Page 1

№77 MARS 2017

EN SALLES

WWW.DAILY-MOVIES.CH

2 FESTIVALS

« T2 TRAINSPOTTING  » : un retour réussi.

6 FESTIVALS

LE FIFDH : Un impact international pour les cinéastes et activistes

7 IL FAUT L'AVOIR VU

LE FIFF : voir le monde à l’envers

14

« SHINING  » : La peur d'avoir peur

10E ANNIVERSAIRE DE CINEGLOBE

« MYTHES ET RÉALITÉS » : LE GRAND RETOUR DE LA SCIENCE AU CINÉMA

LE FESTIVAL INTERNATIONAL DE FILMS AU CERN, LA MANIFESTATION, QUI MARIE DEPUIS DES ANNÉES AVEC UN BEAU SUCCÈS, LA SCIENCE ET LE CINÉMA, REVIENT CETTE ANNÉE AVEC UN THÈME D’UNE ACTUALITÉ BRÛLANTE, À DÉCOUVRIR DU 21 AU 26 MARS AU GLOBE DE LA SCIENCE ET DE L’INNOVATION AU CERN À GENÈVE. Réglé comme une comète, CineGlobe revient, comme tous les deux ans, au Globe de la Science et de l’Innovation du 21 au 26 mars 2017. Un retour festif puisque CineGlobe fêtera son 10ème anniversaire (et septième édition). A cette occasion remarquable, le festival abordera un thème très important dans le monde actuel – la dissolution de la ligne entre les faits et les fictions. Politique, sociale, et scientifique, cette édition – intitulée Mythes et réalités – soulignera l’importance de la méthode scientifique et le rôle de l’information dans les défis auxquels notre monde fait face. Notre avenir dépend de nos efforts contre cette révolution anti-scientifique qui enveloppe notre discours politique actuel. Dans l’ère informatique de nos jours, la connectivité quasi-instantanée permet la transmission de mythes comme de réalités, en quelques simples minutes, à des milliards de personnes. A l’aube de la société post-factuelle, où les faits établis se voient accordés

la même importance que les opinions, et où les appels à la majorité populaire peuvent influencer les décisions politiques, comment pouvons-nous distinguer info et intox ? Quelles idées acceptons-nous sans jamais les remettre en question ? Nous avons tous nos histoires, mais quel rôle jouent-elles pour déterminer l’avenir de nos enfants ?

l’image. Mais n’oublions pas que c’est avant tout un festival de cinéma et les spectateurs pourront également découvrir des films très surprenants comme le film du réalisateur Adam Curtis, « HyperNormalisation » qui sera diffusé pour l’ouverture du festival. C’est un film qui examine comment nous sommes arrivés à ce monde post-vérité. Tout un programme !

La septième édition du CineGlobe 2017 examinera les multiples façons par lesCineGlobe est un festival graquelles les mythes et les réatuit pour tous les événements, lités s’immiscent dans notre ouvert à tous et tous les films compréhension du monde, sont accessibles en français provoquant même la question : et en anglais. Le programme Dès que vous voyez le logo qu’est-ce que le réel ? Enfin, les complet est disponible sur : ci-dessus, c'est qu'il y a des lots en jeu. spectateurs découvriront aussi www.cineglobe.ch de belles initiatives éducatives En écrivant à concours@daily-movies. comme la Réalité Virtuelle, La suite en page 6 ch, et en mettant en objet concours l’Hackathon qui invite les parti+ le titre du film. N’oubliez pas votre cipants à inventer des nouvelles Carlos Mühlig adresse postale pour participer au tirage au sort ! façons de communiquer et des ateliers dans la création de

COMMENT GAGNER ?

Martin Aubert

cinema@daily-movies.ch

La triste note au sujet de la fin de L’Hebdo avec laquelle nous terminions l’édito du mois précédent se poursuit. En effet, une nouvelle saignée de licenciements touche la news room du Temps et de L’Hebdo. Sale temps sur la presse romande. Côté cinéma en revanche, de belles éclaircies sont à prévoir. A commencer par la sortie du dernier film du génial réalisateur finlandais Aki Kaurismäki. Pour ceux qui désirent se remettre dans le bain ou simplement (re)découvrir ses anciennes créations, Les Cinémas du Grütli ont l’heureuse idée de proposer une rétrospective jusqu’au 8 mars. Courez-y ! Comme tous les cinq ans, c’est le branle-bas de combat électoral dans l’Hexagone. On ne peut que vous suggérer le film de Lucas Belvaux, « Chez Nous », une formidable piqûre de rappel sur les leurres et les artifices de la communication politique. Enfin, l’actualité c’est aussi les festivals cinématographiques et la Suisse Romande en compte plein. En mars, ce sont, entre autres, le FIFDH et le tout jeune Caramelo y Limón. Le choix ne manque pas !

UNE PUBLICATION


2

№77 MARS2017

• WWW.DAILY-MOVIES.CH

EN SALLES

« T2 TRAINSPOTTING  »

UN RETOUR RÉUSSI « NOSTALGIE, C’EST POUR ÇA QUE TU ES LÀ. TU ES UNE TOURISTE DANS TA PROPRE JEUNESSE », PROCLAME SICK BOY. TRÈS FOCALISÉE SUR LE PASSÉ, CETTE SUITE TIENT LA ROUTE GRÂCE À SON HONNÊTETÉ ET SON TON PIQUANT.

« C

hoisis la vie, choisis un boulot, choisis une carrière, choisis une famille ». C’est avec un discours amer énonçant le besoin incontrôlable de la société de rechercher une vie stable et prévisible, que démarrait le long-métrage « Trainspotting » de Danny Boyle. En 1996, cette adaptation du livre homonyme d’Irvine Welsh, avait remporté un franc succès en mettant en scène un groupe de jeunes écossais sans projets, ni perspectives, qui se livrent à la consommation d’héroïne pour échapper à l’angoisse de la réalité. L’histoire, racontée par Mark Renton, accompagne ses sessions d’injection et autres escapades avec sa bande d’amis composée de Spud, Sick Boy, Begbie, Tommy et Lizzy. Si Mark cherche à prendre le contrôle de sa vie en se libérant d’un système cliché qui supprime toute individualité, à travers la prise d’héroïne, celle-ci finit par l’enfermer dans une autre prison physique et psychologique. L’intérêt de ce film se trouve dans le fait qu’il évite les discours simplistes et moralisateurs cherchant à condamner les substances illicites. Il y a un vrai souci d’explorer la complexité de la réalité et paraître crédible dans ses propos. C’est avec un humour noir et un certain cynisme que Boyle pose aussi un regard sur la société de cette époque, où l’espoir relève d’une utopie et que le rêve d’un avenir meilleur est refusé à cette jeunesse.

LA COTATION DE DAILY MOVIES

FIVE

ANGRY

MEN notent les films du mois

S i «   Tra i n s p o t ting » est justeDe Danny ment apprécié parce qu’il sort Boyle des normes, Avec Ewan McGrenotamment gor, Jonny Lee par sa manière Miller, Robert d’aborder Carlyle la jeunesse, DISNEY alors pourSORTIE LE 01/03 quoi choisir de faire un sequel et risquer de ternir un film culte? On pourrait résumer la réponse de Danny Boyle à cette question par une réplique du premier épisode : « Le monde change. La musique change. Les drogues changent. Même les hommes et les femmes changent. Dans 1000 ans, il n’y aura ni mec, ni nana. Que des branleurs. ». « T2 Trainspotting » nous transporte 20 ans après les événements du premier film. Pour rappel, Begbie, Sick Boy, Spud et Renton avaient gagné un gros butin suite à une transaction de drogue. Alors qu’ils étaient censés diviser la somme en parts égales, Renton avait pris la fuite avec la totalité de l’argent dans l’espoir de recommencer une nouvelle vie. À présent, Renton vit à Amsterdam, comble son sentiment d’insatisfaction perpétuel à travers le sport et est en plein processus de divorce. Après avoir subi une opération, il décide de retourner chez lui à Leith dans l’espoir de se réconcilier avec les fantômes de son passé. Begbie, le personnage imprévisible et colérique de la bande, est en prison, rêvant de tuer Mark pour l’avoir trahi. Sick Boy extorque des individus et a hérité d’un bar où il n’y a pas un chat. Spud, quant à lui, est père de famille,

Chef-d’oeuvre 

50 Nuances plus sombres Chez Nous John Wick 2 La bataille du Gripen Lego Batman, le film Lion Raid dingue Rock’n Roll Seuls Trainspotting 2

Excellent 

toujours accro à la drogue, mais cherche à canaliser ses troubles à travers la créativité. Dans ce longmétrage, il s’agit alors de confronter ces icônes des années 90 à notre ère et aux soucis quotidiens que rencontrent des hommes dans la quarantaine. Si ce T2 n’a pas la même électricité que son prédécesseur, il parvient tout de même à combler nos désirs avec son humour et atmosphère mélancolique. Il est intéressant d’observer avec le personnage de Renton, le visage d’un homme qui n’avait jamais sérieusement réfléchi à l’avenir pour s’y imaginer dedans. Spud, toujours très bien joué par Bremner, incarne le temps qui passe trop vite, ainsi que ces individus mis sur le banc, incapables d’accéder au bonheur promis, mais qui essaient malgré tout. Tandis que Sick Boy, présenté comme un bad boy dans sa jeunesse, ne s’adapte pas à cette nouvelle économie. Cette suite possède une bande originale correcte avec des musiques reprises de l’original, qui ont été néanmoins retravaillées pour souligner des moments marquants. Le rythme se veut également histrionique, le visuel sombre et psychédélique, pour simuler l’euphorie vécue par les personnages. Rempli de flashbacks bien imbriqués et de séquences dans lesquelles il y a des clashs générationnels, le film est empreint d’honnêteté et de nostalgie que le public accueillera à bras ouverts, comme de vieux amis qui venaient leur rendre visite après une longue absence.

