de se laisser aller dans ce voyage, c’est un road J’abonde tout à fait dans son sens : on est bom- movie qui va des montagnes à la mer, mais bardé de nuage incessants d’information, sous c’est aussi un voyage intérieur de deux persontoutes formes, image et sons, par exemple hier, nages. 400 migrants noyés, aujourd’hui 200 ! Ça se passe mal en Syrie, au Yémen, les proportions Propos recueillis qu’ont prises les migrations avec une Europe par Marytza Chevallaz qui se referme sur elle-même, on a l’impression que le monde est en feu ! Tout cela nous tombe dessus tous les jours, comme une cas-


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DVD/BLU-RAY LES SUFFRAGETTES

FRANKENSTEIN DE JAMES WHALE

DE SARAH GAVRON, AVEC CAREY MULLIGAN, HELENA BONHAM CARTER

AVEC COLIN CLIVE, MAE CLARKE

20TH CENTURY FOX

MONSTER COLLECTION UNIVERSAL

Notre avis

Notre avis

Pour écrire le scénario et avoir plus de détails sur la vraie histoire des « Suffragettes », Sarah Gavron et son équipe ont fait de nombreuses recherches. Ils ont notamment étudié les journaux intimes et les mémoires de ces femmes, les dossiers de la police et les textes universitaires. Le personnage de Maud, la jeune blanchisseuse, a été créé pour les besoins du film, car la réalisatrice voulait que le personnage principal soit quelqu'un d'attachant et proche du public. De nombreuses stars sont au casting de ce film instructif, la meilleure performance étant celle de Brendan Gleeson, l'acteur irlandais à la barbe rousse avec ses 27 ans de carrière et sa filmographie impressionnante (75 films). Cette fois il incarne parfaitement un inspecteur de police sans scrupules. Carey Mulligan revient sur le grand

écran après une absence de deux ans pour tenir le rôle principal de Maud. Elle est crédible mais ne crève pas l'écran. Quant à Meryl Streep qui joue Emmeline, elle ne fait que de brèves apparitions, à chaque fois tr¨s remarquées. Le scénario, tiré de fait historiques avérés est passionnant. Ce n'est pas la première fois que le thème du féminisme est abordé au cinéma, mais contrairement aux œuvres précédentes, cette création comporte des images d'archives et des décors reconstitués avec minutie. Le spectateur est transporté cent ans en arrière au cœur des émeutes qui ont changé l'histoire des femmes britanniques. Ce Bluray contient en bonus les coulisses du film, le combat des Suffragettes et la bande-annonce.

Alain Baruh

Figure emblématique du cinéma de monstre, victime d’innombrables remakes, pour le pire et pour le meilleur, la créature de Frankenstein représente à elle seule tout un pan du cinéma d’horreur. Mais reste-t-il encore une place, plus de 80 ans après sa sortie, pour le film qui popularisa la créature ? Là où le « Frankenstein » conserve toute sa puissance, c’est lorsque qu’il donne le champ libre à l’image. Puisant allégrement dans l’abstraction et la démesure géométrique de l’expressionisme allemand, le film réduit les noirs et blancs de ses décors en de multiples briques, dessinant du même coup les fêlures de l’esprit du Dr. Frankenstein. D’une sordide machinerie, d’un cortège de flambeaux ou de quelques fleurs jetées sur un lac, James Whale parvient à tirer un lyrisme glaçant, à michemin entre beauté et violence, qui vient noircir chaque séquence

jusqu’à la saturation. La narration du film tient donc uniquement comme support au monstre et à l’étrangeté de son univers. Des 70 minutes du film, on ne retiendra pas l’intrigue, connue et expédiée sans aucune longueur (et c’est regrettable vu le potentiel contemplatif du long-métrage), mais bien les roches acérées et agressives du décor, les déplacements fantomatiques de la créature et la blancheur du personnage féminin. De « Frankenstein », on ne retiendra plus uniquement les quelques répliques cultes (« It’s alive, alive ! ») ou le visage maquillé de Boris Karloff, mais bien la force esthétique des plans qui a, à n’en pas douter, influencé toute une génération de cinéastes de genre.

Vincent Annen

CREED : L'HÉRITAGE DE ROCKY BALBOA

DE RYAN COOGLER, AVEC SYLVESTER STALLONE, MICHAEL B. JORDAN WARNER HOME VIDÉO

Notre avis L’annonce d’un reboot de « Rocky », focalisé sur l’ascension du fils illégitime d’Apollo Creed (le meilleur ami et adversaire de Balboa), avait de quoi laisser véritablement songeur. Le longmétrage de 1976 écrit et interprété par Sylvester Stallone, naïvement assimilé à du divertissement commercial désuet par certains, reste encore aujourd’hui un chef d’œuvre intemporel et universel. Il semblait dès lors impossible d’envisager une relecture moderne réussie, d’autant plus que la saga de l’étalon italien a toujours reposé sur son personnage principal, véritable alter ego cinématographique de Stallone, qui semblait avoir définitivement tiré sa révérence en 2006 avec l’excellent « Rocky Balboa ». L’héritage de « Rocky », mais également celui d’un certain type de cinéma populaire quelque peu disparu, a été réclamé par le jeune réalisateur Ryan Coogler. Ayant parfaitement compris l’essence de la saga, le metteur en scène et scénariste californien parvient

