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les hauts plateaux

gregoire montjaux


L’idée des « Hauts plateaux » est venue de la rencontre d’un appareil photo et d’un lieu, les hauts plateaux du Vercors. En ce qui concerne l’appareil photo, il s’agit d’un Holga (appareil en plastique aux qualités optiques médiocres) dont j’ai élargi le champ de vue en découpant les montants de la chambre noire. L’idée est que les vues n’aient pas de bords nettement délimités mais qu’ils se fondent lentement jusqu’au noir. Cette particularité permet ensuite de superposer partiellement plusieurs vues sur le négatif pour créer une image panoramique sans que les bords de chaque vues ne soient discernables. Je connais les hauts plateaux du Vercors pour en avoir parcouru de nombreuses parties en randonnée. C’est un lieu que j’aime particulièrement, on est frappé par son immensité et ses espaces sauvages préservés, des lieux où l’on ressent fortement sa petitesse et son isolement. L’idée de traiter ses paysages à la forte dominante horizontale par des images panoramiques s’est imposée comme une évidence. En dehors de leur aspect purement esthétique, les ‘’défauts’’ de l’image (alternances de zones nettes et floues, les superpositions aléatoires) amènent une part d’étrangeté, d’irréel ou de magie qui fait souvent défaut à une photographie plus réaliste et plus lisse. C’est une manière de conserver une part de l’émotion que l’on ressent lorsque que l’on est immergé dans un paysage, émotion que l’on perd trop souvent dans la photographie conventionnelle.


apparitions

cathy lehnebach


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davy jourget


Peux-tu te présenter en quelques mots ? Davy : J'ai 36 ans, je vis en Charente maritime, à Rochefort. J'ai une double activité photographique : une personnelle et une professionnelle. Je pense que mon premier achat d'appareil doit dater de 1999 ou 2000, donc ça fait

Comment t'es-tu mis à la photo?

14 ou 15 ans à peu près que j'ai commencé la photo.

Davy : A l'origine, je n'en faisais pas du tout. Je me souviens avoir fait quelques voyages quand j'avais 17-18 ans et ça me paraissait vraiment superflu comme pratique. J'étais presque “anti-photo”. J'avais envie de profiter pleinement de ce que je faisais sans avoir à créer du souvenir immédiatement. Et puis quelques temps plus tard, je sais pas pourquoi, j'ai eu envie de m'acheter un appareil. Je crois que l'objet me plaisait bien, j'avais envie d'essayer ce truc là donc je l'ai acheté. Je m'y suis mis doucement et puis ça a pris de plus en plus de place. Au delà du fait que ça me plaisait, j'avais la sensation de pouvoir m'exprimer plutôt bien avec. En tous cas, la façon dont mes photos étaient reçues par les autres me plaisait. Je sentais que c'était un langage qui peutêtre me conviendrait. Comme je suis assez feignant, quand je trouve un truc qui semble m'aller bien sans que je fasse trop d'effort, ça me plait d'autant plus. A ce moment là, je nourrissais encore pas mal d'ambition en matière d'écriture mais je n'étais vraiment pas satisfait de ce que je faisais. Je me souviens que les premières années où je pratiquais la photo, souvent je disais que c'était un pis-aller : d'une certaine façon c'était parce que je n'avais pas réussi à écrire que je m'étais rabattu sur la photo.

Donc petit, tu ne faisais pas du tout de photo ? Davy : Non. Mon plus lointain souvenir... en CM2, je suis allé dans un parc ornithologique dans le cadre d'un voyage scolaire et j'ai fait des photos avec une sorte de jetable ou un appareil en plastique. Je crois que je n'ai jamais vu le résultat. J'adorerais imaginer que la pellicule est en fait toujours disponible quelque part et que je pourrais la développer. J'ai dû faire des photos d'oiseau toute la journée avec un jetable, je ne sais pas ce que ça pourrait donner