Diana Jeronimo

Bien 

Alain Baruh

Bof 

Carole-lyne Klay

-

- -

Mauvais  T À éviter comme la mort

Claude Talaber

- -

- - - -

-

-

- -

-

-

- - -

Carlos Mühlig

-

-

-

-

-


№77 MARS 2017 • WWW.DAILY-MOVIES.CH

EN SALLES

Biographie Jessica Chastain

« MISS SLOANE »

Apprentissage classique DANS LE RÔLE D’UNE FEMME POLITIQUE AU CARACTÈRE BIEN TREMPÉ, JESSICA CHASTAIN EN FÉMINISTE CONVAINCUE EXPOSE SA SOIF DE VICTOIRE TOUJOURS GRANDISSANTE. WASHINGTON SE PRÉPARE À TREMBLER. Brillante femme politique aux parvenir à ses fins, quitte à user des amitiés pour y traits af firmés et par venir. Les scruféministe convaincue, Elizabeth pules, Miss Sloane De John n’en a pas. L’astuce, Sloane mène sa carMadden ne pas s’attacher, rière avec une main de fer. Attirée par les Avec Jessica métier oblige. Mieux défis, elle va livrer Chastain, Mark vaut s’offrir le luxe u n e b a t a i l l e s a n s Strong, John Lithgow d’un escort boy plumerci contre le camp PATHÉ FILMS tôt que de risquer adverse pour tenter de se perdre dans SORTIE LE 08/03 des relations comd’obtenir la signature d’une réforme contre promettantes qui les armes à feu, sujet risqueraient de lui très controversé. En faire oublier sa misleader surmenée, la belle rousse sion. Business is business. Rien fait face aux méchants conser- n’arrêtera cette acharnée de vateurs dont elle faisait autre- victoire qui compte bien termifois partie. Quels sont vraiment ner la course avec une longueur les enjeux de cette bataille ? d’avance. Qui en sortira vainqueur ? Le réalisateur John Madden Cette super-woman fait ses (« Shakespeare in Love », « L’afp r e u v e s d a n s u n u n i v e r s faire Rachel Singer ») offre un d’hommes, férus de pouvoir récit de circonstance des plus qu’elle compte pourtant bien actuels. Le Britannique n’a pas devancer. Ambitieuse, celle-ci peur d’écorcher à vif l’image de ne devra laisser transparaître la politique américaine en usant aucune émotion si elle veut de la furieuse ingéniosité du per-

sonnage de Jessica Chastain (sa performance aurait mérité d’être saluée aux Golden Globes). Symbole de la puissance washingtonienne, le blanc Capitole recèle pourtant bien des secrets d’Etat. Face aux dénonciations éclatantes de vérité, le gouvernement et son système en prennent pour leur grade. Le monde politique en grand stratège, la loi du lobbying semble n’avoir aucune limite. Entre manipulations, trahisons et coalitions, toutes les stratégies sont permises pour devancer l’adversaire redoutable. Mais qui deviendra réellement le maître du jeu ? Tailleur impeccable, chevelure parfaitement rangée, sous un regard froid, le rouge à lèvres affûté, lorsqu’une femme se fait une place de choix dans les coulisses de Washington, qui pourra se vanter d’en connaître les intentions ?

A

Cinéma indépendant Ses premiers films sur grand écran sont modestes (« Jolene » en 2007, « Stolen » en 2009) : elle peine à percer. Cela arrive finalement avec « L’Affaire Rachel Singer », qui précède une année 2011 décisive avec « Take Shelter », « Tree Of Life » et « La Couleur des sentiments ».

Polyvalente Sa carrière est lancée et on la voit partout au cinéma et dans tous les genres, tandis qu’elle continue le théâtre en parallèle. On notera surtout « Zero Dark Thirty », « Mama », « Interstellar », « A Most Violent Year », « Crimson Peak » et « Seul sur Mars ».

Yamine Guettari

Lauren von Beust

«LES FIGURES DE L’OMBRE » vec « Les figures de l’ombre », les afro-américains, mais surtout le réalisateur nous propose pour le pays tout entier, puisque un feel-good movie basé sur cette mise à l’écart empêchait des faits réels, glorifiant les actes le progrès. Cependant, plutôt de Katherine Johnson, Dorothy que de babiller sur les préjuVaughan et Mary Jackson, trois gés et injustices de l’époque, le femmes afro-américaines qui ont long-métrage se concentre sur marqué l’histoire, bien qu’étant comment, après chaque défaite, dans les coulisses. Durant ces héroïnes se les années 60-70, les Étatsrelèvent avec une Unis essaient de devancer envie toujours DE THEODORE plus grande de l’Union Soviétique dans la conquête spatiale. Mise MELFI lutter pour être sur le banc de touche Avec Taraji P. Henson, a c c e p t é e s e t quand son ennemi valorisées pour Octavia Spencer leur travail. C’est envoie le premier être FOX-WARNER vivant orbiter autour de avec délice que le SORTIE : 08.03 spectateur assiste la Terre, l’agence spatiale américaine doit à des situations impérativement faire où ces femmes brisent les parases preuves. Le longmétrage donne la voix digmes et voient et met en lumière le parcours de progressivement les bribes d’une ces femmes oubliées, ayant dû se nouvelle ère, dans laquelle la battre pour prouver leur valeur et couleur de peau et le genre ne qui ont permis aux USA, grâce à représentent pas des limites. leur brillant esprit, d’atteindre Grâce à un ton léger, saupoudré des sommets. Ce film de Melfi d’un humour bienvenu, un casa le mérite de ne pas miser sur ting composé d’acteurs talenla victimisation de ses protago- tueux et une B.O accrocheuse, le nistes pour attiser la sympathie film est une réussite. du public. Il est vrai qu’il souligne le frein que représentait la Diana Jeronimo ségrégation non seulement pour

Née en 1977 en Californie, elle s’intéresse très tôt au métier d’actrice. Elle débute au théâtre puis étude l’art dramatique à la Julliard School. Premières apparitions télévisées au début des années 2000 dans les séries « Urgences » et « New York, cour de justice ».

« CHEZ NOUS »

C'

est le petit jour « Un couple épatant », dans le Pas-de« Cavale », « Après la vie » Calais, Pauline De Lucas avait obtenu le prix Duhez, interprétée démontre Belvaux Louis-Delluc, par Émilie Dequenne, avec audace l’utilisation, quitte son domicile Avec Émilie Dequenne, à des fins électorales, du André Dussolier, peuple, celui que la prépour se rendre auprès Catherine Jacob sidente du RNP (Cathede ses patients. InfirAGORA FILMS rine Jacob dans le film) mière à domicile, elle est appréciée par tous. SORTIE LE 08/03 définit comme la vraie Pour cette raison, elle France. Seul compte se voit proposer de le pouvoir et Pauline briguer la mairie lors Duhez n’est qu’une des prochaines élections muni- image au service d’une cause qui cipales sur la liste du Rassemble- la dépasse complètement. Tout le ment National Populaire (RNP), reste lui échappe, du programme équivalent fictionnel du Rassem- politique jusqu'à la couleur de ses blement Bleu Marine. André Dus- cheveux, décidée par la science solier, médecin dans la même ville des technocrates du parti, sortis que Pauline et ancien élu du Bloc des hautes écoles parisiennes. Les Patriotique (équivalent, on l’aura belles paroles débouchent sur des compris, du FN) fait office de pyg- lendemains qui déchantent, ce qui malion envers la jeune femme. devait être un changement venu Voici une formidable opportu- du bas s'avère une stratégie électonité pour le peuple de récupé- rale définie par les hautes sphères rer le pouvoir politique après les du parti. « Chez Nous » est un film promesses vaines des partis de fort en ceci qu'il déconstruit avec gauche et de droite, lui fait-on subtilité les mensonges de la comcroire. munication politique. Lucas Belvaux, dont la trilogie

Martin Aubert

3


4

№77 MARS2017

• WWW.DAILY-MOVIES.CH

EN SALLES

« BARAKAH MEETS BARAKAH » « DE PLUS BELLE »

C

e n’est que le dent pour en faire De Mahmoud le fil conducteur deuxième longmétrage financé Sabbagh d e l ’ h i s t o i r e , o ù et réalisé en Arabie Avec Hisham Fageeh, la tradition tente Saoudite, mais on de cohabiter avec Fatima AlBanawi la modernisation, sent un frémisseTRIGON FILM ment avec l’inattenillustré à travers les SORTIE LE 01/03 m u l t i p l e s t e n t a due production de ce « Barakah meets tives de rencontre entre Barakah et Barakah », pourtant quelque peu provoBibi, frôlant l’intercateur envers le gouvernement. dit et le désir de liberté. Pour Une comédie romantique pas les deux personnages, cette diftrès comique, où le réalisateur férence entre les deux cultures Mahmoud Sabbagh se sert de leur permet de faire un travail l’humour comme outil pour se d’introspection sur eux-mêmes moquer de la loi saoudienne, et sur la société dans laquelle tout en apportant un regard ils vivent. Enfin, plus qu’une frais et jeune sur cette société histoire d’amour, c’est un film musulmane méconnue et par- qui pointe du doigt la mutation fois caricaturée. Le héros de néfaste que le pays est en train l’histoire est Barakah, un jeune de subir, pris entre la nostalgie S a o u d i e n n é à l a m a u va i s e du passé et le développement place au mauvais moment. Il précipité. Cependant, le mestravaille pour la municipalité de sage véhiculé est que l’amour Djeddah et vit modestement, dépasse les conventions, et tandis que Bibi, la fille dont il même si l’histoire fictive des tombe amoureux, est un man- deux tourtereaux ne touche nequin star des réseaux sociaux, pas trop le cœur, c’est un film vivant dans un quartier bobo. profondément humain et fonComment vont-ils pouvoir s’ai- damentalement honnête. mer dans cette société oppressive où la police religieuse rôde Brian Aubert jour et nuit ? Le film explore le clivage entre Orient et Occi-

L

a réalisatrice est rio ; que l’auteure u n e c r é a t r i ce d e de Anna Gaëlle a commencé par costumes qui rêvait Daval là pour dévelopde monter un cabaret. Avec Florence per des situations et des personPlutôt que d’attendre Foresti, Matthieu qu’une opportunité nages inspirés de Kassovitz, Nicole s a p r o p r e ex p é se présente dans ce Garcia rience. C’est ainsi domaine, elle a choisi FRÉNÉTIC FILMS qu’elle peut abord’écrire elle-même un scénario qui lui perder les thèmes mettrait d’assouvir qui lui sont chers : son fantasme. C’est donc ainsi la féminité, l’acceptation de qu’est née cette chronique tan- soi et l’influence du regard des tôt légère, tantôt grave. Ainsi autres. Un vaste programme aussi qu’est apparu ce person- que la cinéaste remplit plutôt nage de femme guérie d’un bien malgré quelques scènes cancer du sein qui doit réap- inutiles au ton mal défini, ni prendre à vivre. Une recons- comiques, ni émouvantes et truction qui passe par l’accep- qui font tâche parmi d’autres t a t i o n d e s o i e t l ’ o u ve r t u r e séquences aux inflexions plus aux autres. Enfin surtout à UN affirmées. Côté mise en images, autre, un arrogant et énigma- le premier métier de l’apprentique séducteur qui lui fait la tie réalisatrice se ressent claicour avec insistance et qu’elle rement. L’attention portée aux a autant de peine à repousser décors, accessoires et bien sûr qu’à laisser entrer dans son jar- aux costumes saute aux yeux din secret. L’histoire du cabaret et donne une indéniable pervient quand l’héroïne accepte sonnalité à l’œuvre. Défendu de participer à un stage de par des acteurs bien choisis et découverte de la féminité qui à l’aise dans leurs personnages, se terminera par un spectacle ce premier film est une belle et de dévoilement de soi... Il est modeste réussite. évident que ce dernier élément est un point essentiel du scénaEtienne Rey

« LA BATAILLE DU GRIPEN » « PATIENTS »

