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CHANGER LE MONDE PAS À PAS

DOSSIER PERMACULTURE : COOPÉRER AVEC LA NATURE NANCY HUSTON RECONNAÎTRE NOS DIFFÉRENCES PORTFOLIO LES AILES DU DÉSIR DIY LA LAMPE ÉBOURIFFÉE NUMÉRO 8 MAI - JUIN 2013

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KAIZEN “Changer le monde pas à pas” Editeur SARL EKO LIBRIS au capital de 59 000 €. 95, rue du Faubourg-Saint-Antoine 75011 Paris www.kaizen-magazine.com Magazine bimestriel numéro 8 mai-juin 2013 Imprimé sur papier recyclé blanchi sans chlore Directeur de la publication Yvan Saint-Jours Directeur de la rédaction Cyril Dion Rédacteur en chef Pascal Greboval Secrétaire de rédaction Lucile Vannier Contact contact@kaizen-magazine.fr Abonnements abonnement@kaizen-magazine.fr Comptabilité et administration administration@kaizen-magazine.fr Rédaction redaction@kaizen-magazine.fr Couverture Julien Poirion Maquette et mise en page Agence Saluces Avignon SIREN : 539 732 990 APE : 5814Z Commission paritaire : 0317 k 92284 Numéro ISSN : 2258-4676 Dépôt légal à parution Impression Via Schuller-Graphic Corlet Roto (imprim’Vert) ZA Les Vallées 53300 Ambrières les vallées

Régie de Publicité et distribution dans magasins spécialisés AlterreNat Presse, Sandrine Novarino Tél. 05 63 94 15 50

L’IMPUISSANCE  POLITIQUE  N’EST  PAS  UNE  FATALITÉ

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l  est  parfois  décourageant  d’entendre  ressasser  les  éternelles  promesses  politiques  à  la  radio,  à la télévision, dans les colonnes des  journaux.  Moraliser  nos  élus,  créer  un choc de compétitivité, faire repartir la croissance, créer des emplois…  C’est comme une litanie vidée de son  sens,  à  laquelle  personne  ne  croit  plus,  mais  qui  occupe  nos  ondes  en  boucle,  jusqu’à…  Jusqu’à  quand  d’ailleurs ? Dans  ces  pages,  nous  nous  attelons  à montrer que créer des emplois tout  en agissant pour l’intérêt général est  possible (684 000 dans le cadre de la  transition  énergétique,  voir  Kaizen  n°5),  que  si  nous  voulons  moraliser  la République, il faudrait commencer  par  rééquilibrer  les  pouvoirs  entre  une petite oligarchie d’élus et les citoyens qui les ont désignés (rubrique  désenfumage de ce Kaizen-ci), que la  croissance pour la croissance n’a pas  de  sens  (voir  Kaizen  n°7),  que  l’économie  qui  peut  réellement  préparer  l’avenir  doit  s’enchâsser  dans  des  communautés  humaines  et  des  territoires (voir Kaizen n°4). Nous  tâchons  également  de  montrer  comment  des  milliers  de  personnes  trouvent,  aux  quatre  coins  de  la  France,  des  réponses  à  ces  problèmes récurrents, tout en s’épanouissant et en faisant du bien à ceux  qui les entourent. L’impuissance  politique  n’est  pas  une  fatalité,  si  chacun  d’entre  nous  se  met  à  faire  de  la  politique.  Dans  chaque  geste  de  son  quotidien.  Pas  à pas. Bon printemps à tous !

édito

Cyril Dion DIRECTEUR DE LA RÉDACTION

Aucun texte et illustration ne peuvent être reproduits sans autorisation du magazine. Merci.

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© M. Leynaud

Distribution Presstalis

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kaizen 8 mai juin 2013

sommaire

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Édito

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Sommaire

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Manifeste

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Ils sont Kaizen

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Actus des réseaux

Kaizen késaco ?

Kaizen est un mot japonais qui signifie littéralement “changement bon”. Mais c’est également une méthode  : celle du changement par les petits pas. La perspective de changer brutalement, de passer du tout au tout, réveille nos peurs et attise nos résistances. Commencer par un petit pas, prendre courage, en faire un second puis toute une multitude, chaque jour, avec régularité, peut nous conduire aux plus grandes transformations. Cela s’est déjà vu dans l’histoire et c’est ce que nous espérons, à nouveau.

10 Désenfumage : La démocratie ça marche 14 Si on le faisait : Créer une coopérative, sur les pas de “Coopaname” 18 Ensemble on va plus loin : Face à l’atome, la force des citoyens 23 Dossier : Permaculture : Coopérer avec la nature 39 Portfolio : Les ailes du Désir 48 La part de : Portraits de deux praticiennes de santé 50 DIY : Fais-le toi-même : “L’ébouriffée”, la lampe qui décoiffe 54 Infographie : L’épargne solidaire : Quoi, combien, comment ? 56 Roue libre : Objectif vélonomie ! 60 Yes they can : Le jardin des réfugiés 62 Un brin de kulture : Conversation avec Nancy Huston 69 Le sourire d’Yvan : Poule’s r (é) volution ! 71 Le bon plan : Le Cours-Ju à Marseille 74 Sauvage et délicieux : Le coquelicot 81 Les rendez-vous Kaizen 82 Chronique de Pierre Rabhi : De l’ombre à la lumière

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MANIFESTE POUR UN CHANGEMENT DU MONDE PAS À PAS L

’humanité se trouve aujourd’hui face à un ultimatum, qui nous oblige à changer pour ne pas disparaître. La logique du progrès, qui aspirait à libérer l’être humain et à améliorer sa condition, est à l’évidence en train de l’incarcérer encore d’avantage. Dans un monde où l’indigence côtoie un superflu sans limite et où toute puissance est donnée à l’argent, les déflagrations sociales ne peuvent que s’amplifier et convulser l’ensemble de la société. L’ère de la technologie fondée sur les combustions énergétiques a relégué la nature, pourtant seule garante de notre survie, à un simple gisement de ressources à piller indéfiniment. Ce faisant, elle lui inflige des dommages considérables.

Face à cet implacable constat nous aurions toutes les raisons de désespérer et pourtant, silencieusement, un nouveau monde est en marche. Tandis que la politique exerce une sorte d’acharnement thérapeutique sur un modèle obsolète, la société civile fait preuve d’un génie extraordinaire. Aux quatre coins du monde, des femmes et des hommes inventent une agriculture abondante, sans pétrole, fondée sur la diversité et l’interdépendance des espèces ; des modèles énergétiques utilisant les forces inépuisables de l’eau, du soleil et du vent ; des bâtiments ultraéconomes, faits de matériaux sains et locaux, produisant plus d’énergie qu’ils n’en consomment ; des économies locales qui organisent une répartition équitable de nos richesses et encouragent l’autonomie du plus grand nombre ; des modèles industriels zéro déchet, utilisant les rebuts pour créer des produits  nouveaux  ; des lieux où chaque enfant peut s’épanouir et découvrir qui il est… Ces initiatives sont la preuve de vitalité de la vie qui veut vivre.

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C’est à ce monde que nous choisissons de donner la parole aujourd’hui, à ces personnes qui portent les (r) évolutions que nous attendons, à ces initiatives pionnières qui, par leur simplicité et leur bon sens, nous offrent de nouveaux horizons, de véritables raisons de croire en l’avenir.

