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GRIPEN L’avertissement PERVERS NARCISSIQUES du chef des Forces terrestres Des séducteurs impitoyables HORS-SÉRIE é té 2012 | spéci a l g o l f| u n h o r s - s é r i e d e l’ h e b d o

golf

Question de stYle

Fr. 5.90 

No 34 Semaine du 23 août 2012

yves mittaz Vingt-cinq ans à la tête de l'omega european Masters Crans-montana suivez notre guide pour attaquer au mieux le parcours

bubba watson l'américain assomme ses concurrents par son talent. portrait d'un autodidacte teChnique le putting se répète comme la musique pour gagner des coups là où cela compte

YVES MITTAZ «LES JOUEURS RAFFOLENT DE CRANS» CRANS-MONTANA NOS CONSEILS POUR MAÎTRISER LE PARCOURS BUBBA WATSON PORTRAIT D’UN EXTRAVAGANT DEVENU UNE ICÔNE 48 PAGES SPÉCIALES

TOURISME LES SOLUTIONS été 2012 | un hors-série

de l’hebdo | ne peut

Être Vendu séparéMent

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POUR SORTIR DE LA CRISE

• Les raisons d’une désaffection • Témoignages: des hôteliers qui réagissent • Comment réinventer une identité touristique


On ne peut pas réinventer la roue. Les toutes dernières études ont montré qu’il n’existe plus de possibilité d’amélioration concernant les produits ou les objets déjà existants. Près de 150 ans après la naissance du moteur à explosion, son potentiel d’amélioration est épuisé. Alors, comment pouvons-nous économiser encore davantage et améliorer la technique tout en préservant à la fois l’environnement et l’expérience émotionnelle que procure la conduite en voiture. Révolution ou évolution ? C’est ici toute la question. Après une invention, il existe peu de possibilités de développement majeur puisque plus les conventions sont adoptées et établies, plus le potentiel de renouvellement est faible.

l’accélération procure du plaisir. La voiture offre une expérience émotionnelle qui rime forcément avec forte consommation de carburant et gaspillage des ressources. L’adrénaline et les moteurs à faible consommation ne vont pas de pair.

et électriques. Enfin, et non des moindres, une gestion écologique des déchets n’a pas encore été élaborée, même dans ses grandes lignes. Le pouvoir d’innovation de l’être humain n’est pas infini. Nombre d’entreprises ont fait faillite à cause de leur manque de capacité de renouvellement. Les conventions sont bien souvent plus fortes que la propension à créer. Par exemple, lorsqu’une technologie ou un produit existe depuis longtemps et que l’on croit le connaître, il est toujours plus difficile de le remettre en question. Remettre en question ces conventions, mais aussi les repenser totalement et les dépasser n’est pas donné à tout le monde.

L’automobile réinventée

La batterie reste aujourd’hui le problème des moteurs hybrides et électriques. Le problème de son poids n’est toujours pas résolu. En outre, son prix est encore trop élevé pour la production en masse. Enfin, et non des moindres, une gestion écologique des déchets n’a pas encore été élaborée, même dans ses grandes lignes. Le pouvoir d’innovation de l’être humain n’est pas infini. Nombre d’entreprises ont fait faillite à cause de leur manque de capacité de renouvellement. Quelles sont donc les possibilités en matière de stockage d’énergie qui respectent réellement l’environnement et qui sont abordables pour la majorité des automobilistes ? Les conventions sont bien souvent plus fortes que la propension à créer. Par exemple, lorsqu’une technologie ou un produit existe depuis longtemps et que l’on croit le connaître, il est toujours plus difficile de le remettre en question. Remettre en question ces conventions, mais aussi les repenser totalement et les dépasser n’est pas donné à tout le monde.

Parfois, le plaisir de conduire s’estompe sur les longs trajets. Le réservoir doit être rempli bien plus souvent qu’on ne le souhaiterait. Les conducteurs prudents prennent dans ce cas leurs précautions. Au cours des 50 dernières années, le taux d’efficacité de l’essence ou du diesel ne s’est que très peu amélioré, bien que tous les efforts possibles aient été faits dans ce domaine. Quelles sont donc les possibilités en matière de stockage d’énergie qui respectent réellement l’environnement et qui sont abordables pour la majorité des automobilistes ? Le pouvoir d’innovation de l’être humain n’est pas infini. Nombre d’entreprises ont fait faillite à cause de leur manque de capacité de renouvellement. Par exemple, lorsqu’une technologie ou un produit existe depuis longtemps et que l’on croit le connaître, il est toujours plus difficile de le remettre en question. Parfois, le plaisir de conduire s’estompe sur les longs trajets. Le réservoir doit être rempli bien plus souvent qu’on ne le souhaiterait. Les conducteurs prudents prennent dans ce cas leurs précautions. Dans le pire des cas, les virages serrés se transforment en défis acrobatiques.

Parfois, le plaisir de conduire s’estompe sur les longs trajets. Le réservoir doit être rempli bien plus souvent qu’on ne le souhaiterait. Les Au cours des 50 dernières années, le taux d’efficonducteurs prudents prennent dans ce cas de l’essence ou du diesel ne s’est que très leurs précautions. Pour fabriquer le SUV idéal, il fallait bouleverser toutes lescacité conventions peu amélioré, techniques. C’est ce que nous avons fait avec la technologie SKYACTIV, en bien que tous les efforts possibles partant de zéro pour repenser le moteur, la transmission, la carrosserieaient et le été châssis. Dans le pire des cas, les virages serrés se transfaits dans ce domaine. Quelles sont hors du forment en défis acrobatiques.Résultat: le nouveau Mazda CX-5, SUV agile et léger, procurant un plaisir de conduire donc les possibilités en matière de stockage commun. SKYACTIV-D 2.2 FWD: 4,6 l/100 km, 119 g CO2/km, couple max. de 380 Nm, catégorie d’énergie qui respectent réellement l’environénergétique A. (Moyenne émissions CO2 de toutes les voitures neuves vendues 159 g CO2/km) www.CX-5.ch Au cours des 50 dernières années, le taux d’effinement et qui sont abordables pour la majorité cacité de l’essence ou du diesel ne s’est que très des automobilistes ? peu amélioré, bien que tous les efforts possibles La mobilité dans le pire des cas, n’est pas seuleaient été faits dans ce domaine. Quelles sont ment un facteur social et politique, mais aussi donc les possibilités en matière de stockage d’énergie qui respectent réellement l’environ- Avec technologie Skyactiv. une expérience émotionnelle forte. Celui qui Économies réunis. nement et qui sont abordables pour la majorité et plaisir de conduire enfin prend souvent sa voiture pour parcourir des des automobilistes ? milliers de kilomètres par an souhaite avoir une voiture dynamique, car l’accélération procure du plaisir. La voiture offre une expérience La mobilité n’est pas seulement un facteur social conventions et politique, mais aussi une expérience émotionLeAu-delà problème dedes son poids n’est toujours pas émotionnelle qui rime forcément avec forte nelle forte. Celui qui prend souvent sa voiture résolu. En outre, son prix est encore trop élevé consommation de carburant et gaspillage des pour parcourir des milliers de kilomètres par pour la production en masse. La batterie reste ressources. L’adrénaline et les moteurs à faible L’HEBDO XXX 2012 an souhaite avoir une voiture dynamique, car aujourd’hui le problème des moteurs hybrides consommation ne vont pas de pair.

Le nouveau M{zd{ CX-5


On ne peut pas réinventer la roue. Les toutes dernières études ont montré qu’il n’existe plus de possibilité d’amélioration concernant les produits ou les objets déjà existants. Près de 150 ans après la naissance du moteur à explosion, son potentiel d’amélioration est épuisé. Alors, comment pouvons-nous économiser encore davantage et améliorer la technique tout en préservant à la fois l’environnement et l’expérience émotionnelle que procure la conduite en voiture. Révolution ou évolution ? C’est ici toute la question. Après une invention, il existe peu de possibilités de développement majeur puisque plus les conventions sont adoptées et établies, plus le potentiel de renouvellement est faible.

l’accélération procure du plaisir. La voiture offre une expérience émotionnelle qui rime forcément avec forte consommation de carburant et gaspillage des ressources. L’adrénaline et les moteurs à faible consommation ne vont pas de pair.

et électriques. Enfin, et non des moindres, une gestion écologique des déchets n’a pas encore été élaborée, même dans ses grandes lignes. Le pouvoir d’innovation de l’être humain n’est pas infini. Nombre d’entreprises ont fait faillite à cause de leur manque de capacité de renouvellement. Les conventions sont bien souvent plus fortes que la propension à créer. Par exemple, lorsqu’une technologie ou un produit existe depuis longtemps et que l’on croit le connaître, il est toujours plus difficile de le remettre en question. Remettre en question ces conventions, mais aussi les repenser totalement et les dépasser n’est pas donné à tout le monde.

L’automobile réinventée

La batterie reste aujourd’hui le problème des moteurs hybrides et électriques. Le problème de son poids n’est toujours pas résolu. En outre, son prix est encore trop élevé pour la production en masse. Enfin, et non des moindres, une gestion écologique des déchets n’a pas encore été élaborée, même dans ses grandes lignes. Le pouvoir d’innovation de l’être humain n’est pas infini. Nombre d’entreprises ont fait faillite à cause de leur manque de capacité de renouvellement. Quelles sont donc les possibilités en matière de stockage d’énergie qui respectent réellement l’environnement et qui sont abordables pour la majorité des automobilistes ? Les conventions sont bien souvent plus fortes que la propension à créer. Par exemple, lorsqu’une technologie ou un produit existe depuis longtemps et que l’on croit le connaître, il est toujours plus difficile de le remettre en question. Remettre en question ces conventions, mais aussi les repenser totalement et les dépasser n’est pas donné à tout le monde.

Parfois, le plaisir de conduire s’estompe sur les longs trajets. Le réservoir doit être rempli bien plus souvent qu’on ne le souhaiterait. Les conducteurs prudents prennent dans ce cas leurs précautions. Au cours des 50 dernières années, le taux d’efficacité de l’essence ou du diesel ne s’est que très peu amélioré, bien que tous les efforts possibles aient été faits dans ce domaine. Quelles sont donc les possibilités en matière de stockage d’énergie qui respectent réellement l’environnement et qui sont abordables pour la majorité des automobilistes ? Le pouvoir d’innovation de l’être humain n’est pas infini. Nombre d’entreprises ont fait faillite à cause de leur manque de capacité de renouvellement. Par exemple, lorsqu’une technologie ou un produit existe depuis longtemps et que l’on croit le connaître, il est toujours plus difficile de le remettre en question. Parfois, le plaisir de conduire s’estompe sur les longs trajets. Le réservoir doit être rempli bien plus souvent qu’on ne le souhaiterait. Les conducteurs prudents prennent dans ce cas leurs précautions. Dans le pire des cas, les virages serrés se transforment en défis acrobatiques.

Parfois, le plaisir de conduire s’estompe sur les longs trajets. Le réservoir doit être rempli bien plus souvent qu’on ne le souhaiterait. Les Au cours des 50 dernières années, le taux d’efficonducteurs prudents prennent dans ce cas de l’essence ou du diesel ne s’est que très leurs précautions. Pour fabriquer le SUV idéal, il fallait bouleverser toutes lescacité conventions peu amélioré, techniques. C’est ce que nous avons fait avec la technologie SKYACTIV, en bien que tous les efforts possibles partant de zéro pour repenser le moteur, la transmission, la carrosserieaient et le été châssis. Dans le pire des cas, les virages serrés se transfaits dans ce domaine. Quelles sont hors du forment en défis acrobatiques.Résultat: le nouveau Mazda CX-5, SUV agile et léger, procurant un plaisir de conduire donc les possibilités en matière de stockage commun. SKYACTIV-D 2.2 FWD: 4,6 l/100 km, 119 g CO2/km, couple max. de 380 Nm, catégorie d’énergie qui respectent réellement l’environénergétique A. (Moyenne émissions CO2 de toutes les voitures neuves vendues 159 g CO2/km) www.CX-5.ch Au cours des 50 dernières années, le taux d’effinement et qui sont abordables pour la majorité cacité de l’essence ou du diesel ne s’est que très des automobilistes ? peu amélioré, bien que tous les efforts possibles La mobilité dans le pire des cas, n’est pas seuleaient été faits dans ce domaine. Quelles sont ment un facteur social et politique, mais aussi donc les possibilités en matière de stockage d’énergie qui respectent réellement l’environ- Avec technologie Skyactiv. une expérience émotionnelle forte. Celui qui Économies réunis. nement et qui sont abordables pour la majorité et plaisir de conduire enfin prend souvent sa voiture pour parcourir des des automobilistes ? milliers de kilomètres par an souhaite avoir une voiture dynamique, car l’accélération procure du plaisir. La voiture offre une expérience La mobilité n’est pas seulement un facteur social conventions et politique, mais aussi une expérience émotionLeAu-delà problème dedes son poids n’est toujours pas émotionnelle qui rime forcément avec forte nelle forte. Celui qui prend souvent sa voiture résolu. En outre, son prix est encore trop élevé consommation de carburant et gaspillage des pour parcourir des milliers de kilomètres par pour la production en masse. La batterie reste ressources. L’adrénaline et les moteurs à faible XXX 2012 L’HEBDO an souhaite avoir une voiture dynamique, car aujourd’hui le problème des moteurs hybrides consommation ne vont pas de pair.

Le nouveau M{zd{ CX-5


L’HEBDO 23 AOÛT 2012


ÉDITORIAL∑5 ALAIN JEANNET

L’HOSPITALITÉ À LA MODE SUISSE

C’est le genre de vexation qui rend le qui cache la forêt – d’ailleurs, une bonne partie de client furax et qui plombe l’image de ses diplômés part travailler à l’étranger ou change l’hôtellerie suisse: l’accès à l’internet carrément de branche. Dans les universités, les payant, le wifi qu’on vous facture alors cours d’économie et de marketing du tourisme qu’il devrait être cadeau. Un détail? sont rares. Les projets de recherche dans ce Peut-être, mais si emblématique d’un domaine? Inexistants. accueil imperméable aux nouvelles attentes des Pourtant, cette industrie va rester, pour les régions touristes, parfois revêche, trop souvent à la limite de montagne en particulier, un indispensable pourde l’autogoal. Le renforcement du franc (et la chute voyeur d’emplois. Elle est de plus organiquement des nuitées) ne joue dès lors qu’un rôle de révéla- imbriquée à d’autres secteurs de l’économie – teur d’une crise préexistante. Ces prochains mois, banques, industrie horlogère, organisations interelle pourrait se solder par la disparition de plu- nationales... Voilà pourquoi on devrait créer une sieurs milliers d’emplois. sorte de think tank capable de développer une vraie On ne peut pas bien sûr mettre toutes les villes, vision pour le tourisme suisse. Et augmenter la toutes les stations, tous les hôtels dans le même qualité de la formation dans ce domaine, comme paquet. Les nombreux festivals de musique clas- ce fut le cas pour la gestion de fortune et la finance sique créés dans les Alpes ces dernières années, qui, paradoxalement, ont été très mal loties jusque par exemple, contribuent à dans les années 90. doper le tourisme estival par Parce qu’il ne pèse que 3% On peut détester Franz Weber la culture. Les grands évèneet sa lex. Et craindre pour le du PIB, on sous-estime tourisme. A terme, elle aura ments sportifs comme le tournoi de golf de Crans- l’importance du tourisme. pourtant plusieurs effets posiMontana aussi. L’industrie tifs. Elle ne contribuera pas touristique compte son lot de passionnés et d’infa- seulement à augmenter la valeur du capital nature tigables innovateurs qui cherchent sans cesse à se de la Suisse. Pour compenser le plafonnement des différencier de la concurrence. Mais il faut se résidences secondaires, il faudra bien remplacer rendre à l’évidence: de manière générale, la qualité les lits froids par des lits chauds, créer de nouvelles de l’offre hôtelière et les investissements dans les capacités hôtelières pour les touristes. Et, afin de infrastructures peinent à suivre et restent très en les séduire durablement, réinventer l’hospitalité à deçà des efforts consentis dans d’autres pays (lire la mode helvétique.√ notre dossier en page 16). Parce qu’il ne pèse que 3% du PIB suisse, on tend à sous-estimer l’importance du tourisme. Il est curieux, par exemple, que la formation professionnelle et l’offre de perfectionnement dans ce domaine restent si lacunaires. La légendaire Ecole hôtelière de Lausanne est en quelque sorte l’arbre ALAIN JEANNET RÉDACTEUR EN CHEF

alain.jeannet@hebdo.ch 23 AOÛT 2012 L’HEBDO

Idées de sujets, critiques ou suggestions... cette adresse vous met en lien direct avec le rédacteur en chef de L’Hebdo.


6|SOMMAIRE  51   52   53   67   70 

OPINION Peter Bodenmann CHRONIQUE Jacques Pilet CHRONIQUE Christophe Passer CONTACTS L’ŒIL DE DADI Emmanuel Grandjean

  71  CONTRE-TEMPS Didier Pradervand  73  NE PARTONS PAS FÂCHÉS Isabelle Falconnier  73  POINT FINAL Philippe Le Bé

Tourisme suisse

Pervers narcissiques

Bachar el-Assad

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LES PISTES POUR SORTIR DE LA CRISE

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Question de stYle

Fr. 5.90

No 34 Semaine du 23 août 2012

yves mittaz Vingt-cinq ans à la tête de l'omega european Masters

bubba watson l'américain assomme ses concurrents par son talent. portrait d'un autodidacte

Crans-montana suivez notre guide pour attaquer au mieux le parcours

teChnique le putting se répète comme la musique pour gagner des coups là où cela compte

YVES MITTAZ «LES JOUEURS RAFFOLENT DE CRANS» CRANS-MONTANA NOS CONSEILS POUR MAÎTRISER LE PARCOURS BUBBA WATSON PORTRAIT D’UN EXTRAVAGANT DEVENU UNE ICÔNE 48 PAGES SPÉCIALES

TOURISME LES SOLUTIONS été 2012 | un hors-série

de l’hebdo | ne peut

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POUR SORTIR DE LA CRISE

• Les raisons d’une désaffection • Témoignages: des hôteliers qui réagissent • Comment réinventer une identité touristique C

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Tourisme Les solutions pour sortir de la crise. p. 16 Pervers narcissiques  p. 40 Forces armées p. 44 SHUTTERSTOCK

Couverture régionale www.hebdo.ch

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NEUCHÂTEL L’INDISPENSABLE TRANSRUN • Le RER qui doit cimenter le canton •Une votation loin d’être gagnée

Neuchâtel L’indispensable p. 30 Transrun Tourisme p. 16 Pervers narcissiques p. 40 URBA PLAN

CES IMPITOYABLES SÉDUCTEURS

16 I ACTUELS

TOURISME SUISSE Les pistes pour sortir de la crise. 20 Les visages contrastés d’une industrie. 22 «La Suisse est à elle seule une niche.» Interview de Jürg Schmid, directeur de Suisse Tourisme. 25 ENSEIGNANTS La crise sauve l’école. 27 SERVICE Metro Bank: la banque du peuple. 28 MODE Akris, «spectaculairement antispectaculaire». 30 NEUCHÂTEL Un RER pour cimenter le canton. 34 AFFAIRES À SUIVRE Suisse, monde, économie, société et culture.

DANS LES YEUX DU MASSACREUR

56 I PASSIONS

PHOTOGRAPHIE Bachar el-Assad: dans les yeux du massacreur. 59 «THE EXPENDABLES» «On va tout faire péter», épisode 2. 60 FESTIVAL Septembre musical, symphonique puissance trois. 62 EXPOSITION Le faux parfait de Vevey. 63 MUSIQUE Un phénix nommé Grandaddy. 64 LIVRE Avraham B. Yehoshua: dans le miroir du cinéma. 68 AGENDA Les choix de «L’Hebdo».

PERVERS NARCISSIQUES Ces impitoyables séducteurs. 42 Comment savoir si l’on côtoie un pervers narcissique? 44 INTERVIEW Dominique Andrey, chef des Forces terrestres: «La maîtrise de l’air ne doit pas se faire sur le dos des autres armes.» 54 FINANCE Philippe Hebeisen, directeur de Vaudoise Assurances: «Depuis la crise financière, les assureurs retournent aux sources.»

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Retrouvez chaque jour les sélections livres, cinéma, DVD, ainsi qu’un dessin original de Mix & Remix sur l’application iPhone de «L’Hebdo».

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40 I MIEUX COMPRENDRE

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23 AOÛT 2012

AIMEZ-VOUS

Golf Question de style Yves Mittaz «Les joueurs raffolent de Crans.» Crans-Montana Conseils pour maîtriser le parcours. Bubba Watson Portrait d’une nouvelle icône. Technique Le putting se répète comme la musique.

L’HEBDO é t é 2 0 1 2 | s p é c i a l g o l f| u n h o r s - s é r i e d e l’ h e b d o

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PHOTOS SIMON STOCK GALLERY STOCK|DESSIN ORIGINAL WAZEM|NICOLAS RIGHETTI

 5  ÉDITORIAL Alain Jeannet  8  MIX & REMIX 10  PROJECTEURS 38  COURRIER 43  TALENTS (FORMATION, EMPLOI)

No


XXX 2012 L’HEBDO


8∑MIX&REMIX Retrouvez des dessins exclusifs de Mix & Remix sur la page Facebook de «L’Hebdo»!

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L’HEBDO 23 AOÛT 2012


23 AOÛT 2012 L’HEBDO


MADONNA FAIT LE SHOW

Il y a quatre ans, 72 000 personnes avaient assisté à Dübendorf au premier concert suisse de Madonna. Le 18 août, la star a fêté sa seconde incursion en terres helvétiques, à Zurich, devant moins de 40 000 spectateurs. Show millimétré mais absence d’émotion, elle a convaincu ses fans tandis que les autres ont trouvé qu’il y avait bien quelque chose de pathétique dans la façon qu’elle a de se dénuder pour prouver qu’à 54 ans elle est toujours sexy. Entre deux play-back, Madonna a défendu les Pussy Riot et la liberté d’expression. Prévisible, mais important.√SG

FLOU. «Je vais vous répondre de manière très précise. A mon sens, ce qui est déterminant, c’est l’intention.»

Christian Varone, sur la RTS, après avoir refusé de reconnaître sur un cliché une pierre taillée, présentée comme celle qui lui a valu son arrestation en Turquie

Land art Une sculpture monumentale de l’artiste

américain Michael Heizer engage un dialogue avec le paysage du haut val de Bagnes. Fascinant.

VALAIS. Dévoilée le 18 août, une sculpture monumentale dialogue désormais avec les montagnes du haut val de Bagnes et le barrage de Mauvoisin. Elle est signée Michael Heizer, 68 ans, l’un des grands noms du land art américain. L’œuvre, d’une surface totale de 34 x 23 mètres, est en négatif. Ses trois cercles tangents s’inscrivent par le vide dans le sol, répondant aux formes pleines du cirque de montagnes et le mur du barrage.

Première étape. Les cercles sont bordés d’acier corten, 23 tonnes de métal qu’il a fallu acheminer du fond de la vallée à 2000 mètres d’altitude. Sur place, la découverte est sidérante. Comme dans un jardin zen, la géométrie est ici méditative. Le négatif balance le positif, l’horizontal le vertical, l’ordre le chaos, l’art la nature. Tangential Circular Negative Line est la première réalisation de la Fondation Air & Art

LUC DEBRAINE

Les Editions Eterna Cadencia, en Honduras, publient un livre dont l’encre, sensible à la lumière et à l’air, s’efface au bout de 60 jours. El Libro que No Puede Esperar, une anthologie de 24 jeunes auteurs d’Amérique latine, met en garde contre le manque de curiosité. Si on ne les lit pas, ce sont eux qui disparaîtront. C’est digne d’une histoire du génial Borges, l’écrivain malvoyant qui continuait d’acheter des livres même s’il ne pouvait pas les lire, parce que leur présence «magique» guidait ses pas.√JB

WALTER BIERI KEYSTONE

ENMARGE

LE LIVRE IMPATIENT

DENIS BALIBOUSE REUTERS

10∑PROJECTEURS

«TANGENTIAL CIRCULAR NEGATIVE LINE» Une œuvre signée Michael Heizer. menée par le designer valaisan Jean-Maurice Varone. Son ambition est de confier à des artistes internationaux la création d’une œuvre monumentale et pérenne dans chacun des treize districts valaisans. La sculpture de Michael Heizer est la première étape d’un par-

cours d’art contemporain unique au monde, propre à renforcer l’attrait culturel du canton. La réalisation difficile de l’œuvre, d’un coût à six chiffres, a été soutenue par les autorités régionales et cantonales ainsi que par une série de mécènes.√LUC DEBRAINE

Les salafistes contre la culture En Tunisie,

les islamistes radicaux se sont à nouveau distingués. Inquiétant. LIBERTÉ D’EXPRESSION. Les islamistes radicaux n’aiment pas la culture et ne se privent pas de le montrer, comme lors de la destruction récente de joyaux architecturaux maliens. Cette fois, c’est de plusieurs villes tunisiennes que nous parviennent des nouvelles inquiétantes. A MenzelBourguiba, un groupe de salafistes s’est distingué en pous-

sant un humoriste à annuler son one-man-show, avant qu’à Kairouan un chanteur qui devait se produire aux côtés de musiciens iraniens ne décide lui aussi de renoncer après des menaces. Menaces qui ont été mises à exécution à Bizerte, où un rassemblement organisé dans le cadre de la Journée alAqsa a été interrompu par des militants radicaux armés de

bâtons et de sabres. En juin, ces mêmes salafistes avaient saccagé une exposition d’art contemporain près de Tunis. Plusieurs voix se sont élevées pour dénoncer le laxisme des autorités, tandis que pour certains observateurs ces attaques envers la liberté d’expression sont une marque du très conservateur parti au pouvoir, Ennahda.√SG L’HEBDO 23 AOÛT 2012


C’est le nombre de glaciers en Suisse où il est encore 2 possible de pratiquer le ski en été en raison du réchauffement climatique: l’Allalin à Saas-Fee

PROJECTEURS∑11

(3600 mètres) et le Théodule à Zermatt (3850 mètres). Il y a quelques années, ils étaient encore 6.√

Le Grand Théâtre en lice pour un prix prestigieux

LUTTE ANTITABAC L’AUSTRALIE IMPOSE LA CIGARETTE ANONYME

DANSE. Le Ballet du Grand Théâtre de Genève est en lice pour un prix prestigieux qui sera remis à New York le 15 octobre. La compagnie vient en effet d’être sélectionnée pour l’un des Bessie Awards, souvent considérés comme les oscars de la danse. C’est la création Préludes & fugues (2011) de l’Israélien Emanuel Gat qui a retenu l’attention du jury. La pièce du chorégraphe fait virevolter les danseurs sur

les notes légères et délicates de Jean-Sébastien Bach. Les gestes sont fluides, précis, souvent rapides. L’œuvre est en lice dans la catégorie la plus en vue, celle d’Outstanding Production pour une salle de plus de 400 places. Elle sera en concurrence avec une création de feu Merce Cunningham (l’un des pères fondateurs de la danse contemporaine) et une pièce de la compagnie indienne Nritya-

Ikea se diversifie Le géant suédois

veut créer une chaîne d’hôtels à bas prix.

GAETAN BALLY KEYSTONE

NOUVEAUTÉ. Un milliard d’euros. C’est la somme qu’Inter Ikea compte engager dans l’hôtellerie à partir de 2013. La filiale d’investissement du premier détaillant mondial de meubles prévoit en tout la création d’une centaine d’hôtels à bas coût dans toute l’Europe.

ENSEIGNE Une centaine d’hôtels devraient voir le jour en Europe dès l’année prochaine. 23 AOÛT 2012 L’HEBDO

Le premier établissement devrait voir le jour en Allemagne alors que d’autres projets sont en passe de concrétisation en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas et dans les pays baltes. Cette nouvelle offre viendrait «répondre à une demande touristique grandissante d’hôtels peu chers mais élégants, née de la baisse des tarifs aériens», a déclaré le chef du projet, Harald Müller, dans les colonnes du quotidien suédois Svenska Dagbladet. Curieusement, ces nouveaux hôtels n’utiliseront ni le nom ni le mobilier Ikea, la firme souhaitant clairement séparer ses deux secteurs d’activité. Ils seront exploités par un opérateur qui paiera à Inter Ikea le droit d’utiliser la marque. Avec ou sans enseigne Ikea, les autres chaînes hôtelières tremblent déjà face à l’arrivée du géant suédois sur le marché.√KG

VINCENT LEPRESLE GTG

La compagnie de danse genevoise figure parmi les sélectionnés des Bessie Awards.

EN VUE La pièce du chorégraphe Emanuel Gat a séduit le jury des Bessie Awards. gram. Emanuel Gat avait déjà été primé aux Bessies en 2007, pour Rite of Spring, créé pour sa propre compagnie.√LB

Malgré l’opposition déterminée des grands groupes du tabac, les marques disparaîtront des paquets de cigarettes dès le 1er décembre prochain en Australie. Les seules illustrations qui s’offriront aux consommateurs seront celles des campagnes de prévention contre les méfaits de la fumée. Les emballages seront standardisés, rendant impossible la distinction entre marques et types de cigarettes. La Haute Cour de Sydney, juridiction suprême du pays «down under», a confirmé la validité d’une loi antitabac votée par le Parlement de Canberra.√YG


12∑PROJECTEURS 12∑PROJECTEUR

MILLIARDS Telle est la valeur boursière, 623,5 en dollars, d’Apple, la plus élevée jamais atteinte par une société cotée en Bourse. Le record précédent, 616,3 milliards, était détenu par Microsoft. Il datait de décembre 1999.√

GENDARME FINANCIER CHARLES PICTET QUITTE LA FINMA

L’âge aura finalement rattrapé le vieux sage et patron de la place financière. Charles Pictet quittera le conseil d’administration de la Finma, le gendarme financier, en avril 2013. Il y était entré en 2005. Homme d’influence et de réseaux, il avait auparavant garanti le succès de la banque privée homonyme à Genève dont il était associé senior.√YG

AFRIQUE MORT DE MELES ZENAWI

Il était l’un des chefs d’Etat les plus forts du continent noir. Meles Zenawi, premier ministre éthiopien, est mort à 57 ans à Bruxelles d’une

maladie non divulguée. En vingt et un ans, cet ancien guérilléro a fait d’une contrée ravagée par la famine un pays en plein développement. Au prix d’une guerre contre l’Erythrée voisine et de plusieurs atteintes aux droits de l’homme.√YG

Les signatures, arme de la société L’outil suisse d’initiative

SMARTVOTE

VOTATIONS. La Suisse a essaimé ses outils démocratiques. Alors qu’elle était la seule à connaître la récolte de signatures pour l’initiative et le référendum en 1920, 38 pays s’y sont mis depuis: en Amérique du Nord, mais aussi latine et dans les ex-républiques soviétiques. Le centre pour la démocratie (ZDA) de l’Université de Zurich s’est penché sur les gagnants du système. Il en ressort que la récolte de signatures échappe

BIENNOIS PRIVÉS

Pingres les socialistes et les Verts biennois? C’est à cause d’eux que Smartvote a décidé de ne pas couvrir les élections au législatif et à l’exécutif en septembre. Les deux partis ont refusé de verser 50 francs pour chaque candidat élu au législatif. De plus, le président du PS biennois a expliqué que les candidats «ont d’autres priorités que de passer un temps précieux à remplir les questionnaires de Smartvote.» √SP

et de référendum s’est répandu dans le monde et sert les associations plutôt que les partis.

aux partis pour devenir l’arme de la société civile, associations et syndicats en tête: 49% des votations ainsi provoquées viennent de la société civile, contre 40% des partis de l’opposition et 11% de ceux au pouvoir. Globalement, la société civile gagne la votation dans 57% des cas. Ce succès n’atteint que 38% en Suisse. La faute à une trop grande facilité à lancer initiatives et référendums, sans qu’un soutien populaire les accompagne.√TR

L’HEBDO 23 AOÛT 2012


DR

SUMMER OF LOVE. «A travers tout le pays, une si étrange vibration, un peuple en marche, il y a une génération avec une nouvelle vision.»

PROJECTEURS∑13

Extrait de San Francisco, hymne hippie interprété en 1967 par Scott McKenzie, décédé à Los Angeles à l’âge de 73 ans

Les cours commencent à 11 h 30 Un collège britannique

CFF PAS D’AMENDES POUR LE SAC SUR LE SIÈGE

RYTHME SCOLAIRE. Commencer ses cours à 11 h 30 et les terminer à 17 h 30, quatre jours sur cinq, le pied pour un ado! C’est le joyeux sort réservé depuis trois ans aux élèves du Hugh Christie Technology College, dans le Kent au sudest de Londres. Cherchant à régler des problèmes de circulation devant son établissement, le proviseur John Barker s’est lancé dans des recherches scientifiques pour convaincre parents et lycéens

23 AOÛT 2012 L’HEBDO

de retarder le début des classes. Il a finalement trouvé qu’un changement dans le cycle hormonal fait que les adolescents s’endorment tardivement, entre 23 heures et 1 heure du matin, et ouvrent l’œil naturellement entre 9 et 10 heures. Interrogée par Europe 1, la jeune Vicky affirme travailler davantage et mieux qu’auparavant en étant plus reposée. «Si j’ai des devoirs à rendre, je les fais le matin avant de me rendre au col-

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adapte ses horaires à l’horloge biologique des adolescents.

HEURES DE COURS ADAPTÉES Elèves, professeurs, parents: tous gagnants.

lège.» Quant au proviseur, il constate avec bonheur que l’assiduité et la ponctualité de ses élèves sont désormais au beau fixe. Cerise sur le pudding, «les résultats scolaires se sont améliorés».√ PLB

Les CFF voulaient taper du poing sur la table. L’automne dernier, ils ont annoncé que les passagers qui occupent un siège supplémentaire avec leurs affaires seraient amendés, afin de désengorger les trains bondés. Or, l’annonce n’était qu’une tempête dans un verre d’eau. En presque un an, les CFF n’ont pas distribué une seule contravention, révèle le Tages-Anzeiger. D’ailleurs, cette disposition existe depuis vingt ans dans le règlement, sous forme d’un billet supplémentaire. Mais les CFF aboient plus fort qu’ils ne mordent. Il faudra continuer à demander soi-même aux indélicats de libérer un siège. Bref, à se parler entre êtres humains.√TR


14∑PROJECTEURS DR

COMPLOT. «Dans mon pays, mon président essaie de faire passer une interdiction des armes. Il organise tous ces meurtres, à Aurora et au temple sikh. Cela ressemble à une Amérique nazie.»