B

enjamin est C'est un preDe Grand Corps phique. cloué dans un mier film réussi, qui lit d'hôpital, où Malade et Mehdi Idir rentre dans l'intimité s'affairent les médeAvec Pablo Pauly, Sou- des patients tout cins. C'est le choc, fiane Guerrab, Moussa en restant pudique suite à un accident il Mansaly dans les images. Il est devenu tétrapléIMPULS réserve des moments gique et découvre intenses en émotions, SORTIE LE 01/03 sans tomber dans ce qu'est la dépendance aux autres, la pathos, et nous pour la moindre des présente une belle choses. Loin de se laisser aller, il palette de jeunes acteurs (dont le garde son humour malgré la situa- rôle principal est interprété avec tion et savoure la moindre petite talent et justesse par Pablo Pauly) amélioration. Il découvre aussi et, un petit – et néanmoins imporun monde nouveau et la solida- tant – rôle de la trop rare Domirité entre patients. « Patients » est nique Blanc. basé sur l'histoire de Grand Corps Malade, qu'il avait lui-même couCarole-lyne Klay chée dans son livre autobiogra-

Pas vu mais on y croit

« LOGAN  »

De Patrick Tresch

C

e documentaire De nombreuses per& Frédéric sonnalités, principatrilingue revient sur la votation Gonseth lement du monde du 18 mai 2014 et la politique, sont intervolonté de l'armée Avec Christophe Keckeis, rogées. La populaJo Lang, tion donne elle aussi s u i s s e d ' a cq u é r i r OUTSIDE THE BOX son avis mais on un avion de chasse dénommé Gripen, sent que leurs arguqui s'est vite trouvé ments sont répétés des opposants farouches. Le réali- et ne correspondent pas vraiment sateur lausannois, Frédéric Gonseth, à leur opinion personnelle. Ontnous raconte comment s'est dérou- ils été suffisamment et correctelée la campagne et quels étaient ment informés par les médias? Si les arguments des deux parties. le thème choisi mérite qu'on s'y Ce mini-débat cache en fait une attarde, on ne comprend pas très question bien plus pertinente. Les bien pourquoi il ressort aujourd'hui. Suisses sont-ils capables de voter Cette bonne réalisation cache cersur tous les sujets, même les plus tainement un sujet bien plus pascomplexes? sionnant: l'utilité de la démocratie directe, unique en Suisse !

Alain Baruh

« MOONLIGHT»

« GHOST IN THE SHELL  »

Trois films à voir en salle ces prochaines semaines, mais qui n’ont pas encore été visionnés.

Le mutant le plus populaire des X-Men se retrouve dans un monde post-apocalyptique à jouer les nounous pour une jeune mutante surdouée et un professeur X en souffrance. Un virage aussi intrigant que prometteur.

Dans ce film audacieux récompensé aux Golden Globes, le réalisateur Barry Jenkins (talent à suivre !) conte le combat à trois périodes de sa vie d’un jeune noir pour vivre son homosexualité dans le ghetto.

L’adaptation live du manga culte de Masamune Shirow semble beaucoup s’inspirer de l’anime de Mamoru Oshii. Scarlett Johansson incarnera l’impassible (et sexy !) Major Kusanagi. Laissons-leur une chance !

Yamine Guettari

SORTIE LE 01/03

SORTIE LE 15/03

SORTIE LE 29/03


№77 MARS 2017 • WWW.DAILY-MOVIES.CH

5


6

№77 MARS2017

• WWW.DAILY-MOVIES.CH

FESTIVALS

LE CERN ACCUEILLE LA 7ÈME ÉDITION DE CINÉGLOBE 2017 CETTE ANNÉE, LE CINEGLOBE FÊTERA SON 10ÈME ANNIVERSAIRE. A CETTE OCCASION REMARQUABLE, LE FESTIVAL ABORDERA UN THÈME TRÈS IMPORTANT DANS LE MONDE ACTUEL – LA DISSOLUTION DE LA LIGNE ENTRE LES FAITS ET LES FICTIONS. POLITIQUE, SOCIALE, ET SCIENTIFIQUE, CETTE ÉDITION – INTITULÉE MYTHES ET RÉALITÉS – EXAMINERA LES MULTIPLES FAÇONS PAR LESQUELLES LES MYTHES ET LES RÉALITÉS S’IMMISCENT DANS NOTRE COMPRÉHENSION DU MONDE, PROVOQUANT MÊME LA QUESTION : QU’EST-CE QUE LE RÉEL ? RÉALITÉ VIRTUELLE (VR) Les spectateurs pourront également y expérimenter des casques de réalité virtuelle, occasion de visionner des projets scientifiques, ludiques, et narratifs en 360 degrés. Le tout dans un espace gonflable baptisé Shelter, qui isole le spectateur et le plonge dans une ambiance sombre, idéale pour l’emmener dans d’autres mondes, d’autres dimensions. HACKATHON Et enfin, un hackathon inédit - Le Post Fact Hack - invite les participants à inventer des nouvelles façons de communiquer dans l'ère postfactuelle. Les projets développés seront dévoilés lors d’une soirée publique, et le gagnant recevra une bourse pour prototyper son projet. ATELIERS CineGlobe propose également durant le weekend, des ateliers dans la création de l’image. L’un d’eux, baptisé “Tetra Pak Camera”, invite les participants à transformer une ancienne brique de lait en appareil photo à sténopé. Ils pourront ensuite y développer leurs propres images grâce à du café et de la vitamine C. Des ateliers sur la manipulation de l’image comme le tournage à l’ancien façon George Méliès, le grattage de pellicule, et même la caméra virtuelle (exploitée dans “Ghost in the Shell”) seront également proposés. Un rendez-vous à ne pas manquer pour les participants de tous âges et en famille.

PROJECTION DES FILMS Le festival propose une compétition de courtsmétrages de fiction, de documentaires et de films d’une minute. Ayant reçu plus de 1000 propositions en provenance de 100 pays, CineGlobe a sélectionné 92 films pour la compétition internationale. 77 fictions et 15 documentaires seront ainsi répartis en 9 programmes. CineGlobe propose également, le soir, des projections de longs métrages et des débats touchant aux faits et aux fictions. CINEGLOBE INFOS PRATIQUES Le Festival aura lieu au Globe de la science et de l’innovation au CERN. La Manifestation entièrement gratuite vous proposera de découvrir la science autrement via des projections et courts métrages du mardi au vendredi à midi et en début de soirée. Quant au week-end, il sera consacré aux projections matinales pour les enfants et familles pour laisser l’après-midi ouvert à tous. Le festival, invite également le public à rencontrer des réalisateurs et à participer à des débats et à des ateliers créatifs.

Détails du programme, infos pratiques, réservations: www.cineglobe.ch Carlos Mühlig

15E FESTIVAL DU FILM ET FORUM INTERNATIONAL SUR LES DROITS HUMAINS (FIFDH)

GENÈVE DU 10 AU 19 MARS 2017 Le FIFDH, le festival le plus important dédié au cinéma et aux droits humains à travers le monde, célébrera cette année, son 15ème anniversaire. Cette nouvelle édition, qui se tiendra dans le Grand Genève, à Lausanne, Orbe, Bienne et dans la Vallée de Joux, réunira 300 invité(e)s de 62 pays et proposera aux festivaliers pas moins de 134 évènements, surtout au cœur de Genève, la capitale internationale des droits humains et siège européen de l’ONU. Certes axé sur le cinéma, avec de nombreuses projections de longs-métrages et de films documentaires venus du monde entier, souvent en présence de l’équipe du film, le FIFDH proposera aussi des débats, des conférences, des lectures, du théâtre, de la musique, des arts plastiques et de la photographie. Tous les arts ont le pouvoir de réveiller les consciences et changer le monde ! DEUX COMPÉTITIONS INTERNATIONALES, MAIS PAS SEULEMENT… Comme lors des précédentes années, le FIFDH proposera deux compétitions internationales : « Documentaire de création » et « Fictions et Droits Humains ». Compétition historique du festival, « Documentaire de création » récompensera le meilleur documentaire pour sa qualité de sa réa-

décerné par un jury composé de Mounir Fatmi, plasticien et vidéaste marocain et Président du jury, de Pinar Selek, écrivaine et sociologue turque, de Farzana Wahidy, photographe et vidéaste afghan et de Clarissa Colliard, conservatrice d’art suisse. Mais le FIFDH décernera aussi le « Prix Gilda Vieira de Mello », le « Prix du jury jeunes » pour les deux compétitions internationales, le « Prix de l’organisation mondiale contre la torture », mais aussi le « Prix du jury de la prison de Brenaz » qui récompensera une production suisse. lisation. Doté d’un prix de CHF 10'000.- offert par la Ville et le Canton de Genève , celui-ci sera remis par un jury composé de Deeyah Khan, cinéaste pakistanais et Présidente du jury, de Metin Arditi, écrivain et mécène turco-suisse, de Elena Fortes, productrice mexicaine et co-fondatrice d’Ambulante, de Laurent Gaude, écrivain et dramaturge français, de Farahnaz Sharifi, réalisatrice et monteuse iranienne, et finalement de Wu Wenguang, cinéaste indépendant chinois Quant au prix «Fictions et Droits Humains », également doté d’un prix de CHF 10'000.- offert par la Fondation Hélène et Victor Barbour, il sera

Cette 15e édition accueillera aussi plusieurs personnalités importantes comme l’ancienne présidente du Brésil, Dilma Rousseff ou encore le Prix Nobel de la Paix, Tawakkol Karman, pour ne citer qu’eux. Le FIFDH a construit une programmation qui dénoncera fermement les violations contre la dignité humaine et nommera ses auteurs pour qu’ils ne restent pas impunis, comme le souligne la directrice générale du festival, Madame Isabelle Gattiker. .

Pour découvrir cette édition du FIFDH en détail, rendez-vous sur www.fifdh.org Claude Talaber


№77 MARS 2017 • WWW.DAILY-MOVIES.CH

7

FESTIVALS 31E FESTIVAL INTERNATIONAL 12E ÉDITION DU FESTIVAL DU FILM VERT DE FILMS DE FRIBOURG (FIFF) LA 31E ÉDITION DU FESTIVAL INTERNATIONAL DE FILMS DE FRIBOURG (FIFF) APPROCHE À GRANDS PAS ET AURA CETTE ANNÉE ENCORE POUR VOCATION LA DIVERSITÉ CINÉMATOGRAPHIQUE ET CULTURELLE EN PROMOUVANT DES FILMS DE QUALITÉ EN SUISSE ET EN EUROPE. POURVU DE PLUSIEURS COMPÉTITIONS ET SECTIONS, LE FIFF S'EST AFFIRMÉ AVEC LES ANNÉES, COMME L'UN DES PLUS IMPORTANTS FESTIVALS DE CINÉMA EN SUISSE.

LA NOUVELLE ÉDITION DU FESTIVAL DU FILM VERT REPRENDRA CETTE ANNÉE SES QUARTIERS DANS TOUTE LA SUISSE ROMANDE, EN FRANCE ET DANS LA RÉGION ZURICHOISE ET BERNOISE. IL DONNERA L'OCCASION AU PUBLIC D'ASSISTER À DE NOMBREUSES PROJECTIONS DE DOCUMENTAIRES SUR L'ÉCOLOGIE ET LE DÉVELOPPEMENT DURABLE.

