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Est-ce que je l’ai écrite en ayant ça derrière la tête ? J’y pense tous les jours ! (Rires). Des tonnes de gens essayent de me discréditer, disent que je joue un rôle, que ce n’est pas logique qu’une fille comme moi fasse du rap, alors qu’énormément de personnes dans le monde s’ouvrent à des choses qui ne les concernent pas directement à la base. Ils ne comprennent pas que je fais tout cela sincèrement. J’ai voulu montrer avec ce titre que je faisais les choses avec le cœur. Je me suis démenée pour en arriver là où j’en suis aujourd’hui et ça n’a pas été facile. C’est difficile de trouver sa place dans un milieu très apprécié et critique. Je suis fière d’avoir trouvé la mienne. Donc oui, je pense souvent à ces gens et je leur dis “Fuck You guys !” (Elle nous fait deux doigts d’honneur, un grand sourire aux lèvres, ndlr.) Est-ce que tu ne trouves pas un peu ennuyant le fait que les hommes te considèrent plus comme un sexsymbol en puissance plutôt qu’en tant que vraie rappeuse ou musicienne ?
 J’y ai déjà réfléchi. Je n’ai jamais fait de musique pour ce type de personnes. Si tu entends mon message, mais que tu ne le comprends pas, c’est que ce que je fais n’est pas pour toi ! Ils peuvent continuer à me regarder mais au final, ils ne cerneront jamais qui je suis. J’essaie donc de ne pas trop y penser. Je préfère me dire : “Peut être que j’ai quelques vues Youtube en plus juste pour mes fesses, c’est pas trop grave” (rires). Ca m’embêterait vraiment si j’avais des millions de vues Youtube pour mes clips, en vendant à côté seulement dix singles. Peut être qu’il y a des mecs qui me regardent uniquement moi, dans mes vidéos, mais à côté de cela, d’autres achètent ma musique et s’y intéressent, donc ça me va. Tu es consciente que tu es devenue une sorte d’image que les gens et les marques veulent…? Je le sais, oui, mais j’essaie de ne pas trop m’investir là dedans pour le moment. Je n’ai pas sorti d’albums, donc je fais attention. J’adore faire des campagnes pour Levi’s, ou présenter une émission pour MTV comme je l’ai récemment fait -j’ai carrément interviewé Brad Pitt !- mais je ne veux pas que les gens me découvrent et me considèrent autrement qu’en tant qu’artiste, plutôt que comme un modèle pour une marque de jeans… Dès le moment où j’aurai vraiment fait mes preuves avec mes morceaux, je me permettrai d’aller un peu plus dans cette voix (…) Cela crée de la confusion chez les gens qui se demandent à quel point je suis investie dans la musique et pensent que c’est juste un prétexte, alors que je suis complètement dedans ! Sauf que c’est en même temps difficile de refuser des opportunités aussi intéressantes, donc je fais attention. Je pèse la balance, et j’essaie de faire en sorte que les “à-côtés” ne dépassent pas ma musique. Pas mal de gens seraient surpris en découvrant à quel point je suis investie dans le travail d’écriture des mes titres, des paroles jusqu’à la musique. Je reste toujours avec mes amis producteurs (Diplo ou Steve Aoki, entre autres, ndlr) quand on travaille ensemble, du premier beat jusqu’au morceau complet, et ce genre de choses appuient ma crédibilité en tant qu’artiste.

Tu produis tes morceaux toi-même ?
 J’aimerais tellement ! J’ai souvent collaboré avec B.O.B, sur Best Friends ou Million Dollar Misfits, et il produisait à chaque fois ses titres, en jouant du piano et d’autres instruments. Je l’observais et je me disais « J’aimerais tellement savoir faire ça…! ». Pour l’instant, j’en suis au stade où je dirige les opérations pendant la composition. Je donne la marche à suivre, en essayant de coller à mon univers. Mais la production est quelque chose que j’aimerais développer personnellement, pour le futur. Je préfère travailler avec un tout petit cercle de producteurs, Diplo, Steve ou The Invisible Men, avec qui j’ai de réels liens d’amitiés, qui comprennent maintenant exactement ce vers quoi je veux aller. Je reçois énormément de productions via Internet, mais je pense que c’est important de rester avec des gens qui te connaissent pour rester fidèle à ton propre son. Surtout qu’en général, ils m’écoutent vraiment afin de savoir ce que je veux moi, exactement, et ça me semble primordial. Et ce serait quoi une production parfaite pour Iggy Azalea ? Question compliquée ! J’adore ce que font Diplo ou Steve Aoki ; ils n’ont pas peur de s’essayer à différents styles. Surtout Diplo. Ce qu’il a fait avec Major Lazer est incroyable. Il adore le reggae, mais il y a aussi insufflé sa passion pour l’électro et le hiphop. Le résultat est explosif, et c’est vraiment dur de mélanger autant de genres. C’est pour ça que je l’admire. Tout comme Steve Aoki, qui m’a réellement initiée à la musique électronique, alors que je n’étais pas du tout réceptive au genre auparavant. Est-ce que “Crumb” t’évoque quelque chose ? 
Robert Crumb ! C’est un dessinateur de BD complètement dingue ! C’est pour cela votre nom ? Entre autres, oui ! Vraiment ? Je ne pensais pas, c’est génial ! C’est marrant parce que je le cite souvent en interview, en répétant tout l’amour que j’ai pour lui. Je le trouve brillant. J’ai adoré sa relecture complète de la Bible. Pareil pour son travail sur les femmes : il les sexualisait énormément, mais je trouvais ça vraiment intéressant. Je ne suis pas particulièrement religieuse, donc ça ne m’a jamais offensée. J’ai plus globalement toujours adoré sa façon de voir le monde et de le traduire dans ses dessins. Il a, pour moi, le meilleur coup de crayon de toute l’histoire du cartoon. Mon père était lui aussi dessinateur de bandes dessinées ; il m’a énormément initiée à cet art, notamment à travers les travaux de Robert Crumb. Il avait des idées vraiment tarées, mais c’était le premier à sexualiser le comic américain, en changeant le style du dessin. Quand j’y pense, c’était beaucoup plus compliqué pour lui de faire des dessins provocateurs, que pour moi,de faire aujourd’hui ma chanson Pussy (rires) ! Propos recueillis par Brice Bossavie. Pour les besoins de la mise en page, l’interview a pu être raccourcie ou écourtée de certains passages.

Crumb magazine 2010 2015  

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