Pourtant, il ne s’agit pas de proposer ici un énième catalogue de solutions. Les initiatives, pour elles-mêmes, nous intéressent moins que l’esprit qui les porte. Car au-delà de remplacer les énergies fossiles par les renouvelables ou l’agriculture chimique par la bio, c’est à l’âme humaine que nous nous intéressons. Au sens que nous donnons à nos vies, à nos capacités d’empathie et d’émerveillement, à notre profond désir d’être libres. Plus que tout, nous croyons qu’il ne peut y avoir de réelle métamorphose de nos sociétés sans un profond changement de ceux qui la composent : chacune et chacun d’entre nous. Avec créativité, humour, légèreté et rigueur, nous nous engageons, au fil des pages de Kaizen, à inventer un nouveau rêve, et à le concrétiser en même temps. Plus que jamais nous avons soif d’inspiration et de reliance, pour construire dès à présent ce monde nouveau, dans lequel vivront demain nos enfants, leurs enfants et les enfants de leurs enfants… Le temps est venu de placer l’humain et la nature au cœur de nos préoccupations et de nous appuyer sur la puissance de la modération pour un vivre ensemble apaisé et heureux. L’argent peut acheter beaucoup de choses, mais pas la joie à laquelle chacune et chacun d’entre nous aspire de tout son être.

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Ils sont 1 Pierre Rabhi Agriculteur, écrivain et penseur français d’origine algérienne, il défend un mode de société plus respectueux de l’homme et de la nature. Il soutient le développement de l’agroécologie à travers le monde pour contribuer à l’autonomisation, la sécurité et la salubrité alimentaire des populations.

Yvan Saint-Jours Objecteur de conscience, journaliste, fondateur du magazine La Maison écologique, je suis investi dans Colibris depuis quelques années. Si les questions d’habitat et d’énergie sont ma passion, je m’intéresse fortement à la place de l’enfant dans notre société. J’aime me promener au grand air souvent humide en Normandie. 2

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3 Cyril Dion Depuis que j’ai douze ans, je n’ai eu qu’une idée en tête : écrire. A dix-huit ans, je voulais créer la nouvelle revue “Les Temps Modernes” qui parlerait de notre temps, avec des penseurs, des artistes, qui nous aideraient à regarder le monde dans lequel nous vivons. Et écrire dedans. Aujourd’hui je fais beaucoup de choses passionnantes, parmi lesquelles : Kaizen ! 4 Pascal Greboval Je kaizene, tu kaizenes, nous kaizenons. J’aime ce lien invisible qui nous unit, et qui nous invite à cheminer ensemble… de temps en temps.

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5 Sandrine Novarino Fille de paysans, de formation agricole, passionnée de nature et de grands espaces, de lecture et de liberté… Je n’ai qu’un seul amour : Celui de la Terre ! Mon utopie, construire un monde meilleur où règnent beauté, harmonie et sagesse. Devant les causes défendues par Kaizen, Alterrenat Presse a rejoint le navire, avec un grand enthousiasme ! 6 Françoise Vernet Originaire du Gers, fille d’agriculteur, longtemps passionnée par le monde de l’entreprise, je mets désormais mon énergie au service de mes convictions chez Terre & Humanisme, Colibris et plus récemment Kaizen.

Très mobilisée par la phrase gandhienne “Be the change you want to see”, je fais ma part quotidienne dans mon village et je m’intéresse particulièrement à la naturopathie : elle m’éclaire sur nos fonctionnements et nos interactions avec la nature. 7 Lucile Vannier Un petit pas vaut bien mais deux petits pas amassent mieux mousse, va pour deux petits pas, puis trois. De pas en pas, peu à peu, je découvre les chemins des autres, des silhouettes se dessinent. Derrière leurs mots j’apprends à les connaître. 8 Patrick Oudin Dirigeant d’entreprises, entrepreneur. Amoureux des grands espaces, de la nature et de la terre. Voyageur infatigable. Homme de conviction, depuis trois ans entièrement tourné vers l’économie sociale et solidaire, le développement durable et la transition en cours. Enthousiaste, envie de donner du sens à cette nouvelle période de ma vie… 9 Linda Louis Épikurienne dans l’âme, je vois toujours la vie en Kaizen : préparer des boulettes de kasha, des cuirs de kiwi, du ketchup pour mes kids, chiner de la vaisselle kitsch, boire des kirs berrichons avec mes amis (et le lendemain du kéfir), bref ma spécialité, c’est la kuisine ! 10 Julie Graux A Bruxelles, le jardin d’enfants où j’ai passé mes trois premières années d’école s’appelait Le colibri... Après j’ai butiné, comme lui, partout. Me voilà illustratrice et paysanne-boulangère bio dans le Perche avec Erik et nos trois filles.

Le Cil Vert Dessinateur de BD perdant inexorablement ses cheveux. Dans son panier : des strips dans les magazines Esprit Village, Macadam, des dessins pour le CCFD-Terre Solidaire, les presses d’Île de France, prochainement pour le CFSI... Et une BD écolo écrite avec Jean-Fred Cambianica : Braillane, on est tous des jambons. 11

12 Anne-Sophie Novel Anne-Sophie est une COrévolutionnaire de première ! EcoloGeek, elle a fondé le portail Ecolo-Info il y a 5 ans. Les liens entre numérique et écologie l’intriguent autant pour l’esprit que pour la philosophie de convivialité qu’ils soutiennent. Journaliste entrepreneuse, elle optimise sans cesse son temps pour vivre de sa passion. 13 Béatrice Mera Béatrice est passionnée par la nature et la nature humaine depuis de nombreuses années. Elle pratique la permaculture dans son quotidien et son petit jardin où les plantes médicinales occupent une place de choix. Par ailleurs, elle se lance dans l’activité de coach de changement pour accompagner les personnes dans la création du futur dont elles rêvent. 14 Benjamin Broustey Baignant dans le monde de l’agriculture depuis le plus jeune âge, c’est un éternel défenseur de la nature. Il a créé son entreprise permaculturedesign.fr, où il transmet sa vision de ce concept. 15 Pascale Hayter Spécialisée dans l’économie sociale, solidaire et l’engagement écologique, Pascale est rédactrice et attachée de presse. Fondatrice de LELIEN, elle accompagne des acteurs socioéconomiques et publics soucieux d’agir pour une société plus durable. (www.lelien.coop) 16 Nathalie Ferron Passionnée par l’humain et son potentiel d’évolution, j’aime explorer les idées nouvelles. Journaliste spécialisée en santé, psycho et bien-être, je suis également auteur de “Transformer sa vie par la méditation” (Presses du Châtelet). 17 Christelle Gérand J’ai pour l’instant posé mes valises et mon dictaphone à New York, où j’ai trouvé le meilleur et le pire, pas grand-chose au milieu. Assez vite, j’ai aussi eu envie de parler du meilleur. 18 Marie Laure Fauquet Après 12 ans de communication d’entreprise, j’ai bifurqué

vers l’enseignement destiné aux enfants avec le désir de développer leur esprit critique, leur capacité à s’émerveiller, le respect de soi et de l’environnement. Musicienne, passionnée de photo, de montagnes et d’actualités scientifiques, je continue d’écrire (histoires, contes, articles …). 20 Stéphane Perraud Journaliste pour La Maison Ecologique, l’Esprit Village, Les 4 Saisons du jardin bio et aujourd’hui Kaizen, je m’intéresse à l’agriculture, à l’habitat et aux transports. Ou comment se nourrir, se loger et se déplacer de façon écologique. J’aime les reportages à forte dimension humaine. A titre personnel, j’adore faire du vélo, jardiner, cuisiner et danser, danser, danser… 21 Jérômine Derigny Jérômine réalise des reportages à caractère social et humaniste. Dans les sujets abordés importent surtout l’approche et la découverte d’un milieu inconnu, le partage de la vie quotidienne. Sur des thèmes qui peuvent parfois paraître difficiles, comme les prisons pour mineurs dans le monde, ou plus récemment la banlieue en France, elle cherche avant tout à montrer des issues positives, à mettre en avant des initiatives optimistes.

