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87 avril 2018

5 I X TA u re s e s u p é ri e s e it v la Passage à

L’INTERVIEW DU MOIS

FESTIVALS

FIFOG – Jugendfilmtage Visions du Réel

NICOL AS WAGNIÈRES ET SON HOTEL JUGOSL AVIJA

SUSPIRA

un chef d’œuvre classique à découvrir


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Au sommaire

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En salles: Foxtrot : une œuvre en trois parties

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Vision du Réel : le cinéma

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Il faut l’avoir lu

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documentaire

Le monde selon James Bond

Edito par carlos Muhlig Pour certains, les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Loin de nous la polémique sur NoBillag, combat qui laissera des traces a jamais mais déjà oublié pour beaucoup, que voilà d’autres s’inquiètent pour les nouvelles mesures concernant l’assurance-maladie, combat qui n’aura pas autant de succès auprès du citoyen qui se contentera de payer. Payer plus cher, pour avoir moins d’argent dans les poches, du coup, moins participer à l’économie du pays. Paradoxe complexe d’une société moderne où l’intérêt du politicien passe en premier. Et oui, mon coup de gueule sur certains qui ne connaissent même pas le prix d’un croissant et qui osent parler au nom du peuple. Revenons à nos moutons, cet animal si apprécié pour différentes raisons, sera à l’honneur dans un premier long-métrage du réalisateur Lausannois Karim Sayad qui explore la relation entre les Algériens et leurs moutons, à travers le portrait de deux hommes qui côtoient ces bêtes. Le réalisateur autodidacte, qui a reçu le Prix de Soleure 2018 pour ce documentaire, « nous offre un portrait simple et beau, à la fois tranchant et humain », presque un reflet lointain ou proche pour certains de notre vie européenne. Mais le mois d’avril est aussi un mois pour la prise de conscience via le 7e art et le festival Visions du Réel est là pour nous le rappeler. Outre la projection en première mondiale, internationale ou européenne d'un florilège de métrages en

En coulisses

Impression : Directeur de Publication : Directeur de Publication adjoint : Rédacteur en chef : Abonnement : Distribution : Corrections :

DVD et Blu-ray Coco : Coup de cœur de la rédaction

Nanar mon amour : The Room

Marketing et vente : Création/Mise en page :

Acces Point

compétition, les Visions du Réel offrent aux cinéphiles une autre vision et une leçon de vie à travers des documentaires de qualité. Sans oublier le cinéma oriental qui est mis à l’honneur à Genève avec le FIFOG. 13ème édition déjà d’un festival qui prend plaisir à nous faire voyager pour découvrir un cinéma si peu connu, mais très intéressant. Une fois que les films ont passé l’étape des festivals, des salles de cinéma, pour ceux qui ont de la chance ou des bonnes relations, le passage par le DVD/Blu-ray et VOD est obligatoire pour se faire connaître du grand public. Et dans cette optique, nous ne les oublions pas et c’est ainsi que vous retrouverez comme à chaque numéro nos conseils sur ce qu’il ne faut pas rater ou des fois, qu’il ne faut surtout pas voir. Et oui, avoir des bonnes relations ne suffit pas pour faire de belles œuvres cinématographiques. Chers Fans et curieux de cinéma, très bon mois d’avril et au nom de la rédaction, nous vous souhaitons de belles découvertes cinématographiques. Et si nous avons raté quelque chose, n’hésitez pas à nous contacter. Nous ne pouvons pas être partout, surtout avec des moyens financiers très limités pour une presse indépendante.

PCL Presses Centrales SA Carlos Mühlig David Margraf Yamine Guettari abo@daily-movies.ch distro@daily-media.ch Yamine Guettari, David Margraf, Carlos Mühlig, Claude Talaber Carlos Mühlig, David Margraf, Claude Talaber BeeHive Agency Disponible dans les Fnac, les cinémas indépendants, les festivals, Mediamarkt, etc. Tous les lieux sur : www.daily-movies.ch/distribution Daily Media sàrl / Daily Movies Rue Jean Gutenberg 5, 1201 Genève, +41 (22) 796 23 61, info@daily-movies.ch www.daily-movies.ch www.facebook.com/dailymovies.ch www.daily-movies.ch

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Au cinema Mercredi 4 avril • Dans la brume • Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot • Gaston Lagaffe • Mobile Homes • Of Sheep and Men • Red Sparrow • Walter Pfeiffer – Chasing Beauty

Mercredi 11 avril • Fortuna • Isle of Dogs • La finale • Matar a Jesús • Sherlock Gnomes • Taxi 5 • The Third Murder

Mercredi 18 avril • CERN and the Sense of Beauty • Une dernière touche • Game Night • Larguées • Place publique • Emma

Mercredi 25 avril • Otages à Entebbe • Avengers : Infinity War • Comme des garçons • Foxtrot • Les Municipaux • The Rider • Transit

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Focus

DE AVEC

DIST. SORTIE

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FRANCK GASTAMBIDE FRANCK GASTAMBIDE, MALIK BENTALHA PATHÉ FILMS LE 11/04

TAXI 5

Le taxi de la discorde ?


Vitesse, choc et gags, on reprend les mêmes ingrédients qui ont plu aux fans de la première heure, mais on change les acteurs pour toucher une nouvelle génération. C’est en tout cas ce qu’on constate lorsque nous regardons les premières séquences du cinquième volet de la saga de Luc Besson. Nouveau casting, nouveau réalisateur, mais même voiture, les paris sont lancés !

La mythique voiture Peugeot 407, la plus rapide et connue de la Canebière sera de retour le 11 avril. Plus de dix ans après le 4e volet de la saga de Luc Besson, le célèbre commissariat de Marseille reprend du service avec de nouvelles recrues et avec une nouvelle histoire à s’arracher les cheveux. Si l'on s'était habitué à voir Frédéric Diefenthal dans le rôle d'un Émilien maladroit et en manque de confiance, nous voilà cette fois-ci avec son successeur : Sylvain (Franck Gastambide). Plus courageux, plus athlétique, il est amené à faire équipe avec Eddy (Malik Bentalha), qui n'est autre que le neveu de Daniel (Sami Naceri)! C'est d'ailleurs Eddy qui fera découvrir le fameux taxi de son oncle à Sylvain. L’histoire est basique, mais ce qui est intéressant de constater, c’est du côté du casting. Franck Gastambide qui possède aussi la casquette de réalisateur, n'a pas lésiné sur les moyens. Il s'est comme à chaque fois, entouré de son équipe habituelle, vue dans « Les Kaïra » et « Pattaya » : Malik Bentalha, Ramzy Bedia, Anouar Toubaili et Sabrina Ouazani. Sans oublier sa dose de « nouveauté » avec Bernard Farcy et Édouard Montoute, toujours fidèles au poste. Mais la véritable surprise vient de l'antagoniste, chef du Gang des Italiens: Salvatore Esposito. L'acteur napolitain s'est fait connaître en interprétant Gennaro Savastano, fils d'un parrain de la Camorra dans la série « Gomorra ». Mais où sont passé les anciens ?

Alors que Frédéric Diefenthal disait ne vouloir rien savoir sur « Taxi 5 » suite à l’approche maladroit des réalisateurs, ce n'est pas le cas de Samir Naceri qui par la même occasion a eu les mêmes approches. « Je n'appelle pas ça une approche moi. Quand on fait une approche, on invite à prendre un café, on fait lire un scénario. J'ai fait les quatre premiers Taxi, je pense que je mérite un petit peu plus de respect », avait déclaré l'intéressé lors d'une interview pour le magazine « Télé-Loisir », qui lui demandait s'il avait été contacté pour reprendre le rôle de Daniel. Au moment de l’interview, il n’était pas au courant qu’il aurait un simple rôle de l’oncle d’Eddy. De quoi faire bondir de colère ses nombreux fans et aussi les nostalgiques de la saga. Pour revenir au film, à première vue, l'ambiance est fidèle aux précédents films et les nombreuses nouvelles cascades rocambolesques feront plaisir à la nouvelle génération, mais c’est vrai que le fait de voir que des nouvelles têtes d’affiche est un peu déconcertant, comme si on changeait les acteurs qui doublent nos acteurs préférés d’une série étrangère. Difficile de s’accrocher, mais tout de même vite oublié grâce notamment aux nombreuses scènes d’humour, la touche de Franck Gastambide qui manie avec une certaine justesse. par CArlos Muhlig

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En salles

Don’t worry, he won’t get far on foot Les déboires d’un dessinateur alcoolique et handicapé. Joaquin Phoenix interprète à merveille cet être déchu, qui devra toucher le fond pour se découvrir une passion pour la caricature. Un film réaliste, qui, sans sombrer dans le mélo, nous laisse entrevoir le parcours de vie du célèbre dessinateur.