GENÈVE, ORBE, LAUSANNE… DU 10/03 AU 19/03

SUISSE ROMANDE, FRANCE, RÉGION ZURICHOISE ET BERNOISE DU 2 MARS AU 9 AVRIL 2017

Axé sur des œuvres provenant essentiellement d'Asie, d'Afrique, d'Amérique latine et de l'Europe de l'Est, cette nouvelle édition ne déroge pas à la règle. Colonne vertébrale du festival, « La Compétition Internationale: longs métrages » attribuera le Grand Prix Regard d'or à l'un des douze films représentés. Aucun style ou genre n'est privilégié. Et pour la troisième année consécutive, la compétition internationale de courtsmétrages, encourageant les grandes signatures de demain, battra son plein à -Fribourg. Quant aux films hors-compétition, ils feront le bonheur des festivaliers, notamment lors de la soirée d'ouverture et celle de fermeture. Mais le FIFF c'est aussi de nombreuses sections parallèles. Il s'attardera cette année avec sa section « Cinéma de genre » sur un genre en recrudescence : les histoires de fantômes. La section « Décryptage : cabinet de curiosités cinématographiques», qui a pour ambition de réunir des films de grande qualité qui échappent aux radars de la distribution, aura pour invité le réalisateur suisso-américain, Alexandre O. Philippe. Ce dernier présentera en première suisse son documentaire 78/52.

Quant à la section « Diaspora », qui permet à une personnalité exilée de monter des films qui lui rappellent son pays d’origine, cette année, le FIFF donne carte blanche à la rédactrice en chef du magazine Bilan, Myret Zaki, qui nous dévoilera l’Égypte. La section « Hommage à... » célébrera le journaliste, poète et écrivain vaudois, Freddy Buache. Il dirigea aussi la Cinémathèque suisse de 1951 à 1996. Les festivaliers auront la chance de découvrir cinq des chefs-d’œuvre de chevet de Buache. La section « Nouveau territoire », qui s'intéresse à la démocratisation du cinéma grâce au numérique, s'attardera sur la production florissante du Népal. Finalement, la section « Sur la carte de ... » donnera carte blanche à l'écrivain américain Douglas Kennedy. Rendez-vous sur le site du festival pour découvrir les films, les invités et événements dans les détails (l'affiche complète sera dévoilée le 15 mars).

www.fiff.ch Claude Talaber

NI APPÂT DU GAIN, NI GLOIRE ! Alors que le réchauffement climatique se précise, que l'Amérique trumpiste fait marche arrière, jamais le Festival du Film Vert n'aura été autant d'actualité. Ici, les réalisateurs qui projetteront leur documentaire ne sont intéressés ni par l’appât du gain et encore moins par la gloire. Ils chercheront à réveiller les consciences en délivrant des informations complètes, fondées et indépendantes de tout intérêt économique, dans le but d'élargir le débat et proposer une autre vision de notre société. 239 PROJECTIONS, 44 VILLES DIFFÉRENTES POUR 55 SITES ! Cette 12e édition du Festival du Film Vert tend à s'agrandir et c'est tant mieux. Cette année, du 2 mars au 9 avril, pas moins de 239 projections auront lieu dans 44 villes différentes, pour 55 sites au total. Ce festival franco-suisse, qui aura lieu dans tous les cantons romands, mais aussi dans les cantons alémaniques de Berne et Zurich et les régions françaises de Ferney-Voltaire, Saint-Genis Pouilly, Saint-Julien-en-Genevois, Viry et Vulbens, s'annonce véritablement engagé et passionnant. La soirée d'ouverture aura lieu en collaboration avec le Muséum d'Histoire Naturelle de Genève le

samedi 4 mars 2017 en présence de nombreuses personnalités et réalisateurs, qui assisteront à la remise des prix du Festival. LE PRIX TOURNESOL, LE PRIX GREENPEACE ET LE PRIX DE LA FEDEVACO Le 8e prix Tournesol sera remis par un jury international composé de professionnels du cinéma et de personnalités venues de France et de Suisse. Ce jury devra choisir parmi les 5 films nominés par le comité de sélection du Festival. Quant au prix Greenpeace, il sera décerné au film « Futur d'espoir » de Guillaume Thébault, par la porte-parole de l'ONG. Le documentaire s'attarde sur l'agro-écologie avec son lot d'interrogations. Et pour la deuxième année consécutive, la Fedevaco remettra aussi son prix. Cette année, c'est le film documentaire « The True Cost » d'Andrew Morgan, qui a séduit le jury. Le documentaire jette un regard dérangeant sur l'industrie du vêtement.

Pour toutes informations complémentaires : www.festivaldufilmvert.ch Claude Talaber


8

№77 MARS2017

• WWW.DAILY-MOVIES.CH

SWISS MADE

41E JUGENDFILMTAGE DU 15 AU 19 MARS 2017 - ZURICH

Le Festival Ciné Jeunesse, est le plus grand festival du 7e art pour jeunes réalisateurs et réalisatrices de Suisse. Fondé en 1976, ce jadis modeste concours pour jeunes amateurs organisé par l’Association des films d’amateurs de Zurich est devenu au fil des années un important forum pour les réalisateurs et vidéastes en herbe. La compétition de courts-métrages est la manifestation clé du festival: plus de 2’000 jeunes participent chaque année à la réalisation des films envoyés au festival et présentés dans cinq catégories différentes. Ces œuvres sont soumises au regard d’un jury spécialisé qui désigne les lauréats de la compétition. Le concours est agrémenté d’un programme cadre haut en couleurs qui met à l’honneur les jeunes réalisateurs du monde entier tout en offrant un important soutien à l’activité cinématographique helvétique. Cette année au programme de la 41e édition, « Accent » sur le Kosovo. Le festival présentera les œuvres des jeunes réalisées dans le cadre de l’atelier du DokuFest à Prizren, Kosovo. Les films seront diffusés en version originale avec des soustitres en anglais. En parallèle, le public pourra apprécier des nombreuses activités liées au cinéma, en dehors comme à l’extérieur du festival. Et pour les films non-sélec-

tionnés qui sortent du cadre de la compétition de courts-métrages mais qui ont été le coup de cœur du jury, auront la chance d’être diffusés dans le cadre du « Salon des Refusés ». Une belle deuxième chance pour les jeunes réalisateurs qui apporteront une bonne bouffée d’humour et d’originalité au festival. Tout en mettant en avant les œuvres des jeunes réalisateurs, le festival met aussi en avant des activités pour les aider à mieux se vendre dans un marché de plus en plus dur. Des ateliers permettront aux jeunes réalisateurs de 10 à 25 ans d’affûter leur technique et gagner des conseils utiles auprès des pros du cinéma. « Clap ! Clap ! », sera l’atelier à ne pas rater pour les jeunes talents en herbe, passionnés de cinéma qui veulent travailler leurs idées de films, de les présenter et d’entrer en contact avec des professionnels du cinéma et du circuit festivalier. Différents ateliers, dirigés par Filmkids, permettront aux jeunes talents de peaufiner leurs idées de films pour être présentés à un jury professionnel lors du concours de pitching. Les lauréats remporteront un mentorat professionnel pour leur projet de film personnel.

www.jugendfilmtage.ch Carlos Mühlig

12E FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM ORIENTAL DE GENÈVE (FIFOG)

2E EDITION

CARAMELO Y LIMÓN FESTIVAL DU FILM HISPANIQUE DU 13 AU 24 MARS 2017 - GENÈVE

Créé en 2016 par l’Association des Étudiant-e-s en Espagnol de l’Université de Genève, le festival consacré au cinéma hispanique, Caramelo y Limón, s'illuminera cette année encore avec une 2e édition qui s'annonce riche en couleurs. Celle-ci, co-organisée avec l’Association des étudiant-e-s en Socioéconomie et Démographie de l’Université de Genève, se tiendra du 13 au 24 mars 2017 dans trois lieux clés de la ville de Genève : Unimail, la Maison des arts du Grütli et au Cinélux. Et bonne nouvelle : l'entrée est libre ! CARAMELO Y LIMÓN, LE MEILLEUR DU CINÉMA HISPANIQUE. Le Festival permettra au public de découvrir le cinéma hispanique à travers des films aussi variés que sont les films d'auteurs, les drames, les documentaires, les comédies, les thrillers, et même les films d'animation. Oui, le cinéma hispanique est riche et varié ! Il est aussi le reflet de ses sociétés et ses films traitent de sujets et de problématiques contemporaines tels que les droits des peuples autochtones, les droits humains, la condition de la femme ou encore des questions liées à la prostitution, à l’homosexualité ou à l’environnement.

UNE AVANT-PREMIÈRE, LA SÉLECTION DES CONFÉRENCES ET DES PRIX HONORIFIQUES. Officiellement ouvert le lundi 13 mars, le véritable lancement du festival se fera le jeudi 9 mars avec la projection hors-compétition et en avant-première du film cubain « La Partida ». Cette projection sera suivie d'une conférence en présence de son réalisateur Antonio Hens. Quant au documentaire de Justin Webster « Gabo, la magia de lo real », un hommage à l'écrivain, Gabriel García Márquez, il sera projeté en soirée d'ouverture à la Maison des arts du Grütli. S'enchaineront sur plusieurs jours les films « El viaje del acordeón » (2014), « Diarios de motocicleta » (2014), « Sabogal » (2015), « La Zona » (2014), « Conducta » (2015), « También la lluvia » (2014), « La estrategia del caracol » (1990), « Todo sobre mi madre » (1999), « Alias María » (2015), « La isla mínima » (2015), « Relatos salvajes » (2014) et finalement, en film de clôture, l'animation « Pequeñas Voces » (2010). Deux prix honorifiques seront attribués : "Le Prix du Public" et "Le Prix Gaviria". Alors que le premier sera élu par le vote des spectateurs, le deuxième sera décerné par le "Jury des Jeunes Étudiante-s", représenté, cette année, par des élèves en option espagnol du Collège de Sismondi.

www.caramelo-y-limon-festival.com Claude Talaber

DU 01 AU 9 AVRIL 2017 - GENÈVE

La saison des festivals de cinéma bat déjà son plein et la Suisse romande, comme la France voisine, ne sont heureusement pas les parents pauvres du cinéma international. Et la 12e édition du Festival International du Film Oriental de Genève (FIFOG), qui se tiendra aux cinémas du Grütli à Genève, à Versoix, à Lausanne, mais aussi en France voisine, est là pour le prouver. Il servira cette année encore de passerelle entre la culture cinématographique orientale et occidentale, mais pas seulement. LA DIVERSITÉ DU CINÉMA ET LE DIALOGUE INTERCULTUREL. Placé sous le signe de la Culture du dialogue, du vivre ensemble et de la paix, le FIFOG aura cette année encore pour but de promouvoir la diversité du cinéma et le dialogue interculturel. Avec plus de 200 partenaires institutionnels et associations qui soutiennent le festival, 20 lieux sur le bassin lémanique, plus 100 films programmés, regroupant des longs-métrages, des courts-métrages, mais aussi des documentaires tous genres confondus et pas moins d'une cinquantaine de débats avec des réalisateurs et/ou acteurs venus d'Orient et d'Occident, la 12e édition du FIFOG s'annonce d'une richesse exceptionnelle. Et cela sans tenir compte des nombreux événements annexes comme des colloques, des conférences, des expositions, des programmes sco-

laires et des ateliers de formation divers. Les festivaliers en auront sans nul doute pour leur argent ! TAHAR BEN JELLOUN, PRÉSIDENT D'HONNEUR ! Et si les cinq membres du jury qui décerneront le FIFOG d'or et le FIFOG d'argent, les principales récompenses du Festival, ne sont pas encore connus, on peut déjà annoncer que l'écrivain et poète marocain, Tahar Ben Jelloun, sera le Président d'honneur de cette 12e édition du FIFOG. Il le fut déjà en 2014. Idem pour la sélection complète du Festival, celle-ci n'a pas encore été dévoilée au moment où j'écris ces lignes. Mais le FIFOG continuera à explorer les cinématographies les plus originales et les plus innovantes d’Orient et d’Occident à travers ses diverses sections. Et pour ne rien louper de cette 12e édition du Festival International du Film Oriental de Genève, rendez-vous sur www.fifog.com pour y découvrir, au fur et à mesure, les dernières informations à chaud. C'est aussi sur le site du festival que vous pourrez prendre connaissance des informations pratiques. Bon festival à tous !