Patrick Lazic Ce qui me touche profondément par la grâce de mon métier c’est d’aller à la rencontre de l’Autre. Cet autre, c’est l’homme cet inconnu. Appréhender toute l’humanité avec laquelle je vis. Et Kaizen nous donne à voir qu’il y a encore de bonnes raisons de croire en cette humanité. Fanny Dion J’aborde chaque reportage à peu près de la même façon, par une rencontre. C'est ce que j'aime dans ce que je fais : créer une relation avec les personnes que je photographie. J'aime que les gens se ressemblent et à la fois se trouvent beaux. D’ailleurs la plupart des gens sont beaux. Je ne le voyais pas avant, mais maintenant oui. C'est une des raisons pour lesquelles je suis heureuse de faire ce métier.

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Vivons-nous réellement en démocratie ? TEXTE CYRIL DION DESSIN JULIE GRAUX

Démocratie, du grec “démos” le peuple, “kratos” pouvoir, désigne pour le Petit Robert : “Une doctrine politique d’après laquelle la souveraineté (l’autorité suprême) doit appartenir à l’ensemble des citoyens”. Qu’en est-il réellement en France ? Voyage en démocratie…

LES CHOIX DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE Les fondements de notre démocratie remontent à la Révolution Française qui en édicta les principes. A ce moment, nous apprend le site gouvernemental vie publique, les partisans d’une démocratie représentative et d’une démocratie directe se sont affrontés. Et les premiers l’ont emporté. Parmi lesquels un certain abbé Sieyès (l’un des principaux artisans de la Révolution) qui déclarait dans son discours du 7 septembre 1789 : “Les citoyens qui se nomment des représentants renoncent et doivent renoncer à faire eux-mêmes la loi ; ils n’ont pas de volonté particulière à imposer. S’ils dictaient des volontés, la France ne serait plus cet État représentatif  ; ce serait un État démocratique. Le peuple, je le répète, dans un pays qui n’est pas une démocratie (et la France ne saurait l’être), le peuple ne peut parler, ne peut agir que par ses représentants1.” Parmi les perdants, un certain Rousseau, partisan de la démocratie directe, disait quant à lui du régime parlementaire anglais : “Le peuple anglais pense être libre, il se trompe fort ; il ne l’est que durant l’élection des membres du parlement  : sitôt qu’ils sont élus, il est esclave, il n’est rien2.”

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Désenfumage Rousseau et Sieyès exagéraient-ils ? Sommes-nous privés de tout pouvoir entre deux votes et une fois dotés de représentants  ? Etudions plus attentivement les mécanismes de notre Ve République.

LES PLEINS POUVOIRS AUX ÉLUS Tous les cinq ans, nous élisons au suffrage universel direct notre président de la République et nos députés. Tous les six ans nos maires, à échéances variables nos conseillers généraux et régionaux. Durant leurs mandats, que peuvent faire les citoyens si : a - leurs élus ne respectent pas la volonté populaire ; b - ils outrepassent leurs décisions (comme ce fut le cas lors du référendum de 2005 sur la Constitution européenne)  ; c - ils se rendent coupables de délits divers et variés ? Pour être destitué, un président doit faire l’objet d’une procédure impliquant les deux chambres  : Sénat et Assemblée Nationale3. Dans la mesure où la proximité d’un président avec les parlementaires de sa majorité est souvent grande (particulièrement depuis la mise en place du quinquennat où

Assemblée Nationale et président de la République sont élus en même temps, pour la même durée, supprimant toute possibilité d’alternance et de cohabitation, sauf en cas de dissolution), il est assez improbable que cela se produise, même dans le cas où ledit président se serait rendu coupable de délits d’une certaine gravité. Le pouvoir des citoyens sur l’exécutif se fait donc par l’intermédiaire du législatif.

bénéficie d’un statut pénal particulier). Les citoyens ont-ils alors le pouvoir d’élire les magistrats, garants de l’intégrité des autres pouvoirs (comme aux États-Unis) ? Non. Ils sont nommés par le Président de la République sur proposition du garde des Sceaux, et après avis du Conseil supérieur de la magistrature.

LES POUVOIRS DU CITOYEN Hic  : du côté des parlementaires, les citoyens n’ont pas de pouvoir non plus. Ils n’élisent pas directement les sénateurs et ne peuvent destituer un député. Comme il est clairement expliqué sur vie publique : “Les parlementaires ne sont pas tenus par un mandat impératif de leurs électeurs. Ainsi, même si les élus ne respectent pas leurs engagements de campagne, leurs électeurs ne peuvent écourter leur mandat. Cette règle permet de préserver la liberté d’opinion des parlementaires, notamment dans leur appréciation de l’intérêt général.” Le pouvoir sur le législatif est en réalité du côté de… l’exécutif  ! Le président peut dissoudre l’Assemblée et provoquer de nouvelles élections législatives. Ces deux pouvoirs sont eux-mêmes contrôlés par le judiciaire (dans une certaine limite pour l’exécutif qui

Alors quel pouvoir reste-t-il aux citoyens souverains que nous sommes entre deux votes si l’une des situations a, b ou c se produit sans être résolue ? La Constitution de 1958 stipule que “La souveraineté nationale appartient au peuple, qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum.” Très bien. Il nous reste donc, outre le vote, le référendum, seule voie permettant aux citoyens de participer directement à l’élaboration de la loi (fait possible, mais extrêmement rare, qui se produisit trois fois dans la Ve République). Seulement voilà, le référendum ne peut être organisé qu’à l’initiative… d’élus. Généralement du président de la République. Autre problème, les élus sont en mesure de contourner le vote populaire par référendum comme ce fut le cas avec celui organisé sur la Constitution européenne de 2005. 55 % des Français ont voté non à sa ratification. Quatre ans plus tard, le texte fut ratifié par le Parlement sous une autre forme (un traité), mais avec le même contenu, sans nouvelle consultation4. Bref, les pouvoirs sont minces pour ne pas dire nuls. Et nous pouvons raisonnablement nous demander comme Danielle Mitterrand “Est-ce la démocratie quand, après avoir voté, nous n’avons pas la possibilité d’avoir de l’influence sur les élus ?”

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Partageons une entreprise, soyons coopérateurs ! TEXTE PASCALE HAYTER DESSINS LE CIL VERT

C’est une Scop, une coopérative d’entrepreneur-e-s, la plus importante du genre. Son nom ? Coopaname. Elle réunit une kyrielle de plus de 600 personnes, toutes soucieuses de travailler autrement, dans un environnement à la fois souple, collectif et coopératif.