DE AVEC DIST. SORTIE

GUS VAN SANT JOAQUIN PHOENIX, JONAH HILL FILMCOOPI LE 04/04

critique par Adrienne Ruffieux

Après « See of Trees » hué par la critique, Gus Van Sant revient avec « Don’t Worry, He won’t Get Far on Foot », adapté du mémoire de John Callahan, caricaturiste paraplégique et longtemps alcoolique. Le biopic se concentre sur la rédemption du dessinateur, qui après un accident de voiture quasi-fatal, décide de devenir sobre. Joaquin Phoenix interprète à merveille cet être déchu, qui devra toucher le fond pour se découvrir une passion pour la caricature. Le film, qui tire son nom du titre du mémoire de John Callahan, avait été proposé à Gus Van Sant par Robin Williams, qui souhaitait endosser le rôle du satiriste, porté sur la boisson et faisant la nique au politiquement correct. Vingt ans plus tard, le film voit enfin le jour, avec Joaquin Phoenix dans le rôle-titre.Situé dans le Portland natal du réalisateur, le film se concentre essentiellement sur la rédemption du dessinateur, qui rejoint les alcooliques anonymes après un grave accident. John Callahan, interprété par le charismatique Joaquin Phoenix, souffre de la disparition de sa mère qui l’a abandonné à la naissance. Pour oublier ce drame, il boit plus que de raison, depuis ses 13 ans. L’alcool 8|

aura raison de lui et le mène à la chaise roulante. John Callahan décide alors de se débarrasser de son addiction, en se cherchant un sponsor aux alcooliques anonymes. Il le trouvera en la personne de Donnie. Le personnage, riche homosexuel affirmé et alcoolique repenti qui cite Lao Tseu, offre à Jonah Hill un rôle à contrecourant, dans lequel il excelle.Le reste du casting est tout aussi réussi : Jack Black en fêtard aux mauvais penchants, Udo Kier en discret membre des AA ou encore la chanteuse Beth Ditto, en ex-alcoolique extravertie. Tous apportent au film le réalisme nécessaire, sans pour autant sombrer dans le sentimentalisme. Annu (Roonie Mara), la thérapeute finnoise qui deviendra la compagne du dessinateur, semble être le seul personnage qui manque d’authenticité. Au chevet de Callahan, Annu, qui lui propose de humer une rose alors que ce dernier souffre le martyr, confine à l’apparition fantasmée et fait penser à tort à une séquence de rêve. On déplore aussi de ne pas voir assez des dessins de Callahan, car ses croquis à l’humour grinçant semblent rester la meilleure manière de dresser le portrait de l’artiste.


Foxtrot « Foxtrot » fait partie de ces films qui osent le pas de côté, qui osent une danse, un rythme différent des images, c’est aussi un film qui ose la polémique en mettant en scène une bavure de l’armée d’Israël. Le long-métrage de Samuel Maoz, qui a représenté Israël aux Oscars, sort enfin dans les salles obscures. Dès les premières images, « Foxtrot » percute par le rythme de ses images et par les partis pris de sa réalisation. Un père israélien apprend la mort de son fils soldat. La colère, la tristesse de cet homme est réprimée par une volonté de fer, il faut rester fort. Les émotions trouvent dès lors le moyen de s’exprimer par les autres moyens qu’offre le cinéma. Cette ligne de réalisation, le film ne la gardera pas jusqu’au bout. « Foxtrot » est une œuvre en trois parties, bien distinctes les unes des autres, comme des pièces de puzzle qu’on assemble l’une à l’autre. Chacune à sa teinte, sa couleur. Mais l’assemblage des trois forment un tout. Une œuvre riche et puissante qui puise autant dans le tragique grecque que dans l’absurde et son rire grinçant. « Foxtrot » fait partie de ces films qui osent le pas de côté, qui osent une danse, un rythme différent des images. En Israël, le temps d’un film, les gens dansent le foxtrot, cette danse américaine qui consiste à accepter son destin d’homme, et à tourner en rond, sous le froid regard de Dieu. Le temps d’un film, le spectateur se fait une place à côté du divin monsieur à

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SAMUEL MAOZ FLIOR ASHKENAZI, SARAH ADLER FILMCOOPI LE 25/04

critique par Stefano Christen

barbe blanche pour observer les chemins de vie de ces danseurs qui s’exécutent, malgré eux. Lion d’argent à la Mostra de Venise, « Foxtrot », de Samuel Maoz, qui représentait Israël aux Oscars, a été sacré meilleur film étranger par le National Board of Review. Des multiples récompenses à laquelle la très controversée ministre israélienne de la Culture n’est sans doute pas étrangère, même s’il y a fort à parier qu’elle n’en tire aucune fierté… Et pour cause, en septembre 2017, Miri Regev s’en est violemment pris au second film du réalisateur Samuel Maoz (après Lebanon), affirmant « avoir honte » que l’académie israélienne ait loué les mérites d’une œuvre qui « salit l’image de l’armée» de son pays. Samuel Maoz, qui a lui-même participé à la première guerre du Liban de 1982, a riposté en expliquant que cette scène « allégorique » était destinée à montrer comment la société israélienne préférait « enterrer la vérité dans la boue que nous avons créée au lieu de s’y confronter ».

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Gaston Lagaffe DE AVEC DIST. SORTIE

PIERRE-FRANÇOIS MARTIN LAVAL THÉO FERNANDEZ, PEF, ALISON WHEELER JMH LE 04/04

critique par CBB

On y retrouve tout ce qui fait la magie de ce personnage : sa voiture, sa mouette, son chat, son poisson rouge, Mademoiselle Jeanne, l’agent Longtarin et bien sûr son instrument. Les gaffes s’enchaînent, les catastrophes

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Adaptation réussie de la série éponyme de bandesdessinées créée par Franquin, la vie et le monde créatif et saugrenu de Gaston Lagaffe prend un sens en 3D. qui en découlent également. C’est un plaisir pour les yeux et les oreilles. Le travail de costumière, des décorateurs et du casting est impressionnant. Pef, pour les intimes, a vraiment su adapter Gaston au mieux plus près du trait de son auteur. Les cascades de l’ancien Robins des Bois sont aussi là comme un clin d’œil à cette période où le réalisateur tombait quotidiennement dans Nulle Par Ailleurs ou en incarnant le roi de

la Cape et l’Épée. Qui de mieux placé dans les gaucheries, le comique absurde et l’humour surréaliste pouvait porter à l’écran un personnage qui est pratiquement son alter ego ? Les situations burlesques et invraisemblables se succèdent avec l’aisance d’un athlète et le rythme d’un chef d’orchestre. Le seul bémol est que le film est bien trop court, on en voudrait encore.


Swiss Made

INTERVIEW DE NICOLAS WAGNIÈRES HOTEL JUGOSLAVIJA SORTI LE 21 /03 PAR CARLOS MÜHLIG

Dans son tout premier film « Hotel Jugoslavija », le réalisateur Nicolas Wagnières emmène les spectateurs dans un voyage à travers les époques et les espaces d’un bâtiment mythique de la ville de Belgrade, l’Hotel Jugoslavija. Nicolas Wagnières nous en dit un peu plus sur un hôtel pas comme les autres qui hante encore aujourd’hui la Serbie en quête de nouveaux repères. cette nouvelle économie qui est venue après un système socialiste et après en plus à dix années de guerre donc d’une espèce de nettoyage assez sombre au niveau économique, social, politique, idéologique, moral donc c’est dur de construire quelque chose de sain et démocratique après tout ça.