Claude Talaber

8E FESTIVAL VISAGES DU 10 AU 17 MARS 2017 - MARTIGNY

Avec une programmation de 50 films projetés dans 23 lieux (cave, librairie, café, fromagerie, galerie d'art...), dont chez des particuliers, la 8e édition du Festival de Films Visages, unique en son genre, s'annonce une fois encore riche et variée. Il posera cette année encore un regard sur les relations entre générations. Organisé par Pro Senectute, la plus grande organisation de prestations au service des personnes âgées en Suisse, avec la participation du Manoir de Martigny et de la Ville de Martigny, le festival offrira aux festivaliers une véritable aventure de la vie à travers une palette de films uniques : portraits et histoires de vie qui reflètent des manières d’être au monde. Manuella Maury, journaliste et réalisatrice à « Passe-moi les jumelles », est la marraine du festival. Quant à la présidente de la ville de Martigny, Anne-Laure Couchepin Vouilloz, elle inaugurera le festival avec un message personnel. UN ÉVÉNEMENT POUR TOUTES LES GÉNÉRATIONS. Le film « Les voyages extraordinaires d'Ella Maillart » sera projeté en ouverture du festival et en avantpremière le vendredi 10 mars à 18h00 au Cinéma Casino de Martigny, juste après le discours de Madame Anne-Laure Couchepin. L'équipe du film sera présente lors de la projection.

Puis s'enchaineront pendant une semaine la projection de nombreux longs-métrages, de documentaires, mais aussi de courts-métrages dont plusieurs le seront en avant-première avec la présence de leur réalisatrice ou de leur réalisateur. Festival Visages offrira une sélection de films uniques et éclectiques qui touchera toutes les générations ! DU CINÉMA, MAIS PAS SEULEMENT ! La 8e édition du Festival Visages donnera aussi l'occasion aux festivaliers de s'émerveiller devant plusieurs vernissages (Gardiens de souvenirs, d’Esther Oliveira en sa présence au Manoir, Ella, un parfum de liberté à la Médiathèque Valais, Martigny), devant une exposition photos (Les cœurs noircis, au Manoir) et même d'égayer vos oreilles avec le concert de FanfarCirkus et ses 40 musiciens qui viendront clôturer en beauté cette 8e édition du Festival Visages le 17 mars à partir 20h30. Pour découvrir le programme complet de cette 8e édition du Festival de Films Visages, rendez-vous sur : www.festivalvisages.ch . Vous y trouverez aussi toutes les informations utiles à votre déplacement (prix, adresses, ...).

Claude Talaber


№77 MARS 2017 • WWW.DAILY-MOVIES.CH

9


10

№77 MARS2017

• WWW.DAILY-MOVIES.CH

DVD/BLU-RAY HARAKIRI

DON’T BREATHE

DE MASAKI KOBAYASHI, AVEC TATSUYA NAKADAI ET RENTARÔ MIKUNI

DE FEDE ALVAREZAVEC JANE LEVY, DYLAN MINETTE, STEPHEN LANG

CARLOTTA FILMS

RAINBOW

Notre avis

Notre avis

Lorsque l’un des plus grands réalisateurs japonais (« La Condition de l’homme », « Kwaïdan ») travaille avec l’un des meilleurs scénaristes (Shinobu Hashimoto : « Les Sept samouraïs », « Rashômon »…), que peut-il arriver à part un chef d’œuvre ? Kobayashi livre un chambara (film de sabre japonais) d’une haute portée politique, dans lequel il expose sa vision de l’influence d’une organisation sociale aliénante sur les individus. Au 17ème siècle, Ieyasu Tokugawa a unifié le Japon et mis en place une organisation aussi rigide qu’impitoyable pour contrôler les seigneurs, dissolvant les clans des récalcitrants, jetant sur les routes des dizaines de milliers de rônin (samouraï errant). C’est dans ce cadre qu’Hanshirô Tsugumo, rônin parmi tant d’autres, frappe à la porte du puissant clan Ii. Reçu par

l'intendant, il lui demande la permission d'accomplir le suicide par harakiri dans la résidence. Tentant de l’en dissuader, l’intendant lui conte l’histoire de Motome Chijiwa, un rônin qui a souhaité faire la même chose… Le plan d’ouverture sur une armure aussi hiératique que vide illustre le propos de Kobayashi : les samouraïs s’aliènent en suivant un modèle vide et dépassé. La mise en scène l’illustre avec ses cadres géométriques et ses décors aux lignes droites. Carlotta offre un remaster magnifique, et deux bonus fort bien choisis. Une petite featurette sur la société japonaise féodale, à voir avant le film pour les néophytes, et 29 minutes d’analyse passionnante par le puits de science Christophe Gans, qui décortique le film (à savourer après).

Yamine Guettari

Dans l’état de Détroit, un trio d’ados pleins d’ambitions et de rêves de vie facile et de Californie, ont mis en place un système infaillible, semblet-il. Cambrioler rapidement des maisons bourgeoises afin de constituer un pécule pour leur avenir. La machine paraît réfléchie, puisque qu’ils se servent des clés laissées par leurs propriétaires, clients de la société de sécurité d’un des pères de nos lascars. Seulement voilà, tout plan aussi idéal qu’il puisse paraître a ses failles. C’est sur une de celles-ci que les gamins vont trébucher lorsqu’ils pensent avoir trouvé leur dernier coup, le coup du siècle. Une maison très isolée, dans un quartier pratiquement à l’abandon, habitée par un aveugle vivant seul. La réalité est toute autre, le trio le découvrira à ses dépens, c’est le

moins que l’on puisse dire. Une réalisation arbitrée avec précision, une ambiance plus glauque que réelle et une situation d’une simplicité terrifiante. Voilà la patte de Fede Alvarez dans son élément, le suspens. Pas besoin de surnaturel pour créer un climat de terreur dans ce film. La réalité de la tristesse et les chemins psychotiques qu’elle peut emprunter suffisent à nous glacer le sang. Une édition en blu-ray avec dans les bonus, des scènes coupées (on se demande toujours pourquoi ils font ça) et le décorticage de la mise en scène de l’atmosphère. Bien que ce film soit interdit au moins de 16 ans, le public averti peut sans doute l’apprécier deux ans plus tôt. A vous de voir…

CBB

TONI ERDMANN

DE MAREN ADE, AVEC PETER SIMONISCHEK, SANDRA HÜLLER, MICHAEL WITTENBORN. IMPULS

Notre avis

Ines est une jeune femme ambitieuse qui semble avoir réussi dans les affaires. Elle parait aussi avoir perdu tout sens de la famille et des valeurs auxquelles on s’attache pour avoir un semblant de bonheur. D’ailleurs, ce sont pour elle des questions d’une profondeur trop importante pour pouvoir y répondre. Que veut vraiment dire "être heureuse" ? Elle travaille pour une très grande entreprise à Bucarest, où son job consiste à négocier des restructurations pour le compte d’entreprises qui le demandent. Lors de sa dernière visite en Allemagne dans sa famille, son père s’est dit que quelque chose n’allait pas dans la vie de sa fille. Il décide alors de se rendre à Bucarest à l’improviste, sans s’annoncer. Tout ce que sa fille déteste ! Lui, son truc, c’est la mascarade, les gags à outrance et plus ils sont déroutants, mieux il se porte. Il a en permanence sur lui un dentier qui lui agrandit la bouche, ainsi qu’une perruque noire. Puisque sa fille n’a pas l’air

disposé à communiquer avec lui, c’est par des mises en situation burlesques et rocambolesques qu’il va essayer de l’atteindre, ou, du moins, la déstabiliser suffisamment pour qu’elle arrive à se rendre compte de ce qui lui manque réellement. C’est donc ainsi qu’il va se faire passer pour Toni Erdmann, ambassadeur d’Allemagne en Roumanie, ou alors pour un coach, auprès des relations de sa fille. Peter Simonischek, dans le rôle de ce père déjanté et qui pourrait faire honte si on se prend trop au sérieux, est juste parfait. Une sensibilité qui transparaît au travers de l’intelligence de ses actes. On ne pouvait faire mieux ! Quant à Sandra Hüller, avec une carapace tellement dure, que lorsqu’elle se fend, elle se met littéralement à nu avec une justesse qui

KILL THE KING DE EDDIE O’KEEFE, AVEC EMILY BROWNING, LUKE GRIMES UNIVERSAL DVD

Notre avis

Jack (Luke Grimes) est un ado avec de sérieux troubles mentaux. Il rencontre Karen (Emily Browing) dans une clinique, aussi atteinte de problèmes existentiels. Ils tombent vite amoureux l’un de l’autre et lorsqu’un médecin la maltraite, Jack abat froidement le violeur. S’ensuit alors une aventure sanglante et une course à travers le pays, ce d’autant plus que Jack, lors d’une prise de mescal, rêve que sa mère lui ordonne de tuer Elvis Presley. Ils doivent donc se rendre à Los Angeles, où a lieu le premier concert annonçant le comeback du King. Grimes porte le film par son charisme et son énergie. Browning a ce charme de la femme-enfant qui sait conquérir ceux qui la regardent. En revanche, Livingston est lui médiocre dans le rôle du King : mis à part les rouflaquettes géantes et les grosses

lunettes de soleil, il ne lui ressemble pas. Dépressif et fatigué, Elvis n’a plus goût à grand-chose. Il est surveillé de près par son manager, qui a compris que, pour que l’usine à fric tourne à nouveau, son comeback ne devait pas rater. Il va donc tenter de remotiver le King. Sachant qu’Elvis est mort d’une crise cardiaque, le suspense est absent. Le réalisateur a choisi une narration faisant très documentaire, ce qui empêche de s’attacher réellement aux personnages. Dommage aussi que le fil de l’histoire soit parasité par trop de scènes de la vie dissolue d’un Elvis décadent. Le film est diffusé avec un grain qui le rend légèrement imparfait, comme l’étaient les films des années 70, mais avec trop de reflets jaunasses.