Ce devait être le moment fort de l’été à New York: l’inauguration du système de vélos en libre-service, cousin du Vélib’ de Paris. Las, de gros problèmes informatiques ont torpillé une nouvelle fois les espoirs du maire Michael Bloomberg. Il a dû se résigner à annoncer encore un ajournement du projet City’s Bike à mars 2013. Plus de 7000 vélos seront alors mis en location dans plus de 420 stations de recharge situées à Manhattan, Brooklyn et dans le Queens. Une nouvelle variante aux ferries, métro, bus, et, pour les touristes, une manière inédite de découvrir la ville.√PV

10 000 FRANCS POUR LA FORMATION CONTINUE

Que la formation soit une porte d’entrée pour la réinsertion ou l’intégration, c’est ce que promeut la Fondation pour le développement de l’éducation permanente à Genève. Depuis 2001, elle attribue un prix de 10 000 francs aux projets de formation pour adultes, qu’il s’agisse d’informatique pour personnes peu qualifiées ou de cours de français pour étrangers. Candidatures jusqu’au 12 octobre. Détails sur fdep.ch.√TR

L’apprentissage défie la crise Le nombre

de places en formation professionnelle ne cesse de croître, à Zurich par exemple. Les jeunes rechignent à entrer dans certains secteurs.

FORMATION. L’apprentissage tient le cap. Depuis quatre ans de crise, chaque rentrée inquiète, car la formation professionnelle est connue pour encaisser les soubresauts de l’économie en première ligne. Mais les mesures d’encouragement des cantons, notamment les incitations financières aux entreprises pour créer de nouvelles places, instituent un climat «sous serre» pour la formation duale. A Zurich comme ailleurs, mais c’est là flagrant, le nombre d’apprentis ne cesse de grimper depuis 2002 (voir graphique). En une décennie, 3500 places ont été créées. Idem dans le canton de Vaud, autre grand pourvoyeur, où le nombre de nouveaux contrats a presque doublé, passant de 3400 en 2003 à 6396. Côté alémanique, la hausse est due en partie à l’introduction en 2005 de l’attestation de formation professionnelle (AFP), un apprentissage express de deux ans. Les adolescents issus des filières

NICOLE BÉGUIN EX-PRESS

ENMARGE

LE VÉLIB’ DE NEW YORK REPOUSSÉ

Dave Mustaine, chanteur du groupe de heavy metal californien Megadeth

BOND DE 38% Le nombre de contrats d’apprentissage est passé à Zurich de 9083 à 12 594 au cours des dix dernières années. Grâce notamment à une formation express. basses, impopulaires auprès des employeurs, peuvent s’y former aux métiers semi-spécialisés, comme la vente et l’hôtellerie. Cependant, ces mesures pour pousser les employeurs à former et à engager des jeunes au profil peu attrayant se heurtent aux inclinaisons des adolescents eux-mêmes. Dans la course aux apprentissages, ils sont peu nombreux à viser les métiers d’installa-

teur sanitaire, de maçon ou de coiffeur. Dans le canton de Zurich, à la fin juin, il ne restait pas moins de 150 places à pourvoir dans les techniques du bâtiment, 130 dans la construction et une centaine dans la coiffure. Pour les patrons, souvent de PME, c’est un casse-tête. Si même le manque de débouchés ne pousse pas les apprentis chez eux, où trouveront-ils la relève?√TASHA RUMLEY


DISCOURS CHOQUANT SUR LE VIOL

«Dans le cas d’un “viol véritable” le corps de la femme peut bloquer le processus [de fécondation].» En pleine campagne électorale aux Etats-Unis, les propos controversés du député républicain Todd Akin ont remis le débat sur l’avortement au centre des discussions.√

PROJECTEURS∑15

Tony Scott Le réalisateur anglais CINÉMA. Dans le jargon, on les appelle des tâcherons. Soit des réalisateurs qui se mettent au service des studios pour remplir un cahier des charges précis en se gardant bien d’apporter une touche personnelle à leurs films. On a dit parfois que Tony Scott, qui est décédé le 19 août à l’âge de 68 ans en se jetant d’un pont dans le port de Los Angeles (sa veuve a depuis démenti une rumeur le disant atteint d’une tumeur au cerveau inopérable), était un tâcheron, à l’inverse de son frère aîné Ridley, qui de son côté a signé

de nombreux films ayant laissé des traces dans l’histoire du cinéma (Alien, Blade Runner, Gladiator). C’est en grande partie vrai, tant parmi les seize longs métrages qu’il a réalisés la plupart sont de purs pop-corn movies. Mais en termes d’efficacité narrative, l’Anglais était redoutable. Thrillers d’espionnage rondement menés, Ennemi d’Etat (1998) et Spy Game (2001) sont des divertissements tout e qu’il y a d’honorable, tout comme Le dernier samaritain (1991), USS Alabama (1995) ou Unstoppable (2010), son ultime

GUS RUELAS KEYSTONE

s’est suicidé à Los Angeles. «Top Gun», qui l’a révélé en 1986, restera son plus gros succès.

FILMOGRAPHIE Tony Scott a réalisé seize longs métrages entre 1983 et 2010. film. Mais on se souviendra surtout de Tony Scott pour trois titres: Les prédateurs (1983), film de vampires arty avec Catherine Deneuve et David Bowie, True Romance (1993), polar séduisant écrit par Quentin Tarantino, et évidemment Top Gun (1986),

film emblématique des années Reagan, plaisant à revoir bien que, affreusement daté. Tony planchait depuis quelques mois sur une suite. Et si c’était Ridley qui s’attaquait du coup à Top Gun 2? Il n’est pas interdit de rêver.√STÉPHANE GOBBO

La monnaie chinoise en chute

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Le yuan perd de sa valeur face au dollar. Une tendance inédite.

TENDANCE La chute du yuan reflète le ralentissement de l’économie chinoise.

DEVISES. Le mouvement est léger mais significatif: depuis le mois de mai, le yuan chinois s’est déprécié de 1,3% par rapport au dollar américain. Une tendance inédite: depuis que Pékin a décidé de laisser flotter le cours du renminbi, en 2005, celui-ci n’avait jamais cessé de prendre

de la valeur face au billet vert. Derrière ces changements a priori abstraits se cache une réalité très concrète: le ralentissement de l’économie chinoise, observe la Banque Sarasin dans l’une de ses analyses. «Un renminbi plus faible soutiendrait les exportations chinoises, qui

étaient presque au point mort en juillet», explique le rapport. Les experts de Sarasin estiment toutefois que cette baisse est le reflet de l’état de santé de l’économie chinoise. Et non le fruit de manipulations de taux dont Pékin est régulièrement accusé par des politiciens américains.√LB


2,9%

La part de l’industrie touristique dans le PIB suisse, avec de grandes variations cantonales: en Valais, elle atteint 25% (chiffre de 2000).

144 800 29e Le nombre d’employés du secteur dans notre pays, en équivalents plein-temps.

Le rang de la Suisse dans le classement des destinations touristiques mondiales. En termes de recettes, elle est 16e.

+2,5%

La différence du nombre de nuitées en Suisse entre 1990 et 2011. En Autriche, elle est de +6,9%.

Tourisme suisse

COMMENT SORTIR DE LA CRISE

3,4%

Le poids de la Suisse dans le tourisme européen en 2010, en pourcentage de visiteurs. En 1970, il était de 9,2%.


ACTUELS∑17 25 Pénurie d’enseignants 27 Metro Bank

28 Akris 30 Transrun

IMAGE À RÉINVENTER Les régions de montagne, zones traditionnellement touristiques du pays, sont celles qui souffrent le plus aujourd’hui.

DOSSIER RÉALISÉ PAR MATTHIEU RUF, SABINE PIROLT, PHILIPPE LE BÉ ET CATHERINE BELLINI

SIMON STOCK GALLERY STOCK

L’

hôtelier grison fait entrer le journaliste dans la spartiate chambre à deux lits serrés, confiant. «Les chambres, comme vous le voyez, sont propres et rangées.» «Mais aussi vraiment sobres», lui répond, indirectement, la voix off du documentaire: «Celle-ci coûte 110 euros

par nuit: pas vraiment bon marché.» La caméra zoome avec délice sur une salle de bains désuète. «Et le charme des années 70 est inclus…» Cet extrait de l’émission Europamagazin, diffusée par la chaîne allemande ARD en juillet dernier, a fait beaucoup parler de lui en Suisse alémanique. Doucement satirique, l’émission cherchait à expliquer pourquoi les touristes allemands délaissaient la

ACTUELS

ANALYSE. Accueil, variété de l’offre, investissements: l’industrie touristique suisse a pris des retards importants qu’elle doit combler pour survivre. Tourisme de niche, estival et asiatique comptent parmi les nouveaux mots clés.


18∑TOURISME SUISSE Suisse. Et citait, en conclusion, un sondage réalisé en mars dernier par le site d’avis de voyageurs Zoover auprès de ses utilisateurs, qui devaient élire les «citoyens les plus accueillants». Sur 13 pays européens, les Suisses sont arrivés derniers. Sommes-nous devenus de mauvais hôtes? Est-ce là l’origine d’une désaffection touristique chiffrée, au premier semestre de cette année, à 643 000 nuitées en moins (-3,7%), dont 602 000 dues à un reflux de visiteurs étrangers?

Provenance des touristes en Suisse en 2011

La touche finale. L’accueil de

Amérique latine 1,1%

Afrique 0,8%

Amérique du Nord 4,7%

Océanie 0,8%

Asie 8,4%

Suisse 44,5%

L’EUROPE AVANT TOUT L’Allemagne demeure le premier pourvoyeur étranger de nuitées en Suisse (5,2 millions en 2011), devant le Royaume-Uni (1,7 million), les Etats-Unis (1,5 million) et la France (1,4 million). Les Chinois (0,7 million) étaient plus nombreux que les Japonais (0,5 million).

LE MONDE A CHANGÉ En 1970, un touriste européen sur 11 venait en Suisse. En 2011, ce n’est plus que 1 sur 31, tandis que la croissance du secteur a explosé. Cette statistique pointe le bouleversement qu’ont engendré l’arrivée des compagnies aériennes lowcost et d’internet: une concurrence démultipliée. La Suisse, traditionnelle destination de montagne, n’est plus seulement en compétition avec d’autres pays alpins. Mais aussi avec un séjour à Istanbul ou une semaine balnéaire à Charm el-Cheikh.

Car les habitudes de consommation ont aussi changé. «On a beaucoup de seniors qui viennent en car d’Allemagne et logent dans des hôtels troisétoiles, en route vers la France, pointe à titre d’exemple Fabian Claivaz, directeur de l’Office du tourisme de Martigny. Mais dans quinze ans, leurs successeurs ne voyageront plus comme ça.» Les professionnels du secteur font tous le même constat: «Les gens prennent des vacances plus fragmentées, plus courtes, et de moins en moins fidèles, à la recherche d’expériences, résume Philippe Vignon, directeur de Genève

«ON CONTINUE À FONCTIONNER AVEC LE MODÈLE DE 1970. AUJOURD’HUI, LE CONSOMMATEUR VEUT TOUT, TOUT DE SUITE.»

Philippe Rubod, directeur de Crans-Montana Tourisme

SOURCE OFS

Europe 39,7%

DR

ACTUELS

Tourisme. Trois semaines en été, une de ski en hiver, c’est fini.»

(35,5 mio de nuitées)

Défaillances. La réalité est

nuancée, et les chiffres de fréquentation cachent aussi des réalités diverses. Au premier semestre, les zones de montagne ont beaucoup souffert: 221 000 nuitées en moins aux Grisons (-7,6% par rapport au premier semestre), 150 000 en Valais (-6,9%). Mais le canton de Genève est resté stable, et la région bâloise a progressé de 15 000 nuitées (+2,2%). Il est indéniable, en outre, que la force du franc a plongé le secteur dans une situation difficile. Le tourisme indigène ne faiblit pas trop (en diminution de 0,5% au premier semestre), sans doute grâce à la bonne conjoncture économique interne. Sa fidélité patriotique n’est pas acquise. Surtout, le franc fort fait se tenir à distance nombre d’Européens, la principale clientèle des hôtels suisses (voir graphique ci-dessus). Mais la conjoncture n’a, en réalité, fait qu’exacerber des défaillances structurelles de la branche. Qui pourraient avoir de lourdes conséquences sur ses 145 000 employés dans le futur. «Si on ne fait rien, avance Urs Zenhäusern, directeur de Valais Tourisme, on va assister à une restructuration qui va faire mal aux régions de montagne.» Diagnostic.

LES SUISSES RESTENT LES PRINCIPAUX CLIENTS DU SECTEUR DANS NOTRE PAYS

l’Homo touristicus de 2012 est donc, lui aussi, différent. Ce que n’ont pas encore perçu nombre de prestataires, surtout en montagne, selon Philippe Rubod, directeur de Crans-Montana Tourisme: «On continue à fonctionner avec le modèle de 1970. Aujourd’hui, le consommateur veut tout, tout de suite. Au lieu d’être déstabilisé par quelqu’un qui rentre dans un restaurant à 16 heures et veut manger, il faut pouvoir dire: pas de problème.» Pour Francis Scherly, professeur honoraire à HEC Lausanne, «la qualité et la conscience professionnelle ont incontestablement progressé par rapport à la grande crise des années 90, avec notamment les labels de qualité et le programme Innotour» (programme fédéral de soutien à l’innovation dans le tourisme). Mais pour ce spécialiste vétéran du secteur, il manque encore trop souvent «la touche finale personnalisée, le passage du client-matricule au client-ami». Selon un monitoring effectué par Suisse Tourisme sur plus de 9000 touristes de 110 pays, les clients mécontents (20%) ont pour reproche principal la qualité du service. Soigner l’accueil est toujours important, mais d’autant plus lorsque la conjoncture monétaire rend la Suisse encore plus chère qu’elle ne l’est habituellement. Kurt Baumgartner, propriétaire de trois hôtels à Scuol (GR), a offert l’hiver passé l’abonnement de ski et aux bains thermaux à tous ses clients: «Aujourd’hui, le prix est un sujet important. Les hôteliers doivent accepter de diminuer leurs marges.» L’HEBDO 23 AOÛT 2012


TOURISME SUISSE∑19 LES 5 FAIBLESSES DU TOURISME SUISSE ¬¬1. UNE BRANCHE

¬¬2. UN ACCUEIL

¬¬3. UN MANQUE

¬¬4. UN POSITIONNEMENT

¬¬5. UNE SAISON

Le tourisme est le quatrième secteur d’exportation du pays. Mais tous n’ont pas conscience d’y appartenir. Il est donc important de le faire comprendre à la bijoutière, qui compte des vacanciers parmi ses clients, comme au menuisier de plaine qui fabrique des poutres sans se rendre compte qu’elles serviront dans un chalet. Il faut aussi valoriser les métiers concernés: l’initiative de Suisse Tourisme pour désigner dès 2013 l’hôtel le plus accueillant du pays va dans ce sens.

Valoriser les professions du tourisme, c’est inciter à améliorer l’accueil, principal reproche des clients mécontents de leur séjour helvétique, selon Suisse Tourisme. Les meubles des années 70, l’œuf supplémentaire facturé 5 francs au petit-déjeuner, le wifi payant: ces clichés sont des exemples de la mauvaise qualité, souvent dénoncée, de certains hôtels suisses. Or notre pays, plus cher que ses concurrents, doit être absolument irréprochable sur ce point.

C’est presque devenu un refrain dans le secteur: l’Autriche ou la France investissent beaucoup plus dans les infrastructures de montagne, la Suisse est en retard. «Selon des études, pour rester proportionnels aux Autrichiens, il faudrait investir en Valais 300 millions par an dans les remontées mécaniques, au lieu de 70 millions en 2011», explique Urs Zenhäusern, directeur de Valais Tourisme. Pour rester au top, les hôtels, eux, doivent être rénovés chaque année.

Le client a un choix presque infini de destinations: la différenciation est donc devenue l’obsession des sites touristiques à succès. Les hôtels doivent définir leur clientèle (familles, seniors ou couples?) et leur créneau (écolo, design...). Comme les destinations: ainsi Grächen, qui veut être une station familiale, a adapté ses investissements et sa stratégie en conséquence. Mais cela ne suffit pas: il faut ensuite le faire savoir, avec un marketing cohérent.

«Réinventer l’été»: ce n’est pas pour rien que Suisse Tourisme a intitulé ainsi une campagne récente. Le réchauffement climatique et les changements de comportements des touristes forcent les destinations de nature à trouver d’autres attractions. Manifestations artistiques, sentiers éducatifs, œnologie, festivals, séjours médicaux, luge d’été ou autres sports insolites... La tendance à la diversification va, et doit continuer.

PERFECTIBLE

La plupart des acteurs interrogés sur des actions de baisse des prix, du type «Payez ce que vous voulez», sont en revanche sceptiques. Pour Pierre-André Michoud, vice-président de l’Association romande des hôteliers, «il faut maintenir les prix mais offrir un peu plus: la demi-pension, un petit-déjeuner plus copieux, etc., et expliquer sa démarche. Car une fois que l’on baisse ses prix, on ne les remonte plus.»

(S’) INVESTIR «Pour que les touristes viennent, il faut que le produit soit bien fait, voire parfait. Le directeur de notre office du tourisme sait saluer en une vingtaine de langues, dont le chinois, l’arabe, le coréen», s’enthousiasme Edith Zweifel à propos de la «marque» pour laquelle elle travaille: Zermatt. Une valeur sûre du tourisme 23 AOÛT 2012 L’HEBDO

D’INVESTISSEMENTS

suisse, avec encore 1,3 million de nuitées en 2011 (-4%). Qui peut compter, certes, sur le Cervin, mais aussi sur sa politique des lits chauds – privilégier l’hôtellerie par rapport aux résidences secondaires – et sur une véritable culture familiale de l’accueil. Un cercle vertueux qui a pour maître mot l’investissement. «Ces six dernières années, poursuit Edith Zweifel, Zermatt a investi un demi-milliard dans les hôtels, les remontées mécaniques, les restaurants, les infrastructures. Si une destination marche bien, on obtient les crédits des banques.» A l’opposé du cercle vertueux, il y a la spirale que connaissent beaucoup d’hôtels et de restaurants moyen de gamme: moins de clients, moins de liquidités, pas d’investissements, et donc encore moins de clients. Car ne pas rénover est très domma-

PAS ASSEZ CLAIR

geable pour l’image d’un hébergeur comme d’une station de montagne.

Crédit difficile à trouver. «En

Valais et dans les Alpes vaudoises, dans les remontées mécaniques en particulier, il y a une nécessité d’amélioration», souligne Marie-Françoise Perruchoud, professeure à l’Institut de tourisme à la HES de Sierre. Augmenter les taxes de séjour? Faire payer toute la chaîne de valeur, jusqu’aux commerces de plaine qui profitent aussi des clients en vacances? Les idées pour augmenter les moyens à disposition existent. Mais les faire passer prend du temps. En Valais, l’introduction d’une taxe touristique est limitée à la commune: à Brigue, par exemple, elle a été refusée en votation. Marie-Françoise Perruchoud pointe un autre pro-

ESTIVALE À DIVERSIFIER

blème: «L’accès au financement n’est pas aussi bon qu’en France, où beaucoup d’argent public est investi, et qu’en Autriche, qui dispose d’une banque du tourisme.» L’Autriche: un modèle qui revient incessamment à l’heure de parler du retard de l’industrie touristique. Mais le secteur, dans ce pays, pèse près de deux fois plus (5,5% du PIB en 2011), ce qu’accompagne une véritable stratégie nationale de soutien. «Ces cinq dernières années, l’accès au crédit n’était pas problématique, les banques avaient une liquidité certaine. Il est vrai qu’il est un peu plus difficile depuis douze mois», estime Philippe Pasche, directeur de la Société suisse de crédit hôtelier. Le Secrétariat à l’économie réfléchit à renforcer, dans les années à venir, cet organisme, financé en grande partie par la

ACTUELS

PEU VALORISÉE


20∑TOURISME SUISSE

LA NICHE ET LE COUTEAU SUISSE Investir, et s’investir, oui, mais dans quoi? Une valorisation des métiers du tourisme est premièrement nécessaire. Si la filière de formation fonctionne, on peut s’étonner que seuls les Valaisans, en Suisse romande, disposent d’une véritable structure de formation continue (programme Ritzy, rattaché à la HES-SO de Sierre). Au niveau de la communication, une valorisation positive de ce secteur est aussi importante. C’est le chemin emprunté par Suisse Tourisme qui récompensera, dès l’an prochain, les hôtels les plus accueillants du pays. Par ailleurs, si la crise et la force du franc exacerbent les problèmes structurels de l’industrie, les solutions devront accentuer ses avantages. Philippe Pasche en dresse la liste: «Une densité de l’offre, au kilomètre carré extraordinaire comparée à d’autres pays; un réseau de transports privés et publics excellent; une nature encore relativement accessible. Cela permet au visiteur de conjuguer le tourisme urbain et de nature.»

ACTUELS

Profils clairs. Pour utiliser ces

atouts, une seule solution: être différent. «Il faut avoir le courage de se donner un profil clair, par exemple: on est là pour les 60 ans et plus», souligne Urs Zenhäusern. La tendance des chambres d’hôtes, à la hausse comme le reste de la para-hôtellerie – B & B, auberges de jeunesse, campings – s’inscrit dans le développement des niches et des atouts individuels. Face aux coûts de base élevés du tourisme en Suisse, davan-

tage collaborer est également nécessaire. A Grächen, station familiale du Haut-Valais, 8 hôtels se sont mis en commun pour créer le Matterhorn Valley Group. La cherté de la Suisse est en tous les cas une donnée incompressible, qui la destine naturellement au haut de gamme. Pour Philippe Rubod, ce n’est pas un problème: «Personne ne discute le prix d’un couteau Victorinox, qui n’est pas un produit de luxe, mais dont la qualité est assurée.»

LES VISAGES CONTRA PORTRAITS. Un trois-étoiles en cruel manque trois hôteliers ouvrent leurs portes à «L’Hebdo».

L’ÉTÉ, L’ART ET LES CHINOIS Si l’industrie suisse doit identifier ses atouts et clairement se positionner sur des niches, elle doit aussi s’adapter à l’environnement, notamment au réchauffement climatique. Urs Zenhäusern: «Ce sont des conditions favorables pour le Valais avec ses stations en haute altitude et ses glaciers. Et l’été va devenir de plus en plus important: il fera trop chaud au bord de la mer, les gens voudront aller où il fait plus frais.» L’été doit de toute façon devenir une priorité pour le tourisme de montagne. Dans ce domaine, de nombreuses choses ont déjà été réalisées, et pas seulement des activités sportives telles que randonnées, VTT, luge d’été, ou dans le tourisme écolo. Les festivals (musique classique à Verbier), les événements sportifs (Omega European Masters de golf, à Crans-Montana) ou les expositions (celles de la Fondation Gianadda, à Martigny) sont sources de nuitées non négligeables. L’offre culturelle, justement, connaît un fort développement, même si son impact économique réel est encore difficile à évaluer. Il faudra suivre avec intérêt l’installation d’une série d’œuvres pérennes,

BERTRAND COTTET

Confédération et qui agit en tant que prêteur complémentaire aux banques.

L’absence d’investissements

Sarah Barras, gérante de l’Hôtel Le Green à Crans-Montana «Trop cher pour un hôtel jamais rénové avec de la moquette insalubre» ou «A rénover complètement». Les commentaires laissés par les clients sur le site de réservation hôtelière Booking sont sans appel. A voir, notamment, la moquette tachée, le mobilier usé, d’un autre âge, et la façade de l’Hôtel Le Green à Crans-Montana, on ne peut que leur donner raison. Gérante de ce trois-étoiles au taux d’occupation de 35%, Sarah Barras sait que le bâtiment et les chambres mériteraient un sacré rafraîchissement. Elle n’attend que cela, car la dernière rénovation date d’il y a «vingt à vingt-cinq ans. Il faudrait au minimum 1 million.» Elle a d’ailleurs des idées plein la tête pour la décoration et l’offre idéale. Le problème, c’est que les propriétaires – un architecte, un promoteur immobilier et un ébéniste – ne desserrent pas les cordons de la bourse. Ils sont «en train de réfléchir». «Et comme nous sommes trois, nous devons nous accorder», explique l’un d’eux, Michel Juillerat. Ils avaient acheté l’hôtel pour le démolir en 2009 et «faire de la promotion immobilière». Un moratoire daté de janvier 2012 a contrecarré leur plan, interdisant ce genre de pratique. En attendant, le mari de Sarah Barras rénove comme il peut, en posant des parquets lui-même. Le Green est le reflet d’une station qui a misé sur les résidences secondaires et qui ne compte que 30 hôtels. En comparaison, Zermatt en a 125! Sarah et son mari aimeraient racheter l’hôtel. «Mais l’offre des propriétaires, 10 millions, est trop élevée pour un tel bâtiment. A 2 millions, ce serait parfait, avec tout ce qu’il faudrait investir...»√SP L’HEBDO 23 AOÛT 2012


TOURISME SUISSE∑21

STÉS D’UNE INDUSTRIE

BERTRAND COTTET

XAVIER VOIROL STRATES

de fonds, un établissement écologique excentré, un pari fou en plein Zermatt: Autant de fenêtres sur les tendances à l’œuvre dans le tourisme suisse.

Heinz et Evelyne Julen, propriétaires du Backstage à Zermatt Zermatt a le Cervin et son enfant terrible: Heinz Julen, bien connu en Suisse alémanique. Ce Haut-Valaisan de 48 ans a fait plus d’une fois la une des journaux, notamment pour la déconfiture zermattoise d’Into the Hotel. C’est du passé. Cet artiste-architecte-designer-constructeur de mobilier a de nombreuses ressources et il a su rebondir. Voici deux ans, il a inauguré le Backstage, hôtel design de dix-neuf chambres – un quatre-étoiles – au cœur de Zermatt. «L’idée était de créer un endroit dont on se souvient», explique sa femme, Evelyne Julen, qui s’occupe de la gestion. 70 à 80% de la clientèle est suisse. Taux d’occupation: 60 à 70%. Heinz Julen a investi environ 15 millions de francs dans la transformation complète de la maison familiale dans laquelle il est né. Le résultat? Un endroit hors du commun, à l’aune de sa personnalité. Une grande partie du mobilier a été réalisée dans son atelier où il emploie dix personnes: armoires, tables, fauteuils, cheminée, lampes ainsi que le chef-d’œuvre du lobby au premier étage et même la piscine du spa. Ce dernier est basé sur une idée originale: celle de la création du monde en sept jours. Au sous-sol, un immense cinéma – une centaine de places et 6 projections par semaine – aussi design qu’impressionnant jouxte un bar et la galerie Vernissage qu’il a inaugurée voici vingt ans. Des soirées films-repas y sont organisées. A côté de l’hôtel, une boutique vend le mobilier Julen. Le 1er décembre, Ivo Adam, jeune cuisinier star alémanique, débarquera au Backstage avec toute sa brigade.√SP 23 AOÛT 2012 L’HEBDO

Le pari du tourisme responsable

Christoph Cordes, gérant de L’Aubier à Montezillon (NE) «Pour venir ici, loin de la ville, il faut le vouloir!» Christoph Cordes, qui gère avec son épouse Michèle l’éco-hôtel L’Aubier, à Montezillon (NE), annonce la couleur. Ses clients, provenant en grande partie de Suisse alémanique et d’Allemagne, ont un faible pour la saine et goûteuse nourriture biodynamique servie dans un environnement particulièrement paisible, avec une vue imprenable sur le lac de Neuchâtel et les Alpes bernoises. Il faut le vouloir en effet car la région du Jura et des Trois-Lacs est en queue de liste de celles recherchées en Suisse, avec 0,7 million de nuitées en 2011. Juste devant Fribourg. Dans les 25 chambres lumineuses, colorées, il n’y a pas de télé, pas de wifi (mais une liaison internet par câble), pas de minibar (mais un frigo bar en libre-service à l’étage). C’est un choix assumé. Du moins pour avoir du plus-être. Voilà trente-trois ans que L’Aubier s’épanouit, avec un taux d’occupation moyen de 60%. Depuis deux ans, la clientèle d’entreprise se fait un peu plus rare mais le nombre de clients privés ne faiblit pas, malgré le prix relativement élevé de la chambre avec petitdéjeuner: de 130 à 220 francs pour une à deux personnes. Bien plus qu’un hôtel-restaurant, L’Aubier est une aventure humaine lancée par Marc Desaules et Philippe Girardier et qui tire sa sève de sa ferme toute proche fournissant céréales, produits laitiers et viande certifiés bio. Ses quelque 700 partenaires actionnaires la soutiennent financièrement. En relation avec le café hôtel L’Aubier situé quant à lui au cœur de la zone piétonne de Neuchâtel, le site de Montezillon, dans les chiffres noirs, fait l’audacieux pari du tourisme doux et responsable.√PLB

ACTUELS

Le principe de l’audace


22∑TOURISME SUISSE

ACTUELS

Le respect des nouveaux.

Autre tendance à laquelle la Suisse doit s’adapter: la progression des touristes en provenance des pays émergents. Entre 2005 et 2010, les nuitées des Chinois en Europe ont augmenté de 28% et, en Suisse, de 117%, selon Oxford Economics. Mais cela suppose des changements d’attitude. Philippe Clarinval est directeur du cinqétoiles The Omnia à Zermatt. Il a travaillé auparavant en Asie. «Les clients asiatiques accordent une grande importance au respect. Or certains d’entre eux voyagent en bus à des prix cassés. Au moment de s’occuper de tout un car, un réceptionniste suisse doit avoir cela en tête, son amabilité ne doit pas être moindre qu’avec un client individuel.» Pour profiter de la nouvelle clientèle indienne, chinoise ou brésilienne, comme de la traditionnelle, une seule voie: améliorer constamment la communication. Philippe Vignon, de Genève Tourisme, voit dans les nouvelles technologies un moyen peu coûteux d’être visible par l’originalité, comme l’Etat du Queensland, en Australie, qui avait fait campagne sur le «meilleur job du monde», c’est-à-dire gardien d’île. Pour certaines destinations, l’implantation d’un grand groupe peut également jouer un rôle déterminant. «Un grand groupe comme Starwood (à Verbier dès 2013, ndlr) peut envoyer un message à des milliers de clients de par le monde. Aucun office du tourisme ne peut le faire. C’est un porte-avions par rapport à un pistolet à bouchon.» Il faudra au moins ça pour redonner de la vigueur au tourisme helvétique.√MR

«LA SUISSE EST À ELLE SEULE UNE NICHE» INTERVIEW. Pour Jürg Schmid, directeur de Suisse Tourisme, notre pays n’a pas le choix: il doit se tourner vers les Etats émergents. Et développer les séjours de bien-être ou écolos. MATTHIEU RUF

PROFIL

«C

e sera un mauvais été», annonçait à fin juillet Jürg Schmid, directeur de Suisse Tourisme. Depuis, la météo, dont dépend tant le secteur, s’est en grande partie rétablie. Mais les défis à long terme restent inchangés. Entre deux voyages, il a répondu à nos questions.

On évoque souvent la force du franc pour expliquer la crise du tourisme en Suisse. Le problème n’est-il pas plus profond? De 2005 à 2008, le nombre de nuitées a connu une augmentation importante pour atteindre un record de plus de 37 millions. Preuve que les infrastructures et la qualité des prestations ont permis à l’hôtellerie suisse de croître. Mais en l’espace de seulement dix-huit mois, la monnaie européenne s’est fortement dépréciée face au franc. Lorsque vos meilleurs clients perdent près de 20% de leur pouvoir d’achat, ils modifient leurs habitudes de voyage. La crise actuelle n’est donc pas liée au produit touristique en luimême mais à une baisse de la demande, en raison de la force du franc couplée à des coûts de production élevés. Tous les segments sont touchés. Cela dit, les prestataires qui n’ont pas pu ou pas su adapter leurs infrastructures, leurs tarifs et leurs segments de clientèle aux

SUISSE TOURISME

ces quinze prochaines années, dans le Valais (lire en page 10).

besoins actuels des touristes souffrent encore plus.

Tout de même, selon vos études, 20% des touristes s’arrêtant en Suisse sont mécontents, avec pour principal reproche la mauvaise qualité du service et de l’accueil. C’est juste. Mais cela signifie aussi que 80% des clients sont satisfaits. Il n’y a pas de «crise de la qualité» dans le tourisme suisse. Preuve en est l’excellent résultat qu’obtiennent les hôtels suisses sur le portail d’évaluation en ligne Holiday Check: 91% des hôtes ayant séjourné dans nos établissements déclarent qu’ils y

JÜRG SCHMID L’homme de 50 ans est directeur de Suisse Tourisme depuis 1999. En 2010, cet économiste d’entreprise rejoint brièvement la direction de la division voyageurs des CFF pour finalement revenir à son poste actuel. Avant d’intégrer Suisse Tourisme, il a successivement travaillé pour la banque Vontobel, Hewlett-Packard et le fabricant de logiciels informatiques Oracle.

retourneraient. Néanmoins, nos tarifs étant plus élevés, nous devons être encore meilleurs.

Vous avez publié dans «Hotel Revue» une tribune en faveur du wifi gratuit dans tous les hôtels. Certains mentionnent aussi des horaires de cuisine rigides. Les professionnels du tourisme ont-ils raté l’évolution de la demande des clients? On pourrait ajouter les horaires rigides de fermeture des magasins... De très nombreux hôteliers ont su faire preuve d’une grande capacité d’adaptation à l’internationalisation de L’HEBDO 23 AOÛT 2012


23 AOÛT 2012 L’HEBDO


24∑TOURISME SUISSE nos hôtes. Mais la flexibilité constitue toujours un défi important. Le wifi est un bon exemple. Il devrait s’agir d’un service standard proposé sans surcoût aux clients, partout où c’est possible. Il n’est d’ailleurs jamais gratuit, mais inclus dans le prix de la chambre.

En Suisse alémanique, la xénophobie joue-t-elle un rôle dans le reflux des Allemands? Non, je ne crois pas à un impact important de certaines réactions xénophobes, même si on ne peut que les déplorer pour l’image de notre pays. Les Allemands, comme les Néerlandais, sont plus sensibles à la fluctuation des prix que d’autres hôtes européens. Depuis le début de l’année, le recul des nuitées est de 15% pour les Allemands et de 16% pour les Hollandais, contre un repli de seulement 4,8% pour les Français. La crise va se poursuivre: les clients européens ne sont pas près de revenir en masse. Les touristes russes, chinois ou brésiliens les remplacent-ils vraiment?

«IL FAUT VOIR LA RÉALITÉ EN FACE: DANS LES CONDITIONS ACTUELLES, LE TOURISME SUISSE NE PEUT PAS S’OFFRIR LE LUXE DE CHOISIR SES CLIENTS.» Il faut voir la réalité en face: avec les conditions-cadres actuelles, le tourisme suisse ne peut pas s’offrir le luxe de choisir ses clients. Il faut donc se tourner vers les marchés susceptibles de compenser le recul des nuitées des hôtes européens. Les Chinois, les Indiens, les Russes ou les Brésiliens n’ont pas les mêmes attentes que les Européens. Mais leur venue est importante pour toute l’économie suisse car ils dépensent énormément. Leur présence profite largement à d’autres branches, comme le commerce de détail.