Dans le film, on voit de nombreuses images d’archives, a-t-il été difficile de les obtenir, ou les aviezQuand on regarde le vous déjà avant de démarrer documentaire, on se pose le tournage ? assez vite la question de savoir si c’est un documentaire Alors j’en avais certaines. Le politique, social ou joli film de publicité en langue simplement nostalgique ? allemande sur l’hôtel ça, je l’avais récupéré de manière Aucun des trois. Il y a cette tout à fait improbable par un éternelle question de la nostalgie ancien employé qui l’avait que moi-même, je soulève dans donné à quelqu’un qui l’avait le film. On ne sait pas tout au en se disant, tiens, je vous le départ donc il y a des choses qui donne il servira mieux à vous sont mouvantes, des choses qui que si je le donne à je ne sais une fois que le film est terminé, qui. Ensuite encore une fois on se dit « ah je n’aurais pas du fait que le film ait pris du fait ça comme ça ». Donc ce temps ça permet petit à petit rapport à la nostalgie est assez de découvrir des choses, si ambigu, car il y a quelque chose il faut en deux mois creuser de nostalgique, mais en même et trouver le plus de choses temps elle se rapporte à quelque possibles, peut-être que là je chose que je n’ai ni expérimenté, serai passé à côté de certaines ni connu. Je n’ai pas vécu dans un archives. Ce qui était évident pays socialiste ou communiste, pour moi depuis le début, c’est je n’ai pas vécu en Yougoslavie, que ce bâtiment fonctionnait il y a donc comme une espèce vraiment sur cette puissance de fantasme autour de tout de représentation du pouvoir ça, c’est une espèce fausse politique et par défaut d’une nostalgique. Maintenant ce qui identification où les gens se est plus clair et concret, c’est le projetaient dont moi-même. rapport plus critique par rapport Donc je me suis dit, je vais à ce que je découvre aujourd’hui, trouver tout type d’images c’est-à-dire ce néo-libéralisme, que ce soit des archives, de

la pub, de la propagande, ou des films de fiction dans lequel l’hôtel est utilisé, c’est une manière de montrer à un moment donné ce qu’il signifie dans cette société.

C’est plus cette idée-là que j’ai retenu plutôt que le côté « les serbes les criminels » mais il y a pas mal de gens qui relient ça et ça m’avait échappé surtout que cette scène dans la narration vient après. Pour Justement en parlant de moi, cette scène était vraiment l’histoire de l’image de plus reliée à cette impression l’hôtel, car finalement, qu’il n’y a plus de sens. l ‘hôtel représente un peu de l’image de la politique du Avez-vous déjà des projets pays à ce moment-là, dans en cours ou à venir pour la votre documentaire vous suite ? finissez avec une scène d’action d’un film américain J’ai des choses ici, mais j’ai du réalisateur Luc Besson, deux idées qui me sont venues avec des attaques et des avec ce projet. Mais pour explosions et où le méchant l’instant, il faudrait trouver du film est serbe, pourquoi un producteur qui se dise avoir choisi cette scène- que c’est une bonne idée et là? Doit-on y percevoir un qui vous soutien un peu pour message ? lancer le développement et l’écriture. Mais d’une part, j’ai Il y a un peu d’ambiguïté, c’est trouvé que ce format d’un hôtel plus la perte de sens totale de qui raconte l’histoire d’un pays ce que signifie ce bâtiment pourrait être un joli format. vu qu’il a toujours été lié à la Mais c’est mon point de vue politique. C’est plus dans cette peut-être que les télévisions continuité de dire que signifie pensent le contraire (rires), aujourd’hui la politique en mais ça pourrait être une idée Serbie, mais aussi en France, pour une chaîne d’avoir 5 ou en Amérique avec Trump et 6 portraits d’hôtels à travers autres, ils deviennent des le monde de 26 minutes. espèces de pantins d’un Des hôtels emblématiques système beaucoup plus comme au Kosovo ou en diffus et confus où on se dit Côte d’Ivoire l’hôtel Ivoire qui même d’où vient vraiment le raconte le post-colonialisme, pouvoir? Sont-ce vraiment à travers des figures comme ces gens qui tirent les rênes ça, ça pourrait être une jolie ou est-ce que ça ne vient pas série qu’on pourrait essayer d’ailleurs? Ces gens sont- de proposer. ils vraiment complètement indépendants? Il y a vraiment un peu ce truc pour moi, cette Retrouvez l’intégralité de espèce de non-sens où on tire l’interview sur partout, on fait tout péter, mais www.daily-movies.ch où il n’y a plus aucune valeur.

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Pas vu mais on y croit!

Trois films à

L’ÎLE AUX CHIENS DE AVEC

voir en salles ces prochaines

DIST. SORTIE

semaines, mais qui n’ont pas encore été visionnés.

par Yamine Guetarri

THE THIRD MURDER DE AVEC DIST. SORTIE

HIROKAZU KORE-EDA MASAHARU FUKUYAMA, KOJI YAKUSHO CINEWORX LE 11/04

Après s’être aventuré avec succès dans l’animation en stop motion avec le réjouissant « Fantastic Mr. Fox », Wes Anderson s’y remet. En raison d’une épidémie de grippe canine, le maire de Megasaki ordonne la mise en quarantaine de tous les chiens de la ville, envoyés sur une île qui devient alors l’Ile

aux Chiens. Le jeune Atari, 12 ans, vole un avion et se rend sur l’île pour rechercher son fidèle compagnon, Spots. Aidé par une bande de cinq chiens intrépides et attachants, il découvre une conspiration qui menace la ville… Wes Anderson + esthétique japonaise = gros potentiel !

INFINITY WAR DE

L’un des meilleurs réalisateurs japonais actuels (« Nobody Knows », « Tel père, tel fils », « Notre petite sœur », « Après la tempête »…) s’attaque au genre très balisé du drame judiciaire. Le grand avocat Shigemori est chargé de défendre Misumi, accusé de vol et d'assassinat. Ce dernier a déjà purgé une peine de prison pour meurtre 30 ans auparavant. Les chances pour Shigemori de gagner ce procès semblent minces, d'autant que Misumi a avoué son crime, malgré la peine

WES ANDERSON SCARLETT JOHANSSON, TILDA SWINTON 20TH CENTURY FOX LE 11/04

de mort qui l'attend s'il est condamné. Pourtant, au fil de l'enquête et des témoignages, Shigemori commence à douter de la culpabilité de son client… Hirokazu Kore-Eda s’éloigne de son cinéma quasi documentaire qui puise dans son expérience personnelle, pour aller chercher dans le thriller en Cinémascope. Beau défi !

AVEC DIST. SORTIE

Ça fait longtemps qu’on n’espère plus grandchose des Marvelleries qui s’enchaînent dans leur cahier des charges calibré pour ratisser large, avec des Yes Men bâillonnés aux commandes. Et pourtant on donnera sa chance à cette

D’ANTHONY ET JOE RUSSO ILS SONT TOUS LÀ DISNEY/MARVEL LE 25/04

grande réunion car on est curieux de voir comment tous ses super héros si différents vont cohabiter face à la menace Thanos (Star-Lord et Hulk faisant équipe !?). Et puis les frères Russo avaient fait un boulot plus que correct avec les « Captain America », donc l’espoir est encore permis.