à réunir tous les ingrédients majeurs qui ont fait le succès de « Rocky » : des personnages vrais et attachants, une histoire d’amour crédible et surtout une quête identitaire et un combat universel pour le droit d’exister illustré par la boxe. Mais « Creed » ne se limite pas uniquement au combat identitaire du jeune Adonis Johnson. En effet, le réalisateur de « Fruitvale Station » confronte le personnage légendaire de Rocky Balboa à un nouveau combat inédit. La mise en parallèle de ces deux combats accentue le lien de filiation naturel entre les deux protagonistes, qui se traduit à l’écran par un parfait mélange entre des moments intimistes bouleversants et des scènes d’entraînement et de combats diablement efficaces et immersives, notamment grâce à des plans séquences hallucinants. Les quelques facilités narratives et passages obligés maladroits du scénario sont effa-

AQUARIUS, SAISON 1 DE JOHN MC NAMARA, AVEC DAVID DUCHOVNY, GETHIN ANTHONY WILLY LUGEON

David Cagliesi

NOUS TROIS OU RIEN De Kheiron, AVEC KHEIRON, LEÏLA BEKHTI, GÉRARD DARMON PRAESENS

Notre avis

Un des faits divers les plus sanglants des Etats Unis dans les années soixante a inspiré cette nouvelle série US. Le phénomène hippie est en plein boum, les Black Panthers arrivent sur le devant de la scène et le marché de la drogue commence à s’étendre. C’est l’époque où vivre en communauté est très tendance et lorsqu’à la tête d’une communauté se trouve un gourou charismatique tel que Charles Manson, tout peut arriver. C’est ainsi qu’Emma, la fille d’un couple aisé dont le père avocat a, en son temps, défendu le fameux Charles Manson, atterrit dans cette communauté à l’âge de 16 ans et s’éprend éperdument du gourou. Grace, la mère d’Emma et ancienne petite amie de Sam Hodiak, inspecteur de police, va chercher son aide pour retrouver sa fille qui aurait été kidnappée. C’est ainsi que commence pour Hodiak la traque de

cés par la sincérité et l’amour que le réalisateur porte au projet. Mais la plus grande réussite du film reste indéniablement Rocky Balboa servi par des dialogues criant de justesse et surtout par l’exceptionnelle prestation de Sylvester Stallone, récompensée par le Golden Globes du Meilleur acteur secondaire. Comment ne pas être touché et ému par ce protagoniste simple mais jamais simpliste qui, au fil de chaque opus de sa saga, s’est naturellement imposé comme l’un des personnages les plus touchant et les plus beau du 7ème Art. Sorte de version parfaitement réussie de « Rocky 5 », « Creed » fait l’effet d’un uppercut touchant aux tripes et au cœur et relance avec succès l’une des plus belles franchises du cinéma.

Notre avis

Charles Manson. Un nouveau coéquipier, ex infiltré des stups, Brian Shafe, lui sera d’un précieux secours. David Duchovny campe le rôle d’un Hodiak, parfait dans son rôle de flic avec Grey Damon dans celui de son coéquipier, marié à une afroaméricaine, ce qui ne manquera pas de lui attirer des ennuis dans cette Amérique encore pas mal ségrégationniste à cette époque. La belle Emma Dumont joue le rôle d’Emma, auquel le look des années soixante convient parfaitement. On se croirait vraiment dans les années soixante, et les décors reproduisent fidèlement ce qu’on voyait à cette époque. Les attitudes machistes dans la police, la libération sexuelle en cours dans les communautés, l’intégration difficile des afro-américains, rien ne semble manquer.

Patricia Beauverd

L'histoire de la Perse moderne nous est narrée par Kheiron qui joue le rôle d'un étudiant ayant participé activement à la grande révolution de son pays. Malheureusement, tout ne s'est pas passé comme prévu. Images d'archives et photos à l'appui ce long-métrage nous raconte la vie quotidienne des Iraniens durant les soixante dernières années. On passe du rire aux larmes et on vit de l'intérieur les événements qui ont marqué l'histoire de ce pays. Très bien interprétée, cette production est accompagnée par de la musique traditionnelle. Les protagonistes du film, Français ou Iraniens pour la plupart sont très touchants et jouent remarquablement bien. « Nous trois ou rien » n'est pas seulement un film politique, c'est aussi une histoire d'amour, d'ami-

tié et de fraternité. Le réalisateur et comique Kheiron (qui a débuté au Jamel Comedy Club), voulait depuis longtemps raconter son histoire personnelle et familiale. Pour ce faire il a commencé à interviewer ses parents pour connaître de manière précise les raisons qui leur ont fait fuir leur pays pour rejoindre la France. Cette merveilleuse histoire dont la morale est « qu'il vaut mieux être ensemble en enfer que seul au paradis » est très bien mise en scène eta reçu le Prix spécial du Jury au 28e Festival International du Film de Tokyo, où elle a été présentée en octobre 2015. Ce film a aussi été nommé « César de la meilleure première œuvre ». Ce film est donc un « précieux » que tout cinéphile devrait avoir dans sa dvdthèque.

Alain Baruh


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DVD/BLU-RAY LA VILLE ABANDONNÉE

DHEEPAN

DE WILLIAM A. WELLMAN, AVEC GREGORY PECK, RICHARD WIDMARK

DE JACQUES AUDIARD, AVEC ANTONYTHASAN JESUTHASAN, KALIEASWARI SRINIVASAN

SIDONIS

IMPULS

Notre avis

Notre avis Pour sa première Palme d’Or au Festival de Cannes, Jacques Audiard a choisi de dépeindre le quotidien difficile de trois réfugiés tamouls essayant tant bien que mal de s’adapter et de s’intégrer à la société française. Le réalisateur introduit brillamment son personnage principal lors d’une scène cauchemardesque au Sri Lanka, dans laquelle celui-ci regarde des cadavres brûler. Une scène lourde de sens, le personnage de Dheepan abandonnant ici définitivement les armes pour aller tenter de refaire sa vie à l’autre bout du monde. En utilisant la jeune femme Yalini et la petite fille Illayaal pour faciliter son asile politique, il ne se doute pas que malgré une totale absence de liens de sang, une solidarité familiale va se nouer entre eux trois dans cette banlieue

française où ils vont débarquer. C’est dans ces moments-là que le film touche juste, où la sensibilité féminine des deux femmes apaise et équilibre la brutalité animale et instinctive de Dheepan. Il tentera durant tout le film d’enterrer son passif de guerrier avant un dernier tiers un peu raté qui le contraindra à reprendre les armes. Qu’importe ses défauts évidents (notamment les passages incluant le très caricatural gangster de banlieue), « Dheepan » est ce qui pouvait arriver de mieux à Jacques Audiard qui renoue ici avec une narration tout en finesse. Quant aux bonus DVD, ils sont instructifs, notamment les scènes coupées commentées par le cinéaste et l'un des scénaristes, Noé Debré.