A l’instar de l’horlogerie, l’industrie touristique semble fonctionner au mieux quand elle a un marché de niche. Quelles niches doit-elle occuper? L’écologie (tourisme doux)? Le luxe? Et encore? La Suisse constitue à elle seule une niche: nous sommes une

destination haut de gamme, même dans les auberges de jeunesse. Il existe cependant des «niches dans la niche» à développer absolument: le tourisme doux, le well-aging (offres pour vieillir harmonieusement), le bien-être médical ou le tourisme actif: la découverte sportive du pays, grâce à un réseau de mobilité douce incomparable.

Dans sa «Stratégie de croissance pour la place touristique suisse», le Conseil fédéral juge que le pays doit avoir moins d’hôtels, et des plus grands. Cela ne va-t-il pas à l’encontre de ce que les touristes recherchent chez nous: la proximité et l’authenticité? C’est vrai, les clients aiment les petites structures. Mais ils exigent aussi des infrastructures et des services que ces dernières n’ont souvent pas les moyens d’offrir. Il est donc

nécessaire d’obtenir des gains de productivité pour améliorer l’offre: un hôtel disposant de davantage de chambres peut plus facilement financer des services supplémentaires, comme un baby-sitter pour les enfants ou des activités de bien-être, sans pour autant perdre en authenticité. Et même si les hôtels suisses grandissent, ils resteront petits en comparaison internationale.

Les grandes chaînes hôtelières s’installent peu à peu dans les régions de montagne, comme Starwood à Verbier en 2013. Est-ce une évolution souhaitable? Les chaînes sont les bienvenues car, avec leurs marques, elles amènent une clientèle fidèle. Cependant, elles ne s’implanteront pas, en principe, dans toutes les destinations alpines. Elles considèrent avant tout des lieux qui leur garantissent un taux d’occupation des chambres acceptable en toute saison, comme c’est le cas des villes. Les implantations récentes à Verbier, Davos ou Saint-Moritz resteront des exceptions.√

INITIATIVE WEBER

ACTUELS

Elle touche aussi les hôtels

Remplacer les hôtels qui ne sont plus rentables par des résidences secondaires, c’est ce que préconise Guglielmo Brentel, président d’Hotelleriesuisse dans une interview parue récemment dans le Tages-Anzeiger. Indiquant qu’une centaine d’hôtels ferment chaque année en Suisse, il prévoit même une accélération de cette tendance et veut éviter que des ruines n’entachent l’image du tourisme helvétique. Cette possibilité – qui ne figurait pas dans le projet initial d’ordonnance concocté par les services de Doris Leuthard, mais qui répond aux vœux de la Fédération suisse du tourisme et d’Hotelleriesuisse – est acceptable pour les défenseurs de l’initiative Weber. Mais elle doit être assortie de conditions. Le compromis: prouver que ces établissements ne sont vraiment plus rentables, expertise à la clé, et qu’ils existent depuis au moins vingt-cinq ans. Par ailleurs, la construction de nouveaux appartements de vacances dans des complexes hôteliers devrait se poursuivre si ceux-ci sont

mis en location par une organisation professionnelle et qu’ils sont à disposition toute l’année notamment. Du type appart’hôtels comme les villages de vacances de la Reka par exemple. En revanche, la construction de véritables résidences secondaires, comme des propriétés par étage, dans des complexes hôteliers, ne devrait plus être admise dans les communes dépassant déjà les 20% de résidences secondaires. Les associations touristiques l’acceptent mais espèrent qu’une certaine souplesse sera permise dans l’exploitation d’appartements à des fins hôtelières. Les exceptions à la limite de 20% de résidences secondaires dans les communes suisses, visée par l’initiative Weber, sont fixées dans une ordonnance d’application. Le Conseil fédéral ne l’avait pas encore définitivement édictée au moment du bouclage de L’Hebdo, d’où l’emploi du conditionnel. La principale pierre d’achoppement, au sein du gouvernement, portait sur la date de la mise en application de l’initiative.√CB

L’HEBDO 23 AOÛT 2012


FORMATION∑25

LA CRISE SAUVE L’ÉCOLE ENSEIGNANTS. Entre retraite des babyboomers et HEP contraintes au numerus clausus, la Suisse romande flirte avec la pénurie de profs jusqu’en 2017.

C’

est un répit pour l’école. Après des années de pénurie, les cantons alémaniques ont déniché suffisamment d’enseignants pour la rentrée. Les romands, qui puisent parmi les retraités et les étudiants, ouvrent leurs classes presque sereinement et démentent la pénurie. Ironiquement, c’est à la crise que l’école doit son salut. Ainsi que l’explique le rapport L’éducation en Suisse, «en période précaire, davantage [de gens] optent pour une carrière d’enseignant». En clair, les diplômés tentent leur chance dans l’économie privée et se réfugient dans l’enseignement dès que l’emploi se fait morose. En effet, depuis l’éclatement de la crise en 2008, la hausse des effectifs des hautes écoles pédagogiques donne le tournis. A la HEP Vaud, la plus grande romande, les inscrits sont passés de 932 à 1480. Ce regain de vocations ne règle pas tout. Dépassées, les HEP ont dû instaurer un numerus clausus de fait. L’an dernier, la HEP-BEJUNE (Berne, Jura, Neuchâtel) a refusé une soixantaine de candidats; cette année, celle de Lausanne a fait pareil avec une cinquantaine. «En général, il y a assez de places sur les bancs des HEP, ce sont plutôt les stages qui manquent, sachant que la pratique constitue 25 à 40% d’une formation d’enseignant», explique Olivier Maradan, secrétaire général de la CIIP (Conférence intercantonale de l’instruction publique). 23 AOÛT 2012 L’HEBDO

AUGMENTATION DES EFFECTIFS DES HEP 1500

1480 en 2012 +58,8%

1200

932 en 2008 HEP Vaud HEP BEJUNE HEP Fribourg

900

600

300

498 en 2008

550 en 2012 +10,4%

276 en 2008

420 en 2012

2009

+52,2%

2010

Un numerus clausus à deux doigts de la pénurie, c’est une absurdité reconnue de tous. Seule solution, former au plus vite des maîtres de stage pour absorber le flux d’apprentis pédagogues.

En accéléré. Le temps presse.

La Suisse alémanique a certes essuyé la plus forte pénurie, mais les prévisions inquiètent en Suisse romande. La HEPBEJUNE mène une étude pour déterminer les carences à venir selon la vague de retraite des profs babyboomers. «En primaire, d’ici à 2015, nous devrons doubler le nombre d’enseignants formés», dit son recteur Jean-Pierre Faivre. Dans le canton de Vaud, ce sont carrément 2500 diplômés qu’il faudrait mettre sur le marché. Les HEP se préparent à s’agrandir, mais cette ampleur est irréaliste.

2011

2012

Les Alémaniques ont comblé le manque à la manière forte. En 2010, Zurich, Berne et Bâle ont introduit à l’arraché une formation accélérée, le Quereinstieg. Elle offre une reconversion aux employés du privé en HEP, sans passer par la case université. Côté pile, les Quereinsteiger se montrent pointus, passionnés et suffisamment cabossés par la vie pour dispenser un enseignement pragmatique et réel; les élèves adorent. Côté face, leur bagage académique est mince. Les Romands, traditionnellement plus académiciens, ne veulent pas du Quereinstieg. L’organe cantonal suprême, la CDIP, vient de trancher en faveur des Zurichois en accordant la reconnaissance du diplôme: les Quereinsteiger pourront enseigner dans toute la Suisse et à l’étranger, grâce aux accords bilatéraux. Mais les

HEP romandes n’ont pas l’intention de créer ce cursus dit «au rabais». «Y a-t-il suffisamment de connaissances académiques? s’interroge JeanPierre Faivre. Cela crée un champ de tensions avec les diplômés du cursus traditionnel. D’ailleurs, que feront ces “reconvertis” après la pénurie? Les directeurs d’école ne les engageront plus.» Aujourd’hui déjà, même sans Quereinstieg, le CV de certains profs laisse songeur: beaucoup enseignent sans diplôme ad hoc, ayant pris racine après des remplacements à répétition. En 2005, ils étaient certes moins de 5% dans le Jura, à Neuchâtel, à Fribourg et en Valais, mais 12% à Berne et 17% à Lucerne. La satistique fâche tant qu’elle n’est plus menée. Vaud n’y avait même pas répondu à l’époque et n’a pas fourni ce chiffre à la demande de L’Hebdo. Or, le président du Syndicat des enseignants romands (SER), Georges Pasquier, juge que «Vaud est le spécialiste du genre». Pour le syndicaliste, «les cantons romands font preuve de moins de franchise que les alémaniques: si les besoins sont comblés par des gens sans diplômes, c’est qu’il y a pénurie».

Le fiasco histoire-français.

Difficile d’évaluer la situation dans son ensemble. En totale contradiction avec le message de manques, certains jeunes diplômés de HEP peinent à décrocher un emploi et atterrissent au chômage, incrédules. D’autres se résignent à accepter un poste en dessous de

ACTUELS

TASHA RUMLEY


26∑FORMATION leurs qualifications. «Au niveau secondaire 2, il n’y a aucune pénurie, car un diplômé de master se dirige le plus souvent vers l’enseignement au gymnase, et cette formation pédagogique ne dure qu’un an», observe Cyril Petitpierre, directeur de la formation à la HEP Vaud. «Dès lors, certains vont enseigner au secondaire 1, en étant surqualifiés au plan académique mais sans disposer de la formation pédagogique correspondante.» Il y a des profils qui font mal. Jean-Pierre Faivre évoque le duo histoire-français, «une catastrophe pour trouver un poste, car la dotation en heures est faible, les places rares». Les lettreux pure souche, géographie et philosophie incluses, se tournent par centaines vers la pédagogie, faute de débouchés ailleurs. A l’inverse, les spécia-

listes en maths, sciences et langues étrangères se font aspirer par l’économie, ce qui cause la pénurie.

truction publique. «Nous avions 280 postes à repourvoir cette année, ce qui assèche le marché.» Cette aspiration d’enseignants n’est pas terminée, Désamour du secondaire. puisque Fribourg ville et Bulle Dans cet imbroglio de facteurs, n’ouvriront leurs classes d’enHarmoS a ajouté son grain de fantine que l’an prochain. sel. En instaurant deux années Cette lacune-là est temporaire. d’école enfantine obligatoire, A l’inverse, le secondaire 1 p eine à re cruter depuis toujours. Natu«EN PÉRIODE PRÉCAIRE, rellement, la perspecDAVANTAGE [DE GENS] tive de se trouver face OPTENT POUR UNE CARRIÈRE à des adolescents en plein âge bête refroiD’ENSEIGNANT.» dit. Les pédagogues«L’éducation en Suisse», rapport 2010 nés préfèrent souvent le primaire, avec ses il a mis quelques cantons face élèves plus réceptifs et ses préà un recrutement colossal d’en- requis moins poussés. Quant seignants. En Suisse romande, aux passionnés de matières, ils c’est le cas de Fribourg, dont les optent pour le gymnase, gratibesoins ont décuplé, comme fiant et prestigieux. l’explique Pierre-André Sieber, Le canton de Genève a su comconseiller scientifique à l’ins- battre le désamour du secon-

daire 1 en le traitant comme l’égal du 2: même statut, même salaire. «Les enseignants du cycle d’orientation sont les mieux payés de Suisse et ceux du collège, les moins bien payés!», résume le syndicaliste Georges Pasquier. Mais étendre cet égalitarisme à d’autres cantons n’est pas à l’ordre du jour. Bien qu’inquiétants, tous ces signaux d’alarme ne sont pourtant pas permanents. En emportant les babyboomers à la retraite et en multipliant les élèves avec l’immigration, la démographie joue contre les écoles. Mais le pic de 20162017 passé, les besoins se stabiliseront, voire décroîtront. Là, un extrême pourrait succéder à un autre. Reste à espérer qu’un nouvel âge d’or économique permettra alors d’évacuer le trop-plein de profs.√


METRO BANK: LA BANQUE DU PEUPLE ROYAUME-UNI. Dans un système dominé par quelques grands acteurs et ébranlé par la crise financière de 2008, Metro Bank détonne. L’établissement, qui fait uniquement de la banque de détail, a mis l’accent sur le service à la clientèle. Et offre des croquettes aux chiens...

L’

enseigne rouge-blanc-bleu qui orne l’établissement évoque celle d’un supermarché bas de gamme. A l’intérieur, pas de guichets individuels ni de système de sécurité apparent. A la place, les conseillers à la clientèle sont alignés côte à côte derrière une sorte de réception en marbre noir. Car Metro Bank est d’un genre particulier. Fondée en mars 2010, elle est devenue le premier établissement à obtenir une licence bancaire depuis 100 ans au Royaume-Uni. «Nous avons adopté la même logique qu’une grande surface, explique Anthony Thomson, le président de cette banque qu’il a cofondée avec le milliardaire américain Vernon Hill, luimême à l’origine de Commerce Bancorp, un établissement similaire qui a essaimé sur la côte est des Etats-Unis. Nos succursales – que nous appelons des “magasins” – sont placées au coin des rues passantes et possèdent de grandes vitrines qui permettent de voir à l’intérieur.» L’objectif est d’inciter le client à entrer, dans l’espoir qu’il consomme un maximum de services. L’absence de parois de protection devant les guichets ou de caméras de surveillance participe de cette logique: «La banque a été aménagée en fonction des besoins 23 AOÛT 2012 L’HEBDO

de nos clients et non du 0,001% de la population qui pourrait avoir envie de nous dévaliser», note Anthony Thomson.

Un compte en 15 minutes.

La banque est ouverte 7 jours sur 7, jusqu’à 8 heures du soir en semaine, alors que les autres établissements pratiquent des horaires plus restrictifs (9 à 17 heures du lundi au vendredi). «Les safes sont également accessibles en tout temps, ce qui permet par exemple de venir chercher ses bijoux le samedi soir et de les ramener le lendemain matin», précise le président de Metro Bank. L’établissement en profite aussi: «Nous ouvrons la majorité de nos comptes en dehors

des heures de bureau, ajoute-til. Les gens qui travaillent apprécient de pouvoir s’occuper de leurs affaires financières le soir ou le week-end.» La création d’un compte ne prend que 15 minutes. Des machines placées dans le hall d’entrée offrent la possibilité d’imprimer une carte bancaire, de générer un code PIN et donc de retirer de l’argent instantanément. Metro Bank met également à disposition de sa clientèle des toilettes, des tables à langer et des distributeurs d’argent situés dans un espace chauffé et sécurisé. Toujours pour se démarquer des autres établissements, elle autorise les chiens et leur fournit même

TOBY MELVILLE REUTERS

JULIE ZAUGG, LONDRES

SUCCÈS Metro Bank a déjà attiré 70 000 personnes. Et de 1500 à 2000 nouveaux clients rejoignent chaque semaine cet établissement qui a ébranlé le marché.

des écuelles et des croquettes. Les enfants ont, quant à eux, droit à des bonbons. Dans un coin de la banque, un appareil qui ressemble à une machine à sous croisée avec un jeu vidéo permet de transformer sa monnaie en billets. Et si on devine la somme exacte, on gagne un prix. Cet accent mis sur le service fait de Metro Bank un ovni au sein d’un système bancaire britannique extrêmement concentré et dominé par un quasi-oligopole (HSBC, Royal Bank of Scotland, Lloyds et Barclays). D’autant plus que depuis la crise de 2008, les établissements traditionnels bénéficient d’une image extrêmement négative dans la population, qui les accuse de mener une course aux profits malsaine et de payer des bonus exorbitants à leurs employés. «Nous sommes une institution à l’ancienne, relève Anthony Thomson. Nous ne faisons que de la banque de détail, pas d’investissement. Nous nous concentrons sur les dépôts et les prêts aux particuliers ou aux PME.» Un choix qui résonne fortement alors que le gouvernement envisage d’obliger toutes les banques britanniques à séparer leurs activités de détail de leur division d’affaires, pour éviter les faillites comme celle de Lehman Brothers. «Notre arrivée a ébranlé le statu quo, juge le président de Metro Bank. Les acteurs établis étaient devenus un peu blasés et négligeaient le service à la clientèle. Nous avons réinjecté une dose de compétition dans le système.» Pour l’heure, la banque possède 12 succursales, toutes à Londres, mais elle prévoit d’en avoir 200 d’ici à 2020. La clientèle est au rendez-vous: 70 000 personnes s’y sont déjà affiliées et 1500 à 2000 nouveaux adeptes la rejoignent chaque semaine.√

ACTUELS

ÉCONOMIE∑27


28∑MODE

AKRIS, «SPECTACULAIREMENT ANTISPECTACULAIRE» QUELQUES GRAMMES DE LUXE. La maison de mode suisse Akris souffle ses 90 bougies. Dans un livre anniversaire, l’historienne de la mode Valerie Steele revient sur les ingrédients qui ont forgé la renommée mondiale de cette entreprise familiale. SÉVERINE SAAS

première vue, l’objet ressemble à une épitaphe sur laquelle on se serait contenté de graver «Akris, 1922-2012». C’est tout le contraire. Ce livre anniversaire paraîtra à la fin du mois aux Editions Assouline pour célébrer les 90 ans d’existence de la luxueuse maison suisse de prêtà-porter. Akris, un pavé à l’image de la marque: épuré et bien conçu. En bonne élève, Valerie Steele – l’influente directrice du Museum at the Fashion Institute of Technology, à New York – y a réuni témoignages, images d’archives et de défilés pour explorer l’histoire et les codes esthétiques qui ont forgé le succès mondial de la maison saint-galloise. Membre de la prestigieuse Fédération française de la couture et du prêt-à-porter, Akris défile depuis 2004 à Paris aux côtés des Chanel, Dior et autres Yves Saint Laurent. En dix ans, elle a ouvert 12 boutiques aux EtatsUnis, en Europe et en Asie. Depuis 2000, la marque est présente au Bon Génie de Genève, au même étage que Gucci ou Sonia Rykiel.

ACTUELS

Une idée de la modernité. Parler

d’Akris, c’est raconter la saga des Kriemler. Elle commence en 1922, lorsque Alice KriemlerSchoch ouvre un atelier de couture à Saint-Gall pour fabriquer des tabliers de ménagère. Son fils, Max, transforme ensuite l’entreprise en marque de prêt-

PHOTOS: AKRIS|GETTY IMAGES

A

VISIONNAIRE Grâce à sa luxueuse sobriété, Albert Kriemler habille des stars comme Cameron Diaz, Angelina Jolie ou la princesse Charlène de Monaco.

à-porter reconnue pour son savoir-faire. Mais la star, c’est le petit-fils, Albert Kriemler, à la tête des créations depuis 1980. Sous son air d’architecte timide, il a fait d’Akris une maison de mode d’envergure internationale, épaulé par Peter, son manager de frère. «Albert est l’âme d’Akris, et pour comprendre ce qui rend Akris spéciale, il faut le comprendre», écrit Valerie Steele. Ce qui différencie Albert Kriemler de ses aïeux, c’est une certaine vision de la modernité, qu’il distille à coups de maximes du type: «Les habits devraient valoriser l’apparence de la femme, pas la dominer.»

A voir et à toucher. La femme

Akris a donc de l’esprit et une vie à vivre. Pour elle, le créateur conçoit des pièces fonctionnelles qui traversent le temps et les tendances, «des vêtements de style plutôt que des vêtements de mode au sens étroit et éphémère du terme», observe Leyla Belkaïd, directrice du master en management du luxe de la Haute Ecole de gestion de Genève. Un minimalisme de luxe 100% Swiss made que s’arrachent les (riches) working girls américaines dans les années 80. Les clientes de la marque s’appellent aujourd’hui Angelina Jolie, princesse Charlène de Monaco, Cameron Diaz ou encore Doris Leuthard, des femmes au pouvoir sans paillettes. Prudente, la mode «spectaculairement antispectaculaire» L’HEBDO 23 AOÛT 2012


MODE∑29

d’Akris ne boude pas la recherche stylistique, comme le démontre Valerie Steele avec quelques collections inspirées de Félix Vallotton, Giorgio Morandi, Adolf Loos ou encore de Herzog et de Meuron. Autant de variations sur le même thème: «Des manteaux, des robes ou des vestes construits sur une base géométrique pure, essentielle, qui exploitent parfaitement le tombé, le relief et l’esthétique de l’étoffe», commente Leyla Belkaïd. Une perfection visuelle à la lisière d’un certain ennui, n’étaient le toucher haute couture des étoffes et la finesse des broderies. «Je ne peux pas travailler avec des tissus bon marché», dixit Albert Kriemler. Heureusement pour lui, Saint-Gall abrite les meilleurs spécialistes 23 AOÛT 2012 L’HEBDO

MATIÈRES PRÉCIEUSES L’artisanat de luxe d’Akris est souvent comparé à celui de la maison Hermès. de l’industrie textile comme Forster Rohner ou Jakob Schlaepfer. C’est avec eux qu’il travaille de nouvelles textures, à moins qu’il ne se tourne vers le service de recherche et développement de tissu qu’il a créé chez Akris. Pas étonnant que la maison soit l’une des seules à avoir développé le double face, technique reliant deux épaisseurs de tissu par une couture invisible. Les transferts de photos sur robes ont aussi attiré l’attention des magazines de mode, de même qu’un

magnifique travail du crin de cheval. Avec son artisanat de luxe, Akris est souvent comparée à la maison Hermès. Une analogie certes flatteuse, mais tout de même. L’understatement d’Akris a quelque chose d’irrésistiblement suisse. Son esprit d’aventure aussi: «Aller défiler à Paris, au milieu des plus grandes maisons, c’est un goût du risque qui impose le respect, estime Alexandre Fiette, conservateur des textiles au Musée d’art et d’histoire de Genève. La marque a su rester fidèle à ses convictions.» Valerie Steele ne s’y est pas trompée: les 90 ans d’Akris valaient bien un bouquin. √

«Akris». De Valerie Steele. Editions Assouline, 192 pages.

ACTUELS

STRUCTURE Les vestes d’Akris sont construites sur une base géométrique pure.


CHRISTIAN GALLEY L’EXPRESS

30∑NEUCHÂTEL

CAMPAGNE Les opposants au Transrun ont d’abord occupé le terrain. Le comité du «oui» s’est acquis le soutien de personnalités de l’économie, de la culture et du sport comme Marc Bloch, Raymond Voillat, Robert Bouvier, Frédéric Maire et Stéphane Henchoz.

UN RER POUR CIMENTER LE CANTON INFRASTRUCTURES. Neuchâtel n’a guère le choix. Ce sera un nouveau RER ou la lente mais inexorable marginalisation du canton. Un pari sur l’avenir qui vaut bien 560 millions. Pourtant, à quelques jours du scrutin, rien n’est encore joué. MICHEL GUILLAUME

ACTUELS

C’

est la votation de la décennie, pour ne pas dire du siècle. Un vrai pari sur l’avenir. Le 23 septembre prochain, le souverain neuchâtelois doit se prononcer sur un projet de

RER de 920 millions – dont 560 à la charge de l’Etat et des communes. Pour le canton sonne l’heure de trancher. ­Veut-il s’intégrer à un réseau moderne de transports publics ou risquer l’inexorable marginalisation qui résulterait d’un

«non» dans l’urne? Veut-il se donner un nouvel élan en se concevant comme une grande agglomération de 180 000 habitants axée sur ses trois plus grandes villes? Il faut avoir emprunté cette ligne pour mesurer l’ampleur du

retard pris par le canton sur le plan ferroviaire. Entre La Chaux-de-Fonds et Neuchâtel, le train s’égare du côté de Chambrelien. Il repart alors en sens inverse pour finir par relier ces deux villes en 28 minutes alors qu’elles ne sont distantes que de 14 km à vol d’oiseau. Soit à une allure théorique de 30 km/h! Dès lors, la réponse aux enjeux du scrutin devrait aller de soi. En réalité, il n’en est rien. Dans les vallées et dans le bas du canton, l’opposition au RER reste vive. Le Conseil d’Etat, qui a pris la peine de s’arrêter dans chaque région pour expliquer le dossier jusque dans ses moindres détails, a pu s’en rendre compte le 15 août dernier au Landeron (4300 habitants). L’HEBDO 23 AOÛT 2012


NEUCHÂTEL∑31

Val-de-Ruz obtient une nouvelle gare à Cernier sur la direttissima Neuchâtel-La Chaux-de-Fonds, située à sept minutes de ces deux villes. Dans le bas de la vallée, quatre communes perdent leur gare, mais bénéficieront d’une liaison de bus à la demi-heure.

Les Brenets Les HautsGeneveys

Grâce à un investissement de 22 millions, Le Locle obtient une cadence au quart d’heure et rejoignent Neuchâtel en 25 minutes, soit plus vite qu’en voiture.

Au Val-de-Travers, un investissement de 38 millions assure un meilleur croisement des trains et pérennise ainsi la ligne du TGV.

Fleurier

Les Geneveys sur-coffrane Montezillon

Les Deurres Peseux Corcelles

Chambrelien

Pour deux communes de l’agglomération à l’ouest de Neuchâtel (Corcelles-Cormondrèche et Peseux), 20 millions seront affectés à la création d’une voie bus en site propre remplaçant le train.

Auvernier Colombier

Bevaix

Buttes

LAUSANNE-GENÈVE

11 000 dès sa mise en fonction en 2022, tandis que la part modale du rail décollerait de 11 à 27%. Le problème, c’est que ce projet du siècle arrive à un moment délicat pour Neuchâtel. Son Conseil d’Etat est fragilisé à la suite de plusieurs affaires et du départ de son leader Jean Studer. Et le canton est rattrapé par ses vieux démons: les clivages existant entre le Haut et le Bas d’abord, entre les urbains et les

Cernier

BIENNE

Le Locle

valonniers ensuite, sans parler de la vieille rivalité idéologique entre les partisans du «tout bagnole» et ceux du rail. Face aux opposants qui jouent sur les trois tableaux, le Conseil d’Etat peine à surmonter le scepticisme ambiant. Le 15 août dernier, il a beau signifier aux citoyens du Landeron qu’ils gagneront treize minutes pour se rendre à La Chaux-de-Fonds en train. La plupart d’entre eux s’en moquent éperdument. Soit

NEUCHÂTEL

Le goulet d’étranglement de Vauseyon (à la sortie ouest de Neuchâtel) est un point noir du trafic ferroviaire. Grâce au nouveau tronçon « Transrun », on y libère de la capacité pour les grandes lignes du pied du Jura entre Genève et Saint Gall, pour lesquelles on introduit une cadence à la demi-heure. Si le peuple dit « non » au RER, il faudra investir 300 millions pour une troisième voie à Vauseyon pour développer l’offre du trafic régional, en plus de la modernisation de la ligne actuelle.

ils n’y vont jamais, soit ils utilisent leur voiture. C’est ici précisément que ce projet de RER pourrait faire des miracles s’il parvient à rapprocher le Littoral des Montagnes et à fédérer toutes les énergies. Les autorités y travaillent depuis une bonne décennie, mues par une vision qui aurait paru complètement farfelue voici moins de vingt ans. A l’avenir, le canton ne sera plus une addition de trois villes

INFOGRAPHIE PASCAL ERARD

Morteau

Les Ponts-de-Martel

DELÉMONT BIENNE

LA CHAUX-DE-FONDS

ACTUELS

23 AOÛT 2012 L’HEBDO

Lignes existantes ligne actuelle La Chaux-de-FondsNeuchâtel, abandonnée en cas d'acceptation du projet Nouvelle ligne TransRUN Tunnel

Le Noirmont

BIENNE-FRIBOURG

du mois de juillet, les opposants ont occupé le terrain en couvrant la République d’affiches prédisant l’apocalypse: «Mille millions dans un trou noir? Non au Transrun», clament-ils. Pour eux, cet investissement ne peut que mener à la ruine du canton, alors qu’il y a suffisamment d’autres défis à relever. «Il faut d’abord poursuivre la réforme hospitalière, développer les soins à domicile et recapitaliser la caisse de pension de la fonction publique. Tous les voyants sont au rouge sur le plan financier», s’exclame le député UDC Raymond Clottu. Bien sûr, l’investissement est considérable, mais il incarne un vrai pari sur l’avenir. Partout en Suisse, ce sont les transports publics qui absorbent la hausse de la mobilité. Il n’en sera pas autrement à Neuchâtel. Selon les prévisions, le tunnel routier sous La Vue-des-Alpes, où l’on roule déjà au ralenti aux heures de pointe, sera saturé peu après 2020. Dès lors, les CFF ont une magnifique carte à jouer. Grâce à la toute nouvelle ligne du Transrun, ils envisagent de tripler le nombre de passagers, qui grimperait de 4000 à

Un nouveau tracé relie Neuchâtel et La Chaux-deFonds en 14 minutes, divisant le temps de parcours par deux. C’est la colonne vertébrale du RER – c’est uniquement ce tronçon qu’on appelle «Transrun» -, coûtant 830 millions. Elle assure une cadence au quart d’heure. Fini, le rebroussement de Chambrelien, qui date du 19e siècle.

BESANÇON

Question de priorités. Dès la fin

RER NEUCHÂTELOIS: BIENVENUE AU 21E SIÈCLE !

BESANÇON-PARIS

Durant près d’une heure, ­Philippe Gnaegi, Claude Nicati, Thierry Grosjean et Gisèle Ory ont expliqué les enjeux capitaux du RER pour la jeunesse et les aînés, pour l’économie, pour la cohésion du canton. En vain. Ils se sont heurtés au scepticisme, voire à l’hostilité des citoyens. «Nous sommes les oubliés du projet», résume l’un d’entre eux. «Et si le canton reportait certaines de ses charges sur les communes pour assainir ses finances, comment pourrionsnous éviter des hausses d’impôt?» s’interroge-t-il encore. Applaudissements dans la salle, qui est comble malgré le temps radieux à l’extérieur.


32∑NEUCHÂTEL

ACTUELS

«Si nous avons baissé les impôts des personnes morales et physiques, deux réformes qui étaient attendues depuis vingt ans, ce n’est pas pour les rehausser maintenant. Le RER est un investissement tout à fait raisonnable qui sera créateur de richesses à l’avenir.» Claude Nicati, conseiller d’Etat PLR

«Voulons-nous d’un canton à la traîne, qui se marginalise et s’éteint insensiblement? Non, bien sûr! Une société qui investit est toujours gagnante, car un canton moderne attire des entreprises, des habitants, de l’argent.» Alain Ribaux, conseiller communal PLR de Neuchâtel

«Le coût du Transrun, c’est 1% du budget de l’Etat. N’importe quelle entreprise qui croit en son avenir investirait bien davantage. De bonnes infrastructures sont capitales pour l’économie. N’attendons pas que nos routes soient saturées pour agir!» Raymond Stauffer, président de l’AIP

«Si le peuple accepte le Transrun, il faudra faire des coupes dans le budget cantonal, dans le social et la formation. Ces mesures seront accompagnées d’une hausse massive des impôts, d’abord dans les communes, puis sur le plan cantonal.» Raymond Clottu (UDC), vice-président de «Transrun-non»

pour la Suisse romande aux CFF. «Nous sommes finalement parvenus à un bon compromis», ajoute-t-il. Les subventions fédérales déduites, il reste donc 560 millions à financer. Longtemps, les milieux économiques ont jugé cet investissement trop pharaonique eu égard à ce qu’il leur rapportait. La Chambre neuchâteloise du commerce et de l’industrie (CNCI) ne lui a apporté son soutien que le 21 juin dernier.

1% du budget cantonal. Au début de la séance du conseil d’administration ce jour-là, le scepticisme l’emporte encore. Après le départ du père la ­rigueur Jean Studer, certains

membres craignent trop que le Conseil d’Etat ne retombe dans une prodigalité excessive. Mais un tour de table fait pencher la balance en faveur du RER sous l’impulsion de Raymond Stauffer, président de l’Association industrielle et patronale (AIP), et du CEO de Nexans Suisse Raymond Voillat. Pour l’un et l’autre, il est temps d’agir en entrepreneurs. Somme toute, le coût du RER ne pèsera que pour 1% dans le budget cantonal. «C’est tout à fait raisonnable. Dans l’économie, nous investissons proportionnellement davantage par rapport au chiffre d’affaires», relève Raymond Voillat. Et pour les communes? «Les plus grandes devront augmen-

CHRISTIAN GALLEY L’EXPRESS

– La Chaux-de-Fonds, Neuchâtel et Le Locle – cherchant chacune à tirer leur épingle du jeu, mais une seule et unique agglomération. Cette idée décoiffe, dans le canton comme à la Confédération, où l’ex-conseiller fédéral Moritz Leuenberger esquisse dès le début des années 2000 une politique des transports axée sur les agglomérations en leur allouant un fonds. Mais voilà: pour Berne, une agglo, c’est un chef-lieu entouré de communes péri­urbaines, pas un réseau de villes comme on l’imagine à Neuchâtel. Il faut plusieurs années d’intense lobbying pour décrocher la timbale. Le canton obtient finalement une subvention de 111 millions pour son RER. C’est dire à quel point les opposants racontent un tissu d’inepties en prétendant que le Conseil d’Etat a très mal négocié à Berne le financement de son projet. C’est le contraire qui est vrai! Face aux CFF aussi, le canton a plutôt obtenu le maximum que le minimum. «Notre mandat de prestations nous oblige à financer le maintien de la substance du réseau existant. Mais lorsqu’un canton demande de nouvelles lignes, il doit en principe assumer 80% des dépenses», déclare François Gatabin, chef du trafic régional

INFORMATION AU PUBLIC Si au Landeron le Conseil d’Etat a peiné à convaincre la population, il a eu plus de succès dans les Montagnes.

ter très rapidement leur quotité de deux points et les petites de trois points», affirme l’opposant au Transrun Raymond Clottu. En fait, rien n’est moins sûr. Grâce à une conjoncture économique plutôt favorable et à la réforme de la fiscalité des personnes morales, les grands argentiers se disent plutôt optimistes. A Neuchâtel, Alain Ribaux prévoit même un exercice bénéficiaire d’environ 12 millions – grâce aux rentrées des entreprises progressant d’environ 20 millions –, au lieu de l’équilibre des comptes. Le RER coûtera 5 millions sur un budget de 250 millions. «C’est jouable sans augmentation d’impôt», assure-t-il. Même son de cloche à La Chauxde-Fonds et à Val-de-Travers, qui profitent il est vrai d’une industrie horlogère euphorique en ce moment. «Non, nous ne prévoyons pas de hausse fiscale», déclare Jean-Nat Karakash, le trésorier de Val-de-Travers. Il faut dire que le canton de Neuchâtel a fait tout juste avec sa réforme fiscale des personnes morales entrée en vigueur en juillet 2011. En supprimant peu à peu les exonérations fiscales accordées en leur temps aux Johnson & Johnson, Celgen et autres Baxter tout en baissant massivement l’impoL’HEBDO 23 AOÛT 2012

CHRISTIAN GALLEY ET DAVID MARCHON L’EXPRESS

OPINIONS


NEUCHÂTEL∑33 sition sur le bénéfice, il se retrouve gagnant sur tous les tableaux. Et en fixant un taux très bas sur le capital (0,005‰) pour les holdings, il a créé un appel d’air pour celles-ci: 27 nouvelles entreprises se sont installées sur son sol au terme de l’an 1 de la réforme.

