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#93 - novembre 2018

MAUVAISES HERBES U ne synergie qui

LOLA ET SES FRÈRES La thématique du dysfonctionnement

de la famille au travers l'histoire d'une fraterie

BOHEMAIN RHAPSODY It will rock you!

plait

SEULE LA VIE

Poétique, dramatique, émotionnel, romantique et bien plus encore

FILMAR EN AMERICA LATINA 20 ans d'histoire


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Au sommaire

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En salles:

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En salles :

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Mauvaises herbes

Les chatouilles

Festival : Palestine filmer c'est exister

Edito

par carlos@daily-movies.ch

Ça y est, le froid et le mauvais temps sont là et ce n'est pas pour déplaire aux salles de cinéma qui vont voir leur taux de fréquentation augmenter, pour le bien du cinéma, bien entendu ! L'arrivée des décorations et autres offres publicitaires pour les fêtes de fin d'année sont aussi de retour et bizarrement elles ont un peu de retard par rapport aux autres années. Remise en question d'une pratique souvent trop commerciale? Ou nouvelle stratégie qui s'adapte aux nouvelles températures? De notre côté, rien de tout cela, notre travail fait son chemin et comme seul média d'information sur le cinéma en Suisse, nous essayons de couvrir un maximum d'événements dans le but de toujours vous tenir au courant de toutes les informations concernant le monde du cinéma en Suisse mais aussi à l'international. Et comme disais tonton Parker : « UN GRAND POUVOIR IMPLIQUE DE GRANDES RESPONSABILITÉS. » et être le seul média en Suisse romande 100% cinéma, nous met une grande pression mais grâce à notre équipe de passionnés de cinéma, la tâche devient un peu plus facile chaque mois. Petit clin d'œil à tous nos anciens et récents collaborateurs sans qui Daily Movies ne

En coulisses Impression : Directeur de Publication : Directeur de Publication adjoint : Rédacteur en chef : Abonnement : Distribution : Corrections : Marketing et vente :

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Sortie dvd et Blu Ray : Otages à Entebbe

Il faut l'avoir vu Tirez sur le pianiste

serait pas ce qu'il est devenu aujourd'hui dans la presse d'information suisse. Un grand merci à tous ! Mais revenons à nos moutons, noirs et blancs qu'ils soient, le mois de novembre s'annonce riche en événements autour du cinéma suisse mais aussi autour du cinéma international, le genre de cinéma que nous avons très peu la chance de découvrir sur le réseau habituel de distribution cinématographique helvétique, comme par exemple avec le festival "CinéMasala", un festival de films pour découvrir le sous-continent indien autrement et le festival "FILMAR en América Latina" qui fête cette année ses 20 ans et qui nous fera encore découvrir de belles perles du continent sud-américain. Sans oublier les sorties en salles avec les films les plus attendus du mois de novembre et également avec quelques conseils sur les films sorti sur les plateformes Bluray/DVD ou VOD. Retrouvez toute l'actualité sur le site et les réseaux sociaux de Daily Movies et retrouvez votre magazine mensuel préféré par abonnement directement sous votre paillasson ou dans vos cinémas ou festivals préférés!

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Mercredi 28/11

Mercredi 21/11

Mercredi 14/11

Mercredi 07/11

Au cinema

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Bad Times at The El Royale Chacun pour tous Crazy Rich Asians Un homme pressé Kursk Libre Seule la vie… Mario Styx

Pomme et Volcan Blaze Les Chatouilles Les Animaux Fantastiques : Les Crimes de Grindelwald The Girl in the Spider's Web Le Livre d'image

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Amanda Les Bonnes Intentions Les Filles du Soleil The Heart of Man Lazzaro Felice Looking For Sunshine Overlord

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Genesis 2.0 The Grinch Jura terre promise Lola et ses frères Mauvaises herbes Casse-Noisette et les quatre royaumes Robin Hood Les Veuves

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En salles

DE AVEC

DIST. SORTIE

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KHEIRON KHEIRON CATHERINE DENEUVE ANDRÉ DUSSOLLIER FRENETIC FILMS 28.11.18

Critique par Laurent Billeter


Mauvaises herbes Si la réalisation " Nous trois ou rien " de Kheiron sortit en 2014 a plu à un large public, il est certain que " Mauvaises herbes " aura également son joli succès, car en plus d'être touchant, drôle et intelligent, il traite de sujets toujours actuels. Monique et Waël forment un duo improbable. D'une part, à cause de leur différence d'âge, et d'autre part, grâce à leurs petites arnaques communes. Pourtant, un jour, tout changea pour eux suite à leur rencontre avec Victor. Par son biais, Waël se retrouve responsable d'un groupe de 6 adolescents expulsés de leur cadre scolaire pour différentes raisons. Quant à Monique au sein de ce projet, elle s'improvise secrétaire de direction. Au travers de leurs investissements respectifs, des liens et volontés plus saines grandiront. Pour son second long-métrage, Kheiron a non seulement voulu reprendre les éléments importants de sa précédente mise en scène, mais il décida également d'incarner à nouveau un des rôles principaux. Certaines personnes maugréeront peut-être contre cette idée, pourtant elle est tout autant efficace qu'avec " Nous trois ou rien ". Par contre avec "Mauvaises herbes", il choisit de s'entourer d'un casting encore plus impressionnant en compagnie, entre autres, de Catherine Deneuve ("Tout nous sépare") et d'André Dussollier ("Adopte un veuf"). L'actrice offre d'ailleurs une performance de pur bonheur lors d'une séquence inattendue. Au niveau des jeunes comédiens, la majorité d'entre eux n'a pas une grande expérience des tournages. Une volonté de l'équipe technique afin de garder l'authenticité de la fiction. Mais "Mauvaises herbes" est davantage qu'une belle distribution. Car son intrigue emmène les spectateurs-trices dans une double temporalité inhabituelle pour les films du genre français. Employant à juste titre le passé et le présent en des lieux bien distincts, à savoir le Maroc et un collège parisien, ceux-ci demeurent capitaux par rapport à l'histoire et au

vécu des différents protagonistes. En effet, si la plupart des adolescente-s sont né-e-s dans des banlieues parisiennes délabrées, ils ont toutes et tous des situations difficiles à vivre et auxquelles "Waël" sera confronté. Depuis que Kheiron s'est dirigé vers la réalisation, ses différentes sources d'inspiration cinématographiques s'en ressentent clairement. Ainsi, avec "Mauvaises herbes", le public connaisseur remarquera que ses influences découlent souvent des films dit "feel good movies" (histoires, durant lesquelles les gens se sentent bien et en ressortent des salles obscures avec la même sensation) à l'exemple de l'excellent "Slumdog Millionaire" et l'inoubliable fiction canadienne "Starbuck". Bien que "Mauvaises herbes" ne soit pas un documentaire sur le jardinage, le sens du titre a un rapport presque direct avec la végétation. S'il peut se deviner quelque peu en lisant le résumé ou en découvrant sa bandeannonce, aller voir le film permettra d'en être davantage imprégné et touché. De plus, sa mise en scène s'adresse à un large public laissant ainsi, la possibilité aux adolescents de s'identifier assez facilement par rapport aux vécus filmés même s'ils restent fictifs. Enfin, ce long-métrage exprime de nombreux messages positifs et sociaux. Le respect de son prochain bien sûr, mais également qu'une écoute humaine attentive, permet d'ouvrir et d'intégrer une personne avec ses aspirations. Et ce, peu importe ses origines et expériences de vie. "Mauvaises herbes" dégage une synergie qui plaira à un large public et il est à espérer que d'autres œuvres cinématographiques du genre se feront dans les années à venir.