Te rappelles-tu de la première photo que tu as faite qui t'a marquée ? Davy : Ha oui, je m'en rappelle bien ! C'est justement cette photo qui m'a donné l'impression que je pouvais faire quelque chose avec ce médium. J'avais acheté l'appareil en mars ou avril et l'année suivante, j'ai suivi un petit cursus à l'université d'Arts du spectacle. Il y avait un cours photo que je suivais et le premier exercice qui nous a été demandé était de réaliser un autoportrait. J'ai réalisé un autoportrait qui a marqué les esprits lorsque je l'ai présenté et qui m'a moi-même marqué de par la façon dont je l'avais réalisé. J'étais parti en balade dans un coin de campagne, j'étais tout seul, il faisait très gris, très humide et je m'étais réfugié un petit moment dans une cabane en pierre comme on en trouve parfois au milieu des champs, là où les agriculteurs rangent un peu de matériel. Et puis, sans vraiment réfléchir, j'ai réalisé un autoportrait dans ce petit espace : nu, de dos, à genoux, une main qui agrippait une petite fenêtre, la tête baissée qui donnait l'impression que j'étais décapité. En fait, je n'avais tellement pas maitrisé consciemment tout ça, et cet autoportrait avait été reçu de façon tellement forte par mes camarades de l'époque que ça a été déclencheur pour moi.

On retrouve beaucoup d'autoportraits dans ta production. Davy : Effectivement, on peut dire que j'ai beaucoup pratiqué l'autoportrait. Je ne vais pas me cacher derrière ce prétexte parce que j'ai un côté sans doute narcissique et que le sujet m'intéresse, mais à de nombreuses reprises c'était aussi parce que j'étais le modèle le plus disponible que je connaissais. Je ne cache pas que la partie « réflexion sur soi-même » ou « jeu avec soi-même » est aussi présente, mais je pense que sur certaines séries ou photos, j'aurais pris plaisir à travailler avec quelqu'un d'autre si ça n'avait pas été aussi compliqué, à mon sens, d'organiser les choses.

En quoi consiste ta pratique professionnelle? Davy : Je fais essentiellement du mariage, je fais aussi un peu de portrait, j'ai fait un petit peu de photo de plateau pour le cinéma et puis divers expériences un peu plus anecdotiques : photos d'objets etc... Je suis prêt à répondre à des demandes très diverses mais ce sont les domaines dans lesquels j'ai réussi à travailler jusque là de façon régulière. De plus en plus, j'essaie de tracer des ponts entre mon activité personnelle et mon activité professionnelle en amenant certaines de mes pratiques, notamment liées à l'utilisation du grand format et l'argentique vers mes propositions commerciales. Ce sont des choses qui sont en train de prendre corps.


Travailles-tu à horaires fixes? Davy : Non, je n'ai pas d'horaire. Je travaille dès qu'on m'appelle. Je n'ai pas une activité professionnelle florissante donc je saute sur toutes les occasions. Je travaille un peu à n'importe quelle heure de la journée entre 8h et minuit si nécessaire. Mais il faudrait que je m'organise un peu mieux. Vivre chez soi et de façon aussi déstructurée, ça créé parfois des fatigues un peu inutiles, non pas par excès de travail mais par manque d'organisation.

Quelles sont les difficultés que tu rencontres dans le métier de photographe ? Davy : La difficulté principale, me semble-t-il, est dans la façon dont la photo est considérée. Autrefois, le photographe était celui qui avait le savoir-faire et le matériel. Le matériel s'est vulgarisé donc le photographe est devenu celui qui n'avait plus que le savoir-faire. Et puis ces derniers temps, même le savoir-faire s'est vulgarisé. Si on s'amuse à transcrire tout ça à la plomberie par exemple: imaginons qu'il y ait des clubs de plomberie, des gens passionnés de plomberie, alors les plombiers travailleraient moins, parce qu'on aurait tous une connaissance qui ferait de la plomberie à ses heures. Il faut à ce moment-là, essayer, me semble-t-il, de proposer quelque chose qui présente une véritable plus-value. C'est pour ça que j'essaie de tracer des ponts entre mon activité personnelle et mon activité professionnelle. Aujourd'hui, j'ai conscience que la pratique de la photo numérique - pour parler simplement de technique - s'est vulgarisée, et que ça donne l'impression qu'il n'est pas nécessaire de faire appel à quelqu'un qui n'apporterait que son regard. Donc j'ai envie d'apporter autre chose par le type d'appareil utilisé pour répondre à certaines demandes. Notamment les chambres grand format. Parce qu'il est difficile aujourd'hui de vendre un regard. 80% de mes clients ont une vision pragmatique et l'aspect plus intellectuel, artistique, psychologique, émotionnel est difficile à prendre en compte dans une relation commerciale.

