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Magazine d’opinion.

Numéro spécial 100 ans PDC Octobre 2012 / CHF 15.– www.la-politique.ch


Impressum

Éditeur Association LA POLITIQUE adresse de la rÉdaction LA POLITIQUE, Case postale 5835, 3001 Berne, tél. 031 357 33 33, fax 031 352 24 30, courriel binder@cvp.ch www.la-politique.ch rÉdaction Marianne Binder, Jacques Neirynck, Gerhard Pfister, Lilly Toriola, Rudolf Hofer, Sophie Nägeli, Sarah McGrath-Fogal, Philipp Chemineau, Yvette Ming traduction Philipp Chemineau, Isabelle Montavon grapHisme, illustrations et maQuette Brenneisen Communications, Bâle imprimerie Schwabe AG, Muttenz annonces et abonnements tél. 031 357 33 33, fax 031 352 24 30 Courriel abo@die-politik.ch, abonnement annuel CHF 52.–, abonnement de soutien CHF 80.– procHain numÉro Décembre 2012


Sommaire

4 8 9 10 12 13 14 16 17 18 20 23 24 26 27 28 30 31 32 34 35 36 38 40 42

Mike Bacher Christophe Darbellay Anton Keller Doris Leuthard Angela Merkel Dominique de Buman Roger Blum – Roger de Weck Eric Menoud Dominique de Buman Jacques Neirynck Joachim Gauck Stefan Engler François Barras Corina Casanova Sophie Buchs Wolfgang Schäuble Raoul Jäggi Pascal Eschmann Jean-Claude Juncker Giovanni Jelmini Judith Stamm Slobodan Despot Heidi Z’graggen Blaise Fasel Vincent Pahud

43 44 46 48 50 52 55 56 57 58 60 62 64 66 68 70 71 72 74 75 76 77

Rudolf Hofer Jacques Neirynck Dominique Ducret Ornella Grillet Lucrezia Meier-Schatz Heiner Geissler Babette Sigg Frank Leonard Röösli Claude Béglé et Axel Marion Urs Schwaller Raymond Loretan Flavio Cotti Joseph Deiss Reto Nause Patrice Clivaz Daniel Goldstein Carole Furrer Filippo Lombardi Alexandra Perina Vincent Pahud Viola Amherd Filippo Lombardi

Note de la rédactioN : La Politique est l’édition latine du magazine d’opinion du PDC. La langue de Molière n’étant pas la seule langue romane (c’est-à-dire issue du latin vulgaire) à être parlée en Suisse, nous ne publions pas uniquement des articles en français. Vous les reconnaîtrez au fil des pages : l’italien a été publié en violet et le romanche en gris. La plupart de nos lecteurs étant malgré tout francophones, nous avons choisi de faire précéder chacun de ces textes par un résumé en français.


édito – Marianne Binder, rédactrice en chef et Jacques Neirynck, rédacteur en chef adjoint

Né du mouvement conservateur catholique, il a été fondé en tant que Parti conservateur populaire suisse, puis il a été renommé Parti conservateur chrétien-social et enfin Parti démocrate-chrétien, PDC. Aucun de ces attributs n’est dépassé, car tous – catholique, conservateur, suisse, chrétien, social ou démocratique – définissent le PDC. La discussion sur le nom a sa raison d’être, même aujourd’hui, lorsqu’il est question du C. 100 ans après sa fondation, nous célébrons les contributions historiques de cet important parti démocratique en faveur de notre pays, de notre Etat fédéral et de la « Suisse qui réussit ». Nous lui consacrons deux éditions spéciales de notre magazine qui se complètent mutuellement, une en français et une en allemand. Nous remercions tous les auteurs de l’édition allemande, DiE PoLitik, et de l’édition française, LA PoLitiquE. Nous vous remercions de votre intérêt pour le PDC, pour votre analyse – y compris l’analyse critique – et nous vous remercions de votre attachement à notre parti. Nous remercions les personnalités de la société, de l’économie et des milieux scientifiques pour leurs contributions sur les défis du XXie siècle, sur la politique climatique et environnementale, sur l’évolution démographique, sur le positionnement de la Suisse au sein d’une communauté mondialisée, sur la sauvegarde de la liberté de la presse, sur la répartition équitable des biens. Le résultat est un témoignage de notre époque, dont peut s’enorgueillir celui qui est à l’honneur aujourd’hui. Et nous sommes fiers de notre parti, de tous ceux qui l’ont marqué et continuent de le marquer de leur empreinte. Le PDC est en effet le parti le plus représentatif de la Suisse. Sa politique riche en tradition définit en elle-même la tradition helvétique de la politique orientée vers le consensus. Veillons à ce que le PDC suisse poursuive son travail politique encore un siècle de plus.

marianne Binder est responsable de la communication pour le PDC suisse et rédactrice en chef du magazine bilingue LA POLITIQUE / DIE POLITIK. Jacques Neirynck est conseiller national et rédacteur en chef adjoint. Numéro spécial

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Mike Bacher, président des jeunes démocrates-chrétiens Obwald

La créatioN du parti : uN LoNg chemiN

La création du PDC suisse est précédée d’une longue histoire. Il y a eu de violents conflits, une guerre civile, le « Kulturkampf » et la création de divers partis avant que le rêve d’un parti national se réalise enfin en 1912. L’invasion de la Suisse par des troupes françaises, consécutive à la Révolution française (1798), marqua la fin de l’ancienne Confédération. La période qui suivit fut caractérisée par l’existence de « gouvernements fantoches », en d’autres termes les Etats vassaux de la France. Dans le cadre du Congrès de Vienne en 1814/15, la Confédération fut rétablie sous la forme d’une fédération d’Etats avec pour conséquence le rétablissement des anciens pouvoirs (période de la Restauration). Cependant, tous n’étaient pas satisfaits des nouvelles conditions. Notamment les libéraux souhaitaient une forme d’Etat centralisé, une revendication rejetée par les conservateurs fédéralistes.

Projet de coup d’Etat Au cours de la Révolution de juillet à Paris (1830), de nombreux cantons se réorganisèrent et adoptèrent une constitution libérale-radicale. Mais comme ils ne détenaient pas la majorité requise pour modifier le pacte fédéral, ils commencèrent à caresser ouvertement l’idée Josef Leu de ebersol d’un coup d’Etat par les armes. Parallèlement, les libéraux se radicalisèrent dans la mesure où ils s’affichaient clairement anticléricaux et où ils s’élevaient notamment contre l’Eglise catholique et ses couvents. Cela, à son tour, provoqua l’ire des catholiques. 4

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Fermeture de couvents et expéditions des corps francs L’affaire des couvents d’Argovie en janvier 1841 fut le premier point culminant de ces affrontements, lorsque le Grand Conseil du canton décida illégalement de fermer tous les couvents, de confisquer leurs biens et d’expulser les moines en moins de 24 heures. Les couvents anciens et riches de Muri et de Wettingen, dont le rayonnement dépassait largement les frontières européennes, furent particulièrement touchés. Cette mesure provoqua une vive indignation auprès des catholiques suisses. Peu après, les libéraux du canton de Lucerne perdirent la majorité absolue au profit des conservateurs. Sous la direction du politicien paysan Josef Leu von Ebersol et du juriste konstantin Siegwart-Müller, Lucerne reprit immédiatement la tête de la Suisse catholique. Les libéraux-radicaux furent à leur tour tellement agacés qu’ils lancèrent, entre 1844 et 1845, deux expéditions de Corps francs provenant de l’ensemble de la Suisse, dans le but de reconquérir Lucerne et de renverser le gouvernement (élu par voie démocratique). Les deux expéditions furent refoulées par l’ensemble des cantons de la Suisse centrale. Si la Diète (la plus haute instance) de la Confédération condamna formellement ces tentatives de renversement du pouvoir en place par la violence ainsi que la fermeture des couvents, elle n’en accorda pas pour autant une aide militaire. En réaction à ces attaques, sept cantons – Lucerne, uri, Schwyz, unterwald, Zoug, Fribourg et le Valais – s’allièrent dans le « Sonderbund », se promettant une aide réciproque. Par la suite, ils furent considérés au sein du parti comme les cantons fondateurs, berceau du parti.


Guerre du sonderbund et nouvel Etat fédéral Mais la Diète n’accepta pas le Sonderbund et décida de le dissoudre, si nécessaire, par des moyens militaires. Les troupes confédérées luttèrent pendant trois semaines sous le commandement du général genevois Henri-Guillaume Dufour contre les troupes du Sonderbund qui se battaient sous la conduite du général grison Johann ulrich de Salis-Soglio. La guerre se termina dans les faits par la prise de Lucerne le 24 novembre 1847. Par la suite, des gouvernements fantoches furent mis en place dans tous les cantons du Sonderbund et les alliances conservatrices furent dissoutes. Bien que la confession jouât un rôle important, il s’agissait plutôt d’une opposition entre fédéralisme et centralisme, entre conservateurs et libéraux. En conséquence, le nouvel Etat fédéral fut fondé en 1848, à l’exclusion des conservateurs fédéraux, sous la forme d’un Etat libéral doté d’un pouvoir central. Reconstruction et premiers projets visant à fonder un parti national Dans le nouvel Etat fédéral, les conservateurs, en particulier ceux de confession catholique, firent ainsi face à une large majorité qui exprimait son rejet, voire une hostilité affichée à leur égard. Le démantèlement et l’interdiction de leurs ligues et associations eurent également des effets paralysants. Seule l’Association suisse des étudiants, qui avait été fondée en 1841 comme contre-mesure à la fermeture des couvents, avait survécu. Elle

projeta, telle une lueur d’espoir, la jeunesse conservatrice dans l’avenir. En 1857, vint s’ajouter l’Association de Pie iX (plus connue sous le nom allemand de « Piusverein »). En parallèle, le petit groupe de catholiques conservateurs se réunit à Berne autour du jeune conseiller national lucernois Philipp Anton von Segesser, qui devint durant les décennies suivantes la figure marquante de la politique conservatrice en Suisse. En qualité de conservateur conséquent et de fédéraliste, il approuva déjà avant 1847 l’union de toutes les forces conservatrices de Suisse, indépendamment de leur confession. il avait pour but de créer une organisation rassemblant tous les Suisses défendant des idées conservatrices et fédéralistes.

Kulturkampf et luttes internes Ses idées ne furent toutefois pas bien reçues par tous ses coreligionnaires. Pendant que les politiciens issus des régions fondatrices adhérèrent dans une large mesure aux idées de Philipp Anton von Segesser (« parti des landammans »), notamment les catholiques romands soulignèrent tout particulièrement l’aspect confessionnel et exigèrent la création d’un parti exclusivement catholique. Vinrent s’y ajouter les adeptes de la diaspora ou des cantons paritaires (comme Zurich, Bâle ou Saint-Gall) qui rejetèrent le fédéralisme systématique, défendu par les cantons de Suisse centrale. Ces divergences d’opinion internes empêchèrent la réalisation d’un parti commun. Les petites tenta-

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tives, entreprises dans les années 1860 pour fonder un parti, ne rencontrèrent que des succès de courte durée. Avec la montée du kulturkampf à partir de 1870, la situation devint encore plus difficile pour les catholiques suisses. Après avoir été traités de manière démonstrative comme des « citoyens de seconde classe » déjà à partir de 1847/48, ils furent exposés à une nouvelle vague d’attaque de la part des libéraux-radicaux à la suite du Premier Concile du Vatican (1870). Si cette adversité permit de rassemque cette tentative permit de franchir « une étape importante pour renforcer la cohésion nationale du parti catholique conservateur ». Les catholiques de la diaspora, qui n’avaient pas de candidats à proposer pour le Parlement à Berne, se virent toutefois mis à l’écart. C’est pourquoi, poussés par le Grison Anton Augustin et par le Bâlois Ernst Feigenwinter, ils demandèrent en 1893 que « la création et l’organisation d’un parti conservateur soient immédiatement prises en main ». De fait, le parti populaire catholique fut fondé le 12 août 1894. La désignation « Parti populaire » « prit une connotation très forte de lutte contre le système établi ». Les conservateurs sortirent en effet renforcés de l’élection en 1891 d’un conseiller fédéral conservateur en la personne de Josef Zemp (qui se retrouva évidemment face à six conseillers fédéral libéraux). Néanmoins de nombreux facteurs conduisirent le parti populaire catholique à l’échec en 1898.

adalbert Wirz

bler les catholiques, la tentative de Joseph Schorderet (abbé fribourgeois) et de theodor Scherer (originaire de Soleure) de former un parti en 1874 s’enlisa dans les querelles croissantes.

deux tentatives de création d’un parti, soit deux étapes franchies L’« union conservatrice », fondée le 18 juillet 1881 et initiée par le Lucernois Josef Zemp et par Julius Schnyder de Wartensee, était plus prometteuse. toutefois, le groupe de Berne eut peur de perdre son hégémonie, raison pour laquelle ses membres s’opposèrent au projet. un an plus tard, l’union subit un échec définitif. D’autre part, le groupe de Berne se renforça dans la mesure où il devint plus efficace. urs Altermatt constate avec perspicacité 6

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Le chemin parcouru jusqu’à la création du parti national tel qu’il se présente en 1912 Les circonstances de l’époque mirent de plus en plus clairement en évidence le besoin d’un parti national. C’est pourquoi, vers 1900, des voix de tous les milieux commencèrent à s’élever contre cette situation insatisfaisante. Et c’est l’obwaldien Adalbert Wirz, l’ancien président central de l’Association de Pie iX, qui prit l’initiative. il fut soutenu par le conseiller d’Etat lucernois Joseph Düring, qui désirait poursuivre l’œuvre de son ami Anton Augustin, décédé en 1900. Adalbert Wirz, Joseph Düring et Anton Augustin étaient tous d’anciens membres du comité central de l’Association suisse des étudiants. Vinrent s’y ajouter Hans von Matt de Nidwald, le rédacteur lucernois Josef Winiger, Emil Pestalozzi-Pfyffer de Zurich et le président du groupe othmar J. Staub de Saint-Gall. Après plus de cinq ans, les oppositions furent en grande partie éliminées de sorte que le comité put organiser la cérémonie de fondation du parti le 22 avril 1912 à l’Hôtel union, à Lucerne. Adalbert Wirz, conseiller aux Etats et président du groupe, fut élu premier président du parti. En choisissant le nom « Parti populaire conservateur » (largement privilégié à « Parti populaire catholique » ou à « Parti populaire suisse »), les fondateurs affichèrent leur intention de créer un parti englobant les politiciens qui défendent aussi bien les idées conservatrices que fédéralistes. Le parti parvint enfin à percer pour devenir le Parti démocrate-chrétien, comme on l’appelle depuis 1970. ■


Les ConseiLLers FÉdÉraux du PdC dePuis 1848

Josef Zemp Lu 1891–1908

Josef a. schobinger Lu 1908–1911

Giuseppe Motta Ti 1911–1940

Jean-Marie Musy Fr 1919–1934

Philipp etter ZG 1934–1959

enrico Celio Ti 1940–1950

Joseph escher Vs 1950–1954

Thomas Holenstein sG 1954–1959

Giuseppe Lepori Ti 1954–1959

Jean Bourgknecht Fr 1959–1962

Ludwig von Moos oW 1959–1971

roger Bonvin Vs 1962–1973

Kurt Furgler sG 1971–1986

Hans Hürlimann ZG 1973–1982

alphons egli Lu 1982–1986

arnold Koller ai 1986–1999

Flavio Cotti Ti 1986–1999

ruth Metzler-arnold ai 1999–2003

Joseph deiss Fr 1999–2006

doris Leuthard aG Depuis 2006


Christophe Darbellay, conseiller national VS, président du PDC suisse

LE Pdc : uN SiècLe au Service de L’humaiN

Centrale dans notre espace politique, profondément ancrée dans le paysage du pays, riche de son Histoire et de ses alluvions, la démocratie chrétienne suisse fête ses cent ans ! Son histoire est celle du siècle qui s’est écoulé : notre parti fut de tous les combats, il a fait grandir les projets, forcé maintes fois la décision. Il a largement contribué à façonner la Suisse moderne, la Suisse d’aujourd’hui. Le jour de sa création, le 22 avril 1912, à l’unionsaal de Lucerne, le Parti conservateur populaire (qui ne deviendra, au niveau national, PDC qu’en 1970) est déjà la résultante de plusieurs décennies d’histoire, d’antagonisme avec la toute-puissance radicale, déjà aussi la confluence de tant de courants cantonaux, jaunes pour les uns, noirs pour les autres, mais à coup sûr fondés philosophiquement sur la remarquable Doctrine sociale de l’Eglise, la fameuse encyclique « Rerum Novarum » (1891) de ce pape hors normes que fut Léon Xiii. il n’était pas simple, à Lucerne, il n’était pas gagné d’avance, d’imaginer que ces traditions cantonales, celle du Valais, celle de Fribourg, celles de Suisse centrale, ou orientale, celles du tessin, des Grisons, constitueraient un grand parti politique national, pivot de notre échiquier, le PDC. Pendant ces cent ans comme aujourd’hui, en 2012, ce parti ne vit et n’existe que par l’extraordinaire engagement au quo-

« Sans la richesse humaine de nos sections cantonales, communales, sans la qualité associative qui les anime, sans la joie de vivre de ses membres, le bonheur politique d’agir ensemble, notre parti ne serait rien. » Christophe Darbellay 8

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tidien de chacun de ses membres. Sans la richesse humaine de nos sections cantonales, communales, sans la qualité associative qui les anime, sans la joie de vivre de ses membres, le bonheur politique d’agir ensemble, notre parti ne serait rien. oui, c’est un parti d’idées. Et c’est un parti d’hommes et de femmes. Des idées profondément ancrées, bien avant la fondation du parti suisse, à vrai dire dès les héroïques combats des catholiques conservateurs au moment du Sonderbund, dans l’idée que nulle politique ne peut se déployer autrement qu’autour de l’humain, pour l’humain, au service de l’humain. oui, nous sommes et voulons rester un parti chaud, le parti de la classe moyenne, de la famille, des PME, le parti qui veut construire, et non diviser. Défaits au moment du Sonderbund, nos ancêtres, dès les années qui ont suivi, avec un admirable courage, écrasés par la Suisse radicale triomphante (sept conseiller fédéraux sur sept étaient radicaux, de 1848 à 1891, jusqu’à l’arrivée du premier catholique conservateur, le Lucernois Josef Zemp !), se sont battus. Partout ! Dans leurs communes, dans leurs cantons respectifs, dans les organes de presse, dans la vie des villages, les fanfares, les associations culturelles. Sans nier la modernité, l’industrialisation, ils voulaient leur donner une dimension humaine, on dirait aujourd’hui : la durabilité. Mais c’était il y a un siècle ! Aujourd’hui, en 2012, le PDC peut s’honorer de participer à la vie politique de tous nos cantons. Dans nombre d’entre eux, et aussi au Conseil des Etats (la Chambre des Cantons), il demeure même le leader, le parti qui tient la décision. Je suis fier de présider ce parti si riche d’histoire. Je vous engage tous à vous unir pour attaquer ensemble les défis du nouveau siècle. Là où seront en cause l’honneur et la cohésion, le PDC sera toujours au rendez-vous. ■


Anton Keller, ancien conseiller national AG

À chacun son dû le principe de subsidiarité en tant que base essentielle de la doctrine sociale chrétienne. la subsidiarité est outre la liberté et la solidarité le troisième principe sur lequel se fonde la doctrine sociale chrétienne. le principe de subsidiarité n’est pas contesté aujourd’hui dans les démocraties solides et dans les sociétés éclairées. il y a lieu d’expliquer ce terme en français, quand bien même son contenu est clair. il s’agit de faire intervenir les droits, les tâches et les obligations au sein de la société et de l’etat à divers échelons et de ne pas les gérer de manière centralisée. l’etat ne doit pas prendre en charge ce que chaque individu ou famille est capable d’assumer. le canton ne doit pas s’occuper de ce que la commune est en mesure d’accomplir. et l’etat ne doit pas se charger de ce dont le canton est à même de s’acquitter. a chaque niveau ou dans chaque domaine il convient de faire ce que l’échelon ou la communauté concernée est le mieux à même de réaliser. dans ce but, il faut que la politique crée les conditions qui s’imposent. cela correspond notamment en Suisse à la lutte constante pour une répartition judicieuse des tâches entre la confédération et les cantons ainsi qu’à la question du noyau intangible de l’autonomie communale. le principe de la subsidiarité permet de s’approcher le plus possible des citoyennes et citoyens au niveau de l’organisation de la communauté. il est facile à reconnaître que ce principe est respectueux de la liberté puisqu’il ouvre à tous les niveaux et à tous égards des espaces de liberté créatifs. la doctrine sociale chrétienne ne relève pas du mythe d’une liberté complète telle que l’a prônée la révolution française, mais elle entend ouvrir des espaces de liberté créatifs. il est d’ailleurs très clair que ce principe doit impérativement interagir avec le principe de solidarité. les acteurs de la société ne peuvent pas tous exploiter de la même manière que les espaces de liberté créatifs. car les forces qui se déploient et agissent au sein d’une société, des individus ou des communautés, sont inégales de nature. le principe de solidarité est indispensable pour établir un équilibre. a la différence du principe de liberté, dont la force motrice réside en lui-même, le principe de solidarité doit être constamment reconquis. la politique a pour tâche de créer un juste équilibre dans la zone de tension entre l’espace de liberté et la solidarité. le principe de subsidiarité en est la ligne d’action. ■

Numéro spécial

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Doris Leuthard, conseillère fédérale

La coLLaBoratioN de touS Fait notRE FoRcE ! L’avenir n’est jamais linéaire. Alors que nous jetons aujourd’hui les bases de la vie de demain, nous serons confrontés dès après-demain à de nouveaux défis. Cependant, les grandes tendances se dessinent déjà : transfert de pouvoir entre les Etats, migration et démographie, demande énergétique et atteintes à l’environnement. Pour maîtriser cette évolution, la flexibilité et la disponibilité à agir de manière non conventionnelle sont de mise.

les nouvelles perspectives 2052 du club de rome sont particulièrement sombres et annoncent : – un changement climatique caractérisé par des phénomènes météorologiques extrêmes, – des ressources naturelles de plus en plus limitées, – un recul de la croissance associé à de grandes disparités sociales, notamment dans les pays industrialisés. Parallèlement, de nombreuses économies frappées par une crise persistante finissent par perdre pied. Les centres de gravité se déplacent. Les pays industrialisés sont rattrapés par des pays émergents en plein essor, qui réclament davantage d’influence, notamment sur la scène politique. L’Europe stagne et doit apprendre à gérer de nouvelles situations qui vont encore s’aggraver. tant que l’uE ne parviendra pas à gérer ses problèmes, au risque même de se décomposer, elle continuera de s’affaiblir. Seule une Europe unie et forte sera en mesure de relever les défis de demain. une telle situation a forcément un impact sur la Suisse. La récession européenne affaiblit notre commerce extérieur. L’instabilité de la zone euro continuera de peser sur le franc suisse. Le trafic illégal de données bancaires et la poursuite quasi paranoïaque des employés de banque pratiquée par certains Etats ne sont que les signes visibles d’une pression croissante sur le soi-disant paradis qu’est la Suisse. Si nous voulons, comme l’exige notre Constitution, favoriser la prospérité commune, le développement durable, la cohésion 10

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interne et la diversité culturelle du pays, nous ne pouvons continuer de faire cavalier seul. La Suisse doit coopérer, faire preuve d’ouverture et pouvoir compter sur ses partenaires. La recherche de solutions concrètes aux problèmes passe inévitablement par une approche interdisciplinaire. L’immigration nous met face à de nouveaux défis dans les domaines suivants : maintien d’une croissance économique constante, développement contrôlé et respectueux de l’environnement dans le domaine des transports et du territoire et réforme de l’approvisionnement énergétique.

Les perspectives Comme partout dans le monde, la population suisse ne cesse d’augmenter : notre pays a atteint 8 millions d’habitants et, selon les prévisions, la population comptera 9,5 millions d’habitants en 2030. A l’inverse de ce qui se passe ailleurs dans le monde, cette croissance est principalement due à l’immigration. La Suisse est attrayante, internationale et présente déjà aujourd’hui une proportion d’étrangers de presque 23 %. Bien que cette situation présente de nombreux avantages, elle implique aussi des tensions politiques internes. La mobilité affiche une croissance impressionnante : le trafic ferroviaire a été multiplié par deux entre 1960 et aujourd’hui, le trafic routier par cinq et le trafic aérien par 17. D’ici 2030, les prestations de trafic des transports publics augmenteront de 50 % et celles du trafic individuel motorisé de 19 %.


Nous pouvons réduire la consommation d’énergie et de ressources sans mettre en péril la place économique Suisse. La stratégie énergétique 2050 montre que la qualité de vie ne dépend pas seulement du nombre de kilowattheures. Nous disposons des bases politiques, économiques et financières nécessaires pour développer les technologies qui nous permettront de changer le monde de demain. En matière de consommation d’énergie et de ressources, les solutions proposées par la Suisse pourraient servir de référence au niveau international. Nous devons également suivre une nouvelle voie en matière de développement territorial et de transports. Aujourd’hui, c’est la planification des transports qui détermine le développement territorial et l’urbanisation, non l’inverse. C’est pourquoi nous sommes pris dans une sorte de cercle vicieux : l’urbanisation engendre du trafic, lequel implique des projets de construction, lesquels engendrent du trafic, lequel implique encore des constructions. Le projet de territoire suisse élaboré par la Confédération, les cantons et les communes constitue une réponse stratégique à cette problématique. Ce rapport présente les différents moyens de freiner l’urbanisation excessive, les possibilités d’utiliser le sol de manière intelligente ainsi que les différentes possibilités de créer des espaces fonctionnels de vie, de travail et de mobilité au-delà des frontières communales et cantonales. Force est de constater que les conflits d’intérêts entre l’économie, l’environnement et la société s’accentuent. Pour les personnes persécutées, la Suisse est une terre promise. Nous devons les accueillir. Mais sommes-nous tenus d’accueillir toutes les autres ? Sur le terrain de la concurrence économique, nous sommes un paradis dans lequel il y a toujours quelque chose à prendre. Comment comptons-nous gérer la pression exercée sur notre pays ?

La mobilité va continuer d’augmenter. il est donc important de prévoir les capacités nécessaires. La mobilité doit en outre être efficace sur la plan énergétique, respectueuse du climat et couvrir ses coûts. Les changements de comportement en matière de mobilité doivent être pris en compte pour la recherche de nouvelles solutions. Les progrès technologiques et la planification coordonnée des transports seront déterminants comme dans le cas des projets d’agglomération.

Les recettes La Suisse ne doit pas se réinventer. Mais elle doit défendre ses intérêts. En tant que petit Etat fédéral, nous présentons de nombreux avantages. Notre modèle de société et de démocratie ainsi que notre politique d’intégration sont uniques. Le PDC devrait par conséquent continuer de s’engager en faveur d’une Suisse ouverte et sûre d’elle, consciente de son histoire et de ses valeurs. La Suisse est l’un des pays les plus innovateurs et les plus compétitifs au monde. Nous ne pouvons maintenir cette position que grâce à l’excellente qualité de notre système de formation et à la performance de nos infrastructures. Par conséquent, notre pays est une place économique attrayante avec une qualité de vie élevée, en mesure de relever les défis de demain. Cela suppose toutefois que nous ne pouvons nous contenter de mesures d’optimisation, mais que nous devons préparer le pays à affronter les vingt ou trente prochaines années grâce à des technologies innovantes, à de nouveaux marchés et à de nouveaux modes de travail et de vie.

Ensemble nous atteindrons l’objectif C’est aujourd’hui que nous devons lancer le débat public sur ce que sera la Suisse dans 30 ans. Nous réussirons seulement si nous ne nous orientons pas vers le plus petit diviseur commun des intérêts cantonaux, mais si nous nous référons au plus grand dénominateur commun d’intérêt national. Nous avons besoin d’une politique d’infrastructure dans le but de promouvoir la cohésion des régions, de renforcer la compétitivité de la place économique et de garantir une qualité de vie élevée. L’économie, les institutions de formation et bien évidemment les partis sont les vecteurs de cette politique. Le PDC a toujours joué un rôle déterminant dans la politique des transports, de l’énergie et de l’environnement. Nous sommes prêts à changer d’avis. Ensemble nous parviendrons à repousser les limites de la connaissance. Ensemble nous réussirons l’avancée technologique nécessaire pour maîtriser l’avenir énergétique, moderniser la mobilité et défendre un environnement intact. ■ Numéro spécial

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Meilleurs vœux de la présidente de la CDU, la chancelière Angela Merkel, à l’occasion des 100 ans d’existence du PDC

Au nom de l’union chrétienne-démocrate d’Allemagne et en mon nom, je présente mes meilleurs vœux au Parti démocrate-chrétien suisse pour ses 100 ans d’existence. Durant les dernières décennies, le développement de la Suisse a été essentiellement marqué par les impulsions positives du PDC. Je suis convaincue qu’il en restera de même à l’avenir. Le centenaire du PDC signifie un siècle passé au service d’une politique à la fois sensible aux valeurs et novatrice, en faveur des Suisses. Voilà de quoi vous pouvez être fiers. quant à nous – la CDu – nous nous réjouissons de poursuivre une collaboration des plus amicales.