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uel est le point commun entre Catherine Bodet, chercheure, spécialiste de la RSE1, Isabelle Réveret, créatrice de mobilier en carton et Cyril Ananighian, photographe ? Tous trois sont coopanamiens. A l’instar des centaines de professionnels membres de la coopérative, ils ont choisi de renoncer à l’indépendance de l’entrepreneuriat

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individuel pour “faire société” afin de protéger mutuellement la pratique de leurs métiers. En se co-salariant en CDI au sein d’une même entreprise qu’ils partagent, construisent et gèrent ensemble de façon démocratique, ils se dotent collectivement de ce à quoi ils n’auraient pas accès s’ils étaient micro ou auto-entrepreneurs : droit du travail,

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Et si on le faisait ? protection sociale, formation continue, outils financiers, mécanismes de solidarité, opportunités d’affaires, etc. Ils démontrent aussi par les actes qu’une autre manière de concevoir l’économie est possible. AUTONOMES MAIS ENSEMBLE Les projets ne sont pas sélectionnés selon des critères de rentabilité économique, il n’y a aucune discrimination, aucun jugement. Celles et ceux qui ont rejoint Coopaname l’ont fait parce qu’ils étaient demandeurs d’emploi et souhaitaient de vivre de leur(s) savoirfaire, parce qu’ils voulaient développer leur propre activité économique dans un cadre souple, collectif et mutualiste, ou encore parce qu’ils cherchaient à concilier vie professionnelle et vie personnelle. Résultat  : la coopérative est un extraordinaire vivier de compétences et d’expériences où se côtoient et s’épaulent graphistes, jardiniers, consultants, artisans, photographes, journalistes, designers, informaticiens, stylistes, coaches, traducteurs, bricoleurs, etc. “Nous nous rencontrons très régulièrement autour d’enjeux variés”, souligne Alexandrine Mounier,  spécialiste en développement des implications humaines et membre du comité

d’entreprise de Coopaname ; “nous faisons facilement appel les uns aux autres pour  construire des prestations plus pertinentes que si elles étaient réalisées en solo. Parce que nous nous connaissons bien, les collaborations s’articulent efficacement autour d’un réel plaisir de travailler ensemble. C’est une vraie clef de réussite.”

deux savoir-faire différents. Il arrive que certains au sein de la coopérative décident de lancer, en plus de leur propre activité, une marque collective. Novéquilibres a ainsi été fondée par une équipe pluridisciplinaire de neuf coopanamiens et propose désormais des prestations dans le secteur de la qualité de vie au travail.

UN ENVIRONNEMENT EN EFFERVESCENCE Collectifs de convivialité, collectifs métiers, collectifs de travail, marques collectives, Coopaname est un antidote à la solitude. Il est possible d’y entrer seul (c’est le plus souvent le cas) ou à plusieurs  : Laetitia Lasanté et AnneCécile Jacquot, toutes deux paysagistes, ont ainsi rejoint Coopaname en 2010 pour lancer ensemble Omnibus, un atelier de paysage, véritable laboratoire d’expériences territoriales. On peut aussi avoir plusieurs cordes à son arc et développer deux activités reposant sur

NI DÉPENDANTS, NI INDÉPENDANTS, COOPÉRATEURS ! Dans le contexte économique actuel, à la fois tendu, frileux et concurrentiel, créer son activité et en vivre bien reste bien sûr difficile, même au sein de la coopérative. Chacun doit trouver l’équilibre entre une dynamique entrepreneuriale excitante et la nécessité de porter sur son activité un regard distancié. La gestion du temps et des tâches est complexe. Cependant, à la différence de nombreux indépendants, tout coopanamien est partie prenante d’une entreprise collective qui le soutient et l’accompagne, et dont le développement lui permet de sécuriser sa démarche professionnelle. “La mutualisation constitue un atout considérable, et cela est possible parce que la taille de la coopérative le permet” explique Véronique Bousquet, chargée d’accompagnement.

La mutualisation constitue un atout considérable

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Ensemble, on va plus loin

Face à l’atome, la force des citoyens TEXTE MARIE BARRAL

Sortir du nucléaire civil par la force de la mobilisation, c’est possible : Allemands, Autrichiens, Italiens ou Danois l’ont démontré. Une invitation à s’investir…

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logoff en France, Wyhl en Allemagne, Kaiseraugst et Argoire en Suisse... “Les plus grands succès des anti-nucléaires sont invisibles puisqu’il s’agit de réacteurs non construits”, remarque Wolfgang Hertle, figure du militantisme anti-nucléaire allemand.1 Il est bien sûr difficile d’analyser ce qui pèse le plus fortement dans les réorientations des politiques énergétiques  : catastrophes nucléaires, force du militantisme, volonté politique ou crise économique ? Toutefois, on note que dans les États européens où un engagement concret à sortir du nucléaire a été pris, la protestation au sein de la société civile était dynamique. Ce fut notamment le cas du Danemark, où le programme nucléaire a été arrêté en 1985 après d’importantes manifestations. Celui aussi de l’Autriche qui a vu l’interdiction du nucléaire inscrite dans la loi en 1978 suite aux mobilisations contre la centrale Zwentendorf,

jamais utilisée. “Après la catastrophe de Tchernobyl (1986), alors que notre pays avait été très touché par la radioactivité et, de peur d’un revirement politique, nous avons milité pour inscrire l’interdiction du nucléaire dans la Constitution [ce qui a été fait en 1999]”, rappelle Reinhard Uhrig, membre des Amis de la Terre-Autriche. S’il est vrai que l’Autriche importe une partie de son énergie, que le Danemark a recours, pour remplacer le nucléaire, au fioul et au charbon, en 2011, la part des énergies renouvelables représentait respectivement 70 % et 40 % de la production électrique de l’Autriche et du Danemark.2

LE MODÈLE ALLEMAND Deux mois après la catastrophe de Fukushima, la chancelière allemande Angela Merkel a annoncé la sortie du nucléaire de son pays, décision approuvée à une large majorité par le Parlement. Aujourd’hui huit centrales allemandes sont arrêtées, les neuf restantes vont l’être d’ici à 2022. “Angela Merkel n’était pas spécialement favorable à une sortie du nucléaire, mais elle a bien dû tenir compte de l’opinion électorale”, explique Wolfgang Hertle. Contrairement aux idées les plus répandues, la part d’électricité d’origine fossile n’a augmenté que de 1 % KAIZEN | MAI - JUIN 2013

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un film de marie-dominique dhelsing

image Marie-DoMinique Dhelsing & Claire ChilDeriC son eMManuelle VillarD montage Marie-DoMinique Dhelsing consultante montage Joële Van effenterre montage son & mixage herVé guyaDer étalonnage herbert PosCh musique MiChel riPoChe écriture & réalisation Marie-DoMinique Dhelsing un film produit par Magali Chirouze coproduction terre & huManisMe, ViDéo De PoChe distribution nour filMs

© pHotos : patrick lazic - création grapHique :

adalios & nour films présentent

au Cinéma le 27 mars magK8_exe.indd 22

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Dossier

La Permaculture Coopérer avec la nature

DOSSIER RÉALISÉ PAR BÉATRICE MERA, BENJAMIN BROUSTEY CYRIL DION, YVAN SAINT JOURS, PASCAL GREBOVAL

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© T Alamy/Jardin Duhamel du Monceau

© pHotos : patrick lazic - création grapHique :

Très connue dans les pays anglosaxons,  la  permaculture  commence à faire parler d’elle dans  l’Hexagone.  Pour  beaucoup  elle  reste  cependant  complexe  à  défi nir…  Attachons-nous  donc  à  démystifi er  la  notion  de  permaculture,  qui  excède  de  loin  une  simple technique de jardinage, et  voyons  concrètement  comment  en  appliquer  les  principes  chez  soi,  que  l’on  habite  une  maison  avec  terrain  ou  un  appartement  avec balcon…

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Dossier

Qu’est-ce que la permaculture ? La permaculture recouvre deux dimensions distinctes : l’une, plutôt philosophique, décrit un nouveau modèle de vie – ou paradigme – en harmonie avec la nature et entre humains. La seconde, plus conceptuelle, désigne un outil de création de lieux de vie durables, d’entreprises agricoles et/ou régénératives ou de communautés.