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En salles

Un homme pressé Le réalisateur Hervé Mimran, s'est inspiré du roman biographique de Christian Streiff pour sa nouvelle comédie dramatique. Le célèbre patron français, interprété par Frabrice Luchini, retrouve un nouveau sens à sa vie après un terrible AVC... Nombreux sont les films européens ou américains qui traitent du sujet de la convalescence suite à une grave maladie ou un problème cardiaque. Le sujet n'est pas nouveau, mais le dernier longmétrage du réalisateur français, Hervé Mimran, arrive à nous surprendre, car il ne se gêne pas de critiquer le système et la société. C'est Fabrice Luchini qui a la lourde tâche d'incarner le célèbre "Patron" Christian Streiff, dénommé Alain Wapler dans le film. L'homme d'affaires touché par un AVC en 2009 était à la tête des plus grands groupes français (SaintGobain, Airbus, "PSA" Peugeot Citroën) avant son accident cérébral.

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HERVÉ MIMRAN LEÏLA BEKHTI FABRICE LUCHINI JMH 07/11

critique par Alain Baruh

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Trois années durant, le businessman né à Sarrebourg en Moselle (et non à Besançon comme mentionné dans le film) s'est battu au quotidien pour retrouver la mémoire et la parole. Mais cela n'a pas été son seul combat. Démis de ses fonctions à cause de son handicap, le PDG s'est remis en question et a découvert un autre monde. Ce travail intérieur lui a permis de se remettre dans la vie active et de se trouver de nouveaux buts non lucratifs. Le long-métrage, basé sur la perte d'une partie de soi, raconte un retour vers des passions simples qui avaient été progressivement oubliées dans une course "d'homme pressé". La réflexion du capitaine de l'industrie est la partie la plus intéressante du film. Sa rééducation est, quant à elle, beaucoup trop caricaturale.

De nombreux gags sont basés sur les problèmes de prononciation du convalescent. Parfois drôles, ces petites fantaisies décrédibilisent aussi le personnage principal. Le réalisateur français, Hervé Mimran a du potentiel. Le cinéaste a débuté sa carrière en 1992 comme assistant opérateur pour le courtmétrage "Dansons sur le ring". Il a réalisé, par la suite, quelques émissions télévisées dénommées "Les Minutes Blondes". C'est en 2006, qu'il a fait la connaissance de Géraldine Nakache sur le tournage de "Comme t'y est belle !". Quatre ans plus tard, il écrit et réalise en sa compagnie "Tout ce qui brille", un film où deux jeunes femmes, attirées par la vie mondaine de Paris, essayent de se faire une place dans un monde qu'elles ne connaissent pas. Mimran remporte de nombreux prix avec ce film. Leila Bekhti déjà présente au casting s'est vue décerner à cette occasion, le César du "Meilleur espoir féminin". Nous la retrouvons, cette fois-ci, dans le rôle d'une sympathique orthophoniste. Fabrice Luchini a un style particulier. Certains adorent son allocution et son côté poétique, d'autres sont moins friands de son langage et de ses grimaces. Cette réalisation émouvante et divertissante le met bien en valeur, elle saura aussi satisfaire tous les cinéphiles, car elle contient des dialogues simples et quelques bons jeux de mots.


Kursk Le dernier long-métrage de Thomas Vinterberg narre les souffrances de l'équipage du Kursk, un sousmarin soviétique bloqué au fond de la mer de Barents. Critique envers l'armée russe et ses dirigeants, ce film est plus politique qu'historique... Lors d'un entraînement en haute mer, l'équipage est victime d'une série d'avaries graves qui endommage la proue du bâtiment et provoque des explosions. Il y a de nombreux morts, les commandes et les instruments ne fonctionnent plus. Quelques survivants se retrouvent coincés à la poupe du sous-marin, prisonniers au fond de la mer de Barents. Ils n'ont aucune chance de s'en sortir… Cette catastrophe de grande ampleur s'est produite le 12 août 2000. Elle a fait la une des journaux de l'époque. Cette histoire incroyable a aussi été reprise dans le roman de Robert Moore: "A time to Die" (Sauvez le Kursk, en français). Le film s'inspire de ce roman paru en 2007 et des événements ayant eu lieu. Très critique envers l'autorité russe, le cinéaste reproche au gouvernement soviétique et à l'armée d'avoir tardé à secourir ses hommes par incompétence et par fierté nationale. Mis en service fin décembre 1994, d'une longueur de 154 mètres et haut de quatre ponts, "Le Kursk" avait un déplacement de 13'500 tonnes. C'était un sous-marin à propulsion nucléaire, équipé de deux réacteurs à eau pressurisée. Le bâtiment disposait d'une double coque séparée en neuf compartiments, dont le dernier était un "refuge". Ses deux réacteurs nucléaires lui assuraient une vitesse de pointe de 32 nœuds en plongée et pouvait évoluer jusqu'à 300 mètres de profondeur. Ce monstrueux sous-marin a sombré avec 118 membres d'équipage. Il s'agit d'une des plus grosses catastrophes maritimes soviétiques de tous les temps. C'est le réalisateur danois, Thomas Vinterberg qui a dirigé cette production européenne. Associé au studio de cinéma EuropaCorp fondés par Luc

Besson, il nous offre un film captivant et rempli d'effets spéciaux. Le cinéaste est peu connu. Il a tourné quelque long-métrages qui n'ont pas eu de succès dans les pays francophones, mis à part "Festen" sorti en 1997, "Submarino" en compétition à la Berlinale 2010 et "La chasse" présenté au Festival de Cannes en 2012. Le tournage a commencé à la base navale de Toulon en avril 2017. D'autres scènes ont été filmées au port de commerce et sur la rade de Brest. C'est le sous-marin français "Le Redoutable" qui a servi de modèle au Koursk à Cherbourg. Quant aux prises de vue terrestres, c'est en Roumanie et en Belgique qu'elles ont été réalisées. Pour représenter "Le Seaway Eagle", le navire de secours qui est intervenu lors de cette catastrophe, l'équipe a utilisé "l'Atlantic Tonjer" un bateau qui navigue actuellement sous le pavillon panaméen. Au casting, nous trouvons Matthias Schoenaerts et Léa Seydoux dans les rôles principaux. Le couple est crédible et leur prestation est bonne. La grande surprise vient de Colin Firth qui interprète David Russell, un haut gradé anglais témoin du drame. L'acteur britannique est connu pour ses rôles dans de nombreux films à succès, tels que : "Le discours d'un roi", "Kingsman", "Mama Mia" et deux aventures de "Bridget Jones". Il nous montre à nouveau dans cette création, toute l'étendue de son talent. Malgré ses airs de film, catastrophe, cette réalisation n'est pas seulement une histoire de survie, c'est aussi une critique de la politique soviétique en général. On nous montre dans ce long-métrage un état ruiné et une armée composée de nostalgiques de l'ex-URSS. Ces vieux dirigeants sont prêts à tout pour éviter à la Russie une humiliation aux yeux du monde.

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THOMAS VINTERBERG LÉA SEYDOUX COLIN FIRTH PRAESENS FILM 07/11

critique pa Alain Baruh

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En salles

Lola et ses frères Jean-Paul Rouve s'est associé à l'écrivain David Foenkinos pour réaliser son dernier long-métrage. Le thème principal du film est la famille. Lola, Pierre et Benoît devraient se soutenir, mais par égoïsme et gêne ne le font pas... La nouvelle réalisation de Jean-Paul Rouve a été coécrite par l'écrivain à succès David Foenkinos, auteur des romans "La délicatesse" et "Charlotte". Originaire de Dunkerque, Jean-Paul Rouve a commencé sa carrière avec la troupe comique des "Robins des Bois". Après avoir tenu un petit rôle dans la série télévisée "Julie Lescaut", il se produit dans "Karnaval" un film d'auteur réalisé par Thomas Vincent. On le retrouve, par la suite, dans "Tanguy" d'Étienne Chatiliez et "Monsieur Batignole", un film qui lui a permis d'obtenir le César du meilleur espoir masculin en 2003.