Plan B. Au total, la réforme

entraînera une centaine de millions de rentrées supplémentaires en 2012 par rapport à la moyenne de la législature précédente. Une moitié tombera dans l’escarcelle du canton, l’autre ira aux communes. Bonne nouvelle: les prévisions sont tenues. Comme les communes mettent actuellement en place un mécanisme de redistribution entre elles, toutes se retrouveront gagnantes. C’est dire qu’il y a vraiment très peu de risques que le rêve du

Transrun se transforme en cauchemar du «Trans-ruine». Le Conseil d’Etat s’est d’ailleurs engagé par décret à présenter des budgets équilibrés durant toute la période d’amortissement entre 2023 et 2047. Mais les opposants ne croient pas un instant à cette promesse. Dans le débat, ils rappellent volontiers les autres casseroles du canton, à commencer par le trou de deux milliards qui grève la caisse de pension de la fonction publique. Les deux dossiers n’ont rien à voir l’un avec l’autre. Tout de même: selon les informations de L’Hebdo, les représentants des employeurs, des assurés et des rentiers viennent de trouver un accord sur une recapitalisation de la caisse à 80% sur quarante ans. Encore une bonne nouvelle, même s’il faudra attendre les

détails de l’accord pour connaître les sacrifices à consentir de part et d’autre. En fait, de nombreux sceptiques précisent qu’ils soutiennent l’idée de RER, mais critiquent surtout l’absence de variantes moins onéreuses soumises en votation. D’aucuns se seraient contentés d’un assainissement de la ligne actuelle pour un montant plus modeste – un «Transrun light», comme le nomme l’ancien député PLR Bernard Matthey. Celui-ci déplore que le RER conduise à la fermeture de six gares desservant 15 000 personnes (voir infographie). C’est vrai, mais sa proposition n’était pas rentable et n’aurait pas permis de supprimer le goulet d’étranglement de Vauseyon. «Il n’y a pas de plan B, car aucune des autres variantes étudiées ne s’est révélée rentable»,

reconnaît François Gatabin aux CFF. Si le peuple disait «non» le 23 septembre prochain, le canton devrait vivre avec le réseau existant pour vingt-cinq ans au moins, les CFF se contentant d’assainir la ligne actuelle pour 200 à 300 millions. Mais adieu la cadence au quart d’heure sur la direttissima, adieu la subvention fédérale de 111 millions du fonds d’agglomération, et adieu le RER. Avec toutes les conséquences que cela suppose: «La mobilité est créatrice de richesses, tandis que son absence engendre un appauvrissement», avertit Claude Nicati. «Si on investit trop, on va peutêtre souffrir. Si on n’investit plus, on est déjà mort», lance pour sa part Raymond Stauffer. Qui prend le pari que, le 23 septembre, Neuchâtel décidera de vivre.√


34∑AFFAIRESÀSUIVRE

SUISSE

PAR CATHERINE BELLINI

EVELINE WIDMERSCHLUMPF La ministre des Finances exclut de nouvelles négociations avec l’Allemagne. «Echec! L’accord fiscal sur le point d’échouer», titre «Der Spiegel».

Accord fiscal CHRONIQUE D’UNE MORT ANNONCÉE LES FAITS ▼ La stratégie de l’argent propre d’Eveline Widmer-Schlumpf

ne sera pas prête en septembre, comme promis, mais remise à plus tard, y compris le projet d’autodéclaration selon lequel les clients étrangers garantiraient à leur banque que l’argent déposé est déclaré dans leur pays. LES COMMENTAIRES ▼ Le Parti socialiste (PS) avait accepté l’accord fiscal avec les USA

ACTUELS

à condition qu’un agenda pour cette autodéclaration soit fixé, rappelle Sonntag qui interviewe un Christian Levrat excédé. Le président du PS comprend par ailleurs les attaques du PS allemand contre l’accord germano-suisse, qui «protège les étages de chefs dans les banques. Et les fraudeurs du fisc allemand s’en sortent à bon compte, alors que persiste le risque que de l’argent soit transféré ailleurs.» Selon la NZZ am Sonntag, la colère socialiste s’avère dangereuse, si un référendum aboutit et que le peuple vote sur les accords fiscaux avec l’Allemagne, l’Autriche et la Grande-Bretagne.» En Allemagne, on prédit l’enterrement. Jens Bullerjahn, socialiste et ministre des Finances du land de Saxe-Anhalt, a déclaré dans la SonntagsZeitung: «L’accord fiscal est, de fait, mort.» Le ministre des Finances du land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie Norbert Walter-Borjans a dit la même chose lors d’un talk-show sur la chaîne de TV ARD. Quant à notre ministre des Finances, elle fait la couverture du magazine Spiegel, au côté de son homologue Wolfgang Schäuble. «Gescheitert!» (L’échec), titre l’hebdomadaire.

À SUIVRE ▼ La Chambre des régions du Parlement allemand, à majorité socialiste, devrait se prononcer en novembre.√

Asile et criminalité FICHER L’ADN DE TOUS LES REQUÉR ANTS ▼LES FAITS

Criminologue et réputé progressiste, le commandant de la police jurassienne Olivier Guéniat préconise de récolter systématiquement le profil ADN de tous les requérants d’asile. Ou du moins celui des hommes seuls et sans papiers dont personne ne connaît l’identité. Dans une interview accordée au Matin Dimanche, il motive sa proposition par l’augmentation des délits sériels dans son canton: de 10 par mois l’an dernier, les vols sont passés à une moyenne de 60 cet été. Il relève encore que les requérants tunisiens actuellement présents dans le Jura ont tous été identifiés comme auteurs d’infractions. LES COMMENTAIRES ▼ «Quand un praticien et spécialiste de la sécurité

estime qu’une banque de données ADN apporterait davantage de sécurité à la population, on devrait le prendre au sérieux», écrit la Neue Luzerner Zeitung. Et de poser la question: «Est-il digne d’un Etat de droit qu’une petite minorité de réfugiés continue de cambrioler, voler et menacer et, ce faisant, ne doit craindre qu’exceptionnellement des conséquences?» D’un tout autre avis, l’Aargauer Zeitung, estimant que les demandeurs d’asile doivent être traités de la même manière que les Suisses, juge que «seul un soupçon concret justifie des mesures pénales». Le quotidien pense qu’il serait plus efficace et moralement défendable de traiter en priorité les cas de délinquants sériels. «Interdiction de portables! Ouverture de grands centres! Le Tages-Anzeiger relève que les politiciens, en proposant toujours plus de dureté, suggèrent que la situation est dramatique. Or «les Tunisiens, les Algériens et les Marocains ne mettent pas le pays à feu et à sang. Il s’agit principalement de délits comme le vol ou le cambriolage.» Pour le journal zurichois, une saine société doit pouvoir supporter cela sans plonger dans l’hystérie.

À SUIVRE ▼ La proposition d’Olivier Guéniat devrait être dis-

cutée lors de la Conférence latine des chefs cantonaux de Justice et Police dans un mois et demi. Il s’agira d’examiner si un prélèvement d’ADN auprès de requérants d’asile serait une mesure proportionnée et compatible avec le droit en vigueur.√ L’HEBDO 23 AOÛT 2012


AFFAIRESÀSUIVRE∑35 Afrique du Sud TRAGÉDIE À L A MINE DE MARIKANA

Russie PUSSY RIOT EN MARTYRES ▼

LES FAITS Les trois punkettes russes ont été condamnées à deux ans de camp de travail pour «vandalisme» et «incitation à la haine religieuse». Les Pussy Riot ont réagi avec un rire narquois et se refusent à demander grâce. Devant le tribunal, la police a réprimé une manifestation et arrêté le leader de l’opposition Garry Kasparov, qui est maintenant accusé d’avoir mordu un policier et risque à son tour cinq ans de prison. Partout à Moscou, des esclandres et des marques de soutien ont éclaté: les monuments historiques de la ville ont notamment été habillés de cagoules Pussy Riot.

LES FAITS ▼ Trente-quatre mineurs revendiquant une aug-

mentation salariale ont été tués par les forces de l’ordre sud-africaines à la sortie de la mine de platine Lonmin à Marikana. Septante-huit autres ont été blessés, selon le bilan officiel de la police nationale. Dix hommes avaient péri une semaine auparavant dans des affrontements intersyndicaux. De plus, 259 grévistes ont été convoqués lundi 20 août au tribunal, accusés de violence publique et de meurtre. Ils sont en détention provisoire. Quant aux 3000 autres revendicateurs, l’entreprise anglaise Lonmin leur a demandé de reprendre leurs activités d’ici au 21 août, les menaçant de «mesures disciplinaires». Seul 1 mineur sur 4 était à son poste le 20 août.

LES COMMENTAIRES ▼ Inflexible, le journal pro-Kremlin Nezavisimaja gazeta évoque une

«hystérie autour du procès», qui serait «la pierre angulaire de la stratégie de Pussy Riot». Et déclare: «Lorsqu’on se fait insulter, on peut se taire et donc reconnaître son déshonneur. Mais si on répond, on se fait tout de suite accuser de totalitarisme.» Le Monde pense que «pour le maître du Kremlin, l’intention était claire: réveiller les instincts conservateurs et anti-occidentaux de la Russie profonde, qui lui est acquise, pense-t-il. Et faire taire la voix de l’autre Russie, celle de la classe moyenne, prompte à contester les fraudes massives.» Mais c’est un échec, pense aussi The Guardian: «Poutine ne s’est pas juste tiré dans le pied, il l’a fait à la kalachnikov.» Il estime que les Eglises européennes auraient aussi été scandalisées par les actes de Pussy Riot. «L’envie de punir les anarchistes n’est pas que russe. Mais celle d’écraser des dissidents politiques, de cette manière et à ce moment, c’est une spécialité de Poutine.»

MONDE

PAR TASHA RUMLEY ET JADE ALBASINI

LES COMMENTAIRES ▼ Le Huffington Post décrit ce massacre comme le pire

perpétré par les autorités depuis la fin de l’apartheid. Le site ajoute que les violentes images diffusées par les télévisions privées rappellent les protestations des années 60 et 70, mais, cette fois-ci, c’était principalement des policiers noirs en première ligne. Selon le quotidien national d’Afrique du Sud The Citizen, le président sud-africain Jacob Zuma aurait ordonné la création d’une commission d’enquête judiciaire pour découvrir la vérité sur cet incident tragique. L’association contre le racisme Black Management Forum demande que l’enquête inclue non seulement la conduite des manifestants mais également celle des autorités, commente le Post. Lonmin, de son côté, réclame un retour à la normale dans Le Monde, et revendique le droit de licencier les récalcitrants. Avec colère, les grévistes réagissent dans Le Temps suite aux propos de leur employeur: «C’est mieux d’être mis à la porte parce que, ici, on souffre. (...) Lonmin se fiche de notre bien-être, (…) ils ont envoyé la police pour nous tuer.»

À SUIVRE ▼ Les trois jeunes femmes ont déjà effectué six mois de peine, il leur en reste dix-huit. Elles vont faire appel.√

PROCÈS Condamnées à deux ans de camp, les Pussy Riot refusent de demander grâce. 23 AOÛT 2012 L’HEBDO

première d’une longue série en Afrique du Sud. En effet, l’Union nationale des mineurs est dorénavant perçue comme corrompue, au service du gouvernement et non des employés. Contexte idéal pour l’ancien leader politique Julius Malema, adversaire de Zuma, qui sur place a appelé à une grève nationale ainsi qu’à la démission du président en fonction. Le pays, fortement fragilisé par ce massacre, entre à nouveau dans une période trouble.√

ACTUELS

SERGEY PONOMAREV KEYSTONE

À SUIVRE ▼ La grève de la mine de Marikana pourrait être la


36∑AFFAIRESÀSUIVRE Sécheresse FLAMBÉE DES COURS DES DENRÉES LES FAITS ▼ Après avoir fortement baissé au printemps, les

ZEF NIKOLLA KEYSTONE

ÉCONOMIE

PAR LINDA BOURGET ET YVES GENIER

CHUTE LIBRE Facebook, l’entreprise créée par Mark Zuckerberg, est entrée en Bourse en mai. Depuis, le titre ne cesse de dévisser.

Facebook LE COURS DE L’ACTION DIVISÉ PAR DEUX LES FAITS ▼ Sale temps pour Facebook, roi des réseaux sociaux. Le cours

du titre, coté au Nasdaq depuis le 18 mai, ne cesse de perdre de la valeur. Celui-ci a ainsi été divisé par deux depuis son introduction en Bourse, passant sous la barre des 19 dollars le lundi 20 août. La chute s’est accentuée lorsque quelque 271 millions d’actions, essentiellement aux mains d’actionnaires historiques, sont arrivées sur le marché, après une période de blocage durant laquelle elles ne pouvaient être vendues. LES COMMENTAIRES ▼ «Un des problèmes de Facebook est que toujours plus d’utili-

sateurs se connectent au réseau via leur téléphone portable. Or, sur les smartphones, la mise en page de la publicité est moins efficace que sur les ordinateurs», analyse Finanz und Wirtschaft. Ce à quoi s’ajoutent «les pertes annoncées par Facebook pour le deuxième trimestre, avec un ralentissement de la croissance du chiffre d’affaires et une augmentation des coûts», selon le Wall Street Journal. Etant donné ces données négatives, «il est difficile de dire combien vaut réellement le titre Facebook», s’interroge l’analyste et blogueur Henry Blodget – comme beaucoup d’autres spécialistes – dans le Spiegel. L’Américain souligne toutefois que «Facebook reste encore une super entreprise».

ACTUELS

À SUIVRE Les perspectives ne sont guère réjouissantes pour le cours du titre de l’entreprise de Mark Zuckerberg. Près de 2 milliards d’actions doivent en effet être débloquées au cours des neuf prochains mois, ce qui devrait maintenir le titre sous pression.√

cours internationaux du maïs et des céréales se sont brusquement redressés pour atteindre des sommets en août. La cause première est la perspective de très mauvaises récoltes (-15% par rapport à 2011) en raison d’une sévère sécheresse aux Etats-Unis, en Russie, en Ukraine et en Inde. Le spectre de nouvelles émeutes de la faim, telles celles de 2008, réapparaît. LES COMMENTAIRES ▼ «Les prix du maïs ont bondi de plus de 40% depuis

le 31 mai et celui du soja de 26%», constate le Wall Street Journal. Cependant, «de bonnes perspectives de récoltes de blé et de riz, abondamment consommées par les pauvres, compensent cette situation. Les prix du pétrole sont moins élevés qu’en 2008, impactant de façon moindre les prix des denrées», ajoute le quotidien des affaires américain. «Alors que des températures record ont frappé la Corn Belt (zone de culture du maïs, ndlr) américaine fin juin, nombre d’investisseurs dans les matières premières paraissent enfermés dans l’air conditionné», ironise le Financial Times. Il constate que la sécheresse «a pris les hedge funds et autres investisseurs dans les matières premières par surprise». «Cette sécheresse amène à relancer le débat sur l’utilisation des céréales comme nourriture, alimentation animale et carburant», ajoute Le Monde. Aux Etats-Unis, la bataille fait déjà rage entre les cultivateurs, les éleveurs de poulets (consommateurs de céréales) et les fabricants d’éthanol. «Quel que soit l’effet sur les prix des denrées ou du carburant, (…) les dégâts sont déjà commis. La seule action que peuvent accomplir les politiciens est de répartir les dommages parmi toutes les activités concernées», conclut l’International Herald Tribune.

À SUIVRE ▼ Le G20 doit se réunir fin septembre ou début

octobre sous l’impulsion des Etats-Unis et de la France pour prévenir toute réaction de panique de la part de populations potentiellement exposées à une nouvelle famine. Ils y poseront à nouveau sur la table la question de l’opportunité d’employer des denrées alimentaires comme carburant. Vu la teneur du débat américain, il n’apportera pas de réponse définitive à la question.√ L’HEBDO 23 AOÛT 2012


AFFAIRESÀSUIVRE∑37 Grande-Bretagne L’ASILE D’ASSANGE ▼

LES FAITS Jeudi 16 août, l’Equateur a accordé l’asile politique à Julian Assange, réfugié depuis le 19 juin à l’ambassade équatorienne à Londres pour échapper à son extradition vers la Suède, où il est accusé de viol. Quito craint que Stockholm n’extrade l’Australien aux Etats-Unis, où il risquerait la peine de mort pour avoir divulgué des informations top secret, notamment sur la guerre en Irak. La décision de l’Equateur a provoqué l’ire de Londres, qui pourrait arrêter Julian Assange dès qu’il sortira de l’ambassade. Un refuge d’où il a prononcé un discours dimanche pour appeler les Etats-Unis à «cesser la chasse aux sorcières» contre lui-même et WikiLeaks. LES COMMENTAIRES ▼ Sans surprise, la presse britannique se déchaîne contre l’Equa-

teur. «Assange est un suspect pour viol qui n’a pas comparu... Il n’est pas juste de lui offrir l’asile politique», s’insurge The Independent. «Le gouvernement équatorien est doué pour défier les désastreuses performances du néolibéralisme occidental, mais son ministre des Affaires étrangères a tort de décrire les charges [contre Assange] de risibles et d’hilarantes.» Procédurier, The Guardian invoque le droit international et affirme que «la protection pour réfugiés ne s’applique pas à monsieur Assange et il est erroné de sa part de la demander». A l’autre bout du monde, The Australian s’inquiète du moral de son citoyen le plus célèbre. «Son âme est peut-être en Equateur, mais il est physiquement cloué à Knightsbridge... Il s’ennuie.» «Il a finalement obtenu une adresse fixe», ironise The New York Times.

À SUIVRE Julian Assange parviendra-t-il un jour à fouler le sol équatorien, et par quel moyen?√

Marché du livre L  A COMCO MONTRE LES DENTS ▼LES FAITS Dans un rapport circonstancié de 94 pages, la Commission de la concurrence (Comco) s’exprime pour la première fois dans le cadre de l’enquête sur les pratiques des diffuseurs romands de livres, initiée en 2008. Ce travail avait été suspendu durant la construction d’un projet de loi sur la régulation des prix du livre, soumis ensuite au vote, et refusé en mars dernier. Reprenant son enquête, la Comco est très sévère envers les diffuseurs, soulignant un comportement cartellaire sur les prix. Elle les menace d’amendes maximales (10% du chiffre d’affaires des trois dernières années), les accusant aussi d’empêcher les importations parallèles. Les différentes parties au dossier doivent maintenant faire leurs remarques jusqu’au 13 septembre, délai qui pourrait être prolongé d’un mois. Puis une décision tombera. LES COMMENTAIRES ▼ Selon Le Temps, la dureté de la Comco marque un

signal: «Si la décision finale de la Comco reprend le contenu de ce rapport, elle sera historique. Elle signera la fin d’abus patents sur les prix. Le marché du livre romand connaîtra ensuite, dans les mois suivants, une refonte complète.» Sur son site internet, la Fédération romande des consommateurs dit aussi sa satisfaction: «Cette réaction rapide et ferme de la Comco, après le refus du prix unique du livre en votation, est une excellente nouvelle.» Enfin, le jeune député PLR valaisan Philippe Nantermod, qui était en Suisse romande l’un des grands adversaires d’une régulation par la loi, triomphe sur son blog: «Les lecteurs ne seront enfin plus considérés comme des vaches à traire.»

SOCIÉTÉ&CULTURE

PAR SÉVERINE SAAS ET CHRISTOPHE PASSER

LONDRES Julian Assange a effectué dimanche 19 août sa première apparition publique depuis qu’il s’est retranché à l’ambassade équatorienne le 19 juin. 23 AOÛT 2012 L’HEBDO

importantes infligées à BMW, Nikon, ou Swisscom) la Comco a désormais souvent la main lourde: car elle demeure aussi sous pression des critiques au sujet de son efficacité. Dès lors, elle se met dans cette affaire en position de force, avant peut-être de tamiser un peu les diverses amendes selon la gravité des fautes reprochées aux diffuseurs. Quant au fond: on va enfin vers une baisse des prix en Suisse des livres importés notamment de France.√

ACTUELS

OLIVIA HARRIS REUTERS

À SUIVRE ▼ 0n l’a vu dans d’autres cas récents (amendes


38∑COURRIER IMPRESSUM

ACTUELS

Notification des participations importantes au sens de l’art. 322 CP: Betty Bossi AG, Energy Schweiz Holding AG, Energy Bern AG, Energy Zürich AG, ER Publishing SA, Eventim CH AG, Geschenkidee.ch GmbH, Good News Productions AG, Goodshine AG, GRUNDY Schweiz AG, Infront Ringier Sports & Entertainment Switzerland AG, Investhaus AG, JRP Ringier Kunstverlag AG, 2R MEDIA SA, media swiss ag, Original S.A., Previon AG, Presse TV AG, Qualipet Digital AG, Ringier Africa AG, Ringier Studios AG, Rose d’Or AG, Sat.1 (Schweiz) AG, SMD Schweizer Mediendatenbank AG, SMI Schule für Medienintegration AG, Teleclub AG, The Classical Company AG. Ringier Axel Springer Media AG, Ringier France SA (Frankreich), Ringier Publishing GmbH (Deutschland), Juno Kunstverlag GmbH (Deutschland), Ringier (Nederland) B.V. (Holland), Ringier Kiadó Kft. (Ungarn), Népszabadság Zrt. (Ungarn) Ringier Pacific Limited (Hongkong), Ringier Print (HK) Ltd. (Hongkong), Ringier China (China), Ringier Vietnam Company Limited (Vietnam), Get Sold Corporation (Philippinen)

700 000 SUISSES DE L’ÉTRANGER Qui sont-ils? SPÉCIAL ÉTÉ 2012 6/6

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Tirage contrôlé 45 219 exemplaires (contrôlé REMP 2011). Lectorat 196 000 (MACH Basic 2012-1). ISSN 1013-0691 PONT BESSIÈRES 3, LAUSANNE Tél. 021 331 76 00 – Fax 021 331 76 01. Courrier Case postale 6682, 1002 Lausanne. E-mail hebdo@ringier.ch Internet www.hebdo.ch Abonnements Case postale 7289. 1002 Lausanne. Tél. 0848 48 48 02 (tarif normal). De 8 h 30 à 11 h 30 et 13 h 30 à 16 h 30. 1 an: Fr. 225.– (étudiants: Fr. 115.–), Avec parution iPad L’Hebdo offerte 6 mois: Fr. 125.– (TVA incl.). E-mail abos.hebdo@ringier.ch RÉDACTION Rédacteur en chef Alain Jeannet. Rédacteurs en chef adjoints Christophe Passer (société et culture), Chantal Tauxe (Suisse). Chef d’édition Pierre-Yves Muller. Directeur artistique Marc Borboën. Cheffe photo Catherine Wacker. Responsable rubrique économie Linda Bourget. Responsable littérature et projets magazine Isabelle Falconnier. Rédacteurs Catherine Bellini, Julien Burri, Luc Debraine, Mireille Descombes, Stéphane Gobbo, Michel Guillaume, Philippe Le Bé, Sylvie Logean, Eric Loup, Sabine Pirolt, Matthieu Ruf, Tasha Rumley, Patrick Vallélian. Producteur Forum des 100 Bruno Giussani. Berne Case postale 695, 3000 Berne 7. Tél. 031 312 07 34. Bienne Tél. 032 322 35 42 – Fax 032 322 35 44. Correction Laurent Rochat (responsable), Célia Chauvy, Fabienne Trivier. Conception graphique Rampazzo & Associés. Graphisme Mélody Auberson, Florent Collioud, Fanny Tinner. Photo Patricia Aeberhard, Matthias Rihs. Collaborateurs Peter Bodenmann, Yves Genier (pages Finance), Jean-François Kahn, Mix & Remix, Jacques Pilet, Charles Poncet, Dominique Rosset, Julie Zaugg. Secrétariat Marie-Jane Berchten (assistante du rédacteur en chef), Sophie Graf, Aline Hofer. Marketing Yvonne Braun (responsable), Liliana Calvo. ÉDITIONS RINGIER ROMANDIE Pont Bessières 3. Case postale 7289. 1002 Lausanne. Tél. 021 331 70 00 – Fax 021 331 70 01. Directeur Daniel Pillard. Directeur de la publicité Patrick Zanello. Directrice du marketing Faridée Visinand. PUBLICITÉ Suisse romande Pont Bessières 3. Case postale 7289, 1002 Lausanne. Tél. 021 331 70 00 – Fax 021 331 71 21. E-mail publicité@ringier.ch Internet www.go4media.ch Key account manager Davide Grassi Pirrone. Administration Antoine Paillette. PUBLICITÉ Suisse alémanique Brühlstrasse 5, 4800 Zofingen. Tél. 062 746 31 11 – Fax 062 746 37 84. E-mail AnzRomandie@ringier.ch Internet www.go4media.ch Key account manager Mathias Bettschart. Administration Doris Greber. MARKETING Alexandra Cordey, Isabelle Davoli, Corinne Devaux, Vanessa Hambaryan, Jérôme Paoli. Impression Swissprinters AG Zofingen. Société éditrice Ringier Romandie, Lausanne (Ringier SA).

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Neuchâtel No 33 Semaine du 16 août 2012

101 lieux qu’il faut avoir vus

Fr. 5.90 No 31 Semaine du 31 juillet 2012

Le supermarché suisse • Le trafic perdure en toute impunité • Des mafias qui jouent sur l’insuffisance des lois • Faut-il libéraliser la consommation?

ABANDON DE POPULATION Cocaïne, le supermarché suisse L’Hebdo No 33

(...) L’idée dominante aujourd’hui, notamment par l’interview très complaisante de Mme Dreifuss, semble être que la répression ne marche pas. A quelle répression fait donc allusion Mme Dreifuss? A un type de «répression» hyper-laxiste comme la nôtre? C’est-à-dire inexistante? L’exemple français, avec une législation plus sévère, est également cité comme échec. Alors que c’est certainement le manque de moyens et l’incohérence politique

dans ce pays qui en sont la cause. N’est-ce pas des gens comme Mme Dreifuss qui disaient naïvement, il y a déjà quinze ou vingt ans, que lorsque les prix de la drogue seraient divisés par 5 ou 10 le marché serait cassé? On y est: et alors? Vous auriez pu avoir un minimum de curiosité, et faire un peu de journalisme d’investigation afin de voir ce qui serait bon à prendre dans les codes pénaux de pays comme Singapour, par exemple, où une situation incontrôlée comme à Lausanne serait inimaginable, et considérée comme un abandon de sa propre population (...).√ Martial Cruchet, Denens

FIERS D’ÊTRE SUISSES Spécial 1er Août Histoire suisse, cinq dates qui ont tout changé L’Hebdo No 30

(...) Les propos de Madame Chantal Tauxe dans «Les juges étrangers», qui parle

d’un orgueil national gonflé à bloc et un sentiment de supériorité de la part des Helvètes, me semblent injustifiés et faux. Je n’ai nulle part vu cette Schadenfreude (malin plaisir) prononcée par mon entourage suisse qu’il soit romand ou alémanique. Loin de se jucher sur les difficultés des autres, nous sommes fiers de notre économie, de notre travail accompli et confirmé dans notre façon de faire, fiers d’exporter notre savoirfaire. Le système suisse a fait ses preuves et le démantèlement de certains acquis va peut-être avoir des effets bénéfiques pécuniaires à court terme – il faut encore voir – mais à long terme l’Etat social que nous avons actuellement, bien ancré sur ses racines, va se trouver dans la même situation que les pays qui nous entourent. (...)√ Ursula Biedermann, Clarens

FOCUS, VRAIMENT? L’illusion des langues L’Hebdo No 33

Le Syndicat des enseignants romands s’oppose à la nouvelle réforme scolaire qui prévoit l’apprentissage de l’anglais dès l’école primaire. Son président Georges Pasquier d’argumenter: «Il y a une obsession des langues. (…) Les autres branches pâtissent de ce focus sur les langues.» En effet, si on se contentait de bien apprendre le français, on éviterait de s’exprimer dans un charaL’HEBDO 23 AOÛT 2012


COURRIER∑39 bia ayant recours à des termes n’existant pas dans cette langue, tel «focus» par exemple.√

AVEUGLEMENT «Parler de guerre civile en Syrie est contraire à la réalité et [c’est un terme qui] se trouve uniquement dans la tête des comploteurs.»



Jurek Estreicher, Confignon

Communiqué du Ministère des affaires étrangères syrien, réagissant à des propos de Lakhdar Brahimi, médiateur de l’ONU et de la Ligue arabe

FAIRE AVANCER LE TRANSRUN

Dénichez la phrase la plus drôle/brillante/insolite lue ou entendue: à envoyer à courrier.hebdo@ringier.ch

Laurent Kurth, le nouveau Studer L’Hebdo No 33

Il manque quelques éléments à l’article de Michel Guillaume sur M. Kurth dans L’Hebdo du 16 août 2012 pour que celui-ci soit objectif. Quand votre journaliste écrit que M. Kurth maîtrise bien ses dossiers et

qu’il s’est investi dans le combat pour le RER Transrun, il aurait été de bon aloi de sa part de parler de la mortifiante prestation, en ce début d’été, de M. Kurth lors de la séance de partage du Conseil d’Etat avec la population dans les Montagnes neuchâteloises en faveur du Transrun.

M. Kurth a dit que si le peuple refusait le Transrun, il n’y aurait plus de train sur la ligne existante pendant deux ans... Propos surréalistes sortis de nulle part! Il s’est rétracté et excusé quelques jours plus tard en disant qu’il n’avait pas bien pris connaissance de ce dossier... mais, qu’au

moins, son intervention avait eu pour effet de faire avancer le débat! Si c’est cela le fait de bien maîtriser ses dossiers, permettez-moi d’avoir un avis différent que celui de votre journaliste et de m’inquiéter grandement pour l’avenir de notre canton. (...)√ Alain Reymond, Fontainemelon


MIEUX COMPRENDRE∑41 44 Interview de Dominique Andrey 51 Opinion de Peter Bodenmann

52 Chronique de Jacques Pilet 53 Chronique de Christophe Passer

54 Finance

Ils sévissent dans le couple, la famille, au travail... Longtemps ignorés, les pervers narcissiques sont désormais dans le collimateur de la justice. Pourquoi sont-ils de plus en plus nombreux? Explications.

Pervers narcissiques Ces impitoyables séducteurs

DESSIN ORIGINAL WAZEM

I

l y a un peu de Docteur Jekyll et de Mister Hyde chez les pervers narcissiques: ils sont aussi agréables en public que de véritables bourreaux en privé. «En règle générale, il s’agit d’un individu qui aime plaire, a un grand besoin de se sentir aimé, apparemment compréhensif et sociable, explique Mirela Fry, psychologue, psychothéra23 AOÛT 2012 L’HEBDO

peute et sexologue à Genève. Avec beaucoup d’attentions, il cherche à séduire une personne qui peut être une proche ou encore une collègue de travail.» Pour y parvenir, il saura se montrer très prévenant, à l’écoute, cajoleur. Sa cible se sentira, quant à elle, comblée. Puis, très vite, déchantera. Dès que sa proie est prise au piège, le pervers commence à montrer son vrai visage. Il la persuade qu’elle n’est rien

sans lui, la culpabilise, la dévalorise, alterne séduction et menace. Il s’ensuit alors une relation plus ou moins longue durant laquelle la victime perd peu à peu toute assurance en elle.

LA PERTE DE CONFIANCE Cela commence généralement par des petites phrases anodines, telle une femme qui dit à son mari: «Tu ne te comportes pas gentiment avec ta

MIEUX COMPRENDRE

BERTRAND BEAUTÉ


42∑PSYCHOLOGIE mère, tu devrais t’occuper davantage d’elle», alors que quelques jours auparavant, elle se plaignait que son époux était trop attaché à sa maman. Une contradiction déstabilisante: le mari ne sait plus ce qu’il doit faire, ce qui est bien ou mal. «Et, petit à petit, cela devient systématique: ces “conseils” se multiplient, poursuit Mirela Fry. Mais il s’agit en fait de critiques qui touchent tous les pans de la vie du conjoint, jusqu’à le faire douter de tout avec des phrases comme: tu as de la chance d’être avec moi, tu ne vaux rien.» Avec un aplomb hors du commun, le pervers persuade ainsi sa victime qu’elle lui est inférieure, qu’elle ne peut rien faire de bien sans lui. «C’est un champion de l’intrigue, estime Mirela Fry. Ses propos, par exemple, restent toujours extrêmement flous, ce qui lui permet ensuite de déclarer: «Je n’ai jamais prétendu cela, c’est toi qui interprètes mal, c’est de ta faute.» Un mode

de fonctionnement qui peut entraîner chez la victime des pathologies telles que des dépressions sévères, une fatigue chronique, voire conduire jusqu’au suicide. «Au bout d’un certain temps, la personne va totalement démissionner de sa vie, ce qui confirme le bourreau dans son avis, constate Mirela Fry. Il pourra tenir des propos tels que: “Je te l’avais bien dit, tu n’es qu’une folle!”»

UN MANIPULATEUR INCONSCIENT Pourquoi les pervers narcissiques ontils un tel comportement? «Ils se nourrissent de la colère, de la tristesse et de la peur d’autrui, afin de combler leurs propres manques, leurs blessures qu’ils ne parviennent pas à voir, répond Maurice Hurni, psychiatre lausannois, coauteur avec sa collègue Giovanna Stoll du livre Saccages psychiques au quotidien. Ces dynamiques relèvent souvent de la petite enfance durant

laquelle, par exemple, un traumatisme ou un secret de famille (tromperie, inceste…) a engendré une culpabilité inconsciente de l’enfant.» A l’âge adulte, cette culpabilité est reportée sur l’autre de manière plus ou moins consciente. «Lorsque j’interroge des patients, je suis souvent étonné par leurs explications, raconte Maurice Hurni. A la question aimez-vous faire peur à votre conjoint, ils répondent oui. En revanche, ils n’ont pas conscience du mal que cela engendre. Quand une personne normale est cruelle, elle a ensuite mauvaise conscience. Eux n’ont aucune empathie, sont dénués de sens moral.»

UNE PATHOLOGIE RÉCENTE Les pervers narcissiques sont majoritairement des hommes et représentent entre 3 et 15% de la population. Des chiffres à prendre avec des pincettes: «Il y a seulement une quinzaine d’an-

COMMENT SAVOIR SI L’ON CÔTOIE UN PERVERS NARCISSIQUE?

MIEUX COMPRENDRE

Votre partenaire vous rend malheureux mais vous n’arrivez pas à le quitter? Il s’agit peut-être d’un pervers narcissique. Voici un petit test qui vous permettra d’y voir plus clair. LORSQUE VOUS AVEZ UN PROJET… ** Il est indifférent, cela ne le regarde pas. *** Il vous dit que vous n’y arriverez jamais. * Il vous encourage, vous aide.