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’origine anglaise, le mot est formé sur la contraction de “permanent agriculture”. Les précurseurs en la matière sont l’Américain J. Smith Russell, auteur de Tree Crops : A permanent agriculture (1929), l’Australien P.A. Yeomans (Water for every farm, 1964), le Japonais Masanobu Fukuoka (Révolution d’un seul brin de paille, 1975). Les Australiens David Holmgren et Bill Mollison, auteurs de Permaculture 1 (1978), sont les deux co-fondateurs du concept tel qu’il existe aujourd’hui, et qui recouvre des préoccupations bien plus larges que le seul volet agricole. Les objectifs sont simples  : diminuer l’effort pour l’être humain, améliorer l’utilisation de l’énergie sous toutes ses formes (les déchets devenant des ressources), travailler en coopération avec la nature et non contre elle. La permaculture s’appuie sur la durabilité d’un système, sa non-dangerosité ainsi que sa robustesse face aux aléas de la vie (climat, maladies, etc.) et sa capacité de résilience (adaptation au changement). Le principe fondateur est basé sur l’observation de la nature et de ses modèles ; elle fédère les savoirs traditionnels des anciens et les découvertes scientifiques récentes. La permaculture

traite par conséquent d’un large éventail de sujets  : habitat, agriculture, communautés, gestion des énergies, etc. Elle exprime ainsi une notion de “culture de la permanence” Selon Richard Wallner, accompagnateur de projets permaculturels, elle est avant tout une vision qui s’articule sur un quadruple principe : Un postulat : Tout est lié. Un objectif commun : que chacun développe, là où il vit, là où il travaille, à la mesure de ses moyens, des solutions qui lui permettent de vivre sainement, ici et maintenant. Une équation à résoudre : l’harmonie de l’être humain avec la totalité de l’existence. Une éthique : Donner du sens à nos actions quotidiennes en faisant en sorte qu’elles prennent soin de la Terre, qu’elles prennent soin des êtres humains et qu’elles participent à une gestion équitable des richesses de base et des surplus.

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Pour aller plus loin

Livres, sites, films.

La permaculture est une façon de voir le monde qui pourrait nous amener à reconsidérer l’ensemble de nos installations humaines et de nos modes de vie. De nombreuses initiatives en sont déjà des illustrations comme l’économie circulaire, les maisons bioclimatiques, l’éducation coopérative... Faire beaucoup avec peu, optimiser la vitalité d’un système pour qu’il exprime son plein potentiel. Rechercher en toute chose l’harmonie et la complémentarité. Observer, comprendre, respecter. Chacun d’entre nous peut appliquer ces principes à son échelle et dans sa vie. Un beau projet de société en perspective !

L’Université Populaire de Permaculture L’Université Populaire fondée par Steve Read, enseignant en permaculture, organise la formation au certificat et au diplôme de permaculture. Elle mène également de la recherche. http://permaculturefrance.org/ L’École de la Nature et des Savoirs propose des cours certifiés de permaculture dans la Drôme. www.ecolenaturesavoirs.com L’Eco-centre du Bec Hellouin propose des formations consacrées à la permaculture, au jardinage et à l’agriculture naturelle. www.fermedubec.com L’Escampe, association de promotion et mise en pratique de la permaculture créée en 1989. http://www.escampe.fr/

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L’association Brin de Paille, créée en 2008, a pour but de diffuser de l’information sur les actions et formations en permaculture en France. Elle regroupe des correspondants locaux pour favoriser des initiatives locales en permaculture. http://asso.permaculture.fr/ L’association Imagine Un Colibri a pour but d’encourager toute forme d’agriculture saine et d’écologie pratique et de faire connaître la permaculture. http://aupetitcolibri.free.fr/ L’association et la revue Passerelle Eco ont pour objectif de proposer concrètement un mode de vie écologique à la portée de tous. Passerelle Eco a traduit et édité plusieurs livres sur la permaculture. http ://www.passerelleco.info/ PermacultureDesign Formation en construction naturelle Design et formations permaculture Gestion écologique de l'eau http://www.permaculturedesign.fr Le Projet Ressources Permaculture, portail de ressources documentaires sur la permaculture, met à disposition une multitude d’informations pour tout savoir sur l’historique de la permaculture, sa philosophie et ses techniques. On y trouve aussi une

librairie en ligne où l’on peut acheter des livres et des DVD. https ://sites.google.com/site/ traductioneditionpermaculture/ L’Institut Technique d’Agriculture Naturelle (ITAN) a pour objet la recherche, le développement et la formation en agriculture naturelle, développée dans les années 70 par le microbiologiste japonais Masanobu Fukuoka. Il propose des formations et met en ligne des documents de travail très approfondis issus de ces recherches. http://www.itan.fr/ Avec L’Arpent nourricier, Kristen Lagadec a créé un blog en forme de journal de bord relatant ses tentatives permaculturelles et décroissantes. La clarté de ce blog, très bien organisé, son style léger et enjoué, démystifient la permaculture et donnent envie de passer à l’action. http://www.arpentnourricier.org/ Le blog du collectif de permaculture Rhône-Alpes en Isère http://permaculture-ra.over-blog.com/ Carte établissant la localisation des principaux sites consacrés à la Permaculture en France : http://www.communitywalk.com/ france/sites_de_permaculture_ français/map/384150

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Dossier

© P. Greboval

BIBLIOGRAPHIE Créer un jardin forêt, Patrick Whitefield, éditions Imagine un Colibri (France)

La permaculture de Sepp Holzer, éditions Imagine un Colibri (France), 2011

Permaculture (tomes 1 & 2), Bill Mollison et David Holmgren, éditions Debard, 2006 et 2011

Le jardinier maraîcher, Manuel d’agriculture biologique, Jean-Martin Fortier, éditions Ecosociete, 2012

Introduction à la permaculture, Bill Mollison, éditions Passerelle Eco, 2012 Manuel de culture sur butte, Richard Wallner, éditions Rustica, 2012

Manuel pratique de la culture maraîchère de Paris, J. G. Moreau et J.-J. Daverne, écrit en 1845, numérisé et librement accessible sur Gallica http://www.gallica.bnf.fr/

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Portfolio

Les ailes du désir

D’abord attiré par les oiseaux, Julien Poirion a découvert la beauté de la nature, le monde fascinant des insectes à travers la photographie.

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Pascal  Greboval : D’où vous vient ce goût pour la photo en pleine nature ? Julien Poirion : Au départ je n’avais pas d’objectif particulier, je suis ornithologue de profession et c’était plutôt les oiseaux qui me passionnaient. J’ai commencé par les prendre en photo pour partager mes observations, puis peu à peu, tout en continuant les prises de vue plus larges, je me suis rapproché du monde des insectes. Ce sont des sujets que l’on trouve partout, de la porte de chez soi à la plus simple prairie, leur rencontre s’est faite naturellement et a alimenté mon goût pour la macrophotographie. Pascal : Une grande partie de vos photographies est consacrée aux libellules, pourquoi occupent-elles une telle place dans votre travail ? Julien : Si je me suis particulièrement focalisé sur les libellules c’est tout simplement en raison de leur beauté. J’aime les regarder autour de moi dans la nature, être témoin de leur naissance, 40

de leur envol, de leur accouplement, des combats qu’elles se livrent parfois entre congénères d’une même espèce pour protéger leur territoire – en cela leur comportement se rapproche assez de celui des oiseaux. Elles tiennent une place de prédateur au sein de l’écosystème, se nourrissant d’insectes plus petits comme les moustiques, et assouvissant elles-mêmes l’appétit des oiseaux. Elles figurent parmi les plus gros insectes. Il existe cent espèces en France, et environ six mille espèces dans le monde, parmi lesquelles certaines sont de plus en plus rares (il se trouve aujourd’hui des zones où on constate la disparition totale d’une espèce). Mais ce n’est pas en scientifique que je les aborde, c’est en amoureux des images. Pascal  : Il semblerait que ce soit surtout les ailes qui vous touchent… Julien : C’est vrai, je suis fasciné par la finesse des ailes de libellules et par le graphisme des nervures qu’elles

présentent. Ce sont des éléments fragiles, principalement au cours de la phase d’émergence, alors qu’elles sont encore toutes fraîches et humides  ; puis elles deviennent très résistantes malgré leur délicatesse. Leur structure reste encore méconnue mais quand on contemple l’habileté des libellules en vol, leur capacité d’aller aussi facilement en avant ou en arrière, on reste émerveillé devant cette merveille de l’évolution et ce perfectionnement fabuleux. Pascal  : Vous évoquez les moments privilégiés tels que la naissance ou l’accouplement, pouvez-vous nous décrire ces instants fugaces que votre objectif immortalise ? Julien : Il existe deux phases dans la vie des libellules  : la première est aquatique, elles évoluent alors sous forme de larves  ; la seconde est aérienne, c’est sous cet aspect qu’on les connaît le plus souvent. Les œufs sont déposés par la femelle, suivant les espèces, soit