Passes-tu plus de temps sur des projets personnels ou bien sur des travaux de commandes ? Davy : Je passe beaucoup plus de temps sur des projets personnels mais c'est parce que je suis en manque de travail professionnel. Mais disons que je ne scinde même plus les deux: de temps à autre, je vais chercher à monétiser mon travail et d'autres fois je serai plus relâché sur la question. Pour moi, c'est devenu une pratique unique. J'essaie de raisonner au niveau de ma pratique personnelle de plus en plus de façon professionnelle. En tous cas je sais qu'il faut que je fasse ces efforts-là. Donc je ne souhaite pas analyser le temps passé sur l'un ou sur l'autre. Je sais aussi que, si je fais une photo au sténopé demain, cette photo peut très bien me permettre de signer un contrat de mariage parce que quelqu'un l'aura vue, aura eu un coup de coeur, sera entré dans mon univers par cette porte-là.


Tu fais beaucoup de portraits. Comment trouves-tu tes modèles ? Davy : Il y a des gens qui viennent me voir pour me commander des portraits mais j'ai aussi une pratique plus personnelle. Par exemple, ces derniers temps pour étrenner une chambre que j'ai construite, j'ai décidé de faire une petite série de portraits et j'ai ouvert ma porte aux gens qui étaient tentés par l'idée de venir poser tout simplement. Ça s'est essentiellement passé de façon virtuelle, par facebook par exemple...

Donnes-tu des directives au personnes qui posent ? Davy : Je suis assez directif mais c'est pour les accompagner la plupart du temps. Sur cette série en particulier, je suis peut-être encore plus directif parce que j'essaie de dégager une relative homogénéité dans la forme de ce que je souhaite présenter. Le côté directif n'a pas, à mon sens, un aspect dictatorial. C'est plutôt pour guider les gens qui ne sont pas dans leur élément, pour les accompagner, de temps en temps pour les valoriser, d'autres fois pour servir une intention de leur côté ou du mien etc... Mais j'avoue que je suis relativement directif. J'essaie de leur montrer la voie pour être en dialogue avec l'appareil. Par exemple, sur cette série de portraits que je fais avec une chambre 30x40, qui est relativement peu mobile, on s'adapte beaucoup à ce qui est imposé par le format. C'est plus une affaire de compréhension de ce qu'il se passe. Sur cette série en l'occurrence, il y a un petit dispositif : je demande aux gens de venir avec un mot ou une courte phrase en rapport avec eux , qu'ils me remettent dans une enveloppe. Je ne peux pas en dire plus quant à mes directives qui en découlent pour garder le mystère auprès de ceux qui voudraient poser à l'avenir.

Préfères-tu travailler avec des adultes ? Davy : J'ai fermé la porte aux enfants sur la série de portraits que je fais en ce moment. Je crois que je préfère les adultes, c'est plus simple pour moi. Ça ne me dérange pas de photographier les enfants mais... c'est banal de dire ça mais on a à faire à des individus moins constitués. C'est plus difficile d'être en relation avec son individualité, avec ce qu'il est.

Cherches-tu à représenter les gens tels qu'ils sont ? Davy: Ma petite prétention, c'est d'être dans une démarche d'effacement la plupart du temps. C'est à dire que je veux mettre en place une situation où la personne peut se montrer. Bien sûr le moment d'une pose photo, ça reste artificiel, mais j'apprécie les portraits relativement frontaux, dépourvus d'effets de cadrages, avec des lumières relativement simples. Le terme de « naturel » est difficile à utiliser notamment lorsqu'on photographie en grand format sur des supports très peu sensibles qui nécessitent des poses de 2,3,4 secondes, donc ça ne peut pas être tout à fait naturel, mais disons qu'il y a une tentative de rendre les choses sincères et brutes.


Ta production est essentiellement en noir et blanc. La couleur ne t'intéresse pas plus que ça ? Davy : J'ai commencé en noir et blanc. Comme au niveau personnel, je suis quasiment 100% en argentique et que je ne maitrise pas bien les procédés couleur je suis plus à l'aise en noir et blanc. Et puis la couleur ne m'attire pas plus que ça. C'est un choix esthétique personnel mais c'est aussi une certaine fainéantise de ma part de ne pas m'orienter vers le travail couleur, creuser , me donner un peu plus de mal pour obtenir des rendus qui me conviennent etc...

