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faire le lendemain, ça se décidait un peu au dernier moment. Vous avez fait de nombreuses collaborations dans le cinéma, des bandes-son, des seconds rôles, mais là c’est un film sur vous, est-ce que ça marque une nouvelle étape dans votre carrière ? J’aime le cinéma, mais je n’ai jamais eu de rêve de cinéma. Tu vois, j’m’en fous de faire un film ou pas, ce qui compte c’est que je m’exprime. Après, cela peut-être en dessin, en chanson, en cinéma. Le cinéma n’a jamais été un rêve. Par contre j’ai adoré le faire, ça m’a vraiment plu, j’ai trouvé que c’était une expérience vraiment incroyable, qui me correspondait à ce moment-là. En plus on était vraiment en petit comité donc on était très peu à décider, il n’y avait pas de réunion avec des producteurs quelconques. C’est juste qu’ils nous faisaient confiance, on était super libres de faire ce qu’on voulait. Je pense que cela ne se reproduira pas tous les ans. Pas d’autres projets de cinéma ? Non. Bon, j’écris toujours des petits trucs comme ça. Après ce sont les circonstances de la vie qui font que ça se passe ou pas, mais ce n’est pas du tout un rêve pour moi, j’vous jure. Concernant l’album, il est plus intime que les précédents. On retrouve le thème de la maternité, la paternité, etc. Est-ce que vous êtes un papa trop papa ? Est-ce que vos enfants seront des dictateurs ? Non, je suis peut-être un papa trop maman ! C’est fort possible. J’espère que non bien sûr, mais c’est vrai que tout se passe dans l’éducation, même avant les trois ans il paraît ! Avant trois ans ? Oui, avant trois ans tout est joué. C’est ce que j’ai lu dans un livre. Il faut s’y prendre tôt ! Très tôt même ! Personnellement, peut-être que tout a été joué avant trois ans, mais moi j’ai l’impression de faire des choses avec ce qui s’est passé avant mes quatorze ans. C’est-à-dire, je ne jouais pas forcément au dictateur mais j’avais pas mal de problèmes de communication, et tout ce qu’il s’est passé avant mes quatorze ans, c’est encore ça dont il s’agit aujourd’hui.

Après, dans ma chambre, j’inventais les mélodies et les textes en même temps. Je n’avais jamais fait ça avant. Là c’est vraiment une collaboration. Des fois, tu fais des disques plus personnels, de façon plus intime, mais qui sont, au fond, plus éloignés de toi. Alors que là, quand tu collabores à deux, tu peux faire des choses plus intimes que si tu les avais faites tout seul. L’album parle de travestissement, « efféminé », « sexy cool », vous pouvez être Dean Martin, beaucoup de choses, et donc finalement, Katerine, qui êtes-vous ? J’en sais rien, et d’ailleurs je ne veux surtout pas le savoir ! Par exemple, l’album est introduit par la chanson Delta qui ne comporte que quelques mots : « surtout, surtout, surtout, ne soyez pas vous-même ». Oui, j’ai l’impression que je suis multiple, donc j’essaie d’en profiter. Je pense que pour la plupart des gens, il y a une foule de gens dans les gens ! Personne n’est tout seul à l’intérieur de soi. C’est vrai que je suis parti un peu de cette phrase. Cette phrase qui est dite par Arielle Dombasle dans le film… Oui. C’est elle qui me l’a dite aussi dans la vie. Comment ça ? On a fait un disque ensemble et je lui ai demandé : « Ce serait bien si vous étiez vraiment vous-même pour chanter cette chanson » - une chanson que je lui avais composé. Et elle est partie sur ses grands chevaux, en me disant : « mais pourquoi être moimême, quelle horreur, vous n’y pensez pas ! » Et ça m’a fait drôlement réfléchir. Je me suis dit « mais elle a bien raison, c’est ridicule au fond », de vouloir être soi-même. Pouvez-vous définir le concept Sexy cool, titre d’une chanson de l’album ? Il n’y a pas vraiment de concept en fait. C’est un truc fuyant, comme je les aime, il ne reste pas en place. C’est très large, toujours en mouvement. On ne peut pas situer « Sexy Cool », on ne peut pas savoir ce que c’est vraiment. Pas de définition précise… Non, surtout pas.

Vous avez commencé à écrire les « Mariages chinois », votre premier album, seul, est-ce que vos processus d’écriture ont évolué depuis ? A chaque fois que j’ai fait un disque, cela n’a jamais été la même chose en fait. Parfois, j’ai enregistré un disque avec des groupes, parfois tout seul, j’ai fait un disque tout seul à la guitare aussi. Là, c’était avec un DJ, SebastiAN. Je n’avais jamais fait ça. J’ai procédé comme les gens du hip-hop le font, c’est-à-dire qu’ils reçoivent des instrumentaux et ils s’expriment dessus.

Dans la chanson ADN, vous vous essayez au saxophone ? J’ai découvert le saxophone, il y a un an à peu près, Je m’en suis acheté un, j’ai découvert que je pouvais en jouer facilement, parce que ce n’est pas comme la trompette, je veux dire, il y a un son. J’en joue de temps en temps.

Comment s’est passée cette collaboration avec SebastiAN ? Je recevais des instrumentaux de lui, que j’adorais.

Ça se sent dans la chanson. C’est un peu comme du free-jazz ? Oui, voilà, free ! Avant d’être jazz, c’est d’abord free !

Vous avez pris des cours ? Non, pas du tout, je n’ai pas appris. Je réagis à l’instinct (rires).

Crumb magazine 2010 2015  

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