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FOCUS

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Tombeau Des Lucioles

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30eme Double anniversaire de « Mon Voisin Totoro » et du

« Tombeau Des Lucioles » : retour sur deux succès

Un énorme monstre kawaii tout gris avec des oreilles pointues et un large sourire, ça vous dit quelque chose? L'illustre studio Ghibli célèbre ce mois d'avril les 30 ans tout ronds de la double sortie de « Mon Voisin Totoro » (Tonari no Totoro), succès incontournable de Hayao Miyazaki qui offrit sa célèbre mascotte au studio nippon, et du sublime, mais bouleversant « Tombeau des Lucioles » (Hotaru no Haka) de Isao Takahata. Rien que ça ! À cette occasion spéciale, quoi de mieux qu'un retour commémoratif sur ces deux succès édifiants ? Le 16 avril 1988, le Japon assiste à la sortie simultanée en salle de, pas un, mais deux nouveaux long-métrages d'animation du studio Ghibli, « Mon Voisin Totoro » et « Le Tombeau des Lucioles », réalisés par chacun des deux co-fondateurs du studio nippon, Hayao Miyazaki et Isao Takahata. Face à la réticence des distributeurs qui craignent le flop d'un scénario moins ambitieux (en comparaison aux précédents Nausicaä de la «Vallée du Vent» (1984) et du « Château dans le ciel » (1986)), Totoro est proposé aux spectateurs en séance commune avec le « Tombeau des Lucioles » dont le succès était, pour sa part, d'ores et déjà assuré. Si la sortie cinéma ne consacre pas immédiatement le nouveau Miyazaki, sa diffusion à la télévision japonaise dès 1990 voit sa cote de popularité exploser, conquérant unanimement le cœur des petits comme des grands. Son personnage éponyme, Totoro, ne tarde pas à devenir ainsi l’emblème du studio et reste encore aujourd'hui l'une des mascottes préférées des Japonais. Succès critique également retentissant pour l'adaptation très fidèle par Takahata de « La Tombe des Lucioles » (1967), nouvelle semi-autobiographique du romancier Akiyuki Nosaka, et ce, malgré une distribution post-cinéma quelque peu laborieuse, notamment à l’international. La réussite de ce double pari osé consacre leur réalisateur respectif et assoit définitivement la réputation de qualité et de sérieux du studio dans www.daily-movies.ch

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l'univers de la production japonaise d'anime. Un succès comparable pour deux films néanmoins bien différents et réalisés par deux maîtres de l'animation qui imposent chacun leur style caractéristique propre. Alors que Totoro vous embarque dans un univers contemplatif et féerique, le "Tombeau des Lucioles" déchire votre âme par son réalisme crû. L'histoire de Totoro met en scène le Japon des années 50. Deux fillettes, Satsuki et sa petite sœur Mei, viennent s'installer avec leur père dans la campagne, pour être plus proche de l'hôpital dans lequel séjourne leur mère malade. Dans un cadre reculé de la civilisation, où la nature et le mystérieux font forte présence, les deux sœurs découvrent l'existence de créatures aussi énigmatiques qu'attachantes, les totoros. Réaliste dans le style graphique mais résolument fantastique dans la narration, Miyazaki immerge le spectateur dans la beauté intacte de la campagne japonaise de son enfance et la richesse d'une nature omniprésente. Un voyage dans un certain espace, à une certaine époque, mais aussi et surtout au cœur du folklore et de la culture traditionnelle japonaise. Avec sa référence au mythe de la forêt primitive, plus explicite encore dans «Princesse Mononoké» (1997), regorgeant de créatures fantastiques ancestrales, kamis et yōkai, Totoro embarque son public dans une aventure onirique empruntant son univers à l'imaginaire collectif japonais. www.daily-movies.ch

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Miyazaki nous offre ainsi, au travers de son œuvre, tout à la fois un hymne à la nature, à la tendresse de l'enfance, à la magie de son insouciance et à la richesse du folklore de l'archipel nippon.Si le «Tombeau des Lucioles» a lui aussi deux enfants pour héros de son histoire, l'horreur et le tragique de leur destin d'orphelins de guerre nourrissent chez le spectateur une expérience cinématographique radicalement différente. Tuant les clichés du dessin animé destiné à amuser les enfants, l’œuvre de Takahata est crue, à l'image de la guerre qu'elle dépeint. Durant l'été japonais 1945, un jeune adolescent, Seita, et sa petite sœur Setsuko, perdent leurs parents dans les bombardements de Kobe. Ils se retrouvent seuls, livrés à eux-mêmes, pour affronter les atrocités de la guerre, pauvreté, famine et maladie, dans l'indifférente cruauté des adultes qui les entourent. Le film est bouleversant, déchirant. Le spectateur regarde avec une horreur grandissante, le sort cruel et inexorable qui attend les deux enfants, que l’innocence ne pourra sauver. C'est par la rare maîtrise de Takahata à marier réalisme et onirisme à la fois au niveau visuel et narratif, illuminant de moments de tendresse et de joie la noirceur de cette chronique macabre, que le « Tombeau des Lucioles » nous communique aux tripes le puissant symbolisme contradictoire de son titre. À l'occasion de ce 30ème anniversaire de la sortie de ces deux monuments du studio Ghibli, nous pouvons également saluer la carrière phénoménale du studio nippon qui, avec 22 long-métrages d'animation produits dont 5 réalisés par Takahata et 9 par Miyazaki, a su imposer son talent et son génie dans l'univers des productions de films d'animation, et cela, bien au-delà des frontières de l'archipel. Si l'avenir du studio apparaît aujourd'hui quelque peu incertain, avec une succession qui ne semble pas forcément assurée, nous pouvons néanmoins être confiants pour l'avenir de l'animation japonaise en général. C'est du moins l'optimisme que laisse présager les récentes pépites nippones qui nous sont parvenues, en grandes pompes pour certaines. On pense immanquablement au nouvel anime de Makoto Shinkai « Your Name » (2016), mais aussi au plus discret « Dans un recoin de ce monde » (2016) de Sunao Katabuchi qui, par son image et sa thématique narrative fait inévitablement écho au style de Takahata. Et comment ne pas mentionner le pur descendant de la lignée miyazakienne, « Mary et la Fleur de la sorcière » (2018) de Hiromasa Yonebayashi, ancien collaborateur au sein du studio Ghibli, à qui l'on doit la réalisation des excellents « Arietty, le petit monde des chapardeurs » (2010) et « Souvenir de Marnie » (2014). Mais force est de déplorer l'absence trop fréquente de ces petites perles à l'affiche des cinémas suisses ! Plus qu'à espérer que lumière soit mise sur ces nouvelles postérité du Studio Ghibli.

par Magalie Schor

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Festival

DU 13–21 AVRIL 2018 NYON

WWW.VISIONSDUREEL.CH

49e Édition « Visions du Réel » Du 13 u 21 avril 2018, avec 78 premières mondiales, 23 premières internationales, 2 européennes et 42 premières suisses, la 49e édition du Festival international de cinéma Nyon, le festival «Visions du Réel» est placé cette année sous le signe de l'exclusivité. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que pour un festival de cinéma documentaire, le succès est au rendez-vous.

V

isions du Réel rencontre une progression folle de +96% de fréquentation en six ans se réjouit son Président exécutif, Claude Ruey. Cette nouvelle édition ne devrait pas être en reste. Portée par Emilie Bujès, la nouvelle Directrice artistique du festival, cette 49e édition proposera des sections remodelées permettant notamment d’ouvrir la programmation davantage à l’expérimentation de nouveaux langages, et souligne le rapport étroit entre fiction et documentaire, que ce soit dans le programme ou avec des cinéastes invités d’honneur aux approches cinématographiques singulières. La programmation 2018 fait la part belle à l’exploration de nouveaux territoires. Géographiques d’abord, grâce aux 174 films provenant 53 pays et permettant d’appréhender des lieux et espaces singuliers. Le film présenté lors de la Cérémonie d’ouverture le vendredi 13 avril à 19h30, « Of Fathers and Sons», est une immersion inédite et courageuse dans le quotidien familial de l’un des fondateurs d’une branche d’Al-Qaïda en Syrie décidé à imposer la charia à ses semblables. La Serbie est le pays à l’honneur du Focus, et le reste de la programmation compte une présence plus marquée cette année de productions américaines, britanniques ou en provenance de l’est de l’Europe, l’Ukraine notamment. « Nous constatons que la tendance à la coproduction internationale se renforce », souligne Emilie Bujès, «ce qui souvent engendre des collaborations fertiles et parfois inattendues.». Rencontres et collaborations internationales que le Festival met un point d’honneur à stimuler depuis seize années avec le pan Industry, qui offre aux professionnels du cinéma du monde entier une plateforme de rencontre, un marché du film et de nombreuses activités de pitching et networking. Près de 1’200 professionnels sont attendus, dont 139 cinéastes invités à Nyon pour présenter leur film au public. Au programme... Les festivaliers y retrouveront les nombreuses sections, compétitives ou pas, qui composent le festival. Le point d'orgue sera bien entendu la « Compétition Internationale Longs Métrages » avec ses longs-métrages originaux et singuliers présentés en première mondiale, internationale ou européenne. Les sections compétitives « Compétition Burning Lights », « Compétition nationale », « Compétition Internationale Moyens et Courts Métrages » et « Grand Angle », ainsi que le non-compétitives « Latitudes », « Opening Scenes », « Maître du Réel », « Ateliers », « Focus », « Doc Alliance Selection » et finalement « Projections spéciales » seront bel et bien de la partie. Et pour remettre les Prix (Sesterce d'or et d'argent et Prix du Jury) de nombreux cinéastes et professionnels du métier seront présents. Laurence Ferreira Barbosa, James Lattimer et Dennis Lim composeront par exemple le Jury de la « Compétition Internationale Longs Métrages ».

