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En ce temps-là, les humains et les oiseaux avaient évolué jusqu’à un stade de co- dépendance. Les humains devaient encore apprendre à voir sur de longues distances, et les oiseaux, de leur côté, avaient besoin d’un pied à terre. C’était bien avant Galilée, avant les télescopes et avant le type qu’on à presque oublié qui les as inventés - Hans machin-chose - quand les humains croyaient encore que les galaxies tournaient autour de leur terre, et que c’était la pesanteur de leurs désirs, si humbles et si purs, qui conduisait la Terre à se renverser légèrement quand elle tournait autour du Soleil, déviant ainsi de son orbite en une trajectoire elliptique dans une tentative de ré-alignement du système solaire. C’est peut être difficile à comprendre pour les sceptiques. Je compare cela à l’attraction que l’on ressent pour un ancien amant, ce magnétisme corporel qui vous tire vers l’arrière à chaque fois que vous le quittez. Le ciel s’incurvait à ses limites, et les habitants de l’île voulaient voir les limites du ciel. Ils y envoyèrent les oiseaux, et les oiseaux revinrent remplis d’air frais et de merveilles ahurissantes : ils avaient vu des déserts à l’est, des chevaux bossus pouvant trotter sur des kilomètres, des foulards suspendus dans un vent qu’on disait chaud, des épices sablonneuses qui portaient des noms comme « cumin », « coriandre » et « cardamome ». Il y avait des poissons plus gros que des orteils, aussi bruns que le lit de la Rance, et un fruit de taille et de forme identique bien que beaucoup plus sucré. Quand les oiseaux revinrent au rapport, l’interprète du Roi, un homme obscène, expliqua à la Cour que les poissons étaient aussi longs et gros que sa queue, et que c’est pourquoi on les appelait « perches ». Le fruit, il le goûta pour lui-même et il lui rappela la première et seule femme pour laquelle il avait fait la cuisine. Il les appela des fruits de la passion.

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