Y-a-t-il des sujets qui te tiennent à coeur ? Davy : Pas vraiment. Je crois que j'ai une production relativement éclectique. Je pense avoir balayé jusque là un champs assez large de pratiques et ça m'amuse ponctuellement d'aller vers de nouvelles choses. Je fais de la nature morte, du portrait, du nu... Je me sentirais contraint d'être uniquement dans l'un de ces cadres-là. J'aime bien passer de l'un à l'autre, en fonction des opportunités. Je crois que j'apprécie beaucoup le portrait, mais en fait j'aime tout. C'est par manque de temps et d'énergie que je n'en fais pas encore plus . Même le documentaire pourrait m'intéresser.

Penses-tu chaque image de façon indépendante ou bien chaque prise s'inscrit-elle dans une série plus ou moins précise? Davy : J'ai eu un professeur qui a pas mal compté pour moi, qui était très très classique, donc la notion de série était super importante. Et puis ces dernières années, j'ai eu un peu moins de temps pour ma pratique personnelle, j'étais donc dans plus de relâchement et dans l'accumulation d'images dont le seul caractère commun était peut-être les procédés par lesquels je les obtenais: grand format et support négatif papier.


Tu crées tes propres sténopés, est-ce pour le plaisir de faire ton propre appareil ? Davy : C'est relativement récent pour moi, le sténopé. Ça date de février ou mars de l'an dernier. Sur un coup de tête, j'ai eu envie de faire un appareil. A l'origine, je ne suis pas un grand adepte du sténopé. J'en avais fais un peu sur du 35mm, ce n'était pas satisfaisant pour moi. En fait ce qui ne me plaisait pas, c'était de travailler sur un petit support, alors je me suis dis que je n'avais qu'à travailler sur un grand support. Un dimanche après-midi, j'ai couché quelques chiffres sur un bout de papier pour voir ce que je pourrais envisager, avec comme contrainte le petit espace dans lequel j'habite et sachant que je devrais développer tout ça dans ce même espace et finalement j'ai fais quasiment le sténopé le plus grand que je pouvais pour pouvoir être utilisé chez moi: un sténopé 60x80 avec 36 cm de focus. Je le rentre tout juste dans la salle de bain. J'ai commencé à m'en servir et finalement, j'ai trouvé ça super chouette d'avoir fais mon propre appareil. Dans l'esprit, c'est un peu comme faire son bol de thé au raku pour boire dedans. D'autre part, presqu'au même moment, Pierre-Loup Martin du Labo du Troisième est venu habiter près de chez moi. On a commencé à se voir de façon amicale et puis j'ai découvert son activité, ses capacités etc... Je suis allé le voir à l'automne dernier avec une idée relativement précise en tête de projet de chambre photographique et lui avait les capacités de mettre en oeuvre ce qu'il faut pour la réaliser. C'est assez génial car finalement il devient mes mains en quelque sorte, sans être uniquement mes mains parce qu'il apporte beaucoup de son savoir faire en amont. J'ai fait seul le sténopé et puis je suis allé le voir avec une idée de chambre à tiroir 4x5, il me l'a faite et ça a enclenché une logique de collaboration assez géniale. Moi, mon dada c'est quand même la prise de vue en grand format, voir en très grand format, donc, fin décembre, je me suis dis “je veux absolument une grande chambre 30x40 ou supérieur ». Je ne voulais pas faire appel à Pierre-Loup parce que ça l'aurait mobilisé pendant pas mal de temps et donc ça m'aurait couté cher. Du coup, je me suis dis “je vais en faire un maximum par moi-même” et un peu sur un coup de tête, je me suis mis à construire. J'avais un dessin global mais j'ai fais élément par élément sur la base de bricolage extrêmement simple parce que je n'ai pas de savoir faire. Et Pierre-Loup est intervenu dans la phase ultime pour me faire le soufflet que je ne me sentais pas de faire. Finalement je me rends compte que j'ai construit à 80% une chambre sans savoir-faire. La philosophie de tout ça, c'était de faire avec mes capacités du moment. J'ai construit cette chambre en 3 mois. C'est vrai que ça devient important pour moi : de plus en plus, j'ai une pratique qui s'élargit et qui englobe de plus en plus d'éléments. La partie « création de l'outil » commence à être englobée dans mes projets.


