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évoque avec insouciance leur façon de composer : « L’un de nous s’assoit au piano, improvise des bribes, jusqu’à ce que l’on se dise : attends, ça sonne comme une chanson de Jay-Z, et à partir de là, on ajoute des choses assez simples pour que les gens puissent nous écouter sans s’ennuyer. Les paroles tendent vers quelque chose de différent, une atmosphère plus sombre hantée par la peur, la solitude et la paranoïa. Dans un sens, une tour se dessine à travers l’album, avec un étage pour les mélodies-clés pour attirer les gens et un autre pour les mots, plus compliqué à percevoir car il vient de notre âme ». « I’ve Been Loving You Too Long » répètent-ils dans Drops, morceau caméléon, transpirant Otis Redding. Jungle mélange époques et sentiments avec une classe folle, pourtant rien n’apparaît comme vraiment calculé. Les titres s’enchaînent et sillonnent un terrain de jeu surréaliste. « Tout est toujours une coïncidence avec Jungle. On s’entraide, on est entre amis, c’est pourquoi on aime faire ce qu’on fait, parce qu’on ne force jamais pour ne pas perdre le naturel, la fraîcheur de notre musique, c’est comme en football ! La musique y est liée quand on y réfléchit, car c’est l’effort de partager une émotion. Quand une équipe joue vraiment ensemble, les choses se font naturellement, mais dès qu’elle force et essaye d’aller marquer trop rapidement, l’unité se perd et le match se gâte. » Leur processus d’écriture est d’ailleurs semblable, une image les fascine et les guide inconsciemment jusqu’au titre final. « Chaque morceau pourrait former une bande originale à lui seul car chacun évoque un lieu spécifique, directement lié à une émotion. Accelerate serait une course de moto au Japon dans un jeu vidéo où tu es invincible. Tu

peux tomber mais ne jamais perdre. Platoon mettrait en scène une réunion dans un marécage, avec des gens portant des armes faites de fleurs et Lucky I got what I want illustre des gens qui danse le hip hop autour d’un feu de camp dans les bois, avec Kanye West et Jay-Z qui claquent des doigts en rythme. Et puis il y aurait aussi une Xbox et un hélicoptère. » Si cette description improvisée les rend hilares, l’écoute de l’album la confirme : l’aura du rap n’est jamais loin et l’ambiance planante hippie forment un résultat unique. Repéré par leurs vidéos pour Platoon et The Heat réalisées avec l’aide de leurs amis et les moyens du bord, Jungle tend à flouter les barrières entre les styles, comme l’a entrepris Mø avec No Mythologies to Follow. « Un groupe est bon quand il sait y aller étape par étape », cela implique de ne pas sauter les étapes. Dans ce tipi, ils racontent leurs aventures sans arriver à tenir en place, prêts à monter sur scène. Mais alors que nous évoquons la réalisation de leur clip, des échos de Why Won’t They Talk To Me de Tame Impala arrivent jusqu’à nos oreilles et font stopper net le débit de paroles de J., qui semble plus qu’apprécier le morceau, avant de reprendre le fil, un peu troublé. Les titres de Jungle font le même effet, ils donnent envie d’arrêter toute activité pour se concenter uniquement sur le son, et ce n’est pas Lorde qui dira le contraire. Nous l’avons aperçu faisant danser sa crinière sur ces mad sounds dans un coin de la scène de We love Green pendant leur show. Propos recueillis par Alice de Jode

                                                  © Mike Massaro

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