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compilation qui tombe l’année des dix ans mais qui n’est pas du tout tournée vers le passé ou vers une certaine forme de célébration et de nostalgie. C’est plutôt histoire de se dire : « Après 10 ans de boulot qu’est ce qu’on est capable de faire et de proposer de différent ? ». J’espère qu’on propose quelque chose d’autre que ce que les gens connaissent du label ou du paysage actuel de la musique électronique. Rassembler les troupes n’a pas du être une mince affaire… Tu peux nous balancer les bons et les mauvais élèves ?
 C’est marrant que tu parles de ça parce que j’ai fait une petite campagne pendant la production de ce disque, où je marquais ceux qui m’avaient rendus les morceaux et ceux qui ne me l’avait pas encore fait. C’est vrai que je courrais un peu après tout le monde, mais c’était plus une histoire de planning que d’envie. La chance qu’on a avec le label, c’est qu’on arrive facilement à réunir et à fédérer tous les artistes ; tout le monde est content d’y participer. D’ailleurs, le plus mauvais élève de la compil’, c’était moi ! J’ai rendu mon morceau le dernier alors que, normalement, je suis censé montrer l’exemple. Il y a aussi eu Cassius, par exemple, qui a eu un peu de mal à faire son titre mais c’est justement dans la douleur qu’il a donné naissance à Sunchild, un morceau assez incroyable qui rend un bel hommage à Mehdi. C’est d’ailleurs, pour moi, le morceau qui sort complétement du lot. Qu’est-ce que tu peux nous dire sur ton EP, ce « Still Busy ». Ce n’est pas une façon de nous dire que tu es toujours dans les parages ? C’est un double message. Ta vision n’est pas mauvaise. Mais je veux un peu plus dire que l’excitation et l’envie sont toujours là. J’hallucine toujours, quand on me fait des demandes à droite à gauche, de l’intérêt des gens qui nous appellent pour faire des articles, même après douze ans de Daft Punk et dix ans d’Ed Banger. Ca me fait toujours plaisir. C’est cela qui me donne envie de continuer. Cet EP va plus dans ce sens là. Il y a également un autre morceau un peu plus sombre sur la face B, qui est, aussi, peut-être une façon de montrer où j’ai envie d’aller, m’éloigner d’une certaine caricature de la musique électronique française qui ne m’intéresse pas des masses. Tu peux nous en dire plus sur ton album en préparation avec Boston Bun ? Je n’en suis pas encore là ! Je suis une limace (rires). Je n’en suis qu’à trois sorties en dix ans ! La grosse bonne nouvelle, si cela t’intéresse, c’est que j’ai trouvé les gens avec qui le faire, le studio où le travailler, ainsi que la méthode à adopter. C’est ce qui m’a pris le plus de temps. Je ne sais pas, je pense que ça ne va pas être un disque déprimant mais disons que la tendance de cet album va plus fonctionner à l’émotion. C’est ça la musique que j’ai envie de faire aujourd’hui. Cette collaboration avec Boston Bun et son electro-house un peu rétro, ce aussi une envie de

retour aux sources, au commencement ? Complètement. Musicalement je ne me suis jamais éloigné de la House Music avec laquelle j’ai commencé. Tous les disques qui sont ici (dans les locaux de Ed Banger ndlr.) le prouvent. Même si les couleurs du label partent ailleurs, les fondations n’ont jamais été loin. Le projet Carte Blanche de Mehdi et Riton était une ode à Chicago par exemple. Je ne m’en suis jamais senti éloigné même si la musique que je jouais et que je faisais était différente Évidemment, quand j’ai écouté ce que faisait Boston Bun, je me suis dit : “Le mec comprend vraiment le genre, sauf qu’il le reproduit avec les outils et la production d’aujourd’hui”. Et j’ai cette envie de retour aux sources, de sortir des vinyles, de faire quelque chose d’un peu plus personnel, intime. Au niveau de sa musique, je sais qu’on ne va pas avoir la même campagne que sur Justice ou Breakbot par exemple, mais c’est un projet qui m’excite tout autant. Dis moi, comment se fait-il qu’il y ait si peu de filles chez Ed Banger ? Je ne me l’explique pas, justement ! Je pense que je t’aurais déçue si j’avais eu une explication ! C’est une histoire de rencontres, d’opportunités… J’aurais adoré signer AlunaGeorge (interview à lire page 36, ndlr), et plein d’autres artistes féminines, mais ça ne s’est pas présenté. Uffie (interview à lire page 290, ndlr), c’était un heureux accident mais qui, malheureusemen, ne s’est pas prolongé puisqu’on a arrêté de travailler ensemble ; il y a un peu plus d’un an maintenant. En tous cas, ça ne vient pas du tout d’une envie de ne pas travailler avec des filles, au contraire. Mais sinon je suis là moi pour apporter la touche féminine au label. J’essaie, du mieux que je peux (rires) ! C’est une jolie fin, ça ?

Propos recueillis par Margaux Bouteldja Photos : Julot Bandit, pour Crumb magazine

                                 

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