Angela Merkel

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Dominique de Buman, conseiller national FR, vice-président du PDC suisse

QueL SeNS doNNer au terme « BourgeoiS » ? Dans le jargon politique suisse, la désignation de partis bourgeois concerne avant tout le PRD, le PDC, le PBD, les Verts libéraux et l’UDC par opposition aux diverses formations de gauche. Mais derrière l’étiquette, que met-on dans le flacon ? Et quelle incidence a cette terminologie sur la notion de centre ? Le terme « bourgeois » provient naturellement du mot allemand « Bürger » et implique une philosophie fondée sur le citoyen, sur la personne libre et responsable. il ne s’agit pas d’une vision égoïste de la société, mais d’un univers où l’humain occupe la première place, est l’acteur principal de la vie communautaire. Cette définition ne se veut pas exhaustive et n’exclut pas la prise en considération subséquente des implications et devoirs sociaux vis-à-vis d’autrui. Dans cette optique, le PDC est un parti bourgeois, puisque le sens de la responsabilité personnelle précède temporellement l’impératif de solidarité. Les formations de gauche se différencient des partis bourgeois en ce qu’elles privilégient la notion de communauté, voire de collectivité dans leur démarche et leur analyse. Elles pensent d’abord à répartir la richesse plutôt que de se soucier en premier lieu de sa production. L’appellation « bourgeoise » n’en demeure pas moins otage de deux attitudes, l’une de confiscation, l’autre d’amalgame. Le danger de confiscation émane de l’uDC, qui aimerait réunir sous sa bannière toutes les forces politiques qui ne sont pas de gauche pour exercer un pouvoir d’exclusion vis-à-vis de la gauche précisément, et sans tenir compte de la pensée centriste attachée viscéralement à la concertation et au consensus. Le réflexe d’amalgame vient, lui, de la gauche qui, dans sa phraséologie dialectique, opère une fusion et une confusion voulues entre les formations de la droite et du

centre pour diaboliser leurs positions et se présenter en unique recours face à une politique qui écraserait systématiquement le petit et favoriserait le nanti. Sous les deux microscopes, le terme de « bourgeois » revêt alors une signification péjorative à laquelle le PDC a tout à perdre. A cela s’ajoute la perte d’adéquation et de cohérence entre le qualificatif et son assiette : que dire d’un parti – l’uDC – qui ose encore s’afficher officiellement comme un parti du centre, alors qu’il exècre cette place de l’échiquier ?! Ce même parti appartient-il vraiment au camp bourgeois, quand il s’oppose à la libre circulation des personnes, soutenue fermement par l’économie pour les perspectives de développement qu’elles offrent ? Et comment ne pas rappeler son rejet régulier de la politique de promotion économique présentée par le Conseil fédéral ? De telles positions reflètent-elles vraiment le sens de la responsabilité décrit plus haut et exprimé par l’adjectif « bourgeois, bürgerlich » ? inversement, peut-on tolérer les griefs de politique antisociale adressés par le PS et les Verts au PDC, sans lequel aucun congé-maternité ni aucune harmonisation des allocations familiales n’auraient vu le jour ! C’est pourquoi la transparence du débat des idées postule l’abandon du terme « bourgeois » et son remplacement par les désignations – habituelles dans d’autres pays de gauche – de centre et de droite, qui restituent leur place et leur fonction à d’authentiques courants de pensées, identifiables et indispensables à la formation de l’opinion dans les Etats démocratiques. ■

« Dans cette optique, le PDC est un parti bourgeois, puisque le sens de la responsabilité personnelle précède temporellement l’impératif de solidarité. » Dominique de Buman

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intERaction La politique et les médias sont indissociables. Roger Blum, professeur émérite en sciences de la communication et des médias, et Roger de Weck, directeur général de la SSR SRG, s’entretiennent au sujet du PDC, du service public et de l’évolution du monde des médias au cœur de la tension entre commerce et qualité.

roger de Weck : le PDC a joué un rôle clé au cours de l’histoire de la SSR SRG. Plusieurs présidents d’administration et directeurs généraux étaient membres du PDC. Pour quelle raison, à votre avis, Roger Blum ? roger Blum : d’une part, je pense que c’est un hasard. D’autre part, le PDC est le parti du centre-droit qui défend le plus clairement le service public. Le PDC a un profil susceptible de réunir une majorité, ce qui lui a permis d’obtenir des voix. roger de Weck : en défendant si clairement le service public, le PDC exprime son sens de l’équilibre. Après les deux guerres mondiales, la démocratie chrétienne européenne a réalisé deux exploits historiques dans le sens du rétablissement d’un certain équilibre. Les démocrates-chrétiens étaient les pionniers, d’une part, de l’union européenne qui appliquait la règle du respect entre voisins, et, d’autre part, d’une économie de marché qui tienne compte des besoins des plus faibles. De même, la SSR SRG a elle aussi pour mission politique de préserver un certain équilibre entre les quatre régions linguistiques de notre pays de tailles très différentes ; le service public se porte garant pour que non seulement la majorité alémanique, mais également les minorités latines bénéficient de programmes radio et télévision de qualité. roger Blum : à présent, nous vivons dans un pays où les minorités sont plus que respectées : par exemple la Suisse italienne possède son propre programme radio et télévision. Le souci de préserver un certain l’équilibre en Suisse est non seulement une qualité du PDC, mais également du PLR et du PS. D’ailleurs les démocrates-chrétiens ont pratiquement disparu en France de même qu’en italie ; au Royaume-uni ils n’ont jamais existé. Ce sont principalement les pays germanophones qui les ont conservés. Cela est dû au fait que ces pays sont plus attentifs que d’autres à la stabilité et à la création de structures ordonnées. 14

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roger de Weck : quels pays européens ont du succès ? Ce sont principalement les Etats dont la démocratie forte prend ses citoyens au sérieux, raison pour laquelle ces derniers prennent des responsabilités. il s’agit de pays qui cultivent le partenariat social, veillant ainsi à l’équilibre des intérêts : la Scandinavie, l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Autriche et la Suisse. roger Blum : ces pays comptent également parmi ceux qui ont une tradition spécifique dans le domaine des médias. il s’agit pour la plupart d’Etats qui ont vécu la Réforme. La formation scolaire a été introduite tôt dans les villages, favorisant la tradition de la lecture qui est plus ancienne et plus marquée qu’au Portugal, en Espagne ou en italie. Cela explique également les formes de communication variées du discours politique ainsi qu’une utilisation différente des médias. Alors qu’une partie de la population est prête à écouter des débats, une autre préférera le divertissement à la radio et à la télévision et accordera peu d’attention à la presse écrite. roger de Weck : dans deux décennies, mon petit-fils arrivera-t-il encore à comprendre qu’il y eut une époque où l’on faisait encore la différence entre les journaux, la radio et la télévision ? Les médias sont confrontés à une mutation radicale induite par internet qui efface toutes les catégories et transforme notre société de l’information en une société d’interaction. Google et Facebook incarnent la globalisation et la numérisation des médias.


roger Blum : nous bénéficions aujourd’hui d’une multitude d’offres encore jamais vue auparavant. Cette utilisation variée se diversifie encore mais, au cours de l’histoire des médias, aucun média n’a pris jusqu’ici le pas sur un autre. ils se complètent mutuellement et assument de nouvelles fonctions.

rence en vigueur en économie, comme par exemple le fait qu’une pression accrue incite à améliorer la qualité, n’ont pas nécessairement d’influence sur deux médias en concurrence. Si les ressources d’un prestataire baisse, cela se fera au détriment de la qualité.

roger de Weck : ce changement bienvenu interpelle tout le monde, que ce soit le secteur privé ou le service public. Dans la mesure où une collaboration entre les agences de presse est susceptible de les rendre plus forts sur un marché de plus en plus globalisé et de diminuer leurs coûts, elle rend service à l’espace médiatique suisse mis sous pression.

roger de Weck : une entreprise dont les ventes sont en baisse met tout en œuvre pour améliorer la qualité de ses produits. A la télévision commerciale le principe est inversé : lorsque le taux d’écoute baisse, la qualité du produit est revu à la baisse et le produit devient quelconque. Le populisme et un répertoire exclusivement boulevardier sont la recette pour attirer avec un minimum de moyens financiers le public le plus large possible.

roger Blum : cependant la collaboration peut également mener à une situation où il n’y a plus de concurrence publicitaire. Lorsque la communauté d’intérêt est si forte que tous s’associent les uns aux autres, elle forme un amalgame qui comporte un risque. Ce pays doit pouvoir supporter les affrontements. roger de Weck : la collaboration a bien un sens si elle est neutre par rapport à l’offre. Elle permet d’éviter le déclin observé par exemple en Grande-Bretagne : dans ce pays il n’existe pratiquement plus d’agences de presse en mains britanniques, hormis quelques exceptions telles que « the Economist ». De grandes entreprises globalisées les ont reprises. Seul le service public de la BBC assure une offre autonome et indépendante. roger Blum : la concurrence et la compétition contribuent à l’amélioration de la qualité. Et pourtant : la compétition peut également transformer les médias en cannibales. Les lois de la concur-

roger Blum : mais le populisme n’est pas seulement boulevardier. il correspond à l’évolution des sociétés de médias. L’information, de plus en plus courte et concise, est de moins en moins approfondie. quand on analyse les campagnes électorales américaines, on constate que le temps imparti aux politiciens a été progressivement écourté. on observe des évolutions similaires un peu partout : même dans les émissions et les médias dits de qualité, le temps a été raccourci et il règne un négativisme accru. roger de Weck : malgré toutes les obligations qui leur incombent, les chroniqueurs devraient choisir eux-mêmes leurs sujets et de ne pas se les laisser dicter. A ce niveau, internet représente une réelle stimulation pour la démocratie : ce que les médias traditionnels ne présentent pas apparaît sur le web. internet traverse les filtres habituels des médias et ouvre aux citoyens de nouveaux moyens d’expression.

Photo: Jaggat/Shutterstock.com

roger Blum : il est clair qu’internet offre des milliers de possibilités. Néanmoins, il ressemble à un supermarché américain : on ne peut pas tout acheter, parce qu’on n’en a pas les moyens, que le temps nous manque et que jamais personne n’a l’intention d’acheter un peu de tout ce qui est mis en vente. il ne faut pas oublier que les hommes ne sont jamais tous sur internet. Même si internet a joué un rôle important dans le cadre de la révolution arabe, le contact personnel a joué un rôle encore plus décisif. roger de Weck : internet remet en question le travail des médias : les journalistes ne sont plus les seuls diffuseurs déterminants de l’information. il est désormais possible de remonter à la source de nombreuses informations, ce qui représente une concurrence utile. toutefois, la société demeure dépendante de journalistes bien formés qui traitent et approfondissent les informations. or, on ne peut avoir un journalisme de qualité qu’à condition de rémunérer correctement les journalistes et de leur offrir des conditions de travail convenables. ■ –Transcrit par Marianne Binder et par Sarah McGrath-Fogal

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FriBourG Eric Menoud, président du PDC Fribourg

Le PDC du canton de Fribourg se présente…

Le PDC du canton de Fribourg est en pleine effervescence. A peine sorti d’une année électorale très chargée, la « Superwahljahr » de 2011, durant laquelle le canton a procédé aux élections de toutes ses autorités (communales, cantonales et fédérales), ce qui n’arrive que tous les 20 ans, le PDC a procédé à l’élection d’une toute nouvelle équipe présidentielle pour succéder à thérèse Meyer-kaelin et urs Schwaller. Le nouveau président, Eric Menoud, est entouré de trois nouveaux vice-présidents, du chef de groupe et de la secrétaire politique (tous les cinq sont députés au Grand Conseil fribourgeois) et de deux autres membres de la présidence. La nouvelle équipe est très dynamique et a déjà lancé plusieurs projets, notamment au

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niveau de la communication du PDC et de sa présence sur le terrain. C’est ainsi que le site internet a déjà été entièrement remis à jour, le style de communication se veut plus percutant et un groupe de travail va plancher sur la présence du parti sur le terrain. Dans les sections de districts, ça bouge également, et nombre d’entre elles ont élu ou vont élire de nouveaux présidents. Les mouvements « en veille » sont également en cours de réactivation, comme les PDC 60+ ou les Femmes PDC. Notre section cantonale a la chance de pouvoir compter sur une section JDC très active et très dynamique à laquelle elle entend faire encore plus de place à l’avenir. L’objectif poursuivi par le nouveau team présidentiel : gagner les élections 2015–2016. ■


régioNS LiNguiStiQueS

Dominique de Buman, conseiller national FR, vice-président du PDC suisse

du droit de S’exprimer au devoir de réaLiSer

Chacun son anniversaire ! En même temps que le PDC suisse souffle les 100 bougies de son existence, cela fait 30 ans exactement que je suis membre de notre parti ! C’est dire s’il est possible de prendre le recul nécessaire pour porter une appréciation sur notre mouvement politique et son évolution. Les observateurs de la scène publique reprochent parfois au PDC un manque de détermination claire ou une ligne programmatique fluctuante. Les courants d’idées se trouvant à la fondation du parti se retrouvent en fait aujourd’hui dans nos prises de position, indépendamment du clivage gauche-droite ou de sympathies prépondérantes.

d’embûches et d’échecs qui menèrent à l’acte fondateur de 1912. Chaque section cantonale romande a ses racines. A Genève, le statut de minoritaire confessionnel dans un canton originellement fortement calviniste a réuni à la fois des indépendants et des syndicalistes chrétiens. Au Jura, la démocratie chrétienne rassemblait les forces opposées au colonisateur bernois réformé. Dans le canton de Vaud, le parti a toujours rassemblé en son sein des Confédérés et des étrangers de confession catholique. Autre situation à Fribourg et en Valais où le parti fédérait une large coalition populaire attachée ouvertement au catholicisme. on le voit, le contexte social politique varie d’un canton à l’autre, et ce constat peut s’étendre à l’ensemble du parti suisse.

Préalablement au parti national, des sections cantonales ont vu le jour, fondées sur des priorités politiques différentes, souvent complémentaires, parfois explosives ! Ainsi trouvait-on, parmi ceux qui se réclameraient aujourd’hui de la démocratie chrétienne, ici des fédéralistes par opposition aux centralisateurs, là des conservateurs en conflit avec les libéraux, ailleurs des combattants confessionnels aux antipodes de militants laïques !

Ce qui est certain, c’est qu’il y a 100 ans, notre force politique constituait en quelque sorte soit un syndicat d’opposition à l’exclusion pour motif confessionnel, à une époque où les catholiques étaient souvent écartés du pouvoir, ou alors un large rassemblement majoritaire uni sous une même bannière.

Les luttes intestines furent parfois vives. Ainsi, en 1912, lorsque le parti fut baptisé du nom de « conservateur populaire », les Fribourgeois quittèrent momentanément le bateau, eux qui accordaient leur préférence à l’appellation « catholique populaire ». En Suisse centrale par contre, l’attachement aux valeurs conservatrices l’emportait sur l’ancrage dans les convictions religieuses. D’ailleurs, l’année constitutive aujourd’hui reconnue et célébrée – 1912 – pourrait nous faire oublier des pages précédentes de notre histoire, notamment la création du parti populaire catholique, en 1894, intervenue dans le prolongement de l’élection de Josef Zemp au Conseil fédéral en 1891. Cette création initiale fut parsemée

Le facteur sociétal public, officiel n’a plus cours aujourd’hui, et c’est par l’attachement personnel, vécu au quotidien, par la mise en œuvre des valeurs du christianisme que doivent se rassembler les membres de notre parti. Le PDC passe ainsi d’un facteur fédérateur objectif à un engagement subjectif fondé sur des convictions personnelles. C’est une mutation fondamentale délicate, mais indispensable pour l’avenir de notre parti dans sa configuration actuelle. Aujourd’hui en effet, dans notre pays, ce ne sont plus les catholiques comme tels qui sont poursuivis pour leur convictions, mais ce sont les valeurs chrétiennes elles-mêmes qui sont de plus en plus battues en brèche dans les débats de société. ■ Numéro spécial

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Jacques Neirynck, conseiller national VD, rédacteur en chef adjoint de LA POLITIQUE

tout ce Qu’uNe géNératioN de LaïcS chrétieNS a réaLiSé

Les valeurs chrétiennes sont-elles dévalorisées ? Cessent-elles d’inspirer la démarche de la politique ? On perçoit souvent de la part des Eglises une stigmatisation de la croissance matérielle opposée à l’abandon des valeurs spirituelles. Tout est présenté comme si la société contemporaine perdait son âme en conquérant le monde.

Ce jugement sévère et cette vision pessimiste couvrent-ils la réalité du début du troisième millénaire ? A première vue, le constat semble s’imposer, car la pratique religieuse a diminué de façon visible durant la deuxième moitié du XXe, spécialement dans les pays développés, lieu de cette expansion économique fondée sur le perfectionnement des sciences et des techniques, produisant des biens « matériels ». Les églises ne se remplissent plus et les séminaires se vident. Cela signifie-t-il pour autant que les valeurs du christianisme ont régressé, que la différence entre le bien et le mal se serait estompée et que tout progrès de l’économie soit une menace pour l’homme ? on peut contester ce verdict en le confrontant à une série d’évolutions positives. La génération, qui fut aux affaires en Europe entre 1950 et 2000, a accompli une œuvre d’intériorisation des valeurs évangéliques, au point que celles-ci constituent maintenant l’héritage commun de la société civile dans son ensemble. Elles ne cessent pas d’être chrétiennes mais, comme elles vont de soi, on finit par ignorer d’où elles viennent comme où elles vont et par oublier qu’elles ont dû s’imposer dans un passé ré18

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cent et que ce ne fut pas sans peine. En fin de compte, les Eglises ont réussi après vingt siècles d’évangélisation à faire passer leur message, mais elles semblent ne pas s’en rendre compte ellesmêmes.

L’œuvre de notre génération La première de ces avancées fut l’établissement d’une paix d’un demi-siècle, qui n’a aucun précédent historique. Robert Schuman, konrad Adenauer et Alcide De Gasperi, laïcs catholiques, ont œuvré pour la construction de l’Europe afin d’obtenir la réconciliation de peuples, qui s’étaient battus à deux reprises dans la première moitié du siècle, au prix de l’hécatombe de millions de jeunes hommes. Grâce à la permanence de cette paix, on en vient aujourd’hui à ne plus comprendre pourquoi la guerre mondiale a éclaté en 1914. Elle apparait comme une guerre civile entre les peuples les plus civilisés, qui n’y ont rien gagné et beaucoup perdu. A elle seule, la paix ne constituerait-t-elle pas un progrès considérable dans le bien ? Aujourd’hui la guerre n’est plus admise comme un recours légitime, une occasion de faire preuve de courage et de récolter de la gloire. C’est un crime


en soi, le mal absolu. D’abord fut reconnue l’objection de conscience, puis fut aboli le service militaire obligatoire, école de machisme et de violence. C’était reconnaître à la fois le droit de ne pas être tué et le droit de n’être pas obligé de tuer. C’était se conformer pour la première fois à l’injonction solennelle : « Qui se sert de l’épée… » une avancée similaire du christianisme fut la généralisation du système démocratique, par l’effondrement successif des dictatures nazies, fascistes et communistes. La résistance des chrétiens polonais fut l’agent déclenchant du phénomène. Cette œuvre fut couronnée par la chute symbolique du mur de Berlin en 1989, obtenue sans violence dans une adhésion collective et spontanée aux valeurs de liberté et de l’Etat de droit. Aujourd’hui encore, les armées européennes interviennent régulièrement dans le vaste monde pour protéger le lent et difficile processus de démocratisation qui envahit toute la planète. Hormis la Biélorussie, il n’y a plus de dictature en Europe, plus de prisonniers politiques, plus de camps de concentration, plus de peine de mort, plus de torture policière. Serait-ce seulement un progrès matériel ? Cette démocratie n’est pas formelle, réservée à une classe privilégiée de la nation. il n’y a plus de place pour l’exclusion d’une minorité raciale, religieuse ou sexuelle. L’esclavage, le racisme, la xénophobie sont combattus, comme la corruption ou la tyrannie. Et les potentats criminels du monde entier se retrouvent devant un tribunal international qui les condamne à de lourdes peines. Enfin l’entreprise ambigüe de la colonisation a été remplacée par la coopération et l’aide au développement. Et il existe des instances internationales dont la fonction est de prévenir les conflits ou de les résoudre dans le respect du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Pour la première fois dans l’histoire, les femmes ont accédé à toutes les fonctions qualifiées de la société civile : ministre, magistrat, professeur, officier, médecin, avocat. De même les homosexuels, persécutés durant des siècles, ont cessé d’être tenus à l’écart et ont même obtenu le droit de contracter des unions. Les propos racistes, négationnistes, sexistes ou homophobes sont réprimés par la loi. La violence conjugale, le viol, le harcèlement sexuel, la pédophilie, si souvent camouflés auparavant, sont poursuivis d’office. Enfin, le siècle passé a été celui de la solidarité sociale. tout citoyen bénéficie d’assurances pour la maladie, le chômage, l’invalidité ainsi que d’une pension. Sur les cinquante dernières années, l’espérance de vie a augmenté de dix ans. tout enfant est assuré d’aller à l’école et, plus tard, à l’université s’il le souhaite.

« En fin de compte, les Eglises ont réussi après vingt siècles d’évangélisation à faire passer leur message, mais elles semblent ne pas s’en rendre compte elles-mêmes. » Jacques Neirynck

Et parmi les étudiants, il y a souvent plus de filles que de garçons. Même si ce vaste filet de protection sociale n’est pas parfait, il évite les injustices les plus flagrantes. En un mot, la fonction caritative et culturelle jadis exercée par les Eglises l’est aujourd’hui par les Etats. Ce qui était assuré ponctuellement, vaille que vaille, par la charité des riches, est aujourd’hui garanti par la loi et financé par l’impôt. Serait-ce pour autant une confusion du bien et du mal ? Cela n’a-t-il vraiment aucun sens ?

Les conditions matérielles du progrès social or la solidarité sociale, les soins pour tous, l’enseignement gratuit supposent la mobilisation de ressources, qui représentent souvent la plus grande part des budgets publics. Seuls des pays riches y parviennent et, trop souvent, des pays qui ne le sont pas assez s’endettent pour imiter les premiers. Les avancées sociales gigantesques des deux derniers siècles sont le fruit de la révolution industrielle et d’une augmentation spectaculaire du niveau de vie. C’est le sens profond du mouvement qui nous a conduit du Siècle des Lumières jusqu’à l’aube du troisième millénaire en nourrissant les affamés, en soignant les malades, en libérant les prisonniers, en secourant les pauvres et en instruisant les ignorants. Ces démarches évangéliques n’étanchent pas toute la soif de sens des hommes, qui ne vivent pas seulement de pain, mais elles ne sont pas non plus dépourvues de sens. il appartient aux Eglises d’étancher cette soif ultime en trouvant le langage adéquat à la culture de ce millénaire. Comme elles peinent à y parvenir, elles doivent s’interroger sur elles-mêmes, leur organisation, leur gestion du pouvoir et surtout leur capacité à s’engager dans la recherche théologique plutôt que d’ignorer le labeur des chrétiens engagés en politique qui ont vraiment réussi une œuvre historique. ■ Numéro spécial

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« La LiBerté NouS fait peur parce Qu’eLLe NouS reNvoie à NoS reSpoNSaBiLitéS » Le 18 mars, Joachim Gauck (72) a tenté pour la seconde fois d’accéder à la plus haute fonction de l’Etat allemand. Ce défenseur des droits civiques, qui ne porte les couleurs d’aucun parti, s’exprime sur le rapport des politiciens à la vérité, sur la crainte d’une trop grande liberté ainsi que sur les électeurs fatigués de la démocratie. Joachim Gauck, pourquoi la question morale a-t-elle pris autant d’importance dans le débat politique ? Bonne question. Cela est en rapport avec les poussées de modernisation que l’Europe vit actuellement. L’Europe se trouve face à la question hautement complexe de savoir s’il est juste de vouloir sauver l’euro au prix de lourds sacrifices. La plupart des citoyens sont désorientés, car les opinions des spécialistes divergent. Alors les gens s’en remettent aux personnes qui leur inspirent confiance. Comme par exemple l’ancien chancelier allemand Helmut Schmidt (93), dont les interventions ont beaucoup de succès aujourd’hui. A l’époque où il gouvernait, il aurait été fort heureux d’être autant applaudi qu’aujourd’hui. Actuellement, les gens recherchent des personnalités auxquelles ils peuvent faire confiance. La carrière des hommes politiques qui n’inspirent pas confiance ou qui la perdent est compromise. A quoi est due cette perte de confiance ? Les politiciens ont tendance à s’exprimer le moins possible sur les sujets délicats qu’il conviendrait de mettre tout particulièrement en évidence. ils espèrent que le débat se calme rapidement, alors qu’ils devraient s’efforcer de gagner la confiance du public. Cela implique non seulement d’expliquer des sujets complexes, mais également d’avouer d’anciennes erreurs. Rares sont les hommes politiques qui savent reconnaître leurs fautes. Prenez le type de politicien jeune, dynamique qui a fait une carrière fulgurante : karl theodor zu Guttenberg. il aurait été inté20

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ressant de connaître l’issue de l’histoire de sa thèse de doctorat plagiée s’il avait abordé ces problèmes plus tôt et en restant plus proche de la vérité. Mais en déclarant dans un premier temps qu’il n’y a aucun problème, il a perdu la confiance des gens. Vous avez la réputation d’être particulièrement digne de confiance. Serait-ce parce que vous n’êtes pas un politicien typique ? Je ne suis pas considéré comme un politicien représentant les couleurs d’un parti. Et je ne suis pas vraiment avide de pouvoir. Sinon il y a longtemps que j’aurais intégré un parti. tout au long de ces années, j’ai eu de nombreuses propositions de la part de tous les partis. Je ne plaisante pas en disant que je suis un homme de gauche, libéral et conservateur. Et c’est le cas de toute personne qui réfléchit tant soit peu et qui lit des livres. Comment expliquez-vous votre popularité ? L’intérêt qu’on m’a porté en 2010, lors de ma première candidature présidentielle, était quelque peu irrationnel. Les gens expriment leurs aspirations profondes qui ne me concernent pas forcément, mais qui pourraient s’adresser à quelqu’un d’autre. il y a également le succès, qui devrait nous intriguer, d’un parti pirate entrant soudain au parlement d’un Land. Personne ne connait les intentions de ses membres qui ne les savent parfois pas eux-mêmes. Mais ils sont nouveaux et mettent de la fraîcheur sur la scène politique. Mais est-ce suffisant ? Je ne peux pas voter pour eux parce que j’ignore leurs intentions. Mais ils m’intéressent dans la mesure où ils ne se placent pas en marge pour grogner ou pour former un bloc noir, vert ou rouge et pour provoquer, mais ils disent : je m’engage et j’investis le débat. Cette volonté de participer, le fait d’entrer dans le jeu me plaît, parce que moi-même j’ai compris en 1989 combien il est important que les gens marginalisés disent un beau jour : « Je fais partie du peuple, je suis un citoyen et je peux m’engager. » Cette implication active est, à mes yeux, une notion clé en politique. Qu’est-ce que cela signifie pour la démocratie ? Dans grand nombre de démocraties occidentales, y compris en Suisse, j’observe un mouvement culturel qui se manifeste par un


Photo: Alex Spichale/Der Sonntag

Voyez-vous des similitudes entre un électeur PDS (Parti du socialisme démocratique) et un électeur UDC ? il s’agit du même réflexe. observez les gens qui rêvent du passé : ils ne sont pas méchants. il y a des réactionnaires dans chaque pays. Mais la plupart ont simplement peur. ils craignent de ne pas pouvoir satisfaire au standard de liberté exigé aujourd’hui. Sur deux générations, les gens qui ont la nostalgie des conditions de vie de l’ancienne RDA (« ostalgie ») se sont entraînés en permanence à se dire : « je peux réussir à condition de me montrer docile. Mets-toi à genoux et on t’élèvera ! » Le résultat : un accommodement avec l’impuissance.

affaiblissement de la participation. Grâce à l’hédonisme et à la richesse, nous ne sommes plus obligés de nous occuper des tâches courantes. Dès lors, le citoyen se transforme en consommateur et de la sorte perdent l’attrait, la force et la beauté d’une forme de vie basée sur une politique participative. Pourquoi les gens qui regrettent la RDA sont-ils toujours aussi nombreux en Allemagne (20 % selon les sondages) ? Pourquoi y a-t-il en Suisse, la plus ancienne démocratie d’Europe, autant de personnes qui rêvent de la Suisse d’autrefois ? Pourquoi un parti qui affirme que le passé est meilleur que le futur a-t-il tant de succès ?

Nombre de citoyens d’Allemagne de l’Est sont-ils encore dépassé par la liberté ? La liberté leur fait peur parce qu’elle les renvoie à leur responsabilité. C’est comparable au footballeur qui prend la place d’un autre, alors qu’il ne s’est pas entraîné auparavant. il a un mauvais sentiment. Et c’est ainsi que naît le réflexe de vouloir revenir à l’ancien système. Le même phénomène a été observé en Allemagne, après la guerre.

La nostalgie de l’époque Nazi ? il y avait un discours régulièrement tenu dans chaque famille : « tout n’était pas négatif sous le règne du Führer. Le Führer avait fait construire les autoroutes et créé une situation de plein emploi. » Ce qui est intéressant, c’est que ces phrases n’étaient pas mensongères. La grand-mère était témoin : « Voilà l’autoroute ! » on ne réfléchissait pas aux déficits et aux problèmes de cette époque. La nostalgie est une manière facile de se souvenir, que nous apprécions parce qu’elle se passe de toute honte, de toute douleur et de tout regret. C’est pourquoi ils sont aujourd’hui nombreux à l’Est à dire : « Au fond c’était assez amusant de rouler avec les voitures de la marque trabant. » Cette réaction est idiote, mais elle est humaine. Le danger, c’est de faire de la nostalgie un instrument politique. Numéro spécial

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Photo: Alex Spichale/Der Sonntag

Les populistes de droite mettent-ils la démocratie en péril ? une dynamique inquiétante peut se développer. Prenons Amsterdam et Copenhague, voire même la Suisse : des sociétés très civilisées. Soudain, la population a l’impression que la culture de référence ne leur assure plus une sécurité suffisante. Les politiciens qui pensent que la tolérance n’est rien d’autre que l’indifférence en sont responsables. Les gens réclament des valeurs : celles avec lesquelles ils ont grandi. Avant de dénoncer les partis populistes, il faudrait essayer de comprendre pourquoi ils connaissent une telle affluence. Les gouvernements ont une lourde responsabilité à assumer dans ce contexte.

