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charnu, les doigts flexibles pour contenir des poitrines emplumées de tailles variables, le sang sous notre peau, tiède pour favoriser la somnolence, et la lente pulsation humaine les invitant à un sommeil indispensable. Même les ongles avaient un but protecteur, protégeant les doigts humains quand les oiseaux se réveillaient avec la fringale. Regardez votre paume - allez-y, jetez un coup d’oeil. Ce sont les parcours fixes des oiseaux en vol, parcours que nous ne pourrons sans doute plus jamais déchiffrer - pas même avec l’entremise d’un chiromancien, qui regarde vers l’avenir au lieu de regarder vers l’arrière, ou mieux encore, vers les hauteurs du ciel sans nuages. Vous aussi, je suppose, en avez vu un par la fenêtre - un martin hystérique, un colibri vibrionnant sur place - et avez ressenti ce désir surgi des temps anciens de le tenir entre vos mains. Certains ont encore pour habitude de les observer dans les parcs. D’autres enregistrent leurs chants et les réécoutent, attentifs comme s’ils tentaient d’y décoder un message. Et enfin, il y a ceux qui ont été jusqu’à oser fermer les yeux et s’imaginer, refermant leur main - les écrabouiller.

PERDU ET RETROUVÉ, OU, POURQUOI ILS ONT

CONSTRUIT UN MUR

Dans les premières années, quand Ys n’était encore qu’un village, peuplé de pécheurs, de retourneurs de crêpes, de cordonniers et d’un médecin des oiseaux, personne ne savait comment vaincre les fureurs quotidiennes de la marée.

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