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biscuit mais je suis choqué de voir qu’il y a des gens qui prennent vraiment tout cela au sérieux. J’ai ma propre approche de l’esthétique, de la beauté mais, avouons-le, rien de tout cela n’est crédible ou sérieux. Je ne suis pas philosophe, religieux, politique ou sociologue. Je ne connais rien à l’organisation des choses. Pépito Bleu, c’est juste quelque chose de léger, un rêve que j’ai fait. Le fait de me mettre en scène dans ce personnage et de créer un mouvement relève du fantasme. Je n’essaie pas d’être vrai. Quand je parle de Pépito Bleu, j’entends déjà certains dire « Ce mec est fou, il se prend pour Dieu ». Mais non, soyons sérieux deux secondes, Dieu ne parle pas de pépitos… voyons ! (Rire général. Il allume une cigarette, repositionne ses lunettes sur le nez) Enfin bref, tout ça pour dire que je suis surpris que certaines personnes prennent toute cette mascarade au sérieux et se sentent agressés. Pépito Bleu, c’est tout sauf agressif, comment trouver un titre plus doux, plus gentillet, mis à part Pépito Rose (rires). En tout cas, pour moi, tout ça n’est qu’un amusement. Après, amusement ou non, oui, je souhaite créer une attente, un mystère, je ne veux pas que l’on s’ennuie. Quand on regarde une série télé, que l’épisode se termine au moment fatidique, on a immédiatement l’envie, le désir de se plonger dans la suite. C’est une sensation que j’adore vivre et que j’ai envie de faire vivre aux autres. Sur le travail de cet album, tu as fait appel à Mr Flash, qui est à l’origine un producteur connu pour avoir une pâte assez hip-hop, éloignée du style que l’on te connaît. Pourquoi lui ? C’est une longue histoire. J’ai un studio à côté de chez moi, qui n’est pas fait pour enregistrer, seulement pour composer. J’en suis sorti avec toutes les chansons de l’album déjà prêtes. J’avais écrit les textes, j’avais commencé à composer. Les démos étaient jolies, mais j’avais besoin d’autre chose, quelque chose en plus, du relief, un petit truc qui mettrait tout en valeur. J’imaginais depuis le début, cet album comme quelque chose de grand, qui passait par la notion d’espace, avec des raz de marée, des tremblements de terre. Et de la manière dont j’avais produit mes démos jusque-là, il n’y avait pas encore cela. Je suis tombé sur le dernier maxi de Mr Flash et là, rien qu’à l’écoute, soudain tout est devenu grand. Il y avait le Mont Blanc, l’Everest, tout, des lacs, des palmiers, l’univers… C’était grand, c’était mental et fort, c’était tout ce que j’attendais. Ce fut comme une révélation, je me suis dit que je voulais à tout prix transposer ces compositions dans mes chansons. Ça m’a énormément excité. Et puis on s’est vus rapidement, le lendemain. Je n’avais jamais entendu parler de lui avant. Je ne savais pas s’il avait seize ou soixante ans, je n’avais aucune idée d’où il pouvait venir. On m’a dit qu’il habitait Paris, nous nous sommes fixés un rendez-vous, nous nous sommes vus et, presque instinctivement, juste après la rencontre nous sommes partis en studio. J’avais mes démos avec moi, nous avons essayé de refaire le travail à deux, à partir de rien et ça a pris de

suite. Tout ce que j’avais imaginé prenait enfin une dimension réelle. Le déclic. Et pourtant avant lui, disons que j’avais écouté des dizaines de milliers de disques de mon producteur, j’avais déjà des noms, j’ai pensé à beaucoup de monde sauf qu’à l’écoute, Mr Flash a été une certitude. Je savais que c’était de lui dont j’avais besoin. En quoi le travail avec Mr Flash a t-il été différent de celui que tu as pu réaliser avec Guy Man sur l’album « Sexuality » ? Avec Guy Man, on ne se connaissait pas mais on se croisait souvent en soirée, en backstage de concerts ou autres. Si je dois absolument trouver une différence ; c’est que Guy Man et moi étions en fusion. Nous avions le même but, essayions de faire le même disque, allions dans le même sens. Avec Mr Flash, il n’a jamais été question d’aller dans la même direction. Nous avons très vite été passionné par le projet mais nous nous y sommes projeté de façon totalement irrationnelle, avec chacun notre vision propre. Nous n’avons jamais vraiment réussi à travailler ensemble. Nous avancions dans deux mondes différents et pourtant pour une même œuvre. C’est ce qui donne, je crois, cette élasticité à l’album. Comme si nous avions essayé, à deux, de couvrir tous les champs, d’explorer tous les espaces. Finalement, ce fut d’une très grande richesse. L’enregistrement a été un combat, une partie d’échecs acharnée. Personne ne voulait perdre, alors on a essayé de donner le meilleur de nous-même. Et c’est une bonne chose, parce que souvent, quand on est en studio, on est déjà satisfait d’être là, de faire de la musique et on se contente de peu. D’autant que le cadre est beau, boiseries, canapés en cuir… Tout pour faire de la musique. Sauf que, trop souvent, on croit que l’on fait de la bonne musique, simplement parce qu’elle sonne bien, parce que la réverbération des murs flatte le son. Moi je ne voulais surtout pas de cela. Et dans cette sorte de guerre avec Mr Flash, rien ne pouvait m’aider à aimer ce que je faisais. J’étais sans cesse porté par l’envie d’aller plus loin, de trouver d’autres chemins, d’autres solutions, d’autres techniques. Grâce à ça, nous avons vraiment créé quelque chose de différent. Si je comprends bien, ce nouvel album a donc été le fruit d’une lutte constructive ? Oui. La difficulté principale tenait dans le choix de ce que l’on entend, à savoir du Simbalom ou du Glass Water, des voix de chorale, des chœurs plus intimes… Ces choix ont toujours posés problème. Après, sur l’enregistrement proprement dit, nous savions ce qu’il fallait faire. Mr Flash a une vision 3D de la musique, j’adore ça. Il arrive à mettre sur pied des choses extrêmement spacieuses, à la fois complexes et légères. Moi j’avais mes certitudes, lui en avait d’autres. Tout s’est articulé autour de cela. Et finalement, avec le recul nous nous sommes rendu compte que l’on arrivait toujours à la même conclusion. On n’a pas sorti un disque que lui déteste et moi j’adore, non. Nous sommes très fiers de ce que nous avons fait, et réalisé, ensemble. Nous sommes passés par tous les chemins du désaccord. Quand il

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