En Suisse, l’adhésion à l’UE n’a encore jamais rencontré aussi peu d’approbation qu’aujourd’hui. En tant qu’Européen, je regrette que la Suisse ne fasse pas partie de l’uE. J’imagine que nous pourrions recevoir des impulsions très importantes de votre pays. La Suisse pourrait renforcer l’Europe. Mais si on ne le tente pas, on ne peut pas en faire l’expérience. toujours cette même crainte ! Je n’aime pas la politique fondée sur la peur. C’est pourquoi j’ai du mal à comprendre qu’Angela Merkel ait immédiatement fait arrêter les centrales nucléaires uniquement parce que les citoyens avaient peur. La crainte de la Suisse face à l’adhésion à l’UE s’explique dans la mesure où notre voix ne serait pas entendue au sein de cette grande structure. Loin de moi l’idée vouloir vous convaincre d’adhérer à l’uE. Je dis simplement que je regrette que vous n’en fassiez pas partie ! Prenez le petit pays du Luxembourg et son chef de gouvernement Jean-Claude Juncker : il donne l’impression d’être le président de l’Europe. La direction de l’Europe repose principalement sur la chancelière Angela Merkel. Elle se trouve dans une situation historique intéressante. il est bien possible qu’en tant que première femme dans cette fonction, elle reconnaisse, contrairement aux hommes qui l’ont précédée, l’obligation de diriger. Si même les Britanniques poussent l’Allemagne à prendre un rôle dirigeant, alors Maggie thatcher se retourne dans… son home pour personnes âgées. Lorsqu’un pays a su mener une politique qui a apporté une certaine stabilité, il ne faut pas faire comme si nous étions toujours des Hitler. Non, nous sommes aussi compétents en matière de démocratie. Le chancelier Gerhard Schröder a introduit, malgré de fortes résistances, des réformes sociales qui ont rendu l’Etat social abordable. 22

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Au vu de sa réussite économique, l’Allemagne est-elle habilitée à montrer aux pays du Sud ce qu’il faut faire ? Si on regarde le résultat de la politique des dépenses menée par certains pays du Sud, chacun peut constater que ça ne va pas. Dans une telle situation, les Etats qui ont mené une politique budgétaire sérieuse doivent tout simplement s’unir pour prendre la direction politique de l’Europe. C’est évidemment une tâche difficile pour l’Allemagne qui n’est pas entièrement guérie sur le plan psychologique. Elle porte encore le lourd fardeau de cette faute immense. C’est pourquoi l’Allemagne n’est qu’un petit « je » collectif. Mais il faut pourtant sauver l’Europe. C’est un tournant historique auquel se trouve l’Allemagne. A l’heure actuelle, il serait utile pour la politique allemande que d’autres pays européens disent à leur tour : « osez, agissez. » Nous devons absolument surmonter cette crainte : les Allemands ne sont pas uniquement les descendants d’Hitler. Et je le dis en tant que personne qui lutte contre l’oubli. ■ –Interview: Patrik Müller et Katia Murmann

Joachim gauck est président de la République fédérale d’Allemagne depuis le 18 mars 2012. Il a grandi en Allemagne de l’Est. Après des études de théologie, il a travaillé en tant que pasteur. En qualité de militant des droits civiques, il a joué un rôle important dans le cadre de la révolution pacifique qui a mis fin à la RDA. Après la chute du mur, Joachim Gauck a été pendant dix ans responsable des dossiers de la Stasi dans le cadre du travail de mémoire. Depuis, il s’engage dans de nombreuses associations pour plus de démocratie. Cette interview a été publiée deux mois avant son élection dans Der Sonntag et dans l’édition allemande du présent magazine.


régioNS LiNguiStiQueS

Stefan Engler, cussiglier digls cantuns, Surava

Cultura è muvimaint La culture bouge ! L’air frais et l’exercice physique sont nécessaires à la bonne santé de l’organisme. Le mouvement est aussi la force qui fait avancer les processus culturels en reconnaissant le changement non comme une menace, mais comme une chance pour l’avenir. Il existe nombre de questions de politique linguistique non résolues qui nécessitent un engagement actif. En ce qui concerne la langue romanche, c’est grâce au travail de la Lia Rumantscha, au devouement du peuple romanche et des responsables politiques que le consensus sur les langues pourra être atteint.

Vous cunaschez franc la recumondaziun digl medi dad eir bler or ainten l’aria frestga e da sa muantar. Activitad corporala e muvimaint influenzeschan la qualitad da veiver da sangs e malsangs. Nous ans accurschagn tots tgi la forza schea aint igl muvimaint. Ena forza tgi ans catscha, ena forza tgi muainta er process culturals e tgi vei la midada betg scu smanatscha, mabagn scu schanza. Sch'ins anclei chegl uscheia, n’è muvimaint betg ensatge per malsangs. El è en sa confruntar permanent tranter defeisa ed avertura ed uscheia la clav pigl avigneir. Muvimaint, per enqual mengia bler muvimaint, caracterisescha er la politica da lungatg grischuna. Las tematicas actualas en las suandontas: – Derasaziun digl rumantsch grischun – Medias rumantschas scretgas – Concept da lungatg per la scola populara (tudestg, rumantsch, taliang, franzos, angles) – Fixaziun digl territori linguistic rumantsch – Mantigneir la tgapientscha per las minoritads aint igl agen cantun scu natiunal – Garanteir igls ageids finanzials

Per igls egns vo ainten la politica da lungatgs tot mengia plang, oters èn surdumandos digl tempo. Igl pensum dalla politica è chel da cattar igl dretg tempo. Da leir svidar ava freida sen ieli bugliaint, magna alla catastrofa ainten tgadafi. Ma betg angal lò: chegl tgi vala per process chemics, numnadamaintg tgi en’execuziun mengia sperta pò manar ad en’explosiun, vala er per process politics. Manc decisiv tgi igl tempo, è la dumonda dall'unitad ed an tge direcziun tgi duess eir. Chel consens na vainsa betg anc catto oz an tottas dumondas dalla politica da lungatg. Sen la veia agl consens politic linguistic èn ena buna maseira ed en bung sensori igls miglers alliias per la lavour da persvasiun dalla Leia rumantscha, per la responsabladad da tottas Rumantschas e da tots Rumantschs e per igls responsabels politics. Navot sa mova da sasez. Pir la voluntad ed igl tschaffen digl carstgang per far ensatge vivacitescha e muainta.

Numéro spécial

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L’ambassadeur François Barras, consul général de Suisse à New York

La SuiSSe au cœur du moNde La politique étrangère de la Suisse constitue le prolongement direct de sa politique intérieure. Deux des traits essentiels de l’identité suisse lui servent de cadre : d’une part une culture politique unique et d’autre part le contraste entre un très fort enracinement local et le fait d’être l’un des champions de la mondialisation et de l’innovation, pleinement ancré dans le XXIe siècle. Le fédéralisme, la démocratie semi-directe, les systèmes collégiaux de gouvernance et la neutralité forment les piliers d’une culture politique porteuse de valeurs partagées par tous les Suisses : esprit de compromis, pragmatisme, attachement aux libertés individuelles, protection de la sphère privée, respect des minorités, confiance entre le citoyen et l’Etat. Quant à l’enracinement local, il va de pair avec une grande ouverture au monde, une économie libérale tournée vers l’exportation et une importante population étrangère. La Suisse a, depuis des siècles, été une terre à la fois d’accueil et d’émigration. Historiquement la pauvreté a contraint beaucoup de nos concitoyens à s’exiler et aujourd’hui plus de 700 000 d’entre eux vivent à l’étranger. La contribution des immigrants à son développement est, quant à elle, remarquable : l’essor de la banque, de la chimie et de l’horlogerie remonte aux huguenots français arrivés au XViie siècle, le tourisme suisse est une inven24

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tion britannique et nombre de nos grandes entreprises ont été fondées par des étrangers. Elle est aussi devenue au fil du temps le siège d’organisations internationales de toutes sortes et une terre d’asile. La Suisse est donc traditionnellement – et davantage que beaucoup d’autres nations – en rapport direct et quotidien avec le monde. Sa politique étrangère est l’expression de son double destin de « cas spécial » et de carrefour économique


et culturel. C’est ainsi que, dans le passé, nous avons ainsi pu défendre notre indépendance, notre sécurité et notre bien-être économique en évitant deux guerres mondiales puis en structurant nos relations avec l’union européenne de manière constructive. Aujourd’hui, dans un monde en profonde mutation, ces paramètres continuent d’assurer le cadre de la défense de nos intérêts et de la promotion de nos valeurs à l’étranger. La révolution technologique en matière de communication a transformé la planète en un grand village global, en une société de la connaissance dans laquelle la transmission de l’information est immédiate et la transparence valorisée. Les Etats doivent partager leur pouvoir avec d’autres acteurs – entreprises multinationales, investisseurs, oNG, universités, groupes de presse et de médias sociaux – et la concurrence entre pays développés et puissances montantes est de plus en plus rude. Finalement le monde fait face à des défis globaux – atteinte aux ressources naturelles, pression migratoire, crime organisé, réseaux terroristes – qui requièrent une étroite coopération entre tous les acteurs impliqués. Les diplomates suisses sont quotidiennement en prise avec ce nouvel univers : ils doivent, d’une part, assurer au pays sa prospérité économique (accès aux marchés prometteurs, défense de sa place financière), sa sécurité et, en premier lieu, sa place au cœur de l’Europe et, d’autre part, faire entendre sa voix et étendre son influence dans les grands débats internationaux qui dessinent notre avenir. C’est ainsi que, pour les trois prochaines années, le Conseil fédéral a défini cinq axes d’action pour sa politique étrangère : – l’entretien et le développement de nos relations avec les Etats voisins en prenant particulièrement soin des relations transfrontalières et en œuvrant à une résolution rapide des différends dans un contexte d’interdépendance croissante entre régions frontalières; – l’aménagement et l’approfondissement de nos rapports avec l’union européenne en sauvegardant notre marge de manœuvre politique et nos intérêts économiques à long terme; – la contribution à la stabilité et au développement de notre voisinage élargi en particulier de l’espace méditerranéen; – la construction de partenariats stratégiques avec les principales puissances : Etats-unis, Russie, inde, Chine, Japon, Brésil, Afrique du Sud… – une participation active aux grands débats globaux et à l’élaboration d’une nouvelle architecture de la gouvernance mondiale basée sur le droit international. Les instruments permettant de concrétiser ce plan sont eux aussi en pleine mutation. Notre diplomatie classique bilatérale et multilatérale dialogue et coopère toujours davantage avec les autres acteurs de la politique étrangère, en particulier le secteur privé et les oNG. Le réseau de nos représentations se redessine au gré des priorités. De nouvelles formes de présence internatio-

« La révolution technologique en matière de communication a transformé la planète en un grand village global, en une société de la connaissance dans laquelle la transmission de l’information est immédiate et la transparence valorisée. » François Barras

nale voient le jour, par exemple la diplomatie virtuelle dont l’objectif est d’assurer une présence active de notre pays sur la toile et les réseaux sociaux ou encore la diplomatie scientifique avec les Swissnex jouant le rôle d’éclaireurs dans les plus importants centres globaux d’innovation – Boston, San Francisco, Shanghai, Bangalore – pour nos universités, nos chercheurs et nos jeunes entrepreneurs. La Suisse a survécu et prospéré dans le passé et aujourd’hui elle est un pays respecté sur la scène internationale grâce à une politique étrangère à la fois prudente et volontariste. Elle est promise à un bel avenir si nous continuons de prendre en compte, de soigner et de développer deux éléments fondamentaux qui sont à la base de ce rayonnement international. Le premier d’entre eux est notre principal capital dans le monde : la confiance que nous inspirons grâce à notre stabilité, notre Etat de droit et notre savoir-faire. La fiabilité du pays et de ses institutions, de ses produits et de ses services est universellement reconnue. En Chine, la croix figurant sur notre drapeau est même identifiée au signe plus. Dans beaucoup de pays, en particulier ceux qui ont subi des guerres, nous sommes un symbole de paix et de coexistence entre cultures. on attend de nous, comme pays neutre, une contribution à la recherche de la paix partout où elle est menacée et une position de pointe en matière d’affaires humanitaires. La neutralité est en quelque sorte perçue comme notre valeur ajoutée dans le concert des nations. Le second élément essentiel est d’agir sur la scène internationale de manière responsable et solidaire. il s’agit de défendre nos intérêts et notre spécificité en se montrant un acteur en prise de manière constructive avec les défis contemporains. il faut toujours se rappeler que la neutralité ne signifie pas isolement et que, bien au contraire, elle nous place au cœur du monde avec une responsabilité toute particulière. La vocation internationale de la Suisse est de construire des ponts et non pas de murs ! ■ Numéro spécial

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Corina Casanova, chancelière de la Confédération

La cohéSioN : vaLeur cLé de L’état et de La poLitiQue eN SuiSSe Nous sommes un peuple uni de frères, de frères et de sœurs depuis que nous avons introduit le droit de vote des femmes il y a 40 ans. Réunis dans un Etat fédéral depuis 1848, nous sommes liés depuis plus de 160 ans par une Constitution commune. Et nous formons une Confédération depuis plusieurs siècles. Mus par la volonté de vivre ensemble, nous sommes naturellement portés à la continuité. Depuis 1848, nous avançons résolument sur cette voie et posons, à des intervalles de quelque dix ans, les nouveaux jalons d’une cohésion qui a pour corollaire un nécessaire rééquilibrage. En créant les instruments de ce rééquilibrage, nous consolidons notre vision républicaine de l’Etat et œuvrons à la concordance. La mise en place des instruments de la démocratie directe a apporté une contribution non négligeable à ce rééquilibrage. Le référendum législatif, rappelons-le, a été introduit lors de la révision totale de la Constitution fédérale en 1874. S’y est ajoutée, en 1891, l’initiative populaire visant une révision partielle de la Constitution. Et depuis 1919, le Conseil national est élu au scrutin proportionnel et non plus au scrutin majoritaire. Ces développements ont conduit progressivement à façonner un paysage politique où aucune force, qu’il s’agisse d’un parti, d’une région, d’une confession ou d’une classe sociale, n’est en position d’hégémonie. Les mécanismes de correction

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introduits dans la Constitution fédérale ont commencé très tôt à produire leurs effets. Cette évolution s’est fait sentir au sein même du gouvernement fédéral puisque le premier conseiller fédéral non radical est entré en fonctions en 1891. Et il appartenait à notre parti, avant qu’il soit fondé sous sa forme actuelle. A partir de 1919, nous avons été représentés au gouvernement par deux conseillers fédéraux. Cette situation s’est maintenue jusqu’à l’instauration de la formule magique, dont notre parti a été également l’artisan, et a perduré bien au-delà. Notre système gouvernemental est marqué par la constance et la continuité. La taille du collège gouvernemental, fixée dans la Constitution, a résisté depuis 1848 à toute tentative d’adaptation. Le Conseil fédéral est une autorité collégiale, fondée sur un partage équilibré du pouvoir entre les forces en présence, et aucun membre n’y a de position proéminente. il repose sur le consensus. toutes les régions du pays y sont tôt ou tard représentées. Ce modèle, reflet de notre conception de l’Etat, est aussi à l’image de la Suisse, où cohabitent quatre langues et quatre cultures. il traduit une culture politique marquée par le respect des minorités. Car la Suisse n’est faite que de minorités ! Notre réalité personnelle nous conduit tous à faire l’expérience, à un moment ou à un autre, de la condition de minoritaire. que ce soit dans les rapports entre ville et campagne, entre jeunes et personnes âgées, entre régions périphériques et grands centres, entre nord et sud ou entre est et ouest, nous faisons partie parfois des gagnants, parfois des perdants. Le respect des petits cantons est également une valeur clé de notre système politique.


GenÈVe Sophie Buchs, secrétaire du PDC Genève

La règle de la double majorité – majorité du peuple et majorité des cantons – imposée pour toute révision constitutionnelle confère aux petits cantons un poids plus grand. il en va de même pour leur représentation au Conseil des Etats. Notre pays dispose donc d’un ensemble de mécanismes qui favorisent le rééquilibrage et renforcent la cohésion. La Suisse a fait siens ces principes de partage et de répartition du pouvoir de l’Etat. La démocratie référendaire insuffle une dynamique réelle, et nos citoyens ont les droits politiques dans le sang. Le pouvoir est non seulement réparti entre les trois niveaux d’organisation de l’Etat, mais il se distribue aussi entre de nombreux acteurs politiques et sociaux. La conduite des affaires de l’Etat n’est pas laissée aux seuls exécutifs ; elle est déterminée également par les parlements et par le peuple. Ce système, qui repose sur la participation de tous aux décisions politiques, est gage de stabilité. Nous avons la volonté politique de créer et de maintenir un équilibre permanent entre les différentes régions et entre les différents groupes de la population, avec leur appartenance linguistique propre. La stabilité nous a apporté la prospérité. La prospérité favorise la paix sociale. La paix sociale, à son tour, renforce la stabilité. Nous nous attachons constamment à sauvegarder ces acquis. La diversité est notre force et l’équilibre est garant de notre cohésion. Ce modèle construit il y a plus de 160 ans nous a réussi et fait la singularité de notre pays. Et notre parti en a été un des architectes majeurs. ■

Le PDC Genève aujourd’hui

Le 29 mars dernier, le PDC Genève a élu à sa présidence Béatrice Hirsch, deuxième femme à prendre la tête de la section genevoise, après Françoise Eisenring en 1978. Cet acte fort a lancé les 18 mois marathoniens qui nous amèneront, en octobre 2013, à l’élection du Grand Conseil et du Conseil d’Etat genevois. Désormais, notre section est résolument tournée vers cette échéance. Nous devons élargir notre électorat. La population genevoise étant de plus en plus urbaine, parfois déconnectée des valeurs fondamentales du PDC, nous devons lui montrer que ces dernières représentent un vrai projet de société. Notre section a connu, ces vingt dernières années, une lente érosion qu’elle a su stopper aux dernières élections nationales en s’emparant de sujets qui préoccupent nos concitoyens. Nous sommes donc prêts à être visibles et originaux pour imposer la démocratie chrétienne dans les urnes. Les 100 ans du PDC sont dans ce sens une jolie occasion de nous replonger dans notre histoire, de retourner vers nos fondamentaux, de peutêtre redonner une certaine clarté à nos valeurs, afin d’aller vers 2013 d’un pas décidé et convaincant. ■

Numéro spécial

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Wolfgang Schäuble, membre du Bundestag allemand et ministre fédéral des finances

deS vaLeurS à La BaSe

Les cent ans d’un parti offrent l’occasion de jeter un regard rétrospectif sur les acquis – à savoir sur ce que le parti a réalisé par le passé, à tous les niveaux d’intervention, dans le cadre de l’organisation de la politique, de l’économie et de la société. Ce regard rétrospectif sert aussi à affirmer la vision de soi lorsqu’il y a lieu de se positionner par rapport aux nouvelles évolutions de la société – qu’il s’agisse de défis relevant de la politique intérieure, tels que la maîtrise du changement démographique, ou de la politique internationale, tels que l’appréhension de la globalisation avec ses conséquences néfastes. Quel rôle le parti doit-il jouer pour le pays ? Quels buts, quelles valeurs et quelles convictions défend-il ? Quels thèmes prioritaires s’approprie-t-il ? Toutes les questions que chaque parti doit régulièrement se poser s’il ne veut pas perdre le soutien politique du peuple souverain, de l’électeur. Ce genre de confirmation de la vision de soi se fait évidemment toujours dans le contexte national concerné. Comparée à l’Allemagne, la Suisse présente notamment des différences considérables en ce qui concerne les structures étatiques, sociétales, économiques et politiques. Cela vaut aussi bien pour la diversité géographique et culturelle entre le Lac de Constance et le tessin que pour la cohabitation de quatre langues, chapeautée par la loi sur les langues. une des principales explications du succès du modèle suisse et de son degré de stabilité politique élevé est l’équilibre que la Suisse a réussi à établir entre un civisme généralisé, d’une part, et un fédéralisme très marqué, d’autre part. Le fait que la force du fédéralisme – contrairement à d’autres régions de l’Europe – est sans doute au-dessus de toute velléité de séparatisme, contribue également à la stabilité.

s’unir malgré les différences Malgré les différences structurelles entre la Suisse et l’Allemagne, je suis convaincu que les partis populaires démocrates-chrétiens de nos deux pays peuvent s’inspirer mutuellement et en tirer profit. La caractéristique et la force fondamentale des partis démocrates-chrétiens résident dans le fait qu’ils couvrent, du travailleur jusqu’à l’entrepreneur, un éventail – non seulement social, mais aussi confessionnel – extrêmement large. La CDu allemande présentait – notamment en ce qui concerne son caractère pluriconfessionnel – l’avantage de pouvoir se reconstruire après la Deuxième Guerre mondiale. Les points de rencontre qui relient sur les plans programmatique et personnel la résistance des démocrates-chrétiens opposants d’Hitler à la politique allemande de l’après-guerre sont multiples. La collaboration entre chrétiens catholiques et évangéliques au sein des cercles de résistants et l’expérience commune des persécutions 28

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et des emprisonnements a raffermi de nombreuses personnes dans leur résolution de surmonter le morcellement des partis de la République de Weimar, de fonder un grand parti populaire pluriconfessionnel et de rassembler les forces non socialistes dans l’union démocrate-chrétienne. Compte tenu de ces faits et sans vouloir paraître pédant, il me paraît souhaitable du point de vue du PDC de réduire les tensions toujours existantes entre identité catholique et ouverture confessionnelle ainsi que le contraste actuel entre les régions conservatrices des vallées alpestres et le Plateau à tendance chrétienne-sociale.

L’équilibre implique toujours aussi la modération En tant que véritables partis populaires du centre dynamique, le PDC et la CDu sont tous deux profondément ancrés dans la tradition et l’histoire de leurs patries respectives, tout en restant ouverts aux nouveaux développements. Les deux partis populaires sont régulièrement appelés à trouver, dans le cadre des débats entre intérêts, points de vue et arguments divergents, des solutions acceptables pour l’ensemble des classes et des groupes de population. Voilà en quoi consiste la fonction stabilisatrice du parti populaire du centre. il ne s’agit pas d’une bagatelle ; c’est absolument indispensable à la pérennité d’un ordre démocratique libre. Les efforts déployés sans cesse pour trouver des solutions acceptables pour tous les groupes de la population, ne signifient pas que l’on conclue des compromis pour l’amour des compromis, mais ils sont synonymes d’équilibre. Ce dernier implique toujours aussi la modération, une autre particularité du centre : sans disposition suffisante à la modération, le centre politique et son efficacité sont impensables, de sorte que nous nous perdrions en oscillant entre les extrêmes. C’est pourquoi mesure et centre, équilibre et modération sont étroitement liés entre eux.


« Une des principales explications du succès du modèle suisse et de son degré de stabilité politique élevé est l’équilibre que la Suisse réussit à établir entre un civisme généralisé, d’une part, et un fédéralisme très marqué, d’autre part. Le fait que la force du fédéralisme – contrairement à d’autres régions de l’Europe – est sans doute au-dessus de toute velléité de séparatisme, contribue également à la stabilité. » Wolfgang Schäuble

Les valeurs directrices pour orienter ses choix Durant la crise financière, un affreux trait de caractère de l’homme a éclaté au grand jour – celui de détruire par l’exagération. Durant la crise financière, nous avons fait la douloureuse expérience que certaines personnes – et par elles certains marchés – ont tendance à exagérer et que ces exagérations peuvent s’avérer destructrices pour les gens comme pour les marchés. C’est pourquoi en Allemagne, en Europe et au sein du G20 nous sommes en train de retirer aux marchés financiers la possibilité, de s’autodétruire par les abus. Mais nous nous garderons de laisser le pendule osciller trop dans le sens opposé. Cependant, il n’est possible d’assurer, ne serait-ce qu’en partie, l’efficacité de l’économie sociale du marché, ni par le contrôle, ni par la régulation, ni par la bureaucratisation. C’est la raison pour laquelle on a besoin de valeurs pour orienter ses choix et c’est pourquoi la vision chrétienne de l’homme est pour nous fondamentale dans nos efforts programmatiques. Le centre est dynamique Les partis populaires chrétiens doivent tenter de suivre le chemin du milieu, en étant conscient du fait que la société centriste est dynamique et en constante évolution et qu’elle ne constitue pas un état d’équilibre statique. C’est précisément la raison pour laquelle le principe de subsidiarité est si important pour les partis populaires démocrates-chrétiens. La priorité est accordée aux petites unités, la famille et la commune. Ces dernières sont appelées à régler elles-mêmes un maximum de questions possible, car elles sont mieux en mesure de le faire. Ce n’est qu’en dernier recours, lorsqu’il n’y pas d’autre solution, qu’il faut en appeler à l’unité supérieure, l’Etat fédéral, la communauté politique consacrée par la Constitution.

Mais je répète : le centre n’est pas statique, il est dynamique. Nous serons en mesure de façonner l’avenir de nos deux pays uniquement si, en tant que force du centre, nous restons capables de corriger les évolutions négatives, de chercher de nouvelles adaptations aux nouveaux défis. Pour y parvenir, nous devons rester conscients de notre boussole réglementaire, même à une époque où, d’un point de vue politique, il n’est peut-être pas opportun de reconnaître que les solutions libérales sont meilleures sur le long terme, même là où elles ont perdu leur légitimité suite à des abus. tout le reste reviendrait à sous-estimer les forces à l’œuvre parmi des hommes en tant qu’individus libres ainsi que des sociétés libérales. Pour éviter justement que cela n’arrive, nous avons besoin de partis populaires démocrates-chrétiens forts au centre de l’échiquier politique. Je félicite le parti populaire démocrate-chrétien pour ses cent ans d’existence et lui transmets mes meilleurs vœux pour les cent ans à venir ! ■

Wolfgang Schäuble est depuis 2009 ministre fédéral des finances de la République fédérale d’Allemagne. De 2005 à 2009, il fut ministre fédéral de l’intérieur, une fonction qu’il a déjà exercée de 1989 à 1991. Ce docteur en droit est depuis 47 ans membre de l’Union démocrate-chrétienne et, depuis 1972, il est député au Bundestag allemand. De 1991 à 2000, il fut président du groupe CDU/CSU au Bundestag allemand, de 1998 à 2000, il fut président fédéral de la CDU. Numéro spécial

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Jura Raoul Jäggi, député du PDC Jura

Le PDC Jura

Si la tradition démocrate-chrétienne est solidement ancrée en terre jurassienne depuis le dix-neuvième siècle, la création officielle du PDC Jura remonte à 1979. Elle coïncide avec la naissance de la République et Canton du Jura. Le PDC Jura est donc le dernier-né des partis démocrates-chrétiens cantonaux. Engagé en faveur de la création du Canton du Jura dès les premières heures du combat pour l’indépendance, le PDC Jura fut la principale composante de ce que l’on appelait alors « la coalition du 23 juin » qui regroupait tous les partis qui luttaient ardemment en faveur de cette indépendance et qui gouvernera en exclusivité la jeune république jusqu’en 1987, année de l’entrée d’un ministre libéral-radical au gouvernement. Depuis 1975, le PDC s’engage avec une détermination sans faille en faveur de la réunification jurassienne, une question récemment propulsée sur le devant de l’actualité et qui l’occupera encore davantage en 2013.

tions moins fondamentales. D’une manière générale, le PDC Jura se profile un peu plus au centre, voire un peu plus à gauche que le PDC suisse et que la plupart des autres partis cantonaux.

Lors des différents scrutins, le PDC Jura pratique peu le jeu des alliances. Aujourd’hui encore, le poids du passé rend difficile tout rapprochement avec ses deux alliés objectifs : sur sa gauche, le Parti chrétien-social indépendant, né d’une scission du PDC survenue en 1958 et, sur sa droite, le Parti libéral-radical, adversaire historique du PDC.

A l’instar de tous les partis du centre et de la droite modérée, le PDC a lui aussi fait les frais du succès remportée par la droite populiste. Ainsi, en 2007, à la faveur d’un apparentement de quatre listes PLR-uDC, il perd son siège au Conseil national au profit d’un agrarien. L’éclipse du PDC Jura sous la coupole fédérale sera de courte durée ; elle ne se prolongera pas au-delà d’une seule législature. En 2011, le PDC Jura retrouve son siège au Conseil national.

Les prises de position du PDC Jura divergent parfois de celles du parti suisse. Cette divergence se révèle notamment lors des scrutins fédéraux. Si le PDC Jura adhère parfaitement aux grandes options doctrinales définies par le PDC national, il s’en écarte parfois sur des ques-

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Le PDC Jura est la principale force du Parlement jurassien et est massivement représenté au sein des législatifs et des exécutifs communaux. A trois reprises depuis 1993, l’année de l’entrée de Pierre kohler au gouvernement, l’électorat jurassien a exprimé sa confiance au PDC et à ses dirigeants en lui octroyant la majorité absolue au gouvernement. il la détiendra jusqu’en 2002.

C’est désormais une équipe jeune et dynamique qui est à la tête du PDC et en assurera les succès futurs. ■


Jura-sud Pascal Eschmann, président du PDC du Jura-Sud

Le PDC du Jura-Sud La fédération des sections du Parti démocrate-chrétien du Jura-Sud a été créée après la procédure plébiscitaire qui a conduit à la création de la République et Canton du Jura, au début des années 1970.

voie de conséquence, il compte des représentants au sein de l’assemblée des délégués ainsi que du comité du parti suisse. Le PDC suisse décida ainsi de reconnaître trois PDC cantonaux pour l’ancien territoire du canton de Berne : le PDC du canton du Jura, le PDC du Jura-Sud et le PDC de l’ancien canton de Berne (partie alémanique, ville de Bienne comprise).

Jusqu’à ce moment-là, en effet, les sections des districts du Jura-Sud faisaient partie intégrante du Parti chrétien-social du Jura des six districts francophones (qui allait devenir le PDC, conformément à la décision prise par l’assemblée des délégués du 12 décembre 1970 à Soleure).

A sa création, la Fédération des sections du PDC du Jura-Sud comptait des organisations locales à Moutier (section créée en 1919), tavannes (1922) et tramelan (1952). Le parti a d’emblée été représenté dans les instances politiques communales et régionales. Depuis sa fondation en 1977, la Fédération a notamment pu compter sur l’engagement de trois députés élus au Grand Conseil bernois : MM. Max Winistoerfer, Hubert Frainier et Christian Vaquin.

