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voulait une voix grave, moi je voulais une voix aigüe… La moindre note a été un combat. Mais ce combat « musical » a donné vie à ce que tu attendais… Oui. Disons que j’avais un tableau plat, et que, d’un coup de grâce, Mt Flash l’a modelé et a pu en faire le tour. Et même de dos, le tableau rendait bien. Il a mais du volume, fait son boulot de producteur de façon fantastique. Toute à l’heure tu disais qu’il avait une pâte davantage hip-hop, c’est vrai. Il a produit énormément de rappeurs français ou américains mais il n’a pas de culture rap. Il est très bon dans ce domaine mais ce n’est pas lui. Inconsciemment je pense, il y avait une part de My God Is Blue dans sa tête et ce projet était l’occasion pour lui, enfin, de concrétiser ses envies, d’affirmer qui il était, de montrer l’étendue de son talent. Je pense qu’il a vécu notre collaboration de façon très profonde. Il a sans doute pensé qu’il faisait son propre disque, il a pu s’exprimer, n’avait pas de limites. De manière générale nous ne nous sommes fixés aucune limite dans la création. Et même dans ce côté création nous étions en opposition. Moi, par exemple, j’ai l’habitude de travailler allongé. Le premier truc que je fais quand je rentre en studio c’est d’installer un lit de camp. J’apporte un duvet et un oreiller, je m’allonge et bosse comme ça. Alors, lui forcément, il a eu un peu de mal à collaborer avec un mec qui somnole (rires). Mais d’un avis personnel, je suis toujours meilleur et inspiré lorsque je travaille entre le rêve et la réalité. Il a joué le rôle de ton psychanalyste musical, assis derrière toi, qui était allongé… C’est exactement ça ! Lui était assis sur une chaise, moi allongé sur mon lit de camp. Quand je commençais à ronfler il ne supportait pas. Moi j’étais bien. Le ronflement à ce stade de la création, je trouve que c’est du professionnalisme. On ne fait jamais la même musique lorsque l’on vient de se réveiller que quand on est en pleine forme. On n’est pas dans la même relation. Au réveil, nous sommes généralement davantage à l’écoute, avec un côté spontané que l’on perd au fil de la journée… Au réveil, il y a aussi des réalités et des vérités différentes avant qu’elles ne perdent et se diffusent dans le brouillard du quotidien… J’ai lu que tu portais un regard extrêmement critique sur tes précédentes œuvres et qu’une fois terminés, tu avais beaucoup de mal à réécouter tes anciens albums… Oui. Il m’est très difficile d’apprécier un morceau une fois qu’il est fini. En musique, pour moi, il n’y a pas de règles harmoniques, rien n’est jamais fini, on peut toujours trouver quelque chose à améliorer, à rajouter. Le problème vient surtout du fait qu’il faut s’arrêter à un moment. Il y a des moments où l’inspiration est sans fin. Et My God Is Blue je me dis que, j’aurais pu continuer à l’enregistrer toute ma vie… Mais tu ressens quoi, du coup, lorsque tu jettes un œil sur tes vieux albums, comme Politiks ?

Politiks, très franchement, je ne peux pas le réécouter. C’est trop difficile. Et l’album est odieux. Je n’entends pas la musique, je n’entends que les défauts, les ratés. Parfois j’aurai aimé que certains sons ressemblent à du ABBA et finalement je me rends compte qu’on dirait du William Scheller (rires). Je sais qu’il faut s’y faire, mais moi je ne m’y fais pas. Alors je fais comme l’album n’existait pas. Comment naît un album de reprises, du coup, tel que « Sexuality Remix » ? C’est ma maison de disque qui se charge de tout. Notamment de trouver les artistes et de faire les propositions. C’est eux qui le font ; simplement parce que je ne sais pas le faire, je ne connais rien de tout ça qui se fait, je ne suis jamais dans l’actualité. Je trouve qu’il y a des milliers d’albums qui sortent tous les jours, avec tout le temps des noms bizarres, je n’y comprends rien, je suis perdu (rires).Il y a, bien évidemment, des choses que j’entends et que j’adore, mais je ne retiens jamais les noms, j’oublie de suite. Le travail de remix est un travail considérable que je suis incapable de gérer seul. Je compte donc énormément sur ma maison de disque. Eux, au moins, ils connaissent les tendances et les choses bonnes à écouter. Je sais que cela paraît bizarre parce que les gens me perçoivent comme un mec parisien hyper branché, à la pointe des tendances sauf que je suis loin de tout ça et ne sait rien de ce qui se passe. Quand on me parle d’un groupe, je ne le connais jamais. Je découvre des artistes cinq ans après tout le monde (rires). Alors, à mon tour, de manière presque instinctive, je me sens obligé d’écouter des choses rares ou exceptionnelles… Comme par exemple ? Bobi Solo, un chanteur italien (rires) ou encore Bernard Ilous, un type qui a chanté « La route à l’envers ». J’aime bien aller chercher des trucs assez loin. Et maintenant My God Is Blue, la suite, elle va se passer en public avec des concerts ? Oui. Tout plein ! Je vais essayer de ne pas être que chanteur ou musicien. Je veux être un leader spirituel, j’ai envie de vivre l’expérience pleinement. Je veux que le public soit en communion. Je veux expérimenter des choses nouvelles, proposer d’autres sensations. Je veux faire des concerts pour l’éveil. Un éveil des sens et des discours. Et puis d’ailleurs, ce qui compte dans l’Alliance Bleue ; c’est qu’il n’y aura pas de spectateurs. Seulement des « fidèles », des gens qui sont et vont avec moi, pour toujours.

Propos recueillis/interview par Nicolas Cassagnes Avec la présence de Thomas Carrié Photos : Julot Bandit

Cette interview et les photographies qui l’accompagnent ont fait l’objet de la couverture du numéro de 13 de Crumb magazine, première version, alors qu’il était une revue digitale, à feuilleter. Il fut mis en ligne le 17 mars 2012.

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