par Claude Talaber 18 |


42ème édition du Festival Ciné Jeunesse Fondé à Zurich en 1976, le Festival Ciné Jeunesse Suisse(Jugendfilmtage) est aujourd'hui le plus important festival et tremplin du 7e art pour jeunes réalisateurs et réalisatrices de Suisse et d'ailleurs. Pour preuve, plus de 2’000 jeunes cinéastes envoient chaque année leur film au festival pour prendre part à l'une des cinq catégories

Festival

DU 04 AU 08 AVRIL 2018 ZÜRICH

WWW.JUGENDFILMTAGE.CH

Les différentes catégories Les œuvres présentés dans ces cinq catégories seront soumis au regard d’un jury spécialisé qui désignera les lauréats de la compétition. Chaque lauréat se verra remettre son prix, la « Panthère bondissante » du meilleur film. Quant au public présent, il aura l'honneur de désigner le lauréat du « Prix du Public ». La « Catégorie A » regroupera les projets réalisés par des jeunes jusqu'à 16 ans dont les films ont été produits par des individus, des groupes de jeunes ou par des jeunes encadrés par des adultes. La « Catégorie B » s'attardera sur les productions individuelles ou de groupes de jeunes jusqu'à 19 ans. Les films doivent être ici réalisés indépendamment ou dans le cadre de l'atelier du cinéma du Festival Ciné Jeunesse Suisse. La « Catégorie C » proposera des productions de jeunes jusqu'à 19 ans, réalisées par des individus, des groupes de jeunes ou par des jeunes encadrés par des adultes. La « Catégorie D », elle, présentera les productions individuelles ou de groupes réalisées par de jeunes adultes entre 20 et 25 ans. Les films sont produits individuellement ou en équipe en dehors du cadre scolaire ou d’apprentissage. Finalement, la « Catégorie E », soutenue par le Pour-cent culturel Migros, consacrera la meilleure production de jeunes réalisateurs jusqu'à 30 ans fréquentant une école de cinéma ou une haute école consacrée aux arts. Cette 42ème édition du Festival Ciné Jeunesse Suisse proposera aussi deux programmes spéciaux

qui se déroulent en dehors du programme de compétition officiel. « Les programmes Accent », depuis 2013, se consacrent aux productions cinématographiques de jeunes issus d'autres pays, ou à des programmes de courts-métrages choisis issus de festivals de cinéma de jeunesse d’une région particulière. Cette année, ce sont les jeunes cinéastes norvégiens qui seront à l'honneur. Le programme a été organisé par le Nordic Youth Film Festival NUFF et le Minimal International Short Film Festival. Quant programme spécial «Salon des Refusés», il diffusera les films favoris du jury, mais qui n'ont pas été sélectionnés pour prendre part aux différentes catégories en compétition. Mais encore... Outre ses nombreuses compétitions, le Festival Ciné Jeunesse Suisse proposera plusieurs ateliers comme « comment réalise-t-on un clip vidéo » ou encore « Clap ! Clap!», la journée du réseautage et de soutien pour les jeunes réalisateurs, soutenu par la SRG SSR. Le festival projettera aussi, en présence des acteurs et de l'équipe de film, le premier long-métrage de Jonathan Jäggi (1993, Zurich) qui fut PRIX DU PUBLIC lors de la 53e Journées de Soleure. Un programme pour enfants intitulé « Une perspective nouvelle » et initié par douze enfants et jeune et réfugiés en Suisse projettera les films d'animation préférés des enfants déjà en marge du prochain festival Fantoche.

par Claude Talaber www.daily-movies.ch

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CINÉ-CLUB UNIVERSITAIRE Hitchcock et ses héritiers DU SPORT AU CINÉMA

Comme tous les trimestres, le ciné-club Universitaire de Genève concocte une nouvelle programmation pour les cinéphiles universitaires friands de classiques du cinéma, mais aussi des films qu’ils n’ont jamais entendu parler. Et oui, l’apprentissage universitaire passe aussi par le 7e art.

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ouvelle programmation très pointue mais tout aussi accessible pour les non-cinéphiles, le Ciné-Club Universitaire propose du 9 avril au 18 juin dans la très connue salle de cinéma de Genève l’Auditorium Arditi une série de films et des événements pour fêter les 75 ans des Sports universitaires. Un programme riche et varié qui débutera avec le film « Raging Bull » de Martin Scorsese sorti en 1980 et qui raconte les moments forts de la carrière flamboyante de Jake La Motta, champion de boxe poids moyen. Issu d'un milieu modeste, il fut le héros de combats mythiques, notamment contre Robinson et Cerdan. Autodestructeur, paranoïaque, déchiré entre le désir du salut personnel et la damnation, il termine son existence, bouffi, en tant que gérant de boîte de nuit et entertainer. Le 23 avril, les fans de Spike Lee seront heureux de voir ou revoir le film « He Got Game » sorti en 1998 qui raconte l’histoire d’un père (Jake) qui sort de prison. Cet homme est l'assassin de la mère de Jesus Shuttlesworth et l'a contraint à se prendre en charge, lui et sa petite sœur. Pour ne pas retourner derrière les barreaux d'ici une semaine, Jake doit convaincre son fils d'accepter l'offre du gouverneur: intégrer l'équipe de basket de l'université d'Etat. Une mission d'autant plus délicate que Jesus est le jeune joueur le plus convoité du pays, celui que toutes les équipes, tous les agents et toutes les fédérations courtisent à coups de millions de dollars.

Ciné Club

De la boxe au basket, on prend un rafraîchissement et on part du côté de la Suisse avec « Naissance des pieuvres » le 4 juin. Pas facile d’avouer ses sentiments à la personne qu’on aime quand on est une ado de 15 ans, surtout si cette personne est elle-même une fille, qui plus est la plus populaire du club de natation synchronisée. Premier film de Céline Sciamma, porté par une sublime musique de Para One, c’est également celui qui révélera Adèle Haenel, dans cette œuvre délicate loin des clichés habituels sur l’adolescence. Entre films cultes et films qui ont marqué une époque, le Ciné-Club universitaire de Genève vous propose également une rencontre avec Pierre Morath qui viendra présenter son film « Free to Run » sorti en 2016. Ce documentaire raconte l’émergence de la course à pied en tant que pratique d’abord marginale dans les années 70, avant qu’elle ne devienne populaire au point d’envahir les rues, jusqu’à sa professionnalisation avec la création, notamment, du marathon de New York.