Patricia Beauverd

colle parfaitement à ce rôle. Le long-métrage commence en Allemagne et s’y termine aussi. Cependant tout se déroule en Roumanie où des fragments de la ville nous sont montrés, et où le réalisateur nous permet également de déceler les problèmes économiques que l’on y rencontre. Ce film est d’une cohérence rare et arriver à glisser des scènes pleines d’humour lorsque l’on s’y attend le moins. On ne peut certes pas qualifier ce film de drôle, parce que le sujet, la manière dont il est abordé, ne cadre pas avec un film d’humour. C’est un véritable régal pour les yeux, bien que peut-être un peu long, puisqu’il dure 2h45. C’est donc sans surprise que ce film ait décroché le prix de la critique internationale lors du festival de Cannes.

Patricia Beauverd

AMERICAN CRIME STORY: THE PEOPLE V. O.J. SIMPSON DE SCOTT ALEXANDER ET LARRY KARASZEWSKI, AVEC JOHN TRAVOLTA, KENNETH CHOI 20TH CENTURY FOX

Notre avis « American Crime Story » raconte de fameuses affaires judiciaires américaines qui ont eu beaucoup d’impact médiatique. Les saisons sont indépendantes les unes des autres et la première se concentre sur l’affaire de O.J. Simpson, joueur de football, acteur, mais surtout idole pour un bon nombre d’américains. Au début des années 90, il est accusé de double homicide, celui de son ex-femme et de son ami. Cette saison est très bien produite et portée par un casting incroyable. Si elle traite bien sûr du procès lui-même, elle ne s’y limite cependant pas. Elle n’hésite pas à mettre aussi l’accent sur les tensions sociales de l’époque, persistant encore aujourd’hui entre classes, genres, et surtout races, qui ont constamment été au centre du procès. Ce dernier est absurde,

controversé et remet en question la moralité du spectateur à plusieurs occasions. La première saison a cette capacité d’immerger totalement spectateur dans l’histoire et ce notamment grâce à une superbe réalisation. Ils ont su reconstruire à la perfection les différentes scènes du tribunal à travers une étude attentive des images et des vidéos de l’époque. Deux autres saisons sont en production et devraient voir le jour en 2018. Il est toujours de bon augure quand les producteurs de série laissent passer plusieurs années entre les saisons, vu que cela peut aider à normaliser et améliorer la qualité des produits dans un marché à la fois très exigeant et chaotique qu’est celui des séries télévisées.

Lucas Taddei


№77 MARS 2017 • WWW.DAILY-MOVIES.CH

DVD/BLU-RAY LE MYSTÈRE JÉRÔME BOSCH

JESSICA JONES, SAISON 1

DOCUMENTAIRE DE JOSÉ LUIS LOPEZ-LINARES IMPULS

DE MELISSA ROSENBERG, AVEC KRYSTEN RITTER ET DAVID TENNANT

Notre avis

DISNEY

Notre avis À New York, Jessica (Krysten Ritter) vit seule et gère un cabinet de détective privé, nommé « Alias Investigations ». Elle vit volontairement isolée et soigne ses angoisses post-traumatiques à grands coups de whisky. Seules deux personnes sont au courant de ses capacités physiques horsnormes, c’est-à-dire, de la superforce et la super-agilité dont elle a hérité inexplicablement à son réveil d'un long coma : la première, est son amie et sœur adoptive Patricia Walker (Rachael Taylor), célèbre en ville pour son talkshow radiophonique ; le second, est le super vilain Kilgrave (David Tennant), l'homme qui a utilisé ses pouvoirs psychiques pour la manipuler et l'hypnotiser pendant un an. Lorsque ce dernier revient d'entre les morts, Jessica doit faire face à ses démons et tenter d'af-

fronter celui qui a détruit son intégrité physique et mentale. Tout en images floues et notes au saxophone, le générique indique une ambiance qui se veut similaire à celle d'un film noir avec le gore, les hurlements et les scènes de sexe en plus. Cependant, « Jessica Jones » n'est pas sans souffrir de quelques faiblesses avec quelques incohérences scénaristiques, une baisse de rythme et répétitions d'un épisode à l'autre, ainsi qu’une évolution des personnages parfois franchement à côté de la plaque. Fort heureusement, il y a les personnages secondaires gravitant autour de Jessica qui viennent sauver la mise en étant plus travaillés et intéressants que ceux mis en avant par le scénario.

Le mystérieux peintre flamand du XVIème siècle, auteur de l’œuvre célèbre « Le Jardin des Délices » qui a emporté son secret dans la tombe, les experts et les amoureux de la peinture n’ont de cesse de déployer leurs connaissances artistiques et psychanalytiques pour en déceler l’essence. Cette peinture, nommée « Le Jardin des Délices », n’a pas toujours eu ce nom. Au départ personne ne connaît le patronyme choisi par Bosch ou El Bosco. Sa première appellation est « La Variété du Monde ». Bien que ce ne soit pas la seule toile riche en éléments, elle figure entre celles qui ont fourni les plus extravagants et plus divers. La fascination réside surtout dans le fait qu’aucune explication de son auteur ou de ses contemporains n’ait jamais été fournie. Du coup,

nombre de personnes au cours des siècles ont consacré du temps et parfois leur vie au délicat exercice qu’est celui de capter le message de cet artiste, Il y en a-t-il vraiment un ? Est-ce une description du monde et de la société européenne du XVIème siècle ? Est-ce un rêve éveillé ? Est-ce la vision du monde d’un individu ou sa perception ? Tant de questions que se posent toujours les experts en Histoire de l’Art, les psychanalystes, les touristes curieux et les fervents admirateurs de cette œuvre. Ce documentaire, tourné comme une enquête, met à jour ce qui est admis et ce qui ne l'est pas encore. Cela dit, dans l’art, mieux vaut ressentir les œuvres plutôt que de les comprendre.

CBB

Camille Pauline Brandt

MORGAN De Luke Scott, Avec Anya Taylor-Joy, Kate Mara, Toby Jones, Rose Leslie et Michele Yeoh 20TH CENTURY FOX

Notre avis Morgan (Anya Taylor-Joy) est un être mihumain mi-démon, issu d’une expérience scientifique secrète, destinée à bouleverser l’évolution humaine. Lorsque ce sujet génétiquement modifié, s’en prend à une personne de son entourage avec une force et une violence rarement vue, une question se pose : des possibilités illimitées peuvent-elles compenser la survenance de dangers imprévisibles ? Lee (Kate Mara) est envoyée sur les lieux avec les pleins pouvoirs pour prendre la décision qui s’imposera suite à une évaluation qui doit être faite par un psy spécialisé. Elle se rend vite compte que Morgane a perdu le contrôle d’elle-même, et qu’elle est en proie à des crises de folie. Plus personne n’arrive à la

diriger d’aucune manière. Anya Taylor-Joy est admirable dans le rôle de cette enfant de 5 ans super évol u é e , ave c u n co r p s d e jeune femme et qu’on dirait sans cesse en proie à des hallucinations, le regard vide, ne sachant elle-même ce qu’elle va faire. Kate Mara, dans le rôle de Lee est remarquable également, ayant une espèce de double personnalité qui va s’affirmer tout au long du film, au point qu’on finit par se demander si elle n’est pas elle aussi un robot humanoïde.

INTRUDERS D’ADAM SCHINDLER, AVEC BETH RIESGRAF, RORY CULKIN DINIFAN

Notre avis Ce thriller relate l’histoire d’Anna Rook, une jeune femme agoraphobe. Un jour, trois hommes, convaincus qu’elle est absente, pénètrent chez elle dans l’intention de la cambrioler. C’est avec stupeur qu’ils découvrent que non seulement qu’Anna a été témoin de leur intrusion, mais qu’elle est incapable de fuir la maison, même lorsqu’elle est proie à un grand danger. Décidant de tirer cette situation à leur avantage, ils ignorent qu’ils vont entrer dans un jeu dangereux… Doté d’un scénario cohérent et d’un rythme stable, « Intruders » parvient à créer de la tension chez le spectateur, mais n’arrive pas à aboutir à l’explosion de sensations à laquelle il s’attendait. Il y a une volonté de conserver un certain réalisme dans les événements, mais les dialogues répétitifs et le manque de crédibilité des assaillants d’Anna, donnent au film un ton qui sonne faux. En bref, rien de remarquable.

Diana Jeronimo

LES 7 MERCENAIRES D’ANTOINE FUQUA, AVEC DENZEL WASHINGTON, CHRIS PRATT, ETHAN HAWKE

L’histoire se déroule dans une très vieille bâtisse perdue dans la forêt avec un laboratoire high-tech. Les combats sont réglés au millimètre près et la musique nous garantit de sursauter bien quelques fois, tant par les pointes de volume que par les crescendos. En bonus dans ce bluray, des scènes inédites, le commentaire audio de Luke Scott, le court-métrage « Loom », ainsi qu’un documentaire intitulé « Organisme modifié », expliquant l’apport de la science du film.

Patricia Beauverd

MA VIE DE COURGETTE DE CLAUDE BARRAS PRAESENS

Notre avis

RAINBOW

Notre avis Le remake de ce classique du cinéma nous offre une version modernisée tout en respectant les codes du genre. Sans perte de temps, le spectateur est rapidement immergé dans l’histoire de ce village dont les habitants, oppressés par un tyran, vont faire appel à un groupe de mercenaires pour que ces derniers les aident à se débarrasser de son emprise. Faire une nouvelle version d’un western culte était une mission casse-gueule, mais qui est ici réussie grâce à un casting efficace, un scénario ne souffrant pas de temps morts et une mise en scène énergique qui a su garder l’esprit de celle de 1960, tout en rajoutant une touche plus actuelle où on peut voir en filigrane une critique du capitalisme moderne. Denzel Washington et ses acolytes n’ont pas à rougir devant leurs illustres aînés Yul Brynner ou Steve McQueen, les 7 mercenaires du 21ème siècle ayant accompli leur mission avec brio.

Pedro Lopes

Courgette est un petit garçon qui, lorsqu’il perd sa mère, se voit placé dans un foyer pour enfants. Au départ triste et se sentant seul au monde, il va peu à peu découvrir un sens à la vie grâce aux autres enfants du foyer, tous porteur d’histoires aussi délicates qu’affectueuses et notamment grâce à la jolie Camille. Avec une bande de copains et tellement de choses à connaitre de la vie, il y a même de la place pour Courgette de pouvoir devenir heureux. Ce film d’animation est un pur joyau tant d’un de point de vue esthétique tout simplement superbe, avec un travail titanesque pour donner vie à ces marionnettes mais aussi et surtout grâce à une histoire touchante, des personnages attachants ainsi qu’une belle simplicité et leçon de vie. On en ressort bouleversés par toute l’émotion qui s’en dégage. « Ma vie de courgette » est un film poétique, poignant, qui serre le cœur et donne de l’espoir, un magnifique moment de cinéma.