Nathanaël Stoeri

L’éditeur Sidonis ressort, pour fêter son 10ème anniversaire, une série de westerns de légende en Bluray restauré. C’est l’occasion pour nous de se pencher sur « La Ville abandonnée » (1948), film plutôt méconnu en comparaison d’autres productions du genre. Et c’est bien dommage, étant donnée la qualité de ce long-métrage. Ce film est très certainement une référence absolue du western des années 40, tant son esthétique globale paraît moderne encore aujourd’hui. En plus d’une photographie soulignant superbement la beauté froide d’un lieu désert, « La Ville abandonnée » propose une tension omniprésente, en marge, soutenue par le désir de l’or de certains, l’attirance sexuelle envers la jeune fille, et l’honneur sauvage de Gregory Peck. Véritable huis-clos à ciel ouvert, le film réussit la prouesse d’oppresser ses personnages dans

un décor qui s’étend à perte de vue. Entre conscience morale, cupidité et sauvagerie primitives, les personnages se débattent, déploient leurs envies, se calment, se guettent autour d’un petit étang à quelques pas de la ville, étang qui leur fut salvateur à leur sortie du désert mais qui cristallise alors la discorde qui leur sera finalement fatale. Notons aussi la scène de duel finale, qui est probablement un des plus délicieux exemples de retenue et d’élégance qu’un cinéaste ait proposé dans ce périlleux exercice (le duel étant commun à bon nombre de westerns). Loin des normes de divertissement et de spectacle, « La Ville abandonnée » est un grand film, amer et sombre, qui, sous ses airs faussement classiques, étonne autant qu’il fascine.

Vincent Annen

LES HUIT SALOPARDS De Quentin Tarantino, Avec Samuel L. Jackson, Kurt Russell ASCOT ELITE

Notre avis Plus de trois ans après « Django Unchained », Quentin Tarantino nous offre un nouveau western pour son huitième et antépénultième long-métrage(le fantasque réalisateur du Tennessee l’a annoncé : il ne fera que dix films dans sa carrière). Chaque nouveau film du réalisateur américain est donc un événement, et autant dire que cette date fatidique approche puisque déboule maintenant son huitième projet en DVD et Blu-ray, « Les huit salopards », un western à huis-clos. Lors d’une violente tempête de neige, deux chasseurs de prime, une prisonnière et un étrange personnage font route commune. Lorsque la nuit tombe et que le temps se dégrade

THE WALK DE ROBERT ZEMECKIS

encore, ils sont contraints de stopper dans une halte de voyageurs. Ils y rencontrent quatre autres cow-boys, savourant un repos bien mérité. Huit personnes dans une maison esseulée, chacune son passé, ses motivations et ses raisons de se trouver ici. Mais chacun est surtout un « salopard » à sa façon : bandit, bourreau, chasseur de prime, ils ont tous une bonne raison de faire partie de cette définition. Comme tout bon huis-clos, la tension est à son maximum, dans cette « aire de repos » pour diligence. Bien que le film s’ouvre sur une partie introductive pianissimo, le suspense monte crescendo.

DU SILENCE ET DES OMBRES

AVEC JOSEPH GORDON-LEVITT

De Robert Mulligan, Avec Gregory Peck et Mary Badham

RAINBOW

UNIVERSAL DVD

Notre avis

Notre avis

La force du scénario réside dans les enjeux. Une autre réussite d u m é t ra g e e s t s o n ca s t i n g . Porté par Samuel L. Jackson, dans un de ses meilleurs rôles, le film ne s’arrête pas là. Kurt Russell, Walton Goggins ou encore Tim Roth sont tous plus excellents les uns que les autres. Certains y verront une absence de renouvellement du cinéma de Tarantino, un manque de remise en question qui le ferait se perdre dans ses tics. L’Américain se lance dans du connu et il en maîtrise toutes les ficelles.

Robin Jaunin

LE GENTILHOMME DE LA LOUISIANE DE RUDOLF MATÉ, AVEC TYRONE POWER ET PIPER LAURIE SIDONIS

Trois ans après l’inégal « Flight », Robert Zemeckis adapte sur le grand écran la biographie du funambule Philippe Petit. Cet artiste français reste encore célèbre aujourd’hui pour avoir joint les deux tours du World Trade Center sur un fil suspendu au-dessus du vide le 7 août 1974. À l’image de son personnage principal, interprété avec justesse par Joseph Gordon-Levitt (excepté son horrible accent français), le réalisateur de « Forrest Gump » construit son récit comme un spectacle de saltimbanque. Œuvre hybride et inégal, « The Walk » se démarque par sa seconde partie traitée comme un véritable film de braquage. Le cinéaste américain démontre toute sa maestria technique et livre un spectacle visuel virtuose. Tout comme le maître Alfred Hitchcock qui, en 1958 dans « Sueurs froides », avait réussi à retranscrire la sensation de vertige au cinéma, Bob Zemeckis parvient à recréer ce sentiment grâce à la maîtrise de la technologie 3D, qui fait de ce film la nouvelle référence en la matière.