Alors que le PDC du nouveau canton du Jura était occupé à se donner de nouvelles structures en vue des tâches qui l’attendaient, les démocrates-chrétiens des districts de Moutier, Courtelary et La Neuveville, restés sous souveraineté du canton de Berne, prenaient langue avec la section de Bienne. A la suite de nombreuses discussions, notamment autour de la question jurassienne pour laquelle les membres du Jura-Sud sont plus motivés que ceux de la cité biennoise, il s’avéra impossible de réunir les sections jurassienne et biennoise en une seule fédération. C’est ainsi que la Fédération des sections du PDC du Jura-Sud fut créée de manière autonome et reconnue comme section cantonale par le PDC suisse, en 1978. Par

Régulièrement, le PDC du Jura-Sud a présenté des candidats lors des élections fédérales. De 1991 à 1995, il fut représenté au Conseil national par M. Jean-Claude Zwahlen, élu sur une liste régionale apparentée à celle de l’ancien canton, auquel succéda M. Hubert Frainier en cours de législature. Aujourd’hui, le PDC compte un élu au sein du Conseil du Jura bernois – organisme régional –, M. Hubert Frainier, ainsi que plusieurs représentants au sein des exécutifs et législatifs communaux, principalement à Moutier. Le 16 janvier 2012, M. Hubert Frainier, qui occupait la présidence de la Fédération du Jura-Sud depuis 1983, a été remplacé par M. Pascal Eschmann, tandis que M. Marcel Winistoerfer assumera le secrétariat général. tous deux sont conseillers municipaux à Moutier. un travail de terrain a été engagé afin de renforcer le parti en vue des échéances à venir. A cet égard, les résultats prometteurs enregistrés lors des dernières élections fédérales sont de bon augure. ■

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Jean-Claude Juncker, premier ministre du Luxembourg

QueL eSt toN rapport avec autrui ?

La QueStioN SociaLe au cœur de La peNSée et de L’actioN de La démocratie chrétieNNe

Dans la démocratie chrétienne, la question sociale n’est ni une question marginale liée à la politique économique et financière ni une question rhétorique accessoire. La question sociale est au contraire au cœur du programme chrétien, de même que de la politique économique et financière susmentionnée.

d’action. Ces personnes considérées dans leur globalité ne s’intéressent pas seulement aux choses matérielles, mais aussi et surtout à l’esprit et au sentiment communautaires.

Ceci est fondamentalement lié à la conception chrétienne de l’homme, selon laquelle la personne, considérée dans sa globalité, se sent libre dans sa relation avec sa famille et au sein de toutes les communautés étatiques et non étatiques qui l’entourent et la soutiennent. Et surtout, selon laquelle l’humain entretient avec les autres des relations empreintes de responsabilité. Car c’est face à l’autre et au cours des échanges qu’on prend conscience de soi et qu’on se découvre. Et c’est de cette manière que l’on identifie aussi les partis démocrates-chrétiens authentiques qui ne relèvent, ni d’un conservatisme structurel, ni d’un libéralisme économique. De par leur nature, il ne peut au fond s’agir que de partis réformateurs sur les plans structurels et sociaux.

Cette image démocrate-chrétienne d’une « nouvelle société » (Chaban-Delmas/Delors) considérée comme une communauté a tout aussi peu à voir avec le libéralisme économique. Ce n’est pas un hasard que la doctrine sociale classique parle d’une équidistance entre collectivisme et individualisme. S’il est vrai que la liberté caractérise l’être humain, il s’agit là aussi de la liberté globale : non seulement de la liberté de la matière, voire même du marché, mais une fois de plus principalement de la liberté de l’esprit, de l’autodétermination, de l’être. Et puisque la notion d’être implique toujours le rapport avec l’autre, la liberté n’est envisageable qu’en relation avec une responsabilité commune. Le capitalisme poussé à l’extrême – dans lequel le marché est considéré comme une fin en soi, voire même comme une « idole » (Jean Paul ii) plutôt que comme un instrument ou un moyen – entraîne une perversion de la liberté globale de l’homme, de même que le collectivisme absolu implique une perversion de la communauté humaine, de la justice et de la solidarité globales ainsi que de la détermination générale des biens, basée sur la loi de la nature.

En conséquence, la démocratie chrétienne est aussi toujours une démocratie humaniste et donc sociale. Ceci n’a, à l’évidence, rien à voir avec le socialisme. La démocratie chrétienne n’est pas un mouvement d’horlogerie collectif tout-puissant, dont chaque rouage serait l’homme en miniature. Non, elle défend l’esprit de communauté et d’équité, la solidarité et l’amour social, de même que la subsidiarité et la liberté et tout particulièrement le bien commun. Elle place toujours l’homme au-dessus de l’Etat. L’individu entretient un rapport dialectique avec la société. Ainsi se transforme une société abstraite en une communauté personnalisée, parce que l’ensemble est plus que la somme de ses parties et que celles-ci ne sont pas des atomes, mais bien des êtres humains doués d’amour, de sentiments, de réflexion et

« L’homme a l’argent à sa disposition, il ne doit pas en être l’esclave » écrit l’évêque Markus Büchel dans son message transmis le 1er août dans le cadre de la Conférence des évêques suisses. Non seulement l’argent, mais aussi l’économie dans son ensemble sont à la disposition de l’homme, du moins d’un point de vue normatif. C’est pourquoi les démocrates-chrétiens donnent toujours la priorité au travail sur le capital. Car l’homme est placé au centre en politique et dans la cité, en économie et dans la société. Mais qu’est-ce que cela représente au niveau du programme politique ? Et qu’est-ce que cela signifie concrètement dans le quotidien socio-politique et socio-économique ? Car ce qui importe en fin de compte, c’est l’unité de la pensée et de l’action dans le sens d’Emmanuel Mounier, fondateur du personnalisme.

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mon action de gréviste sur mes collègues ? quel est l’impact de mon comportement d’achat sur la société ? D’une façon générale, il importe toujours de poser la question de la société et du bien-être social, non seulement en relation avec la société nationale concernée, mais aussi et surtout par rapport à la société internationale, transnationale, voire même cosmopolite des Etats nationaux, des régions, des villes, des oNG et, une fois de plus, par rapport à l’être humain. Compte tenu du fait qu’un milliard d’êtres humains sont sous-alimentés, la question sociale devient une honte cosmopolite pour l’humanité.

« La démocratie chrétienne n’est pas un mouvement d’horlogerie collectif tout-puissant, dont chaque rouage serait l’homme en miniature. » Jean-Claude Juncker

La politique sociale et la politique en général doivent donner des réponses, basées sur le travail de terrain, à la question sociale plutôt abstraite relevant de la philosophie sociale et de la doctrine sociale. Mais pour l’homme, qu’il soit politicien, homme d’affaires, syndicaliste, consommateur, employeur, employé, cette question est de nature profondément humaine : « quel est ton rapport avec autrui ? » quel est l’impact de la décision que j’ai prise en tant que chef de l’Eurogroupe sur les chômeurs en Grèce ? quel est l’impact de la décision que j’ai prise en tant qu’entrepreneur sur mes collaborateurs ? quel est l’impact de

C’est pourquoi il faut absolument que la nouvelle réponse – tant politique qu’académique – à la question sociale s’accompagne du principe de subsidiarité continue et transnationale – une invention de la doctrine sociale chrétienne – ainsi que d’une solidarité globale et sans limites. La question sociale globale appelle littéralement le « tournant cosmopolite », amorcé par le sociologue munichois ulrich Beck. Car de nos jours, il convient d’analyser l’injustice d’un point de vue global et transnational. Le rétablissement de la justice a forcément un caractère cosmopolite. Néanmoins, cette constatation ne doit pas nous empêcher d’agir sur les plans national, régional et personnel. Au contraire ! Elle concerne surtout la démocratie chrétienne qui doit collaborer à l’échelle globale avec d’autres humanistes. Le théologien suisse Hans küng a indiqué des voies intéressantes par son idée d’une éthique planétaire. Cette nouvelle question sociale implique concrètement un renouvellement du dialogue avec tous les cercles culturels et avec toutes les religions. Car tant l’humanisme que la démocratie chrétienne est à l’opposé du « choc des civilisations » de Samuel Huntington. C’est la seule façon d’assurer la paix sur les plans international et global. De même, l’humanisme et la démocratie chrétienne s’opposent à la doctrine des deux règnes, distinguant celui de l’éthique et de la morale personnelles et celui de l’éthique et de la morale sociales. La politique et l’économie ne doivent présenter aucune zone sans éthique. Chaque Etat, de même que chaque marché, a besoin d’un cadre cible éthique de nature humaniste. Car chaque gouvernement et chaque marché doivent avoir pour but, dans la mesure du possible, de garantir à tous (à la communauté et à chaque individu) un bien-être équitable. Ce dernier doit se refléter dans les lois, les décisions, les ordonnances et les directives concernées. C’est la seule manière d’établir une justice globale et internationale et donc également Numéro spécial

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une liberté non seulement globale et internationale, mais surtout intégrale. Cette liberté globale ne s’oppose pas à la justice globale. Au contraire : elle en fait partie. La notion de justice implique la liberté, l’autodétermination, la réalisation de soi et l’épanouissement personnel de tous les hommes, dans la mesure où chacun assume ses responsabilités dans son rapport aux autres. La nouvelle question sociale appelle donc une nouvelle politique globale, une nouvelle économie du marché sociale et écologique, une nouvelle société ouverte et communautaire. Ce tournant politique est depuis toujours au cœur de la bonne nouvelle de la démocratie chrétienne en matière sociale. Sinon elle ne serait pas chrétienne. Sans la souveraineté du peuple elle ne serait pas démocratique. Et la démocratie n’est garantie que s’il y a égalité entre les citoyens, justice sociale et liberté personnelle. C’est peut-être la raison pour laquelle le philosophe français Jacques Maritain a écrit que la démocratie est par essence chrétienne. oswald von Nell-Breuning a créé la notion d’« économie sociale ». il entendait par là un « système favorisant le développement personnel de l’homme », qui s’est quelque peu perdu depuis, au même titre que le précieux trésor de la doctrine sociale chrétienne, même si elle est perfectible dans le sens du principe du profit personnel équitable et donc limité, basé sur la détermination générale des biens de ce monde précitée et exigée par le Deuxième Concile du Vatican. une nouvelle économie sociale cosmopolite est la réponse indispensable à la nouvelle question sociale d’aujourd’hui. une nouvelle économie sociale doit concilier à nouveau l’économie et les finances avec les principes éthiques et moraux. Le marché incontrôlé doit être maîtrisé de façon transparente afin qu’il serve le secteur social et pas inversement. une « realpolitik » bien comprise n’est véritablement « réaliste » que lorsqu’elle accorde les intérêts avec des valeurs et qu’elle subordonne en quelque sorte les intérêts géopolitiques des Etats aux intérêts communautaires des individus. une nouvelle économie sociale nous incite finalement aussi à donner un sens nouveau à la vie dans le cadre de l’actuelle crise existentielle postmoderne qui dépasse largement celle qui a été provoquée par l’endettement de l’Europe. Et ainsi nous en revenons à l’homme avec ses fautes et ses faiblesses, certes, mais surtout avec ses capacités inépuisables et sa grandeur. Aujourd’hui, la démocratie chrétienne est plus que jamais appelée à redécouvrir l’homme dans sa globalité et à replacer ainsi la nouvelle question sociale au cœur de sa pensée et de son programme. Elle ne doit pas le faire en première ligne pour des raisons électorales, mais en raison de sa nature personnaliste. ■

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Giovanni Jelmini, Presidente del PPD Ticino

PPD Ticino Le Parti démocrate-chrétien est une pierre angulaire de la politique tessinoise et il contribue depuis plus que 150 ans à son développement, en s’inspirant autant des traditions et des enseignements chrétiens que des valeurs fondamentales de la Suisse. Fondato nel 1855 come partito liberal-conservatore, il Partito Popolare Democratico ha contribuito durante i suoi oltre 150 anni di storia allo sviluppo del Canton Ticino. Sin dall’inizio ha combattuto importanti battaglie a difesa della democrazia ed in favore delle libertà individuali, della libertà d'insegnamento e di quella religiosa. Il PPD è un punto di riferimento nella politica del Cantone, è presente nel Governo e nel Parlamento cantonale come pure in tutti i Comuni ticinesi, dove cerca di sviluppare la sua azione ispirandosi alle tradizioni e agli insegnamenti cristiani e ai valori fondamentali che hanno garantito la crescita del nostro Paese, quali la sovranità popolare, il federalismo, la sussidiarietà e la solidarietà. Il PPD, quale partito laico d’ispirazione cristiana, s’impegna per il rispetto della vita, della dignità della persona e delle pari opportunità, per la difesa della nostra identità e delle nostre tradizioni, delle nostre famiglie e delle autonomie locali. Il PPD Ticino esprime i migliori auguri al PPD Svizzero e gli augura almeno ancora 100 anni di lotte appassionate a favore di una Svizzera libera, democratica e federa lista.


Judith Stamm, ancienne conseillère nationale LU

JoSi meier, première préSideNte du coNSeiL deS étatS Josi Meier a vécu une vie riche et bien remplie. Elle a fêté son quatre-vingtième anniversaire en été 2006. Dans sa maison de Zöpfli, elle avait fait restaurer soigneusement – au-dessous de son logement – une salle des fêtes de style baroque. C’est là qu’elle a reçu ses proches, ses amis et ses connaissances pour son anniversaire. En parfaite hôtesse, elle a amusé son public en racontant des histoires amusantes ; elle avait une anecdote pour chacun de ses invités, décrivant le lien particulier qui l’unissait à cette personne. Dans l’esprit des personnes présentes est alors apparue l’étendue du réseau que Josi Meier avait tissé au cours de son existence. Cette salle des fêtes lui a permis d’entretenir des contacts sociaux jusqu’à la fin de sa vie. il lui était essentiel d’avoir des gens autour d’elle, de les accueillir, de discuter avec eux, de leur donner de nouvelles impulsions, et d’exercer encore une influence sur le cours des choses. « Café gâteaux chez Josi Meier » est une expression restée dans les mémoires de ses anciens collègues de la Berne fédérale. Et à l’époque, les politiques avaient élaboré, puis publié une déclaration commune autour d’un « café croissants », lors de la dernière campagne de votations portant sur une assurance-maternité. « L’officine de Josi Meier » avait été une fois de plus à l’œuvre ! Lorsque je pense à Josi Meier, je suis submergée par les souvenirs. on connaît la réussite de son parcours de vie. Ses formules percutantes mettaient dans le mille. Mais comment décrire son irrésistible rayonnement, comment apprécier son sens profond de la musique, de la littérature, des beaux-arts, comment apprécier à sa juste valeur son engagement infatigable en faveur de notre pays, particulièrement remarquable aussi en politique étrangère ? Elle nous a frayé, à nous autres femmes, des chemins dans la vie politique et sociale, ouvert des voies inexistantes et ne semblant guère possibles pour elle dans sa jeunesse. Son élection à la présidence du Conseil des Etats – elle a été la première femme à présider la Chambre haute – a été la reconnaissance symbolique de son engagement. Carlo Schmid, conseiller aux Etats d’Appenzell Rhodes-intérieures, lui a cédé en 1991 la place qu’il aurait pu occuper selon l’ordre de succession habituel. il témoignait ainsi son respect à Josi Meier, la politicienne, la juriste, une personnalité impressionnante. Josi Meier était une battante, elle aimait la vie et avait une foi inébranlable. Doctorat honoris causa des universités de Fri-

bourg et de Lucerne, Epingle d’honneur (Ehrennadel) de la Ville de Lucerne, ces titres attestent de ses prestations exceptionnelles. Mais c’était aussi une femme qui faisait son marché hebdomadaire en étant consciente du prix des pommes de terre, des carottes jaunes et des oeufs, qui s’énervait à cause des déchets qui traînaient et qui s’insurgeait contre le tapage nocturne. Jusqu’à la fin de sa vie, elle s’est rendue au service religieux du dimanche après-midi et a trouvé sa nourriture spirituelle dans la prédication à l’église des Jésuites. Elle est décédée en novembre 2006, quelques mois après avoir célébré son quatre-vingtième anniversaire. Mais nous la savons désormais installée dans un monde meilleur. ■ ouvrages : « Josi J. meier, dank- und denkschrift » Auteurs : Hilmar Gernet, Alois Hartmann, Anton Schwingruber Comenius-Verlag, 1995 « drei Wege ins Bundeshaus » Auteurs : Elisabeth Blunschy, Josi J.Meier, Judith Stamm Inge Sprenger-Viol Comenius-Verlag, 2003 Numéro spécial

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Slobodan Despot, directeur des éditions Xenia, à Sion

au rayoN de La Littérature poLitiQue SuiSSe Il n’y a pas de littérature politique en Suisse, parce qu’il n’y a pas de politique. Pas de politique au sens où on l’entend ailleurs : confrontation de projets de société, impliquant une alternance de pouvoirs. La tradition du consensus réduit la politique à de la gestion, et le débat d’idées à un examen minutieux du « comment » excluant toute discussion du « pourquoi ». un diplomate balkanique observe ainsi aux alentours de 1900 : « tout est ici calculé et légiféré en fonction du bonheur des petites gens, si bien que lorsque vous contemplez l’histoire, les

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grands exploits ne vous paraissent que de folles aventures… Sans livres et sans musique, la Suisse a tout de même réalisé l’idéal de la plus grande sérénité intérieure, et cette paix est sa gloire. » Le jugement suinte l’envie et l’exaspération, mais il vise juste. Si la politique est réduite à de la gestion, c’est qu’il n’y a aucun débat sur les principes fondamentaux. S’il n’y a aucun débat sur les fondamentaux, c’est que l’ordre existant est éprouvé et qu’il satisfait rationnellement une majorité de citoyens. Ce paradis des « petites gens » ne s’est pas seulement constitué « sans livres et sans musique », mais encore contre les « livres » et la « musique », vecteurs de passions et donc de troubles. D’où la méfiance innée des Suisses pour toute irruption du « je » dans la politique, leur besoin irrépressible de couper les têtes qui


S’il n’y a pas de littérature politique en Suisse, c’est parce qu’elle est doublement superflue. Par excès d’abord : si le mécanisme marche, pourquoi le remettre en question ? Par défaut ensuite : le mécanisme ne marche pas, mais ce n’est pas au stade politique qu’on pourra le comprendre ni le réparer. il faut descendre bien plus profond.

dépassent – et leur rejet spontané de toute « littérature » se mêlant d’affaires publiques. « Les lois couchées sur le papier », ajoute en effet notre voyageur, « sont celles qui bataillent contre les lois du sang et de l’instinct ». La raison contre le cœur, la lettre contre l’esprit, la litote contre l’emphase, le code civil contre le pamphlet, l’ennui sûr contre l’exaltation incertaine : telles sont aux yeux du monde les recettes du bonheur suisse ! Mais l’originalité réelle du modèle échappe à l’étranger, et souvent même à l’indigène. Rousseau, le père de la pensée politique moderne — pour le meilleur et pour le pire —, ne fut pas formellement Suisse, mais n’aurait pu naître loin d’ici. Le pacte civique qui est à la base de cette société précède de plusieurs siècles l’émancipation moderne. Dans une Europe de serfs, les Suisses furent des hommes libres, même s’ils durent acheter cette liberté au prix d’un mercenariat tant militaire que commercial qui les amputa de vertus et de vices éminemment romanesques tels que l’honneur, la vindicte, la droiture et l’orgueil. D’autre part, ce pays est aussi l’épicentre de la Réforme dans son expression la plus intransigeante. Depuis Calvin, Zwingli et Viret, le Suisse protestant — et le catholique par osmose — sont condamnés à vivre dans d’éternels tourments de conscience. La liberté civile alliée au libre examen entraîne tôt ou tard la remise en question de l’ordre social. Mais cette remise en question se situera à un niveau bien plus « radical » que celui où se situent la science politique et l’idéologie. Elle concernera les conditions mêmes de notre présence au monde ; elle sera métaphysique. or les seuls bathyscaphes naviguant à cette profondeur d’être s’appellent littérature et philosophie. S’il n’y a pas de littérature politique en Suisse, c’est qu’on n’y connaît aucun stade intermédiaire entre la métaphysique et l’expédition placide des affaires courantes. Pas de grands polémistes comme Léon Daudet, pas de théoriciens sociaux comme Fourier ou Marx, pas de flamboyantes diatribes comme les Châtiments de Victor Hugo. En Suisse, les écrivains politiques sont le plus souvent des étrangers réfugiés, se servant de ce pays comme Assange de son balcon d’ambassade : une tribune sous le nez des puissants, mais hors de leur portée. on en oublierait presque le pauvre Benjamin Constant, théoricien du libéralisme – mais qui ne survit dans les manuels qu’à cause d’un roman psychologique assommant, Adolphe.

La Suisse n’est pas le pays de Barrès ni de Mitterrand. Son premier vrai polémiste politique est Jean Ziegler, qui en 1976 étrilla avec sa brosse de crin marxiste une « Suisse au-dessus de tout soupçon » désemparée par la brutalité de l’attaque. Mais il le fit de l’étranger, en prenant le monde à témoin, ce qui est doublement significatif : à la fois du penchant démagogique du personnage et de l’inaptitude de son pays à accueillir un vrai débat de société. Plutôt que de repousser ce missile d’extrême gauche, le système helvétique a fait bien mieux : il l’a absorbé, couvert d’argent et d’honneurs et finalement momifié. A quoi bon polémiquer ? Cette manière de neutraliser l’énergumène n’empêcha nullement la propagation de ses idées, surtout dans le milieu académique. Les universités suisses sont devenues des pôles de critique politique et sociale, d’orientation gauchisante. Mais cette littérature-là, souvent hermétique, suscite rarement le débat, le système ne prenant pas la peine de lui répondre. Profitant du vide, la contestation se répand sans résistance, par capillarité, dans le système vasculaire de l’éducation supérieure. Et l’on obtient une classe de clercs – profs, travailleurs sociaux et journalistes – idéologiquement nivelée et en opposition flagrante avec les idées communes de la société qui l’entretient. Suscitant, en fin de compte, les réactions politiques sommaires d’une population qui se sent trahie par des élites qu’elle ne comprend littéralement pas. La radicalisation politique récente des Suisses est une rançon paradoxale de leur culte du consensus… et de leur mépris des idées ! En réalité, le débat politique en Suisse, le vrai, se situe tout entier dans sa littérature. De l’Araignée noire de Gotthelf aux Maquereaux des hautes cimes de Chappaz, de Besoin de grandeur de Ramuz à la Confession du Pasteur Burg de Chessex, sans parler des satires assassines de Dürrenmatt, Frisch ou Barilier, la plupart des grandes œuvres de la littérature helvétique offrent une introspection d’un courage, d’une lucidité et d’une cruauté qui n’ont pas beaucoup d’exemples chez les peuples voisins. qui voudrait encore perfectionner le mécanisme social quand toute votre tradition littéraire vous atteste qu’il est défectueux à la base ? Si je peux conclure par un témoignage personnel, la découverte de Mars, de Fritz Zorn, cette terrible confession d’un fils de bonne famille zurichois soudain illuminé par l’approche de la mort, m’a convaincu que seule la littérature disposait de la liberté et de la pénétration nécessaires pour révéler le vrai visage d’une société. ■ Numéro spécial

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Heidi Z’graggen, conseillère d’Etat UR et membre de la Présidence du PDC suisse

NouS LeS SuiSSeSSeS et LeS SuiSSeS faiSoNS partie deS êtreS humaiNS LeS pLuS heureux du moNde… … c’est ce que confirme l’enquête sur le bonheur effectuée par deux chercheurs Frey Bruno et Frey Marti Claudia dans une publication intitulée « Macht Föderalismus glücklich? ». outre les facteurs d’influence économique, tels que le chômage et le revenu, ainsi que les facteurs sociodémographiques, tels que l’âge, les circonstances familiales et la santé, les indicateurs politiques déterminent également notre satisfaction à l’égard de la vie. La démocratie et le fédéralisme y concourent de manière décisive, selon Bruno S. Frey. Plus les possibilités de participation sont grandes dans le système démocratique, plus le degré de satisfaction des citoyennes et citoyens est élevé. Le système politique suisse, caractérisé par la démocratie directe et ses instruments (initiative et référendum), par un fédéralisme très marqué et par un système de milice, contribue donc à ce que nous soyons si heureux en comparaison internationale.

L’engagement des suissesses et des suisses… … au travail, dans la société et en politique, de même que la volonté de former une nation sont à l’origine du succès de notre pays. Nous avons créé nous-mêmes des conditions optimales, grâce à l’établissement d’un ordre libéral dans le système politique, économique et sociétal, grâce à nos actions menées à l’échelon communal, cantonal ou fédéral dans le cadre du système de milice ou grâce à notre participation aux décisions en tant que citoyennes et citoyens, lorsque nous nous rendons aux urnes. Cela fait partie de… la mission de l’Etat… … d’établir les conditions-cadres pour la prospérité au niveau économique, politique, écologique et sociétal. Et puisqu’en Suisse toutes les décisions importantes sont prises par le peuple, nous avons été en mesure, grâce à nos décisions politiques, d’établir de façon judicieuse les conditions-cadres d’une économie qui se caractérisent par des degrés de liberté maximale, des charges fiscales faibles et des infrastructures de premier ordre. Cela permet l’émergence d’innovations, de la croissance, d’emplois et de bien-être. Ce bien-être donne à son tour lieu à l’exten38

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sion et au maintien de l’Etat social, à une péréquation financière appropriée, à un esprit de solidarité au sein de la société et à la mise en place d’établissements d’enseignement prestigieux. Par ces mesures, nous avons fait de notre pays l’une des nations les plus couronnées de succès et les plus sûres du monde. Dans notre Constitution fédérale…

nous avons défini les buts… … que la Confédération suisse est invitée à poursuivre pour notre pays : « La Confédération suisse protège la liberté et les droits du peuple et elle assure l’indépendance et la sécurité du pays. Elle favorise la prospérité commune, le développement durable, la cohésion interne et la diversité culturelle du pays. Elle veille à garantir une égalité des chances aussi grande que possible. Elle s’engage en faveur de la conservation durable des ressources naturelles et en faveur d’un ordre international juste


la responsabilité individuelle, la subsidiarité et la participation aux décisions… … sont donc les conditions de la prospérité et du succès futurs. En tant que citoyennes et citoyens, nous devons en premier lieu nous reposer sur nos capacités et vouloir assumer notre propre responsabilité selon nos forces. un Etat préventif et hyper-protecteur, qui fait de l’excès de zèle et réglemente tout dans les moindres détails, est un Etat qui met les gens à l’étroit et les prive de leur liberté. il les empêche de respirer, de créer et d’innover en leur enlevant l’oxygène. Les nombreuses initiatives, motions ou interpellations parlementaires – déposées à l’échelon aussi bien fédéral que cantonal – sont toutefois évocatrices d’une densification de la réglementation. Celle-ci étouffe non seulement les citoyennes et citoyens, mais elle restreint également la liberté d’action des milieux économiques, des cantons et des communes. Elle intervient au niveau du principe de subsidiarité. Mais lorsque…

L’autonomie des entités fédérées accroît la satisfaction des individus… … à l’égard de leur vie c’est à nous qu’il incombe de renforcer ces unités décentralisées. La concurrence entre les cantons était et est toujours l’horloge interne des renouvellements et des succès en Suisse. Nous les Suissesses et les Suisses devrions apprécier la diversité comme trait particulier, gage de succès. Dans ce contexte, ce sont surtout les cantons qui sont mis à l’épreuve, dans la mesure où ils agissent de manière responsable et restent ainsi à la pointe des solutions concluantes. Les communes et les cantons restent puissants lorsqu’ils disposent d’un degré de liberté aussi élevé que possible pour déployer leurs forces. A court terme, une réglementation uniforme pour l’ensemble du pays peut paraître séduisante, mais, en y regardant de plus près, il s’avère que les besoins des habitantes et habitants des villes, des agglomérations, des campagnes et des régions de montagne divergent et requièrent des solutions cantonales différentes que les citoyennes et citoyens mettent eux-mêmes au point pour leur région. Nous devons clairement nous opposer aux tendances de centralisation dans l’intérêt du la prospérité et du bonheur de notre pays.

et pacifique. » (Art 2 Cst.). Dans ce contexte, le principe de la subsidiarité s’applique : « L’attribution et l’accomplissement des tâches étatiques se fondent sur le principe de subsidiarité » (art. 5a Cst.). Nous sommes appelés à réunir nos forces pour participer au succès du pays : « toute personne est responsable d’ellemême et contribue selon ses forces à l’accomplissement des tâches de l’Etat et de la société. » (Art. 6 Cst.).