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JEAN-PAUL ROUVE LUDIVINE SAGNIER JOSÉ GARCIA PATHÉ FILMS 28/11

critique par Alain Baruh

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L'acteur a du talent et le film "Un petit jeu sans conséquence" lui permet de tenir son premier grand rôle. On le retrouve quelque temps plus tard dans "Podium", "Je préfère qu'on reste amis", "Bunker Paradise" et "Nos jours heureux" une comédie sortie en 2006. En 2011, lorsqu'il entame la trilogie des "Tuche", le succès est total. L'acteur devient une star. La réalisation de films l'a toujours intéressé et en 2008, son premier long-métrage : "Sans arme, ni

haine ni violence" voit le jour. La nouvelle création du jeune réalisateur français après "Quand je serais petit" (2012) et "Les Souvenirs" (2014) est intéressante à plusieurs égards. Lola et ses frères a un double intérêt pour Jean-Paul Rouve. En plus d'être le metteur en scène et l'un des scénaristes du film, il s'est octroyé l'un rôles principaux. Au casting, nous trouvons Ludivine Sagnier qui interprète Lola, José Garcia, parfait dans le rôle du grincheux ainsi que Ramzy Bedia, en pleine forme dans le rôle de Zoher. Jean-Paul Rouve joue quant à lui, un personnage timide et maladroit. Les seconds rôles sont aussi intéressants, car eux comprennent ce que les héros ne voient pas. Présenté cette année à la cérémonie d'ouverture du festival d’Angoulême, le film a été bien accueilli par le public. Dans la lignée de son précédent métrage, le cinéaste creuse à travers l'histoire d'une fratrie, la thématique du dysfonctionnement de la famille. Un cinéma typique de son auteur, fait de bons sentiments et de sincérité.


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DREW GODDARD CHRIS HEMSWORTH JEFF BRIDGES WARNER BROS 07/11

critique par CBB

Sale Temps à l’Hôtel El Royale

L’Hôtel El Royale a comme particularité d’être construit à califourchon entre la Californie et le Nevada. Cette spécificité lui incombe d’observer certaines lois selon le côté de l’établissement. Grand lieu de rencontre, de jeux et de débauche des nantis, célébrités et autres politiciens, son autorisation de jeu lui a été retirée il y a une année. Depuis les clients se font plus que rares et le personnel est réduit à un seul employé : Miles jeune homme rongé par la culpabilité chrétienne. Dans ce climat, quatre clients mal à l’aise vont se côtoyer le temps d’une nuit qui se révélera pleins de surprises et d’inquiétantes situations. Combien survivront à cette folie ? Dans un genre décalé et dérangeant, c’est avec bonheur que nous glissons dans un scénario au rythme merveilleusement bien réglé. Le plaisir aussi de retrouver Jeff Bridges dans un rôle qui rappelle le Duke de l’excellent "The Big Lebowski", la manipulation et le cynisme en plus. Cette

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WOLFGANG FISCHER SUSANNE WOLFF GEDION WEKESA TRIGON FILM 07/11

histoire, aurait pu se passer à n’importe quelle époque des temps modernes, mais le fait d’avoir choisi les années 1970 est brillant, car la douceur de la musique de Motown, les rythmes envoûtants des hippies en quête d’amour et d’égalité, le disco, les lignes gracieuses des voitures et le côté pin-up de la mode se mélangeant avec le tout nouveau mouvement Flower Power salissent avec fantaisie le rêve américain. Une fois n’est pas si coutumes que cela, tous les acteurs se fondent parfaitement dans leur personnages. À tel point, que l’on pourrait croire qu’ils confessent leurs propres agissements. Comme une thérapie du cri violente, cette fiction bouleverse nos sens et torture nos esprits avec délice. La longueur de la bobine ne se fait absolument pas sentir. On en redemande tellement que l’on reste incrédule devant le générique de fin affichant les mots The End. Un chef-d’œuvre incontestablement depuis longtemps attendu.

Styx De l'eau à perte de vue, un solide bateau à l'eau et une rencontre qui changera à jamais "Rieke". Une approche scénaristique intelligente et audacieuse, mais perdant de son originalité et devenant lassante au moment où le sujet de base aurait été le plus important.

critique par Laurent Billeter

Tourné entre Cologne, Gibraltar et Malte, le 2ème longmétrage de l'Autrichien Wolfgang Fischer traire d'un sujet brûlant. Mais pourtant très peu mis en avant de manière générale par les médias. Ces dernières années, la presse suisse et internationale mentionne fréquemment l'exode de réfugiés et migrants en Europe. Que ce soit lors de leur arrivée aux frontières, durant une catastrophe maritime ou autres évènements du genre. Par le biais de "Styx", le metteur en scène, aborde cette thématique d'une façon adroite et originale jusqu'à un certain point. Si les cinquante premières minutes sont intéressantes, mystérieuses et concordent par rapport au fil rouge de la trame, la seconde moitié du film regorge malheureusement de clichés et d'incohérences. Bien que le casting ne soit pas doté de nombreux-euses acteurs-trices par rapport à l'histoire, la performance de Susanne Wolff ("Les Trois Mousquetaires" 2011) se remarque, car elle endosse un rôle, un métier et une

passion inhabituels et revenant souvent aux hommes. Son jeune partenaire à l'écran, Gedion Oduor Wekesa, prouve son intérêt pour le cinéma avec sa toute première interprétation. Mais son jeu de comédien demeure inadapté parce qu'il semble avoir mal été dirigé lors du tournage. "Styx" a beau traité d'un sujet délicat, il est possible que les spectateurs-trices soient agacés des quelques clichés prépondérants au sein de la réalisation. Il aurait été certainement plus intéressant, par exemple, de choisir des rôles uniquement féminins afin de rendre la trame davantage novatrice et pertinente. Quoiqu'il en soit, le long-métrage marquera les esprits du public curieux d'aller le découvrir et il laissera sans nul doute, des interrogations à la fin de la séance. Car la réaction de "Rieke" face au problème, lui est propre et chacun-e (ré) agira à sa façon, légale ou illégale… www.daily-movies.ch

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En salles

Les Chatouilles À neuf ans, Odette ne vit que pour la danse. Ses parents ont une brasserie qu’ils tiennent à bout de bras avec courage et détermination et n’ont pas beaucoup de temps à consacrer à leur fille qui semble si indépendante et si calme. Dans ce décor, un excellent ami de la famille Gilbert trouve la faille de la confiance et s’insinue dans l’intimité de la jeune fille afin d’assouvir ses besoins pervers et pédophiles. Avec une grande pudeur, une poésie violente et authentique, les réalisateurs et les acteurs ont su faire vibrer la dimension de la vérité du quotidien des victimes d’abus sexuels et de viols. L’image de soi anéantie sans en avoir l’air, ce corps qui ne leur appartient plus, la construction relationnelle écorchée et la compréhension des sentiments balayée forme des adultes détruits en mal d’amour pur. Ce film est une bouffée d’air frais malgré tout, un cri vers la libération du traumatisme, un soulagement pour ceux et celles qui n’ont pas trouvé encore le courage de parler ou qui sont morts sans pouvoir le faire. Les situations courantes, les échanges

verbaux qui semblent simples, mais qui sont en réalité emplis de terreur, de soumission sociale et de culpabilité. Le scénario démontre avec justesse que les victimes, pour la plupart, ne parlent que tardivement et à très peu de gens, car le déni familial et social est encore plus douloureux à supporter que les agressions elles-mêmes. Du point de vue cinématographique, la réalisation est époustouflante, à la hauteur de l’intensité du sujet et brillamment orchestrée. Ce film doit se situer dans les meilleurs films français de l’année ! Il est largement plus légitime que les comédies navrantes du moment comme "Alad’2" ou "Les Tuche 3". Le visage et la réputation du cinéma de l’hexagone serait nettement plus intéressant avec ce genre de production comme figure de proue. Heureusement, rien n’est perdu, pour autant que le public ouvre les yeux sur la qualité de son fleuron plutôt que sur ses bouses.