Dans les années 30, dans le sud des Etats-Unis, la ségrégation bat son plein, et si les Noirs ne sont plus des esclaves, ils sont toujours considérés comme des êtres inférieurs. Atticus Finch, avocat, élève seul ses deux enfants : Scout, sa fille de 6 ans, et Jem, son fils d’une dizaine d’années. Il est appelé pour défendre un Noir, Tom Robinson, injustement accusé de viol. Cette histoire est racontée à travers les souvenirs des enfants devenus adultes. Nous avons ainsi l’occasion de nous plonger dans cette Amérique qui s’est tant battue pour les libertés individuelles, et dont les détails sur l’époque et les mentalités sont foison. Gregory Peck (dans le rôle d’Atticus Finch) a remporté trois Oscars pour ce film. Les autres acteurs principaux sont ses deux enfants, omniprésents tout au long du film. L’action se déroule essentiellement dans la rue où habite Atticus, ainsi que dans le tribunal, où se déroule le procès. On frôlerait même parfois le film d’épouvante, lorsque les enfants traversent la forêt pour rentrer chez eux !

David Cagliesi

Patricia Beauverd

Notre avis Mark Fallon, joueur invétéré, gagne sa vie à coups de poker, sur les bateaux du Mississipi. Un jour, avant d’embarquer, il fait la rencontre, sur les quais de celui qui deviendra son associé : Polli. Le premier soir, débordant de chance, il plume tout le monde à la table de jeux, après avoir accusé un gros bourgeois de jouer avec des cartes truquées, et fait changer le jeu de cartes. Bien entendu, le perdant paie ses hommes de main qui, du coup deviennent des tueurs à gages armés de couteaux. Mais Polli, qui a tout entendu, va l’aviser, et tous les deux sautent du bateau, après s’être battus à grand renfort de coups de poings passant à vingt centimètres de la tête de l’adversaire. S’ensuit une histoire d’amour qui ressemble plus à un jeu du chat et de la souris avec des obstacles tels qu’un jeune freluquet prétentieux, frère de la fille dont Mark est tombé amoureux…Tyrone Power campe à merveille le gentilhomme dandy, toujours sapé comme un Milord, et plus que bien éduqué.

Jacky Beauverd

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LA SELECTION

LIVRE/BLU-RAY LE PROPHÈTE De Roger Allers PRAESENS

NOTE

LIFE D’Anton Corbijn, Avec Robert Pattinson, Dane DeHaan

Sur l’île fictionnelle d’Orphalese, Almitra, une petite fille de huit ans, muette et agitée suite à la mort de son père, sème la pagaille au village. Lors d’une de ses fugues elle rencontre Mustafa, poète et artiste, mais surtout prisonnier politique assigné à résidence. Ce dernier, avec qui elle se lie d’amitié contre toute attente, est finalement libéré après 8 ans de captivité et des gardes sont chargés de l’escorter au bateau qui le ramènera vers sa terre natale. Almitra les suivra discrètement dans ce trajet durant lequel Mustafa philosophera au fil de ses rencontres sur les thèmes centraux de la vie, tels que l’amour, la mort, la haine, le travail. Mais lors de ce périple la petite fille se rendra compte que les intentions des gardes ne sont pas aussi nobles que prévues et tentera de sauver son ami. Tiré de l’œuvre de Khalil Gibran, aussi surprenant qu’éblouissant, ce dessin animé touche avec légèreté et justesse des thèmes puissants. Une œuvre profonde, artistique et philosophique comme on en voit rarement, qui touchera un large public.

ASCOT ELITE

L'avis du blogeur Anton Corbijn s'est d'abord fait remarquer par la qualité de son travail de photographe, notamment dans le domaine du rock (U2, Metallica, et Depeche Mode). Puis la réalisation de clips vidéo et de documentaires a tout naturellement conduit le Hollandais au format grand écran avec trois long métrages : le bio-pic « Control » (2007) consacré à Ian Curtis, « The American » (2010) et plus récemment, « A Most Wanted Man » (2014) dans lequel figurait une des dernières prestations du très regretté Philip Seymour Hoffman. Avec « Life », Corbijn revient sur le fameux épisode de la séance photos de James Dean pour le magazine éponyme, moment crucial qui transforma le jeune premier inconnu en icône d'une génération, cela six mois avant son tragique décès dans un accident de voiture.

Aldo Bearzatto

ENTRE SPIRITUALITÉ ET LAÏCITÉ, LA TENTATION ICONOCLASTE DU CINÉMA Par Marion Poirson-Dechonne HARMATTAN

NOTE

Le photographe de presse Dennis Stock y est interprété par l'excellent Robert Pattinson (définitivement émancipé des casseroles du début de carrière, oui je parle de « Twilight »), et nous avons le moins connu Dane DeHaan (et son faux air de Di Caprio jeune) dans le rôle de Dean. En arrière-plan le décor de la période des années 50 est reconstitué avec force passion et minutie dans tous ses détails. La prospérité économique de l'Amérique de l'après-guerre et tout un foisonnement artistique dans les domaines du jazz, la naissance du rock and roll, le cinéma de l’époque y

Un conseil : précipitez-vous en fin de volume pour lire la filmographie – on se permettra de regretter au passage que les titres ne renvoient pas à des numéros de pages – et comparez avec le contenu de votre dvdthèque. Vous aurez alors le choix. Soit vous avez vu quelques-uns des films cités et ils vous ont plu, soit vous n’en possédez aucun et dans ce cas il sera nécessaire d’aller en louer ou en emprunter. Regardez un ou deux des films cités, lisez et laissez-vous porter par les mots. Le contenu, le sens de ce que vous aurez lu entrera facilement en vous pour devenir une évidence lorsque des images, des souvenirs de ces films vous reviendront en tête… Comme personnellement j’aime assez ce mot je vais me permettre d’en donner la définition trouvée dans mon dictionnaire : ICONOCLASTE n.m. et adj. 1557 d’une racine greco-byzantine qui signifie « briser ». 1° Hist. Partisan des empereurs byzantins qui s’opposèrent à l’adoration et au culte des images saintes. 2° Celui qui proscrit ou détruit les images saintes et par extension les œuvres d’art. Vous pouvez maintenant revenir à la filmographie et vous souvenir de ce que vous avez vu… .