Le bonheur de nos citoyennes et citoyens… … ainsi que de notre pays se mesure toutefois à l’aune de notre participation aux décisions et à l’utilisation des instruments de la démocratie directe. Celle-ci rend non seulement les gens plus heureux, mais elle favorise le bien-être et la confiance en soi. Les décisions judicieuses, bien équilibrées et largement acceptées de la population assureront aussi à la Suisse de demain la stabilité, la liberté et la prospérité. Nous sommes tous appelés à conserver ce degré de participation élevé, afin qu’à l’avenir nous puissions toujours faire partie des gens les plus heureux du monde. ■ Numéro spécial

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Blaise Fasel, président JDC fribourgeois

être JeuNe auJourd’hui

Le jeune d’aujourd’hui s’expose à toute une série de préjugés. Ceux-ci ne sont pas toujours fondés sur des réalités et n’épargnent pas le domaine de la politique. Par exemple ? tenez : l’illusion que se font les gens, y compris les journalistes, à propos d’un prétendu consensus politique qui existerait parmi les jeunes de ma génération. L’idée, franchement inexacte, qui voudrait que tous les jeunes partagent une même vision du monde et de l’être humain, les mêmes aspirations sociales et, de manière générale, se situeraient « naturellement » davantage à gauche que le corps électoral moyen. Participant à un débat politique organisé dans un cycle d’orientation du canton de Fribourg, les représentants des JDC, JLR, JS et JuDC y furent une fois confrontés. Avant le débat, le directeur de l’établissement nous proposa de mettre de côté nos différences idéologiques. Après tout, n’étions-nous pas tous de la génération des jeunes et donc adeptes des mêmes idéaux ? Nous étions consternés. Déjà nous commencions à énumérer les désaccords insurmontables qui nous séparaient. Sous les yeux du directeur amusé et surpris, nos Weltanschauungen commencèrent à se fracasser les unes contre les autres. Nos efforts d’argumentation conjoints réussirent à le convaincre de l’absurdité de sa proposition. « Les jeunes sont plus à gauche que nous ; les jeunes ne veulent plus du « C » ; les jeunes ne se passionnent pas pour le fédéralisme ». Cette image trompeuse que le parti projette sur la jeunesse suisse sert d’excuse à toutes les autocritiques. Celles-ci secouent le PDC à n’en plus finir et fragilisent l’engagement des 40

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jeunes militants, dont les énergies sont ainsi dispersées avant même que ne commence la confrontation avec les vrais adversaires politiques. J’appelle de mes souhaits la formation d’une identité plus claire, qui peut-être n’apportera pas immédiatement des rendements électoraux, mais ouvrira tout du moins la voie vers une meilleure confiance en soi. il y a peu, un ami malien, étudiant à l’université de Fribourg, me faisait observer que ce que le PDC avait de plus précieux était sa longue histoire. « un nouveau logo, un slogan tendance, des jeunes têtes de liste, une campagne bien ficelée : tous les partis peuvent se l’offrir » m’expliquait-il. « Mais l’ancienneté, l’expérience, ça ne se gagne pas en un claquement de doigts. Le PBD et le PVL peuvent se démener comme ils le souhaitent, jamais ils ne s’approprieront cette caractéristique-là ». C’est vrai. Vous me direz que les élections ne se gagnent plus sur les bilans, mais sur les promesses d’avenir. Peut-être bien. Mais en attendant, c’est à nous d’assumer notre identité et de montrer nos atouts, qui sont bien réels et méritent d’être mieux connus. il y a des membres de notre parti qui, sans se résigner, demeurent largement inactifs. A l’heure où le PDC fête son centenaire, le constat est pourtant terrifiant. Jamais notre électorat n’a atteint un si bas pourcentage. Jamais notre députation au Conseil des Etats n’a été aussi faible. Entre l’échec indiscutable de sa politique libérale-sociale et l’imparable effritement de ses bases historiques, le PDC se trouve devant le mur. Nier la gravité de la situation paraît maintenant irresponsable. Sans pour autant s’attarder dans une introspection inadéquate, la fête du centenaire doit offrir l’occasion d’un renouvellement. Renouvellement non sur le plan des idées et des conceptions, mais sur le plan des états d’esprit.


La Suisse n’est pas comparable à la France ou à l’Allemagne. En Suisse, il n’existe pas d’alternance politique et le retour en grâce électorale n’est pas une chose automatiquement garantie après quelques législatures d’opposition. En Suisse, il n’y a pas de majorité écrasante. Ceux qui souhaitent se maintenir à 12 % au niveau fédéral, dans l’espérance des lendemains qui chantent, ont tort. Maintenant, tout est à reconstituer. Les sections locales, la formation des cadres, les cellules de jeunes militants, le recrutement de nouveaux membres, le soin apporté aux seniors, aux femmes, aux associations de tout poil : tout doit être repris depuis le début. Et tout en s’appropriant les nouveaux médias, le PDC ne doit pas tomber dans leur piège : les vrais réseaux sociaux, et tout spécialement ceux qui ont un impact réel sur les bulletins de vote, ne se trouvent pas sur internet.

Le 13 novembre 2011, le soir des élections cantonales fribourgeoises, une délégation de cinq JDC, dont j’étais, fit le tour des stamms PDC dans les districts. L’ambiance était partout triste, le PDC perdait six sièges au Grand Conseil malgré un bon résultat au Conseil d’Etat et une campagne très éprouvante. A Saint-Antoine en Singine, un vieux militant, voyant notre désarroi, vint nous réconforter. « Le PDC est comme un phénix, dit-il, il renaîtra de ses cendres. » J’étais ému de ce témoignage de confiance. Mon jeune collègue, plus terre à terre, lui rétorqua : « un phénix, très bien. Mais pour la renaissance, ça va être le dernier moment. il faut la faire maintenant ! » ■

Numéro spécial

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neuCHÂTeL Vincent Pahud, membre du Bureau et du Comité du PDC neuchâtelois, conseiller général de la Ville de Neuchâtel

Histoire du PDC neuchâtelois

Le Parti démocrate-chrétien neuchâtelois (PDCN), tel que nous le connaissons aujourd’hui, a vu le jour en 2004, après une première tentative malheureuse et de très courte durée (1997). A fin 2002, sous l’impulsion de l’envoyé de Berne Viktor kuhn, du journaliste François Pahud et de Christophe Hurni, ex-président resté en veilleur, les premiers jalons de la relance ont été posés. Rapidement, des forces nouvelles se sont ralliées à leur noble cause, si bien qu’une bonne vingtaine de personnes de tous âges et des deux sexes ont assisté, le 15 mars 2004 à l’hôtel Beaulac, à la naissance – renaissance pour les uns – du PDC en pays neuchâtelois. En bonne voisine, la conseillère nationale fribourgeoise thérèse Meyer-kälin en devint la marraine, porte-bonheur jusqu’à maintenant ! Perçu à ses débuts comme un trouble-fête, le PDC s’est forgé petit à petit une place dans le monde politique neuchâtelois et au sein de la population, grâce à sa ligne humaniste et centriste bien établie et respectée. Assez ra-

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pidement, il a été possible de constituer des sections régionales, ce qui a permis à nombre de nos membres de se faire connaître dans leur district ou commune. Seul ou grâce à divers apparentement, principalement avec le PLR, selon les circonstances, le PDC a pu, pour la première fois en 2012, faire élire 11 conseillers généraux (législatifs) et un conseiller communal (exécutif) qui n’est autre que son président cantonal, Marc Eichenberger. S’il n’est pas encore représenté au Grand Conseil à cause d’un quorum électoral très élevé (10 %), le PDC neuchâtelois a malgré tout l’oreille des autorités cantonales. Ainsi, est-il régulièrement appelé par le Conseil d’Etat à donner son avis lors des consultations sur les projets de loi. Le PDC neuchâtelois remercie la Présidence du PDC suisse car, sans l’appui moral et financier de celle-ci, sa progression – voire son simple maintien – deviendrait très problématique pour ne pas dire illusoire. Ne représentant aucun secteur particulier de l’économie, le PDCN doit en effet se contenter des dons de ses membres et sympathisants. ■


Rudolf Hofer, rédaction LA POLITIQUE

La formule magique : une invention du PDC

En politique suisse, la concordance a une valeur positive, raison pour laquelle tous les partis s’y réfèrent. Mais c’est le PDC qui, en 1959, fut à l’origine de la concordance. La véritable signification de la concordance fait actuellement l’objet de débats. Mais le 17 décembre 1959, jour d’élection du Conseil fédéral, l’accord fut unanime : la concordance commença avec deux représentants du PLR, du PDC et du PS ainsi qu’un représentant de l’uDC. Avant cette élection, le PLR

et le PDC procuraient chacun 3 conseillers fédéraux. Le 19 décembre, la NZZ a explicitement désigné les responsables de ce revirement : « Le mérite de la ‹formule magique› et de sa réussite doit être attribué sans restriction au parti conservateur chrétien-social… » Au sein des conservateurs, la NZZ attribua le mérite à Martin Rosenberg – secrétaire général du PDC à l’époque – pour le passage à la concordance. Rosenberg était conscient que le Groupe PDC avait promis aux sociaux-démocrates qu’ils bénéficieraient plus tard d’une double représentation. Pour réaliser la concordance, il fallait toutefois aussi déterminer le rôle de chaque parti qui était représenté au Conseil fédéral, mais qui n’y avait pas de majorité. Le PDC et en particulier Josef Zemp – en tant que premier conseiller fédéral – donnèrent cette définition des rôles. Josef Zemp se considérait comme un membre loyal et actif de l’organe exécutif et donc défendait aussi fermement la politique du Conseil fédéral vis-à-vis du Parlement et du public. Ce qui donna lieu à une critique au sein du parti, qui n’est pas sans rappeler le débat autour du « demi-conseiller fédéral de l’uDC ». La concordance et son bon fonctionnement demeurèrent une préoccupation du PDC. Le premier programme de législature fut exigé par le PDC. Dès 1970 a toutefois surgi la question de savoir si la concordance était un modèle convenable. L’une des tâches du PDC est de discuter des tensions entre coopération et conflit à l’échelon fédéral. Sa riche expérience lui fournit une base pour accomplir cette mission. ■

Naissance de la formule magique (1959) : prestation de serment des conseillers fédéraux max petitpierre, paul chaudet, fritz t. Wahlen, Jean Bourgknecht, Willy Spühler, Ludwig von moos, hans-peter tschudi et du chancelier de la confédération charles oser. Numéro spécial

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Jacques Neirynck, conseiller national VD, rédacteur en chef adjoint de LA POLITIQUE

Le fédéraLiSme eSt uNe machiNe de tiNgueLy

Le fédéralisme est avec la démocratie directe, la concordance et la milice un des quatre piliers sur lesquels repose solidement la Suisse. Ce pays n’est pas un Etat divisé en 26 cantons et demi-cantons, mais la réunion librement consentie de ces 26 mini Etats, qui concèdent à la Confédération les seules tâches qu’ils ne pourraient assumer. qu’est-ce que le fédéralisme en chiffres ? 7 907 000 habitants, sans compter 200 000 clandestins, répartis en 26 cantons et 2485 communes. Pour gouverner, il y a un Conseil fédéral, deux Chambres fédérales, 26 gouvernements et parlements cantonaux, 2485 municipalités et conseils communaux ou généraux. En second lieu, pour coordonner tout cela, il existe 22 conférences de gouvernements cantonaux pour les différents dicastères, 500 conférences de fonctionnaires cantonaux, 311 concordats intercantonaux, 1500 associations intercommunales. Le tout est nécessaire pour coordonner 26 systèmes fiscaux différents, 31 systèmes scolaires à cause des cantons bi- et trilingues, autant de lois sur la construction et de systèmes judiciaires. tous les 30 km on change de système. Nulle part tant d’institutions ne gèrent un aussi petit pays. Est-ce bien nécessaire, est-ce utile, estce raisonnable ? Pourquoi est-il tellement difficile d’apporter des réformes même quand elles paraissent évidentes ? La réponse fut donnée par Napoléon Bonaparte en décembre 1802, lorsqu’il comprit qu’il fallait, pour la Suisse, renoncer au concept jacobin d’un Etat-nation unifié et centralisé : « Le système fédéral, qui est contraire à l’intérêt des grands Etats parce qu’il morcelle leur force, est très favorable aux petits parce qu’il leur laisse toute leur vigueur naturelle. » C’est bien dit et cela ne veut cependant rien dire du tout car cela n’explique pas pourquoi il y a de grands Etats sinon parce qu’ils ont absorbé plusieurs petits Etats. il suffit de comparer les dif-

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ficultés continuelles de la France pour préférer vivre en Suisse. La construction parfaitement rationnelle d’un Etat est tout à fait déraisonnable, parce que les citoyens ne sont pas rationnels du tout et parfois franchement déraisonnables. En Suisse, le peuple a toujours le dernier mot à tous les niveaux : cela ne veut pas dire qu’il a toujours raison, mais, quand il se trompe, il doit assumer ses erreurs et ne peut les imputer à l’Etat. En France, le peuple n’a jamais le dernier mot alors qu’il a parfois raison contre les technocrates, les énarques et les prébendiers du système : il est alors obligé de manifester et de faire grève.

Le plus grand inconvénient des institutions de la Confédération helvétique est donc qu’elles ont tellement bien fonctionné dans le passé, qu’il devient impossible de les adapter au présent ou de les rénover pour l’avenir. Le fédéralisme, la démocratie directe, la concordance, la collégialité, la neutralité, le système de milice aussi bien pour les parlements que pour l’armée, la paix du travail, toutes ces options, problématiques, inimaginables, dangereuses mêmes pour d’autres pays, « La construction ont admirablement joué leur rôle dans la préservation de la Suisse des horreurs de parfaitement rationnelle trois guerres franco-allemandes et dans d’un Etat est tout à fait son enrichissement concomitant, tant il déraisonnable, parce que est vrai que toute guerre est ruineuse, même si on la gagne, et que la neutralité, les citoyens ne sont elle, gagne à tous les coups. De même, la pas rationnels du tout Suisse traverse la crise actuelle avec un et parfois franchement taux de chômage inférieur à ceux de ses déraisonnables. » voisins, des budgets en boni et une dette Jacques Neirynck décroissante. il faut se réjouir de voir la


vertu démocratique, pacifique et rousseauiste réussir à ce point, même matériellement. il est aussi difficile de ne pas simplement s’en contenter que prétentieux de la critiquer. D’ailleurs toute réforme d’un des piliers de ce système touchera forcément aux autres piliers. C’est une tâche gigantesque. A titre d’exemple, la seule réforme envisagée actuellement est l’allongement d’une à deux années du mandat présidentiel qui vient d’être refusée par le Conseil national. Bien que le Parlement ait demandé à maintes reprises et à la quasi-unanimité qu’il y ait un seul conseiller fédéral en charge de la formation et de la recherche, cette réforme n’est toujours pas faite. La seule modification des cantons depuis 1848 a été la création du Jura, qui a accepté de devenir le plus pauvre des cantons, puisque son revenu par habitant est la moitié de celui de Zoug. Cependant aujourd’hui, on éprouve le sentiment que le pouvoir fédéral se délite sous nos yeux comme celui de beaucoup d’Etats. un peu partout dans le monde, les pouvoirs régionaux s’affirment, les peuples aspirent à garder leur souveraineté, alors qu’un pouvoir continental ou mondial s’imposerait par suite de la globalisation économique. L’échelon intermédiaire, l’Etat classique, pris en tenaille entre le marché mondial et l’aspiration des peuples à une liberté totale, subit les événements bien plus qu’il ne les contrôle. En Suisse, la multiplication des affaires – le secret bancaire par exemple – démontre largement que Berne n’est plus dans Berne. Malgré son engagement, aucun conseiller fédéral n’exerce réellement le pouvoir exécutif. il réagit plus qu’il n’agit, il pallie les erreurs qui se commettent sous ses yeux impuissants, il explique a posteriori ce qu’il n’a pu prévenir. il devient le témoin privilégié et consterné d’une partie qui se joue au-dessus, en dessous et à côté du niveau où se situe le pouvoir fédéral, disputé, incertain, opaque. La répartition des départements entre conseillers ne se fait qu’à coup de votes. Ce n’est pas une équipe gouvernementale mais une délégation parlementaire composée d’individualités vaquant pour leurs partis. tout l’art difficile du fédéralisme consiste à sauvegarder la souveraineté des régions et à déléguer un minimum de souveraineté à l’Etat central, afin de mieux préserver une véritable efficacité dans la gestion. C’est un parcours périlleux sur une ligne de crête entre deux abimes : le chaos d’un côté, la technocratie de l’autre. A chaque niveau du pouvoir ses prérogatives : la commune pour les affaires locales, le canton pour les affaires régionales, la Confédération pour les affaires nationales. il a bien fallu que les villages et les villes s’unissent dans les cantons et que ceux-ci à leur tour se rassemblent en une confédération dans le but de mieux résister aux dangers extérieurs. Car à vouloir tout garder, on risque de tout perdre.

Et depuis sept siècles – comme le disait déjà Galilée de la terre – la Suisse tourne et même de mieux en mieux. C’est sans doute la démonstration que les institutions, les constitutions et les lois doivent croître par un processus organique, assez semblable à l’évolution biologique. En Suisse, on crée des organes au hasard, surtout sans plan préétabli et puis on expérimente en ajustant par petites touches, ou en éliminant ce qui est franchement inutile. C’est une machine à la tinguely avec certains rouages qui n’existent que pour leur propre satisfaction, tandis que d’autres se révèlent soudainement indispensables. Cette machine déjantée fonctionne mieux qu’un organisme d’horlogerie, car le moindre grain de sable bloque une machine rigide. il est donc inutile de se gargariser d’une série de propositions visant à adapter le fédéralisme à un monde changeant. il fut tellement bon qu’il perdurera jusqu’à ce qu’une crise majeure impose une révision drastique. Prions que cela n’arrive pas de notre vivant. ■ Numéro spécial

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Dominique Ducret, ancien conseiller national GE

JeaN-phiLippe maitre : uN véritaBLe homme d’état

1er décembre 2004 : Jean-Philippe MAitRE, conseiller national genevois depuis 1983, est élu président du Conseil national et de l’Assemblée fédérale. Sa famille, ses amis, la section genevoise du PDC, les représentants de l’ensemble des corps constitués du canton de Genève sont à ses côtés pour le féliciter et manifester leur joie et leur fierté de le voir accéder à cette haute fonction et assurer ainsi le rôle de premier citoyen du pays. 28 février 2005 : Jean-Philippe MAitRE, à la tribune du Conseil national, annonce, devant un auditoire médusé, composé pour partie de ceux qui l’avaient entouré trois mois plus tôt, qu’il est gravement atteint dans sa santé et qu’il doit mettre un terme à son mandat présidentiel et à sa carrière parlementaire. Dans son allocution, il évoque sa maladie dans ces termes : Sans rendez-vous, la vie vous rappelle à la modestie et elle peut tout soudain vous inviter à donner votre énergie à d’autres combats que ceux que vous avez menés jusqu’ici. Inconsciemment, j’imaginais que la maladie était ce qui ne pouvait arriver qu’aux autres. La veillée de Noël m’a appris l’inattendue fragilité des choses. Rien n’est jamais définitivement acquis ! 1er février 2006 : après une année d’espoir de rémission et de guérison, vaincu finalement par la maladie, Jean-Philippe MAitRE s’éteint à l’âge de 56 ans. Né le 18 juin 1949, d’une famille originaire de la commune jurassienne d’Epauvillers, Jean-Philippe MAitRE accomplit toutes ses classes à Genève, canton dont son père, Yves MAitRE, fut un des représentants au Conseil national de 1963 à sa mort en 1966. Après avoir effectué des études de droit, il devint avocat, en qualité de collaborateur de Guy FoNtANEt, lui aussi conseiller national et futur conseiller d’Etat. Simultanément à l’ouverture de sa propre Etude, il se lance en politique en 1973, à 46

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l’âge de 24 ans, motivé aussi bien par son environnement familial et professionnel que par ses convictions personnelles, ses profondes racines chrétiennes et son ambition de servir. Elu au Grand Conseil, il en devint rapidement un des ténors, autant par son éloquence et ses qualités de débatteur que par le sérieux et la rigueur qu’il apportait à l’étude des dossiers qu’il traitait. Au sein du PDC genevois, il exerce alors successivement les plus hautes responsabilités, notamment celle de président de 1980 à 1984. C’est dans cette dernière fonction qu’il lance l’initiative constitutionnelle sur la famille, qui sert encore aujourd’hui de référence à l’action des démocrates-chrétiens à Genève. En 1985, Jean-Philippe MAitRE est élu au Conseil d’Etat à l’âge de 36 ans. Chargé du département de l’Economie, il se distingue par son action en faveur de la promotion économique, des emplois, des commerçants, de l’aéroport international de Genève-Cointrin, des liaisons ferroviaires franco-suisses et du tourisme. A deux reprises, il préside le gouvernement genevois. il cumule ce mandat avec celui de conseiller national après son élection au Parlement fédéral en 1983. Administrateur de la défunte Swissair, il démissionne de ce mandat lorsque la compagnie nationale abandonne les vols long-courriers à partir de Genève, sans avoir pris la peine de prévenir les autorités genevoises. Sous la coupole, il préside, notamment, la commission des affaires étrangères (1988–1989) et celle de l’économie et des redevances (2002–2003) et se fait remarquer par ses convictions pro-européennes. Devenu chef du groupe parlementaire démocrate-chrétien (1998–2002), il figure parmi ceux qui comptent dans la politique fédérale, aussi bien par ses talents d’orateur, de


négociateur et de rassembleur que parce qu’il impose le respect par sa sincérité, sa simplicité et son goût pour les débats d’idées. Ce qui ne l’empêchait pas de manifester une fermeté certaine lorsqu’il le jugeait nécessaire. tous ceux qui l’ont connu peuvent attester qu’il était un véritable homme d’Etat et que l’ensemble de ses qualités lui auraient assurément permis de briguer un siège au Conseil fédéral. Seuls les aléas de la politique et la mort l’en ont empêché ! Pour moi, évoquer la personnalité et la carrière de Jean-Philippe MAitRE, c’est relever une courtoisie hors du commun et une élégance dans le comportement et les propos qui lui valaient l’estime de chacun, y compris de ceux qui ne partageaient pas ses valeurs et ses combats.

C’est aussi mettre en exergue un homme aux dons lumineux et multiples, avec lequel j’ai eu la chance de partager une très longue amitié et des passions, professionnelles, politiques et autres, qui avaient forgé une complicité qui ne s’est jamais démentie. C’est enfin évoquer son humour et son esprit facétieux, peu connus de ceux qui ne le fréquentaient pas au quotidien. Nos huit ans de carrière parlementaire commune à Berne sonnent dans ma tête et mes souvenirs comme autant de fous rires que j’évoque avec nostalgie. Jean-Philippe MAitRE repose dans le cimetière de CollongeBellerive, commune dont son épouse est maire depuis 10 ans. ■

Numéro spécial

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Ornella Grillet, 23 ans, co-présidente des Femmes PDC Genève

être uNe femme auJourd’hui « Qu’est-ce qu’être une femme aujourd’hui dans notre société ? » n’est pas une question simple. J’ai dû me replonger dans l’histoire du rôle de la femme pour y répondre. La jeune femme que je suis aujourd’hui ne ressemble en aucun cas à mes deux grand-mères. En effet, avant les années 60, le rôle des femmes était central, mais retiré de la société. une rare minorité d’entre elles étudiaient et travaillaient. Elles étaient invisibles aux postes clefs et absentes de l’engagement politique. Le cliché voulait qu’elles se marient jeunes, aient des enfants, gèrent l’éducation de ceux-ci, passent leur journée derrière les fourneaux, s’occupent de la maison et attendent bien sagement le retour de leur mari parti travailler. Ces femmes vivaient financièrement aux dépens de leurs époux et ne disposaient que de peu de droits dans la société. La communauté était divisée en deux : d’un côté les hommes et de l’autre les femmes. Dès la fin des années 50, la question de la place de la femme dans la société occidentale et de ses droits devient centrale. Accentuée par Mai 68 et la montée du « Mouvement de libération de la femme (MLF) » la révolution féminine est en marche. L’accession aux études est réalisable. L’accès au droit de vote devient possible. En Suisse, le suffrage féminin est garanti dans certains cantons dès 1960, mais uniquement au niveau cantonal. Dès 1971, les femmes obtiennent le droit de vote au niveau 48

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fédéral. Le droit à la pilule contraceptive leur permet de gérer leur planning familial. Grâce à Simone Veil, l’avortement n’est plus perçu comme un homicide, mais comme un choix réfléchi d’accepter ou non un enfant, initialement non nécessairement désiré. La Suisse tarde, mais suit le mouvement. L’avortement, s’il est toléré depuis 1942, n’est néanmoins dépénalisé que depuis 2002. En 1952, la loi sur la nationalité donne le droit aux femmes de garder la nationalité suisse après le mariage avec un étranger. En un mot, la femme devient libre. Les premières femmes adhèrent à la vie politique et publique comme Margaret thatcher. En 1979, elle est élue premier ministre du Royaume-uni. Avant elle, seule la reine d’Angleterre avait un pouvoir, plus symbolique qu’effectif au XXe siècle, dans un monde masculin. Parallèlement, en 1971, en Suisse, onze femmes entrent au Conseil national et une accède au Conseil des Etats. il faut attendre 1984 pour que la radicale Elisabeth kopp devienne la première Conseillère fédérale. La médecine avance. Les naissances sont plus sûres, moins de mères décèdent à l’accouchement, et le taux d’enfants mort-nés baisse grâce à la césarienne. La procréation médicalement assis-


Depuis ces évènements, la femme a un rôle dans la société. Elle n’est plus considérée comme la potiche de service et s’élève sur la pyramide sociale. Par exemple, à la suite des dernières crises économiques, les entreprises n’ont jamais engagé autant de femmes aux postes clefs. De même, en politique, l’exemple d’Angela Merkel, première femme à occuper le poste de chancelier fédéral en Allemagne, est significatif. Dès son élection en 2005, elle a non seulement su gérer l’Allemagne, mais aussi imposer ses vues et son leadership aux autres représentants européens, essentiellement masculins, dans le cadre de la crise de la zone euro. En revanche, il est à déplorer que l’émancipation de la femme dans la société a engendré une perte de virilité et de galanterie chez nombre d’hommes. En effet, dans la mesure où la femme peut aujourd’hui faire le premier pas, demander le mariage, diriger et même faire un bébé toute seule, les jeunes hommes d’aujourd’hui sont parfois effrayés par les femmes et encore plus par l’idée de s’engager. Aujourd’hui, je remercie toutes ces personnes qui ont lutté pour me permettre d’avoir tous ses droits. Contrairement aux hommes, je suis néanmoins consciente que je devrais faire des choix durant toute ma vie. Et d’autant plus si les opportunités surviennent rapidement. En effet, il est difficile de concilier carrière professionnelle, vie privée, vie de famille et engagement politique. il faudra toujours privilégier un aspect au détriment des autres. En ce qui me concerne, je suis une jeune femme professionnellement active dans le domaine bancaire. Parallèlement, je suis engagée dans le milieu politique depuis ma majorité. J’évolue dans un milieu majoritairement masculin et cela ne me dérange pas. Dans mon enfance, mes parents m’ont donné une éducation tolérante et ouverte. Ma mère m’a transmis la liberté, la douceur, la maternité et la féminité. Mon papa m’a transmis le courage, le goût du compromis, la passion de la discussion, la sensibilité et surtout une phrase : « ce que les hommes peuvent faire, tu peux le faire ». C’est un discours à double sens, d’un côté « ce que l’humanité peut faire, tu peux le faire » et d’un autre

Photo: Adriano Castelli/Shutterstock.com

tée donne aux années 80–90 la possibilité aux personnes stériles d’avoir des enfants. La musique et les arts sont eux aussi touchés par la prise de liberté des femmes et des mœurs. Le cinéma met en avant des icônes de femmes émancipées comme Brigitte Bardot ou Maryline Monroe.

(celui qui me parle le plus) : « ce que les représentants du sexe masculin peuvent faire, tu peux le faire ». Je pense que grâce à mes parents, je ne me suis jamais sentie mal à l’aise au travail, dans le sport ou en politique face aux hommes. Je revendique ce que je veux, sans avoir peur de leurs réactions. Pendant ma première année au sein du Crédit Suisse, j’ai essentiellement travaillé avec des collègues masculins. il est évident qu’il est plus difficile de prendre la parole, de défendre un projet ou de prendre une décision. Je suis un peu cliché, mais les discussions à la pause de midi tournaient autour du football, des voitures et des filles. Actuellement, je travaille dans un département majoritairement féminin. L’ambiance est tout à fait différente. on se comprend plus facilement. Pour moi, la situation la plus complexe au travail et dans mon engagement politique est de cumuler jeunesse et féminité. En effet, il peut arriver que la situation devienne ambiguë ou même gênante avec la gente masculine. Dans un tel contexte, je privilégie toujours le dialogue. Je défends mes positions, j’explique honnêtement ce qui ne me convient pas. J’ai apprécié et trouvé enrichissant mon année de travail entourée d’hommes. Ça ne me dérange pas d’évoluer dans une équipe majoritairement masculine. En tant que femme, je dois d’autant plus me battre, dès lors j’affirme ma féminité et revendique mes convictions. J’aime ma place de femme dans la société. Je reste optimiste pour mon futur. Je souhaite réussir à être une épouse et une mère présente, auprès de mes proches, malgré mon engagement politique et ma carrière professionnelle. ■ Numéro spécial

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Lucrezia Meier-Schatz, conseillère nationale SG

La coNciLiatioN travaiL-famiLLe, uN défi et uNe chaNce Le monde du travail connaît une profonde transformation. La génération du babyboom, dominante jusqu’à présent, sera remplacée dans quelques années par les natifs du numérique qui constituera en 2020 la majorité de la population active. Cette génération numérique occupera également les positions dirigeantes et forgera donc la nouvelle culture d’entreprise. Le monde du travail a changé Les petites et moyennes entreprises ainsi que les grandes sociétés sont appelées à relever de nouveaux défis, car les collaborateurs de la génération numérique ont une autre conception de l’activité professionnelle. Nombre de personnes chercheront à modeler leur environnement professionnel, car elles aspirent à ce que leur travail soit reconnu. Si elles n’obtiennent pas cette reconnaissance, elles cherchent de nouveaux défis. il s’agit de personnes flexibles qui modifient la culture d’entreprise et la dynamique parmi les employés, parce que la notion de continuité leur semble moins importante qu’aux collaborateurs plus âgés. Non seulement elles abordent les problèmes différemment, mais elles se familiarisent avec des connaissances dans des domaines qui leur sont étrangers, dans le but d’élargir leur point de vue, leur mode de penser et de trouver ainsi des solutions aux questions et aux défis nouveaux dans le cadre du travail. Elles fonctionnent beaucoup plus en réseau, elles sont plus ouvertes et plus mobiles. Les cadres confrontés aux défis numériques pronostiquent un monde du travail au sein duquel les collaborateurs insisteront sur des horaires de travail flexibles. Certaines entreprises ont reconnu cette tendance et adoptent désormais cette nouvelle stratégie d’aménagement du temps de travail (horaire flexible). Cette génération exige en outre le renforcement de l’égalité entre homme et femme et elle est prête à trouver des compromis, par respect du partenaire, des enfants et des conditions de vie. Dès le moment où la priorité est accordée au compromis – et pas a priori à l’activité lucrative – les employeurs doivent offrir des solutions, sinon ils courent le risque de voir leurs collaborateurs chercher d’autres options. Cette capacité de négocier des 50

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compromis liée à l’abandon du modèle de couple à revenu unique constitue un véritable dilemme entre changement et continuité, auquel cette génération est confrontée. La difficulté de concilier vie professionnelle et vie privée, respectivement familiale, apparaît au grand jour et devient un des problèmes clés de l’organisation du quotidien. Depuis plusieurs années, notre société est soumise à un nouveau schéma temporel sans rythme clair. La frontière nette entre vie professionnelle et vie privée s’estompe pour la majorité des personnes actives. Les conséquences sont multiples : le temps privé passé en commun fait l’objet de négociations ; le temps professionnel ainsi que le temps public empiètent sur le temps familial. La frontière nette et confortable entre vie professionnelle et vie privée est en voie de disparition.


complété par un temps de travail basé sur la confiance. L’introduction de celui-ci a d’ailleurs aussi des effets sur la culture de l’entreprise. Etant donné que les frontières entre temps professionnel et temps privé s’estompent, une partie des collaborateurs souhaiteront davantage de nouvelles formes de collaboration et une flexibilité accrue. Les collaborateurs exigeront une responsabilité personnelle élargie, une direction plus souple ainsi que la reconnaissance de leur façon de travailler car, à l’avenir, la définition du travail comme élément façonnable gagne de l’importance. Les collaborateurs sont de plus en plus nombreux à vouloir décider eux-mêmes quand, comment et où ils accompliront le travail pour leur employeur. Les femmes et les hommes qui ont une famille à charge – avec des enfants et/ou des parents tributaires de soins – ne sont pas seuls à revendiquer une flexibilité accrue. Les gens libres de toute contrainte familiale sont bien plus flexibles géographiquement, de sorte qu’ils seront les « nomades du travail » de demain. il s’agit de personnes qui aiment leur travail comme source de motivation et d’épanouissement personnel et qui sont disposées à quitter l’entreprise pour relever de nouveaux défis, si les paramètres de celle-ci ne satisfont plus leurs besoins. Compte tenu des changements liés à l’évolution démographique et au vieillissement de la société, les entreprises sont appelées à réorganiser le travail. Car, si elles veulent rester compétitives dans le domaine du recrutement d’une main d’œuvre qualifiée, elles devront faire de la conciliation travail-famille et de la politique favorable à la famille leurs principaux champs d’action. Dès lors, la conciliation travail-famille sera un élément important permettant de relever les nombreux défis qu’elle comporte. Comme les gens ont besoin de temps aussi bien pour assumer leurs responsabilités dans le travail que pour s’en acquitter au sein de leur famille, il devient de plus en plus important d’offrir des conditions de travail favorables à la famille.