*** Vous ne savez plus que croire. Vous vous sentez dépendante de son avis. ** Vous avez confiance en vous uniquement dans les domaines que vous maîtrisez.

écouter les autres. *** Au centre des conversations, il s’exprime avec beaucoup d’aisance. ** Est introverti, il parle peu, n’a pas confiance en lui.

LORSQUE VOUS SOUHAITEZ VOIR VOS AMIS SANS ELLE OU LUI… * Il vous vous pousse à le faire. *** Il vous culpabilise, parce que vous le laissez tomber. ** Il en profite pour voir ses propres amis.

LORSQUE VOTRE PARTENAIRE VOUS DIT QU’IL VA FAIRE QUELQUE CHOSE… ** Il lui arrive de ne pas tenir ses promesses, mais il s’en excuse. * Il fait toujours ce qu’il dit. *** Vous avez dû mal comprendre, il n’a jamais rien promis.

LORS D’UNE DISPUTE… ** Il abandonne vite. *** Vous êtes incapable de résister. Vous abandonnez mais il continue à dire que c’est de votre faute. * Vous lui tenez tête.

LORSQUE VOUS DEVEZ LUI PARLER D’UN SUJET IMPORTANT… ** Vous ne savez pas comment faire. * Cela ne vous pose aucun problème. *** Vous avez des maux de ventre pendant plusieurs jours avant d’oser.

QUELLES SONT SES OPINIONS? *** Ses opinions varient en fonction de l’interlocuteur qu’il a en face de lui. * Il a un avis, mais il est possible de le faire changer de position en discutant. ** Il a un avis sur tout et n’en change jamais .

VOS AMIS PENSENT… * Que vous allez bien. ** Ne vous reconnaissent plus depuis que vous êtes avec lui ou elle. *** Vous ne voyez plus trop vos amis depuis que vous êtes avec lui ou elle.

EN SA PRÉSENCE… * Vous êtes épanoui(e). ** Vous vous demandez pourquoi vous ne le quittez pas. *** Vous avez un sentiment de malaise, des maux de ventre, la gorge nouée, des palpitations, la bouche sèche, les mains moites, ou même le dos bloqué.

PAR RAPPORT À VOS CAPACITÉS… * Vous avez confiance en vous, parfois trop.

EN SOCIÉTÉ, VOTRE PARTENAIRE… * Participe aux conversations, mais sait aussi

Si vous avez entre 10 et 15 étoiles N’êtes-vous pas un peu exigeant(e)? Votre partenaire n’a rien d’un pervers narcissique. Il essaie de vous rendre heureux(se) du mieux qu’il peut. Si vous avez entre 15 et 25 étoiles Votre partenaire n’est pas le prince charmant et ne vous rend pas pleinement heureux(se). Mais de là à le qualifier de pervers narcissique… Au-delà de 25 étoiles… Vous êtes peut-être entre les mains d’un pervers narcissique. Pour vous en assurer, essayez d’en parler avec vos amis, vos proches, votre famille. S’ils vous confortent dans l’idée qu’il y a un problème, n’hésitez pas à consulter. Test réalisé grâce aux principes énoncés par Isabelle Nazare-Aga, dans son livre «Les manipulateurs sont parmi nous» et avec l’aide de Mirela Fry, psychologue et sexologue à Genève.

L’HEBDO 23 AOÛT 2012


PSYCHOLOGIE∑43 nées, parler de perversion était à contre-courant de la psychiatrie, rappelle le Lausannois Maurice Hurni. C’est une pathologie dont la connaissance est en chantier, pas du tout achevée.» Décrite pour la première fois par le psychanalyste Paul-Claude Racamier en 1986, l’existence de cette maladie est d’ailleurs encore discutée parmi les spécialistes, certains n’y voyant qu’une forme de la perversion classique. «On retrouve en effet chez ces individus des traits communs aux pervers moraux (par opposition aux pervers sexuels, ndlr), c’est-à-dire qu’ils sont privés de sentiments et de sens moral, poursuit Maurice Hurni. Mais ils ont un narcissisme très développé et malsain qui les pousse à tout rapporter à eux-mêmes.» Le durcissement du monde du travail dans lequel il faut réussir à tout prix, même si c’est aux dépens des autres, favorise le développement de ce type de conduite. Et le monde dans lequel

nous vivons se montre de plus en plus pervers, relève encore Maurice Hurni. «Les repères moraux sont abandonnés et l’individualisme croissant de notre société, ainsi que sa marchandisation, concourent à favoriser le narcissisme et à considérer les autres comme des choses.»

UNE DYNAMIQUE À DEUX Sous l’emprise d’un manipulateur, une personne va être persuadée qu’elle ne peut rien faire de bien par elle-même. Résultat: elle ne s’imagine pas vivre sans lui. D’autant que les deux parties se retrouvent dans la relation: «Il est souvent difficile de distinguer la victime du bourreau, estime Maurice Hurni. La perversion est généralement une dynamique entretenue par deux protagonistes dont la seule “victime pure” est a priori l’enfant. Bien sûr, il y a des personnalités plus activement prédatrices. Mais dans la mesure où le

partenaire reste, c’est qu’il est détenteur d’une autre forme de violence, moins visible. Pour être provocateur, je dirai qu’il y a des victimes qui sont de vrais bourreaux, comme la personne qui dit à son conjoint: si tu ne m’aides pas, je vais me suicider. Ce chantage affectif est une dynamique réellement perverse. Il existe des couples qui se rendent fous mutuellement.» Comment échapper à ce genre de schéma? «Il est très difficile de s’en extraire, précise Maurice Hurni. Mais s’il existe une réelle volonté de changement, c’est possible. J’ai connu des patients qui ont réussi à s’en sortir, puis à recréer une relation saine.»√LARGEUR.COM

«Abus de faiblesse et autres manipulations». De Marie-France Hirigoyen. «Le harcèlement moral». De Marie-France Hirigoyen. «Les pervers narcissiques». De Jean-Charles Bouchoux. «La haine de l’amour». De Giovanna Stoll et Maurice Hurni. «Saccages psychiques au quotidien». De Giovanna Stoll et Maurice Hurni.


44∑INTERVIEW Faute de moyens financiers, le chef des Forces terrestres craint de ne plus parvenir à répondre aux nouveaux défis: la défense des infrastructures, des réseaux électriques et informatiques devenus indispensables à la société. PATRICK VALLÉLIAN

C

La maîtrise de l’air ne doit pas se faire sur le dos des autres armes

PIERRE-YVES MASSOT ARKIVE.CH

MIEUX COMPRENDRE

Dominique Andrey

omment va l’armée? Mieux qu’on le dit, mais pas aussi bien qu’elle le devrait, répond sans langue de bois Dominique Andrey, numéro deux de l’armée et chef des Forces terrestres. Deux ans après son premier «coup de gueule» dans L’Hebdo pour dénoncer les jeux politiques autour de l’institution militaire, le général romand a accepté de revenir, une nouvelle fois dans nos colonnes, sur l’état de la défense nationale. Son analyse est sans appel: si l’armée doit composer avec un budget à la baisse, elle ne pourra plus assumer toutes ses tâches constitutionnelles et défendre tout le territoire. Elle devra aussi laisser les cantons se débrouiller seuls, admet le haut gradé tout en ajoutant qu’il faudrait remettre à plat le concept sécuritaire national. Une révolution qui verrait l’armée assumer la sécurité des infrastructures stratégiques comme les réseaux routiers, électriques ou informatiques. Et le remplacement du F-5 Tiger par le Gripen dont le budget risque de grever les finances de l’armée? «Nous pourrions aussi nous doter de puissants moyens DCA qui créeraient sur la Suisse une coupole étanche et qui descendraient tout ce qui rentrerait sans y être invité, avion ou missiles», propose le chef des FT, qui craint de voir ses hommes faire les frais de la folie des grandeurs des aviateurs. Il annonce également que l’armée va renforcer sa cyberdéfense. Interviewvérité. L’HEBDO 23 AOÛT 2012


INTERVIEW∑45

Une armée plus technologique, plus chère. Nous nous étions promis de nous revoir deux ans après l’interview que vous nous aviez accordée pour faire un nouveau point sur l’état de l’armée (notre édition du 7 octobre 2010). A l’époque, vous nous aviez dressé un tableau sombre de l’institution dont la santé vous faisait «mal au ventre» tant elle n’avait pas de stratégie claire à long terme, qu’elle était le jouet des intrigues politiques ou encore qu’elle manquait d’argent pour boucler ses fins de mois. Qu’en est-il aujourd’hui? Pour être franc, je vois le futur avec plus d’optimisme, même si la situation n’a pas fondamentalement changé. Comme je le disais il y a deux ans, l’armée va mieux qu’on le dit, mais pas aussi bien qu’elle le devrait. Si nous avons pu trouver des solutions pour stabiliser notre logistique, nous sommes toujours face à d’importantes lacunes d’équipement et d’infrastructure dues au manque d’investissements depuis plusieurs années. Il y a encore et toujours un fossé de 20% entre les tâches qu’on nous demande d’accomplir, les investissements que cela suppose et notre budget réel. C’est une situation à laquelle nous sommes habitués, mais qui reste difficile à vivre au quotidien parce qu’elle nous oblige à parer continuellement au plus pressé. Le vrai point positif, en fait, c’est qu’on n’a jamais – du moins depuis longtemps – autant parlé de politique de sécurité et d’armée que depuis deux ans. On ne peut plus raconter n’importe quoi sur la situation actuelle, sur nos difficultés réelles et sur les défis de développement. Mais pour le reste, nous sommes toujours dans l’attente de décisions. Pourtant, le Parlement vous a donné en septembre 2011 une orientation claire avec un budget de 5 milliards de francs pour 100 000 hommes contre 200 000 actuellement. Il contredisait d’ailleurs le Conseil fédéral qui lui préférait l’option 80 000 hommes et 4,4 milliards de francs. 23 AOÛT 2012 L’HEBDO

capable de couvrir les besoins réels pour ses missions, est en déficit chronique depuis de nombreuses années. Elle utilise le gros de son budget pour la maintenance et peine à compléter ou à remplacer ses matériels ou infrastructures. Elle a aussi dû renoncer à de nombreux investissements, a pris du retard dans d’autres, au point qu’elle a abandonné des programmes d’équipement notamment en matière d’armes antichars ou de lance-mines lourds. Et l’armée du futur ne sera pas forcément meilleur marché. Au contraire, elle sera souvent plus complexe, plus technologique, donc plus chère.

02

Liquider l’immobilier pour financer les besoins Pour trouver des sous, vous pourriez vendre vos «bijoux de famille», vos biens immobiliers comme l’aérodrome de Dübendorf, qui aiguise bien des appétits à Zurich… Bien sûr. Notre parc immobilier est gigantesque et pèse bien quelques milliards de francs, bien que tout ne soit pas directement commercialisable. Vendre certaines de nos places d’armes, de nos casernes et de nos aérodromes nous permettrait aussi d’effectuer quelques économies sur nos coûts de fonctionnement et d’entretien, à supposer que nous puissions nous passer de ces surfaces d‘exercice et de ces bâtiments. Cependant, si nous devions réaliser cette opération, il y aurait des conséquences importantes dans les régions concernées. De nombreux emplois passeraient à la trappe. Les cantons réagiraient. Vous pourriez aussi réduire vos effectifs de soldats professionnels? Actuellement, il y a 9500 salariés pour appuyer un effectif de milice de

«IL FAUT ÊTRE SÉRIEUX! CEUX QUI EFFECTUENT LEUR ÉCOLE DE RECRUE OU LEURS COURS DE RÉPÉTITION NE SONT PAS SOUS LES DRAPEAUX POUR UNE THÉRAPIE D’OCCUPATION. JE M’Y REFUSE.»

MIEUX COMPRENDRE

01

L’équation de fond est une affaire d’équilibre entre trois volets: les tâches confiées, les effectifs disponibles et les crédits accordés. Avec 5 milliards de francs et 100 000 hommes, nous pouvons travailler et remplir nos missions actuelles. Je dois avouer que ce signal du Parlement était important pour nous. Il nous a permis de lancer des planifications à plus long terme. Mais voilà, le gouvernement, dont la vision financière globale de la Confédération ne correspond pas toujours aux nécessités de l’armée, a remis en question ce nouvel équilibre. En avril, il a demandé au Département de la défense (DDPS) d’étudier une option à 100 000 hommes pour un budget de 4,7 milliards auquel PROFIL il faut retrancher 300 millions DOMINIQUE pour alimenter le fonds d’achat ANDREY du remplaçant de l’avion er Né le 1 août 1955, F-5 Tiger. Une nouvelle fois, Dominique Andrey avec 4,4 milliards, nous nous est ingénieur retrouvons dans une zone en génie civil et docteur d’instabilité. Il faudra définir en sciences les conséquences sur les tâches techniques et peut-être sur les effectifs de l’Ecole qu’une réduction de nos polytechnique finances pourra avoir. de Lausanne. Il est officier de carrière depuis 1987, Il est difficile de vous suivre commande sur ce point: actuellement, les Forces votre budget tourne autour terrestres depuis de 4,3 milliards de francs par le 1er janvier 2008 et est de surcroît an pour 200 000 hommes. le remplaçant Avec cette réforme à 4,4 mildu chef de l’armée liards et la moitié moins depuis le 1er janvier de soldats, cela semble tout 2012. à fait jouable, en sachant que 20 000 militaires de moins, par exemple, représente une économie théorique de 200 millions? Si l’on regarde la situation sous cet angle comptable oui, même si dans la réalité la réduction de moitié de nos effectifs sera réalisée essentiellement par la suppression des unités de réserve, peu gourmandes en équipement et en coûts d’entretien. Or le problème n’est pas là. L’armée, faute d’obtenir un budget


46∑INTERVIEW «LE SYSTÈME DE CONDUITE ET D’INFORMATION DES FORCES TERRESTRES FONCTIONNE, PEUT-ÊTRE PAS DE MANIÈRE AUSSI OPTIMALE QUE NOUS LE SOUHAITERIONS, MAIS IL FONCTIONNE.» 200 000 hommes. Il y a des militaires, notamment des instructeurs pour la formation de base, et des personnels civils, pour l’administration et la logistique. C’est vrai que s’il y a moins de soldats, on peut se dire que là aussi nous pouvons couper dans les effectifs. Mais, de nouveau, cela ne fonctionne pas ainsi.

Pourquoi? C’est un problème d’honnêteté vis-à-vis du citoyen-soldat que de lui fournir un appui optimal lors de ses périodes de service. Diminuer la qualité de cet appui, par manque de personnel professionnel, c’est se moquer du temps que le citoyen met à disposition de son pays. Nous pourrions alors tout aussi bien dire que l’armée roule moins, tire moins ou mange moins. Nous pourrions expliquer à nos miliciens qu’ils devront marcher au lieu de se déplacer dans un camion ou dormir à la belle étoile au lieu de passer la nuit dans une caserne que nous aurons dû vendre. Il faut être sérieux! Nos concitoyens qui effectuent leur école de recrue ou leurs cours de répétition ne sont pas sous les drapeaux pour une thérapie d’occupation. Je m’y refuse. Ils doivent avoir l’occasion de s’entraîner afin de pouvoir, le cas échéant, remplir avec le maximum de chances de succès les tâches qui leur seront confiées. Notre armée doit rester crédible. Cela nécessite temps, personnel et matériel. Et pour cela, il nous faut un budget à la hauteur de nos ambitions.

03

MIEUX COMPRENDRE

Remplacer le Gripen par une coupole DCA? Et si vous vous passiez d’acheter les remplaçants du F-5 Tiger, ces fameux Gripen suédois qui font couler tant d’encre, notamment pour leurs mauvaises performances et pour les zones d’ombre autour de leur achat?

Laissons la question des zones d’ombre, comme vous dites, à la sous-commission du National qui enquête sur ce point! Elle rendra son rapport à la fin du mois d’août. Pour le reste, les Tiger sont vraiment en bout de course. Il était normal de poser la question de leur remplacement, même si tout cela a été initié à une époque où le changement d’un système par un autre allait de soi. Aujourd’hui, c’est plus compliqué. Plus politique aussi. Par chance, nous disposons de 33 excellents F/A-18 et il aurait été judicieux que l’on puisse en acheter d’autres pour compléter notre flotte. Mais nous ne pouvions pas: cet appareil n’est plus produit. Maintenant, au sujet du Gripen, le sommet de l’illogisme serait de dire à l’armée que c’est elle qui veut ce nouvel avion et qu’elle doit donc se le payer elle-même.

suffisent pour les 10 ou 15 prochaines années, notamment pour entraîner nos pilotes aux attaques au sol. Ou alors acheter des PC-21 largement meilleur marché que le jet suédois et qui seraient tout aussi performants que le Gripen, dotés de missiles et de radars modernes... Si nous avons besoin d’autant d’avions, c’est parce que nous avons fait le choix d’être libres, indépendants et neutres. Aussi, nous devons effectuer l’intégralité du travail nous-mêmes. Un travail que nous ne voulons pas déléguer à la France ou à l’Allemagne. Or notre voie solitaire a un prix. Et il faut que cette voie soit à la fois efficace et finançable. Existe-t-il d’autres options? Oui, bien sûr. Nous pourrions également nous doter de puissants moyens DCA qui créeraient sur la Suisse une coupole étanche et descendraient tout ce qui rentrerait sans y être invité, avion ou missiles. C’est plus simple, moins cher, plus rapide, et sans proportionnalité… Mais est-ce que c’est défendable politiquement et internationalement? Pas sûr.

Ce n’est pas le cas? Je tiens à rappeler que si nous avons besoin d’avions, c’est pour remplir nos missions constitutionnelles, notamment de service de police du ciel. Des missions qui nous sont confiées par le pouvoir politique. Partant de là, je trouverais ubuesque de nous laisser nous débrouiller à l’interne pour financer 3,3 milliards de francs au détriment d’autres secteurs de l’armée. En tant que commandant des Forces terrestres, je ne peux pas me résoudre à admettre que nos véhicules ne tireront plus que de manière statique et que nos soldats ne feront plus qu’un cours de répétition sur deux.

Et si on ne vend pas les «bijoux de famille» de l’armée, si le budget reste à 4,4 ou 4,7 milliards et si l’armée doit s’offrir elle-même les Gripen, que se passera-t-il? Clairement, nous n’aurons plus le choix. Cette fois-ci, l’armée devra revoir son organisation et couper dans le vif, notamment dans les prestations qu’on attend d’elle en cas de crise. Une armée plus petite et moins équipée ne sera plus en mesure, en tout cas au sens de la quantité, de défendre le pays et surtout de protéger la population. Elle ne pourra plus, même en cas de mobilisation, être présente simultanément et partout.

On peut donc se passer de ces avions? Ce n’est pas ce que je dis. Il y a là aussi un problème d’adéquation entre les ressources et les tâches. Et s’il est vrai que la maîtrise de l’air est importante, elle ne doit pas se faire sur le dos des autres armes.

Dans le même temps, on pourra vous rétorquer qu’on ne risque pas une guerre de si tôt en Europe… Et ce n’est pas faux, je vous l’accorde. Mais des crises modernes, interétatiques ou autres, peuvent présenter une palette incroyable de dangers et de menaces pour le pays et la population. Tout peut se détériorer très rapidement. Et l’armée, qui demeure la seule réserve

Nombreux sont les spécialistes qui affirment à voix basse que nos 33 F/A-18

L’HEBDO 23 AOÛT 2012


INTERVIEW∑47

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Et que dire de ce que vous appelez les nœuds stratégiques? J’ai une question à vous poser. A quoi cela servirait-il de tenir solidement notre frontière si un adversaire détruit nos lignes de chemin de fer ou nos autoroutes, nos réseaux électriques ou informatiques?

L’abandon du soutien aux cantons

Vraiment? Vous savez, des policiers sont des fonctionnaires qu’il faut payer toute l’année à la différence de nos miliciens qui ne sont mis sur pied que lorsque le besoin est là. Le temps où certains cantons pouvaient se décharger sur l’armée pour des tâches de surveillance dévolues à la police semble révolu. Vous êtes en train de nous dire que vos meilleurs alliés ce sont finalement les cantons? Oui, c’est juste et c’est logique: la Confédération est un système d’alliance entre cantons, du moins en ce qui concerne la sécurité. Les cantons s’entraident mais ils ont besoin de l’armée comme réserve commune, pour la sûreté et les tâches d’aide en cas de catastrophe, lorsque leurs propres moyens sont débordés. Si l’armée doit faire des économies, ils devront trouver d’autres ressources et certainement passer à la caisse. J’espère qu’ils en sont conscients. 23 AOÛT 2012 L’HEBDO

KEYSTONE

Justement, l’armée joue aussi un rôle très important de subsidiarité vis-à-vis des cantons, notamment pour assurer la sécurité du forum de Davos ou la surveillance des ambassades. Vos hommes ont ainsi «offert» 255 386 jours en 2011 aux autorités cantonales. Pourrez-vous continuer ainsi? Non, l’armée sera moins disponible pour les cantons. Nous ne pourons plus tout faire comme avant, notamment fournir des prestations en matière de sécurité. Des prestations qui devront être alors assurées par les cantons par des fonctionnaires de police plus nombreux. Et cela ne coûtera, et de loin, pas moins cher aux collectivités publiques que l’armée.

AVIATION Le PC-21 serait-il une alternative au Gripen?

Seulement pour une partie des missions.

Pas à grand-chose effectivement. Les protéger, en cas de crise, appartient aux nouveaux défis de l’armée. Car aucune des régions de notre pays ne peut plus vivre de manière autonome. Elles sont toutes interconnectées en matière d’échanges de personnes, de biens, d’énergie, de données… Ces nombreux réseaux sont indispensables au fonctionnement de notre société moderne, et ils ont pour corollaires des nœuds qui, géographiquement, sont des points névralgiques.

Mais il y a la police pour cela? Prenons une infrastructure critique comme une centrale ou un barrage, par exemple. Lors d’une situation tendue, la police va faire des rondes supplémentaires, mais elle sera rapidement surchargée. Si l’adversaire est plus costaud, il faudra tenir l’emplacement avec des moyens de plus en plus lourds. Et cela, l’armée sait le faire. Mais elle devra être présente simultanément sur tout le territoire en se concentrant sur les nœuds stratégiques. Cette présence devra être rapidement nécessaire sur de nombreux sites et absorbera de nombreux effectifs. Ce qui ne se jouera plus avec des corps d’armée ou des divisions comme dans le passé. Les unités seront plus petites, plus flexibles, plus mobiles, plus territoriales aussi. Et l’échelon lourd mécanisé restera, car il faut être capable de rétablir la situation de manière massue et décisive. En gros, l’armée doit désormais s’occuper aussi de la sécurité intérieure alors que depuis les origines de la Suisse moderne, il a toujours été entendu que la sécurité extérieure était l’affaire de l’armée et son pendant intérieur celle des polices cantonales. C’est une révolution que vous voulez mettre sur la table. C’est vrai, nous devons révolutionner notre manière d’appréhender la sécurité nationale. Regardons la Suisse moderne en face, elle n’est plus celle de 1848.

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Cyberdéfense et cyberbataillons N’est-ce pas d’ailleurs tout le sens du Réseau national de sécurité (RNS) qui se met en place actuellement sous la direction d’André Duvillard, ancien chef de la police neuchâteloise?

«NOUS POUVONS EFFECTIVEMENT TIRER LA PRISE. ET L’ARMÉE SERA TOUJOURS EN DÉCALAGE ENTRE L’ÂGE DE LA PIERRE TAILLÉE ET LA CIVILISATION MODERNE.»

MIEUX COMPRENDRE

stratégique de la Confédération, doit être capable de faire face à cette multiplicité et à cette transformation des besoins sécuritaires.


48∑INTERVIEW

Une pointe d’ironie? Non! Il faut regarder la situation franchement. Le RNS est actuellement encore une boîte noire. Officiellement, il devra mettre en réseau tous les moyens disponibles pour répondre à toutes les menaces. Or chacun s’imagine encore y trouver des solutions à chaque problème, sans devoir trop y contribuer. Il faut impérativement jouer transparence et pragmatisme. Pour que cela soit efficace, il faut que tous les partenaires y apportent leur maximum.

MIEUX COMPRENDRE

Vous en doutez? Je suis optimiste de nature, mais j’entends déjà certains cantons nous dire qu’ils n’ont aucun moyen et qu’il faut se retourner vers le RNS, et donc assez rapidement vers l’armée. Mais là, celle-ci risque de ne plus être à la hauteur des attentes puisqu’elle aura été réduite dans sa taille et ses moyens. Nous ne pourrons tout simplement plus faire face à une tâche fondamentale de l’Etat: protéger le pays et ses habitants. En parlant d’avenir, le DDPS, qui avait été chargé par le Conseil fédéral de gérer le dossier de la cyberdéfense du pays, l’a perdu en avril dernier. Depuis, le Département des finances a repris le leadership et a rédigé la stratégie validée en juin par le gouvernement. Il se dit en coulisses que ce fiasco est dû autant à une guerre entre les offices fédéraux et à l’isolement d’Ueli Maurer au Conseil fédéral… Nous ne cherchions pas forcément le «lead» dans le dossier. Pour nous, c’était surtout une manière de s’échanger des informations, de progresser. Le mieux que je puisse espérer, c’est que le Département des finances reprenne les bonnes idées du rapport et les mette en œuvre. L’important, finalement, est que notre pays et ses habitants soient à l’abri de ces menaces encore trop sous-estimées. Peut-être, mais la réponse à la cyberguerre dans l’espace informatique n’est plus que technique et administrative. Quelle est alors votre stratégie?

Le risque est grand qu’on laisse chaque utilisateur assurer en vase clos sa sécurité même si on sait très bien que ce vase clos n’existe pas en matière d’informatique. Il suffit d’un petit trou dans le dispositif et vous laissez passer n’importe quoi. Nous l’avons dit. Espérons que le message sera entendu. De notre côté, nous allons devoir renforcer notre structure dans ce domaine.

tionne, peut-être pas de manière aussi optimale que nous le souhaiterions, mais il fonctionne. En plus, il a démontré qu’il était indispensable. Actuellement, quand vous constatez quelque chose, vous envoyez un message radio à un soldat qui note sur un papier ce que vous lui avez dit avant de le reporter sur un plastique posé sur une carte. On amène ensuite ce plastique à l’étage supérieur pour en informer les officiers… La société moderne ne fonctionne plus comme cela. Aujourd’hui, chaque jeune soldat possède un iPhone et il est habitué à agir en réseau. Et vous voudriez leur demander de revenir à l’âge de pierre alors que l’information doit se diffuser rapidement.

Allez-vous lancer les fameux cyberbataillons? Ce n’est qu’une vision de l’esprit, mais il faut bien reconnaître que nous avons la capacité de trouver les compétences pour cela. Parmi nos miliciens, nous disposons de génies de l’informatique.

Où est le problème alors? Le programme fonctionne très bien avec les réseaux de fibre optique et d’ondes dirigées. En revanche, il peine avec nos appareils radio. Le tuyau est trop petit pour la quantité d’informations qui doit y passer et nos matériels sont trop anciens. C’est ce que constatent tous les fournisseurs d’internet… ENNIO LEANZA KEYSTONE

Oui. Je lui souhaite d’ailleurs bonne chance.

SÉCURITÉ NATIONALE «L’armée devra être présente

simultanément sur tout le territoire en se concentrant sur les nœuds stratégiques. Les unités seront alors plus petites, plus flexibles, plus mobiles, plus territoriales.»

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S’accrocher à un monde en réseau Si l’on parle d’équipements modernes et de gros dossiers qui ont provoqué des polémiques, où en êtes-vous avec votre système de conduite et d’information des Forces terrestres? Il a été évoqué à plusieurs reprises que ce projet budgétisé à 700 millions de francs ne fonctionne pas et qu’il faudrait encore plusieurs millions pour qu’il fasse entrer l’armée dans le monde moderne. Info ou intox? C’est faux. L’argent a été investi correctement. Et le système de conduite et d’information des Forces terrestres fonc-

A qui la faute? En fait, nous avions prévu de changer nos radios en même temps que nous mettions en route le nouveau système de conduite. Mais encore une fois, l’argent a manqué et l’investissement a dû être repoussé. D’où ce décalage. L’helvétisation du programme n’est donc pas en cause? Pas du tout. L’helvétisation du software pour faciliter son utilisation par la milice et pour remplir nos activités d’aide à la population est tellement bonne que les Espagnols, qui nous l’ont vendu, veulent nous l’acheter. Les autres pays intéressés par ce programme désirent aussi notre programme suisse… Quand Ueli Maurer dit qu’il veut tirer la prise, il se trompe alors? Je suis convaincu que notre conseiller fédéral a compris non seulement l’utilité du système mais surtout son indispensable compatibilité avec la société civile dans laquelle vit le citoyen-soldat. N’empêche que c’est de notoriété publique qu’il est contre ce matériel L’HEBDO 23 AOÛT 2012


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Un rapport de sécurité sans stratégie globale L’armée est-elle aussi en danger avec l’initiative proposant la suppression du service militaire obligatoire? Munie de 107 280 signatures, elle a été déposée en janvier 2012 à la Chancellerie fédérale par le Groupe pour une Suisse sans armée et devrait être soumise au peuple en 2013. Craignez-vous un vote sanction après les crises autour de l’armée? A force de jouer avec l’armée, on la décrédibilise, on la rend précaire. Et à force de couper les budgets, on diminue la qualité de l’instruction. Au final, les citoyens sol23 AOÛT 2012 L’HEBDO

dats pourraient se dire que tout cela ne sert à rien. Mais je verrais surtout un vote reflétant l’égoïsme ambiant. Nous vivons dans une société où les citoyens comprennent très bien qu’il faut une armée mais ne veulent plus donner ce temps à la nation. Ils délèguent un maximum et si possible sans que cela coûte. Or, notre système de milice est le meilleur qui existe. Il nous permet d’avoir des soldats de haut niveau. Je prétends d’ailleurs que nous avons, à temps d’entraînement équivalent, une meilleure armée que bien des armées professionnelles européennes. Et ce grâce à la qualité de nos hommes. Cela serait dommage de casser cette belle machine, cet engagement pour la société.

Vous êtes donc contre le volontariat? Soyons franc, le GSSA ne vise pas la fin de l’obligation de servir. Il cherche à réaliser son objectif: une Suisse sans armée. Vraiment? La fin de la conscription obligatoire, c’est la fin de l’armée. C’est tout d’abord un problème de quantité: les effectifs ne seront probablement jamais suffisants pour remplir les tâches que j’ai évoquées plus haut: la sécurité du pays et de ses habitants ne sera donc que partielle et donc sélective. Ce sera ensuite une problème de qualité: la force de notre système actuel de milice est la représentation effective de notre société, avec ses forces et capacités. Se baser sur le volontariat, c’est accepter de n’avoir pour protéger pays et population que des catégories particulières de la société. Et finalement, il faut admettre que l’obligation de servir protège aussi le citoyen-soldat dans le monde du travail. Un employeur ne peut pas aujourd’hui pénaliser un milicien, dans le cas du volontariat si. Quelles conséquences en tirez-vous pour le développement de l’armée dans les années à venir? Si l’on veut maintenir un système de milice, sur une base d’obligation de servir, il faut avoir l’honnêteté de donner à ces citoyens le maximum de chances de pouvoir remplir leurs missions, notamment en les instruisant de manière exigeante, en les équipant de manière moderne et en développant des modèles de service

qui soient davantage en phase avec la société moderne. Au niveau organisationnel tout d’abord, nous pensons qu’il ne faudrait plus que deux écoles de recrues par année au lieu de trois actuellement. Nous estimons également que chaque soldat devrait exécuter ses cinq cours de répétition en l’espace de huit ans au lieu des six cours. Nous abandonnerions aussi les quatre années de réserve.

Ces questions auraient dû être traitées par le dernier rapport politique de sécurité sorti en 2010, non? Oui. S’il présente une très bonne analyse des risques et menaces, ce rapport ne précise rien du comment on veut anticiper, prévenir, protéger, intervenir et rétablir, ni surtout avec quels moyens et quelles priorités. C’est ce que je déplore, ce manque de stratégie globale. Je sais que cela sera discuté dans la prochaine mouture du rapport de sécurité. Dans dix ans, comme les précédents rapports? Non, nous n’aurons plus une nouvelle feuille de route tous les dix ans comme aujourd’hui, mais tous les quatre, soit lors de chaque législature. C’est un sujet sur lequel planche le Conseil fédéral. Et je m’en réjouis. De tels rapports, s’ils sont bien faits, sont essentiels même si l’armée préférerait une planification à huit ans. Cela dit, nous savons désormais que notre situation sera instable jusqu’en 2016, jusqu’au moment où le peuple aura voté l’initiative du GSSA, qu’il aura donné son avis sur l’achat du Gripen également et que la nouvelle loi militaire sera sous toit. Jusque-là, nous devrons vivre au jour le jour. Ce qui est pénible parfois. Un vœu pour l’avenir? Gouverner, c’est prévoir. Avoir une armée, c’est avoir une réserve stratégique pour intervenir de manière décisive lorsque la crise se présente. Mais il faut avoir la volonté de donner à cette armée les moyens de remplir les tâches que l’on attend d’elle… ou alors le courage – et la prise de risque – de diminuer la liste des prestations attendues. C’est une question de choix fondamental, non pas militaire mais politique!√

MIEUX COMPRENDRE

moderne qui serait, selon certains UDC, un premier pas vers une adhésion à l’OTAN. Ou, pire, qui vous permettrait d’espionner vos hommes depuis votre bureau… Ce qui est complètement faux. Les soldats qui ont été instruits sur ce système ne veulent pas revenir en arrière. Vous savez, à la guerre comme dans d’autres domaines, celui qui dispose des meilleures informations a les meilleures chances de gagner. Un rapport d’évaluation du projet a été remis aux commissions du Parlement. Toutes les options sont possibles. Nous pouvons effectivement tirer la prise. Mais nous n’aurons rien et l’armée sera toujours en décalage entre l’âge de la pierre taillée et la civilisation moderne. On peut aussi nous donner les millions qui nous manquent pour acquérir des appareils radio performants. Ou alors modifier le concept d’engagement en diminuant la puissance du réseau et donc le volume des informations que nous voulons faire circuler. Tout est ouvert. Une discussion aura lieu à la fin août. Tout ce que je peux vous dire, c’est que notre système a fait ses preuves. Dernièrement, nous avons participé à un exercice dans la région de Bâle, SEISMO_12. Notre réseau autonome était le seul qui pouvait remplacer le réseau natel qui n’aurait par exemple pas résisté à un tremblement de terre ni à la rupture de l’approvisionnement de l’électricité.