Peux-tu nous parler de la réalisation de tes photos prises avec ton sténopé géant? Davy : Comme les lecteurs de ce magazine le savent certainement, le sténopé, c'est juste une boîte avec un tout petit trou sur une des parois. Là, j'ai fais une porte arrière amovible. Comme dans un premier temps je n'avais que des feuilles 18x24, j'ai fais un collage de plusieurs feuilles pour utiliser un maximum de la surface disponible du sténopé (environs 60x80) . Les images sorties font donc environ 54x72. Ce sont des feuilles scotchées entre elles avec lesquelles je charge l'appareil dans le noir. Pour l'instant je travaillais essentiellement à l'intérieur avec ce système donc j'ai mis en place des petites scènettes , notamment autour d'une vieille maquette que j'avais fabriquée. On est sur des expositions de l'ordre de 12 à 24h environs, ce qui est à la fois une contrainte et en même temps ce qui me donne la possibilité d'agir pas mal sur la prise de vue . Une fois la prise de vue effectuée, on passe au développement. J'avais commencé par développer à l'éponge et puis finalement je suis revenu en développement cuvette. Mais je m'autorise à passer de 'un à l'autre. L'un de mes leitmotivs en photo, c'est vraiment le plaisir parce qu'il y a parfois des étapes un peu ingrates, des étapes préparatoires et des choses un peu répétitives etc... J'essaie donc de ne pas être trop dans la contrainte formelle. L'idée c'est d'expérimenter, de s'amuser, de faire des trucs un peu différents. Là, j'ai fais une série avec ces 9 feuilles 18x24 , maintenant, je suis repassé avec des feuilles 30x40 , je ne suis plus dans l'obsession absolue de l'homogénéité de la série.

Quelle est l'étape que tu préfères? Davy : Même si au sténopé la partie « prise de vue » est peut-être moins savoureuse que dans d'autres formes c'est quand même ce qui m'amuse le plus. Si on pouvait claquer des doigts après la prise de vue pour avoir l'image finale, je prendrai !

Cherches-tu plutôt à obtenir quelque chose de précis , une idée que tu as en tête, saisir l'instant exactement comme tu le perçois ou bien aimes-tu te laisser surprendre par le résultat ? Davy : Disons que j'aime bien mettre en place les conditions pour laisser parler les aléas de la façon qui m'intéresse.


Aimes-tu le côté palpable de tes tirages ou bien seul l'image résultante est importante à tes yeux ? Davy : Même si c'est très joli un beau tirage, et que dans la prise de vue argentique, j'aime bien manipuler le papier, je suis très content que mes images puissent être vues ne serait-ce que sur un écran. J'entendais l'autre jour un débat sur « la photo média ou la photo médium » et c'est sûr que pour moi, la photo c'est avant tout un média. C'est un instrument de communication, pas un support plastique. Même si ponctuellement je peux être intéressé par le fait de me donner un travail de plasticien, créer de l'oeuvre sur support papier etc... ce qui m'intéresse fondamentalement, c'est de créer des images.

Pourtant tu travailles principalement en argentique avec des techniques longues et compliquées comparé au numérique. As-tu un sentiment de responsabilité face au flot d'images qui inondent notre société actuelle qui te ferait choisir de travailler comme tu le fais? Davy : Je suis 100% d'accord avec cette analyse qui consiste à dire qu'on est submergés d'images comme on est submergés d'informations. Le fait est que la photo, c'est l'un des seuls trucs que je sais faire donc je me place sur mon chemin personnel, j'essaie de ne pas trop réfléchir à ça en fait, comme j'essaie de façon générale de ne pas trop réfléchir. Mais oui, j'aime bien ressentir le poids de l'acte en argentique. Ce n'est pas pour rien que je manipule un sténopé qui fait 60 x 80cm, qui doit faire 10 ou 12 kilos ou une chambre d'une vingtaine de kilos. Même si parfois, quand je ne suis pas en forme, je me dis « ce travail là, tu l'aurais fais en numérique, tu aurais déjà les images sur l'ordinateur et il n'y aurait pas spécialement de moins-value, ça serait tout aussi bien ». Mais quand je fais une prise de vue, c'est pas la même chose pour moi de manipuler une chambre ou un appareil numérique léger. Au delà du rendu que je trouve assez différent en argentique très grand format, ce qui me plait particulièrement, c'est l'instant. Traverser la France en 4L, c'est pas la même chose qu'en BMW.