Le temps – un facteur d’organisation personnel et entrepreneurial Au vu des défis numériques, les facteurs de réussite des entreprises sont aussi sujets à une mutation. Les firmes ont reconnu qu’elles devaient proposer à leurs collaborateurs davantage de solutions sur mesure. Actuellement, elles sont nombreuses à miser presque exclusivement sur la flexibilisation du temps de travail des femmes. L’importance de l’horaire de travail flexible et du temps partiel parental n’a qu’une influence limitée sur le succès d’une entreprise, du moins aussi longtemps que l’entreprise maintient le concept du temps de présence. Certaines nouvelles formes de travail, destinées à satisfaire les besoins de la génération numérique, deviennent des facteurs de réussites de plus en plus importants. Le temps de présence est

La mise en œuvre d’une politique entrepreneuriale favorable à la famille devient un facteur de compétitivité important également pour les firmes établies dans les petites régions rurales. Nombre de petites et moyennes entreprises proposent d’ores et déjà des horaires de travail flexibles. Elles doivent néanmoins les adapter aux besoins actuels. Seules, elles n’y parviennent toutefois pas, car elles ont besoin de l’appui du public et des autorités locales, sensibilisées à leur projet. Les efforts déployés par les entreprises doivent être soutenus aussi bien par des infrastructures proches des lieux de résidence et adaptées aux besoins que par des structures d’accueil pour enfants, ouvertes pendant le temps de travail (plages horaire fixes et variables) et pendant les vacances. Cet ensemble de mesures permet aux gens de prendre leur responsabilité tant sur le lieu de travail qu’au sein de leur famille. ■ Numéro spécial

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Heiner Geissler, ancien secrétaire général de la CDU (Union démocrate-chrétienne d’Allemagne), orateur à la fête jubilaire des 100 ans du PDC

La poLitiQue moderNe

Depuis toujours le « C » dans l’appellation d’un parti politique a suscité de vives discussions. Pour de nombreuses personnes le mot « chrétien » était perçu comme une provocation, pour d’autres comme un mensonge, pour d’autres encore il impliquait la tentative prétentieuse de vouloir organiser la vie politique conformément aux principes d’une religion déterminée dans un monde pluraliste et de surcroît dans un pays comme la Suisse, où non seulement les chrétiens, mais également les musulmans, les bouddhistes, les hindous, de même que les gnostiques, les agnostiques et les athées vivent en tant que citoyens, bref tous à la recherche du bonheur, chacun à sa façon. une telle conception aboutirait en effet à la création d’une théocratie, à la tête de laquelle les acteurs ne seraient autres que des ayatollahs chrétiens. Dans cette perspective une « politique chrétienne » n’a pas de sens. La foi chrétienne nous propose toutefois une vision de l’homme diamétralement opposée aux visions socialiste, nationaliste ou purement économique. Les événements, survenus au XXe siècle, ont clairement montré qu’une politique moderne n’a pas de sens si l’on ne répond pas aux questions éthiques qui la sous-tendent. C’est une des raisons pour lesquelles le PDC ou 52

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d’autres partis démocrates-chrétiens en Europe doivent conserver leur « C », outre le fait qu’à Berne, à Lausanne ou à St-Moritz il y ait 45 % ou 75 % de chrétiens, indépendamment du nombre de personnes qui vont à l’Eglise le dimanche.

La vision chrétienne de l’homme… … à la base de la politique exige que les chrétiens démocrates se posent toujours la question du facteur humain, sur lequel se fondent leurs décisions politiques. A l’heure actuelle, l’individu n’est plus jugé en premier lieu en fonction de son origine, de sa nationalité ou de sa race. il est plutôt discriminé selon qu’il est homme ou femme. Aujourd’hui, il est réduit à un facteur de coûts, le péché mortel de notre système économique actuel. La vision chrétienne de l’homme est une condition indispensable pour mener une politique éthiquement soutenable et dont les résultats sont susceptibles d’être acceptés également par des citoyennes et citoyens qui ne sont pas chrétiens. une vision de la politique fondée sur l’Evangile il s’agit surtout d’une interprétation moderne de l’amour du prochain, la règle principale de l’Evangile, qui correspond aujourd’hui au concept de solidarité, qui n’est ni sensiblerie ni dé-


marche platonique ni une forme de philanthropie larmoyante, souvent discréditée. L’amour du prochain est plutôt une obligation d’aider celles et ceux qui sont dans le besoin, même ses ennemis. C’est ce que l’on entend par l’amour des ennemis, tant décrié. Cet amour relève d’une utopie réalisable qui n’échoue pas en raison de l’impossibilité purement quantitative de l’accomplir. Car la personne qui n’est pas dans la détresse n’a pas besoin d’aide. il reste ainsi de l’espace pour l’initiative personnelle, pour la responsabilité individuelle, pour la compétence privée dans le cadre des risques de la vie. Cette vision de la politique fondée sur l’Evangile dépasse les frontières nationales, culturelles et religieuses.

une économie de marché éco-sociale Elle vaut pour tous les hommes, indépendamment de leur classe sociale, de leur race, de leur sexe et de leur nationalité. La réconciliation, la détente et la solution pacifique des conflits doivent avoir la primauté sur la violence et sur la guerre. La xénophobie est inconciliable avec ce message. La discrimination des femmes, toujours présente dans le monde du travail ainsi qu’au sein de la société, des partis, des syndicats et des Eglises, est contraire à la vision chrétienne de l’homme. L’argent devrait servir l’humani-

té et non la dominer. Le système économique capitaliste contredit non seulement ce principe éthique fondamental, mais il est un crime contre les milliards de personnes qui vivent dans la pauvreté, la maladie et l’ignorance. Le système économique doit être restructuré de manière à ce qu’il repose sur un fondement éthique ; il réclame en d’autres termes l’introduction d’un concept d’économie éco-sociale internationale.

de courageux représentants du peuple Et enfin la vision chrétienne de l’homme impose des exigences à celles et à ceux qui assument des responsabilités en politique. Elle demande avant tout des actions crédibles, à savoir des députés indépendants, sûrs d’eux-mêmes, francs, courageux et à mêmes d’harmoniser les idées, les discours et les actions. une politique basée sur cette vision de l’homme est une promesse attractive. un parti qui n’est pas en mesure de répondre aux nouvelles questions d’éthique, ne sera plus capable de trouver un consensus à long terme. ■

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Les PrÉsidenTs du PdC dePuis 1912

adalbert Wirz oW 1912–1917

eugène deschenaux Fr 1917–1919

Josef räber sZ 1919–1928

ernst Perrier Fr 1928–1932

eduard Guntli sG 1932–1934

raymond evéquoz Vs 1934–1935

emil nietlisbach aG 1935–1940

Pierre aeby Fr 1940–1946

Joseph escher Vs 1946–1950

Max rohr aG 1950–1955

Jean Bourgknecht Fr 1955–1959

ettore Tenchio Gr 1960–1968

Franz Josef Kurmann Lu 1968–1973

Hans Wyer Vs 1973–1982

Flavio Cotti Ti 1982–1986

eva segmüller sG 1987–1992

Carlo schmid ai 1992–1994

anton Cottier Fr 1994–1997

adalbert durrer oW 1997–2001

Philipp stähelin TG 2001–2004

doris Leuthard aG 2004–2006

Christophe darbellay Vs Depuis 2006


Babette Sigg Frank, présidente des Femmes PDC Suisse

eLiSaBeth BLuNSchy-SteiNer

première préSideNte du coNSeiL NatioNaL

Souvenirs, commémorations, cérémonies. Leur importance pour marquer une pause dans l’agitation de notre quotidien est souvent sous-estimée. Se ressourcer, présenter ses respects aux précurseurs et se demander de temps à autre : « Que se serait-il passé, sans… ? » qui se serait souvenu avec gratitude du droit de vote que les femmes suisses ont obtenu en 1971 après bien des années de combat, si, l’an dernier, des festivités relatives à cet événement n’avaient pas eu lieu dans tout le pays ? Seuls quelques participants ne l’oublierons jamais, c’est-à-dire celles qui se sont battues en première ligne et sans relâche pour cette cause. L’une d’entre elles est Elisabeth Blunschy-Steiner. une juriste schwyzoise, qui a passé son enfance au lointain Lausanne et qui a ainsi grandi avec les deux langues, a fondé un cabinet d’avocat avec Alfred Blunschy, un politicien engagé dans le socialisme chrétien. A ses côtés, elle était aux premières loges de la politique cantonale et communale, sans pouvoir y participer, une situation affligeante qui ne lui laissa d’autre choix que de s’investir activement pour le droit de vote des femmes. La présidence de la Ligue suisse de femmes catholiques et celle de Caritas Suisse l’ont aidée à s’imposer sur la scène politique nationale. Cet en-

gagement de grande envergure porta ses fruits ! Elle entra ainsi en 1971 au Conseil national pour le PDC et le Canton de Schwyz… et six ans plus tard, fut la première présidente du Conseil national de Suisse ! Le droit familial, la justice sociale, le droit des femmes à être considérées comme d’égales partenaires dans la société et le monde du travail : voilà quelles étaient ses principales préoccupations. il n’est donc pas étonnant que, dans les années 80, la faculté de théologie de Lucerne lui conféra le titre de docteur « honoris causa » ! Elle ouvrit la voie à de nombreuses politiciennes aguerries qui, après elle, défendirent la politique du PDC (en faveur des femmes) : Judith Stamm, Romy Dormann, Josy Meier, pour ne citer que ses successeurs directs. Chère Elisabeth Blunschy, votre force et votre courage ne cesseront d’être pour nous une intarissable source d’inspiration ! ■ Numéro spécial

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Leonard Röösli, arrière-petit-fils de Josef Zemp, le premier conseiller fédéral des conservateurs catholiques

uNe heure de gLoire de La poLitiQue SuiSSe

jectifs, à savoir la création d’un Etat doté d’une structure fédérale et l’introduction du référendum comme instrument de la démocratie directe.

Josef Zemp de l’Entlebuch fut élu conseiller fédéral en 1891. A l’époque, le jeune avocat n’avait pas l’intention de s’engager politiquement. Il croyait ne pas être doué dans ce domaine. L’élection de Josef Zemp au Grand Conseil de Lucerne en 1863 fut d’ailleurs presque un hasard. A partir de ce moment-là, il devint toutefois le moteur qui amena et consolida le changement politique dans le canton de Lucerne et vit les libéraux-radicaux perdre la majorité au profit des conservateurs-catholiques. Son élection au Conseil national en 1872 fut, elle-aussi, plutôt due au hasard. il devint ensuite rapidement une figure dirigeante marquante autant au Parlement qu’au sein du groupe « PDC ». Dans le cadre des débats menés sur la naissance de l’Etat fédéral en 1848 et sur la révision complète de la Constitution fédérale prévue pour 1874, Josef Zemp s’était fixé deux ob56

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« Pensée fédérale » En tant que conseiller fédéral, Josef Zemp reprit le Département fédéral des postes et des chemins de fer. L’évolution de la Suisse – effondrements financiers, pressions politiques de la part du Reich allemand et de l’italie, participations spéculatives au capital – l’incita à réviser son attitude initiale de refus des projets d’étatisation présentés. Malgré une forte résistance dans ses propres rangs, il poursuivit pas à pas le processus de l’étatisation. Dans un exposé tenu dans l’Entlebuch sur le texte soumis au vote le 20 février 1898, il avança l’argument suivant : « Il s’agit de réunir les cinq chemins de fers, actuellement en main de sociétés privées étrangères, sous la haute surveillance de la Confédération, afin qu’ils puissent servir notre pays en tant que moyen de transport important. Est-ce un crime de vouloir rendre les chemins de fer suisses opérationnels pour le bien de notre pays plutôt que pour celui de l’étranger ? C’est une idée fédérale et non politique !… Les pays qui nous entourent procèdent à l’étatisation des chemins de fers, car, comme l’a proclamé un ministre d’une grande nation européenne, l’efficacité du réseau ferroviaire déterminera les destins dans la grande compétition économique qui s’apparente presque à une guerre. » Le père des cFF Le conseiller fédéral Josef Zemp parvint à gagner le Parlement et le peuple à une cause qui fut considérée plus tard comme une heure de gloire de la politique suisse. C’est donc au tournant du siècle que les « Chemins de fer fédéraux » furent fondés. Ayant ainsi renforcé sa position, il réussit à placer les premières grandes lignes ferroviaires transalpines du Gothard et du Lötschberg-Simplon sous la souveraineté de la Suisse. Nous savons aujourd’hui quelle importance économique, politique et stratégique les Chemins de fer fédéraux ont eu durant le XXe siècle et qu’ils auront encore à l’avenir. Voilà ce qui distinguait Josef Zemp dans son activité politique : immuable sur les questions de fond, il était néanmoins ouvert d’esprit et sensible aux évolutions et courants de son époque, sans pour autant se laisser entraîner dans leur sillage. ■


Vaud Claude Béglé et Axel Marion, co-présidents du PDC du canton de Vaud

La section vaudoise du PDC en plein essor : un renouveau réjouissant

Elle a la chance de pouvoir compter avec un atout d’envergure : la personnalité et la notoriété de Jacques Neirynck. Son aura rayonne bien au-delà des limites de notre parti, dont l’image dans l’opinion publique est étroitement associée au charisme de son président d’honneur. A cela s’ajoute le travail inlassable des anciens, qui ont su porter le flambeau au fil des ans et dont les valeurs sont particulièrement solides. Le PDC-VD peut compter sur des sections bien implantées à Lausanne, Nyon, VeveyRiviera, dans l’ouest lausannois, et le Gros-de-Vaud. Elément nouveau : le dynamisme d’une équipe composée de jeunes très talentueux, lesquels sont en train de donner un élan accru à notre engagement. L’enthousiasme des JDC est notamment un exemple pour tous. Historiquement, le PDC-VD stagnait depuis longtemps, avec de la peine à dépasser la barre des 5 % de l’électorat. Et il est vrai que les derniers scrutins ont surtout souri aux Verts libéraux. N’empêche que le PDC-VD a fait un score très honorable lors des dernières élections (avec un résultat de près de 10 % au Conseil des Etats et au Conseil

national). quant aux élections cantonales, notre parti a également engrangé près de 10 % des suffrages lors de la course pour le Conseil d’Etat. Et quatre députés PDC ont été élus au Grand Conseil, dont trois nouveaux. Notre groupe au Grand Conseil est solide. il sera à coup sûr appelé dans de nombreux cas à jouer le rôle d’arbitre entre la gauche et la droite. quant au nouveau Comité directeur, il s’engage fortement en vue d’affermir et de moderniser les structures du parti cantonal, d’élargir la base de ses membres et des militants, de créer de nouvelles sections, de même que certaines sections urbaines (là où nous ne sommes pas encore présents), ainsi que de renforcer sa communication, tant interne qu’externe, autour de quelques thèmesphares. Notre objectif : maintenir le siège PDC au Conseil national et doubler notre députation au Grand Conseil d’ici cinq ans. Et pour y parvenir, il nous faut commencer dès maintenant. ■

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Urs Schwaller, conseiller aux Etats et président du groupe parlementaire

Le rôLe et Le défi du pdc au SeiN du parLemeNt actueL Durant la législature actuelle (2011–2015), le PDC est représenté par 29 conseillers nationaux. Au Conseil des Etats, il détient encore 13 sièges. Ces chiffres comprennent également les représentants PCS des cantons d’Obwald (CN) et du Valais (CE).

PEV. Pour la première fois et en prévision de l’établissement de listes communes en 2015, nous collaborerons plus étroitement avec le PBD. Le but visé par cette démarche commune consiste à consolider la force au centre.

Comme durant la dernière législature, nous formons avec le parti évangélique suisse (PEV) un groupe de 44 parlementaires. D’un point de vue purement mathématique, cette alliance se situe juste après le groupe uDC (62) et le groupe PS (57).

Ce n’est qu’à cette condition que nous resterons également durant la prochaine législature la force du centre, qui fait adopter des positions constructives au Parlement. En effet, la gauche et la droite nationaliste ne s’allient que dans le but d’empêcher, pour des motifs le plus souvent diamétralement opposés, la réalisation de projets et non pas dans celui de former des majorités en faveur de nouvelles solutions.

Le groupe PLR compte 41 membres (30/11), celui des Verts 17 (15/2), le groupe Vert libéral 14 (12/2) et le groupe PBD 10 (9/1). un seul membre de l’Assemblée fédérale n’appartient à aucune alliance. La répartition numérique du groupe montre qu’il y a eu un morcellement entre les partis aux pôles de l’échiquier politique.

davantage d’accords Cela implique qu’au niveau du travail quotidien au Parlement nous sommes appelés à conclure davantage d’accords sur les thèmes prioritaires du PDC, en particulier avec les partis situés entre les extrémités de l’échiquier politique. Pendant la dernière législature, nous nous y sommes appliqués au sein de notre alliance avec le PEV et les Verts libéraux. Durant la présente législature, nous poursuivons ce travail avec le

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En tant que parti, l’objectif déclaré du PDC pour 2015 doit consister à obtenir de nouveau le 15 % des électeurs.

En tant que PDC, nous avons de nouveau perdu des pourcentages de voix (12,3 %, soit moins 2,2 %) pendant les dernières élections. Nous les avons perdues, bien que 90 % des décisions prises au Parlement soient allées dans notre sens.


Grâce à nos positions centristes visant à trouver des solutions, nous avons formé les majorités décisives. Nous n’avons cependant pas réussi à transmettre ce message aux électeurs. Et c’est là que réside l’un de nos problèmes en ce qui concerne la perception du parti par le public et les médias. Le manque de moyens financiers – par rapport à ceux dont disposent par exemple l’uDC, le PS ou le PLR – ne joue pas non plus en notre faveur, lors des campagnes électorales fédérales. L’absence de soutien de la part des médias ainsi que les critiques régulières émises contre le PDC par certains journalistes, exprimant ainsi toute leurs frustrations à l’égard de l’Eglise catholique, ne sauraient nous être d’un grand secours. une image nationale du PDC qui souffre d’une implantation traditionnellement forte dans les cantons, accompagnée d’intérêts régionaux marqués, ne nous est pas d’un grand secours. Mais de mon point de vue, ce qui importe le plus au niveau de la perception du PDC par le public et les médias, c’est que, durant ces dernières années et décennies, nous avons en fin de compte trop souvent assoupli nos positions en faveur de solutions constructives au sein du Parlement. Compte tenu d’une polarisation croissante du paysage politique et de certains articles très peu nuancés, nos interventions ont eu pour effet que la position du PDC n’a pas été claire pour les électeurs à plusieurs reprises. La compétence en matière de recherche de solutions est attribuée à d’autres. La fonction consistant à créer des majorités n’est plus ou pas assez intéressante.

déterminer ses positions en temps utile Cela signifie pour moi que dans le cadre de nos thèmes prioritaires, tels que la famille, les places de travail et d’apprentissage, la formation, des institutions sociales sûres et une politique durable en matière d’environnement, nous devons non seulement déterminer et communiquer nos positions en temps utile, mais que nous devons les maintenir jusqu’à la votation finale, au risque d’essuyer un échec. Accepter moins de compromis pour mieux se profiler, voilà la solution. Aucun changement ne s’impose au niveau des thèmes prioritaires. Le PDC s’engage en faveur de la classe moyenne : − nous voulons continuer à assurer l’emploi et la croissance, à savoir des places de travail et d’apprentissage ; nous misons sur les petites et moyennes entreprises, sur l’exportation et sur la voie des bilatérales ; − nous voulons renforcer la famille sous toutes ses formes, nous battre pour une meilleure conciliation travail-famille et renforcer la sécurité des enfants ;

− nous voulons une Suisse sûre et fiable, également en ce qui concerne les institutions sociales que sont l’AVS, l’Ai, l’AC et la LAMal ; − nous voulons mener une politique crédible en matière d’environnement, visant à sortir progressivement du nucléaire, à encourager l’utilisation de la force hydraulique, à développer les énergies renouvelables et à renforcer l’efficacité énergétique.

Le Pdc : un parti fondé sur des valeurs une politique menée sur le long terme a besoin d’une base ; elle doit se fonder sur des valeurs. Là aussi, il y a lieu d’agir davantage. Le « C » pour chrétien dans le nom du parti du PDC ne doit pas se limiter à être une parenthèse qui englobe l’ensemble du pays, mais il doit symboliser aussi l’obligation de se profiler régulièrement comme le parti par excellence fondé sur des valeurs. Dans notre pays, nous sommes le parti fondé sur les valeurs chrétiennes. Je ne fais aucun cas des discussions éternelles menées durant ces dernières années en vue de définir le « C » d’un point de vue théorique. En tant que parti populaire chrétien du centre, le PDC doit davantage mettre les valeurs au centre des débats menés dans le cadre des différents dossiers, au lieu de mener de nombreuses enquêtes. il s’agit d’une discussion sur les valeurs, qui retient à chaque fois qu’il faut protéger la vie sans critères de sélection. Contrairement à tous les autres droits fondamentaux (eux aussi d’un rang élevé), la dignité humaine représente une valeur absolue. on ne peut ni la comparer ni la relativiser, que ce soit pour des raisons financières ou pour des motifs relevant de la politique migratoire. Le PDC est appelé à mettre plus souvent les valeurs au centre des débats menés non seulement en politique de la santé, mais aussi sur des questions économiques, sécuritaires et environnementales. Cette démarche permet au PDC d’affiner son profil et de renforcer la visibilité de son travail politique. Cet engagement présuppose que les membres du groupe se penchent de manière plus approfondie sur les thèmes précités, un effort que l’on peut exiger. quiconque fait figurer la notion de chrétien dans le nom de son parti et sur sa liste électorale, doit pouvoir être mesuré à l’aune des contenus du « C » dans le cadre de son travail politique. Le programme est bon. Nous avons d’excellents parlementaires dont la majorité sait qu’un groupe fort et uni leur est aussi utile. C’est à nous tous d’accélérer l’allure. L’année 2015 est toute proche. ■

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Yvette Ming, membre de la rédaction LA POLITIQUE et traductrice au secrétariat général pendant de longues années

Pdc PaR héRitaGE Et PaR conviction Secrétaire général du PDC de 1993 à 1997, Raymond Loretan a partagé sa vie professionnelle entre la politique, la diplomatie et l’économie avant d’accéder à la haute fonction de président de la SSR, au début de cette année. Quel regard porte ce Valaisan, fils de Conseiller d’Etat, sur son parti, le PDC ? Lorsque, jeune homme, vous avez adhéré au PDC l’avezvous fait par tradition ou par conviction ? J’ai été étiqueté PDC dès ma naissance, mais je n’ai formellement adhéré qu’en 1993, en devenant secrétaire général du parti. Cela dit, j’ai vécu ma jeunesse baigné dans la culture politique démocrate-chrétienne – mon père avait fondé le parti chrétien-social du Haut-Valais, le CSPo – et me suis engagé en politique universitaire et comme président central de la Société des étudiants suisses au service des mêmes valeurs. Ce sont des valeurs qui comptent plus que jamais aujourd’hui mais dont nous n’avons pas ou plus le monopole. Donc PDC par héritage et par conviction, avec la tête à droite et le cœur à gauche. 60

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Quel a été votre principal défi en tant que secrétaire général du PDC suisse ? Le plus dur n’a pas été de faire avancer les dossiers – l’Europe, l’avortement, les transversales alpines, et d’autres dossiers chauds – ou de mener des campagnes électorales ou de votations, bien que celle sur la nouvelle assurance-maladie, campagne dont j’avais la responsabilité, n’a pas été une promenade de santé. Ni de gérer les crises internes au parti où les disputes de famille sont récurrentes. A l’époque, le secrétaire général était en même temps secrétaire du groupe parlementaire, donc en permanence dans l’œil des cyclones successifs. C’était passionnant et très exigeant à la fois d’assurer que les « deux ailes de l’oiseau PDC » lui permettent de voler droit. Durant ma période de 5 ans – 1993 à 1997 – j’ai servi sous trois présidents et survécu deux « guerres de succession ». Ces périodes de transition absorbent énormément d’énergie ; il faut maîtriser les processus de désignation et d’élection des candidats, rester au-dessus de la mêlée tout en essayant de dénouer les intrigues et savoir garder sa place de fonctionnaire du parti sans statut d’élu. C’étaient les périodes de plus grande tension. Beaucoup de diplomatie, des coups de gueule, des amitiés durables… et probablement quelques ennemis jurés.


Comment voyez-vous le rôle du PDC au centre de l’échiquier politique suisse ? Notre philosophie politique reste extrêmement actuelle. Elle n’est pas dépassée. Le PDC doit rester chef de file sur le front des valeurs, notamment la famille et la politique de la formation et de l’emploi des jeunes qui en découle. il doit être anticipatif et se projeter dans l’avenir face à certains défis, par exemple l’avenir de la place financière, la politique de migration ou encore la politique européenne. il doit être créatif dans les problèmes de gouvernance d’un pays qui s’est avéré faible dans la gestion de crises internationales. Et il doit jouer un rôle fédérateur et rassembleur des énergies politiques du centre pour être un acteur et non pas un passager de la recomposition du paysage politique dans les décennies à venir. qu’il puise son courage dans ses convictions et sa force de communication dans la crédibilité des femmes et des hommes qui le représentent. Car nous ne sommes pas un parti de slogans, mais un parti de solutions… ce qui est plus ennuyeux pour les medias. Vous avez toujours plaidé pour un rapprochement du PDC et du PLR. L’émergence de nouveaux partis politiques du centre a-t-elle modifié votre avis ? Non. Cette idée, je l’ai exprimée pour la première fois dans le service de presse du PDC en 1993, si je me souviens bien. Elle avait fait l’objet à l’époque d’un court débat lors d’une séance du groupe parlementaire. Puis je l’ai relancée en 1997, au moment de quitter ma fonction. Elle a donné lieu à de nombreuses controverses et aujourd’hui elle n’appartient qu’à celles et ceux

qui la réaliseront. Personnellement, je reste d’avis que ce qui sépare PDC et PLR est moindre par rapport aux défis d’avenir communs que nous avons à relever dans un paysage politique dont la tripolarisation est devenue une constante. PDC et PLR, que ce soit sous la forme d’une alliance ou d’une fusion, représentent le cœur d’un regroupement de toutes les forces du centre. Mais ce processus de rapprochement sera lent car les partis ont besoin de beaucoup de temps pour accepter de dépasser les ambitions électoralistes à court terme ou les disputes cantonales fondées souvent sur des histoires de famille ou des querelles de village. Et surtout, il faut des hommes et des femmes qui s’investissent dans cette mission tout en mettant en sourdine leurs ambitions personnelles. Des hommes et des femmes d’Etat dans l’ombre. Que souhaitez-vous au PDC pour les 100 prochaines années ? Je ne sais pas si le PDC en tant que parti isolé existera encore dans cent ans. il sera probablement intégré dans un plus grand ensemble politique où il n’est pas certain qu’il pourra préserver son identité originelle. Mais cela n’est pas essentiel dans la mesure où les valeurs qu’il représente continuent à être défendues et promues. Car celles-ci, même dans 100 ans, resteront d’actualité. il nous appartient donc aujourd’hui de les inculquer à nos enfants, à travers l’éducation, à travers l’exemple personnel et à travers notre engagement politique. Ainsi, les valeurs démocrates-chrétiennes traverseront intactes l’usure du temps. ■

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Flavio Cotti, ex consigliere federale

uN ticiNeSe aLLa preSideNza deL pdc L’ancien conseiller fédéral Flavio Cotti, qui fut également président du PDC, relate l’histoire mouvementée qui précéda la fondation du parti national. Ensuite il évoque l’estime dont les politiciens tessinois jouissaient auprès de leurs collègues alémaniques dans la Berne fédérale, ce qu’il a pu vérifier tout au long de sa carrière politique. En ce qui concerne la question de la valeur du plurilinguisme suisse, il nous invite à ne pas céder à la tentation d’abandonner les langues nationales au profit de l’anglais. Il souligne par ailleurs les valeurs chrétiennes, affichées par le parti, qu’il défend depuis toujours. La radicalisation de la politique met aujourd’hui le centre face à des défis plus difficiles à relever. Il souhaite néanmoins, en conclusion, plein succès au PDC. ticolo che imponeva il consenso della Confederazione per la creazione di nuove diocesi. A motivo di questi decennali conflitti nacque il nostro movimento allora orientato alla difesa dei valori cattolici. Prima del 1912 esistevano Partiti cantonali che si riunivano in un Gruppo parlamentare a Berna (che vide eletto il primo suo Consigliere Federale il lucernese Joseph Zemp nel 1891). Ma il vero e proprio Partito è stato fondato 21 anni dopo. Con una certa fierezza mi permetto di ricordare che in questi cento anni io fui il solo ticinese che presiedette il Partito, ma non però il solo Svizzero-italiano. Ettore tenchio, carissimo amico dei Grigioni italiani, rappresentò la nostra lingua prima di me al vertice del Partito.

i cento anni del nostro Pdc fanno sorgere in me molte emozioni, tanto che mi consento un’eccezione al riserbo che, da quando lasciai Berna del 1999, ho voluto assumere per quanto riguarda interventi pubblici. Perché i cento anni del Pdc non possono non commuovere chi al Partito si è dedicato sin dai primi anni della sua gioventù ed in seguito nel Partito assunse alte responsabilità sia a livello cantonale che federale. Se accettai anche la più alta carica nazionale è perché del Pdc condivisi (e pienamente condivido) i valori per i quali tutt’ora si batte.