On ne peut pas réinventer la roue. Les toutes dernières études ont montré qu’il n’existe plus de possibilité d’amélioration concernant les produits ou les objets déjà existants. Près de 150 ans après la naissance du moteur à explosion, son potentiel d’amélioration est épuisé. Alors, comment pouvons-nous économiser encore davantage et améliorer la technique tout en préservant à la fois l’environnement et l’expérience émotionnelle que procure la conduite en voiture. Révolution ou évolution ? C’est ici toute la question. Après une invention, il existe peu de possibilités de développement majeur puisque plus les conventions sont adoptées et établies, plus le potentiel de renouvellement est faible.

l’accélération procure du plaisir. La voiture offre une expérience émotionnelle qui rime forcément avec forte consommation de carburant et gaspillage des ressources. L’adrénaline et les moteurs à faible consommation ne vont pas de pair.

et électriques. Enfin, et non des moindres, une gestion écologique des déchets n’a pas encore été élaborée, même dans ses grandes lignes. Le pouvoir d’innovation de l’être humain n’est pas infini. Nombre d’entreprises ont fait faillite à cause de leur manque de capacité de renouvellement. Les conventions sont bien souvent plus fortes que la propension à créer. Par exemple, lorsqu’une technologie ou un produit existe depuis longtemps et que l’on croit le connaître, il est toujours plus difficile de le remettre en question. Remettre en question ces conventions, mais aussi les repenser totalement et les dépasser n’est pas donné à tout le monde.

L’automobile réinventée

La batterie reste aujourd’hui le problème des moteurs hybrides et électriques. Le problème de son poids n’est toujours pas résolu. En outre, son prix est encore trop élevé pour la production en masse. Enfin, et non des moindres, une gestion écologique des déchets n’a pas encore été élaborée, même dans ses grandes lignes. Le pouvoir d’innovation de l’être humain n’est pas infini. Nombre d’entreprises ont fait faillite à cause de leur manque de capacité de renouvellement. Quelles sont donc les possibilités en matière de stockage d’énergie qui respectent réellement l’environnement et qui sont abordables pour la majorité des automobilistes ? Les conventions sont bien souvent plus fortes que la propension à créer. Par exemple, lorsqu’une technologie ou un produit existe depuis longtemps et que l’on croit le connaître, il est toujours plus difficile de le remettre en question. Remettre en question ces conventions, mais aussi les repenser totalement et les dépasser n’est pas donné à tout le monde.

Parfois, le plaisir de conduire s’estompe sur les longs trajets. Le réservoir doit être rempli bien plus souvent qu’on ne le souhaiterait. Les conducteurs prudents prennent dans ce cas leurs précautions. Au cours des 50 dernières années, le taux d’efficacité de l’essence ou du diesel ne s’est que très peu amélioré, bien que tous les efforts possibles aient été faits dans ce domaine. Quelles sont donc les possibilités en matière de stockage d’énergie qui respectent réellement l’environnement et qui sont abordables pour la majorité des automobilistes ? Le pouvoir d’innovation de l’être humain n’est pas infini. Nombre d’entreprises ont fait faillite à cause de leur manque de capacité de renouvellement. Par exemple, lorsqu’une technologie ou un produit existe depuis longtemps et que l’on croit le connaître, il est toujours plus difficile de le remettre en question. Parfois, le plaisir de conduire s’estompe sur les longs trajets. Le réservoir doit être rempli bien plus souvent qu’on ne le souhaiterait. Les conducteurs prudents prennent dans ce cas leurs précautions. Dans le pire des cas, les virages serrés se transforment en défis acrobatiques.

Parfois, le plaisir de conduire s’estompe sur les longs trajets. Le réservoir doit être rempli bien plus souvent qu’on ne le souhaiterait. Les Au cours des 50 dernières années, le taux d’efficonducteurs prudents prennent dans ce cas de l’essence ou du diesel ne s’est que très leurs précautions. Pour fabriquer le SUV idéal, il fallait bouleverser toutes lescacité conventions peu amélioré, techniques. C’est ce que nous avons fait avec la technologie SKYACTIV, en bien que tous les efforts possibles partant de zéro pour repenser le moteur, la transmission, la carrosserieaient et le été châssis. Dans le pire des cas, les virages serrés se transfaits dans ce domaine. Quelles sont hors du forment en défis acrobatiques.Résultat: le nouveau Mazda CX-5, SUV agile et léger, procurant un plaisir de conduire donc les possibilités en matière de stockage commun. SKYACTIV-D 2.2 FWD: 4,6 l/100 km, 119 g CO2/km, couple max. de 380 Nm, catégorie d’énergie qui respectent réellement l’environénergétique A. (Moyenne émissions CO2 de toutes les voitures neuves vendues 159 g CO2/km) www.CX-5.ch Au cours des 50 dernières années, le taux d’effinement et qui sont abordables pour la majorité cacité de l’essence ou du diesel ne s’est que très des automobilistes ? peu amélioré, bien que tous les efforts possibles La mobilité dans le pire des cas, n’est pas seuleaient été faits dans ce domaine. Quelles sont ment un facteur social et politique, mais aussi donc les possibilités en matière de stockage d’énergie qui respectent réellement l’environ- Avec technologie Skyactiv. une expérience émotionnelle forte. Celui qui Économies réunis. nement et qui sont abordables pour la majorité et plaisir de conduire enfin prend souvent sa voiture pour parcourir des des automobilistes ? milliers de kilomètres par an souhaite avoir une voiture dynamique, car l’accélération procure du plaisir. La voiture offre une expérience La mobilité n’est pas seulement un facteur social conventions et politique, mais aussi une expérience émotionLeAu-delà problème dedes son poids n’est toujours pas émotionnelle qui rime forcément avec forte nelle forte. Celui qui prend souvent sa voiture résolu. En outre, son prix est encore trop élevé consommation de carburant et gaspillage des pour parcourir des milliers de kilomètres par pour la production en masse. La batterie reste ressources. L’adrénaline et les moteurs à faible an souhaite avoir une voiture dynamique, car aujourd’hui le problème des moteurs hybrides consommation ne vont pas de pair.

Le nouveau M{zd{ CX-5

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OPINION∑51 LA LETTRE OUVERTE DE PETER BODENMANN

STEFANO SCHÖTER RDB/BLICK

Cher Kaspar Villiger,

A en croire votre frère, l’excellent et jovial fabricant de cigares, vous êtes en ce moment en croisière quelque part. Vous jouissez de la vie sur les mers du monde. Et en chemin vous visitez les plus belles cités côtières. Personne ne vous embête. Personne ne vous pose de questions. Vous avez disparu silencieusement, sans faire de bruit. Pourtant, il y a un sacré nombre de questions sans réponse concernant votre passé récent. Sous votre présidence, en connivence avec d’autres banques, UBS a manipulé le taux Libor. Illégalement, au détriment de tous les autres intervenants sur le marché. Maintenant UBS tente de profiter de la législation sur les repentis: le premier qui balance les autres aura l’amende la plus basse. Naguère, parmi les petits délinquants, la règle voulait que la plus grande fripouille du pays soit et reste le dénonciateur. Sous votre présidence, UBS a livré aux Américains des données de collaborateurs. Les petits employés ont été dénoncés pour que les grands thésauriseurs de bonus puissent s’en tirer une fois de plus sans d o m m a g e. B o n nombre d’employés de banque n’osent plus – contraireKASPAR VILLIGER, ancien président du conseil d’administration d’UBS. ment à vous – entreprendre un voyage à l’étranger. Et surtout pas partir en croisière, car on ne sait jamais dans quel port on va accoster. UBS n’a toujours pas communiqué sur le cas du jeune trader mégalomane Adoboli. Nous ne savons toujours pas de quelle ampleur était véritablement le risque encouru. Ni pourquoi les contrôles ont failli. Des

www.hebdo.ch 23 AOÛT 2012 L’HEBDO

contrôles que vous et votre conseil d’administration auriez dû instaurer et surveiller. En Allemagne, le Handelsblatt, gazette du capital allemand, part du principe qu’UBS a aidé les fraudeurs fiscaux allemands à transférer leurs avoirs à Singapour. Et cela sous votre présidence. En Suisse, les partis bourgeois et les médias dépendent financièrement des grandes banques. C’est pourquoi vous et votre ancien CEO Oswald Grübel n’êtes pas assaillis de questions. Au contraire: ces temps-ci, Oswald Grübel dispense à tout le monde des leçons sans susciter de contradictions. Car c’est toujours la faute aux autres. Avant tout celle des méchants politiciens, ceux-là justement qui ont sauvé UBS du naufrage. En tant que radical vous aviez toujours été, du moins sur le papier, en faveur du moins d’Etat. UBS, en sa qualité de banque d’importance systémique, continue à bénéficier gratuitement d’une garantie implicite de l’Etat. Comment expliquez-vous cette contradiction? Pourquoi n’avez-vous rien Pourquoi entrepris pour que l’Etat cesse n’avez-vous d’être dans la posture de l’otage? Les actions UBS restent au fond du rien entrepris trou. Le fait est qu’UBS, en dépit pour que l’Etat d’une garantie étatique gratuite, cesse d’être n’a plus beaucoup de valeur. Bon nombre de caisses de pension ou, dans la posture plus précisément, bon nombre de l’otage? d’assurés ont perdu beaucoup d’argent. Parce que les thésauriseurs de bonus se sont toujours servis les premiers. Vous avez toujours publiquement défendu leurs trop hauts revenus. Est-ce toujours votre opinion? Vous avez toujours été un avocat de cette Suisse refuge des fraudeurs fiscaux. Le modèle ne fonctionne plus. Notamment parce que UBS & Cie ont depuis longtemps perdu le contrôle de leurs systèmes informatiques. Qu’est-ce qui va encore être mis au jour grâce à des CD volés? Longtemps les paquebots de croisière et les grandes banques ont passé pour insubmersibles. UBS et le Costa Concordia nous apprennent que ce n’est plus le cas. Espérons que l’Etat ne devra pas sauver une nouvelle fois UBS lors de la prochaine crise. Et que votre navire de croisière a un capitaine compétent à bord.√PETER BODENMANN

Réagissez à cette chronique et faites connaître votre point de vue sur le site de L’Hebdo.

MIEUX COMPRENDRE

À KASPAR VILLIGER


52∑OPINION LA CHRONIQUE DE JACQUES PILET

UNE GUERRE ET PUIS UNE AUTRE

MIEUX COMPRENDRE

La guerre civile ensanglante la Syrie, ébranle la région.

Dans sa fierté, le peuple iranien, même dans l’opposition, Et voici que les dirigeants israéliens en annoncent une ne comprend pas pourquoi la Perse, puissance régionale, autre à grand tapage: contre l’Iran. n’aurait pas droit à cette arme de dissuasion alors que En Israël, l’inquiétude grandit. Le débat s’échauffe entre plusieurs de ses voisins en disposent: il est traumatisé partisans d’une offensive rapide et même solitaire, ceux par le souvenir des 500 000 victimes de la guerre avec qui attendraient l’accord des Etats-Unis, ceux enfin qui l’Irak. voient dans cette aventure une menace pour l’Etat L’Iran est le pays du Moyen-Orient où vit le plus grand hébreu. Le premier ministre va-t-en-guerre et le vieux nombre de juifs, quelques dizaines de milliers. Sa popuprésident sont en désaccord. Les militaires sont aussi lation n’est nullement antisémite. Il a été longtemps divisés. Dans les services secrets, beaucoup estiment que l’allié d’Israël. Même sous le régime des mollahs, il a l’Iran n’est pas près de disposer de la bombe, que des continué longtemps à commercer avec lui à travers des raids israéliens ne suffiraient pas à briser le programme pays tiers. nucléaire et que les représailles pourraient être ravageuses. Le plus troublant dans la spirale belliqueuse, c’est qu’elle Rien n’y fait. Ni les doutes des experts. Ni les injonctions va en fait à l’encontre des intérêts des deux parties. En de Washington qui tente de calmer le jeu. Deux ministres attaquant l’Iran chiite, Israël renforcera encore la mouisraéliens annoncent tranquillement que la guerre durera vance arabo-sunnite, ancrée dans le Golfe, qui l’encercle trente jours et que la pluie de missiles tirés d’Iran et du et gagne partout du terrain, en Syrie, comme en Afrique Liban causera entre 300 et 500 morts. Des masques à du Nord. Sa relation vitale avec les Etats-Unis mis devant gaz sont distribués, un système d’alarme par SMS mis le fait accompli s’en trouverait perturbée. Quant au en place. Stratégie de la tension. Le général Mofaz, ex- régime de Téhéran, plus il en rajoute, plus il s’affaiblit. ministre de la Défense, s’en indigne Bientôt privé de son allié syrien, dans une lettre incendiaire à Netanyabrouillé avec la Turquie, il se trouvera Les guerres ne hou: «Il est clair que tu as perdu ton plus isolé que jamais. Il voit pourtant finissent jamais self-control!» en Syrie que le soutien lointain de la comme ceux Russie et de la Chine ne fait pas de Une guerre se prépare d’abord dans qui les déclenchent miracle. A jouer avec le feu... les têtes. L’exemple des Etats-Unis le prévoient. avant l’attaque de l’Irak l’a démontré. Ce vacarme guerrier ne serait-il qu’un Un livre du chercheur Pierre Conesa bluff? Possible. Le Gouvernement analyse le phénomène*. Pour lui, les guerres éclatent israélien peut brandir la menace dans plusieurs buts. rarement pour des raisons factuelles, avérées et ration- Pousser les Occidentaux à durcir le ton contre Téhéran. nelles. Elles résultent d’un processus d’excitation collec- Les forcer à lui fournir encore davantage d’armes (l’Alletive, avec la désignation obsessionnelle d’un ennemi, magne vient de lui livrer trois sous-marins lance-misl’Autre, le barbare. Citant l’exemple... de La Marseillaise: siles). Détourner l’attention des Israéliens inquiets de la «Ils viennent jusque dans vos bras égorger vos fils, vos dégradation économique et sociale. Enfin, par cette compagnes...» L’histoire connaît l’escalade des mots, diversion spectaculaire, éclipser l’avance territoriale du fous de part et d’autre, qui embrasent les conflits. «Grand Israël», enterrer jusqu’à la velléité d’une paix Pour faire de l’Iran le Mal absolu, les bellicistes se fixent négociée avec les Palestiniens. Mais les manœuvres les sur les déclarations haineuses des dirigeants iraniens plus habiles peuvent dépasser leurs auteurs, les entraîner extrémistes et laissent dans l’ombre tout ce qui vient dans un tourbillon qu’ils ne maîtrisent plus. compliquer le tableau. A savoir. Sans compter que les guerres ne finissent jamais comme Le pouvoir de Téhéran n’est pas monolithique, plus réa- ceux qui les déclenchent le prévoient.√ liste qu’il n’y paraît: il sait qu’utiliser la bombe appellerait *«La fabrication de l’ennemi, ou comment tuer avec sa conscience pour soi». la destruction immédiate du pays. Laffont, 372 pages.

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Retrouvez cette chronique dans «L’air du large», le Blognote de Jacques Pilet, ainsi que ses chroniques littéraires en vidéo. L’HEBDO 23 AOÛT 2012


OPINION∑53 LA CHRONIQUE DE CHRISTOPHE PASSER

TOUJOURS JEUNE, MAUVAISE IDÉE Une contraction au mollet, en rentrant de vacances. Le

truc évidemment idiot: faux mouvement, à l’instant triste du déchargement des bagages. Je sais bien que ce n’est pas renversant, comme nouvelle, mais j’y ai vu un signe, une petite dégradation, une vague usure: la lézarde du temps sur le muscle, comme un genre de ride. Mes collègues m’ont moqué gentiment, ricanant devant mon claudiquement de petit vieux se traînant vers la machine à café. Presque une semaine à boiter en se pommadant aux anti-inflammatoires, avant de gambader leste à nouveau. Mais il m’en reste une trace à l’âme. Je me demande depuis s’il arrive un moment – une sagesse? – où l’on cesse de vouloir demeurer toujours jeune.

première génération à surjouer les rebelles face à nos descendants, juste pour les épater, pour leur dire: hé, je suis toujours jeune! C’est le contraire qui devrait advenir: nous devrions comme ceux qui nous ont précédés être bousculés, choqués, par la musique qu’écoute la jeunesse, au lieu de nous époumoner grotesquement à vouloir lui passer Satisfaction en montant le volume par-dessus Guetta. La tête de ma mère, autrefois, quand je suis revenu avec le disque des Sex Pistols... Un chroniqueur new-yorkais commentait ce comportement parental l’autre nuit dans le poste: il a utilisé l’adjectif «pathétique». Et je me suis souvenu que j’avais encore un peu mal au mollet.

Regardant les résultats durement à la baisse d’Aberà un étrange phénomène générationnel lors du cruel crombie & Fitch, la marque de vêtements si à la mode choix avec les enfants ces dernières années, de la musique dans j’y ai songé encore. la voiture. Que les Qu’est-ce qui plaisait ancêtres n’aiment pas moins désormais? Ces le même son que leurs sublimes éphèbesmannequins à peine rejetons me semble pubères, musclés et normal. Mais nous torse nu attirant les sommes les premiers parents, bébés du rock filles? Ils sont toujours nés entre les fifties et aussi lisses. Le design seventies, à tenter des habits? L’amdans nos vieux jeans biance des magasins d ’e x p l i q u e r a u x conçus comme des mômes que notre shop-discothèques? musique à nous, elle Peut-être surtout qu’une marque pour était et demeure telleEmeute chic à Hong Kong, lors de l’ouverture du magasin les jeunes cesse vite ment plus djeune et Abercrombie & Fitch. Mais les ventes baissent depuis que rebelle que la leur. d’être jeune quand les les parents achètent les mêmes T-shirts que leurs enfants. Ouais, les mioches, parents achètent les sachez que les Clash, mêmes T-shirts que les Stones, Janis, Hendrix, Miles, Otis, ça avait quand leurs gosses. C’est ce qui est arrivé, c’est la même histoire: même une autre force que Puff Daddy ou Lana del Rey. on en voit plein les rues jouer ainsi aux éternels ados, Ouais, parce tu vois, la musique en rébellion à fond, celle vous en croisez sans cesse singeant des gosses de 16 ans de notre bruyante époque exaltante, elle avait comme avec des T-shirts Abercrombie qui boudinent la moindre qui dirait un message, genre, elle était po-li-ti-que. Ouais, sur le ventre, ou des mères de famille qui montrent leur c’était un doigt d’honneur à la société, tu vois, une révolte, nombril à côté de leur fille gênée. une révolution. C’est une très belle chanson de Dylan, Forever Young. Un Ne vous moquez pas. Nous sommes des milliers à racon- hymne écrit il y a presque quarante ans. Mais sans doute ter partout aux enfants ce style de chnoqueries d’anciens que rester jeune, c’est aussi accepter que toujours jeune, combattants (comme si on avait combattu, d’ailleurs, dans les refrains comme dans la vie, c’est une façon de mais c’est une autre histoire). Nous sommes ainsi la se mentir en croyant résister au temps.√

23 AOÛT 2012 L’HEBDO

MIEUX COMPRENDRE

KEYSTONE

Durant mes estivaleries, j’ai été confronté par exemple


54∑FINANCE

de croissance de l’économie 0,3% Taux allemande au 2 trimestre. e

PHILIPPE HEBEISEN

Depuis la crise financière, les assureurs retournent aux sources Risque. Les compagnies d’assurance se plaignent de subir les conséquences des bouleversements internationaux malgré leur bonne santé.

A

MIEUX COMPRENDRE

Etes-vous frustré de voir les banques bénéficier de taux d’intérêt au plancher alors que les assurances en ont moins profité lorsqu’elles ont traversé leur propre crise en 2003? Il oblige les assurances à prendre des mesures pour combler l’écart entre le taux d’intérêt offert par les placements dans des obligations à 10 ans de la Confédération, actuellement entre 0,5% et 0,6%, et les prestations garanties aux assurés, par exemple 1,5% en ce qui concerne le taux technique de la prévoyance individuelle. Gérable, cet environnement deviendrait réellement difficile s’il venait à se prolonger. L’industrie de l’assurance se sent-elle encore contrainte de développer des activités exotiques plus risquées pour compenser le manque de rentabilité de ses activités traditionnelles? Depuis la crise financière de 2008, la tendance de l’industrie est le retour aux sources. Les efforts de diversification se

DAVID PRÊTRE STRATES

près avoir traversé la crise financière pratiquement sans dommages, les assureurs se font rattraper par celle-ci. Les gendarmes financiers, IAIS (International Association of Insurance Supervisors) en tête, veulent les soumettre au même cadre que les grandes banques internationales en ce qui concerne les sociétés à risque systémique. Et ils découvrent que certains de leurs produits sont assimilés à des véhicules d’évasion fiscale. L’analyse de Philippe Hebeisen, directeur de Vaudoise Assurances, la compagnie romande la plus importante.

déploient plutôt dans les services augmentés, ou associés, où la compagnie va chercher ses marges, la prestation d’assurance de base servant à attirer ou à conserver le client. La préoccupation marketing est importante, chaque compagnie cherchant à se différencier des autres. Il s’agit davantage de diversification de produits que de diversifications stratégiques.

Etait-ce dans cet esprit que votre compagnie a développé le manteau d’assurance via Valorlife, une filiale au Liechtenstein, offrant une solution d’optimisation fiscale pour une clientèle notamment étrangère? C’est un bon exemple d’une opportunité intéressante lorsqu’elle a été créée à la fin des années 90. Elle a été développée en L’HEBDO 23 AOÛT 2012


«Depuis la signature de l’accord fiscal germano-suisse en septembre dernier, il n’y a pas eu de sorties notables de fonds allemands hors de Suisse.»

FINANCE∑55

Patrick Odier, président de l’ASB, au magazine Der Spiegel

Selon les autorités d’outre-Rhin, de nombreux contribuables allemands ont utilisé des manteaux d’assurance pour de l’évasion fiscale. Ce type de produit a-t-il réellement répondu à toutes les exigences réglementaires? PROFIL Ce type de produit subit un clair chanPHILIPPE gement de paraHEBEISEN digme, à la fois régleLe directeur mentaire et fiscal. général du Avec la législation groupe depuis américaine Fatca janvier 2009 a intégré notamment, nous Vaudoise sommes confrontés Assurances – à une forte augmene le 8 assureur tation et complexifisuisse par la cation de la régletaille du bilan – mentation. en 1999, Un assureur comme où il a dirigé les départements nous distribuait clientèle avant tout des prod’entreprise duits d’assurance. Or, puis marketing ces derniers sont et réseaux. désormais soumis à Il arrivait de la des réglementations Genevoise bancaires, ce qui Assurances, nous place devant de où il était responsable nouvelles responsade la clientèle bilités. Les autorités privée. Il siège de surveillance au comité jettent un regard plus de l’Association pointu sur ce type de suisse produit en raison des d’assurances. risques multiples qui en découlent: financiers au sens large, de contrepartie, voire de réputation. Ce produit a beaucoup fait parler de lui récemment en raison de son développement marqué à l’occasion du scudo fiscale italien (amnistie fiscale décrétée par le gouvernement Berlusconi en 2009, ndlr), mais depuis lors, la croissance a retrouvé sa vitesse de croisière. 23 AOÛT 2012 L’HEBDO

Allez-vous vous retirer des produits soumis désormais à la réglementation bancaire? Nous analysons chaque typologie d’activité en fonction de la rentabilité et des risques encourus. Donc, la réglementation bancaire n’est pas le critère déterminant. Dans le cas de Valorlife, ces produits offrent des opportunités qui nous conviennent, même s’ils ne représentent qu’une part modeste – 4% (la part de Valorlife) – du bénéfice consolidé du groupe. L’Association internationale des régulateurs d’assurance (IAIS) veut dresser une liste d’assureurs jugés trop grands pour faire faillite, sur le modèle des banques. Comment jugez-vous cette initiative? Notre réalité n’est pas celle des banques. Les deux plus grands groupes d’assurance suisses ne sont pas considérés par l’IAIS comme présentant un risque systémique. C’est a fortiori encore moins le cas de notre groupe. Cette question n’est donc pas très concrète pour nous.

«LES RELATIONS ENTRE L’INDUSTRIE ET SON RÉGULATEUR SONT DEVENUES PLUS TENDUES.» Avez-vous le sentiment de payer les pots cassés par les banques? Après avoir salué l’intervention des autorités pour sauver le système financier, nous avons, comme le reste de l’industrie, appris à évoluer au fil de l’accélération des changements réglementaires. Bien que le dialogue que notre société entretient avec la Finma soit de très bonne qualité, les relations entre l’industrie et son régulateur sont devenues plus tendues. Les exigences de ce dernier sont légitimes, mais il arrive que nous ressentions une certaine frustration, par exemple par rapport à certains paramètres du Swiss Solvency Test (SST, qui réglemente les réserves financières et techniques des assurances, ndlr), telles la courbe de taux et l’évalua-

tion des actifs immobiliers alors que Solvency II, qui doit encadrer nos concurrents européens, répond à des exigences moins élevées, en tout cas en assurance vie, et voit son entrée en vigueur régulièrement reportée. Cette réglementation abondante se traduit par des coûts supplémentaires non négligeables pour les compagnies d’assurance.

Hormis une protection contre les tentatives d’OPA, pourquoi votre société conserve-t-elle une forme de mutuelle? Notre forme de mutualité est celle qu’ont adoptée les principaux groupes mondiaux de l’assurance à leurs origines, avant qu’une vague de démutualisation ne les transforme en sociétés anonymes, vague à laquelle nous n’avons d’ailleurs pas entièrement échappé. La situation actuelle, une holding cotée en Bourse dont l’actionnaire le plus important est la mutuelle, n’est pas remise en question. Nos organes dirigeants actuels estiment même qu’une remutualisation est préférable à une démutualisation. La première étape est un versement d’une participation aux excédents aux assurés non-vie, selon un rythme trisannuel, ce qui ne s’était pas réalisé depuis 1962. J’en espère des retombées positives en termes d’acquisition de nouvelles affaires et de fidélisation de la clientèle existante. Comment expliquez-vous que cette stratégie, que vous défendez, ait été abandonnée par la plupart des autres grands assureurs? Sur le plan mondial, plusieurs grands groupes importants ont gardé la forme de la mutuelle. Celle-ci facilite aussi l’accroissement des fonds propres, répondant ainsi à la volonté de la Finma. La forme de la mutualité nous permet d’adopter une vision à long terme et de ne pas nous focaliser sur les attentes à court terme des investisseurs. Aussi, ces dernières années, nous avons pu doubler nos fonds propres, dans cette vision progressive.√

MIEUX COMPRENDRE

toute bonne conscience afin de répondre aux attentes de clients privés soucieux de préserver leur patrimoine et de le transmettre, notamment dans un souci d’optimisation fiscale. Nous la développons en plein respect de la législation applicable dans les pays de résidence des clients.


56∑PASSIONS 56 Nicolas Righetti 59 «The Expendables 2» 60 Septembre musical 62 Le faux parfait de Vevey

63 Grandaddy 64 Avraham B. Yehoshua 68 Agenda

SUR UN FIL Une affiche déchirée de Bachar el-Assad lors de sa reconduction par référendum à la présidence syrienne, en 2007.

Bachar

el-Assad Dans les yeux du massacreur

LUC DEBRAINE

PASSIONS

C’

était en 2007. Nicolas Righetti fuyait Beyrouth, alors sous les bombes. Il s’est retrouvé en Syrie, lors du référendum qui allait reconduire Bachar el-Assad à la tête du pays. Le portrait du despote était affiché partout, en particulier dans la capitale Damas. Des pancartes, des posters, des bâches de 10 x 10 mètres, des autocollants sur les vitres des voitures.

L’habituelle propagande des régimes autoritaires, qui imposent à leur peuple l’effigie unique du grand guide. Comme il l’avait fait auparavant en Corée du Nord et au Turkménistan, Nicolas Righetti s’est mis à photographier les portraits ubiquistes de Bachar el-Assad. A sa manière: précise et soignée, dans un format carré qui inclut l’environnement de l’affiche, une devanture ou une façade, une fenêtre ou un fil tendu dans la rue. Une manière qui aime aussi les éclairages forts et les couleurs saturées pour amplifier les messages de lendemains glorieux déli-

NICOLAS RIGHETTI REZO.CH

Attentif à l’iconographie totalitaire, Nicolas Righetti a photographié en 2007 à Damas l’omniprésent regard glacé de Bachar el-Assad. Comme un présage du pire.


PHOTOS NICOLAS RIGHETTI REZO.CH

58∑PHOTOGRAPHIE

PASSIONS

PROPAGANDE TOTALITAIRE Lauréat d’un prix World Press Photo en 2007, Nicolas Righetti s’intéresse aux mises en scène des pouvoirs autoritaires. Comme en Corée du Nord et au Turkménistan, ou ici à Damas, à l’occasion d’une réélection de Bachar el-Assad, au pouvoir en Syrie depuis douze ans. vrés à foison par les tyrans. Comme «L’avenir en rose» de Bachar el-Assad. Les promesses de paradis s’accommodent à merveille des teintes kitsch. Revenu à Genève, où il vit et travaille, Nicolas Righetti a tenté de vendre ses photos. Peine perdue. L’élection du fils cadet de Hafez el-Assad, un ophtalmo-

logue arrivé au pouvoir par défaut, n’intéressait personne. A quoi bon un reportage sur le culte d’une faible personnalité, au regard aussi bleu que vide? Mais depuis dix-huit mois, le président syrien s’est fait le tortionnaire de son propre peuple. Journaux et magazines ont commencé à demander les photos de

Nicolas Righetti prises au printemps 2007. Car la folie rôde dans cette répétition obsessionnelle du même visage impassible. «C’est une folie, mais aussi une violence, note le photographe genevois. Impossible d’échapper au regard de Bachar: il est partout. Sur le mur en face quand on se lève le matin, dans la rue, dans L’HEBDO 23 AOÛT 2012


CINÉMA∑59

Exposition du 22 août au 4 septembre à la galerie SwissInfographics à Genève (www.swissinfographics.com) et du 7 au 30 septembre aux Journées photographiques de Bienne (www.jouph.ch). 23 AOÛT 2012 L’HEBDO

Casting d’enfer pour «The Expendables 2», qui voit Van Damme et Chuck Norris rejoindre la bande à Stallone. STÉPHANE GOBBO

L

a recette est archisimple: convoquez une armada de superhéros au sein d’un même film et, même si votre pitch peut se résumer en quelques mots, vous êtes sûr de truster les premières places du box-office mondial. Réunissant Iron Man, Captain America, Hulk et Thor, The Avengers est ainsi devenu ce printemps le troisième plus gros succès de tous les temps. James Cameron, qui occupe les deux premières places avec Titanic (1997) et Avatar (2009), a tremblé. C’est dans cette tradition du film dream team, qui a par exemple donné lieu à d’anecdotiques mais rentables Freddy vs Jason (2003) et Alien vs Predator (2004), que s’inscrit The Expendables 2, long métrage qui, s’il ne deviendra pas l’un des plus gros succès de l’histoire du septième art, va néanmoins rapporter passablement de billets verts à ses producteurs. Seule différence notoire avec les titres précités, ce long métrage signé Simon West réunit non pas des personnages mythiques, mais des acteurs.

JCVD en méchant. Flash-back. Acteur

emblématique des eighties revenu à la réalisation avec Rocky Balboa (2006) et Rambo (2008), nouveaux épisodes des franchises qui firent sa gloire, Sylvester Stallone décide d’écrire et de réaliser dans la foulée un film dans lequel il réunirait autour de lui quelques stars du cinéma d’action. Sorti en 2000, The Expendables fait sensation avec son casting 100% testostérone. Au côté de Stallone, Dolph Lundgren, Jet Li, Jason Statham, Randy Couture et Steve Austin montrent leurs muscles et leur habileté au combat, tandis que Bruce Willis, Arnold Schwarzenegger et Mickey Rourke jouent aux guest stars de luxe. Les amateurs de castagne, qui font du film un succès tout en raillant son scé-

«THE EXPENDABLES 2» Stallone et Dolph Lundgren s’étaient déjà affrontés dans «Rocky 4» en 1985. nario minimal, qui peut se résumer par un «on va tout faire péter» rappelant un des gimmicks popularisé par le Guignol de Stallone, remarquent néanmoins que plusieurs stars du genre manquent à l’appel, principalement Jean-Claude Van Damme, Chuck Norris et Steven Seagal. Convaincus par la promesse d’un joli chèque, les deux premiers ont finalement accepté d’apparaître dans The Expendables 2. Revoici donc Stallone et son gang de mercenaires. Tout en tentant de récupérer un stock de plutonium, nos gros bras vont cette fois chercher à venger la mort d’un des leurs. Surprise, Van Damme incarne ici le méchant de service, avec autant de plaisir que d’approximation, tandis que Willis et «Schwarzie» sont un peu plus présents. Pour le reste, «on va tout faire péter» pourrait également servir de soustitre à ce deuxième épisode qui, s’il rappelle le pire du cinéma d’action des eighties (combats illisibles, humour potache, dialogues poussifs, vision manichéenne du monde), peut amuser par son côté totalement anachronique lorsqu’on le compare à The Dark Knight Rises, parangon du divertissement actuel. Et voilà au moins une série B qui s’assume.√ De Simon West. Avec Sylvester Stallone, Jean-Claude Van Damme, Chuck Norris et Arnold Schwarzenegger. Etats-Unis, 1 h 42.

PASSIONS

«L’avenir en rose». De Nicolas Righetti. Ed. Work Is Progress.

«On va tout faire péter», épisode 2

ASCOT ELITE

les commerces. Cette omniprésence visuelle est brutale. Elle donne en fait pas mal d’informations sur le pays.» Chaque reportage, ou plutôt chaque essai photographique de Nicolas Righetti sur une propagande totalitaire se concrétise par un livre. Cela a été le cas pour la Corée du Nord, le Turkménistan et cela le sera un jour pour la République non reconnue de Transnistrie, dont le photographe suit la vaine lutte indépendantiste depuis plusieurs années. Le livre sur les portraits de Bachar el-Assad, à paraître début septembre, ne propose qu’une petite trentaine de photographies et deux textes courts. Les images sont confrontées à des citations extraites de discours prononcés par le tyran depuis 2007. Leur cynisme gris contraste avec les sourires et les couleurs des affiches: «Je demeurerai le fils bienfaisant du peuple syrien», «J’ai fait de mon mieux pour protéger le peuple, je ne peux me sentir coupable» ou «Aucun gouvernement dans le monde ne tue sa population, à moins d’être dirigé par un fou». La taille réduite du livre et les citations trahissent la prudence de Nicolas Righetti. En pleine horreur syrienne, où chaque jour amène son lot d’images insoutenables, le photographe s’est gardé d’en faire trop avec un propos mi-journalistique mi-artistique qui, sans précaution, pourrait lui aussi être taxé de cynisme. Ramener le contexte du référendum de 2007 dans celui de la guerre aveugle de 2012, et intituler le projet L’avenir en rose est une opération risquée, susceptible d’être mal comprise. D’où l’option du livre bref, des sentences de Bachar qui le rythment comme une marche funèbre et des témoignages ou sources des citations qui le complètent sur le site web de l’éditeur. Il importe aussi de placer ce travail dans la continuité d’une réflexion de fond sur l’iconographie totalitaire, tirant parti de la photographie pour s’interroger sur l’utilisation retorse d’une autre photographie. Une réflexion d’autant plus intéressante qu’elle reste ambiguë, avec sa part de fascination pour son sujet, et sa volonté d’esthétisation.√


60∑FESTIVAL

Septembre musical symphonique puissance trois

Directeur du festival, Tobias Richter parle des orchestres invités et de sa programmation influencée par la présence exceptionnelle des épreuves du Concours Tchaïkovski pour les moins de 17 ans. créée par des centaines d’écoliers instrumentistes ou chanteurs en mai 2012. «J’ai été très honoré quand son directeur musical, Charles Dutoit, a accepté le projet d’être notre orchestre en résidence, ce qu’il est depuis 2009, relève Tobias Richter. Le Royal Philharmonic est un orchestre de grande tradition qui, avec Charles Dutoit, a développé une virtuosité incroyable dans le répertoire notamment français et dans les chefs-d’œuvre de ce patrimoine symphonique qui fait l’histoire de notre festival.» Et le directeur du Septembre musical ne manque pas de souligner la personnalité et l’aura internationale «sans égale» du chef suisse et des solistes qui le suivent.