Jacky Beauverd

R EC EVEZ

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D’un point de vue technique, rien à redire en termes de qualité des images. Cependant, tant le DVD que le Blu-ray manquent cruellement de bonus. Même si le film se suffit largement à lui-même, on aurait apprécié un documentaire sur James Dean, ou des entretiens avec le réalisateur et ses acteurs.

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Au chapitre du jeu d'acteur, Pattinson transcrit bien le stress du photographe cherchant son scoop, pris entre les feux de son employeur et ses obligations familiales, contrastant définitivement avec l'attitude nonchalante, anticonformiste et rebelle du jeune Jimmy. Le film nous transporte de New York et ses brumes, à l'Indiana et la ferme familiale des Quakers, le photographe Dennis Stock va chercher à découvrir quel est le vrai visage du jeune prodige.

Plus d’infos sur www.blog.fnac.ch

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sont bien montrés également. Le parti-priscompréhensible de Corbijn étant de recréer chacune de ces prises de vue devenues légendaires depuis et d'en détailler la genèse. Dans le fil de l'action, le reporter de presse sera totalement absorbé dans sa tentative de capter la personnalité emblématique de l'idole de la jeunesse adolescente qu'incarne James Dean. Dean, un individu réticent à jouer le jeu de l'industrie hollywoodienne (en contrepoint du magnifique Ben Kingsley dans le rôle du ponte des studios portant son nom, Jack Warner).

«La Rage au ventre » «Mission Impossible 5 – Rouge Nation » «Terminator Genesys » «Chimères » «The Profs 2 »

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RUBRIQUE SPÉCIALE

THE JINX / MAKING A MURDERER

De Andrew Jarecki / Laura Ricciardi & Moira Demos Avec Robert Durst, Steven Avery HBO / Netflix 2015

En 2015, deux séries documentaires true crime ont battu tous les records d’audience et ont soulevé l’opinion public américain, allant jusqu’à influencer la réalité elle-même

L

e manque de reconnaissance du documentaire n’a jamais été une tare, mais plutôt un moteur à sa progression. La série TV est aujourd’hui un nouveau témoin de ce constat, puisque malgré la quasiomniprésence de la fiction, des séries documentaires de plus en plus passionnantes et exigeantes voient le jour (« Dark Net », « The Circus », « Drugs, Inc. »). Mais il aura fallu attendre 2015 pour que deux séries, du genre très apprécié du true crime, concurrencent la fiction en termes d’audience : « The Jinx » avec ses 3 millions de moyenne et surtout « Making A Murderer » avec 19 millions de spectateurs, soit plus que le final de la saison 5 de « Game of Thrones ». PORTRAITS-ROBOTS Diffusés courant février-mars 2015 sur HBO, les six épisodes de « The Jinx » essaient de faire la lumière sur le personnage de Robert Durst, riche héritier ayant des liens plus ou moins évidents avec les meurtres de trois de ses proches. La série s’articule essentiellement autour de reconstitutions d’évènements, de témoignages de personnes impliquées, mais surtout d’une longue entrevue avec l’intéressé, demandée d’ailleurs par Durst lui-même après la vision de « All Good Things », fiction réalisée par le même réalisateur et relatant la disparition mystérieuse de la première femme de Durst. « The Jinx » ne prend pourtant pas le parti de son sujet, mais le présente clairement comme coupable. « Making A Murderer » est lui diffusé d’un seul bloc de dix épisodes le 18 décembre 2015 sur Netflix. Cette sérieci révèle la complexité et l’absurdité du cas de Stev e n A v e r y , u n i n n o ce n t accusé et emprisonné à deux reprises pour une totalité de 27 années, un chiffre grandissant, car Avery est aujourd’hui toujours incarcéré. Ici, les réalisatrices ont voulues être au plus près de la réalité, suivant l’affaire sur une période de neuf ans, et documentant en direct plusieurs événements clef. Elles se placent ainsi du côté de Steven Avery, allant dans le sens de son innocence. LE RICHE COUPABLE ET LE PAUVRE INNOCENT « Les pauvres perdent toujours ». Cette phrase pleine de vérité, énoncée par Steven Avery