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ANDRÉA BESCOND ERIC MÉTAYER ANDRÉA BESCOND KARIN VIARD PRAESENS 14/11

critique par CBB

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En salles

Bohemain Rhapsody Il arrive souvent qu'un film ne se concrétise jamais, prenne du retard à cause de la météo, d'emploi du temps surchargés, de changements de casting, etc. Ainsi et à son rythme, "Bohemian Rhapsody" a fini par sortir en salle… Tout en sachant que l'attente en valait la peine. Un groupe local Anglais dans les années 70, 2 gars jouant fréquemment dans des bars, un chanteur préférant vaquer ailleurs et un autre le remplaçant l'instant d'après… En quelques mots, voici la naissance de "Queen". Bien sûr, l'histoire développe davantage les faits du groupe et montre aussi l'emblématique Freddie Mercury avec ses faiblesses et ses forces. Certains lieux décisifs et propres au groupe, ont également été filmés afin de mieux retracer leur parcours et folies… Pour les fans, il est possible que ledit biopic n'en soit pas totalement un à cause entre autres, de dates modifiées, de protagonistes un peu trop lisses ou encore d'éléments délaissés au niveau du scénario. Mais, pour la plupart des amateurs et connaisseurs, qu'importe, car "Bohemian Rhapsody" permet de mieux comprendre comment est né ce groupe et les raisons de leur si longue et incroyable longévité. De plus et au travers d'une telle œuvre cinématographique, il reste toujours très difficile de respecter au plus proche la réalité tout en relayant le passé et en gardant les moindres détails. Une ligne de conduite est obligatoire, ceci également dans l'intention de cibler un large public. DE AVEC DIST. SORTIE

BRYAN SINGER RAMI MALEK LUCY BOYNTON 20TH CENTURY FOX 31/10

critique par Laurent Billeter

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Quoiqu'il en soit et tout en évitant d'être une comédie musicale, "Bohemian Rhapsody" donne envie de chanter, de taper des mains, de danser et de vivre pour toujours. Il satisfera un large public et tout comme "Queen", ce long-métrage demeurera intemporel et donnera la possibilité aux futures générations, de les découvrir par un autre biais que leur musique.


SALON DES SÉRIES ET DU DOUBLAGE 2018 par Laurent Billeter

Cette année est particulière pour les organisateurs dudit Salon, puisqu'en plus de leurs 15 ans, les premiers invités vocaux sont en lien avec des films homériques. Puis, d'autres débats suivront à l'exemple, d'une partie de l'équipe vocale française des "Simpson". Le 17 novembre prochain, en toute discrétion, mais ayant depuis plusieurs années déjà sa réputation dans cet univers, aura lieu la 15ème édition du "Salon des Séries et du Doublage" à la Maison des Mines et des Ponts et chaussées à Paris vers les Jardins du Luxembourg. Cette année, et comme toujours pour cette manifestation ainsi que sa sœur "Le Printemps des Séries et du Doublage", de formidables intervenant-e-s sont convié-e-s afin de mieux faire connaître leur travail auprès du public, qu'il soit novice ou connaisseur. Ainsi, Patrick Poivet (voix très récurrente de Bruce Willis ("Sin City : j'ai tué pour elle")), Michel Vigné (voix très récurrente de Michael Wincott ("Ghost in the Shell")), Philippe Valmont (voix très récurrente de Christian Bale ("Hostiles")) et David Krüger (voix très récurrente de Chris Pratt ("Les Gardiens de la Galaxie 2") seront présents pour l'un des plus fameux débats du jour avec, à leurs côtés, le fidèle présentateur Paul Condé. Bien d'autres personnalités dans le domaine du doublage seront invitées sur place lors de cette riche journée. Différents thèmes et débats tout autant intéressants et captivants auront également lieu. À l'exemple des "Copains en séries" et du "Baron Noir". Un samedi durant lequel il est impossible de s'ennuyer, car une telle journée laisse la possibilité de rencontrer, d'avoir des autographes et d'échanger quelques mots avec de sympathiques et talentueux-euses comédiens-iennes ayant bercé notre enfance. Et ils continueront sans nul doute à le faire pour les générations et années à venir.

17 NOVEMBRE 2018 FRANCE - PARIS

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En salles

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Seule la vie Poétique, dramatique, émotionnel, romantique et bien plus encore… Tels sont les quelques exemples de sentiments qu'il est possible d'éprouver pendant et après "Seule la vie…". Une œuvre au sein de laquelle le public s'identifie aisément. Abby et Will représentent le couple idéal, car leur formation universitaire, emploi et désirs communs, leur permettent de vivre dans un épanouissement complet. Mariés depuis peu de temps, les 2 tourtereaux veulent à présent un enfant. Concrétisant leur nouvelle envie, ils s'apprêtent à devenir parent lorsque plusieurs évènements malencontreux surviennent. Leur vie en sera à jamais bouleversée, mais également celle des personnes les ayant directement, ou indirectement, rencontrés. Ce sera donc le cas pour Dylan, Irwin, M. Saccione ou encore Javier. Des Etats-Unis en Espagne, l'effet papillon montré dans cette histoire, prouve que le moindre incident peut avoir de terribles, néanmoins très belles, conséquences. Dan Folgeman… Un metteur en scène triomphant de plus en plus sur le petit, comme le grand écran. Avec un début de parcours hors du commun, il travailla d'abord chez "Disney" sur "Cars 1 & 2", puis enchaîna avec d'autres réalisations dont l'excellente et actuelle série "This Is Us". Pour son nouveau film au cinéma, il aborde des sujets autant sensibles que sa série. Cette fois-ci et contrairement à "This Is Us", il s'entoure d'un casting notoire avec notamment Oscar Isaac ("Bienvenue à Susurbicon"), Olivia Wilde ("Her") ou encore Anette Bening ("The Search"). Si leurs rôles respectifs ont une grande importance par rapport à la trame, les meilleures interprétations proviennent des segments espagnols à l'exemple de Sergio Peris-Mencheta ("Resident Evil : Afterlife") et de Laia Costa (la version espagnole de la série "Les Bracelets rouges"). Ces 2 comédiens ont exprimé une splendide palette d'émotions propre à ce que tout être humain sur cette terre pourrait éprouver. Et grâce à eux, l'intensité du récit davantage de sens. Bien qu'il serait trop en

DAN FOGELMAN OSCAR ISAAC OLIVIA WILDE ASCOT ELITE 07/11

critique par Laurent Billeter

dévoiler en développant son personnage, la présence de Samuel Lee Jackson ("Les Indestructibles 2") amène également une dimension très humaine. L'acteur étant habitué aux grosses productions américaines depuis une bonne quinzaine d'années, l'entendre et le voir participer à une œuvre aussi intimiste fait toujours plaisir. L'originalité de "Seule la vie…" n'est pas seulement de faire voyager les spectateurs-trices émotionnellement et géographiquement, mais également de comprendre le fil rouge au travers des chapitres. Du passé au présent, d'une grande ville à un lieu reculé, d'une nouvelle à une ancienne génération, les situations et drames quotidiens sont retracés par des personnages ordinaires. À tel point que le public se sentira d'emblée concerné et touché par le scénario. "Seule la vie…" est le genre de fiction où la réalité reste très proche et où les tranches de vies jouées pourraient arriver à tout un chacun. Sans prétention, sans promotion particulière, mais avec une superbe distribution et composition musicale (entre autres pour les titres de Bob Dylan), cette réalisation ne laissera personne indifférent et il sera difficile de ne pas ressentir une forte empathie envers les protagonistes. En conclusion, la mise en scène de "Seule la vie…" s'adresse à un large public. Évidemment, les personnes appréciant "This is us" percevront des similitudes. Mais cela ne gênera en rien la trame, d'autant plus que l'œuvre cinématographique cible également des spectateurs/trices amoureux/seuses de l'Espagne (ou originaires de ce pays). Il permet aussi de passer un moment sans trop réfléchir et de se sentir bien à la fin du récit.

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festival

LES MERCREDIS DUet CINÉMA ! Hitchcock ses héritiers par Claude Talaber

LES 7, 14, 21 ET 28 NOVEMBRE GENÈVE - PLAN-LES-OUATES WWW.PLAN-LES-OUATES.CH

Rendez-vous incontournable des cinéphiles genevois, "Les Mercredis du cinéma" à Plan-les-Ouates fête cette année ses 10 ans !