Gli inizi Non evocherò i conflitti che martoriarono il paese nell’800. Furono momenti drammatici che si spensero, ma solo progressivamente nel 900. Gli ultimi passi furono (finalmente) realizzati con il voto popolare. Nel 1973 furono aboliti gli incredibili articoli costituzionali sui Gesuiti e sui Monasteri e nel 2001 l'ar62

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La presidenza e l’attenzione per il ticinese Nel 1983 avevo lasciato il Consiglio di Stato ticinese ed in autunno ero stato eletto in Consiglio Nazionale. Poco dopo il mio arrivo a Berna il compianto Hans Wyer rassegnò le dimissioni dalla Presidenza del Partito Nazionale, presidenza che aveva assunto durante lunghi anni. Alcuni amici, fra i quali in particolare l’indimenticabile Consigliere Federale kurt Furgler, m’incoraggiarono ad accettare la non facile presidenza del PDC nazionale. Erano tempi in cui la Svizzera italiana godeva di una vera, sincera simpatia fra i Confederati d’oltre San Gottardo. Esisteva una cordiale amicizia che io vissi, senza eccezioni, in ogni momento della mia esperienza politica. talvolta noi esponenti della piccola minoranza italofona ci sentivamo considerati un pochino come «piccoli fanciulli». Ma a maggior ragione eravamo amati e stimati. Forse per questo la Svizzera italiana godeva del pieno appoggio del Partito Nazionale. Non dimentichiamo, nei 100 anni di vita del Partito, Giuseppe Motta durante 29 anni, Enrico Celio durante 10 anni, Giuseppe Lepori durante 5 anni, rappresentarono il ticino nel Consiglio Federale. Ed io fui membro del Governo federale per oltre 12 anni. Du-


rante dunque 56 anni, più della metà dei cento anni che festeggiamo oggi, il PPD fu rappresentato in Governo anche da ticinesi!

il multilinguismo Esiste ancora oggi, oltre Gottardo, la stessa stima, la stessa simpatia verso la piccola minoranza italofona che io vissi in ogni momento della mia esperienza politica? i rapporti fra le regioni linguistiche, in particolare i rapporti con le piccole minoranze linguistiche rimangono nel nostro paese un tema centrale. il plurilinguismo non può più sempre divenire solo un affascinante tema per i simpatici discorsi del 1° agosto. Ricordo gli anni di studio che trascorsi nel Collegio dei Benedettini di Sarnen, fino alla maturità. Non pochi miei compagni di classe appresero la lingua italiana ed alcuni la scelsero anche come lingua per gli esami di maturità. Nel frattempo molte cose sono naturalmente cambiate. L’inglese è divenuta lingua universale e quindi indispensabile. Ma in un paese che s’inorgoglisce d’essere multilingue anche le lingue nazionali vanno coltivate, tanto più che sono parlate in tre paesi fra i più importanti d’Europa.

La «c» e i nostri valori Ed ora torno brevemente al nostro Partito. La mia presidenza durò solo tre anni. Chi avrebbe immaginato che già nel dicembre del 1986 kurt Furgler e Alfons Egli (quest’ultimo dopo solo quattro anni di Governo) avrebbero aperto le porte ai loro successori? Ma non esito ad affermare che i tre anni trascorsi al vertice del PPD nazionale rimangono per me momenti vissuti con piacere ed entusiasmo. intanto nel Partito trovai il termine «cristiano» (questo valore è vissuto anche nel Partito ticinese, anche se non espresso formalmente nella sua denominazione). E siamo chiari: già ai miei tempi questa «c» non significava più «cattolico» (molti decenni erano trascorsi dalle faide politico-religiose), ma «cristiano». È però vero che questo passaggio alla comunità dei valori cristiani ancora oggi non è facile. Pensiamo alla vicina Germania, dove ci volle una drammatica guerra mondiale per riunire sotto lo stesso tetto riformati e cattolici che credono negli stessi valori. E noi che grazie a Dio, fummo risparmiati dalla guerra, necessitiamo ancora più tempo, anche se i primi passi sono stati compiuti. quale presidente vissi anche, con vera passione, i rapporti con i Partiti cantonali. La presenza del Presidente del Partito nei diversi Cantoni non aveva luogo soltanto in occasione dei Congressi del Partito Nazionale. indipendentemente da questi, i contatti con i presidenti e gli altri rappresentanti del Partito nei Cantoni furono frequentissimi ed animati da una vera, profonda amicizia.

Lo «stato» del Partito e il centro Durante la mia presidenza, ricordando la riforma del Partito del 1971, ritenemmo opportuno di rianimare la discussione attorno allo «stato» del Partito. Fu realizzato un rapporto «zur Lage der Partei», ampio e dettagliato. il Partito, diceva tra l’altro il rapporto, deve essere più deciso e combattivo (avere «Ecken und kanten»). Forse proprio grazie a questo rapporto, approvato dall’Assemblea dei delegati a Ginevra, il PPD ottenne nelle elezioni nazionali del 1987 un risultato eccellente, un risultato all’altezza delle sue tradizioni. Da allora sono trascorsi 25 anni, ed oggi occorre riconoscere che le sfide che il Partito deve affrontare divengono sempre più difficili. Per noi la posizione di Partito di Centro si rivelava globalmente appagante, anche a livello popolare. Centro: nel partito e nel Gruppo Parlamentare erano adeguatamente rappresentate l’economia nei suoi diversi aspetti, ma anche, con grande peso, il Sindacato operaio cristiano-sociale. Centro significava e significa economia libera e competitiva, ma anche solidale verso i più deboli. Lo Stato ha un ruolo importante per realizzare questo equilibrio. Centro: anche sostegno particolare alla famiglia, alla classe media, responsabilità ecologica e quant’altro. oggi la radicalizzazione della politica rende le sfide per il Centro molto ardue. Gli estremismi di qualsiasi parte attirano di più. in aggiunta a queste oggettive difficoltà sembra nascere una competizione poco comprensibile anche con nuovi movimenti che si dicono centristi. in altri termini la sfida per il PPD è diventata con gli anni sempre più difficile. il Partito non è giudicato soltanto in base alla sua linea, alle sue prestazioni, ma anche nel quadro di un’atmosfera politica sempre più complessa ed anche sempre più mediatizzata. auguri e grazie Dopo queste considerazioni, inevitabilmente generali, sul passato che vissi intensamente, ma anche sulle realtà di un presente sempre più esigente, non mi resta che augurare al Partito, ai suoi dirigenti molta tenacia e, per finire malgrado le difficoltà, molto successo nelle sfide che devono affrontare. Ed un pensiero commosso e molto personale voglio rivolgere anche a tante persone con le quali ebbi la fortuna di collaborare, sempre per portare avanti gli ideali del Partito. Penso alle amiche ed agli amici che purtroppo già ci hanno lasciati, ma penso pure a coloro che sono sempre presenti, pur se molti ormai lontani dalla politica, e che a loro volta certamente guardano con passione e forse con un pochino di melanconia ad una trascorsa, affascinante esperienza. Rivolgo un particolare ricordo e saluto al caro collega di Governo Noldi koller, ai presidenti dal gruppo Parlamentare PDC Vital Darbellay e Paul Zbinden, e naturalmente ad Hans Peter Fagagnini, che accompagnò i miei anni presidenziali, quale segretario del Partito efficiente e di notevole cultura. ■ Numéro spécial

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Joseph Deiss, ancien conseiller fédéral, président de la 65e session de l’Assemblée générale des Nations Unies

Le pdc et La vocatioN pacificatrice et aLtruiSte de La SuiSSe

Dans son rapport sur la stratégie de politique étrangère pour la Suisse, le Conseil fédéral rappelle très justement que « la politique étrangère de la Suisse a pour objectif général la défense de nos intérêts et la promotion de nos valeurs ». La défense de nos intérêts est un objectif légitime et nécessaire. on retrouve cet argument dans la plupart des stratégies de politiques étrangères des 193 pays membres des Nations unies. Mais c’est sans doute aussi un argument pour défendre les activités de politique étrangère dans un climat de nationalisme émergent. Car l’isolement et le repli gagne en popularité face aux inquiétudes que peut engendrer la mondialisation.

Dans son rapport sur la stratégie de politique étrangère pour la Suisse, le Conseil fédéral rappelle très justement que « la politique étrangère de la Suisse a pour objectif général la défense de nos intérêts et la promotion de nos valeurs ».

Pourtant, il serait trop simple de fonder notre politique étrangère uniquement sur le critère de nos propres intérêts et ce serait contraire à l’esprit de notre Constitution fédérale. En matière de politique extérieur, notre Constitution met l’accent sur l’altruisme et la paix. Pour preuve, ce passage du préambule de la Constitution : « Le peuple et les cantons suisses, […] dans un esprit de solidarité et d’ouverture au monde », ou encore cet extrait de l’article 2 : « la Confédération […] s’engage […] en faveur d’un ordre international juste et pacifique ». L’approche exclusivement axée sur les intérêts propres serait contraire à notre réputation de solidarité, de générosité et de paix. Réputation que le peuple suisse s’est forgée grâce à des personnalités telles qu’Henri Dunant ou grâce aux bons offices procurés par

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notre diplomatie en maintes occasions sur la foi de notre neutralité. Car, ne l’oublions pas, la neutralité est un message de paix et non une stratégie de défense. Pourtant, au cours des dernières années, des voix critiques de plus en plus nombreuses se sont élevées pour mettre en doute la solidarité et la générosité de nos relations avec le monde. En insistant sur le slogan « la politique extérieure est une politique d’intérêts », le gouvernement lui-même prend le risque de négliger l’esprit de solidarité. Lorsque le Parlement veut priver les requérants d’asile de l’aide sociale et les restreindre à l’aide d’urgence, lorsqu’un président de parti parle d’initiative visant à limiter les montants de l’aide au développement et à favoriser les pays d’où ne proviennent aucun migrant ou qui collaborent avec la Suisse pour le rapatriement, lorsque sans nuance on prétend que l’aide au développement ne permet pas de freiner l’immigration en provenance des pays pauvres vers la Suisse, ce sont toujours les mêmes préjugés égoïstes et populistes qui sont appelés pour étayer une politique électoraliste en contradiction avec la promotion de nos valeurs. A mon sens, l’histoire et la tradition de notre pays l’appelle à la solidarité et la paix internationales. oui, c’est notre devoir ! Mais, en grand bénéficiaire de la mondialisation, notre pays a aussi un devoir moral de s’élever au niveau des intérêts communs de l’humanité, dépassant les seuls intérêts immédiats du pays. C’est le message que nous devons aussi proclamer au sein des Nations unies : si chaque membre va à New York ou à Ge-

nève dans le seul but de défendre ses propres intérêts, la communauté des peuples ne fera pas de progrès. Nous devons reconnaître que c’est la capacité à découvrir et à promouvoir l’intérêt général de l’humanité qui fera progresser le monde et permettra à tous les peuples d’avoir part aux bénéfices de la paix, de la sécurité et du développement. Notre adhésion aux Nations unies, voici exactement dix ans, est sans doute le pas le plus important que notre pays a accompli en politique étrangère au cours de ces dernières décennies. C’est aussi une chance d’accomplir la double mission de notre politique étrangère au service de nos intérêts et de nos valeurs. Les premières actions de nos représentants au sein de l’oNu en sont d’ailleurs la preuve suffisante. En insistant sur la promotion de la paix et de la stabilité internationales, la promotion des droits humains et de la sécurité humaine, les réformes de l’oNu, le renforcement de la cohérence des activités opérationnelles de l’oNu ou sur la promotion et le développement du droit international public, notre pays a pu en profiter pour transformer de manière fondamentale le message de notre politique étrangère. Notre Constitution confie une mission à l’ensemble de la Confédération. quel rôle revient-il au PDC ? il me semble que notre parti s’inscrit le mieux dans sa vocation historique lorsqu’il se bat, avec une énergie accrue et sans égard pour les critiques des milieux populistes de tous bords, pour la défense précisément des principes pour lesquels notre Constitution s’est inspirée de nos vertus chrétiennes. C’est l’attitude que l’on attend de nous. ■

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Numéro spécial

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Reto Nause, ancien secrétaire général, conseiller communal du canton de Berne

La viSioN d’uNe viLLe SaNS chemiNéeS Sur LeS toitS

J’ai une vision : la ville de Berne en perspective à vol d’oiseau. Au premier plan, les rives de l’Aar verdoyantes enserrent la vieille ville, en arrière-plan, la flèche de la collégiale de Berne et la coupole du Palais fédéral. Et surtout, sur les toitures, les cheminées ont disparu. Mais reprenons les choses à leur début : le 28 novembre 2010, les Bernois ont voté pour l’abandon de l’énergie nucléaire d’ici en 2039 au plus tard. Les citoyens bernois ont ainsi préparé le terrain pour un avenir énergétique durable. Il n’y a pas si longtemps, qui aurait pensé que le pays s’engage pour un avenir sans énergie nucléaire ? La politique énergétique suisse est en pleine mutation. Les grandes villes jouent le rôle de précurseur dans l’application de ce tournant énergétique.

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un tour de force Pour l’entreprise d’approvisionnement en électricité et eau de Berne, appliquer la décision d’abandonner l’énergie nucléaire est un vrai tour de force : elle va devoir investir des centaines de millions ces prochaines années afin de réussir la restructuration de la production énergétique. Actuellement, les centrales nucléaires fournissent près de 60 % de l’électricité. L’an passé, le Conseil fédéral a aussi pris la décision de sortir du nucléaire, cette question est donc à l’ordre du jour dans toute la Suisse. La critique de l’énergie nucléaire ne date pas d’hier ; mais qui aurait pensé, il y a peu, que ce sujet nous préoccuperait presque tous aujourd’hui ?


« En soi, le tournant énergétique est une grande chance. Etre moins dépendant de l’étranger, créer des plus-values locales et de nouveaux emplois en Suisse ne sont que quelques mots-clés. » Reto Nause

Les villes : le moteur du mouvement Bien sûr, il ne suffira pas d’augmenter la production d’énergies renouvelables pour réussir le tournant énergétique. il ne faut pas penser qu’à la production de courant électrique. Nous devons aussi revoir notre comportement à l’égard de l’énergie et analyser de façon critique la production énergétique. Les villes et les communes jouent un rôle central : c’est là que se joue la réussite de la sortie du nucléaire, c’est là que les mesures pour une réduction de la consommation énergétique et l’encouragement nous touchent concrètement. Les villes sont la force motrice de la politique énergétique du futur, car elles sont proches de la population, les décisions sont prises sans détour et le contact avec l’économie locale est étroit. Garde-fous pour l’avenir de l’énergie Le plan directeur relatif à l’énergie pour la ville de Berne, qui est actuellement en consultation, brosse un tableau des objectifs de la ville fédérale en matière d’approvisionnement énergétique à long terme. Le plan directeur prévoit des garde-fous pour l’approvisionnement urbain en électricité et en chaleur pour les 20 ans à venir ainsi que différentes mesures envisageables. La planification du territoire et l’utilisation de l’énergie sont coordonnées pour mieux exploiter les énergies locales et régionales. Le plan directeur esquisse pour la première fois une image concrète de l’approvisionnement énergétique futur de la ville de Berne. Cette image est aussi une vision : la vision d’une ville sans cheminées. Car il est prévu que la chaleur tirée jusqu’alors à 90 % de combustibles fossiles comme le pétrole et le gaz naturel soit remplacée à 70 % par des énergies renouvelables. Ce modèle propose un assortiment de mesures pour atteindre cet objectif. Par exemple, une isolation plus efficace des façades pour réduire la consommation énergétique, l’installation de capteurs solaires, le développement du réseau de chauffage urbain et la promotion de l’installation de pompes à chaleur.

il faut en parler ! La vision ne se réalisera pas du jour au lendemain et promet des débats enflammés. Comment, par exemple, motiver le propriétaire d’un immeuble à assainir son édifice ? on ne peut pas non plus le contraindre à installer une installation voltaïque sur son

toit, à moins qu’une partie du plan directeur soit intégrée dans la réglementation fondamentale de la ville dans le domaine des constructions ; ces mesures auraient alors force obligatoire. Les aménagements envisagés pour le gaz dans la stratégie de développement du réseau existant appellent à des investissements élevés.

Le tournant énergétique : une chance à saisir En soi, le tournant énergétique est une grande chance. Etre moins dépendant de l’étranger, créer des plus-values locales et de nouveaux emplois en Suisse ne sont que quelques mots-clés. De plus, le tournant énergétique encourage de nouveaux partenariats entre la ville et la campagne. Berne n’est pas la seule ville suisse à s’être engagée dans une politique énergétique à long terme ; il y en a bien d’autres qui sont prêtes à investir dans les énergies renouvelables. De telles localités se trouvent en particulier dans les régions de montagnes. un exemple concret : la région du Grimsel exploite la force hydraulique. Ceci présuppose que la ville et la campagne trouvent de nouvelles formes de collaboration qui profitent à toutes les deux. Posons les bonnes questions Le débat public sur l’avenir énergétique est d’autant plus nécessaire au niveau national : nous décidons aujourd’hui de notre approvisionnement énergétique de demain. Si nous voulons abandonner l’énergie nucléaire, développer les énergies renouvelables ou l’efficacité énergétique, nous devons poser les bonnes questions aux responsables de la mise en œuvre. on rechigne à les poser, car bien des us – pourtant si commodes et pratiques – passeront à la trappe. Nous ne voyons au premier abord que les risques. Et le passage à un nouvel approvisionnement énergétique ne sera certes pas gratuit. Ce n’est probablement pas une mauvaise idée de regarder ce que font les villes – car c’est là qu’a lieu le changement et c’est là que les nouvelles idées en matière de politique énergétique éclosent. Pour qu’il n’y ait plus sur les toits des cheminées qui rejettent une épaisse fumée, mais des installations voltaïques qui brillent au soleil. ■

Numéro spécial

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Patrice Clivaz, directeur de la Haute Ecole pédagogique du canton du Valais

formatioN eN SuiSSe : La force d’uN fédéraLiSme BieN harmoNiSé

Que serait la Suisse sans son haut niveau de formation ? Notre pays peut-il demeurer une nation industrielle de pointe sans puiser constamment dans le vivier des futures générations, qui garantissent créativité, compétences et ardeur à l’ouvrage ? Aucune vision politique ne se hasarde à exiger une diminution de l’effort pour la formation, au profit par exemple d’une importation de compétences formées ailleurs. Le discours sur un engagement fort pour la formation est donc incontesté et c’est très bien ainsi. C’est donc plus dans les ajustements stratégiques, dans les accents ou les freins budgétaires, qu’à terme des choix peuvent engendrer des effets bénéfiques ou négatifs pour notre compétitivité ou pour le développement d’une des régions du pays. Les 100 ans d’une formation politique qui défend une saine répartition des avancées scientifiques, démographiques et économiques de Genève à Romanshorn, en passant bien sûr par Montana et Mendrisio, permettent de s’interroger également sur les effets des politiques de la formation. Parmi les éléments fréquemment cités dans la réussite helvétique figure le système dual de l’apprentissage. La maturité gymnasiale, à forte vision humaniste, est un deuxième pilier. Depuis une vingtaine d’années, tout le bloc toujours plus puissant des maturités professionnelles liées majoritairement aux hautes écoles spécialisées agit comme un nouvel aiguillon très performant. Avec la création il y a une dizaine d’années des hautes écoles pédagogiques, tout le processus historique de la formation des enseignants s’est établi avec succès dans le do68

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maine du tertiaire. Cerise sur le gâteau, c’est en 2015 que doit rentrer en vigueur la nouvelle loi sur les hautes écoles, rassemblant sous un même toit trois types de hautes écoles, universitaires, spécialisées et pédagogiques. Si l’on ajoute le dynamisme planétaire des deux écoles polytechniques fédérales et le rassemblement dès janvier 2013 de tout le pilotage sous l’égide unique de Mauro Dell’Ambrogio, les ingrédients sont là pour constater qu’en ce début de XXie siècle, le paysage de la formation se présente sous des bases rénovées et solides, avec toutefois un lot d’éléments qui réclament une attention politique importante. Ainsi, il convient de maintenir le pouvoir des cantons dans la gestion de ce complexe navire. Les spécificités helvétiques, comme la compétence linguistique d’abord dans les langues nationales, sont des incontournables. un lien très fort avec la pratique est primordial et l’envolée vers des titres académiques toujours plus ronflants et parfois opaques doit rester raisonnable. Les familles tremblent quand les coûts de formation prennent l’ascenseur, mais se réjouissent quand les possibilités de changement de filière existent, sans illusions trop faciles. Enfin, au centre du processus, il convient de (re)placer haut la considération pour celles et ceux qui déterminent grandement la réussite du processus : les enseignantes et les enseignants.


du système dual aux passerelles Parler d’une formation qui alterne entreprise et école, c’est reconnaître la richesse de ce système peu pratiqué au niveau international. Grâce au système dual, les gestes professionnels, le stress des horaires et la rigueur des relations humaines sont appris en situation. L’apprenti sent par exemple directement les menaces structurelles ou conjoncturelles qui peuvent planer sur toute une branche. il suffit de penser aux jeunes apprentis de la construction qui, depuis le 11 mars 2012, dans des vallées des Alpes, vivent l’inquiétude de leurs patrons confrontés à des décisions fédérales qui mettent en péril des milliers d’emplois sans offrir d’alternatives réalistes. La mise en place des Hautes Ecoles spécialisées dans les années nonante a permis d’offrir des plans de carrière qui voient, sur la base d’un Certificat fédéral de capacité, un enchaînement progressif de titres passant par une maturité professionnelle, un bachelor, un master qui peut in fine, moyennant certaines conditions, même aboutir à une formation dans une Ecole polytechnique fédérale, ce qui est une excellente et nouvelle perspective. Cette plasticité permet à un jeune électricien d’envisager même un doctorat. Entre le bloc quantitativement minoritaire des maturités gymnasiales et celui très majoritaire des apprentissages s’est en quelque sorte inséré tout le monde des écoles de degré diplôme, des maturités professionnelles et des hautes écoles spécialisées. Ce faisant, à 16 ans, le jeune et ses parents ne sont plus face à des choix binaires, toujours pénibles, car ils laissent un arrière-goût de off/on. Cette troisième voie en consolidation depuis une vingtaine d’années a permis en plus de bien décentraliser les offres de formation. Plusieurs zones éloignées des universités ont pu se doter de prometteuses structures HES, qui répartissent mieux le développement jusque dans les périphéries. La proximité pour la qualité En ce qui concerne le système de formation des enseignants, le tournant de l’an 2000 a agi comme un tourbillon aussi discret qu’efficace. Les quelque 150 écoles normales ont laissé place à une quinzaine de Hautes Ecoles pédagogiques. trouver dans d’autres structures économiques une telle division par 10 s’avère fort rare. Aller plus loin signifierait créer hors sol, au croisement des autoroutes d’Egerkingen, une école mammouth à l’américaine. une telle concentration jacobine serait déplacée et annihilerait la saine motivation de concurrence entre les cantons en rabotant dramatiquement les effets d’une autonomie qui génère des différences intéressantes, confirmées par les études PiSA. La

grandeur d’un établissement n’est pas une garantie pour la qualité du travail accompli et le système mis en place assure une bonne irrigation du territoire avec les graines du savoir. Le système de Bologne a permis une meilleure comparabilité des études. Sa structure avec les deux étages bachelor et master est pertinente. Privilégions une forte valorisation du bachelor avec entrée dans la vie active plus rapide et facilitons, en supprimant par exemple des barrières liées à des âges limites pour les soutiens des pouvoirs publics, des poursuites d’études selon des modèles nouveaux, tels que des formations à distance à temps partiel, qui en parallèle permettent également de donner de meilleures chances aux familles, car les limites pour l’âge de procréer ne changent pas. Dans ce même esprit, le niveau bachelor, maintenant généralisé pour la formation des enseignants primaires, correspond à un bon compromis qui garantit qualité et fraîcheur. quant à l’inflation de titres à consonance toujours plus anglo-saxonne, comme ils ont tendance à noyer le nom des porteurs sous les honoris causa, sachons raison garder afin de ne pas créer un sentiment de caste. Les mécaniciens n’écrivent pas Monsieur CFC (certificat fédéral de capacité) Henri Ford, mais se contentent de leur prénom et nom.

oser les spécificités Le Plan d’études romand mis en vigueur actuellement et le Lehrplan 21, en préparation, créent des espaces dotés d’une harmonisation indispensable afin de faciliter entre autres la mobilité. Des notions fortes, telles que les compétences transversales, y sont présentes et complètent une meilleure définition et une actualisation de toutes les branches. quand on parle de savoirs avec des étrangers, la discussion porte rarement sur des contenus mathématiques, dont l’acquisition est souvent aussi indispensable que généralisée partout. La capacité des Suisses à jouer un rôle exemplaire et unique au cœur de l’Europe par les compétences linguistiques d’abord dans les langues nationales, puis en anglais, les différencie de leurs collègues. tout est toutefois très fragile en cette matière et l’ouvrage doit être sans cesse remis sur le métier. A l’instar de ce constat basique qui dit que les jeunes enfants des Alpes devraient mieux savoir skier que leurs collègues des plaines, le soin apporté aux spécificités doit être un souci politique. En complémentarité avec les parents, dont c’est la mission de base, l’école et la formation sont des vecteurs capitaux, et il convient qu’elles le fassent avec assurance, en n’hésitant pas à transmettre également des exigences et des convictions. ■ Numéro spécial

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régioNS LiNguiStiQueS

Daniel Goldstein, journaliste

La SuiSSe aLLemaNde n’ExistE Pas « Je suis suisse allemand (respectivement suisse allemande) ». La phrase est correcte, mais je ne l’ai jamais prononcée, vous non plus, sans doute. « Je suis romand (ou romande) » sonne bien plus naturel ; peut-être aussi parce que les Romands disposent d’une désignation propre, aussi bien en allemand (welsch) qu’en français (romand), qui ne se contente pas de combiner le qualificatif « suisse » avec la langue d’expression de la personne concernée. Mais, interrogés sur leur origine, les Romands préciseront aussi le canton à l’intérieur de leur pays et affirmeront leur appartenance à la Suisse lorsqu’ils sont à l’étranger. C’est d’autant plus le cas pour les Suisses allemands. Lorsqu’il est question d’identité, les Suisses ont tendance à souligner plutôt leur appartenance à un canton que leur allégeance à une région linguistique, ce qui est une bonne chose pour la cohésion nationale. La Suisse risquerait sinon d’être entraînée sur la même pente que la Belgique. Suite à la votation sur l’EEE en 1992, ce risque existait vraiment, d’autant plus que le soin porté à l’identité était considéré comme un mot d’ordre au sein de la Suisse romande europhile de l’époque. Fondé un an auparavant (et qui a par la suite fusionné avec Le temps), le Nouveau quotidien défendait l’entrée de la Suisse dans l’union Européenne. S’y ajouta la tentative de construire une « Suisse latine », qui n’avait toutefois pas de chance d’aboutir, ne serait-ce qu’en raison de la position plutôt « suisse allemande » des tessinois à l’égard de l’uE. De toute façon, de solides majorités en faveur des relations bilatérales avec Bruxelles se sont formées depuis dans tout le pays. Les écarts sont susceptibles de se creuser à nouveau, si cette voie se révèle être définitivement sans issue.

La sensibilité des anciens sujets Même si la Suisse est loin d’être confrontée à la situation dans laquelle se trouve la Belgique, le fait qu’aussi bien en Suisse romande qu’au tessin nous ayons – en tant que Suisse allemands – depuis longtemps le privilège de faire l’objet de désignations péjoratives, telles que « totos » et « Zücchin », devrait nous donner à penser. J’ignore s’il en va de même dans les régions romanches et italophones des Grisons. inversement, je n’ai connaissance d’aucun surnom dépréciatif donné aux Confédérés latins. Les Bernois ne visent pas une communauté linguistique en faisant des blagues sur les Fribourgeois et les taquineries entre cantons ne franchissent guère le Röstigraben. En qualifiant les Romands de « Grecs de la Suisse » en février dernier, l’hebdomadaire Die Weltwoche a volontairement joué un rôle provocateur dans le contexte linguistique et politique. Même si elle se manifeste de façon moins violente, l’attitude hautaine de certains Suisses allemands leur a sans doute valu les 70

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surnoms moqueurs et dépréciatifs précités. Les majorités ont de toute façon tendance à développer une mentalité de maître. De plus dans notre pays, les Suisses allemands se sont d’abord présentés en conquérants dans de vastes parties de la Suisse romande et du tessin. il y a évidemment aussi eu des régions assujetties en Suisse alémanique. Les rapports de force au cours de l’histoire relativisent d’ailleurs la théorie, selon laquelle nous expliquons volontiers la Suisse aux étrangers : à savoir que notre pays réunit les régions qui ne souhaitaient pas faire partie des grandes nations voisines où l’on parle la même langue.

c’est le ton qui fait la musique un séjour à l’étranger permet d’affiner le regard – ou l’oreille – du voyageur sur les caractéristiques de sa terre natale : les Suisses se reconnaissent souvent à l’intonation, qu’ils s’expriment dans leur propre langue ou dans celle du pays d’accueil. Avec un peu d’exercice, on arrive aussi à distinguer les accents des divers idiomes suisses. Grand nombre de Romands ont une intonation suisse plus prononcée qu’ils ne veulent bien l’avouer. une constatation similaire vaut aussi pour les Flamands lorsqu’ils s’expriment en français. Mais tous ces phénomènes ne signifient rien en soi. L’amour de la patrie qui transcende les régions linguistiques, se manifeste probablement plus aisément à l’étranger et dément la phrase clé, affichée dans le pavillon suisse à l’Exposition universelle de 1992 à Séville : « La Suisse n’existe pas. » Si on voulait exprimer la pluralité de la Suisse, il ne fallait pas la définir en premier lieu sur la base de critères linguistiques. Le soin de l’identité régionale fortifie sans doute les minorités linguistiques. Pour la majorité germanophone, l’adage « La Suisse alémanique n’existe pas » serait un mot d’ordre politique, s’il ne s’agissait pas déjà d’une constatation de faits largement attestée. ■ daniel goldstein est rédacteur pour la revue « Sprachspiegel » (www.sprachverein.ch). Il rédige la rubrique « Sprachlupe » (sprachlupe.ch) pour le quotidien Der Bund de Berne.