DOMINIQUE ROSSET

L

es monuments de musique chorale, les grandes œuvres lyriques et la musique contemporaine ne sont pas au rendez-vous cette année. Mais la priorité symphonique du Septembre musical, concentré sur deux semaines, demeure plus affirmée que jamais. «Notre vocation est de présenter ce grand répertoire porté par d’excellents ensembles et solistes, insiste Tobias Richter, directeur du festival. D’autant que nous avons la chance de posséder l’une des rares salles de Suisse qui peuvent accueillir ces formations dans de parfaites conditions.» Place donc aux jeunes espoirs d’un concours prestigieux, à des concerts de musique de chambre en collaboration avec l’Académie de Verbier et à trois phalanges symphoniques à faire frémir l’auditorium Stravinski. Foi de Tobias Richter.

PASSIONS

A ne pas confondre avec le London Symphony ou le London Philharmonic Orchestra, accompagnateur de Mr. Bean lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques… alors que ces divers ensembles prestigieux britanniques partagent une culture commune du cross-over ou des musiques de film, autant de rayons d’activité qui leur permettent d’exister pour d’autres publics et de se financer. Le Royal Philharmonic est par exemple l’orchestre

YUNUS DURUKAN

LE ROYAL PHILHARMONIC DE LONDRES

LE RUNDFUNK-SINFONIE ORCHESTER BERLIN

TOBIAS RICHTER Le directeur du Septembre musical se réjouit que le Royal Philharmonic soit l’orchestre en résidence du festival. qui s’est frotté aux arrangements de Deep Purple, Queen, Abba ou Pink Floyd tout en développant, parallèlement à des saisons de concerts classiques prestigieuses, son ensemble de cuivres, également à l’affiche montreusienne, et une intense activité d’animations tout public et d’encadrement de jeunes musiciens. Dont une World Symphony en hommage à la torche olympique

La présence de l’orchestre berlinois représente aussi une forme de continuité puisque cette formation a pour directeur musical Marek Janowski qui, chef de l’OSR jusqu’à tout récemment, a «joué un rôle clé dans le Septembre musical» et sa renaissance en 2005, selon Tobias Richter. «C’est un chef de la grande tradition allemande qui a beaucoup travaillé dans le monde francophone, certes, mais qui a développé un style très personnel.» Pour des raisons de changement de direction artistique – Neeme Järvi prenant actuellement ses fonctions à Genève – l’OSR n’est pas à l’affiche cette année. «Mais ce n’est que partie remise», assure Tobias Richter. L’HEBDO 23 AOÛT 2012


YUNUS DURUKAN

FESTIVAL∑61

ROYAL PHILHARMONIC DE LONDRES L’orchestre, avec à sa tête le Suisse Charles Dutoit, a développé une grande virtuosité, notamment dans le répertoire français.

«L’orchestre russe le plus fameux et le plus emblématique, une institution, et placé sous la direction de son chef Yuri Temirkanov qui le dirige depuis 1988», se réjouit Tobias Richter. L’événement est organisé avec le consulat de Russie et revêt une dimension supplémentaire puisque, décentralisé pour la première fois en Europe occidentale, le Concours Tchaïkovski pour les moins de 17 ans se déroulera au bord du Léman dans le cadre du Septembre musical. «Nous avons toujours tenu à programmer des lauréats de concours ou des jeunes personnalités prometteuses, explique Tobias Richter. Nous avons ainsi invité il y a quatre ans ceux du Concours Tchaïkovski. Les responsables ont été impressionnés par nos infrastructures et par le public que nous avons à Montreux-Vevey, ce qui a déclenché le projet d’organiser ici les épreuves et les finales du concours des moins de 17 ans. Une manifestation qui, comme son modèle, s’adresse aux disciplines piano, violon et violoncelle.» La région va ainsi accueillir environ 23 AOÛT 2012 L’HEBDO

150 jeunes interprètes et de nombreuses auditions publiques et décentralisées. Intégrant, les années impaires, la finale du Concours Clara Haskil, le Septembre musical peut se permettre sans remords de faire ainsi une exceptionnelle entorse au piano roi pour s’ouvrir à d’autres horizons. Avec un budget d’environ 2 millions de francs, et destiné avant tout à ses habitants et non à des vacanciers, le Septembre musical, «festival d’une région», va pour la première fois de son histoire récente donner la possibilité au public de «participer ou d’assister à des activités musicales en permanence, grâce aux diverses épreuves du concours», se réjouit Tobias Richter. Une atmosphère d’ateliers et d’animations qui rappelle celle des festivals et académies d’été, ou celle du Montreux Jazz, et que le directeur de la manifestation espère bien voir suivie et partagée avec passion.√ Septembre Musical. Montreux, Vevey, château de Chillon. Du je 30 août au sa 15 septembre. Rens. 021 962 80 05 ou www.septmus.ch. Concours Tchaïkovski. Montreux, Vevey, Villeneuve. Du 4 au 15 septembre. Epreuves publiques. Concert de gala des lauréats: sa 15 septembre. Rens. www.tchaikovsky.ch

EXPOSITION

L’empreinte Markevitch Né en 1912 à Kiev et mort à Antibes, en 1983, Igor Markevitch demeure une icône à la fois auguste, débonnaire et emblématique de la Riviera vaudoise où il vécut une grande part de son enfance et de sa vie d’homme et de musicien. Le nom de ce chef exceptionnel, doué et curieux, y est associé tout comme ceux de Stravinski, Clara Haskil ou Furtwängler. L’exposition que lui consacre le Septembre musical témoigne de son parcours international à la tête des plus remarquables orchestres, au cœur des mouvements artistiques du XXe siècle comme à celui de générations de mélomanes ou musiciens de la région lémanique. Deux de ses compositions sont en outre au programme des concerts – un du Royal Philharmonic de Londres, sous la direction de Charles Dutoit (le di 2), l’autre au menu du récital de la pianiste Varvara Nepomnyashchaya (le di 9).√ «Igor Markevitch, compositeur et chef d’orchestre». Château de Chillon. Jusqu’au 28 octobre. www.chillon.ch

DR

PASSIONS

L’ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE SAINT-PÉTERSBOURG


62∑EXPOSITION

Le faux parfait de Vevey Le Musée des beaux-arts d’Ajaccio consacre une exposition aux primitifs italiens où la peinture vedette est une copie – reconnue comme telle – issue du Musée Jenisch. manière de l’école lombarde. Mais il date de 1900 environ. Son et été, le Musée des beauxstyle, son ornementation, son éléarts d’Ajaccio, en Corse, rend gance et l’expression triste du jeune hommage aux peintres primitifs itahomme sont destinés à plaire aux liens (XIIIe-XVe) en s’interrogeant sur amateurs du mouvement préraphaél’authenticité des œuvres qui sont parlite, en vogue dans la seconde moitié du venues jusqu’à nous. La redécouverte XIXe siècle. Le portrait illustre aussi le au XIXe siècle des Giotto, Cimabue, changement de statut des faux, dont Masaccio, Duccio ou Lorenzetti a les musées avaient autrefois honte, encouragé une intense production de mais qui sont aujourd’hui considérés faux tableaux destinés au marché de d’un œil neuf, notamment pour leur l’art. Ces falsifications ont accentué les portée pédagogique. Ou pour leurs quaproblèmes d’attribution de ces panlités propres. «A la limite, mieux vaut neaux primitifs, dont beaucoup étaient avoir le meilleur des faux que le moins produits en série dans les ateliers des bon des vrais, sourit Dominique Radrizzani, le directeur du Musée maîtres, dès qu’une œuvre avait du succès. Parfois, la peinture était authenJenisch. Comme disait Cocteau, l’art est tique, mais la signature fausse. Ou elle un mensonge qui dit la vérité. En l’océtait repeinte pour mieux s’aligner avec currence, les choix de style, de matéle goût d’une époque donnée, par riaux, d’expression de ce tableau en exemple la fascination pour le gothique disent long sur ce qu’était cet art de la Renaissance. Dans ce sens, il est plus au XIXe siècle. vrai qu’un vrai!» Bref, l’exposition Vrai? Faux? Le primitif italien était presque parfait L’exposition corse puise égales’intéresse aux limites entre ment dans les collections du Musée d’art et d’histoire de l’œuvre et son double, l’original et «PORTRAIT DE JEUNE HOMME», chef-d’œuvre du faux plutôt que faux Genève, en particulier une la copie, l’authentique et le fraudu- chef-d’œuvre. Le tableau a sans doute été peint vers 1900. leux. Ce fascinant voyage dans donation de 1937 qui s’est rapil’évolution du goût s’appuie sur la riche col- liennes et suisses. Parmi ces dernières, le dement révélée contenir de faux primitifs lection de primitifs du musée corse, issue Musée Jenisch a fourni le plus beau vrai italiens. Mais elle a été conservée, et prouve des collections du cardinal Fesch, l’oncle de faux de l’exposition, celui qui lui sert de aujourd’hui toute son utilité. √ Napoléon. Mais aussi sur des prêts accor- couverture de catalogue et d’affiche. «Ce dés par des institutions françaises, ita- portrait de jeune homme» est peint à la Ajaccio, Palais Fesch, jusqu’au 1er octobre. www.musee-fesch.com LUC DEBRAINE

MUSÉE JENISCH, VEVEY

C


DR

MUSIQUE∑63 RETROUVAILLES C’est pour des raisons essentiellement financières que le chanteur Jason Lytle (en bas à droite) a accepté de retrouver ses camarades de Grandaddy six ans après la séparation du groupe.

Un phénix nommé

Grandaddy

Reformé le temps d’une brève tournée estivale, le groupe californien s’arrête à Zurich et à Pully. Evénement. STÉPHANE GOBBO

U

ne mélodie simpliste jouée sur un clavier bon marché et vite lacérée par une guitare noisy ronronnant comme une armée de tigres affamés. Le titre s’appelle A.M. 180, et il a largement contribué à faire du premier album de Grandaddy, sorti en 1997 aux EtatsUnis, une des belles découvertes post-grunge. Dissous en 2006 au moment de la sortie de son quatrième album, le groupe américain est

de retour cet été pour une quinzaine de dates seulement, dont – ô joie – deux en Suisse. L’histoire de Grandaddy est intimement liée à celle d’un seul homme: Jason Lytle. Né à Modesto, Californie, à la fin des années 60, Lytle se fait d’abord connaître dans l’univers du skate-board, avant qu’une méchante blessure ne l’oblige à se consacrer uniquement à la musique. Dans un home studio qu’il s’est construit dans la maison familiale, il se met alors à enregistrer, seul, ses compositions,

avant d’appeler quelques potes à la rescousse et de fonder, en 1992, Grandaddy. A la fois mélodique et rugueux, frondeur et artisanal, l’album Under The Western Freeway et son single A.M. 180 permettent quelques années plus tard au groupe de s’imposer dans le sillage de Pavement, Weezer et autre Sebadoh. Mais c’est en 2000 que viendra la consécration.

Exil dans le Montana. Entièrement composé

et enregistré par Lytle, The Sophtware Slump est une somptueuse symphonie rock faisant exploser le génie harmonique du Californien au grand jour. Mais le succès critique de l’album ne se traduit pas par des ventes colossales. Grandaddy reste confiné à la scène alternative et il est obligé de multiplier les tournées pour survivre. En bon capitaine de navire, Lytle se dévoue alors corps et âme pour mener le groupe à bon port et s’épuise: dépression, alcool, médicaments. Le rock le lamine, comme tant d’autres avant lui. Au moment de se pencher sur le quatrième album de Grandaddy, il décide ainsi que celuici sera le dernier et qu’après il quittera Modesto pour se réfugier dans le Montana. Album testamentaire, Just Like the Fambly Cat sort en 2006 et impose une évidence: Grandaddy, qui en matière de songwriting est le chaînon manquant entre les Beach Boys et Sparklehorse, restera l’un des groupes les plus sous-estimés du tournant du XXe siècle. Quel bonheur dès lors de retrouver la bande à Lytle, lequel annonce par ailleurs un quatrième album solo pour octobre. Même si cette reformation a été motivée par des raisons essentiellement financières, il s’agit bien de l’un des plus cadeaux de l’été musical.√ Zurich Openair Festival. Ve 24 à 17 h. www.zurichopenair.ch Pully, For Noise Festival. Sa 25 à 20 h 30. Complet, mais il reste des places pour les soirées de jeudi et vendredi, avec notamment Of Montreal, Feist, The Divine Comedy et dEUS. www.fornoise.ch


64∑LIVRE PROPOS RECUEILLIS PAR MIREILLE DESCOMBES

JÉRÔME BONNET

L

STRUCTURE Avraham B. Yehoshua: «Ecrire les trente ou quarante premières pages me prend environ six mois.»

Avraham B.

Yehoshua

PASSIONS

Dans le miroir du cinéma Avec son nouveau roman «Rétrospective», le grand écrivain israélien interroge les mécanismes de la création. Rencontre à Paris.

es livres de l’Israélien Avraham B. ­Yehoshua s’offrent comme une brassée de branches et de fleurs odorantes qui nous emmènent vers un ailleurs qui pourrait bien être en nous-mêmes. Après Le responsable des ressources humaines et Un feu amical, il nous offre, avec Rétrospective, un récit luxuriant et complexe ayant pour cadre le monde du cinéma. Son personnage principal, Yaïr Mozes, célèbre réalisateur israélien en fin de carrière, est invité à Saint-Jacques-de-Compostelle en compagnie de Ruth, son actrice fétiche, pour assister à un hommage qui lui est consacré. Il est d’emblée troublé par le tableau accroché dans sa chambre d’hôtel et qui représente une «Charité romaine», soit une jeune femme donnant le sein à un vieillard emprisonné. Il se souvient alors qu’une scène similaire aurait dû figurer dans l’un de ses premiers films et que sa suppression a débouché sur la rupture avec son scénariste Trigano. La rétrospective, uniquement consacrée à ses œuvres de jeunesse, achève de le désarçonner. Roman de la réconciliation possible, interrogation sur les rapports entre l’art et la vie, ce livre – dont la seconde partie se passe en Israël – échappe à toute saisie univoque. Une seule lecture ne suffit pas, et de loin, à en percevoir toutes les subtilités. L’auteur lui-même s’en amuse et se plaît à nous suggérer des pistes. Rencontre à Paris avec cet immense écrivain parfois qualifié de balzacien, un humaniste qui s’est profondément engagé en faveur du processus de paix israélo-palestinien et qui a notamment participé à l’Initiative de Genève.

Vous êtes né en 1936 à Jérusalem et vous appartenez, apprend-on dans une de vos biographies, à la cinquième génération de Juifs séfarades installés en Israël. Pouvezvous nous en dire un peu plus sur vos origines? Certaines familles sont arrivées en Palestine bien avant le sionisme. C’est le cas de mes ancêtres côté paternel qui sont venus de ­Salonique au milieu du XIXe siècle. Ils ne se sont pas installés à Jérusalem dans le but de créer un Etat, mais simplement pour retourner à la terre sacrée. Ma mère, elle, a quitté le Maroc dans les années 30 déjà, alors que la majorité de la communauté juive d’Afrique du Nord a émigré plus tard. L’HEBDO 23 AOÛT 2012


LIVRE∑65 Votre père était orientaliste. Parlez-vous aussi l’arabe? Mon père avait fait sa thèse sur la presse palestinienne au début du sionisme. Moi, malheureusement, je ne sais pas l’arabe. A l’école, il faisait mes devoirs à ma place et par la suite, avec ma femme, nous avons vécu plusieurs années en France. Elle était tombée amoureuse de Paris et a mis comme condition pour m’épouser que nous allions y terminer nos études. Yaïr Mozes, le protagoniste de votre livre «Rétrospective», est lui aussi fasciné par l’Europe, en l’occurrence par SaintJacques-de-Compostelle et sa cathédrale… La relation entre l’Est et l’Ouest se retrouve dans tous mes livres, et en particulier dans celui-ci. Elle est à la base de l’identité israélienne, puisque notre population est constituée de deux parties, l’une venue de la civilisation occidentale, l’autre de la civilisation arabe et musulmane. Dans Rétrospective, cette dualité est symbolisée par la relation

entre Mozes et son scénariste Trigano, un gars d’Afrique du Nord qui a émigré en Israël avec sa famille. Ils incarnent cette coopération, cette intégration, mais aussi sa rupture. En fait, j’ai écrit ce roman pour les réconcilier. Oui, je savais que je devais aller vers une réconciliation. Parce que je suis un homme de gauche, et qui plus est marié à une psychanalyste, je suis pour le changement, et je crois qu’il est possible.

Vous dites que votre femme est psychanalyste. Craignez-vous qu’elle se penche sur l’«inconscient» de vos livres? Non, mais je redoute de lui raconter mes rêves parce qu’elle travaille très bien avec les rêves. Alors de temps en temps, j’hésite à les lui raconter. Ma femme avait aussi quelques réserves sur Mozes, elle le trouvait trop narcissique. Et c’est vrai qu’il est toujours bien protégé, content, sûr de lui. Même quand il va se confesser, il prévient qu’il n’a pas de problèmes, qu’il ne parlera pas de sa vie privée. Alors pour casser cette carapace, dans le livre, j’ai choisi à un

moment donné de passer de la troisième à la deuxième personne, du «il» au «tu».

Votre roman «Rétrospective» se passe dans l’univers du cinéma. Cet art vous intéresset-il particulièrement? Une dizaine de mes livres ont été adaptés au cinéma. Certains films furent de très bonnes expériences, d’autres un peu moins. C’est donc un monde qui, professionnellement, ne m’est pas inconnu. Jusqu’à maintenant, j’avais toujours évité que mes protagonistes ne soient des artistes. Je déteste tous ces livres qui parlent de l’écrivain fatigué qui a cessé d’écrire et qui soudain découvre le manuscrit d’un auteur mort. Ce qui m’intéresse n’est pas d’écrire sur moi-même, mais de pouvoir analyser la dynamique de la création. Alors pourquoi le thème du cinéma? Comme écrivain, je suis à la fois scénariste, metteur en scène et photographe. Je réunis toutes ces fonctions. A travers l’angle du cinéma, je pouvais séparer ces activités, les transformer en personnages et créer une histoire autour des rapports qui s’établissent entre eux.


66∑LIVRE Et puis il y a Ruth, une femme dont tous, y compris le directeur de la photographie Tolédano, sont amoureux… Ruth, c’est le centre érotique de la petite équipe, tout le monde tourne autour d’elle. Mais pour Mozes dont elle partage la chambre d’hôtel à Saint-Jacques-de-Compostelle, Ruth n’est pas une femme, c’est un personnage, une abstraction. Elle est actrice, donc elle est devenue quelqu’un d’autre. Au fil des pages, toutefois, elle se transforme pour, de personnage, devenir une femme réelle à laquelle Mozes demande d’ailleurs de l’épouser. La rétrospective évoquée dans le roman présente plusieurs films que vous décrivez de façon très précise. Existent-ils réellement? J’ai commencé ma carrière en écrivant des nouvelles. De courts textes un peu absurdes et sans ancrage spatiotemporel, dans la veine de Beckett ou de Camus. Deux des films de la rétrospective (Le train et le village et Le sommeil des soldats) sont tirés de ces récits. Les Israéliens les identifieront donc immédiatement. Un troisième film (l’histoire d’une bête

qui habite des années durant dans une synagogue) est inspiré d’une nouvelle de Kafka. Les autres ont été inventés de toutes pièces pour le livre.

Vos livres sont très structurés. Comment écrivez-vous? Le début est très difficile. Les trente ou quarante premières pages me prennent environ six mois. J’en ai besoin pour vérifier quel sera le ton du roman, quelle sera exactement sa langue. Et surtout pour définir le personnage principal, savoir par exemple si le récit sera à la première ou à la troisième personne. Une fois surmontée cette ouverture, tout est plus facile. Je sais où je vais. Parallèlement à votre activité d’écrivain, vous vous êtes engagé très activement pour la paix. Comment jugez-vous la situation en Israël? Je suis un petit peu désespéré. Parce que je vois Israël – et j’accuse Israël – continuer aveuglément l’installation des colonies dans les territoires occupés et détruire ainsi la possibilité d’un Etat palestinien. Cela

signifie que nous allons, pas après pas, vers un Etat binational, et ce sera… terrible. Je pense aussi que les Palestiniens ne bougent pas assez, mais j’accuse surtout Israël. On doit faire la paix avec les Palestiniens. C’est à nous de le faire.

Et vous n’avez jamais pensé à partir? Quitter Israël? Non. Comme je dis toujours, quand les nazis étaient là, est-ce que les Français pensaient qu’il fallait s’en aller et rejeter l’identité française? Je ne suis pas un Juif errant. Il y a quelque chose de très profond dans la capacité du Juif de s’installer dans la peau et la chair des autres peuples. Et c’est, à mon avis, notre grand malheur. Quand on est en Pologne, on prend la jaquette polonaise, puis on la jette pour prendre la jaquette française, puis on l’abandonne encore pour prendre la jaquette américaine. L’identité israélienne, pour moi, ce n’est pas une jaquette, c’est la peau. Je vais donc toujours rester en Israël.√ «Rétrospective». D’Avraham B. Yehoshua. Traduit de l’hébreu par Jean-Luc Allouche. Grasset, 478 p.


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Agences, clubs de rencontre ou de loisirs s’abstenir. Les annonces à caractère lucratif ne sont pas autorisées.

CONTACTS∑67

COQUINS, CÂLINS, MALINS... πHomme à homme. Bientôt 65 ans, le temps de vivre sa nature. Grand, fin, soigné, tendre et créatif, pour vivre mon épanouissement je cherche mon double, pour sorties, complicité, partage, amour. Arc lémanique. 34-12802√ πIl rêve d’une belle aventurière complice (55-60), disposée à l’accompagner sans risques dans sa traversée du Désert des Sens. Homme ­d’affaires en retraite active, libre et peu banal vous attend. 34-12803√ πFemme la soixantaine jolie, cultivée, libre, indépendante. Délicatesse, sensualité et gourmandise mon Tiercé gagnant. Souhaite rencontrer, Monsieur libre, avec les mêmes valeurs, prêt à savourer, le bonheur de vivre, instant après instant. Photo souhaitée, mais pas indispensable. 34-12804√

πSexagénaire active et jeune d’esprit aimant balades, musique, lecture, mais surtout profondément la nature, cherche à partager un peu ses loisirs avec gentil senior semblable, entre 65-75 ans, sportif et positif. Région Genève. Photo appréciée. 34-12805√ πHomme, fin quarantaine, d’allure jeune, grand, solide, NF, Suisse, libre et surtout à l’écoute de la vie culturelle et sociale, souhaite rencontrer une femme originale, habitée par une passion à partager! Lausanne. 34-12806√ πJoli colibri de 66 ans, cultivée, cosmopolite, etc., voudrait partager ses 1800 ressorts avec beau colibri correspondant. 34-12807√ πJeune retraitée aimant le mouvement, la vie, les voyages, les spectacles, la cuisine, le ski, la marche, cherche

à partager sa joie de vivre avec gentleman 55-60 ans libre de son temps, sincère et enthousiaste. Genève et environs. 34-12808√ πFemme de cœur jolie cinquantaine, Suissesse d’origine étrangère, divorcée, libre, allure et esprit jeunes, recherche homme dans la cinquantaine, libre et sérieux avec tempérament calme, tolérant, pour relation sérieuse basée sur l’harmonie, la confiance. Je suis une personne très affectueuse et attentive aux autres. Photo + tél. bienvenus. Ma préférence est la Suisse romande. NB: ouverte à toutes les nationalités. 34-12809√ πUn dernier verre sur une terrasse estivale, resto et ciné en automne, câlins sous la couette en hiver... Monsieur, ce programme vous tente? Femme, début cinquantaine, charme,

humour, sincérité, très bon niveau socioculturel, indépendante, aimerait rencontrer son alter ego pour élaborer la suite du programme ensemble... ou le modifier selon nos envies! 34-12810√ πBlonde retraitée, aimant la vie, charme, tendresse, humour, bon niveau social, souhaite rencontrer ami la septantaine ou +, libre, sincère, gen­ tleman, cultivé, musique classique, lecture, etc. aimant la nature, pour partager loisirs et autres plaisirs de la vie avec complicité et Bonheur... Un petit mot avec coordonnées téléphoniques et adresse. 34-12811 √ πOui je t’attends, toi, homme de bonne éducation et sincère de 55 à 75 ans. Moi Suissesse d’origine étrangère, soixantaine, mariée, espérant qu’il te manque quelque chose dans ton

couple comme moi. Petite photo = réponse. 34-12812√ π79 ans, Juif non pratiquant, bonne allure générale, voyages, arts, mélomane, lecture, recherche plus ou moins équivalence, pour relation sérieuse, fidèle, profonde et durable. Etrangères bienvenues. Origine, couleur de peau, religion, âge sans aucune importance. Il ne sera répondu qu’à des offres sérieuses et détaillées. Agence s’abstenir. Aventurières, profiteuses, xénophobes s’abstenir. 34-12813√ πFemme charmante, dynamique, chaleureuse, belle présence, intérêts multiples, balades en montagne, aimant aussi la mer, la plage, lacs, voyages petits et grands, cinéma, théâtre, cherche relation sérieuse et durable avec Monsieur à partir de 65 ans pour moments agréables. 34-12814√


68∑CE QU’EN PENSE

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DÉCEVANT

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INTÉRESSANT

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EXCELLENT

LIVRES

DISQUES

Autobiographie des objets

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INVENTAIRE François Bon

PASSIONS

livre son autobiographie en creux, par le biais des objets de son enfance. Poule mécanique, photo de classe, machine à écrire... Inventaire (avant liquidation) profondément mélancolique, puisque l’auteur annonce la mort de l’objet, à l’heure du numérique. Ce livre capharnaüm est un tombeau, énième quête de l’enfance perdue. Une brocante saturée, que l’écriture digressive et monocorde rend vite étouffante. Le lecteur, parfois ému, n’a qu’une envie: ouvrir une fenêtre et sortir du labyrinthe.√JB

De François Bon. Ed. du Seuil, 244 p.

Le photographe tessinois Marco D’Anna a passé plusieurs années à refaire les voyages du héros de Hugo Pratt. A découvrir au château de Penthes. GENÈVE Parmi

les grands héros du 9e art, Corto Maltese est le plus intrigant. Né à La Valette en 1887 d’un marin anglais et d’une gitane espagnole, ce beau gosse ténébreux, qui fut pour son créateur Hugo Pratt (19271995) une sorte d’alter ego, est en effet l’opposé des Tintin et Astérix. Il est impossible à définir en une phrase, de même que les aventures qu’il a vécues sont autant contemplatives et métaphysiques que narratives. En 2004, dans le cadre d’un travail de réédition des albums de Corto, le Tessinois Marco D’Anna s’est vu confier une «mission»: partir sur les traces du héros de papier afin d’immortaliser les paysages qu’il aurait pu voir, les gens qu’il aurait pu croiser. Après une première exposition à Lugano, sa série Le marin et le photographe est visible au Musée des Suisses dans le monde, abrité en région genevoise par le château de Penthes.

Les «cortophiles» apprécieront de voir chaque tirage associé à une aventure précise de l’Anglo-Espagnol. L’accrochage prend alors des airs de romanphoto, on peut se laisser aller à «Gossamer». Columbia/Sony Music. tirer des fils narratifs d’une image à l’autre. A la manière de Pratt, D’Anna a surtout cherché à saisir l’invisible. Mais ses clichés les plus intéressants restent ses portraits, montrant ici un soldat russe, là un gang du Surinam ou des marchands éthiopiens travaillant dans un atelier à l’atmosphère rougie par la poudre de poivre de «GOSSAMER» Deuxième album Cayenne. Aux côtés de ces pho- un brin décevant pour le groupe tos, des originaux de Pratt et du Massachusetts. une curiosité: le portfolio ... et in Helvetia Corto – vingt-cinq DJ Oil aquarelles représentant les √√√ cantons suisses (Pratt a passé HIP-HOP Le Marseillais la fin de sa vie à Grandvaux), Lionel Corsini, alias DJ Oil, leurs traditions et leurs a passé le début des années 2000 au sein des légendes.√STÉPHANE GOBBO Troublemakers, formidable combo brassant électro, Pregny-Chambésy, Musée des Suisses dans le monde. Jusqu’au 19 décembre. www.penthes.ch hip-hop, soul et jazz. Sur son premier album GANG «Suriname, Paramaribo, 2009. Corto Maltese, Suite caribéenne». solo, aux beats hip-hop mais au son très organique, il poursuit dans cette veine, invite le flûtiste Magic Malik et le rappeur Gift of Gab (Blackalicious), et laisse parler sa passion pour les seventies. DJ Oil a travaillé trois ans sur ce disque. Ça valait le coup!√SG «Black Notes». Discograph/Disques Office. L’HEBDO 23 AOÛT 2012

DR

Sur les traces de Corto Maltese

DIL

De Ferdinand von Schirach. Ed. Gallimard, 187 p. Parution le 30 août.

Passion Pit

√√√ POP Deuxième album pour le quintette de Cambridge, Massachusetts. Il y a dans Gossamer, au son ample et aux refrains épiques, de jolies envolées électropop. Voici un beau disque estival qui, même s’il est un brin décevant par rapport au Manners qui en 2009 avait fait de Passion Pit le nouveau MGMT, a pour lui un optimisme communicatif.√SG

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NOUVELLES Ces quinze pépites narrativement très efficaces font pénétrer dans les arcanes des tribunaux criminels. En quelques lignes, personnages et destins tragiques sont saisis avec brio. Torture dans un internat, viol collectif d’une ado par une fanfare éméchée, cleptomanie euphorisante: même si les intrigues pourraient paraître proches du cliché, elles passent comme une lettre à la poste sous la plume du Munichois Ferdinand von Schirach, avocat de la défense au barreau de Berlin.√JB

EXPOSITION

Coupables

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CLASSIQUE

Starbuck

De Stravinski à Penderecki

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COMÉDIE David est le

Rappel Les Jeux du Castrum, festival gratuit des arts scéniques, à Yverdon-les-Bains du 23 au 25 août.

prototype même du loser. Dans l’incapacité de rembourser une dette importante, ce Québécois qui refuse de grandir va voir son passé le rattraper lorsque 143 enfants nés des dons de sperme qu’il a jadis alignés pour gagner LIBIDO Alma (Helene Bergsholm, au centre), bientôt 16 ans et totalement obnubilée par le sexe. sa vie vont chercher à connaître son identité. Au moment où son ex Turn Me On, Goddammit apprend qu’elle est √√√ enceinte de lui... Ce qui COMÉDIE Un film réalisé aurait pu être une comédie par une jeune cinéaste déjantée et cynique s’avère d’après le livre à succès être un film trop sage d’une jeune écrivaine et consensuel, que sauve et mettant en scène une quelque peu son absence jeune héroïne: Turn Me On, de prétention.√SG Goddamit est un film de filles, et c’est De Ken Scott. Avec Patrick Huard, Julie finalement assez rare Le Breton et Antoine Bertrand. Canada, 1 h 49. pour ne pas le souligner. Il a surtout le mérite d’aborder la question Die Wiesenberger de la sexualité adolescente √√√ avec beaucoup d’humour DOCUMENTAIRE Un groupe en évitant la lourdeur de yodleurs de Nidwald connaît un succès soudain, graveleuse des teen movies américains au profit d’une au point que le DFAE lui demande d’aller pousser la approche plus juste de la question. Alma, qui va chansonnette à Shanghai sur ses 16 ans, est une jolie dans le cadre de l’Expo universelle 2010. Mais ses blonde qui s’ennuie ferme, avec ses deux meilleures membres doutent: faut-il amies, dans la campagne accepter? Ils n’avaient norvégienne. Elle est qu’à ne pas décider amoureuse d’Artur, de se produire dans mais surtout totalement un télécrochet s’ils ne obnubilée par le sexe, voulaient pas attirer l’attention... Documentaire submergée par une libido dont elle ne sait que faire qui brille par son absence et qui perturbe son d’écriture, de mise imaginaire au point de la en scène et d’enjeu, marginaliser. Porté par un Die Wiesenberger incarne ce cinéma du réel qui, dans formidable trio d’actrices, débutantes, ce premier sa volonté de montrer des film décomplexé est un gens authentiques, passe objet fort réjouissant.√SG à côté de son sujet.√SG De Bernard Weber et Martin Schilt. Suisse, 1 h 26. 23 AOÛT 2012 L’HEBDO

De Jannicke Systad Jacobsen. Avec Helene Bergsholm et Matias Myren. Norvège, 1 h 16.

JARDINS MUSICAUX Une fois encore, les nombreux concerts à l’affiche du festival se concentrent sur une ou deux œuvres, entre surprises (le fascinant Mantra pour deux pianos et dispositif électronique de Stockhausen), découvertes et joyaux familiers, tel L’enfant et les sortilèges de Ravel.√DR

FESTIVALS

Auvernier Jazz Festival Avec notamment, le samedi soir, une Ladies Night qui accueille Donaflor, Olivia Pedroli, China Moses et Trixie Whitley.

Auvernier. Du 24 au 26 août. www.auvernierjazz.ch

Les Digitales Le festival de musique électronique poursuit son tour de Suisse et s’arrête à La Chaux-de-Fonds en guise d’ultime étape romande. La Chaux-de-Fonds, parc des Musées. Sa 25 dès 14 h. www.lesdigitales.ch SPECTACLE

Rousseau, une promenade Un spectacle itinérant proposé par le Théâtre du Saule Rieur.