Proposé par le service culturel de Plan-les-Ouates et Filmexplorer, l'événement, en entrée libre, diffusera cette année 4 long-métrages suisse en présence de leur réalisateur. Rendez-vous, à La julienne, Maison des arts et de la culture à 20h00, les 7, 14, 21 et 28 novembre 2018 pour partager un moment conviviale et cinématographique entre passionnés. Voici la programmation 2018 : Mercredi 07 novembre, 20h: Vox Humana (Der Klang der Stimme) Invité : Bernard Weber (réalisateur). Journées de Soleure 2018 : Prix du Public. Ce documentaire suit quatre professionnels des cordes vocales une cantatrice lyrique, un scientifique, une thérapeute et un jazzman - qui, chacun à leur manière, recherchent la magie de la voix. 19h00 : Verrée au Café julienne pour fêter la 10e édition des Mercredis du cinéma. Mercredi 14 novembre, 20h : Wallay Invité : Berni Goldblat (réalisateur). Prix du Jeune Public EFA 2018. Première fiction de son auteur helvético-burkinabé, après trois documentaires, ce film raconte l’histoire d’Ady, un préadolescent turbulent qui n’écoute plus son père qui l’élève seul. Pour le remettre sur le droit chemin et le reconnecter à ses racines, ce dernier l’envoie dans sa famille au Burkina Faso. Persuadé de partir en vacances, Ady ne l’entend pas de cette oreille...

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Mercredi 21 novembre, 20h : Sarah joue un loup-garou Invitées : Katharina Wyss (réalisatrice) et Loane Balthasar (actrice). Nomination au prix du Cinéma Suisse 2018 dans la catégorie meilleure actrice pour Loane Balthasar. En collaboration avec Les Créatives (www.lescreatives.ch) Sarah est une adolescente angoissée, une écorchée vive que les répétitions au sein d’un groupe de théâtre transportent dans des états souvent extrêmes. À la maison, un père intellectuel et glacial, une mère effacée, une trop jeune sœur et un grand frère absent complètent le tableau : une véritable bombe à retardement. Un film d’une tension psychologique électrisante, où de terribles secrets se devinent plus qu’ils ne sont révélés. Mercredi 28 novembre, 20h : Avant la fin de l’été Invités : Maryam Goormaghtigh (réalisatrice) et Abel Davoine (Sister Distribution). Nomination au prix du Cinéma Suisse 2018 dans la catégorie meilleur film documentaire. Après 5 ans d’études à Paris, Arash ne s’est pas fait à la vie française et décide de rentrer en Iran. Espérant le faire changer d’avis, ses amis l'entraînent vers le sud de la France pour une dernière virée commune. Au programme : nuits dans des campings, bières aux fêtes de village et air marin. Un jour, ils font la connaissance des musiciennes Charlotte et Michèle. Arash rentrera-t-il vraiment en Iran ? Une ode originale à l’amitié, qui repousse les frontières de la fiction.


CINÉMASALA 2018 - L'INDE D'AMOUR & DE MORT

festival

par Claude Talaber

DU 14 AU 17 NOVEMBRE 2018 LAUSANNE

WWW.CINEMASALA.CH

Fondé en 2013 par des chercheurs et chercheuses de l’Université de Lausanne travaillant sur l’histoire, les religions et les langues de l’Asie du sud (Inde, Népal, Sri Lanka, Pakistan, etc.), le festival de films CinéMasala se tiendra cette année du 14 au 17 novembre 2018. Pour volonté d'ouvrir leur domaine de recherche à un large public, faire connaître l'Inde et son cinéma au plus grand nombre et d'établir un dialogue entre la Cité et les chercheurs universitaires, CinéMasala s'intéressera cette année avec son thème "L'Inde d'amour & de mort" aux mariages et aux funérailles, deux rites majeurs cristallisant tous les enjeux socioéconomiques des familles indiennes. C'est à travers une sélection vigoureuse de long-métrages indiens, entre fictions et documentaires, que les festivaliers découvriront l'Inde autrement. Outre les projections des différents films, diverses activités culturelles se dérouleront sur le campus de l'Université de Lausanne, à Pôle Sud et à la salle des Fêtes du Casino de Montbenon (Lausanne). Une discussion entre le public et les réalisateurs ou des spécialistes du domaine suivra les projections.

Le programme : Mercredi 14 novembre, 20h00 Pôle Sud, Jean-Jacques Mercier 3 (ouverture des portes à 19h30) Thithi, film de Raam Reddy, Inde, 2015, 120', vostfr, âge suggéré 14 ans. Projection suivie d'une discussion avec Dr Philippe Bornet (UNIL) Jeudi 15 novembre, 18h00 Campus Unil, Foyer de la Grange de Dorigny (ouverture des portes à 17h30) Mukti Bhawan. Hotel Salvation, film de Shubhashish Bhutiani, Inde, 2016, 103', vostfr, âge suggéré 14 ans. Projection suivie d'une discussion avec Dr Marc Tiefenauer (UNIL) Vendredi 16 novembre, 20h00 Pôle Sud, Jean-Jacques Mercier 3 (ouverture des portes à 19h30) A Suitable Girl, documentaire de Sarita Khurana et Smriti Mundhra, USA-Inde,

2017, 90', vostfr, âge suggéré 14 ans. Projection suivie d'une discussion avec la réalisatrice Sarita Khurana Samedi 17 novembre Casino de Montbenon, Allée Ernest Ansermet 3, Esplanade de Montbenon 16h15: Cours de danse Bollywood pour enfants dès 7 ans, par Annjali Shah. Gratuit, mais sur inscription à info@cinemasala.ch. 17h30: Mughal's Dream, spectacle de danse Kathak et Bollywood par Annjali Shah et Marina Gerosa, durée 45 min. 18h30: Repas indien préparé par le restaurant Nandanam (payant) 20h00: Dum laga ke haisha, film de Sharat Katariya, Inde, 2015, 110', vostfr, âge suggéré 14 ans. Pendant la durée du festival, découvrez l'exposition de photos de Claudio Belligotti dans les locaux de Pôle Sud.

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festival

LE MOIS DU FILM DOCUMENTAIRE, 19e ÉDITION Hitchcock et ses héritiers par Claude Talaber

DU 01 AU 30 NOVEMBRE 2018 SUISSE-FRANCE

WWW.MOISDUDOC.COM

A la recherche dIngmar Bergman

La 19ème édition du "Le mois du film documentaire" bat actuellement son plein et réunit comme chaque année près de 2300 lieux culturels, sociaux et éducatifs qui diffusent durant ce mois de novembre, plus de 1'600 films documentaires pour un total de 3'000 séances et événements. Organisée par l'association Images et bibliothèques, cette manifestation prend vie en France et dans le monde entier, aussi en Suisse dans le canton du Jura dans le cadre de l'événement "Ciné-sciences", et permet de découvrir une diversité d’œuvres à travers des programmes originaux et éclectiques ! Elle est une invitation faite à toutes les structures culturelles, éducatives et sociales, désireuses de promouvoir le cinéma documentaire auprès d’un large public reposant sur un principe de liberté de participation et de programmation. Plus de 500 cinéastes sillonnent actuellement les routes de France pour accompagner leurs films. Dévoilé le 15 octobre dernier, le programme de cette édition 2018 est riche en thèmes puisque 102 thématiques sont proposées aux festivaliers.

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En vrac : "14-18, la Grande guerre vue par le cinéma documentaire", "50 ans après, quel regard sur Mai 68", "Adolescence", "Fake news et autres vérités", "Habiter l'architecture", "Filmer le sport", "Internet + écrans = danger ?", "l’illettrisme", "le design", "Quelle école aujourd'hui ?", "Sphères publiques / sphères privées", "Terre & Monde rural 2018 : Migration", "Une société à comprendre et réinventer d'hier à demain", etc. Des films comme "Emile Aillaud, un rêve et des hommes", "Être et avoir", "Route One/USA", "Les Mains" ou encore "Vivre riche" réveilleront sans aucun doute les consciences et permettront de donner une image du monde actuel, avec ses problématiques, mais aussi avec ses solutions.

