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(Rires) Après il faut savoir trouver l’orthographe du mot « free » ! Ça peut se finir avec un « t » aussi, non ? « Frit », quoi. Je n’ai pas joué beaucoup de minutes dans ma vie, mais j’adore ça ! Je faisais des reprises avec Francis et ses peintres, des reprises de chansons françaises. Il me laissait un solo sur « La Boîte de Jazz » de Michel Jonasz. Tous les soirs j’avais droit à un solo, une improvisation, j’adorais cela ! Des fois c’était affreux, d’autres fois c’était super. Donc, j’ai rencontré un ami ! Qui s’appelle Jean-Philippe. C’est le nom de mon saxophone. Le nom du saxophone ? Du saxophone, oui. Jean-Philippe. Le prolongement de mon corps. Vous avez des conversations avec ? Oui, et on a dormi ensemble ! C’est pas évident de dormir avec un saxophone, je ne vous le conseille pas. C’est affreux. C’est plus facile de dormir avec un poisson ? C’est beaucoup plus difficile. Parce que le saxophone est vivant ! Le poisson, quand je dormais avec dans le film, il était mort. Le saxophone, lui, est toujours vivant. D’autres projets ? Vous faites beaucoup de choses, de la chanson mais aussi du dessin, du cinéma… Oui, je fais des dessins pour un livre, avec Julien Baer qui fait des chansons, et après je verrai. Je ne sais pas du tout ce que je vais faire. Et pas de cinéma, donc ? J’ai joué dans un film de Benoît Forgeart, qui s’appelle Gaz de France, je joue le président de la République, quand même. Qu’est-ce que ça fait d’être président, après avoir été dictateur ? Je n’ai pas trop aimé ! Dictateur, je préfère, au moins c’est franc jeu. Par contre je pense que le film va être génial, parce que Benoît Forgeart est lui-même génial. Comment les idées vous viennent-elles ? Un matin, vous vous levez, et vous pensez à Magnum ? Ou c’est le fruit d’une mûre réflexion ? Non, ce n’est jamais très mûr, comme ça, cela évite que ce soit pourri. C’est plutôt instinctif. Je préfère faire les choses un peu dans l’urgence, parce que sinon je commence à intellectualiser et ce n’est pas bon pour moi ! Je ne crois pas que ce soit bon de réfléchir. Pour moi, en tout cas. Je préfère être dans un mouvement, en action. Donc, rien n’est prévu ! Au fond, c’est écrit mais rien n’est prévu. Après je m’adapte à l’environnement, à la température, à ce que j’ai mangé, à l’ambiance dans une pièce. Je préfère avoir un bout de papier et pouvoir le déchirer si besoin est. Une question sur la critique : dans la critique de l’album par Télérama, ils écrivent de vous que vous êtes « un entubeur à vide »…

Oui, j’ai lu ça aussi ! Quel est votre rapport à la critique ? Moi je fais des disques, c’est un travail. Il faut que l’auditeur fasse un travail aussi. S’il n’a pas envie de le faire, le disque n’existe plus. Je préfère laisser mes textes ouverts, que ça ne soit pas totalement fini. Pour cela j’ai besoin d’un auditeur qui soit disponible. Or, certaines personnes ne le sont pas, pour des raisons qui leur sont personnelles, peut-être sûrement leurs problèmes, leur vie privée, qui les rendent complètement indisponibles. On ne peut pas lutter contre ça. J’ai lu cette critique de Télérama, en effet. Elle est affreuse ! Parce que c’est quelqu’un qui ne voit que ses problèmes à elle, qui parlait éternellement de testicules, de couilles, je ne sais pas quoi. Alors que dans mon disque il s’agit de trente secondes, mais elle n’a vu que ça. Il s’agit plus de ses problèmes personnels que des miens ! Mes disques ne peuvent pas marcher si une personne est bloquée sur ses a priori personnels. Ca ne peut pas fonctionner. C’est pour vous à l’auditeur de faire la deuxième moitié du chemin ? C’est ce que j’espère tout le temps. C’est pour cela que des fois je fais des textes qui paraissent courts, ou suggérés ! Parce que je pense qu’un texte s’écrit à deux. Pour moi, l’horreur, et ça m’est déjà arrivé, c’est de me regarder écrire. Il y a beaucoup de gens qui se regardent écrire quand il font leurs textes de chansons, c’est un truc que je renifle tout de suite. « Regardez comme j’écris bien, regardez comme ma phrase est bien tournée ». Je fuis ce genre de sentiment, parce que souvent quand on se regarde écrire, on ferme des portes. Et peut-être que certains auditeurs non disponibles se sentent rassurés ! Mais en tout cas ce n’est pas du tout ma démarche. Il faut quelqu’un qui ait envie. Qu’est-ce que vous évoque « Crumb » ? Ca me fait penser au dessinateur. J’ai vu l’expo au Musée d’Art Moderne, à Paris. Elle était extraordinaire ! Je partage beaucoup de goût en commun avec Crumb… Une inspiration pour le dessin, j’adore aussi le bouquin qu’il a fait avec sa femme. Je trouve que l’idée est extraordinaire. Chacun travaille sur le même bouquin dans un couple, en réponse à l’autre dans une conversation qui n’en finit pas, c’est extraordinaire. C’est un grand artiste. Vous avez un grand nom. Propos recueillis par Cécile Lienhard. Pour les besoins de la mise en page, l’interview a pu être raccourcie ou écourtée de certains passages.

Crumb magazine 2010 2015  

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