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DIY - Fais-le toi-même

“L’ébouriffée”, la lampe qui décoiffe TEXTE ANNE SOPHIE NOVEL PHOTO JEROMINE DERIGNY

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arie  Fiore  est  une  touche-àtout. Si elle se présente comme  une  allumée  de  l’intérieur,  elle  ne  recherche  pas  les  coups  de  projecteurs  -  qu’elle  a  pourtant  côtoyés  pendant près de trente ans, quand elle  travaillait dans le milieu du cinéma. Cette  baroudeuse  d’origine  provençale avoue tenir ce don de sa mère et  de  sa  grand-mère,  “qui  savaient  tout  faire avec leurs mains” et de son père,  “un  bricoleur  talentueux”.  “Ils  m’ont  appris  à  me  servir  de  mes  mains  et  à  être  exigeante  :  dans  ma  famille,  si  on  ne  fait  pas  bien  les  choses  il  vaut  mieux  ne  pas  les  faire.  Je  suis  perfectionniste,  ultra  méticuleuse  et…  vraiment  maniaque,  du  coup”,  confi et-elle dans un éclat de rire. Sa famille lui a aussi transmis le sens de l’économie : “pourquoi jeter ? ça peut toujours servir” est une réplique qui a bercé son enfance. “On gardait plein de choses sans trop savoir pourquoi, puis elles servaient un jour miraculeusement, se souvient-elle. Cela n’a rien à voir avec la tendance actuelle de la récup, c’est de l’économie et de la bidouille, je viens d’une famille modeste et je n’aime pas le gaspillage.” Marie Fiore garde donc tout. Sa première lampe est un véritable fruit du hasard : elle est née d’une remarque de ses voisins et amis, éblouis - au sens propre - par une de ses lampes laissée sans abat-jour. Elle bricole donc rapidement de quoi la couvrir, “avec du grillage à poules acheté pour faire courir mon jasmin sous la fenêtre et

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La créatrice Marie Fiore a réadapté sa lampe “l’ébouriffée” afin de concevoir un modèle sur mesure spécialement pour Kaizen et à la portée de tous. Une lampe vaporeuse et nacrée, sorte de lanterne aérienne à réaliser bien sûr avec autant de matériaux de récup que possible !

1 - Matériel nécessaire • du grillage de poulailler (ou autre grillage) • une pince coupante • une pince plate • un câble électrique monté avec fiche mâle et interrupteur (ou à monter soi-même en fonction de ses compétences) • une douille petit culot • une ampoule petit culot (7 watt en économique) • un serre-câble • du fil de fer fin • de la peinture • un pinceau • une console pour étagère (équerre) • une cinquantaine de pochons très fins et translucides (demandez à votre entourage, évitez de les récolter exprès dans les magasins…) • des ciseaux • une règle • deux petits crochets • du fil de nylon

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© S. Perraud

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Roue libre

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Objectif vélonomie ! TEXTE STEPHANE PERRAUD

Rejoignez un atelier associatif et apprenez à réparer vous-même votre vélo pour gagner en vélonomie, l’autonomie version cycliste. CRÉER UN ATELIER Pour démarrer, on peut monter un atelier mobile autour d’un triporteur muni de quelques outils et proposer des contrôles techniques ou des réparations de base le dimanche le long d’une piste cyclable. Utile pour se constituer un premier réseau et évaluer les besoins des habitants. Il faudra compter au moins 25 000 euros de budget pour monter un atelier fixe. Les gros ateliers tournent avec dix fois plus, tout dépend de l’amplitude d’ouverture (quelques heures par semaine ou tous les jours) et du recours à des salariés ou à des bénévoles. Il est possible de solliciter un soutien financier auprès de la commune, qui l’accorde le plus souvent sous forme d’un local gratuit ou à loyer symbolique. Le modèle économique varie en fonction de l’activité de l’atelier : ceux qui développent le volet insertion sont soutenus en moyenne à 80 % par des fonds publics, ceux qui pratiquent l’autoréparation avec quelques salariés et beaucoup de bénévoles parviennent à s’autofinancer aux deux tiers. Le Recycleur à Lyon devrait frôler cette année les 90 % grâce à des prestations extérieures (marquage de vélos, animations dans l’espace public…). Quant aux ateliers du collectif Vélorution, ils sont autogérés et ne demandent aucune aide, hormis parfois un local - à défaut, ils utilisent des squats.

lodie a le sourire. Cet après-midi elle s’est rendue à l’atelier du Recycleur avec le vélo de son grandpère pour un petit check-up. Bilan : un câble de frein à retendre et des pneus à regonfler. En dix minutes, le Peugeot vintage est prêt. Coût de l’opération : zéro euro. “C’était juste de l’entretien. La prochaine fois j’installerai un feu arrière, avec des pièces d’occasion ça ne me coûtera presque rien”, explique l’étudiante lyonnaise de 23 ans. Son ami Samuel, 25 ans, est aussi un habitué : “J’ai trouvé dans un grenier un vieux biclou que je retape. Avec 40 euros et une douzaine d’heures de bricolage, il sera bientôt comme neuf ! Je fais tout moi-même. Quand je rencontre un problème je demande l’aide d’un mécanicien de l’atelier ou d’un autre adhérent plus expérimenté.” Comme Samuel et Elodie, plus de 1 800 cyclistes fréquentent régulièrement cet atelier associatif lyonnais créé en 1994. La même année se montait son alter ego à Grenoble, le P’tit vélo dans la tête, devenu depuis le plus important atelier de France avec près de 2 500 adhérents. ATELIERS TOUT PUBLICS Ces ateliers sont des lieux participatifs où chacun peut venir réparer son vélo moyennant une adhésion modique (de 10 à 35 euros/an) avec l’aide de mécaniciens salariés ou bénévoles. A titre de comparaison, une heure de maind’œuvre chez un vélociste varie entre 30 et 40 euros. Au Recycleur, on estime qu’un adhérent peut économiser jusqu’à 150 euros par an s’il adopte ce système D. On trouve ici les outils de première nécessité (clés plates, tournevis, démonte pneu) et d’autres plus spécifiques que l’on possède rarement chez soi : un fouet à chaîne pour changer les pignons, une clé demi-lune pour démonter un axe de pédalier, un KAIZEN | MAI - JUIN 2013