VaLais Carole Furrer, secrétaire générale du PDC Valais romand

Le PDC Valais romand

Le PDC Valais comprend trois sections : le PDC du Valais Romand (PDCVr), la CVP Oberwallis (CVPO) et la Christlichsoziale Volkspartei Oberwallis (CSPO). Le PDC Valais romand (PDCVr) est un parti de membres qui regroupe 3800 personnes. Est membre toute personne qui s’acquitte de sa cotisation annuelle. Le parti s’appuie sur une longue tradition et sur une conception chrétienne de la personne et de la société.

Le PDCVr a 38 députés venant des 8 districts romands. L’objectif pour les prochaines élections de mars 2013 est de conserver cette majorité.

Le PDC est le parti majoritaire en Valais. il apporte depuis des décennies l’équilibre au canton et au Conseil d’Etat. il compte 3 conseillers d’Etat sur 5 au sein de l’exécutif cantonal dont 2 du PDCVr. Au Grand Conseil, la famille « C » compte actuellement 68 députés sur 130.

Sur l’échiquier politique valaisan, le PDCVr se positionne comme un parti moderne, dynamique et responsable, porteur de projets d’envergure pour le canton du Valais. il s’attache à véhiculer cette image en valorisant autant que faire se peut le travail de ses élus. ■

Au niveau fédéral, le PDCVr a un élu au Conseil des Etats, Jean-René Fournier, et deux élus au Conseil national : Yannick Buttet et Christophe Darbellay, ce dernier étant aussi président du PDC suisse. De plus, la CSPo a un élu au Conseil des Etats, René imoberdorf, et la CVPo une élue au Conseil national, Viola Amherd. Le PDCVr a la chance de pouvoir s’appuyer sur le dynamisme et l’enthousiasme des JDC du Valais romand (JDCVr) qui sont la première jeunesse du canton.

Numéro spécial

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régioNS LiNguiStiQueS

Filippo Lombardi, vice-président du Conseil des Etats TI, membre de la Présidence du PDC suisse

Le SaiNt-gothard, c’eSt La SuiSSe. Le pdc auSSi !

La Suisse n’est pas née parce que Tell et Gessler avaient des problèmes de chapeaux, de pommes et de tir à l’arc. Au début du XIIIe siècle, le passage du nord au sud des Alpes se faisait par le Septimer et le Lukmanier, dotés d’une route adaptée au passage des chariots. L’itinéraire du Saint-Gothard, bien que moitié plus court, n’était accessible qu’à un mulet, qui ne transportait à dos qu’un tiers des marchandises par rapport à la capacité d’un char. Grâce à la nouvelle technique des ponts, qui permit la construction du premier « Pont du Diable » sur les gorges tumultueuses de la Schöllenen – et donc de la route du col – ce handicap fut levé dès 1230, en faisant du Saint-Gothard la « voie des gens » par excellence, ce qui permit au Canton d’uri d’obtenir en 1231 la franchise impériale pour lever les péages, devenant ainsi en quelques décennies un pays riche et fort. Les tentatives successives des Habsbourg de reprendre le contrôle de ces péages causa la résistance d’uri, qui obtint en 1291 le serment de soutien perpétuel des « Eidgenossen » de Schwytz et d’unterwalden. La Confédération était née, grâce au Saint-Gothard ! toute l’histoire successive de la Suisse s’est déroulée autour de cet axe, et bien entendu le tessin n’est devenu suisse que parce que les uranais d’abord, les Confédérés ensuite, désiraient prolonger le contrôle de la « voie des gens » le plus loin possible vers la riche métropole de Milan. En 1478, les Léventins se sont battus à Giornico avec les Suisses contre les Milanais, en 1500 Bellinzone a choisi librement de devenir suisse… et bien plus tard, lorsque Napoléon eut la malencontreuse idée de rattacher le sud du tessin à la Repubblica Cisalpina, la révolte fut telle qu’il dut y renoncer. Radetsky n’eut pas un meilleur sort avec ses tentatives de « rectifier la frontière » en donnant le Mendrisiotto à la Lombardie ! il faut se souvenir de cette histoire, pour comprendre la signification non seulement touristique, économique et logistique de la bataille que le tessin mène aujourd’hui pour éviter à tout prix la fermeture pendant trois ans du tunnel autoroutier du Saint-Gothard, qui est encore et toujours le principal axe nordsud à travers les Alpes. 72

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Cet isolement aurait certes des conséquences dramatiques pour l’économie tessinoise et probablement mortelles pour la plupart des entreprises de la Léventine qui se battent pour sauvegarder les quelques centaines d’emplois industriels et touristiques de la vallée. Mais le problème au fond est encore plus identitaire qu’économique : le Saint-Gothard, c’est la Suisse. Et pour le tessin, le Saint-Gothard c’est la porte, le symbole, l’icône de l’appartenance même à cette Suisse ! Voilà pourquoi la voix du tessin se lève chaque jour, pour demander instamment aux Confédérés, alémaniques et romands : « Ne nous laissez pas tomber, ne nous oubliez pas, ne nous condamnez pas à l’isolement de l’autre côté des Alpes ! » L’histoire devrait enseigner encore quelque chose d’autre, à ceux qui pensent que trois ans de fermeture ne sont au fond pas grand-chose. En 1705, l’ingénieur locarnais Pietro Morettini, en perçant le premier tunnel de l’urnerloch, permis d’améliorer substantiellement la capacité de la route du col et donc de l’axe du Saint-Gothard. S’ensuivit au Xiiie siècle une nouvelle phase de prospérité pour le Canton d’uri et pour les baillages du tessin, qui se termina malheureusement en 1799, lorsque la bataille de la Schöllenen entre les Français et les troupes du général Suworov endommagea sérieusement le pont. La reconstruction pris vingt ans, durant lesquels le trafic nord-sud se dirigea vers d’autres itinéraires (Brenner, Saint-Bernard). S’ensuivit une grave crise économique qui frappa surtout uri pendant des décennies après la réouverture de la route. C’est exactement ce que craint surtout le nord du tessin actuellement : une rupture triennale de sa voie principale d’approvi-


sionnement et d’écoulement des produits, qui conduirait fatalement à la fermeture de nombreuses entreprises (mais aussi d’importantes offres touristiques, et même d’un glorieux club sportif comme le HC Ambrì-Piotta !) sans espoir de pouvoir les rouvrir une fois les travaux de réfection du tunnel terminés. La région ne s’en relèverait pas. qu’il soit bien clair : personne au tessin ne demande une nouvelle « votation Avanti » : en 2004 la proposition soumise aux citoyens demandait l’assouplissement de l’article constitutionnel sur la protection de Alpes, et donc une augmentation de la capacité entre Göschenen et Airolo, avec deux tunnels et quatre voies de circulation. il n’en est rien aujourd’hui : les tessinois comme le reste de la Suisse désirent maintenir la capacité actuelle et ne rien changer à l’article constitutionnel : donc deux tunnels avec une voie de circulation par tube et par direction, avec en prime une nette augmentation de la sécurité dans le tunnel. Du reste, ils s’accommoderaient de la situation actuelle pendant quelques décennies encore. Seulement voilà : ils ont appris avec frayeur que l’assainissement du tunnel de 1980 était urgent et impliquait sa fermeture pendant trois ans, les solutions de remplacement et les mesures d’accompagnement préconisées étant toutes soit insuffisantes, soit trop chères, soit confrontées à des résistances locales encore plus fortes à cause de leurs retombées néfastes. C’est cette interruption et cet isolement qu’il leur importe d’éviter, et ils n’en n’ont pas choisi le calendrier (donc il est fallacieux de les soupçonner de vouloir « prioriser le St-Gothard par rapport à d’autres projets »). Si la Suisse s’est bâtie historiquement autour du Saint-Gothard, la Suisse moderne doit beaucoup de son succès à l’apport constant du PDC, qui au cours de ses 100 ans d’existence n’a eu de cesse que de promouvoir la cohésion nationale fédéraliste, dans le respect des cantons – y compris les moins privilégiés – la défense des régions de montagne, la valorisation des minorités culturelles et linguistiques qui font la force et la richesse de ce pays. Mon souhait est donc que le PDC marque son 100e anniversaire en reprenant à son compte cette bataille, fédéraliste et nationale s’il en est : ne laissons pas tomber le tessin, n’isolons pas le sud du pays, ne punissons pas la Suisse italienne ! ■ Numéro spécial

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Alexandra Perina, secrétaire du groupe parlementaire

trio de choc au pdc : BLuNSchy, meier et Stamm Je suis née le 3 août 1976. Seize ans auparavant, la pilule contraceptive est autorisée aux Etats-Unis, la révolution sexuelle fait partie de l’histoire et, un peu partout, les femmes obtiennent les mêmes droits que les hommes. Qu’est-ce que la lutte politique de femmes, telles que Elisabeth Blunschy, Josi J. Meier et Judith Stamm, ont apporté et quelle est la situation actuelle en Suisse ? En 1976, les Suissesses disposent du droit de vote et d’éligibilité depuis seulement cinq ans. Le droit de vote des femmes est introduit en Suisse avec la votation populaire du 7 février 1971 (droit de vote et d’éligibilité). La Suisse est parmi les derniers pays européens à accorder à la population féminine les pleins droits civiques. Même la turquie, ce grand empire sur le Bosphore, à cheval entre les continents européen et asiatique, présente des décennies d’avance sur la Suisse en matière de politique sociale concernant les droits des femmes. La turquie a accordé aux femmes le droit de vote dès 1930 et le droit d’éligibilité en 1934. J’ai obtenu ma maturité en 1996. Et à l’époque, j’ai lu pléthore de textes sur ces femmes en Suisse qui ont lutté pour leurs droits politiques et pour l’égalité des hommes et des femmes. C’est dans les livres d’histoire que j’ai appris ce que les femmes ont conquis en retroussant leurs manches… Aujourd’hui, je suis fière de savoir que de grandes dames du PDC ont joué un rôle décisif en faveur de l’égalité juridique entre l’homme et la femme. Le trio issu de la suisse centrale, Elisabeth Blunschy, Josi J. Meier et Judith Stamm m’ont ouvert la voie. A ma naissance, mon berceau est déjà rempli de cet héritage politique, de cette lutte et de l’engagement de ces femmes. Je n’ai pas eu à rassembler des signatures pour les droits des femmes, je n’ai mené aucune campagne électorale et je n’ai pas dû participer à des débats auxquels je n’étais pas la bienvenue. C’est la raison pour laquelle je 74

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dois à ces femmes un engagement politique ainsi qu’une participation active en faveur et au sein de la société. 2 mai 1977 – j’ai à peine un an – Elisabeth Blunschy est élue présidente du Conseil national par l’Assemblée fédérale. Elle est la première femme à occuper la plus haute fonction en Suisse. Et ceci bien que le canton de Schwytz n’ait instauré le droit de vote des femmes dans les affaires cantonales qu’un an plus tard. J’ai même eu la chance de faire la connaissance de Josi J. Meier en personne, le 6 juillet 2005 en présence des conseillères nationales Doris Leuthard (présidente du parti à l’époque), Judith Stamm et Rosmarie Dormann. Je cite Josi très volontiers, car elle a exprimé très clairement la situation des femmes de l’époque en politique : « … ‘La place des femmes est à la maison’. il nous a fallu des années pour comprendre cette phrase correctement. Maintenant, nous l’avons enfin assimiliée, avec l’aide de la jeune génération. Bien sûr que notre place est à la maison : à la maison communale et au Palais fédéral ! » (session des femmes du 1er février 1991) En 1991 Josi J. Meier est élue première présidente du Conseil des Etats. N’est-ce pas un magnifique cadeau pour la Suisse l’année ou nous fêtons justement les 700 ans de la Confédération ? En 2012, c’est le désintérêt des jeunes femmes pour la politique qui me préoc-

cupe. La part des femmes élues diminue au fil des élections. C’est souvent un travail herculéen que de motiver les femmes à se porter candidates sur une liste. Concilier vie familiale et vie professionnelle est un véritable défi. Par travail familial, il faut entendre éducation des enfants et tâches ménagères. Avoir une activité politique a pour conséquence de faire peser une quadruple charge sur les épaules des femmes qui ont des enfants en bas âge ou des adolescents. on constate aujourd’hui en Suisse une tendance de la part des jeunes femmes à revenir de plus en plus à la répartition classique des rôles : l’homme subvient aux besoins financiers du ménage et la femme élève les enfants et s’occupe de la maison. Chaque citoyen naît libre et il lui appartient de s’épanouir et d’organiser sa vie comme il lui convient. La liberte de choix reste le plus important. En tant que jeune maman, je m’interroge sur le rôle des femmes dans la société. Je suis hélas obligée de constater, que malgré le taux d’activité professionnelle très élevé des femmes dans notre pays, les structures ne sont pas assez adaptées pour leur permettre d’arriver à concilier facilement travail familial et activité professionnelle. Demandez-vous comment vous géreriez les six semaines de vacances d’été, avec un enfant scolarisé et l’autre au jardin d’enfants. Le combat d’Elisabeth Blunschy, Josi J. Meier et Judith Stamm représente pour moi à la fois un devoir et une obligation.


Pdc NeUcHÂteloiS

La NéceSSité d’être Là où LeS déciSioNS Se preNNeNt ! La société met du temps à changer. Par mon engagement politique, je voudrais défendre l’héritage politique des pionnières que j’ai citées. Mon souhait est que dans les 100 ans à venir, les mots de Simone de Beauvoir qu’elle a formulés en 1949 ne soient plus d’actualité. « Ainsi la femme indépendante est aujourd’hui divisée entre ses intérêts professionnels et les soucis de sa vocation sexuelle ; elle a peine à trouver son équilibre ; si elle l’assure c’est au prix de concessions, sacrifices, d’acrobaties qui exigent d’elle une perpétuelle tension » (De Beauvoir, Simone. 1949. Le deuxième sexe ii. Paris : Gallimard). PS : Last but not least et pardonnez cet oubli : Merci à tous les hommes, maris, papas et compagnons de vie qui soutiennent cette démarche d’égalité en partageant et assumant avec leur épouse ou compagne l’éducation des enfants, un travail à temps partiel et les tâches ménagères. ils n’en sont pas moins homme pour autant, bien au contraire. Merci à eux de se battre contre cette pensée conservatrice masculine que certains s’obstinent à véhiculer. ■

La longue marche du PDC neuchâtelois commence à atteindre enfin son but. Depuis longtemps le PDC était absent de la représentation fédérale de ce canton où les cinq places au Conseil national sont chères car il faut rassembler de l’ordre de 20 % des suffrages. Dans un canton de tradition réformée, c’est un véritable défi. Le PDC suisse se réjouit de voir que les efforts des militants neuchâtelois commencent à porter leur fruit et leur souhaite une marche vers de nouveaux succès. Après huit années d’existence en terre neuchâteloise, le PDC voit enfin le fruit de son travail prendre forme. Le 13 mai 2012 restera gravé dans l’histoire du PDC en terre neuchâteloise : ce jour-là, onze de ses représentants ont fait, leur entrée dans un législatif communal ! Jusqu’ici, plusieurs membres du PDC faisaient partie d’autorités communales, mais ils avaient été élus au sein d’ententes locales. Le PDC compte désormais cinq élus aux Brenets, deux à La tène, un à Neuchâtel, un au Locle, un à Val-de-Ruz et un à Hauterive.

Malgré un faible taux de participation C’est une opportunité de taille qui nous a été offerte, le 13 mai dernier, pour certaines communes apparentées au PLR et, pour la ville de Neuchâtel, au PLR et au PBD. Malgré un taux de participation à géométrie variable, à peine plus de 29 % en ville de Neuchâtel et 48 % aux Brenets, commune de notre président cantonal Marc Eichenberger où le PDC a vécu un véritable plébiscite, puisque nous avons obtenus dans cette commune plus de sièges que de candidats présentés ! Etre là où les décisions se prennent Nous devons maintenant passer à l’action. A onze mois des élections cantonales d’avril 2013, nous sommes convaincus que nos élus sauront faire la part des choses et travailler pour le bien commun. A l’aube d’une législature qui s’annonce ardue, tant les dossiers importants sont légions : que ce soit la politique des hôpitaux, de la mobilité, de la fiscalité et des énergies, il est important que le PDC soit là où les décisions se prennent et participe de façon active au développement de nos communes respectives, mais également de notre canton. Car, pour une partie importante de la population, les sujets cruciaux sont des sujets supra communaux. C’est à nous d’intéresser l’électorat qui ne vote pas à la chose politique, c’est à nous de leur montrer que la droite ou la gauche ne sont pas les seules forces politiques de nos communes et de notre canton à même d’être sur la place, mais qu’il existe bel et bien le vrai centre, le Plus grand Dénominateur Commun, le PDC. Aussi, nous nous réjouissons de participer à la construction du vrai centre, le centre constructif et raisonnable et continuerons le travail en perspective des élections cantonales d’avril 2013 ! ■ –Neuchâtel, le 30 mai 2012 Numéro spécial

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Viola Amherd, conseillère nationale VS et vice-présidente du groupe parlementaire

La NouveLLe LégiSLature

du SaNg, de La Sueur et deS LarmeS…

…nous ne devrions pas en verser au cours de cette nouvelle législature. Mais outre l’achèvement des chantiers toujours en cours, nous devrons à mon avis faire face à quatre nouveaux défis essentiels qui vont requérir toute notre énergie. Garantir l’approvisionnement énergétique Sur le plan politique, nous entamons la grande aventure de la sortie du nucléaire. Nous avons dit oui à la sortie du nucléaire et maintenant nous devons définir la manière dont nous voulons en sortir. Les tiraillements ont déjà commencé mais la défense inflexible d’intérêts particuliers ne sera pas d’une grande utilité ni pour la protection de la nature, ni pour la préservation du patrimoine, ni pour les entreprises d’énergie, ni pour les consommateurs et l’économie. Ce n’est que si nous pensons la question dans sa globalité et que nous ne perdons pas de vue les intérêts de l’ensemble de notre pays que nous aurons du succès. tous doivent y contribuer. Le PDC n’a pas une tâche facile à réaliser. Car nos décisions auront un impact déterminant sur celles de l’ensemble du Parlement. détendre nos relations avec l’Europe Actuellement, la question de l’énergie est encore une équation à nombreuses inconnues, dont l’Europe. En effet, nous avons un intérêt primordial à conclure un accord sur l’énergie. Par ailleurs, nous avons d’autres dossiers importants à négocier avec l’uE dans le domaine de l’agriculture et de la fiscalité. Ce qui est nouveau c’est que nous nous trouvons face à une uE ébranlée, qui a de l’eau jusqu’au cou en raison de la crise de l’endettement. Pour la première fois, l’union est poussée dans ses retranchements. La tolérance à l’égard de la voie spéciale empruntée par la Suisse s’est considérablement réduite, la voie bilatérale est devenue plus caillouteuse et plus onéreuse. Nous devrons donc réfléchir à la manière dont nous entendons la poursuivre. Rétablir le respect L’affaire des banques nous a montré que nous serons bien obligés de nous poser des questions fondamentales au sujet des rela76

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tions entre l’Etat et l’économie. L’idée libérale de l’Etat qui prévaut dans l’organisation de l’économie et de l’Etat a permis à notre pays de passer en 160 ans du statut de parent pauvre de l’Europe à celui d’un des Etats les plus riches et les mieux organisés du monde. Mais elle est de plus en plus contournée par de hauts dirigeants et leurs lobbyistes qui ne connaissent pas nos mécanismes politiques ou qui ne s’en soucient guère. un Etat qui n’est pas traité avec respect ne peut pas fonctionner. Et il n’est pas pris au sérieux à l’étranger. Nous devons faire preuve de fermeté afin de rétablir ce respect. Seules les conditions-cadres doivent toujours et encore relever de la compétence de l’Etat mais l’économie – aussi internationale – doit les respecter. Alors les Etats partenaires tels que les Etats-unis, l’Allemagne ou la France, qui sont si importants pour nous, nous respecteront à nouveau.

Prendre le leadership Et finalement, le rôle du PDC proprement dit fait l’objet d’importantes réflexions. Nous ne sommes plus le seul groupe du centre sous la coupole fédérale. Suite à l’arrivée du PVL et du PBD, nous avons de nouveaux coéquipiers. Ce n’est qu’ensemble que nous avons deux conseillères fédérales. Le message est clair : le centre est susceptible de rallier des majorités mais il comporte des courants plus variés que par le passé. Nous devrons y penser lorsque nous fêterons notre 100e anniversaire dans le courant de l’année. Cela signifie : chercher un dialogue ouvert, factuel avec les nouveaux partenaires du centre, sans songer à des idées de fusion ou de non-fusion. Nous devons rapprocher ceux qui sont faits pour s’entendre. En tant que plus grand et plus ancien parti du centre, c’est à nous de veiller à ce que la véritable majorité pragmatique de notre pays s’impose. C’est la meilleure condition préalable pour faire face aux grands défis de la législature. ■


Filippo Lombardi, vice-président du Conseil des Etats TI

pourQuoi Le ppd teSSiNoiS Ne porte paS Le c daNS SoN Nom Le PDC tessinois, à vrai dire, n’a jamais porté le « C » dans son nom, tout en étant très certainement un parti d’inspiration démocrate-chrétienne. Né dans les années 1830 dans le cadre du courant libéral qui visait à démocratiser et à moderniser les structures du jeune Canton – devenu souverain seulement avec l’Acte de médiation de 1803 – notre parti s’est par la suite défini comme « Parti Libéral Conservateur » par opposition aux Libéraux-Radicaux, devenus étatistes et anticléricaux. Dans la deuxième moitié du XiXe siècle, le kulturkampf balaya le tessin aussi, plus par influence du jacobinisme radical d’origine française que du protestantisme, peu répandu au Sud des Alpes. D’ailleurs le tessin fut le seul canton catholique à ne pas rejoindre le Sonderbund et à combattre du côté de la Confédération en 1847. Par la suite, les « conservateurs » tessinois devinrent le relais naturel des « catholiques conservateurs » suisses, ayant comme priorités la défense des valeurs et des intérêts du monde catholique, mais aussi le fédéralisme et la valorisation des autonomies locales, des régions périphériques, rurales et montagnardes. En 1913, le parti assuma la dénomination de « Conservateur Démocratique » (PCDt), tout en assimilant la doctrine sociale proclamée par l’Eglise, qui inspira surtout le courant chrétien social issu du puissant syndicat oCSt, principale organisation

des travailleurs au tessin, toujours solidement intégrée au parti. A la fin des années 1960, la mouvance catholique démocratique inspirée du Concile Vatican ii, qui prônait « l’autonomie politique des laïcs », demanda de moderniser le nom du parti, refusant désormais la définition de conservateur. L’hypothèse d’y inclure le « C » fut alors examinée, pour être par la suite abandonnée dans un double souci de laïcité et de distinction par rapport à la « Democrazia Cristiana » qui gouvernait alors l’italie voisine. La définition qui fut enfin retenue en 1970 et qui est toujours actuelle est celle de PPD, Parti Populaire Démocratique, qui reprend l’héritage « populaire mais non confessionnel » du parti italien fondé par don Luigi Sturzo entre les deux guerres, sans mention explicite du « C » mais en réaffirmant également l’inspiration chrétienne dans les statuts du parti. ■

Numéro spécial

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Il se peut que certains titulaires de droits d’auteur n’aient pu être identifiés. Quiconque souhaiterait faire valoir des droits est prié de contacter le PDC suisse, Klaraweg 6, 3006 Berne.

références des illustrations Page 1e de couverture – Rössli Ruswil, ca 1898, Privatarchiv Robert Erni, Ruswil. – Der Bundesrat besichtigt die Grenzbefestigungen: kunstanstalt Frobenius A.G, 1914, Militärpostkartensammlung der Bibliothek Am Guisanplatz, Bern. – Schweizer karte: Die Geschichte der CVP, CH-Magazin, 1987, SRG SSR. – Familie Ruckli beim Lesen des «Vaterlandes», 1918, Edwin Ruckli, kestenholz. – CVP-Fraktionsausflug 1981 nach Stans mit Bundesrat Hans Hürlimann und Bundesrat kurt Furgler, Privatarchiv Alois Hartmann, Rothenburg/Fotos: Edouard Rieben, Fotograf, Biel. – Die Mitglieder des ersten Nationalrates (1849–1851): 1966, Erich Gruner. Die Schweizerische Bundesversammlung 1848–1920, Bern. 4 Josef Leu von Ebersol: Dia, Archiv CVP kanton Luzern. 5 Beschiessung der Schanze von Gislikon, 23. Nov. 1847. J. Ziegler. Lithographie auf Papier, koloriert. um 1850–1890. Schweizerisches Nationalmuseum, Zürich. 6 Adalbert Wirz, Rathaus Sarnen. 7 Josef Zemp: Dia, Privatarchiv Alois Hartmann, Rothenburg. Josef A. Schobinger: Eugen teucher, unsere Bundesräte in Wort und Bild, Basel, 1944. Giuseppe Motta: Nationalbibliothek, Bern. Jean-Marie Musy: Nationalbibliothek, Bern. Philipp Etter: 1959, Bundesarchiv, Bern. Enrico Celio: Jahrbuch der eidgenössischen Räte, Parlamentsbibliothek Bern. Joseph Escher: Nationalbibliothek, Bern. thomas Holenstein: Staatsarchiv St.Gallen. Giuseppe Lepori: Archiv PPD ticino. Jean Bourgknecht: 1932, Bundesarchiv, Bern. Ludwig von Moos: 1971, Bundesarchiv, Bern. Roger Bonvin: Archiv CVP Wallis. kurt Furgler: 1977, Peter Friedli, Fotograf, Bern. Hans Hürlimann: Peter Friedli, Fotograf, Bern. Alphons Egli: Archiv CVP kanton Luzern. Arnold koller: Bundesarchiv, Bern. Flavio Cotti: Archiv PPD ticino Ruth Metzler-Arnold: Archiv CVP Schweiz. Joseph Deiss: Archiv CVP Schweiz. Doris Leuthard: Archiv CVP Schweiz. 35 Josi Meier: Drei Wege ins Bundeshaus. Elisabeth Blunschy, Josi J. Meier, Judith Stamm. Sprenger Viol inge, 2003, Luzern. 43 Vereidigung der Bundesräte Max Petitpierre (FDP), Paul Chaudet (FDP), Fritz t. Wahlen (BGB), Jean Bourgknecht (kk), Willy Spühler (SPS), Ludwig von Moos (kk), HansPeter tschudi (SPS) und des Bundeskanzlers Charles oser. 1959, keystone, Zürich. 45 Armorial de la Confédération Suisse, dessiné en 1912 à Bâle. Ludwig Suter, Histoire suisse, Einsiedeln, Benziger, 1915. 54 Adalbert Wirz, Rathaus Sarnen. Eugène Deschenaux: Jahrbuch der eidgenössischen Räte, Bibliothek am Guisanplatz, Bern. Josef Räber: Staatsarchiv Schwyz. Ernst Perrier: Staatsarchiv Fribourg. Eduard Guntli: Staatsarchiv St. Gallen. Raymond Evéquoz: Nationalbibliothek, Bern. Emil Nietlisbach: Jahrbuch der eidgenössischen Räte, Parlamentsbibliothek, Bern. Pierre Aeby: Staatsarchiv Fribourg. Joseph Escher: Nationalbibliothek, Bern. Max Rohr: Jahrbuch der eidgenössischen Räte, Parlamentsbibliothek, Bern. Jean Bourgknecht: Bundesarchiv, Bern. Ettore tenchio: Nationalbibliothek, Bern. Franz Josef kurmann: Privatarchiv Stefan Calivers, Willisau. Hans Wyer: Archiv CVP Wallis. Flavio Cotti: Archiv PPD ticino. Eva Segmüller: Archiv CVP kanton St.Gallen Carlo Schmid: Archiv CVP Schweiz. Anton Cottier: Archiv CVP Schweiz. Adalbert Durrer: Archiv CVP Schweiz. Philipp Stähelin: Archiv CVP Schweiz. Doris Leuthard: Archiv CVP Schweiz. Christophe Darbellay: Archiv CVP Schweiz. 55 Elisabeth Blunschy-Steiner: Ruedi Fischli, Fotojournalist, Baden. 56 Josef Zemp: Dia, Privatarchiv Alois Hartmann, Rothenburg. 4e de couverture General G. H. Dufour: Guggenheim, H., Militärpostkartensammlung der Bibliothek Am Guisanplatz, Bern. CVP-Zug: Die Geschichte der CVP, CH-Magazin, 1987, SRG SSR. Neue gallörsche konfessionskarte: 1861, Staatsarchiv St.Gallen. Eva Segmüller: Archiv CVP kanton St.Gallen. katholisches Vereinshaus union Hôtel Luzern, César Ritz Colleges Switzerland, Luzern konservative Volkspartei: 1984, Festschrift 150 Jahre CVP kanton St.Gallen. Verhandlungen der Ruswilerversammlung: 1840, Staatsarchiv Luzern


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