lui-même, met en lumière un des aspects primordiaux de ces deux séries : l’approche sociale. En effet, Robert Durst, héritier d’une des familles les plus influentes de New-York, semble à chaque fois s’en sortir grâce à sa fortune et à ses relations : caution de 250’000 $ payée en un jour, services des meilleurs avocats du Texas qui le feront acquitter alors qu’il a été prouvé que Durst a démembré sa victime avant de la jeter à la mer ; plusieurs vies de fugitif et des fausses identités financées grâce à ses ressources monétaires ; etc. Ainsi, malgré une multitude de coïncidences et même parfois des preuves accablantes, le riche Durst n’a jamais été jugé coupable. De son côté, Steven Avery gère une casse automobile au fin fond du Wisconsin. Son QI est de 70 et il était déjà père de quatre enfants à 23 ans. Pour lui, la présomption d’innocence n’est donc pas la même. D’abord condamné à 32 ans de prison, Avery sera innocenté au bout de 18, en 2003, grâce à des preuves irréfutables, dont certaines étaient déjà en possession de la police en 1995… Puis, quand il attaque l’État du Wisconsin pour erreur judiciaire et que l’enquête révèle de plus en plus de preuves, une jeune photographe est retrouvée morte, découpée et brûlée sur son terrain. Le procès qui s’ensuivra mettra fin à l’enquête sur la première erreur judiciaire et jugera Avery coupable du meurtre, malgré des preuves criantes de son innocence et impliquant le rôle de la police. Il est alors condamné à la prison à vie, où il est encore aujourd’hui, à 53 ans. D’un point de vue psychologique, il est aussi intéressant de noter que Durst montre tous les symptômes du borderline, changeant sa version des faits selon la situation et agissant de manière contradictoire et parfois extravagante, alors qu’Avery a toujours clamé son innocence, tout en faisant preuve d’un pragmatisme exemplaire, sûrement pour ne pas

tomber dans le piège de la colère. Si on suit ces deux exemples flagrants, on voit ainsi de manière claire l’iniquité du système judiciaire américain. Les riches ont plus de chances d’être innocentés que les pauvres, malgré la présence de preuves irréfutables dans les deux cas et d’un comportement nonéquivoque des accusés. QUAND LA RÉALITÉ RATTRAPE LE DOCUMENTAIRE Ce qui fait également l’originalité de ces deux séries, et qui leur donne tout leur impact, est leur rapport à la réalité et surtout leur influence sur cette dernière. Un jour avant la diffusion de l’épisode final de « The Jinx », Robert Durst est arrêté pour homicide volontaire pour un des cas traités dans la série. Des éléments révélés dans les derniers épisodes auraient apportés à la police et au FBI des nouvelles preuves tangibles contre Durst. L’accusé sera bientôt extradé en Californie, où le meurtre a eu lieu, et son procès devrait débuter à la fin de l’été 2016. Steven Avery, quant à lui, se bat depuis plusieurs années pour faire valoir son droit à un nouveau procès, mais en vain… La Cour Suprême du Wisconsin ayant même refusé de considérer son cas. Mais depuis la diffusion de la série, tout a changé. Avery a déposé un nouvel appel, citant cette fois-ci la violation de ses droits judiciaires, et dans le même temps, la célèbre avocate Kathleen Zellner, ayant déjà fait libérer 17 victimes d’erreurs judiciaires, a annoncé défendre Avery, assistée de Tricia Bushnell, directrice du Midwest Innocence Project. Un nouveau procès plus équitable semblerait donc être à l’horizon pour Steven Avery. « The Jinx » et « Making A Murderer » ont donc chacun à leur manière réinventé le documentaire true crime en utilisant intelligemment les outils du médium sériel et surtout en devenant des reportages engagés et actifs vis-à-vis de leur sujet, allant jusqu’à influencer la réalité elle-même.

Florian Poupelin


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MUSIQUE DE FILM 10 CLOVERFIELD LANE De Bear McCreary SPARKS AND SHADOWS

Notre avis

BATMANV SUPERMAN :DAWNOF JUSTICE De Hans Zimmer & Junkie XL WATER TOWER

Le classique du mois

Bear McCreary ne doit sûrement pas vous évoquer grand-chose. Il a pourtant déjà été chroniqué dans ces lignes pour sa musique de la série TV « Outlander », qui se mariait merveilleusement à son style riche en cornemuses et autres sonorités écossaises. Le compositeur avait auparavant fait ses armes sur le reboot de la série TV « Battlestar Galactica », en accouchant d’un score d’une densité ahurissante qui n’avait rien à envier aux films de SF les plus ambitieux. Il revient ici à la SF, traitée sous un angle intimiste de thriller anxiogène. Bear McCreary réussit une nouvelle fois à faire mouche à tous les niveaux, composant un score gargantuesque pour une si petite production, avec des morceaux d’une durée de 6 à 8 minutes ! On aurait pu craindre qu’il s’égare, mais ce n’est jamais le cas, car il sait réutiliser le thème principal à bon escient, tout en maniant la tension sonore avec brio (« At the Door »). Encore une fois, Bear McCreary prouve qu’il mériterait de faire partie de la cour des plus grands, et qu’il n’a, en l’état, rien à leur envier. Nathanaël Stoeri

SUPERMAN

Notre avis Il l’a annoncé depuis la sortie du film, « Batman V Superman » sera la dernière musique de film de super-héros écrite par Hans Zimmer. Une excellente nouvelle donc, puisqu’on peut espérer que le compositeur retourne vers des travaux un peu plus intimistes, comme ont pu l’être ses sublimes « La Ligne rouge » et « Interstellar ». Pourtant, certaines mélodies ressortent clairement durant le film de Zack Snyder, comme le très beau nouveau thème de Batman que l’on entend à partir d’une minute dans « Beatiful Lies ». On aurait pu craindre de la redite de la part de Zimmer, ce n’est heureusement pas le cas ici. Ce qui est plus embarrassant, c’est l’apport de Junkie XL à ce score, celui-ci réutilisant des parties entières de sa musique pour « Mad Max : Fury Road ». Concentrons nous donc sur l’autre gros morceau de cette B.O., à savoir le thème de Wonder Woman que l’on entend dans « Is She With You ? ». Tambours et guitare électrique fusionnent pour donner naissance à un thème d’une puissance communicatrice, qui augure du meilleur pour le futur film mettant en scène l’amazone. Nathanaël Stoeri