Et plus de 500 cinéastes sillonnent les routes de France pour accompagner leurs films et s'entretenir avec le public et la presse. Les festivaliers peuvent donc débattre sur de nombreux sujets de société directement avec les réalisateurs ou des professionnels du thème abordé. Jeunes publics 2018 Car ils sont l'avenir de toutes sociétés, les jeunes ne seront pas en reste cette année encore. Avec plus de 300 séances de projection qui leur sont destinées, des ateliers, des séances scolaires, des débats et des rencontres, Le mois du film documentaire met tout en œuvre pour permettre aux jeunes curieux de découvrir un autre cinéma.


7e ÉDITION DES RENCONTRES CINÉMATOGRAPHIQUES : PALESTINE FILMER C'EST EXISTER (PFC'E)

festival

par Claude Talaber

DU 29.11 AU 19.12 2018 GENÈVE & LAUSANNE WWW.PALESTINE-FCE.CH

Memory Of The Land

Des Rencontres cinématographiques : Palestine Filmer C'est Exister donne, depuis sa création, la parole aux cinéastes palestinien.nes en proposant à son public de découvrir à travers des longs-métrages et des courts-métrages une Palestine qui a beaucoup à dire. La Nakba et ses conséquences comme fil rouge ! On ne peut pas parler de la Palestine sans évoquer le conflit israélo-palestinien qui fait couler beaucoup d'encre et de sang, mais aussi les autres conflits israélo-arabe qui ont eu lieu depuis 1948 et la création de l’État d’Israël. Cette 7ème édition du festival sera donc évidemment politique et mettra en avant, avec le thème "La Nakba et ses conséquences", l'exode massif des Palestinien en 1948 et les conséquences jusqu'à ce jour. C'est cette "catastrophe" qui constituera cette année le fil rouge du festival. 27 films à découvrir à Genève et Lausanne. Cette année, 27 films seront à découvrir lors des projections programmées au Spoutnik à Genève et à Oblò à Lausanne, certaines en présence de cinéastes palestinien.nes et en Première suisse. Cela sera notamment le cas du film "The truth : Lost at sea", "From

beneath the earth", "Madame El", "Inner Mapping", "Al Obour" ou encore "Visitation" qui sera diffusé en Première européenne.

et les promesses non-tenues que subit le peuple Palestinien depuis maintenant 70 ans !

Ces cinéastes palaestien.nes, aujourd'hui encore, livrent une bataille mémorielle qui montre les répercussions de la Nakba, tant au sein de la population locale que dans la diaspora palestinienne à travers le monde.

En attendant le 1er novembre, vous pouvez soutenir PFC'E en devenant membre de l'association ou/et en faisant un don directement sur le CCP.

Broken en film d'ouverture ! Et si le programme ne sera dévoilé que le 1er novembre (trop tard pour vous en parler ici), on peut déjà vous annoncer que le film "Broken" sera projeté en première suisse lors de la soirée d’ouverture, jeudi 29 novembre à Genève, en présence du réalisateur Mohamed Altatar et du producteur Stefan Ziegler. Le film, un voyage palestinien à travers le droit international, sera suivi d’un débat. Comme chaque année, le festival donnera l'occasion au public, à travers de nombreux débats et des rencontres, de se confronter aux cinéastes et mieux comprendre les souffrances, les injustices

Et pour suivre l'actualité du festival : www.palestine-fce.ch Facebook : PalestineFilmerCestExister Twitter : @FestivalPFCE

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FESTIVAL FILMAR

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EN AMÉRICA LATINA par Claude Talaber

DU 16.11 AU 2.12 2018 GENÈVE

WWW.FILMARAMLAT.CH

La culture cinématographique latino-américaine en Suisse s'apprête à faire sa grand-messe à Genève du 16 novembre au 2 décembre 2018 avec la 20e édition du Festival FILMAR en América Latina ! Piloté par le Comité de l’Association Cinéma des Trois Mondes, avec le soutien des autorités genevoises, le Festival FILMAR s'intéresse aux films d'auteurs et indépendants latino-américains avec une programmation une fois encore riche et variée. Et pour fêter dignement son 20e anniversaire, le festival, cette année, a développé un programme dédié à l'histoire du festival et du cinéma latino-américain de ces 20 dernières années ! FILMAR, 20 ans d'histoire ! Ainsi, le Festival FILMAR en América Latina octroie une Carte blanche à Edouard Waintrop, directeur des Cinémas du Grütli et de la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes. Plus que jamais, cette édition aura pour ambition de créer des synergies entre les réalisateurs émergents d’Amérique latine et les producteurs suisses en permettant des échanges professionnels et des collaborations artistiques communes en organisant une table ronde : "Jeunes cinéastes d’ici et d’ailleurs : un regard audacieux sur le cinéma latino-américain". Et pour séduire également les enfants, avenir de chaque société, une programmation ciblée est proposée aux jeunes spectateurs

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afin qu’ils découvrent le cinéma en famille avec FILMARcito, ou lors de sorties scolaires avec FILMAR École. Le Jury des Jeunes, notre projet pour les étudiants d’espagnol du post obligatoire, proposera une nouvelle immersion critique et linguistique dans le monde du cinéma d’Amérique latine avec comme mentor, pour la deuxième année consécutive, le réalisateur colombien Jorge Cadena. Au programme ! De nombreux films seront en compétition et projetés aux festivaliers dans les diverses salles genevoises, et même en France voisine (CinéVersoix, Auditorium Arditi, Les Cinémas du Grütli, Fonction Cinéma, Cinéma Voltaire, Ciné-Saussure, Cinéma Bio, MEG, Maison de la Paix). On découvrira ou redécouvrira en vrac des films comme "Au boulot !", "En el pozo", "Baronesa", "Djon Africa", "Candelaria", "Enigma", "Nadie nos mira", "Macario", "Susana" ou encore "Hacer mucho con poco" qui concourront dans les différentes catégories que propose le festival (Opera Prima, Focus Sud, Regards Actuels, FILMARcito, Rétrospective 20e Edition, Carte Blanche, Au Front, Historias Queer).

Le film "Las herederas" de Marcelo Martinessi sera projeté lors de la Cérémonie d'ouverture le 16 novembre à 19 h 00 à l'Auditorium Arditi. Quant à la Cérémonie de Clôture, avec la remise du prix du public et du prix Jury des Jeunes et la projection du film "La reina del miedo", elle aura lieu dès 18 h 00 à l'Alhambra. Cette 20e édition du Festival FILMAR en América Latina proposera également le 23 novembre à 12 h 00 à Fonction Cinéma une table ronde : Cinéastes et producteurs d’ici et d’ailleurs : les défis de filmer en Amérique latine. Et du 16 novembre au 2 décembre, les festivaliers pourront découvrir l'exposition "Une odyssée visuelle" qui propose un voyage dans les arts graphiques en exposant 10 affiches. Le programme complet et informations utiles sont sur : www.filmaramlat.ch

toutes

les


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Sorties dvd et blu-ray

DE AVEC DIST.