DU 9 AVRIL AU 18 JUIN

AUDITORIUM ARDITI – 20H WWW.UNIGE.CH/DIFE/CULTURE

par Carlos Muhlig 20 |


« LE MONDE SELON JAMES BOND » : LA DÉCOUVERTE DE LA FACE CACHÉE DE 007 « Le monde selon James Bond » dresse un portrait du monstre sacré que représente l’espion british, selon les termes de l’auteur qui effectue une analyse à mi-chemin entre la sociologie et les études cinématographiques. Personnages, thèmes récurrents, actions, tout y est analysé avec soin par Jean-Philippe Costes, docteur en science politique de l’université Paris 2 PanthéonAssas, qui croise tous les films de la saga afin d’investiguer et de découvrir qui se cache derrière ce portrait intemporel, mais pourtant sans cesse changeant de l’agent 007.

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Il faut l'avoir lu

PAR JEAN-PHILIPPE COSTES EDITIONS LIBER PARUTION : 2017

vis à tous les fans de l’espion anglais le plus célèbre de la planète, « Le monde selon James Bond » vous dévoilera toutes les facettes cachées et les aspects les plus sombres de votre héro adoré. L’auteur choisit en effet une approche intéressante en décidant de s’adresser au lecteur en parlant directement en "je", comme si c’était James Bond lui-même qui nous révélait sa personnalité et ses secrets. Le texte est rythmé et commence fort en dressant immédiatement un portrait de cet individu mihomme mi-Dieu, comme le développe l’auteur. Ce qu’il est, ce qu’il représente pour nous est analysé avec soin par l’auteur, docteur en science politique à Paris dont la passion pour le cinéma se ressent à travers les lignes de son livre, qui débute le texte de manière intéressante et originale. Ce héros, James Bond, nous fait à la fois rêver, il fréquente les plus belles femmes de la terre, rien ne lui résiste, il voyage aux quatre coins du monde dans les hôtels les plus luxueux, mais pourtant… une face sombre de ce M. Bond, auparavant peu développée est ici analysée par Jean-Philippe Coste. L’auteur mêle les approches sociologiques, psychologiques et cinématographiques afin de mener une analyse détaillée et convaincante de cet espion qu’on aime tant, mais aussi

de ses muses, de ses amis et surtout : de ses rivaux… Cette partie où il rapproche autant qu’il distingue Bond de ses ennemis, bien qu’intéressante, finit par trainer en longueur et se répéter. Cependant, il est important de souligner la qualité du texte de l’auteur, qui a finement analysé chaque film et réalise une analyse croisée de tous les films de la saga, en reprenant les thèmes récurrents afin de les étudier en profondeur. Le texte est aussi écrit de manière légère qui donne envie de poursuivre la lecture, et les références sociologiques sont également pertinentes et apporte à cette analyse cinéma une dimension plus profonde, en transposant l’analyse de ces films à la société de manière plus générale. Malheureusement, bien que cette analyse transposée soit intéressante, l’auteur se perd quelque peu en sortant de son cadre d’analyse et surtout en la poussant parfois un peu loin. Malgré ces quelques défauts, « Le monde selon James Bond » reste un livre que je recommande aux amateurs des aventures 007, qui souhaiteraient regarder ces films avec un œil nouveau.

par Pascale Siegrist www.daily-movies.ch

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Festival

DU 21 AU 29 AVRIL 2018 CINÉMAS DU GRÜTLI COMMUNES GENEVOISES WWW.FIFDH.ORG

13e Festival International du Film Oriental de Genève (FIFOG) 22 |

Avec l'ambition de montrer des films d'Orient et sur l'Orient en Suisse avec des thèmes qui font l'actualité, le Festival International du Film Oriental de Genève (FIFOG) accueillera les cinéphiles et autres curieux à Genève et ses communes (Versoix, Vernier, Presinge et Carouge) du 21 avril au 29 avril 2018. Cette 13e édition du FIFOG sera placée sous le signe de l'espoir. Elle célébrera notamment les visions de femmes, amplifiera les voix de la jeunesse, questionnera les extrémismes et explorera la complexité des sociétés d’Orient, notamment dans leurs rapports avec l’Autre, en pleine mutation. Une occasion de mettre en valeur la créativité féminine et d’exprimer l’espoir des peuples à repousser l’obscurantisme sous toutes ses formes et dessiner un lendemain meilleur. 100 films, 25 lieux, 80 débats ! Au total, cette 13e édition offrira aux festivaliers 100 films tous genres confondus (fictions longues et courtes, documentaires courts et longs) dans 25 lieux de projections-débat dans la Cité de Calvin et ses communes. Pas moins de 80 débats avec des réalisateurs et réalisatrices et/ou acteurs et actrices permettront de discuter de leurs visions de l'Orient et du monde.


Demandez le programme ! Cette édition sera lancée avec le film d'ouverture « El Jaida » de Selema Baccar et se terminera avec le film de clôture « Petits bonheurs » de Mohamed Chrif. S'en suivra les nombreuses sections et films en compétitions que propose le FIFOG avec pour chaque section son jury. On y retrouvera une section longs-métrages avec la Compétition Internationale, la compétition de la critique et World Panorama. La section Documentaires proposera aussi la Compétition Internationale, mais aussi le Panora'docs. Quant à la section court-métrages, elle est dotée de la Compétition Internationale, de plusieurs Compétitions Scolaires, la Compétition Pénitentiaire, les Shorts of the World et Le Lebanon Factory Shorts. Les projections se feront dans les lieux suivants : Fonction : Cinéma, Les Cinémas du Grütli, Espace de Quartier le 99 qui accueillera la « Semaine d'actions contre le racisme », Club Chat Noir, Crowned Eagle (ex-Chic), Cinéversoix, Ciné-Saussure, le Cern et le Musée Ariana. Outre la possibilité de découvrir de nombreux films et visions de réalisateurs, d'assister à des débats, le 13e Festival International du Film Oriental de Genève organisera aussi une exposition et diaporama photographique du 21 au 29 avril à la maison des arts du Grütli, sans oublier le Ciné-Brunch oriental le 29 avril, toujours à la Maison des arts du Grütli, avec la projection du film « Sahara» à 11h00.

par Claude Talaber www.daily-movies.ch

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Sorties dvd et blu-ray

La Montagne entre nous Trois semaines d’une expédition dans une nature hostile où les dangers et le manque de nourriture les ont accompagnés jour et nuit, Alex et Ben ont tissé des liens entre eux qui les ont profondément bouleversés et qui modifieront le cours de leur vie à jamais. La cause ?

DE AVEC DIST.

HANY ABU-ASSAD KATE WINSLET, IDRIS ELBA 20TH FOX

Un voyage qui n’aurait jamais dû se faire. Kate Winslet (Alex) est parfaite dans ce rôle de journaliste casse-cou qui veut toujours faire bouger les choses et dont la patience n’est vraiment pas son fort. Ses coups de gueule montrent à

quel point on ne naît pas héros. Idris Elba (Ben) crève l’écran et interprète son personnage de neurochirurgien avec un grand brio. Sa force de caractère, sa patience et sa ténacité leur permettront de tenir le coup. Tourné au Canada, dans la chaîne Purcell au sud-est de la Colombie-Britannique, les paysages à couper le souffle donnent à ce film une dimension hors norme. Beaucoup de sensibilité et d’émotions pour un film dont le scénario n’est pas très original. A relever, l’excellente prestation du chien

pour qui cela n’a pas dû être la fête tous les jours en raison de l’altitude et du froid. Les scènes tournées dans la carlingue et de nuit n’offrent pas une bonne visibilité, dommage. Un film catastrophe bien romancé, d’excellents acteurs, des paysages extraordinaires, un très bon film mais très pauvre en bonus.

par Patricia Beauverd

LE MONDE SECRET DES EMOJIS

DE AVEC DIST.

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TONY LEONDIS T.J. MILLER, JAMES CORDEN RAINBOW

À l’instar de « Toy Story » des studios Pixar, « Le Monde secret des Emojis » s’intéresse à ce que ressentent les désormais indispensables émoticônes de nos téléphones portables. Une idée toujours amusante qui, malheureusement frise le ridicule dans cette production Sony Pictures Animation. Dommage, car il est toujours plaisant de mettre notre imagination à contribution. Là où le chef-d’œuvre des studios à la petite lampe a réussi à sublimer l’enfance de toute une génération, le nouveau film de Tony Leondis peine à obtenir la même approche caustique. Le seul intérêt trouvé à cette animation est la dénonciation faite de notre société sur la place qu’ont pris les téléphones portables. Notamment, sur le plan scolaire, car le personnage par qui tout arrive est un adolescent accro à son téléphone qui ne peut s’empêcher d’user des émojis pour s’exprimer.