De John Williams

WARNER BROS RECORDS

Notre avis Avec une discographie déjà impressionnante et bien remplie (« Star Wars », « Les Dents de la mer », « La tour infernale »), John Williams remplace au pied levé Jerry Goldsmith qui, en 1978, préfère s'atteler à la musique d'« Alien » et de « Star Trek » plutôt qu'à celle du super-héros kryptonien. Ayant pris du retard, la musique de « Superman » est alors enregistrée par le célèbre London Symphonic Orchestra, avec qui Williams a déjà quelques habitudes et qu'il conduit lui-même. Et comme toujours avec lui, le résultat est d'une efficacité bluffante et d'une puissance évocatrice extraordinaire. On pourrait même dire, avec le recul, qu'il s'agit là de sa composition la plus subtile et en même temps la plus révélatrice de son style tout en cuivres, en vents et en cordes. Tous les éléments williamsiens y sont en effet cristallisés et forment déjà la clé des multiples réussites futures, qui ne réussiront pourtant presque jamais à couvrir un spectre d'émotions aussi large que dans ce « Superman », même si elles arriveront plusieurs fois à en dépasser la puissance. Florian Poupelin

HIGH-RISE De Clint Mansell SILVA SCREEN

Notre avis Spécialiste des ambiances oppressantes (« Requiem for a Dream », « The Hole », « Stoker »), Clint Mansell se sent dans « High-Rise » comme chez lui. Cette histoire de société moderne concentrée dans un gratte-ciel trouve ici son illustration musicale parfaite, au rythme des cordes stridentes habituelles du style mansellien. Seulement ici, le compositeur ne s'arrête pas là et laisse la facilité de côté, car dans « High-Rise », l'angoisse est d'un nouveau genre, plus en sourdine. On voit alors apparaître une flûte fébrile et lancinante pour le mystère, des tambours saccadés et un orgue enveloppant pour la panique, un xylophone infantile et un luth majestueux pour l'angoisse. On sent ainsi une nouvelle maturité dans l'œuvre de Mansell et une nouvelle influence venant de la musique de film plus traditionnelle. S'écartant plus que jamais de son style reconnaissable, il s'aventure alors sans mal vers d'autres territoires plus classiques et variés, qui s'enchaînent parfaitement, malgré leur disparité certaine. Avec « High-Rise », Mansell se sublime lui-même. Florian Poupelin

DIVERGENTE 3 : AUDELÀ DU MUR De Joseph Trapanese UNIVERSAL MUSIC

Notre avis La saga « Divergente » a su séduire de nombreuses personnes avec son ambiance de SF pour ados, le tout sublimé grâce à une excellente musique. De nombreux artistes pop étaient présents sur les B.O. des deux premiers opus de l’adaptation des romans de Veronica Roth. Avec la présence d’Ellie Goulding, Woodkid, Kendrick Lamar ou encore Imagine Dragons, ils avaient réussi à proposer des musiques variées qui ont plu au plus grand nombre. Néanmoins avec le troisième opus, le constat est totalement différent. En effet, l’homme en charge de la partition sonore, Joseph Trapanese, a pris un virage à 180 degrés et propose cette fois-ci des compositions personnelles, à l’exception d’un single passable de la suédoise Tove Lo. Finies les voix calibrées radio, place à des morceaux instrumentaux sombres et inquiétants. La déception est donc de mise puisque le petit plaisir d’identifier des chanteurs bien connus aura disparu au profit d’une succession de sons plus banaux les uns que les autres pour un blockbuster américain. N’est pas Hans Zimmer qui veut. Pierre Gavillet Gonzalez

MIDNIGHT SPECIAL De David Wingo Notre avis Après les distorsions de guitares aux sonorités folks de « Mud », David Wingo renoue avec la froideur clinique de son travail sur « Take Shelter ». Plutôt rare, le compositeur signe donc ici sa troisième collaboration avec Jeff Nichols. Toujours aussi doué pour créer une atmosphère nimbée de mystère en à peine quelques notes, Wingo ne parvient toutefois pas au niveau d’excellence qu’il avait atteint sur « Take Shelter ». Là où le score de ce dernier s’avérait troublant de cohérence, parcouru de son entier par une inquiétante paranoïa, la qualité des 19 titres qui composent la B.O. de « Midnight Special » est nettement moins homogène. Il faut dire que le premier titre, « Midnight Special Theme » et sa mélodie au piano, aussi modeste qu’entêtante, place la barre très haute tout en conférant au métrage une entité musicale forte. Entre les plages atmosphériques anecdotiques, nous retenons quand même les presque carpenteresques « Truck Stop » et « Abduction », les plus aériens « The Clearing » et « I Think They’re Like Me » et surtout la magnifique explosion finale de « New World ». Nathanaël Stoeri


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NANAR, MON AMOUR! « 3 DEV ADAM »

EN COULISSES

RETROUVER CAPTAIN AMERICA, SANTO ET SPIDERMAN À L'AFFICHE D'UN FILM TURC, FORCÉMENT ÇA FAIT SALIVER LE NANARDEUR. POURTANT CE N'EST PAS TELLEMENT SURPRENANT. QUICONQUE A DÉJÀ CÔTOYÉ LE CINÉMA POPULAIRE TURC DES ANNÉES 70 ET 80 SAIT LE PEU DE CAS QUE CETTE INDUSTRIE FAISAIT DE LA PROPRIÉTÉ INTELLECTUELLE, EN PARTICULIER DES FILMS AMÉRICAINS À SUCCÈS. « TURKISH STAR WARS », « TURKISH STAR TREK », « TURKISH E.T. »... LES TITRES MÊMES SOUS LESQUELS CES FILMS SONT PASSÉS À LA POSTÉRITÉ SONT ÉLOQUENTS

mité sur lequel on aurait dessiné une araignée au feutre, tandis que celui de Captain America a l'air de venir tout droit du rayon jouets de la Foir'Fouille de Porrentruy, mais sans son bouclier qui était en supplément.