Peux-tu définir un peu ton univers ? Un mélange de surréalisme avec d'autres choses ? Davy : Objectivement, je pense que 80% de ma production actuelle est très classique mais c'est vrai que j'ai fait beaucoup de photo de montage pendant quelques années et la notion de surréalisme m'attire, donc peut-être que des résidus perdurent dans ce que je fais actuellement mais de façon légère je crois. Je pense que ça vient surtout de l'utilisation de cette maquette et du sténopé qui permet d'avoir du net sur tous les plans de l'image... c'est vrai que j'ai beaucoup joué avec les dimension des objets, j'ai essayé de perturber un peu le regard. En fait je suis incapable de définir précisément ce que je fais parce que je suis dans une pratique relativement instinctive. Une pratique de mise en situation, de mise en condition de certains éléments, oui, mais dans une logique de lâcher prise. En terme d'écriture, je n'ai pas d'intention très définie.


Tu es très présent sur facebook. Tu montres tes projets et leur évolution, tu partages des idées, des images qui amusent ou intriguent, bref, ta page est assez active. Davy : C'est vrai que c'est une page très ouverte où je mêle à la fois personnel et public. Facebook, c'est une sorte de blog pour moi, où je poste en continu ce que je fais : une façon pour moi de me débarrasser un peu de ce que je fais au quotidien pour pouvoir avancer. Je m'amuse aussi beaucoup avec les idées. J'aime bien partager mes impressions, mes humeurs et je suis content quand ça initie une sorte de dialogue avec des gens que je connais plus ou moins et que j'apprends à connaître, ne serait-ce que virtuellement. Je dirais qu'on vit dans un monde qui peut devenir ennuyeux si on se laisse aller alors tant qu'à faire, quand on a des interactions avec les autres, si ça peut être un peu plaisant... Si tout le monde peut s'exprimer, c'est bien. Si on peut un peu provoquer les gens, c'est bien aussi. Si eux aussi peuvent venir nous titiller, c'est pas plus mal. J'aime bien mon espace facebook finalement parce qu'il y a des gens assez divers qui viennent réagir à ce que je propose et à l'inverse, je m'intéresse à ce que font les gens. Je ne suis pas quelqu'un qui travaille beaucoup dans le collectif, c'est à dire que je ne me vois pas monter un projet avec d'autres mais ce que j'aime bien c'est la notion de conversation où, soit je réponds à quelqu'un , soit je tends une perche pour obtenir une réponse en face.

Quels sont tes photographes favoris? Davy : Il y en aurait trop pour que j'en isole un ou deux. Je suis assez curieux donc je regarde beaucoup d'images.

As-tu parfois des coups de coeur chez des photographes amateurs? Davy : Ha oui ! De toutes façons, pour moi, il n'y a pas de notion d'amateur qui s'opposerait à « gens admis comme étant sérieux dans le monde de la photo». Au contraire, il y a plein de supers trucs dans le monde amateur. Il y en a même trop ! A un moment donné, il faut aussi se fermer par rapport à tout ça si on a envie d'être soi-même créatif. Sur le web notamment, on voit tellement de choses aujourd'hui : ici, on a accès aux photos d'un jeune australien, là, d'un polonais ou d'un mec qui a le moral à zéro, complètement perdu... Il y a tellement de choses... C'est super.

Tes goûts en matière de photo changent-ils avec le temps? Davy: Si je me réfère à ce que j'ai pu faire au début des années 2000, on va dire que ça change un peu. Il y a des choses que j'ai pu faire il y a 10 ans et qui on mal vécu à mon sens, que je trouve un peu kitch maintenant. Je pense que ça tient à la fois à mon goût qui a évolué et à ma pratique. Il faut penser aussi qu'on appartient indéniablement à une époque. Je pense que mes goûts ont évolué tranquillement au fil du temps, tout en gardant une cohérence .