JOSÉ PADILHA DANIEL BRÜHL ROSAMUND PIKE IMPULS

Par Patricia Beaverd

Otages à Entebbe

Nous sommes en juillet 1976. Un Airbus A300 d’ Air France en provenance d’Athènes à destination de Paris est détourné sur Entebbe, en Ouganda. Ils sont 4 terroristes à bord, deux allemands, militants des Cellules révolutionnaires, et deux palestiniens qui font partie du Front populaire de libération de la Palestine. 239 passagers sont pris en otages, dont 83 ressortissants israéliens. Après avoir forcé l’appareil à se poser à Entebbe, les preneurs d’otages souhaitent exposer au monde entier la lutte du peuple palestinien face

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à Israël. Les otages israéliens sont séparés des autres nationalités, car ce sont avant tout eux qui seront sacrifiés si les exigences des terroristes ne sont pas réalisées. Le gouvernement israélien mené par Yitzhak Rabin se doit d’organiser la libération des otages dans une opération appelée "Le Raid d’Entebbe" ou "L’Opération Tonnerre". Le film s’ouvre sur une séquence où des danseurs, vêtus comme les juifs orthodoxes, montent sur la scène, s’apprêtent à entamer la célèbre "danse des chaises" imaginée par

le chorégraphe Ohad Naharin dans "Echad Mi Yodea" en 1990. Cette chorégraphie symbolise l’afflux de juifs en Palestine immédiatement avant, et après la Seconde Guerre Mondiale. Interprétée par la troupe de renommée mondiale Batsheva, cette chorégraphie hypnotique nécessite la présence d’une rangée de chaises sur scène. Plusieurs extraits de cette danse ponctuent le film, jusqu’au final à couper le souffle qui se déroule pendant le générique de fin. Daniel Brühl dans le rôle de Wilfried Böse, a parfaitement interprété


LE COUP DE COEUR

l’anarchiste allemand qui, visiblement, n’avait pas prévu l’issue voulue par les palestiniens. C’est Rosamund Pike qui campe le rôle de la très déterminée Brigitte Kuhlmann. Un rôle difficile où la culpabilité côtoie dangereusement la folie. Eddie Marsan et Lior Ashkenazu jouent respectivement les rôles de Shimon Peres et Yitzhak Rabin. Ils ont su représenter parfaitement leurs dissensions politiques et la difficulté de mettre en place des solutions non-violentes pour un état aussi controversé.

À relever l’excellente prestation de Nonso Anozie, comédien britannique qui incarne le sanguinaire Maréchal Amin Dada. Tout a été mis en œuvre pour recréer de manière très réaliste les décors, accessoires, mode vestimentaire qui avaient cours dans les années 70. On se rend bien compte que ce n’est pas une transposition actuelle dans les années 70, mais bel et bien une reconstitution historique. Inspiré non seulement de faits réels, la productrice Kate Solomon a également tenu compte des témoignages des survivants de cette prise d’otages, tels que celui du

mécanicien de bord Jacques Lemoine. Un film qui présente, dans sa vision d’ensemble, les différentes perceptions de la situation politique de l’époque par les protagonistes. Il n’y a pas de vrais méchants ou de vrais gentils. Aucun témoignage n’est réellement concordant, car chacun a vécu ce drame avec sa propre perception d’une situation qui a peu changé depuis, lors. Le conflit entre les israéliens et les palestiniens n’a guère évolué.

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Sorties dvd et blu-ray

DE AVEC DIST.

FRANCK DUBOSC ALEXANDRA LAMY FRANCK DUBOSC ASCOT-ELITE

Par Alain Baruh

Tout le monde debout

Alors que l'on pouvait craindre le pire, le comique et réalisateur Franck Dubosc a su éviter le piège de la moquerie en nous proposant un film à la fois divertissant et émouvant. Il y a certains thèmes qui restent toujours difficiles à aborder, même au cinéma. C'est le cas du handicap. Il y a certes, de nombreux films dramatiques qui nous expliquent les souffrances endurées par ces personnes diminuées physiquement, mais aussi quelque rares comédies principalement européennes qui osent s'emparer du sujet pour faire rire. "Tout le monde debout" est sa première réalisation. Comme à son habitude, le cinéaste ne prend pas des pincettes quand il s'agit de parler d'un thème sensible. Pourtant, sa première comédie ne vexe pas, bien au contraire. Nombreuses sont les personnes à mobilité réduite à avoir apprécié le film lors de sa sortie au cinéma. Franck Dubosc, de par son air sympathique et naïf arrive à contourner la difficulté de la moquerie. On ne rit pas des malheurs des handicapés, mais des situations inconfortables dans lesquelles le héros de l'histoire se met. Oui, Franck Dubosc a du talent (pour ceux qui en douteraient encore), son répertoire de grimaces et pitreries est infini. Malgré un titre assez provocateur (tiré d'un commentaire déplacé du chanteur François Feldman lors du 10ème Téléthon), ce longmétrage présente les personnes handicapées, comme elles sont réellement, des citoyens comme les autres. Très sportifs, joviaux, actives et bien intégrées socialement. L'histoire se veut simple. Jocelyn est un dragueur insatiable. Ce

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directeur d'une entreprise de chaussures de sport, profite de toutes les occasions qui se présentent à lui pour séduire les femmes et les mettre dans son lit. L'homme n'a aucune limite. Franck Dubosc a utilisé son expérience personnelle pour construire le personnage de Jocelyn. L'acteur explique que Jocelyn ne voit pas les autres parce qu’il ne veut pas se regarder lui-même tel qu'il est. Ce qu’il dissimule est plus intéressant que ce qu’il montre. Il se devait d'être plus beau dans son mensonge que dans la réalité. Le metteur en scène explique que d'autres raisons l'ont aussi poussé à faire ce film. Sa mère, une fois âgée s'est retrouvée dans une chaise roulante. Il a donc, pu se rendre compte des difficultés endurées. D’autre part, le réalisateur a toujours voulu raconter une histoire d’amour qui soit fondée sur la différence non pas culturelle ou sociale mais physique. Franck Dubosc explique qu'il a choisi Alexandra Lamy pour camper le premier rôle féminin de son film, car il cherchait une actrice belle, fraîche, lumineuse, pleine de vie, très bonne comédienne qui fasse oublier le handicap. Autres stars du cinéma français, Elsa Zylberstein, Caroline Anglade et Gérard Darmon font partie du casting. Ils sont tous étonnants dans cette production. "Tout le monde debout" est une réussite. À la fois instructive et parfaitement réalisée, cette création est à voir ou revoir sur le petit écran.


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Il faut l'avoir vu

Tirez sur le pianiste

Article par jonathan tholoniat

Adapté du roman Down There de David Goodis, "Tirez sur le pianiste" est un film fantaisiste noir, voire une tragédie burlesque, qui, malgré son échec commercial lors de sa sortie, est le vrai "Nouvelle Vague" de François Truffaut qui prend les Quatre Cents coups à contre-pied. Charlie Koller joue du piano dans le bastringue de Plyne. Un soir, son frère Chico, poursuivi par les gangsters Ernest et Momo, vient trouver refuge dans ce bar-dancing où il retrouve de manière fortuite son frère à qui il demande de l’aide. Léna, la serveuse du bar, est intriguée par la personnalité complexe de Charlie, voilée par sa timidité et son mutisme. Elle va découvrir qu’il n’est autre qu’Edouard Saroyan, pianiste virtuose dont la vie a sombré le jour où sa femme s’est suicidée. Voulant aider Charlie à renouer avec son passé prestigieux, ils vont se retrouver de force dans une histoire qui ne semble pas être la leur. Pour son deuxième long-métrage, François Truffaut décida de rendre hommage au cinéma américain duquel il s’est inspiré pour proposer au public une histoire qui va à l’encontre de ce que nous trouvions dans les "Quatre Cents coups" (1959). Le réalisateur casse les codes traditionnels du cinéma et rentre pleinement dans ce mouvement de la rupture représenté par la Nouvelle Vague. Truffaut propose un film noir qu’il détourne pour mélanger les genres; film comique, film d’amour et d’humour, "film où les bons sont quelques fois méchants et les méchants parfois sympathiques", film musical, film poétique et surtout film qui déroute. Il s’agit moins d’un film de gangsters, de la course de frères traqués ou de types avec des flingues que d’un film sur la timidité, le mutisme et la mélancolie d’un pianiste tourmenté par les drames de son passé. Tirez sur le pianiste dénote également par sa structure ambitieuse, puisqu’il est conçu autour d’un long flash-back qui fait revivre l’histoire d’amour tragique entre le pianiste Edouard Saroyan (Charles Aznavour) et sa femme Theresa (Nicole Berger), mélangeant ainsi les tons, les atmosphères et la narration. Un flash-back qui enfonce le personnage principal dans une sorte de cycle infernal où le destin tragique ne peut que se répéter.