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Créateur de Culture

Conversation avec Nancy Huston TEXTE CYRIL DION PHOTOS FANNY DION

Pourquoi la fiction ? Est-il fondamental de reconnaître nos différences biologiques ? A quoi ressemble le processus de création ? Conversation avec Nancy Huston, écrivain, essayiste, musicienne canadienne et française, auteur de plus d’une quarantaine d’ouvrages parmi lesquels Instruments Cyril Dion : Vous êtes en train de finir un nouveau roman. Pouvez-vous déjà des ténèbres (Prix Goncourt en parler ? Nancy Huston : Il s’appelle Danse Noire. des Lycéens et prix du Livre C’est un roman très sombre. Comme dans Lignes de faille, on y rencontre pluInter 1996), Lignes de faille sieurs générations, mais sous l’angle de l’exil, de la transmission de la culture, de (prix Femina 2006 et prix la mémoire, de l’histoire, plus que de la “psychogénéalogie”. Le récit se construit France Télévision) et tout autour du personnage principal, Milo, malade et hospitalisé à Montréal. Son dernièrement Reflets dans un grand amour, un producteur de cinéma, recueille ses confidences et décide œil d’homme, essai qui fit d’écrire le film de sa vie. On suit ainsi le parcours de son grand-père, de sa mère couler beaucoup d’encre… et de Milo lui-même, sur trois rythmes, au fil des années. La Capoeira (passion de Milo) sert de trame à l’enchevêtrement de leurs histoires. KAIZEN | MAI - JUIN 2013

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CHANGER LE MONDE PAS À PAS

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PAR YVAN SAINT-JOURS

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azel et Yuki vivent chez nous depuis quelques mois. Hazel est une poule rousse, Yuki est une Sussex qui vient d’Angleterre, plus spécifiquement du comté du Sussex (si, si) sis sur la côte sud pile en face de la Haute-Normandie chère à Pascal notre rédac chef. Yuki est blanche et son nom veut dire neige en japonais, ce qui est assez cocasse pour une poule anglaise qui vit en France. Toutefois je subodore que les poules n’ont pas nos problèmes de langage, et que Yuki cotcommunique avec Hazel sans souci et sans accent. La poule est à part dans le règne animal. À elle seule elle cristallise cette problématique existentielle de l’évolution : “Qui de l’œuf ou de la poule est arrivé en premier ?”. Mais pourquoi se poser cette question à propos de la poule et pas du pigeon, du colibri ou de l’autruche ? Voire même du chat ? Bien sûr dans ce dernier cas il faudrait remplacer l’œuf par “la poche de placenta”, ce qui donnerait : “Qui de la poche de placenta ou du chat est arrivé en premier ?”… moins joli qu’avec la poule et l’œuf convenons-en. La poule et l’un des symboles forts de la permaculture (lire notre excellent dossier p. 23 où la poule a été complètement oubliée). Ainsi trouve-t-on de nombreuses constructions originales chez les permaculturophiles, comme le célèbre poullailler-serre (qui associe très intelligemment les deux fonctions), ou encore le tracto-poule (cage que l’on déplace au gré des besoins pour nettoyer la terre), les cages à poules anti-limaces (même principe mais destiné à débarrasser les allées des

gastéropodes grâce aux gallinacées), le pneu-poule (trois anciens pneus de voiture empilés les uns sur les autres qui serviront de perchoir et recueilleront en leur milieu les précieuses déjections)… Bref l’imagination est sans limite. Même si l’on regrette encore l’absence de poule-dog (pour garder la maison), ou encore de poulodrome (piste de course pour poules). Si la poule est prisée en permaculture c’est qu’elle possède de très nombreux atouts trop longs à détailler ici, je ne parlerai donc que du plus manifeste. Hazel et Yuki ont certes des gabarits différents, mais leur poids moyen avoisine les 3,5 kg. Si nous n’étions pas végétariens nous pourrions envisager de les manger (quoique mon frère qui n’est pas végétarien ne mangera jamais ses poules, comme quoi ça ne veut rien dire). Si donc de poules au jardin elles passaient au statut de poule au pot, la partie mangeable de ces êtres à plumes ne dépasserait pas les 2 kilos. Or la poule détient ce pouvoir magique de pondre des œufs (et ce, sans la présence d’un coq, précision manifestement nécessaire vu le nombre de fois où la question a été posée) qui sont une grande source de protéines. Une poule bien nourrie, qui a la patate et avec laquelle on pratique la Communication non-violente peut pondre facilement 250 œufs par an. Étant donné que chaque œuf pèse 50 g, elle produit donc 12,5 kg de nourriture protéinée tous les ans, soit plus de 6 fois son propre poids comestible ! Et que demande-t-elle en échange ? Pas grand-chose : elle se régale de toutes les épluchures et des

restes de repas (ainsi vous ne direz plus : “quel dommage mon chéri, tu n’as pas terminé ta salade de petit épeautre réalisée en suivant la recette de Linda dans le Kaizen n°7 !”, mais “Tant pis pour toi si tu ne veux pas terminer ta salade de petit épeautre, tu la mangeras transformée en œuf à la coque dans trois jours, na !”). En additionnant vos 150 kg d’épluchures annuels d’un peu de blé ou d’autres céréales, vous obtiendrez ainsi une ribambelle de bons œufs pour la modique somme de pas grand-chose. C’est dingue non ? Je terminerai en lançant ce nouveau slogan révolutionnaire destiné à tous ceux qui veulent changer le monde en commençant par eux-mêmes : “les poules c’est cool !”. Hazel et Yuki joignent leurs gloussements à mes remerciements à l’attention de la direction de ce magazine très sérieux dans lequel je peux écrire n’importe quoi en toute impunité. ◗

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© F. Dion

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Poule’s r (é) volution !

Le sourire d'Yvan

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Le bon plan

Le bon plan Marseille, Le Cours Julien TEXTE ET PHOTOS PASCAL GREBOVAL

Historiquement lieu d’échanges, le Cours Julien, un peu à l’écart de la Canebière, est un quartier plein de vitalité à découvrir...

SUR LE COURS JU Pour supporter le cagnard marseillais, allons d’abord prendre un verre. Rendez-vous à Si belle la vigne, où l’on peut déguster des vins vivants qui vous donnent la pêche. Ceux-ci sont issus de l’agriculture biologique -  les vignes ne sont pas traitées - mais tous les producteurs sélectionnés vont plus loin dans leur démarche  : lors de la phase de vinification, ils n’ajoutent ni levure exogène ni SO2 (la cause essentielle des maux de tête), ils laissent les vins travailler naturellement avec leurs levures endogènes. “Cela devient un autre produit, explique Sabine, la créatrice du lieu. Nous ne proposons pas des vins formatés ; certes ils sont fragiles, mais pour les papilles c’est une autre dimension”. Inutile de changer de dimension, dix mètres plus loin sur le même trottoir vous trouverez l’Equitable Café. Selon l’heure à laquelle vous franchirez la porte, vous pourrez y lire tranquillement des magazines affinitaires, participer à un atelier Do It Yourself - fais le toi-même - (maquillage par exemple) ou à des jeux coopératifs. La spécialité du lieu, ce sont les projectionsdébats  organisées autour de  films documentaires, car c'est “un média puissant et accessible à tous”. Outre une programmation riche et variée, ce café a pour atout d’être associatif et mu par une sensibilité alternative écologique et citoyenne. Et même si le

Au bord des fontaines du cours Julien : les Oralies, festival des contes voyageurs.

concept originel de favoriser la vente de produits issus de l’agriculture biologique s’est un peu atténué, les produits bios ou équitables sont toujours à l’honneur. Vingt mètres encore à parcourir, trottoir d’en face, et l'on découvre une autre institution du Marseille alternatif  : la Baleine qui dit “vagues”. Voilà 17 ans qu’elle donne à entendre des conteurs du bout du monde ou du coin de la rue, aussi bien à Marseille où elle est basée que dans les Alpes ou au Maroc. Centre ressource pour le conte en région PACA, la Baleine propose contes traditionnels et paroles contemporaines pour tout public  : “Le conte n’a pas d’âge, il n’y a pas d’âge pour le conte”. Chaque année la Baleine organise un florilège de voyages immobiles avec les Oralies, festival des contes voyageurs ; rendezvous cette année du 19 mai au 22 juin sur le Cours Julien. Dans le ventre de

la baleine, La table de Gépetto vous accueille pour un déjeuner, un thé en après-midi ou un dîner après les spectacles. Une restauration à base de produits issus de circuits responsables et solidaires. Quelques pas plus loin, puis à nouveau le trottoir d’en face (vous suivez  ?) Le Cours en vert offre une autre occasion

Sabine vous propose de redécouvrir le gout du raisin à Si Belle la vigne

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de dîner sain avec des produits locaux et de saison sur le Cours Ju. En effet Saïd propose depuis 2008 une carte bio et végétarienne midi et soir, et chaque samedi soir il organise des animations culturelles - théâtre, concert, etc.