SPIDERMAN LE SADIQUE ! Ce qui est plus étonnant, c'est quand l'un de ces films se retrouve complètement à côté de la plaque quant à la façon dont il recycle tel ou tel personnage de la pop culture internationale. Si le but est de surfer sur la popularité des super-héros américains, la logique pour satisfaire son public voudrait qu’on présente une version un tant soit peu cohérente avec son modèle. Ainsi même dans d'obscures productions turques ou indiennes, Superman est habillé en bleu et rouge et vole dans le ciel. Tout ça pour dire qu'on se demande encore ce qui a bien pu passer par la tête des auteurs de « 3 Dev Adam » pour faire de Spiderman... un serial killer sadique !

CROSS-OVER IMPROBABLE La présence du mexicain Santo entre deux super-héros américains peut surprendre, mais s’explique en fait simplement par la grande popularité du personnage en Turquie dans les années 60 (il y a même paraît-il une statue de Santo devant un cinéma d’Istanbul). Seule entorse majeure au personnage original : son ersatz ottoman quitte régulièrement son masque !

Le scénario du film est vite expédié : Santo et Captain America (qui « parle très bien le turc ») sont en Turquie sur les traces de Spiderman, célèbre gangster international à la tête d'un trafic d’objets d’art et de fausse monnaie. La lutte contre la contrefaçon est à l'évidence une priorité en Turquie... C'est pourtant là le moindre des crimes de l'homme-araignée, qui au cours du film assassine des femmes de façon sans cesse plus cruelle : l'une est étranglée dans sa baignoire avec le tuyau de la douche, une autre a la tête déchiquetée par l'hélice d'un bateau, une troisième est empalée sur un tisonnier. La personnalité psychopathique du Spiderman turc s'exprime aussi vis-à-vis des hommes : il élimine notamment un mafioso rival avec, non pas un banal lance-toiles à la Peter Parker, mais un COUTEAU A CRAN D’ARRET, et punit un de ses pauvres sbires incompétents en lui faisant dévorer les yeux par des rats (en fait deux pauvres hamsters !!!). Pour les costumes, celui de Spiderman, vert et rouge, semble clairement avoir été bricolé à partir d'un jogging

Santo est plus réussi, mais il faut dire qu'il n'a besoin que d'un masque, d'une cape et d'un legging. Cette austérité vestimentaire jouera d'ailleurs des tours au roi des luchadores : infiltré chez les méchants, il trouve des papiers importants traînant sur un bureau et n'a d'autre choix pour les emmener avec lui que... de les fourrer dans son slip !

Dans ses deux premiers tiers, le film alterne des phases d'enquête de nos deux héros, de bonnes bagarres à intervalles réguliers et, de temps en temps, Spiderman qui commet un nouveau crime révoltant. C'est dans la dernière partie que commence une espèce de running gag dément : Captain America et Santo arrivent enfin à coincer Spiderman et à le forcer à les affronter d'homme à homme. Seulement voilà : à chaque fois qu'ils croient l'avoir latté une bonne fois pour toutes, un autre Spiderman surgit en criant très fort « HA HA HA ! » et ils doivent lui courir après pour le tabasser. Ça dure comme ça jusqu'à la fin, avec pas moins de 9 Spidermen que Santo et Captain America devront déboiter avant de tomber sur le vrai. Ou en tous cas, sur le dernier. On sent bien que ce manège finit par les rendre un peu soupe au lait, vu comment chacun des derniers Spiderman sera respectivement broyé dans un étau industriel, écrasé par un monte-charge et décapité par un train. Ils l'avaient bien cherché, ces p’tits enfoirés !

Julien Gautier Retrouvez l'intégralité de cette critique – et des centaines d'autres – sur nanarland.com, le site des mauvais films sympathiques

DAILY MOVIES 70 – MAI 2016 Daily Media sàrl/Daily Movies, Rue Gutenberg 5, 1201 Genève, +41 (22) 796 23 61, info@daily-movies.ch, www.daily-movies.ch Impression : PCL Presses Centrales SA. Création graphique et mise en page : Julien Dejeu, juliendejeu.ch Directeurs de Publication : David Margraf et Carlos Mühlig. Rédacteur en chef : Yamine Guettari Rédacteur en chef adjoint : Carlos Mühlig. Responsable Musiques de Films : Nathanaël Stoeri. Responsable Il faut l’avoir lu/vu : Florian Poupelin. Responsable festivals : Yamine Guettari Abonnement/Distribution : abo@daily-movies.ch / distro@daily-media.ch. Corrections : Yamine Guettari, Lucie Emch, David Margraf, Carlos Mühlig. Internet : Thomas Gerber et Loïc Valceschini Remerciements : à tous les annonceurs, collaborateurs, partenaires, abonnés et toutes les personnes grâce à qui Daily Movies existe !

Paraît 9 fois par an.

ACCESS POINT DISPONIBLE DANS LES FNAC, LES CINÉMAS INDÉPENDANTS, LES CINÉMAS PATHÉ, MEDIAMARKT, ETC. TOUS LES LIEUX SUR WWW.DAILY-MOVIES.CH/DISTRO

PROCHAINES SORTIES

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06 AVRIL 2016  Los Amantes de Caracas  Baal  Everybody Wants Some !!  Virgin Mountain 11 MAI 2016  The Angry Birds Movie (3D)  Café Society  Ma loute 18 MAI 2016  Julieta 25 MAI 2016  Elle  Guibord s’en va-t-en guerre  Mother’s Day  Warcraft (3D)  Welcome To Iceland

Daily Movies 70 - Mai 2016  

Toute l'actualité du cinéma en Suisse dans le numéro de Mai 2016 de Daily Movies www.daily-movies.ch

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