Il est regrettable que rien ne puisse réellement sauver le long-métrage. Un scénario mal conçu, un humour absent et surtout une bande son sans rythme, autant d’éléments qui refroidissent l’envie d’en savoir plus. Heureusement, le seul intérêt de s’attarder sur « Le Monde secret des Emojis » se trouve dans les bonus DVD et Blu-Ray. Grâce à la présence du court-métrage « Puppy », le spectateur aura enfin de quoi rigoler sincèrement. Il faut dire que ce petit moment de détente présage des retrouvailles très attendues pour cet été 2018 avec le troisième volet d’ «Hôtel Transylvanie 3». En tenant compte des deux autres volets, il est à parier que le « Comte Dracula » n’aura pas de quoi se reposer. par Laurent Billeter


KINGSMAN : LE CERCLE D’OR de Noël ridicule (fans de Bridget Jones, je pense à vous).

DE AVEC DIST.

MATTHEW VAUGHN TARON EGERTON, COLIN FIRTH 20TH FOX

De retour pour un deuxième volet, le réalisateur anglais Matthew Vaughn nous emmène à nouveau dans une aventure inoubliable. Adapté d’une bande dessinée, l’univers des films Kingsman s’assume complètement dans son style déluré et « over-thetop ». Que cela plaise ou non, il est indéniable que les Kingsman sont uniques dans leur genre et raviront les amateurs d’action et d’humour. « Kingsman : Services secrets » combinait tous les éléments gagnants d’une franchise prometteuse : de l’action, de l’humour, des espions anglais et un méchant à l’envergure spectaculaire qui n’a rien à envier aux ennemis de James Bond. Le premier Kingsman nous a aussi montré que Colin Firth savait tout aussi bien briller dans un rôle d’action que dans ses rôles plus habituels, dont un certain Mark habillé d’un pull

La suite s’annonçait tout aussi grandiose et ne m’a personnellement pas déçue le moins du monde. Il semble pourtant que «Kingsman : Le Cercle d’or» n’a pas su retrouver le même public enthousiaste et il se pourrait bien que cela soit dû au fait que le film reprend tous les éléments du premier et les exacerbe pour en faire quelque chose d’encore plus grand. Encore plus d’action, encore plus d’humour (jugé trop présent et vulgaire par certains), plus de super agents et une méchante qui aurait beaucoup à enseigner à Richmond Valentine, le machiavélique et excentrique méchant du premier volet. Toute cette surenchère est très amusante à mes yeux et le film me semble excellent dans l’ensemble. Cela étant dit, je peux concevoir qu’il puisse donner l’impression d’un plat réchauffé dont seul le sel ressort. Certains aiment les choses salées, d’autres préfèrent commander un autre plat avec peut-être plus de subtilité. À vous de juger ce qui correspond à votre palais. Côté Blu-ray, cette édition comprend un menu qui nous replonge directement dans l’univers du film et quelques bonus très intéressants, dont dix mini-documentaires sur le making-of. par Moira Farwagii www.daily-movies.ch

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OPÉRATION ANTHROPOID

DE AVEC DIST.

SEAN ELLIS CILLIAN MURPHY, CHARLOTTE LE BON DINIFAN

Le réalisateur, Sean Ellis propose un sujet peu exploré dans le monde cinématographique traitant de la Seconde Guerre mondiale. En effet, nous sommes habitués à la mise en lumière de la condition juive durant cette terrible période. Or, « Opération Anthropoid » expose le déroulement d’une mission historique négligée. Celleci prend forme à Prague en 1942. Nous sommes plongés dans le quotidien de deux soldats envoyés au sein de cette ville afin d’assassiner Reinhard Heydrich, un général de la police SS. A travers le parcours de ces deux Tchécoslovaques incarnés par Jamie Dornan et Cilian Murphy, nous suivons la préparation et le déroulement de cette mission. La meilleure partie de ce film illustre la mise en place et la panification de cet assassinat. Loin d’être assommant, le spectateur est immergé dans la vie des résistants de Prague. La réalisation est bien maîtrisée et très finement ficelée. Nous sommes tenus en haleine tout le long de ce film. Les moments de pressions et de tensions que subissent les protagonistes par la peur d’être démasqués sont très prenants. Ceci est accentué par l’ambiance sombre illustrant le quotidien des résistants tchèques. De plus, loin des super-Hommes, nous faisons face à la réalité humaine et à ses faiblesses, car nous partageons les angoisses et la perte de maîtrise de soi de ces personnages. par Yelena Saltini

GOOD TIME Connie et Nick sont deux frères, l’un n’est pas très futé, l’autre se croit futé. Connie et Nick, décident de braquer une banque.

DE AVEC DIST.

BEN SAFDIE ROBERT PATTINSON, BEN SAFDIE ASCOT ELITE

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Enfin, disons que Connie décide, et que Nick le suit. Nick a un retard mental, il aime beaucoup son frère. Connie est un peu narcissique, il aime beaucoup son frère. Connie et Nick ont braqué une banque, ils sont maintenant assis à l’arrière d’une voiture, un sac de dollars entre les bras, et filent dans la ville en écoutant les sirènes de police hurler leur victoire. Un braquage standard, un film de braquage lambda. Mais le colis était piégé, un gaz rose éclate à la gueule des deux truands amateurs. S’en suit une nuit rose fluo, affreusement rose, comme si leur délit les avait

marqués à jamais de son baiser empoisonné. Bien sûr, le rose, c’est la couleur de l’amour, bien sûr, Louis Armstrong et Edith Piaf voyaient « la vie en rose », et c’était des chansons heureuses. Mais avec Good Time, le rose agresse, le rose saigne. Le film réussit le pari de donner une nouvelle teinte à cette couleur. «Good Time» choisit le rose pour peindre la complexité des sentiments humains. Et cette couleur tache les habits jusqu’à la moelle, et ne part pas à la machine à laver (même à 90° n’insistez pas).

par Stefano Christen


E D P U O C E L COCO Une histoire pour enfants, aux apparences faussement simples, mais qui aborde des thèmes diversifiés aussi modernes que sérieux. « Coco» est en effet le premier Disney à aborder la mort de manière aussi frontale. Un univers magique et chaleureux, des personnages attachants, des musiques aux sonorités latinas entrainantes, du rythme, et bien sûr : une scène finale à vous faire monter les larmes aux yeux. Ce film, dans une ambiance à la croisée entre « L’étrange Noël de Monsieur Jack » et un Disney coloré plus classique, thématise à la fois la mort, mais aussi la famille, le divorce, la solidarité, et surtout l’oubli et la mémoire. Avec le personnage très touchant de l’arrière-grand-mère de Miguel, atteinte d’Alzheimer, ce film pointe du doigt des sujets délicats, mais d’une manière pleine de sensibilité. Disney a également veillé une fois de plus à soigner les détails, et a inclus des références qui parleront aux plus grands. Ainsi, on voit se matérialiser sous nos yeux Frida Kahlo en squelette, on entend les paroles des Queen « Show must go on », et enfin, on se retrouve plongé dans le

palace de « The Great Gatsby » lors d’une fête démesurée dans le monde des morts. Ce film mêle à la perfection humour et sensibilité, afin de dépeindre un portrait de l’amour qui persiste au-delà même de la mort. La chanson « Ne m’oublie pas » rythme le film, à la manière dont « City of stars » rythme « La la land », et parvient aussi à toucher nos sensibilités, avec une mélodie qui reste dans la tête bien après que le film soit fini ! Avant même que l’on ait eu le temps de regarder sa montre, la scène finale se déroule déjà sous nos yeux embués. Une histoire touchante donc, à laquelle nous pouvons tous nous identifier étant donné l’universalité des thèmes abordés, qui nous rappelle qu’au final tout ce que l’on a, ce sont nos souvenirs, et que tout ce qu’il reste de nous après notre mort, ce sont les souvenirs que les gens qu’on aime gardent de nous. C’est une belle philosophie de vie qui est thématisée dans ce film, et qui saura être appréciée à tout âge. par Pascal Siegrist

DE AVEC DIST.