DE AVEC

DIST.

Loin d’être un film exclusivement musical, la bande sonore orchestrée par Georges Delarue fait des allersretours, oscillant du jazz au classique, tout en faisant des détours par la François Truffaut chanson avec notamment Boby Charles Aznavour Lapointe. Elle accompagne et accentue Marie Dubois les mouvances du film et nous berce parfois vers de fausses pistes, car ne MK2

suivant pas forcément ce qu’il y a à l’image. Tout va trop vite, mais tout va à l’essentiel. Truffaut épure son film de tout surplus, et nous offre un imaginaire littéraire et cinématographique juxtaposant le trivial et l’expérimental. Avec l’idée de faire un film noir, Truffaut ne pouvait s’écarter de la fatalité. Le film est un drame de l’hérédité, du milieu social, de ce qui n’en finit pas de revenir, du meurtre et de la perte. C’est en apprenant que sa femme (Nicole Berger) dû vendre son corps à son imprésario - Lars Schmeel (Claude Heymann) - pour lancer sa carrière et en découvrant le suicide qui suivi cet aveu, qu’Edouard Saroyan tomba dans l’anonymat en devenant Charlie Koller - pianiste de bar -, comme pour refouler ce tragique évènement. Chétif, timide et fragile, Aznavour incarne avec brio cet anti-héros qui s’attache à la serveuse Léna (Marie Dubois). On se souviendra d’ailleurs de cette célèbre et sublime scène où Aznavour et Dubois marche côte à côte dans la nuit, face à la caméra. Il est intimidé et n’ose pas prendre sa main. Un gros plan montre le décompte avec ses doigts, afin de se résoudre à agir. Puis, il fait une grimace ; elle rit. La timidité, la légèreté et l’innocence.Dans cette scène, François Truffaut invente par ailleurs un procédé qui consiste à retranscrire le monologue intérieur par une autre voix. Ce n’est pas Aznavour qui parle (il s’agit d’Yves Furet) et s’apostrophe à la deuxième personne du singulier comme dans le roman du Goodis dont le film est adapté. Pour le réalisateur, la voix intérieure n’est pas une vraie voix. Par l’intermédiaire d’une autre, on partagerait paradoxalement davantage le sentiment de partage du for intérieur. Cette progression des rues noires de Paris à la blancheur de la neige n’est qu’un trompe-l'œil qui sert à mettre en lumière le double destin tragique de Charlie et le retour brutal à ses racines dont il ne pourra plus se démêler, puisqu’il est malgré lui tombé dans le crime. Entré de force dans cet univers à cause des deux gangsters qui en ont après son frère, il rejoint les "bêtes sauvages" par l’effet d’un éternel retour. D’ailleurs, Truffaut semble s’amuser de ces deux bandits qui ont parfois des répliques inattendues sans rapport avec la situation théoriquement dramatique comme celle du double kidnapping. Ce détournement vers la comédie allège la pesanteur du film noir. Même si ce film déroutant a reçu des avis mitigés, fut ennuyé par la censure et interdit au moins de dix-huit ans lors de sa sortie - n’oublions pas que Michèle Mercier montre sa poitrine, lorsqu’elle se couche dans le lit d’Aznavour - et subit un échec commercial, il est pourtant celui qui s’inscrit pleinement dans le Nouvelle Vague. Un chef-d'œuvre qui met non seulement en avant le talent du réalisateur, mais également celui de l’acteur, Charles Aznavour, chanteur et poète qui vient de s’éteindre.

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NANAR MON AMOUR

DE

Joseph J. Lawson

AVEC

Treat Williams Ronny Cox

DIST. Sortie

The Asylum 2013 Par Frédéric Grob

Age of Dinosaurs Après "Nazis at the Center of the Earth" et "La Légende des Mondes" en 2012, Joseph J. Lawson réalise l’année suivante une nouvelle production fantastique pour les studios The Asylum avec "Age of Dinosaurs". Il dirige dans ce téléfilm Joshua Michael Allen, avec qui il avait déjà travaillé dans "Nazis at the Center of the Earth" et "Shark Week" (en sachant que sur Shark Week Lawson s’occupait de superviser les effets spéciaux, son principal métier, et n’était pas à la réalisation). On y retrouve également deux "vieux de la vieille" : Treat Williams (Hair, Le Prince de New-York, Il était une fois en Amérique, 127 heures…) et Ronny Cox (Le Flic de Beverly Hills, RoboCop, Total Recall…). Avec un habitué des effets spéciaux à la barre du téléfilm, ce n’est pas étonnant d’y trouver des dinosaures plutôt réussis ! Les animatroniques sont, en effet, assez réalistes et les créatures en images de synthèse sont à mettre dans le haut du panier des productions télévisuelles de ce type. En revanche quand les effets spéciaux ne concernent plus les dinos, là on a droit à des résultats loin d’être au top ! On a par exemple une scène avec Jillian Rose Reed tombant momentanément dans le vide, et son incrustation dans le décor lors de sa courte chute est passablement ridicule. Les gros lézards sont donc réussis, il est alors dommage que "Age of Dinosaurs" pêche du côté du scénario et des idées fun ! Alors certes, il ne faut pas non plus

s’attendre à une histoire ultra développée et des personnages profonds (cela reste une production The Asylum), malgré tout dans ces petites productions, on s’attend à un minimum de scènes un peu fofolles avec les créatures peuplant le téléfilm. Ici, seul un bref passage de quelques secondes dans la dernière partie du métrage est un minimum "watzeufeuk" : lorsqu'un dinosaure d’une taille disproportionnée se retrouve, on ne sait pas comment, au sommet d’un grand immeuble puis se fait exploser par un hélicoptère équipé de lance-missiles. Pour le reste on a droit à des attaques de dinos tout ce qu’il y a de plus classique, hormis peut-être deux moments durant lesquels un carnosaure détruit des hélicos. D’ailleurs, heureusement que cette grosse bestiole s’amuse à en détruire, car elle nous débarrasse ainsi d’une journaliste dont les scènes faisaient plus office de remplissage qu’autre chose. Voir la reporter exploser avec son hélico a été pour moi un véritable soulagement ! J’ai également beaucoup regretté la promesse non tenue du synopsis du DVD nous certifiant un chaos dans Los Angeles. Des dinosaures lâchés dans la ville aurait clairement eu un gros potentiel de déconnage scénaristique, mais en réalité Los Angeles se limite ici quasiment à un centre commercial et au bâtiment de la

société Geneti-Sharp. En dépit de tous ces éléments négatifs, il faut quand même préciser que le scénario comporte également deux-trois bonnes surprises. Notamment le directeur de la société étant à l’origine de la création des dinosaures qui est étonnamment sympathique, ce qui nous change des éternels méchants patrons de ce genre de métrages s’intéressant essentiellement à l’argent au détriment de la vie des gens. J’ai été aussi surpris par la mort de l’un des personnages principaux, la manière dont la scène est bâclée est par contre regrettable. De plus j’ai remarqué des références à "Jurassic Park" (Steven Spielberg, 1993) et "Un million d’années avant J.C". (Don Chaffey, 1966) assez hallucinantes, dans le sens où les scénaristes ont quasiment fait du copié/collé ! On peut ainsi retrouver le fameux passage des raptors dans la cuisine de "Jurassic Park" transposé… dans un labo! Au final, ce "Age of Dinosaur" est trop banal pour marquer un tant soit peu le spectateur, il n’y a rien de notable au niveau du jeu des acteurs et pas grand-chose non plus du côté du scénario, mais le téléfilm possède au moins un bon rythme permettant d’éviter de s’ennuyer ferme face à lui.

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Daily Movies N°93  

Toute l'actualité du cinéma en Suisse dans le numéro de Novembre 2018 de Daily Movies www.daily-movies.ch

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