Pedro Lopes

11


12

№77 MARS2017

• WWW.DAILY-MOVIES.CH

DVD VIKING : LA FUREUR DES DIEUX DE TOM BARKER, AVEC HOLLIE BURROWS, JAMES COOKE DISQUES OFFICE

Notre avis Des hordes de Vikings déferlent sur les côtes et les territoires européens. Ils saccagent tout sur leur passage, violent des femmes innocentes, etc. Ce film, qui porte le sous-titre puissant « La Fureur des Dieux » est, en fait, une farce remplie d’aberrations historiques. Les combats et le montage sont d’une bêtise risible, les costumes, incomplets, et les « méchants » manquent d’expressions. L’histoire de base aurait pu donner un bon suspense, même si elle est bancale d’un point de vue académique, mais bon, on ne va pas tout jeter

non plus. Les deux éléments qui sont bien, quand même, sont la pochette du film et la musique. À notre avis, ils ont dû jeter inconsciemment tout le budget sur la bande originale, pour se retrouver finalement ahuris devant ce qu’il restait pour le reste de la réalisation. Ils pourraient à la limite recycler ce long-métrage pour faire un clip pour un groupe de Metal Viking ou de Folk Metal, mais vraiment en dernier recours de sauvetage. Dommage !

CBB

SCANDALE SAISON 4 DE SHONDA RHIMES, AVEC KERRY WASHINGTON, TONY GOLDWYN DISNEY

Notre avis A la fin de la troisième saison, Olivia Pope était partie se réfugier sur une île avec Jake. Ne pouvant pas fuir éternellement la réalité, elle revient à Washington. En son absence, ses anciens associés ont tourné la page en se trouvant de nouvelles carrières. Fitz et Mellie, quant à eux, essaient, tant bien que mal, de se remettre de la mort de leur fils. À peine rentrés, Jake est accusé d’être l’instigateur de son assassinat et emprisonné. Toutes les preuves sont contre lui, mais Olivia a le pressentiment que la vérité est tout autre et décide de

mener sa propre enquête. Cette saison 4 possède plus d’énergie que la précédente et est remplie de complots, revirements inattendus et d’un scénario bien ficelé. Rhimes ne craint pas de toucher courageusement à des thématiques complexes et controversées, et de venir maintenir ce point de vue. N’oubliant jamais que la politique reste centrale à la série, elle creuse néanmoins d’avantage la psychologie des protagonistes dans cette saison.

Diana Jeronimo


№77 MARS 2017 • WWW.DAILY-MOVIES.CH

13


14

№77 MARS2017

• WWW.DAILY-MOVIES.CH

IL FAUT L'AVOIR VU

THE SHINING

De Stanley Kubrick Avec Jack Nicholson, Shelley Duvall, Scatman Crothers, Danny Lloyd

TIRÉ DU LIVRE ÉPONYME DE STEPHEN KING, « SHINING » A ÉTÉ ADAPTÉ ET RÉALISÉ EN 1980 PAR STANLEY KUBRICK. CE FILM, QUI INTERVIENT DANS LA FILMOGRAPHIE DE KUBRICK JUSTE APRÈS « BARRY LYNDON », SORTI EN 1975, ÉTAIT CENSÉ LUI PERMETTRE DE FAIRE À NOUVEAU UN SUCCÈS COMMERCIAL. EN EFFET, « BARRY LYNDON » AYANT ÉTÉ UN ÉCHEC SUR LE SOL AMÉRICAIN, KUBRICK SE DEVAIT DE CHOISIR UN SUJET PLUS EN ADÉQUATION AVEC LES ATTENTES DU PUBLIC DE L'ÉPOQUE. HERE'S JOHNNY Dans les années 80, Jack Torrance, interprété par le multi oscarisé Jack Nicholson, et sa famille se voient confier la garde et l'entretien du Overlook Hotel qui, du fait des fortes chutes de neige, reste fermé au public pendant la saison d'hiver. Cet hôtel a comme particularité d'avoir été le théâtre du meurtre de la famille du précédent gardien du Overlook Hotel et du suicide de ce dernier. L'isolement étant long, il vaut mieux être doté d'un fort caractère et d'une grande résistance à la solitude pour occuper le poste de gardien. Jack étant écrivain, il se dit que les conditions qu'offre ce travail lui permettront de trouver l'inspiration pour son prochain livre. Mais en y regardant de plus près, le Overlook Hotel n'était peut-être pas la meilleure destination pour Jack, sa femme Wendy et leur jeune fils Danny... LA PEUR D'AVOIR PEUR. « Alien » de Ridley Scott, « Les Dents de la mer » de Steven Spielberg ou « Shining » de Stanley Kubrick sont autant de films qui partagent le même but : créer une angoisse profonde auprès des spectateurs. La grande différence entre un film angoissant et un film d'horreur réside dans l'art de réaliser le film. C'est bien le réalisateur qui, par le choix de ses plans et de son montage, va créer un film qui va faire sursauter les gens dans la salle de cinéma ou alors les faire avoir des cauchemars pendant des semaines. En effet, la plupart des réalisateurs de films d'horreur ont la maladresse de proposer des scènes ou des plans uniquement présents pour nous faire sursauter (ndlr : les fameux jumpscares). Combien de fois avons-nous sursauté lorsqu'un personnage fermait le miroir de sa salle de bain pour découvrir qu'un autre personnage était arrivé sans prévenir ? Cette méthode est certes efficace mais elle permet au spectateur de crier un bon coup, de sauter sur place et, finalement,

de rire un peu. Au final, le spectateur reçoit la permission de libérer toute la tension qu'il ressentait depuis le début du film. La suite est simple, on rentre à la maison et on passe à autre chose. A l'inverse, un film qui va faire monter en vous une tension énorme, sans jamais vous permettre de souffler, va vous atteindre au plus profond de vous-même. Vous serez toujours à l'affût d'un moment vous permettant de relâcher la pression telle une soupape prête à exploser. Les grands réalisateurs cités plus haut l'ont bien compris et ont donc adapté leur réalisation pour amener le spectateur à ressentir cette sensation étrange qui est d'avoir peur de la peur elle-même. Au final, on ressort de la salle de cinéma avec une angoisse profonde que l'on n'aura pas pu libérer durant le film. C'est à ce momentlà qu'on se maudit d'être allé à la dernière séance du soir. LA FOLIE SOUS DIFFÉRENTES FORMES De caractère timide et réservé, Stanley Kubrick était un tout autre homme sur un plateau de tournage. Génie créatif, visionnaire et perfectionniste, Kubrick imposait un rythme de travail complètement fou tant à ses techniciens qu'à ses acteurs. Il n'était pas rare qu'une prise soit retournée plus de 100 fois d'affilée et que les acteurs craquent sous l'emprise de ce dictateur mégalomane pour qui la fin justifie les moyens. Shelley Duvall, qui interprète Wendy, la femme de Jack, en a fait les frais lors du tournage de « Shining ». Pour que Kubrick obtienne la juste interprétation de sa part, il avait pour habitude de terroriser la pauvre femme au point qu'elle commença à perdre ses cheveux. Les personnages de « Shining » ont par ailleurs tous pris un peu de la folie de Kubrick. Par exemple, Danny possède un don appelé le shining. Ce don lui permet de voir des choses que d'autres ne voient pas, de lire dans les pensées des gens et, possiblement,

d'influencer les gens qui l'entourent. Pas étonnant que Kubrick ait dit qu'il s'identifiait beaucoup à ce personnage. CHAMBRE 237 En 1962 John Fitzgerald Kennedy prononce un discours qui restera dans l'histoire. Il promet aux Américains qu'avant la fin des années 60, un américain aura marché sur la lune. Dans la course à la conquête spatiale, les Russes avaient une avance certaine, grâce notamment à Yuri Gagarine, premier homme dans l'espace. En 1969, Neil Armstrong devient le premier homme à poser le pied sur la lune. C'est un petit pas pour l'Homme et un grand pas pour l'humanité, dit-il à son arrivée. Ouf ! Les Américains ont sauvé l'honneur. A quelques mois près, le discours de Kennedy serait resté dans les annales comme étant la plus grande blague de tous les temps. Heureusement pour lui, la NASA a su déjouer tous les pronostics qui emmenaient les Russes sur le sol lunaire avant les Américains. Mais grand exploit technique et logistique ou supercherie à échelle planétaire ? La question se pose encore aujourd'hui et bien des complotistes s'accordent à dire que les images diffusées à la télé ont en réalité été tournés en studio. Le film « Opération Avalanche » de Matthew Johnson sorti en 2016 est d'ailleurs entièrement centré sur de la grande question de savoir si oui ou non l'Homme a marché sur la lune en 1969. A première vue, rien à voir avec « Shining », et pourtant, un grand nombre d'analystes s'accordent à dire que Stanley Kubrick, au travers de ce film, a avoué au grand public qu'il était lui-même le réalisateur derrière les fausses images de l'alunissage d'Apollo 11. En effet, à plusieurs reprises, des éléments étranges des décors du film tendent à conduire vers un aveu filmique de Kubrick, sûrement pris de remords par cette supercherie planétaire. « Room 237 », un documentaire sorti en 2012, revient en long et en large sur les mystères que cache « Shining ». Nous vous conseillons de le découvrir en post-scriptum du film. Ensuite, à vous de juger…

Damien Mazza


№77 MARS 2017 • WWW.DAILY-MOVIES.CH

15

MUSIQUE DE FILM A MONSTER CALLS

SNOWDEN

Fernando Velázquez

Alex Somers

BACKLOT MUSIC

De Craig Armstrong & Adam Peters

LAKESHORE RECORDS

Notre avis

DEUTSCHE GRAMMOPHON

notre avis

notre avis

Fidèle compositeur de Juan Antonio Bayona, Fernando Velázquez retrouve l’auteur de « L’Orphelinat » pour son bouleversant drame fantastique et livre une nouvelle partition habitée. Tantôt douce, tantôt puissante, la bande-originale de « A Monster Calls » réussit à capter toute la richesse des émotions proposées par le récit, et participe grandement à son impact viscéral. Quand le morceau « Montage » souligne le fort lien unissant le héros à sa mère à travers le dessin, le cauchemar récurrent qui voit ce lien menacé est rendu d’autant plus terrifiant par la présence de chœurs oppressants. Le très beau thème principal illustre à merveille cette variété émotionnelle, mêlant les douces notes de piano aux cordes galvanisantes. Enfin, pour accompagner le générique final, la composition de Velázquez est complétée par le morceau « Tear Up This Town », interprétée par le groupe Keane. Une ultime chanson belle et inspirante qui, à l’image du reste de la bande-originale, évoque toute une palette de sentiments. La seule écoute de la musique de « A Monster Calls » suffit ainsi à réveiller le choc émotionnel provoqué par le film. Thibaud Ducret

Le classique du mois

CAPTAIN FANTASTIC

Pour un film qui s’ouvre avec un silence magistral, celui de la nature, du vent, et du craquement des arbres, « Captain Fantastic » devient, au fil des mélodies qui habitent les images, une réussite musicale qui nous emporte dans l’univers bien particulier d’Alex Somers, producteur de cette B.O. Il ‘ouvre à un registre de film différent et enregistre un album poétique et céleste que l’on écoute en fermant les yeux et laissant libre cours aux souvenirs et à l’imagination. Il collabore avec Jónsi, du fameux groupe islandais « Jónsi & Alex », ainsi qu’avec le frère du réalisateur, Kirk Ross. Ensemble, ils bercent les images de douces suites de notes hétérogènes et originales, tandis que s’ajoutent une pincée de cornemuse rock (« Scotland the Braver » - Murray Huggins), quelques onces de musique classique (« Goldberg Variations – Glenn Gould »), et l’incroyable reprise par les acteurs eux-mêmes de « Sweet Child’O Mine » de Guns & Roses, avec une authenticité, une joie et une simplicité qui tracent un dernier sourire dans les oreilles du spectateur. Camille Mottier