LEE UNKRICH ANTHONY GONZALEZ, GAEL GARCIA BERNAL DISNEY

www.daily-movies.ch

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Il faut l'avoir vu

SUSPIRIA : un chef d’oeuvre classique à découvrir et re-découvrir

DE AVEC

DARIO ARGENTO JESSICA HARPER, UDO KIER

Suspiria (1977) de Dario Argento, est un véritable chef-d’œuvre du cinéma d’horreur. Sa réussite est due à sa glaçante bande originale composée par le groupe de rock progressif italien Goblin et à ses couleurs saturées, plongeant le spectateur dans un vrai cauchemar éveillé.

S

uspiria de Dario Argento est un grand classique du cinéma d’horreur sorti en 1977. Dario Argento, célèbre réalisateur italien, s’est notamment illustré dans le genre du giallo, thrillers italiens caractérisés par un entrecroisement entre cinéma policier, cinéma d’horreur et érotisme. Nous conseillons notamment Profondo Rosso du même réalisateur, excellent exemple du genre. Le giallo a en outre inspiré le genre du slasher aux Etats-Unis, dont on peut mentionner ici les représentants les plus célèbres, Jason Voorhees de Vendredi 13 et son masque de hockeyeur, Michael Myers du film Halloween ou encore Freddy Krueger des Griffes de la Nuit. Suspiria est une légende absolue du cinéma d’horreur dont on ne se lasse pas.

œuvre musicale de 6 :04 minutes et véritable chef d’œuvre de l’horreur a été réalisée par le groupe de rock progressif italien Goblin, et fait intégralement partie de l’identité même du film. Des instruments électroniques furent utilisés, mais également beaucoup d’effets vocaux - râle, soupirs et autres chuchotements - afin de créer un ensemble magnifique, mais aussi oppressant et anxiogène. Il est fortement déconseillé aux âmes sensibles d’écouter cette musique pour s’endormir, car sa mélodie seule suffit à vous glacer le sang. Le thème de la sorcellerie, prépondérant dans ce film et les deux qui suivront, Inferno (1980) et La troisième mère (2007) est notamment très bien retranscrit à travers les effets vocaux évoqués précédemment.

Mais alors Suspiria, ça parle de quoi? Le film raconte l’histoire de Suzy Banner, jeune américaine arrivant en Allemagne pour étudier dans l’une des meilleures académies de danse du monde. Suite aux meurtres de deux étudiantes, Suzy va petit à petit découvrir de terribles secrets dissimulés derrière les murs colorés de l’école… Ce qui rend Suspiria si spécial et absolument excellent, c’est son incroyable capacité à créer une atmosphère, un véritable univers glaçant et baroque à l’intérieur de la trame narrative grâce à son décor et ses couleurs saturées, mais surtout grâce à sa bande originale, composée par le groupe italien de rock progressif Goblin. Le spectateur est ainsi invité à entrer dans un véritable cauchemar éveillé mêlant beauté, violence et ésotérisme.

Les couleurs sont très importantes dans Suspiria, saturées, voire même criardes, elles accompagnent le spectateur tout au long du film, et lui permettent de s’immerger dans son univers cauchemardesque et irréel. Le jeu entre formes géométriques, couleurs et compositions des scènes, fait de ce film une véritable œuvre d’art à part entière. La couleur rouge est beaucoup exploitée, notamment dans les moments de tension et de mystère. Ce rouge sang, profond, contraste avec la couleur bleue plus froide, également utilisée par le réalisateur. Les couleurs se mélangent et s’unissent tout au long du film, formant un véritable caléidoscope déstabilisant voire oppressant. La lumière vient s’ajouter à cet ensemble et en soutient l’étrange beauté. Vous l’aurez compris, Suspiria est à voir ou à re-voir absolument !

Commençons donc par la musique. La bande originale de Suspiria,

par Simon Rodriguez www.daily-movies.ch

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The Room Vous avez sans doute entendu parler du tout récent «The Disaster Artist», dans lequel James Franco rend un hommage discutable à l’aventure du tournage du nanar « The Room », devenu culte aux USA, à juste titre pour une fois. Revenons sur ce véritable phénomène de société ! « The Room », c’est d’abord le travail d’un homme, réalisateur, producteur, scénariste, acteur principal (il aurait même joué tous les rôles s’il avait pu) : le mystérieux Tommy Wiseau. Son scénario ressemble à celui d’un mauvais roman-photo, dont les auteurs ne se seraient pas foulés : Johnny (Tommy Wiseau), un sympathique cadre de banque, vit avec sa fiancée Lisa (Juliette Danielle), qu’il envisage d’épouser. Mais Lisa est fatiguée de Johnny et se met à le tromper avec son meilleur ami Mark (Greg Sestero). S’ensuivent une série de conversations avec les différents amis du couple, jusqu’à la résolution dramatique de l’intrigue. L’insipidité des personnages est rendue surréaliste par des dialogues à la fois ultradémonstratifs et totalement déconstruits, les répliques passant du coq à l’âne de manière déconcertante. La mère de Lisa lui annonce au détour d’une phrase qu’elle a le cancer du sein ; il n’en est ensuite plus question. Johnny parle boulot avec Mark, avant de lui demander sans transition aucune des nouvelles de sa vie sexuelle. On a parfois l’impression que les dialogues sont prononcés dans le désordre. Mais tout cela ne serait rien sans la pierre angulaire du film, à savoir Tommy Wiseau lui-même dans le rôle de Johnny. Nanti d’un physique à mi-chemin entre le hard-rockeur sur le retour et l’acteur de porno détruit par l’abus de stéroïdes, Tommy a tout simplement une gueule d’anthologie, mais semble pourtant se voir comme un charmant jeune premier, ou au minimum comme un

monsieur-tout-le-monde tout à fait crédible dans le rôle d’un cadre financier. Il donne en outre tout son sens à l’expression « jouer comme une savate », mâchonnant toutes ses répliques avec une étonnante absence de naturel, agrémentant son jeu de grimaces vaguement malsaines qui achèvent de le rendre terrifiant.

DE AVEC

TOMMY WISEAU TOMMY WISEAU, JULIETTE DANIELLE

critique par Nikita Malliarakis

Retrouvez l'intégralité de cette critique – et des centaines d'autres – sur nanarland.com, le site des mauvais films sympathiques.

Le vrai phénomène « The Room » tient pourtant à sa distribution. Dès 2003, sur le périphérique de Los Angeles, une mystérieuse affiche attirait l’œil des automobilistes: Tommy Wiseau fixait de son regard glauque l’humanité souffrante. Aucune indication sur le film. Une sorte de légende urbaine naissait autour de cette œuvre, alors vendue comme un drame à la Tennessee Williams. L’hilarité générale du public aux projections conduisit à ce que le film soit ensuite proposé comme une comédie noire, Wiseau essayant de faire croire que l’humour involontaire du film était en fait volontaire. Véritable aberration, enchaînant des énormités pour aboutir sur du vide, ce rare exemple de nanar estampillé cinéma indépendant américain est une sorte de catalogue des erreurs à ne pas commettre quand on tourne un film. Ce qui n’apparaît au spectateur distrait que comme un mauvais mélodrame de plus constitue, pour le cinéphile attentif, une monstruosité biscornue digne d’être vue, revue et analysée, pour la plus grande édification du public amateur de nanars. www.daily-movies.ch

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Daily Movies N°87  

Toute l'actualité du cinéma en Suisse dans le numéro d'Avril 2018 de Daily Movies www.daily-movies.ch

Daily Movies N°87  

Toute l'actualité du cinéma en Suisse dans le numéro d'Avril 2018 de Daily Movies www.daily-movies.ch

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