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5. PRISON

Je suis toujours dans ma chambre. Quand je rentre des cours je fais ligne droite au bout du couloir et je m'engouffre. Là. C'est à moi. J'ai pas choisi l'endroit. L'endroit où est ma chambre. Pas choisi cette maison. Pas choisi cette famille. Cette famille n'est pas ma tribu. Mais ma chambre, je la décide. C'est la mienne. C'est mon parfum qui flotte entre ses murs. C'est mes posters accrochés, mon drapeau de l'Angleterre – qui est mon pays rêvé. Ce sont mes habits qui sont pendus, les billets de mes concerts préférés épinglés. Mon reflet que je vois dans le miroir – qui n'est pas le visage de ma mère. Pas le même visage. Pas la même personne. J'écoute ma musique. Celle que je préfère, Blur parce que Damon Albarn aurait du être mon mari, la famille que j'aurais choisie. Je la mets si fort que j'oublie. J'oublie que derrière mes murs il y a de la vie. J'oublie que je vis sous tutelle. Enfermée, bien en règles, dans la maison de ma mère. Je vis sous tutelle, je me sens sous curatelle. Je devrais pas obéir à des lois qui ne sont pas les miennes, vivre dans une maison que j'ai pas construite. Une maison de fous furieux psychopathes qui ont encore des stickers Pokémon débiles collés partout, des murs de toutes les couleurs comme chez des vieux hippies ringards. Une maison dans laquelle on peut pas avoir une once de normalité, un microscopique bout d'intimité, non, dans cette maison, ce serait trop demander. Putain qu'est-ce que j'en rêve d'une maison banale. Une maison d'apparence saine, avec des murs blancs et des trucs un peu feng-shui, branchés Ikea, une maison où tu te sens d'inviter des gens sans avoir l'impression de leur jeter tes entrailles à la gueule. Une maison où les gens se taisent

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2017 Word for Work Workshop ebook  

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