Page 87

vie, au sens des origines que dans celle de n’importe qui, car elle a joué un rôle primordial dans la naissance et dans l’histoire de l’Humanité. Ta musique est d’ailleurs particulièrement cosmopolite. Mélange de reggae, de soul, de pop…? Inconsciemment oui. Je crois que ma musique est simplement influencée par la vie. La vie est pleine de couleurs qui changent tous les jours et qui changent avec nous. Tout ce que je vis m’inspire. Un peu à la manière d’une éponge, je m’imprègne de chaque moment vécu, je prends tout ce qu’il y a autour. C’est cela qui m’influence. Peu importe d’où la musique vient, peu importe ses origines, son style, ce n’est qu’une question de couleurs. Sur ce nouvel album, tu as énormément travaillé le côté électrique cette fois-ci ! Beaucoup plus que sur les précédents… C’était un choix naturel. Après le second album, quand j’ai commencé la tournée, j’ai joué quelques chansons à la guitare électrique. Et, de fait, j’ai découvert l’instrument. Et puis, j’ai été bercée toute mon enfance par les sons de Jimi Hendrix, The Who, Led Zeppelin… Avec les sons électriques, l’album paraît vraiment plus rock. Cela change, impressionne. Surtout ceux qui se disaient « merde, un nouvel album de Ayo, encore un truc acoustique » (rires). C’est un peu comme si j’avais découvert un nouveau sens. Pour l’enregistrement, tu t’es entourée de nombreux artistes, et notamment de Mathieu Chédid, qui apparait à la guitare sur une chanson. Oui ! On s’est rencontrés il y a un peu plus de trois ans à Londres, lors d’une JAM Session, qui s’intitulait Africa Express. Il m’a invité à jouer avec lui dans ses concerts, je l’ai invité dans les miens. On s’est dit « un jour il faut que l’on fasse un truc ensemble », mais nous étions toujours tous les deux en voyage ou en train de faire quelque chose en particulier. Je suis allé à New York enregistrer mon album, avant d’être hospitalisée suite à une grossesse extra-utérine. Pendant ma convalescence, j’ai écris des chansons, sans aucun instrument à disposition. J’avais tout de prêt dans ma tête, j’ai demandé au boss de Polydor s’il m’autorisait à retourner au studio, et il a accepté. Je suis allé au studio Ferber à Paris, et j’y ai enregistré 5 chansons, en deux jours, dont celle avec Mathieu, que j’ai appelé et qui a tout de suite accepté ! C’était une approche vraiment différente, car j’ai joué la batterie et lui la guitare. Ce fut un moment particulièrement inspiré. Mathieu est un très grand musicien. Tu as d’ailleurs enregistré ces chansons tellement rapidement que tu as mis sur l’album la démo du morceau « My Man ». Pourquoi avoir laissé la première prise telle quelle ? Je crois que les premières prises sont toujours les meilleures ! C’est comme une première impression quand tu rencontres quelqu’un. Cela peut évidemment évoluer, mais si tu ressens quelque chose, c’est un signe ! Quand tu joues pour la première fois une

chanson, il y a une énergie qui se dégage, quelque chose de spontané que tu ne peux pas reproduire. Je fais généralement peu d’enregistrements. Quand tu es satisfait de quelque chose, il est souvent très difficile de le reproduire, même pour l’améliorer. Un mot sur Michael Jackson. Reprendre « I Want You Back », c’est un message directement adressé à lui ? Pour moi, Michael Jackson est le plus grand ! Quand on me parle de musique, je pense tout de suite à lui. Il représente une grande partie de mon enfance et il est la preuve que la musique peut sauver une personne. Quand tu regardes sa vie, les moments difficiles qu’il a vécu, je crois, que c’est seulement quand il chantait, qu’il était en paix. Rien de ce qu’il a fait n’a été un jour dépassé. Et ne le sera jamais. Plus personne n’arrive à sa cheville aujourd’hui. Pas même Prince – Si vous avez le temps, allez sur Youtube et tapez « Prince Michael Jackson et James Brown », il y a le lien d’une vidéo de l’anniversaire de James Brown. Michael Jackson, sur scène, improvise une petite vocalise simple, timide et modeste. Prince, avec sa guitare, enlève son haut et fait le show -alors que c’est le concert de James Brown- jusqu’à s’accrocher à une barre pour faire une lapdance, une barre qui lui paraissait solide mais qui lui tombe dessus et tout le décor avec. C’est le summum du ridicule. Si j’étais journaliste chez CRUMB et que j’avais l’occasion de l’interviewer, je lui demanderais : « Mais sérieusement Prince, sérieux, mais qu’est-ce qui t’est passé par la tête ce jour là ? » (Rires). Promis, on lui demandera !

Propos recueillis par Thomas Carrié. Photographie : Diane Sagnier, pour Crumb magazine Pour les besoins de la mise en page, l’interview a pu être raccourcie ou écourtée de certains passages.

Crumb magazine 2010 2015  

Le meilleur du fanzine CRUMB, 2010-2015 dans un book digital. Fil rouge de 5 années d'aventures en 300 pages et 70 interviews, riches en pho...

Read more
Read more
Similar to
Popular now
Just for you