AUTOUR DU COURS JU

Said vous attend avec de la bonne lecture au cours en vert

Le midi, Florent vous invite à manger vite et bien au boudiou

Tissus Africain, coupe européenne : le style saramani

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Blandine vous aide à retrouver l’équilibre à l’Arom’Od’Or

Un peu plus bas, toujours pour le plaisir des papilles, faites halte au Boudiou. Depuis 2011 Florent a mis en place le concept “de la ferme à l’assiette” : sur l’ardoise s’affichent tous les producteurs (essentiellement régionaux) fournissant les fruits et légumes de saison que vous savourerez dans les sandwichs, tartes, soupes et autres salades fraîches, pour un coût abordable (environ 10€). Florent propose également des ateliers découvertes où l’on partage savoir-faire et repas convivial. Vous pensez en passant par Mesclun clore votre promenade gustative avec une bonne salade ? Raté ! Le “mélange” concerne ici différentes associations qui œuvrent principalement dans le domaine de l’économie solidaire. Elles sont déjà une douzaine à s’être regroupées pour mutualiser des outils, des savoirs et des compétences. Véritable laboratoire de convergence, la porte de Mesclun est ouverte pour qui cherche des renseignements sur les associations représentées ou pour les collectifs en quête de soutien. Membre de ce collectif, le recyclodrome est une ressourcerie affiliée au réseau national. Cette association collecte les objets dont les particuliers, associations ou entreprises souhaitent se débarrasser. Les éléments sont travaillés (nettoyage, simple remise en état, relookage, détournement) puis proposés à la vente dans l’atelier-boutique du recyclodrome. Un travail qui permet de mener des campagnes de sensibilisation sur l’obsolescence et le recyclage des objets. Le quartier est aussi une ruche où bourdonnent des créateurs en tous genres. Chez Saramani (charmante en langue Malinke), ce sont les tissus d’Afrique

de l’ouest qui sont mis en valeur. Parallèlement à ses études de droit et d’ethnologie, Catherine a toujours adoré les tissus africains et la couture. A la naissance de son premier fils elle décide de privilégier sa famille et sa passion  et prend des cours de modélisme. Jeune styliste, elle rencontre au Sénégal Moussa Sow, “un tailleur exceptionnel”. Ils décident de s’associer et créent un partenariat éthique, qui privilégie les relations humaines et la qualité du travail. Bien que sa boutique soit localisée à Marseille, Catherine vend dans toute la France via son site ou des ventes privées. Lionel, lui aussi passionné, propose chez Terre de chanvre toute une gamme de vêtements réalisés à base de chanvre. Hommes, femmes, enfants, chacun peut trouver ici des vêtements, sacs et autres accessoires conçus avec ce matériau écologique par nature. Son associé colombien Alfredo a amené sa touche exotique dans la boutique  : un petit rayon propose des marmites Chamba (du nom de leur village d’origine), ustensiles en céramique, noirs à forte inertie, qui préservent la saveur des aliments. Pour ceux qui voudraient s’habiller d’occasion ou donner des vêtements, Frip’insertion offre une solution à deux pas d’ici. Portée par les mouvements Emmaüs et Hospitalité Pour les Femmes, cette association favorise en outre l’insertion de personnes en grandes difficultés. Du rayon vêtement, glissons au rayon beauté jusque chez Arom’Od’Or. Après une formation de naturopathe, Blandine a préféré ouvrir une boutique où elle peut conseiller et proposer différents produits - huiles essentielles, élixirs, minéraux, compléments alimentaires, etc. - pour que chacun se sente mieux dans son corps. A quelques encablures, Elody propose divers soins dans son salon (du remodelage du visage au nettoyage de la peau), tous réalisés avec des produits bio, sans paraben, conservateur, parfum ni alcool.

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Sauvage & délicieux Reconnaître, récolter et cuisiner les cadeaux de la nature

Le coquelicot TEXTES ET PHOTOS LINDA LOUIS

Aux beaux jours, il forme dans les champs de blé une mer rouge qui attire irrésistiblement le promeneur ou le cueilleur. “Gentil coquelicot”, une fois transformé en sirop, a le pouvoir de bercer nos nuits… L’arrivée soudaine du coquelicot en début d’été retentit comme le chant du coq : “co-co-klico !”. Insolite explosion de rouge vermillon qui nous laisse chaque fois rêveur… C’est probablement grâce à ce gallinacée, à la crête rouge et chiffonnée comme la robe de la sauvageonne, que l’on doit son nom. Sa forme et sa couleur, rappelant également la cocarde épinglée sur les bonnets phrygiens, symbolisent pour certains la résistance. Ces dernières années, elle a bravé les nouvelles lois imposées par l’homme en prospérant insolemment dans certaines cultures traitées aux pesticides. Dans les pays anglo-saxons, le coquelicot est associé à l’armistice du 11 novembre (“Poppy Day”), car des soldats avaient remarqué que la fleur poussait sur les champs de bataille. À cause des bombardements, les sols furent retournés, produisant des nuages de poussière de chaux et favorisant ainsi la venue de la plante. À la fin de la

guerre, elle disparut mais laissa une empreinte indélébile dans la mémoire d’anciens combattants de la Somme et des Flandres… Cette page sombre de l’histoire nous permet cependant de comprendre l’habitat du coquelicot. Il aime les terrains secs et calcicoles, comme la plupart des fleurs de la famille des papavéracées : le pavot à opium sur les terres arides de l'Afghanistan, l’escholtzia dans les plaines californiennes, la chélidoine (herbe à verrues) poussant le long des murs des fermes (enduits de chaux). Trouver une station de coquelicot loin des zones agricoles polluées n’est pas toujours évident. Rendez-vous par exemple dans les cultures de céréales bio. Certains agriculteurs acceptent volontiers qu’on les débarrasse de la plante “invasive”. Choisissez une journée ensoleillée, peu venteuse et munissez-vous d’un sac-cabas à ouverture peu large ou de sacs en papier pour éviter que les pétales s’envolent. Détachez-les en laissant en place la tige et la capsule (petite “poivrière” renfermant les graines qui germeront l’année suivante). Les altises, coléoptères noirs pas plus gros qu’une tête d’épingle, investissent souvent le cœur du coquelicot (il est si doux !). Après avoir ramassé vos pétales, disposez-les sur de grands plateaux au soleil et laissez ces petits insectes s’envoler. Évidemment, récoltez vos fleurs lors d’une journée sans vent, sinon votre jardin risque d’être inondé de confettis rouges ! Grâce à ses pétales (plus rarement à ses feuilles), la Belle des champs permet de réaliser des remèdes médicinaux et des recettes d’inspiration champêtre. KAIZEN | MAI - JUIN 2013

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