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DOSSIER SPÉCIAL

L'ISLAMISME EST-IL UNE FATALITÉ ?

Maurice Chalom

Mektub or not Mektub ? Par Maurice Chalom, Ph.D

Fatum, disent les Latins : c’était dit; Mektub, disent les Arabes : c’était écrit. Je ne sais pas pour vous, mais moi, je n’en sais fichtrement rien si l’islamisme est une fatalité, un épiphénomène ou un effet pervers de la mondialisation. La seule fatalité empiriquement vérifiée que je connaisse, c’est que nous irons tous ad patres. Que l’on soit Juif, Chrétien ou Musulman, anachorétique ou hédoniste, croyant ou mécréant, sceptique ou convaincu, darwiniste, créationniste ou descendant d’extra-terrestres, nous partirons tous les pieds devant. Et nous avons beau vouloir lui faire la nique, la dribbler, l’esquiver ou faire comme si, la grande faucheuse, patiente, attend son heure. Pour le reste…

De l’ivraie au vrai ? Pour plusieurs doctes penseurs, l’Islam serait une religion qui n’est pas venue au monde pour vivre en paix avec le Judaïsme et le Christianisme, ses consœurs prédécesseures, mais une religion universelle qui doit les effacer et s’emparer du monde. L’Islam se définirait comme la vraie religion : Din al-Haqq, alors que le Judaïsme et le Christianisme ne seraient rien de moins que Din al-Batil : de fausses religions. On ne fait pas dans la fioriture. Exit respect des anciens, tolérance et droit d'aînesse ! C’est ce qui ferait, selon ces mêmes doctes penseurs, de l’actuel « choc des civilisations », le fondement d’une lutte théologique dont la source serait l’incapacité de l’Islam en général et de l’Islamisme en particulier à reconnaître l’histoire et les droits religieux des croyants non-musulmans qui seraient appelés à disparaître, tout simplement. Sûr qu’avec pareille appréhension, le dialogue interreligieux en prend pour son rhume. Et moi qui croyais que toutes les religions portaient en elles l’amour du prochain… Pour Boualem Sansal, « l’islamiste est un musulman impatient ». Avec cette formule lapidaire, l’écrivain et essayiste algérien déboulonne la supposée fatalité de l’Islamisme. Car si c’est écrit, pourquoi se presser, à moins de ne pas être sûr de son coup. Une Fatwa se profile à l’horizon… Quant à l’Islamisme, est-il à mettre dans la même lessiveuse que l’Islam ? Là encore, doctes penseurs et doctrinaires ne sont pas prêts de s’entendre; ce qui a l’heur des éditeurs, car jamais l’Islam ne s’est aussi bien vendu qu’au jour d’aujourd’hui. Pour certains, il n’y aurait guère de différences entre l’Islam et l’Islamisme car, depuis son origine, l’Islam ne serait pas qu’une simple religion, mais également un code juridique, une politique et une idéologie. Au plan sémantique, le terme Islamisme, issu du mot Islam voulant dire soumission, aurait été forgé au 18e siècle afin d’obtenir ses lettres de noblesse et de reconnaissance, au même titre que les autres religions. Bref, un nécessaire vernis de légitimité, comme si Allah n’était pas assez grand pour défendre Mahomet tout seul. 44

MAGAZINE LVS

hannouca 2016

Pour d’autres, il y aurait une différence fondamentale entre Islam et Islamisme. L’Islam serait une foi possédant ses règles de vie et de conduite, mais certainement pas une politique, contrairement à l’Islamisme qui serait, comme le communisme en son temps, une idéologie et un projet de société. Il y aurait un puissant conflit, souvent gommé voire tu, au sein de l’Islam entre les musulmans islamistes et les autres musulmans ainsi qu‘entre la République et l’Islamisme. Alors que le communisme, avec son slogan rassembleur et fédérateur « Prolétaires du monde entier, unissez-vous », sa promesse d’un monde meilleur et ses lendemains qui chantent après la lutte finale, s’est planté dans les grandes largeurs en moins d’un siècle, pas même l’équivalent de durée de Planck (tp) à l’échelle du temps cosmique; je vois mal comment l’Islam, avec ou sans isme, dans sa complexité et, si j’osais le dire, dans sa cacophonie, pourrait être le destin et l’avenir de l’humanité. Soyez attentifs, car même une chatte n’y retrouverait pas ses petits. On reconnait 4 principaux courants dans l’Islam. Le Sunnisme, avec près de 80 % de la population musulmane mondiale; le Chiisme duodécimain représente quelque 10 % des croyants, dont la majorité vit en Iran, en Irak, en Azerbaïdjan, au Bahreïn et au Liban; le Zaïdisme, avec plus ou moins 8 millions de croyants, est exclusivement présent au Yémen et l’Ibadisme, avec ses 5 millions de fidèles surtout à Oman, Zanzibar et dans quelques régions de Lybie, d’Algérie et de Tunisie. Jusqu’ici, tout baigne mais pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

Bazar et balagan Le Sunnisme, courant majoritaire, se divise en plusieurs écoles de droit musulman, dont les principales sont le Hanafisme, le Malikisme, le Chaféisme et le Hanbalisme. Par manque d’espace, je ne peux élaborer. À vous de fouiller. Comme il est hors de question que l’on me traite d’islamophobe, je m’en voudrais de zapper l’Ismaélisme avec ses 15 à 30 millions de fidèles; l’Alevisme, branche du soufisme, principalement établi en Turquie, représente entre 10 et 20 millions de fidèles; L’Ahmadisme regroupe de 10 à 20 millions de croyants répartis autour du monde indien et de sa diaspora; le million de Druzes, surtout présents au Liban, sans oublier l’ultra-minoritaire Nation de l’Islam, cette organisation politicoreligieuse américaine, avec ses 20 000 à 40 000 membres et sympathisants. Sans oublier les Alouites, considérés comme Chiites, avec quelque 4 millions d’adhérents, principalement en Syrie et en Turquie. En espérant n’avoir oublié personne. Malgré ses cinq piliers qui essaient de maintenir l’Ummat islamiyya, la nation islamique pas trop de guingois, à voir ces tentatives répétées de greffes entre nationalités et cultures disparates, ces liens

LVS Décembre 2016  
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