Pour la B.O. tirée de son Biopic « Snowden », le réalisateur Oliver Stone fait de nouveau appel à son duo de compositeurs Craig Armstrong & Adam Peters avec qui il avait déjà collaboré pour ses précédents long métrages. Les compositeurs mettent ici l’accent sur des mélodies rythmées et intenses avec une influence techno qui font ressortir tout le suspense du long-métrage et nous plongent directement dans l’univers stressant et très anxiogène dans lequel se trouve l’ancien agent de la CIA et de la NSA Edward Snowden. Les deux musiciens remplissent parfaitement leur cahier des charges en livrant une musique haletante, soutenue par des effets cybernétiques qui tiennent en alerte le spectateur et ceci dès le générique d’ouverture avec les titres « Hotel Mira » et « Burden Of Truth ». Il n’est pas toujours facile d’illustrer ce genre de films très « cérébraux », mais le défi a été relevé haut la main par Armstrong et Peters dont la puissante B.O. donne envie aux spectateurs de revoir le film Pauline Brandt

TWISTER

MANCHESTER BY THE SEA

STORKS

par Lesley Barber

Mychael Danna et Jeff Danna

DE MARK MANCINA

MILAN MUSIC

WATERTOWER MUSIC

LA-LA LAND RECORDS

notre avis

notre avis

notre avis Revenu d’une petite traversée du désert grâce à « Vaiana », Mark Mancina fait à nouveau parler de lui. À l’époque, sa composition était taxée de lourdeur à cause du recours systématique à une chorale. Aujourd’hui, c’est plutôt l’usage épisodique de soli de guitare (le hard rock FM était à la mode…) qui pourra faire sourire. Dans l’ensemble, « Twister » est une B.O d’action remarquable, qui bénéficie des talents de mélodiste de Mancina et de son goût pour l’orchestre et les percussions. Pascal Knoerr

Mais qui se cache donc derrière la magnifique bande originale de Manchester By the sea ? Et bien c’est Lesley Barber, une musicienne chevronnée qu’on a pu découvrir au cinéma avec la musique du film When the night is falling (1995) réalisé par sa compagne Patricia Rozema. Après une première collaboration avec le réalisateur Kenneth Lonergan (You can count on me, 2000), la compositrice le retrouve pour Manchester by the Sea. Pour accompagner ce film qui offre sans doute à Casey Affleck l’un des rôles les plus poignants de sa carrière, la bande originale (du film) mêle piano, violon et voix a cappella, en tout, seize morceaux composés par Lesley Barber ainsi que par d’autres artistes comme Gerhard Kanzian, Ed Lewis, et Musica Sacra Chorus and Orchestra. Avec une composition à la fois intuitive, ample et intense, Lesley Barber prouve encore une fois son aisance à transmettre des émotions et à ajouter les couleurs justes aux drames. Dans un tout autre registre, la compositrice confie qu’elle se sent aujourd'hui d’attaque pour travailler sur le score d’un Blade runner. Mariama Balde

Quand on pense film d’animation on ne pense pas forcément B.O. exceptionnelle, à part pour certains Pixar. Et celle-ci confirme la règle… Mais en même temps, qu’est-ce qu’il fallait attendre d’un film si innocent et enfantin que « Storks » (« Cigognes et Cie » dans son infâme et racoleur titre VF) ? Il suffit d’une B.O. dynamique qui peut facilement ajuster son ton aux émotions changeantes de l’histoire du film. En ce sens, les deux frères compositeurs ont réussi leur pari. Leur musique rythme aussi bien les passages comiques que tristes. Ils aspirent de l’orchestre toutes les couches musicales que celui-ci peut offrir. Pourtant, il convient de noter que ce duo au talent indéniable se cache derrière le brillant « Le Voyage d’Arlo » (ainsi que « Regeneration », « Moneyball », « Transcendence »...). En passant de Pixar à Warner Animation, l’exigence semble avoir baissé, et cette B.O. de « Storks » ne s’élève pas à la hauteur subtile des précédentes. Brian Aubert


№77 MARS2017

EN COULISSES

• WWW.DAILY-MOVIES.CH

NANAR, MON AMOUR! « MAD FOXES  » CE MOIS-CI UNE PRODUCTION LOCALE, DU « ROGER CORMAN ALPIN », L’ILLUSTRE ERWIN C. DIETRICH QUI SE SPÉCIALISA DANS LES PRODUCTIONS DE SÉRIES Z À X, AUSSI DIVERSES QUE RACOLEUSES. Rarement un nanar aura flatté aussi farouchement les bas instincts de son public. « Mad Foxes » (« Los violadores » en espagnol, pas besoin de vous faire la traduction) conte les histoires de vengeances multiples entre un héros solitaire quelque peu insupportable et une horde de néo-nazis quelques peu nudistes. BIKERS NAZIS NUDISTES Notre héros Hal, qui menait jusqu’alors une existence plutôt flegmatique, va connaître une douloureuse descente aux enfers et céder à l’instinct de violence qui sommeille en lui. Lors d’une banale sortie en voiture avec sa petite amie qui veut fêter son 18ème (!) anniversaire en boîte, notre quadra ténébreux se fait emmerder au feu rouge par ce qui semble être un nazi à moto (je dis semble car tous les nazis du film portent un brassard alternativement sans la croix gammée en extérieur et avec dans les scènes d’intérieur, la faute à l'interdiction d'arborer des symboles nazis en Espagne). Hal voit rouge et tue le motard malpoli dans un splendide accident de circulation extrêmement mal monté. Hélas, outre leur caractère notoirement rancunier, les Nazis se déplacent en bande. Dès leur sortie de boîte, Hal se fera casser la gueule par la bande de nazis revanchards et sa copine se fera violer, inaugurant là une succession de scènes d’une violence crapoteuse dont le caractère sordide est tellement excessif et racoleur qu’il en devient complètement crétin. Sur cette palette de violence filmique se mélangent avec imbécilité les situations putassières et une ribambelle de personnages nigauds consanguins, donnant ainsi une couleur déconcertante. Cette dernière étant barbouillée avec balourdise et imprécision sur l'écran par l’intermédiaire d'acteurs déplorables qui adorent en faire trop. Surtout déguisés en Nazis qui font la fête tout nu. PEDOBEAR EN RUT Mais revenons au récit. Pour ceux qui se poseraient la question : Hal s’en sort bien, merci pour lui. Le lendemain matin, après une introspection de quelques minutes sur les événements de la veille, il se sert un whisky et appelle son pote qui dirige un club de karaté pour les envoyer casser du nazi. Vous aurez compris

que ce n’est pas Hal qui se vengera par lui-même. Non en fait Hal il préfère confier sa vengeance à d’autres. Avec Hal, la vengeance n’est pas un plat qui se mange froid, non : c’est plus une raclette qui se partage à plusieurs. Après une scène de baston foutraquo-molle, les nazis verront leur chef mourir, étouffé avec son propre pénis tranché par les karatékas. L'histoire s'arrête-t-elle là ? Non, car les nazis décideront à leur tour de se refaire justice eux-mêmes en s’en prenant à la famille et aux amis d’Hal. C’est l’escalade dans la violence ! Pendant ce temps-là, notre Hal national a beau collectionner les morts brutales autour de lui depuis le début de l'histoire, ça ne l’empêche absolument pas de baiser comme un adolescent. Du coup, même avec le maximum de bonne volonté, on a quand même un peu de mal à le trouver sympa. Débordant mélange de prétention, de suffisance et de nonchalance, on n'arrive à espérer qu’une chose : c’est qu’il se fasse casser la gueule. Par n'importe qui, même par les nazis. Bref : violence, sexe, crétinerie, vulgarité, remplissage, voiture de sport, et en prime une bande-son hard rock par nos compatriotes de Krokus… Erwin C. Dietrich, en producteur madré, a coché toutes les cases du film d’exploitation de l’époque, tandis que le réalisateur Paul Grau, en tâcheron audacieux, a poussé les potards à fond. Le film laisse toutefois un sentiment mitigé : entre les désirs du nanardeur de voir un film généreux, et le curieux sentiment, éprouvé ponctuellement, de ne pas en avoir désiré autant que ça. Car au nom de la Sainte Trinité de la violence, du sexe et du remplissage inepte de pellicule, « Mad Foxes » nous apparaît comme le prophète d’un genre qui nous étonnera toujours : celui de la bêtise cinématographique qui, à trop vouloir en faire, nous fait trop rire.

Fabien Gardon Retrouvez l'intégralité de cette critique – et des centaines d'autres – sur nanarland.com, le site des mauvais films sympathiques

DAILY MOVIES 77 – MARS 2017 Daily Media sàrl/Daily Movies, Rue Gutenberg 5, 1201 Genève, +41 (22) 796 23 61, info@daily-movies.ch, www.daily-movies.ch Impression : PCL Presses Centrales SA. Création/Mise en page : Julien Dejeu, juliendejeu.ch Directeur de Publication : Carlos Mühlig Directeur de Publication adjoint : David Margraf Rédacteur en chef : Yamine Guettari Blu-Ray/DVD : Diana Jeronimo et Pedro Lopes Musiques de Films : Yamine Guettari Responsable Il faut l’avoir lu/vu : Damien Mazza Abonnement/Distribution : abo@daily-movies.ch / distro@daily-media.ch Corrections : Yamine Guettari, David Margraf, Carlos Mühlig. Webmaster : Ryan Ferri, anaon.ch Remerciements : à tous les annonceurs, collaborateurs, partenaires, abonnés et toutes les personnes grâce à qui Daily Movies existe !

Paraît 9 fois par an.

ACCESS POINT DISPONIBLE DANS LES FNAC, LES CINÉMAS INDÉPENDANTS, LES CINÉMAS PATHÉ, MEDIAMARKT, ETC. TOUS LES LIEUX SUR WWW.DAILY-MOVIES.CH/DISTRO

PROCHAINES SORTIES

16

01 MARS 2017  American Pastoral  La démocratie vue d’avion  Paula 08 MARS 2017  Kong: Skull Island (3D)  Paris pieds nus  Patriots Day  Sette Giorni 15 MARS 2017  I Am Not Your Negro  La Cité perdue de Z  The Other Side of Hope  Tadmor 22 MARS 2017  Cahier africain  La Belle et la Bête (3D)  Sage Femme  Rammstein : Paris 29 MARS 2017  Baby Boss  El ciudadano ilustre  Gangsterdam  Telle mère, telle fille  A United Kingdom  Une Vie ailleurs  Impasse

Daily Movies 77 - Mars 2017  

Toute l'actualité du cinéma en Suisse dans le numéro de Mars 2017 de Daily Movies www.daily-movies.ch

Read more
Read more
Similar to
Popular now
Just for you