La photo c'est ton loisir et ta profession. Fais-tu d'autres choses en dehors? Davy : Bien sûr je fais d'autres choses, mais la photo occupe le plus clair de mon temps. Heureusement, la photo c'est aussi un super passeport. Photo de plateau pour le cinéma ou de photo de mariage, on évolue dans plein de sphères très différentes. Ça me prend tout mon temps sans que j'ai la sensation que ça m'enferme. Finalement c'est une pratique transversale, une possibilité d'ouverture. J'ai été un lecteur assidu mais aujourd'hui, je lis peu. Je le regrette, mais je suis un peu dans ce tourbillon de surconsommation d'images. Je regarde aussi pas mal de films mais pour moi, l'image qui bouge, l'image figée, j'englobe tout ça dans la photo.

Tu fais toi-même des films courts assez décalés qui ont beaucoup de charme. Davy : Oui, c'est pour m'amuser et pour amuser la galerie. J'aime voir que les gens sont amusés par ce que je fais. Donc on finit par se prendre au jeu. C'est comme quand on dit des bêtises en classe , quand on voit que les autres rigolent, on continue.

As-tu des projets pour ces vidéos? Davy: Là aussi, je suis un peu désorganisé donc ça se décide au coup par coup. Ça s'improvise à la dernière minute; Mais c'est vrai que j'arrive à un âge où je me dis de plus en plus que je gagnerais à structurer les choses de façon plus sérieuse pour que ça prenne une dimension plus importante ne serais-ce qu'en terme de diffusion, que ça me permette d'acquérir plus de confort matériel financier pour évoluer vers des projets plus ambitieux.

Aimes-tu voyager ? Davy : Je ne peux définitivement pas me présenter comme un passionné de voyage parce que sinon je l'aurais fais plus souvent. Mais j'aime bien voyager et je voudrais m'y remettre. J'ai un petit projet, avec ce que j'ai appelé « la petite chambre rouge », une chambre avec laquelle je veux faire un peu de photo de rue. J'ai envie de m'en servir de prétexte pour sortir un peu de mon espace coutumier. Je voudrais l'amener à 2 ou 3 endroits sympa, en haut d'une montagne par exemple. Si demain je repars en Turquie je pense que je l'emmènerai et je m'amuserai à faire des photos un peu n'importe où. Comme je suis vraiment casanier, j'ai créé ce projet dans le but de me donner du travail en l'extérieur.


Peux-tu nous en dire plus sur cette "petite chambre rouge" ? Davy: C'est une petite chambre à tiroir au format 4/5 pouces avec laquelle je peux utiliser du film instantané Fuji FP100. C'est un projet commercial. L'idée étant de se mettre dans la rue et de proposer au gens de leur tirer le portrait et qu'ils repartent avec leur photo. C'est un projet inspiré de la photo minute, « minuteros », mais c'est de la photo instantanée donc j'ai bien conscience qu'il y a un degré d'intérêt moindre par rapport au minuteros. Cependant, je vais essayer de développer 2 ou 3 idées sympa pour compenser.

Y-a-t-il des techniques que tu n'as pas encore abordés et qui te tenteraient? Davy : Les procédés tels que le collodion humide, ça serait bizarre que je n'y vienne jamais. Mais pour l'instant ce n'est matériellement pas possible et je ne suis pas non plus obsédé par ça. Le reste, peut-être que j'y viendrai de façon anecdotique mais je crois que j'ai un peu trouvé ma filière technique: grand format voire très grand format en utilisant du négatif papier puis en numérisant. Je pense que ça va m'accompagner pendant très longtemps et j'ai suffisamment à faire là-dessus au niveau créatif. Je préfère rester dans cette simplicité technique, cette filière que je commence à bien maitriser pour pouvoir développer des projets de prise de vue.

En bref, quels sont tes projets photographiques ? Davy : Faire vivre ma chambre 30x40, lui trouver des projets au delà de ce que je suis en train de faire. J'ai 2 projets sur le feu : ce projet de portraits en 30x40 et un projet que j'ai lancé il y a quelque temps, que j'ai appelé "Ecrivez-moi" où j'invite des gens à m'écrire en m'engageant à leur répondre par une photo.



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