Genève, Jardin botanique. Jusqu’au 16 septembre. www.theatredusaulerieur.ch

Cernier, Grange aux concerts. Jusqu’au 2 septembre. www.jardinsmusicaux.ch

CLASSIQUE

Sons et danse

Saint-Légier, église de La Chiésaz. Sa 25 à 20 h 30.

FESTIVAL Au tour de Yuja

Wang et Gautier Capuçon, piano et violoncelle, d’occuper la scène en interaction avec des danseurs, selon la formule des St Prex Classics. Les invités 2012, Natalia Osipova et Ivan Vasiliev, sont issus du Bolchoï. Les pas de deux, musicaux et chorégraphiques, suivent des pages de Massenet, Grieg, Piazzolla, Vitali ou Sibelius.√DR Saint-Prex, Vieux-Bourg. Lu 27 et ma 28 à 20 h 45.

Hommage à Armin Jordan

CONCERT Le chef bien-aimé

de Bienne, où il a fait ses débuts dans la fosse du Théâtre lyrique, aurait 80 ans cette année. L’orchestre de la ville lui rend hommage en jouant son répertoire symphonique de prédilection – Mozart, le Prélude à l’après-midi d’un faune de Debussy, Ravel et Johann Strauss – sous la direction de l’Allemand Ralf Weikert.√DR Bienne, Burgplatz. Me 29 à 20 h.

Edith Fischer La pianiste et âme des Semaines internationales dans un concert Schubert, en solo et en trio. Carillon et percussions Récital partagé par le Tchiki Duo aux marimbas et Daniel Thomas au carillon de vingt-quatre cloches. Musiques de Keiko Abe, Ravel, Scarlatti et Bach. Pully, église de la Rosiaz. Sa 25 à 20 h.

Quatuor de Leipzig Dans Haydn, Mendelssohn et Beethoven. Sion, église des Jésuites. Di 26 à 18 h.

Christophe Prégardien Le magnifique ténor dans des lieder de Schubert, Beethoven, Wolf, Liszt et Grieg, au côté du pianiste Michael Gees. Genève, Saint-Germain. Di 26 et lu 27 à 18 h 30. LES LIVRES QUE VOUS AIMEZ

01 Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire Jonas Jonasson, Pocket 02 L’âme du monde. Conte de sagesse Frédéric Lenoir, NiL 03 Guide des arbres extraordinaires de Suisse romande. 40 balades d’énergie. Reliance et soins par la nature Joëlle Chautems, Favre 04 La liste de mes envies Grégoire Delacourt, Lattès 05 L’appel de l’ange Guillaume Musso, Pocket 06 La sirène Camilla Läckberg, Actes Sud, coll. Actes Noirs 07 L’étrange voyage de Monsieur Daldry Marc Levy, Pocket 08 La rivière noire Arnaldur Indridason, Points Policiers 09 L’échappée belle Anna Gavalda, J’ai Lu 10 Si c’était à refaire Marc Levy, R. Laffont

PASSIONS

CINÉMA

ET ENCORE

CINEWORX

RENDEZ-VOUS∑69


70|DADI

NOUVEAU! CHAQUE MOIS, L’ACTUALITÉ DU DESIGN, DE L’ART ET DE L’ARCHITECTURE, EN SUISSE ET AILLEURS

DESIGN ARCHITECTURE DÉCORATION INTÉRIEUR

DR

EMMANUEL GRANDJEAN RÉDACTEUR EN CHEF

L’ŒIL DE DADI

MANOR TRENTE ANS POUR L’ART

DR

L’exposition porte un titre français mais est organisée au Kunsthaus d’Aarau. La jeunesse est un art dresse un panorama de la scène de l’art contemporain en Suisse avec 49 artistes de moins de 40 ans. De Valentin Carron à Shirana Shahbazi en passant par Marta Riniker Radich ou Philippe Decrauzat (photo: «Anisotropy», 2012), la liste des artistes qui comptent dans le pays est quasi exhaustive. L’accrochage, qui sera inauguré le 1er septembre, est surtout l’occasion de fêter le jubilé du Prix Manor, l’une des récompenses les plus importantes dans le domaine de l’art contemporain fondée il y a pile trente ans.√

«GENGHIS KHAN, 1963» Le sculpteur anglais Phillip King ouvre le programme de la Fondation Speerstra avec des œuvres monumentales.

Nouvel espace Inside Apples

C’est une usine retapée à neuf à la sortie d’Apples, au-dessus de Morges. Le lieu qui ne fabrique plus rien sert désormais de centre d’art à son propriétaire, la Fondation Speerstra. Laquelle inaugure le 8 septembre 1500 mètres carrés dévolus à sa collection d’artistes post-graffiti et à des accrochages temporaires. Samuel Gross, directeur artistique de ce tout nouvel espace gigantesque, a la charge des deux départements. La collection s’intéresse «à cette période où les premiers graffeurs américains, sans pour autant délaisser les murs, peignent sur toile et entrent dans les galeries», précise le Genevois. Des artistes de rue passés dans les rangs du marché comme Daze, Futura 2000, Crash, Jonone, etc. Sans

oublier Hervé di Rosa, pas vraiment peintre urbain, mais sans doute le plus «street» des tenants de la figuration libre qui réalisera à Apples un ensemble spécialement commandé par la fondation. Les accrochages temporaires suivront ce fil historique qui rembobine les années 80 empreintes de culture populaire. L’Anglais Phillip King ouvre ce programme de trois présentations par an. Le sculpteur a été l’élève d’Anthony Caro et l’assistant de Henry Moore. Son œuvre? Des objets bizarres, monumentaux et très colorés qui font de lui une sorte de minimaliste relax, «un vrai sculpteur pop anglais».√ Fondation Speerstra, route de Pampigny 42, Apples. Inauguration le 8 septembre dès 15 h. Tél. 021 800 34 16. www.fondation-speerstra.ch

«La jeunesse est un art: jubilé du Prix Manor». Du 1er septembre au 18 novembre, Kunsthaus d’Aarau. www.aargauerkunsthaus.ch

ABCDADI P COMME PRITZKER

On peut être propriétaire des hôtels Hyatt et décerner chaque année la récompense d’architecture la plus prestigieuse du monde. En 1979, Jay Pritzker et sa femme Cindy lancent le prix du même nom assorti de 100 000 dollars. Un Nobel du bâti dont Philip Johnson sera le premier récipiendaire. Herzog & de Meuron, Peter Zumthor, Jean Nouvel, Tadao Ando, Frank Gehry, Aldo Rossi, Rem Koolhaas suivront. A noter que Zaha Hadid et Kazuyo Sejima sont les deux seules femmes à figurer dans la liste des lauréats.√

Les collectionneurs adorent ses immenses paysages de science-fiction, ses réinterprétations glauques du portrait classique et ses hommages à Salvador Dalí. Agé de 45 ans, la coqueluche Glenn Brown explose en salle de ventes.√

DR

ARTGRAPHIE ÉVOLUTION DE LA COTE DE GLENN BROWN AUX ENCHÈRES (en francs)

HOMMAGE «Tragic Conversion of Salvador Dalí (after John Martin) de 1998».

DR

L’HEBDO 23 AOÛT 2012


Le magazine suisse de L’horLogerie de quaLité

N° 46 Printemps 2012 Prix: Fr. 10.– € 6.50

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MONTRESPASSION|71

DIDIER PRADERVAND RÉDACTEUR EN CHEF

C

M

PARFUM D’ENFANCE

C’est l’un des fers de lance de Tissot, qui annonce désormais plus de 3 millions de pièces produites par an, tous modèles confondus, avec, «réaliste, elle l’affirme, un objectif de monter à 5 millions». Cette montre iconique, c’est la T-Touch, lancée en 1999 et dont le nom dit la fonction: touch pour tactile. Une technologie qui, depuis, a essaimé partout, smartphones et autres tablettes en tête. Pour ceux et celles qui rêvent de comprendre comment tout cela a évolué en treize ans et pourrait le faire dans l’avenir, la Cité du Temps à Genève accueille jusqu’au 2 septembre une exposition... évidemment tactile et interactive.√

ENVIRONNEMENT DE LA MONTRE AU MIEL...

Développement durable, protection des océans, de la faune, de la flore, etc.: les horlogers, on le sait, ont depuis quelques années déjà la fibre écologiste. Fondations, partenariats, prix, bourses, transports collectifs, bâtiments écoresponsables, etc., chacun y va de son ou de ses initiative(s). Relevons ici la très ludique idée de Jaeger-LeCoultre qui a installé dix ruches devant son siège historique du Sentier, et dont elle a confié le suivi à Franck Crozet, un apiculteur de la vallée de Joux. A la clé, donc, pour tous ses visiteurs: une plongée dans son passé horloger, certes, mais aussi, elle l’espère, une prise de conscience sur l’enjeu pour l’humanité de préserver les abeilles. Avec, en cadeau, un pot de miel estampillé Jaeger-LeCoultre.√ 23 AOÛT 2012 L’HEBDO

LE MAGAZINE SUISSE DE L’HORLOGERIE DE QUALITÉ

K

complications horlogères. Depuis novembre 2011, Chopard s’en est emparé: montres et bijoux à la clé, alors que dans le même temps, Titeuf prenait la pose au cadran d’une Reverso. Cette rétromania a le vent en poupe, à l’image également de Maximilian Büsser (MB&F) dont l’astéro-hache de Goldorak a inspiré la forme des masses oscillantes de ses Horological Machines, ou, encore, de Manuel Emch, CEO de RJ-Romain Jerome, qui a trouvé dans ses addictions adolescentes aux jeux vidéo (Space Invaders et désormais le mythique Pac-Man), une ludique et ironique manière d’enrichir le concept de DNA of Famous Legends qui définit sa marque. Entre enchantements enfantins et ironie, qu’on aime ou non ces créations, elles font souffler un salutaire vent de liberté.√

LUDIQUE Pour 15 555 fr., en acier PVD noir (46 mm) sur bracelet caoutchouc avec mouvement automatique (RJ001-A) et cadran à 3 niveaux, la nouvelle Pac-Man™ de RJ-Romain Jerome se décline en 4 versions colorées différentes, éditées à 20 pièces chacune.

Marketing En arborant une Richard Mille lors de la finale du

100 m, Yohan Blake encourt les foudres du CIO. La polémique enfle...

Flash-back. En pleins JO, la marque annonce l’arrivée dans son «équipe de sportifs partenaires de l’un des meilleurs sprinteurs au monde», mais sans donner son nom, conformément à la Charte olympique qui ne l’autorise à le faire que trois jours après la fin des Jeux. Sauf que, au vu de la photo de la montre jointe au communiqué et grâce à des photographes et blogueurs qui la repèrent au poignet du Jamaïcain et médaillé d’argent Yohan Blake lors de la finale du 100 mètres, le secret s’évente. Buzz et polémique enflent, forçant le CIO à ouvrir une

enquête pour violation de ses (déjà fort critiquées) règles sur la promotion de marques autres que celles de ses sponsors officiels. Les sanctions peuvent aller jusqu’à la disqualification (le CIO pourra-t-il ou osera-til le faire?) en passant par la réprimande (comme ce fut le

MARK BLINCH REUTERS

TECHNIQUE L’HORLOGERIE AU BOUT DES DOIGTS

Mickey, Corto Maltese, Goldorak, Pac-Man, Space Invaders, Titeuf ou manga, etc.: on ne compte plus les héros de BD ou de jeux vidéo que l’horlogerie suisse sublime aux cadrans de ses créations, mariant ainsi luxe et culture populaire. Accessible et ludique chez Swatch, en séries (très) limitées chez tous les autres, cette passion régressive n’est certes pas emblématique de la production horlogère; mais sa récurrence serait, dit-on, significative de l’émergence d’une nouvelle génération de clients, de créateurs et de patrons horlogers. Les uns et les autres partageant des références culturelles qui doivent plus à l’esthétique des années 80 qu’à la tradition manufacturière de l’horlogerie mécanique. Le phénomène pourtant n’est pas nouveau. C’est dès les années 30 que Mickey s’installa au cadran d’une montre de l’américain Ingersoll. Dans les décennies suivantes, il en écoula des dizaines de millions d’exemplaires. Mais c’est à Gérald Genta et à ses affichages rétrogrades que l’on doit, dès 1984, l’accession de la célèbre souris au monde des

Y

cas pour des athlètes qui arboraient des écouteurs musicaux différents de ceux de son sponsor Panasonic) ou, ce que d’aucuns pensent le plus probable, par une très forte amende. Pour l’heure, rien ne filtre. Mais vu les milliers de liens internet, articles et tweets mentionnant l’affaire, ses enjeux directs et indirects, le rôle des sponsors officiels, les investissements consentis, etc., elle pose mille et une questions et défis sur les futurs Jeux de Rio. Silencieuse, Richard Mille, elle, peut se frotter les mains. D’embuscade ou virale, son opération marketing est un succès.√

CONTRE-TEMPS

POUR LES PASSIONNÉS ET TOUS LES AMOUREUX DE L’HORLOGERIE.


On ne peut pas réinventer la roue. Les toutes dernières études ont montré qu’il n’existe plus de possibilité d’amélioration concernant les produits ou les objets déjà existants. Près de 150 ans après la naissance du moteur à explosion, son potentiel d’amélioration est épuisé. Alors, comment pouvons-nous économiser encore davantage et améliorer la technique tout en préservant à la fois l’environnement et l’expérience émotionnelle que procure la conduite en voiture. Révolution ou évolution ? C’est ici toute la question. Après une invention, il existe peu de possibilités de développement majeur puisque plus les conventions sont adoptées et établies, plus le potentiel de renouvellement est faible.

l’accélération procure du plaisir. La voiture offre une expérience émotionnelle qui rime forcément avec forte consommation de carburant et gaspillage des ressources. L’adrénaline et les moteurs à faible consommation ne vont pas de pair.

et électriques. Enfin, et non des moindres, une gestion écologique des déchets n’a pas encore été élaborée, même dans ses grandes lignes. Le pouvoir d’innovation de l’être humain n’est pas infini. Nombre d’entreprises ont fait faillite à cause de leur manque de capacité de renouvellement. Les conventions sont bien souvent plus fortes que la propension à créer. Par exemple, lorsqu’une technologie ou un produit existe depuis longtemps et que l’on croit le connaître, il est toujours plus difficile de le remettre en question. Remettre en question ces conventions, mais aussi les repenser totalement et les dépasser n’est pas donné à tout le monde.

L’automobile réinventée

La batterie reste aujourd’hui le problème des moteurs hybrides et électriques. Le problème de son poids n’est toujours pas résolu. En outre, son prix est encore trop élevé pour la production en masse. Enfin, et non des moindres, une gestion écologique des déchets n’a pas encore été élaborée, même dans ses grandes lignes. Le pouvoir d’innovation de l’être humain n’est pas infini. Nombre d’entreprises ont fait faillite à cause de leur manque de capacité de renouvellement. Quelles sont donc les possibilités en matière de stockage d’énergie qui respectent réellement l’environnement et qui sont abordables pour la majorité des automobilistes ? Les conventions sont bien souvent plus fortes que la propension à créer. Par exemple, lorsqu’une technologie ou un produit existe depuis longtemps et que l’on croit le connaître, il est toujours plus difficile de le remettre en question. Remettre en question ces conventions, mais aussi les repenser totalement et les dépasser n’est pas donné à tout le monde.

Parfois, le plaisir de conduire s’estompe sur les longs trajets. Le réservoir doit être rempli bien plus souvent qu’on ne le souhaiterait. Les conducteurs prudents prennent dans ce cas leurs précautions. Au cours des 50 dernières années, le taux d’efficacité de l’essence ou du diesel ne s’est que très peu amélioré, bien que tous les efforts possibles aient été faits dans ce domaine. Quelles sont donc les possibilités en matière de stockage d’énergie qui respectent réellement l’environnement et qui sont abordables pour la majorité des automobilistes ? Le pouvoir d’innovation de l’être humain n’est pas infini. Nombre d’entreprises ont fait faillite à cause de leur manque de capacité de renouvellement. Par exemple, lorsqu’une technologie ou un produit existe depuis longtemps et que l’on croit le connaître, il est toujours plus difficile de le remettre en question. Parfois, le plaisir de conduire s’estompe sur les longs trajets. Le réservoir doit être rempli bien plus souvent qu’on ne le souhaiterait. Les conducteurs prudents prennent dans ce cas leurs précautions. Dans le pire des cas, les virages serrés se transforment en défis acrobatiques.

Parfois, le plaisir de conduire s’estompe sur les longs trajets. Le réservoir doit être rempli bien plus souvent qu’on ne le souhaiterait. Les Au cours des 50 dernières années, le taux d’efficonducteurs prudents prennent dans ce cas de l’essence ou du diesel ne s’est que très leurs précautions. Pour fabriquer le SUV idéal, il fallait bouleverser toutes lescacité conventions peu amélioré, techniques. C’est ce que nous avons fait avec la technologie SKYACTIV, en bien que tous les efforts possibles partant de zéro pour repenser le moteur, la transmission, la carrosserieaient et le été châssis. Dans le pire des cas, les virages serrés se transfaits dans ce domaine. Quelles sont hors du forment en défis acrobatiques.Résultat: le nouveau Mazda CX-5, SUV agile et léger, procurant un plaisir de conduire donc les possibilités en matière de stockage commun. SKYACTIV-D 2.2 FWD: 4,6 l/100 km, 119 g CO2/km, couple max. de 380 Nm, catégorie d’énergie qui respectent réellement l’environénergétique A. (Moyenne émissions CO2 de toutes les voitures neuves vendues 159 g CO2/km) www.CX-5.ch Au cours des 50 dernières années, le taux d’effinement et qui sont abordables pour la majorité cacité de l’essence ou du diesel ne s’est que très des automobilistes ? peu amélioré, bien que tous les efforts possibles La mobilité dans le pire des cas, n’est pas seuleaient été faits dans ce domaine. Quelles sont ment un facteur social et politique, mais aussi donc les possibilités en matière de stockage d’énergie qui respectent réellement l’environ- Avec technologie Skyactiv. une expérience émotionnelle forte. Celui qui Économies réunis. nement et qui sont abordables pour la majorité et plaisir de conduire enfin prend souvent sa voiture pour parcourir des des automobilistes ? milliers de kilomètres par an souhaite avoir une voiture dynamique, car l’accélération procure du plaisir. La voiture offre une expérience La mobilité n’est pas seulement un facteur social conventions et politique, mais aussi une expérience émotionLeAu-delà problème dedes son poids n’est toujours pas émotionnelle qui rime forcément avec forte nelle forte. Celui qui prend souvent sa voiture résolu. En outre, son prix est encore trop élevé consommation de carburant et gaspillage des pour parcourir des milliers de kilomètres par pour la production en masse. La batterie reste ressources. L’adrénaline et les moteurs à faible an souhaite avoir une voiture dynamique, car aujourd’hui le problème des moteurs hybrides consommation ne vont pas de pair.

Le nouveau M{zd{ CX-5


CHRONIQUES∑73 NE PARTONS PAS FÂCHÉS ISABELLE FALCONNIER

Un homme, sa presque

femme et son amant: Hollywood, notre Feydeau-sur-Vaudeville moderne, a

pondu un nouveau chef-d’œuvre en matière de

scènes de ménage à ciel ouvert et l’on entend les portes

DESSIN KEIKO MORIMOTO

qui claquent jusqu’ici. Kristen Stewart, 22 ans, a donc trompé Robert Pattinson, son boyfriend depuis quatre ans, le temps

d’une aventurette avec le très marié réalisateur du film BlancheNeige, dans lequel elle interprétait ladite Blanche-Neige. Depuis, elle se répand en excuses publiques et privées, écrivant par dizaines autant des SMS que des «lettres manuscrites» – le comble pour une post-teenager du XXIe siècle –, dixit un «ami» de Robert à la presse people, suppliant son amoureux de la reprendre, jurant qu’elle ferait tout ce qu’il voudrait, y compris une «thérapie de couple». La pauvrette n’a rien compris. Les hommes détestent les excuses encore plus que de découvrir que, contrairement à ce qu’ils pensaient, leur femme pouvait les tromper. Plus elle s’excuse, plus Kristen s’enfonce dans sa condition de femme trompeuse, de femme à hommes, de femme libre, disponible à d’autres – tout ce qu’un homme déteste. Elle peut s’estimer heureuse de son sort: Robert a certes quitté la maison mais leur seule bagarre concerne la garde de leur chien. Emma Bovary, elle, se suicide à l’arsenic après sa liaison avec Léon, clerc de notaire pour qui elle contracte des dettes fatales. Carmen rend Don José à ce point jaloux qu’il lui plante un couteau dans le cœur. Desdémone n’a trompé personne mais son mari Othello le croit et l’étouffe sous un coussin. Le marquis de Montespan, fait cocu par Louis XIV, entame une tournée des prostituées dans le but d’attraper des maladies vénériennes pour violer sa femme et passer le tout à son amant. Hélène, qui trompe Ménélas avec Pâris, est récupérée par son mari après qu’il eut déclaré la guerre à Troie pour elle, et failli la tuer avant de se raviser devant ses charmes intacts – en voilà une qui ne s’est pas répandue en excuses. La belle Ariane, qui trompe Adrien avec Solal, rend son amant fou de jalousie lorsqu’il apprend qu’elle a eu un autre amant avant lui, et la force à tout raconter par le menu, jusqu’à leur suicide à l’hôtel Ritz de Genève. Kristen ne tournera pas la suite de Blanche-Neige, et Twilight, conte de fées mormon, baisse le rideau cette année. On dirait bien que les choses sérieuses commencent.√

23 AOÛT 2012 L’HEBDO

POINT FINAL par Philippe Le Bé

TRISTE MARIAGE GAY Depuis que Barack Obama et François Hollande se sont ouvertement déclarés en faveur du mariage des homosexuels, le second se disant également favorable à l’adoption d’enfants par un couple du même sexe, émettre quelques interrogations sur des avis si autorisés c’est passer aux yeux des nouveaux bienpensants, au mieux pour un rétrograde, au pire pour un homophobe. Donc, au risque d’être envoyé au bûcher, je constate que dans nos riches contrées un mariage sur deux se termine par un divorce. Il est donc pour le moins surprenant que cette pratique suscite encore une vive vocation auprès de personnes qui jusqu’ici en sont exclues. Par ailleurs, les couples homosexuels affirment «être comme les autres couples hétérosexuels». Face QUE L’ON au mariage, ils TROUVE devraient donc être considérés de UN AUTRE MOT, la même manière. SANS Eh bien non, RÉCUPÉRATION cher(e)s ami(e)s, ILLUSOIRE. vous n’êtes pas comme les autres! C’est votre droit le plus strict: le droit à la différence. Comme la différence irréductible entre un homme et une femme, que les psychologues se plaisent tant à souligner. Après avoir évacué la dimension sacrée du mariage, tout en gardant précieusement sa symbolique comme par exemple la robe blanche, nous voudrions maintenant l’associer à une union qui jamais ne pourra transmettre la vie? Désolé, pas d’accord. Que l’on adopte un autre mot que «mariage» pour des liaisons du même sexe. Sans tentative de récupération illusoire.√


On ne peut pas réinventer la roue. Les toutes dernières études ont montré qu’il n’existe plus de possibilité d’amélioration concernant les produits ou les objets déjà existants. Près de 150 ans après la naissance du moteur à explosion, son potentiel d’amélioration est épuisé. Alors, comment pouvons-nous économiser encore davantage et améliorer la technique tout en préservant à la fois l’environnement et l’expérience émotionnelle que procure la conduite en voiture. Révolution ou évolution ? C’est ici toute la question. Après une invention, il existe peu de possibilités de développement majeur puisque plus les conventions sont adoptées et établies, plus le potentiel de renouvellement est faible.

l’accélération procure du plaisir. La voiture offre une expérience émotionnelle qui rime forcément avec forte consommation de carburant et gaspillage des ressources. L’adrénaline et les moteurs à faible consommation ne vont pas de pair.

et électriques. Enfin, et non des moindres, une gestion écologique des déchets n’a pas encore été élaborée, même dans ses grandes lignes. Le pouvoir d’innovation de l’être humain n’est pas infini. Nombre d’entreprises ont fait faillite à cause de leur manque de capacité de renouvellement. Les conventions sont bien souvent plus fortes que la propension à créer. Par exemple, lorsqu’une technologie ou un produit existe depuis longtemps et que l’on croit le connaître, il est toujours plus difficile de le remettre en question. Remettre en question ces conventions, mais aussi les repenser totalement et les dépasser n’est pas donné à tout le monde.

L’automobile réinventée

La batterie reste aujourd’hui le problème des moteurs hybrides et électriques. Le problème de son poids n’est toujours pas résolu. En outre, son prix est encore trop élevé pour la production en masse. Enfin, et non des moindres, une gestion écologique des déchets n’a pas encore été élaborée, même dans ses grandes lignes. Le pouvoir d’innovation de l’être humain n’est pas infini. Nombre d’entreprises ont fait faillite à cause de leur manque de capacité de renouvellement. Quelles sont donc les possibilités en matière de stockage d’énergie qui respectent réellement l’environnement et qui sont abordables pour la majorité des automobilistes ? Les conventions sont bien souvent plus fortes que la propension à créer. Par exemple, lorsqu’une technologie ou un produit existe depuis longtemps et que l’on croit le connaître, il est toujours plus difficile de le remettre en question. Remettre en question ces conventions, mais aussi les repenser totalement et les dépasser n’est pas donné à tout le monde.

Parfois, le plaisir de conduire s’estompe sur les longs trajets. Le réservoir doit être rempli bien plus souvent qu’on ne le souhaiterait. Les conducteurs prudents prennent dans ce cas leurs précautions. Au cours des 50 dernières années, le taux d’efficacité de l’essence ou du diesel ne s’est que très peu amélioré, bien que tous les efforts possibles aient été faits dans ce domaine. Quelles sont donc les possibilités en matière de stockage d’énergie qui respectent réellement l’environnement et qui sont abordables pour la majorité des automobilistes ? Le pouvoir d’innovation de l’être humain n’est pas infini. Nombre d’entreprises ont fait faillite à cause de leur manque de capacité de renouvellement. Par exemple, lorsqu’une technologie ou un produit existe depuis longtemps et que l’on croit le connaître, il est toujours plus difficile de le remettre en question. Parfois, le plaisir de conduire s’estompe sur les longs trajets. Le réservoir doit être rempli bien plus souvent qu’on ne le souhaiterait. Les conducteurs prudents prennent dans ce cas leurs précautions. Dans le pire des cas, les virages serrés se transforment en défis acrobatiques.

Parfois, le plaisir de conduire s’estompe sur les longs trajets. Le réservoir doit être rempli bien plus souvent qu’on ne le souhaiterait. Les Au cours des 50 dernières années, le taux d’efficonducteurs prudents prennent dans ce cas de l’essence ou du diesel ne s’est que très leurs précautions. Pour fabriquer le SUV idéal, il fallait bouleverser toutes lescacité conventions peu amélioré, techniques. C’est ce que nous avons fait avec la technologie SKYACTIV, en bien que tous les efforts possibles partant de zéro pour repenser le moteur, la transmission, la carrosserieaient et le été châssis. Dans le pire des cas, les virages serrés se transfaits dans ce domaine. Quelles sont hors du forment en défis acrobatiques.Résultat: le nouveau Mazda CX-5, SUV agile et léger, procurant un plaisir de conduire donc les possibilités en matière de stockage commun. SKYACTIV-D 2.2 FWD: 4,6 l/100 km, 119 g CO2/km, couple max. de 380 Nm, catégorie d’énergie qui respectent réellement l’environénergétique A. (Moyenne émissions CO2 de toutes les voitures neuves vendues 159 g CO2/km) www.CX-5.ch Au cours des 50 dernières années, le taux d’effinement et qui sont abordables pour la majorité cacité de l’essence ou du diesel ne s’est que très des automobilistes ? peu amélioré, bien que tous les efforts possibles La mobilité dans le pire des cas, n’est pas seuleaient été faits dans ce domaine. Quelles sont ment un facteur social et politique, mais aussi donc les possibilités en matière de stockage d’énergie qui respectent réellement l’environ- Avec technologie Skyactiv. une expérience émotionnelle forte. Celui qui Économies réunis. nement et qui sont abordables pour la majorité et plaisir de conduire enfin prend souvent sa voiture pour parcourir des des automobilistes ? milliers de kilomètres par an souhaite avoir une voiture dynamique, car l’accélération procure du plaisir. La voiture offre une expérience La mobilité n’est pas seulement un facteur social conventions et politique, mais aussi une expérience émotionLeAu-delà problème dedes son poids n’est toujours pas émotionnelle qui rime forcément avec forte nelle forte. Celui qui prend souvent sa voiture résolu. En outre, son prix est encore trop élevé consommation de carburant et gaspillage des pour parcourir des milliers de kilomètres par pour la production en masse. La batterie reste ressources. L’adrénaline et les moteurs à faible L’HEBDO XXX 2012 an souhaite avoir une voiture dynamique, car aujourd’hui le problème des moteurs hybrides consommation ne vont pas de pair.

Le nouveau M{zd{ CX-5


On ne peut pas réinventer la roue. Les toutes dernières études ont montré qu’il n’existe plus de possibilité d’amélioration concernant les produits ou les objets déjà existants. Près de 150 ans après la naissance du moteur à explosion, son potentiel d’amélioration est épuisé. Alors, comment pouvons-nous économiser encore davantage et améliorer la technique tout en préservant à la fois l’environnement et l’expérience émotionnelle que procure la conduite en voiture. Révolution ou évolution ? C’est ici toute la question. Après une invention, il existe peu de possibilités de développement majeur puisque plus les conventions sont adoptées et établies, plus le potentiel de renouvellement est faible.

l’accélération procure du plaisir. La voiture offre une expérience émotionnelle qui rime forcément avec forte consommation de carburant et gaspillage des ressources. L’adrénaline et les moteurs à faible consommation ne vont pas de pair.

et électriques. Enfin, et non des moindres, une gestion écologique des déchets n’a pas encore été élaborée, même dans ses grandes lignes. Le pouvoir d’innovation de l’être humain n’est pas infini. Nombre d’entreprises ont fait faillite à cause de leur manque de capacité de renouvellement. Les conventions sont bien souvent plus fortes que la propension à créer. Par exemple, lorsqu’une technologie ou un produit existe depuis longtemps et que l’on croit le connaître, il est toujours plus difficile de le remettre en question. Remettre en question ces conventions, mais aussi les repenser totalement et les dépasser n’est pas donné à tout le monde.

L’automobile réinventée

La batterie reste aujourd’hui le problème des moteurs hybrides et électriques. Le problème de son poids n’est toujours pas résolu. En outre, son prix est encore trop élevé pour la production en masse. Enfin, et non des moindres, une gestion écologique des déchets n’a pas encore été élaborée, même dans ses grandes lignes. Le pouvoir d’innovation de l’être humain n’est pas infini. Nombre d’entreprises ont fait faillite à cause de leur manque de capacité de renouvellement. Quelles sont donc les possibilités en matière de stockage d’énergie qui respectent réellement l’environnement et qui sont abordables pour la majorité des automobilistes ? Les conventions sont bien souvent plus fortes que la propension à créer. Par exemple, lorsqu’une technologie ou un produit existe depuis longtemps et que l’on croit le connaître, il est toujours plus difficile de le remettre en question. Remettre en question ces conventions, mais aussi les repenser totalement et les dépasser n’est pas donné à tout le monde.

Parfois, le plaisir de conduire s’estompe sur les longs trajets. Le réservoir doit être rempli bien plus souvent qu’on ne le souhaiterait. Les conducteurs prudents prennent dans ce cas leurs précautions. Au cours des 50 dernières années, le taux d’efficacité de l’essence ou du diesel ne s’est que très peu amélioré, bien que tous les efforts possibles aient été faits dans ce domaine. Quelles sont donc les possibilités en matière de stockage d’énergie qui respectent réellement l’environnement et qui sont abordables pour la majorité des automobilistes ? Le pouvoir d’innovation de l’être humain n’est pas infini. Nombre d’entreprises ont fait faillite à cause de leur manque de capacité de renouvellement. Par exemple, lorsqu’une technologie ou un produit existe depuis longtemps et que l’on croit le connaître, il est toujours plus difficile de le remettre en question. Parfois, le plaisir de conduire s’estompe sur les longs trajets. Le réservoir doit être rempli bien plus souvent qu’on ne le souhaiterait. Les conducteurs prudents prennent dans ce cas leurs précautions. Dans le pire des cas, les virages serrés se transforment en défis acrobatiques.

Parfois, le plaisir de conduire s’estompe sur les longs trajets. Le réservoir doit être rempli bien plus souvent qu’on ne le souhaiterait. Les Au cours des 50 dernières années, le taux d’efficonducteurs prudents prennent dans ce cas de l’essence ou du diesel ne s’est que très leurs précautions. Pour fabriquer le SUV idéal, il fallait bouleverser toutes lescacité conventions peu amélioré, techniques. C’est ce que nous avons fait avec la technologie SKYACTIV, en bien que tous les efforts possibles partant de zéro pour repenser le moteur, la transmission, la carrosserieaient et le été châssis. Dans le pire des cas, les virages serrés se transfaits dans ce domaine. Quelles sont hors du forment en défis acrobatiques.Résultat: le nouveau Mazda CX-5, SUV agile et léger, procurant un plaisir de conduire donc les possibilités en matière de stockage commun. SKYACTIV-D 2.2 FWD: 4,6 l/100 km, 119 g CO2/km, couple max. de 380 Nm, catégorie d’énergie qui respectent réellement l’environénergétique A. (Moyenne émissions CO2 de toutes les voitures neuves vendues 159 g CO2/km) www.CX-5.ch Au cours des 50 dernières années, le taux d’effinement et qui sont abordables pour la majorité cacité de l’essence ou du diesel ne s’est que très des automobilistes ? peu amélioré, bien que tous les efforts possibles La mobilité dans le pire des cas, n’est pas seuleaient été faits dans ce domaine. Quelles sont ment un facteur social et politique, mais aussi donc les possibilités en matière de stockage d’énergie qui respectent réellement l’environ- Avec technologie Skyactiv. une expérience émotionnelle forte. Celui qui Économies réunis. nement et qui sont abordables pour la majorité et plaisir de conduire enfin prend souvent sa voiture pour parcourir des des automobilistes ? milliers de kilomètres par an souhaite avoir une voiture dynamique, car l’accélération procure du plaisir. La voiture offre une expérience La mobilité n’est pas seulement un facteur social conventions et politique, mais aussi une expérience émotionLeAu-delà problème dedes son poids n’est toujours pas émotionnelle qui rime forcément avec forte nelle forte. Celui qui prend souvent sa voiture résolu. En outre, son prix est encore trop élevé consommation de carburant et gaspillage des pour parcourir des milliers de kilomètres par pour la production en masse. La batterie reste ressources. L’adrénaline et les moteurs à faible XXX 2012 L’HEBDO an souhaite avoir une voiture dynamique, car aujourd’hui le problème des moteurs hybrides consommation ne vont pas de pair.

Le nouveau M{zd{ CX-5


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